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Revue d'économie du

développement

Amartya Sen et la mesure de la croissance économique et du


développement social
Jacques Silber

Citer ce document / Cite this document :

Silber Jacques. Amartya Sen et la mesure de la croissance économique et du développement social. In: Revue d'économie du
développement, 9e année N°3, 2001. pp. 107-135;

doi : https://doi.org/10.3406/recod.2001.1066

https://www.persee.fr/doc/recod_1245-4060_2001_num_9_3_1066

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Résumé
Cette étude essaye avant tout d'expliquer la façon dont Sen conçoit la mesure de la croissance
économique et du développement social. Les premières sections montrent que son approche est
intrinsèquement liée à son analyse des comportements individuels et qu'elle dérive de la distinction
qu'il fait entre ressources, performances (Functionings) et capacités (Capabilities ). On retrouve aussi
ces concepts dans ses travaux sur la mesure du bien-être social. Les sections suivantes résument les
éléments essentiels d'une analyse théorique de la mesure de l'inégalité et de la pauvreté, sujets
auxquels Sen a fait des contributions extrêmement importantes. Les dernières sections décrivent les
apports de Sen à l'analyse de la discrimination sexuelle et raciale, l'importance qu'il attribue à la
mortalité comme indicateur du succès ou de l'échec économique et finalement ses études sur la
malnutrition et les famines.

Abstract
Amartya Sen and the Measure of Economie Growth and Social Development
This study attempts to explain the way Sen defines economic growth and social development. His
approach is derived from an analysis of individual behavior that makes a distinction between
Resources, «Functionings» and «Capabilities». These concepts have evidently implications concerning
the measure of social welfare. The paper summarizes also the main elements of the theory of
inequality and poverty measurement, topics to which Sen made basic contributions. The study ends by
a description of Sen's analysis of sexual and racial discrimination, his thesis on the central role that
should be given to mortality as a measure of economic success or failure and his work on malnutrition
and famines.
Amartya

et la mesure
Sen

de la croissance économique

et du développement social

Jacques Silber*

Cette
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Amartya Sen and the Measure of Economie Growth


and Social Development

This study attempts to explain the way Sen defines economic growth and social
development. His approach is derived from an analysis of individual behavior that
makes a distinction between Resources, « Functionings » and « Capabilities ».
These concepts have evidently implications concerning the measure of social wel¬
fare. The paper summarizes also the main elements of the theory of inequality
108 Jacques Silber

I / Introduction1

s'est
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si
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lar¬
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les
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Un autre économiste célèbre, Buchanan, qui s'est intéressé davan¬


tage au concept d'ordre social, partage dans une large mesure les opi¬
nions de Stigler. Dans un livre publié avec Brennan (cf. Brennan et
Buchanan, 1985), il affirme que l'hypothèse d 'homo oeconomicus est
utile, non pas parce qu'elle est la meilleure représentation du comporte¬
ment humain, mais parce qu'elle permet de vérifier l'hypothèse selon
laquelle les institutions servent à transformer l'intérêt particulier en
intérêt public. Pour ces deux auteurs l'hypothèse de Y homo oeconomicus
n'exclut pas « la possibilité que chaque individu puisse être motivé par
certaines considérations éthiques ou morales, à condition de faire
l'hypothèse
d'autre ». qu'une telle conduite éthique ne bénéficie pas à quelqu'un

Amartya Sen, le lauréat du prix Nobel d'économie en 1998, a pris


des positions fort différentes de celles de Stigler et Buchanan, lauréats,
eux aussi, du prix Nobel. L'originalité de sa pensée ainsi que sa carrière
prestigieuse méritent qu'on examine de plus près les contributions de

breux1 commentaires
L'auteur remercie
et leurs
vivement
suggestions
Fanny fort
Silber,
utiles.
Hillel Rappoport et Josiane Vero pour leurs nom¬
Amartya Sen 109

Sen1. Dans les pages qui suivent on a tenté de résumer ses travaux et ce
que l'on peut en apprendre. Il s'agit là d'une tâche assez ambitieuse,
sinon prétentieuse. Aucune tentative de synthèse n'a été faite. On a plu¬
tôt essayé de suivre chronologiquement ses idées et de comprendre dans
quelle direction elles se sont développées.
Les travaux de Sen couvrent en fait de nombreux domaines puis¬
qu'il s'est intéressé à des sujets aussi variés que l'économie du dévelop¬
pement, la philosophie, la théorie des choix sociaux et la mesure de
l'inégalité
vaux dans etundeseul
la pauvreté.
article. OnIl aest
donc
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impossible
de mettre
de résumer
l'accent ses
surtra¬
les

thèmes liés à la croissance économique et au développement social. Il


est cependant clair que pour apprécier pleinement les contributions de
Sen dans ces domaines, il sera nécessaire, à diverses reprises, de rap¬
peler les positions qu'il a prises dans d'autres travaux.
En lisant Sen, on se rend compte en fait que le développement de sa
pensée suit une certaine logique et on y découvre une sorte de fil
conducteur, même s'il n'est pas toujours chronologique. D'un côté, Sen
s'est relativement beaucoup répété, mais le secret de l'enseignement
n'est-il pas dans la répétition ? D'un autre côté, Sen a su dériver, de
façon remarquable, les implications des quelques idées de base qui sem¬
blent l'avoir guidé tout au long de sa carrière pour l'analyse des diffé¬
rents problèmes auxquels il s'est intéressé.
Quelles sont donc ces idées directrices ? En lisant les premières
publications de Sen, on se rend déjà compte qu'il ne partage pas les
points de vue de Stigler ou de Buchanan, mentionnés précédemment,
et n'adopte pas l'hypothèse simplificatrice de Yhomo oeconomicus. Ses
connaissances philosophiques lui permettent d'analyser pleinement les
motivations fondamentales du comportement individuel et le portent à
conclure que pour comprendre les actions de l'individu, les éco¬
nomistes devraient tenir compte du fait que cet individu est égale-

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110 Jacques Silber

ment guidé par des contraintes éthiques, malgré l'importance


attache au bien-être matériel1. Ce point de vue humaniste ex
également les prises de positions de Sen (qui a une connai
remarquable des travaux des économistes classiques, y compris
par rapport à la mesure du développement économique ou vi
des inégalités sociales et de la lutte contre la malnutrition

discrimination,
idées de Sen. thèmes qui constitueront l'essentiel de ce surv

Dans la section qui suit nous essayerons d'abord de compren


façon dont Sen suggère d'analyser les comportements indiv
Nous examinerons ensuite les problèmes de mesure auxquels Sen
beaucoup intéressé, qu'il s'agisse de la mesure du développemen
nomique (section III), de celle de l'inégalité (section IV), de la
vreté (section V), de la discrimination sexuelle et raciale (sectio
ou du rôle central que Sen entend donner à la mortalité comme
cateur du succès ou de l'échec économique (section VII).
terminerons ce survol (section VIII) par une présentation de cer
de ses suggestions dans le domaine de la politique économiq
sociale, essentiellement ses recommandations concernant la
contre la malnutrition et les famines dans les pays en vo
développement.

