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· BULLETIN
DE LA

S0CIÉTÉ IMPÉRIALE
DE

MÉDECINE , CHIRURGIE ET PHARMACIE


DE TO U L OU S E.

--s85z8z

63° Année.

TOULOUSE,
IMPRIMERIE DE CHARLES DOULADOURE,
RUE sAINT-RoME , 39.

1s65.
BIBLIOTHE
RFG-LA

MONACENSIS

La Société a arrêté que les opinions émises dans les ou


vrages de ses Membres seraient considérées comme propres à
leurs auteurs, et qu'clle n'entend leur donner aucune appro
bation ni improbation.
Toulouse , 28 février 1863.

AVERTISSEMENT.

Depuis sa fondation ( 13 brumaire an x — 14 novembre 1801 )


jusqu'à ce jour, la Société a régulièrement publié le Compte rendu
de ses travaux, dans un volume, imprimé chaque année immédia
tement après la séance publique.
Forcément restreinte par l'insuffisance des ressources finan
cières , l'étendue de ces publications annuelles , bien que toujours
croissante, a toujours présenté, dans le passé et encore bien plus
dans le présent, une regrettable disproportion avec le nombre et
l'importance des ouvrages originaux communiqués.
Cependant , en 1862, l'impression notablement augmentée, a
permis d'insérer divers Mémoires in extenso. La Société fera tous
ses efforts pour progresser dans cette voie d'amélioration.
Désirant en outre donner une juste satisfaction aux exigences de
la publicité, aux progrès scientifiques et au mérite d'actualité des
divers travaux qui lui sont adressés , la Société a jugé convenable
de rendre ses publications plus fréquentes.
En conséquence, à dater de 1863, le volume annuel du Bulletin
sera divisé en six fascicules, qui paraîtront chaque deux mois.

Les Membres du Comité de publication :

LARREY, BESSIÈRES, JANOT, CoUSERAN, BAILLET.

Le Secrétaire général,
JULES NAUDIN.
Le Président,
FAURÈS.
Tous les Mémoires et autres objets relatifs à la corres
pondance doivent être adressés franco à M. le Docteur
Jules NAUDIN, Secrétaire général de la Société.
Les avis relatifs aux erreurs survenues dans la liste des
Membres associés, par changement de domicile, etc.....
seront reçus avec reconnaissance.
"l"Al BL EAU
DE LA soCIÉTÉ IMPÉRIALE

DE MÉDECINE , CHIRURGIE ET PHARMACIE DE TOULOUSE


-----

M. BOSELLI, Comm. de la Légion d'honneur, PRÉFET de la Haute


Garonne, Président honoraire.
M. LE CoMTE DE CAMPAIGNO, Officier de la Légion d'honneur,
MAIRE de Toulouse , Membre-né.

BUREAU (1862-1863).
MM. FAURÈs, Docteur en Médecine, Président.
REssAYRE, Docteur en Médecine, Vice-président.
J. NAUDIN, Docteur en Médecine, Secrétaire général.
MoLINIER, Docteur en Médecine , Secrétaire du 1 i mensis.
· DAssIER (Adolphe), Doct. en Méd., Archiviste-bibliothécaire.
CoUsERAN , Pharmacien, Trésorier. -

GISCARo, Docteur en Médecine, Secrét. des Consult. gratuites.


MEMBRES ADJOINTS AU BUREAU .
MM MAGNES-LAHENs, Pharmacien.
LAFORGUE , Docteur en Médecine.
COMMIssIoN PERMANENTE DE sALUBRITÉ PUBLIQUE.
MM. BEssIÈREs , Docteur en Médecine.
GAUssAIL, Docteur en Médecine.
TIMBAL-LAGRAvE, Pharmacien.
BAILLET, Professeur à l'Ecole Vétérinaire.
MoLINIER, Docteur en Médecine, Secrétaire.
COMITÉ DE PUBLICATION.
MM. LARREY (Auguste) #, Docteur en Chirurgie.
BEssIÈREs, Docteur en Médecine.
JANoT , Docteur en Médecine.
CoUsERAN , Pharmacien.
BAILLET , Professeur à l'Ecole Vétérinaire.
MEMBRES LIBRES.
MM. LARREY (Auguste) #, Docteur en Chirurgie.
NAUDIN père, Docteur en Médecine.
MoNDoUïs, Docteur en Médecine, Arch. hon.
CANY #, Docteur en Médecine.
BEssIÈREs, Docteur en Médecine.
DESBARREAUx-BERNARD #, Docteur en Médecine.
( 6 )

MM.
MEMBRES RÉSIDANTs.
Naudin, D.-M. Estevenet, D.-M.
Larrey (Auguste) #, D.-C. Lacassin , Ph.
Mondouïs, D.-M., Archiviste hon. Parant, D.-M.
Cany #, D.-M. Dougnac, D.-M.
Bessières, D.-M. Despaignol, D.-M.
Couseran, Ph. - Timbal-Lagrave, Ph.
Desbarreaux-Bernard #, D.-M. Dassier (Adolphe), D.-M.
Cayrel, D.-M. Marchant (Gérard), D.-M.
Perpère, D.-M. Ripoll , D.-M.
Popis, D.-M. Batut, D.-M.
Dieulafoy #, D.-M. Cazac , Ph.
Ressayre, D.-M. Lafosse, Profess. à l'Ecole Vétér.
Roque-d'Orbcastel fils, D.-M. Lafont-Gouzi , D.-M.
Magnes-Lahens,Ph. Baillet, Prof. à l'Ecole Vétérin.
Butignot, D.-M. Giscaro, D.-M.
Filhol #, D.-M. Janot , D.-M.
Gaussail, D.-M. Molinier , D.-M.
Chastanier #, D.-M. Noguès, D.-M.
Faurès, D.-M. Guitard , D.-M.
Naudin (Jules), D.-M. Delaye (Jules), D.-M.
Viguerie, D.-C. St-Plancat, Ph.
Laforgue, D.-M.
ASSOCIÉS HONORAIRES RÉSIDANTS EN FRANCE.
MM.
Andral O # , à Paris. Guibourt #, à Paris.
Bouillaud O & , à Paris. Jobert de Lamballe C # , à Paris.
Bouisson # , à Montpellier. Baron H. Larrey C #, à Paris.
Bussy O #, à Paris. Lordat O#, à Montpellier.
Dumas G O #, à Paris. Trousseau O #, à Paris.
Flourens G O #, à Paris. Velpeau C#, à Paris.
CORRESPONDANTS.
MM.
Abeille #, à Ajaccio. Bally O#, à Villeneuve s. Yonne.
Affre, à Biarrits. Barès, à Lézat (Ariége).
Alfaro (Nicolas), à Madrid. Barthez, à Paris.
Alliés , à Saint-Antonin. Bénaben , à Carbonne.
Ansiaux, à Liége. Benoît, à Montpellier.
Appia, à Genève. Bérenguier fils, à Rabastens (T.)
Armieux, Ch. mil. , à Toulouse. Bertrand , à Béziers.
Audouard O #, à Paris. Boinet, à Paris.
Ballard , à Autun. Bonafos-Lazerme, à Perpignan.
( 7 )
Bonnet, à Paris. Dupau, à Carbonne (Bº-Garonn.)
Bonnet, à Bordeaux. Dupont de Tartas , à Roquefort.
Borelli, à Turin. Edwin Lee, à Londres.
Borrel, au Bareins (Tarn . Espinasse, à Toulouse.
Bourdel , à Montpellier. Farines, Ph., à Perpignan.
Bousquet #, à Paris. Fau, à Lavelanet.
Bouteiller fils, à Rouen. Faure, à Perpignan.
Bouygues, à Aurillac. Ferrer, à Barcelonne.
Buzairies, à Limoux. Figuier, Ph., à Montpellier.
Cade, à Bourg-St-Andéol (Ardèch.) Gaffard, Ph. à Aurillac.
Catteloup, à Versailles. Gaillard-Noé, à Paris.
Caussé, à Albi. Gaston, à Saint-Ybars.
Cavalié, à Draguignan. Gaulay , à Saumur.
Cazaintre # , à Limoux. Gay , à Montpellier.
Cazenave, à Bordeaux. Ginestet, à Cordes-Tolosane.
Cazenave fils, à Pau. Gintrac # , à Bordeaux.
Cazeneuve #, à Lille. Goffres #, à Toulon.
Cazes, à Bigorre. Granier, à Saint-Pons. -

Cazin, à Boulogne-sur-mer. Gros, à la Nouvelle-Orléans.


Chabaud, à Mirepoix. Guyon, à Valence d'Agen.
Chargé O #, à Marseille. Haime #, à Tours.
Chevalier, à Phalsbourg. Hecker, à Berlin.
Chevalier fils, Chimiste, à Paris. Henry (Ossian) fils, à Paris.
Colson , à Beauvais. Hervier, à Rive-de-Gier.
Combes, à Paris. Heyfelder, à Simaringen(Souabe).
Conté, à Paris. Houlès, à Sorèze.
Costes, à Bordeaux. Houneau #, à Pau.
Courrent , à Golfech. Humbert fils, à Morley (Meuse).
Debourge, à Rollot (Somme). Hutin , à Paris.
Dechaud , à Montluçon (Allier). Igounet, à Saint-Jory.
Dédébant, à Eoux (Hº-Garonne). Igounet, à Sainte-Foi .
De Larroque #, à Paris. Julia, hôpital militaire, à Lyon.
Delmas, à Montpellier. Jœgerschmid , à Lectoure.
Desparanches, à Blois. Kosciakiewiez, à Varsovie.
Didot, à Cureghem-les-Bruxelles. Lacaze-Dori, à Montauban.
Dortholan, à Pau. Lacoste , à Saint-Nicolas-de-la
Dorvault, Ph. à Paris. Grave.
Douvillé, à Laneuville-Roi (Oise). Lacroix, Pharmacien, à Mâcon.
Dubiau , D.-M. , à Bordeaux. Lalanne, à Bayonne.
Dubois, à Tournay (Belgique). Lanelongue, à Casseuil (Gironde).
Dubreuilh fils, à Bordeaux. Lavergne, à Labessonie (Tarn).
Duburq , à Revel. Le Cœur , à Caen.
Duclos (Henri), à Rouen. Lefèvre #, à Brest.
Dufour 0 #, à Saint-Sever. Lemonier, à Bagnères-de-Big.
Dumas, à Villegailhen. Léonardon, à Montpont ( Dord.).
( 8)
Levrat aîné, à Bruxelles. Puel #, à Metz.
Levy (Michel) O #, à Paris. Putégnat, à Lunéville (Meurthe).
Lobstein, à New-York. Rambaud , à Lyon.
Lombard , à Chalabre. Reboulet fils, à Grenade.
Londe #, à Paris. Riecke, à Stuttgard.
Maccary, à Nice. Rey, à Bordeaux.
Macédo (Lino de ), à Allandroal. Rey (Armand), à Grenoble.
Marchand ( Léon), à Paris. Reybrard , à Annonai.
Martin-Duclaux, à Saint-Julia. Rigal # , à Gaillac.
Martin, à Colmar. Rodet, Prof. Vétérinaire, à Lyon.
Martin , à Paris. Roque-d'Orb. père, à Toulouse.
Marty, à Paris. Roux , à Montpellier.
Mascarel (Jules), à Châtellerault. Roux fils , à Marseille.
Massart, à Napoléon-Vendée. P. M. Roux #, à Marseille.
Mazade , à Anduze ( Gard). Rubio (Maria) #, à Madrid.
Menard , à Lunel. Ruspini, à Bergame.
Mergaut, à Mirecourt ( Vosges). Salles-Girons # , à Paris.
Merle, à Loubens. Scoutetten 0 # , à Metz.
Meurein , Ph. à Lille (Nord). Senn , à Genève.
Millet, à Tours. -
Sentez, à Fleurance (Gers).
Millon, à Sorèze. Sistach , Méd.-Major à Douai.
Mocquin, à Saint-Chamond. Sizaire, à Peyriac-Minervois.
Molas , à Auch. Smith, à Benfeld.
Montfalcon # , à Lyon. Soulé, à Castillon (Dordogne).
Morère, à Mauléon-Magnoac. Taillefer, à Domme(Dordogne).
Mouchon fils, Pharm., à Lyon. Talma , à Bruxelles.
Nilo , à Lisbonne. Tarbès , Pharm. à Toulouse.
Nolé, à Cintegabelle. Thomas, à la Nouvelle-Orléans.
Olmade, à Paris. Torrès, à Valence (Espagne).
Ormière, à St-Denis (Ile-Bourbon). Toulmouche, à Rennes.
Pamard , à Avignon. Trinquier , à Alais (Gard).
Paolo-Fabrizzi , à Nice. Trumet, à Dury près Hanc(Aisne).
Pasquier, à Lyon. Ullersperger, à Munich.
Payan, à Aix-en-Provence. Van-Berchem, à Villebrock.
Pellegrino-Salvolini, à Racconis. Van-Steenkiste, à Bruges.
Petrali , à Mantoue. Venot, à Bordeaux.
Pétrequin, à Lyon. Villermé #, à Paris.
Philippe, à Bordeaux. Warmé #, à Paris. .
Plonquet, à Ay (Marne). Wamër, à Bruges.
Prince #, à Toulouse. Willaume O #, à Paris.
( 9 )

CONFÉRENCES SUR LA CONSTITUTION MÉDICALE.

RA P P O R T ,

Par M. MOLINIER, Secrétaire du primâ mensis.

Mai. 1862. La constitution médicale du mois de mai a été


caractérisée par la prédominance bien marquée des maladies
de la peau sur les autres affections ; on pourrait l'appeler
exanthémateuse. La température élevée , la sécheresse de
l'atmosphère pendant les trois premières semaines de ce mois
à Toulouse peuvent expliquer cette tendance des principes
morbides à se porter vers la périphérie du corps plutôt que
sur le tégument interne.
Des rougeoles, en nombre cependant beaucoup plus res
treint que dans les mois d'avril et de mars , ont été observées
pendant le mois de mai. On a signalé l'heureuse influence de
cet exanthème sur un eczéma rubrum ancien et sur un vertige
épileptique qui ont disparu à la suite de cette maladie.
Des scarlatines sans gravité , des urticaires , des érythèmes
noueux particulièrement fixés sur les petites articulations du
pied et de la main , des érysipèles de la face ont été observés.
Mais l'exanthème dominant, c'est la variole déjà signalée le
mois dernier, et dont le nombre des cas, traités à l'Hôpital ,
dans les Dispensaires et dans la clientèle de la ville, s'est
, accru dans des proportions assez considérables pour qu'on
puisse les rattacher à une influence épidémique.
En général , les personnes vaccinées atteintes par la variole
l'ont été légèrement ; des varioloïdes , des varicelles ; voilà ce
qu'on a rencontré chez elles ; il n'en est pas de même de celles
à qui on n'avait pas inoculé le virus préservateur , des vario
( 10 )
les confluentes avec accidents plus ou moins graves, dans un
cas mortels , ont été observées chez elles, les varioles discrètes
étant en majorité.
A l'Hôpital , une variole confluente a présenté à la face des
petits boutons acuminés, sans dépression centrale, semblables
aux boutons de la varicelle conoïde pustuleuse. La rougeole,
la scarlatine ont précédé, dans deux cas signalés à votre
attention , l'apparition des boutons varioleux.
En présence de cette épidémie naissante , y a-t-il des me
sures nouvelles à prendre? La Société ne le pense pas, tout en
réservant son appréciation sur des moyens ultérieurs qu'elle
pourrait avoir à proposer à l'Administration , si l'épidémie
venait à s'étendre.
Dans la dernière semaine du mois de mai , ont été plus par
ticulièrement notés : des métro-péritonites chez les femmes
en couche , un cas chez une fille qui avait pris un bain tiède
au dernier jour de ses menstrues. Des rhumatismes musculai
res , articulaires ; l'un d'eux , poly-articulaire et récidivé chez
un adulte a été suivi de mort rapide par suite de métastase
encéphalique.
Quelques maladies de l'appareil de la respiration , telles
que bronchites avec fièvre, laryngite au début de la scarlatine,
croup, angine couenneuse, angine tonsillaire ont été signalées
comme se rapportant plus spécialement à la deuxième phase
du mois de mai. L'emploi du vin arsénical cuivreux , dit
Collyre de Lanfrank , aurait très-bien réussi entre les mains
de l'un de nos Collègues , dans le traitement topique de la
· diphtérite buccale et pharyngienne.
Notons un cas de pneumonie franche , guérie par la saignée
et le tartrate antimonié de potasse , et un cas de pneumonie à
forme typhoïde , terminé par la mort à la fin du premier sep
tenaire.
Signalons enfin à la vigilance de nos Collègues, un accès
pernicieux à forme algide , avec vomissements et prostration
des forces , très-heureusement arrêté par l'emploi du sulfate
de quinine en lavement. -
( 11 )

Juun. Sous l'influence d'une température peu élevée et des


refroidissements de l'atmosphère occasionnés par des pluies
fréquentes, la constitution médicale du mois de juin a été
caractérisée par la réapparition des maladies de l'appareil
respiratoire et du tube digestif.
Des pneumonies catarrhales et bilieuses s'accommodant mal
des évacuations sanguines et des préparations antimoniales,
ont été observées à l'Hôpital et en ville. Deux pleuro-pneumo
nies suivies de mort chez des vieillards ; un cas d'hydro
pneumo-thorax avec phénomènes généraux graves, un cas
de broncho-pneumonie venant compliquer une fièvre algide
et amenant la mort ont été plus particulièrement signalés.
Des bronchites, des amygdalites phlegmoneuses, des coque
luches communiquées à plusieurs membres d'une même fa
mille , et rebelles au traitement antispasmodique ont été
notées dans le courant du mois de juin.
On a signalé des gastro-entérites chez les enfants , une
épidémie de muguet à la Crèche de l'Hôtel-Dieu ayant amené
trois décès dans le mois , des diarrhées compliquées de fièvre
intermittente ; quelques embarras gastriques, une fièvre ty
phoïde chez une fille de douze ans , des fièvres puerpérales,
deux cas de méningite chez des enfants ont été mortels.
Des myodynies, des rhumatismes articulaires , des névral
gies rhumatismales , des névralgies intermittentes ont eu une
heureuse terminaison.
Votre attention a été appelée sur deux attaques d'hystérie
compliquées , l'une de congestion cérébrale , l'autre de para
lysie de tout le côté gauche du corps avec difficulté de la
parole et de la déglutition. Le sulfate de quinine, le musc ont
eu raison de ces accès justement réputés pernicieux. Une atta
que d'apoplexie chez un vieillard, une congestion encéphali
que chez un militaire, ont amené une mort instantanée.
Les fièvres éruptives ont encore régné pendant le mois de
juin , en nombre cependant plus restreint que dans les mois
précédents.
( 12 )
Des scarlatines , des rougeoles, des érysipèles ont été obser
vés à tout âge. Les cas de variole ont été moins nombreux ;
cependant vous avez encore traité , dans le courant de juin ,
plus de douze cas de cet exanthème contagieux. Une variole
confluente a été vue chez un jeune homme de vingt-quatre ans
vacciné; trois cas de variole dans une même maison, dont un
présentant la confluence des pustules : à l'Hôtel-Dieu , un cas
de varioloïde chez un enfant vacciné ; dans un pensionnat de
demoiselles , une varioloïde chez une jeune fille qui avait été
revaccinée avec succès l'année dernière : tel est le résultat de
vos observations sur cette épidémie qui est en décroissance.
Deux enfants vaccinés ont présenté une éruption vaccinale
dans tout le corps, ressemblant à une varioloïde. Pour ceux de
nos Collègues qui sont partisans de la saturation vaccinale , il
y aurait là l'indice d'une préservation certaine pour l'avenir.
A ce sujet, la Société pense, qu'à côté de théories dangereuses
sur la prophylaxie de la variole, il y a un moyen qui offre
de sérieuses garanties et que l'expérience a sanctionné , c'est
celui des revaccinations ; c'est à lui que nous devons nous rat
tacher.

Juillet. Dans la première quinzaine de ce mois, les varia


tions brusques de température, la fraîcheur des nuits ont
apporté peu de changement à la constitution médicale, et le
commencement de juillet a ressemblé au mois précédent, sous
le rapport des maladies régnantes.
C'est ainsi qu'on a observé des angines simples, des amyg
dalites phlegmoneuses, des bronchites, des pleurésies, un cas
de pneumouie double chez un nouveau-né suivi de mort , des
rhumatismes peu graves, des fièvres muqueuses chez des ado
lescents , des névralgies intermittentes.
Avec les chaleurs caniculaires de la deuxième quinzaine de
juillet, est arrivé le cortége habituel des affections intestinales.
Chez les enfants , l'entéro-colite cholériforme, en général
mortelle pour les sujets rachitiques ou scrofuleux. Le sous
nitrate de bismuth en potion gommée , soit mélangé à la dé
( 13 )
coction blanche à doses élevées ou en lavaments , a amené de
promptes guérisons.
Des diarrhées , des dyssenteries traitées avec succès par le
calomel associé à l'ipécacuanha et à l'opium gommeux , des
embarras gastriques et intestinaux succédant à l'ingestion de
l'eau froide en abondance. C'est surtout au Pénitencier qu'on
a observé ces troubles digestifs avec crampes et vomissements
qui caractérisent la cholérine. L'opium a eu facilement raison
de ces divers phénomènes morbides.
Dans le même établissement , règne depuis le commence
ment de l'été, une épidémie d'ophthalmies catarrhales et pu
rulentes , rebelles au traitement ordinaire. Le séjour dans une
cellule obscure a paru efficace dans plusieurs cas de cette
affection oculaire invétérée.
On a signalé également un grand nombre de cas d'ophthal
mies dans le service des teigneux à l'Hôtel-Dieu Saint-Jacques .
Plusieurs cas ont été traités en ville dans le courant du
mois : le nitrate d'argent en solution a guéri en quelques jours
des ophthalmies purulentes. Un cas d'œdème de la glotte ayant
nécessité la trachéotomie ; un cas de croup mortel en vingt
quatre heures , enfin deux cas de fièvre puerpérale, dont l'un
a été mortel , ont été rapportés dans notre dernière confé
I'6 Il Ce.

Constatons, en terminant, que les fièvres éruptives ont été


rares dans le courant de juillet; deux cas de scarlatine chez
des enfants ; deux cas de variole dans le faubourg Saint-Mi
chel , un cas à l'Hôtel-Dieu ont été seulement observés.Sur ces
trois varioles, il y en a eu deux confluentes, et sur ces deux
cas graves , un décès chez la malade de l'Hôpital. Les deux
premiers sujets n'avaient pas de trace de Vaccine , le dernier
n'était pas vacciné.
La chaleur accablante de ce mois a fait ressentir ses effets
sur les animaux ; un de nos Collègues de la section vétérinaire
nous a rapporté des cas de tétanos observés sur des chiens ,
de nombreux cas de congestion pulmonaire chez les bœufs et
les chevaux qui n'échappaient à l'asphyxie imminente que par
( 14 )
les lotions d'eau froide dans toutes les parties du corps , et
l'aspersion des naseaux avec l'eau vinaigrée.

Août. Pendant la première moitié du mois d'août , la cha


leur a été assez intense, sans cependant atteindre le maximum
du mois de juillet. Dans la deuxième quinzaine du mois,
quelques pluies d'orage ont amené un abaissement très-mar
qué de la température, et la chaleur du jour a été tempérée
par la fraîcheur des nuits.
Les maladies du mois, à part quelques rhumatismes, quel
ques fièvres intermittentes et des névralgies de la face, se
rapportent à la constitution médicale de la période canicu
laire.
C'est ainsi que les affections intestinales et cutanées prédo
minent sur tous les autres états morbides. Chez les enfants ,
l'entéro-colite, compliquée de muguet dans un cas , a fait
beaucoup de victimes. Chez l'adulte, la dyssenterie traitée
avec succès par l'ipécacuanha et l'opium , le choléra sporadi
que avec cyanose et période algide , mortel dans deux cas, ont
été plus particulièrement signalés.
Des fièvres muqueuses chez des enfants de douze à quinze
ans, des fièvres typhoïdes , un cas avec délire pendant la con
valescence traité avec succès par l'opium , un cas chez un
adulte suivi de mort , ont été observés plus spécialement dans
le faubourg de la barrière de Muret et à Blagnac.
Les fièvres éruptives ont été fréquentes dans le courant
d'août ; on a noté des érysipèles de la face , des urticaires ,
des éruptions populeuses miliaires , des pustules à la face chez
des enfants donnant lieu à la mélitagre. La variole n'a fourni
que quelques cas isolés ; cependant la variole confluente a
amené deux décès dans le courant du mois chez des adoles
cents. L'nn d'eux présenta des plaques scarlatineuses , com
pliquant l'éruption pustuleuse ; l'autre mourut subitement au
quinzième jour de la maladie, au moment où il entrait en
convalescence.
Des furoncles, des abcès dans l'aisselle , au genou , ont été
( 15 )
traités pendant le mois. Des ictères , un cas d'hépatite termi
née par résolution ont été rapportés. Signalons enfin sous
l'influence de l'insolation, un cas de méningite aiguë, terminé
par la mort ; chez une fille convalescente de variole, un cas
d'hydrocéphale aigu mortel en huit jours ; des cas de ménin
gite chez des enfants appartenant à des familles qui ont le
triste privilége de voir périr les enfants en bas âge de la fièvre
cérébrale.
Deux cas d'hystérie à forme convulsive et délirante avec
hallucination , chez des femmes ayant éprouvé des émotions
vives , complètent ce tableau de la constitution médicale du
mois d'août.

Septembre. Malgré l'abondance des pluies qui sont tombées


dans le courant de ce mois , le nombre des maladies est allé
en décroissant, et leur gravité a été relativement moindre
qu'aux autres époques de l'année.
Quelques affections du tube digestif ont été signalées ; elles
ont été en général de peu de durée. Ce sont : des indigestions,
des embarras intestinaux , suite de l'usage de champignons
très-abondants cette année , des moules et des raisins mangés
SaIlS IlleSUll'e.

Comme maladies de la saison , on a noté dans un établisse


ment de la ville , des diarrhées , des accès cholériformes sans
frisson , caractérisés par des crampes et des douleurs intesti
nales avec évacutions bilieuses. L'opium poussé jusqu'à la
dose de 25 centigrammes par vingt-quatre heures , a procuré
un prompt soulagement. Des fièvres typhoïdes légères, des
fièvres muqueuses ont été observées dans le même établisse
ment et dans les divers quartiers de la ville. On a rapporté
que dans le mois de septembre, il existait une épidémie de
fiévres typhoïdes dans certains villages de l'arrondissement de
Villefranche.
Un cas de méningite chez un enfant de quatre ans a été suivi
de mort; un cas d'apoplexie chez une vieille femme a été
accompagné d'hémiplégie.
( 16 )
Quelques affections rhumatismales ont été traitées ; parmi
elles notons un rhumatisme articulaire chez un enfant de dix
ans , un rhumatisme du deltoïde chez un adulte.
N'oublions pas, en terminant , de mentionner quelques cas
de varioles légères, de varicelles; et comme se rapportant aux
maladies de la peau , de nombreux furoncles, des abcès su
perficiels, des affections prurigineuses. L'usage des raisins
soufrés doit-il entrer en ligne de compte dans l'étiologie de
ces dernières ? Nous ne pourrions l'affirmer. Deux cas de mort
subite arrivés dans le courant du mois ont servi de texte à une
assez longue discussion sur les causes de ce genre de mort.
Dans un cas , l'autopsie a montré une rupture de l'artère
pulmonaire ; dans l'autre , on hésite entre une rupture
des vaisseaux du cœur , une apoplexie des méninges et une
syncope ; cette dernière explication paraîtrait la plus pro
blable d'après l'examen extérieur du cadavre qui n'a pu être
autopsié.

Octobre. Si nous voulions caractériser la constitution médi


cale de ce mois, il faudrait dire qu'elle a été à la fois exanthé
matique, rhumatique et catarrhale. C'est ainsi que les maladies
signalées comme les plus fréquentes ont été des fièvres érupti
ves , des rhumatismes articulaires, des fièvres muqueuses et
typhoïdes.
Parmi les éruptions, les varioles sont les plus nombreuses,
puis des urticaires, des érysipèles fixés à la face plus particu
lièrement, enfin des anthrax , des furoncles.
Les varioles doivent arrêter un moment notre attention ; il
semble qu'il y ait eu recrudescence de cet exanthème au com
mencement de l'automne. Chacun de nous en a observé quel
ques cas ; certains ont signalé des maisons où il y avait jusqu'à
six varioleux. -

Comme toujours, les individus vaccinés ont présenté des


varioloïdes, pendant que les non vaccinés avaient la variole
confluente. Le délire a été noté chez deux d'entre eux à la
période de suppuration ; l'opium gommeux, à la dose de cinq
( 17 )
à dix centigrammes , a fait cesser les accidents nerveux , et la
maladie a suivi son cours régulier.
Comme se rattachant aux fièvres éruptives mentionnées ,
l'un de vous a observé un cas de syphilide pustuleuse qui
ressemblait à une variole. Si l'on n'avait eu connaissance des
accidents primitifs de la vérole, on aurait pu croire à un exan
thème varioleux. Indépendamment des cas isolés de rhumatis
mes que nous avons tous observés, un des Médecins de l'Hôtel
Dieu a eu à traiter, dans le courant du mois, dix-sept cas de
rhumatismes articulaires aigus. C'était une belle occasion
d'essayer la médication alcaline récemment préconisée contre
cette cruelle affection. Comme vous l'a dit notre Collègue, il a
donné à tous ses malades le bicarbonate de soude à la dose de
10 à 40 grammes par jour pendant un septenaire , sans obte
nir un résultat avantageux. Revenant à l'emploi méthodique
de la teinture d'aconit et de l'opium , il a guéri beaucoup plus
vite ses malades qu'avec les alcalins.
La fièvre typhoïde signalée en septembre , a continué à ré
gner pendant le mois d'octobre. Les cas ont été plus nombreux,
ils ont été plus graves sans qu'il y ait eu cependant un grand
nombre de décès. La terminaison funeste a été notée dans trois
cas de fièvre typhoïde à forme ataxique , et dans un cas de
dothinentérie avec prédominance de l'élément bilieux.
Des foyers d'infection ont été notés, comme cela arrive ordi
nairement; c'est dans un village des environs , c'est dans une
ferme que les divers membres de la famille ont été atteints. ll
semblerait que la fièvre typhoïde répandue dans la campagne
est arrivée en ville, à la rentrée de ses habitants.
En général , le délire a fait son apparition dès le début, et
a été combattu efficacement dans quelques cas par l'opium à
faible dose.
Pour compléter le tableau des maladies régnantes, signa
lons des fièvres muqueuses, des névralgies, des bronchites ,
des coqueluches, des angines , des coryza et un cas de croup
très-heureusement guéri par des insufflations d'alun et de
tannin.
2
( 18 )

Novembre. La température de ce mois a été froide dans la


première quinzaine , cette année l'hiver avait pris la place de
l'été de la Saint-Martin, traditionnel dans nos contrées ; la
pluie , le brouillard ont duré pendant la deuxième moitié du
mois.Aussi la membrane muqueuse a-t-elle été vivement im
pressionnée par ces conditions atmosphériques : et tous , Mes
sieurs, vous avez été unanimes pour dire que la constitution
médicale de novembre avait été catarrhale. -

Nous devons ajouter, pour caractériser encore plus complé


tement cette constitution , que les maladies régnantes n'ont
pas été simples , et que telle inflammation qui paraissait ca
tarrhale au début, a pris bientôt un cachet particulier d'acuité
propre aux phlegmasies franches , et que beaucoup de fièvres
catarrhales sont devenues des fièvres typhoïdes à forme ataxi
que , adynamique, ou muqueuse. De là, un chiffre considéra
ble de terminaisons funestes , et vôus verrez, quand je rap
porterai le nombre des décès et des naissances , que dans
le courant de novembre il y a eu excédant des morts sur
les nouveau-nés.
Les maladies mortelles ont été les suivantes : des pneumo
nies chez les vieillards ; chez les enfants des catarrhes pulmo
naires suffocants ; des croups ; des fièvres typhoïdes chez les
adultes et des phthisies pulmonaires aggravées par un catarrhe
bronchique, dans deux cas précédé d'hémoptysie. N'oublions
pas quelques cas d'apoplexie mortelle chez des vieillards.
· Dans les pneumonies, les bronchites capillaires des adultes,
la saignée a été employée avec avantage en même temps que
l'administration des préparations antimoniales. Chez les
vieillards, le vésicatoire , l'ipécacuanha à doses fractionnées,
les balsamiques, l'infusion de polygala, ont procuré l'expecto
ration dans des catarrhes pulmonaires inquiétants. Le traite
ment de la fièvre typhoïde a dû surtout s'adresser à la compli
cation pectorale qui a été toujours très-marquée, à tel point .
qu'au début de la maladie, si l'on n'avait tenu compte que de
la douleur de côté , de la toux , de l'expectoration , on aurait
, ( 19 )
plutôt cru à une pneumonie ou à une bronchite qu'à une fièvre
continue. Dans un des cas suivis de mort, une parotidite
phlegmoneuse a été une très-grave com, lication d'une pleuro
pneumonie chez un adulte vigoureux.
Dans quelques cas de fièvre catarrhale, la muqueuse de
l'estomac a été plus particulièrement impressionnée ; de là les
troubles fonctionnels suivants : vomissements , soif ardente,
anorexie avec langue saburrale et mouvement fébrile très
marqué. L'Ecole physiologique aurait appelé cela une gastrite
et aurait traité par la saignée et les sangsues ; l'Ecole vitaliste
aurait vu dans cet état morbide un embarras gastrique avec
fièvre , et aurait administré un vomitif; nous qui connaissons
la constitution médicale de la contrée , et qui savons par ex
périence que les affections catarrhales s'accommodent mal
d'une médication active, nous nous contentons de prescrire le
repos au lit, des boissons délayantes, la diète, et dans trois à
quatre jours le malade est guéri, ou du moins convalescent.
Après les maladies caractéristiques de la constitution et s'y
rattachant, nous devons noter les rhumatismes. A l'Hôpital
Saint-Jacques , on a noté cinq cas de rhumatisme poly-articu
laire; trois se sont compliqués d'endocardite. En ville , pa
reille complication a été observée chez les rhumatisants; dans
un cas , il y a eu métastase méningitique heureusement com
battue par une forte révulsion du côté des membres. Quelques
cas de rhumatisme goutteux , des névralgies sciatiques, facia
les, intercostales ont été signalées.
Quelques-uns de vous ont dû employer le sulfate de qui
nine contré des accès de fièvre intermittente quotidienne et
tierce.
Parmi les affections cutanées, les varioles sont les moins
fréquentes; deux cas de varicelle chez des enfants ; deux cas
de varioloïde, dont un chez un adulte trois fois vacciné sans
succès , ont été seulement rencontrés dans le courant du mois.
En revanche, les furoncles, les anthrax ont été très-fréquents ;
certaines personnes ont eu jusqu'à douze clous successivement.
Il y a eu un certain nombre d'urticaires et d'érysipèles de la
( 20 )
face et des membres ; ces derniers ont compliqué des plaies ,
des brûlures, des excoriations de la peau.

Décembre. La constitution médicale de décembre a été émi


nemment catarrhale , comme celle du mois précédent, et
nous avons à signaler une véritable épidémie de grippe qui
règne dans notre ville depuis le commencement de l'hiver.
Tous les âges ont été atteints : chez l'enfant, l'affection ca
tarrhale des bronches a donné lieu à des quintes de toux res
semblant parfois à celle de la coqueluche ; chez les vieillards,
certains catarrhes généralisés dans les petites bronches , sont
devenus suffocants et rapidement mortels.
Les caractères de la grippe chez les adultes ont été les
suivants : catarrhe bronchique ou laryngé, quelquefois angine,
et presque toujours céphalalgie frontale et douleurs articulai
res avec fièvre. Chez un grand nombre, les symptômes d'un
embarras gastrique ont été rencontrés au début de la maladie
et combattus avantageusement par la potion ipéca-stibiée; la
diarrhée a existé chez quelques malades.
Après la bronchite , la manifestation la plus fréquente de
la constitution régnante a été la pneumonie. Elle a été souvent
mortelle chez les enfants et les vieillards , et a contribué dans
une grande proportion au chiffre élevé des décès du mois de
décembre Les signes stéthoscopiques de la pneumonie ont été
peu marqués, l'état général toujours grave prédominant sur
la localisation morbide. La saignée , l'émétique , le kermès
n'ont pas toujours amené les résultats avantageux qu'on obtient
de leur emploi dans les pneumonies franches. Les vésicatoires,
l'ipécacuanha, la digitale ont produit des effets plus favora
bles à la terminaison de la maladie. Trois cas de pleurésie
ont été observés dans les Dispensaires.
A l'Hôtel-Dieu où la grippe a sévi sur les tuberculeux et
même dans les salles de Chirurgie, on a noté trois cas de rhu
matisme articulaire, dont un chez un adulte avec endocar
dite qui s'est présentée au début de la maladie avant que les
articulations aient été atteintes. La saignée a amené une
( 21 )
guérison rapide. Elle a été moins heureuse dans un cas de
rhumatisme avec délire suivi de mort.
Signalons en passant des névralgies faciales, des sciatiques,
une névralgie rénale , un cas de rhumatisme goutteux traités
dans le courant du mois. -

Parmi les affections cutanées assez rares , nous rapporte


rons trois cas de variole discrète, dont un chez un glucosuri -
que qui a vu diminuer la quantité d'urine rendue pendant la
période d'incubation de la fièvre éruptive , et quatre cas
d'érysipèle de la face sans gravité.
Appelons enfin votre attention sur quelques cas de méningite
chez des enfants, et , s'y rattachant peut-être, sur un cas de
fièvre pernicieuse rémittente chez un adolescent qui a suc
combé, au huitième jour de la maladie, à un dernier accès
comateux succédant à des convulsions, et rebelle à l'adminis
tration du sulfate de quinine à haute dose.

Observations météorologiques.
s=
- | = •i

ººo-| THERMOMETRE | # # | # | vENTs


MOIS. |"EºE | ---
Moyenne. vºm | Moyenn | ## | # ##
.-- :
RÉGNANTs
- v I ." -- " * -7 •

|
|
MAI 1862. .. | 743,362| 21,98 | 10,23| 16,10 | 59,82| 47,75|NO. 10j.
-
| |
|
E. 15 j.
Jvis.... ... | 747,910| 25,47| 14,23| 19,95| 64,39| 64,20 NQ. ºj.
| SE. 10j.
JUILLET. .... 748,435| 35,20| 10,00| 22,60 | 61,90| 7.80 No. 13j.
SE. 8j.
AoûT. ... ... 746,542| 33,70| 10,00| 21,90| 74,68| 47,20|NO.
|
12j. -

|
sE. 6j.
sir … 745,981| 25,00| 12,00| 18,50| 86,57 º,
NO.
16j.
9j.
OcToBRE. ... | 747,944| 26,80| 12,00 • 85,00 º,
NO.
15j.
10j.
NovEMBRE.... | 742,630
-
16,40| 1,00 • — | 62,50 NO.
SE.
16j.
8j
| DecEMBRE. .. | 751,344| 14,20 0,20 7,20| 86,29 ,
» sE. 17j.
10j.
( 22 )
Mouvement de la population (Commune de Toulouse).
Naissances. Décès.
MAI 1862. .. .. • • • • • • • • 224 - 219
JUIN. ... ... .. ... ... .. 192 - 193
JUILLET... .. .. ........ 229 - 246
AoÛT. ................ 209 - 266
SEPTEMBRE. ........... 226 - 188
OCTOBRE.. ............ 246 - 208
NOVEMBRE............. 229 - 236
DÉCEMBRE. ... ... .. ... . 228 - 255

ZOOLOGIE VÉTÉRINAIRE.

NOUVELLES EXPÉRIENCES
SUR LE CYSTICERCUS TENlJjC0LLIS DES RUMINAN [S

ET SUR LE TAENIA QUI RÉSULTE DE SA TRANSFORMATION DANS


L'INTESTIN DU CHIEN;

Par M. C. BAILLET, Membre résidant.


-

NoUs avons avancé, dans un précédent travail (1), que le


Cysticercus tenuicollis se présente avec les mêmes caractères
dans le péritoine des divers ruminants domestiques de nos
contrées , et nous en avons tiré la conclusion qu'il fallait né
cessairement rapporter à la même espèce zoologique tous les
cystiques de ce nom que l'on a rencontrés jusqu'à ce jour ,
chez le bœuf , la chèvre et le mouton, quelque différentes que
soient cependant les espèces de mammifères chez lesquelles
ils habitent. ll n'y avait dans ces conclusions rien qui ne fût
facile à prévoir, puisque les ruminants domestiques de nos
contrées constituent des espèces appartenant à des genres très
rapprochés dans une même famille naturelle, et qu'indépen

(1) Voir le Journal des Vétérinaires du Midi, 3e série, tome Iv, année 1861,
page 76.
( 23 )
damment des affinités organiques qui les rendent propres à
héberger les mêmes espèces d'helminthes, ils offrent encore
cette particularité de vivre souvent dans les mêmes lieux et
dans des conditions hygiéniques à peu près semblables. ll nous
a paru utile néanmoins de vérifier notre assertion par des
expériences, et ce sont quelques-unes de ces expériences que
nous nous proposons de communiquer aujourd'hui à la Société.
La marche que nous avons suivie dans cette nouvelle série
de recherches, est la même que nous avons adoptée déjà
quand nous avons essayé de démontrer que chez tous les ru
minants, les cœnures qui déterminent le tournis , sont d'une
seule espèce zoologique. Dans le péritoine d'un mouton, nous
avons pris des Cysticercus tenuicollis , nous les avons fait
ingérer à un chien, et près de cinq mois plus tard, quand nous
avons pu supposer que les taenias, résultant de leur transfor
mation dans l'intestin , étaient en état de produire des œufs
mûrs , nous avons sacrifié le carnassier, et nous avons admi
nistré à de jeunes chevreaux les anneaux de taenia recueillis
dans son intestin. De cette manière, non-seulement nous avons
réussi à provoquer chez la chèvre l'apparition de cysticerques
en grand nombre et à confirmer l'assertion que nous avions
avancée, mais encore nous avons déterminé une maladie
grave à laquelle les animaux ont succombé. C'est donc au dou
ble point de vue de la zoologie et de la pathologie que nos
expériences nous paraissent offrir quelque intérêt.
Pour démontrer que le Cysticercus tenuicollis du mouton et
celui de la chèvre sont de la même espèce , il fallait , avons
nous dit, prendre chez l'un de ces ruminants des cysticerques,
les faire développer en taenias , et à l'aide des œufs de ceux-ci
faire naître chez le ruminant de l'autre espèce de nouveaux
cystiques semblables aux premiers. C'est ce que nous avons fait
en utilisant les cysticerques recueillis dans le péritoine de
l'agneau portant le n° 5 dans le précédent travail que nous
avons publié sur le même sujet. On se rappelle que chez cet
agneau, sacrifié le 14 janvier 1861 , on trouva trente et un
Cysticercus tenuicollis enkystés et parfaitement développés. Le
( 24 )
même jour, huit de ces cysticerques furent administrés à un
jeune chien nommé Black. Cet animal, chez lequel on ne cons
tata aucun symptôme particulier, fut sacrifié le 4 juin de la
même année , et dans l'intestin on trouva cinq Taenia cysticerci
tenuicollis longs de 1 mètre 20 centimèt. à 1 mèt. 50 centimèt.
présentant tous les caractères qui appartiennent aux cestoïdes
de cette espèce , c'est-à-dire une double couronne composée de
trente à trente-quatre crochets, ayant en longueur, les plus
grands , 19 à 22 centièmes de millimètre , et les plus petits
12 à 18 centuèmes ; des anneaux larges de 10 à 15 millimètres
ayant le bord postérieur ondulé ou crénelé , un vestibule génital
de forme olivaire , et un vagin sensiblement dilaté à son orifice
dans le vestibule génital. Les derniers anneaux de ces vers con
tenaient des œufs mûrs. Vingt de ces anneaux furent adminis
trés, le 4 juin , à deux jeunes chevreaux âgés d'un mois en
viron. -

Celui des deux chevreaux qui ressentit le premier les attein


tes du mal déterminé par le passage des proscolex à travers
les tissus , en présenta les premiers symptômes le dixième
jour après l'ingestion des œufs. Le 13 juin , à huit heures du
matin , il ne semblait pas encore malade , mais à neuf heures,
les élèves chargés de le surveiller (MM. Demion et Paillou ),
furent attirés dans son écurie par les bêlements plaintifs et
réitérés qu'ils lui entendirent pousser. Ils le trouvèrent couché
sur le côté droit et faisant, pour se relever, des efforts impuis
sants. On le dressa sur ses membres , mais il ne put se soute
nir et retomba aussitôt lourdement sur la litière. La peau et
les muqueuses étaient alors d'une pâleur effrayante , le pouls
presque insensible et les battements du cœur forts et précipités.
Enfin , l'animal , agité de mouvements convulsifs , se débattait
sur son lit de paille en poussant des plaintes , et offrait tous
les symptômes d'une hémorrhagie interne. Un peu avant dix
heures , il succomba , l'autopsie fut faite à deux heures après
midi. .
On trouva dans le péritoine du sang épanché en quantité
considérable, et au milieu de ce sang de nombreuses vésicules
( 25 )
transparentes, sur la forme et les dimensions desquelles nous
aurons à revenir tout à l'heure. La surface du foie était comme
labourée de petits sillons droits ou un peu sinueux qui n'of
fraient pas plus de 1 ou 2 centimètres de longueur. Ces petits
sillons étaient pour la plupart comblés en partie par du sang
coagulé d'un pourpre noir très-foncé , au milieu duquel on
trouvait une, deux ou trois petites vésicules semblables à celles
recueillies dans le sang dont le péritoine était rempli. En fai
sant des coupes en différents sens dans le foie , on rencontrait
des galeries de même forme et de mêmes dimensions que les
sillons dont nous venons de parler, et renfermant, comme
eux , des vésicules. Les autres organes contenus dans la cavité
abdominale ne présentaient aucune altération , mais dans le
thorax , le poumon était revêtu, surtout dans sa partie posté
rieure , d'un très-grand nombre de petites ecchymoses sous
pleurales , dont le diamètre variait entre 1 et 5 ou 6 millimèt.
Toujours le centre de ces ecchymoses s'est montré occupé par
une ou deux vésicules semblables à celles du foie , mais un
peu plus petites.
Les vésicules recueillies en si grande quantité dans le foie ,
dans le péritoine et dans le poumon , étaient toutes assez ré
gulièrement ovoïdes. Elles étaient formées par une membrane
granuleuse transparente , offrant au microscope, exactement
le même aspect que celle qui forme l'ampoule des cysticerques
ayant atteint leur complet développement. Elles renfermaient
un liquide transparent parfaitement limpide , et sur leur sur
face on ne distinguait encore nulle trace qui pût faire soup
çonner dans quel point allait se former la tête du scolex. Les
plus grandes , qui se trouvaient surtout dans le péritoine et
dans le foie, étaient longues de 1 millimèt. 13 centièmes à 1
millim. 89 centièmes, et larges de 0" 89 cent. à 0" 99 cent.
Les plus petites qui existaient presque exclusivement au milieu
des ecchymoses du poumon étaient longues de 0" 89 cent. à
1" 70 cent., et larges de 0" 75 cent. à 0" 81 cent. On ne
distinguait poînt de mouvements dans aucune d'elles , mais
l'animal était mort depuis plus de quatre heures au moment
( 26 )
de l'autopsie, et cela suffit pour expliquer la différence que
nous observons ici entre l'état de vie des vésicules trouvées
dans ce chevreau et celui qu'ont offert les vésicules recueillies
chez l'agneau qui porte le n° 1 dans les expériences dont nous
avons rendu compte en 1861 .
L'histoire du chevreau dont nous venons de parler , offre
beaucoup d'analogie , sinon même une ressemblance complète
avec celle de l'agneau n° 1, rapportée dans notre premier tra
vail. Celle du deuxième de ces animaux aura plus d'intérêt
encore , car la maladie déterminée par l'introduction des œufs
du Tœnia cysterci tenuicollis dans l'économie , a débuté plus
tard ; elle a eu une marche plus lente, et elle s'est accompa
gnée d'altérations pathologiques très-curieuses , qui nous pa
raissent révéler des faits nouveaux en ce qui concerne l'enkys
tement des cystiques.
Comme nous l'avons dit plus haut , ce chevreau , de même
que celui dont nous venons de rapporter l'histoire, a pris, le
4 juin 1861, dix des derniers anneaux des Taenia cysticerci
tenuicollis recueillis dans l'intestin du chien Black. Jusqu'au
19 du même mois (quinzième jour après l'administration des
oeufs,) il est demeuré sans paraître s'apercevoir en rien de
cette ingestion , au point que nous avons pu croire un instant
qu'il avait échappé à l'espèce d'intoxication vermineuse que
produit assez ordinairement l'administration des proglottis de
certains Taenias aux jeunes ruminants. Chez lui , comme chez
celui qui précède , les symptômes du mal se déclarèrent brus
quement et prirent promptement beaucoup de gravité.
En effet, le 19, dans la matinée , on reconnaît que le jeune
animal a laissé la plus grande partie du fourrage qu'on lui a
donné la veille au soir. Il est triste, se tient couché, et ne fait
aucun effort pour se lever, quels que soient les moyens que
l'on emploie pour le solliciter à se déplacer. On le dresse sur
ses membres, mais il peut à peine se soutenir , chancelle au
moindre mouvement qu'il veut faire , et cherche un point
d'appui sur les corps environnants. Lorsqu'on le laisse libre ,
il appuie sa tête contre le mur, écarte les membres , et dans
( 27 )
cet état il oscille sans cesse d'un côté à l'autre, jusqu'à ce qu'il
tombe sur la litière On lui présente du foin , puis de l'herbe
fraîche , mais rien ne peut le décider à manger, tant il paraît"
accablé par les souffrances qu'il endure. La respiration est
grande, accélérée. Souvent une petite toux avortée se fait en
tendre, et par les deux narines s'écoule un jetage de matière
muqueuse abondante, épaisse et de couleur verdâtre. Enfin ,
les yeux sont larmoyants, surtout le droit, les larmes sont
limpides ; le pouls est à peine sensible , les battements du
cœur sont tumultueux et les muqueuses sont d'une grande
pâleur. Tout indique un état de souffrance exagérée chez le
pauvre animal qui pousse à chaque instant des bêlements
plaintifs.
Le 20, le sujet est dans le même état que la veille. On le
voit cependant essayer de manger un peu d'herbe fraîche vers
le milieu de la journée ; mais il mâche cette herbe avec la plus
grande lenteur et sans paraître avoir conscience de la fonction
qu'il accomplit.
Le 22 et le 23 , tous les symptômes indiqués ci-dessus per
sistent en s'aggravant. La faiblesse surtout est devenue si mar
quée , que l'animal retombe dès qu'on essaie de le soulever.
Les larmes de l'œil droit deviennent troubles , épaisses et
comme purulentes, celles de l'œil gauche qui jusqu'alors ont
été peu abondantes restent claires et limpides.
Le 24 , le malade offrant toujours les mêmes symptômes ,
on constate par l'auscultation que le murmure respiratoire se
fait entendre partout dans la cavité. thoracique. Mais en se
livrant aux manœuvres nécessaires pour ausculter convenable
ment , on reconnaît que l'hypocondre droit est sensible à des
pressions même très-modérées , et que l'animal se plaint cha
que fois que l'on appuie la main sur cette région. Sollicité à se
déplacer, le chevreau parvient à se dresser sur ses membres
postérieurs qui sont raides, mais les membres de devant sont
fléchis à l'articulation du carpe, et l'animal fait quelques pas
en marchant sur les genoux , puis retombe lourdement. Les
larmes de l'œil gauche commencent à devenir troubles ; celles
( 28 )
de l'œil droit qui est enfoncé dans l'orbite , se sont encore
épaissies , et entre le globe de l'œil et les paupières , il s'est
épanché une matière épaisse plastique qui , dans les jours
suivants se prend en une sorte de membrane opaque d'un blanc
grisâtre, formant devant la cornée comme un diaphragme par
lequel la vitre de l'œil est entièrement cachée. Le jetage con
tinue par les narines et se dessèche en croûte sur les naseaux .
Il n'y a rien de changé dans le pouls , dans les battements du
cœur, non plus que dans la pâleur des muqueuses , mais la
maigreur est tellement exagérée qu'elle semble avoir atteint
les dernières limites auxquelles elle puisse arriver.
Du 24 au28, l'animal, toujours couché sur le côté gauche,
ne cesse de se plaindre. Il se tient le cou allongé , la tête
portée dans une position d'extension forêée , et paraît souffrir
davantage lorsqu'on la ramène auprès du sternum. L'explora
tion du pouls est d'une difficulté extrême ; les battements du
cœur sont , au contraire, violents et accélérés. Enfin , le 29 ,
à huit heures du matin , des mouvements convulsifs ont lieu
dans les membres, et il est facile de prévoir que la mort est
prochaine. On termine les souffrances de l'animal en le sacri
fiant par effusion de sang , et l'on en fait immédiatement
l'autopsie. -

