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Inlay, onlay, overlay...

Formes de préparation au maxillaire

Évolution des formes de préparation


pour inlays/onlays postérieurs
au maxillaire
D. GERDOLLE, M. DROSSART, P. BAZOS

RÉSUMÉ
Les préparations pour inlays/onlays du secteur maxillaire postérieur constituent
un concentré de difficultés techniques pour le praticien. Impératifs biologiques
(complexe dentino-pulpaire), impératifs biomécaniques (fragilité intrinsèque
des prémolaires en particulier, charges occlusales centrifuges), impératifs liés
aux matériaux utilisés et à l’esthétique doivent être pris en considération dans
cette zone de tous les dangers. Une approche codifiée, reposant sur le respect de
cotes de préparation ne permet pas d’atteindre tous ces objectifs. Une vision plus
ouverte, mais aussi pragmatique, basée sur l’étude de l’histo-anatomie des tissus
naturels de la dent (concept de bio-émulation) peut seule être synonyme d’intégra-
tion naturelle et de pérennité des restaurations mimétiques collées.

IMPLICATION CLINIQUE
La prise en compte des paramètres histo-anatomiques lors de la préparation des
dents maxillaires postérieures permet une amélioration sensible de la pérennité
du couple dent/restauration. Au minimum, elle limite le coût biologique et améliore
le pronostic en cas de réintervention.

L
David Gerdolle
Docteur en chirurgie dentaire
Pratique privée, Montreux es préparations réalisées en vité supposée des restaurations. Si cette
prothèse scellée requièrent interrogation demeure toute naturelle, elle
Maxime Drossart l’absence de contre dépouille et est en définitive peu pertinente. Car c’est la
Docteur en chirurgie dentaire l’obtention d’une bonne opposition de paroi. durée de vie de la dent support qui compte
Pratique privée, Paris Ces formes géométriques, garantes de la et non celle de la restauration ! La littéra-
rétention de la prothèse, sont malheureu- ture présente des données intéressantes
Panaghiotis Bazos sement éloignées des pertes de substance à cet égard. Deux conclusions édifiantes
DDS rencontrées cliniquement et il est souvent peuvent être tirées d’études menées à long
Emulation nécessaire de préparer des tissus sains terme sur des prothèses scellées (de type
Athènes pour les obtenir. Ce délabrement addition- bridges) et sur des prothèses collées (de
nel, parfois très mutilant, participe à l’affai- type inlays/onlays/overlays) (1, 2).
blissement mécanique de la dent. UÊ iÃÊ Ì>ÕÝÊ `½jV…iVÃÊ Ãœ˜ÌÊ ÛœˆÃˆ˜ÃÊ «œÕÀÊ iÃÊ
En effet, c’est avant tout l’importance de deux approches, situés entre 25 et 30 % à
la perte de substance qui conditionne la 15 ans. Les restaurations collées ne sont
résistance mécanique d’une dent. Et il faut donc pas « meilleures », en valeur absolue,
admettre que la problématique est souvent que les restaurations scellées.
posée à l’envers en matière de dentisterie UÊ >ˆÃÊ ÃˆÊ ½œ˜Ê >˜>ÞÃiÊ iÃÊ ÌÞ«iÃÊ `½jV…iV]Ê
Les auteurs déclarent restauratrice ou prothétique ; praticien et seules 10 % environ des restaurations col-
ne pas avoir de lien d’intérêt patient s’interrogent toujours sur la longé- lées ne peuvent être refaites, contre plus de
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Inlay, onlay, overlay...

