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Politique étrangère

La situation économique de l'Afrique : vers une reprise ?


Adebayo Adedeji

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Adedeji Adebayo. La situation économique de l'Afrique : vers une reprise ?. In: Politique étrangère, n°3 - 1988 - 53ᵉannée. pp.
621-638;

doi : https://doi.org/10.3406/polit.1988.3797

https://www.persee.fr/doc/polit_0032-342x_1988_num_53_3_3797

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Résumé
Trois décennies ont été consacrées au développement par les Nations Unies depuis 1960. Compte
tenu du peu d'effet des deux premières, les pays africains se sont dotés en 1980 d'un plan d'action
dénommé plan de Lagos, en vue de remédier aux grands déséquilibres internes et externes de leurs
économies. Face aux difficultés croissantes auxquelles la région s'est trouvée confrontée à partir des
années 80, l'Assemblée générale des Nations Unies a par la suite adopté le Programme d'action pour
le redressement économique et le développement de l'Afrique 1986-1990, à sa 13e session
extraordinaire de juin 1986. Depuis lors d'énormes efforts d'ajustement structurel et de réforme ont été
déployés par les pays africains, mais les résultats économiques enregistrés en 1986-1987 ont été
décevants. De plus si l'aide de la communauté internationale connaît une évolution positive depuis
1986, elle est encore insuffisante, trop ponctuelle et cloisonnée. De la poursuite des réformes mises en
uvre avec énergie dans chaque pays et de l'amélioration de l'environnement économique international
dépendent donc à la fois le succès du Programme action des Nations Unies et les perspectives de
développement autonome de l'Afrique à long terme.

Abstract
The African Economy : Towards a Recovery ?, by Adebayo Adedeji
Three Development décades hâve been launched by the United Nations since 1960. In view of the little
impact of the first two décades in the 60s and 70s, African countries have formulated in 1980 the Lagos
Plan of Action with a view to addressing the basic structural domestic and externat imbalances.
Subsequently, in order to overcome the escalating crisis which confronted the région since 1980, the
United Nations Programme of Action for African Economie Recovery and Development 1986-1990
(UN-PAAERD) was adop-ted in June 1986 by the General Assembly at its 13th Spécial Session. Since
then, in spite of tremendous efforts by African countries in restructuring their économies and
implementing policy reforms, their economie performance over the 1986-1987 period has been
disappointing. Moreover although the support of the international community has been forthcoming
since 1986, it has proved insufficient, ad-hoc and compartimentalised. The prospects for a successful
implementation of UN-PAAERD and for long-term self-sustained development in Africa, dépend on the
continuation of vigourous domestic policies and the emergence of an enabling international economie
environment.
POLITIQUE ÉTRANGÈRE I 621

La situation économique
Adebayo ADEDEJI * de l'Afrique :
vers une reprise ?

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622 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

blissement de la production alimentaire et manufacturière et la dépendance


croissante des économies africaines vis-à-vis des produits d'exportation
(matières premières agricoles et ressources minérales, pétrole y compris).
Troisièmement, l'évolution de la dépense prenait elle aussi un tour malsain.
Pendant que l'épargne intérieure augmentait péniblement pour passer de
17,8 % du PIB en 1970 à 18,3 % en 1980, la formation brute de capital fixe
faisait un bond de 16,2 % à 24,9 %. Autrement dit, l'Afrique se tournait de
plus en plus vers l'extérieur pour financer son développement. Entre 1970
et 1980, la propension marginale à consommer s'est maintenue à un niveau
élevé, de 0,81 en moyenne, alors que l'élasticité des importations atteignait
1,13, ce qui suppose une forte teneur en éléments importés de la
consommation comme de l'investissement.
Quatrièmement, le secteur extérieur de l'Afrique a pratiquement stagné
dans les années 70. En 1980, l'indice des volumes d'exportations des pays
en développement africains avait baissé de quelque 17 % par rapport à son
niveau de 1970, tandis que l'indice des volumes d'importations affichait une
hausse de plus de 90 %. En outre, le commerce de l'Afrique était
essentiellement dirigé vers d'autres régions du monde. Poursuivant leur déclin tout
au long de la décennie, les échanges intra-africains, qui ne comptaient déjà
que pour 6,7 % du commerce total du continent en 1970, n'en
représentaient plus que 4,7 % en 1980. Une telle situation souligne non seulement
la dépendance excessive de l'Afrique à l'égard du monde extérieur, mais
aussi la faiblesse de ses moyens de production, de transport et de
communication, ainsi que l'insuffisance de ses mécanismes de paiement, pour
l'essentiel indissociables des pays développés.
Enfin, la dette totale de l'Afrique, de l'ordre de 48 milliards de dollars en
1980, ne pouvait manifestement que continuer à s'alourdir, puisqu'elle
augmentait déjà en moyenne de 15 % par an environ à la fin des années 70
et que les conditions d'emprunt se durcissaient de plus en plus. Entre 1975
et 1980, par exemple, le taux d'intérêt moyen est passé de 5,7 % à 8,5 %,
alors que les échéances ont été ramenées de 20,3 ans, à 15,7 ans, avec un
élément de libéralité de 15,8 % seulement, contre 29,9 %. On ne voit
d'ailleurs pas comment ce processus d'endettement pourrait s'arrêter, étant
donné les difficultés économiques croissantes qui empêchent aujourd'hui la
plupart des pays africains de dégager suffisamment de recettes pour assurer
le service de leur dette.
C'est dans ce contexte, et à la suite du colloque de Monrovia où de hautes
personnalités africaines s'étaient réunies pour débattre des perspectives de
développement du continent, que la Conférence des ministres de la
Commission économique pour l'Afrique, lors de sa 5e session tenue à Rabat
(Maroc) en mars 1979, a adopté la résolution 232 (XVI) sur les modalités
d'une stratégie de développement pour l'Afrique. Baptisée stratégie de
Monrovia, elle fut ensuite approuvée par la Conférence des chefs d'Etat et
de gouvernement de l'Organisation de l'unité africaine, à sa 16e session,
puis transformée en programmes régionaux et sectoriels spécifiques par les
soins de la Conférence des ministres de la CEA avant d'être finalement
ratifiée sous la nouvelle dénomination de plan d'action de Lagos, lors de la
deuxième session extraordinaire de la Conférence des chefs d'Etat et de
gouvernement de l'OUA tenue en avril 1980 à Lagos.
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 623