On constate dans l'abdomen tous les caractères d'une vio


lente inflammation du péritoine avec exsudation dans diffé
rents points d'une matière plastique particulière commençant
à s'organiser pour déterminer l'enkystement des nombreux
vers à vessie qui se sont répandus dans cette cavité. Ceci res
sortira évidemment de la description que nous allons essayer
de faire des lésions qui ont attiré notre attention.
L'épiploon appliqué à la face inférieure du rumen a perdu
sa transparence ordinaire : il est épaissi, et, sur un fond gris
nuancé de jaune, il laisse voir un grand nombre de points
plus épais revêtant une teinte d'un jaune pâle assez analogue
à celle que présentent les fausses membranes qui , dans les
inflammations des plèvres, sont au début de leur formation,
dans la cavité thoracique. Une multitude de petites vésicules,
( 29 )
les unes entièrement libres , les autres ayant déjà contracté
plus ou moins d'adhérence, sont disséminées à la surface de
cet épiploon. Beaucoup d'entre elles ont déterminé , dans le
point où elles se sont arrêtées , une exsudation plus abon
dante de matière plastique , aux dépens de laquelle commence
à s'organiser le kyste adventif destiné à contenir le ver pen
dant toute la durée de son existence à l'état de cystique. Mais
cette organisation est encore si peu avancée que les parois du
kyste se dilacèrent à la moindre traction ou même sous l'in
fluence d'un simple contact , et que l'on voit aussitôt la vé
sicule faire hernie au dehors. La cavité du kyste apparaît
alors avec une forme arrondie , légèrement ovale ou ellipti
que ; son fond est lisse, ses bords irrégulièrement déchirés,
sont épaissis, d'un jaune pâle , et l'ensemble du tout repré
sente comme une petite cupule peu profonde.
La face opposée de l'épiploon , c'est-à-dire, celle qui est en
contact immédiat avec le rumen , offre exactement le même
aspect et les mêmes altérations que nous venons de décrire.
Le pèritoine qui revêt le rumen et les intestins, celui qui ta
pisse le diaphragme et les autres parois de l'abdomen, et le
mésentére lui-même, sont le siége de semblables lésions , et
présentent, comme l'épiploon, un grand nombre de vésicules
qui sont en voie de s'enkyster. Seulement, les vésicules ne sont
pas disséminées partout uniformément. Autour du rectum et
dans le fond de la cavité pelvienne, elles sont aussi rappro
chées les unes des autres que sur l'épiploon : elles sont moins
abondantes sur les parois inférieures de l'abdomen , sur le
mésentère et sur la face postérieure du diaphragme : enfin ,
les points où elles sont le moins multipliées, sont la surface
extérieure du rumen , celle de l'intestin et celle de la rate.
Mais de tous les organes contenus dans la cavité abdomi
nale , celui qui a été le plus profondément atteint et désor
ganisé par le passage des cestoïdes, c'est le foie. Cet organe
laisse voir, sur un fond brun nuancé de jaune dans quelques
points, un nombre considérable de taches , les unes d'un gris
pâle, les autres d'un gris nuancé de jaune-; d'autres encore
( 30 )
d'un rouge brun très-foncé. En pratiquant avec précaution
une incision sur les taches grises et sur celles qui sont nuan
cées de jaune, on arrive toujours dans de petites cavités dont
les parois sont tapissées par une matière de consistance pul
peuse presque identique avec celle de l'exsudation plastique
que nous avons signalée sur le péritoine. Ce sont sans doute
encore des kystes en voie de formation au-dessous du péri
toine que revêt le foie ; car, dans chacune des cavités , on
rencontre une vésicule : souvent même, il n'est point néces
saire d'inciser l'organe pour découvrir les vésicules, et l'on
peut parfaitement les voir, en-dessous du péritoine à demi
transparent, occuper une petite cavité creusée dans le tissu de
la glande. C'est surtout vers le bord inférieur du foie que ces
lésions sont le plus multipliées, et dans ces points l'altéra
tion est si prononcée qu'elle offre en réalité un aspect hideux.
Quant aux taches d'un rouge brun , elles correspondent à des
caillots de sang coagulé sous la séreuse.
Le foie n'est pas altéré à sa surface seulement : on çons
tate, en effet , en faisant des coupes dans différents sens, que
sa substance est creusée presque partout de cavités enduites
de cette même matière signalée plus haut, et occupées cha
cune par une ou deux vésicules. Ces altérations sont si rap
prochées les unes des autres, que l'on peut bien affirmer qu'il
n'y a pas la moitié de la substance du foie qui soit restée avec
sa consistance normale.
La vésicule biliaire elle-même n'est pas exempte d'altéra
tions, car, à sa surface, elle porte aussi quelques vésicules
en voie d'enkystement.
Dans la cavité thoracique, les plèvres sont, dans leur partie
postérieure, le siége d'une inflammation avec exsudation
plastique , semblable à celle que nous venons de décrire dans
le péritoine. Le médiastin, dans sa partie postérieure, pré
sente çà et là quelques vésicules en voie d'enkystement : ces
kystes offrent tous les caractères de ceux que nous avons ren
contrés sur le péritoine. La surface du poumon est parsemée
de traces assez nombreuses, allongées , droites ou un peu si
( 31 )
nueuses, ayant l'aspect des sillons que certaines larves creu
sent quelquefois dans les matières organiques. Ces traces, que
l'on voit parfaitement au-dessous de la membrane séreuse,
sont grises ou un peu jaunâtres et longues de un ou deux cen
timètres. Elles sont creusées dans la substance du poumon lui
même, et remplies d'une matière molle, jaunâtre, assez sem
blable à celle trouvée dans les petites cavités du foie. A l'une des
extrémités de chacun de ces sillons, on trouve invariablement
une vésicule plus petite dans la plupart des cas que celles
que l'on a recueillies dans le péritoine. Quant au tissu du pou
mon, il est évidemment le siége d'une inflammation peu pro
fonde et peu étendue autour de chacune des traces que nous
venons d'indiquer , mais dans toutes les autres parties il est
entièrement sain , et il est facile de voir que partout il a res
piré jusqu'à la fin de la vie. Le péricarde renferme une quan
tité assez notable de liquide de couleur citrine épanché dans
son intérieur , mais il ne porte point de vésicules à sa surface.
Il n'y a rien à signaler ni dans les bronches ni dans la
trachée. A

Les sinus frontaux et maxillaires sont remplis d'une collec


tion purulente. La membrane qui les tapisse est épaissie, rouge
et vivement injectée : il est impossible de rien y découvrir
qui se puisse rattacher d'une manière certaine au passage des
proscolex. -

L'œil droit est revêtu d'une couche de matière plastique gri


sâtre qui s'est organisée en une membrane opaque de deux ou
trois millimètres d'épaisseur : au-dessous de cette membrane,
la cornée et les milieux de l'œil ont conservé toute leur trans
parence.
Il n'y a rien à noter dans les centres nerveux.
Les vésicules très-nombreuses que l'on a rencontrées dans les
divers organes indiqués plus haut, sont arrondies, ovoïdes
ou elliptiques. Leur membrane est finement granuleuse, trans
parente, et quelquefois pourvue de quelques corpuscules cal
caires. Elles contiennent un liquide limpide, et offrent presque
toutes , vers une de leurs extrémités , un petit point blan
( 32 )
châtre opalin qui correspond à un commencement d'invagina
tion encore très-superficielle, dans le fond de laquelle devait
se former plus tard la tête du scolex. Toutes ces vésicules, au
moment de l'autopsie, sont évidemment vivantes, et on les
voit, à l'œil nu , s'allonger et se contracter dans différents
S0IlS . • • • - - • •

Leurs dimensions sont très-variables. Celles du péritoine et


du foie sont longues de 2 à 3, 4 , 5, 6, 7,8, 9 et 10 milli
mètres , et larges de 1 à 6 millimètres. Celles du poumon et du
médiastin sont longues de 2 à 4 millimètres, et larges de 1 à 2
millimètres. - - -

Des deux expériences que nous venons de rapporter avec


quelque détail , on peut tirer les conclusions suivantes :
1° Le Cysticercus tenuicollis du mouton et celui de la chèvre
sont de la même espèce zoologique , et cela est démontré non
seulement par l'identité des caractères qu'ils présentent l'un
et l'autre , mais encore par ce fait, que des cysticerques re
cueillis dans le péritoine d'un agneau , ont pu, après s'être
transformés en Taenias dans l'intestin d'un chien , produire
des œufs, qui , à leur tour, ont fait naître de nouveaux cysti
cerques en grand nombre dans le péritoine , dans le foie , et
jusque dans le poumon de deux chevreaux.
2° La plus grande partie , sinon même la totalité des cys
ticerques , paraissent avoir traversé le foie pour arriver dans
le péritoine. En effet, chez le premier des deux chevreaux dont
nous venons de rapporter l'histoire, de même que chez l'a
gneau n° 1 de notre premier travail , le foie seul offrait, à
l'autopsie , des lésions suffisantes pour expliquer l'hémorragie
interne qui avait déterminé la mort ; et si d'autres lésions se
sont montrées chez le second de ces animaux , elles sont évi
demment consécutives à la pénétration des vers dans l'abdo
men , et l'on conçoit très-bien qu'elles ont pu se former après
que les parasites ont eu traversé le foie.
3° Enfin , après avoir traversé le foie, les cysticerques des
ruminants déterminent , par leur contact avec le péritoine,
l'exsudation d'une matière plastique particulière qui s'orga
( 33 )
nise et qui forme autour du parasite le kyste adventif dans
l'intérieur duquel celui-ci doit vivre pendant toute la durée
de son existence à l'état de cystique.
En traversant le foie pour arriver dans le péritoine, les
proscolex du Cysticercus tenuicollis, lorsqu'ils sont en grand
nombre , produisent des altérations tellement graves, qu'elles
peuvent entraîner rapidement la mort de l'animal. Au double
point de vue de la pathologie et de la zoologie, il serait inté
ressant d'établir d'une manière certaine par quelle voie ils
arrivent dans cet organe.
Comme nous l'avons dit autrefois , il nous paraît assez pro
bable que c'est à la faveur du cours du sang dans la veine
porte que les proscolex accomplissent cette première mi
gration. S'il en est ainsi , il faut qu'après l'éclosion des œufs
dans l'intestin, les embryons s'introduisent dans les racines de
la veine et se laissent ensuite entraîner jusque dans les veines
sous-hépatiques. Dans cette hypothèse, ce serait en sortant de
ces derniers vaisseaux qu'ils détermineraient les hémorrhagies
que nous avons observées. C'est là , nous le répétons, un fait
qui paraît assez probable : mais nous ne saurions encore l'ap
puyer sur une démonstration rigoureuse ; car , malgré des
tentatives multipliées que nous avons faites sur des lanins aux
quels nous avions administré des œufs du Taenia Serrata, dont
les cystiques se développent à peu près de la même manière
que le Cysticercus tenuicóllis , nous n'avons jamais pu rencon
trer de proscolex dans le sang de la veine porte. Nous ne pou
vons donc rien ajouter aujourd'hui à ce que nous avons dit
autrefois touchant cette question , sur laquelle il serait si in
téressant de jeter quelque lumière. Quoi qu'il en soit , nos
expériences démontrent que le passage des proscolex du
Cysticercustenuicollis peut déterminer une hémorrhagie promp
tement mortelle , quand des parasites de cette espèce tra
versent à la fois , et en grand nombre, le tissu du foie. Fort
heureusement , dans les circonstances ordinaires de la vie des
ruminants, il ne paraît pas probable que ces animaux puis
sent être fréquemment exposés à déglutir à la fois assez d'œufs
8
( 34 )
de Taenia pour que l'on ait à craindre de voir se produire des
désordres aussi profonds que ceux que nous avons décrits.
Dans la plupart des cas, au contraire, ils ne prennent, soit
avec leurs boissons , soit avec leurs aliments , qu'un petit
nombre d'œufs isolés. L'animal doit sans doute souffrir pen
dant un temps variable du passage à travers les tissus des
quelques proscolex qui s'introduisent ainsi dans son écono
mie ; mais les lésions déterminées par les parasites sont alors
tellement limitées, qu'elles ne peuvent jamais compromettre
la santé générale du sujet , et qu'elles passent, en quelque
sorte, inaperçues. Aussi les annales de la science n'ont-elles
enregistré jusqu'à ce jour aucun cas, à nous connu, de ma
ladies identiques avec celle dont nous venons de décrire
les symptômes et les lésions. On conçoit cependant qu'il ne
serait pas absolument impossible que le fait se présentât.
Nous avons même pu observer dans le courant de l'année der
nière, à propos d'une autre espèce , le Taenia cœnurus, dont
les cystiques vivent dans le crâne des ruminants, que ces
mammifères peuvent parfois ingérer en même temps des œufs
de Taenia en assez grand nombre , et se montrer avec des ma
ladies tout aussi graves et tout aussi rapides dans leur
marche que celles que l'on détermine , en quelque sorte ar
tificiellement, en leur administrant des proglottis. Sur le
cerveau d'un jeune mouton sacrifié pour la boucherie, nous
avons trouvé jusqu'à huit cœnures de la grosseur d'une ce
rise ou d'un pois , et , dans le voisinage de ces vers à vessie,
des sillons jaunâtres creusés dans la substance nerveuse, et
tout à fait semblables à ceux que nous avions rencontrés chez
les animaux morts ou sacrifiés à la suite de nos expériences
sur le tournis. C'est, en effet , parce que l'animal avait laissé
voir les premiers symptômes de cette maladie qu'on l'avait
tué, mais il nous a paru utile de relever ce fait qui , par l'a
nalogie qu'il présente dans ses résultats avec certaines expé
riences, ne laisse pas que d'être très-curieux. | 1 i

Dans la première expérience que nous avons rapportée


aujourd'hui, les vers, en passant à travers le foie , ont dé
( 35 )
terminé une hémorrhagie qui, en peu d'instants , a été mor
telle ; dans la seconde , au contraire, l'animal n'a point suc
combé sous l'influence de la même cause. Il a pu vivre plu
sieurs jours encore après que les proscolex ont eu labouré
l'organe sécréteur de la bile. Mais les désordres qu'avaient
causés ces parasites ne permettaient point à la santé de se ré
tablir et à la vie de continuer. L'animal a donc dû succomber
sous l'influence de la multiplicité des lésions qui se sont pro
duites en même temps , tandis qu'il eût certainement continué
à vivre si quelques vers seulement avaient été ensemble en
voie de migration. La constatation de ce fait n'est pas sans
importance, car il fait bien voir que c'est seulement lorsqu'ils
sont en très-grand nombre que les cysticerques peuvent être
nuisibles aux ruminants au moment de leur installation dans
les tissus. Quelques petites hémorrhagies du foie, quelques in
flammations locales du péritoine peuvent bien , en effet, faire
naître de la douleur , du malaise ; mais ce ne sont pas là des
lésions capables de compromettre assez l'exercice des fonc
tions pour que l'on soit à même de s'en apercevoir. C'est ainsi
que l'on peut comprendre comment il se fait que l'on trouve
des Cysticercus tenuicollis chez un très-grand nombre de rumi
nants que l'on sacrifie à la boucherie, sans que cependant on
ait jamais remarqué de maladie grave chez ces animaux pen
dant qu'ils vivaient.
Les deux expériences que nous venons de rapporter nous
paraissent offrir encore, si on les envisage au point de vue de
la zoologie , une importance assez grande. Au moment où l'on
élève de nouveau des doutes sur la réalité des migrations et des
métamorphoses de certains cestoïdes, elles arrivent à propos,
non-seulement pour démontrer que les théories fondées sur
les expériences de MM. Küchenmeister, Van Bénéden, Siébold,
Leuckart, Haubner, sont l'expression de la vérité, mais en
core pour confirmer ce fait que nous nous sommes toujours
efforcé de mettre en lumière, qu'une espèce déterminée du genre
Tœnia ne peut jamais donner naissance qu'à une seule forme
de Cystique. Nous pourrions, en effet , répéter, au snjet des
( 36 )
deux chevreaux qui font l'objet de notre communication, ce
que nous avons dit l'année dernière en faisant l'histoire des
expériences analogues que nous avons tentées sur des agneaux.
« Le Cœnurus cerebralis, le Cysticercus pisiformis, le Cysti
» cercus tenuicollis, sont les scolex de trois espèces parfaite
» ment distinctes. « S'il en était autrement , si le Tœnia cysti
cerci tenuicollis, par exemple, était de la même espèce que le
Taenia serrata et le Taenia cœnurus, les œufs de ce ver que
· nous avons administrés à nos deux chevreaux , auraient dû
provoquer tout à la fois la production de cysticerques dans
le péritoine, et la production de cœnures dans le crâne.
Or , comme nous l'avons dit, chez les deux chevreaux qui
Ont succombé dans nos expériences , les centres nerveux
étaient parfaitement sains , et ne laissaient voir aucune trace
du passage des proscolex. Le foie, au contraire , était littéra
lement criblé de cystiques en voie de migration. « S'il en a été
» ainsi, c'est que les œufs du Taenia cysticerci tenuicollis ne
» peuvent engendrer que des cysticerques , et que, par consé
» quent, le ver qui les produit ne saurait être de la même es
» pèce que celui qui donne naissance au cœnure cérébral. » .
Les résultats inverses que l'on obtient dans les expériences
où l'on fait prendre à des ruminants des œufs du Taenia cœnurus,
confirment en tout point cette conclusion , car ce sont alors
exclusivement des cœnures que l'on voit se développer dans
le crâne , tandis que nulle part ailleurs, pas plus dans le
péritoine que dans les plèvres , on ne voit apparaître de cys
ticerques. ll y a même dans ces expériences quelque chose
qui donne plus de force encore à notre opinion en ce qui
touche la distinction nécessaire des deux espèces de Taenias
armés dont les cystiques vivent à l'état de cœnures ou à l'état
de cysticerques chez nos ruminants domestiques. Ainsi que
nous l'avons dit dans nos précédents travaux (1), les pros

(1) Voir Expériences sur la production du Cœnure cérébral chez le mouton.


— Journal des Vétérinaires du Midi, 2e série, tome x, année 1856, page 97.
Compte rendu des expériences faites à l'Ecole impériale vétérinaire de Tou
( 37 )
colex qui sortent des œufs du Taenia cœnurus, sont bien loin
de parvenir tous jusque dans les centres nerveux. Beaucoup
d'entre eux s'égarent, et nous avons trouvé des traces de leur
passage dans les cavités du cœur sous l'endocarde, à l'exté
rieur de cet organe , sous le feuillet viscéral du péricarde,
à la surface du poumon sous les plèvres, sur le diaphragme,
sur les parois de l'œsophage , sur les parois de l'intestin ,
et même entre les feuillets de l'épiploon. Or, si ces pros
colex étaient de la même espèce que ceux du Tœnia cys
ticerci tenuicollis, il est évident qu'en arrivant dans les plèvres,
et surtout dans le péritoine, ils se comporteraient absolument
comme ces derniers et se transformeraient en cysticerques.
Mais jamais cela n'a lieu ; toujours, au contraire, les pros
colex du Tœnia cœnurus avortent dans l'abdomen, et les
sillons , d'un jaune pâle. sinueux et diversement contournés
qu'ils laissent après leur passage dans cette cavité, sont bien
loin de ressembler aux galeries qui sont creusées à la surface
et dans la profondeur du foie par les proscolex du Taenia cys
ticerci tenuic0llis. • '

« C'est donc avec raison que, depuis 1856, nous avons tou
jours considéré comme des espèces distinctes les formes di
verses de Taenias armés qui se développent dans l'intestin du
chien. Nous avons même essayé de caractériser ces espèces,
soit dans le premier travail que nous avons soumis à la So
ciété de Médecine en 1857 (1), soit encore dans le compte
rendu de nos recherches et de nos expériences que nous avons
publié en 1858 et 1859. On nous a reproché , il est vrai, de

louse , sur l'organisation et la reproduction des Cestoides du genre Taenia.


— Journal des Vétérinaires du Midi, 3e série, tome I, année 1858, page 139,
et Annales des Sciences naturelles, 4e série , tome x , page 191. -

Expériences sur le tournis de la chèvre et du bœuf — Journal des Vétéri


naires du Midi, 3e série, tome II, année 1859, page 388 , et Annales des
Sciences naturelles, 4e série tome xI, page 303.
| (1) Ce travail, intitulé, Essai sur les Cestoïdes des mammifères domestiques,
est demeuré inédit; mais les recherches microscopiques et les expériences qui
eu forment la partie essentielle, ont trouvé place dans notre compte rendu
de 1858 et 1859.
| ( 38 )
n'avoir signalé dans nos diagnoses que des caractères minu
tieux , et parfois même difficiles à constater ; mais si peu
tranchés que soient ces caractères , ils sont constants, et il
n'est pas impossible de les bien voir lorsque l'on a un peu
l'habitude d'étudier les Taenias. En outre , chacune des formes
de strobiles auxquelles ils appartiennent, correspond invaria
blement à un cystique déterminé, facile à distinguer, même
par un examen superficiel , de ceux qui se rattachent aux au
tres formes.
C'en est assez, ce nous semble, pour que nous soyons plus
que jamais autorisés à considérer le Taenia cœnurus, le Tania
cysticerci tenuicollis, et le Taenia serrata comme trois espèces
différentes, bien que très-voisines l'une de l'autre : aussi
sommes-nous convaincu que lorsque l'on veut, dans des ex
périences, reproduire les curieux phénomènes de leurs mi
grations et de leurs métamorphoses, il est indispensable de
ne pas employer indifféremment les œufs du Taenia serrata à
la place de ceux du Tœnia cœnurus ou du Tœnia cysticerci
tenuicollis.

SIMPLE NOTE

SUR LE TAENIA FENÊTRÉ,


Lue à la Société de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de Toulouse,
le 11 octobre 1862 ,

Par M. le Dr GUITARD , Membre résidant.

MEssIEURs ,

DANs la séance du 12 septembre dernier, insérée dans


l'Union médicale du 4 de ce mois , M. Colin a présenté à la
Société médicale des hôpitaux de Paris un long fragment de
Taenia , remarquable par les perforations centrales circulaires
qui occupent la plupart des anneaux , dont quelques-uns n'of
frent encore qu'une perte de substance presque imperceptible ,
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( 39 )
tandis que d'autres sont presque entièrement détruits jusqu'à
leurs bords.
M. Colin donne comme conclusion de toutes ses observa
tions détaillées sur ce fragment de ver, qu'elles ne peuvent
laisser douter que le fragment en question ne soit «une variété,
ou plutôt une altération pathologique » du Taenia solium , al
tération très-rare chez celui-ci , et à laquelle il propose de
, donner le nom de Taenia fenestrata, vu son analogie avec la
forme du botryocéphale, décrite sous cette même dénomi
nation.

Je viens aujourd'hui, Messieurs , en cette occasion, vous


livrer une page d'archéologie médicale détachée d'un ouvrage
que je prépare depuis longtemps sur un ancien médecin élec
tricien de Toulouse, Masars de Cazèles.
Parmi les nombreux travaux de ce savant Médecin , qui
exerçait dans notre ville vers 1780 , j'ai trouvé un manuscrit
ayant pour titre : Mémoire et réflexions sur le Taenia ou ver
plat, improprement ver solitaire , et particulièrement sur le
Taenia percé à jour.
Ce travail fut présenté à l'Académie des sciences de notre
ville le 5 février 1789. Il fut accompagné de trois planches
dont je n'ai pu voir que deux , et dont j'ai photographié la
première que j'ai l'honneur de vous soumettre.
Voici en quelques mots la substance de ce Mémoire :
Il paraît que celui-ci n'est que la reproduction d'un autre,
publié en 1768 dans le Journal de Médecine, t. xxix, cahier"
du mois de juillet.
II fut repris et lu à l'Académie à l'occasion d'un ouvrage de
M. Cusson , Médecin à Montpellier, qui parlait de tous les
Taenia , d'un Taenia aussi que Masars avait fait rendre au
moyen d'un minoratif aiguisé de quelques gouttes de sirop de
Giauber, et qui passait complètement sous silence un Taenia
percé à jour dont Masars avait donné l'histoire dans ce pre
mier travail.
« Que devais-je augurer d'un silence aussi dédaigneux , »
dit Masars ?
( 40 )
Le fait était sans doute assez important pour fixer l'atten
tion du naturaliste et du Médecin, puisqu'il était le premier
que l'on eût fait connaître.
On ne pouvait certes l'avoir soupçonné d'avoir mal vu,
puisqu'il avait eu le soin de faire dessiner ce ver de suite après
SOIl expulsion ; celui-ci ne pouvait donc avoir été altéré , et

d'ailleurs Masars avait pris la précaution d'en envoyer un


échantillon au rédacteur lui même du Journal de Médecine.
En voici la description : « Cette portion de ver avait 5 ou 6
pans de longueur ; il avait été rendu par une dame âgée de
soixante neuf ans, le 22 août 1766 , pendant l'effet d'une pur- .
gation... Le peloton dont le ver offraitl'image était composé de
deux portions de ver solitaire , plates, blanches, couchées l'une
sur l'autre, d'une contexture si délicate, qu'en les élevantelles
étaient prêtes à se déchirer par leur propre poids..... L'une ,
de ces portions était à petites articulations , à anneaux courts, !
marquées par des lignes transversales profondes , à de trèsr
petites distances les unes des autres, ressemblant en quelque
sorte à un ruban de velours cannelé ; l'autre était à grandes ,
articulations, à anneaux longs , et représentait une suite de
graines de melon, mousses à leurs extrémités, et unies comme -

par juxtaposition... Le corps des articulations de cette dernière


espèce de Taenia était marqué de plusieurs lignes transversales
superficielles en manière de rides, et était percé d'un seul trou
oblong , plus ou moins grand, selon la grandeur des articula- .
• tions, tandis que les anneaux de l'autre étaient pleins et en
tiers..... Du côté marginal externe de ces pièces s'élevaient,
par intervalles irréguliers, de petites éminences qu'on a ap
pelées mamelons , quelquefois simples , ou doubles, ou tri
ples, que M. Andry a vues munies d'un petit vaisseau bleuâ
tre. Van-Dreveren prétend que lorsque le ver est vivant, il
peut élargir ou rétrécir l'orifice de ces mamelons (1). »

(0 Le mamelon qui est décrit ici n'est autre dºse que le tubercule, au
centre duquel est percé sur le bord de chaque anneau l'orifice des organes
génitaux. . • • * • 1, -

Il est probable que le petit vaisseau bleuâtre indiqué par Andry est sim
( 41 )
Telle était la conformation de ce ver dont Masars présenta à
l'Académie un fragment et un dessin , afin qu'elle pût juger
de visu.
Après avoir donné la description de ce ver , qu'il croit
unique dans la science , il ajoute que Butini , Médecin à Ge
nève, dans un Mémoire postérieur au sien, publié sur le Taenia
à anneaux courts, ne pense pas que ce ver percé à jour puisse
être regardé comme un ver sui generis ; que ce Médecin ,
après avoir bien étudié le col et la tête à la loupe et au micros
cope, ne pense pas que cette tête puisse servir à donner pas
sage aux aliments , mais que chaque anneau doit avoir sa
bouche ; ce qui est d'autant plus à croire , dit-il , que
MM. Kœnig et Herrenchwand assurent avoir pris sur le fait un
anneau cucurbitin suçant une goutte de lait avec son ma
melon. (Mémoire inséré dans le v° vol. de la Société royale de
Médecine (1).
Butini étudie ce ver à tous les âges de sa vie , et il ajoute à
ce qu'il dit des maux généraux que l'âge lui imprime, « qu'il
est des anneaux , souvent même plusieurs consécutifs, qui sont
percés d'un trou longitudinal, en sorte que la partie postérieure
du ver ne tient plus à l'autre que par deux lisières plus ou moins
larges ; » et alors il le considère comme en état pathologique
ou de décrépitude.
Masars ne croit pas , au contraire , que chaque segment soit
un ver complet; il ne peut pas croire , selon les expressions

plement le spicule ou pénis qui parfois est invaginé dans le vestibule génital,
et qui d'autres fois, au contraire, fait un peu saillie au dehors.
(1) Dans l'opinion généralement admise aujourd'hui par les naturalistes, la
tête du Tœnia solium est une nourrice en arrière de laquelle se développent
par gemmation d'autres animaux qui sont les représentants adultes de l'es
pèce. La nourrice fournit donc à ces individus qui procèdent d'elle, au moins
les premiers éléments de leur développement. Elle manque de bouche, et
c'est par ses quatre ventouses imperforées qu'elle absorbe dans l'intestin les
liquides qu'elle utilise à sa nutrition et à la production des nombreux anneaux
qu'elle fait naître. - - -

L'observation de l'anneau puisant lui-même par sa bouche latérale les ali


ments qui lui sont nécessaires, est entachée d'erreur. Nous venons de dire ,
en effet, que cet orifice appartient aux organes génitaux.
( 42 )
de Butini , « à une république dont tous les individus rassem
» blés en un seul corps travaillent en commun, non-seulement à
» leur subsistance, mais encore à celle des enfants, des vieillards
» et des malades trop faibles pour s'alimenter eux-mêmes (1).l»
· Il ne peut pas admettre aussi que cette particularité tienne
, à la vieillesse; car, si cette dernière manière de voir était la
vraie, l'on aurait depuis longtemps trouvé un grand nombre
de ces vers , et il n'eût pas été sans doute le premier à le si
gnaler et à en fournir la description (2).
Masars termine son Mémoire, déjà si intéressant, par l'in
dication du remède dont il présume le plus favorablement
contre les vers de cette espèce ; « ce qui servira mieux , dit-il,
'áux Médecins que toutes les discussions purement scientifiques
ſ Sur CeS VerS. » , t ) ) L l / j )| J# t A ) ſ | | : !t ſ) ^ſ T#O , ſºi

C'est le remède de M. Passerat de la Chapelle : huile de noix


et vin d'Alicante , à parties égales, administrés séparément
par M. Passerat, et mélangés par Masars. La dose de ce mé
lange est depuis 6 jusqu'à 10 onces pendant dix, douze et
quinze jours, après quoi l'on doit faire prendre la tisane de
racine de fougère et d'écorce de racine de mûrier pendant le
· même laps de temps, pour revenir ensuite à la première pré
' paration jusqu'à la guérison complète. " "'
· Après avoir entendu la lecture de ce travail, l'Académie le
· renvoya à une Commission dont M. Gardeil fut le rapporteur ;
· et, sur le rapport de cette Commission, « il fut délibéré , le
ni ºii º 1 (r | a - loi | | | | | u | | | | | | |
— .
(1) L'opinion de Butini, qne repousse Masars, est cependant celle qui se
rapproche le plus de la vérité. Les † ont , en effet, à peu près
d'accord, à notre époque, pour considérer chaque Taenia comme une réunion
- d'individus distincts qui, après avoir vécu liés les uns aux autres pendant
un certain temps, se séparent successivement pour aller disséminer les œufs
dont ils sont presque entièrement remplis a , : , ' ; |! ! ) · · b
| (2) Comme l'a dit M. Colin, cette altération du
|

ver résulte bien évidemment


. -

d'un état pathologique et non point de la vieillesse du ver; car, s'il en était
ainsi, le fait ne serait pas aussi rare qu'il l'a été jusqu'à ce jour. Au reste,
cette opinion est celle de notre collègue M. le professeur Baillet, dont les
travaux en cette matière sont empreints du cachet de la science et de la
vérité. - • 1 , , , ,
( 43 )
1" juin 1789, de ne point imprimer ce Mémoire, attendu
qu'il porte sur un fait déjà connu et gravé depuis longtemps. -
En effet , en 1768, Masars avait déjà publié ce fait dans le
Journal de Médecine. -

Tel est, Messieurs, ce cas remarquable que je désirais


porter à votre connaissance, sans le faire suivre d'aucun
commentaire, à l'occasion de la note fournie par l'Union
Médicale du 4 de ce mois. - • • !

NOTE MÉDICO-LÉGALE
sUR UN CAs D'ASPHYXIE DÉTERMINÉE PAR L'ENRoULEMENT
DU coRDoN oMBILICAL AUToUR DU CoU D'UN ENFANT
NoUvEAU-NÉ, QUI AvAIT coMPLÈTEMENT RESPIRÈ.' r
l -

-
"# :#

Mémoire présenté par M. le Dr Jules DELAYE, à l'appui de sa


candidature à une place de Membre résidant (1).

A l'exception peut-être des questions que soulève l'existence


de l'aliénation mentale, on ne trouve pas en Médecine légale
de sujet d'étude plus important et plus difficile que l'infanti
cide. Il n'en est aucun qui soit environné d'obscurités plus
multipliées et de causes d'erreurs plus nombreuses , et dans
lequel , si l'innocence voit quelquefois se liguer contre elle un
concours de circonstances extraordinaires, le crime puisse se
cacher souvent sous les voiles les plus impénétrables.
Toutes les réflexions qu'il serait possible de faire sur ce
point sont encore plus applicables à certains faits peu connus,
· parce qu'ils se sont rarement rencontrés dans les annales ju
diciaires, ou bien parce que, appuyés sur un ensemble de
circonstances fatales, ils empruntent à cet ordre de choses

(1) Commissaires : MM. Butignot, Filhot, Despaignol, Nogues, et ifolinier,


Rapporteur.
( 44 ) -

une apparence de naturel et de simplicité qui autorise tous les


doutes et jette dans l'esprit du Médecin-expert, appelé à se
prononcer en connaissance de cause, des incertitudes bien
propres à entraver sa liberté d'action et à rendre plus difficile
sa mission toujours délicate. - • , • •

| La Médecine légale est surtout une science de faits : l'in


duction ici ne vient qu'en seconde ligne. Autant il se présente
de cas particuliers, autant il est possible d'obtenir d'interpré
tations différentes. Les assertions doctrinales n'ont pas , dans
ces cas, la valeur qui peut leur être attribuée dans les au
tres branches de la science ; et, bien que l'on doive en tenir
un grand compte comme règle générale de conduite, elles ne
reçoivent presque jamais d'applications absolues , c'est ce qui
fait la difficulté pratique de cette science qui résume à elle
seule toute la Médecine, nous n'osons pas dire, toutes les con
naissances humaines. Ce n'est donc que par l'étude appro
fondie des détails les plus minutieux , et par la connaissance
exacte de toutes les circonstances qui ont entouré le fait soumis
à son appréciation, que le Médecin légiste pourra seulement se
former une opinion ; et si, aux éléments où il a puisé ses con
victions il peut allier les idées doctrinales les plus accréditées,
si les données de la physiologie concordent avec l'anatomie pa
thologique pour servir de base à ses conclusions, sa tâche de
viendra plus légère, et il verra s'écarter de sa conscience le
poids si lourd du doute et de l'hésitation. .
,
-

Au nombre de ces questions difficiles, dont la solution, si


importante pour la société, peut être demandée à la Médecine
légale , se présente sans contredit le fait suivant qui s'est
offert, il y a quelque temps , à notre observation, en commun
avec M. le D Laforgue. Les recherches nécessitées par cette
cause nous ont suggéré l'idée de coordonner les matériaux que
nous avons eus à compulser. Recueillie avec tous les soins
qu'elle réclame, nous nous sommes efforcés d'en faire une
exposition claire et succincte malgré l'obscurité qui règne sur
certains détails. Nous avons pensé que ce fait présentait un
( 45 )
intérêt majeur pour la science, et que s'il était possible de
généraliser les conclusions que son étude nous a fournies,
l'application en deviendrait plus commune. Nous serons heu
reux si nous avons atteint notre but, qui est de rendre ce
travail digne d'être présenté aux suffrages de la Société impé
riale de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de Toulouse, et
surtout si nous parvenons à faire partager à cette Compagnie
saVante la conviction qui nous anime. . |

Voici le fait tel qu'il résulte de l'acte d'accusation, dont il


nous paraît que nous devons reproduire quelques détails in
dispensables , cette analyse devant servir à l'intelligence des
points les plus obscurs de la question.
| Depuis quelques années , la femme C.... , mère de deux
enfants, et qui vivait séparée de son mari , entretenait avec
un, de ses voisins des relations qui n'étaient un secret pour
personne dans son quartier. Dans le courant de l'année 1861,
plusieurs locataires qui habitaient la même maison, et qui
connaissaient les habitudes immorales de la femme C....,
crurent s'apercevoir qu'elle était enceinte , mais elle ne ré
pondit que par des dénégations qui se reproduisirent jus
qu'aux derniers moments aux observations qui lui furent
faites à cet égard. Le 8 octobre, le bruit se répandit que la
femme C.... venait d'accoucher, et qu'elle avait fait dispa
raître son enfant. Un commissaire de police, aussitôt averti ,
se transporta sur les lieux. La femme C ... , interrogée, nia
longtemps son accouchement, et prétendit que son séjour au
lit était nécessité par le retour de ses règles qui manquaient
depuis longtemps et qui venaient de reparaître. Nous fûmes
personnellement désignés pour la visiter, et devant notre
énergique affirmation, formulée après un examen attentif,
elle se décida à avouer, qu'en effet elle était accouchée la
veille, dans la matinée , et en même temps elle présenta le
cadavre de son enfant qu'elle avait caché sous son lit. D'après
sa déclaration , elle serait accouchée seule : surprise par de
vives douleurs, elle se serait levée, et s'accroupissant pour
-
* ( 46 )
faciliter la sortie de l'enfant , elle se serait délivrée rapide
ment. L'enfant est venu au monde sans donner aucun signe
de vie; 'elle l'a cru mort , et, pour soustraire sa faute aux
regards de ses enfants, et surtout de son père, qui vivait avec
elle, elle l'a enveloppé aussitôt dans le premier linge qui lui
est tombé sous la main, et l'a jeté sous son lit, dans l'espoir
de le faire disparaître plus tard. .
· Le cadavre de cet enfant fut transporté au commissariat de
police de l'arrondissement, et nous fûmes requis par le juge
d'instruction , conjointementavec M. le D' Laforgue, pour en
faire l'autopsie et faire notre rapport à l'autorité judiciaire,
Nous avons accompli notre mandat dans les termes
1l . !.
SulVantS : · · · · · · -
' i'' 4 ',

4 ! .. ,, , / | | | | |'|, ' / ' , | | | | | | | | | | | -

| | | | | | | | · · · · ; | | |

· · · · · · · ·· · · · RAPPORT. t 1 , ,

· Nous soussignés , Jean-Baptiste-Jules Delaye et Henri La


forgue , D" en Médecine , demeurant à Toulouse, sur la ré
quisition de M. Caussé, juge d'instruction au Tribunal de
1" instance de Toulouse, après avoir prêté entre les mains
de ce magistrat le sérment de remplir en honneur et con
science la mission qui nous était confiée , cejourd'hui onze
octobre, à quatre heures du soir, accompagnés dudit M. Caussé
et de M. Delquié , substitut du procureur impérial, nous
sommes transportés au bureau de police du cinquième arron
dissement, place Bachelier, n° 44, à l'effet de procéder à l'au
topsie d'un enfant, présumé homicidé, de rechercher les causes
de sa mort et d'en faire notre rapport. | | |
" Le cadavre qui nous est présenté, et que l'on nous déclare
être celui qui a été trouvé dans la chambre de la femme C....,
est enveloppé dans une chemise d'homme, souillée de sang et
de méconium. Il est du sexe féminin , d'une longueur de cin
quante centimètres, robuste, fortement constitué, et recou
vert de l'enduit sébacé propre aux enfants nouveau-nés à
terme. ' º' V | | , , , - | | | | | | |T | | | | /
( 47 )
* * !. , - - :
: ! -- • - • • •* ' * ! # !

I. L'examen extérieur le plus attentif ne nous a permis de


constater aucune trace de lésions ni de violences; la face est,
cyanosée, congestionnée; il n'existe pas de putréfaction. .
· II. Le cordon ombilical, unpeu flétri, tiraillé, présente une
circulaire fortement serrée autour du cou, et forme dans la
peau de la partie postérieure, un sillon assez profond, sans
ecchymose. L'extrémité, insérée à I'ombilic, est fortement
tirée en haut, au point que l'anneau ombilical et la peau sont
soulevés et suivent le cordon. La longueur de ce dernier est
de 0,62 centimètres; son extrémité libre est déchirée, comme
par arrachement, au point correspondant à son insertion au
placenta, ainsi d'ailleurs qu'on peut le vérifier en examinant
ce dernier. Le cordon ne porte de ligature sur aucun point.
'; ! ! ) | t | : !
III. TÊTE. Après avoir, par une incision d'avant en arrière,
et en renversant le cuir chevelu , mis le crâne à découvert,
on constate sur le pariétal gauche et sur la partie antérieure
du frontal du même côté, l'existence d'une ecchymose assez
étendue, correspondant à des lésions semblablés qui se trou
vent sur la face interne du cuir chevelu. Le Cerveau mis à nu
en coupant les os du crâne avec des ciseaux, on trouve la
masse cérébrale ramollie, injectée d'un sangnoir et abondant :
les sinus de la dure-mère sont gorgés de sang, ainsi que les
vaisseaux ; il existe une forte congestion de tout l'encéphale ;
toutefois, il n'y a d'épanchement en aucun point de la cavité
crânienne. · · · · · · - - .

| IV. Le cou a été disséqué avec soin; il n'existe pas d'ecchy


mose dans les points correspondant au sillon formé par la
circulaire, pas plus à la partie postérieure qu'en avant.
V. La langue est fortement rétractée en arrière et portée
vers le pharynx. Il existe, à l'entrée du larynx et dans la tra
chée-artère,
- º - ' /
une
,:
certaine
· ·· ··
quantité de mucositést, bronchiques
, , .
2 , , , , , · · ·l -
VI. PoITRINE. La poitrine ayant été ouverte avec les pré
( 48 )
cautions d'usage , on trouve les poumons développés , rosés ,
crépitant à la pression. Détachés avec le cœur, après qu'une
ligature a été posée sur les vaisseaux et la trachée , ils ont été
· plongés ensemble dans un vase profond plein d'eau , le tout a
surnagé. Le poumon droit a été séparé du gauche : jetés dans
· l'eau, ils ont surnagé l'un et l'autre. Les poumons, divisés en
plusieurs fragments, et fortement comprimés sous l'eau et à
l'air libre, ont continué à surnager. Le cœur , séparé des pou
mons , s'est précipité au fond du vase.
, VII. Les organes renfermés dans l'abdomen sont sains et à
l'état normal ; la vessie est vide d'urine.

Des faits qui précèdent, nous croyons pouvoir conclure :


1° L'enfant du sexe feminin dont nous avons fait l'autopsie ,
est née viable et à terme ;
2° Elle a respiré ;
3° La mort a été la conséquence d'une asphyxie produite
peu de temps après la naissance ;
4° L'enfant ayant respiré, l'asphyxie ne peut être attribuée
à l'enroulement naturel du cordon ombilical : la constriction
du cou de l'enfant est donc postérieure à sa naissance.
En foi de quoi nous avons rédigé et signé le présent rap
port, que nous déclarons conforme à la vérité. -

Fait à Toulouse , le 11 octobre 1861 .


Signés : J. DELAYE , H. LAFoRGUE.
Traduite à raison de ces faits devant la Cour d'assises de la
Haute-Garonne, la femme C.... a persisté dans son système
de défense, qui consistait à soutenir que l'enfant est venu au
monde sans vie , qu'elle ne l'a pas entendu crier, et qu'il avait
le cou serré par le cordon ombilical. Elle ajoute qu'elle n'a
pas eu le temps d'appeler à son secours et que la délivrance
s'est opérée aussitôt après que l'enfant eut été expulsé. Ces
" . | ( 49 ) |
allégations prévalurent devant le jury, malgré les affirmations
contraires des médecins-experts; le ministère public déclara
abandonner l'accusation parce qu'il lui paraissait ne pas avoir
acquis toutes les preuves matérielles nécessaires à sa convic
tion. La femme C.... fut acquittée, Poursuivie devant une
' autre juridiction, pour homicide par imprudence, elle a été
| condamnée à deux années d'emprisonnement. , i ,

Tout en respectant l'autorité de la chose jugée, nous ne


pouvons nous empêcher de croire que les conclusions de notre
Rapport sont conformes à la saine interprétation des faits
soumis à notre examen. Nous allons donc les analyser de nou
veau, à un point de vue purement scientifique ; et en les
coordonnant avec les faits acquis aux débats, nous recherche
rons s'il est possible d'admettre la version de la femme C ... ,
et d'expliquer la mort de son enfant par une cause naturelle.
Nous avons l'espoir qu'il nous sera possible de faire passer
dans les esprits non prévenus, la conviction que nous n'avons
pu faire admettre devant la Courd'assises, parce que, écrivant
pour des hommes de science, nous n'aurons à combattre ni le
demi-savoir des hommes du barreau , ni le parti pris de tou
jours trouver la science en défaut. Nous demanderons donc si,
dans les circonstances où s'est présentée la cause :
LA MoRT PEUT-ELLE ÊTRE LE RÉsULTAT DE L'ENRoULEMENT
NATUREL DU CoRDoN ôMBILICAL AUToUR DU CoU DE L'ENFANT ?
DoIT-ELLE ETRE , AU CoNTRAIRE , LE RÉsULTAT FoRCÉ D'UNE
ACTIoN CRIMINELLE ? -

Telles sont les deux propositions dont la solution formera


la base de notre travail.
Les cas d'enroulement du cordon ombilical autour d'une
· partie du corps de l'enfant, mais surtout autour du cou,
sont assez nombreux. ll suffit de parcourir les auteurs qui ont
écrit sur l'art des accouchements pour se convaincre de la
4
( 50 )
proportion considérable de faits de ce genre. Cette proportion,
au dire de M. Négrier (1), s'élève au chiffre de 1 sur 8. La
mort toutefois est assez rare , et nous en trouverons plus loin
la raison dans l'élasticité du cordon et la présence de muco
sités qui en rendent les surfaces glissantes, et le font, la plu
part du temps, se dérouler de lui-même, aussitôt que la tête
a franchi l'orifice vulvaire. Les circulaires ne sont pas habi
tuellement assez serrées pour s'opposer à ce déroulement, et,
dans tous les cas , le danger que la constriction pourrait faire
courir à l'enfant est conjuré par les soins de l'accoucheur, ou
par ceux des autres personnes présentes. Dans les cas où
l'accouchement est rapide, le cordon se déroule naturelle
ment. -

Toutefois , la circonstance de l'enroulement du cordon au


tour du cou de l'enfant a dû servir les intérêts des accusés,
chaque fois qu'elle s'est présentée dans les cas d'infanticide.
Les recueils spéciaux en renferment quelques exemples re
marquables , et qui ne sont pas sans analogie avec le fait
soumis à notre observation (2).
Nous aurons à rechercher si les faits mis en lumière par
l'autopsie et les éclaircissements fournis par les débats,
nous autorisent à maintenir les conclusions dont ils sont les
prémisses, et à trancher la question, en affirmant que la mort
de l'enfant de la femme C...., ne peut être que le résultat d'un
crime. -

Le premier point acquis aux débats, celui qui sera la pierre


fondamentale de notre argumentation et sur lequel repose
notre conviction , c'est que l'enfant a largement et compléte
ment respiré ($ VI du Rapport).
En second lieu, et cette particularité doit surtout fixer notre
attention , le cadavre portait autour du cou, une anse de

(1) Manuel de Médecine légale. Briand et Chaudé, 1852, p. 244, note.


(2) Voyez Annales d'hygiène publique et de Médecine légale, t. xIII , p. 193 ;
t. xxv, p.428. - Klein , au rapport de Devergie , t. I , p. 681. Négrier,
Manuel de Briand , etc.
( 51 )
cordon ombilical faisant un tour et demi, et dont l'extrémité
libre reposait sur l'épaule droite (S II). Cette circulaire était
dirigée de gauche à droite. Bien que fortement serrée, au point
de produire à la partie postérieure du cou , un sillon assez
profond, formé par le cordon tiraillé et aminci, il n'a pas dé
terminé la plus petite ecchymose. On n'en trouve de traces ni
dans l'épaisseur des muscles, ni dans le tissu cellulaire sous
cutané, ni même à la peau. Cependant nous ne pouvons pas
nous arrêter à cette absence d'ecchymose ; car il serait de peu
d'intérêt, dans la cause actuelle, de rechercher si lorsque un
enfant périt étranglé par le cordon , il y a ou non une ecchy
mose sur les parties molles. L'absence de traces de pression
n'a pour nous aucune valeur ; car si , d'un côté , Capuron ,
M. Négrier et d'autres observateurs pensent que la compres
sion exercée par le cordon ombilical peut déterminer des
ecchymoses sur le cou du fœtus, ces ecchymoses ou sugilla
tions sont niées par d'autres auteurs non moins recommanda
bles. Nous pouvons placer au premier rang de ces derniers,
Klein, auteur allemand, dont l'autorité en cette matière est
d'un grand poids Klein n'a jamais observé de semblables
exemples , quoiqu'il ait reçu un grand nombre d'enfants dont
le cou était fortement étranglé par un ou deux tours de cor
don ombilical ; et dans quinze suicides par strangulation, qu'il
a eus à constater, la corde n'avait jamais produit d'ecchymo
ses (1). Ces assertions concordent avec celles d'Esquirol et
d'Orfila , et nous ne pensons pas devoir nous y arrêter plus
longtemps, car, dans le cas actuel , un renseignement qui a
une bien autre portée nous est fourni par la femme C....
Elle n'a jamais varié dans ses déclarations à cet égard , quoi
qu'elles lui fussent défavorables, mais elles se rattachaient à
un système de défense que nous n'avons pas à apprécier ici ,
c'est qu'elle est accouchée très-promptement, sans que son
père qui était couché dans une chambre voisine, séparée de

(1) Devergie. Médeciue légale, t. 1, p. (82


( 52 )
la sienne par une mince cloison , dans laquelle se trouvait de
plus une porte vitrée , et sans que sa fille aînée, âgée de
17 ans, qui n'ignorait pas la position de sa mère , se soient
aperçus de l'accouchement, à une heure où tout le monde
était éveillé, puisqu'il était sept heures du matin. Nous insis
tons sur ce point, que l'accouchement a été naturel et très
rapide. -

Tous les accoucheurs savent, en effet, et les recherches


auxquelles nous nous sommes livrés n'ont pu que corroborer
cette opinion , que dans tous les cas où l'enfant vient au monde
avec le cordon ombilical enroulé autour du cou , le travail
est lent, pénible, et le cordon doit se rompre avant la sortie
complète de l'enfant, ou bien la délivrance se faire en même
temps que l'accouchement proprement dit. Nous avons été
personnellement en position de vérifier cette espèce de loi
obstétricale ;et les auteurs qui ont écrit sur cette matière sont
unanimes à la constater. « J'ai remarqué, » dit Mauriceau
dans son naïf langage , « en plusieurs femmes qui ne s'étaient
» aucunement blessées , que leur arrière-faix s'était ainsi
» détaché et entièrement séparé de la matrice, à cause que le
)) cordon de l'ombilic de leur enfant était embarrassé et entor
» tillé autour de quelque partie de son corps, et particulière
» ment autour de son col , ce qui faisait que, pour peu que
l'enfant pût se mouvoir pour se disposer à sortir, ce cordon
» n'ayant plus sa longueur et sa liberté ordinaire, tiraillait
» continuellement l'arrière-faix et le faisait ainsi détacher en
» tièrement de la matrice devant le temps (1). »
L'extrait que nous venons de citer, résume en peu de mots
un très-grand nombre d'observations relatées dans l'ouvrage
de Mauriceau; et nous retrouvons la même opinion dans les
livres de Gardien, de Cazeaux , de Chailly Honoré, etc. C'est
que, dans tous les cas d'enroulement du cordon autour d'un
membre ou du cou de l'enfant, l'accouchement est laborieux,

(1) Mauriceau. Observations sur la grossesse et t'accouchement , liv. II ,


ch. 27. -
( 53 )
son terme retardé , et que presque toujours la vie de l'enfant,
ou celle de la mère, est exposée par suite des circonstances
que nous allons indiquer.
La longueur du travail , dans l'hypothèse présente, peut
amener la mort de l'enfant. Il faut bien admettre aussi que ce
dernier peut mourir étranglé par le cordon , pendant le travail
de l'accouchement. Nous disons pendant le travail , parce
qu'il n'est pas possible que cet accident puisse se produire tant
que l'enfant se trouve renfermé dans ses membranes et dans
l'utérus. Dans ce dernier cas d'ailleurs , il meurt par apoplexie
et non par asphyxie. Alors même que le cordon presse sur la
trachée, l'occlusion des voies respiratoires n'offre par elle
même aucun danger, parce que la circulation extra-utérine
n'étant pas établie, l'absence de respiration ne modifie en rien
l'état du sang chez le fœtus ; tandis que , au contraire, la
constriction opérée par le cordon sur le calibre des veines du
cou, empêche le retour du sang vers les centres circulatoires
et détermine une congestion des organes cérébraux qui est
promptement mortelle. Un fait récent nous a permis de véri
fier l'exactitude de cette assertion , et nous autorise, en outre,
à penser que la mort arrive habituellement dans les derniers
temps de l'accouchement.
Tout ce que nous venons de dire constate que l'enroulement
du cordon peut être un accident rapidement mortel pour l'en
fant. Or , n'oublions pas que, dans le cas qui fait le sujet de
cette note , l'enfant de la femme C.... avait complétement
respiré. Nous considérons comme incompatibles ces deux faits :
mort naturelle par enroulement du cordon , et établissement
de la respiration, dans les circonstances que nous avons énon
cées. Nous n'ignorons pas que l'on peut arguer contre notre
manière de voir de certains exemples , au nombre de deux
ou trois, au dire de Cazeaux (1) , dans lesquels des enfants
ont pu crier et même respirer dans le sein de lenr mère. Ces
cas peuvent en effet survenir dans certaines présentations de

(1) Cazeaux. Traité de l'art des accouchements, p.519.