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Amartya Sen 111

II / L'analyse du comportement individuel

consommateur
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A) Le comportement individuel
dans les pays en voie de développement

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celle
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plus
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le
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112 Jacques Silber

consacrée à l'allocation du travail dans une entreprise coopérative (Sen,


19666).
Sen (19666) y a repris la distinction classique, faite originellement
par Marx, entre rétribution selon le travail ou selon les besoins. Il a
ainsi montré d'une part qu'un système de distribution fondé entière¬
ment sur une prise en considération des besoins conduit à une utilisa¬
tion non optimale des ressources en travail, car l'effort fourni ne sera
pas suffisant. Mais Sen explique d'autre part qu'une distribution en
fonction du travail fourni ne serait pas optimale non plus, puisque
alors trop d'efforts seraient prodigués. Selon Sen ces conclusions ne
varieront pas si l'on suppose que les membres de la coopérative ne sont
pas « égoïstes » et tiennent également compte du bien-être des autres
membres, tant qu'ils donnent plus d'importance à leur bien-être qu'à
celui des autres.
d'institution consiste
Sen démontre
à rétribuer
alors
sesque
membres
la règleen
optimale
fonction
dans
du ce
travail
type

fourni et des besoins des individus.


Ce problème des incitations auxquelles font face des individus
appartenant à un groupe donné a été également analysé par Sen dans
une étude consacrée au taux optimal d'épargne (Sen, 1961). Reprenant
le thème du dilemme du prisonnier, il montre que, dans certaines cir¬
constances, un individu peut accepter d'épargner plus, c'est-à-dire de
renoncer à une partie de sa consommation au profit de celle de généra¬
tions futures, à condition d'être sûr que les autres agiront de même. La
solution d'un tel jeu est évidemment l'adoption d'une sorte de contrat
social, c'est-à-dire la mise en place d'investissements publics. Ces der¬
niers impliquent le choix d'un taux d'actualisation et dans deux essais
(Sen, 1967 ; Sen, 1982a) Sen présente une analyse très élaborée du
choix de ce taux dans une analyse coûts-bénéfices. Il y montre la diffé¬
rence entre les éléments dont tiennent compte les individus dans leurs
choix privés et qui déterminent le taux du marché et ceux pris en consi¬
dération lorsque des décisions publiques sont en jeu.
Un autre aspect important dans le domaine de la planification du
développement est celui de la sous-utilisation de la force de travail,
qu'il s'agisse de chômage effectif ou déguisé. Sen a examiné ce pro¬
blème dans plusieurs essais (par exemple Sen, 1968, et Sen, 1975) où il
a recommandé de favoriser l'emploi parmi les personnes les plus dému¬
nies. Une telle stratégie, selon lui, n'implique pas nécessairement un
coût social. Elle a de plus l'avantage d'augmenter la consommation (de
nourriture essentiellement) des plus nécessiteux, ce qui diminue le dan¬
ger des famines, un sujet sur lequel nous reviendrons ultérieurement.
Amartya Sen 113

L'évaluation de projets d'investissements soulève en fait deux ques¬


tions importantes : comment tenir compte du degré d'information fort
imparfait dont dispose la personne chargée de faire des choix et com¬
ment doit-elle pondérer des objectifs différents, mais tout aussi loua¬
bles, tels l'accroissement de la longévité et celui du niveau de vie ? Sen
(1975) suggère de ne pas faire de recommandations ponctuelles (telles
qu'évaluer un projet selon un taux d'actualisation précis) mais plutôt
de faire des simulations en fonction de diverses hypothèses (baser ses
évaluations sur toute une série de taux d'actualisation). Il est évident
que dans ce cas on parviendra souvent à ne classifier que partiellement
les projets. On conclura par exemple que le projet A est préférable au
projet B mais on risque d'être incapable de décider si le projet C est
meilleur ou moins bon que les projets A et B. Ce type de problème
n'est d'ailleurs
sements. C'est enpas
effetspécifique
une des difficultés
à l'évaluation
couramment
de projets
rencontrées
d'investis¬
en

théorie des choix sociaux lorsque l'on essaye d'agréger des préférences
individuelles et nous verrons ultérieurement comment Sen a abordé ce
problème. Nous allons auparavant présenter les lignes directrices de ce
qu'il convient probablement d'appeler « la théorie du consommateur »
selon Sen, c'est-à-dire la distinction qu'il a faite entre biens, caractéristi¬
ques, performances (functionings) et capacités.

B) Biens, caractéristiques,
performances (functionings) et capacités
ou la théorie du consommateur selon Sen

Sen reprend au départ une distinction faite à l'origine par Lancaster


(1966) selon laquelle il faut faire la différence entre biens et carac¬
téristiques.

1) Les biens et les caractéristiques


Pour Lancaster (1966) l'acquisition d'un bien par un individu ne peut
se comprendre qu'à partir des caractéristiques qu'il possède. L'achat de
nourriture par exemple permet à un individu de satisfaire sa faim,
d'obtenir un certain nombre de composants nutritifs (protéines, calo¬
ries, etc.) ou de lui procurer le plaisir de la gastronomie. Cette acquisi¬
tion pourra être également utile pour développer des contacts sociaux si
les aliments ont été achetés pour préparer un repas où participeront
divers invités. La connaissance des caractéristiques des différents biens
114 Jacques Silber

possédés par un individu n'est cependant pas suffisante pour évaluer


bien-être car ce dernier dépend de ce que Sen a appelé functionings
concept que nous avons traduit par le terme « performances ».

2) Les performances ( « Functionings » )

Sen nous explique que l'information que l'on peut posséder su


caractéristiques d'un bien ne nous permet pas nécessairement de sa
ce que l'individu va pouvoir accomplir, sur la base des caractéristi
qui sont à sa disposition. Ainsi une personne souffrant d'une parasi
empêchant l'absorption de certains composants nutritifs, risque for
souffrir également de malnutrition, même si elle consomme la m
quantité de nourriture qu'un individu n'ayant pas ce handicap et p
lequel cette quantité de nourriture serait largement suffisante.
Il est donc impossible de se limiter à une analyse des caractér
ques des biens des individus pour évaluer le niveau de leur bien-êtr
est indispensable d'étudier aussi leurs performances, ce que Se
appelé functionings. Ce terme désigne en fait ce qu'un individu parv
à faire avec les biens et les caractéristiques dont il dispose. Sen co
dère donc que le bien-être d'un individu n'est pas déterminé pa
richesse, la quantité de biens qui sont en sa possession, car ces bien
sont qu'un moyen lui permettant d'atteindre un certain niveau de b
être. Ce dernier ne peut être lié qu'au genre de vie qu'il parvie
mener, à ce qu'il arrive à faire ou être. Il convient à ce propos de n
que l'accent mis sur les performances (functionings) d'un individu
met d'éviter le genre de piège dans lequel on pourrait tomber si l'o
contentait d'estimer le bien-être d'un individu à partir de ce que ce
nier peut ressentir. Comme l'écrit si bien Sen, « un pauvre individu
souffre de malnutrition mais a toujours vécu dans un état de pén
peut s'être fort bien habitué à vivre avec un estomac à moitié v
Quelques petites satisfactions occasionnelles lui procureront peut
même de la joie car il a appris à ne pas désirer plus que ce qu
semble réaliste comme objectif ». Ce genre d'attitude men
n'implique évidemment pas qu'une telle personne ne souffre pas de
vations et qu'elle n'attache aucune valeur à leur suppression1.
Amartya Sen 115

Le dernier concept dont Sen a besoin pour évaluer le bien-être d'un


individu est celui de « capacités ».

