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Quatre petits extraits de ce petit bouquin très clair, encore inédit

en français, qui expose les principes de base de l’antipsychiatrie et


répond aux questions ou critiques sur le sujet. En attendant une
traduction complète du livre...

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PRIX LIBRE www.infokiosques.net Anti-copyright.
sée et de mouvement de la patiente ou du
patient.
Nous ne devons pas nous étonner du tout de
la fréquence avec laquelle les psychiatres ren-
contrent chez leurs patient-e-s ce grave symp-
tôme de maladie mentale que nous appelons
"comportement autiste". Une attitude de ce
genre est prescrite, et est considérée comme
« L’expérience de Rosenham, conduite par leur devoir, aux prisonniers de guerre qui
des professionnel-le-s américain-e-s et citée plu- tombent en mains ennemies. Est-il si insensé
sieurs fois dans les textes de critique de la psy- de penser qu'une personne puisse choisir de
chiatrie (cf.Antonucci 1986, Forti 1979), est une ne pas parler avec qui la retient dans un lieu
autre preuve de l’absurde prétention de la psy- où elle ne veut pas être ? La faculté de ne pas
chiatrie de savoir et pouvoir distinguer le sain du répondre est un droit sanctionné par la loi.
fou. Un groupe de professionnel-le-s se présen- Est-il irrationnel de choisir de ne pas répond-
ta dans une série de structures psychiatriques re parce que l'on est sûr-e que ce que l'on dit
aux différentes orientations thérapeutiques en sera utilisé contre soi ?
essayant de se faire interner.Tou-te-s affirmaient En définissant le comportement de Giovanni
avoir entendu des voix qui de manière confuse comme autiste, les psychiatres veulent dire en
prononçaient des choses comme « inutile » ou réalité qu'illes ne sont ni ses maton-ne-s ni ses
« vide ». Pendant l’entretien d’admission, les accusateurs/trices, mais des médecins qui
patient-e-s avaient répondu aux questions cor- agissent en son intérêt. Il est pourtant diffici-
rectement par rapport à leur situation sociale, le, si ce n'est pas impossible, de penser à une
leurs expériences et leurs rapports. Tout de privation de liberté plus radicale que l'inter-
suite après leur internement illes avaient arrêté nement psychiatrique ou à des cruautés plus
de se plaindre du symptôme pour lequel illes atroces que celles que les psychiatres, en plus
avaient été interné-e-s et illes avaient commen- d'un siècle d'histoire, ont infligé à leurs
cé à collaborer activement avec le personnel. patient-e-s."
Pour toute la durée de l’internement, aucun-e
membre de l’équipe n’a avancé de doutes sur
leur maladie. Dans leur rapport, les acteurs et
actrices de l’expérience citent le fait paradoxal in Dictionnaire Anti-psychiatrique, 1997
que les seul-e-s à nourrir des doutes sur leur de Giuseppe Bucalo
identité ont été d’autres interné-e-s, qui les ont traduit de l’italien, encore inédit en français
“C'est ce que Giovanni a fait (ou que les aut- faire n'est pas peu. L'infirmier qui fait disparaî- accusé-e-s de ne pas être des patient-e-s, mais «Aujourd’hui nous sommes peut-être sincère-
res craignaient qu'il puisse faire) qui a convain- tre du service les instruments d'immobilisa- des personnes qui étaient là pour quelque ment scandalisé-e-s par le fait que des innocent-
cu ses parents à appeler la police psychia- tion fait certainement quelque chose de conc- recherche ou contrôle. Que les patient-e-s soient e-s aient pu finir à l’asile. En réalité, qui a enfer-
trique et à le faire interner. Mais c'est ce qu'il ret pour limiter la violence psychiatrique. des observateurs et observatrices sensibles et mé pour des décennies et considéré symptôme
dit qui détermine le fait qu'il soit remis en Ainsi faisait Fiorenzo quand il s'élançait pour attentifs/ves de la réalité ne doit pas nous sur- de maladie mentale l’adultère, la masturbation
liberté. S'il accepte de se sentir et d'être frapper les médecins et les infirmier-e-s dans prendre, ce que nous devons plutôt nous ou l’homosexualité, n’a rien fait de différent de
malade et d'avoir, en conséquence, besoin de la tentative disproportionnée de défendre les demander, et que les acteurs/trices oublient de qui aujourd’hui interne ou soigne Franck parce
ces soins, on le jugera amélioré et il pourra interné-e-s traîné-e-s de force et de manière signaler dans leur rapport, c’est si ces interné-e- qu’il ne trouve plus son visage. A l’époque
espérer une liberté surveillée. S'il insiste à violente dans le service. Qui le condamne s, qui les avaient reconnu-e-s et probablement comme aujourd’hui les psychiatres sanction-
considérer arbitraire son incarcération et à devra essayer de m'expliquer ce qu'il ou elle dénoncé-e-s aux médecins du service, ont été nent, avec leurs soins, tous les comportements
revendiquer son droit à la libre communica- ferait à sa place. Beaucoup d'entre nous soigné-e-s de ce délire. Et, dans le cas d’une répon- et opinions qui ne respectent pas l’Ordre men-
tion et au mouvement, ses conditions seront croient avoir affaire à des personnes sensées se affirmative, qu’ont pensé ces thérapeutes tal, familial et social, constitué. »
déclarées graves et il sera soumis à un durcis- quand ils ou elles pensent aux responsables quand il leur a été révélé que leurs patient-es «Bien sûr on peut toujours, pour l’expérience
sement des mesures restrictives. des services psychiatriques. Des personnes avaient raison ? de Rosenham, soulever des doutes quant à la
Le docteur Lorenzo Mandalari, psychiatre et avec lesquelles Fiorenzo pourrait parler et Comment ont-ils justifié cette erreur ? professionnalité des personnes qui ont signé les
premier directeur de l'asile de Messine, déjà expliquer ses raisons. On l'a pensé aussi du Et comment pouvait-elle être évitée ? internements et élaboré les diagnostics.