1a b c

SCELLEMENT DENTINAIRE IMMÉDIAT


(Fig. 1 et 2)
Fig. 1a et b - Préparation pour onlay
sur prémolaire. Effectuée sous digue, la
préparation de la cavité d’inlay est menée
classiquement.
c) Après excavation des tissus cariés, la partie
distale de la cuspide vestibulaire est éliminée
tandis que la partie mésiale, qui répond aux
critères de conservation, est préservée.
La dentine est ensuite hybridée et les petites
contre-dépouilles sont comblées
avec du composite fluide.
d) Suite à l’empreinte, une résine à prise retard
est photopolymérisée dans la cavité Aucun d e
ciment n’est requis, la cavité est au contraire
garnie de glycérine afin d’éviter toute liaison
entre la base en composite et l’inlay provisoire, matériaux utilisés ; les composites et les céramiques nous
dont la seule fonction est de maintenir imposent de fait leur lot d’impératifs, qu’ils soient méca-
les dents adjacentes et antagonistes niques (épaisseur régulière du matériau par exemple) ou
dans leur position originelle. optiques (luminosité/saturation).
e) Onlay assemblé. On comprend dès lors que les préparations d’inlays/onlays/
overlays ne sont pas standardisées (contrairement à celles
des couronnes) et qu’elles peuvent prendre des formes
60 % des restaurations scellées (réalisées certes dans cliniques variées. Concernant le secteur maxillaire posté-
une étude rétrospective qui invite à penser que le suivi rieur, notamment au niveau des prémolaires, nous devons
des patients fut moins rigoureux). concilier biomécanique et bio-esthétique. Au minimum un
C’est avec la volonté de limiter une amputation arbitraire défi, souvent une gageure ! Aussi, une réflexion métho-
des tissus biologiques (cotes de préparations), de s’appro- dique et objective de la perte de substance prime sur le
cher du comportement mécanique et optique de la dent simple respect de cotes de préparation. Dans cet esprit,
naturelle qu’il semble aujourd’hui intéressant de décider cet article se propose de traiter les questions suivantes :
des critères de préparation pour restaurations adhésives - les impératifs biologiques des préparations (établis-
(3). L’adhésion aux tissus dentaires permet de s’affranchir sant une protection dentino-pulpaire efficace et durable)
en partie du besoin d’encastrement et autorise souvent ou comment traiter la dentine le jour de la préparation ?
des préparations plus conservatrices. Cette approche Et quels effets sur la pérennité prothétique ?
séduisante ne doit pourtant pas nous orienter vers une - les impératifs biomécaniques (limitant les risques de
conservation dogmatique de tous les tissus non cariés fracture secondaire du substrat dentaire) : ou comment
ou non fracturés. L’objectif fondamental doit être d’opti- décider du recouvrement des cuspides ?
miser la survie de la dent restaurée sur l’arcade. Il faut - les impératifs liés aux matériaux d’assemblage
savoir préparer les parois dont la valeur mécanique ne (colles) et aux matériaux prothétiques utilisés (limitant
permet pas de supporter les contraintes (stress de poly- les risques de fracture des pièces prothétiques) : facteur
mérisation, occlusion) afin de ne pas compromettre l’ave- C et stress de polymérisation, épaisseur uniforme des
nir du binôme dent/restauration. Dans le même esprit, le pièces prothétiques ?
type de préparation devrait également être guidé par les - les impératifs esthétiques ou à quel niveau situer la
impératifs techniques du laboratoire et les propriétés des limite cervicale vestibulaire ?

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Formes de préparation au maxillaire

2a b c

Fig. 2a et b - Remplacement d’un ancien amalgame sur une 26. Après excavation,
la cuspide mésiovestibulaire présente un rapport hauteur/largeur défavorable
et une fêlure cervicale (flèche) (b) ; elle est éliminée.
c) Vue finale de la préparation après hybridation de la dentine.
d) Assemblage terminé.