3) Le concept de « Capacités »

Si la « performance » d'un individu peut être jugée en fonction du


type de vie qu'il parvient à mener, il convient de faire la distinction,
selon Sen, entre sa performance effective et la faculté, la capacité,
qu'il peut avoir de choisir entre divers types de « performances ». De
la même façon que la contrainte budgétaire dans la théorie néo¬
classique du consommateur indique les diverses combinaisons de biens
qu'un individu peut acquérir, sa « capacité de performances » exprime
la liberté qu'une personne a de choisir entre différents modes de vie.
Une telle latitude peut d'un côté être considérée comme l'une de ces
libertés fondamentales qui constituent l'essence d'une bonne société
(voir Sen, 1992). Mais on peut tout aussi bien dire que le niveau de
bien-être d'un individu dépend de cette « capacité de performance »
dans la mesure où avoir la possibilité de choisir ne peut qu'enrichir la
vie. Une telle approche a évidemment des conséquences sur la façon
dont il convient d'évaluer le niveau de développement économique, le
sujet de la section qui suit.

III / La mesure du développement

ressantes
solide
nismes
Les mais
internationaux.
recommandations
non
aussi
seulement
parce qu'elles
parce
faites qu'elles
par
ont Sen
été ont
dans
adoptées
uncefondement
domaine
par certains
sont
théorique
orga¬
inté¬

A) Les aspects théoriques


liés à la mesure du « bien-être » social

Les questions abordées par Sen dans ce domaine concernent à la


fois le problème de la préférence révélée et celui de l'agrégation des
préférences.
116 Jacques Silber

1) Le principe de la « préférence révélée »

La formulation la plus stricte de cette théorie a été proposée par


Samuelson (1947) lorsqu'il a affirmé qu'une personne doit être consi¬
dérée comme préférant le panier de biens x à un autre panier y si elle
choisit le panier x parmi un ensemble d'options incluant le panier y.
Cette vue des préférences ignore donc complètement l'état mental de
l'individu qui précède sa prise de décision et identifie totalement le
concept de préférence à celui de choix. Il serait cependant exagéré
d'affirmer que tous les économistes ont adopté une attitude aussi rigide
et il est peut-être plus exact de donner l'interprétation suivante à
l'approche économique concernant les préférences. On dira que préférer
le panier x au panier y, est le résultat d'un état d'esprit conduisant à
choisir le panier x plutôt que le panier y. En d'autres termes, les préfé¬
rences sont révélées plutôt que définies par les choix individuels. Quoi
qu'il en soit, il est clair que pour les économistes il n'y a pas besoin
d'examiner les raisons qui ont conduit au choix. Il suffit de constater le
résultat du processus. Une telle approche a, selon Sen, des implications
considérables en ce qui concerne les choix sociaux.
Pour Sen une telle vue du principe des préférences révélées
condamne en fait toute possibilité d'adopter une approche welfarist.
« Si le fait qu'une personne choisit le panier x plutôt que le panier y ne
prouve pas que x possède des qualités particulières par rapport à y,
comment ce choix peut-il servir de base à l'attribution d'une plus
grande valeur sociale à x qu'à y ? » (voir Sen, 1985).
De façon générale Sen critique assez sévèrement le point de vue,
majoritaire chez les économistes, selon lequel une analyse empirique des
préférences ne peut être basée que sur une étude du comportement de
l'individu, que ce soit comme consommateur ou producteur. Une telle
approche a conduit les économistes à considérer que ce comportement
était la seule source d'informations possible sur ses préférences. Sen
(1977a) n'accepte pas cette position, ne serait-ce que parce qu'il existe
d'autres sources d'information (par exemple les enquêtes)1 qui ne sont
pas liées aux choix de l'individu.
Sen critique également la position de nombreux économistes face au
problème de l'agrégation des préférences.

qu'il n'est
vraies1 préférences
II est
pasclair
nécessairement
qu'il
de faut
l'individu
être prudent
certain
(voir Sen,
que
en 1973)
interprétant
les préférences
les réponses
indiquéesdonnées
dans lesdans
réponses
des enquêtes
soient les
et
Amartya Sen 117

2) Le problème théorique de l'agrégation des préférences

Il s'agit d'un domaine où la contribution de Sen a été considérable.


Étant donné le haut niveau d'abstraction de certains de ses travaux,
nous nous limitons à un très bref survol de certaines de ses idées, ce
qui ne rendra évidemment pas compte de l'importance des vues qu'il a
émises sur ce sujet. Ce problème de l'agrégation des préférences peut
d'ailleurs avoir plusieurs significations (voir Sen, 1911b).
Il peut se référer d'abord au processus de prise de décisions par un
comité qui doit adopter une « procédure équitable » avant de choisir
entre plusieurs alternatives dont les mérites respectifs ne sont pas jugés
de la même façon par les différents membres du comité.
La question de l'agrégation des préférences est également pertinente
lorsqu'il s'agit de porter un jugement concernant le bien-être social. Il
arrive par exemple qu'une personne doive décider si un certain change¬
ment est bénéfique pour la société, alors qu'elle sait que ce changement
profitera à certains individus mais causera du tort à d'autres.
Les deux exemples que nous venons de mentionner sont en fait
très différents. Lorsqu'il s'agit des délibérations d'un comité, le pro¬
blème essentiel est de trouver une procédure équitable de prise de
décisions, que l'alternative finalement adoptée soit la meilleure ou
non. Dans le second cas, par contre, le problème concerne essentielle¬
ment l'optimalité de l'option choisie, ce qui fait que l'on va tenir
compte des gains et des pertes des divers membres de la société et
souvent même les pondérer (en donnant par exemple plus de poids
aux pauvres)1.
Sen (1995) pense cependant que ces deux approches sont liées et,
pour le prouver, pose les deux questions suivantes. Premièrement
peut-on vraiment porter un jugement sur les résultats d'un choix
social si l'on ignore le processus qui a conduit à une telle décision2 ?
Deuxièmement est-il possible de porter un jugement sur les procédures

ditionnelle
puisqu'il
tion,
ait
la priorité
ment
publics
bution
pu2par
1 sur
.être
donnée
Ce
(public
Sen
exemple
écrit
leau
de
contraste
causée
(1995)
résultat
choix
qu'
lades
choice
théorie
«enpar
utilités
den'attachant
iln'a
est
des
theory)
bonnes
la
pas
économique
d'ailleurs
difficile
charité,
choix
endeignorant
dont
mal
institutions
sociaux
d'accepter
aucune
l'impôt
àl'un
àladémontrer
du
base
complètement
des
importance
bien-être
ou
C'est
etfondateurs
d'une
l'idée
laceux
torture
enqu'il
controverse
que
fait
qui
au
faut
le»l'on
fut
prétendent
l'essence
fait
processus
répondre
lepuisse
qu'une
prix
fondamentale
Nobel
du
porter
redistribution
être
qui
parconflit
a laBuchanan,
capables
unnégative
conduit
jugement
entre
entreàdonnée
deune
l'école
ceux
età porter
cette
l'approche
sur
telle
qui
des
des
une
question
donnent
unutilités
distribu¬
distri¬
choix
juge¬
tra¬
118 Jacques Silber

du choix social sans tenir compte des conséquences éventuelles de la


décision1 ?
L'approche traditionnelle de la théorie économique du bien-être,
parce qu'elle met l'accent sur les conséquences des choix sociaux,
ignore donc complètement les problèmes liés à la violation des droits et
des libertés. Sen suggère par conséquent d'intégrer dans la théorie des
choix sociaux l'idée d'une garantie des libertés fondamentales (il utilise
le terme « minimales »). Mais il est également possible d'adopter un
point de vue procédural en ce qui concerne cette garantie des libertés,
c'est-à-dire de définir les droits d'une personne ou de vérifier s'ils sont
respectés, quelles que soient les conséquences de cette garantie des
droits2.