Le plan de Lagos jette les bases d'un véritable développement pour


l'Afrique. Tout d'abord, il contient une série de propositions globales dans des
domaines essentiels comme la production alimentaire et l'agriculture,
l'industrie, les transports et les communications, les ressources humaines et
naturelles, la science et la technologie. Ensuite, il est complété par l'Acte
final de la conférence de Lagos, un document qui s'attaque au problème de
la balkanisation du continent et préconise une formule de coopération et
d'intégration économiques dont l'objectif ultime est la création, d'ici
l'an 2000, d'une communauté économique africaine.
Ces deux instruments, plan d'action et Acte final de Lagos, mettent
clairement en évidence les changements qui devront être apportés aux modes de
vie, de production et de distribution, ainsi qu'aux relations économiques
sous-régionales pour que l'avenir de l'Afrique se présente enfin sous un
meilleur jour en l'an 2000. Mais, avant d'en arriver là, revenons à la
situation de la fin des années 70 et du début des années 80, lorsque les pays
africains commençaient à éprouver de plus en plus de difficultés à l'intérieur
comme à l'extérieur.
Aux lacunes des politiques nationales en matière de production et de
dépense sont en effet venues s'ajouter les conséquences d'une brusque
détérioration de l'environnement économique mondial. Entre 1979 et 1981,
en particulier, l'effondrement des cours de certains des principaux produits
de base exportés par l'Afrique, tels le café, le cuivre, le cacao, les bananes,
les huiles végétales et le thé, a entraîné une perte de quelque 2,2 milliards
de dollars pour les pays concernés. En 1982, les prix des produits de base
(en termes réels) étaient retombés à leur niveau le plus bas depuis 1940.
Autre effet de la crise économique mondiale, la dette extérieure, favorisée
par l'aggravation des déficits commerciaux, la contraction des transferts
officiels et le durcissement des conditions d'emprunt, atteignait 170 milliards
en 1984 et 200 milliards en 1986.
Depuis l'adoption du plan de Lagos, le souci majeur de la plupart des pays
africains a donc été de gérer la crise pour tenter de survivre.
Malheureusement, la situation s'est encore détériorée en 1984-1985, avec la grande
vague de sécheresse qui a touché jusqu'à 34 pays sur tout le continent,
provoquant une pénurie d'eau et de vivres dramatique et décimant une
grande part des troupeaux. C'est dans ce contexte que le secrétaire général
des Nations Unies prit alors l'initiative de mobiliser la communauté
internationale, dans un effort qui aboutit finalement à l'adoption par l'Assemblée
générale de l'organisation, en juin 1986, du Programme des Nations-Unies
pour le redressement économique et le développement de l'Afrique 1986-
1990.
Deux ans se sont maintenant écoulés depuis lors. En septembre 1988,
l'Assemblée générale a entrepris l'examen à mi-parcours de ce programme
au cours de sa 43e session. Son adoption a été une occasion unique de voir
se dégager un consensus général sur la nécessité de s'attaquer aux
problèmes de développement de l'Afrique à court et à long terme ; il importe
maintenant de mesurer le chemin parcouru depuis 1986 et de s'interroger
sur les perspectives d'avenir. L'amélioration des résultats économiques est
sans doute un critère important, mais il convient aussi de voir jusqu'à quel
point on a réussi à corriger les déséquilibres structurels des économies
africaines. Pour ce faire, nous examinerons tout d'abord leurs principales
caractéristiques .
624 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Principaux obstacles structurels au redressement économique


et au développement à long terme de l'Afrique
On l'a vu, la communauté internationale s'est montrée unanime à
reconnaître qu'il fallait non seulement traiter les symptômes de la crise économique
que traverse l'Afrique, mais aussi s'attaquer à ses causes, c'est-à-dire à des
problèmes structurels plus profonds : fragilité et manque d'équilibre des
systèmes économiques, inadéquation et mauvaise utilisation des ressources
humaines, balkanisation du continent en petites entités politiques et
économiques, pour n'en citer que quelques-uns.

Une croissance alimentée par un seul produit d'exportation


La plupart des pays africains ont une production axée sur une seule culture,
en général consacrée à un produit de rapport comme le cacao, le café, le
thé, l'arachide, le tabac, le coton ou le caoutchouc, quand ils ne sont pas
totalement dépendants de leurs exportations minérales de cuivre, de fer, de
bauxite, de manganèse, de pétrole ou de diamants. Bien souvent, un seul
de ces produits compte pour plus de 90 % des exportations totales du pays ;
il constitue une source de recettes pouvant aller jusqu'à 70 % du produit
intérieur brut dans la majorité des cas.
Il n'est donc pas étonnant, dans ces conditions, que la croissance de
l'Afrique dans les années 60 et 70 ait été largement tributaire, comme le
montrent les statistiques, de la production et de l'exportation de produits
primaires. D'autre part, comme l'essentiel du commerce africain était dirigé
vers les pays développés à économie de marché, il est clair que la
performance économique de l'Afrique pendant toute cette période a été
directement liée à la croissance enregistrée par ces pays. Un tel scénario de
croissance, dans lequel tout tourne autour des exportations de produits
primaires, fournit l'une des principales explications d'ordre structurel à la
crise économique qui a éclaté en Afrique au début des années 80, le
ralentissement de l'activité dans les pays développés, dont le taux de
croissance est tombé d'environ 8 % dans les années 70 à environ 2 % ou
moins récemment, s 'étant alors accompagné d'une contraction de la
demande de produits de base et d'une chute de leurs prix en termes réels.
Depuis lors, la production et les exportations de produits de base ne cessent
de décliner en Afrique et cette tendance semble bien partie pour durer.
L'une des conditions essentielles du redressement économique et du
développement à long terme de l'Afrique réside donc dans la recherche d'un
autre scénario de croissance. C'est là l'un des principaux objectifs du
programme adopté par les Nations Unies.

Déclin du secteur alimentaire et pression démographique


Le déclin du secteur vivrier au cours des 20 dernières années est un autre
trait saillant des économies africaines ; il a conduit à la crise alimentaire
sans précédent dont l'Afrique a été victime en 1984-1985. La production
alimentaire par habitant, dont la progression était déjà limitée à 0,35 % par
an dans les années 60, a régressé en moyenne de 1,2 % par an tout au long
de la décennie suivante. Et la période de sécheresse que l'Afrique vient de
traverser n'aura sans doute fait que restreindre l'offre globale de denrées
alimentaires d'origine locale. Cela dit, il y a longtemps que l'on dénonce le
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 625