de collage en valeur absolue (5, 9). Ceci signifie aussi,


et par extension, moins d’échecs prothétiques de type
fracture ou décollement dont il a été montré qu’ils étaient
en grande partie liés à un collage dentinaire de qualité
insuffisante (11)
d
Uʏ>ÊVœÕV…iʅÞLÀˆ`iÊ>ʏiÊÌi“«ÃÊ`iʁʓ>ÌÕÀiÀʂ]ÊV½iÃ̇D‡`ˆÀiÊ
permettre une dissipation du stress de polymérisation
dans un facteur de configuration idéal (puisque seul
LES IMPÉRATIFS BIOLOGIQUES le versant dentinaire est collé, le versant prothétique
restant libre) (12)
Les indications des restaurations indirectes des dents UÊ >Ê VœÕV…iÊ `iÊ Lœ˜`ˆ˜}Ê iÃÌÊ }j˜jÀ>i“i˜ÌÊ ÊÀi˜vœÀVjiʂÊ
postérieures découlent le plus souvent d’atteintes par une épaisseur variable de composite (composite
carieuses et/ou traumatiques. Les cavités à préparer fluide si l’épaisseur est inférieure à 1 mm, composite
sont ainsi essentiellement dentinaires. La qualité du col- de restauration de viscosité moyenne dans les autres
lage des inlays/onlays dans ces cavités dépend donc en cas). Ceci permet de combler certaines petites contre-
grande partie de la qualité de l’hybridation dentinaire (4, dépouilles.
5). Pour de nombreux praticiens, l’hybridation dentinaire Le scellement dentinaire immédiat offre également un
est réalisée au moment de l’assemblage de la pièce pro- certain nombre d’avantages cliniques :
thétique. Or depuis plus de vingt ans, de nombreuses UÊ >LÃi˜ViÊ `iÊ Ãi˜ÃˆLˆˆÌjÃÊ «œÃ̜«jÀ>̜ˆÀiÃÊ iÌÊ `ÕÀ>˜ÌÊ >Ê
études (de 4 à 9), ont mis en avant les avantages qu’une phase de temporisation pour le patient
hybridation dentinaire (appelé aussi hybridisation denti- UÊ>ÕV՘iʘjViÃÈÌjÊ`iʁÊVœiÀʂʏ>ÊÀiÃÌ>ÕÀ>̈œ˜Ê«ÀœÛˆÃœˆÀiÊÆÊ
naire) peut avoir lorsqu’elle est pratiquée lors du premier aucune possibilité de contamination dentinaire par
rendez-vous clinique, celui de la préparation de la cavité. les produits de temporisation. Le plus souvent une
Ce concept est appelé le « scellement dentinaire immé- simple résine photopolymérisable à prise retard peut
diat » (fig. 1 et 2). être utilisée, dans le seul but de maintenir les dents
Il présente un certain nombre d’avantages biologiques : adjacentes et antagonistes dans leur position originelle
UÊ >Ê «Àj«>À>̈œ˜]Ê >Ê vœÀ̈œÀˆÊ Àj>ˆÃjiÊ ÃœÕÃÊ `ˆ}Õi]Ê «iÀ“iÌÊ (ie. Telio Inlays™, Vivadent)
l’excavation de la dentine infectée (10). Le scellement UÊ >˜iÃ̅jÈiÊ ÃœÕÛi˜ÌÊ Ài˜`ÕiÊ ˆ˜ṎiÊ >ÕÊ “œ“i˜ÌÊ `iÊ
dentinaire immédiat maintient le complexe dentino- l’assemblage.
pulpaire à l’abri de toute réinfection bactérienne pendant
la phase de temporisation, ne dusse-t-elle durer qu’une
heure (technique CFAO) LES IMPÉRATIFS BIOMÉCANIQUES
UÊ ½…ÞLÀˆ`>̈œ˜Ê `i˜Ìˆ˜>ˆÀiÊ iÃÌÊ `jVœÕ«jiÊ `iÊ ½>ÃÃi“L>}iÊ La résistance mécanique d’une dent est illustrée clinique-
prothétique, ce qui évite l’effondrement du réseau ment, par la quantité d’émail résiduel au niveau cervical,
collagènique dentinaire (sous la pression d’insertion par le rapport épaisseur/hauteur des parois ainsi que par
de la pièce). Il en résulte une augmentation de la force la continuité des parois.
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Inlay, onlay, overlay...