Ces considérations théoriques expliquent largement les recomman¬


dations pratiques faites par Sen quant à la mesure du développement
économique.

B) Comment mesurer en pratique


le niveau de développement
économique et social

ment
un
sant
une
peutLes
concept
illustration
d'une
tirer
fondées
comparaisons
enpopularité
deutilisant
sur
comptabilité
intéressante
l'utilisation
internationales
imprudemment
indéniable.
nationale
dudugenre
Produit
Sende
apparemment
de
ce(1987a)
niveaux
conclusions
concept.
national
nous
deLebrut
rigoureux
vie
donne
erronées
rapport
sont
parcependant
générale¬
habitant,
et jouis¬
que
mondial
l'on

du développement publié par la banque mondiale en 1984 indiquait

ainsi
volontaire
on
condition
teuse
ilsibilité
assistance
rendre
ces
leurs
mentionne
arrive
femmes
1sa
2.
droits,
.en
d'agir
publique
Buchanan
Sen
préférence
àressources
qu'une
entre
lade(1995)
bien
leconclusion
qui
II l'État
donne
cas
individus
ladans
telle
que
lui-même
difficulté
recommande
pour
de
mais
»substitution
deux
ces
certains
ces
que
leest
qui
derniers
système
exemples
millions
de
semble
leconsidéré
n'avaient
leur
premier
pays
à ce
soit
leur
situation
de
répondre
de
en
propos
qui
technologiquement
comme
Britanniques
pas
soient
système
marché
voie
montrent
essayé
économique
de
de
négativement
en
une
ne
(Buchanan,
doit
développement
théorie
pas
les
chose
de
qui
être
limites
limiter
l'obtenir,
avaient
accordés
substitué
positive
Un
possible
1986)
à autre
d'une
cette
la en
probablement
seconde
neetlégalement.
théorie
garantie
cas
«etsont
au
telle
laDans
second,
qu'elle
coercition
« approche
intéressant
question
pas
lelaà droit
mesure
ne
l'existence
enpar
ceci
soit
comme
état
de
désir
puisqu'il
Dans
bien
»pas

recevoir
de
est
de
leentendu
l'échange
de
négative,
trop
défendre
celui
premier
justifie
ne
la pos¬
coû¬
une
pas
deà
Amartya Sen 119

qu'entre 1960 et 1982 le taux de croissance annuel du PNB par habi¬


tant était de 5 % en Chine et de 1,3 % en Inde. Sen nous dit que ces
chiffres correspondent à ce qu'un visiteur aurait pu constater en visi¬
tant ces deux pays à cette période. Ce même rapport de la banque
mondiale nous dit qu'en 1982 le pnb par habitant en Chine était supé¬
rieur de 19 % à celui de l'Inde. Si l'on applique maintenant rétrospec¬
tivement les taux de croissance annuels mentionnés précédemment aux
données observées en 1982, on en viendrait à conclure qu'en 1960 le
pnb par habitant devait en Inde être supérieur de 54% à la valeur
qu'il avait en Chine. Or, une telle conclusion serait totalement erronée
puisqu'un expert comme Kuznets a estimé qu'en 1958 le pnb par habi¬
tant était supérieur d'à peu près 20% en Chine.
Pour éviter ce genre d'aberration, Sen nous suggère d'utiliser le
concept de « performance » (functioning) mentionné précédemment,
un concept qui permet une comparaison beaucoup plus réaliste des
conditions de vie. Il s'avère en effet que les performances chinoises
furent généralement nettement supérieures à celles de l'Inde durant
cette période. Le rapport de la banque mondiale pour l'année 1984
nous indique par exemple que l'espérance de vie était de soixante-sept
ans en Chine et de cinquante-cinq ans en Inde, que deux tiers des Chi¬
nois savaient lire alors que le taux d'alphabétisation en Inde était seu¬
lement d'un tiers. Il est vrai que selon d'autres critères les performan¬
ces chinoises étaient moins bonnes, qu'il s'agisse de la capacité à éviter
les famines (il y a eu une très grande famine en Chine durant les
accès
annéeslibrement
1959-1961)
à desousources
de la d'information
possibilité pour
variées
les mais
citoyens
de tels
d'avoir
indi¬

cateurs peuvent être aussi intégrés dans une mesure agrégée des condi¬
tions de vie.
Examinons maintenant les contributions de Sen à l'analyse de
l'inégalité des niveaux de vie.

IV / La mesure de l'inégalité

l'analyse
les
de la
aspects
Lesvie.travaux
demultidimensionnels
l'inégalité
de Sendesdans
revenus.
de
ce l'inégalité
domaine
Par la suite
des
ontSen
niveaux
d'abord
a abordé
et été
de également
la
limités
qualitéà
120 Jacques Silber

A) Les éléments de base de l'analyse de l'inégalité

dernières
nus.L'essentiel
Les bases
années
des
dea ces
travaux
été centré
recherches
sursurla une
mesure
ont analyse
été formulées
de l'inégalité
de la distribution
dans
durant
les travaux
les
destrente
reve¬
de

Kolm (1966), Atkinson (1970) et Sen (1973). L'idée générale est de


choisir comme mesure d'inégalité la diminution relative du revenu total
qui pourrait être obtenue, sans varier le bien-être social, si on redistri¬
buait les revenus individuels de telle façon que chacun ait le même
revenu.

Il y a donc deux raisons pour lesquelles une distribution inégale des


revenus est néfaste (cf. Sen, 1997). Premièrement l'inégalité est ineffi¬
cace parce qu'elle conduit à un niveau total d'utilité dans la société
inférieur à celui pouvant être atteint lorsque les revenus sont distribués
de façon égale. Deuxièmement l'inégalité des revenus est injuste parce
qu'elle entraîne des niveaux d'utilité individuelle qui sont différents, et
ceci crée une perte de bien-être social. La philosophie utilitariste mettra
en avant le premier de ces arguments tandis qu'une interprétation de la
philosophie de Rawls en termes de bien-être s'appuiera plutôt sur le
second type de raisonnement. Il convient à ce propos d'insister sur le
fait qu'il n'y a pas de correspondance univoque entre les concepts
d'inégalité et de bien-être social. Un doublement de tous les revenus
individuels n'aura généralement1 aucun effet sur la mesure de l'inégalité
des revenus
niveau de bien-être
mais il entraînera
social. vraisemblablement une augmentation du

