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LEGRAND Floris 26 Octobre 2010

THERESE Vincent

Le Constitutionnalisme de Benjamin Constant

I. La participation au pouvoir.

A. Une source de liberté des sociétés antiques.

B. L’impossible retour à « l’idéal antique » pour les Modernes.

II. La place de l’individu dans la société

A. La négation antique de l’existence individuelle.

B. Les libertés individuelles : fondements des sociétés modernes.

III.La liberté moderne

A. Une habile combinaison…

B. … Encadrée par des mécanismes institutionnels

Depuis Rousseau, écrivain et philosophe du XVIIIème siècle, la « politique » est hantée par
l’image de la Cité grecque idéale, que ce soit avec Robespierre qui exalte le sacrifice du roi spartiate,
tout en dénonçant le principe de l’intérêt particulier, ou encore avec Hegel, Marx et Nietzsche qui
regardent le citoyen antique comme une critique adressée au citoyen moderne. Par ailleurs depuis la
fin du XVIIème siècle se développe en France la « querelle des Anciens et des Modernes ». C’est
d’ailleurs dans l’ouvrage «De l’esprit des lois » publié en 1791 que Montesquieu insiste sur les
différences qui séparent l’Angleterre moderne de la Sparte Antique.

Quelques décennies plus tard, Benjamin Constant s’inspire de l’ouvrage de Montesquieu. !!!!!!!!
Benjamin Constant est né à Lausanne en 1767 dans une famille protestante. Etudiant à Erlangen en
1782, puis à l'université de Nuremberg en Bavière, et enfin en Écosse à l'université d'Édimbourg
l’année suivante.
Il arrive à Paris avec Mme de Staël en mai 1795.En décembre 1799, Sieyès le fait nommer au
Tribunat, malgré l’opposition de Bonaparte. Le 5 janvier 1800, il prononce au Tribunat son premier
discours, qui le fait apparaître comme leader de l'opposition libérale.
Durant l’Empire il rédige ses principales œuvres littéraires à travers l’Europe, avant de revenir à
Paris en 1814. Sous la Restauration, il expose ses théories lors de discours, prononcés notamment à
l’Athénée.
En avril 1815 il est nommé au Conseil d'État et participe à la rédaction de l’Acte additionnel.
Entre 1819 et 1827 il est élu successivement député de la Sarthe, du 4ème arrondissement de Paris et
de la Seine qu’il refuse au profit du Bas-Rhin. Le 27 août 1830 il est nommé président d’une section
au Conseil d’État.
Malade, il décède le 8 décembre 1830. Ses obsèques donnent lieu à des funérailles nationales.

Il revient sur la distinction entre anciens et modernes dans son discours «de la liberté des anciens
comparée à celle des modernes », dont nous avons ici deux extraits. Ce discours a été prononcé à
l’Athénée royal de Paris en février 1819, lieu où sont dispensés des cours à destination du grand
public. Benjamin Constant y a notamment fait en 1817-1818 un cours intitulé ‘lectures sur l’histoire
et le sentiment religieux », et en 1818-1819 un cours sur « les maximes fondamentales de la
constitution anglaise ».

L’écriture de ce discours est originale : En effet, on en retrouve la trame au chapitre III des
« circonstances actuelles qui peuvent terminer la Révolution » manuscrit écrit (ou publié) par Mme
de Staël en 1798, avec sans doute la collaboration de Benjamin Constant. Constant présente sa thèse
sur la liberté des modernes et des anciens pour la première fois dans De l'esprit de conquête publié
en 1814. Il l’avait déjà élaborée plusieurs années auparavant puisqu’on la retrouve en 1806 dans ses
Principes de politique, mais ils ne furent publiés qu’en 1815. Son discours prononcé en 1819 ne fait
donc que reprendre en réalité des théories élaborées vingt ans plus tôt, or le contexte est différent :
(Alors qu’en 1798 il s’agit de convaincre le Directoire de s’appuyer sur son électorat et ne pas jouer
des dissensions droite-gauche, et ne pas chercher à convaincre les indifférents à la politique). Ainsi,
en 1798 distinguer liberté antique et liberté moderne revient à « encourager » l’apolitisme, et
demander au gouvernement de rendre honneur à la primauté de la vie privée, en 1819 le contexte est
différent, car le Directoire, l’Empire, et le règne des ultras sous la Restauration obligent Benjamin
Constant à repenser le libéralisme. En 1819, la distinction entre les deux libertés est devenue un
moyen de dévoiler les dangers de l’attachement au droit qu’a le citoyen de privilégier la sphère
privée.
Le texte est construit sur une comparaison systématique entre deux visions de la liberté, celle des
anciens, aux lignes 1 à 9, 17-18 et 39 à 54, et celle des Modernes aux lignes 10 à 16, 18 à 20, 26 à 39
et 54 à 57. Ainsi, Benjamin Constant définit pour les anciens et les Modernes ce que représente la
liberté dans la société. Enfin, aux lignes 2 et 3 puis 21 à 25, l’auteur donne sa vision de la liberté
moderne.