a b c d

Fig. 3 - Critères histo-anatomiques de réduction cuspidienne (images Panaghiotis Bazos)


a) Visualisation de la structure histo-anatomique d’une prémolaire supérieure. La courbure de la dentine, convexe au tiers cervical, s’inverse
et devient concave entre le tiers cervical et la moitié de la hauteur coronaire, délimitant deux étages distincts du point de vue biomécanique ;
l’étage cervical et l’étage occlusal.
b) Schématisation d’une cavité d’inlay. Si la largeur de la cavité déborde le sommet d’une cuspide dans le sens vestibulo-palatin, cette dernière
doit être recouverte. Si la profondeur de la cavité est supérieure à la largeur de la base d’une paroi résiduelle (hauteur/épaisseur > 1), celle-ci
devra être recouverte pour réduire le bras de levier.
c) Du point de vue clinique, le recouvrement cuspidien situe la limite cervicale aux environs du tiers cervical de la hauteur coronaire.
d) Le reste de la cavité est comblé au composite (rôle de substitut dentinaire), afin de ménager une épaisseur constante pour la pièce prothétique.

Lorsque le rapport hauteur/largeur d’une cuspide devient dité suffisante de la dent. Gardé intact, le cercle d’émail
supérieur à 1, il convient d’étudier la question du recou- cervical est capable de supporter d’importantes forces
vrement cuspidien. Cette règle s’appuie sur l’étude de la de compression et de les transmettre horizontalement
structure histo-anatomique d’une cuspide et vise à préve- à la dentine radiculaire via la Jonction Amélo-Dentinaire
nir les fractures sous la ligne amélo-cémentaire souvent (JAD) (14). Autrement dit, il est tout à fait envisageable
synonyme d’extraction (3, 13) (fig. 3). de réhabiliter une dent en recouvrant toutes les cuspides
Cette approche, loin d’être systématique peut être pon- (overlay) même si la préparation n’assure aucune réten-
dérée par la présence de facteurs positifs qui limitent le ̈œ˜°Ê>ˆÃÊViÊ}i˜ÀiÊ`iÊ«Àj«>À>̈œ˜Ê˜½iÃÌÊ«œÃÈLiʵÕiÊÈʏ>Ê
besoin de recouvrement. Ainsi la conservation des crêtes quantité d’émail cervical est satisfaisante. Sa conserva-
marginales, du pont d’émail ou du plafond pulpaire per- tion permettra d’assurer la fiabilité du collage (possibilité
met de lutter contre la flexion cuspidienne. Ces éléments d’isolation/qualité du collage sur l’émail) et de diminuer la
anatomiques agissent comme des poutres de résistance hauteur de notre reconstruction, limitant ainsi le bras de
mécanique. levier (fig.4 et 5).
La valeur mécanique résiduelle d’une dent préparée est La réduction des cuspides et la régularisation des marges
aussi à mettre en rapport avec la charge occlusale spé- doivent être idéalement finalisées avant de réaliser le
cifique. Ce dernier point demeure cependant difficile à scellement dentinaire immédiat. Cette méthodologie per-
évaluer concrètement du point de vue fonctionnel. Les met de mieux contrôler l’hybridation complète de la plaie
marquages au papier d’occlusion constituent le plus sou- dentinaire et l’élimination des contre-dépouilles (fig. 1b,
vent des indications partielles, voire chimériques, sur la c). Nous préférons réaliser la préparation sous digue avec
charge occlusale réelle que supportent les organes den- un meilleur accès et en limitant le risque de trop enfouir les
taires. Aussi, et quitte à paraître provocateurs, nous ne fai- limites. Si la situation de celles-ci ne permet pas la mise
sons pas de l’occlusion un critère prioritaire dans le choix en place d’un champ étanche, une remontée de marge
du design des préparations. Il convient toutefois de savoir pourra être réalisée au moment du scellement dentinaire.
repérer une interférence, une prise en charge excessive
en diduction ou une pente cuspidienne marquée.
C’est une fois que l’on a décidé des structures conser- LES IMPÉRATIFS LIÉS
vables qu’il est possible de statuer sur le pronostic de la AUX MATÉRIAUX
dent à restaurer. Outre les considérations endodontiques
ou parodontales il convient d’évaluer la fiabilité méca- Il convient de distinguer deux aspects, l’épaisseur des
nique de notre restauration. pièces prothétiques d’une part, et les conditions de photo-
Le manque, voire l’absence totale de rétention ne consti- polymérisation du matériau d’assemblage d’autre part.
tue plus aujourd’hui une raison pour développer un 1. Une épaisseur faible (<2 mm) est synonyme d’une plus
ancrage intracanalaire nécessitant la dépulpation. C’est grande fragilité lorsque les restaurations sont collées sur
la quantité d’émail résiduel en cervical qui décide du la dentine (la majorité des cas du quotidien) (15). Une
pronostic. C’est le garant d’un collage fiable et d’une rigi- épaisseur supérieure à 3 mm n’apporte pas d’amélio-

