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ARRANGEMENT ET MONTAGE DES CREDITS CONSORTIAUX


EN EURODEVISES

PAR

HENRY S. TERRELL ET MICHAEL G. MARTINSON

Traduction non officielle par le Pôle-Dette

Depuis un certain nombre d’années, le crédit bancaire consortial en eurodevises


est devenu une des techniques les plus importantes de prêt international par lesquelles
les banques ont accordé d’importants crédits aux Etats et à d’autres débiteurs. Il est
estimé que les crédits consortiaux en eurodevises rendus publics dans les média se
sont élevés à environ 28 milliards de dollars américains en 1976 et à 34 milliards de
dollars américains en 1977. L’émergence du crédit bancaire consortial en
Euromonnaies a également contribué à une grande évolution institutionnelle, à savoir
la création d’un certain nombre de nouvelles « banques d’affaires ». Ces banques
d’affaires sont généralement les filiales ou les banques associées aux grandes banques
basées à Londres ou dans d’autres centres bancaires. Le but essentiel des filiales des
banques d’affaires consiste souvent à assurer le placement des crédits consortiaux.

MONTAGE D’UN CREDIT CONSORTIAL

Les crédits consortiaux sont souvent pilotés par une seule grande banque. Cette
banque chef de file est responsable des contacts à mener auprès de l’emprunteur
potentiel en vue d’obtenir un mandat pour mobiliser les fonds. Souvent, plusieurs
grandes banques multinationales entrent en compétition pour solliciter le mandat d’un
même emprunteur.

Les caractéristiques du développement commercial des crédits consortiaux sont


généralement semblables à celles des autres grands crédits. Les responsables de crédit
d’une banque mènent des démarches auprès des emprunteurs potentiels pour leur
proposer des prêts. Les crédits aux débiteurs publics étrangers sont habituellement
négociés par les responsables de la banque chargée du pays concerné ou de la zone
géographique concernée. La négociation des crédits pour les grandes entreprises
multinationales relève en général de la personne qui gère le compte de l’entreprise
emprunteuse à la banque.

Compte tenu de l’envergure des fonds pour lesquels une banque s’engage en
général dans un crédit consortial, la responsabilité de l’analyse et de l’approbation
finale de la situation tant des pays emprunteurs que des entreprises sollicitant le crédit
incombe en règle générale au siège social de la banque ou, dans le cas des banques

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décentralisées, aux responsables des centres régionaux. En plus de l’analyse des
risques-pays et commerciaux, le comité de crédit de la banque doit également voir si le
montant du crédit que la banque pourrait accorder est conforme à la politique de
diversification de la banque et compatible avec les limites d’exposition du pays
emprunteur aux risques. Comme le prêt doit être consortial, le responsable du crédit
doit également consulter le bureau chargé du montage des crédits consortiaux à la
banque. Ce bureau qui fait souvent partie de la filiale Londonienne d’une banque
d’affaires est en contact étroit avec les autres grands bailleurs de fonds sur le marché
pour fixer les taux d’intérêt, les échéances et d’autres modalités et conditions
auxquelles les crédits peuvent être accorder à tel ou tel emprunteur. L’évaluation des
possibilités de placement de tout crédit par le bureau chargé du montage des crédits
consortiaux jouera un rôle important dans la détermination des modalités et conditions
offertes à l’emprunteur potentiel et dans la fixation du montant du crédit qui lui sera
accordé.

LE GROUPE DE GESTION

Tout en négociant avec l’emprunteur potentiel, la banque chef de file œuvre à la


mise en place d’un groupe de banques chargées de la gestion (1)

Dans le montage de ce groupe de gestion, la banque chef de file tâche de


déterminer avec précision les modalités et les conditions auxquelles ces banque
seraient disposées à souscrire, dans une grande mesure, un crédit donné. Dans le choix
de son groupe de gestion, la banque chef de file recherche les banques capables de
prendre une portion significative du crédit concerné dans leurs portefeuilles et pouvant
assurer le placement du crédit auprès des participants potentiels.