!!!!!!!!!!A la lecture de ce discours, nous pouvons nous questionner sur la définition de la société
libérale selon Benjamin Constant.

Pour répondre à cette question, nous étudierons dans un premier temps les conceptions de la
participation au pouvoir, puis dans une seconde partie la place grandissante de l’individu dans la
société, et enfin dans une troisième et dernière partie la vision de la liberté moderne selon Constant.

I. La participation au pouvoir.

A. Une source de liberté des sociétés antiques.

Benjamin Constant commence son exposé en effectuant une comparaison entre les libertés politiques
qu’avaient les citoyens des sociétés antiques et ceux des sociétés dites modernes. Il part du constat
que la « liberté des anciens, [qui] se composait de la participation active et constante au pouvoir
collectif » (l.2-3). !!!!!!! La liberté du citoyen antique correspond donc à sa capacité d’exercer le
pouvoir. Sa liberté provient de son statut dans la société et elle ne peut s’exercer qu’à travers les
droits et les devoirs liés à ce statut. Ensuite, Benjamin Constant rappelle que la liberté antique se
définit comme étant la capacité à « exercer collectivement, mais directement plusieurs parties de la
souveraineté toute entière » (l.40-41). Cet exercice direct et collectif de la souveraineté nous permet
de nous questionner sur la réalité du pouvoir : la société peut elle donner directement l’ensemble des
pouvoirs au corps des citoyens tout en assurant le fait que « la volonté de chacun avait une influence
réelle » (l.5). !!!!!!! Cette situation est réelle à la vue des caractéristiques propres des cités antiques.
Celles-ci se voient attribuer un territoire limité et par conséquent, les populations de ces cités sont
particulièrement restreintes. A cela, il convient de rappeler que le corps de citoyen n’était pas
universel, seuls les hommes libres pouvaient jouir du statut de citoyen. En conséquence, seuls
quelques centaines voire milliers d’hommes se voyaient attribués la souveraineté. De là, le principe
de démocratie directe et collective est totalement justifié. Le corps citoyen pouvait donc
facilement « délibérer sur la place publique, (décider) de la guerre et de la paix […], à voter les
lois, à prononcer les jugements, à examiner les comptes, les actes, la gestion de magistrats, à les
paraitre devant tout un peuple […] » comme nous le rappelle Constant lignes 41 à 43. Il ajoute
même que « l’exercice de cette volonté était un plaisir vif et répété. » (l. 5-6). Ce « plaisir » peut
s’expliquer par le fait que l’exercice de la politique était la seule chose intéressante que les citoyens
des cités antiques avaient à faire. Constant conteste ici la théorie téléologique développée par
Aristote, qui faisait de l’engagement total en politique une vertu que l’homme possède naturellement
!!!!!!! En effet, à cause de la nature épisodique de la guerre, les citoyens devaient faire face à des
« intervalles de paix » et par conséquent d’inactivités. L’engagement dans le processus politique de
la cité était donc une nécessité car il s’agissait d’un moyen de pallier à l’inactivité. Benjamin
Constant explique ce phénomène et s’oppose dès lors plus ou moins la vision d’un idéal politique
caractérisé par la démocratie collective et directe. En effet, cette conception idéale du modèle
politique antique est reprise par des penseurs de la période moderne qui imaginent un retour vers un
fonctionnement tel qu’il existait dans certaines cités comme Sparte par exemple. Pour ces derniers,
l’engagement en politique n’est pas vu comme une nécessité mais comme une vertu des citoyens
antiques.