rôle fondamental de certains facteurs d'ordre structurel dans la détérioration


de la situation alimentaire, notamment : la place secondaire de l'agriculture
dans les politiques nationales ; l'expansion démographique galopante ;
l'amenuisement rapide des terres arables et des surfaces cultivées ; et
l'absence d'efforts technologiques pour accroître la productivité agricole.
L'agriculture, et plus particulièrement la production alimentaire, souffrent
de ne pas recevoir la priorité qu'elles méritent dans la plupart des pays
africains. Non seulement les politiques irréalistes qui sont pratiquées en
matière de prix découragent les producteurs, mais il n'y a pas eu
d'investissements suffisants depuis de nombreuses années dans des domaines tels que
l'irrigation, la recherche, la formation et les services de vulgarisation. La
pénurie d'intrants est générale : semences, engrais, pesticides et matériel
agricole, tout manque ; les installations de stockage sont inadéquates et
aggravent encore les pertes de denrées alimentaires ; les pièces détachées
sont introuvables, et ce ne sont là que quelques exemples. En outre, les
surfaces irriguées n'ont guère été développées en Afrique. Selon les
estimations de la FAO, environ 5,2 % seulement des terres cultivées de façon
temporaire ou permanente sur le continent sont actuellement irriguées, dont
72 % en Afrique du Nord.
Qui plus est, le maigre soutien dont le secteur agricole a dû se contenter en
termes d'investissements et d'incitations a été essentiellement consacré aux
cultures d'exportation. Dans la ceinture soudano-sahélienne, par exemple,
on a estimé à 60 kg/ha la quantité d'engrais utilisée pour les cultures
d'exportation, contre 2 kg/ha seulement pour les cultures vivrières. D'autre
part, on sait que les facilités de crédit accordées aux pays d'Afrique de l'Est
ont été concentrées sur les cultures de rapport.
La crise alimentaire, que l'on peut donc imputer aussi bien à des choix
politiques erronés qu'à des conditions climatiques défavorables, a en outre
été exacerbée par la pression croissante d'une population en plein essor. Du
début des années 70 au début des années 80, la croissance démographique
de l'Afrique a atteint en moyenne 3 % par an, aggravant ainsi le
déséquilibre entre l'offre et la demande de vivres, en particulier du fait que la
population urbaine, qui ne participe pas à la production alimentaire, s'est
accrue à un rythme encore plus rapide : plus de 4 % en moyenne, avec des
pointes de 5,8 % et de 7 % en Afrique de l'Ouest et de l'Est
respectivement.
Le déclin de la production agricole en Afrique, en particulier dans le
secteur vivrier, s'explique aussi par la forte réduction des terres arables,
principalement sous l'effet de la progression rapide du désert, de régimes
fonciers favorisant l'épuisement et l'érosion du sol, d'une faible pluviométrie
et du manque d'eau en général.
Des techniques agricoles inadaptées constituent en outre un obstacle majeur
à l'accroissement de la productivité au-dessus du niveau de subsistance
actuel. En fait, ces techniques sont telles qu'elles imposent d'elles-mêmes
des limites à la production et aux rendements des cultures.
Compte tenu de ce qui précède, il est clair que toute tentative de
redressement rapide de l'économie africaine visant à mettre en place les conditions
d'un développement soutenu à long terme passe obligatoirement par une
626 / POLITIQUE ÉTRANGÈRE

réorientation radicale des politiques en faveur du secteur agricole, et surtout


de la production alimentaire. En outre, comme la vaste majorité de la
population vit en zone rurale et que l'agriculture compte en moyenne pour
un tiers du produit intérieur brut du continent, c'est en stimulant
vigoureusement la production agricole et vivrière que l'on obtiendra à coup sûr les
meilleurs résultats en matière de création d'emplois et de revenu, condition
indispensable de la relance économique en Afrique.

Des infrastructures physiques et institutionnelles déficientes


La faiblesse des infrastructures physiques est une quatrième caractéristique
fondamentale des économies africaines au milieu des années 80.
L'insuffisance et le mauvais état des réseaux de transport et de communication,
ainsi que l'inefficacité des services dans ce secteur, constituent un obstacle
majeur à l'extension de l'activité économique au sein des pays africains et
entre eux. Il est un fait indéniable, alors que nous arrivons bientôt au terme
de la Décennie des Nations Unies pour les transports et les communications
en Afrique, que les liens de communication existant sur ce continent sont
encore pour l'essentiel axés sur l'extérieur et fortement tributaires du
mouvement des exportations de produits primaires et des importations de
produits manufacturés. L'absence de moyens de transport internes entrave
les échanges de denrées alimentaires (produits agricoles en particulier), la
circulation des personnes et la répartition harmonieuse des installations
industrielles au sein des pays. En bref, les réseaux routiers
transcontinentaux que la Commission économique s'est efforcée de promouvoir ne se
déploient encore complètement que sur le papier. Ils sont pourtant
indispensables au développement du commerce intra-africain.
Dans les années 60, la plupart des pays africains se sont dotés à grands frais
des moyens institutionnels dont ils avaient alors besoin pour mettre en place
leurs plans de développement et gérer leur économie. Malheureusement, ces
structures n'étaient pas suffisantes et la plupart d'entre elles laissent en
outre beaucoup à désirer aujourd'hui sur le plan de la qualité du travail
accompli. Les ministères et organismes publics ou parapublics, et même les
universités et instituts scientifiques, ne sont plus en mesure de remplir leur
rôle. Au contraire, ils auraient plutôt tendance à freiner qu'à stimuler la
productivité et le développement en général. C'est pourquoi la
restructuration des économies africaines doit impérativement aller de pair avec une
réforme de leurs institutions, dans le cadre des efforts déployés pour
remettre l'Afrique sur la voie de la croissance et du développement à long
terme.

Un secteur industriel enclavé et fragmentaire


En Afrique, l'industrie n'a jamais été suffisamment développée pour
pouvoir prendre le relais de l'agriculture et des mines en tant que moteur de la
croissance, ou ne serait-ce même que jouer le rôle d'un stimulant
complémentaire. Cette situation pose aujourd'hui un défi que toute tentative de
redressement économique dans la région se doit de relever. Le secteur
industriel de l'Afrique est à la fois réduit et enclavé. Comme on l'a vu
précédemment, il ne représentait que 27 % du PIB, dont 10 % pour les
activités manufacturières, en 1980. De plus, il s'articule pour l'essentiel
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 627

autour de deux grands axes : substitution de produits importés pour la


consommation de minorités urbaines et promotion des exportations de
matières brutes semi-ouvrées.
L'une de ses principales carences d'ordre structurel réside dans le sous-
développement des industries productrices de biens intermédiaires et de
biens d'équipement, ainsi que du secteur des biens de grande
consommation. Ces deux branches industrielles sont pourtant indispensables : la
première pour accroître la production et la productivité de l'agriculture, la
seconde pour satisfaire la demande potentielle d'une population rurale qui
disposerait d'un revenu plus élevé. En d'autres termes, on ne peut
concevoir la révolution agricole, c'est-à-dire l'augmentation de la production et
des rendements agricoles, d'une part, et l'amélioration du niveau de vie des
paysans, de l'autre, sans la mise en œuvre d'une stratégie de développement
industriel introvertie.