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Formes de préparation au maxillaire

4a b c

d e

IMPÉRATIFS BIOMÉCANIQUES ET IMPÉRATIFS LIÉS


ration significative de la résistance des pièces prothé- AUX MATÉRIAUX (Fig. 4 et 5)
tiques (11, 16, 17). De plus, 2 à 3 mm d’épaisseur sont le
plus souvent compatibles avec le maintien de la vitalité Fig. 4a à e - Ce cas illustre une approche thérapeutique légèrement
différente. Le recouvrement complet en vestibulaire permet une esthétique
pulpaire et permettent en outre une polymérisation effi-
optimale mais élimine tout l’émail. Ces préparations plus conformes à nos
cace. Ce sont les valeurs à garder à l’esprit lorsque nous
souvenirs de prothèse scellée sont aussi plus invasives. Elles diminuent la
démarrons nos préparations. Les fraises calibrées sont à résistance intrinsèque de la dent et les possibilités de réintervention. En
cet égard les bienvenues. Attention toutefois à la tentation outre, l’utilisation d’un tenon fibré nous semble souvent superflue (collage
d’augmenter l’épaisseur des onlays (cas des dents dépul- intraradiculaire peu performant) même si ici le faible diamètre utilisé limite
pées, « endo-crowns »). Une pièce dont l’épaisseur n’est le délabrement. Cette approche présente un intérêt esthétique indéniable
pas régulière (1,5 mm en certains points, 5 mm à d’autres) mais nous privilégions si possible la conservation de l’émail cervical
est intrinsèquement plus fragile en raison de la libération (Laboratoire Nouvelles Technologies, Asselin Bonichon).
secondaire de contraintes internes (liées au refroidisse-
ment postfrittage pour la céramique, et à la polymérisa-
tion pour le composite), à l’origine de microfissures (18, même si l’épaisseur de colle est faible. A moins d’utiliser
19). La réalisation systématique du scellement dentinaire des colles chémopolymérisables, produisant un stress de
immédiat et de bases en composite est un moyen simple polymérisation réduit (car dilué sur plusieurs minutes), ce
pour moduler et harmoniser l’épaisseur des pièces (20). paramètre n’est pas négligeable. De notre point de vue,
2. Les restaurations en matériaux cosmétiques (céra- l’utilisation de colle chémopolymérisable est exclue, car,
mique ou composite) nécessitent l’utilisation de colle si elle réduit le stress de polymérisation, elle augmente
composite pour leur assemblage. Les raisons en sont le de façon brutale celui du praticien (retrait des excès, etc).
manque naturel de rétention des préparations conserva- Il reste les colles duales qui apportent fondamentale-
trices, la faiblesse mécanique des matériaux prothétiques ment d’excellents résultats (22). Le mode dual présente
tant qu’ils ne sont pas collés (21) (c’est pourquoi l’occlu- un avantage pour des polymérisations profondes (pièces
sion n’est vérifiée qu’après le collage), ainsi que la néces- de plus de 5 millimètres d’épaisseur, épaisseur rappe-
sité d’avoir des propriétés optiques comparables aux lons-le potentiellement dommageable du point de vue
“>ÌjÀˆ>ÕÝʵսiiÃÊ>ÃÃi“Li˜Ì°Ê>ˆÃʵՈÊ`ˆÌÊVœiÊVœ“«œ- mécanique). Utilisée « en mode chémo », sans être photo
site dit retrait de polymérisation, un paramétrique haute- activée avant plusieurs minutes, cette famille de colle
ment dommageable à la qualité du joint dans un facteur présente les mêmes attraits que les produits strictement
de configuration hautement défavorable (mur à mur), et ce « chémo », mais aussi les mêmes écueils…(23). Pour ces
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Inlay, onlay, overlay...