Constant ne nie pas cet idéal, mais il veut prouver son inapplicabilité dans les sociétés modernes. Il
explique les raisons de ce type de fonctionnement politique à l’époque antique, comme nous l’avons
vu, en mettant en avant les évolutions contextuelles des sociétés, faisant que cet engagement total en
la politique n’est plus possible à l’époque moderne.

B. L’impossible retour à « l’idéal antique » pour les Modernes.

Benjamin Constant explique que le citoyen moderne ne peut pas obtenir la même réalité de la
souveraineté qu’un citoyen d’une cité antique car celui-ci est : « Perdu dans la multitude » (l. 10) et
que par conséquent, il « n’aperçoit presque jamais l’influence qu’il exerce » (l. 11). !!!!!!! L’auteur
explique que l’élargissement considérable du corps des citoyens dans les sociétés modernes, et
particulièrement dans celles qui se sont vues refondées par un phénomène révolutionnaire au XVIIIe
siècle, ne permet plus un système où le pouvoir serait exercé de manière collective mais surtout
directe par l’ensemble des citoyens. La souveraineté de chaque individu y est quasiment nulle dans
des sociétés constituées de centaines de milliers voire de millions de citoyens. Par conséquent, on
comprend mieux pourquoi « Jamais sa volonté ne s’empreint sur l’ensemble, (et que) rien ne
constate à ses propres yeux (du citoyen) sa coopération. » (l.11-12). Les citoyens modernes ne
peuvent donc plus avoir la même conception de la liberté politique que les Anciens. Il ne s’agit plus
d’une nécessité réelle mais d’une « supposition abstraite » (l.4) selon Constant. Ainsi l’auteur nous
montre l’inapplicabilité d’un système où la souveraineté serait exercée de manière collective et
directe. Par conséquent, il vient à donner, selon lui, une définition de la liberté politique telle qu’elle
peut être envisagée par les citoyens dans les sociétés modernes. Cette liberté se définit comme étant
« le droit pour chacun, d’influer sur l’administration du gouvernement […] par des représentations,
des pétitions, des demandes que l’autorité est plus ou moins obligée de prendre en considération. »
(l.36-39). Constant cherche des moyens d’actions et d’expression plus adaptés au contexte moderne.
!!!!!!! Il affirme que la liberté politique et son exercice ne peuvent dès lors se faire que de façon
indirecte par le biais de représentants. L’individu exerce sa souveraineté de manière « restreinte,
presque toujours suspendue » (l.56), et Constant précise que « si à époques fixes, mais rares […], il
exerce cette souveraineté, ce n’est jamais que pour l’abdiquer. » (l.56-57). C’est-à-dire que les
citoyens exercent leur liberté politique seulement lors de scrutin durant lesquels ils transfèrent leur
compétence politique à un représentant. !!!!!!! Cependant, Benjamin Constant évoque des
possibilités d’interpellations du pouvoir à qui le citoyen a donné sa compétence politique, ces
moyens sont les pétitions et les demandes. Par conséquent, chaque individu, même s’il se fait
représenté, a la capacité d’influer sur la politique de la société dans laquelle il vit. Ce fait permet à
chacun de jouir même de façon minime de l’exercice des droits politiques. En conclusion, Benjamin
Constant nous rappelle que le système ancien de souveraineté directe ne peut plus être appliqué à la
période moderne et qu’au vu de l’importance du corps des citoyens, il préconise un système où la
souveraineté est exercée de manière représentative, où chaque individu a cependant des moyens
d’expression directe reconnus et encadrés par la société. La réalité de la liberté politique de chaque
individu n’est pas supprimée ni même diminuée, seule son importance, à la vue du nombre de
citoyen, décroit.

Nous l’avons vu, la liberté politique prend des formes d’expression différentes en fonction du
contexte, que ce soit à l’époque antique ou moderne. La proportion souveraine qu’a chaque citoyen
décroit, au dépend nous allons le voir de son existence propre, de ses libertés individuelles qui elles
se multiplient.