Des ressources humaines mal formées et mal utilisées


La forte croissance démographique de l'Afrique n'aurait pas eu les
conséquences désastreuses que l'on constate aujourd'hui si les mesures
préconisées par le plan de Lagos avaient été appliquées de façon à constituer dans
la région une réserve suffisante de personnels techniques disposant d'une
formation appropriée. Au lieu de cela, la région souffre à présent d'une
pénurie dramatique de main-d'œuvre qualifiée, en particulier dans les
domaines les plus importants pour la relance de l'économie. Parallèlement,
on enregistre aussi un taux de chômage élevé, surtout parmi les diplômés de
l'université. Enfin, la fuite des cerveaux est un fléau qui entrave le bon
fonctionnement d'institutions et de services-clefs dans certains pays.
Une telle situation révèle deux carences fondamentales. Premièrement, les
institutions de formation ne parviennent pas à satisfaire les besoins en
personnels qualifiés des secteurs névralgiques de l'économie.
Deuxièmement, les compétences disponibles sont mal utilisées puisque l'expertise
étrangère représente une grosse part des budgets de personnel. La
formation, la planification et l'utilisation adéquate des ressources humaines, avec
la participation active de la population africaine au processus de
développement, sont donc autant de facteurs indispensables au redressement
économique de l'Afrique.

Une économie éclatée


On a souvent reconnu, dans les pays africains mais aussi chez leurs
partenaires, que les difficultés économiques et politiques auxquelles
l'Afrique se trouve confrontée résultent dans une certaine mesure de la balkani-
sation de la région en 50 Etats, dont 24 comptaient moins de 5 millions
d'habitants en 1980 et 14 n'ont pas accès à la mer. Surmonter les obstacles
que pose un tel morcellement, sans toutefois le remettre en cause d'un
point de vue politique, et mobiliser l'énorme potentiel de la région, tel était
justement le but de l'Acte final de la conférence de Lagos.
Les événements qui se sont succédé depuis lors ont souligné la grande
fragilité de la plupart des économies africaines, de ce fait incapables de
résister aux chocs extérieurs ou d'affronter l'ampleur de la tâche de restruc-
628 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

turation à accomplir pour renouer avec une croissance et un développement


soutenus. C'est ce que montrent notamment : la baisse irréversible des
cours des matières premières qui empêche la plupart des pays d'Afrique,
surtout les plus petits d'entre eux, de mobiliser les ressources nécessaires au
financement du développement ; la dépendance croissante de la production
et de la consommation locales à l'égard des importations de biens et de
services, avec les difficultés que cela suppose pour mettre en place une
structure socio-économique autonome ; le recul de la productivité par
rapport à d'autres régions du monde, alors que la hausse du coût de la vie
provoquée par le renchérissement des biens et des services d'importation
engendre des troubles sociaux à grande échelle dans de nombreux pays, y
compris chez les producteurs de pétrole à revenu élevé ; et le lourd fardeau
du service de la dette extérieure et les prélèvements insupportables qui en
découlent pour la majorité des pays. Par conséquent, c'est seulement dans
un effort collectif de coopération et d'intégration économiques que l'Afrique
peut espérer trouver le moyens d'atténuer, en partie tout au moins, les
conséquences les plus douloureuses de ces chocs extérieurs. Au-delà du
soulagement temporaire que peut procurer l'arsenal des programmes
d'ajustement à court terme, l'Afrique doit en effet se doter de structures
politiques et économiques viables si elle veut renverser pour de bon la situation
qui est la sienne aujourd'hui et éviter ainsi la catastrophe. A cette fin,
l'intégration économique semble de toute évidence la première étape à
franchir pour mobiliser les ressources communes de façon efficace et
coordonnée.

Le durcissement des contraintes extérieures


L' extraversion des économies africaines est la dernière des caractéristiques
structurelles examinées ici. Nous avons vu à quel point des facteurs
d'origine extérieure peuvent exacerber les faiblesses intérieures de l'Afrique. Il
est certain que celle-ci n'a aucun espoir de voir aboutir ses efforts
d'ajustement structurel sans une amélioration de l'environnement économique et
politique extérieur.
La plupart des facteurs évoqués ci-dessus sont déjà bien connus et ne
méritent donc pas de nouvelles explications. On se contentera de
mentionner l'effrondrement des cours des produits de base, la contraction
structurelle du commerce mondial, l'amenuisement des flux d'aide publique au
développement, la montée du protectionnisme dans les pays industrialisés,
la volatilité des taux de change des grandes monnaies et la dévalorisation
progressive du dollar des Etats-Unis, monnaie dans laquelle sont réglées les
exportations des pays d'Afrique, le niveau élevé des taux d'intérêt, la cherté
des produits manufacturés et des services importés, et, par-dessus tout, le
poids écrasant de la dette extérieure.
Un autre handicap majeur dans la perspective du redressement économique
de la région africaine, et en particulier de l'Afrique australe, est la
déstabilisation politique, économique et sociale introduite par le régime d'apartheid
de l'Afrique du Sud. En plus de la guerre ouverte ou larvée qu'il provoque
au sein même de ce pays et avec ses voisins, on estime qu'il aurait coûté
plus de 10 milliards de dollars entre 1980 et 1986. En vies humaines tout
d'abord, mais aussi à cause des destructions de bétail, des dommages causés
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 629

aux infrastructures (routes, voies ferrées, ponts, lignes électriques, etc.) et


du détournement de ressources pour des raisons de défense ou au profit des
réfugiés et des personnes déplacées par suite des interventions de l'Afrique
du Sud à l'intérieur et hors de ses frontières.

En conclusion de ce bref aperçu des contraintes extérieures qui pèsent sur


l'Afrique, on peut donc dire que le redressement économique et le
développement de la région dépendent dans une large mesure des efforts que la
communauté internationale sera prête à consentir pour assainir
l'environnement économique mondial, notamment en manifestant son opposition
catégorique à la politique d'apartheid de l'Afrique du Sud et à ses entreprises
de déstabilisation dans les Etats voisins.

Perspectives de redressement économique et de développement


à long terme en Afrique
Le redressement économique et le développement à long terme de l'Afrique
doivent être envisagés sous trois angles différents. Tout d'abord, il est
essentiel, compte tenu des difficultés croissantes auxquelles l'Afrique doit
faire face depuis l'adoption du plan de Lagos, puis du Programme d'action
des Nations Unies, que chaque pays du continent pris séparément puisse
retrouver le chemin de la croissance économique et réduire ses déséquilibres
financiers. Ensuite, il faut que des réformes politiques soient parallèlement
mises en œuvre aux niveaux national, sous-régional et régional en vue de
déclencher le processus de restructuration à long terme des économies
africaines. Enfin, des efforts importants doivent être faits pour améliorer
l'environnement économique international.

La performance de l'économie africaine en 1986-1987


Depuis l'adoption du Programme d'action des Nations Unies pour le
redressement économique et le développement de l'Afrique, les résultats
économiques de la région ont été décevants, puisque la croissance globale du PIB
n'a atteint que 0,5 % en 1986 et 0,8 % en 1987. Cela tient essentiellement
au fait que les pays africains exportateurs de pétrole, qui contribuent pour
une large part à la production globale de la région, ont enregistré ces deux
années-là un taux de croissance du PIB de — 1,2 % et 0,3 %
respectivement, en raison de l'évolution défavorable du marché du pétrole
(contraction de la demande et chute des prix).