A cette phase des négociations, la banque chef de file pourrait avoir à


renégocier les modalités et les conditions du crédit avec l’emprunteur si elle rencontre
des difficultés dans la mise en place de son groupe de gestion. Dès que la banque chef
de file a mise en place son groupe de gestion, elle demande au groupe de mobiliser les
fonds pour l’emprunteur.(2) La banque Chef de file élabore alors un mémorandum de
placement en se fondant essentiellement sur les informations fournies par
l’emprunteur. Cela aide le groupe de gestion à assurer le placement du crédit auprès
d’un groupe plus élargi de banques.2

2
Note de l’Editeur : le présent article donne une claire description du processus de formation des crédits consortiaux. Le fait qu’il a
été écrit en 1975 signifie que sa description des caractéristiques du marché doit être considérée comme une description, d’illustration
plutôt qu’une description exacte et précise.

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EMPRUNT INTERNATIONAL

Autrefois, une banque chef de file négociait un crédit avec un emprunteur et


acceptait d’en assurer le placement en fonction de ses « meilleurs efforts ». Dans ce
type de situation, l’emprunteur ne pouvait pas être certain qu’une banque chef de file
formerait un consortium de banques qui lui accorderait l’intégralité du montant du
crédit recherché et les emprunteurs avaient une marge de manœuvre très étroite car
l’expression « meilleurs efforts » était difficile à définir. Au cours des années plus
récentes, la concurrence dans les pressions générées par l’existence d’un certain
nombre de banques disposées à servir de chef de file et capables de le faire a fait en
sorte que les emprunteurs exigent de toute banque désireuse de servir de chef de file de
prendre un engagement ferme de fournir les fonds envisagés avant de recevoir le
mandat pour monter le crédit consortial. Les principales syndications bancaires se sont
conformées à cette exigence en créant un groupe de gestion constitué de banques qui
sont disposées à prendre tout le crédit concerné dans leurs portefeuilles si elles se
retrouvent dans l’impossibilité de le placer auprès d’un groupe plus élargi de banques.

La banque chef de file et le groupe de banques chargé de la gestion du crédit


consortial doivent en général disposer d’énormes ressources parce qu’elles s’engagent
souvent à fournir des sommes extrêmement importantes à l’emprunteur.(3) Cette
exigence limite la participation, en qualité de chef de file ou de banque membre du
groupe de gestion, aux plus grandes banques pour les gros crédits. L’importance pour
un bailleur de fonds d’être en mesure de garantir à l’emprunteur qu’il réussira à placer
tout le crédit sollicité a donnée un avantage comparatif considérable aux banques
commerciales du fait de la grande capacité de celles-ci à prendre une partie du crédit
envisagé dans leurs portefeuilles, par rapport aux banques d’affaires qui doivent placer
tout le montant du crédit concerné. Manquant de ressources financières propres, les
principales banques d’affaires éprouvent de plus en plus de difficultés à affronter la
concurrence dans le rôle de chef d file des crédits consortiaux et leur part de marché a
connu une réduction substantielle au cours de ces deux dernières années. La nécessité
d’être capable d’engager des sommes énormes fait également en sorte que les banques
régionales des Etats-Unis d’Amérique ne soient pas susceptibles de jouer un rôle
significatif dans le pilotage des grands crédits consortiaux.

Plusieurs autres facteurs amènent les emprunteurs à préférer une banque à une
autre pour assurer le rôle de banque membre du groupe de gestion :

(1) Les relations tissées par l’histoires ; par exemple, certaines banques sont
purement et simplement les banques de certains pays ou entreprises ; (2)
l’évaluation par l’emprunteur des capacités professionnelles de la banque et les
états de services ou réputation de la banque en matière de mobilisation des
fonds ; ou (3) la concurrence des prix et des conditions lorsqu’un emprunteur
lance un appel d’offres auprès de plusieurs grandes banques et choisit la banque
chef de file en fonction de l’offre la plus intéressante. Certains grands
emprunteurs ont une politique consistant à confier la gestion de leurs crédits

3
suivant un système de rotation entre certaines banques pour pérenniser leur
rapports avec ces banques.