Cette invariance de l'inégalité à une multiplication de tous les reve¬


nus par une constante n'est qu'une des caractéristiques que possèdent
en général les mesures de l'inégalité. Ces dernières présupposent généra¬
lement que lorsque la population des individus est formée, par exemple,
de groupes ethniques différents, la mesure de l'inégalité totale des reve¬
nus pourra être décomposée en deux éléments, l'un reflétant l'inégalité
entre les groupes, l'autre l'inégalité à l'intérieur de chacun des groupes.
Une telle propriété n'est cependant pas indispensable et une mesure
d'inégalité comme l'indice de Gini n'est pas décomposable en deux élé¬
ments. Il y a finalement, et probablement avant tout, une troisième
propriété à laquelle tout indice d'inégalité doit répondre, celle qui porte
le nom de principe des transferts. Selon cette hypothèse lorsque l'on

1. Pour un point de vue différent, voir les travaux de Kolm (1966, 1976a et 1976b).
Amartya Sen 121

enlève une somme donnée à un individu et qu'on la donne à une autre


personne, moins riche, le degré d'inégalité des revenus diminuera.
Toutes ces propriétés, ainsi que de nombreux autres aspects concernant
la mesure de l'inégalité des revenus, sont analysés en détail par Sen
(1973) et par Foster et Sen (1997). Le premier de ces ouvrages, paru à
un moment où encore peu de travaux avaient été publiés sur la mesure
de l'inégalité des revenus représente une synthèse remarquable pour
l'époque, bien que Sen, lui-même, n'ait publié auparavant qu'un seul
article sur le sujet (cf. Dasgupta et al, 1973). Le second de ces ouvrages
est une mise à jour fort utile qui résume en un peu plus de 200 pages
l'essentiel des contributions publiées dans ce domaine durant les trente
dernières années (à ce sujet voir aussi Silber, 1999).

B) L'aspect multidimensionnel de l'inégalité

nous
à
mesure
parce
différents,
capacités
cette
les
tères,
leurs
soit
fait
l'hétérogénéité
désavantages
Pour
Bien
que
loin
variété,
oblige
droits,
que
qu'ils
de
nombreuses
que
d'être
Sen
ce
physiques
parce
l'égalité.
àla
vivent
soient
force
latenir
lequalité
contribution
négligeable,
concept
de
qu'ils
intrinsèque
dans
est
leur
compte
diverses
En
et
sont
de
de
n'ont
effet,
revenu,
mentales.
des
constater
d'égalité
leur
les
de
environnements
personnes
l'apport
pas
des
variables
d'un
de
vie,
deux
leur
Sen
le
êtres
etc.
D'un
côté,
est
qu'on
types
même
richesse,
àde
(voir
une
par
humains
qui
l'étude
les
autre
Sen
peut
de
sexe,
rapport
notion
peuvent
individus
Sen,
diversités
naturels
laàcomparer
côte,
de
liberté
l'analyse
le
et1999).
l'inégalité
même
complexe
àl'autre
servir
même
toutes
et
sont
dont
: sociaux
l'une
les
âge,
de
de
provenant
dissemblables
ils
si
sortes
avantages
des
la
parce
qui
base
les
disposent,
onpauvreté
qui
revenus
est
mêmes
ignore
de
àqu'il
sont
due
une
cri¬
du
et

est probablement beaucoup plus important.

V / L'analyse de la pauvreté

rigoureuse
une
sont-ils
pauvreté.
Sen
distinction
?)
a et
en
lescelle
fait
problèmes
entre
liée
été àlelalapremier
liés
question
dérivation
à la économiste
mesure
ded'une
l'identification
demesure
laà pauvreté.
avoir
agrégée
analysé
desIl du
pauvres
faut
niveau
defaire
façon
(qui
ici
de
122 Jacques Silber

A) Le problème de l'identification

et le concept du seuil de pauvreté

que
porte
d'abord
mer
lement
On
à
Généralement
(cf.
vreté
souvent
revenu
demment
niveau
aux
façon
ce
l'identification
Mesurer
La
considérera
Sen,
l'on
un
«seuil
dépend
absolue.
autres
au
détermination
être
de
médian
seuil
le
défini
1979).
réponde
qu'il
problème
de
vie
choix
capable
l'importance
de
».
pauvreté.
duaugmente
on
comme
Dans
L'une
y
ainsi
dans
Une
pauvreté
niveau
d'un
des
aura
àfait
deux
d'identifier
de
ce
que
de
autre
la
pauvres
est
critère
la
étant
généralement
cas
ce
de
l'identification
population.
dite
constamment.
en
sont
de
distinction
questions.
seuil
approche
vie
on
revenu
la
égal
relative
de
pauvres
et
évalue
général
pauvreté
les
de
pauvreté.
elle
àpauvreté
individus
réel
la
La
Une
entre
toujours
dans
consiste
peut
les
ceux
moitié
dans
par
On
des
première
dans
coûts
telle
la
On
se
deux
qui
personne.
est
la
pauvres,
qui
mesure
une
du
faire
à
des
peut
nécessaires
population.
une
approche
ont
«définir
obéissent
approches
pauvre
revenu
interrogation
société
pauvres,
un
étape
de
par
oùce
Mais
revenu
diverses
le
exemple
la
»moyen
qui
indispensab
implique
donnée
seuil
ààCe
par
pauvreté
ilprincipal
même
la
ce
faut
impliq
inférie
seuil
satisfa
de
rappo
se
critèr
façon
ou
expr
exi
pa
ra
ég
si
éve

tion de besoins de base qui comprennent habituellement l'alimentatio


l'habillement et le logement. Il existe plusieurs méthodes pour fa
cette estimation mais il est clair que si l'on adopte ce point de vue, il e
possible que la pauvreté disparaisse un jour, à condition bien enten
que la croissance de l'économie soit suffisamment forte et que toutes
couches de la population en bénéficient, soit directement, soit indirect
ment grâce à des transferts de revenus des riches aux pauvres. Dans s
étude sur la mesure de la pauvreté (Sen, 1976), Sen avait adop
l'approche relative car elle convient probablement le mieux à l'analy
de la pauvreté dans les pays développés. Sen semble cependant avo
Am arty a Sen 123

B) Le problème de l'agrégation

l'agrégation
direLe
celui
deuxième
de de
l'élaboration
l'information
stade de d'une
l'analyse
recueillie
mesureestconcernant
synthétique
plus complexe,
lescensée
pauvres,
c'est
représenter
celui
c'est-à-
de

le degré de pauvreté dans la société. Plusieurs types de mesure ont été


proposés.

1) Le « headcount ratio »

Avant que Sen ne publie son fameux article sur la mesure de la pau¬
vreté (Sen, 1976), le pourcentage de pauvres dans la société, c'est-à-dire
le rapport entre le nombre de « pauvres » (ceux dont le revenu est infé¬
rieur au seuil de pauvreté) et le nombre total d'individus, était l'indice
de nom
le pauvreté
de headcount
le plus couramment
ratio. utilisé. Ce rapport porte généralement

2) L' « income-gap ratio»

Sen (1976) a cependant suggéré deux autres mesures de la pauvreté.


La première porte le nom d 'income-gap ratio et consiste d'abord à esti¬
mer l'écart entre la moyenne du revenu des pauvres et le seuil de pau¬
vreté et ensuite à faire le rapport entre cet écart et le seuil de pauvreté.