D'autre part, la sécheresse a continué de sévir en certains points du


continent, surtout en Afrique australe et dans la bordure sahélienne de
l'Afrique de l'Ouest. Ailleurs, c'est la contraction de la demande de
produits de base et la chute de leurs cours qui ont freiné la croissance. Cela
dit, la performance globale de la région aurait pu être plus médiocre encore
sans les résultats relativement satisfaisants des pays continentaux d'Afrique
orientale et des pays insulaires de l'océan Indien (tableau 1). Il est toutefois
encourageant de voir que les pays les moins avancés d'Afrique ont réussi à
conserver un taux moyen de croissance de plus de 3 % par an sur la
période considérée.
630 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Tableau 1
Croissance de l'Afrique en développement en 1986-1987
(par regroupements géographiques et économiques ; en pourcentage)
Moyenne
1986 1987 annuelle
1985-1987

Pays insulaires de l'océan Indien 3,18 2,47 2,82


Pays continentaux d'Afrique orientale . 4,9 5,33 5,11
Afrique australe 1,2 0,53 0,86
Afrique centrale 2,23
Illustration non autorisée1,29
à la diffusion 1,75
Afrique de l'Ouest - Pays du Sahel .... 5,1 1,7 3,38
Afrique de l'Ouest hors Sahel - 3,54 - 0,95 - 2,25
Afrique du Nord 1,1 1,0 1,04
Afrique subsaharienne 0,9 0,4 0,64
Pays exportateurs de pétrole - 1,2 0,3 - 0,45
Pays membres de l'OPEP - 2,3 - 0,7 - 1,5
Pays non exportateurs de pétrole 3,7 1,6 2,64
Pays les moins avancés 3,8 3,4 3,59
Afrique en développement 0,5 0,8 0,64
Source : Secrétariat de la CEA.

En ce qui concerne le secteur agricole et alimentaire, priorité numéro un du


Programme d'action des Nations Unies pour le redressement économique et
le développement de l'Afrique, la reprise enregistrée en 1986, avec une
progression de 3,8 % dans la région, a largement été annulée par le
médiocre résultat de l'année suivante (0,5 % seulement), la campagne de
1987 s'étant durement ressentie des conditions climatiques défavorables, en
particulier dans les pays du Sahel et de l'Afrique australe. Dans ces
derniers, la valeur ajoutée du secteur agricole est tombée de 5,5 % en 1987,
après un recul de 1,8 % en 1986. Selon les estimations de la FAO, les
besoins d'aide alimentaire de l'ensemble de la région en 1987-1988 auraient
donc augmenté de plus de 40 % par rapport à l'année précédente.
Le secteur manufacturier a continué de pâtir des difficultés habituelles :
manque de pièces détachées et d'intrants importés, faute de ressources en
devises suffisantes dans la plupart des cas. Sa croissance s'est limitée à
2,4 % en 1986 et à 3,7 % en 1987, ce qui est assez faible en comparaison
des taux enregistrés dans d'autres régions du monde en développement.
La situation du secteur extérieur s'est en revanche nettement améliorée en
1986-1987. Exprimées en valeur, les exportations ont chuté de près de 25 %
en 1986, mais elles ont ensuite amorcé une vive remontée en 1987, avec
une augmentation de 15,1 %. Des fluctuations aussi marquées sont
essentiellement dues à l'évolution des prix du pétrole. Le volume des
exportations a lui aussi enregistré une progression notable en 1987 (2 %), alors
qu'il avait diminué en 1986 (— 2,8 %). Du côté des importations, les
politiques de restriction adoptées dans tous les pays se sont traduites par un
recul général, en volume, de 4,5 % en 1986 et de 3,2 % en 1987. Le
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 631

tableau 2 révèle une tendance encore plus encourageante en ce qui concerne


la valeur unitaire des exportations, laquelle a progressé de 12,8 % en 1987,
après avoir chuté de 20,7 % en 1986. D'autre part, les termes de l'échange
se sont améliorés de 7,2 % en 1987, alors qu'ils s'étaient détériorés de
23,4 % l'année précédente ; ils restent toutefois globalement négatifs pour
la période 1985-1987 (- 9,38 %).

Tableau 2
Evolution du commerce des marchandises dans l'Afrique en développement,
1986-1987
(en pourcentage annuel)
Moyenne
1986 1987 l annuelle
1985-1987
Valeur 2
Exportations - 23,9 15,1 - 6,40
Importations - 2,4 3,3 0,4
Volume 3 Illustration non autorisée à la diffusion
Exportations - 2,8 2,0 1,43
Importations - 4,5 - 3,2 - 3,88
Valeur unitaire 2
Exportations - 20,7 12,8 - 5,42
Importations 2,2 5,2 3,68
Termes de l'échange - 23,4 7,2 - 9,38
Pouvoir d'achat des exportations - 30,1 9,5 - 12,51
Sources : Fonds monétaire international, Statistiques financières internationales, et estimations de la CEA.
1. Estimations.
2. En dollars.
3. Aux prix de 1980.

Compte tenu du léger redressement des termes de l'échange, la balance


commerciale est passée d'un déficit de 2,4 milliards de dollars en 1986 à un
excédent de 3,4 milliards de dollars en 1987. Dans le même temps, le
déficit courant a donc pu être ramené de 13,2 milliards de dollars, malgré
une progression des services et des transferts privés nets d'environ 3,3
milliards de dollars. Comme le montre le tableau 3, les flux de ressources à
destination de l'Afrique (transferts officiels et entrées de capitaux), déjà
modestes en 1986 (10,6 milliards de dollars), ont quelque peu diminué en
1987 (10,2 milliards).
Un dernier point suscite davantage d'inquiétude ; il s'agit de
l'alourdissement de la dette extérieure de l'Afrique en développement depuis
l'adoption du Programme prioritaire pour le redressement économique de
l'Afrique par la Conférence des chefs d'Etat et de gouvernement de
l'Organisation de l'unité africaine, en 1985. Estimé à plus de 170 milliards de dollars à
l'époque, l'endettement de l'Afrique a considérablement augmenté depuis
lors. Il a dépassé les 200 milliards de dollars en 1986 pour s'établir à
218,1 milliards de dollars en 1987. Bien que l'Afrique ne soit pas très
endettée dans l'absolu, elle est beaucoup trop faible économiquement pour
632 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

Tableau 3
Evolution globale de la balance des paiements de l'Afrique en développement
en 1986-1987
(en milliards de dollars)
1986 1987

Exportations FOB 49,8 57,3


Importations FOB 52,2
Illustration non autorisée à la diffusion 53,9
Balance commerciale - 2,4 3,4
Services et transferts privés nets - 11,3 - 14,6
Balance des opérations courantes - 13,7 - 11,2
Transferts officiels 4,0 4,3
Entrées de capitaux 6,6 5,9
Erreurs et omissions 2,0 0,5
Variation des réserves 1,1 0,5
Source : Secrétariat de la CE A.
pouvoir supporter un tel fardeau. En 1987, l'encours total de ses obligations
extérieures représentait environ 70 % du PIB et trois fois les recettes
d'exportation de la région. En outre, le ratio moyen du service de la dette,
qui atteignait 42,7 % en 1986, n'a que légèrement baissé pour s'établir à
38,5 % en 1987. Comme le montre le tableau 4 ci-dessous, la situation est
encore pire en Afrique subsaharienne, où le ratio du service de la dette est
passé de 42,9 % en 1986 à 47,3 % en 1987.