PLACEMENT D’UN CREDIT CONSORTIAL

Dès qu’une banque a reçu le mandat d’un emprunteur et mis en place un groupe
de gestion qui œuvre au placement du crédit. Si le groupe a déjà engagé l’intégralité du
montant du crédit à l’emprunteur, l’effort de placement vise essentiellement à réduire
la part du crédit qui sera prise par la banque chef de file et par les autres membres du
groupe de gestion.

Selon les pratiques qui ont cours sur le marché, la banque chef de file doit
prendre une part du crédit consortial qui est au moins égale à celle de toute autre
banque participante. La « règle qui prévaut » actuellement semble vouloir qu’à
l’exception des gros crédits, la part de la banque chef de file représentera 10 % ou plus
du montant total du crédit concerné. Actuellement, il est inadmissible qu’une banque
monte un crédit, perçoive une commission pour cela et de ne prenne pas une partie du
crédit dans son portefeuille. Les autres banques du groupe de gestion doivent
également garder une grande proportion du crédit pour préserver leurs intérêts à long
terme dans le crédit.

La banque chef de file assume la responsabilité fondamentale pour le


placement du crédit, bien que toutes les banques membres du groupe de gestion
participent à cet effort. Souvent, les autres banques contactent l’emprunteur et lui
expriment leur intention de participer au crédit et les noms de ces banques peuvent
être communiquer au gestionnaire chef de file. Parfois, l’emprunteur précise même
que certaines banques doivent avoir la possibilité de participer. Par ailleurs, le bureau
Londonien de montage des crédits consortiaux de chaque grande banque garde les
dossiers des crédits consortiaux accordés par 500 autres banques. Les systèmes
d’archivage varient en sophistication et en contenu mais les dossiers contiennent en
général la liste des banques qui ont participé à diverses syndications. Ces données
aident le bureau de montage des crédits consortiaux (ou bureau de syndication) à
identifier les banques susceptibles de s’intéresser à tel ou tel emprunteur. Les dossiers
s’étoffent également avec les informations glanées grâce aux contrats avec les autres
banques du marché de Londres.

Ces informations recueillies par des contrats informels indiquent les banques
qui seraient disposées à accroître leur portefeuilles et à quelles conditions ainsi que les
banques qui ne sont pas disposées à accroître leur exposition à des pays spécifiques en
matière de crédit. Si le crédit est intéressant, une poignée de banques peut être
contractée. Certains crédits sont manifestement difficiles à placer et nécessitent plus
d’efforts.

Les banques pouvant potentiellement participer fondent en général leur décision


de participer sur leur propre évaluation de la qualité du crédit concerné en tant
qu’investissement ; Par exemple, sur les considérations liées aux risques (la

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solvabilité), la rentabilité et sur le fait de savoir si leur participation se conforme aux
limites du pays établies par elles-mêmes. La participation aux opérations conjointes et
les relations qui s’imposent avec la banque chef de file ou avec les autres banques du
groupe de gestion ont un impact très limité sur la décision des banques de participer à
un crédit.

Pour décider d’être chef de file ou de participer à un crédit en eurodevises,


certaines banques essayent de tenir compte des avantages induits ou collatéraux, tels
que l’expansion en d’autres activités avec les emprunteurs, ainsi que les risques et de
la rentabilité. Dans les Crédits consortiaux en Eurodevises tout comme dans les crédits
accordés localement, ces avantages induits sont extrêmement difficiles à quantifier
d’avance et sont généralement analysés dans la plupart des banques en termes
qualitatifs. On pense en général que la plupart des avantages induits en termes
d’accroissement de l’activité bancaire avec l’emprunteur reviennent à la banque chef
de file de la syndication.