( 54 )
la face , du moins lorsque le fœtus peut exécuter des mouve
ments d'inspiration qui doivent être fort limités pendant l'in
tervalle des contractions. En admettant la possibilité de ces
faits , nous pensons que l'on doit y apporter une très-grande
réserve, et que dans ces cas, jamais la respiration ne sera assez
complète pour dilater la totalité des vésicules pulmonaires. Il
faut admettre aussi que le travail soit long , et que la circula
tion ombilicale ne soit interrompue, ni par la section du cordon,
ni par sa compression entre les parois du bassin et la tête de
l'enfant, comme cela se présente dans le cas de procidence.
Examinons maintenant l'opinion très-discutable en vertu
de laquelle l'enfant peut respirer avec une anse de cordon
serrée autour du cou, et l'asphyxie se produisant postérieu
rement à la sortie de la tête. Marc, dans les conclusions d'un
très-beau rapport inséré dans les Annales d'hygiène publique
et de médecine légale, réfute cette hypothèse de la respiration
possible avec des circulaires autour du cou d'une manière qui
nous paraît n'être pas susceptible de doute. Pour admettre que
le fœtus soit asphyxié par l'enroulement naturel du cordon ,
postérieurement à l'établissement des fonctions pulmonaires,
il nous paraît de nécessité absolue , de fixer l'époque de cette
mort pendant le travail de l'accouchement. Ce sera dans
l'intervalle des contractions seulement que pourront se pro
duire les accidents que nous avons à examiner. Voici par quel
mécanisme nous comprenons que l'enfant puisse mourir étran
glé par le cordon, quoiqu'il ait respiré : Le fœtus, ayant le cou
entouré d'une ou de plusieurs circulaires formées par le cordon
ombilical , peut parfaitement , dans l'intervalle des contrac
tions expultrices, faire assez d'efforts instinctifs pour respirer,
et il respire en effet. Puis les douleurs se précipitant à mesure
que la tête avance et se présente à la vulve, le cordon, très
raccourci par suite des circulaires, tiraillé en sens contraire
par la tête qui avance, et par le placenta qui offre une résistance
énergique jusqu'à ce que son décollement du tissu utérin se
soit produit , comprime de plus en plus les voies aériennes e
es vaisseaux sanguins du cou, de manière à empêcher la res
( 55 )
piration, en même temps qu'il déterminera une congestion cé
phalique ; de sorte que l'enfant est doublement exposé à périr,
par asphyxie et par apoplexie. La mort est donc , dans ces
circonstances , la conséquence naturelle de l'enroulement du
cordon. On ne peut pas nier que les choses puissent se pas
ser ainsi ; mais ce ne sont que des cas très-exceptionnels, et
il ne nous paraît ni logique ni raisonnable de conclure que le
fait étant possible , il doit l'être dans tous les cas. Non , il
est possible dans des conditions déterminées que nous allons
examiner. Il faut, pour que les phénomènes que nous avons
décrits plus haut puissent se produire, qu'il s'écoule un certain
temps dont la durée est difficile à apprécier, mais qui aurait
dû, dans le cas particulier que nous avons eu à examiner ,
dépasser de beaucoup les limites dans lesquelles s'est produit
l'accouchement et s'est terminée la délivrance.
· En second lieu, le cordon étant encore entier, la circula
tion de la mère au fœtus est complète aussi pendant tout le
temps que l'enfant demeure dans l'utérus. On admettra, mal
gré les quelques faits isolés auxquels nous avons fait allusion,
que ce n'est pas pendant cette période que la respiration peut
s'établir. La connaissance du mécanisme de l'accouchement
naturel en position céphalique prouve que , alors même que
le cordon serait trop court par suite de son entortillement au
tour du cou , il ne peut jamais retenir la tête, tant que cette
dernière n'a pas franchi la vulve. Pour que cet entortille
ment puisse se produire , il faut que le corps de l'enfant
jouisse d'une certaine liberté de mouvement dans ses enve
loppes. Par conséquent , la constriction ne peut s'opérer
que par l'anse du cordon qui tient au placenta , puisque
cette anse a eu la laxité nécessaire pour que, dans ses mou
vements , le fœtus ait pu l'engager autour de son cou. En
second lieu, la longueur du fragment de cordon qui relie l'om
bilic au cou ne change pas pendant tout le temps que la tête
reste au passage ; il en est de même pendant le deuxième et
le troisième temps de l'accouchement. Ce n'est donc , ainsi
que nous l'avons dit plus haut , que lorsque la tête a franchi
( 56 )
la vulve qu'il y a danger pour l'enfant ; d'ailleurs , ce n'est
qu'à ce moment que la respiration ayant pu s'établir, elle est
exposée à cesser par suite de la constriction opérée par le
cordon. Cette constriction tiraille les vaisseaux ombilicaux
au point que l'asphyxie en est la conséquence. Mais, il faut
l'avouer , le plus souvent la circulation veineuse du cer
veau et celle des vaisseaux utéro-placentaires est interroin
pue, et l'apoplexie se produit. Mais alors il n'y a pas de res
piration.
Nous sommes donc portés par la théorie de l'accouchement
naturel à admettre avec certains auteurs, M. Cazeaux par exem
ple, dont la science déplore la perte prématurée, que la
respiration peut s'établir pendant le travail de l'accouchement
s'il y a lenteur dans ce travail , et si la tête , se dégageant
d'abord , se trouve retenue au passage soit par une cause ,
soit par une autre, telle que l'inertie de la matrice , ou
bien parce que les épaules ou le cordon lui-même , par son
adhérence avec le placenta , retiennent le fœtus et arrêtent
momentanément la sortie complète du produit de la con
ception. -

Or, ne l'oublions pas , rien de semblable n'a eu lieu dans


l'accouchement de la femme C.... : l'enfant n'aurait pu res
pirer , d'après tout ce que nous venons d'établir , que dans
l'intervalle des contractions utérines ; et malgré l'opinion de
Cazeaux, qui pense que la mort peut être le résultat rapide de
la compression par les circulaires , cet intervalle n'a pas été
d'une assez longue durée. ll a même été très-court chez une
femme multipare , dont la délivrance s'est faite avec une ra
pidité telle, que la mère, ainsi qu'elle l'a déclaré spontané
ment, s'est accroupie, au moment des grandes douleurs, pour
faciliter la sortie de cet enfant, qui a été projeté sur le sol.
L'autopsie a en effet révélé l'existence d'une ecchymose sur
la partie antérieure et latérale du crâne ( $ lll ) , circons
tance qui rend la version de la femme C ... plus que vrai
semblable.
( 57 )

Il y aurait peut-être bien encore un moyen d'expliquer la


strangulation ; car nous devons présumer toutes les possibi
lités. Pour cela , il faudrait admettre qu'au moment de l'ex
pulsion, l'enfant, retenu encore par le cordon dont l'insertion
placentaire n'était pas détruite, a été projeté sur le sol, par les
derniers efforts de la matrice, avec une force d'impulsion aug
mentée de tout le poids du corps. Si cette explication est ap
plicable au cas actuel , il faut convenir que cette mort a été
bien rapide, puisqu'elle n'a pu être déterminée que pendant le
court intervalle qui a séparé le moment de l'expulsion fœtale
de celui où a eu lieu la chute sur le sol. Mais il faudrait en
core que le corps se fût trouvé suspendu au cordon, trop court
pour atteindre jusqu'à terre , et avant que sa déchirure n'eût
été opérée. Il n'a pu en être ainsi Nous avons entrepris quel
ques expériences dans le but de connaître quelle était la lon
gueur du fragment de cordon resté libre après avoir fait le tour
du cou. Elles pourront nous fournir des renseignements uti
les , et servir à démontrer combien est dénuée de fondement
l'hypothèse que nous avons signalée.
La longueur totale du cordon était de 0,62 centimètres ($ Il);
celle de l'enfant offrait la moyenne normale de 50 centimètres.
En conséquence , nous nous sommes efforcés d'établir la plus
grande parité possible dans le choix de nos sujets de compa
raison , en agissant sur des enfants nés à terme et de même
longueur. D'un autre côté , nous avons formé un cordon om
bilical artificiel de 62 centimètres de longueur : nous avons
déterminé le tiraillement de l'ombilic et fait un tour et demi
au cou de l'enfant, ainsi que cela existait sur notre sujet
primitif, et nous avons obtenu constamment un reste de
cordon flottant librement, d'une longueur qui a varié entre
16 et 18 centimètres. Cette différence de 2 centimètres
nous a paru devoir tenir à l'état de plus ou moins d'embon
point de deux des enfants que nous avons examinés. Or, une
personne accroupie ainsi que l'a été la femme C.... au mo
ment de se délivrer , se trouve à une distanae du sol qui ne
( 58 )
dépasse pas 16 centimètres. Si à cette longueur nous ajoutons
la hauteur de l'un des diamètres de la tête de l'enfant , nous
arrivons à ce résultat prévu d'avance , que dans aucun cas
il n'a pu rester suspendu au cordon même un espace de temps
très-court, et ne s'est trouvé en position d'être étranglé par
lui au moment où il a été mis au monde. - - -

· Il n'a pu l'être davantage lorsque le corps s'est trouvé à terre,


et que le cordon a été séparé du placenta ; car, nous ne re
viendrons pas sur ce que nous avons dit. Mais , quelle que
soit la constriction , le cordon se déroule avec une extrême
rapidité aussitôt qu'il est coupé. . f - , , ,i .

· Il est donc bien démontré pour nous que , pas plus dans
cette dernière position que dans l'utérus et pendant le travail,
le cordon ombilical n'a pu opérer une constriction assez forte
pour amener l'asphyxie ; et pour résumer notre opinion, nous
dirons : Pour que la mort de l'enfant soit la conséquence
de l'enroulement naturel du cordon autour du cou , il est de
nécessité absolue que le fœtus reste au passage un certain
temps , que la mère se trouve au moment critique sans se
cours , dans un état syncopal ou d'éclampsie, et que les par
ties génitales rigides d'une primipare , un vice de conforma
tion , l'inertie de la matrice , ou bien un obstacle de la part
des épaules , alors que la tête est hors de la vulve , s'opposent
à la sortie rapide du produit de la conception. - - -

En dehors de ces accidents , il faut chercher la cause de


la mort ou dans une action criminelle, ou dans la négligence
ou l'imprudence, ainsi que le caractérise la loi. · · · · ·· ··

Nous ne voyons pas qu'il soit possible de se dégager d


dilemme suivant : Ou bien l'enfant a respiré , et alors il n'a
pas été asphyxié par le cordon, il n'a pas péri davantage par
apoplexie ; ou bien il a été été étranglé par le cordon , par
un accident naturel , pendant le travail , et nous croyons
avoir suffisamment démontré que dans ce cas il n'a pas pu
respirer. - • • !

Resterait la respiration établie dans l'intervalle des contrac


( 59 )
tions. En admettant la possibilité de ce fait , que nous som
mes plutôt disposé à reléguer au rang des hypothèses à l'usage
des défenseurs de Cours d'assises , cette respiration ne pourra
être qu'incomplète et peu étendue. La bouche et les voies aérien
nes seraient-elles complétement libres, la poitrine est trop
fortement comprimée par la matrice ou par les parties géni
tales de la femme, pour que les mouvements d'inspiration
puissent s'effectuer.

Nous considérons comme à peu près épuisée la question


que nous nous sommes donné la tâche d'élucider. Pour être
complet, nous aurions encore à examiner si la mort ne peut
pas être le résultat de la chute de la tête sur le sol. Il suffira
de rappeler l'exposé de cette partie de notre rapport ( $ lll ),
pour mettre à néant cette hypothèse. Les lésions que nous
avons constatées sur le crâne ne peuvent pas servir de base
à un raisonnement sérieux dans cet ordre d'idées. Il ne vien
dra dans la pensée d'aucun médecin d'attribuer la mort de
l'enfant de la femme C.... aux ecchymoses que nous avons
constatées. Presque tous les nouveau-nés apportent en nais
sant des congestions sanguines , et quelquefois même de vé
ritables épanchements dans le cuir chevelu ; il n'existait ni
fracture du crâne ni épanchement chez notre sujet. Tous les
caractères de la mort par la strangulation existaient sur ce
jeune cadavre : bouffissure et lividité de la face, lèvres tumé
fiées , base de la langue portée en arrière vers le pharynx ,
globes oculaires projetés en avant , congestion du cerveau et
du poumon , etc. , etc.
Nous nous croyons donc fondés à croire que nous avons
conclu sagement et scientifiquement en répondant, ainsi que
nous l'avons fait , aux questions qui nous étaient posées par
la justice. -

Il ne nous appartient pas de dire que la mort est le résul


tat de telle ou telle manœuvre criminelle , bien que notre
conviction soit faite à cet égard ; mais nous voulions démon
trer qu'il n'était pas possible de l'expliquer par une cause na
( 60 )
turelle. Tel est le motif qui nous a déterminés à entreprendre
ce travail , pour l'imperfection duquel nous réclamons l'in
dulgence , et dont nous croyons devoir faire découler les con
clusions suivantes :

1° L'enroulement d'un ou de plusieurs tours du cordon


ombilical autour du cou des nouveau-nés peut déterminer
leur mort.
-

2° Cette mort pourra être considérée comme naturelle, alors


même que l'enfant aura respiré.

3° Dans ce dernier cas , il est de rigueur que l'accouche


ment ait été lent , et qu'il se soit écoulé un temps suffisant
pour que la respiration ait pu s'établir, entre le moment où
la tête est sortie et celui où s'est dégagé le reste du corps.

4° Dans tous les cas où ces circonstances rigoureuses ne


se sont pas présentées , on devra toujours considérer la mort
du nouveau-né comme étant le résultat d'un crime ou d'une
imprudence. -
( 61 )

DE L'ECLAIRAGE AU GAZ DANS LES HOPITAUX

(TExTE PoRTUGAIs) ; -

| Par M. LINO DEi MACED0


, ,,, , i ' , , ,
E VALLE,
à Allandroal Docteur en Médecine
(Portugal), -

Candidat au titre de Membre correspondant.

"

RAPPORT SUR CE MÉMoIRE,

Présenté par une Commission composée de MM. PoPIs, MoLINIER,


l' et GUITTARD, Rapporteur. -

M. le D' Lin Auguste de Macedo e Valle, d'Allandroal (en


Portugal ), vous a adressé un Mémoire à l'appui de sa candi
dature au titre de Membre correspondant de la Société. Vous
avez renvoyé ce travail à l'examen d'une Commission compo
sée de MM. Popis, Molinier et Guitard. C'est au nom de cette
Commission que je viens aujourd'hui vous donner un résumé
succinct de ce Mémoire , vous faire connaître son apprécia
tion , et vous proposer ses conclusions. Notre Confrère por
tugais a choisi pour sujet de son travail la question suivante :
De l'Eclairage au gaz dans les hôpitaux.
Il déclare d'abord que ce sujet , qui appartient à l'hy
giène , mérite à tous égards l'attention des hommes com
pétents ; qu'il n'ose pas espérer résoudre complètement cette
question , mais qu'il croit cependant pouvoir dire quelque
chose d'utile à l'occasion des améliorations qui se succèdent
dans les établissements hospitaliers du Portugal , et surtout à
propos de l'introduction de cet éclairage artificiel dans les
salles des malades.
Après avoir expliqué le choix de son sujet , il fait d'avance
sa profession de foi , en annonçant qu'il est partisan de l'éclai
( 62 )
rage au gaz ; mais il ajoute bien vite que c'est pourtant avec
certaines restrictions, qu'il se propose de faire connaître plus
loin.
Mais, pour ne pas être incomplet dans l'examen de cette
grande question , et pour ne point paraître partial, il veut
s'occuper rapidement des autres modes d'éclairage. L'on a
recours pour l'éclairage, soit à des corps solides , soit à des
corps liquides , soit à des gaz. Il étudie d'abord la chandelle,
les produits que donne sa combustion complète et sa combus
tion incomplète ; et il trouve que les sujets affectés de catar
rhes bronchiques et d'irritation pulmonaire ne peuvent s'ac
commoder de ces éclairages par le suif, par la cire ou la
résine. Il compare ensuite les produits chimiques fournis par
le suif à ceux que donnent la cire et la résine en combustion ;
et , s'il avait à choisir , il donnerait la préférence à la cire
purifiée.
Les liquides, employés pour la lumière artificielle, sont les
huiles grasses , quelquefois les huiles volatiles , seules ou
associées à l'alcool , comme dans l'hydrogène liquide, ou bien
à l'éther. Pour notre Confrère , toute la question se résume ici
dans la bonne ou la mauvaise confection des appareils qui
donnent toujours des résultats hygiéniques en rapport avec ces
deux conditions.
Il arrive maintenant au sujet principal de son Mémoire ,
l'éclairage par le gaz, produit de la distillation de la houille.
Il étudie avec un soin tout particulier la fabrication de ce gaz,
les tuyaux qui lui servent de conducteurs depuis la fabrique
jusqu'au débit ; il examine avec beaucoup de soin les condi
tions dans lesquelles doivent être placés les appareils et les
tuyaux de conduite , il recherche, avec une grande intelligence
de la chose , quels sont les gaz qui accompagnent ordinaire
ment le gaz d'éclairage , et qui viennent , pour ainsi dire, le
rendre impur, chimiquement parlant et surtout hygiénique
ment. Il note avec un soin tout particulier le résultat de la com
bustion de ce gaz, et arrive enfin à étudier l'action du gaz
qui s'échappe par une fuite , l'action du gaz en combustion,
( 63 )
et celle des produits de cette dernière sur le corps en santé
et sur l'homme malade.
Peut-être même exagère-t-il un peu cette dernière action.
Nous n'avons jamais vu à l'Hôtel-Dieu de Toulouse des acci
dents plus fréquents et plus fâcheux sur les malades atteints
des différentes affections de poitrine pendant que cet établis
sement était éclairé avec l'huile de colza , ou depuis qu'il est
éclairé au gaz. Il faut dire aussi que cet hôpital remplit mer
veilleusement les conditions de ventilation.
Malgré cependant tout ce cortége de maladies que l'on
peut donner ou faire aggraver par cet éclairage, M. de Ma
cedo se prononce formellement pour lui , mais à certaines
conditions , ainsi qu'il l'avait annoncé au commencement de
son Mémoire.
C'est ici qu'il est plus explicite. Il voudrait une fabrication
pour ainsi dire spéciale quand il s'agit de l'éclairage des hô
pitaux ; il voudrait une meilleure confection des tuyaux de
conduite , une construction toute particulière des appareils ,
et surtout une ventilation des salles bien entendue et bien
exécutée. -

Après s'être ainsi expliqué sur son opinion , et avoir fait


pour ainsi dire un retour sur son examen , il étudie les diffé
rences que peut présenter ce mode d'éclairage dans les hos
pices, dans les cours, dans les ouvroirs , dans les dortoirs,
dans les couloirs, ou bien dans les hôpitaux et dans les in
firmeries , c'est-à-dire , dans les salles où l'homme doit sé
journer et le jour et la nuit , ou bien dans celles où il se
couche seulement, et dans celles où il ne fait que passer.
Enfin , il dit quelques mots de la lumière électrique, à la
quelle il voudrait donner la préférence, si elle pouvait en
core être appliquée assez généralement; et il termine en in
diquant seulement la lumière Drummond, sans s'y arrêter
davantage.

Voilà, Messieurs , toute la substance du travail que je suis


chargé de vous faire conn titre au nom de la Commission. Il
( 64 )
compte vingt pages ; il est écrit en portugais ; il témoigne
de connaissances approfondies de la Chimie appliquée à la
Médecine ; il démontre clairement que son auteur est au cou
rant de la science; témoin les citations qu'il renferme des
meilleurs spécialistes de France ; mais il ne contient aucun
aperçu nouveau , aucune indication pratique nettement pré
cisée et décrite , malgré les indications générales.
L'auteur de ce travail est un Confrère justement estimé en
Portugal et en Espagne; il est docteur en Médecine et en Chirurgie
de l'Université de Coïmbre, lauréat de la même Université et
de l'Institut médical de Valence (Espagne ), Membre corres
pondant de l'Académie médico-chirurgicale de Madrid, de
l'Institut médical de Valence , de l'Académie royale de Méde
cine et de Chirurgie de Séville, de l'Institut de Coïmbre , de
la Société des Sciences médicales de Lisbonne , de la Société
agricole de Porto, et collaborateur de plusieurs journaux
scientifiques et littéraires du pays et de l'étranger.
La Commission , après avoir étudié avec soin ce travail ,
qui a été écrit en vue d'une présentation immédiate, a re
connu certaines imperfections, peut-être inévitables. Cepen
dant , prenant en sérieuse considération le mérite personnel
de notre Confrère, l'importance et le nombre de ses titres
académiques, et espérant que plus tard il enverra à la Société
des travaux d'une plus grande importance , vous propose
d'accorder à M. Lin Auguste de Macedo e Valle le titre de
Membre correspondant, qu'il vous a demandé par sa lettre
du 28 octobre dernier.
( 65 )

CONFÉRENCES SUR LA CONSTITUTION MÉDICALE.

RA P P O R T ,
Par M. MOLINIER, Secrétaire du primâ mensis.

Janvier 1863. La grippe avec ses diverses manifestations


morbides a continué à régner pendant tout le premier mois de
l'année nouvelle. La fièvre catarrhale qui l'accompagne a pré
senté un cachet particulier d'intermittence bien marquée. En
présence de ces accès, dont il était impossible de méconnaître
la périodicité, le plus souvent quotidienne , il a fallu admi
nistrer quelques doses de sulfate de quinine qui ont vite
triomphé de cette complication.
Les affections catarrhales n'en ont pas moins présenté un
caractère de gravité très-marqué , surtout chez les vieillards
et chez les enfants. L'adynamie a souvent compliqué la pneu
monie catarrhale ; dans un cas , chez une dame de 75 ans, le
quinquina en décoction , deux larges vésicatoires , le vin de
Bordeaux , le jus de viande , ont constitué un traitement effi
cace de cette grave affection. C'est en effet à la pneumonie et
à la broncho-pneumonie que revient la plus grande part dans
le chiffre très-élevé (285) des décès du mois de janvier. Ce
chiffre dépasse de 19 celui du mois d'août, qui ordinairement,
à Toulouse, est le plus fort à cause des maladies mortelles de
la première enfance, qui sévissent à cette époque de l'année.
Après les affections catarrhales , parmi lesquelles il faut
signaler un grand nombre d'ophthalmies, dont quelques-unes
purulentes, vous avez rapporté un cas de croup mortel chez un
enfant, des érysipèles de la face, des membres, de tout le corps,
particulièrement à l'Hôtel-Dieu , des urticaires, des zona , un
cas de variole , beaucoup de névralgies. Signalons enfin deux
maladies graves et fréquentes , le rhumatisme articulaire et la
- 5
( 66 )
métro-péritonite, dont un de vous a eu trois cas à traiter dans
le courant de ce mois. Nous allions oublier un cas de fièvre,
typhoïde grave, compliquée de pneumonie gauche, que nous
avons eu à traiter chez une femme de 25 ans, qui a parfaite
ment guéri. Les vésicatoires, le quinquina, le musc ont amené
cet heureux résultat. · · , º -

Sans être pessimiste, nous pouvons dire que l'année 1863 a


mal commencé pour la santé publique à Toulouse, espérons
que votre communication sur les maladies qui ont régné en
février seront rassurantes, et que nous aurons à l'avenir plus
de naissances que de décès à vous signaler. ' - |
- , ,, ,· · · , , ' , ' ,, / , | · | | | ' ; ( ! !' ) ; .

Février. L'espérance que nous avions manifestée dans notre


dernier Compte rendu , d'avoir à constater une amélioration
prochaine dans la constitution médicale, a été déçue.Votre
communication, faite dans la séance du premier jour du mois
de mars a été caractérisée par le mot perniciosité, appliqué
par la plupart d'entre vous aux maladies que vous avez eues à
traiter dans le courant de février. . | | |
Le tableau des décès et naissances, que nous relevons exac
tement chaque mois au bureau de l'état civil, est venu confir
mer le pronostic grave porté sur les affections régnantes ;
250 décès dans un mois de vingt-huit jours, comparés aux
285 du mois précédent, qui avait 31 jours , n'établissent pas
une diminution bien évidente dans la mortalité de notre ville.
Et cependant, les observations météorologiques du mois de
février , consignées à la fin de notre Rapport, sont loin de
former une constitution atmosphérique mauvaise. Pourquoi
alors la constitution médicale laisse-t-elle tant à désirer? Il est
difficile de trouver de ce fait une explication incontestable :

voici du moins ce que nous avons observé. "


Malgré une longue série de belles journées, et une tempéra
ture printanière, le nombre des maladies des voies respira
toires a été considérable pendant tout le mois de février. La
grippe a atteint
l'épidémie encore beaucoup de personnes, quoique
soit en décroissance. - * | • • | | | |
( 67 )
Les maladies mortelles ont été : les pneumonies, quelque
fois ataxiques , plus souvent adynamiques; les bronchites
capillaires, les angines laryngées simples ou couenneuses.
Du côté de la cavité crânienne, un grand nombre de conges
tions dont quelques-unes apoplectiformes rapidement funestes,
chez les enfants , des méningites simples et tubereuleuses.
| Parmi les affections abdominales, deux cas de péritonite
subaiguë suivis de mort sur trois que vous avez traités.
· En dehors de ce cadre, vous avez signalé quelques décès
dans des affections ordinairement bénignes. Telle est cette
inflammation d'un durillon du pied suivi d'un érysipèle avec
phénomènes adynamiques mortels.
A propos d'érysipèle, notons son apparition pendant tout le
mois, dans les salles de Chirurgie de l'Hôtel-Dieu, où il a com
pliqué les opérations et quelquefois compromis leur résultat.
· Une épidémie de stomatites diphthéritiques a régné égale
ment dans toutes les salles de cet Hôpital, accompagnant les
affections catarrhales. En ville, ont été observés : des érysi
pèles de la face, dans le traitement desquels la pommade au
sulfate de fer a été employée avec succès par l'un de vous, des
zona, des urticaires, des anthrax, dont un à la région anale
ouvert dans le rectum. .. | .
Mentionnons en terminant plusieurs cas de fièvre puerpé
rale, un cas de phlébite chez un enfant, des rhumatismes plus
souvent musculaires qu'articulaires, et un cas de fièvre rémit
tente pernicieuse. . *. -

.. En présence de la malignité de certaines affections que nous


venons de signaler, et de la complication encéphalique fré
quente # plupart des maladies, l'un de vous s'est demandé
s'il ne fallait pas rapporter ces phénomènes morbides à l'in
solation? Il est certain que dans une saison où il fait habituel
lement froid ; nous avons eu cette année un soleil brillant qui
n'était pas sans influence sur les végétaux dont la sève était
déjà en mouvement, et qui a pu déterminer chez l'homme
des poussées sanguines sur les viscères, et particulièrement
vers les centres nerveux. |
( 68 )
Observations météorologiques.

BARO-| THERMOMÈTRE. vENTs


MOIS. |METRE.

1863
Moyenne. • T - | RÉGNANTs.'

JANVIER... .. 14,3 |— 1,6 | 6, 95,60| 65,70|NO. , 8j.


• · | , , ,, |SE.
- 15j.
FÉVRIER. .. . - 74,28| 4,60|NO. 6j.
- , ,, , * • | | | || | | SE. ' 16j.

Mouvement de la population (Commune de Toulouse).


, - ! Naissances. " | Décès !
JANVIER 1863. ......... 254 - 285 i
FÉvRIER. ............. 205 - 250 , ,
" | | | | | : =-III--- -

| , » *• * , ,, , NOT E º o º

| | : - 1 ,| ' on
sUR LEs CAMPHREs NATURELs ET ARTIFICIELs;
fº , r, n ' r' - .. ,
Par M. SAINT-PLANCAT, Pharmacien à Toulouse,
Candidat à une place de Membre résidant (1). ,"

| — · · · · · º º
| | 2 ) · 2 ·| · | · | · |· · · ,· · · ·· 2 2

D'APRÈs la plupart des auteurs anciens, les Grecs et les


Romains ignoraient l'existence du camphre. Les Arabes seuls
connaissaient cette substance qu'ils nommaient Kaphur ou
Kamphur, d'où l'on a fait Camphora et Camphre. .
Les Malais lui avaient donné le nom , de Barros ou de Ca
pour Barros, et les habitants de Sumatra celui d'Iono; ce
n'est que depuis cinq ou six siècles que le camphre est
connu en Europe , et c'est en 1680 que le premier camphrier
fut cultivé dans le jardin botanique d'Amsterdam. .

(1) Commissaires : MM. Magnes-Lahens, Filhol, Lacassin, Timbal-Lagrave,


et Cuzac, Rapporteur.
( 69 )
Jusqu'en 1786 , l'on avait cru que le camphre était une
résine. A cette époque , Hoffmann et Lémery prétendirent que
c'était une huile concrète qui différait des résines par sa solu
bilité dans l'esprit de nitre et l'huile de vitriol. Lémery, en
outre, avait remarqué que lorsqu'on distillait un mélange de
camphre et d'essence de térébenthine , il ne restait rien dans
la cornue. Tels sont les faits sur lesquels Lémery s'appuya
pour démontrer que le camphre était différent des substances
auxquelles on donnait à cette époque le nom de résines.
Cependant , d'après les mêmes auteurs, les propriétés du
camphre n'étaient pas très-connues; les uns lui attribuaient des
propriétés aphrodisiaques, d'autres au contraire lui don
naient des propriétés sédatives très-prononcées. L'école de
Salerne même prétendait que son odeur seule éteignait l'ac
tion des organes générateurs : - -

Camphora per nares castrat odore mares.

Je ne dirai rien des préparations pharmaceutiques du


camphre. Les diverses pharmacopées font mention des formu
les magistrales et officinales où le camphre est employé;
d'ailleurs M. Grimaud a réuni ces diverses formules dans un
travail qu'il a présenté comme thèse devant l'Ecole de
pharmacie de Paris. M. Grimaud, dans sa monographie du
camphre , s'est longuement étendu sur les préparations phar
maceutiques camphrées , et il a présenté de ces médicaments
une nomenclature complète, empruntée aux diverses pharma
copées françaises et étrangères.
Le commerce nous fournit quatre espèces de camphre,
dont deux surtout méritent de fixer l'attention.
1° Le camphre du Japon ou de Chine , qui est l'espèce la
plus commune, fourni par le Laurus Camphora, dont le nom
Japonais est Tchang. , , *

La formule de ce camphre est Cº Hº O*.


2° Le camphre de Borneo ou de Java, fourni par le Dryo
balanops Camphora ; c'est celui que les natureIs nomment
Capour Barros. Selon M. Pelouze, ce camphre a pour formule
( 70 )
Cº Hº O*; mais, traité par l'acide azotique, il se transforme
en C20 H16 02 . - -

3° Le camphre de Ceylan dont le nom indique la provenance.


4° Le camphre de Santa-Fé ou d'Amériqne qui découle
d'un arbre qui nous est inconnu. . - i -
Ces deux dernières variétés sont très rares dans le commerce.
D'autres végétaux fournissent encore des camphres; ce
sont les piperitées, les ammomées, les laurinées, quelques
synantherées, quelques graminées ; enfin toutes les labiées
dont les huiles essentielles , en renferment d'assez fortes pro
portions, mais dont l'exploitation serait peut-être plus dis
pendieuse que lé prix du produit que l'on obtiendrait.
Presque tout le camphre que nous fournit le commerce, vient
de l'lnde. L'on en obtient une partie à l'aide d'incisions faites à
l'arbre Le suc qui en découle, d'abord liquide , devient peu
à peu solide. Mais ce produit serait insuffisant. La plus grande
partie provient de la distillation des branches et du tronc que
l'on met dans des chaudières avec de grandes quantités d'eau.
D'ailleurs les procédés d'extraction varient suivant les pays.
Le camphre arrive en France, en grains plus ou moins gros,
et bien que sublimé dans le pays, il a besoin d'un nouveau
raffinage; pour cela, on tamise d'abord le camphre brut, on
le mêle ensuite avec une certaine quantité de chaux. On intro
duit le mélange dans des bouteilles de verre à fond plat, que
l'on place sur un bain de sable; l'on chauffe, et le camphre
vient se sublimer à la partie supérieure. C'est Clémendot qui,
en 1817, importa ce procédé en France, car, avant cette épo
que, nous étions tributaires des Hollandais pour ce produit.
Aujourd'hui, presque tout le camphre qui se consomme en
Europe, vient des raffineries de Paris et de Londres.
Le camphre est très-soluble dans l'alcool , l'éther, les huiles
fixes et volatiles. En revanche, il est peu soluble dans l'eau,
car 1,000 parties d'eau ne dissolvent que 1 p. de camphre.
Cependant sa solubilité dans l'eau peut être augmentée en ad
ditionnant ce liquide d'une certaine quantité de chaux ou de
( 71 )
magnésie , je crois que cette propriété qu'a la magnésie d'aug
menter l'action dissolvante de l'eau pour le camphre, pour
rait être utilisée dans certaines préparations pharmaceutiques,
destinées à l'usage interne ; car le camphre émulsionné est
, toujours un sujet de dégoût pour les malades.
Le poids spécifique du camphre varie suivant la température.
Ainsi, si l'on plonge dans de l'eau à 33° de petits fragments
, de camphre , ils gagnent immédiatement le fond duvase,
| àcomplétement
45 ils restent au milieu du liquide, et à 54° ils surnagent
- • '

· · · ·· · · · i Camphres artificiels.
* s ! L'on donne le nom de camphre artificiel à une combinaison
que l'acide chlorhydrique forme avec l'essence de térébenthine.
, C'est au commencement de ce siècle que Kindt obtint ce
, produit Tromsdorfconfirma ce résultat. Ce sont ces faits qui
, firent penser à Thénard que le camphre naturel n'était que la
, combinaison d'un acide végétal avec une huile essentielle.
| Pour préparer le camphre artificiel, on fait passer du gaz
acide chlorhydrique parfaitement sec, dans de l'essence de
· térébenthine, qui plonge dans un bain de glace. Cette dernière
, précaution est indispensable, sinon l'huile s'échauffe beau
, coup, et le gaz n'est pas aussi facilement absorbé. L'huile de
, térébenthine devient d'abord jaune, puis passe au brun foncé,
, augmente de volume et se prend en masse cristalline. L'on
jette le tout sur un filtre pour enlever l'huile surabondante et
· on le fait sublimer avec de la craie ou du carbonate de po
tasse qui lui enlèvent totalement son odeur de térébenthine.
D'après Houton Labillardière, l'acide chlorhydrique se
, combine en deux proportions différentes avec l'essence de
térébenthine, La combinaison au minimum d'acide est solide,
et celle au maximum, liquide, à la température ordinaire.
, Dans les différentes expériences que j'ai faites, pour obtenir
, des camphres artificiels , j'ai remarqué que, pour obtenir
une plus grande quantité de produit solide, il était nécessaire
que l'essence fût parfaitement rectifiée. En effet, l'essence du
( 72 )
commerce, soumise pendant 12 heures à un courant de gaz
acide chlorhydrique parfaitement sec, ne m'a donné qu'une
quantité insignifiante de camphre solide.
Le camphre artificiel est une substance cristalline, blanche,
d'une odeur un peu camphrée, inflammable, se dissolvant
très-bien dans l'huile d'amandes douces. Sa solubilité dans
l'alcool est moindre que celle du camphre du Japon.
L'acide acétique n'a pas d'action sur le camphre artificiel.
L'acide azotique le décompose en partie, ainsi que les al
calis. Mais , pour enlever la totalité de l'acide chlorhydrique,
il est nécessaire de soumeltre le camphre artificiel à une tem
pérature très élevée, , oº , a - | | | | | | |
L'huile volatile de térébenthine n'est pas la seule qui pro
duise du camphre artificiel : l'essence de citron fournit, avec
l'acide chlorhydrique , un composé qui est identique avec le
chlorhydrate d'essence de térébenthine. L'opération se conduit
de la même manière. Cependant il reste toujours une partie
liquide d'une odeur aromatique qui rappelle celle du thym, et
qui paraît contenir plus d'acide que le produit liquide.i , º
Le camphre artificiel de citron entre en fusion vers 41°.
Par conséquent, il fond dans l'eau bouillante, qui le dépouille
de l'acide chlorhydrique en excès. La masse fondue cris
tallise par le refroidissement. Cette substance , en outre , est
plus facilement attaquée par les alcalis que les chlorhydrates
d'essence de térébenthine. . | | | | -

Les huiles volatiles de térébenthine et de citron ne sont pas


seules à posséder la propriété de se combiner avec l'acide chlo
rhydrique : toutes les essences qui forment le groupe des
huiles volatiles hydrocarbonées possèdent la même faculté.
En effet , toutes ces huiles forment des chlorhydrates d'essence
ayant une légère odeur camphrée, mais qui rappellent l'huile
volatile qui entre dans leur composition. Les caractères de tous
les chlorhydrates sont à peu près les mêmes ; ils possèdent
tous, à peu de chose près, la même composition chimique.
L'acide chlorhydrique n'est pas le seul qui forme des combi
naisons stables avec les essences hydrocarbonées. Les acides
( 73 )
iodhydrique et bromhydrique donnent, eux aussi, des combi
naisons avec les essences de térébenthine , et produisent des
iodhydrates et des bromhydrates d'essence de térébenthine qui
correspondent au camphre artificiel solide. Ces composés pos
sèdent les mêmes caractères physiques et chimiques que leurs
correspondants,
Les iodhydrates et les bromhydrates d'essence ne présen
tent pas plus d'intérêt que les camphres produits par l'acide
chlorhydrique. D'ailleurs le prix élevé d'un de leurs consti
tuants n'a jamais permis de les utiliser.
l ' ·· · · ·· · · · -

Jusqu'à ce jour , les chimistes ne se sont occupés que des


camphres artificiels produits par les acides chlorhydrique,
bromhydrique et iodhydrique. Pour moi, j'ai voulu recher
cher si l'acide fluorhydrique, qui a une formule chimique ana
logue à celle des trois acides précités, ne pourrait pas former,
lui aussi , des fluorhydrates d'essence de térébenthine.
Sans doute, les dangers que présente le maniement de l'acide
fluorhydrique, peut-être même le peu d'intérêt que présente à
la science un produit qui n'a pas d'emploi , ont détourné les
chimistes de pareilles recherches. Pour moi, j'ai pensé différem
ment. Ces composés peuvent bien aujourd'hui ne pas présenter
un grand intérêt; plus tard peut-être ils auront leur utilité. La
chimie d'ailleurs nous fournit tant d'exemples de corps qui n'ont
été qu'un sujet de curiosité le jour de leur découverte, et qui
sont devenus plus tard l'objet de grandes exploitations indus
trielles. Au reste, pour les dangers qu'il y aurait à courir dans
le maniement de l'acide fluorhydrique, il y a certaines précau
tions à prendre, et l'on ne se trouve pas plus exposé que dans
la préparation de certains composés autrement dangereux.
Voici le procédé que j'ai suivi pour obtenir la combinaison
de l'acide fluorhydrique avec l'essence de térébenthine :
J'ai introduit dans une cornue de plomb 100 gr. de fluo
rure de calcium et 350 gr. d'acide sulfurique du commerce.
J'ai agité le mélange avec une baguette de plomb ; j'ai adapté
le chapiteau , qui était muni d'un tube de même métal. J'ai
( 74 )
eu le soin de bien fermer les joints avec un lut gras. La cor
nue était placée dans un bain d'huile; j'ai chauffé jusqu'à 130
environ; le gaz s'est dégagé lentement dans un vase de plomb
rempli d'essence de térébenthine parfaitement rectifiée, et qui
plongeait dans un mélange réfrigérant Ce vase était muni de
deux tubulures pour que l'excès de gaz qui ne serait pas com
biné vint se dégager dans une solution de soude caustique. .
L'essence s'est d'abord colorée en jaune, puis elle s'est forte
ment échauffée, et est passée ensuite au brun foncé. J'ai aban
donné le produit pendant 24 heures ; au bout de ce temps
j'ai obtenu, dans un liquide brunâtre, quelques petites cris
tallisations soyeuses que j'ai séparées par le filtre, , ,i
J'ai fait arriver encore, dans les eaux mères, un nouveau
courant d'acide fluorhydrique : mais je n'ai pas obtenu une
plus grande quantité de produit.f , , i ii .
Le fluorhydrate d'essence de térébenthine présente à la loupe
la même cristallisation que celle que j'avais remarquée dans
les camphres produits parl'acide chlorhydrique. Il esl blanc,
transparent, inflammable, plus léger que l'eau, complétement
insoluble dans ce liquide. La faible quantité de produit que
j'ai obtenue ne m'a pas permis de m'assurer d'une manière
complète de l'identité de composition de ce camphre avec ceux
qui ont été précédemment étudiés plus tard. Je disposerai un
appareil qui pourra me fournir une plus grande quantité d'a
cide fluorhydrique, et partant je pourrai 'obtenir un produit
plus §i - r ſ . , ºn : 1 2ar o .

Je n'ai pas voulu arrêter là mes expériences ; j'ai opéré de


la même manière avec l'essence de citron, et j'ai obtenu un
produit identique : d'où je crois pouvoir conclure que l'acide
fluorhydrique se comporte avec les essences hydrocarbonées
de la même manière que les acides chlorhydrique , bromhy
drique et iodhydrique.º wo ) a\ \\ ^ º
| | | | | : .. \ . .. oºº iº , i , 9 ., .
Je ne veux pas terminer cette note sans parler des falsifica
tions que l'on pourrait faire subir au camphre naturel. En
effet, le prix de plus en plus élevé du camphre pourrait bien
( 75 )
tenter quelques hommes cupides, et nous donner pour du cam
phre du Japon un produit qui n'en aurait qne la ressemblance.
C'est pour cela que je crois devoir prémunir mes Confrères con
tre une fraude qui s'est déjà produite : car il ne faut pas se le
dissimuler, si les chimistes nous ont donné un corps possédant
les caractères physiques des camphres naturels, ce composé-là
ne sera jamais qu'une combinaison de l'acide chlorhydrique
avec une huile essentielle qui ne pourra jamais remplacer le
camphre naturel. D'ailleurs, il sera toujours facile de déceler la
- fraude : par l'action de la chaleur, le camphre artificiel lais
sera toujours dégager de l'acide chlorhydrique qu'il sera très
facile de reconnaître M. Bouley indique encore un procédé
très ingénieux pour distinguer ces deux espèces de camphres.
• Il place sur une lame de verre un fragment du camphre sus
pect; il ajoute une goutte d'alcoo1;le camphre se dissout, et,
º au moyen du microscope, il en reconnaît la pureté.º
º Je ne dirai rien des autres falsifications que l'on pourrait
faire subir au camphre. L'alun et le chlorhydrate d'ammonia
"que, qu'indiquent quelques auteurs, sont des substitutions trop
" grossières
| ------
#
pas •ue immº mºn reconnues.ºrº
= -- º - t - º ----------

/ i0 ) ſi ºfli IIL 93 ob 11 ji-ºqſIroo oi ) 1 ( b ) i ) , i ,


iſ iſ !o-oq · DE LA VALEUR SÉMÉIOLOGIQUE # : # 1 :
- l lili150 p ººº , - I º Iſ
' n ' itr ol ºii " Jo
cERTAiNEs sUBsrANcEs
| DE LA NoN ÉLIMINATION DE
"---------- ---l-."- t -'-» -----------
oDoRANTEs PAR LE REIN, DANs L'ALBUMINURIE; ## #

' º iº ii : º Par M. le Docteur BASSET, lºi , º


º º º candidat à une place de Membre résidant º
| º ººp ºri ſioº , vioq o1o oi Ho i , º ii ii ) .
· on d ººotro e TTToq no a ºu o .
· u ·t . ºpiil RAPPoRT sUR oE MÉMoIRE, ſ) | 1 | | | | | | ···

Présenté par une Commission composée de MM. BUTiGNoT,


FILHoL, DEsPAIGNoL, NoGUÈs, et MoLINIER , Rapporteur.
º , ºl - ' ' ) iºl -1 ' on ºn rotiuſ 9 -6 ^ zi ** 9 .
L'albuminurie est-elle le symptôme d'une affection chro
nique du rein , comme l'ont voulu Bright, Christison, Martin
( 76 )
Solon, Rayer; ou bien est-elle une maladie essentielle, un véri
table diabète albumineux, comme l'admettent Graves de Dublin,
Mariano Semmola de Naples, et leurs partisans en France,
Cazeaux , Devilliers, Jaccoud ? La question est loin d'être en
core résolue. Le nombre des maladies dans lesquelles on
trouve de l'albumine dans les urines augmente chaque année,
et l'on peut dire que l'étude de l'albuminogénèse est un des
grands
jour.
problèmes
·
de· physiologie pathologiqueJ ºà, l'ordre
· · · ·· ·· · · · · · i ) :
1 -
' * ''
du
• •!

Parmi les symptômes qui accompagnent souvent l'albumi


nurie , l'éclampsie était regardée jusqu'ici comme un des plus
graves, et l'amaurose , qui apparaît dans le courant de cette
affection , avait été notée comme entraînant un pronostic des
plus fâcheux. M. le Dr Roche, dans un Mémoire communiqué
à la Société de Médecine de Besançon , en 1861 , formulait à
ce sujet les conclusions suivantes : 1° l'amaurose albuminu
rique est un phénomène dont la signification est nettement
dessinée dans le pronostic de l'affection principale ; 2° elle
manque ordinairement dans les cas légers d'albuminurie ;
3°elle existe ordinairement dans les cas bien caractérisés, s'ac
compagnant de symptômes graves , tels que l'œdème général
et persistant, l'éclampsie, la marche chronique de l'affection ,
et se terminant par la mort ; 4° d'où l'amaurose est dans l'al
buminurie un signe pronostique très-grave ; et 5° elle serait
peut-être plus fréquente que l'éclampsie dans les cas terminés
par la mort. - · · · · ·

Depuis que ces lignes ont été insérées dans le Bulletin thé
rapeutique, nous avons eu à observer, au mois d'octobre 1861,
un cas d'albuminurie avec attaques convulsives à la suite de
la disparition de l'œdème général , et coma persistant pen
dant cinq jours, accompagné de phénomènes de paralysie gé
nérale avec délire. L'amaurose a succédé à cet état grave de
la malade, qui est aujourd'hui parfaitement guérie, malgré
notre pronostic des plus sombres. -

L'amaurose n'est donc pas un signe infaillible de gravité


dans l'albuminurie. C'est ce qu'a pensé sans doute M. de Beau
( 77 )
vais, chef de clinique de la Faculté de Médecine de Paris,
puisque déjà, en 1858 , il annonçait ses expériences ayant
pour but de trouver un signe très-certain de la désorganisa
tion des reins, qui devait servir à diagnostiquer la néphrite
granuleuse, et à tirer un pronostic fâcheux de l'albuminurie.
C'était le défaut d'élimination de certaines substances odo
rantes par le rein.Voici le résumé du Mémoire que M. de
Beauvais adressait à l'Académie des Sciences en 1861 :
« Des recherches cliniques répétées ont démontré à l'auteur
que le défaut d'élimination des substances odorantes est un
signe exclusif, pathognomonique de la maladie de Bright, qui
persiste avec elle, alors même que le symptôme albuminurie
est momentanément supprimé; qui n'existe jamais dans les
albuminuries , même persistantes, reconnaissant une autre
cause ; qui confirme l'importance et la nature du rôle de la
substance corticale dans l'élaboration de l'urine; qui prouve
la spécialité de la maladie de Brigth et des transformations
morbides qui lui sont propres et qui révèlent à la fois la gra
vité et l'incurabilité fatale de la maladie confirmée. A défaut
de l'albuminurie, symptôme capital , ou de l'hydropisie ca
ractéristique, la suppression absolue, incurable, du passage
des odeurs dans l'urine impose donc à la fois le diagnostic,
le pronostic, et le traitement. On constate ce signe en admi
nistrant une préparation d'asperges ou d'essence de téré
benthine. » - - - º

Il y a bientôt un an que parut dans les Journaux de Méde


cine l'extrait que nous venons de citer, et depuis lors nous
n'avions plus entendu parler de cette question, qui semblait
cependant bien digne d'intérêt. Notre Confrère, le D" Basset,
vivement préoccupé de cette découverte, s'est appliqué à véri
fier cette loi formulée par M. de Beauvais ; et c'est le résumé
de ses expériences qu'il soumet aujourd'hui à votre apprécia
tion , heureux , dit-il , d'offrir à la Société de Médecine de
Toulouse les prémices d'un sujet nouveau à peine effleuré.
Un historique assez complet de l'albuminurie occupe la
première partie de ce Mémoire. L'auteur établit dans l'étude
( 78 )
de cette affection trois périodes qu'il appelle anglo-française ,
allemande, et irlandaise. A la première se rapportent les par
tisans de la néphrite albumineuse , à la deuxième, les mi
crographes, ayant à leur tête Gluge, Valentin et Frérichs, qui
admettent, avant la dégénérescence de Bright, la congestion
· du rein, suivie de la desquammation de ses tubuli, enfin, à
la troisième se rattache l'école de Graves; qui fait préexister
l'albuminurie à la maladie de Bright. Disons en passant que
cette dernière manière d'envisager la maladie qui nous occupe
gagne, chaque année, en France, de, nombreux partisans,
surtout parmi les accoucheurs qui observent assez souvent
l'albuminurie des femmes enceintes, sans qu'il y ait chez
elles altération du rein. g i g i , g |
| | Dans la deuxième partie de son Mémoire, M. Basset, re
connaissant, avec M. de Beauvais, combien il serait à désirer
qu'on eût dans l'albuminurie un signe certain de l'altération
rénale, s'attache à prouver que la non élimination des odeurs
ne peut s'expliquer que par une diminution du champ de la
sécrétion urinaire dans le rein , qui ne sépare plus du sang
l'urée et certaines substances odorantes; tandis qne la des
truction des glandules de Malpighi amène l'élimination de
l'albumine du sang par les urines.lci nous touchons à une
question de chimie vitale qui est encore très-obscure. . ,
L'urémie, comme conséquence de l'albuminurie, est admise
par l'école anglaise, qui explique. par la présence de l'urée
dans le sang et sa décomposition en carbonate d'ammoniaque,
les accidents cérébraux , les, troubles divers du système ner
veux que l'on observe dans cette affection. Cette théorie, à la
quelle adhère M. Basset, et qu'il dit avoir plusieurs fois vé
rifiée, n'a pas eu beaucoup de partisans en France : et
M. Bouillaud, dans ses dernières leçons cliniques , explique
les accidents , cérébraux qui accompagnent l'albuminurie
par la présence de sérosité dans les ventricules cérébraux.
L'éminent professeur a constaté par de nombreuses autopsies
que l'éclampsie albuminurique se rattachait à une hydrocé
phalie. , ' , il ,2 ºri ſi uiºt : ºtitſ . ] i | |
( 79 )
Nous ne cachons pas notre préférence pour cette opinion
qui repose sur une parole tant autorisée, tout en admettant,
avec l'auteur du Mémoire, que dans l'albuminurie il y a di
minution de l'urée, comme il y a diminution des sels de l'u
rine, devenue beaucoup moins dense. " ! "
Les partisans les plus avancés de l'urémie dans la maladie
de Bright, soutiennent que l'albumine dans les urines est en
raison inverse de l'urée; loi qui ne s'est pas toujours vérifiée.
M. Basset va plus loin; il admet que non-seulement l'albumine
est en raison inverse de l'urée, mais que la non élimination
des odeurs est en rapport direct avec l'urémie. Ainsi, en ad
ministrant à un albuminurique du sirop d'asperges , de la
térébenthine ou du copahu, la présence ou l'absence d'odeur
caractéristiqué dans les urines , indiquera sûrement que le
rein est sain ou malade, et quelle quantité d'urée contient
l'urine expérimentée. º 1 - 11H 1 1 11, ſi | | -,t J ,
· De cette façon point n'est besoin d'une analyse, qui n'est
pas aussi facile à faire que notre Confrère semble le dire, et
le nez devient un trébuchet servant à doser d'une manière
exacte, presque mathématique , souligne M. Basset, un des
éléments essentiels de l'urine.º ' | 'º - º
· L'induction, on le voit, a amené l'auteur du Mémoire plus
loin qu'il ne voulait aller, et il a formulé dans ses conclusions
cette loi qui ne repose sur aucune expérience précise, et dont
certainement M. de Beauvais n'accepterait pas la solidarité :
« Il existe une corrélation étroite, un rapport direct entre la
» diminution de l'élimination de certaines substances odo
» rantes par le rein et celle de l'urée. Ce rapport permet de re
» connaître, au moyen de l'odorat, le progrès plus ou moins
))rapide de l'urémie dans l'albuminurie, et d'en prévenir
» quelquefois ou'd'en retarder les funestes effets »
· Examinons maintenant si le fait de la non élimination des
odeurs est infaillible comme signe de diagnostic et de pro
nostic. « Ce signe, dit l'auteur du Mémoire dans sa deuxième
» conclusion, permet de distinguer immédiatement, au moyen
» de l'odorat , une albuminurie aiguë, fonctionnelle et pas
( 80 )
» sagère, d'une albuminurie chronique avec altération du
» rein, le plus souvent incurable. » Un des Membres de la
Commission ayant à traiter deux cas d'albuminurie aiguë,
suite de refroidissement, a donné à ses malades le sirop de
pointes d'asperges et la térébenthine. Il n'y a pas eu chez eux
trace sensible d'odeur dans les urines. M. Basset en aurait
conclu que l'albuminurie, dans ces deux cas, était chronique
et s'accompagnait de lésion du rein ; d'où un pronostic très
grave. Ces deux malades ont guéri en quelques jours.
Trois observations terminent le travail de notre Confrère.
La première se rapporte à un cas'd'albuminurie chronique
mortelle avec défaut d'élimination des odeurs. A l'autopsie les
reins ont présenté le troisième degré du mal de Bright. Dans
la deuxième observation, il s'agit d'une albuminurie, suite
de rougeole, dans laquelle les odeurs passaient dans les urines.
Cet exemple est mal choisi pour être probant; c'est sur des
cas d'albuminurie essentielle qu'il faut expérimenter, comme
le recommande M. de Beauvais. ' " ' " ""
La troisième observation vient du service de M. Bouillaud à
l'hôpital de la Charité , où M. Basset a été externe. C'est un
exemple d'albuminurie chronique dans laquelle la lésion ré
nale était au deuxième degré ll y avait chez ce malade, qui
succomba à une pneumonie intercurrente, élimination in
complète des substances odorantes. · ·
Le sujet traité par M. Basset, vous le voyez, Messieurs, est
très-intéressant. Son Mémoire, plein d'érudition , est bien
rédigé ; malgré un style quelquefois un peu trop emphatique,
sa lecture séduit ; mais bientôt on s'aperçoit que l'enthou
siasme de l'auteur tient lieu souvent de preuves sérieuses
à l'appui d'assertions qu'il présente comme doctrinales, et de
vant faire loi dans la science. Votre Commission , tout en
reconnaisant son mérite , ne pouvait admettre les conclusions
prématurées de ce travail. | | | | -t - ,, ! '
( 81 )