Tableau 4
Dette et service de la dette dans les pays en développement d'Afrique,
1985-1987

1985 1986 1987

Dette totale (milliards de dollars) 174,1 207,7 218,1


Afrique subsaharienne 95,5 117,4 118,1
Afrique du Nord 78,9 90,3 100,0
Obligations au titre du service de la dette
(milliards de dollars) 24,3 26,4 26,5
Afrique subsaharienne Illustration non autorisée à12,0
la diffusion 13,7 13,8
Afrique du Nord 12,3 12,7 12,7
Ratios (en %)
Dette/PIB 0,67 0,74 0,70
Dette /exportations 2,14 2,98 2,95
Ratio du service de la dette 29,3 42,7 35,8
Afrique subsaharienne 29,3 42,9 47,3
Afrique du Nord 30,4 38,5 28,9
Sources : OCDE, « Financements et dette extérieure dans les pays en développement », Etudes économiques,
Paris, 1986 ; Statistiques de la dette extérieure, Paris, 1987. FMI, Perspectives de l'économie mondiale, octobre
1987 ; Statistiques financières internationales, janvier 1988. Economist Intelligence Unit, African Economie Digest
et secrétariat de la CE A.
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 633

Les réformes économiques et structurelles


De l'avis général, les pays africains se sont efforcés de prendre les mesures
de redressement nécessaires, que ce soit pour remédier aux problèmes de
secteurs particuliers ou plus généralement pour rationaliser la gestion de
leur économie. Bien que la plupart des obstacles évoqués précédemment
soient encore présents dans beaucoup de pays, il est indéniable que des
efforts ont été faits en 1986-1987 pour tenter de corriger certains
déséquilibres structurels critiques des économies africaines.
En 1987 et 1988, la Commission économique pour l'Afrique a conduit deux
études sur l'exécution du Programme d'action des Nations Unies pour le
redressement économique et le développement de l'Afrique aux niveaux
national et sous-régional. Leurs résultats ont été communiqués lors de la 13e
et de la 14e sessions de la Conférence des ministres de la CE A, en 1987 et
1988 respectivement, ainsi qu'à la Conférence internationale qui s'est tenue
à Abuja en juin 1987 sur le thème du redressement économique et du
développement accéléré de l'Afrique. Le secrétaire général des Nations
Unies les a repris dans son rapport à la 42e session de l'Assemblée générale
de l'organisation ; il le refera à la 43e session, dans le cadre de l'examen à
mi-parcours du Programme d'action des Nations Unies pour l'Afrique qui
doit avoir lieu à cette occasion.
L'objectif qui fixait à 25 % au moins la part de l'investissement public
consacrée au secteur agricole a été atteint dans plus de 90 % des cas. De
même, comme le préconisait le Programme d'action des Nations Unies, de
nombreux pays africains ont pris des mesures telles que libéralisation des
prix des denrées alimentaires, redistribution aux paysans d'une plus large
part des recettes d'exportation pour les inciter à produire davantage et à
investir dans des techniques plus avancées, amélioration des filières de
distribution internes, réforme foncière, élargissement de l'accès aux intrants
agricoles et aux mécanismes de financement, et intensification de
l'utilisation des terres par la promotion de la polyculture ou de systèmes de
cultures mixtes, notamment dans les petites exploitations. Ces dernières ont
en outre bénéficié dans l'ensemble d'un soutien accru grâce à l'amélioration
des institutions rurales.
Des efforts louables ont également été faits pour stimuler la production
industrielle, surtout dans les secteurs liés à l'agriculture, moyennant la
réorganisation des entreprises existantes en vue d'accroître l'utilisation
globale des capacités. D'autres mesures sont venues les compléter, notamment
la vente aux enchères des devises pour permettre aux entreprises
industrielles d'importer les fournitures (matières premières, pièces détachées,
etc.) nécessaires à leur activité, la réforme des systèmes fiscaux, la
libéralisation des codes d'investissement, l'octroi de prêts sans garantie aux petites
industries rurales, et l'offre d'incitations aux entreprises industrielles pour
qu'elles participent à la production agricole et facilitent ainsi les
approvisionnements en matières premières.
Toutefois, le développement des industries de base, en particulier celles qui
produisent des engrais, des pesticides, des outillages et des machines
agricoles, ainsi que du matériel de transport, laisse encore beaucoup à désirer.
Dans le secteur des transports et des communications, les initiatives ont été
634 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

concentrées sur l'extension des voies de desserte et la remise en état du


réseau existant. En ce qui concerne le commerce, près de 80 % des pays
ont pris des dispositions pour améliorer la distribution interne des denrées
alimentaires. Certains ont même imposé des restrictions à l'exportation des
cultures vivrières en vue d'améliorer l'offre nationale et de faire baisser les
prix. D'autre part, la lutte contre la sécheresse et la désertification s'est
intensifiée dans la plupart des pays, où de nouveaux programmes ont été
mis en place pour enrayer le recul des forêts et favoriser le reboisement par
les habitants des villages et par les familles, parallèlement à la multiplication
des points d'eau et des petits ouvrages de retenue, ainsi qu'à la promotion
de substituts du bois de feu.
Les mesures prises dans le domaine de la mise en valeur des ressources
humaines se sont articulées autour des axes suivants : alphabétisation des
adultes, rééquilibrage de l'enseignement secondaire et supérieur en fonction
des priorités du développement et extension de la formation technique et
professionnelle. Cela dit, la situation politique et socio-économique de bon
nombre de pays continue d'encourager l'émigration de la main-d'œuvre
qualifiée.
S'il est vrai que les réformes engagées dans de nombreux pays visent la
plupart du temps un double but, à savoir assainir la gestion de l'économie,
notamment à travers la réforme des entreprises publiques, et réduire les
déficits budgétaires, elles ne sont pas les seules importantes. D'autres
mesures ont aussi été prises pour promouvoir la compétitivité des économies
africaines, encourager les exportations, restreindre les importations et
favoriser l'utilisation efficace des ressources nationales. On s'est souvent efforcé,
par exemple, de corriger les distorsions de taux de change accumulées au
cours des années 70 et au début des années 80, ou encore d'intégrer les
problèmes démographiques aux plans de développement nationaux, de
mobiliser davantage la population en encourageant les projets
communautaires d'investissement et d'équipement tels que construction de routes,
d'écoles, de réseaux d'irrigation, etc., ainsi que de développer et de
diversifier le rôle économique des femmes dans le développement.
Globalement, les deux études de la CE A montrent que des efforts
appréciables ont été faits en Afrique au cours des deux dernières années pour tenter
de remédier à certaines des causes structurelles de la crise économique que
traverse la région. Certains ont déjà porté leurs fruits, d'autres mettront
beaucoup plus de temps à faire ressentir leurs effets. Tous les obstacles
n'ont cependant pas encore disparu : faiblesse et manque de diversification
des structures de production, incapacité à mobiliser les ressources
intérieures, lacunes de la formation et lenteur de l'intégration économique sont
là pour le rappeler. En outre, il faut ajouter que les 50 pays concernés par
le Programme d'action des Nations Unies pour le redressement économique
de l'Afrique n'ont pas tous pris les mesures préconisées et que, parmi ceux
qui l'ont fait, certains y ont mis moins de rigueur que d'autres.