Les banques invitées à participer aux crédits consortiaux sont généralement de


grandes banques qui sont plus actives dans les finances internationales. Les banques
régionales des Etats-Unis d’Amérique ne sont en général pas considérées comme
grandes participantes au marché bien qu’elles soient plus actives en 1976 et 1977
qu’en 1975, mais pas aussi actives qu’en 1973 et au début de 1974. Ces banques
régionales américaines vont probablement se retirer davantage du marché si leur
demande locale de crédits augmente.

Les modalités et conditions du crédit sont présentées aux potentiels participants


essentiellement sur la base de ce que « c’est à prendre ou à laisser », en vue de
minimiser le processus de négociation et d’accélérer le placement. Après la totale
souscription du crédit, les banques participantes peuvent proposer des modifications au
libellé des documents du crédit mais ces amendements sont généralement mineurs.

La plupart des accords de prêt comportent des dispositions interdisant aux


banques participantes de céder leurs droits et obligations sans le consentement de
l’emprunteur, et dans certains cas, de la banque chef de file. La raison de cette
restriction à l’égard des banques participantes est qu’il peut y avoir des négociations
complexes entre l’emprunteur et les banques pourvoyeuses de fonds durant la vie du
Crédit, éventuellement sur le rééchelonnement des paiements ou sur d’autres
ajustements des modalités et des conditions. L’emprunteur et la banque chef de file
veulent pouvoir exercer un certain contrôle sur les banques qui pourraient participer
aux négociations. Mais habituellement, il n’y a aucune restriction sur la possibilité
pour une banque participante de céder une sous-participation.

LE ROLE DE LA BANQUE CHEF DE FILE

Le rôle et surtout la responsabilité de la banque chef de file font actuellement


l’objet d’un vif débat. La banque chef de file est en général la seule banque à négocier
directement avec l’emprunteur bien que pour certains gros crédits consortiaux, celui-ci

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puisse traiter avec plus d’une banque. La banque chef de file est également
responsable de la diffusion du mémorandum d’information décrivant la transaction et
fournissant toutes les informations disponibles sur l’emprunteur. Le mémorandum
d’information peut-être élaboré par la banque chef de file pou par l’emprunteur. Dans
presque tous les cas, l’emprunteur plutôt que la banque chef de file certifie que le
mémorandum d’information est exact.

Les banques chefs de file examinent attentivement ces mémorandums


d’information pour s’assurer qu’ils contiennent des faits et des statistiques utiles à un
prêteur potentiel. Les mémorandums contiennent plusieurs déclarations indiquant que
ces mémorandums n’excluent pas une évaluation indépendante du crédit par les
participants potentiels. (4) En outre, les accords de crédits contiennent souvent des
clauses explicites aux termes desquelles les banques participantes certifient avoir
procédé à une analyse indépendante du crédit.

Les clauses des mémorandums de placement indiquent leur nature de document


d’information plutôt que d’analyse et les clauses des accords de crédits aux termes
desquelles chaque banque participante reconnaît avoir procédé à une analyse
indépendante du crédit constituaient la pratique communément observée bien avant le
procès « European-Américan – Colocotronis ». Ce procès a fait que les avocats des
banques examinent les clauses de renonciation avec plus d’attention et que les
responsables des banques chargés de la diffusion des mémorandums réexaminent
ceux-ci pour en expurger l’analyse indépendante. Au moins une grande banque est
actuellement entrain d’élaborer une déclaration mettant en exergue ce qu’elle
considère comme relevant de sa responsabilité dans le cadre de la gestion d’un crédit
consortial en eurodevises.

Une banque chef de file va également élaborer des documents internes


spécifiquement consacrés à l’analyse des crédits par son comité des crédits. L’essentiel
de cette information et de cette analyse interne intervient avant la prise de la décision
d’entrer dans la course pour la position de chef de file d’une syndication. Ces
documents donnent en général une évaluation de l’emprunteur et quelques estimations
quantitatives des avantages à long terme qui pourraient découler du fait d’être chef de
file de la syndication.