au début du XXème siècle, vantait une docteur Mandalari, du docteur Ugo Cerletti Je crois n’avoir jamais entendu dans la bouche Beaucoup défièrent Rosenham, comme on peut
moyenne de guérison de 40%. Les thérapies expérimentateur de l'électro-choc, du doc- ou lu dans les écrits d’aucun-e psychiatre un seul le comprendre, de répéter l’expérience auprès
expérimentées ces années-là allaient de l'ap- teur Moniz, prix Nobel de médecine, et du mot d’auto-critique claire et sincère concernant de leur structure où certainement une erreur
plication de sangsues à l'inoculation de la mal- docteur Coda, psychiatre turinois qui dialo- les horreurs auxquelles il ou elle avait participé, de ce genre ne pourrait pas être constatée. (…)
aria, de l'isolement à la camisole de force, de guait avec ses patient-e-s en leur appliquant parfois ignare et inconscient-e, d’autres fois Rosenham répondit au défi de ses collègues en
la castration à l'ablation des ovaires, et à d'au- des électrodes sur les testicules. En réalité, conscient-e et sadique. Chaque lobotomie, cas- changeant l’énoncé de l’expérience. Des fausses
tres tortures du genre. 40% de ses victimes pour autant que cela puisse nous sembler tration, fièvre paludique, mitard, camisole de patientes et des faux patients auraient tenté,
guérissaient et ne revenaient plus pour un paradoxal, c'est justement la volonté d'expo- force, interdiction, électro-choc… a été justifié dans les trois prochains mois, de se faire inter-
autre cycle de thérapies. ser sont propre point de vue qui détermine comme le prix à payer sur l’autel de la recher- ner dans l’une de ces cliniques qui déclaraient
Je crois que des pourcentages de ce genre l'intervention psychiatrique. Les patient-e-s che médicale pour combattre cette terrible mal- user d’un diagnostic scientifique et sûr. Le défi,
sont semblables à ceux des personnes qui, ne peuvent pas avoir des opinions ou exprimer adie. Une maladie terrible au point que les gens que leur relançait Rosenham, était d’essayer
parmi les victimes de la torture, dans différen- des jugements sur elles/eux-mêmes ou sur le n’ont jamais admis de l’avoir, une maladie qui n’a d’être capables de reconnaître les acteurs et
tes époques de l'Histoire et sous toutes les personnel : ils et elles doivent seulement par- jamais été aussi terrible que les thérapies qui ont actrices quand illes se seraient présenté-e-s.