» "
· QUELQUES CONSIDÉRATIONs
SUR LE TRAITEMENT DE L'HYDROCÈLE ; · ' · . - ' • • • • *

Par M. le Docteur Lotis DEsCLAUX ,

- · | # ! candidata une place de Membre résidant,


,º i ! · 2 0 pi ºl ! — - r , , , , , . )
, , , , , m º ii º t ! ". ! ' 4) -º *t

| | | RAPPoRT sUR cE MEMoIRE,


| | | a tsuite du Rapport précédent)
., ( | , | it , b º º º º º " " ·
Si la question qui vient de nous occuper est pour les Méde
cins contemporains une source féconde et non épuisée de
recherches et d'investigations utiles, on ne peut en dire autant
du traitement de l'hydrocèle Certes, dit l'auteur du Mémoire
en débutant, personne ne rangera l'hydrocèle parmi les ma
ladies dont l'étude est difficile. . | | |
Pourquoi alors a-t-il choisi ce sujet? C'est qu'il veut nous
démontrer que le traitement de l'hydrocèle par la galvano
puncture n'a donné aucun succès véritable, et que les Méde
cins électriseurs, malgré leurs annonces fabuleuses, ne pré
vaudront pas contre les partisans de l'iode qui est le roi du
traitement de l'hydrocèle et qui régnera longtemps en suzerain.
C'est là la conclusion textuelle de la thèse de M. Desclaux ;
voici ses arguments : º … | | | | ||
Après un court préambule, dans lequel l'auteur avance
que l'étude des progrès des sciences médicales nous apprend
à ne pas regarder comme nouvelles la plupart des applications
thérapeutiques récentes , il divise son travail en quatre
parties. ir, , , , , , , , , , ! ' " ' | | | | | : , 1 ' ) .
Nous trouvons dans la première, un historique assez com
plet du traitement de l'hydrocèle depuis les temps hippocrati
ques jusqu'à nos jours, et une appréciation judicieuse des
différentes méthodes opératoires. Les moyens les plus simples
( 82 )
ont réussi dans le traitement de cette affection si commune.
Antiphlogistiques, révulsifs, ont guéri des hydrocèles ; et s'ils
ne procuraient pas la cure radicale dans la majorité des cas ,
ils étaient moins dangereux que l'incision, l'excision, la
cautérisation , les sétons , les mèches, les bougies, les canu
les, procédés que M. Desclaux enveloppe tous dans une pros
cription commune. lci, nous devons arrêter l'auteur du Mé
moire et lui demander s'il n'est pas vrai que, dans les cas
d'hydrocèle ancienne avec épaississement de la tunique vagi
nale , la sonde à demeure de Larrey , la canule de notre ancien
maître Baudens , l'incision sous-cutanée de M. Jobert aient
procuré d'heureux résultats, et si, encore de nos jours, la cau
térisation n'a pas son représentant dans M Maisonneuve qui
traite avec succès toutes les cavités closes par l'introduction
de nitrate d'argent en poudre, au moyen du trocart qui a servi
à évacuer la sérosité. º

La deuxième partie du Mémoire contient une assez longue


discussion sur l'électro-thérapie. Cet examen critique et his
torique des applications de l'électricité à la thérapeutique
médicale est fort bien fait, mais il est en dehors de la question,
puisque dans le paragraphe suivant, l'auteur discute et ex
pose le traitement de l'hydrocèle par l'électricité. Dans ce
paragraphe 3, nous trouvons l'exposition succincte des prin
cipales tentatives d'application de l'électricité aux affections
chirurgicales ; elles n'ont pas été heureuses dans le traitement
des anévrismes et dans le redressement de l'utérus; la galvano
caustique trouve cependant grâce devant l'auteur, qui recon
naît qu'elle est appelée à rendre des services , en remplaçant
le fer rouge tant redouté des patients : il n'en est pas de même
du traitement de l'hydrocèle par la galvano-puncture. M. Des
claux se montre sévère, peut-être un peu trop sévère, envers
les Médecins électriseurs qui ont tenté la guérison de l'hydro
cèle par un moyen nouveau. Sans dénier, dit-il , à l'électricité
une certaine action à l'endroit de l'hydrocèle, nous lui con
testons une véritable efficacité contre cette maladie.
Si nous ne tenions compte que des expériences faites à
( 83 )
Toulouse , et qui n'ont pas donné un seul véritable succès ,
· nous accepterions volontiers le jugement de l'auteur : mais il y
a dans son travail des citations qui contiennent des faits, peu
· nombreux, il est vrai, mais bien établis de cure radicale de
l'hydrocèle par la galvano-puncture. Malgré leur rareté, les
faits rapportés par Fabré-Palaprat, en 1828 : Schuster, en
1843 ;Burdel et Pétrequin, en 1859 ;Van-Holsbeck, en 1860,
sont dignes d'attirer l'attention. En présence des succès au
· thentiques obtenus par M. Burdel, M. Desclaux se demande s'il
l faut y voir l'effet de l'électricité ou de l'acupuncture. Il oublie
· qu'il nous a rapporté un peu † haut que M. Schuster, n'ob
tenant par l'acupuncture que des résultats palliatifs, se servit
de ses aiguilles comme conducteurs des courants galvaniques,
et obtint ainsi des succès réels consignés dans le Bulletin thé
rapeutique de 1859. Des différentes tentatives faites par les
Médecins électriseurs dans le traitement de l'hydrocèle , il
résulte que la galvano-puncture a réussi quelquefois chez les
· enfants et chez les adultes seulement -· ·
· Bien supérieurs à ceux-là sont les résultats fournis par la
méthode des injections dans la tunique vaginale. Néanmoins
· on ne doit pas renoncer aux perfectionnements en thérapeuti
que. Quand il s'agit de l'art de guérir, il n'est pas vrai de dire
· que le mieux est l'ennemi du bien, car souvent la recherche
· du mieux est la voie du progrès. Votre Commission reconnaît
- cependant avec l'auteur que, dans l'état actuel de la science ,
la galvano-puncture ne constitue pas un traitement curatif de
- l'hydrocèle, et que l'on s'est trop pressé de publier des succès
· éphémères. ' ' ' ·
· Le quatrième paragraphe est consacré à l'étude comparative
- du traitement de l'hydrocèle par l'injection dans la tunique
· vaginale de divers liquides irritants. Les injections de vin
chaud, préconisées par Sabathier, Dupuytren, Boyer, devin
· rent en France le traitement ordinaire de I'hydrocèle de 1819
à 1837 , époque à laquelle M. Velpeau proposa I'injection
iodée qui avait déjà fait ses preuves à Calcutta, entre les mains
· de M. Martin. ' " ' ! ' * -
( 84 )
M. Desclaux énumère les avantages de l'injection iodée sur
l'injection vineuse; il répète avec les auteurs que l'injection
de teinture d'iode ne provoque pas de douleur. Il est bien
établi cependant que dans certains cas la douleur est très
vive; nous l'avons vue provoquer la syncope chez un officier
très-robuste. L'addition d'iodure de potassium au mélange
d'eau et de teinture d'iode, proposée par M. Pétrequin , et
adoptée depuis longtemps par la plupart des Chirurgiens, en
facilitant la dissolution de l'iode dans l'eau , rend l'injection
moins irritante.Cette modification de la formule de M.Velpeau,
que l'auteur a omis de signaler, n'est pas sans importance.
Il n'est pas très-exact de dire que la teinture d'iode ne donne
jamais lieu à la gangrène du scrotum quand elle s'infiltre dans
le tissu cellulaire de cette partie ; car on peut dans ce moment
observer dans les salles de l'Hôtel-Dieu un cas de mortifica
tion partielle des bourses, à la suite de l'opération de l'hydro
cèle par l'injection iodée, Un Membre de la Commission a
observé dans sa pratique un accident pareil.i , D º . / ol
Dans un exposé complet des différentes injections employées
contre l'hydropisie de la tunique vaginale, M. Desclaux aurait
pu signaler les injections cuivreuses, préconisées l'année der
nière par M. Pereira de Fonseca, médecin portugais, qui
obtiendrait des résultats ne craignant pas d'être mis en re
gard de ceux que donne la teinture d'iode. .. | | | | | ||
L'auteur termine son Mémoire , en disant que pendant long
temps encore l'injection iodée sera le seul traitement vraiment
efficace de l'hydrocèle ; on en disait autant de l'injection
vineuse, il y a vingt ans. , , , , , , , ,
Le travail de M. Desclaux est écrit avec verve : malgré
quelques incorrections de style, il est entraînant; il contient
enfin un exposé très-méthodique du traitement de l'hydrocèle.
La critique pourrait bien lui reprocher d'avoir fait de larges
emprunts au livre de M. Boinet qu'il aime entre tous ;il ne lui
en reste pas moins tout le mérite de l'économie de son Mémoire
et de la discussion originale des faits, . , ,, i |
— · · · · ·· · , i .
- -
--
========

|
· | | | || | 7 ' CHIRURGICALE
CLINIQUE , DE L'HôTEL-DIEU. - - ſ ! | ||| ſ7 , , , ' • *' -

- , , , , ºn i - - - i iº * !

- ii | s | | | | OBSERVATION , , t" , , -

· sUR UN CALCUL EXTRAIT DE LA VEssIE


"| | PAR UN NoUvEAU PRoCÉDÉ ;
, º , - --

' !
P,· jiM.· le Docteur DIEULAFOY,
- • 1 , .
Membre résidant.
1

i, f -!'

LE nommé X..., âgé de 60 ans, fut taillé à l'âge de 10 ans


par le D" Viguerie, qui le débarrassa d'une pierre, par le
procédé de la taille latéralisée. Il y a dix ans, cet homme
entra de nouveau à l'Hôtel-Dieu , avec une nouvelle pierre
dans la vessie. Par la lithotritie , il en fut débarrassé. .
Cette année encore il est entré, au mois de novembre, dans
le service de la clinique , atteint de la même affection.
2o La sonde introduite pour reconnaître la pierre , ne put pé
nétrer dans la vessie, arrêtée par un obstacle infranchissable.
- La main portée sur le périnée , reconnut une saillie qui
était formée par la pierre engagée dans la portion membra
neuse de l'urètre. - ;t , , , [! - | -- ,, , i . "

Le doigt, porté dans l'intestin rectum , fit découvrir que la


pierre occupait le bas-fond de la vessie , la prostate et la por
tion membraneuse de l'urètre. - -

• Dans cette circonstance , la lithotritie ne pouvait pas être


employée , car pour la pratiquer, il aurait fallu pouvoir re
pousser la pierre dans le bas-fond de la vessie, afin qu'elle
pût être saisie par l'instrument. º º | |
· Cela n'eût pas été possible, car la pierre , développée len
tement , était moulée sur les parties de ces organes. .
| La taille seule pouvait donc débarrasser le malade. .
, Il fallait choisir pour arriver à ce but , un procédé dans
lequel on n'emploierait ni un cathéter, ni le lithotome caché.
Le cathéter n'aurait pu être introduit dans la vessie que par
( 86 )
dessus la pierre, et cette opération que nous n'avons pas ten--
tée, aurait éprouvé une grande difficulté, parce que la pierre
remplissait la portion membraneuse du canal qui était dilatée
par elle. D'ailleurs, l'incision du canal n'offrait aucune diffi
culté, puisque la pierre servait de guide pour cette incision.
Le lithotome caché, introduit dans la vessie après l'incision
du canal , n'aurait pu être introduit qu'au-dessus du calcul ,
et par conséquent dans la partie la plus haute et la plus étroite
de la prostate. . " . : !
"* • -

L'opération recto-vésicale auraitpuêtre employée avec avan


tage, en incisant du même coup la partie inférieure de la pros
tate, la paroi supérieure de l'anus et le sphincter du rectum.
Nous avons préféré attaquer la pierre par les incisions
suivantes : ,t . . • 1 , · · ·
• . · · · · · · · · · .
Une incision prérectale fut faite au-devant de l'anus, dont
la convexité regardait en haut , et la concavité en bas. . -

Une seconde incision fut faite sur le raphé tombant perpen


diculairement sur la convexité de la première. Cette incision
divisa toutes les parties molles, situées au-devant de la pierre.
- La première incision divisa toutes les parties molles, au
devant de l'anus, jusqu'à la prostate. La prostate fut incisée
dans sa partie inférieure et médiane. Cette incision réunie à
la première qui avait divisé la partie membraneuse de l'urètre,
permit d'introduire des tenettes et d'extraire le calcul des ca
vités où il s'était formé. Les suites del'opération furent heureu
ses, et, trois semaines après, le malade quitta l'Hôpital, guéri,
Cette opération a donc été faite sans cathéter, ni lithotome
caché ; la première incision faite sur le raphé, et pénétrant
jusque dans l'urètre, n'aurait pu suffire à extraire le calcul,
car, plus développé dans la portion prostatique, il n'offrait dans
la partie membraneuse de l'urètre, qu'une portion saillante,
moins grosse que celle qui s'était formée dans la glande. .
Par l'incision de la taille prérectale, nous avons pu atta
quer la prostate par la partie inférieure et médiane , ce qui a
permis l'extraction facile du calcul qui n'aurait pu être faite
par l'une ou l'autre incision isolée., · | : ſi Q , #
·· ··: . ·· , , - -
( 87 )

ÉPI DE BLÉ
EXTRAIT DU CANAL DE L'URÈTRE ;
Par M. le Docteur DIEULAFOY, Membre résidant.

AU mois de novembre, est entré à l'Hôtel Dieu le nommé


X .., couché au n° 6 de la salle Saint-Pierre.
Cet homme portait une tumeur fluctuante au périnée, et se
plaignait de ne pouvoir uriner facilement. La fièvre était
forte , et les bourses infiltrées d'urine.
A l'aspect de la tumeur, il fut aisé de reconnaître que nous
avions affaire à une rupture du canal , dont les suites avaient
été les lésions que nous venons de décrire.
Le malade placé sur le bord du lit, les pieds placés sur deux
chaises, les cuisses écartées, nous fîmes au périnée et sur la
ligne médiane une incision qui s'étendait depuis la réunion
des bourses presque jusqu'à l'anus. Cette incision donna issue
à une grande quantité de sang et d'urine.
* D'autres incisions furent faites sur les bourses pour donner
issue à l'urine infiltrée. Le pus écoulé, j'introduisis mon doigt
dans la plaie du périnée , pour aller à la recherche du canal ,
et l'ouvrîr, suivant mon habitude , afin que l'urine pût couler
largement au dehors.
º Quel ne fut pas mon étonnement de rencontrer un corps sail
lant et dur : des pinces introduites le saisirent, et je retirai du
canal un épi de blé, que terminait à peu près un pouce de tige.
· Ce fut alors seulement que le malade nous avoua qu'il
avait introduit dans le canal un épi de blé qui lui avait
échappé, et qui par son séjour dans le canal, avait déterminé
les désordres dont nous venons d'être témoin.
Une sonde fut placée à demeure , et après quinze jours
passés à l'Hôpital , cet homme est sorti parfaitement bien
guéri , avec un canal nouveau , reformé sur la sonde,
( 88 )
— · · — · l —

| | || | , · , ;; · · · ·· ·.

OBSERVATION · · · · , ,, , !
r ;. , _ ' ' ,!

DE BASSIN OBLIQUE OVALAIRE |


-

? -
-
/ .
· · · · · · · · · ,
PAR CAUSE TRAUMATIQUE ; · · · · · · ·· ,

| Par M. le Docteur LAFORGUE, Membre résidant. .


| | | | | | | | -- · : ' · · · · · ·
-- 1 , , , , , , ! : ,: , ,, , . - i ! ' , ' - | | | n !"
LEs vices de conformation du bassin produisent plusieurs
espèces de rétrécissements, dont la plus remarquable est celle
que Naegelé a désignée sous le nom de rétrécissément oblique
ovalaire. D'après ce célèbre accoucheur , ce vice de conforma-'
tion ne serait jamais la conséquence d'une cause traumatique.
Voici comment il s'exprime sur ce point, dans son savant
Traité des principaux vices de conformation du bassin, et '
spécialement du rétrécissement oblique , traduit par le docteur
1: ! |. | | | | | | ;r , ! ,
Danyau. . | | | | | | | | | | |
· « Nous ne devons pas comprendre dans ce travail d'autres
difformités qui sont quelquefois cause de dystocie , comme on
en voit çà et là des exemples, telles que la luxation de la
cuisse, les fractures mal consolidées, etc. Sous le rapport de
la mogostocie, il faut ranger ces difformités dans les cas rares,
dans le champ des simples probabilités ou de l'imagination ;
ou bien il faut les comprendre dans les cas dont l'influenee n'a
point été appréciée, et qui, par suite d'une opinion préconçue
ou par d'autres motifs ont été mal interprétés. » : º b
Ainsi donc, pour Naegelé, le bassin oblique ovalaire est une
espèce à part qui ne peut être comparée à aucune déformation
semblable, produite par une autre cause pathogénique que
celle qu'il a décrite, et dont le caractère pathognomonique est
la soudure d'une symphise sacro-iliaque, t n o º! "
Cependant, ainsi que le fait remarquer Cazeaux , l'éminent
( 89 )
auteur du Traité d'accouchements, si prématurément enlevé à
la science et à la pratique, il existe bon nombre de bassins qui
offrent tous les caractères des bassins obliques décrits dans
l'ouvrage de Naegelé , et chez lesquels la déformation n'a pas
été produite par la même cause anatomique.
Le fait suivant, que j'ai observé à la Maternité, montre un
exemple de bassin oblique ovalaire dont la déformation a été
la conséquence d'une cause traumatique. Les circonstances
exceptionnelles au milieu desquelles s'est produite cette obser
vation qui a commencé et fini dans mon service, et dont tous
les détails me sont particulièrement connus , lui donnent une
valeur pratique que présentent rarement, d'une manière aussi
complète , les faits de ce genre.

La nommée Marie, âgée de 21 ans, était attachée, en qualité


de doméstique, au service de la Maternité de Toulouse. Cette
fille, bien constituée et d'une bonne santé, avait plusieurs fois
donné des signes d'unegrande surexcitation nerveuse, lorsque,
le 26 janvier 1859 , à la suite d'une contrariété relative à un
mariage, elle se précipita du haut de la fenêtre de l'infirmerie
de la Maternité dans la cour de l'Hôtel-Dieu. Cette chute d'une
hauteur de 12 mètres ne fut pas mortelle ; relevée dans un état
très-alarmant, elle fut transportée dans le service de Chirur
gie. Pendant deux jours sa situation parut désespérée ; mais,
contre toute attente, elle revint à elle , et lorsqu'elle eut repris
connaissance et qu'il fut possible d'examiner son corps, on
put constater, outre une fracture comminutive de l'olécrane
du bras droit, une fracture des os du bassin. Les douleurs dans
le bas-ventre et la région sacro-iliaque droite étaient si vives
que, pendant plusieurs jours, il fut impossible d'imprimer au
corps le moindre mouvement. Une tuméfaction considérable
du ventre et des symptômes d'une péritonite, d'abord par
tielle , puis générale, mirent cette fille dans un grand danger.
Elle résista à cette grave affection qui par sa violence parais
sait devoir être mortelle ; pour la seconde fois elle échappait
à la mort, grâce à sa vigoureuse constitution. Elle se remit
( 90 )
lentement de cette grave complication , et lorsque l'examen
du siége présumé de la fracture put être fait, on reconnut que
le rebord de l'os iliaque droit était dévié dans le voisinage de
la symphise sacro-iliaque droite. Les mouvements étaient si
douloureux, que l'on dut s'abstenir de mieux préciser la lésion
osseuse. Un bandage compressif fut appliqué sur le bassin,
afin de le maintenir dans l'immobilité. . º . -

La fracture du coude se compliqua d'accidents traumatiques


si graves, qu'elle attira toute l'attention pendant plus de deux
mois. Des abcès donnèrent issue à des esquilles , et la région
du coude fut le siége d'une vive inflammation. Grâce aux soins
qui lui furent donnés et à sa forte organisation, cette fille
triompha de toutes ces complications , et elle ne tarda pas à
se rétablir. Six mois après sa chute , elle était assez bien
remise pour marcher à l'aide de béquilles, et le 3 août de la
même année, elle fut évacuée à l'Hospice général de la Grave,
à cause de son état d'infirmité , par suite de l'ankylose du
coude droit et de la faiblesse des extrémités inférieures. .
Après cette cure extraordinaire , nous perdîmes de vue
cette malade. Nous l'avions considérée comme infirme pour le
reste de ses jours, et nous pensions que son admission à
l'Hospice serait définitive, lorsque deux ans après, en 1861,
elle se présenta à l'Hôtel-Dieu dans un état avancé de gros
sesse. Nous apprîmes alors que, quelques mois après son entrée
à l'Hospice , elle avait voulu sortir de cet établissement , et
son humeur aventureuse étant revenue avec sa santé, elle
n'avait écouté aucun conseil et elle était partie pour Marseille,
où vingt-un mois après l'accident de la Maternité, elle deve
nait enceinte. Souffrante , et craignant les suites de sa gros
sesse , elle se hâta de revenir à Toulouse , et elle sollicita son
entrée à l'Hôtel-Dieu où, après sa tentative de suicide, elle
avait recouvré sa guérison. . , * " . ): .

Elle fut admise provisoirement dans le service des fiévreu


ses , d'où elle fut évacuée à la Maternité, le 6 juillet 1861.
Depuis plusieurs jours elle éprouvait des douleurs qui indi
quaient le moment prochain de l'accouchement. Sa santé
( 91 )
générale était bonne; la grossesse, douloureuse pendant les
trois premiers mois, n'avait pas été trop pénible : le repos et
des bains fréquents avaient beaucoup amélioré son état pendant
son séjour à l'Hôpital. Elle ne connaissait pas l'époque à
laquelle était arrivée sa grossesse ; primipare , elle manquait
d'expérience sur ce point. De plus, la menstruation était sus
pendue quand elle devintenceinte. D'après ses renseignements,
elle était à peu près à terme, et le toucher confirmait ses pré
visions. - : • • -

, Connaissant les antécédents pathologiques de cette fille ,


nous étions préoccupés de la manière dont se terminerait cet
accouchement et de ses suites.
La déformation du bassin était très-marquée , même à l'ex
térieur ; la crête iliaque droite était plus élevée que celle du
côté gauche, elle était saillante et déjetée en arrière, où elle
faisait une saillie insolite ; une légère claudication était la
conséquence de cette déviation.
L'examen par le toucher fournissait des renseignements
plus positifs. Je constatai que le détroit inférieur était norma
lement conformé. L'excavation ainsi que le détroit supérieur
étaient amples à gauche et rétrécis à droite. Les dimensions
de la moitié gauche du bassin paraissaient augmentées de ce
qu'avait perdu la moitié droite. Du reste, le rétrécissement
du côté droit du détroit supérieur ne paraissait pas être assez
considérable pour s'opposer à la sortie de la tête du fœtus. Les
résultats favorables de cet examen , sans dissiper mes appré
hensions , me permirent d'espérer un accouchement moins
laborieux que celui auquel je m'attendais. Je fis partager mes
espérances à la malade qui, très-inquiète sur son sort, reprit,
avec la confiance , toute son énergie. -

· Le 7 juillet, le travail de l'accouchement était commencé ;


toute la journée et la nuit se passèrent sans que la dilatation
fît de grands progrès. Le 8, à ma visite du matin, je constatai
que la tête était au détroit supérieur en position directe ,
occipito-iliaque antérieure ; la dilatation n'était qu'au 1/4 ;
les contractions étaient bonnes , les membranes étaient rom
( 92 )
pues : la marche du travail, quoique lente, n'était pas défavo
rable. Je prescrivis d'attendre et de me prévenir si quelque
changement s'opérait avant mon retour que j'avais fixé à cinq
heures du soir. | | || | "
A ma deuxième visite , la dilatation avait fait des progrès ;
la tête était engagée au détroit supérieur et, comme je l'avais
prévu, sous l'influence des fortes contractions qui avaient eu
lieu pendant la journée, elle s'était engagée dans la moitié
gauche du bassin. Elle était encore trop élevée pour terminer
l'accouchement, et l'état de la patiente étant satisfaisant, je
donnai rendez-vous à neuf heures du soir aux élèves en Méde
cine qui suivaient avec un grand intérêt les péripéties de cet
accouchement. A neuf heures, la dilatation étant suffisante et
la tête faisant saillie dans l'excavation , quoiqu'elle fût encla
vée au détroit supérieur, je considérai le moment propice
pour terminer l'accouchement par l'application du forceps.
La patiente perdait ses forces , et elle demandait avec instance
que l'on mît un terme à ses souffrances. ' ' ' ''
· L'application du forceps ne fut pas difficile ainsi que j'au
rais pu m'y attendre. J'éprouvai bien quelque difficulté à
placer la branche droite, mais j'y parvins sans trop de peine,
et surtout avec tout le ménagement que je devais m'imposer ,
après les accidents dont la cavité pelvienne avait été le siége.
L'extraction fut très-laborieuse et exigea de grands efforts
pour vaincre la résistance opposée par le rétrécissement du
côté droit du détroit supérieur au dégagement de la bosse pa
riétale droite. Secondé par les contractions qui se réveillèrent
et par les efforts d'expulsion de la patiente , le forceps étant
solidement appliqué , j'amenai par une forte traction la tête
dans l'excavation ; le dégagement de la tête du détroit supé
rieur s'accompagna d'un bruit sec qui fut entendu des aides et
qui produisit une secousse du forceps. J'eus la sensation de la
rupture d'une bride dans la région sacro-iliaque droite. Dès
ce moment, l'extraction se fit avec la régularité ordinaire, et
je retirai un garçon volumineux qui était en état d'asphyxie,
mais qui put être rappelé à la vie. * . "
( 93 )
La patiente supporta avec beaucoup d'énergie ces manœu
vres, et après la délivrance, elle fut couchée à l'Infirmerie
sans accident et dans un état de bien-être très-satisfaisant.
Les premiers jours qui suivirent l'accouchement furent assez
favorables ; mais le septième jour, la fièvre augmenta d'inten
sité ; le ventre se ballonna et la région hypogastrique sur la
quelle avaient été appliqués des cataplasmes et de l'onguent
mercuriel afin de prévenir l'inflammation, devint douloureuse
et tendue. Des sangsues placées dans les régions iliaques et
des calmants à l'intérieur parurent pendant quelques jours
avoir conjuré le danger : l'inflammation, bornée dans le bassin
et l'hypogastre, ne s'était pas propagée, ainsi que nous avions
tout lieu de le craindre. La pelvi-péritonite était modérée,
mais nous ne pouvions nous dissimuler sa gravité à cause des
lésions dont la cavité pelvienne était le siége , malgré tous les
moyens qui furent mis en usage (opiacés, sulfate de quinine,
alcoolature d'aconit, &c.), des accès fébriles symptomatiques
de la suppuration ne tardèrent pas à se déclarer, et leur per
sistance ne nous permit pas de nous faire longtemps illusion
sur la nature de l'affection pyoémique. . | | | | | |
· La malade résista assez longtemps à l'infection purulente ;
un mieux sensible s'était même montré à la suite d'une éva
cuation purulente due à l'ouverture d'un abcès pelvien dans le
rectum : mais les altérations morbides étaient trop profondes
pour que la résorption pyoémique s'arrêtât dans sa marche
fatalement progressive, ct la malade succomba le 9 août 1861,
trente jours après l'accouchement. . | | .
L'autopsie nous révéla l'existence de grands désordres dans
l'intérieur du bassin, · | | | | | | | | | | | | " | || | | | | | | -
· Les organes contenus dans la cavité pelvienne étaient con
fondus dans un magma d'adhérences.. Ces adhérences for
maient comme un diaphragme entre le détroit supérieur et la
cavité aldominale ; elles s'étendaient dans les fosses iliaques
et au niveau de la quatrième vertèbre lombaire. Le péritoine
et les organes situés au-dessus de ces adhérences n'étaient pas
altérés. · · n1 , , ,
-

, , ' l r iº *
•s
( 94 )
ºu En détachant les adhérences pelviennes, on constatait que
le sommet de l'S iliaque du colon était confondu avec la face
postérieure de l'utérus et le rectum. Les faces antérieures de la
vessie et de l'utérus étaient couvertes de fausses membranes
épaisses. - | | \

Un large foyer purulent existait entre le sacrum et le rec


tum qu'il déborde de chaque côté. Cette cavité renferme des
débris plastiques, du pus et des caillots sanguins anciens. Le
tiers supérieur du sacrum et la dernière vertèbre lombaire,
dans le point correspondant à l'angle sacro-vertébral sont dé
nudés et recouverts de pus. Ce foyer purulent remonte sur le
côté latéral droit de la quatrième vertèbre lombaire et de l'ar
ticulation sacro-iliaque. En bas , il communique largement
avec la cavité du rectum, à quatre travers de doigt de l'orifice
anal.
- Un second foyer purulent existait entre le vagin et la face
interne de la branche ischio-pubienne. L'os était dénudé dans
- ce point et ramolli. Il n'y avait pas de communication entre
| ce petit foyer et le vagin. ' ' | ' | º"
La surface interne de l'utérus ainsi que la cavité du vagin
ont une couleur ardoisée ; les parois ont leur consistance nor
male; ces organes ne sont pas altérés ; pas de trace de phlé
· bite , ni d'inflammation utérine. · · · · · · , , *

La matrice , la vessie et le rectum ne participent aux désor


dres qui existent dans la cavité pelvienne que par les points
de leur surface externe qui sont en contact avec les foyers
purulents. -

Telles étaient les graves altérations qui existaient dans la


· cavité du bassin. Ces altérations correspondent à des lésions
osseuses que la préparation du bassin faite avec un grand soin
· nous a permis de constater. Ce sont des fractures multiples,
| consolidées avec déplacement des fragments osseux, qui ont
donné au bassin la forme oblique ovalaire. La figure ci-jointe
montre la ressemblance qui existe entre le bassin décrit par
Naegelé et celui qui fait le sujet de ce travail. Cette similitude
de forme a été constatée par plusieurs anatomistes compétents,
( 95 )
qui ont vu ce bassin dans les collections de l'Ecole de Médecine
de Toulouse, où je l'ai déposé. · · · · -i , -

| | | | |

- | \ i - -
- l - - r -0 | // iio
· · · u· nel \ \ || | '
- | | | | ; º | N - - -

, , , , ºn ſuſu0 -

| | | | |

Le dessin indique si bien la forme de ce bassin, que la des


- cription en est inutile : elle serait, du reste, insuffisante pour
, en donner une idée exacte. Cette déformation est la consé
quence d'une double fracture de l'os iliaque droit. Cet os est
· fracturé en arrière près de l'articulation sacro-iliaque ; et en
avant à la branche ischio-pubienne au niveau de la cavité
cotyloïde droite, qui est érodée dans son côté interne. Une
troisième fracture existe dans le corps du pubis de l'os
- iliaque gauche ; elle est dirigée verticalement et intéresse la
- branche horizontale du pubis , le trou obturateur dans le
quel elle pénètre et la branche ischio-pubienne au-dessus de
l'ischion. -

· Ces trois fractures sont consolidées; la fracture iliaque droite


· postérieure, forme un cal saillant, par suite du déplacement
, des fragments dont l'externe s'est porté en haut et en dehors ;
une échancrure située sur la crête iliaque est le résultat de
l'écartement des deux fragments, par suite du déplacement
qu'ils ont subi pendant le travail de consolidation.
· Le péritoine pelvien avait contracté des adhérences avec les
points fracturés ; la rupture de ces adhérences pendant l'ex
traction du fœtus a été le point de départ des lésions consta
v |? : ^ • v
(» 96 ) •

tées à l'autopsie..: foyers purulents


0SS0UlS0S. .. , ,
et dénudation
, , i
des surfaces
, irob , zºº ,
Les mesures prises sur ce bassin et comparées à celles d'un
bassin normal, donnent les dimensions suivantes : |
· · ·· · , ·e , , , , , , , , , , , ( Bassin | Bassin !
| … | -- . - ' .. ., , , oblique. normal. .
1° Du milieu de l'angle sacro vertébral à ºº "
l'épine antéro-supérieure gauche..... .... 13 c. 12 c.
Id. A l'épine antéro-supérieure droite. .. 14 c. 12 c.
2° Du milieu de l'angle sacro-vertébral à " " " |
la partie supérieure de la cavité cotyloïde " " "
gauche. .. .......................... 10 c. 10 c. |
Id. à la cavité cotyloïde droite..... .. .. 6 c. 10 c. " #

3° Une ligne droite tirée du milieu de l'an


gle sacro-vertébral et prolongée vers le pubis
aboutit
cet os, sur
à 2la centimètres
branche horizontale droite du
de la symphise de )
|
•1 , 2ſ,( |1- ,| / ||

| ||| | | | 1 -- i · |
pubis.
4 t · · · · · • - 5 ', '. s ilia | •
, , , , , , , , , , , , ,! ) ) º4 , º -
1

4° Écartement des deux epines llaques | -0 - .


- - - * ; · ·· ·· · ,|! ' º - . '' ' ^ ' - a

antéro-supérieures. ........... .. ... ... 24 c. 21 c.


| 5° Dimensions des diamètres du détroit º-1 ; ) | | | | | ! :) :

supérieur : ' . ' . '. | -- 1 .. | | | | | . .. | | | | . .. ti ! '


Diamètre antéro-postérieur : ...,.... 10 c. 11 c. .
Diamètre oblique gauche. . , ... .. ... : 13% 12 c,
- - droit. .. :: ... : . :: . : 10 c. - 12 c. ,
- — transverse. ... ... ... 12 c. 13 /,

De la comparaison de ces dimensions, il résulte que le bas


sin oblique, par suite des fractures des os iliaques, est plus
large dans la moitié gauche qu'un bassin normal , d'un centi
mètre et demi. -

La moitié droite est rétrécie de deux centimètres dans le


diamètre oblique ; mais ce rétrécissement est de quatre centi
mètres entre l'angle sacro-vertébral et le point correspondant
à la cavité cotyloïde droite.
Le déplacement des fragments, consolidés dans une position
( 97 )
vicieuse, a produit trois centimètres d'écartement des crêtes
iliaques, dont la droite est déviée en haut et en arrière.
:* - t - º - | " 1 " !• • • • : • *• 1*
En résumé : '' '
Une fille bien constituée et âgée de 21 ans se précipite
d'une hauteur de douze mètres : elle se fracture, dans cette
chute, les deux os iliaques dans trois points. Ces fractures se
consolident d'une manière vicieuse et donnent lieu à une
déformation du bassin. Vingt-un mois après cet accident ,
cette fille devient enceinte. Elle accouche à terme, trente mois
(deux ans et demi) après la chute. Cet accouchement déter
mine la rupture des adhérences fibreuses qui s'étaient établies
entre les os fracturés et le péritoine enflammé. Une pelvi
péritonite suppurée est la conséquence de cette rupture : des
foyers purulents se forment dans les points correspondants
aux lésions osseuses et donnent lieu à une infection purulente.
Le bassin fracturé présente la forme oblique ovalaire par
suite de la consolidation vicieuse des trois fractures intéressant
les deux os iliaques, et offre une grande ressemblance avec le
bassin décrit par Naegelé. C'est donc un bassin oblique ova
laire par cause traumatique dont les annales de la science
renferment peu d'exemples aussi authentiques que celui dont
j'ai l'honneur de montrer le dessin photographique à la
Société de Médecine, et dont l'original est déposé dans les
collections de l'École de Médecine de Toulouse. -
( 98 )

QUELQUES M0TS

SUR LA CONGESTION CÉRÉBRALE ;


Par M. le pºur LAroNr-coUzy, Membre radant :
, ! !1 : • !
-

, , *

JE ne sais, Messieurs , si vous avez ressenti l'anxiété que


j'éprouvai , il y a quelques années , après que le professeur
Trousseau eut déclaré à la tribune de l'Académie de médecine
que la congestion cérébrale sanguine essentielle était extrême
ment rare ; que le plus souvent le Médecin était trompé par
l'apparence , et prenait pour une congestion cérébrale des
attaques d'épilepsie à forme comateuse. - -

Emise d'une manière générale, cette opinion pouvait avoir


de l'utilité , afin d'éviter les saignées intempestives ; mais
l'insistance du professeur Trousseau à signaler les fâcheux
effets des pertes de sang chez les épileptiques, rapprochée
de ce que nous ont appris les Médecins aliénistes sur la para
lysie progressive , conduiraient le praticien à ne plus oser
faire usage de la lancette ou des sangsues. - -

En effet, si on réfléchit aux congestions cérébrales d'appa


rence sanguine unanimement signalées par les aliénistes comme
un des fréquents accidents de la paralysie progressive, même
à son début, alors que le sujet paraît jouir de la santé la plus
parfaite et de toute sa raison, on deviendra bien hésitant
auprès des malades atteints de congestion cérébrale.
Je n'ai pas la prétention de dissiper ces doutes , ces hési
tations ; laissant de côté les idées théoriques, et restant dans
les étroites limites de l'observation des phénomènes morbides
et de l'effet des moyens curatifs, j'espère montrer qu'il est des
cas certains , incontestables , où la saignée a été utile et a
sauvé le malade.
( 99 )
-La-femme C. .. , logée rue des Chapeliers , mère de quatre
enfants, est âgée de cinquante-quatre ans; sèche, maigre, de
petite taille, habituellement bien portante, elle a vu ses règles
cesser il y a huit ans. Le 2 décembre 1844, je suis appelé par
sa fille aînée , qui me raconte qu'elle a été réveillée dans la
nuit par sa mère, qui s'agitait dans son lit : qu'elle l'a trou
vée découverte, regardant de tout côté, mais ne parlant pas
et ne paraissant pas entendre les paroles qu'on lui adressait.
Je la trouve dans le même état : le corps et les pieds ont
la chaleur normale, la tête est un peu chaude, les yeux sont
brillants, le pouls est calme , régulier, nerveux ; la sensi
bilité est intacte. Des cataplasmes sinapisés sont promenés
sur les extrémités; je purge la malade à deux reprises sans
obtenir aucun amendement ; les anti-spasmodiques amènent
. une légère détente; le 5° ou 6° jour, la malade peut se lever,
mais elle est idiote, et n'a pas recouvré la parole depuis
l'invasion du mal.
Les parents me sollicitent de faire une saignée; ne voyant
aucune indication précise pour pratiquer une émission san
guine , je m'y refuse , et je réclame les conseils du docteur
Marchant.
Notre honorable Confrère partage mon avis de ne pas sai
gner la malade, et croit que les bains tièdes très-prolongés
conviennent particulièrement ici pour vaincre l'éréthisme.
La malade était très-agitée le jour de la consultation. Il fut
convenu que des fomentations froides seraient maintenues sur
la tête pendant la durée du bain , et que si on n'obtenait pas
d'amélioration, on ferait une application de sangsues à l'anus.
Ce traitement fut mis en usage pendant quinze jours, et
n'amena aucun changement. Les embarras causés à cette famille
peu fortunée par l'emploi des bains et par l'indocilité de la
malade , qu'il fallait maintenir de force dans la baignoire ,
firent abandonner le traitement.
La prétendue Médecine Raspail commençait alors la vogue
dont nous avons vu l'apogée et le déclin. On usa et on abusa
sur la femme C... du camphre et de l'eau sédative , et, en
( 100 )
fin de compte, le mari et la fille vinrent me solliciter de faire
une saignée. J'accédai à leur désir , le lendemain 17 jan
vier 1845 , à moitié convaincu par la persistance d'un symp
tôme, la chaleur constante de la tête et un peu de dureté dans
le pouls. - • • • • : , *

Trois cent cinquante grammes de sang environ avaient


coulé de la veine, lorsque la malade fit une large inspiration
et dit : Enfin , soun pla miliou. Je laissai encore couler 150
grammes de sang , et j'arrêtai la saignée. . • ' ,

Cette femme causa immédiatement après avec calme et


raison ; toute agitation avait cessé, et dès le lendemain elle
reprenait son travaîl habituel dans son petit ménage. , ,
Il est constant que cette femme n'a pu parler du 4 décem
bre 1844 au 17 janvier 1845 ; que, pendant cette période ,
elle n'a pas paru comprendre les paroles qu'on lui adressait ; .
qu'il a fallu la faire manger ; bref, toute raison, toute intel
ligence avaient disparu ; une sorte de grognement guttural est
le seul son que sa bouche put articuler. .. , , ,
Le 11 juin 1845 , la fille C... vint à la hâte me chercher.
La mère venait d'ètre atteinte des mêmes accidents : perte de
la parole et de l'intelligence , agitation modérée ; je constatai
tous ces accidents , et me hâtai de pratiquer une saignée du
bras de 500 grammes. Dès la fin de la saignée, comme la
première fois, tout rentra dans l'ordre. -

Les mêmes troubles fonctionnels nécessitèrent le même trai


tement aux époques suivantes : . .
3 Septembre 1845 ; — 17 février, 12 avril , 10 août ,
27 décembre 1846 ; — 10 mai , 6 août 1847 ; — 6 mai ,
24 juillet 1848 ; — 15 mai, 15 septemhre 1849 ; — 8 jan
vier 1850. • • • • • • |

Les trois ou quatre congestions cérébrales qui suivirent la


première m'offrirent des symptômes parfaitement identiques ;
mais bientôt M" C... apprit à connaître qu'une nouvelle con
gestion êtait imminente aux caractères suivauts : la voix
devenait rauque et difficile, la parole brève , les yeux bril
lants, et très souvent la langue proéminait entre les lèvres,
( 101 )
légèrement serrée par les dents vers une des commissures ,

enfin , la malade s'asseyait au coin du feu dans l'immobilité,


négligeant les affaires les plus urgentes. Je pratiquais une
saignée, et le calme revenait pour 5 à 6 mois; le calme n'a
duré quelquefois que 3 mois. º º º ' -

Le 1ºr mars 1850, l'aphonie est complète ; il y a pros


tration : la respiration est difficile, la peau est froide. -
L'auscultation ne permet de constater rien autre chose que
des râles muqueux et la faiblesse des bruits respiratoires ; je
fais appliquer des vésicatoires aux jambes, et dans la soirée
huit sangsues à l'anus. . '
· C'est tout ce que je trouve sur mes notes pour ce jour-là
et les suivants : j'étais en ce moment absorbé par la maladie
de mon père " " " " | | |
· Le 19 octobre 1850 , je suis appelé. La malade est dans
le coma ; une saignée pratiquée immédiatement ne produit
aucun effet favorable; des lavements purgatifs n'amènent point
1

de changement. " ' ' ' ' ' ' ' ' ,
Il fut convenu , dans une consultation qui eut lieu le len
demain, que le calomel serait administré à haute dose. Des
selles diarrhéiques furent la conséquence de cette médica
tion ; mais le coma persista. De larges vésicatoires aux jambes
furent tout leaussi
convulsion inefficaces , et la malade s'éteignit
26 octobre. • * · · ·
• -· ·
sans·
Je pourrais joindre à cette observation l'histoire d'une
famille, chez laquelle la pléthore sanguine a produit hérédi
tairement chez certains membres des congestions cérébrales,
chez d'autres des congestions pulmonaires.
· M. B... était âgé de cinquante-deux ans, en 1843 , lorsque
je fus chargé des soins de sa santé. ^ |
Doué d'un tempérament lymphatico sanguin extrêmement
marqué, ce monsieur est sujet depuis l'âge de trente ans à
un flux hémorroïdal très-abondant , assez régulièrement
mensuel. ' ' · ·
| M. B... m'assura à mes premières visites que l'hémorragie
anale était encore tout aussi considérable qu'à l'âge de trente
( 102 )
ans ; il est sourd depuis trente ans , et la surdité s'est décla
rée à la suite de la guérison d'une maladie dartreuse.
Pendant trois ans, le flux hémorroïdal débarrassa l'orga
nisme de l'excès du sang ; mais en 1846 , après plusieurs
tournoiements de tête, une congestion cérébrale renverse le
malade dans sa chambre. Je fis une large saignée , et les jours
suivants je purgeai à deux reprises, et la santé fut à peu près
bonne pendant deux ans ; en 1848 , les mêmes symptômes
d'hyperhémie cérébrale se reproduisirent et persistèrent pen
dant une quinzaine de jours ; je fus encore forcé de recourir
à la phlébotomie. . , ! · · , · · l, . ' ' ,i!
, , , ,

En 1851 , une congestion sanguine foudroie le malade et le


renverse dans la rue; je fais une nouvelle saignée et tout rentre
dans l'ordre : il est à noter que le sujet a éprouvé pendant deux
jours seulement, de la pesanteur de tête et des tournoiements,
et que le flux hémorroïdal n'a rien perdu de son activité.
, Une congestion cérébrale eut lieu en 1855, et produisit
une chute , dans laquelle le malade se fit une large entaille au
front, une branche de l'artère temporale fut ouverte et donna
lieu à une hémorragie considérable, que je laissai aller jus
qu'à ce que le pouls faiblit. , • • • • !

Depuis cette époque, les mouvements sanguins vers la tête


ont diminué de violence , mais se sont reproduits de temps à
autre , sans jamais amener de perte de connaissance. Ce ma
lade a succombé par suite d'une pneumonie, à la fin de 1861.
M. B... a eu quatre enfants; trois ont offert à des degrés
variables des symptômes et des accidents provoqués par l'hy
perémie. Je vais énumérer très-succinctement les diverses
affections que j'ai eues à soigner. ,
ne demoiselle a succombé à trente-quatre ans, par suite
d'hémoptysies multipliées; il existait bien çà et là quelques
cavernes dans le tissu pulmonaire, mais la malade n'a point
succombé à la fièvre hectique. . | | | | | | | | | |
· Le fils aîné a été, dès l'âge de dix-huit ans, fatigué par le
sang : à vingt ans, une pleuro-pneumonie ne put être arretée
que par trois saignées dans une nuit. i , b , ni m !
( 103 )
Mon père avait , la veille, été opposé à la saignée que je lui
proposai, espérant triompher par l'emploi de l'émétique ; il
fallut se résoudre, au milieu de la nuit , à pratiquer une sai
gnée; l'anxiété respiratoire était extrême, l'asphyxie imminente;
j'avais quitté le malade depuis une heure à peine , lorsque je
fus rappelé , la respiration était redevenue difficile, la car
dialgie avait reparu, le père et la mère réclamaient à grands
cris une saignée que je pratiquai. Le calme le plus complet
succéda. J'attendis dans la chambre du malade ; vers cinq
heures du matin, la cardialgie et l'oppression se déclarèrent de
nouveau avec peu d'intensité , progressivement l'un et l'autre
augmentèrent au point de me forcer à rouvrir la veine une
troisième fois ; je noterai que la convalescence fut rapide.
/ A vingt-sept ans , il contracte un chancre induré , et entre
à l'Hôpital militaire de Lyon, environ un mois et demi après
l'apparition du chancre, parce qu'il souffre de la vue qu'il a
beaucoup fatiguée en réglant la comptabilité trimestrielle ; on
lui administre deux pilules de proto-iodure de mercure pur ,
néanmoins il est pris du 10° au 15° jour d'atroces douleurs
dans l'orbite gauche et le front : sangsues à l'anus , onctions
mercurielles , vésicatoires répétés à la tempe, calomel à haute
dose, tout échoue , jusqu'au 12° jour où le calme revient ,
mais le malade s'aperçoit qu'il a complétement perdu la vue
de l'œil gauche ; il vient aussitôt en congé dans sa famille.
i J'examinai l'œil : point d'injection vasculaire, extrême
dilatation et immobilité de la pupille ; notre confrère et ami
le docteur Atoch examine l'œil à l'opthalmoscope et reconnaît
un foyer hémorragique qui a produit un caillot et des désordres
considérables dans la rétine ; le malade ne nous offre aucun
symptôme syphilitique ; j'examine minutieusement la gorge ,
l'anus , l'appareil génital, toute la surface du corps; les gan
glions cervicaux offrent seuls un engorgement douteux, car on
a appliqué des vésicatoires aux environs, et ils me semblent
manquer de cette rénitence spéciale aux adénites syphilitiques.
· Il est à remarquer que depuis cette époque (1854), le
tempérament de cet officier a changé, et loin d'offrir des
( 104 )
signes de pléthore, il semble pencher vers la chlorose. Phé
nomène explicable par l'influence altérante du virus syphiliti
que sur le sang, et cependant neuf ans se sont écoulés depuis,
sans qu'aucun symptôme se soit manifesté. · º · "
Un second fils est légèrement atteint de surdité, mais vigou
reusement constitué, il éprouve de temps à autre des mouve
ments sanguins qui forcent de recourir à la saignée. .i
Le plus jeune des quatre enfants est une fille assez bien
portante, douée d'un tempérament lymphatico-sanguin que le
sang ne fatigue pas. . ' º º º º | | \ ºº
º Les faits que je viens de raconter offrent le degré de certi
tude nécessaire pour éloigner tout soupçon d'épilepsie, même
au degré le plus léger ; ils permettent d'affirmer que si la con
gestion cérébrale essentielle est rare , elle ne saurait être niée,
malgré les affirmations contraires du professeur Trousseau. )
· Dans sa leçon clinique 1862, le Médecin de l'Hôtel-Dieu de
Paris, déclare : que si dans les premières années de sa prati
que, il avait cru voir un assez grand nombre de congestions
apoplectiformes , il n'en voyait plus depuis longtemps. : '

DES PURGATIFs;
Par M. EMILE QUANTIN, D.-M. à Paris, Candidat correspondant.

RAPPoRT sUR CE MÉMoIRE (1).

NoUs venons vous rendre compte d'un Mémoire envoyé par


M. le docteur Quantin , à l'effet d'obtenir de notre Compagnie
le titre de Membre correspondant. º ' . . / ºu -
Ce travail comprend dix-neuf pages de manuscrit, dont les
quatre premières sont employées à fixer le sens du mot pur
gatif, et à proposer une classification des substances aux
----─ º º º º º º º º ! " '
(1) Commissaires : MM. Butignot, Filhol, et Cuaue, Rapporteur. ºi ' '
( 105 )
quelles cette épithète peut s'appliquer. Le reste de l'œuvre est
une étude sommaire des purgatifs les plus employés.
Tel est, en abrégé, le tableau des matières qui constitneut
ce Mémoire. Nous allons maintenant reprendre en sous-œuvre
chacune des parties qui le composent , et vous faire part des
impressions que nous a laissées leur lecture.
Et d'abord, parlons de la définition. M. Quantin commence
par nous apprendre que , selon M. Scroff, les purgatifs sont
des médicaments qui, en augmentant la sécrétion et le mouve
ment péristaltique du tube intestinal, donnent lieu à l'évacua
tion, par l'anus, des matières qui sont naturellement dans l'in
testin et de celles qui sont nuisibles. L'auteur trouve cette expli
cation mauvaise, « Il n'est pas besoin , dit-il , pour qu'il y ait
purgation, qu'il y ait accumulatuon dans l'intestin de ma
tières salutaires , morbides ou nuisibles. » Il préfère admettre ,
suivant M. Bouchardat, que les purgatifs sont des médica
ments qui facilitent ou augmentent les évacuations alvines d'une
manière notable , mais cela ne le contente pas non plus.
Il lui semble, qu'ainsi caractérisés, les purgatifs compren
nent dans leurs rangs plus que des médicaments, et qu'on
peut encore y faire entrer certaines causes morales, telles que
la frayeur et les émotions vives, toutes choses qui augmentent
singulièrement les sécrétions alvines. Nous ne saurions ad
mettre que M. Bouchardat ait pu aller jusque là, c'eût été
confondre des objets et des états particuliers qui ne peuvent
pas l'être ; et certainement le savant Pharmacien de l'Hôtel
Dieu n'a pas commis cette faute ; aussi ne trouverons-nous
pas que M. Quantin ait été bien inspiré en modifiant les don
nées de M. Bouchardat.
º Suivant lui, les purgatifs employés à titre de remèdes sont
des médicaments qui , mis en contact avec la muqueuse in
testinale, augmentent la sécrétion de celle-ci d'une manière
notable. M. Quantin trouve cette définition trop longue : nous
sommes de son avis : et cela avec d'autant plus de raison , que
dans l'essai dont nous vous entretenons il a eu l'occasion de
faire de fréquents emprunts à MM. Trousseau et Pidoux , et
( 106 )
qu'il a certainement lu dans leur livre qu'on désigne sous le
nom de purgatif tous les médicaments qui donnent lieu à la
diarrhée. Nous bornerons là ce qué nous avons à dire sur cette
première partie du travail , mais nous croyons en avoir assez
parlé pour qu'on puisse se convaincre que les manières de voir
qui s'y trouvent consignées ne révèlent aucune idée neuve sur
le sens qu'il faut attacher au mot purgatif.
Il en sera de même de la classification. M. Quantin, après
avoir rappelé sommairement les idées'des anciens à ce sujet,
idées purement et simplement reproduites par MM. Trousseau
et Pidoux , propose d'abandonner les classifications anciennes
pour les remplacer par les suivantes : || | | | | b ;
Purgatifs administrés par la bouche; b | || | )
| Purgatifs administrés par le rectum. , , , , , ,.J
, , Ces derniers se subdivisent en lavements purgatifs et en sup
positoires purgatifs. Enoncer une classification pareille, c'est
la réfuter; Car, outre qu'elle fait mépris de toutes données
scientifiques, elle a l'inconvénient de blesser les règles de la
logique la plus vulgaire. Qui ne voit, en effet , qu'on peut
faire affecter ces trois formes à la majeure partie des subs
tances purgatives, et que dès lors les catégories que M. Quantin
a voulu établir sont remplies de doubles emplois ? . "
Que verrons-nous à présent si nous passons en revue l'histoire
naturelle et médicale des quelques substances dont M, Quantin
a esquissé le tableau?Des notions incomplètes,et souventinexac
tes, et des erreurs du genre de celle-ci : « On appelle séné, ou
» follicules de séné, les folioles de plusieurs arbustes apparte
» nant au genre Cassia.» Or, les follicules sont desfruits, et les
folioles de petites feuilles, toutes choses si différentes qu'on ne
les confond plus après les avoir vues une fois Notons enfin cette .
phrase, qui, à propos des lavements, renverse, mieux que nous
n'aurions pu le faire, toute l'économie de la classification dont
il vient d'être parlé : Presque toutes les substances qui s'admi
nistrent par la bouche peuvent aussi s'administrer en lavements ;
Cette juste critique ne nous permet pas de vous présenter
des conclusions favorables à la candidature de Mc Quantin.
( 107 )

| | | HYGIÈNE
v - DES OUVRIERS OCCUPÈS DANS LES FILATUREs ;
-
| º . -

* :! | ' s Par M. EMILE QUANTIN.