LA BANQUE MANDATAIRE / AGENT

En plus de la banque chef de file qui a négocié le crédit, il y a également la


banque mandataire / agent dans le crédit consortial. La banque mandataire/ agent est
généralement la banque chef de file mais dans certains crédits le groupe de gestion
peut convenir qu’une autre banque sera l’agent.

Le rôle de la banque agent est bien défini dans l’accord de crédit. Il consiste à
faire les décaissements, à percevoir les paiements, à calculer les taux d’intérêt
appropriés et à s’assurer que l’emprunteur honore ses divers engagements prévus par
l’accord de crédit. La banque agent veille à la notification aux participants de tous les

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problèmes relatifs au crédit et à fournir les autres informations pertinentes sur le crédit
aux banques participantes. Les banques perçoivent en général une rémunération
relativement modeste pour leurs prestations d’agent. Mais, les responsabilités de la
banque agent la mettent en contact étroit avec l’emprunteur, ce qui rend son rôle
intéressant.

TARIFICATION D’UN CREDIT CONSORTIAL

Les crédits consortiaux sont en général tarifiés de manière à produire un


rendement supérieur au taux d’intérêt interbancaire de Londres. (LIBOR). Dans la
plupart des cas, les diverses commissions de gestion, de participation et d’engagement
augmentent les marges des banques et sont souvent utilisées pour camoufler les
marges déclarées. Mais la marge au-dessus du LIBOR rapporte l’essentiel des
bénéfices nets des banques.

Le LIBOR qui est le taux de base sur lequel s’ajoute la marge se calcule en
établissant la moyenne des taux d’intérêt pratiqués sur les dépôts bancaires par un
groupe de trois à cinq banques de référence, choisies de manière à être représentatives
des banques qui accordent le crédits concerné. La liste des banques de référence
spécifiques figure généralement dans l’accord de crédit et les ajustements ne sont pas
faits pour aider les banques qui peuvent avoir à payer une prime supérieure au taux de
référence pour mobiliser les fonds sur le marché.

Les emprunteurs doivent également payer des commissions qui rapportent aux
banques pourvoyeuses de fonds des recettes en plus de la marge brute. C’est ainsi que
la banque chef de file négocie souvent avec l’emprunteur des commissions de l’ordre
de 0,5 à 0,75 % du montant total du crédit (5). Les commissions peuvent être élevées
si elles sont nécessaires pour rendre le crédit acceptable et intéressant pour le marché.

La banque chef de file fixe alors dans une grande mesure la répartition du
produit de ces commissions parmi les diverses banques participantes au crédit. Le
produit des commissions se reparti en général en deux volets : les commissions de
participations et les commissions de gestion. Les commissions de participation sont
versées à toutes les banques participantes au crédit concerné et sont un pourcentage du
montant prêté par chaque banque participante. Ce pourcentage peut être le même pour
tous les participants ou plus élevé pour les grands participants. Dans ce dernier cas, le
différentiel sert à récompenser le groupe de gestion car les gestionnaires prennent
presque toujours les plus grosses parts.

Dans la plupart des cas, la banque chef de file ne distribue pas tout le revenu
disponible au titre de commission de participation ; ce qui reste s’appelle Commission
de gestion. La commission de gestion est distribuée aux gestionnaires, généralement
au prorata du montant du crédit que chacun d’eux avait accepté d’apporter avant la
syndication (à savoir la portion souscrite). Tout revenu qui reste après cette
distribution est conservé par la banque chef de file comme récompense additionnelle.
La proportion du produit des commissions retenue par le gestionnaire est déterminée

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par la concurrence et les pressions du marché – la Banque chef de file pouvant avoir à
la partager plus également pour attirer d’autres banques dans le groupe de gestion.