5a b

d e

Fig. 5a à e - Un délabrement initial important et une symptomatologie


pulpaire nous ont conduits à recouvrir les cuspides de cette seconde
prémolaire et à effectuer un traitement radiculaire. La base en composite type de préparations allant de pair avec le respect des
n’est pas supportée par des tenons ce qui limite la fragilisation des racines. paramètres biomécaniques décrits précédemment, qui
Son épaisseur et sa morphologie ne sont pas établies en fonction des critères ont l’avantage d’être objectifs et simplement intégrables à
de rétention habituelle de la prothèse scellée, mais permettent la pratique quotidienne.
de réaliser une pièce prothétique d’épaisseur uniforme, comprise entre
2 et 3 mm. Pour l’assemblage, l’utilisation de composite de restauration
photopolymérisable est ainsi rendue possible et ce choix participe LES IMPÉRATIFS ESTHÉTIQUES
à la qualité biomécanique de l’ensemble du binôme dent/restauration. Les dents maxillaires sont exposées au sourire le plus
crispé. Ainsi, et au niveau des prémolaires en particulier,
les préparations ne peuvent ignorer cette composante.
Après l’intégration des impératifs biomécaniques, plu-
sieurs questions émergent naturellement lorsqu’un recou-
raisons, nous privilégions l’utilisation de colle strictement vrement de la (des) cuspide(s) vestibulaire(s) est indiqué :
photopolymérisable. 1. Où situer la limite cervicale ?Ê jV>˜ˆµÕi“i˜ÌÊ «>À-
La solution miracle n’existe pas. Pourtant, des arguments lant, 2 mm de recouvrement suffisent sur un support
développés en amont, nous dégageons un concept global `i˜Ìˆ˜>ˆÀi°Ê >ˆÃÊ ÃˆÌÕiÀÊ >Ê “>À}iÊ ÛiÃ̈LՏ>ˆÀiÊ DÊ Óʓ“Ê `ÕÊ
de réalisation des préparations, à la fois simple, ration- sommet de cuspide est rarement recevable du point de
nel et confortable pour l’opérateur (24, 25) ; nous recom- vue esthétique car à ce niveau la couleur est très dépen-
mandons ainsi l’utilisation de composite de restauration dante de l’émail, et sa reproduction en céramique ou en
photopolymérisable préchauffé (60°C), puis polymérisé composite est particulièrement délicate. Restent deux
longuement (et sous refroidissement à l’eau après 30s), choix : le réflexe naturel, issu de notre éducation de pro-
au moyen de lampes puissantes (P>800 mW/cm2), au thèse conventionnelle scellée, est de positionner un congé
travers de pièces prothétiques dont l’épaisseur est com- en situation juxta-gingival. Nous sommes alors dans une
prise entre 2 et 3 mm, et dont l’insertion aura été assistée logique de type « facette » ou « veneerlay » : esthétique
préalablement par des embouts ultrasonores (26). Cette maximale, mais aussi difficulté technique maximale (iso-
approche s’adresse de préférence à des préparations sou- lation, préparation, collage). La seconde option consiste
vent relativement « plates », choquantes pour certains, à situer la marge dans la région du tiers cervical de la
mais au facteur de configuration rendu très favorable. Ce dent. Du point de vue biomécanique, c’est l’option idéale