L'environnement économique international


Depuis l'adoption du Programme d'action des Nations Unies, l'Afrique s'est
constamment heurtée à de multiples difficultés extérieures, en dépit des
efforts déployés par les pays développés, séparément ou en groupe, à la
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 635

suite des sommets de Tokyo (1986), Venise (1987) et Toronto (1988). Tout
d'abord, le ralentissement de la croissance dans les pays développés en 1986
et 1987 (environ 2,8 % par an en moyenne) a lourdement pesé sur la
demande de produits exportés par l'Afrique et, partant, sur la croissance de
cette région. En outre, les marchandises qui revêtent le plus d'importance
pour les pays africains ont vu leur cours décliner tout au long de la période.
Les termes de l'échange se sont certes améliorés en 1987, mais cela n'a
malheureusement pas suffi à compenser leur brutale aggravation de l'année
précédente, de sorte qu'ils ont accusé un recul moyen de 9,38 % par an
entre 1985 et 1987, comme on l'a vu plus haut.

D'autre part, les flux de capitaux ont été insuffisants au cours des deux
dernières années. Selon une étude détaillée que vient d'effectuer un groupe
consultatif chargé par le secrétaire général des Nations Unies d'analyser les
flux financiers à destination de l'Afrique, les apports nets de capitaux ont
été beaucoup plus réduits en 1986 et 1987 qu'au début des années 80 ; sur
la base des taux de change de l'OCDE et aux prix de 1985, ils ont en effet
diminué de quelque 3 milliards de dollars, principalement à cause de la
contraction des flux de capitaux privés (prêts plus investissements directs).
En ce qui concerne l'aide bilatérale, le groupe consultatif fait remarquer
que les décaissement nets se sont accrus nominalement de 24 % en 1986,
soit une augmentation de 2 % sur la base des prix et taux de change
constants de l'OCDE. En 1987, les apports d'aide de 11 bailleurs de fonds,
qui fournissent ensemble 40 % de l'aide publique au développement (APD)
bilatérale, ont augmenté de 19 % en valeur nominale ou de 1 % aux prix et
taux de change constants de l'OCDE. Cette évolution est bien sûr
encourageante, mais elle ne répond pas aux attentes exprimées dans le Programme
d'action des Nations Unies. Cela dit, certains événements récents
permettent de penser que la part de l'Afrique, et notamment de l'Afrique
subsaharienne, dans les versements d'APD bilatérale pourrait augmenter à
l'avenir.
L'évolution a également été positive en ce qui concerne les décaissements
nets d'APD multilatérale en faveur de l'Afrique, qui se sont accrus en
valeur nominale de 23 % en 1986, c'est-à-dire de 1 % aux prix et taux de
change constants de l'OCDE. Au sein de la Banque mondiale, principale
source d'aide multilatérale pour l'Afrique, la part des crédits consentis par
l'IDA à l'Afrique subsaharienne a atteint 35 % de ses engagements en 1987
et devrait en représenter la moitié durant la période couverte par la
huitième reconstitution des ressources de l'institution. Cela sans compter les
ressources du Fonds spécial d'aide à l'Afrique subsaharienne auxquelles
peuvent accéder tous les pays admis à bénéficier des crédits de l'IDA.
D'autre part, la Facilité d'ajustement structurel (FAS) et la Facilité
d'ajustement structurel renforcée (FASR), mises en place par le FMI en 1986 et
1987 respectivement, offrent des conditions d'emprunt plus libérales que
celles dont sont assorties les ressources ordinaires du Fonds. Elles ont été
conçues pour pouvoir aider au total 34 pays africains à élaborer et à mettre
en œuvre des politiques de nature à corriger leurs déséquilibres
macroéconomiques internes et externes dans des conditions propices à une croissance
soutenue. Malgré ces initiatives, cependant, il faut noter que le FMI a
bénéficié, en 1986 comme en 1987, d'un transfert net d'environ 1 milliard
de dollars en provenance de l'Afrique subsaharienne. Ni la FAS ni la FASR
636 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

n'ont donc contribué à l'accroissement des flux nets d'aide multilatérale à


l'Afrique, comme c'était leur but initialement. Quant à la Banque africaine
de développement, troisième grande institution multilatérale de
financement, ses engagements de prêt en 1986-1987 ont été au total supérieurs de
86 % à leur niveau de 1984-1985, ce qui est tout à fait encourageant. De
même, les flux d'aide concessionnelle émanant d'organisations non
gouvernementales se sont considérablement accrus depuis l'adoption du
Programme d'action des Nations Unies pour l'Afrique ; ils se chiffraient à
1 milliard de dollars en 1986.
Le problème préoccupant de la dette a suscité un certain nombre
d'initiatives positives de la part des créanciers officiels. Certains d'entre eux
comme la Finlande, la Suède et le Royaume-Uni ont déjà transformé en
dons une part importante de leurs prêts concessionnels. Ils viennent d'être
rejoints sur cette voie par le Canada et la RFA qui ont annulé la quasi-
totalité de leur aide concessionnelle à l'Afrique subsaharienne en 1987.