COMMISSIONS ET DISTRIBUTION

Voici comment le produit des commissions pourrait se distribuer :

Un crédit consortial de 100 millions de dollars a été conclu avec un groupe de


gestion (comprenant la banque chef de file) de cinq banques et dix autres banques
participantes. Chaque banque membre du groupe de gestion s’était engagée avant la
syndication d’apporter jusqu’à 20 % du Crédit. Après la syndication, chaque banque
membre du groupe de gestion a apporté 10 % du crédit et chaque autre banque
participante a apporté 5 % du Crédit . Le total du produit des commissions s’élevait à
0,5 % du Crédit. Chaque banque participante a reçu une commission de participation
représentant 0,25 % du montant fourni et chaque banque membre du groupe de
gestion a reçu 125 % de la portion du crédit pour laquelle elle s’était initialement
engagée. Le reste du produit des commissions, 125 % du montant total du crédit, a été
retenu par la banque chef de file.

Le produit des commissions se repartirait en fonction des critères suivants :

Désignation Participation Gestion pilotage


Banque (ne faisant Banque (autre que le Banque chef de file
pas partie du groupe chef de file)
de gestion)
Commission de 12.500 dollars 25.000 dollars 25.000 dollars
Participation (0,25 %)
Commission de gestion - -
(12,5 %) - - 25.000 dollars
Retenue par la banque
chef de file (12,5 %)
Total 12.500 dollars 50.000 dollars 175.000 dollars

En plus de ces commissions, les crédits consortiaux en eurodevises sont en


général également frappés d’une commission d’engagement. Celle-ci est similaire à
une commission imposée sur les crédits locaux et consiste en un forfait versé à chaque
participant pour la portion non utilisée du crédit.

Les différents emprunteurs paient des taux d’intérêt différents sur leurs
emprunts. En théorie, les différences entre les taux d’intérêt devraient, dans une large
mesure, traduire les différences entre les degrés de solvabilité des différents
emprunteurs. Déterminer la différence de solvabilité des différents emprunteurs
constitue un exercice très imprécis dans la plupart des banques car les informations
historiques sur lesquelles l’on peut s’appuyer pour prévoir le non remboursement des
crédits étrangers sont fort limitées. Les facteurs de la concurrence jouent également un
rôle car certains emprunteurs sont bien connus d’un grand nombre de banques et

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peuvent lancer des appels d’offres alors que d’autres emprunteurs sont moins bien
connus et ont de ce fait peu d’alternatives.

En plus du calcul des risques escomptés et des facteurs de compétition, l’autre


déterminant des marges des taux d’intérêt c’est le niveau d’endettement déjà atteint par
certains emprunteurs potentiels sur le marché. Dans certains cas, les potentielles
banques participantes ont atteint les limites internes établies sur les crédits à des
emprunteurs spécifiques… Par conséquent, pour obtenir des crédits additionnels, les
grands débiteurs doivent offrir une rentabilité plus élevée soit pour amener les banques
à étendre leurs limites internes pour l’emprunteur concerné ou pour rendre le crédit
intéressant aux banques qui autrement n’auraient pas prêté à ce débiteur. Si deux
emprunteurs sont appréciés comme étant des risques équivalents, celui d’entre eux
dont l’encours de la dette est plus élevé pourrait avoir à payer un taux plus élevé parce
que les bailleurs de fonds ne veulent pas accroître leur exposition à cet emprunteur
sans une compensation additionnelle. Dans l’autre cas extrême, certains emprunteurs
qui sont totalement nouveaux sur le marché peuvent avoir à payer un taux d’intérêt
quelque peu plus élevé.

Dans l’ensemble, les liquidités disponibles dans les banques et la demande des
crédits semblent influencer tant le niveau général des taux d’intérêt que les différences
des taux d’intérêt appliqués aux différents emprunteurs. Dans le cas où la demande
interne des crédits aux Etats Unis d’Amérique et dans d’autres pays industrialisés est
faible par rapport aux liquidités disponibles dans les banques, la concurrence entre les
banques réduira le niveau général des taux d’intérêt sur les crédits en eurodevises.
Quand les banques sont relativement liquides et que les demandes de crédit émanant
d’emprunteurs très solvables sont limitées, les banques semblent disposées à prêter aux
emprunteurs moins crédibles et de ce fait, le différentiel entre les emprunteurs
crédibles et les moins crédibles se rétréci. Inversement, si la demande des crédits
augmente, les taux d’intérêt appliqués en moyenne sur les crédits consortiaux en
eurodevises vont croître, la différentiation des coûts aux emprunteurs de différentes
réputations augmentera et certains emprunteurs marginaux pourraient marquer leur
réticence à s’endetter à des conditions non favorables.