II. La place de l’individu dans la société

A. La négation antique de l’existence individuelle.

Constant nous dit lignes 28 et 29 que l’Ancien est « circonscrit, observé, réprimé dans tous ses
Mouvements ». !!!!!!! Constant insiste ici sur les pressions sociales qui poussent au conformisme. Ce
conformisme s’explique par le fait que dans l’Antiquité, la cité est plus importante que les citoyens.
Ceux-ci sont d’ailleurs esclaves de la cité, comme le montre les expressions « assujettissement
complet de l’individu à l’autorité de l’ensemble» lignes 20-21 ou encore « l’individu […] est esclave
dans tous ses rapports privés » lignes 26-27. !!!!!!! Les citoyens n’avaient pas de moyens de se
protéger, car il n’existait pas d’institutions prévues à cet effet. L’individu était sacrifié au profit de la
cité.
!!!!!!! Une des caractéristiques de l’antiquité pour Constant est l’absence de droits individuels pour
les citoyens, révélée aux lignes 23 à 25 du texte 2 : « Rien n’est accordé à l’indépendance
individuelle, ni sous le rapport des opinions, ni sous celui de l’industrie, ni surtout sous le rapport
de la religion ». On peut s’interroger sur les raisons de cette absence de droits. Plusieurs explications
peuvent être avancées :
Tout d’abord, l’ignorance même de ces droits : Les anciens n’auraient aucune notion des droits
individuels. Constant reprend là un argument de Nicolas de Condorcet, philosophe mathématicien et
politologue français de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Il dit dans son ouvrage « Cinq
Mémoires » : « Les anciens n’avaient aucune notion de ce genre de liberté. Ils semblaient n’avoir
pour but, dans leurs institutions que de l’anéantir. Ils auraient voulu ne laisser aux hommes que les
idées, que les sentiments qui entraient dans le système du législateur ». On voit ici que constant
assimile la notion de « droits individuels » à celle de « genre de liberté ».
Ensuite, en raison des dimensions réduites et de la population restreinte des cités, chaque citoyen
occupe une place importante. On peut dès lors imaginer la satisfaction, la fierté qu’ont les citoyens à
être reconnus comme des personnes importantes ou influentes dans la société. La politique leur offre
la possibilité de rester en quelque sorte dans l’Histoire.
!!!!!!! Enfin, les grecs n’avaient pas établi de distinction entre l’Etat et la société, de sorte que tout
était politique, (excepté peut-être le commerce et l’industrie qui permettaient d’y échapper, mais qui
étaient des secteurs méprisés). Or, ce sont ces droits individuels qui auraient permis d’établir un
partage entre la sphère de l’Etat et la sphère de la société, et ainsi ce qu’on appelle la « liberté
d’indifférence à la politique ».
Ainsi, l’absence de droits individuels est surtout le résultat de l’organisation de la cité, plus que de
restrictions de la part du pouvoir. Cette absence de démarcation entre la vie privée et la vie politique
n’était pas perçue comme un problème chez les Anciens. Ces derniers pensaient que tout ce qui avait
la moindre valeur pour l’homme s’inscrivait dans la sphère du politique, seule sphère existante à
l’époque.

Dans les sociétés antiques, la source principale de liberté, nous l’avons déjà abordé, venait de la
participation au pouvoir collectif. Cette participation ne pouvait se faire qu’en période de paix. Or
le phénomène guerrier se voit remplacé progressivement par les échanges commerciaux. Ce fait
combiné à la diminution de l’importance politique de chaque individu oblige le citoyen à trouver de
nouvelles activités, de nouvelles entreprises. Celles-ci amorcent les premières libertés individuelles,
confirmées par la Révolution.