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Formes de préparation au maxillaire

6a b

SITUATION DES LIMITES CERVICALES ET IMPÉRATIFS


car elle maintient un important ferrule amélaire (27). Du ESTHÉTIQUES (Fig. 6, 7 et 8)
point de vue du collage ensuite, l’émail résiduel garan-
Fig. 6a et b -Du seul point de vue esthétique, situer les limites en juxta-
tit une force d’adhésion et une étanchéité optimale. Du gingival permet une intégration esthétique plus aisée. Ces préparations,
point de vue clinique enfin, la réalisation est aisée, et le de type veneerlay, peuvent présenter un attrait au niveau des prémolaires.
résultat esthétique est le plus souvent acceptable (cepen-
dant jamais parfait). Cette formule constitue à nos yeux le
compromis idéal, à défaut d’être toujours applicable.

7a b c

d e f

Fig. 7a à f - Une situation au tiers cervical rassemble plusieurs avantages. Du point de vue biomécanique, c’est l’option idéale car elle maintient
un important ferrule amélaire. Ici, malgré la présence de trois parois résiduelles, la fissure de la paroi mésiale, le rapport hauteur/largeur des
parois supérieur à 1 et l’occlusion traumatisante (bruxisme excentré) nous ont conduits à un recouvrement cuspidien complet. La radiographie
de contrôle est édifiante si l’on compare la matière résiduelle sur la première et la seconde prémolaire (overlay vs couronne et inlay core).
Du point de vue du collage ensuite, l’émail résiduel garantit une force d’adhésion et une étanchéité optimale. Malgré le risque inhérent à ce type
de situation clinique, l’option choisie est pour nous de très loin la plus sûre, car moins mutilante et développant un bras de levier nettement
plus faible. Du point de vue clinique enfin, la réalisation est aisée, et le résultat esthétique est le plus souvent acceptable (cependant jamais
parfait). L’utilisation de filtres polarisants (Polar_eyes™, www.emulation.gr) aide considérablement à l’enregistrement de la couleur (dentinaire
notamment).

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Inlay, onlay, overlay...

2014
2007

8a
2014

Fig. 8a à c - Vieillissement des limites supragingivales (flèche).


En 2007, suite à des reprises carieuses, la dent se nécrose (RX n° 8b).
Un traitement endodontique et un overlay en céramique sont réalisés.
Le contrôle radiographique (RX n° 8c) et photographique est effectué
en février 2014. Notez la stabilité du résultat esthétique (dent #14)
chez cette patiente de 71 ans, malgré une hygiène médiocre.

2. Quelle forme pour la limite cervicale ? un congé CONCLUSION


quart-de-rond ou quart d’ellipse constitue une option
communément admise. Elle est cependant inutilement En matière prothétique en général, la méthodologie uni-
consommatrice de tissus et assez longue à réaliser pré- verselle, n’existe pas. Un concept de préparation basé
cisément. Avec les matériaux de type disilicate de lithium sur l’étude de l’histo-anatomie de la dent, doit nous per-
ou composites micro(nano)-hybrides, une finition biseau- mettre de passer au-delà d’une dentisterie de cotes et
tée entre 30 et 45 degrés ne pose pas de problème en de principes, si nobles soient-ils (cf. économie tissulaire).
termes de résistance des matériaux prothétiques, est Notre objectif ne doit pas seulement être de concevoir
facile et rapide à exécuter cliniquement tout en minimi- des restaurations qui durent plus longtemps, mais surtout
sant la perte d’émail et en sectionnant les prismes plus de faire en sorte que nos restaurations ne mettent que
perpendiculairement à leur grand axe, ce qui améliore peu en péril l’avenir de la dent support elle-même. Tel est
encore la qualité du collage. C’est la technique que nous l’unique but de la dentisterie biomimétique ou du concept
privilégions. de bio-émulation.