RAPPonT sUR CE MÉMoIRE ().


..... L'auteur divise son sujet en deux parties. Il s'occupe,
dans la première, de la manière de vivre des ouvriers en général,
et il donne, dans la seconde, des règles hygiéniques spéciales.
Chaque partie est divisée en plusieurs chapitres.
Le premier constate, d'une part , l'insalubrité à peu près
ordinaire des ateliers, et de l'autre, la funeste habitude qu'ont
les ouvriers de rester toujours dans la même position en tra
vaillant. M. Quantin attribue à ce dernier fait ces malheureuses
déformations dont les filateurs sont si souvent atteints, et
qu'ils éviteraient en se servant indifféremment de l'une ou
l'autre de leurs mains dans les diverses opérations de leur art.
Ensuite, il règne dans les ateliers une poussière perma
nente qui, par sa finesse, pénètre aisément dans les bronches
et cause par là des maladies plus ou moins graves de l'appa
reil respiratoire. M. Quantin conseille aux ouvriers de ne
jamais séjourner dans les ateliers, en dehors des heures de tra
vail, et d'ouvrir les fenêtres pendant ces intervalles de temps,
afin que l'air puisse se renouveler.
« Cette poussière a un autre inconvénient ; elle se dépose sur
les vêtements, qu'elle salit, et sur la peau, où elle s'im
prègne d'humidité, et dont elle gêne ainsi les fonctions. Les
ouvriers filateurs n'oublieront donc pas que la propreté est
pour eux une mesure hygiénique de première nécessité. Cette
poussière peut aussi hâter la chute des cheveux en s'accumu
lant sur leurs racines. . ' ' ' ' ' ' ' ' '
— —- º ! ui - ( 11 : - -

(1) Commissaires : MM. Roque-d'Orbcastel, Butignot, et Cazae, Rapporteur.


( 108 )
La nourriture des ouvriers employés dans les filatures est
malsaine et insuffisante : tel est te fait que M. Quantin établit
dans son second chapitre, et, pour obvier à cet inconvénient ,
ii propose aux patrons de donner à leurs employés le repas
de midi, moyennant une légère retenue opérée sur leur sa
laire. Il entre dans la composition du menu de ce diner, où
il voudrait voir figurer du vin et des viandes grillées ou rô
ties, et surtout une soupe grasse. - - . | -

La conduite morale des ouvriers termine la série des points


étudiés dans la première partie de ce travail.
On ne se ferait pas une idée , d'après M. Quantin de la
corruption que le mélange des sexes a produite dans les fila
tures. Dès l'âge de treize ou quatorze ans la plupart des ou
vriers ont perdu leur virginité : aussi est-ce dans les centres
manufacturiers qu'on rencontre le plus d'enfants naturels. Ce
libertinage prématuré occasionne des accouchements préma
turés eux-mêmes , dont les produits sont malingres et abâ
tardis. Il importerait donc de favoriser les mariages dans ces
contrées , en mettant à la charge des propriétaires des fila
tures les frais qu'ils nécessitent. Un moyen non moins mora
lisateur est celui qui consisterait à établir des catégories d'ou
vriers , séparées suivant les sexes et suivant les âges.
Il faudrait aussi que , pour donner une sanction à ces di
verses mesures , on encourageât les bons ouvriers par des ré
compenses distribuées en séance solennelle, et qu'on fit des
exemples en expulsant des filatures ceux dont l'inconduite est
notoire et qui résistent aux réprimandes.
On parviendrait à moraliser les ouvriers en attachant à
chaque fabrique importante un professeur qui leur appren
drait quelques notions d'instruction primaire. Ils devien
draient ainsi , avec de l'application et de l'intelligence, d'ex
cellents contre-maîtres. Pourquoi ne leur pas apprendre aussi
de la musique ? lls puiseraient dans la culture de cet art d'ex
cellents moyens de distraction , et ils renonceraient aux mau
vaises habitudes que font germer chez eux les heures de loisir.
Tels sont les moyens proposés par M. Quantin pour améliorer
la condition physique et morale des ouvriers filateurs.
( 109 )
Voyons ce qu'il dit maintenant à propos des règles hygié
niques spéciales dont il propose l'emploi, et qui forment la se
conde partie de son travail. M. Quantin voudrait que, contrai
rement à la loi de 1861 , les enfants ne pussent être admis dans
les filatures qu'à douze ans ; on établirait pour eux des ateliers
spéciaux où ils seraient l'objet d'une discipline toute particu
lière, qui veillerait sur leur propreté , sur leur éducation et
sur les moyens les plus propices pour leur faire aimer le
travail... Les enfants ne pourraient travailler que dix heures
par jour au plus.
· Le sexe; tel est le titre du 2 paragraphe de la partie qui
nous occupe.A l'exemple de ce qu'on fera pour les enfants ,
M. Quantin voudrait des ateliers exclusivement consacrés
aux femmes. Les travaux qu'on y exécuterait seraient moins
pénibles que ceux que l'on confie aux hommes, et on y userait
pour elles d'un règlement analogue à celui des enfants.
On tiendra compte aussi, dans les ateliers d'hommes , du
tempérament. Tel sujet aura une constitntion chétive et un
tempérament délicat, on devra user pour lui des mêmes ména
gements que pour les catégories précédentes.
Enfin , les ouvriers filateurs sont fréquemment sujets aux
prédispositions suivantes : - -

| 1° Prédispositions aux maladies des voies respiratoires ;


· 2° Prédispositions aux maladies d'yeux :
, 3° Prédispositions à l'ivrognerie. -

Pour conjurer le premier genre d'affection, les ouvriers


feront bien de se vêtir convenablement, d'éviter le froid et
l'humidité , et de placer au-devant de leur visage un voile de
gaze verte qui les garantira de la poussière des ateliers. .
· Ceux qui seront sujets aux maladies d'yeux seront nantis
de conserves qu'ils ne quitteront jamais pendant le travail.
Enfin M. Quantin prétend s'être bien trouvé, pour corriger
les ivrognes de leur funeste passion, de mettre, pendant quel
ques jours, 0,05 d'émétique dans leur vin, à leur insu. Il leur
faisait croire que les vomissements produits était le fait de
leur intempérance , et il pouvait ainsi espérer de les rendre
à la sobriété.
( 110 )
, Quelque imparfaite que soit l'analyse que vous venez d'en
tendre, Messieurs , elle vous suffira cependant pour remar
quer que M. Quantin n'a rien dit qui ne puisse s'appliquer
aux filateurs plutôt qu'à tout autre genre de travailleurs. Vos
commissaires ont dû par conséquent considérer le Mémoire
de ce Médecin comme une étude sur tous les ouvriers en gené
ral. A ce point de vue encore , M. Quantin nous répète ce que
Vous avez tous lu dans tous les traités d'hygiène. Il propose,
il est vrai , des moyens moralisateurs qu'il emprunte à des
auteurs d'économie politique ; mais nous ne pensons pas que
ce soit ici le lieu d'en rechercher l'exacte valeur. Nous aurions
préféré qu'à l'exemple de M. Becquerel , qu'il cite dans plu
sieurs occasions , il eût purement et simplement conseillé
l'emploi des pratiques religieuses. Ces multiplications de caté
gories qu'on n'obtiendra jamais, par parenthèse, parce qu'elles
seraient trop dispendieuses pour les fabricants, ces récom
penses et ces punitions, cette musique , peuvent être des pal
liatifs , mais ils ont l'inconvénient de ne faire naître dans
l'esprit aucune pensée réellement morale , et sont bons tout
au plus à donner au temps un meilleur emploi.
En ce qui touche les règles hygiéniques spéciales, M. Quan
tin a bien fait d'insister sur la réforme de la loi qui donne accès
dans les fabriques aux enfants âgés de huit ans.
Tel est ce premier travail ; passons maintenant à l'examen
du second.

RÉTENTION DU PLACENTA
PENDANT SEIZE HEURES ;
Par M. le Docteur E. QUANTIN.

RAPPORT SUR CE MÈMOIRE (1).


M. Quantin vous a adressé une observation d'accouchement
dans lequel la sortie du placenta n'ayant pas suivi de près
(1) Même Commission.
( 111 )
celle de l'enfant , il ne crut pas néanmoins , vu l'absence d'ac
cidents, devoir recourir à l'extraction manuelle. Après une
heure d'attente environ , il prescrivit quelques doses d'ergot
de seigle ; puis, ce médicament ne produisant pas le résultat
désiré,'il prit le parti d'attendre encore ; enfin , après seize
heures, les choses étant toujours dans le même état, il pra
tiqua , à demi-heure d'intèrvalle l'une de l'autre, deux injec
tions d'eau tiède assez fortement vinaigrée, dont la deuxième
suscita de fortes douleurs abdominales, Notre Confrère ayant
alors examiné de nouveau sa malade , il trouva le placenta
dans le vagin , d'oû il lui fut facile de l'extraire. Les
jours suivants , craignant les suites d'un séjour du placenta
dans la matrice pendant seize heures, il fit, pour les prévenir,
trois fois par jour, des injections d'eau vinaigrée , et il eut
la satisfaction de voir sa malade parfaitement rétablie an bout
d'une douzaine de jours. .. | -

Cette observation présente quelque intérêt, en ce sens que


les opinions sont partagées sur la conduite à tenir dans le cas
où la matrice cessant de se contracter après la sortie de l'en
fant , le placenta n'est pas expulsé à son tour peu d'instants
après. Il y a des Médecins qui redoutent tellement le séjour de
l'arrière-faix dans l'utérus, qu'ils y introduisent la main im
médiatement après l'accouchement pour en opérer l'extraction.
D'autres, en plus grand nombre , attendent que l'utérus se
contracte , et se contentent de seconder ces contractions en
tirant modérément sur le cordon ; mais ces derniers sont eux
mêmes divisés en deux camps : les uns , après avoir attendu
le retour des contractions utérines pendant un temps qui varie
d'un quart d'heure à une heure , conseillent d'en venir à
l'extraction manuelle ;t les autres pensent qu'en l'absence
d'accidents , le parti le plus sage est de n'exercer jamais des
violences sur l'utérus; ils n'administrent pas même l'ergot,
qui, en déterminant des contractions irrégulières, tumultueu
ses, pourrait produire l'emprisonnement, le chatonnement,
comme l'on dit , sur le placenta , et retarder son expulsion ,
au lieu de la hâter. Ils prolongent l'expectation pendant plu
( 112 )
sieurs heures et même plusieurs jours, s'il le faut , jusqu'au
retour spontané des contraqtions , qui ne sauraient manquer
d'avoir lieu , si ce n'ést peut-être lorsqu'il existe des adhé
rences morbides , dans l'examen desquelles nous ne les sui
vrons pas. Nous ne croyons pas qu'il soit utile que nous
exprimions une opinion à cet † et hous nous bornons
à dire que nous ne partageons pas les craintes qu'inspirent à
M. Quantin les accidents putrides, qui pourraient résulter de
la rétention du placeuta dans la matrice, pendant quelques
heures, après l'expulsion de l'enfant. Cet organe peut y rester
encorevivant pendant un temps plus ou moins long, et tant que
subsistent les connexions vasculaires qui l'unissent aux parois
utérines Supposé même qu'il y fût resté mort pendant seize
heures dans le cas dont il s'agit, nous pensons qu'il n'y pouvait
devenir en aussi peu de temps, et à peu prés à l'abri de tout
contact de l'air, un principe d infection, et que par conséquent
les injections qui ont été pratiquées pendant dix jours pour
prévenir les effets d'une putridité chimérique, ont été au moins
inutiles. Du reste , nous ne saurions faire un reproché à
M. Quantin de la conduite qu'il a tenue i nous croyons même
devoir le féliciter de s'être abstenu d'introduire de force la main
dans l'utérus pour en extraire le délivre. Et dans tous les cas,
au milieu de la divergence d'opinions dont nous parlions tout
à l'heure , on pent ne pas partager la sienne : mais on n'a pas
le droit de le blâmer de l'avoir adoptée , l'expérience dût-elle
le conduire plus tard à la modifier. · · · , '

CoNcLUsIoNs. Malgré les reproches qu'on peut faire aux deux


travaux dont nous venons d'esquisser l'analyse , nous avons
l'honneur de proposer à la Société qu'elle prononce l'admis
sion de M. Quantin. - - -- :

- ! | --- |

Le Secrétaire general, JULEs NAUDIN.


l' — ·· · · · , |'
( 113 )
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" " " " SÉANCE PUBLIQUE


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| " ) , ·' | , ! - ºº .
-
-
· '!
LA Société impériale de Médecine, Chirurgie et Pharmacie
de Toulouse a tenu sa séance publique annuelle , le dimanche
10 mai 1863 , à une heure, dans la salle de ses réunions or
dinaires, rue du Sénéchal.
M. Boselli, préfet de la Haute-Garonne, président honoraire
de la Société; M. le comte de Campaigno, maire de Toulouse,
membre-né de la Société, et M. Rocher, conseiller honoraire
à la Cour de cassation, recteur de l'Académie, se sont excusés
de ne pouvoir se rendre à l'invitation qui leur avait été faite.
M Ozenne, adjoint au maire, avait pris place au bureau.
Étaient présents : MM. Faurès, président; Couseran, Ripoll ,
Giscaro , Roque-d'Orbcastel, Gaussail , Lafont-Gouzi , Janot ,
Lafosse , Saint-Plancat, Cazac, Noguès, Filhol , Guittard ,
Larrey , Molinier , Lacassin, Timbal-Lagrave , Delaye , Jules
Naudin , secrétaire général.
M. le docteur Faurès, président, ouvre la séance en pro
nonçant un discours sur la valeur des études historiques pour
établir la réalité de la science médicale.

M. le docteur Jules Naudin , secrétaire général , donne


lecture du compte rendu général des travaux de la Société
pendant l'année académique ; il termine sa résumption par
une Notice nécrologique sur MM. Willaume , Golfin , Laforest
et Moquin-Tandon , Membres correspondants dont la Société
déplore la perte récente. ,

M. le docteur Ripoll , remplaçant M. Dassier , rapporteur,


8
( 114 )
empêché pour cause d'indisposition subite, lit le Rapport sur
le concours du prix de l'année.
.. .. 7 º 31 , n # # | # # º iº { º } # ººº
Le Secrétaire général proclame les récompenses décernées
par la Société, les nominations diverses, et donne lecture du
programme des Concours. , , , , a
- · · · · · · · · · · · i º ººº º º
| | RÉCoMPENsEs. , , , , ,
Concours du prix de l'année , sur la question proposée :
« Déterminer par des faits pratiques la valeur comparative de
l'excision, de la ligature et de l'écrasement linéaire. »
Le prix a été réservé. . | | º2 ·
La Société décerne, à titre d'encouragement, une médaille
d'or de 100 fr. à M. Pasturel , docteur en médecine à Alban
(Tarn), et de plus, le titre de Membre correspondant. .
La société a décerné , pour des travaux particuliers :
· Une double médaille d'encouragement à M. le docteur Catte
loup , médecin
Membre principal àºl'Hôpital
correspondant; militaire de Versailles,
, \ , . 2 w Ayº · ·
Une mention honorable : à MM. Peyreigne, docteur en mé
decine à Léguevin (Haute-Garonne);— Rascol, docteur en
médecine à Murat (Tarn ). | | | | |
La Société a nommé : · · · ·· \
· Membres résidants. . ^ º -
M. Jules Delaye, docteur en médecine; ^ " "
M. Saint-Plancat, pharmacien de 1" classe. "
Membres correspondants. -

M. Clément Dubiau, docteur en médecine , médecin


adjoint à l'asile des femmes aliénées , à Bordeaux ; .
M. Lino de Macedo e Valle ( Auguste ) , docteur-médecin à
Allandroal (Portugal ) ; } , , , , º º º \. "
M. Emile Quantin, docteur en médecine à Paris. ^
M. Pasturel, docteur en médecine à Saint-Sernin (Tarn ).
||| · · · · · · . ;
( 115 )
- • l' ·· ·,· ,· ·· ·· :"
| | | / . .
PROGRAMME DES PRIX ET MÉDAILLES.
* º *
| * ! , b 2 - ri ! 2 | , | · |· | , '! 11 _ *)

· Art. 30 des Statuts. La société propose alternativement,


chaque année, dans sa séance publique, et deux ans avant
que le prix soit décerné , une question sur un sujet relatif à la
Médecine, à la Chirurgie et à la Pharmacie. Le prix consiste
en une médaille d'or de la valeur de 300 fr. . -
| | Art. 31. Indépendamment du grand prix , la Société dé
cerne, chaque année , quatre médailles d'encouragement aux
· auteurs des meilleurs Mémoires ou observations à leur choix ,
pourvu que ces ouvrages n'aient pas été imprimés ou commu
· niqués à quelque autre Société savante. .
La Société rappelle qu'elle a proposé pour sujet de prix à
décerner en 1864, la question suivante : • l •• • •• -

- • . " Indiquer des procédés qui permettent de constater d'une ma


| nière sûre et rapide, la bonne qualité des principales prépara
tions pharmaceutiques, dites officinales. • •• • -

| | Le prix est de 300 fr. .. | |


Elle propose , pour sujet de prix à décerner en 1865, la
question suivante : » !

Déterminer, par des faits cliniques, les indications et les


contre-indications des préparations ferrugineuses, soit isolées,
soit combinées , dans le traitement de la phthisie pulmonaire.
Le prix est de 300 fr.
coNDITIoNs DEs coNCoURs.

Les Mémoires, écrits lisiblemenl en français ou en latin, se


, ront seuls admis à concourir pour le prix annuel. Ils devront
être adressés , franco de port , à M. le Secrétaire général de la
Société, avant le premier janvier de chaque année, terme de ri
gueur. Ils seront munis d'une épigraphe ou devise, qui sera ré
pétée sur un billet cacheté, renfermant le nom de l'auteur.
( 116 )
Les Mémoires dont les auteurs se seraient fait connaître di
rectement ou indirectement : ceux qui auraient été déjà publiés
ou présentés à un autre corps savant, et ceux qui parvien
draient au secrétarial de la Société après le 4" janvier, ne
seront pas admis à concourir.
Les Mémoires manuscrits sur divers sujets destinés du'con
cours des médailles d'encouragement, devront parvenir franco,
à M. le Secrétaire général, avant le 1" mars de chaque année.
Les Membres résidants dèla Sociêté ſe peuvênt prendre part
aux divers concours. .
vwyw yV ..:,!!!!! ! gºº.ºoºl ºf , l' ºs ! -

· Les manuscrits des Mémoires jugés par la Société devien


nent sa propriété; toutefois ,-les auteurs peuvent en faire
prendre copie à leurs frais, sans déplacement, en s'adressant
pour cela au Secrétaire général. - i , | | -- i !

, wawouo ) ,www \ \ \ » wooz oww \ w \ \t o\ •


« .wwoºoo º zoº wo-- \ º \ " ow \' o) º -
, a ol 2m b einot 2al 2no , ºq , º º i biſe u ºo !ºup ºº
. . go., , ,º. up ºoº : 9, ºu,º | ºº , leuiº lº )
La Société émoigne sa gratitude aux diverses Compagnies
savantes, à MM. les Correspondants et à toutes les personnes
qui lui ont adressé des ouvrages manuscrits ou imprimés a
La séance est levée à 2 heures 50 minutes.-º- ºb tºi uºit
Toulouse, le 10 mai 1863. •i - 1 oi : patiºq , º / gi
ºº ** " *º - . - d - ºuf
Le Président , 9ºl l' etrº Le Secrétaire général , ºº
AUREs ! 1 t, !t | i1 ( * ) : ſt {! " Jules Natos "
| | ioui , ºn tº 1 -- 1 . , Li c º iºi59fº
· · · i · , n , uºq o p ºu lni - iuo i - b obit !
| i ' ià i , la q - uoiºo toa i to 1-0 , 2 ºpino
, , ib ) n º tºi a ºi , b ) !
- , ni i - iT-Toº , ou a oup , oi -
•o , i | | | e 5 ºo Iſa ub a - liu , ºu oq xº + i ,
·, º u ºeil qui : i )l ' , | ) rº , 11:22i ſi , 11 'oa
i | | o º t º , t , uoil ºp ºu 15 ioie ſqqº
· · , | in : 2 : ou ºi !iovºid 6l # ºqqº it !
( 117 )
- n uiii Lu 1 L 1ºn1 ºz ºº ººº ººl !º "
-ºiidiiq tºi º.9 iiºilºu , up yiºº iººiºiººiibn ' º
-nev ºq up , iſo » , nº DE lA ºilt 6 ºu 6 - ºf -
: - 4 - | - # s - - 4 ses : • . c |

" vALEUR DEs ETUDEs


- . n noHisToRiQUEs
no i - " ï 7ſq !
| PoUR ÉTABLIR LA RÉALITÉ DE LA sCIENCE MÉDICALE ;
ººº tiººº ººº ºr,,s g,, , ,g º º º ººº !
* i i :) , 1.1i ºb 2 !ti DiscoURs 74 . ºl - • E - ,2 ·s -º »' -

, Prononcé ſi la Séance publique du fo Mai 1863, ..


- -"i , , , , , a i,
Par M. le Docteur FAURES , Président.
n i , 2 T : "iº ºu m -
a u n , r 2º1ºu ---- rºiio , ººuoºi Le
ºu i 2 u .1 nt , i b en a it - ºl é º º º :º
MEssiEURs , | | | |à i - ii r ^ t) ,iº

« La Médecine est une science hypothétique. Comment croire


» à la Médecine * Les Médecins ne sont pas d'accord. » Voilà
ce que l'on entend dire et répéter tous les jours dans le monde.
C'est ainsi que l'on juge une science qui touche à toutes les
institutions sociales, et qui marque chaque jour par un de
ses bienfaits envers l'humanité. C'est ainsi que l'on juge une
profession qui exige de la part de celui qui l'embrasse l'ab
négation de soi-même, je pourrais presque dire l'abandon de
la vie, puisqu'elle est sans cesse exposée aux plus graves
dangers. Des reproches si peu mérités ne sauraient nous
trouver indifférents : aussi je viens, fidèle interprète des vraies
doctrines , signaler d'abord un retour marqué, dans le monde
médical, vers la véritè, et essayer ensuite de démontrer, qu'à
l'aide des ressources infinies que peuvent offrir les études his
toriques, il est et il sera toujours possible d'établir la réa
lité de la science médicale.
Si le but que je me propose n'était pas atteint, vous n'en
accuserez point la faiblesse du sujet, mais bien celle de mes
moyens. Connaissant, en effet, toute mon impuissance pour
approfondir une question aussi vaste , je n'ose l'aborder sans
faire appel à la bienveillante indulgence par laquelle vous
( 118 )
encouragez sans cesse mes efforts pour répondre à l'insigne
honneur que vous m'avez ſait en me plaçant au rang le plus,
distingué de la Compagnie. ··· | , Lº 1 !
-

Pour avoir la légitime ambition de coopérer aux progrès


d'une science, la première condition est de croire à la réa- .
lité de cette science; sans cette conviction profonde, point de
courage; sans courage, il n'est pas possible de fournir la car
rière où l'on est entré. . , , , , , , , ,
La réalité de certaines sciences s'aperçoit, pour ainsi dire,
au premier coup d'œil; le sujet est patent, l'objet formel se
présente sur le champ ; l'attention la plus commune en trouve .
les résultats clairs et précis. Il n'en est pas de même pour
d'autres dont la nature se dérobe à nos sens , qui ne sont ac
cessibles qu'à l'intelligence, qui exigent de notre part l'atten
tion la plus soutenue, que l'on reconnaît pour de véritables,
sciences seulement quand on est dans leur sphère, quand on
se souvient des sentiers par où l'on a passé, et qu'on sente
encore les efforts qui ont été nécessaires pour les suivre. f, tt i
Rangée dans cette dernière catégorie, la Médecine n'est
connue que par ceux qui se sont livrés à de ſortes études; et
si quelques hommes, il est vrai, lui ont payé un juste tribut
de reconnaissance, elle a eu bien plus de détracteurs pas-b
sionnés; elle a été l'objet de vengeances dirigées par des esprits ,
vaniteux ou inquiets, qui, ne soupçonnant même pas sa cons
titution et sa philosophie, ont nié qu'elle fût une science.
Les controverses, en Médecine comme en toute autre science,
fruit de l'ignorance, de la prévention ou de l'orgueil, n'ont
abouti, de tout temps, qu'à jeter de la défaveur sur la consi
dération de la science, , , , , , , , , , , ºu -
· Pénétrée de la vérité de ces réflexions, et désirant surtout se
tenir en garde contre les insinuations des esprits forts , anti
médicaux, zélateurs ardents de l'incrédulité, la génération
médicale actuelle accuse des tendances plus francbes vers,
des convictions plus profondes et mieux arrêtées; elle semble
vouloir rentrer dans le champ de l'observation et dans la voie
de l'analyse. C'est une bonne fortune que de pouvoir signaler
( 11b ) -

un pareil retour des esprits pour vouloir saisir le fil précieux


qui seul peut nous guider dans les sentiers ardus de la science
médicale. · ·
A l'école, comme aux hôpitaux, et jusque dans les amphi
théâtres, partout l'esprit d'investigation et d'examen, la ré
pulsion pour les systèmes, de toute part appel à l'observa
tion rigoureuse, à l'analyse sévère , à l'expérience exacte.
Cette tendance générale des esprits, qui se manifeste tous
les jours de la manière la plus éclatante, et qui ressort évi
demment de tous les travaux de l'époque, de toutes les pu
blications, des discussions académiques, de toutes les idées
qui ont quelque valeur, quelque autorité, quelque vogue dans
le monde médical , est le cachet d'un siècle, ou , selon la
belle pensée de M. Guizot , les faits sont, dans l'ordre intel
lectuel , la puissance en crédit. ' " "" " "
ºEt comme tout progrès légitime n'est possible que par une
heureuse conciliation de l'esprit d'initiative avec la tradition,
il m'a paru qu'il y aurait quelque intérêt d'actualité à exa
miner avec vous quels peuvent être les avantages des études
historiques médicales, soit pour établir la véritable philoso
phie de la science, soit pour nous familiariser avec les écrits
des anciens, ces dépôts précieux et trop souvent négligés des
vérités fondamentales de la Médecine. ' ' ' ' " "
· Deux questions, qu'il serait opportun de résoudre tout d'a
bord, si elles n'avaient été déjà jugées par M. le professeur
Lordat, dans une de ses intéressantes leçons de physiologie,
peuvent être posées en ces termes : — La Médecine est-elle sus
ceptible d'une histoire ? Un des meilleurs moyens d'apprendre
les propositions doctrinales ne serait-il pas de fondre cette
étude avec celle de cette histoire ? Quelques aperçus , em
pruntés à un rapprochement fort juste, établi dans la leçon
du savant professeur, suffiront, je l'espère, pour faire appré
cier la solution qu'il en a donnée. . ' ' '
9 Voici comment il s'exprime : « La Société humaine, per
sonne ne l'ignore, tend incessamment au bien-être indivi
duel, et, sous cette impulsion , le concours de tous les Mem
( 120 )
bres améne tôt ou tard, et après diverses fluctuations, des
améliorations successives dans cette Société : ces améliora
tions sont dues aux idées acquises, aux sentiments qui se
sont développés, aux événements fortuits, aux révolutions ; "
à l'influence de certains hommes extraordinaires La connais
sance des idées successives qui ont dominé les nations dans p
l'ordre moral, est ce que l'on appelle l'histoire de la civilisa-º
tion. Le monde médical, il faut le reconnaître , tend, de son !
côté, à introduire dans l'ordre physiologique un service pa.J
reil à celui que reçoit l'ordre moral, c'est-à-dire , une amé:°
lioration de l'humanité , prise dans le sens médical Cette
amélioration doit être attribuée aussi aux idées acquises par
les méditations et les observations , aux intérêts particuliers,
aux commotions scientifiques, aux erreurs, enfin aux luttesº
intellectuelles des hommes qui habitent cette sphère. Ne peut-onº
pas admettre que cette suite d'idées médicales , qui tendent aue
perfectionnement comme par ondées, constituel une sorte deb
civilisation susceptible d'une histqire ? » aºº ººº ººq # # p U ,
L'histoire des nations, appliquée à l'histoire de la civili
sation , est une inventionomoderne du plus grand intérêt.
M. Guizot a su tirer de cette idée, pour en faire l'âme de l'his-°
toire moderne , un parti qui a été-loué et admiré de nous touslº
Dans cette biographie de la civilisation , il a trouvé l'origineº
et les progrès de ce qui occupe le plus aujourd'hui les hommes b
pensants : la morale, la liberté, le principe dell'ordre , lee
droit naturel, le droit de la société , l'art de combiner l'un et
l'autre de la manière la plus heureuse; il aſsu faire voir les
résultats avantageux pour la société, des perturbations , des
secousses violentes que les nations ont dû essuyer. Ainsi , desº
hommes que les propositions didactiques ennuient , ontºap-q
pris des principes de morale , de droit politique , de législa-'
tion, grâce à la forme historique et presque dramatique de
ces attachantes leçons. Réciproquement , ceux pour qui l'his
toire purement narrative n'est qu'une série de contes , si elle "
n'est pas animée d'une intelligence qui motive tout et d'unei
sagesse qui instruit continuellement , ont sentiºque les his
( 121 )
toires ont leur prix lorsqu'elles sont disposées d'une manière
convenable, puisqu'ils se voient en état d'en déduire ou une
connaissance profonde de l'homme civilisé , ou une règle de
vie plus juste ou plus utile. - º , , , , , , , , , , , ,
Si la Médecine a une civilisation comme l'histoire morale,
qu'est-ce qui empêcherait de faire concorder le récit des Mé
decins avec celui des propositions doctrinales qui font l'objet
le plus important de notre art ? Entrecherchant l'origine, les
progrès, les formes de ces propositions, l'influence qu'elles
ont exercée sur la pratique , les formes qu'elles ont dû subir
de la part des révolutions excitées par la vanité , l'intérêt ,
l'ignorance, la perversité de caractère de certains hommes ,
les résultats scientifiques de ces commotions, la désignation
des hommes qui ont ajouté des vérités nouvelles à la science,
de ceux qui les ont disposées et conservées, de ceux qui les
ont obscurcies ou méconnues , une pareille histoire de la Mé
decine serait d'un autre intérêt que celles qui ont été faites
jusqu'à présent. Pour la pluparti, les propositions fondamen
tales , abstraitement présentées, sont fastidieuses, vagues, in
certaines. Dans un temps où elles ont été vilipendées, ils ne
veulent pas se soumettre à les étudier. L'histoire faite sur)ce
plan doit les leur avoir apprises avant qu'ils s'en doutent : ils
ont cru lire ou entendre des biographies, des anecdotes , des
discussions polémiques, et ils ont sucé ce qu'il y avait d'es
sentiel ; 'ils ſl'ont apprécié, et ils ne sont plus à temps de
s'armer d'opposition pour les repousser. De même, ceux qui
se mettent en garde contre les faits extraordinaires, mais qui
sentent la nécessité de s'appuyer sur les propositions doctri
nales de la science, trouvent dans la singularité de certains
phénomènes l'explication et la justification des dogmes et des
préceptes que le vulgaire n'a pas voulu accepter. » 1º - n 2
· Tel est le plan d'après lequel pourrait être exécutée une
oeuvre qui manque à la Médecine.Si jamais un historien ve
nait à l'exécuter, ainsi que M. Guizot l'a fait pour la science
du progrès de l'esprit humain , il serait, n'en doutons pas,
accueilli et entendu avec empressement ; en attendant, les
( 122 )
études médicales pourraient recevoir cette direction : rien ne
ferait mieux connaître ce qui est définitivement acquis à la
science, et les lacunes qu'elle doit demander à l'observation
de remplir. -- 1 li - u ºnt uo - li - jº
Pour atteindre ce but , les études historiques en Médecine
pourront être conçues et entreprises à trois points de vue"
différents : ºli , 1 . - 1 ) | | |, y 1 2010 e | 110 , 2 ) | | | '' , < | º|1 1 / º

· 1° Au point de vue de la méthode expérimentale , c'est à dire


de l'observation , qui , étant considérée comme l'histoire par-"
ticulière d'un fait, d'un cas de maladie, fournira les éléments
d'analyse nécessaires pour déterminer le caractère général'de "
chacun d'eux et le meilleur mode de traitement dans tous les
temps, dans tous les lieux , sous toutes les formes, êt dans
toutes les nuances : - ' !• tiil º(i a l' i 5º • • l • 1tU 0

2° Au point de vue de la méthode inductive , c'est-à-dire ,''


de la logique, qui , non-seulement conduira'à la découvèrte
des principes fondamentaux des vérités doctrinales rigou.º
reusement déduites par les anciens des faits observés , mais"
encore donnera les moyens d'en vérifier l'exactitüde et'la
sôlidité ;t ºu a - trººº ºº ºº ºiiºi'lº 29l tºp - oiiº
· 3° Au point de vue de l'ensemble, pour connaître et appré-"
cier la constitution et la marche générale de la science, sous
le rapport de son origine, de ses préjugés , de sés erreurs, de
ses progrès et de son identité: º º º º |
Le premier ordre d'études historiques permettra de consº
tater que , dans les temps les plus fortunés de la science, c'é
tait l'esprit d'observation qui dominait ; que non-seulement
l'esprit d'observation fournit le principal caractère des plus !
belles époques de la Médecine, mais que ce même esprit , et
les sages principes qui en sont la conséquence , quoique plu
sieurs fois étouffés par l'anarchie des hypothèses, se sont"
toujours relevés avec un nouvel'éclat pour ramener la Méde-'
cine à ses belles destinées, à son véritable but.º º º º
II conduira surtout à la découverte d'un nombre considé-"
rable d'observations importantes ; résumé fidèle des ouvrages
des anciens, parmi lesquelles il sera facile de trouver des des
( 128 ) ,
criptions de maladies, remarquables par leur exactitude et
leur précision, et où l'évidence la plus éclatante dénotera que
leurs auteurs ont peint d'après nature elinon d'après des
copies plus ou moins infidèles. , n qºt ol,
ll fixera également l'attention sur les faits pratiques pour en
dresser l'inventaire, en suivre les relations et en constituer
de véritables archives, où les observations, renfermant des i,
vérités précieuses, ne seront plus éparses, ou enfouies dans
le domaine de l'oubli, , , , i - i , iſ l ) | | #ſ , ) . ( i , i !
· Il provoquera une admiration légitime en faveur des col- .
lections de faits entièrement débarrassés de toule explica-b
tion, de toute considération hypothétique, en faisant saisir .
la grande supériorité qu'elles conservent sur les autres. Tels
seront les faits rapportés par Hippocrate, comparativement à
ceux qu'ont publiés Hoffmann et Stahl. , ºn , i, n ou , l e
· C'est dans ce vaste champ que l'analyse pourra s'exercer
avec fruit.Les observations des anciens pourront être compa
rées entre, elles et avec celles des modernes : de cette compa-'
raison ressortiront nécessairement les rapports et les diffé
rences qui les rapprochent ou les séparent. Les unes viendront
se vérifier, se justifier par les autres, et de cet accord bien
établi se déduiront les descriptions les plus exactes, les ta- .
bleaux les plus fidèles des maladies, et l'on pourra ainsi re
trouver la filiation des principes constitutifs de la science .
qui en sont déduits. . ,
· Enfin, l'on devra encore à ce premier ordre d'études histo ,
riques la démonstration la plas éclatante que la Médecine n'a
pas emprunté ses plus brillants succès des simples observa
tions, des collections isolées de faits, mais de ces mêmes ob
servations rapprochées, comparées, de manière à donner
naissance aux maximes et aux principes généraux qui cons
tituent réellement la science.Ces documents, en effet, con
duiront aisément à constater qu'il y a loin des services rendus,
à la Médecine par Hippocrate,Sydenham, et Baillou, qui ont vé
ritablement créé la science, aux travaux de ceux qui se sont bor
nés à recueillir et à ramasser les matériaux de ce vaste édifice,
( 124 )
En présence des avantages incontestables que peut'offrir à
la Médecine cet ordre d'étude en fournissant à fanalyse un
grand nombre de faits qui, sans cela, seraient perdus pour la
science, surgissent d'immenses difficultés. º ººº
• La plus grande entrave qui ait été apportée, de tout temps,.
aux progrès de la Médecine, vient du peu de scrupule que l'on
a mis, en général, à faire usage des observations mal cons
tatées; c'est ce qui explique pourquoi les faits ne manquen ".

pas même aux opinions les plus extravagantes. Il sera d'au


tant plus important de se prémunir contre les faits de ce genre,
que ce même ordre d'études historiques prouvera qu'au milieu
des systèmes fragiles qui, tour à tour, ont régné dans le
monde médical, les faits précieux tiennent moins de place'que
les assertions sans preuve : dès lors, il sera de toûte prudence
pour celui qui poursuivra ce genre d'études, de laisser pour
incertain, et par conséquent inapplicable, tout ce qui, en
réalité, n'aura pas reçu une démonstration; il devra aussi ap
porter une sagacité profonde dans la recherche des faits pour
les épurer, pour distinguer le vrai du faux, les observations
recueillies sans prévention, de celles qui ront été sous l'in
fluence des idées systématiqnes; pour apprécier la valeur re
lative des faits positifs et des faits négatifs : enfin, pour juger
de la bonne foi de l'observateur. ' | |
· Procédant ainsi avec impartialité, il sera possible de rendre
hommage aux élucubrations des anciens, sans les croire in
capables de se tromper; de condamner leurs erreurs et leurs
préjugés, tout en profitant de ce que leur expérience a laissé
de bon, et surtout de faits bien constatés. Qui pourrait énu
mérer les doutes dus encore aujourd'hui à l'ignorance de faits
que l'histoire pourrait faire découvrir ? " · · · · ,

En second lieu , les études historiques pourraient être di


rigées , au point de vue de la méthode inductive ou de la lo
gique, pour procéder à la recherche et parvenir à la décou
verte des vérités fondamentales rigoureusement déduites par
les anciens, des faits recueillis ou observés ,
Faites à ce point de vue, ces études démontreront que la
( 125 )
Médecine repose sur des vérités essentiellesi que ces vérités
ont un § constance et de durée; qu'il existe par
conséquent un corps de doctrines à la fois pérennes et pro
gressives, conservé, depuis, Hippocrate jusqu'à nos jours :
d'après cela, la Médecine pourra être considérée comme une
science toujours la même dans son essence, quoique diverses
circonstances en aient plusieurs ſois obscurcil'esprit : science
dont les principes primitifs ont subi l'épreuve du temps, et
ont les acquisitions s'enrichissent sans altérer les dogmes déjà
établis. ºi - · · ·,| ) , ,, , , | n | | | | | º º º - º º
| Ce second ordre d'études historiques présentera la Méde
cine ancienne comme une science arrêtée et non fermée,
ayant ses dogmes, ses lois, ses règles et ses méthodes, se prê
tant à tout examen sérieux, pour être toujours vraie et rece
voir par là un baptême nouveau, une sanction nouvelle. .
Il sera possible , en effet, par un examen sérieux fait à
l'aide de ces études, de rechercher si ces doctrines, ces lois,
ces règles ont été régulièrement et sévèrement déduites de liob
servation
§ériſiede les suivre
pré aux différentes époquesll des la science
pour vérifier et † les modifications qu'elles ont éprou
- , ifi - -- * » - l

vées de la part des ons observateurs, ainsi que les changements


qu'elles ont dû subir de la part des divers systèmes; de déter
miner enfin quelles sont celles qui sont restées debout après
les différentes révolutions qui ont houleversé la Médecine dans
une lon ue série de siècles, - , l' · u º : / ! . a toi
| Des § ad acie à saisir
dans les propositions présentées par ce deuxième ordre d'é
tudes, comme éléments constitutifs de la science médicale.
Les unes paraîtront essentiellement vraies, positives, tandis
que d'autres auront des caractères incertains et conjecturaux :
de là découlera la nécessité d'admettre une distinction fort
juste dans l'examen de ces propositions, qui mènera à recon
naître que la Médecine , comme les autres sciences, est com
posée de deux ordres de faits ou de propositions : les premiers,
durables, pérennes, inattaquables, portant le cachet de la
vérité, et constituant la partie substantielle de la Médecine ;
· ( 126 )
les seconds, variables, incertains et caducs, produits de l'i
- magination, et soumis à l'empire du monde : qu'en raison
- de cela les Médecins devront s'exercer de bonne heure à l'exer
- cice des opérations mentales appliquées à la Médecine, sem
blables, sous ce rapport, aux chimistes qui soumettent au
a creuset de l'analyse les minerais impurs dont ils veulent ex
- traire le métal, objet de leurs recherches. Le vrai et le faux ne
· doivent pas être confondus dans leur esprit. Les règles de la
- logique fourniront, dans tous les cas, des moyens sûrs pour
, en faire le départ : départ si nécessaire de nos jours, où la
lvérité, s'accoutumant à être ornée, se présente très-souvent
, entourée de fictions qui projettent sur elle leur voile trompeur.
Quelles garanties de certitude et de solidité offrirait, en effet,
- cette science, si le sable mouvant des conjectures et des éxpli
- cations imaginaires était destiné à fixer les assises de ses ma
- tériaux ? Un écroulement inévitable en serait la conséquence.
· Grâce à ce choix , fait ainsi avec discernement par les
· études historiques dirigées au second point de vue, les tra
- vaux modernes deviendront le soutien et la confirmation des
- vérités pressenties d'abord, découvertes ensuite , et sanc
· tionnées par l'antiquité. Peat-être ceux que la gloire des ân
ciens afflige, qui ne savent trouver que de misérables pau
- vretés dans les archives de la science médicale, seront étonnés
d'y rencontrer la source première d'un grand nombre de vé
- rités et de découvertes prétendues nouvelles. ^ º º '
• Au rang des propositions générales qui pourront être sou
» mises à la réflexion et à la méditation dans ce second ordre
sépa
d'études historiques , se présenteront, entre autres , la
· ration de la Médecine d'avec la philosophie des causes pre
mières; les relations intimes de la Médecine avec les parties
de la philosophie autres que la recherche des causes premiè
res; l'empirisme raisonné, c'est-à-dire, l'expérience soumise
à la raison , la nature humaine qui constitue l'unité du sys
tème vivant , la maladie et ses divisions ; les affections mor
bides et leurs divisions ; la distinction des affections en tem
poraires et indéfinies; la distinction des fièvres en sympto
| ( 127 )
matiques et essentielles; la malignité dans les fièvres; la com
, plication des maladies : viendront ensuite l'existence des cons
· titutions médicales, des diathèses, des métastases , des crises
- et des jours critiques, des sympathies L'influence des tempé
· raments, de l'âge, des climats sur la marche des maladies,
-,les effets de la réaction et de la révulsion, le peu de fixité des
, signes, la puissance médicatrice de la nature, les indications
, et les contre-indications, les méthodes thérapeutiques, iJe
, borne là une énumération qui, pour être complète, devien
, drait trop longue, et partant fatiguante, faisant toute réserve
, pour bon nombre d'autres doctrines fondamentales aussi ri
goureusement établies que les précédentes, et qui devraient y
· 0ccuper une place. . , i ,, i - º - t ··· , *

, Non-seulement ce second ordre d'études historiques révé


· lera ces importantes vérités, mais il fera connaître aussi les
fluctuations nombreuses et les bizarres intermittences de pro
, grès et de pas en arrière, par lesquelles chacune d'elles est
, passée avant d'être sanctionnée comme telle : il les offrira
, ainsi à un sévère examen, qui en tiendra compte, en appré
- ciant leurs causes, en comparant les faits observés aux di
yerses époques, et la valeur des hommes qui ont soutenu tel
ou tel principe. , · · · · · ·· · ,
| Reconnus ainsi essentiellement utiles, les travaux des an
ciens conduiront d'une manière certaine à la vérité. . ,
Les études historiques faites au troisième point de vue de
, vraient comprendre dans un travail d'ensemble le développe
| ment successif de la science médicale pour y suivre la marche
- de l'esprit humain. . · id º.
· Dirigées vers ce but avec le soin et l'intérêt qu'elles com
c. mandent, ces études historiques feraient remonter à l'origine
de la science, puis dévoileraient ses préjugés, ses erreurs,
ses révolutions, ses progrès, et deviendraient ainsi une source
· féconde en enseignements, qui ne pourraient manquer de
· contribuer à son perfectionnement, it | | | | | | |
| Pour donner une idée exacte de l'origine de la Médecine ,
elles ramèneront tout esprit investigateur vingt-deux siècles
( 128 )
en arrière, et forceront par là à reconnaître que les principes
qu'elle enseigne de nos jours étant identiquement les mêmes,
ont le caractère de constance et de durée, seul caractère des
grandes vérités : elles démontreront aussi que ces vérités réu
nies , et considérées dans leur ordre de succession , consti
tuent une sorte de symbole qui fait concevoir l'esprit de la
science, et laisse saisir la pensée fondamentale des parties
de la science , que nonobstant les distances énormes de ces
jalons, il sera toujours possible de reconnaître dans leur groupe
la régularité, l'harmonie , la durée probable de l'édifice mé
dical : comme contraste, elles feront voir que ceux qui ont
eu le projet de le renverser de fond en comble, n'ont pas su
comment s'y prendre ; qu'au lieu de cela , ils l'ont décrié;
qu'en concurrence, ils en ont construit d'autres de leur façon,
qui sont tombés de vétusté avant d'être achevés.
Elles inviteront aux progrès en indiquant la voie qui a été
déjà parcourue par ceux qui ont fait avancer la science, et en
montrant que, dans un vrai progrès, il doit y avoir enchaî
nement; que l'actuel doit être la continuation du passé,
comme le futur sera la continuation du présent; que dans une
science naturelle inductive on n'est sûr du présent qu'en vertu
de la connaissance approfondie du passé ; que les Médecins
qui ont le plus illustré la science se sont piqués d'unir tou
jours les découvertes de leur temps avec le passé, de manière
que la chaîne ne fût jamais interrompue. Les ouvrages de Sen
nert , les commentaires de Mercurialis sur les pronostics, les
prorrhétiques et quelques autres ouvrages d'Hippocrate, les
consultations de Baillou semblent avoir été faits particulière
ment dans ce but. Où pourrait-on trouver de plus précieux
exemples à suivre ou à imiter que ceux donnés par ces au
teurs sur ce point, comme sur bien d'autres, aujourd'hui
surtout que tous les échos ne cessent de répéter : progrès,
avenir ? On songera au progrès, mais en tenant compte de la
loi de continuité ; on songera à l'avenir en s'éclairant des lu
mières du passé.
Ce troisième ordre d'études fournira les moyens de se pré
(,ºian)
• -- . .. i $ , si . " ! | ( fºº ), l,to º o 1 , 91 11# n
munir contre les erreurs ou les préjugés a en signalant comme
véritables causes des pas rétrogrades *i l'ignorance, les pré
ventions
- c : , * ou
• - la
-4 vanité, et. en enseignant
| r | .44 enseigna lt qu'il
qull !nee suffit pas ,de
sui 2 pa$ :

croire, mais qu'il faut savoir, et surtout s'approprier par les


méthodes de 1'expérience et de l'induction les vérités qui font
le fondement de la science.
º Il désignera comme écueil des plus nuisibles à la Médecine
les systèmes qui l'ont fait sortir du sentier de l'observation,
hors duquel elle s'est toujours égarée. Il en détournera, en
montrant combien ils ont été éphèmères; il sera possible de
constater, en effet, que les doctrines improvisées, qui n'ont
coûté ni accumulation'd'un grand nombre de faits, ni longue
élaboration de principes, ressemblent à ces plantes herbacées
dont la végétation † toute la terre pendant
la belle saison, qui meurent dans l'automne , et qui se pour
rissent aux premières pluies, tandis que les doctrines for
mées avec lenteur, accrues par le temps, ſortifiées par le la
beur des plus grands hommes, ressemblent à ces arbres de
haute futaie qui ont bes in d'un grand nombre d'années pour
porter des # qui bravent les siècles, et dont le bois dur
º Les vices des méthodes déjà employées pour parvenir à la
découverte de la vérité y seront nettement dévoilés, et, con
trairement, les moyens d'asseoir solidement les bases de la
philosophie médicale sur l'exacte appréciation des faits, y se
ront largement offerts.
· si de tristes réflexions sur la marche de l'esprit humain et
sur les progrès de la science que nous cultivons sont inspirées
par l'examen des péripéties de la Médecine fait à l'aide des
études historiques, il y aura aussi de douces consolations et
des jouissances intellectuelles que l'on pourra y rencontrer
quand l'on saura y découvrir un enseignement perpétué dans
une longue série de siècles, qui garantit la certitude de la
seience et donne des convictions susceptibles de soutenir et de
relever au besoin les forces parfois défaillantes dans l'exercice
de la profession ;'quand on saura y reconnaître une grande
9 -
( 130 )
leçon donnée par le passé à l'avenir ; quand on saura mettre à
profit, dans l'intérêt de la science, les événements qu'elles
nous révèlent, et les causes de déviation qui les ont amenées ;
quand on saura s'appliquer à marcher sur les traces des
hommes illustres, auxquels des hommages sont prodigués.
Ainsi , à quelque point de vue que soient entreprises les
· études historiques, par rapport à la Médecine, ellés peuvent
offrir des avantages incomparables, en même temps que des
moyens infaillibles pour arriver à la découverte de la vérité,
et , par suite, à la confirmation de la science médicale.
Je termine en déclinant ici toute prétentioh à l'idée d'avoir
proposé quelque chose de nouveau dans le système de recher
ches et dans le plan d'études que je viens d'examiner; j'ai
simplement voulu, par une incursion rapide , faite dans le
domaine de l'histoire de la Médecine, essayer de démontrer

pétuer les doctrines qui constituent la science médicale, peu


vent être acquises également de nos jours en suivant les sen
tiers déjà frayés par les plus dignes et les plus beaux modèles
que l'antiquité puisse proposer à notre émulation, et à l'ins
truction de ceux qui, étrangers à la Médecine, se croient au
torisés à la décrier sans la connaître. ººººº

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( 131 )
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' - ! COMPTE RENDU


#

. DEs TRAvAUx DE LA socIÉTÉ IMPÉRIALE DE MÉDECINE,


· CHIRURGIE ET PHARMACIE DE ToULoUsE, ºf
j' , , , - - . ! ! ! | • || | _ ſII

· " , - 1 ; : 1 ° , , , ,
- Depuis le 12 Mai 1sez jusqu'au 1o Mai 1ses. t
" ,, , , , :) , l " , | | | q
· ' ! - - ' - , i

- Par M. le Dr JULEs NAUDIN, Secrétaire général,


· · · ·· · . 1 / - i ll : ; " - 111 , i,
- iº ! . i '' 1 '1 ' ! : | | -* i * ſ ! )

· · ·· | · · · · · · · , | n || - i - ºil !
· · · · · · · · n i º r i -|| | | | | |
• · · · · · · - ! - i | || |- · |·|· | · | ·
· · · , . · · · | · | | | | -- i | | | | ,| t
- t, , , , ! ,il | | | - f1 · · · · , ,, , , , il r, !
MEssiEURs, | | | | - ' - , , , , , - - ;

La même époque nous réunit périodiquement à cette fête


médicale, et chaque année , comme aujourd'hui, les premiers
magistrats de la cité, en répondant à notre invitation, vien-.
nent rehausser l'éclat de cette solennité, encourager notre
zèle et nous donner une nouvelle preuve de leur sympathique
bienveillance, qui toujours, noblement acquise, a toujours
été généreusement maintenue. Remercions-les donc , et féli
citons-nous à la fois de leur présence; et pour montrer tout
le prix que nous savons y attacher, ne nous amoindrissons
pas, par le nombre, en ce jour d'apparat.
Votre concours unanime et empressé est nécssaire pour re
( 132 )
cevoir dignement cette assistance d'élite, en tête de laquelle
nous sommes honorés de voir les dispensateurs éclairés du
patronage sous lequel nous vivons.

• • • • .. . ::: . ::: .. :: ....... .. ... ......'. .....


• • • e • • • • • e • • •

- , Daignez, Messieurs, |me venir en aide par votre indulgence


et votre bienveillante attention, car le Rapport que j'ai l'hon
neur de vous présenter, trop long peut-être, sera toujours
trop court, vu le nombre et l'importance des Mémoires qui
doivent y figurer. Dans ce double et inévitable écueil résident
ou le défaut fondamental de l'œuvre, ou le mérite d'unè diffi
culté à vaincre, je n'ose pas dire vaincue.
· Analyse rapide, dans laquelle pourtant aucun fait saillant
ne saurait être négligé; une Résumption académique doit tou
jours être ramenée dans les proportions rigoureuses de cette
formule obligée, qui sera notre épigraphe : De tout un peu.