B. Les libertés individuelles : fondements des sociétés modernes.

Des lignes 4 à 13 du second extrait, Constant énumère les droits dont bénéficient américain et
français grâce à leur constitution, 1789 pour les Français, donnant ainsi une définition de la liberté
moderne. Il commence sa définition par l’énumération d’éléments négatifs, lignes 3 à 5 : « C’est
pour chacun le droit de n’être soumis qu’aux lois, de ne pouvoir être arrêté, ni détenu, ni mis à
mort, ni maltraité d’aucune manière, par l’effet de la volonté arbitraire d’un ou plusieurs
individus. ». Puis des lignes 5 à 13, Constant énumère des droits privés. Certains de ces droits
permettent de saisir le libéralisme selon Constant:
Par exemple, le droit « de disposer de sa propriété, d’en abuser même » ligne 6 du second extrait :
!!!!!!! On peut définir le droit de propriété comme une protection de la liberté individuelle, et un
droit qui donne la possibilité d’agir selon son gré, d’entreprendre, de produire, sans subir la censure,
le contrôle politique ou le conformisme présents, on l’a vu, chez les Anciens. Ce droit de propriété
doit être assuré par un statut juridique, en France il s’agit de l’article 17 de la DDHC, et aux Etats-
Unis du IVème amendement (à vérifier). Le droit de propriété est une liberté car être propriétaire
donne des intérêts à défendre, et donc l’occasion d’exercer sa liberté.
Pour Constant, ces droits ne sont pas innés, ils ne reflètent pas la nature humaine comme le prétend
Rousseau dans son Contrat social. Ces droits forment un rempart contre la menace de la sphère
politique. Ils créent une sphère publique, non politique, qu’on appelle la société.
!!!!!!! Par ailleurs, l’existence et la protection juridique de ces droits énumérés aux lignes 3 à 13 du
texte 2, permet l’essor de « corps intermédiaires », tel que la presse libre, des universités autonomes,
des clubs politiques, des syndicats, confréries, entreprises. Citons le club des Jacobins, le club des
Impartiaux ou encore la société populaire de Nantes. Ces organisations non politiques permettent aux
gens de se fixer des objectifs individuels ou collectifs dans d’autres domaines que la politique.
Supprimer une de ces libertés revient à toutes les supprimer.
!!!!!!! Constant formule ici la thèse de la « solidarité des libertés », c'est-à-dire que la liberté
moderne n’est pas « une », elle est composée de plusieurs libertés.

III.La liberté moderne

A. Une habile combinaison…


L’auteur dit dans les deux premières lignes du texte que « Nous ne pouvons plus jouir de la liberté
des anciens, qui se composait de la participation active et constante au pouvoir collectif. Notre
liberté à nous doit se composer de la jouissance paisible de l’indépendance privée ». La connotation
de ces deux verbes, pouvoir et devoir, indique une nécessité d’ordre historique pour Constant, en
raison de divers risques.

Il explique lignes 22 à 25 que, je cite « demander aux peuples de nos jours de sacrifier comme
autrefois la totalité de leur liberté individuelle à la liberté politique, c’est le plus sûr moyen de les
détacher de l’une, et quand on y serait parvenu, on ne tarderait pas à leur ravir l’autre.» Constant
explique ici qu’il ne faut pas revenir au concept de liberté politique tel qu’il existait dans les sociétés
antiques car cela ne peut mener qu’à des erreurs lourdes de menaces : En effet, si les citoyens à
l’époque moderne consentent à ne s’exprimer que dans le domaine politique, ceux-ci, au vu de la
superficie et de la population des Etats au XIXème, n’auront pas l’impression d’exercer une
influence quelquonque. Ainsi contrairement aux Anciens, ils n’en tireront aucun bonheur, et seront
donc tentés de délaisser ce domaine : Les libertés individuelle et politique étant délaissées, certains
pourraient dès lors s’accaparer le pouvoir. !!!!!!! L’application exclusive de la liberté politique nous
exposerait à des dangers comme le despotisme. Les citoyens ne doivent donc pas tenter de reproduire
le modèle des anciens qui compte tenu de la démographie, de la taille des Etats, ne permet pas « la
participation active et constante au pouvoir collectif », lignes 1 et 2 : Construire un Etat moderne sur
le modèle antique est une illusion.