3) L'indice de pauvreté de Sen

La seconde mesure que Sen (1976) a proposée est un indice qui est
en fait fonction de trois éléments : le headcount ratio, Yincome-gap ratio
et une mesure de l'inégalité de la distribution des revenus parmi les
pauvres uniquement. Sen a dérivé axiomatiquement son indice de pau¬
vreté connu désormais sous le nom d'indice de pauvreté de Sen. En
d'autres termes il a dans un premier temps défini une liste des pro¬
priétés que devrait posséder un bon indice de pauvreté. Puis il a prouvé
mathématiquement que l'indice qu'il avait proposé était le seul répon¬
dant aux conditions qu'il avait définies.
Dans la détermination de cet indice de pauvreté, Sen (1976) a choisi
l'indice de Gini comme mesure de l'inégalité parmi les pauvres, mais
ultérieurement d'autres indices mesurant l'inégalité parmi les pauvres
ont été proposés (cf. Blackorby et Donaldson, 1980). En fait, à la suite
124 Jacques Silber

de cet article pionnier de Sen, de nombreux autres indices de pauvreté


ont été suggérés, en partie pour remédier à certains défauts de cet
indice de Sen (voir Miceli, 1997, pour un survol de ces différents indi¬
ces). Kakwani (1980) a par exemple reproché aux poids donnés par Sen
aux écarts de pauvreté (income-gap , c'est-à-dire la différence entre le
seuil de pauvreté et le revenu du pauvre) de ne tenir compte que du
nombre de pauvres se trouvant dans une meilleure situation de bien-
être. Kakwani (1980) a donc proposé que les poids dépendent égale¬
ment de la part dans le revenu de la proportion de pauvres avec un
revenu au moins aussi grand que celui de l'individu considéré.
Kakwani (1980) a aussi défini un indice de pauvreté qui était plus
sensible que l'indice de Sen aux transferts de revenus qui prenaient
place dans les tranches de revenu les plus basses. L'indice de Sen a en
effet le défaut de réagir de la même manière à des transferts de revenus
entre deux individus
distribution des revenus
séparés
ordonnée.
par un nombre de positions fixe dans la

L'un des indices de pauvreté les plus populaires aujourd'hui est


l'indice dit fgt de Foster, Greer et Thorbecke (1984). La démarche ori¬
ginelle de ces auteurs était que l'indice de Sen, ainsi que d'autres indices
proposés par
individus selonlal'endroit
suite, était
où ils
basé
sont
sursitués
une dans
pondération
la distribution
différenciée
des reve¬
des

nus. Tout comme Sen, ces trois auteurs définissent leur indice de pau¬
vreté comme une somme pondérée normalisée des écarts de pauvreté
(poverty gaps) mais à la différence de Sen qui avait utilisé un système
de pondération basé sur la position des individus dans la distribution
des revenus, Foster, Greer et Thorbecke utilisent les poverty gaps des
pauvres comme poids. On obtient alors un indice qui donne plus de
poids aux individus les plus pauvres. De plus il est possible de généra¬
liser cet indice de façon à ce que le poids donné aux pauvres soit une
fonction non linéaire des écarts de pauvreté. À la limite lorsque le para¬

mètre
écarts
àquement
l'indice
d'autres
groupes,
dans
somme
Cette
l'approche
lade
propriété
dont
de
pondérée
population
de
termes
l'indice
pauvreté
Foster,
dépend
la de
situation
desi
de
Rawls
des
décomposition
relatifs)
Greer
cet
on
Foster,
totale
indices
indice
divise
du
(1971).
etsera
plus
peut
Thorbecke
Greer
(paramètre
lade
très
pauvre,
être
Une
population
apauvreté
et
amené
grand,
Thorbecke
exprimé
autre
est
cequi
Foster
l'indice
qui
qu'il
relatifs
propriété
est
totale
comme
correspond
est
en
mesurant
ettiendra
Shorrocks
décomposable.
aux
faitétant
analysée
intéressante
l'exposant
sous-groupes.
compte
évidemment
la égal
en
pauvreté
(1991)
sous-
àuni¬
des
En
de
laà
Amartya Sen 125

suggérer qu'il serait souhaitable qu'un indice de pauvreté vérifie la pro¬


priété de cohérence par rapport aux sous-groupes. Selon cette pro¬
priété, lorsqu'une population est divisée en sous-groupes, une diminu¬
tion de la pauvreté dans un des sous-groupes se traduira par une
diminution de la pauvreté dans l'ensemble de la population, si le niveau
de pauvreté reste inchangé dans les autres sous-groupes. On peut mon¬
trer que l'indice de Foster, Greer et Thorbecke vérifie cette propriété de
cohérence par rapport aux sous-groupes. Mais il est clair que cet
axiome, bien que très attrayant, soulève d'autres problèmes, dans la
mesure où rien ne garantit que les individus, appartenant aux groupes
dont le revenu n'a pas été modifié, considèrent que le niveau de leur
« déprivation relative » n'a pas été affecté par la variation des revenus
dans le groupe où la pauvreté a diminué. Ce genre de débat rappelle
celui concernant les avantages et désavantages d'un indice d'inégalité
décomposable. Sen lui-même, dans un récent article, ne semblait pas
très impressionné par cette propriété de décomposition qu'ont de nom¬
breux indices d'inégalité, mais que ne possède pas l'indice de Gini par
exemple (cf. Sen, 1999).
La pauvreté n'est cependant qu'une des manifestations du phéno¬
mène que l'on appelle en anglais deprivation et qui se réfère aux priva¬
tions dont souffrent, objectivement ou subjectivement, certaines catégo¬
ries d'individus. La discrimination est un autre aspect de cette
deprivation.

VI / L'analyse de la discrimination
sexuelle et raciale

Lorsqu'on limite l'analyse des niveaux de vie à l'étude des données


relatives au revenu ou à la consommation des ménages, on est obligé de
faire abstraction des préférences qu'ont généralement les sociétés pau¬
vres pour les individus de sexe masculin. Par conséquent, malgré les
efforts louables de certains économistes (voir Deaton et Muellbauer,
1986), on n'arrive généralement pas à savoir comment la consomma¬
tion, en particulier celle de la nourriture, est répartie à l'intérieur des
ménages. Par contre si l'on étudie des données concernant la malnutri¬
tion, la morbidité ou la mortalité, données qu'il n'est pas difficile
d'obtenir, les conclusions qu'on peut tirer d'une telle analyse sont frap-
126 Jacques Silber

pantes : d'une part, la malnutrition est plus forte parmi les filles que
parmi les garçons dans les régions rurales, même lorsqu'il s'agit du
même village ou a fortiori de la même famille ; d'autre part, les femmes
et les jeunes filles ont une morbidité plus forte, utilisent moins fréquem¬
ment les services médicaux et ont une plus forte mortalité pour tous les
âges compris entre la naissance et 35 ans (à l'exception de la période
néo-natale). Il est donc clair qu'une analyse basée sur le concept de
« performances », tel que Sen le conçoit, nous donne une image plus
exacte des conditions de vie d'une société, tout en nous montrant à
quel point la discrimination, sexuelle aussi bien que raciale, peut être
forte. Nous allons maintenant examiner successivement ces trois
aspects de la discrimination, sur le plan de la nutrition, de la morbidité
et de la mortalité.