, , , , , ia a in H a i l' º q , º , " " "


(Parmi les améliorations récentes introduites dans le mode de publication
des travaux de la Société, nne des plus importantes consiste à insérer, autant
que possible, les travaux originaux, par l'impression soit des Mémoires in
extenso, soit des Rapports divers faits sur les ouvrages reçus. Par ce motif,
nous croyons devoir supprimer le compte rendu présenté dans la séance pu
blique, dont l'insertion amènerait forcément des répétitions et des redites r
doublement regrettables par le fait du manque d'espace. - ·
Nous nous bornerons donc, pour donner un coup d'œil d'ensemble 'com
plet, à énumérer le titre des ouvrages qui ont figuré dans la présente année
académique). - - , e

( 3 e : 2 * º * · · · ) )
( 138 )
51 ' 5 ' , ' n, • ! ' - , , , ,u · ·· · · · ·
Ub 2 : l 5 : º : -º - º , ,!, º 1 ,i - ºº2 - ºſl
$ er

| *•' -1 # : u - C , 5 ºi !

TRIBUTS ACADÉMIQUES LUs PAR LEs MEMBREs RÉSIDANTs. ,

Nouvelles expériences sur le cysticercus tenuicollis des rumi


· nants, et sur le tania qui résulte de sa transformation dans
& l'intestin du chien; par M. BAILLET , professeur à l'Ecole
· vétérinaire. , ! · · · · · · · , ·
- " !
_ : # | ||·· · ·,

- (Inséré , voir ci-dessus, page 22.) · 1 · l · o ·

Souvenirs des ambulances de l'armée d'Afrique; par M. le doc


teur MoLINIER. º - , | | | | |!

3: - ,• - | | | ||| - 1 t
(Sera inséré. ) · i · · · ·· | · · - i | ulº u !

Mémoire sur la rage ; par M. LAFossE, professeur à l'Ecole


u vétérinaire. º ºf 2 : - | | | -- , n ... - i 1 , i .
#[ • . ' · · · · · , -- 1 · · · · · · ,, , , , , , ,i , º vs º e b
. . " / " | ---- ,l. , N -- ' ' ' ' '! · · · · · · - · · · · · ºp
" , (Sera inséré. ) • - i : - t - · · · · · · · · ·· · · · · ·· ·

Note sur l'emploi thérapeutique des lactates alcalins; par


M. CoUSERAN , Pharmacien. .
_ • • - - ,i -- , ! - • · . " -- , - '.

(Sera inséré. ) · ·· · - -- -

Simple note sur le taenia fenêtré; par M. le docteur GUITARD.


(Inséré; voir ci-dessus, page 38.)

Quelques mots sur la congestion cérébrale, par M. le docteur


LAFoNT-GoUzY.

(Inséré; voir ci-dessus , page 98.)


( 434 )

'Clinique chirnrgicale de l'Hôtel-Dieu, par M. le docteur


· DIEULAFoY. | º | º \ º ) ! ·· · · · ,ſ, . 4 .

· 1 ·· · ( : , jº , ,(| , , , , · · · · · , · ) \ w · · · · · ·
(Inséré, voir ci-dessus, page 85.) 1 1 : 1 ,t !

observation de bassin oblique ovalaire par cause traumatique,


par M. le docteur LAFoRGUE.

| (Inséré; voir ci-dessus, page 88.) · · · · · 0


| | · · · ») , s \ » ' - -
· · · ·· · · ,, ,

,3 , i. .. | |.
Tumeur charnue formant un appendice caudal chez un enfant
nouveau-né; par M. le docteur LAFoRGUE, A , , ,
(Sera inséré.)
z , e I - 10 - i t ' , ' lf ( q , • ºw oi • aoint 2 (A
Recherches sur les analogies et les différences qui existent entre
les eaux sulfureuses des principales stations thermales des
Pyrénées; par M. le professeur FILHoL.

, (Sera inséré. ) .· · · ·· · · · · · ·· ··· · · ·· ·· · ·· · ·, )


• ; . | || t , , , | · | sº,

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MÉMoIREs PRÉSENTÉS PAR LES CANDIDATs AUX PLACEs DE.
MEMBRE- RÉSIDANT.
2) · , · · · · · · · · ))

Quelques considérations sur le traitement de l'hydrocèle, par


M. le docteur Louis DEsCLAUx. -

( Voir le Rapport sur ce Mémoire, ci-dessus, page 81.)


( 135 )
Note médico-légale sur un cas d'asphyxie déterminée par l'enrou
lement du cordon ombilical autour du cou d'un enfant n0u
veau-né qui avait complétement respiré; par M. le docteur
DELAYE. · · · · · · · , v\

, ºu (Inséré; voir ci dessus, page 43.) • • • • • • , , , , , )


, 1 i iº i | u º ! ·' ]

De la valeur séméiologique de la non élimination de certaines


substances odorantes par le rein, dans l'albuminurie; par
M. le docteur BAssET. · • , , , , !vº ! · · · · · ?
sºir to j : ' ) , -

( Voir le Rapport sur ce Mémoire, ci-dessus , page 75.)


· · · · · ·

Des maladies latentes; par M. le docteur Louis DEsCLAUx.


sºttº Mºtº2 , \ z \ , | · | · · · ·· A
ºs$ º ( Be Rapport sur ce Mémoire sera inséré.) ·· · ·
on iiº 7º oºq , il , q , º !

Quelques considérations sur la nature et la classification des


dyspepsies, par M. le docteur BAssET.

(Le Rapport sur ce Mémoire sera inséré. )

Note sur les camphres naturels et artificiels : par M. SAINT


adPLANCAT, Pharmacien. - # # , * , ! | | | - ! ... , tº i

* ° ,

(Inséré, voir ci-dessus , page 68.)


- q · s \ ! · · · · · ' · . | | | | | | | | | |

( !º , , , , , , , , , , , , ! )
( 186 )

S IIl.

- º .. ! -4 ° | , t ntr º º
MÉMoIREs PRÉSENTÉs PAR LEs CANDIDATs AU TITRE DE MEMBRE
coRREsPoNDANr. "

Desà purgatifs,
'aris. , 1 , par
a ,t}M.: Emile
i , l' Qvasris,tt docteur
, q … en» Médecine
-
', t \ t $ \ ,

- - < , v. - • \ | : .. ! Y
(Voir le Rapport sur ce Mémoire , ci-dessus , page 1o1.)

- · .. \ ,| , \ , ... " \ , \ v \ \ \ºt º \


Hygiène des ouvriers occupès dans les filatures; par M Emile
QUANTIN, docteur en Médecine à Paris.
. ... . - º º .. : . , \ )· i )
( Voir le Rapport sur ce Mémoire, ci-dessus, page 107.)

· · · · · · · · · v : 2à

Observation de rétention du placenta pendant seize heures ;


par M. Emile QUANTIN, docteur en Médecine à Paris.

(Voir le Rapport sur ce Memoire ci dessus, page 110.)


- . . .. .. .. " # : s
De l'éclairage au gaz dans les hôpitaux (texte portugais);
par M. de MAcEpo e VALLE, docteur en Médecine à Allan
droal (Portugal). · · · · ' | | |

( Voir le Rapport sur ce Memoire, ci dessus, page 61,)


( 137 )

S IV,

MéMoiREs oui oNT FIGURÉ AU CoNCoURs DEs MÉDAILLEs "


- D'ENCoURAGEMENT.

Observation de purpura hemorrhagica ; traitement par le per


chlorure de fer; par M. le docteur Louis DEsCLAUx. !

/
A
(Voir• le Rapport du Concours, ci-dessous, page 151.)
# *# -, -

De la nature et du traitement de la fièvre intermittente; par


éM. Léon RoLLAND , docteur en Médecine. · · • • '!

( Voir le Rapport du Concours,


- à
-
ci-dessous, page 152.)
- -

( " : . ..

Essai du calomel sur les inflammations légères de l'estomac ;


· par M. le docteur REBoULET , Membre correspondant à
Grenade (Haute-Garonne.)

',
(Voir
-
le Rapport du Concours, ci-dessous, page 154).
-

Observation d'hydrophobie rabique, survenue chez une femme .


de soixante-dix ans, quatre-vingt-cinq jours après la morsure
d'un'chat; par M. RAscoL, docteur en Médecine à Murat
(Tarn).
)
(Voir le Rapport du Concours, ci-dessous, page 156.)
( 138 )
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Essai sur la constitution médicale qui a régné dans la commune


de Léguevin, pendantl'automne de 1862; par M. PEYREIGNE,
docteur en Médecine à Léguevin (Haute-Garonne). .
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( Voir le Rapport du Concours , ci-dessous, page 159. )

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Rapp0rt sur les épidémies qui ont régné dans l'arrondissement :


de Villefranche , pendant l'année 1862; par M. le docteur
MARTIN-DUCLAUx , Membre correspondant à Saint - Julia
( Haute-Garonne). : if ºi , i l ! in - 1 ;: ! r!

i, ( Voir le Rapport du Concours, ci-dessous, page 161. )


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Une Saison à Contrexeville; par M. le docteur MILLET, Membre
correspondant à Tours.ºu il mot d ºl l · · · · · io - 92

r(Voir le Rapport du Concours, ci-dessous, page 164.)


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Etude sur la dysenterie des pays chauds , et sur la séparation


º étiologique entre cette maladie et les fièvres palustres; par"
M. le docteur CATTELoUP , Membre correspondant à Vin
C6IlI10S.
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, , ( Voir le Rapport du Concours, ci dessous, page 167).


Ce Mémoire sera inséré in extens0 dans le prochain
fascicule. . / .
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( 139 )
Ici finit, Messieurs, la tâche qui m'était imposée. Aurai-je
réussi, par mes constants efforts, à la remplir avec cette sévère
impartialité, cette exactitude irréprochable que dictent les
droits imprescriptibles de la justice, les rigoureuses interpré
tations de la science ? Vous jugerez.

ll ne me reste plus que quelques paroles à prononcer pour


consacrer par un pieux hommage la mémoire de ceux que la
mort nous a enlevés. - , \
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Dans le courant de la présente année, la Société a éprouvé


la perte très-regrettable de quatre Membres correspondants.

M. Willaume, nommé Correspondant en 1814, s'était dis


tingué dans la Chirurgie militaire : retraité à Paris , il s'est
éteint plus que nonagénaire. Sa belle et longue carrière a été
dignement retracée dans le remarquable discours prononcé à
ses obsèques par M. le baron Hippolyte Larrey. | |

M. le professeur Golfin , de Montpellier, était aussi un de


nos plus anciens Membres correspondants : sa nomination re
monte à soixante ans. Par les immenses ressources d'une vaste
érudition, il a, pendant une très-longue période, occupé avec
éclat une des chaires les plus importantes à la Faculté de
Médecine de Montpellier. . -

Dans une position plus modeste, nous trouvons, au terme


d'une carrière non moins bien remplie , encore un de nos an
ciens correspondants, M. Laforêt, Médecin à Lavit. Modeste et
infatigable praticien , il a succombé aux fatigues incessantes
de la clientèle rurale Bon observateur , écrivain spirituel,
plus qu'un autre il a droit à nos éloges pour le zèle soutenu
avec lequel il a payé envers nous son tribut de relations
scientifiques. L'accomplissement de cette tâche était, en effet,
considéré par lui , comme une obligation sérieuse, comme un
devoir sacré. De là ce nombre considérable de Mémoires dont
( 140 )
il a enrichi nos archives , et qui lui ont valu d'être souvent
récompensé dans les concours des médailles d'encouragement.
Quant au dernier collègue , dont nous pleurons la perte
depuis un mois à peine, vous le connaissiez tous. Il a siégé
parmiinous; dans tous nos cœurs il a laissé les souvenirs
d'une profonde et sincère sympathie. La douleur reste muette
sous le coup fatal qui vient d'arrêter si brusquement sa brillante
carrièred Ayant moi, vous avez tous nommé le professêur
Moquin-Tandon.
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sUR LE coNcoURs oUvERT, EN 1865, PAR LA socIÉTÉ !


, IMPÉRIALE DE MÉDECINE DE ToULoUsE,| | | | | · | · · · · · · · - - - - -

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• Présente, au nom rune commission de neur membres,


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Par M. le Dr DASSIER (1).

PoUR diviser les tissus vivants, la Chirurgie possède des


moyens variés, mais presque tous susceptibles de présenter
dans leur application des inconvénients plus ou moins graves.
Cette vérité, que l'on trouve écrite au commencement d'un
livre de M. Chassaignac , semble avoir inspiré la Société impé
riale de Médecine, Chirurgie et Pharmacie de Toulouse lors
qu'elle a formulé ainsi la question du prix à décerner en 1863:
Determiner par des faits pratiques la valeur relative de
l'excision , de la ligature et de l'écrasement linéaire.
Elle ne se dissimulait pas les difficultés à vaincre pour ar
river à la solution parfaite d'une question aussi complexe de
Médecine opératoire ; mais elle se croyait en droit d'espérer
qu'un plus grand nombre de praticiens, répondant à son
appel , viendraient lui offrir le résultat de leurs méditations
et de leur pratique. — Un seul Mémoire est parvenu au Bu
reau. — Je vais vous en présenter l'analyse , et j'espère vous
prouver que si nous sommes très-pauvres pour le nombre,
nous avons encore quelques richesses à vous faire connaître.

(1) Cette Commission était composée de MM. Faurès, Président; Jules


Naudin, Secrétaire général ; Dieulafoi, Laforgue, Estevenet, Despaignol ,
Ripoll, Noguès, et Dassier, Rapporteur.
| ( 142 ) -

, Le Mémoire dont il va être question porte pour épigraphe :


« La science fournit l'indication, l'art l'exécute : isolés, ils
« sont souvent impuissants; réunis, ils font du Chirurgien un
» homme égal aux immortels. » -

Dans un avant-propos de quelques pages, parfaitement


fait, et où se trouve défini le sens que l'on doit ajouter à
' l'excision et les différences qui existent entre ce mode opé
ratoire, l'extirpation , l'énucléation, l'ablation , l'auteur nous
| annonce qu'il pense avoir précisé d'une manière assez nette
les avantages et les inconvénients de chacune des métho
des indiquées par la Société de Médecine de Toulouse, dans
presque tous les cas qui peuvent se présenter dans la pratique.
— Pour atteindre un pareil résultat, il faut d'abord comparer
l'excision, la ligature, l'écrasement linéaire conduisant au
même but final, la séparation d'une partie de la totalité du
· corps, quoique agissant sur les tissus morbides d'une manière
bien différente, et par suite, offrant aussi des dissemblances
sous le rapport des phénomènes immédiats et consécutifs.
| Un chapitre particulier est donc consacré au mode d'agir
sur les tissus par l'excision, la ligature, l'écrasement linéaire.
Notre Confrère considère l'excision comme la méthode la
plus rationnelle, et il accorde au bistouri, habilement manié,
l'avantage incontestable de faire une section nette des tissus,
et, par suite, beaucoup plus apte au travail de réparation,
la cicatrisation, d'agir avec plus de précision, c'est-à-dire,
de retrancher la totalité du tissu morbide plus sûrement que
la ligature et l'écrasement, qui ne peuvent poursuivre le mal
dans des parties anfractueuses, qui sectionnent trop ou pas
assez, et qui laissent toujours des surfaces contuses, dont la
cicatrisation nécessitera un temps beaucoup plus long. Toute
| fois, il est juste de reconnaître à la ligature une supériorité
réelle sur l'excision, de laisser moins à redouter la perte de
sang; mais cet avantage n'est-il pas contrebalancé par la
· lenteur de l'opération , l'inconvénient toujours et le danger
quelquefois d'attendre la chute de la partie ligaturée, qui ne
( 148 ) -

se séparera du reste du corps qu'après avoir été le siége d'un


· travail de décomposition ? | | | | • \ •
• L'écrasement linéaire est un intermédiaire aux deux pré
cédentes méthodes. Il réunit certains avantages de l'excision,
certains inconvénients de la ligature, mais il a sur cette der
· nière le bénéfice d'agir beaucoup plus promptement. Malheu
· reusement, quelques imperfections inhérentes à l'instrument
ne le rendent pas toujours applicable. L'auteur du Mémoire
· montre ici, il est aisé de le reconnaître, le résultat d'une
assez riche pratique et d'attentives réflexions. " "
· Les phénomènes qui accompagnent ou suivent chacune de
· ces méthodes sont pour l'auteur l'occasion de présenter quel
ques considérations toujours comparatives sur la douléur,
' l'hémorrhagie, l'entrée de l'air dans les veines... etc., etc.
º Pour l'excision, la douleur est, en général, d'une durée
· moins longue que par la ligature et l'écrasement linéaire, et
º encore est-il possible de l'amoindrir souvent et plus spécia
· lement que pour la ligature et l'écrasement, par l'emploi des
anesthésiques | | | " "
· Ce n'est que dans des circonstance s exceptionnel les que
l'hémorrhagie est plus à craindre par l'excision que par les
· deux autres méthodes, aujourd'hui que l'hémostasie est arrivée
, à un si haut degré de perfection. Il nous semble cependant
que l'avantage est ici en faveur des ligatures, non pas, comme
le dit l'auteur, de la ligature simple, mais bien de l'écrase
ment linéaire, dont le caractère essentiel est d'opérer la sé
º paration des tissus vivants sans effusion de sang. Les expé
' riences de M. Chassaignac, sur des carotides de bœuf ont-elles
· besoin d'être rappelées ? : " " | | ·· • : ;

| En résumé, et au dire de l'auteur, l'excision sera indiquée


· lorsqu'on n'aura aucune crainte d'hémorrhagie sérieuse , l'é
crasement linéaire, lorsqu'on aura des dangers d'hémorrha
· gie douteux , et la ligature , lorsqu'une hémorrhagie fou
· droyante, ou seulement difficile à arrêter, pourra se produire.
· L'entrée de l'air dans les veines, cet accident de la plus sé
rieuse gravité, lorsque la mort du sujet n'en est pas la suite
( 144 )
immédiate, semble ne devoir être à craindre que dans l'abla
tion des parties avec l'instrument tranchant. Il faudra donc
savoir l'exclure toutes les fois que l'anatomie de la région
viendra l'indiquer. |
La fièvre traumatique , considérée comme accident à redouter
après l'opération, est classée par l'auteur dans l'ordre suivant :
L'excision, surtout s'il est possible de diminuer l'étendue des
surfaces traumatiques par le rapprochement des bords de la
plaie; — l'écrasement linéaire; — la ligature. |

L'excision se place encore en première ligne au point de


vue de l'imminence moindre de la suppuration et de l'inflam
mation érysipélateuse, qui surviennent souvent après les opé
rations. Les raisons en sont énumérées par l'auteur avec le
plus grand soin. - - -

Enfin , l'infection purulente et l'infection putride, compli


cation si redoutable des plaies, qui font si justement le déses
poir des Chirurgiens, et qui, dans certains moments, dans
certaines localités, conduisent un si grand nombre d'opérés
au tombeau, sont plus à redouter après la ligature et l'écra
sement qu'après l'excision ; surtout si , comme le dit l'auteur,
les pansements sont faits d'une manière intelligente.
Passant à un autre ordre d'idées, notre Confrère cherche
les indications qui peuvent être fournies par la forme des ma
ladies. Dans ce chapitre, fort important du reste, il nous pa
raît se montrer un peu trop exclusif lorsqu'il rejette l'écrase
ment linéaire en présence des tumeurs à base large pour donner
la préférence à l'instrument tranchant. — Ne peut-on pas, en
effet, enlever une tumeur par l'action de chaînes multiples ?
Nous lui adresserons encore une observation analogue pour ce
qu'il dit des tumeurs pédiculées. - - -

Les indications fournies par la texture des tissus morbides


sont de la plus grande importance aux yeux de tous les Chi
rurgiens, comme à ceux de notre Confrère, qui se prononce en
faveur de l'excision toutes les fois que les tumeurs à enlever sont
peu vasculaires, comme les lipomes, les névromes, les amyg
dales hypertrophiées, etc. Il ne le dit pas, mais il laisse com
- ( 145 )
prendre le contraire pour celles où le tissu morbide est très
vasculaire, en faisant observer que l'écraseur linéaire ne met
pas toujours le malade à l'abri d'une hémorrhagie, et que la
pratique n'a pas toujours réalisé les espérances que l'habile au
teur du procédé avait conçues. Il rappelle encore trois observa
tions tirées du livre de M. Chassaignac, où des hémorrhagies
sérieuses ont suivi l'emploi de l'écrasement pour des tumeurs •,
hémorrhoïdales. . , , , , , , ,, , ,, , , , , , · , · · · · ! - , ' f'2
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| Les tendances de notre Confrère contre l'écraseur sont


manifestes et se montrent complétement dans les détails mi
nutieux d'une observation d'amputation de la langue, attein
te d'hypertrophie, qui lui a été communiquée, par son Con
frère le docteur Pasturel, et où l'opération, par l'écrasement,
fut suivie d'une telle hémorrhagie, qu'il fallut recourir à la
ligature en masse. - Il en est de même dans les réflexions qui
la terminent, et où il cherche à établir l'avantage qu'il y avait
à mettre en usage l'instrument tranchant. . | | | | |
· Le fin du paragraphe que nous analysons est consacrée à
l'énumération de certaines tumeurs qui doivent être attaquées
par une méthode mixte, et quelques autres cas, où la liga
ture doit être préférée à l'écraseur, comme certaines tumeurs
où il existe des vaisseaux d'un assez gros calibre pour n'être
pas suffisamment oblitérés par l'action trop rapide de l'ins
trument à chaîne. | | | | | || | | | | |
| Votre Commission respecte les opinions de l'auteur, formu
lées d'ailleurs avec une extrême franchise; mais elle ne sau
rait les partager entièrement. . | | | | | | |
" Si l'examen préalable pour reconnaître la texture des par
ties est de la plus haute importance, il faut encore tenir grand
compte du siége des maladies. - Certaines affections impo
sent, par le siége qu'elles occupent, le choix de la méthode
à employer pour être enlevées avec prudence. Comment ex
ciser, en effet, un polype de la matrice, qu'on ne peut faire
sortir, par des tractions méthodiques, au delà du museau de
tanche ? Comment exciser une tumeur du rectum implantée au
delà des limites que peut atteindre le doigt?... Et en dehors
- - - - - * ! 10
( 146 ) -

de ces difficultés , dépendantes du lieu d'implantation , ne


faut-il pas encore considérer l'importance des organes qui oc
cupent le voisinage du mal, les vaisseaux de gros calibre dans
certaines régions du corps, le cou , l'aisselle , par exemple ?
Arrivé à cette partie de son Mémoire, l'auteur passe en revue
certaines régions du corps. • s•

La cavité orbitaire devient, tout d'abord, le sujet de longues


réflexions sur les difficultés qu'éprouve l'opérateur pour passer
convenablement la chaîne de l'écraseur ou les fils à ligature,
qu'on ne pourra d'ailleurs serrer suffisamment. Il parle à ce
sujet des instruments inventés par Cloquet , Colombat et quel
quelques autres. Il termine ce chapitre en donnant la descrip
tion d'un serre-nœud qui échappe à l'analyse , à moins d'en
trer dans de trop longs détails. — Nous admettrons volontiers
qu'il a pu rendre de vrais services à l'auteur, mais nous ne
pouvons nous empêcher de redouter , pour le nouvel instru
ment , quelque ingénieux qu'il paraisse, un sort analogué à
ceux que nous venons de rapporter. — Toutefois, notre Con
frère se déclare en faveur du bistouri dans la majorité des
cas, et réserve l'emploi des ligatures pour les affections qui
offrent un grand dévelopement des vaisseaux , qu'on ne pour
rait atteindre avec le tenaculum ou que les hémostatiques se
raient impuissants à oblitérer.
De la cavité orbitaire, l'auteur passe à l'étude des affections
que présentent les fosses nasales. — lci encore c'est l'excision
qu'on doit préférer d'une manière générale. Néanmoins, il ne
manque pas de rappeler que la ligature a été employée sou
· vent avec succès depuis les temps les plus reculés. Mais qu'on
ait recours à telle ou telle méthode , à tel ou tel procédé, l'hé
morrhagie se présente toujours comme complication à redouter ;
seulement , au lieu de se produire au moment de l'opération ,
elle ne se manifeste que secondairement. L'auteur signale, à
cette occasion, la mort survenue chez un de ses malades, âgé
de douze ans, qu'il avait opéré par la ligature , pour le débar
rasser d'un polype. - Un deuxième reproche, adressé par
lui à la ligature , et appuyé sur des faits , est la tendance à la
( 147 )
récidive du mal. L'excision, alors surtout qu'il est possible de
cautériser les surfaces d'insertion , lui paraît avoir des avan
tages incontestables. Il importe, néanmoins, de ne pas se
dissimuler les difficultés que présentent l'une et l'autre mé
thode quand on n'est pas obligé de leur substituer la torsion et
l'arrachement.
Les Chirurgiens modernes , Manec , Nélaton, Plaubert .
Maisonneuve, etc. , etc., remédient à ces difficultés en ou
vrant un passage, soit à travers le voile du palais, soit à tra
vers le maxillaire supérieur, à l'instrument qui doit porter la
ligature. L'auteur signale à cette occasion la difficulté que pré
sente l'écraseur de M. Chassaignac, par son volume et le
manque de flexibilité de la chaîne dans tous les sens. Mais
n'est-il pas possible de remédier à ce dernier inconvénient en
substituant à la chaîne articulée un faisceau de fils de fer
réunis et tordus ensemble ?
A propos de la langue , l'auteur revient encore sur les
dangers de l'hémorrhagie qui survient souvent dans les opéra
tions que l'on pratique sur cet organe , et l'obligation où se
sont trouvés quelques Chirurgiens pour y porter remède , de
lier la linguale et même la carotide. Du reste, la valeur rela
tive de l'excision, de la ligature, de l'écrasement linéaire ne
sauraient être bien définies dans l'espèce. Il faut, en effet,
considérer bien différemment les affections de cet organe, qui
nécessitent son ablation , tantôt en totalité , tantôt seulement
en partie. — Chacune des méthodes présente de grands dan
gers dans le premier cas ; mais les avantages sont en faveur de
l'écraseur toutes les fois, au contraire, que le siége du mal
ne porte que sur la partie antérieure de l'organe. L'auteur
nous dit ceci avec une certaine hésitation , une timidité réelle ;
car, un peu plus loin, il se prononce pour l'excision , vu la
rapidité avec laquelle les plaies de la langue se cicatrisent, le
peu d'inflammation qui les accompagne en général , et, au
contraire, le gonflement considérable qui suit l'application de
la ligature , etc. , etc. .
En ce qui concerne les hémorrhoïdes, les cancers et autres
( 148 )
affections de l'anus et du rectum , etc. , etc , l'auteur met de
côté l'excision , toujours dans crainte de la perte de sang et les
difficultés de l'arrêter quelquefois. — Se mettant cette fois en
opposition manifeste avec un grand nombre de praticiens, il
exclut de même l'écraseur linéaire pour donner la préférence
à la ligature. Pour plus de sûreté, il recommande de prendre
la précaution de traverser le pédicule avec les fils à ligature,
de manière à établir une ligature multiple et partielle, qui ,
ainsi posée, ne pourra pas glisser lorsque la résection des
parties aura été pratiquée en avant. Cette précaution, qui est
loin d'être nouvelle, est on ne peut plus sage, et maintes fois
nous l'avons mise nous-même en usage dans des circonstances
diverses, toujours avec avantage. -

Viennent maintenant les tumeurs du vagin et de la ma


trice. Ces affections offrent des indications diverses , selon
qu'elles sortent au dehors de la vulve , qu'elles sont renfer
mées dans le vagin, ou qu'elles siégent dans l'utérus :
1° Les tumeurs de la première catégorie seront attaquées de
préférence par l'excision , à moins cependant qu'un état de
chloro-anémie trop avancé ne fasse redouter pour les malades
une perte de sang , quelque minime qu'elle puisse être. Cette
considération a suffi pour déterminer notre Confrère à re
courir à la ligature chez une dame âgée de quarante-neuf ans ,
qui , pour la deuxième fois, à dix-sept ans d'intervalle , se
trouvait atteinte d'une tumeur volumineuse faisant saillie hors
de la vulve. La première fois, et après avoir éprouvé des
douleurs analogues à celles de l'enfantement, cette dame avait
vu se produire, tout à coup, une tumeur du volume de la
tête d'un enfant , qui resta suspendue aux organes génitaux
par un large pédicule. Une matrone, qui avait été appelée
pour lui donner des soins, la délivra de la tumeur par une sec .
tion faite tout simplement à l'aide d'un couteau. Un résultat
heureux couronna cette imprudente manœuvre : huit jours
après , la guérison était parfaite.
La deuxième fois, notre Confrère était mandé chez la malade
pour combattre une hémorrhagie inquiétante par son abon
- ( 149 )
dance et sa durée. Une tumeur , égale à la première, avait
franchi l'orifice vulvaire. — Son pédicule , fortement tendu,
déchiré sur plusieurs points, adhérait à l'utérus. — La liga
ture du pédicule fut immédiatement faite aussi haut que pos
sible et tout près de son point d'insertion à la matrice, dont
l'orifice était largement dilaté. A partir de ce moment les ac
cidents cessèrent et la guérison marcha avec rapidité.
2° La plupart des tumeurs qui sont contenues dans le vagin
sont susceptibles d'être amenées en dehors par des tractions
sagement ménagées. Les indications sont alors les mêmes que
pour celles que nous venons de signaler ; mais il en est d'au
tres qui y restent enfermées, soit par leur volume trop con
sidérable, soit par leur mode de fixation à l'organe. Elles pré
sentent dans ces cas des indications diverses que l'auteur passe
en revue avec le plus grand soin. — L'excision sera pratiquée
lorsqu'il sera possible d'atteindre le point d'insertion ; dans
le cas contraire, on emploiera la ligature. 1 º , .

· Enfin , il en est de même pour celles qui, renfermées dans


l'utérus , pourraient être amenées au dehors de l'organe. — Ce
dernier paragraphe est suivi d'une observation fort intéres
sante d'une tumeur fibreuse d'un assez gros volume, ren
fermée dans la matrice , amenée au dehors et opérée par l'ex
cision du pédicule. — Je regrette que cette observation ne
puisse vous être transmise en entier; vous auriez reconnu ,
avec les Membres de votre Commission , combien notre Confrère
s'y montre praticien consommé , opérateur habile.
Jusqu'ici il n'a été question que des tumeurs à texture ré
sistante ; mais il peut se présenter des cas où , au contraire ,
elles sont d'une si grande friabilité, qu'elles se laissent
déchirer à la plus légère traction , et qu'elles donnent lieu à
des hémorrhagies inquiétantes. Dans ces circonstances , l'au
teur n'hésite pas à indiquer la ligature comme la meilleure
méthode à mettre en usage. Après avoir formulé de sages
conseils et mis en relief les principales complications et les
difficultés qui attendent quelquefois l'opérateur, il nous donne
en détail deux observations qui lui sont propres, et où il a
( 150 )
employé la ligature avec quelques modifications qui lui appar
tiennent , et l'emploi de la cuvette de Récamier. Ces deux ob
servations font honneur à notre Confrère , dont l'esprit in
ventif et les ressources thérapeutiques ont été toujours à la
hauteur des difficultés imprévues qui se sont présentées, soit
durant l'opération, soit pour remédier aux hémorrhagies con
sécutives.
Voilà, Messieurs, en substance, le Mémoire que votre Com
mission a eu à apprécier.— Quelques chapitres auraient exigé
un peu plus de méthode; car la pensée de l'auteur est quel
quefois difficile à saisir au milieu de redites nombreuses qui
semblent quelquefois s'infirmer les unes les autres. — Nous
devons encore adresser à notre Confrère le reproche de ne pas
avoir suffisamment étudié la valeur relative des trois méthodes
opératoires qui faisaient le sujet de la question proposée
— Il est à regretter que ce travail , bien traité d'ailleurs dans
certaines parties , ne fasse pas connaître l'opinion de l'auteur
d'une manière assez précise pour que votre Commission puisse
considérer la question comme résolue. — Néanmoins elle reste
convaincue que le Mémoire de notre Confrère renferme de très
bonnes choses qui démontrent un esprit pratique consommé ,
un Médecin loyal qui dit simplement ce qu'il a vu, ce qu'il a
| fait et ce qu'il pense. - Il a droit à une récompense.
En conséquence, elle vous propose de réserver le prix de
l'année, et d'accorder à l'auteur, avec le titre de Membre cor
respondant de votre Société, s'il ne le possède déjà, une mé
daille d'or de 100 fr., à titre d'encouragement.
Toulouse , le 30 avril 1863.
( 151 )

· · CONCOURS DES MÉDAILLES D'ENCOURAGEMENT.

R APPORT

PRÉSENTÉ, AU NoM D'UNE coMMIssIoN DE NEUF MEMBREs(!);


Par M. le Docteur RIP0LL.

· MEssiEURs ,
Les Mémoires présentés , cette année , au concours des mé
dailles , sont au nombre de huit. Ils sont dus à MM Desclaux,
| L. Rolland , Reboulet , Rascol, Peyreigne , Martin-Duclaux,
Millet et Catteloup.
| Votre Commission, composée de MM. Roque-d'Orbcastel ,
Butignot , Parant, Cazac , Lafosse, Gaussail et moi, après en
· avoir fait la lecture, en a discuté les mérites respectifs. Organe
de cette Commission , je viens aujourd'hui vous soumettre, en
même temps que son appréciation critique , le classement
· qu'elle en a fait et les récompenses qu'elle vous propose de
leur décerner.

M. DESCLAUx. — Le Mémoire de M. Desclaux , intitulé :


Observation de purpura hemorrhagica ; traitement par le per
chlorure de fer; guérison , vous est déjà connu par une analyse
due au Rapporteur de votre Commission actuelle. Dans ce tra
vail, mettant en lumière les aptitudes de l'auteur pour la des
cription des phénomènes pathologiques et l'appréciation des
effets thérapeutiques , il regrettait que ces qualités n'eussent
pas eu pour application un sujet plus important. L'observa
tion que M. Desclaux a bien voulu vous communiquer ne pré
sente, en effet , en elle-même que des choses en quelque sorte
familières. Il a fallu, pour lui donner quelque intérêt, la parer

(1) MM. Faurès, président; Jules Naudin, secrétaire général; Gaussail,


Roque-d'Orbcastel , Butignot, Parant, Cazac, Lafosse, Ripoll, rapporteur.
( 152 )
de ces quelques considérations qui nous ont permis de sup
poser, en jugeant du petit au grand, quel parti M. Desclaux
saurait tirer, pour l'avancement de la science, des faits plus
importants qu'il lui serait donné d'observer. Dégagée de cette
sorte de parure, l'observation de M. Desclaux est certainement
bonne encore à enregistrer, parce qu'elle démontre une fois
de plus l'efficacité du perchlorure de fer dans les affections
adynamiques; mais elle aurait eu bien plus de valeur si l'au
teur, un peu moins modeste, eût essayé de résoudre, au lieu
de la poser seulement, la question de savoir quel est , dans
ce cas , le mode d'action du perchlorure de fer.

M. L. RoLLAND. — Le travail de M. L. Rolland a pour titre :


De la nature et du traitement de la fièvre intermittente. — Dans
ce Mémoire , qui a été déjà l'objet d'un rapport particulier de
M. Butignot, M. L. Rolland, à l'occasion de quelques obser
vations qui lui sont propres de succès obtenus par la vuriola
rine , étudie la fièvre intermittente, considérée principale
ment au point de vue de sa nature et de son traitement. Il
conclut à l'essentialité et à la généralisation de l'état morbide,
et à l'efficacité du remède qu'il préconise, , , , , , ,
Vous connaissez déjà, Messieurs , par des travaux anté
rieurs que vous avez récompensés, la plume souvent élé
gante et presque toujours facile de l'auteur : vous avez pu
apprécier aussi son esprit d'analyse et de critique ; ces
qualités essentielles se retrouvent ici, et nous devons dire
qu'elles constituent à peu près à elles seules tout le mérite du
Mémoire.Après les nombreux travaux qui ont été, à tant d'é
poques, publiés sur la nature de la fièvre intermittente ;
après les expérimentations innombrables qui ont été suscitées
par la succession des divers moyens thérapeutiques tour à tour
proposés, il est en effet difficile, si l'on n'écrit du nouveau ,
de rendre scientifiquement intéressant un tel sujet d'études.
Eh bien ! c'est contre cette difficulté, exagérée par sa posi
tion même, que n'a pas craint de se mesurer M. L. Rolland.
« Le travail que j'offre à la Société, dit-il , composé au
( 153 )
D
milieu des exigences d'une clientèle de campagne , sans
))
autres documents que des souvenirs d'école et les observa
tions que j'ai pu recueillir , se ressentira sans doute du
» manque d'érudition qu'entraîne une pareille situation. »
Vos Commissaires ont dû tenir compte de cette déclaration
de l'auteur, qui donne à son travail une plus grande valeur
relative ; mais il leur a semblé que leur bienveillance ne pou
vait s'étendre jusqu'à l'exagération de sa valeur absolue.
Il ne ressort , en effet, du Mémoile de M. L. Rolland aucun
fait nouveau ; et il semble, à vrai dire, que l'étude elle-même
ne soit qu'une sorte de préambule destiné à faire valoir quel
ques observations particulières. Son travail est divisé en deux
parties. Dans la première, il traite de la maladie au point de
vue de son étiologie principalement; et il résulte pour lui de
cette étude que la fièvre intermittente est une affection essen
tielle et spécifique. —Essentielle, c'est-à-dire , dépendant
d'un état général de l'économie, et non d'un état morbide
local. - Spécifique, c'est-à-dire, produite par une cause spé
ciale se reproduisant toujours d'une manière identique, au
tant du moins que le permettent les diverses conditions de
vitalité de l'individu, Cette essentialité résulte de la nature de
la cause sous l'influence de laquelle elle se développe. Cette
cause, c'est le miasme paludéen ; miasme qui détermine une
intoxication générale , et la fièvre, qui en est la manifestation,
est l'occasion, et non le résultat de l'engorgement splénique ou
de la phlébocardite, contrairement aux opinions de MM. Au
· douard , Piorry, Rognetta , etc.
Après avoir prouvé l'essentialité et la spécificité de la fièvre
intermittente par la nature et le mode d'action de la cause pro
ductrice, M. Rolland déduit cette spécificité de l'identité même
du traitement , qu'il étudie dans la deuxième partie.
Ici, faisant table rase de tous les fébrifuges préconisés, il
ne juge digne de son étude critique que les préparations ar
sénicales et quinacées.
Quant aux premières , se basant sur les travaux de M. Bou
din, etc. , et sur deux observations à lui propres , il reconnaît
( 154 )
leur efficacité, et regrette que les dangers de diverse nature
dont elles sont entourées, ne permettent pas d'en généraliser
l'emploi. Mais les préparations de quinquina conservent ses
préférences, surtout dans les cas graves, pressants, et chez
les jeunes enfants. .. | | | | | | - , ' l: - º :
Quant au mode d'administration, il préfère la potion à la
pilule ; — quant à la dose, le fractionnement à l'unité; — quant
au moment l'anté-invasion à la post-cessation de l'accès. . ,
Arrivant enfin à la substance qui a été l'occasion de son tra
vail, il appelle l'attention sur un médicament qui a déjà donné,
en ses mains comme dans d'autres, de bons résultats. — L'ex
trait alcoolique de Variolaire, connu sous le nom de Variola
rine , et répandu dans le commerce de la pharmacie sous le
nom de Variolariue Bouloumié. , , , , , , .
| Les succès obtenus par notre Confrère à l'aide de ce médi
cament sont incontestables. Mais ne doit-on pas faire entrer
aussi en ligne de compte le moment des fièvres observées, la
fin de l'hiver et le commencement du printemps ? Aurait-il eu
les mêmes résultats à la fin de l'été et en automne ? . . , 1 j
Quoi qu'il en soit, ces bons effets du médicament doivent
être enregistrés. Si l'on considère, de plus, qu'il coûte moins
cher que les préparations de quinquina , il y a lieu de penser
· qu'il pourra les remplacer avec quelques avantages, dans les
cas légers, chez les pauvres, et dans certaines saisons. ..
M. REBoULET. - Dans son Essai du calomel sur les inflam
mations légères de l'estomac , M. Reboulet, votre correspon
dant de Grenade , préconise l'action du protochlorure de mer
cure à doses fractionnées ( 12 millig. par jour , en 5 paquets)
dans une forme particulière de gastrite, qu'il caractérise de la
manière suivante : , - · · · · · ··· · 1: *

« S'il est difficile , dit-il , de reconnaître dès le début des


inflammations légères , il n'en est pas de même des affections
inflammatoires fixées depuis quelque temps sur l'ouverture
pylorique. Ces inflammations se font connaître par de cons
tantes indigestions, surtout pendant la nuit. Le malade con
( 155 )
» serve les aliments pendant six ou huit heures dans l'es
» tomac avec beaucoup de souffrance; il ne se trouve délivré
» de ce fardeau incommode que lorsque l'ouverture pylo
» rique a donné passage aux aliments pris dans la soirée.
» Si les digestions sont pénibles , soyez assuré qu'il y a au
» tour de l'ouverture du pylore une inflammation qui tend à
» produire un engorgement squirrheux des tissus celluleux
» qui l'avoisinent ; d'où naîtra plus tard une tumeur sensible
» au toucher. »
Tel est l'état morbide contre lequel M. Reboulet oppose in
variablement le même médicament, toujours aux mêmes doses,
pendant un laps de temps constamment le même : après quoi ,
tout aussi invariablement, la guérison est établie.
A l'appui de ses dires , l'auteur cite quelques observations
confirmatives. -

Il est évident que, pour qu'une telle médication soit tou


jours aussi héroïque dans ses résultats, il faut que le diagnostic
de l'état morbide soit prélablement bien posé. C'est dans ce
but que M. Reboulet fait précéder la partie thérapeutique de
son travail de quelques considérations physiologico-patholo
giques, ayant pour but de mettre en saillie la différence qui
existe entre l'état nerveux , l'inflammation proprement dite et
l'état particulier , mixte en quelque sorte , auquel il oppose
son traitement. -

Mais ces préliminaires ne sont-ils pas traités d'une manière


un peu trop superficielle ? N'a-t-on pas lieu surtout de s'é
tonner de voir , entre autres choses , l'observation de la langue
complétement mise de côté, alors que l'on sait quels si pré
cieux renseignements cet organe fournit dans les affections
stomacales ? Un phénomène principal paraît être pour notre
Confrère l'éclair infaillible qui l'inspire et lui fait , pour ainsi
dire , mépriser toute autre lumière , rejeter toute espèce d'in
dication ; c'est la digestion pénible pendant la nuit. Ceci cons
taté, la prescription du mercure doux est forcée : 5 centi
grammes de calomel , en 20 paquets , sont administrés, à la
dose de 5 par jour, pendant trois mois. Si la maladie est un
( 156 )
peu ancienne, un emplâtre stibié est appliqué sur l'épigastre.
Au bout de trois mois la guérison est obtenue et persiste.
Nous craignons que, pour des praticiens qui aiment à se
rendre compte des choses avant d'adopter telles ou telles
idées, cette thérapeutique ne paraisse un peu empirique .
M. Reboulet nous semble agir surtout d'inspiration. Il nous
fait part de quelques succès qui pourraient nous étonner ,
mais que nous sommes certes loin de contester ; nous y croyons.
Mais est-ce bien seulement à l'action du calomel que l'on doit
faire tous les honneurs de la réussite ? Cet emplâtre stibié ,
dont l'influence n'est considérée que comme secondaire, n'a-t-il
pas quelques droits à la reconnaissance, sinon du Médecin au
moins du malade ? Et , en définitive , M. Reboulet, suppri
mant le repas du soir, l'indigestion nocturne aurait-elle dès
lors véritablement quelque raison d'être ?

M. RAsCoL.— M. Rascol, docteur Médecin à Murat (Tarn),


vous a communiqué une observation d'hydrophobie rabique
survenue chez une femme âgée de soixante-dix ans, quatre-vingt
cinq jonrs après la morsure d'un chat.
En voici le résumé : · · ·

Le 2 septembre 1858, la veuve Valette, de Murat (Tarn),


âgée de soixante-dix ans, fut mordue par un chat, qui laissa
cinq empreintes de dents très-profondes sur la main droite.
Ce ne fut qu'un jour et demi plus tard que la cautérisation fut
faite à l'aide du fer rouge et d'une manière incomplète, au
dire de notre Confrère. Ce chat mordit , à la même époque ,
plusieurs personnes, une poule, et un cochon. La rage ne fut
constatée , chez aucun des deux animaux , dont l'un , la poule,
fut mis en observation chez notre Confrère Quant aux per
sonnes mordues , comme elles l'avaient été à travers des vête
ments de laine, aucun accident n'étant survenu, on pouvait
attribuer cette immunité à cette circonstance.
En ce qui concerne la veuve Valette, elle n'éprouva rien de
particulier jusqu'au commencement de novembre. A cette épo
que, elle contracta une bronchite qui se termina heureuse
( 157 )
ment dans une vingtaine de jours. Vers la fin du mois, le 24 ,
il survint une indigestion suivie d'un malaise général. Le sur
lendemain on remarqua des frissons, auxquels succéda bientôt
le rétablissement de la chaleur. Mais, le 27, la malade éprouva
une grande difficulté pour avaler , ainsi qu'une extrême aver
sion pour les liquides. Le 28, elle fut vue, pour la première
fois, par M. Rascol, qui constata de l'oppression , justifiée par
des râles sibilants dans la poitrine , de la fièvre, de la gêne pour
avaler , et la répulsion pour les liquides. L'inspection des ci
catrices ne fit découvrir rien de remarquable ; la langue fut
examinée et ne présenta aucun développement folliculaire
particulier. Il prescrivit, à l'intérieur, de l'opium , et, au
tour du cou , des onctions mercurielles qui ne diminuèrent
pas l'agitation, l'insomnie , les oppressions fréquentes , pas
plus que la gêne de la déglutition. Celle-ci continua à se faire
avec peine, et s'accompagna même de mouvements convulsifs.
Le lendemain, ceux-ci devinrent plus fréquents , en même
temps que se produisirent quelques efforts d'expectoration,
d'où ne résultait , chaque fois , que l'expuition d'une petite
quantité de salive spumeuse, précédée elle-même d'un cri
strident et de râclement guttural. Le fait de lui présenter
à boire la faisait entrer en fureur. Les frictions avec l'on
· guent napolitain belladoné furent continuées, et le chlo
rhydrate de morphine, à petites doses répétées, fut subs
titué à l'opium. Mais, en dépit des efforts de notre Confrère,
la malade succomba cinquante-huit heures après le début de
la maladie , présentant jusqu'au dernier moment des alter
natives de calme , d'agitation, de convulsions même, tantôt
spontanées, tantôt provoquées par la deglutition ou par le
besoin d'expectorer une peau dont il lui semblait que ses
voies respiratoires étaient tapissées. . '
L'autopsie put être faite. En voici le sommaire :
Crâne, rien de particulier; — ni vascularisation anormale ,
ni épanchement. — Bouche, pas de traces de phlogose, pas
de vésicules sublinguales, rien à l'arrière-gorge. — Pou
mons , injectés, hépatisés à leur partie postérieure et infé
( 158 )
rieure, épanchement pleurétique considérable des deux côtés,
adhérences anciennes. - Cœur, gorgé de sang veineux. —
Organes abdominaua , à l'état normal.
Cette observation , parfaitement rédigée, est suivie de con
sidérations , à l'aide desquelles notre Confrère cherche à
prouver que la veuve Valette a bien véritablement succombé
à la rage.
D'abord, le chat était réellement atteint d'hydrophobie
spontanée ou consécutive à une morsure produite, sans doute,
par un chien enragé dont le passage dans la contrée avait été
signalé à une époque antérieure, et l'on ne saurait donner
comme preuve contraire le non développement de la maladie
chez les sujets mordus.
La poule l'a été à travers ses plumes , les enfants et l'adulte
à travers des habits de laine; tous, objets qui ont pu retenir
le virus avant que les dents ne pénétrassent dans les chairs ;
puis la femme Valette a été cautérisée tardivement et incom
plétement; la durée de l'incubation n'est pas sans précédents ;
les phénomènes observés pendant la maladie sont bien ceux
que nous ont décrits les divers observateurs; enfin, la tolé
rance des opiacés, à de très-hautes doses, ne saurait s'expli .
quer que par l'existence d'une névrose spéciale.
Une seule chose semble dérouter notre Confrère : c'est l'au
topsie cadavérique, dont les résultats lui paraissent en désac
cord , d'une part , avec ce que l'on observe habituellement ,
et , en second lieu , avec les phénomènes constatés pendant
la vie ; et il arrive ainsi à la fin de son travail , persistant
néanmoins dans son diagnostic, et tenté de considérer comme
purement cadavériques les lésions fournies par l'autopsie.
Tel est le travail de notre Confrère; travail consciencieuse
ment élaboré, plus qu'observation, pas tout à fait Mémoire ;
en somme, ouvrage témoignant de connaissances pratiques,
et même d'éru lition. Ces vingt-quatre pages sont bien écrites ;
il y a de la suite, de la logique. L'observation , par elle-même,
était intéressante et l'auteur en a tiré un bon parti.
Maintenanl, ce petit tribut d'éloges étant payé, nous ne
( 159 )
quitterons pas M. Rascol sans vous faire part de notre impres
sion personnelle. · · ·· · · · - -

Eh bien ! pour vos Commissaires , il est possible que le


chat fût enragé , mais l'hydrophobie rabique est fort contes
table chez la veuve Valette. Ce n'est point la durée de l'incu
bation qui sert de base à ses hésitations , mais bien la des
cription de la maladie elle-même, et surtout l'autopsie.
Ils n'ont pas trouvé dans la série des phénomènes patholo
giques , l'envie de mordre , la sputation fréquente, l'impossi
bilité absolue de déglutition , la forme de délire particulière
aux hydrophobes. . -

Ils ont constaté une bronchite, puis un frisson, un vomisse


ment, de l'oppression , du délire, des efforts convulsifs d'ex
pectoration; aussi, quoique, ou plutôt parce que aucun phéno
mène physique n'est venu révéler pendant la vie l'existence
d'une inflammation des organes de la cavité thoracique, rap
prochant ces manifestations morbides des lésions anatomiques
observées sur le cadavre , sont-ils bien près d'être convaincus
que ces dernières ne sont pas un fait post-mortuaire mais bien
l'expression dernière de cette pneumonie des vieillards compli
quée de délire qui a dicté l'aphorisme : peripneumonicis deli
rium lethale, de cette pneumonie que l'on a appelée nerveuse,
larvée , affection d'autant plus redoutable, que, diagnostiquée
ou non, elle fait périr presque tous les malades dans les mains
des praticiens les mieux prévenus et les plus expérimentés.