Toutefois, selon Constant, les citoyens ne doivent pas non plus tomber dans le phénomène inverse, et
se contenter uniquement de la liberté individuelle, « véritable liberté moderne » ligne 21. !!!!!!! En
effet, ligne 22 « la liberté politique en est la garantie ; la liberté politique est par conséquent
indispensable ». Elle est dès lors définie comme une participation non obligatoire aux affaires de
l’Etat, mais souhaitable. Celle qui était perçue comme une fin à l’époque antique est perçue
désormais comme un moyen d’exercer ses libertés individuelles. L’indifférence du citoyen à
l’exercice de ces droits politiques est possible, mais n’est pas souhaitable. Pour Constant, il ne faut
pas que les individus s’enferment dans leurs libertés individuelles, car c’est uniquement grâce à la
politique que l’on peut trouver des solutions aux problèmes de la société et les mettre en œuvre. De
plus, en délaissant la liberté politique, les libertés individuelles viendront à disparaître. Bien
conscient que depuis l’époque antique, le domaine politique n’est plus une source de bonheur,
Constant appelle à une participation dans le domaine politique, seul moyen de veiller à ce que l’Etat
n’empiète pas sur les libertés individuelles. !!!!!!!

Ainsi, apparaissent deux dangers : la sous-politisation, et la surpolitisation. Constant montre


ici que la liberté civile et la liberté politique sont interdépendantes : L’abandon de l’une mènera à la
fin de l’autre. Chacune des libertés existe grâce à l’autre. Constant ne demande donc pas seulement
d’équilibrer liberté individuelle et liberté politique, mais de les combiner.

B. … Encadrée par des mécanismes institutionnels

Tout d’abord, une « découverte de modernes » selon Constant. Cette idée ne figure pas explicitement
dans le texte mais on peut la deviner, lorsque Constant nous dit que le « but des modernes est la
sécurité des jouissances privées » lignes18-19. !!!!!!! Ici Constant prône un régime représentatif, à
l’image du système anglais. En effet, puisque les hommes préfèrent leur vie privée à l’investissement
civique, il est logique qu’ils délèguent à des représentants élus à la majorité le pouvoir d’agir à leur
place. De plus, l’élu permet d’amortir les tensions entre l’Etat et l’individu. La volonté d’un régime
représentatif est clairement énoncée dans son Discours lorsqu’il dit « De là vient, Messieurs, la
nécessité du système représentatif ». On a vu que la participation antique était la réponse à un excès
de temps libre, ici la représentativité est la réponse à un manque de temps, en raison du
développement d’activités différentes du domaine politique. Le gouvernement représentatif est un
bon compromis car il inclut à la fois les citoyens dans la vie politique par l’élection, et les « libère »
par la suite pour leur permettre la poursuite de leurs activités. C’est ce qu’explique Constant à la
dernière ligne de l’extrait : « si à époques fixes, mais rare […], il exerce cette souveraineté, ce n’est
jamais que pour l’abdiquer ».

!!!!!!! Ensuite, Constant indique que les modernes « nomment liberté les garanties accordées par les
institutions ». Les institutions fixent les limites dans lesquelles la liberté peut s’exprimer. Par
ailleurs, ces institutions doivent former des citoyens, les inciter à s’intéresser à la vie politique. La
Constitution en elle-même ne permet pas la garantie des droits, elle les proclame seulement. Les
expériences de la Terreur (1792-1793) et de la dictature du Comité de Salut Public (1793-1794)
montrent bien que la Constitution est loin d’être toujours respectée, et qu’à certaines périodes la
constitution est purement et simplement ignorée. Il faut donc que la constitution, au-delà de la
proclamation des droits des citoyens, prévoit, encadre et légitimise des institutions particulières. La
constitution dans l’esprit de Constant doit rester modeste, réduite à l’essentiel, sans quoi elle est
régulièrement bafouée. Constant considère dans un premier temps la constitution comme un acte
d’union qui fixe les relations entre le monarque et son peuple, puis dans un second temps il estime
qu’elle est avant tout un acte de défiance, un acte défensif. Constant participe, à la demande de
Napoléon Bonaparte à la rédaction de l’Acte additionnel aux constitutions de l’Empire du 22 avril
1815 (à développer)
!!!!!!! Enfin, en s’éloignant un peu du texte afin de mieux saisir la théorie de Constant, celui-ci dit
que les pouvoirs législatif et exécutif doivent être responsables. L’institution législative est confiée à
un parlement bicaméral. Le pouvoir exécutif est lui aussi séparé en deux : d’un côté le roi, de l’autre
les ministres. Le pouvoir ministériel doit dialoguer avec le pouvoir législatif, ce dernier pouvant
renverser les ministres. Constant est partisan d’une double responsabilité ministérielle devant les
chambres et le roi. Quant au pouvoir judiciaire, il doit garantir et protéger la liberté contre les
empiètements du pouvoir : Il souhaite une magistrature indépendante et impartiale, mais dotée de
jurés choisis parmi les citoyens propriétaires, afin de limiter les risques d’erreur de justice.