formes de régime totalitaire, se sont trahies tager les opinions et les jugements de leurs essayé de la soigner. Durant la période de l’expérience un grand
elles-mêmes, ont renié leurs idées et accepté thérapeutes. En psychiatrie on ne se trouve pas face à des thé- nombre d’internements furent refusés dans les
les idées de leurs bourreaux. Quand les opinions des un-e-s et des autres rapies, mais à des expérimentations. Ce que font différentes structures, et dans de nombreux
Face au pouvoir de la psychiatrie nous ne sont en conflit, la question est résolue par la les psychiatres ne sert pas tant à soigner qu’à cas, un ou plusieurs chefs signalaient des doutes
pouvons faire beaucoup, même si ce qu'il y a à sédation et la limitation de la capacité de pen- démontrer l’existence de la maladie mentale. » quant à l’identité des patient-e-s. En réalité,
dort pas la nuit et traîne dans les rues du villa- inquiétantes métamorphoses. Personne ne peut
ge en criant et ses voisin-e-s qui doivent retour- établir avec certitude si c’est de témoins qu’on
ner travailler le matin. Ce sont des conflits diffi- a besoin à certains moments plutôt que d’une
ciles, bien sûr, mais pas des maladies. Les appeler correction sonore ou d’une dose massive de
ainsi sert seulement à les nier, à ne pas les tranquillisants. La seule chose qui est sûre, c’est
affronter et les affiner. » que cette aide est plus difficile à donner, c’est
celle qui nous implique d’une certaine manière
aucun faux patient et aucune fausse patiente ne «Je me souviens d’avoir demandé une fois dans la folie de l’autre et nous entraîne dans un
s’est présenté-e durant cette période auprès à Louise : «De quoi as-tu besoin ? Qu’est-ce qui peut territoire inconnu. Nous savons très bien utili-
de ces structures. t’aider ?». ser nos mains pour frapper quelqu’un-e ou lui
Cela ne veut pas dire qu’il existe de vrai-e-s Louise me répondit : « Je voudrais être une chenille enfoncer une seringue dans le bras, mais très
patient-e-s, mais simplement que les psychiat- et ramper sur le sol. Je voudrais qu’il y ait quelqu’un, peu ou pas du tout participer à ce qui lui arri-
res ne sont même pas capables de reconnaître mais je ne voudrais pas qu’il m’arrête, me remette ve. »
avec certitude chez les gens les aspects qu’el- debout, m’empêche de le faire. Je voudrais que cette
leux-mêmes définissent comme symptômes de personne reste là et me regarde, sans intervenir». Je «Chaque fois que je tentais de dia-
maladie. Les internements et les soins psychia- me souviens de lui avoir dit «Peut-être qu’ainsi cette loguer avec les infirmier-e-s et les chef-fe-s du
triques sont seulement en partie justifiés par chenille pourra enfin devenir un papillon ?». Louise service pour tenter de leur faire entrevoir les
les diagnostics, souvent les diagnostics mêmes me regarda, sourit et ne dit plus rien. raisons de Giovanni, elles et eux me regardaient
sont justifiés par la tentative d’intervenir et de Que fallait-il à Louise ? Un témoin ! Combien comme quelqu’un-e qui est en train de perdre
résoudre les conflits sociaux et relationnels cette aide peut être loin de celle qu’elle avait eu du temps après des fantaisies et des philoso-
dans lesquels nous sommes impliqué-e-s. Une de ses thérapeutes (et que des millions d’autres phies utopiques. Cela semblait paradoxal, mais
injection de neuroleptiques n’est pas le soin individus ont des spécialistes de la santé menta- ces hommes et ces femmes ne l'avaient jamais
d’une quelconque maladie, mais le moyen pour le). Même quand on te laisse ramper par terre, écouté : juste gardé à vue. Illes étaient capables
bloquer un individu qui est en train de mettre personne ne te regarde, personne n’est témoin. de me lister toutes les infractions à l'ordre de
la maison sens dessus dessous à la recherche La seule attention que tu peux espérer avoir est vie du service, même loin dans le passé, mais
de son propre livret d’épargne, que nous lui qu’on te pousse hors de ses allées et venues illes ne semblaient pas avoir jamais suivi un seul
avons thérapeutiquement soustrait et caché. quotidiennes. Ramper par terre : thérapeutique, de ses discours ou écouté une seule de ses
Bien sûr il existe des situations dans lesquelles quand ce sont elles/eux qui t’y plaquent pour plaintes ou requêtes. Illes regardaient ses paroles
le conflit paraît impossible ou incompréhensi- t’immobiliser et t’endormir avec une piqûre ; et ses pensées comme illes gardaient un œil sur
ble, comme dans le cas où Franco s’échauffe pathologique, quand c’est toi qui le fais, pour te ses actions. Illes regardaient seulement si ces
contre son père parce qu’il ne supporte pas sa sentir chenille, pour disparaître, te prostrer ou paroles et ces pensées pouvaient être insérées
manière de se tenir à table, ou dans le cas où prier. dans le groupe de symptômes de la catégorie de
Francesca accuse ses parents de vouloir l’em- Je ne me suis jamais expérimenté chenille, mais l'amélioration ou de l'aggravation. Ce qu'il disait, à
poisonner. Il y a le conflit entre Nino qui ne il m’est arrivé d’être témoin de merveilleuses ou qui et pourquoi, semblait ne pas les intéresser. »