M. PEYREIGNE. — Etude sur la constitution médicale qui


a régné dans la commune de Léguevin pendant l'automne
de 1862 ; tel est l'énoncé du tribut apporté à notre Société
par M. Peyreigne , docteur Médecin , exerçant à Léguevin.
Dans ce travail , après avoir dit seulement quelques mots
qui lui servent d'introduction , sur l'épidémie de fièvres con
tinues qu'il a observée , notre Confrère cherche à élucider
cette question de savoir si la fièvre catarrhale , la fièvre mu
queuse et la fièvre typhoïde ne sont qu'une seule entité noso
logique , question qu'il résout par l'aflirmative.
( 160 )
Il pense que leur différence consiste seulement dans le degré
plus ou moins élevé de l'expression symptomatique. — D'une
part, il base ses convictions sur des observations qui lui sont
propres, et, d'autre part , il se fait fort de l'opinion d'hommes
qu'il considère comme bien plus habiles et plus instruits
que lui.
Après avoir fait cette profession de foi , il décrit succincte
ment ce que l'on doit entendre par fièvre muqueuse ; compare
cette description à celle qui a été donnée par Stolh , Pinel ,
Fernel , Franck, Cullen , etc., sous les divers noms de fièvre
muqueuse, pituiteuse, adeno-meningée, etc. , et arrive finale
ment à constater que ces diverses dénominations se rapportent
à un même état pathologique dont la nature a été définitive
ment fixée par les recherches de Prost, Chomel, Petit et Serres ,
Bretonneau, Andral , Bouillaud , Forget, etc., et enfin Louis,
qui a émis cette proposition , à peu près généralement adoptée
aujourd'hui , que les fièvres continues, quelle que soit leur forme,
constituent toutes une seule et unique affection, qu'on distingue
sous le nom de fièvre typhoide.
Il donne ensuite la relation de deux faits qui lui paraissent
concluants à son point de vue, et corroborent l'opinion qu'il s'é
tait déjà faite sur l'identité des fièvres muqueuse et typhoïde.
Dans la première observation, il s'agit d'un homme de trente
quatre ans, qui , après avoir présenté les phénomènes ordi
naires qui caractérisent les prodromes et l'invasion de ce que
l'on est convenu d'appeler fièvre muqueuse, alors que la ma
ladie semblait affecter une bénignité remarquable, vit survenir
tout à coup , vers le quinzième jour, des hémorrhagies intes
tinales abondantes , et tellement persistantes, qu'en dépit du
traitement, elles occasionnèrent la mort.
Dans le second cas, on voit une femme de quarante-cinq
ans , présentant, à peu de chose près, la même série de
symptômes bénins se rapportant à un état fébrile de même
nature, qui succomba de même rapidement par le fait d'une
hémorrhagie intestinale, survenue également vers le quinzième
jour du début.
( 161 )
Ces deux faits rapprochés l'un de l'autre, et comparés à
une quarantaine d'autres observations qu'il lui a été donné de
recueillir pendant l'épidémie , servent de base à une inter
prétation raisonnée, de laquelle il ressort pour l'auteur, qu'il
s'est trouvé en face d'une constitution médicale bien déter
minée que l'on ne saurait considérer autrement que comme
l'expression symptomatique de ce que les auteurs ont désigné
sous le nom de fièvre muqueuse , et que, les deux cas de
venus mortels, devant être rapportés, par leur début à la
fièv e dite muqueuse, par leur terminaison à la fièvre dite
typhoïde, peuvent être considérés comme une preuve que ces
deux fièvres ne sont qu'une seule et même entité nosologique.
Ce petit Mémoire laisse peu à désirer sous le rapport du
style, de l'èrudition et de la science pratique. Il accuse chez
M. Peyreigne des connaissances véritablement solides et un
excellent jugement. Il était difficile de dire, si bien, tant et de
si bonnes choses en si peu de pages. Il nous prouve que la
Médecine de campagne n'efface pas l'empreinte qne laissent
sur l'esprit du praticien de bonnes études premières. Il est à
regretter que les fatigues et la multiplicité des déplacements
ne permettent pas à M. Peyreigne de nous donner de plus fré
quentes et de plus importantes communications,
| Quant aux idées développées par l'auteur, nous n'avons
pas autorité pour les juger en aucune façon; nous ne croyons
pas devoir nous prononcer pour ou contre ; qu'il nous soit
permis seulement de faire remarquer que si les deux observa
tions qu'il nous donne peuvent lui servir d'argument en ce
qui regarde les fièvres muqueuse et typhoïde, il ne saurait
en tirer aucnn pour faire entrer en tiers dans son groupe la
fièvre catarrhale qui nous paraît avoir fourni les éléments les
plus nombreux à son épidémie. - , , *

M. MARTIN-DUCLAUx. — Ainsi que vous l'a dit notre collègue


M. J. Delaye, dans une première appréciation spéciale, le Rap
port sur les épidémies de Villefranche, en 1862, par M. Martin
Duclaux, doit vous être un témoignage que l'auteur s'est, en
- 11
( 162 )
quelque sorte, approprié cet adage que, comme noblesse, en
couragement oblige, M. Martin-Duclaux est, en effet, parmi
nos nombreux correspondants, un des plus assidus à nous
payer son tribut. Il semble que chacune des récompenses nou
velles que vous lui décernez le constitue votre débiteur pour
l'année suivante. Nous aurons à examiner plus tard si cette
dette est aujourd'hui réellement bien payée comme vous le
désireriez. Cette fois encore , M. Martin-Duclaux, Médecin des
épidémies pour l'arrondissement de Villefranche, vous a adressé
son rapport annuel. ll résulte de ce relevé que, dans les
deux premiers mois de l'année 1862, ce sont les maladies
des organes respiratoires qui ont été le plus fréquemment
constatées. Du reste, ces états morbides n'ont présenté aucune
gravité, pas plus que quelques fièvres typhoïdes qui ont régné
concurremment, quoique en petit nombre, et n'ont donné lieu,
de la part de l'auteur , à aucune observation particulièrement
intéressante.
Mais, plus tard, sont survenues les fièvres éruptives , et
principalement la variole, qui paraît avoir une véritable pré
dilection pour cet arrondissement. Cette dernière invasion a
fourni à M. Martin-Duclaux l'occasion de se livrer à quelques
expériences qui méritent une mention spéciale.
Se trouvant en pleine épidémie, il a cherché à déterminer
quelle influence pouvait avoir la vaccine sur le développement
de la variole, en tenant compte de la date de l'inoculation. Il
est arrivé à ce résultat, déjà constaté, que la variole survenant
chez un sujet antérieurement vacciné, était bien plus bénigne
que chez les sujets non vaccinés. Il a inoculé le vaccin avant
toute manifestation d'invasion varioleuse, et, sous le coup de
cette inoculation récente, la maladie ne s'est pas développée.
Poussant plus loin ses investigations, il a vacciné en pleins
prodromes de variole, et il a vu les deux éruptions se déve
lopper concurremment; seulement, tandis que l'éruption va
rioleuse s'annonçait confluente et terrible, comme jugulée par
l'influence du vaccin, elle s'est tout à coup flétrie pour laisser
son évolution normale à l'inoculation Jennerienne, et ses pus
( 163 )
tules, parfaitement développées, lui ont servi à produire, sur
un bras indemne, une vaccination parfaitement franche.
Vaccinant enfin dans le cours même de la maladie, il a cru
constater que la vaccination , jamais nuisible, a souvent pro
duit un amendement sensible dans la marche de l'éruption,
même alors qu'elle avait été pratiquée jusque dans la deuxième
période ; plus tard, il n'y a pas eu d'action appréciable, et
cela se conçoit sans peine.
En présence d'une lancette si vigilante, l'épidémie ne pou
vait tenir longtemps : aussi , après avoir vacciné, presque le
cinquième de la population, notre Confrère a-t-il pu voir la
dernière manifestation de la maladie.
De ces expérimentations, il reste à peu près acquis à la
science que les vaccinations et les revaccinations arrêtent la
marche de la variole. Pratiquées longtemps à l'avance, elles
en empêchent ou en modifient le développement d'une ma
nière très-heureuse. Pratiquées récemment, leur action est
plus directement efficace. Cette action se fait encore sentir
lorsqu'elles ont lieu dans le cours de la maladie, jusqu'à la
fin de la deuxième période. Dans ce cas , les deux éruptions
peuvent marcher concurremment, et si elle est inoculée de
bonne heure, la vaccine se développe normalement , tandis
que la variole se transforme en varioloïde.
Les vaccinations et les revaccinations pratiquées avec téna
cité ont promptement raison d'une épidémie de variole.
Quant à la vaccination , considérée en elle-même, elle est
aussi bénigne , hâtive qu'à deux ou trois ans.
Enfin, il résulte des observations de M. Martin-Duclaux ,
que la variole peut survenir chez les individus ayant eu la
fièvre typhoïde; ce qui viendrait à l'appui de la non identité
de ces deux maladies.
Vous le voyez, Messieurs, si tout cela n'est pas absolument
nouveau , ça n'en a pas moins une certaine importance ,
comme confirmation des résultats d'expériences antérieures.
Aussi nous sentons-nous très-indulgents pour l'obscurité , la
diffusion , le presque fantaisisme du style, les répétitions , les
( 164 )
longueurs et le manque de méthode d'exposition qui caracté
risent les œuvres de notre laborieux Confrère.
Tenons-lui compte aussi du défaut de recueillement, qui,
nécessaire à une bonne rédaction, devient impossible au prati
cien de campagne. Considérons seulement le fond des travaux
de M. Martin-Duclaux , et, à ce point de vue, il aura droit à
tous nos éloges. - Et cependant, Messieurs, nous ne le pro
posons pas à vos récompenses.
Son compte rendu , adressé, en multiple expédition, au
Ministre, à l'Académie impériale de Médecine de Paris, à notre
Société, peut-être ailleurs, ne perd-il pas, en effet, en se
prodiguant ainsi, une partie des mérites que vous avez l'ha
bitude de rechercher ?
Envisageant la question sous un autre point de vue, n'y
a-t-il pas inconvénient à porter un jugement, à donner une
récompense lorsque, pour le même travail, il sera porté dans
une autre enceinte un autre jugement, il sera donné une autre
récompense ; aussi votre Commission pense-t-elle être votre
interprète en ne jugeant en aucune façon celui de M. Martin
Duclaux.

M. MILLET. — Le Mémoire de M. Millet, de Tours, Une Saison


à Contrexeville, ainsi que l'indique son titre, a été écrit à la
suite du séjour de notre Confrère à cette station d'eaux, où il
s'était rendu pour se traiter d'une gravelle.
Ce travail , qui porte l'empreinte de l'esprit du touriste au
tant que de celui du Médecin , est divisé en deux parties.
La première est subdivisée en cinq chapitres : 1" coup d'œil
général et historique sur Contrexeville et ses eaux minérales ;
2° des sources de Contrexeville ; 3° des bains et des douches ;
4° des hôtels et du régime auquel on y est soumis ; 5° enfin,
des excursions et des buts de promenade pour les étrangers.
Dans cette première partie se trouvent ainsi réunies la topo
graphie de Contrexeville, sa silhouette, son origine et son
histoire progressive jusqu'à nos jours, en tant que station
thérapeutique. Les études qui ont été faites sur l'action de ses
( 165 )
eaux par divers auteurs , la description des établissements ,
l'énumération des sources et leur analyse chimique, le nombre
et le mode d'administration des bains et des douches que l'on
y reçoit, la désignation des meilleurs hôtels sous le double
point de vue du sejour et de la table, l'influence du régime sur
les maladies , et enfin les moyens de distraction à la disposi
tion des malades, c'est-à-dire, les divers buts de promenade
à pied ou en voiture ; et incidemment se trouve ici intercalée
une étude sur les stations voisines , Plombières, Bains, Bus
sang et Vittel.
La deuxième partie a pour titre : Des maladies que l'on ren
contre le plus communément à Contrexeville.
On y voit que la gravelle et la goutte en constituent les neuf
dixièmes ; le reste est fourni par la néphrite chronique, le
catarrhe de la vessie, l'hématurie , les engorgements de la
prostate, la dyspepsie, la constipation , et enfin quelques rares
leucorrhées et autres affections propres au sexe feminin.
Dans sept chapitres spéciaux notre auteur traite de l'in
fluence des eaux sur chacun de ces états morbides. Moins de
ses observations personnelles que de celles des praticiens qui
l'ont précédé dans cette étude, et qu'il se plaît d'ailleurs à
citer , souvent et textuellement, entre autres et surtout M. Le
grand-Dusaule, il résulte : -

1° En ce qui concerne la gravelle, qu'elle est traitée avec le


plus grand succès à Contrexeville ; que les malades en reti
rent de plus grands avantages que des eaux de Vichy; que
l'eau minérale de Contrexeville agit, non pas en désagrégeant
les calculs, comme Petit l'a prétendu pour les eaux de Vichy,
mais par une sorte de lixiviation en entraînant les graviers,
en déblayant, en lavant les reins, les urétères et la vessie ;
ce qui est obtenu à l'aide de l'ingurgitation d'une grande quan
tité d'eau (10 à 12 verres tous les matins); que les bains, et
principalement les douches, sont de puissants adjuvants ;
2° Que la goutte est traitée à Contrexeville avec plus de
succès qu'à Vichy ; -

3° Que, dans le catarrhe de la vessie, les eaux de Contrexe


( 166 )
ville, sur 40 malades, d'après une statistique de M. Legrand
Dusaule , ont eu les résultats suivants :
Complétement guéris.. .. ... ... - - • - - - 12
Très améliorés.. .. ... ... .. - • • • • • • • - 9
Sensiblement améliorés. .. .. .. .. .. . . .. 10
Légèrement améliorés. .. .. . - - - - - - • - - 4
Sans amélioration. .. ... .. ... ... ... . 5
Morts . .. .. ... .. ... .. . - • - - • • . 2

Total. .. ... .. .. 40

4° Que les maladies de la prostate, les rétrécissements de


l'urètre, l'hématurie, ont été observés jusqu'ici en trop petit
nombre pour que l'on puisse se faire une idée exacte de l'ac
tion qu'exercent sur elles les eaux en question ;
5° Que la constipation ne paraît pas en être heureusement
influencée ;
6° Qu'au contraire, dans certaines maladies du foie, elles
paraîtraient agir avantageusement , mais que. pour ce cas ,
comme pour les précédents , il est bon de faire de nouvelles
études ;
7° Que, quant à la leucorrhée et les maladies de l'utérus ,
on ne sait encore rien ;
8° Qu'il en est de même pour la dyspepsie, l'albuminu
rie, la glycosurie et une foule d'autres états morbides que
l'on a soumis pourtant quelquefois à l'action des eaux de Con
trexeville.
Telles sont les conclusions par lesquelles se termine la
communication que vous a faite M. Millet.
Nous lui devons des remercîments pour sa louable persis
tance à nous adresser périodiquement le tribut de ses médita
tions et de ses veilles ; mais, cette année, notre ancien lauréat
s'est-il véritablement tenu au niveau qu'il s'était imposé lui
même par ses précédents ? — Nous ne le pensons pas , et nous
croyons même que cela ne lui était pas possible avec un tel
sujet.
Considérable, en effet, par son étendue, sa Saison à Con
( 167 )
trexeville manque du véritable cachet scientifique, et, de plus,
à cause des grands développements donnés à certaines parties
étrangères à la Médecine , se rapproche un peu trop de ces
guides-réclame qui pullulent dans les diverses stations d'eaux
minérales.
La partie médicale est évidemment aussi bien traitée qu'elle
pouvait l'être après une si courte observation ; mais combien
plus sérieuse n'aurait-elle pas été si M. Millet eût pu remplacer
par des appréciations personnelles, basées sur une plus longue
expérience , et des observations moins superficielles, les nom
breuses pages copiées textuellement dans les ouvrages publiés
sur les eaux de Contrexevilie ? M. Millet , disons-le, nous a
, mal habitués , son passé nous a rendus exigeants, et motive
une appréciation qui pourrait, vis-à-vis de tout autre, paraître
un peu trop rigoureuse.

M. CATTELoUP. — Il ne nous reste plus qu'à vous rendre


compte du huitième Mémoire, que nous devons à notre Corres
pondant, M. Catteloup , Médecin principal à l'hôpital mili
taire de Versailles.
Nous avons gardé cette analyse pour la dernière, afin que
rien ne diminuât l'impression que nous désirions qu'elle pro
duisît sur votre esprit. C'est qu'en effet , le Mémoire de notre
Confrère est de beaucoup supérieur à ceux dont nous venons
de vous entretenir ; et nous regrettons de ne pouvoir, par des
citations nombreuses, vous faire partager l'intérêt que nous
inspire sa lecture.
Cette étude, qui n'est , en quelque sorte, que le complé
ment de recherches qui ont fait l'objet de précédents travaux,
a pour titre : Etude sur la dysenterie des pays chauds et sur la
séparation étiologique entre cette maladie et les fièvres palustres.
Quoiqu'elle vous soit déjà connue par un rapport précé
dent de M. Molinier, nous croyons devoir fixer de nouveau
sur elle votre attention.
M. Catteloup, à qui il a été donné , en sa qualité de Mé
decin d'expédition , d'observer, surtout en Afrique, la dys
( 168 )
enterie et la fièvre palustre , après quelques observations
consciencieusement recueillies, ne tarda pas à se convaincre
que l'expérience paraissait en désaccord avec les idées doctri
nales et les théories régnantes, au sujet de l'étiologie de ces
deux individualités morbides. Il lui sembla que l'erreur pro
venait d'un vice radical dans le mode d'interprétation d'in
fluences extrêmement complexes dans l'espèce. Dès lors, il
résolut de rechercher la part individuelle que prenait au dé
veloppement de chacune de ces deux maladies ( pour lui ab
solument étrangères l'une à l'autre ) chacun des éléments
étiologiques qu'avant lui on avait eu le tort de ne pas assez
isoler. C'est là le but du Mémoire soumis à notre jugement.
Avant d'entrer en matière, afin de pouvoir apprécier avec
rigueur et netteté la partie réelle des causes nombreuses aux
quelles on fait jouer un rôle plus ou moins important dans la
production de cette maladie , il s'attache d'abord à bien dé
terminer ce que l'on doit entendre par dysenterie. Pour lui ,
elle est caractérisée, individualisée anatomiquement, par des
ulcérations constantes localisées sur le côlon : altérations pré
cédées ou accompagnées d'un afflux de sang dans le gros in
testin, et d'une congestion permanente, active ou passive,
dans le tissu cellulaire sous-muqueux.
Ces altérations pathologiques tiennent à la fois de l'inflam
mation et de l'hémorrhagie. La dysenterie est donc, toute lo
cale qu'elle est, une maladie complexe. -

Cette base, une fois posée, il divise son étude en deux par
ties. Dans la première, il entre dans de longs développements
sur l'histoire étiologique de la dysenterie. Dans la seconde,
il fait connaître toutes les considérations qui lui semblent
militer en faveur d'une séparation bien tranchée entre les
causes qui aboutissent à la dysenterie et celles qui produisent
les fièvres intermittentes ; dichotomie étiologique qu'il a
d'ailleurs proclamée depuis longtemps.
Mais nous croirions être injustes envers M. Catteloup, et
au-dessous de notre tâche envers vous-mêmes en nous bornant
à ce simple résumé. Son travail réclame une analyse plus com
( 169 )
plète d'où puissent ressortir, en même temps, et les mérites du
travail et l'enseignement qu'il nous fournit. Nous allons donc
le suivre, aussi bien que nous le pourrons, dans sa marche in
terprétative des divers éléments qui concourent à élucider la
double étiologie des fièvres palustres et de la dysenterie.
Dans la première partie, il met d'abord en évidence que,
parmi les modificateurs qui agissent sur le développement de
la dysenterie , les uns appartiennent au climat, les autres
sont indépendants de son action ; de là deux classes dis
tinctes :
1° Causes inhérentes au climat. — Sous cette dénomination
il entend avec de Humbold, toutes les modifications de l'at
mosphère dont nos sens sont affectés d'une manière sensible,
telles que la température, l'humidité , les variations baromé
triques, l'électricité, la mobilité de l'air, sa pureté, sa dia
phanéité.
Puis, ayant divisé les climats en chauds, froids et tem
pérés, tenant compte de l'immixtion d'une foule de nuances
météorologiques, dont l'influence est évidente, il consulte la
distribution géographique de la dysenterie, et constate qu'elle
s'observe, il est vrai, sous des latitudes diverses, et même
absolument contraires, mais que sa gravité et sa fréquence ne
sont pas les mêmes partout. Rare et presque toujours seule
ment épidémique dans les climats tempérés, par suite de cir
constances atmosphériques exceptionnelles, elle est très-fré
quente sous l'équateur et dans les pays chauds.
C'est donc là qu'il faut étudier la maladie. — Eh bien ! fai
sant attention aux dispositions météorologiques de ces pays,
on remarque bientôt que les influences pathogéniques rési
dent plus particulièrement dans les régions troublées par de
brusques variations de température; sous les climats où des
journées brûlantes sont suivies de nuits relativement fraîches ;
partout où l'évaporation des mers et des eaux pluviales , par
le fait de l'excessive chaleur, jettent dans l'air une grande
humidité. -

Pour un esprit logique comme celui de notre Confrère, il


( 170 )
est dès lors évident que parmi les causes prédisposantes et
générales de la dysenterie , il faut surtout mettre au premier
rang la chaleur excessive et les variations brusques de tem
pérature.
Mais cela ne lui suffit pas ; il lui faut la raison physiolo
gique de la production de la maladie. ll étudie dès lors, à ce
point de vue, les causes dont l'influence a été précédemment
mise en relief : et ici , il soulève cette question de savoir si la
chaleur agit sur l'organisme pour le rendre plus impression
nable, ou bien sur une autre cause , miasme ou ferment, dont
elle suscite ou augmente la production.
C'est la première de ces deux solutions qui est la vraie.
La chaleur agit en exaltant les fonctions de la peau au dé
triment de celles des muqueuses, tandis que le froid agit en
sens inverse. Et si , par une raison quelconque , des réactions
et des affaissements alternatifs trop considérables, trop brus
ques ou trop multipliés se produisent dans ces fonctions, il en
résulte des désordres organiques. Mais, de plus, si la chaleur
est humide, par le fait de l'exagération de cet état de l'atmos
phère , l'air devient plus rare et moins vivifiant , par suite de
la dilatation vasculaire périphérique, la peau se couvre d'une
sueur abondante que l'air , trop humide, ne dissout pas, et
l'économie, accablée sous des efforts impuissants de réaction,
tombe dans une débilité fâcheuse. Au bout d'un certain temps,
le corps s'affaiblit, l'appétit diminue. -

Si, tenant compte de cette indication, on reste sobre , on


résiste aux chaleurs comme les indigènes des pays chauds, on
s'acclimate ; mais si, au contraire, on cherche à ranimer ses
forces par un régime trop substantiel , les digestions se trou
blent, la sécrétion biliaire est exagérée et viciée, la diarrhée
survient, les follicules intestinaux s'enflamment, s'ulcèrent,
et la dysenterie est née , d'autant plus facile, que le sang a
subi lui-même , sous les influences débilitantes , une viciation
et un appauvrissement particulier. -

L'observation vient à l'appui de ces considérations physio


logiques d'une si haute portée :
( 171 )
Sur 54 épidémies relatées dans le Compendium de Médecine,
36 ont régné en été.
Sur 13,900 dysentériques observés au Bengale par Annesley,
de 1820 à 1825, il y en a eu 4,500 dans la saison chaude, et
sèche ; 7,000 dans la saison chaude et humide ; 2,000 seule
ment en hiver.
Sur 5,496 malades, traités par l'auteur, à Oran et à Tlemcen,
il en compte 705 pour le premier trimestre; 964 pour le
deuxième; 2,471 pour le troisième, et 1,356 pour le qua
trième. Or, dans ce dernier chiffre, sont comprises les dys
enteries chroniques datant de l'été.
Nous venons de voir quel est le résultat de l'action soutenue
de la chaleur. Eh bien ! elle est extrêmement plus considérable
s'il y a des variations brusques dans la température ; et avec
le même esprit philosophique, M. Catteloup passe en revue
les influences diverses qui résultent de la transition brusque
du chaud au froid par le fait de la vitesse de l'air mis en mou
vement, de l'humidité de l'atmosphère, et surtout de la rosée
nocturne; et si l'on a vu des épidémies dysentériques dans
les pays froids, au Groënland, au Kamtchatka, cette ano
malie est moins réelle qu'apparente. Sous ces climats , la suc
cession des saisons est excessivement brusque, et cette action
est parfaitement comparable au refroidissement spontané sur
venant dans les pays chauds.
2° Causes indépendantes de l'action climatérique.
Elles sont en dehors de l'individu ou individuelles , et dans
autant de chapitres spéciaux , il étudie les localités , le sol et
les habitations, l'alimentation et les boissons, les âges, les
sexes , la constitution et le tempérament, les influences ana
tomiques, physiologiques, pathologiques et les fatigues.
Toutes ces causes, considérées seulement comme prédispo
santes, sont successivement appréciées, en raison de leur im
portance, au point de vue de leur mode d'action, et de la
part qu'il est possible de leur attribuer dans la génération de
la dysenterie.
En dehors de l'individu, les localités, le sol , les habita
( 172 )
tions insalubres concourent à cette génération ; mais si ces
causes agissent seules, c'est, au lieu d'elle, le scorbut et le
typhus qu'on voit survenir, ou bien des fièvres de mauvais
caractère. Les émanations putrides, agissant isolément, don
nent la diarrhée, mais non la dysenterie; l'alimentation et les
boissons n'agissent aussi que secondairement pour la produire.
Dans le groupe des causes individuelles, on voit que l'âge
joue un certain rôle. Plus les individus sont jeunes , plus ils
sont prédisposés. Les femmes ne sont moins souvent dysen
tériques qu'à cause de leur sobriété, et parce qu'elles sont
moins soumises aux causes déterminantes. Les hommes dé
biles sont plutôt atteints que les sujets robustes; aussi toute
disposition anatomique, physiologique, ou pathologique qui
engendrera de la débilité prédisposera à la dysenterie.
C'est surtout dans cette dernière portion de la première
partie de son étude que l'auteur s'est montré praticien savant
et observateur intelligent. A ceux qui seraient tentés de con
sulter le Mémoire de M. Catteloup, nous recommandons l'é
tude parallèle du scorbut, du typhus et de la dysenterie se
succédant ou se compliquant de manière à faire naître les dé
nominations de dysenterie scorbutique ou de typhus dys
entérique, qu'il n'admet point, sachant parfaitement isoler
des entités morbides qui se caractérisent par des altérations
pathologiques spéciales.
Ainsi se trouvent appréciées à leur juste valeur, et parfai
tement définies les causes qui concourent à la détermination
de la dysenterie.
Dans la seconde partie, il va prouver la séparation étiolo
gique entre la dysenterie et les fièvres palustres.
Cette dichotomie étiologique, disons-le , nettement posée ,
et pour votre Commission parfaitement démontrée, a été mise
en avant déjà plusieurs fois par M. Catteloup dans une série
de Mémoires antérieurs se rattachant l'un à l'autre par un
même point de vue. Il a proclamé depuis longtemps , en effet,
que la dysenterie et la fièvre intermittente peuvent se trouver
confondues chez le même individu , mais qu'il faut pour cela
( 173 )
la combinaison des causes spéciales à chacune des deux ma
ladies. Il accorde même que la répétition des accès de fièvre,
en congestionnant les organes abdominaux, peut concourir
à la formation de la dysenterie ; — mais, ailleurs, à propos
du sulfate de quinine, dont il lui semble qu'on use peut-être
trop largement dans les maladies d'Afrique, il dit que ce sel
doit être réservé pour les cas seulement où la maladie semble
compliquée d'accès rémittents ou intermittents.
Dans son travail actuel, afin de mettre plus de clarté dans
la démonstration de cette séparation, il établit une classifica
tion des preuves dont il se sert , basée :
1° Sur la diversité des pays où la fièvre palustre et la dys
enterie règnent simultanément ou isolément ;
2" Sur le défaut de parallélisme entre elles quand elles se
présentent dans une même localité, suivant les années ou les
saisons ;
3° Sur les conditions hygiéniques qui les rendent ou plus
rares ou plus fréquentes ;
4° Sur l'assainissement des lieux où la fièvre s'efface pen
dant que la dysenterie continue à sévir ;
5° Sur les caractères pathologiques consécutifs et la phy
sionomie que chacune d'elles revêt quand elles produisent la
cachexie ;
6" Sur la généralisation de la dysenterie dans les pays
chauds, tandis que la fièvre palustre ne règne que là où elle
rencontre les causes qui lui sont propres ;
7º Enfin , sur le traitement spécial qui leur convient.
Chacun de ces éléments fondamentaux de sa théorie se
trouve exposé dans autant de chapitres spéciaux , analysé et
discuté de telle façon , que l'auteur peut poser à la fin de son
Mémoire des conclusions rigoureuses, pour ainsi dire mathé
matiques. -

Permettez-moi de vous donner un faible aperçu de cette


seconde partie , véritablement traitée de main de maître :
Dans son cinquième chapitre, intitulé , Preures tirées des
caractères pathologiques consécutifs, il s'exprime ainsi : « La
( 174 )
dysenterie aboutit à une cachexie particulière ; la fièvre
palustre à une cachexie distincte : 1" La cachexie dysen
» térique est caractérisée par un amaigrissement général con
» sidérable, un état rugueux de la peau, qui , ne transpirant
» plus, se couvre quelquefois de nombreux sillons et d'écailles
» épaisses furfuracées ; point ou rarement d'engorgement de
» la rate ni d'ascite ; seulement, un léger œdème des extré
» mités, dû à la profonde altération de l'économie et à la di
» minution progressive de l'activité de la circulation. 2° Dans
» la cachexie paludéenne , quand l'impaludation s'est faite
» avec lenteur et à petites doses sans troubles sensibles , la
» physionomie se revêt d'un cachet particulier déjà très
» reconnaissable pour une attention exercée. Mais lorsque
» après plusieurs accès réfractaires au traitement le plus ra
» tionnel , la cachexie est mieux accentuée et confirmée, alors
» on observe des états pathologiques qu'on ne voit pas dans la
» dysenterie. Ce sont : une couleur bistre de la peau, ou l'a
» némie ; des engorgements du foie, et surtout de la rate ;
» l'ascite; l'anasarque et les effets morbides d'une profonde
» altération du sang. »
Mais je m'arrête dans cette déjà trop longue résumption
d'un travail tellement substantiel que l'analyse en est presque
impossible. Je m'estimerai heureux si j'ai pu vous faire entre
voir seulement le mérite de cet ouvrage , considérable aux
yeux de votre Commission , sous le rapport théorique et pra
tique, et non moins remarquable par l'esprit méthodique qui
en a réglé l'exposition , que par la sobriété , la correction et
la sévérité du style propre à l'écrivain.

Messieurs,

Si le Rapporteur de votre Commission a été assez habile


pour vous initier, autant que faire se pouvait, à la connais
sance particulière, à l'étude comparative et à l'appréciation
définitive qu'elle était chargée de faire des Mémoires envoyés
au concours, votre opinion ne saurait différer de celle qu'elle
( 175 )
ne s'est faite elle-même qu'après un travail long , minutieux
et réfléchi.
D'après votre Commission, s'il faut admettre que le plus
possible d'encouragements doit être donné par la Société à
ceux de nos Confrères, correspondants ou non , qui veulent
bien nous envoyer leurs travaux, il faut reconnaître aussi que
ces encouragements perdraient de leur valeur s'ils étaient, en
quelque sorte, prodigués.
Faisant application de cette idée au concours actuel , votre
Commission , frappée de la différence considérable de valeur
qui existe entre les divers Mémoires présentés, a cru ne pas
devoir les confondre sous un même niveau rémunérateur.
En première ligne, ressort pour elle le travail de M. Catte
loup , auquel, en considération du double mérite relatif et in
trinsèque de ses études, elle vous propose de décerner la ré
compense exceptionnelle d'une double médaille d'encoura
gement.
Viennent ensuite les Mémoires de MM. Peyreigne et Rascol,
pour lesquels elle vous demande une mention honorable dans
votre Compte rendu.
Quant aux travaux de MM. Millet , Martin - Duclaux ,
L. Rolland , Reboulet et Desclaux , d'après l'analyse que vous
en a faite votre Rapporteur, vous avez dû vous convaincre
qu'ils étaient dignes de figurer honorablement dans vos ar
chives, mais que, malgré leur plus ou moins d'importance,
ils ne pouvaient être mis en parallèle avec les précédents.
En résumé, votre Commission vous propose d'accorder :
1° Une double médaille d'encouragement à M. Catteloup,
pour son étude sur la dysenterie dans les pays chauds ;
2° Une mention honorable, dans votre Compte rendu, à
MM. Peyreigne et Rascol pour leurs Mémoires respectifs.
Toulouse, le 17 avril 1863.
( 176 )

SOCIÉTÉ IMPÉRIALE
DE MÉDECINE, CHIRURGIE ET PHARMACIE DE TOULOUSE .

BUREAU. (1863-1864.)

MM. BUTIGNoT, Docteur en Médecine, Président.


ESTEVENET, Docteur en Médecine, Vice-président.
NAUDIN (Jules), Docteur en Médecine, Secrétaire général.
CoUSERAN , Pharmacien, Trés0rier.
MoLINIER , Docteur en Médecine , Sacrétaire du 1a mensis.
DASSIER , Docteur en Médecine, Archiviste, Bibliothécaire.
DELAYE (Jules), D.-M., Secrétaire des Consult. gratuites.

Membres adjoints au Bureau.


MM. LAFORGUE, Docteur en Médecine.
LACASSIN , Pharmacien.

Commission permanente de salubrité publique.


MM. GAUssAIL, Docteur en Médecine.
TIMBAL-LAGRAVE, Pharmacien.
BAILLET, Professeur à l'Ecole vétérinaire.
BESSIÈRES, Docteur en Médecine.
MoLINIER, Docteur en Médecine, Secrétaire.

Comité de publication.
MM. GAUSSAIL, Docteur en Médecine.
LAFORGUE , Docteur en Médecine.
RIPOLL , Docteur en Médecine.
· FILlIOL , Directeur de l'Ecole de Médecine.
LAFOSSE , Professeur à l'Ecole vétérinaire.

Toulouse, 30 juin 1863.


Le Secrétaire général,
JULEs NAUDIN.
( 177 )

ÉTUDE

sUR LES CAUsEs DE LA DYSENTERIE DES PAYs CHAUDs, ET


SUR LA SÉPARATION ÉTIOLOGIQUE ENTRE CETTE MALA
DIE ET LES FIÈvREs PALUSTREs ;
Par M. le Dr CATTELOUP, Membre correspondant
à Vincennes.

AVant-propos.

Lorsqu'on veut connaître les causes prédisposantes ou


occasionnelles d'une maladie, il est nécessaire de se livrer à
une foule d'investigations et de recherches qui , bien dirigées,
peuvent nous conduire à nous rendre compte d'une manière
plus approfondie de l'action réelle des influences diverses qui
concourent à son développement. Mais , dans l'état actuel de
la science , l'étiologie de la plupart des maladies, malgré le
nombre de travaux très-remarquables, est-elle assez avancée
pour qu'il soit possible d'établir des classifications d'après une
modification originelle parfaitement démontrée, servant de
base au traitement et à la prophylactique ? Nous ne connais
sons rien de précis sur les causes immédiates ou prochaines,
c'est-à-dire, sur les modifications intermes essentielles. Tout
ce que nous pouvons savoir, c'est que des circonstances plu
tôt que d'autres peuvent amener l'action morbide inconnue,
dont la maladie est la conséquence. Et encore, dans une ques
tion aussi ardue, si nous en sommes réduits souvent à expri
mer nos doutes , quand il s'agit d'une affection sporadique,
simple et dégagée d'accidents étrangers ou insolites , que
sera-ce lorsqu'on aura affaire à une maladie endémo-épidé
mique, comme la dysenterie des pays chauds, à la production
de laquelle prennent part tant d'influences complexes?
12
( 178 )
Cependant, nous nous proposons, dans ce travail, d'entrer
dans les longs développements que comporte l'étiologie de
cette affection, et, dans l'énumération de la longue série de
ses causes composantes, nous allons tâcher d'apprécier la part
de chacune d'elles et leur enchaînement, en faisant connaître
ce qui nous paraît être leur véritable mode d'action dans le
concours nécessaire à l'évolution de la maladie qui en est la
résultante.
Il serait sans doute plus commode de lui assigner une cause
unique et immuable, mais il n'en est pas ainsi ; et nous som
mes forcés, par l'analyse des faits, de reconnaître qu'elle
n'est pas le produit d'un seul agent morbifique.
C'est faute de s'être livrés à ce genre d'analyse que certains
auteurs, trop préoccupés de faire cadrer les faits à leurs théo
ries synthétiques de prédilection , ont voulu rattacher les
maladies endémiques des pays chauds à une origine commune
et identique , sans faire attention à une foule de conditions
essentielles, dont la causalité distincte ne saurait se préter
à leurs idées spéculatives. -

A notre arrivée en Algérie, en 1842, où la dysenterie devait


être l'objet spécial de nos recherches, nous avons subi, comme
nos confrères, le joug de l'autorité médicale de l'époque.
D'une part, encore trop timide pour réagir, et, d'autre
part, entraîné par l'observation journalière en dehors de cet
assujettissement, nous éprouvions les pénibles effets de ce
combat intérieur , peu capable de raffermir les pas mal assu
rés du jeune praticien. Aussi, que d'efforts ne nous fallut-il
pas pour nous dégager des entraves des théories régnantes ,
pour nous créer cette heureuse indépendance d'esprit qui,
tout en ne perdant pas de vue les connaissances acquises, dont
nous devons tous être richement pourvus, nous permit de
résister à l'autocratie de dogmes trop absclus, et de rejeter
comme des erreurs des idées trop spéculatives que notre expé
rience ne sanctionnait pas. Nous ne tardâmes pas à nous
convaincre qu'il était de toute nécessité, au point de vue de
la science et de la pratique, de nous retrancher désormais
( 179 )
dans la stricte observation des faits naturels bien compris et
sévèrement interprétés. Cette conviction a été le symbole qui
nous a constamment guidé dans nos travaux successifs , ainsi
que dans l'étude étiologique qui va nous occuper.
Avant de commencer cette étude, il n'est pas sans utilité de
chercher d'abord à bien déterminer ce que l'on doit entendre
par Dysenterie, afin que nous puissions apprécier avec rigueur
et netteté la portée réelle des causes nombreuses auxquelles on
fait jouer un rôle plus ou moins important dans la production
de cette maladie, Car il n'est pas facile, d'après la lecture
des auteurs , d'établir une ligne de démarcation entre les
différents états : Diarrhée, Entérite, Entéro-Colite, Dysenterie;
ni pour différencier et séparer des modifications qui , placées
sur les mêmes limites , se transforment, se succèdent et se
confondent, et qui sont toutes caractérisées par des évacua
tions alvines de diverse nature.
Pour nous, la dysenterie doit être caractérisée, individua
lisée anatomiquement par des ulcérations constantes et locali
sées sur la surface du côlon , depuis le degré le plus simple
jusqu'à la désorganisation la plus grave , altérations précédées
le plus souvent et accompagnées d'un afflux de sang dans le
gros intestin , d'une congestion sanguine permanente , active
ou passive , dans le tissu cellulaire sous-muqueux. Ces états
pathologiques tiennent à la fois : 1° de l'inflammation ; 2° de
l'hémorrhagie. La dysenterie est donc une maladie complexe ,
quoique locale , puisqu'elle est le résultat de deux éléments
morbides, qu'il est nécessaire d'étudier dans leur isolement et
dans leur association.
Ce travail a pour objet deux parties distinctes. 1° Dans la
première, nous entrerons dans les longs développements que
comporte l'histoire étiologique de la dysenterie ; 2° dans la
seconde , nous ferons connaître toutes les considérations qui
nous semblent militer en faveur d'une séparation étiologique
bien tranchée entre les causes qui aboutissent à la dysenterie,
et celles qui produisent les fièvres palustres, dichotomie que
nous avons proclamée depuis longtemps.
( 180 )

L1re LPAA RTI I E.

Etiologie de la Dysenterie.

PARMI les modificateurs qui agissent sur l'économie, les uns


appartiennent au climat (milieu atmosphérique, météorolo
gique) ; les autres sont indépendants de son action.
D'où deux classes bien tranchées :

l. CAUSEs INHÉRENTES AU CLIMAT.

La division la plus pratique des climats est celle qui


établit la distinction des climats chauds, froids et tempérés,
division dans laquelle viennent s'immiscer une foule de
nuances météorologiques, produisant chacune des modifica
tions plus ou moins sensibles dans l'organisme.
Si l'on consulte la distribution géographique de la dysen
terie, en rencontre cette maladie sous des latitudes très-diffé
rentes, dans des pays où les causes sont en apparence con
traires, dans des régions les plus éloignées de l'équateur,
comme sous la zone torride.Cependant, elle ne s'observe pas
sous ces divers climats avec la même gravité, ni avec autant
de fréquence. Assez rare sous les climats tempérés, où elle
n'apparaît presque toujours qu'à l'état épidémique, elle est
plus commune dans les glaces du Nord, et très-fréquente sous
l'équateur et dans les régions chaudes (Schnurrer).
En faisant attention aux dispositions météorologiques des
pays où elle est endémique, on ne tarde pas à remarquer que
les influences pathogéniques générales résident plus particu
lièrement dans des régions où la chaleur est excessive et cons
tante, mais souvent troublées par de fréquentes variations de
température, sous des climats où des journées brûlantes sont
suivies de nuits relativement froides, partout où les évapora
tions des mers et des eaux fluviales jettent dans l'atmosphère
une grande humidité. Ces influences sont très-puissantes sous
les tropiques, dans les Indes orientales et occidentales ; aussi
( 181 )
la dysenterie y est-elle très-fréquente, très-grave et très-meur
trière. Leur action se fait encore sentir , mais à un moindre
degré, pendant l'été , dans les provinces espagnoles qui avoi
sinent la Méditerranée, ainsi qu'en Sardaigne, à Malte, en
Grèce, en Egypte et dans l'Afrique septentrionale.
Puisqu'elle se montre constamment et avec tant de fré
quence dans ces diverses contrées, elle doit être le résultat
d'influences spéciales permanentes , parmi lesquelles une cha
leur forte , humide, continue , ou troublée par des vicissitudes
atmosphériques, doit tenir le premier rang. Examinons donc
les effets de ces influences avec détail , et peut-être cette étude
approfondie nous permettra-t-elle d'asseoir sur une base so
lide l'étiologie de cette affection.

De la chaleur et des variations de température dans


les pays chauds.

Comment agit une haute température pour déterminer la


dysenterie, pour la faciliter , l'activer, la multiplier et l'ag
graver ? Agit-elle par elle-même sur l'organisme en le rendant
plus impressionnable aux agents morbifiques, ou bien agit-elle
sur une autre cause, un miasme, par exemple , en suscitant
ou en augmentant son évolution ? Ce sont là autant de ques
tions dignes d'être étudiées.
Une forte chaleur exalte et surexcite les fonctions de la
peau et des sens, en occasionnant un mouvement centrifuge
plus rapide du sang à la périphérie. A l'état normal et
physiologique nous perdons , soit par le tégument externe,
soit par le tégument interne et les reins , une quantité de li
quides destinés à être rejetés de l'économie. La peau , la mu
· queuse pulmonaire et les reins y concourent pour la part qui
leur est dévolue. Mais les conditions de température exercent
une grande influence sur la modalité de chacune de ces voies
d'élimination. Ainsi, l'hiver, la perspiration cutanée et pul
monaire est-elle presque insensible, pendant que la sécrétion
urinaire est plus abondante; tandis que, l'été, on observe le
( 182 )
contraire , l'action des reins est presque nulle , pendant que
les autres sources éliminatoires fournissent abondamment les
liquides destinés alors à tempérer l'action des chaleurs. Tant
que cette loi de balancement, admirable effet de la dérivation
que nos organes exercent les uns sur les autres , ne dépasse
pas les limites d'un état compatible avec la santé , l'équilibre
se maintient; mais si cette régularité est troublée, les modi
fications fonctionnelles seront bientôt perverties par des réac
tions et des affaissements alternatifs qui , après un temps plus
ou moins long , produisent des désordres organiques.
L'état hygrométrique de l'air vient encore ajouter sa puis
sance d'influence à l'action des fortes chaleurs sur l'économie.
C'est ainsi que, si des animaux peuvent supporter une tem
pérature de 45°, l'air étant sec, ils ne pourraient supporter
longtemps la même température dans un air saturé d'humi
dité. La chaleur humide, en effet, raréfie l'oxygène de l'air et
le rend moins vivifiant. Par suite de la dilatation du système
vasculaire périphérique , la peau se couvre d'une sueur abon
dante que l'air saturé d'humidité ne peut qu'incomplétement
dissoudre. Il en résulte que l'économie, accablée sous des
efforts impuissants de réaction , tombe bientôt dans une débi
lité fâcheuse.
Quelles sont les relations de causalité intime entre les effets
d'une chaleur continue et la dysenterie ? Que se passe-t-il
lorsque nous sommes soumis un certain temps à l'action d'une
température élevée persévérante ? Les forces languissent, on
devient inapte au travail intellectuel et â toute espèce d'exercice
physique un peu pénible. Cependant, si on suit les préceptes
d'hygiène qni conviennent dans les pays chauds, le corps ,
devenu plus maigre par des transpirations abondantes et moins
coloré , finit par s'acclimater sans éprouver de trop fortes
atteintes dans l'état de santé. Mais malheureusement il n'en
est pas toujours ainsi. Notre appétit est moins exigeant :
par une espèce de sollicitude de la nature, nous acquérons
une disposition gastrique qui nous convie à l'abstinence. Au
lieu de répondre à ce besoin, au lieu de faire l'apprentissage
( 183 )
de la sobriété des indigènes, nous cherchons, au contraire ,
à ranimer par un régime trop substantiel nos forces accablées,
ou à les stimuler par le déplorable usage des alcooliques, si
pernicieux dans les pays chauds. Qu'arrive-t-il alors ? Les
forces digestives , surexcitées par la répétition des mêmes
abus , finissent par s'épuiser , et les digestions deviennent
chaque jour plus pénibles. Le foie, forcé dès lors à suppléer
en partie à l'insuffisance d'une chimification d'aliments mal
élaborés, et dont les fonctions hématosiques et comburantes
sont augmentées, sécrète davantage, une diarrhée passagère
survient pour disparaître , et revient encore. Jusque-là , il
n'en résulte qu'une irritation sécrétoire et éliminatrice ; mais
après plusieurs rechutes successives, et si de nouvelles causes
surviennent, n'est il pas à craindre que cette irritation trop
prolongée ne se transforme en une véritable inflammation ?
Alors les follicules de la muqueuse intestinale s'enflamme
ront, les vaisseaux se rompront et donneront passage au sang
qu'ils contiennent : la dysenterie aura succédé à une diarrhée.
Telle est, d'après nous, la véritable filiation des modifica
tions organiques indispensables qui, en définitive, aboutis
sent à la dysenterie : une prépondérance d'action de la peau
et du foie, l'affaissement des forces, leur défaut de coordina
tion, l'appétit languissant, la perturbation des fonctions di
gestives, une diarrhée fréquente, puis , en dernier lieu , la
dysenterie.
Pourquoi alors invoquer l'intervention d'une cause hypo
thétique, et vouloir placer sous la dépendance d'un miasme
spécial des perturbations pathologiques qui trouvent ici leur
explication suffisante dans l'action réelle et saisissable d'un
agent producteur dont le rôle est si évident ?
S'il était prouvé que la chaleur fût une cause d'altération
du sang , il ne nous répugnerait pas de considérer cette alté
ration comme une cause indirecte de la dysenterie, en ce sens,
que l'un de ses éléments, l'hémorrhagie, n'est souvent que le
résultat d'une modification du sang. Or, voici comme s'ex
prime M. le docteur Lhéritier dans son traité de chimie pa
( 184 )
thologique : « Il résulte, dit-il, d'observations exactes , que
» l'accroissement de la chaleur atmosphérique, principale
» ment quand l'air est chargé de miasmes humides , diminue
» l'action de la respiration sur le sang , et que l'acide carbo
» nique et d'autres éléments impurs , imparfaitement éliminés
» par cette voie , sont en partie combinés pour former la bile,
» alors plus abondante que de coutume et souvent altérée,
» et en partie excrétés par les surfaces intestinales et par la
» peau. Si les fonctions de ces organes, le foie , la peau et les
» surfaces intestinales, qui suppléent ainsi à la diminution
» d'action du poumon, sont enrayées par une circonstance
» quelconque, les matières qu'ils auraient dû séparer du sang,
» s'y accumulent, et nécessairement le vicient.
« Les recherches de MM. Dumas et Liebig, d'après C. Brous
» sais (Notice sur le climat de l'Algérie, etc., page 44, Rec. des
» Mém. de Méd. mil., 60° volume), ont prouvé que les trans
» formations organiques sont en proportion de l'oxygène ab
» sorbé. Cette quantité, pour un même volume d'air, est
» beaucoup moindre dans un pays chaud que dans une con
» trée froide : le mouvement vital qui se règle aussi sur la
» même quantité d'oxygène absorbé , est donc également
» moindre dans les mêmes conditions. Or , les besoins corres
» pondent aux pertes qu'entraîne le mouvement de décom
» position ; ce mouvement est lent, les pertes sont faibles, les
» besoins sont peu marqués : de là, la diminution de l'appétit
» dans les pays chauds, l'affaiblissement de la nutrition , la
» pauvreté des matériaux organiques , celle du sang en par
» ticulier. »
Après la saison des chaleurs , lorsque celles-ci ont été très
fortes et persévérantes , l'organisme acquiert son summum de
débilitation. Le sang est altéré dans sa composition , et nous
n'hésitons pas à attribuer, en grande partie, à l'influence des
fortes chaleurs, ces effets consécutifs désignés sous le nom de
chloro-anémies, si communs dans les pays chauds. -

Qui n'a pas , en effet, remarqué la pâleur prononcée des


cuisiniers de nos régiments ? Magendie n'a-t-il pas constaté
( 185 )
chez des animaux morts sous l'action d'une forte chaleur des
ecchymoses sur la peau et les muqueuses , résultant de l'épan
chement hors de ses vaisseaux d'un sang privé des qualités
qui le rendent propre à la circulation ? Les poumons, le foie ,
les reins étaient infiltrés de sang; celui-ci, profondément
altéré , se coagulait à peine ; le caillot était diffluent , noir ; le
sérum était trouble et coloré par des globules en suspension ;
la fibrine, notablement diminuée, avait perdu sa ténacité na
turelle ou sa plasticité.
Comment , dans de telles conditions, l'hémorrhagie ne se
déclarerait-elle pas sur la muqueuse du gros intestin ?
La chaleur, en activant l'émanation des miasmes , serait
encore une cause indirecte de la dysenterie , s'il était démontré
que celle-ci fût réellement sous leur dépendance. Nous discu
terons ce point de doctrine dans la seconde partie de ce
travail.
Quel que soit le mode d'action d'uue haute et constante
température sur le développement de la dysenterie , cette in
fluence n'en a pas moins été généralement reconnue.
Sur les cinquante-quatre principales épidémies de dysen
teries énumérées par les auteurs du Compendium de Médecine
(art. Dysenterie ), on trouve que trente-six ont régné en été ,
douze en automne, une en hiver, et une au printemps. Sur
13,900 individus atteints de dysenterie au Bengale, de 1820
à 1825, le docteur Annesley a trouvé qu'il y en avait eu 2,400
pendant la saison froide, 4,500 pendant la saison chaude et
sèche, et 7,000 pendant la saison chaude et humide.
Sur 5,496 diarrhéiques ou dysentériques traités par nous
à Oran et à Tlemcen, nous en comptons 705 pour le premier
trimestre , 964 pour le deuxième, 2,471 pour le troisième,
et 1,356 pour le quatrième (Essai d'une Topographie médi
cale du bassin de Tlemcen , 1854). Nous devons faire observer
que le chiffre , assez élevé , 1,356, pour l'hiver , doit être
attribué au grand nombre de diarrhées et de dysenteries chro
niques qui avaient pris naissance pendant l'été.
Une chaleur forte et continue , mais uniforme, peut, comme
( 186 )
nous venons de le voir , exercer une action très fâcheuse sur
l'organisme, et aboutir à la dysenterie. M. Dutrouleau (De l'en
démie dysenterique de Saint-Pierre-Martinique, 1852), affirme
même que cette maladie a bien plutôt sa raison d'être, lorsque
les chaleurs se maintiennent également au même degré d'élé
vation. Cependant, nous ne pouvons révoquer l'influence
très-manifeste des brusques variations de l'échelle thermomé
trique, agissant comme cause occasionnelle dans la produc
tion de la dysenterie, et surtout l'impression du refroidisse
ment pendant que le corps est soumis à une température
excessive.
Il semblerait , au premier abord , qu'il est difficile d'é
prouver du refroidissement dans les climats chauds. Pourtant,
si l'on fait attention que, même dans les pays les plus brû
lants, la température du corps est toujours au-dessus de la
température moyenne de l'atmosphère, on admettra facile
ment que l'air ambiant, tendant sans cesse à se mettre en
équilibre, puisse nous soustraire encore du calorique.
Quoique les sensations de la chaleur soient subordonnées
aux idiosyncrasies de chaque individu , l'air qui dépasse 26°
centigrades fait sur chacun de nous, dans nos climats tem
pérés , l'impression d'un air chaud. Des variations de 4° à 5°
suffisent pour procurer, dans ce cas, la sensation de refroi
dissement. Mais cette impression est bien plus sensible si la
température , comme on l'observe souvent dans les pays
chauds, dépasse 35 et 40 degrés dans la journée, surtout au
moment où la brise et les vents se font sentir. Si , à ce degré ,
elle était stable, elle serait nuisible sans doute , puisqu'elle
attire sur la surface cutanée une activité sécrétoire permanente
trop considérable; mais elle l'est bien davantage lorsque des
écarts, même légers , de l'échelle thermométrique ont lieu le
jour et la nuit, et dans les instants de la journée , écarts qui
se renouvellent fréquemment durant la saison estivale.
C. Broussais (loco citato) a constaté en Algérie, toutes les
deux heures, la température de l'air : 1° à l'ombre et au nord ;
2° au soleil et en plein air ; 3° au soleil dans un lieu abrité.
( 187 )
Il a trouvé pour la même heure, pour le même instant de la
journée, une différence de 40°, suivant l'exposition, par
exemple, 20° à l'ombre, 25° à 30° au soleil et à l'air libre, et
50° à 60° au soleil abrité. Ces différences sont sensiblement
plus marquées en été qu'en hiver. « Il ne faut pas l'oublier ,
» dit-il, dans l'étiologie des maladies, car ce sont ces transi
» tions et non celles de l'exposition constante á l'ombre et au
» nord que subit l'homme , l'homme de guerre principale
ment, soit en garnison , soit dans les camps, soit en colon
nes expéditionnaires , lorsqu'il poursuit l'ennemi. »
Deux causes nous rendent très-impressionnables à l'action
du refroidissement dans les pays chauds :
1° La vitesse de l'air mis en mouvement : les vents et les
brises de la mer se font souvent sentir précisément dans les
instants de la journée les plus chauds , au moment où la sur
face cutanée est couverte de sueurs, pendant qu'avec des vête
ments trop légers nous n'avons â leur opposer qu'une protec
tion insuffisante.
2° L'état hygrométrique de l'air : l'humidité de l'atmosphère
n'est pas toujours constante, ni subordonnée à l'intensité de
la chaleur , puisqu'elle est plus forte le matin que pendant la
journée. Mais si des vicissitudes de température ont lieu , l'at
mosphère échauffée , quoique très-humide, tend encore à
s'emparer de l'humidité de la surface cutanée, dont elle a
facilité et activé la transpiration, et, comme la saturation de
l'air chaud n'est jamais complète , sa capacité pour la vapeur
d'eau étant énorme, l'évaporation enlève à nos corps une
quantité de calorique telle, que cette soustration , pour peu
que l'air soit agité, pourra abaisser la température animale
au-dessous de l'état physiologique ; aussi les habitants des
pays chauds, familiarisés avec les caprices de la température,
ont-ils l'habitude de se couvrir, l'été comme l'hiver, de vête
ments de laine.
L'homme soigneux de sa santé peut , avec un bon système
hygiénique , se soustraire à l'action nuisible d'un refroidisse
ment spontané. Mais les exigences de la vie sont souvent impé
( 188 )
rieuses, au point qu'on ne saurait toujours s'en garantir, et
que , dans une foule de circonstances, on aura à en subir ,
malgré soi , les redoutables effets. Après un accroissement de
chaleur pendant le jour et sa diminution pendant la nuit , il
s'établit, du centre à la périphérie et de la périphérie au cen
tre, des oscillations continuelles entre la surface cutanée et les
viscères intérieurs, et vice versâ. Ces oscillations ne se font pas
constamment avec toute la régularité désirable; aussi , l'éco
nomie troublée doit perdre nécessairement , après un temps
plus ou moins long, sa modalité physiologique et normale.
Vienne un refroidissement subit, le corps étant en sueur,
causé par la soustraction brusque d'un vêtement, l'ingestion
d'une trop grande quantité d'eau froide , ou par l'action des
vents et de la brise, aussitôt l'orgasme fluxionnaire de la peau
disparaîtra avec la pléthore périphérique apparente : alors,
comme il arrive dans une scarlatine répercutée , le sang se
portera de la surface cutanée dans l'intérieur des viscères ab
dominaux. Les vaisseaux , n'opposant qu'une réaction très
faible contre Cet afflux , seront forcés de se laisser distendre.
La congestion est d'abord toute passive , toute mécanique en
quelque sorte , dans les organes , le foie , la rate et le tissu
capillaire sous-muqueux du gros intestin , plutôt que de l'in
testin grêle , à cause de sa disposition organique , dont nous
parlerons. Mais la présence du sang ne finira-t-elle pas par y
occasionner un surcroît d'énergie vitale ? Comme conséquence
nécessaire et inévitable de cette congestion morbide souvent
répétée, de cette hypérémie, ne verrons-nous pas apparaître
des troubles dans les viscères de l'abdomen , une irritation
sécrétoire dans le foie et le gros intestin , suivie d'inflamma
tion , une diarrhée , une dysenterie , une hépatite ?
Lors même qu'il n'y aurait pas de suppression de transpi
ration pour amener ce refoulement brusque du sang dans
l'intérieur, les organes abdominaux, quoique très-peu influen
cés dans les premiers moments par de faibles transitions
entre la chaleur du jour et de la nuit , ou par son abaisse
ment de quelques degrés pendant la journèe, finissent pour
( 189 )
tant par se congestionner sous l'action d'une température éle
vée, suivie de la sensation de refroidissement , car la répéti
tion des mêmes causes , en produisant graduellement et en
accumulant, pour ainsi dire, les mêmes effets , doit , à la
longue , aboutir à cette modalité pathologique. Ces phéno
mènes morbides , en raison de leur durée, depuis sept heures
du matin jusqu'à quatre heures de l'après-midi , et de leur
prolongation pendant une longue saison , de mai à octobre
dans une même année , nous semblent être en rapport intime
de causalité avec la dysenterie , en préparant l'économie à
ses atteintes , parce que les viscères une fois engorgés ne se
débarrassent qu'incomplétement du trop plein et ne peuvent
revenir à leurs conditions normales.
Le froid a été considéré par un grand nombre d'auteurs ,
comme la cause déterminante et occasionnelle de la dysenterie.
Mais on s'accorde à dire qu'elle ne s'est déclarée qu'après de
brusques changements de température , et lorsque les malades
étaient préalablement en sueur avant d'être atteints par le
froid.
Pringle , qui attache tant d'importance au froid humide
(Obs. sur la dys. des armées, 1772), nous apprend que cette
maladie n'apparaissait cependant qu'après de grandes cha
leurs , lorsque la transpiration était subitement arrêtée , soit
par les habits mouillés , soit par les brouillards de la nuit et
les rosées. Dans le Brabant, en 1747, il fit , dit-il , une cha
leur suffocante pendant le mois de juillet et jusqu'au milieu
d'août ; les nuits furent presque aussi chaudes que le jour ; la
santé des soldats fut cependant parfaite. Mais , vers le milieu
d'août , malgré la chaleur des jours , les nuits ne laissèrent
pas de devenir fraîches , et il commença à tomber d'abondan
tes rosées. C'est à ces variations de temps auxquelles les trou
pes étaient continuellement exposées , qu'il attribue l'origine
de la dysenterie : plus de la moitié des soldats en furent at
teints à différents degrés. Même ohservation dans la Grande
Bretagne en 1746. Dans un autre cas , un corps étant allé
chercher du fourrage est surpris par la pluie ; les soldats con
( 190 )
servent leurs habits mouillés et rentrent au camp avec la
dysenterie. Nous ferons observer qu'ils avaient déjà probable
ment la diarrhée , car la dysenterie ne se déclare pas ainsi
d'emblée , ni aussi rapidement.
Pringle rapporte encore qu'après la bataille de Dettingen,
le 26 juin 1743, les troupes couchèrent sur le champ de ba
taille , sans tentes , exposées à une grande pluie ; le lende
main , elles furent obligées de camper sur un terrain mouillé
et d'y passer une ou deux nuits, avant d'avoir de la paille.
Ces accidents occasionnèrent un changement subit dans la
santé des soldats, car les chaleurs avaient été, jusqu'alors ,
grandes et continuelles : la transpiration se trouva interrom
pue , la dysenterie , qui en fut la suite, continua une grande
partie de la saison. En huit jours , plus de 500 hommes en
furent atteints, et , après quelques semaines , la moitié de
l'armée était malade , tandis que trois compagnies qui n'a
vaient pas rejoint le corps d'armée , qui n'avaient pas été
exposées à la pluie et ne s'étaient pas couchées mouillées, et,
en outre de cela, campèrent à une petite distance, n'en éprou
vèrent aucune atteinte. Les militaires de l'un et l'autre camp
respiraient pourtant le même air, faisaient usage des mêmes
boissons, des mêmes aliments , étaient soumis aux influences
de la même atmosphère.
D'après ces faits et ceux que nous avons observés en Algérie,
on doit attribuer une grande part aux vicissitudes atmosphé
riques considérées comme cause déterminante de la dysenterie
sous tous les climats, et l'on ne sera pas surpris que des épi
démies de cette affection se soient déclarées snrtout à la fin de
l'été , et lorsque les changements de température amènent la
sensation du refroidissement , à la suite de fortes chaleurs
prolongées. #
On a observé la dysenterie dans des régions froides, dans
le Groënland, en lslande, en Laponie , au Kamtschatka , dans
des conditions paraissant opposées à celles que l'on remarque
dans les pays chauds. Mais cette prétendue anomalie est moins
réelle qu'apparente , si l'on fait attention que, sous ces cli
( 191 )
mats, la transition entre l'été et l'hiver est extrêmement brus
que. Ne peut-on pas alors comparer les effets de cette transi
tion à l'action d'un refroidissement spontané?
On nous pardonnera de nous être si longuement étendu sur
les influences des agents météorologiques des pays chauds, en
raison de leur importance; car nous les considérons comme
les conditions capitales essentielles, indispensables et les mieux
établies dans la manifestation de la dysenterie. Mais les modi
fications météorologiques, quoique fondamentales, n'assument
pas toujours à elles seules le rôle exclusif d'agents producteurs
de cette affection ; d'autres influences manifestes viennent
combiner leurs effets et apportent un concours très-actif aux
causes climatériques.

ll. CAUsEs INDÉPENDANTEs DU CLIMAT.