A) Discrimination et malnutrition

nombreuses
très
de
inégalité
pays
tend
les ce
Les
Sen
enfants
inégale
àen
type
démontrer
données
(1984a)
voie
n'est
dede
entre
régions
discrimination,
de
en
mineurs
dont
mentionne
développement.
les
fait
quedu
membres
nous
pas
durant
globe
écossais
limitée
disposons
par
ce
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les
sont
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seconde
et
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ce
américains
les
famille.
aujourd'hui
que
femmes
guerre
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Ceux
sont
étude
mondiale
et
ont
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montrent
les
distribuées
qui
(Ritchie,
été
enfants.
souffrent
aujourd'hui
victimes
lesque
femmes
1963)
dedans
Unelede
façon
plus
telle
qui
les
de
ce
et

genre de discrimination dans la mesure où ils ont eu moins de nourri¬


ture à leur disposition que les pères de famille.
Des données plus détaillées ont été recueillies dans un pays comme
le Bangladesh (voir Sen, 1984a) où l'institut des sciences de la nutrition
et de l'alimentation de l'Université de Dacca a lancé une enquête
en 1975-1976 sur la répartition de la nourriture entre les divers mem¬
bres de familles vivant dans plusieurs zones rurales. Qu'il s'agisse des
rations caloriques ou de la consommation de protéines, il semble bien
que les femmes, les personnes âgées et les enfants soient défavorisés. Ce
genre d'enquête n'est cependant pas facile à organiser et les résultats
qu'on observe peuvent être assez facilement critiqués. C'est pourquoi il
est plus simple d'analyser les données concernant la morbidité ou la
mortalité.
Amartya Sen 127

B) Discrimination et morbidité

cutta
pes
trition
la
d'importantes
l'analyse
complètement
sibilité
sant
de
résout
consommation
l'existence
les
lement
seulement
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qui
Rienla
Nous
morbidité
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existe
la
ne
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durant
de
bien
famille
que
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économique.
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membres
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les
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ou
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de
des
différences
encore
de
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sexes
d'informations
les
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la
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décisions,
la
est
Cette
unité
1976-1978
morbidité,
pays
en
famille.
au
soit
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individus
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que
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dans
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les
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apparaît
les
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de
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femmes
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pour
mortalité.
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individu
soit
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dans
qui
nourriture
(cf.
l'analyse
ou
bien
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Sen,
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le
L'existence
enla
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les
domaine
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malnu¬
ignorer
1984a).
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grou¬
entre
pour
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pos¬
pas
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ne
la

C) Mortalité et discrimination sexuelle

0,95
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masse
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conséquence
En
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Arabie
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données
bien,
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Chine,
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les
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1,05
Inde,
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(voir
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la qu'en
0,97
est
présence
Sen,
probablement
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en
Ces
Europe
mortalité.
1998).
partie
deÉgypte,
etvaria¬
façon
d'une
0,84
une
La

ce
et
128 Jacques Silber

pour des raisons biologiques, la mortalité devrait être plus faible parmi
les femmes. C'est en tout cas ce qui est généralement observé dans le
monde occidental. Mais dans de nombreux pays en voie de développe¬
ment, les résultats sont inversés, probablement parce que les femmes, et
surtout les filles, sont moins bien protégées que les hommes et les gar¬
çons, en particulier en ce qui concerne les soins médicaux qui sont à
leur disposition. On peut ainsi essayer d'estimer le nombre de femmes
qui « manquent », ce que Sen (1998) a appelé les missing women, et qui
représente la différence entre le nombre de femmes qui vivent dans ces
pays et le nombre qu'on aurait observé s'il n'y avait pas eu de discrimi¬
nation envers le sexe féminin. En Chine, par exemple, il y avait en 1992
1,162 milliard d'habitants, avec 563 millions de femmes et 599 millions
d'hommes. Sen a estimé à 8 % le nombre de femmes « manquantes » ce
qui correspond à 48 millions de femmes. On peut évidemment spéculer
sur les causes d'une telle discrimination mais nous savons que certains
états ont réussi à diminuer considérablement ce genre d'inégalité. Les
politiques qu'ils ont adoptées ont généralement donné la priorité à
l'éducation, spécialement à l'éducation des femmes. L'État du Kerala

en
tions
femmes
atteignant
pourtant
nationale
Inde
raciales.
en
«leen
manquantes
pratiquement
est
pib
Inde.
la
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On
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» les
peut
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100
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86
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femmes
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femmes
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adultes.
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Et

D) Mortalité et discrimination raciale

États-Unis
Harlem
Sen (1998)
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inférieur
1993
présente
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apparaît
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données
Kerala.
qu'à sur
tous
Pour
lalesmortalité
les
âges
hommes
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des ilde
Noirs
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même
auxà

inférieur, à partir de 30 ans, à celui des hommes au Bangladesh. La fré¬


quence des morts due à la violence est évidemment l'un des facteurs qui
expliquent
La violencece touche
faible taux
en fait
de survie
essentiellement
à Harlem, les
mais
moins
il n'est
de pas
30 leansseul.
et

d'autres éléments, tels le chômage, doivent être pris en considération.


Sen (1984a ;1985, Appendix B) soutient donc que pour analyser les
inégalités au sein des familles ou entre les races, on ne peut pas se baser
uniquement sur des données relatives au marché. Il faut se référer aussi
à ce qu'il a appelé « performances individuelles » (functionings), que
Amartya Sen 129

ces dernières se rapportent au niveau de l'éducation, à la santé ou à


l'espérance de vie. Ce dernier indicateur a en fait été considéré par Sen
comme l'une des meilleures mesures du développement économique.

VII / La mortalité comme indicateur du succès

ou de l'échec économique

mentait,
(voir
mortalité
mique
phique.
souhaitent
pour
Les
vent
sons
de
ser
loppement
national
rappelons
ne
conditions
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économique.
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Sen
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nous
Les
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Italie
également
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habitant
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ne
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en
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il se
d'années
rappelait
d'Arnold que,
Toynbee
s'il l'était,
qui a cela
un jour
le forcerait
déclaré àque
remplir
chaquesa
130 Jacques Silber

la croissance économique ne contribue pas à une augmentation de la


longévité. D'autres facteurs doivent être pris en considération pour
expliquer cette curieuse corrélation, tels peut-être que le retard avec
lequel agit la croissance économique. Il est également intéressant de
noter qu'une étude des liens entre espérance de vie et pib par habitant,
basée cette fois-ci sur des données transversales, indique que le pib a un
impact positif sur l'espérance de vie principalement dans les pays où les
pauvres ont profité des conséquences de la croissance du pib et où des
politiques de dépenses publiques, essentiellement en matière de santé,
avaient été mises en place.
Nous terminerons ce survol des contributions de Sen par un résumé
de certaines de ses prises de position concernant les politiques publi¬
ques (public policy).