Conclusion :

!!!!!!! En conclusion, Benjamin Constant dresse un tableau des libertés politiques et individuelles de
chaque individu moderne. Il fonde ses idées sur une comparaison avec les libertés antiques. Ces
dernières sont mises en avant par quelques penseurs et Constant s’oppose fermement à un retour à
cet « idéal libertaire » en démontrant qu’il est impossible d’y revenir car le contexte ne le permet pas.
Cependant, il ne rejette pas la conception de la liberté politique antique qui veut que chaque individu
puisse participer à la vie politique de la société. Mais cette liberté doit se combiner avec les libertés
individuelles modernes. Ensuite, il met en garde contre des dérives qui feraient suite à une trop
grande importance donnée à l’une ou l’autre des libertés. Il en conclue qu’un équilibre doit être
trouvé entre elles. Les libertés individuelles sont primordiales et indissociables des sociétés
modernes mais elles doivent être garanties par la liberté politique de chacun. Il introduit donc la
vision d’une société protectrice envers ses membres, où le libéralisme se verrait constitutionnalisé.

Le Discours de Benjamin Constant est historiquement ambigu. En effet, rien ne change sur la forme,
mais le fond et l’interprétation que l’auteur fait de sa théorie diffèrent selon les époques. En 1798, il
semble prôner l’abstention pour toute une partie de la population et, paradoxalement, en 1819, il
vante les bienfaits de la participation de tous les citoyens. Ces différentes interprétations de son
discours peuvent s’expliquer si l’on reprend les contextes dans lesquels il a été prononcé. En 1798, il
cherche à limiter la participation des « masses inertes et immobiles », sous entendus les indécis, car
le vote serait prétexte à la haine. Il incite donc à l’abstention de ces citoyens. Au contraire en 1819,
après la chute de l’Empereur, il appelle à la participation politique de tous les citoyens afin d’éviter
un retour du despotisme. Cependant, l’argument mis en avant à ce moment ne lui parait pas
convaincant, et il avance donc l’idée que cette participation est un moyen d’accession au bonheur.

Alexis de Tocqueville (1805-1859), quelques années plus tard, s’attachera à concilier la défense de la
liberté moderne, exposée par Benjamin Constant, à la démocratie libérale, qui intègre, selon lui,
liberté et égalité. Tocqueville sait la démocratie inévitable en France. Dès lors, Il est nécessaire pour
lui d’étudier ce système. Ainsi, sa réflexion vise à trouver les moyens de la construire sans que la
liberté n’en soit trop affaiblie.

BIBLIOGRAPHIE
Le libéralisme constitutionnel de Benjamin Constant

SOURCE :

CONSTANT Benjamin, Ecrits Politiques, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1997.


OUVRAGE GENERAL

RICCI Jean-Claude, Histoire des idées politiques, Paris, Dalloz, 2008.

OUVRAGES SPECIALISES

MEUWLY Olivier, Liberté et société : Constant et Tocqueville face aux limites du


libéralisme moderne, Genève, Droz, 2002.

HOLMES Stephen, Benjamin Constant et la genèse du libéralisme moderne, Paris,


Presses Universitaires de France, 1994.

PAOLETTI Giovanni, « Relire Constant : la question des anciens » dans Benjamin


Constant en l'an 2000 : nouveaux regards : actes du colloque des 7 et 8 mai 1999, sous
dir. De Dubois Alain, Hofmann Anne et Rosset François, Genève, Slatkine, 2000.