MOTS CLÉS
Merci à Samuel Schwab et à Asselin Bonichon
Inlays, onlays, préparation, dentisterie restauratrice pour la qualité de leur réalisations prothétiques
KEYWORDS
Ris

8 Réalités Cliniques 2014. Vol. 25, n°4 : pp. ??-???


Formes de préparation au maxillaire

AUTO-ÉVALUATION
ABSTRACT
1. Les préparations pour inlays-onlays CHANGES IN THE SHAPES OF PREPARATIONS
postérieurs en céramique ou en composite : FOR INLAYS/ONLAYS IN THE MAXILLA
a. sont identiques à celles des incrustations Inlay/onlay preparations in the posterior maxillary area present
métalliques scellées numerous technical problems for the practitioner. Biological
b. présentent des angles vifs pour assurer un effet de requirements (dentine-pulp complex), bio-mechanical needs
(especially the anatomical fragility of premolars; occlusal loadings),
clavetage requirements related to materials and aesthetics must be taken
c. présentent des angles arrondis into consideration in this risky and tricky area. A protocol-based
d. ont une faible dépouille pour majorer la rétention approach, based on adherence to the rules of preparation, cannot
achieve all these goals. A more open and pragmatic approach, based
2. Les préparations pour inlays-onlays on knowledge of the histo-anatomy of the natural tooth (the concept
of bio-emulation) will lead to natural integration and sustainability of
postérieurs en céramique ou en composite : biomimetic bonded restorations.
a. présentent un biseau occlusal
b. présentent un biseau proximal
c. ne doivent pas avoir de limite située au niveau de RESUMEN
l’impact occlusal
d. doivent avoir un isthme occlusal étroit
EVOLUCIÓN DE LAS FORMAS DE PREPARA-
CIÓN PARA INCRUSTACIONES INLAYS/ONLAYS
POSTERIORES EN EL MAXILAR
Las preparaciones para incrustaciones inlays/onlays del sector
3. Les préparations pour inlays-onlays maxilar posterior constituyen un concentrado de dificultades
postérieurs en céramique ou en composite técnicas para el dentista. En esta zona tan peligrosa deben tomarse
a. prévoient de recouvrir les cuspides lorsque leur en cuenta imperativos biológicos (complejo dentinopulpar), impe-
épaisseur cervicale est inférieure à 2 mm rativos biomecánicos (en especial la fragilidad intrínseca de los
b. prévoient de laisser au moins 1,5 à 2 mm premolares y las cargas oclusales centrífugas) e imperativos rela-
cionados con los materiales utilizados y con la estética. Un enfoque
d’épaisseur de matériau au niveau des cuspides
codificado, basado en el respeto de los niveles de preparación, no
recouvertes permite lograr todos estos objetivos. Una visión más abierta, pero
c. prévoient de remonter les marges proximales sous- también pragmática, basada en el estudio de la histoanatomía de los
gingivales à l’aide d’un composite directe tejidos naturales del diente (concepto de bioemulación), puede por
d. diffèrent fondamentalement sí sola ser sinónimo de integración natural y de perennidad de las
restauraciones miméticas pegadas.

RÉFÉRENCES
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Réponses Correspondance :
David Gerdolle
1. c ; 2. c ; 3. a, b, c Avenue des Alpes 29, 1820 Montreux, Suisse
Email : cabinetgerdolle@gmail.com

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