PERSPECTIVES D’AVENIR

Le crédit bancaire consortial en eurodevises s’est avéré une technique souple de


mobilisation de fonds énormes pour financer les prêts à une gamme variée de
débiteurs. Le marché des crédits consortiaux opère dans un cadre régi par une série de
règles de conduites bien connues et comprises mais non écrites qui s’adaptent pour
faire face aux mutations qu’enregistre ce secteur.

Par le mécanisme des crédits consortiaux, les banques sont en mesure


d’accorder d’énormes montants de crédits dans un bref délai. Deux facteurs expliquent
cette souplesse. Premièrement, le marché des crédits consortiaux fonctionne dans une
large mesure sur la base de contrats personnels étroits entre les responsables
Londoniens des principales banques participantes. Ce contact permet une interaction

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en temps opportun entre les participants potentiels à un crédit. Deuxièmement, il
semble que les hauts cadres stratégiques des principales banques ont élaboré des
directives prédéterminées sur leur politique de prêt aux grands emprunteurs sur le
marché et les taux d’intérêt et marges minimaux souhaités qui permettent aux
responsables des crédits consortiaux et aux autres dirigeants des banques de prendre
des décisions rapides pour contribuer à la cogestion ou participer à un crédit consortial.

En plus de sa souplesse, un avantage important du marché est qu’il offre aux


banques sans réseaux mondiaux la possibilité de diversifier leurs portefeuilles grâce à
la participation aux crédits consortiaux accordés aux emprunteurs avec lesquels elles
n’auraient pas été en mesure de nouer des contacts par celles-mêmes. Evidemment, il y
a la possibilité que cette opportunité de diversification de portefeuille amène les
banques à accorder le crédit aux emprunteurs sur lesquels elles n’ont pas assez
d’informations.

NOTES

1) Certains crédits font seulement la distinction entre le groupe de gestion et les


autres banques pourvoyeuses de fonds. Pour les grands crédits un cogérant
spécifique peut être désigné pour les banques qui ont apporté un montant
supérieur à un montant précis.

2) Le degré de simultanéité des négociations avec l’emprunteur et les membres


potentiels du groupe de gestion peut varier d’une transaction à l’autre. Dans
certains cas, la banque chef de file mettra bien en place son groupe de gestion
avant d’obtenir un mandat ferme de l’emprunteur ; dans d’autres cas,
l’obtention du mandat peut en réalité intervenir avant tout engagement ferme
des banques membres du groupe de gestion.

3) Voir Liddel, Crédits consortiaux en Eurodevises : Le Glissement vers les


Grandes Banques, The Banker, novembre 1976 et 1221-1223.

4) Une déclaration typique pourrait se formuler de la manière suivante :


« Le présent document est distribué à un nombre restreint de banque. Le
contenu a été vérifié par (Nom de l’emprunteur) qui estime qu’il donne une
description précise et représentative de la situation économique actuelle et
future de (Nom l’emprunteur). Ni les banques membres du groupe de gestion ni
leurs filiales ne font aucune interprétation, explicite ou implicite, quant à
l’exactitude et à l’exhaustivité du document et les banques doivent faire leur
propre évaluation du crédit concerné ».

5) Par exemple, sur un crédit à échéance de cinq ans avec un taux d’intérêt de
1,5 % au-dessus du LIBOR, une commission de 0,75 % va majorer le
rendement de dix neuf (19) points de base, soit l’équivalent d’une augmentation
de 13 % des bénéfice nets.

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