VIII / Implications de l'approche de Sen

pour la politique économique et sociale

atrition
lesfaites
Nous
famines.
etenfamine.
expliquerons
ce qui concerne
Nousd'abord
examinerons
la lutte
la distinction
contre
ensuite
la malnutrition
les
faite
recommandations
par Senetentre
celle malnu¬
contre
qu'il

A) La distinction entre malnutrition et famine

Dans son étude de la pauvreté et des famines, Sen (1981) fait la dis¬
tinction entre famine et malnutrition. Quand il y a une famine, on
manque de nourriture mais les gens peuvent manquer de nourriture
sans qu'il y ait vraiment famine. En d'autres termes le mot « famine »
indique une situation où le manque de nourriture est tel qu'il entraîne
la mort. Il faut cependant comprendre que ce phénomène frappe diffé¬
remment les divers groupes de population. Il est également possible que
certaines couches de la population souffrent de privation aiguë alors
qu'il n'y a pas vraiment de pénurie de nourriture dans le pays. Une
telle situation ne peut s'expliquer que par une analyse des droits de
propriété et d'échange des divers individus, ce que Sen (1981) appelle
the Entitlement Approach.
Amartya Sen 131

Ce dernier concept fait référence aux différents moyens légaux


qu'ont les individus d'obtenir de la nourriture, que ce soit en en produi¬
sant directement, en en acquérant par l'échange, c'est-à-dire en vendant
d'autres produits contre cette nourriture, ou alors grâce à une aide
directe de l'État. Un groupe d'individus peut donc mourir de faim soit

parce
dispose,
des aliments
que
a diminué,
la en
quantité
termes
soitde
des
parce
terrains,
autres
quebiens
ledeprix
bétail
achetés
relatif
et et
d'autres
devendus
la nourriture
d'actifs
sur le marché)
(le
dontprix
il

a augmenté. Sen prétend ainsi qu'il peut y avoir des famines sans que
cela implique nécessairement une pénurie générale de nourriture. Il
donne comme exemples, en en analysant en détail leurs causes, les
famines qui ont frappé le Bengale en 1943, l'Éthiopie en 1972-1974 et le

examinée
dient
fléaux.
Bangladesh
Sen
Cette
Examinons
pour
les
question
diverses
lutter
dans
en de
1974.
contre
un
maintenant
mesures
laouvrage
prévention
la malnutrition
qui
publié
lespeuvent
politiques
de par
la malnutrition
d'une
être
Drèze
préventives
prises
part,
et Sen
les
pour
etfamines
(1989)
des
préconisées
mettre
famines

defin
l'autre.
ils àaétu¬
par
ces
été

B) Les politiques préventives


de lutte contre la malnutrition

La thèse principale du livre de Drèze et Sen est qu'il est relative¬


ment facile d'éviter les famines si on planifie bien et de façon régulière
les mesures publiques destinées à protéger les droits des groupes qui
sont vulnérables. Il convient, selon les auteurs, de faire une distinction
entre la malnutrition et les privations plus ou moins permanentes et
l'apparition intermittente de famines aiguës. Dans le premier cas il faut
organiser un système stable d'éducation et de santé mais également
veiller à ce qu'il y ait un contrôle épidémiologique régulier, à la créa¬
tion d'emplois et à la mise en place de moyens garantissant le revenu
des populations défavorisées. De telles politiques ont été couronnées de
succès dans des pays de type plutôt interventionniste comme la Chine,
le Costa Rica, la Jamaïque et le Sri Lanka, aussi bien que dans des éco¬
nomies à forte croissance et où le marché joue un rôle central, tel Hong
Kong, Singapour ou la Corée du Sud. Le cas le plus frappant est peut-
être celui de la Chine où l'espérance de vie a énormément augmenté et
où on a assisté à un déclin remarquable de l'importance des maladies
132 Jacques Silber

infectieuses et parasitiques, et ceci bien avant les réformes économiq


qui ont été introduites à partir de 1979. Le rôle de l'action publiqu
été aussi considérable dans les pays développés. Il suffit de se rappe
à ce propos que c'est pendant les deux guerres mondiales que la lon
vité a le plus augmenté dans certains pays occidentaux comme
Grande-Bretagne, ce saut étant dû à l'organisation de l'appro
sionnement en nourriture ou à des programmes de création d'emp
et d'organisation de services de santé, mesures qui évidemment fur
liées aux efforts de guerre. À l'opposé de ces divers exemples où les

tiatives
qui
voulu
décente
l'Amérique
l'illustration
contreExaminons
ontprofité
les
publiques
connu
pour
famines.
latine
la
toutes
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croissance
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couronnées
la politique
de
pays
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pour
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population.
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pibSen
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yCertaines
qui
a conditions
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cas
sont
de
pour
régions
pas
peut-ê
cesde
su
lu
p

C) La lutte contre les famines

résoudre
Pour lorsqu'il
Drèze et y Sen,
a une
le situation
problèmedeest,
famine.
curieusement,
Il faut alors
plusmettre
facil

place des mesures de préventions et il est primordial de pouvoir dét


ter suffisamment tôt qu'il y a danger de famine. Le rôle que les mé
peuvent jouer comme signal d'alarme, à condition évidemment qu'
ait liberté d'expression, ne doit pas être négligé, tout comme celui
programmes d'urgence qui puissent être immédiatement exécu
lorsque la situation se détériore. Ces mesures d'urgence peuvent
exemple concerner l'utilisation de stocks publics de nourriture.
La mise en place de telles mesures, et ceci est également vrai p
les programmes de lutte contre la malnutrition endémique, néces
évidemment une volonté politique. Un tel engagement est clairem
plus probable dans un système politique pluraliste où les gouverna
doivent régulièrement rendre des comptes à leurs électeurs. Le succès
l'Inde dans sa lutte contre les famines aiguës est peut-être la meille
preuve du rôle des institutions démocratiques. Il y a bien sûr le
Amartya Sen 133

participation des citoyens au niveau local, là où sont mis en place les


services de santé, préventive ou curative, et l'importance du niveau
d'éducation des individus, même s'il se limite à l'alphabétisation.

IX / Conclusion

Ce survol des idées de Sen sur la croissance économique et le déve¬


loppement social ne couvre évidemment pas tous les domaines où les
contributions de Sen ont été fondamentales. Il est bon de rappeler à ce
propos que, dans les années 1960 et 1970, Sen a écrit de nombreux arti¬
cles sur les choix sociaux et l'importance de ces études peut sans nul
doute être comparée à celle des travaux qui ont valu le prix Nobel à
Arrow, il y a près de trente ans.
Ce que la présente étude a tenté de mettre en évidence, c'est la cohé¬
rence des positions prises par Sen par rapport au processus de dévelop¬
pement économique et social. Son point de vue est tout d'abord fondé
sur des considérations philosophiques profondes ayant trait au compor¬
tement individuel aussi bien qu'au rôle qu'il convient d'attribuer à
l'État. Ces réflexions conduisent ensuite Sen à faire des suggestions,

justifie
souvent
développement,
idées
faire
ce
philosophe
pelle
ont
s'intéresse
qui
Cet
tendance
en
expliquent
certainement
ad'un
intérêt
fort
termes
trait
aux
etcôté
originales,
àéconomiste.
àque
oublier
êtres
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l'inégalité,
lafinalement
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politique
que,
Sen
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D'un
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«
économique
science
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humaniste
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convient
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damnés
joint
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famines.
particulier
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sens
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en
de
ses
Ces
mesurer
qu'il
que
nous
os
latitres
»mêmes
terre
sipour
a
mais
rap¬
elle
pu
de
le
»

aussi à ceux qui n'ont que « la peau sur les os ».

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