Dans le cadre du club de Paris, plusieurs mesures d'allégement ont


également été prises en faveur de certains pays africains. En 1987, un accord
conclu avec la Guinée-Bissau, le Mozambique et la Somalie aura ainsi
permis un rééchelonnement des remboursements sur une période de 20 ans,
avec un différé d'amortissement porté à 10 ans. Dernièrement, lors du
sommet de Toronto de juin 1988, les sept principaux pays industrialisés se
sont penchés sur le problème de la dette extérieure des pays en
développement, en particulier des plus pauvres d'entre eux, situés pour une bonne
part en Afrique. Pour la première fois, un consensus a pu se dégager sur le
rééchelonnement de la dette officielle de ces pays avec la possibilité pour
les créanciers de faire un choix, à la carte, parmi les trois solutions
suivantes : réduction des taux d'intérêt sur les échéances les plus courtes ;
allongement des délais de remboursement pour les prêts contractés aux taux
du marché ; et annulation partielle des obligations au titre du service de la
dette pendant la période de consolidation.
Ces propositions témoignent sans conteste d'un changement d'attitude
positif de la part des principaux créanciers officiels. On remarquera toutefois
que leur application est réservée aux pays ayant adopté un programme
d'ajustement approuvé à l'échelle internationale, un critère contesté par un
certain nombre de débiteurs. Elle laisse en outre aux créanciers officiels la
possibilité de se déterminer en fonction de leurs contraintes légales ou
budgétaires, quand on espérait au contraire que de telles contraintes
pourraient être assouplies, surtout pour les pays les plus pauvres.
Par ailleurs, aucune mention n'a été faite au sommet de Toronto de la
position commune adoptée par les chefs d'Etat et de gouvernement de
l'OUA sur la crise de la dette extérieure de l'Afrique, à l'occasion de leur
troisième session extraordinaire. Pour ce qui est des prêts bilatéraux, les
mesures d'allégement préconisées par cette instance sont les suivantes :
conversion en dons de tous les prêts officiels et de tous les prêts à garantie
publique ; remboursement partiel de la dette officielle en monnaie locale ;
et consolidation de la dette et du service de la dette à garantie publique
autre que l'APD sous forme de prêts à long terme à taux d'intérêt réduits.
D'autres dispositions sont en outre prévues pour les prêts multilatéraux.
Enfin, les chefs d'Etat et de gouvernement de l'OUA ont demandé la
LA SITUATION ÉCONOMIQUE I 637

convocation d'une conférence internationale sur le problème de la dette


extérieure de l'Afrique, afin que soient examinées les mesures évoquées ci-
dessus, ainsi que d'autres questions relatives aux recettes d'exportation et
aux flux de ressources, le tout dans le cadre d'une approche globale de
l'évolution des apports nets de capitaux en Afrique.

Conclusion : perspectives de redressement et de développement à long terme


Plusieurs remarques peuvent être faites à la lumière de ce qui précède.
Tout d'abord, il est clair que, si l'Afrique s'efforce actuellement de parer au
plus pressé pour rétablir la croissance de son économie à court terme et
soulager sa population, elle s'emploie également à corriger certaines de ses
faiblesses structurelles en dépit d'un environnement extérieur défavorable.
D'autre part, certains faits encourageants indiquent aujourd'hui, après une
période de quasi-stagnation de l'aide extérieure, que les principaux
donateurs seraient prêts à faire un effort concerté pour tenter de remédier à la
crise que traverse le continent, comme en témoignent les décisions prises
par les sept principaux pays industrialisés au récent sommet de Toronto.
Afin que le Programme d'action des Nations Unies pour le redressement
économique et le développement de l'Afrique puisse porter ses fruits, les
pays africains devront poursuivre et approfondir les réformes en cours, en
vue de remettre de l'ordre dans leur économie, à court terme, et de
procéder aux restructurations qui s'imposent à moyen et à long terme, en
particulier dans les secteurs productifs. A cet égard, la refonte du secteur
agricole et alimentaire devrait être conçue comme le point de départ de
l'ensemble du processus de transformation tant attendu. Dans cette optique,
il faudra tout particulièrement veiller à :
— soutenir les prix à la production et l'offre d'intrants ;
— moderniser les techniques agricoles et les systèmes d'exploitation ;
— investir massivement dans la recherche, le développement de cultures
xérophiles à haut rendement, le stockage et la conservation des denrées
alimentaires, les systèmes de commercialisation et les infrastructure rurales ;
— assurer la formation des personnels nécessaires pour atteindre ces
objectifs ;
— promouvoir le changement des habitudes alimentaires dans le sens d'une
moindre dépendance à l'égard de certains produits importés.
Le renforcement de la coopération et de l'intégration économiques est aussi
un but à privilégier. En particulier, il est impératif que la volonté
manifestée à diverses reprises par les gouvernements africains de développer la
coopération régionale et sous-régionale se traduise concrètement par un
soutien accru aux efforts d'intégration tels que projets multinationaux et
accords de commerce intra-africain.
D'autre part, il convient de rappeler que le Programme des Nations Unies
pour le redressement économique et le développement de l'Afrique repose
avant tout sur l'aide de la communauté internationale. Celle-ci, on l'a vu,
connaît en ce moment une évolution positive, mais elle est encore de l'avis
général insuffisante, trop ponctuelle et cloisonnée. Naturellement,
l'accroissement de l'APD des investissements privés et des autres apports de
638 I POLITIQUE ÉTRANGÈRE

capitaux ne servira à rien tant que l'Afrique continuera de perdre plusieurs


fois le montant de ces entrées à travers la chute des cours des produits de
base et les prélèvements croissants au titre du service de la dette. Ce sont
de telles pertes qui font que des transferts nets de ressources s'opèrent
aujourd'hui au détriment de l'Afrique, contrairement aux engagements pris
dans le Programme d'action des Nations Unies où il est formellement
déclaré qu'aucun pays africain appliquant les réformes économiques voulues
ne doit continuer à enregistrer des flux financiers négatifs. C'est pourquoi il
est indispensable que la communauté internationale, et surtout les
principaux partenaires de l'Afrique, reconnaissent le lien vital qui existe entre les
cours des produits de base et les recettes d'exportation, de même qu'entre
le service de la dette et les flux de capitaux, afin d'orienter leur action en
conséquence.
De toutes les exigences évoquées ci-dessus dépendront les perspectives de
redressement économique de l'Afrique dans des conditions propices à son
développement à long terme d'ici la fin de la décennie. Le résultat de
l'examen à mi-parcours du Programme d'action des Nations Unies que doit
entreprendre l'Assemblée générale de l'organisation à sa 43e session sera
aussi un facteur déterminant.
Selon les premières estimations de la CEA pour 1988, une modeste reprise
économique pourrait être enregistrée sur l'ensemble du continent, avec un
taux de croissance global du PIB de 2,7 %, principalement grâce au retour
à des conditions climatiques normales dans de nombreuses régions et aux
réformes actuellement en cours dans le secteur agricole d'un grand nombre
de pays. Compte tenu de cette amélioration, et en supposant l'existence
d'un environnement économique et financier favorable, notamment après
l'examen à mi-parcours, la CEA envisage en outre un taux de croissance
moyen de l'ordre de 3,5 % par an pour l'ensemble de la région au cours
des deux prochaines années. Il est essentiel que cet élan puisse être
maintenu et même vigoureusement renforcé par l'Afrique et ses partenaires
au-delà de 1990, afin de voir enfin s'ouvrir l'horizon d'un développement
autonome et harmonieux dans la région.