Les unes sont en dehors de l'individu , les autres sont indi


viduelles.
1° Causes en dehors de l'individu.
Nous réunissons sous ce groupe : a les localités , le sol et les
habitations ; I» l'alimentation et les boissons.
a. Localités , sol et habitations. — Les influences majeures
qui prédominent dans une localité , une trop forte aggloméra
tion d'hommes dans un même lieu , l'encombrement, le séjour
dans des lieux insalubres , bas et humides, dans les prisons,
les bagnes, les hôpitaux, les vaisseaux, qui ont été si fréquem
ment le domaine de la dysenterie , toutes ces influences débi
litantes.apportent sans doute une complexité morbide très
fâcheuse ; mais elles ne sauraient , suivant nous , avoir une
action directe dans la manifestation de la dysenterie. Lorsque
des individus vivent en trop grand nombre, entassés au milieu
de conditions hygiéniques les plus déplorables, exposés aux
intempéries, aux émanations s'élevant d'un amas de matières
organiques en décomposition : quand , pour réagir contre des
influences déprimantes, on n'a qu'une alimentation insuffi
sante ou de mauvaise qualité , que des boissons de mauvaise
( 192 )
nature, que des liqueurs alcooliques dangereuses ; lorsque ,
au milieu de tant de misères, de situations critiques , il faut
encore se livrer aux fatigues , supporter de longues insomnies
sans pouvoir ranimer ses forces, est-ce bien la dysenterie qui
se déclarera dans de semblables circonstances? Ne verrons
nous pas plutôt surgir le scorbut, le typhus ou des fièvres de
mauvais caractère ?
Cependant la dysenterie se montre quelquefois dans ces
misérables conditions. Leur action complexe sur l'économie
est telle, que celle-ci en est profondément modifiée, et que le
sang doit subir des variations dans la proportion de ses élé
ments constitutifs. Devenu plus fluide , il transsudera plus
facilement à travers la muqueuse du côlon, surtout s'il est
déjà le siége d'une forte irritation, d'une diarrhée abondante.
On comprend donc très-bien que , dans cet état , il puisse fa
voriser la production de l'un des éléments de la dysenterie ,
l'hémorrhagie intestinale. Cette modification qui n'est pas in
dispensable , puisque nous voyons naître cette maladie au
milieu de conditions hygiéniques tout à fait opposées , doit
être prise en grande considération pour le diagnostic, et sur
tout pour le traitement. Elle associe , aux symptômes caracté
ristiques de la dysenterie née au milieu de ces influences
générales , des phénomènes pathologiques adynamiques for
midables qui , tout en ne changeant pas son essence, sont
tellement insolites , que la maladie semble pourtant avoir
changé de nature , tant sa physionomie a dévié de son type
fondamental sous des traits presque méconnaissables , et que
la mortalité , sensiblement augmentée , doit être rapportée
bien plus à la gravité des troubles généraux , qu'à la profon
deur et à l'étendue des lésions locales.
Au moyen des habitations, on se soustrait aux influences
pernicieuses du dehors. Le séjour de la garnison, dans les pays
chauds, devrait donc être pour nos troupes préférable à la vie
des camps et des expéditions. Oui , sans doute , si on obser
vait en ville les règles hygiéniques obligées, dans des caser
nements bien installés. Mais les occasions d'enfreindre les lois
( 193 ) -

de l'hygiéne sont nombreuses , et viennent compenser large


ment les inconvénients inhérents aux expéditions. C'est ce qui
nous a fait dire ailleurs (Recherches sur la dysent. du nord de
l'Afrique) que, si ce n'étaient les marches forcées sous un
soleil brûlant, le défaut d'eau salubre et d'une alimentation
convenable , etc., les expéditions au milieu d'un air pur
conviendraient mieux que le séjour des villes, dans des caser
nes où les militaires sont entassés dans des chambres obscures,
chaudes et fétides , et où ils dorment, la nuit, les fenêtres
OuVerteS.
Un sol humide au voisinage des marais et des rivières, un
sol renfermant des détritus de matières végétales et animales
en décomposition , est regardé comme une circonstance favo
rable au développement de la dysenterie. Par le seul fait de
l'humidité du sol , qui est une cause de refroidissement de
l'atmosphère environnante, surtout pendant la nuit, la dy
senterie peut, en effet , se déclarer chez un individu soumis
à cette humidité après les fortes chaleurs du jour, et , dans
ce cas , il nous semble que l'impression du refroidissement ,
si elle a lieu , doit revendiquer, bien plus que les émanations
du sol , une large part dans l'évolution de la maladie.
Quel rôle doit-on assigner aux émanations? Elles sont ani
males ou végétales. Les premières proviennent de la putréfac
tion des matières animales dans les lieux où elles sont accu
| mulées , comme les abattoirs , les cimetières , les salles de
dissection , les dépôts de matières fécales , etc. ; les secondes
sont le résultat de la décomposition des végétaux , soit dans
l'eau , dans les marais , les étangs desséchés , soit dans les
terrains d'alluvion riches en matières organiques, décompo
sition favorisée par l'élévation de la température et l'humidité.
1° Emanations putrides animales. — M. Audral (Cours de
pathologie interne , page 94 ), ne leur accorde pas une grande
influence. « Je citerai , dit-il, les étudiants en médecine et
» les médecins qui se livrent aux recherches d'anatomie pa
» thologique, chez lesquels la dysenterie n'est pas plus fré
» quente que dans d'autres professions. Je me suis informé si
13
\ ( 194 )
» les équarrisseurs de Montfaucon y étaient plus sujets que
» d'autres individus ; ils jouissent , en général, d'une santé
» parfaite, » Parent-Duchatelet s'est efforcé de démontrer leur
innocuité, opinion défendue par M. Trousseau (Arch. gén.
de Méd., t. 13, p 378), et Guéretin ( Mém. sur la dys. de
Maine-et-Loire ; Arch. gén. de Méd. , t. 7, 2° série ).
Une opinion contraire a été soutenue par Pringle, Desge
nettes, Vaidy et Chomel, et par les auteurs du Compendium
de médecine. M. Cambay ( Traité des maladies des pays chauds,
1847) fait dépendre le grand nombre de dysenteries obser
vées en 1844, pendant la campagne du Maroc, du dégage
ment des émanations dues aux matières excrémentielles.
Notre longue pratique en Algérie ne nous ayant pas fourni
de faits assez concluants pour ou contre l'une et l'autre opi
nion, nous devons rester dans le doute. Seulement, nous
avons dit dans notre Mémoire sur les abcès du foie , et répété
dans nos Recherches sur la dysenterie : « Que deux dysentéri
» ques , placés dans une même salle, à côté l'un de l'autre,
» arrivaient promptement à l'adynamie , parce qu'ils étaient
» plongés dans un foyer d'infection formé par les exhalaisons
» fétides qu'ils s'envoyaient réciproquement pendant leurs
» fréquentes déjections alvines. Le diarrhéique même, placé
» sous l'influence de cette affection , verra bientôt ses selles
M)
augmenter et sa diarrhée se transformer en un état plus
grave. Mais si on dissémine les matériaux de l'infection en
séparant , en éloignant l'un de l'autre les malades qui les
fournissent , on en atténuera l'action délétère , et la gué
rison se manifestera plus vite et plus sûrement. Il est donc
X)
indispensable d'éloigner les uns des autres les dysentéri
))
ques , de les séquestrer même s'il est possible. La disposi
)
tion d'un hôpital formé de pièces qui ne contiendraient
qu'un petit nombre de lits, conviendrait pour cette sé
questration. »
Quoi qu'il en soit, il est certain que le désordre hygiénique
causé par des émanations fétides provenant de foyers de pu
tréfaction, qui, exposés à une température élevée, infectent
( 195 )
au loin les colonnes atmosphériques, exerce manifestement
une influence nuisible à la santé , surtout si l'organisme est
sous l'imminence d'une maladie; mais il restera toujours à
démontrer que cette cause infectieuse puisse réellement occa
sionner à elle seule la dysenterie. Tout ce que l'on peut affir
mer, c'est qu'elle porte quelquefois le trouble dans les fonc
tions digestives chez des personnes d'une santé parfaite, et
qu'elle peut ainsi préparer la muqueuse intestinale à recevoir
une affection plus grave. Ainsi , il n'est pas prudent, par
exemple, de s'exposer trop longtemps, au risque d'être atteint
de diarrhée, aux émanations d'une salle de dissection , quand
les cadavres sont dans une putréfaction trop avancée , d'au
tant plus dangereuse alors que les chaleurs sont plus fortes.
2° Emanations des matières végétales en décomposition. —
Leur action, considérée comme cause génératrice de la dysen
terie, est encore bien plus difficile à admettre. Vouloir, comme
les auteurs du Compendium de médecine, rattacher la dysen
terie au miasme palustre, dont l'influence, suivant son inten
sité , sa durée d'action et d'autres circonstances plus ou moins
appréciables , se manifesterait de deux manières différentes ;
vouloir admettre un miasma dysentericum ( Kreyssig), ou
exiger que la maladie soit constamment le produit d'un
miasme spécial ( M. Dutrouleau ), c'est, à notre avis, baser
une théorie sur des assertions hypothétiques nullement jus
tifiées.
Dans la seconde partie de ce travail nous accumulerons les
preuves sur lesquelles nous nous appuyons pour démontrer ,
non que le miasme n'existe, suivant le docteur Armand , que
dans l'imagination des personnes qui en parlent , mais son
peu d'influence comme cause efficiente de la dysenterie.
Pour le moment, en présence d'une divergence d'opinions
contraires, nous devons dile qu'il est un fait parfaitement re -
connu, à savoir : qu'en admettant comme démontrée l'exis
tence d'un miasme palustre , insaisissable à nos moyens d'a
nalyse, il est nécessaire , d'après M. Pietra-Santa , pour qu'il
puisse produire des effets morbides , que d'autres conditions
( 196 )
particulières surgissent, telles que , des variations de tempé
rature, un défaut d'équilibre s'établissant dans l'atmosphère
au coucher du soleil et au lever de l'aurore.
D. Alimentation et boissons. — Quelques auteurs ont consi
déré comme nulle l'action d'une alimentation malsaine et des
boissons de mauvaise nature. Mais , d'après des milliers de
faits , nous ne saurions leur refuser une part d'action très
manifeste , soit qu'elles suscitent la dépravation des organes
digestifs, et consécutivement une irritation réactionnelle, soit
qu'elles provoquent l'asthénie des viscères, qui ne peuvent
plus réagir contre les causes congestionnelles, surtout après
des alternatives entre un régime débilitant et un régime trop
substantiel. Après une fatigue, une longue marche sous un
soleil brûlant , au moment où les organes abdominaux sont
fortement congestionnés, surcharge-t-on l'estomac d'aliments
trop copieux , on impose nécessairement aux organes digestifs
un travail trop onéreux pour ses forces préalablement débi
litées par une mauvaise alimentation. Les matières mal éla
borées traversent l'intestin qui leur refuse droit de séjour, et
sont bientôt évacuées en selles diarrhéiques. Pour peu que le
gros intestin soit disposé à l'inflammation , la dysenterie ne
tardera pas à se manifester.
On concevra donc sans peine comment une alimentation
trop forte , des excitants trop copieux et des écarts de régime
trop fréquents peuvent, sous un climat où les forces diges
tives sont déjà si languissantes ou perverties, occasionner ,
dans des organes dépravés, une irritation , et, par suite, une
inflammation.
2° Causes individuelles :
Ce groupe comprend : les âges, les sexes , la constitution
et le tempérament, les fatigues , les influences anatomiques et
physiologiques, et les causes pathologiques.
Quoique ces causes ne soient que prédisposantes, elles doi
vent, en raison de leur importance, trouver place dans nos
appréciations.
Ages. —Si la dysenterie frappe tous les âges sans distinction ,
( 197 )
les enfants semblent pourtant plus prédisposés à la contracter.
On sait que , dans les pays chauds , ils sont difficiles à élever.
La grande mortalité qui pèse sur eux est généralement due
aux affections intestinales. Dans ce cas, la diarrhée est très
abondante, et plonge les petits malades dans un amaigrisse
ment lent et progressif, qui se termine presque toujours par
des évacuations alvines sanguinolentes. Dans l'âge tendre , le
sang de la veine porte est très-ralenti, à cause du volume du
foie relativement très-considérable. Ne serait-il pas rationnel
d'attribuer à cette disposition anatomique les maladies de
l'intestin chez les enfants, non-seulement dans les pays
chauds, mais même dans les pays tempérés ?
Nos militaires sont d'autant plus fréquemment atteints de
dysenterie qu'ils sont plus jeunes. Mais alors ils sont moins
prédisposés aux dysenteries compliquées de maladies du foie,
dont la fréquence augmente avec l'âge après vingt-trois ans,
et l'ancienneté de séjour dans les climats chauds.
Sexes. — Comme les femmes repoussent les excitants , une
nourriture trop animalisée et les boissons alcooliques , comme
elles ne se livrent pas aux excès ni aux grands travaux qui
exigent une graude déperdition de forces , comme elles évi
tent, en un mot , la plupart des conditions qui font naître la
dysenterie chez les hommes , ce sont là autant de raisons suf
fisantes pour nous expliquer chez elles la rareté de cette
affection.
Constitution et tempérament. — On a dit que la dysenterie
attaquait indistinctement les individus d'une constitution et
d'un tempérament différents. Cependant, elle nous a paru
frapper de préférence les hommes débiles. La maladie se mon
trait alors sous forme chronique après plusieurs diarrhées
récidivées, tandis que la même affection, plus franchement
inflammatoire, ou celle que complique l'hépatite , sévissait de
préférence sur des sujets doués d'une plus grande force de
réaction.
Quant au tempérament , les individus lymphatiques , chez
lesquels le sang est lancé avec moins d'énergie , à tissus
( 198 ).
mous, d'une organisation veineuse plus prononcée, ceux dont
les organes abdominaux sont volumineux , les grands man
geurs, les hommes qui ont la cavité abdominale plus vaste,
et chez lesquels la circulation est ralentie dans la veine porte,
nous ont paru plus disposés que d'autres à contracter la dy
senterie. Tout le monde connaît, chez le nègre, la paresse
de la circulation , coïncidant avec cette torpeur, cette apa
thie qui forment un des caractères dominants de la race noire ;
aussi , la dysenterie, simple ou compliquée, est-elle très
fréquente et très-meurtrière chez les Ethiopiens (Copland).
Fatigues. — Les grandes marches, les fatigues excessives,
éprouvées par l'homme dans les pays chauds, sans aucune
considération de l'ètat des chaleurs et de l'atmosphère, ap
portent une grande perturbation dans l'économie, en plon
geant les organes de la vie végétative dans l'assoupissement
et l'inertie; comme à la suite d'un refroidissement subit , elles
produisent une congestion morbide dans les viscères et les
vaisseaux de l'abdomen. Pendant les marches longues et pé
nibles, sous un soleil ardent , les forces semblent se porter
sur le système locomoteur au détriment des organes intérieurs,
des organes digestifs surtout, dont les fonctions sont frappées
d'asthénie. Le sang , poussé par les contractions musculaires,
remonte plus vite vers les cavités droites du cœur ; mais
celles-ci , malgré le jeu précipité des poumons , ne peuvent
se dégorger qu'incomplétement : il se fait une espèce de reflux
dans les veines efférentes, et plus particulièrement dans les
veines caves inférieures, dans le foie, et consécutivement dans
le vaste système de la veine porte. Cet engorgement veineux ,
secondé par le repos ou le froid des nuits, occasionnera une
véritable hémostase dans les dernières ramifications des vais
seaux, et, par suite, une congestion pathologique dans le
foie et dans la muqueuse intestinale, du gros intestin surtout.
Les mêmes phénomènes se répétant souvent, la présence du
sang trop abondant dans les viscères ne finira-t-elle pas par
occasionner un surcroît d'énergie vitale dans les tissus frappés
d'assoupissement, une hypérémie ? Et si des causes nouvelles
( 199 )
d'irritation viennent s'ajouter dans l'organe hépatique ou dans
le côlon , ne surviendra-t-il pas , soit une hépatite, soit une
dysenterie, ou, concurremment, ces deux affections réunies ?
Dispositions organiques et physiologiques. — En jetant un
coup d'œil rapide sur les viscères et sur les vaisseaux sanguins
de l'abdomen, on voit de suite combien leur disposition ana
tomique doit seconder puissamment les causes déterminantes
de la dysenterie. En effet, les veines l'emportent sur les ar
tères depuis le duodenum jusqu'à la fin de l'intestin. Ainsi
s'expliquerait , d'après les belles expériences de Magendie,
l'immense facilité d'absorption , dévolue surtout à ce dernier
organe, laquelle se fait au moyen du grand développement
veineux abdominal. Cet appareil d'absorption est dominé par
deux volumineux organes très-vasculaires, le foie et la rate,
situés l'un à droite, l'autre à gauche de l'estomac. Ces or
ganes se congestionnent, non-seulement dans un but physio
logique, pendant le travail de la digestion , mais encore sous
l'influence d'autres causes facilement appréciables. Le cours
du sang est déja ralenti dans ce système veineux par la posi
tion déclive des veines, par l'absence des valvules, par les
nombreuses arcades vasculaires, dont les derniers rameaux se
transforment en larges plexus , d'autant plus inextricables,
qu'on les observe plus bas vers la fin de l'intestin. La dispo
sion en infundibulum du gros intestin, tout en favorisant le
cours des matières fécales , ne doit-elle pas nuire , avec les
renflements , au retour rapide du sang ? Nous concevons très
aisément combien la colonne sanguine aura à surmonter de
difficultés pour arriver dans le foie et pour franchir son tissu
parenchymateux. Le côlon, éloigné du foie de tout le trajet
des vaisseaux de la veine porte, aura beaucoup plus de peine,
s'il est congestionné , à se dégorger du trop plein, que les vis
cères plus rapprochés , comme l'estomac et l'intestin grêle.
Cette disposition anatomique nous explique donc suffisam
ment, pour le gros intestin , une tendance plus forte aux hy
pérémies et à l'inflammation dans les pays chauds.
Influences pathologiques. — Il n'est peut-être pas une seule
( 200 )
maladie qui, par la débilitation dans laquelle elle plonge l'é
conomie, en lui enlevant sa force de résistance contre les
causes occasionnelles, ne puisse favoriser indirectement la
dysenterie. Toutefois , il en est qui ont une action plus ou
moins rapprochée, un rapport plus ou moins direct, non
parce qu'elles ont pris naissance au milieu des mêmes condi
tions, mais parce qu'elles présentent des états pathologiques ,
dont l'influence est incontestable pour seconder ou activer les
causes déterminantes : ce sont le scorbut , le typhus et les
fièvres palustres.
De ce que le typhus , le scorbut et la dysenterie ont été ob
servés contemporairement dans une localité réunissant les
conditions de leur existence ; de ce que l'on a vu ces affections
associées simultanèment chez le même individu, ou bien se
succédant alternativement, ainsi que nous l'avons constaté
pendant la campagne d'Orient, on a essayé de les confondre
en faisant procéder cet assemblage hétérogène de la même
source étiologique, l'intoxication miasmatique. Nous ne par
tageons certainement pas cette exagération qu'une rigoureuse
observation des faits doit repousser comme inadmissible , et
nous pensons que ces affections diverses, fortuitement et si
multanément réunies , doivent conserver chacune leur cause
efficiente distincte, leurs caractères phénoménaux et leurs
exigences thérapeutiques.
Cependant, s'il n'existe pas entre elles d'origine commune,
puisqu'elles ne procèdent pas des mêmes influences spéciales ,
elles peuvent avoir, dans certaines circonstances, avec la
dysenterie, des relations intimes qu'il s'agit d'analyser et
d'expliquer.
Ou la dysenterie s'est développée en même temps , ou bien
elle est antérieure ou postérieure.
1° Dans le premier cas, où elle est contemporaine, elle
débute au milieu de causes distinctes qui ont agi de concert.
Elle est tantôt une complication des maladies auxquelles elle
est associée, et tantôt elle est compliquée elle-même de ces
affections. Dans tous les cas, marchant avec ses traits parti
( 201 )
culiers, elle conserve toujours sa propre individualité au mi
lieu d'un cortége de symptômes hétérogènes concomitants,
ainsi que pourrait le faire toute autre maladie enveloppée sous
des phénomènes morbides étrangers, telle que la pneumo
nie, par exemple, qui, quelquefois, revêt le caractère ty
phoïde sans perdre son identité. Lorsque les individus n'ont
pas été profondément éprouvés par les atteintes d'une dé
bilitation antérieure ou par les influences d'une constitu
tion épidémique, lorsque le sang n'a pas encore subi de
modifications trop sensibles sous l'action des causes qui pro
duisent sa défibrination, ou par suite de l'introduction d'un
principe morbide, végétal ou animal , qui , véhiculé dans le
torrent circulatoire, occasionne tant de symptômes généraux
graves, rien ne s'oppose alors au développement de 1a phlo
gose intestinale; mais ces cas sont très-rares.
2° Dans le second cas, où la dysenterie est antérieure,
elle ne disparaît pas lorsque le scorbut ou le typhus viennent
à surgir. Ceux-ci ont d'autant plus de tendance à se mani
fester au milieu des conditions essentiellement débilitantes ,
qu'ils trouvent déjà chez un dysentérique l'économie mieux
disposée à les recevoir. C'est alors qu'on voit marcher une ma
ladie complexe, composée de plusieurs éléments morbides,
offrant une combinaison de symptômes juxtaposés, qui s'en
chevêtrent et s'obscurcissent réciproquement, à tel point qu'il
faudra une grande sagacité pour les dégager , les isoler et les
rattacher chacun à leurs individualités morbides, générale
ment confondues par les auteurs dans la même unité patho
logique, désignée et décrite sous les noms de dysenterie scor
butique, de typhus dysentérique (Ciriglius, Hildenbrand). Mais
cette dysenterie , dont les symptômes sont ainsi masqués par
le scorbut et le typhus, n'a pas pour cela changé de nature,
elle reste identique quant aux altérations anatomiques qui
caractérisent son incontestable individualité. Peu importe
qu'elle ait précédé ces affections, les lésions locales ne s'effa
cent pas; seulement, l'état général est devenu plus grave ,
lorsque les individus ont été préalablement débilités par les
( 202 )
fatigues, les privations de toute sorte , l'encombrement, sous
l'influence de causes générales déprimantes, augmentées par
des circonstances hygiéniques et pathologiques ; ce sont là
autant de surcharges qui s'opposent aux efforts salutaires de
la nature, mais la dysenterie, qui avait ses caractères pro
pres, est toujours une dysenterie malgré la variété de ses
formes, autrement ces caractères ne devaient pas lui appar
tenir au début. -

· 3° Dans le troisième cas, quand elle est postérieure au


scorbut et au typhus , voyons quelles sont ses relations de
filiation.
Qu'observe-t-on dans le scorbut ? Des hémorrhagies multi
ples à la peau et sur les muqueuses , des extravasations, des
congestions et des collections sanguines dans les tissus et
dans les principaux viscères, des ramollissements de tous les
solides vivants, désordres qui doivent étre mis sous la dépen
dance d'une altération du sang. Et dans le typhus ? Des symp
tômes et des lésions qui , malgré leur variabilité protéiforme,
telle que cette affection totius substantia a été considérée
comme étant partout et nulle part , doivent également pro
venir d'un sang altéré par un miasme toxique. Or , cette alté
ration du sang dans le scorbut et le typhus ne peut-elle pas
favoriser la production de l'un des éléments de la dysen
terie, l'hémorragie ? -

Envisagée de cette manière, la dysenterie nous paraît


réellement, dans ce cas, procéder du typhus et du scorbut.
Mais il est indispensable, toutefois, que l'autre élément, l'in
flammation , vienne s'associer à cette hémorrhagie provenant
d'une altération du sang, ou favorisée par cette même altéra
tion, car, s'il n'en était pas ainsi , si l'inflammation faisait
défaut, les lésions locales de l'intestin, les ecchymoses, les
congestions sanguines sous-muqueuses , les ramollissements ,
les pertes de substance, ou les ulcérations et la gangrène,
n'appartiendraient pas à la dysenterie, mais bien à une affec
tion scorbutique. De même l'absence d'inflammation locale
nous fera-t-elle rejeter la dénomination de dysenterie à cet
( 203 )
état pathologique dans lequel on n'observe que des évacuations
alvines sanguinolentes, véritables exhalations passives du
sang, qui, dans le scorbut, peuvent se manifester sur l'intestin
aussi bien que sur tout autre point de la surface cutanée. De
telles exhalations ne constituent pas plus la dysenterie que les
congestions sanguines pulmonaires , observées dans une affec
tion scorbutique, ne sont des pneumonies.
Cette distinction , qui n'a pas toujours été faite par les au
teurs, a pour nous de grandes conséquences dans la thérapeu
tique de la dysenterie et du scorbut.
L'hypérémie locale est-elle inflammatoire , possède-t-elle
les éléments des futures terminaisons de la phlegmasie, tels
que la suppuration , les ramollissements de la muqueuse,
bientôt suivis d'ulcérations, la dysenterie offrira des symp
tômes réactionnels plus accentués. Cette hypérémie est-elle,
au contraire, atonique, passive , en quelque sorte mécanique,
avec absence de réaction inflammatoire, le système vasculaire
se laissant facilement distendre par l'accumulation d'un sang
défibriné , les alérations locales ne devront plus être mises
sur le compte de la dysenterie, car elles n'ont aucun des ca
ractères qui appartiennent à la phlogose.
Dans certains cas, le typhus débute chez les sujets robustes
qui jouissaient antérieurement d'une santé parfaite Chez eux
le sang, quoique intoxiqué, n'est pas assez altéré pour occa
sionner les mêmes hypostases passives dans les viscères , ni
dans le gros intestin. Les hypérémies sont alors plus ac
tives, plus réactionnelles, pour ne pas dire plus inflamma
toires; il en résulte que de véritables inflammations peuvent
se déclarer dans tous les organes. Ces congestions hypérémi
ques se sont-elles portées de préférence sur la muqueuse du
gros intestin, la dysenterie sera d'autant plus imminente,
que la permanence de ces accidents, dans le cours du typhus,
aura été d'une plus longue durée. C'est ainsi qu'on a vu, en
Crimée, la dysenterie succéder au typhus. -

Lorsque la dysenterie se déclare à la suite d'une fièvre pa


lustre, nous ne devons en tirer d'autre conséquence de rela
( 204 )
- tion , si ce n'est que cette pyrexie, en congestionnant les or
ganes abdominaux , doit être considérée comme cause prédis
posante. Les fièvres rebelles n'ont-elles pas pour effet d'en
gorger le foie et la rate et de produire une disposition veineuse
abdominale particulière, une stase sanguine, toutes modifi
cations qui aident puissamment les causes déterminantes de la
dysenterie ?
Dans les localités miasmatiques , la fièvre intermittente
s'associe quelquefois à la dysenterie ; mais on ne doit pas
considérer cette nouvelle maladie complexe comme une sorte
d'amalgame indivis, englobé sous la dépendance d'une mani
festation étiologique commune et curable par le sulfate de
quinine seulement. Chacun des agrégats a ses exigences théra
peutiques à part. Les accidents intermittents, combattus par
les fébrifuges , disparaissent-ils , l'affection intestinale per
siste ; preuve que la dysenterie et la fièvre palustre , fortuite
ment associées , sont indépendantes l'une de l'autre et ne
procèdent pas de la même cause. Quoique la fièvre , dans ce
cas , ne soit qu'un élément surajouté à la maladie principale ,
il faudra cependant en tenir compte, car tout traitement di
rigé contre la dysenterie échouerait , tant qu'elle ne serait pas
dégagée de cette complication palustre.
Après avoir énuméré et analysé les causes nombreuses ,
prédisposantes ou efficientes de la dysenterie , si nous voulons
les grouper d'après leurs différents modes d'action sur l'orga
nisme , il nous sera désormais facile de les synthétiser, en les
réduisant sous deux chefs principaux :
1° Les unes déterminent ou préparent une irritation locale
ou un trouble indirect sur les voies digestives, dont les fonc
tions sont surexcitées , languissantes ou perverties. De ce
nombre sont : l'ingestion de substances nuisibles, les fortes
chaleurs continues, les maladies antécédentes, l'encombre
ment , les émanations insalubres.
2° Les autres, par l'accumulation du sang dans les viscères
abdominaux, sa viciation , sont une cause de congestion
hypérémique et d'hémorrhagie dans le gros intestin, telles
( 205 )
sont : le refroidissement subit , ou la simple sensation de re
froidissement, les marches pénibles , les émanations putri
des, les influences pathologiques, fièvre palustre , scorbut,
typhus. |

D'après ce résumé, et nous insistons beaucoup sur ce point,


deux conditions nous paraissent essentielles pour le dévelop
pement de la dysenterie : 1° une irritation intestinale bientôt
suivie d'inflammation ( diarrhée , colite ); 2° un afflux de
sang dans le gros intestin ( hypérémie), occasionnant une
congestion sanguine permanente de la muqueuse , ou du tissu
cellulaire sous-muqueux, congestion active ou passive , liée à
l'inflammation , et assez intense pour déterminer, par exhala
tion ou ulcération , la sortie du sang hors des vaisseaux
( hémorrhagie ).
Ces considérations étiologiques demandent, comme complé
ment, quelques mots sur la nature de la dysenterie, telle
qu'elle nous semble devoir être comprise et expliquée.
Pour s'en faire une idée exacte, il est indispensable d'étu
dier la maladie dans son état de plus grande simplicité, pré
sentant des caractères nets et tranchés , dégagée de toute
complication ou de toute connexité morbide susceptibles
d'obscurcir ou de fausser les traits les plus saillants de sa
physionomie typique, par conséquent celle qui sévit chez un
sujet robuste, arrivé depuis peu de temps dans un pays
chaud, et dont la constitution n'a pas encore été sensiblement
modifiée ou ébranlée par le climat , ni par des accidents pa
thologiques antérieurs.
Marchant ainsi du simple au composé , on eomprend plus
aisément les états complexes les plus graves , et il est plus
facile par l'analyse de leur attribuer la part qui leur revient.
Or, dans cet état d'isolement et de simplicité , il est im
possible de refuser à la dysenterie une nature essentiellement
inflammatoire, caractérisée par les lésions qui constituent une
véritable phlogose. Cette maladie est évidemment une inflam
mation. Pourtant , elle possède quelque chose de plus qui la
fait différer d'une simple phlegmasie intestinale. Dans une
( 206 )
colite franche , la phlogose peut être intense , elle peut avoir
détruit les tissus à une assez grande profondeur , sans que
l'affection soit composée, sans que l'organe, qui en est le
siége , ait éprouvé, soit dans sa structure, soit dans ses fonc
tions de nutrition et de sécrétion , ces modifications anorma
les préexistantes que l'on rencontre dans la dysenterie. Puis
que celle-ci ne se montre pas avec la même simplicité, il faut
bien admettre quelque chose de particulier ou de spécial , dû
à un état général ou local , dont l'adjonction la fait différer
d'une colite. Quelles sont donc les conditions nécessaires pour
changer celle-ci en dysenterie ? Les lésions locales , qui carac
térisent l'inflammation , n'ont elles pas été précédées d'une
çongestion active ou passive, d'une hypérémie dans le tissu
sous-muqueux ou dans la muqueuse elle-même , de lésions
qni ont favorisé l'hémorrhagie ? C'est cette hémorrhagie dont
la coopération donne, en définitive, à la colite sa transforma
tion nouvelle , et constitue une maladie spéciale.
Cette combinaison , cette adjonction de deux éléments, l'un
hémorrhagique , l'autre inflammatoire, dépendent de l'inten
sité ou de la multiplicité des causes, agissant de concours pour
désorganiser l'intestin. Faites que les causes aboutissent sim
plement à l'inflammation, chez un individu sain et vigoureux,
vous aurez une colite franche, nullement distincte d'une in
flammation colique ordinaire. Faites surgir des causes d'hy
pérémie sur l'intestin , des causes qui aboutissent à une
congestion active et à l'hémorrhagie s'ajoutant aux précéden
tes , les symptômes d'une dysenterie se déclareront, mais la
maladie, quoique très-intense quelquefois, n'en sera pas moins
purement et simplement inflammatoire. Joignez-y des causes
déprimantes , l'épuisement , les fatigues , les privations, ou
bien que le scorbut , le typhus, une altération générale du
sang et les cachexies , viennent associer leurs symptômes ,
qu'aurez-vous ? Une dysenterie grave, avec des désorganisa
tions profondes, exaspérée par des phénomènes insolites, à
travers lesquels vous aurez beaucoup de peine à démêler les
traits qui appartiennent à la phlegmasie intestinale.
( 207 )
Une fois arrivée à ce dernier degré où elle apparaît si dis
semblable à celle que nous avons acceptée comme type , la
dysenterie, ainsi modifiée, aura-t-elle pour cela changé de
nature? Nous ne le pensons pas. Si elle était inflammatoire
dans un cas, elle devra conserver, dans l'autre , le même
caractère identique; autrement , après eette complexité ou
Cette association combinée , il faudrait admettre la formation
d'un état morbide nouveau, différent de la dysenterie , et lui
donner une autre dénomination.

2° LPAALR'I TLILE.

Séparation étiologique entre la «lysente


rie ei les fièvres palustres,

Cette doctrine a été admise , soutenue et développée dans


les Annales d'hygiène , en 1858 , par notre regrettable ami le
docteur F. Jacquot (Etude nouvelle de l'endémo-épidémie an
nuelle des pays chauds ). Il nous rend pleine justice en nous
accordant la part qui nous revient dans l'exposé des principes
qu'il a proclamés dans presque tous ses travaux. Aussi , s'ex
prime-t-il ainsi dans son remarquable Mémoire :
« M. Catteloup est le médecin militaire qui a posé le plus
nettement cette dichotomie étiologique, Pour lui, le miasme
: palustre engendre la fièvre de ce nom, la fièvre à quinquina,
)
mais la dysenterie, les affections du foie reconnaissent pour
causes les influences du climat, avec ses agents excessifs et
» ses perturbations, et les mauvaises conditions de l'hygiène,
telles que fatigues, campagnes, alimentation insuffisante et
mauvaise. Il établit dans ses différentes publications que deux
groupes morbides, savoir : dysenterie et affections du foie,
d'une part, et fièvre palustre , d'autre part, ne sont paral
lèles et liées entre elles, quant à leur fréquence et leurs
))))))
caractères, ni lorsqu'on les considère dans les différentes
» années, ni dans l'évolution des diverses saisons de l'année,
ni dans les différents sites , etc. »
( 208 )
Notre confrère expose fidèlement nos idées, en énumérant
brièvement les preuves que nous avons produites à l'appui.
Comme ces preuves ont été disséminées dans nos diverses
publications sur les maladies de l'Algérie, nous croyons de
voir les réunir en un seul faisceau dans ce travail , où nous
avons groupé toutes les influences qui peuvent agir, directe
ment ou indirectement , plus ou moins associées ou isolées
chez le même individu, sur le développement de la dysenterie,
afin d'en mieux faire ressortir la force, et, en ajoutant de
nouvelles considérations, de compléter, s'il est possible, l'é
tude étiologiqne que nous nous sommes proposée.
Le docteur F. Jacquot avait , en 1848, noté cette division
étiologique dans un Mémoire sur l'acclimatation en Algérie,
inséré dans la Gazette médicale, en disant : « Deux grands or
» dres de causes commandent la pathologie des pays chauds ,
» les unes accidentelles, amovibles, toxiques, résidant surtout
» dans le miasme palustre ; les autres essentielles, permanen
» tes, plus ou moins inamovibles, liées au climat et à son
» règne météorologique. »
Sans être aussi explicite , nous reconnaissons dans notre
Mémoire sur la coïncidence des abcès du foie avec la dysente
rie , pag. 93, « que les influences diverses auxquelles l'armée
» d'Afrique était soumise, donnaient lieu à deux manifesta
» tions morbides principales , la fièvre intermittente et la
» dysenterie. Cette dernière affection était plus généralisée,
» tandis que la fièvre n'était endémique que dans les localités
» soumises aux effluves marécageux. » Voilà le point de départ
de la division que nous avons posée avec plus de précision dès
1845, dans notre Mémoire sur la dysenterie, présenté la même
année au concours , et qui n'a été imprimé qu'en 1851 .
Dans l'lntroduction qui n'a pas été imprimée de ce Mé
moire, nous rapportions le passage cité plus haut. Mais à
l'article Causes pathologiques, nous assignions déjà le véritable
rôle du miasme palustre. A la page 76, nous déclarons formel
lement l'indépendance originelle de ces deux affections, fait
que M. l'inspecteur Maillot avait proclamé en 1836 , dans son
( 209 )
livre (Traité des fièvres ou irritations cérébro-spinales inter
mittentes ).
Toujours dans le même Mémoire, à l'occasion du sulfate de
quinine, nous nous exprimons ainsi, p. 139 : « Depuis que
» l'on a avancé que ce médicament devait étre destiné , non
seulement à prévenir la périodicité dans les maladies , mais
» encore à les combattre , quand elles ont pris naissance dans
les localités où règne la fièvre palustre, on l'a tellement
prodigué dans les maladies d'Afrique, qu'il y a obtenu pres
que partout les honneurs d'un agent thérapeutique indispen
sable. Aussi, la plupart de nos confrères en usent-ils large
» ment : nous ne voulons pas dire qu'ils en font un abus,
» mais nous , d'après l'opinion que nous avons émise sur la
J0
séparation de la fièvre intermittente et de la dysenterie,
auxquelles nous ne reconnaissons pas une origine commune,
» nous croyons devoir réserver le sulfate de quinine ponr les
» cas seulement où la dysenterie semble compliquée d'accès
» rémittents ou intermittents. »
Plus tard , dans nos Mémoires sur la cachexie paiudéenne ,
la topographie de Tlemcen , la pneumonie d'Afrique, nous
revenons sans cesse à cette séparation étiologique, qui a été ,
en outre , l'objet spécial d'une note adressée, en 1851 , à la
Société de Médecine de Toulouse ; cette Société l'a publiée
dans son Compte rendu annuel , et le docteur Girbal , de
Montpellier, a bien voulu partager nos idées dans une analyse
sur l'œuvre de M. Haspel , insérée dans la Revue thérapeutique
du Midi , mois de novembre 1852.
Il est donc plus que suffisamment démontré qu'à une épo
que où dominait la doctrine de l'influence palustre, englobant
tant d'affections diverses sous l'action d'une seule et même
cause, nous réagissions résolument contre une monopolisation
généralement reçue.
Afin de mettre plus de clarté dans l'exposition des preuves
de cette séparation , nous devons classer et faire converger les
nombreux faits sur lesquels elle repose selon qu'ils sont
tirés : 1° de la diversité des pays où la fièvre palustre règne
14
( 210 )
simultanément avec la dysenterie, ou bien dans lesquels ces
deux affections se montrent séparément ; 2° du défaut de pa
rallélisme entre elles, quand elles se présentent dans une
même localité , suivant les années et les saisons ; 3° des con
ditions hygiéniques qui les rendent ou plus rares ou plus
fréquentes ; 4° de la généralisation de la dysenterie , tandis
que la fièvre palustre ne règne que là où elle rencontre les
causes qui lui sont propres; 5° des caractères pathologiques
consécutifs et de la physionomie que chacune d'elles revêt,
quand elles aboutissent à une détérioration cachectique de
l'organisme ; 6° de l'assainissement des lieux où la fièvre s'ef
· face , pendant que la dysenterie continue à sévir; 7° enfin ,
du traitement spécial qui leur convient.
1° De la diversité des pays où la fièvre palustre règne simul
tanément ou séparément avec la dysenterie. — Le premier fait
qui se présente le plus saillant et le plus remarquable , c'est
de voir un pays infecté par les miasmes paludiques , et qui
pourtant ne donne que rarement naissance à la dysenterie. Il
ressort des tableaux dressés par M. Boudin (Examen de deux
questions de géogr. méd. Rec. des Mémoires de Méd. militaire,
t. vII , 3° série ) , que les localités essentiellement palustres
de l'hémisphère sud , entre les 14° et 35°, telles que Maurice,
Sainte-Hélène , Nouvelle-Zélande , Colonie du Cap , Nouvelle
Calidonie , Terre de Van-Diémen , Taïti , la Réunion, Cap de
Bonne-Espérance, ainsi que les ports de l'Amérique du Sud, &c.,
fournissent très-peu de dysenteries , relativement aux condi
tions analogues de l'hémisphère Nord, et que la mortalité due
à cette affection est très-faible. Si la dysenterie émanait direc
tement des miasmes paludéens, ne devrait-elle pas se rencon
trer plus fréquemment dans des conditions si favorables à
l'élaboration des miasmes.
La fièvre palustre , il est vrai , est aussi très-rare dans ces
contrées , mais , comme il s'agit ici de prouver, à l'égard de
la dysenterie , l'innocuité d'une cause à laquelle on veut
absolument la rattacher, cette étrange particularité ne devrait
elle pas faire réfléchir les partisans exclusifs d'une origine
étiologique commune , de l'infection paludique.
( 211 )
, En Algérie, toutes les localités paraissent être le domaine
des deux affections. Mais pourquoi, à Bône, dans la plaine de
la Mitidjah, au Sig, à la Maghrnia, à Sidi-Bel-Abbès, localités
qui, avant leur assainissement, étaient un séjour si perni
cieux , à cause des foyers miasmatiques , source de tant de
maladies graves, a-t-on observé constamment moins de dysen
teries que dans d'autres lieux , reconnus pour ne renfermer
que très-peu de foyers palustres, comme Constantine , Sétif ,
Guelma , Oran , Tlemcen , dans lesquels, par contre , les dy
senteries ont toujours été très-nombreuses ? Si le miasme
palustre était indispensable pour les engendrer, ne serait-il
pas vraiment étonnant qu'elles fussent plus rares dans les
localités essentiellement infectieuses, tandis qu'elles sévissent
plus souvent dans des lieux où les foyers n'existent pas, et où
l'on n'observe ordinairement que des fièvres importées ?
Sous les climats tempérés et dans les pays qui s'étendent
vers le Nord , à La Rochelle , dans les marais salants de l'an- .
cienne Aunis , dans les départements de la Moselle et de la
Somme , dans la basse Bresse , dans la Sologne , sur les bords
de la Vistule, de l'Oder et de l'Elbe, à Wittemberg, dans les
polders de la Belgique et de la Hollande, dans la Suède , la
Norwége , le Danemark , la Finlande, la Poméranie, la Cour
lande , la Hongrie, etc., que de localités infectées par les
miasmes , où la fièvre est endémique, et qui pourtant ne sont
pas plus que d'autres le domaine de la dysenterie. .
· Qui ne connaît depuis longtemps la redoutable malaria, dé
peuplant depuis tant de siècles la campagne inculte de Rome,
qui se fait sentir chaque année sur notre armée d'occupation,
cette fièvre sévissant au milieu des marais Pontins et exerçant
son empire sur toute la courbure maritime et occidentale de
l'ltalie , dans la vallée de l'Arno jusqu'aux Paludi, de Pouzzo
les au cap Mizène, à Baïa , à Cumes, sur les bords de l'infect
Mare-morto ; eh bien ! dans ces localités fiévreuses , la dysen
terie est-elle plus fréquente qu'ailleurs , ce qui devrait avoir
lieu , si le miasme palustre avait tant d'influence sur sa pro
duction?
( 212 )
, Si la dysenterie, comme nous venons de le voir, n'est pas
plus commune dans les pays palustres, sévit-elle, au con
traire, dans les localités où les miasmes paludéens s'effacent ?
Nous avons cité Constantine, Oran, Tlemcen , en Algérie ;
nous ajouterons les Ksours du Sahara algérien , où la chaleur
réduit en poussière inerte les débris des végétaux et des ani
maux , tous les pays arides et couverts d'une terre sablon
neuse , où la végétation est nulle, et enfin, les régions gla
ciales , telles que le Groënland , l'Islande, la Laponie et le
Kamtschatka. Toutes ces contrées sont exemptes de miasmes
paludiques , parce que ceux-ci n'y ont pas de raison d'être,
et cependant la dysenterie n'y est pas rare.
Un fait caractéristique cité par M. Cambay ( Traité de la
dysenterie des pays chauds , pag. 28 ), c'est qu'en 1843 , dans
le Chott, vaste bassin qui n'était point encore desséché et dont
le fond était formé de sable salin , une colonne expédition
naire passa la nuit, après une marche de dix-huit heures par
un soleil de 50° à 60°. Il résulta de cette exposition à l'humi
dité et à une chaleur torride, sans élaboration palustre ,
néanmoins , faute de matières végéto-animales, de graves et
nombreuses dysenteries , mais pas de fièvres.
Au camp de Saada , à 24 kilomètres de Biskara , M. Ver
dalle ( Quelques notes sur le climat des Zibans, thèse de Mont
pellier, 1851 ), a observé l'énorme oscillation thermométrique
de 30° à 35° dans douze heures. Tous ses hommes avaient la
diarrhée, mais pas de fièvres ; c'est, qu'en effet , la topogra
phie des Zibans n'offre pas de conditions palustres.
M. Causse ( De la cachexie paludéenne en Afrique , thèse de
Montpellier, 1851 ), constate la même immunité de Biskara et
de Bouçada , relativement aux fièvres. Dans l'été de 1850 , il
n'observa que peu de fièvres sur une garnison de 400 hommes,
et encore ces fièvres avaient pris naissance dans d'autres loca
lités ; mais, pendant qu'au mois de juillet le thermomètre
marquait 60° au soleil, les dysenteries furent très-nombreuses
et très-graves Même remarque faite par M. Finot, dans le pays
des Mzabites ( Compte rendu du service de Blidah ) , Recueil
( 213 )
des Mémoires de Médecine militaire, 1844). Les Mzabites, dit
il , qui habitent un pays plus chaud que Biskara , ne con
naissent pas les fièvres , mais ils redoutent singulièrement la
dysenterie qui, dans certaines années, fait chez eux d'effroya
bles ravages. -

La ville d'Oran, dont Soucelyer et F. Jacquot nous ont tracé


la topographie, est presque entièrement soustraite, par des
arêtes et par des montagnes, à l'influence de la plaine inculte
en partie, très-sèche, pauvre en végétation et coupée de deux
lacs salés appelés Sebgha. Le fond de ces bassins , dit F. Jac
quot, est formé de sable. ll n'est pas engraissé par la flore et
la faune qu'on rencontre dans les marais. Entièrement dessé
chés dès les premières ardeurs de l'été , ces lacs ne présentent
plus alors qu'une surface déclive , unie et pulvérulente. Les
montagnes , les rampes qui entourent Oran , sont nues , ro
cheuses, sans verdure , présentent, en un mot, les conditions
les plus favorables au refroidissement de l'air et à la conden
sation aqueuse. L'air y est très-humide, les coups de vent
fréquents et les vicissitudes atmosphériques très-amples. Au
même instant on étouffe dans telle rue, quand on est saisi par
un vent froid dans une autre rue. Les habitants , sur ce sol
anfractueux , sont exposés aux alternatives de la chaleur con
centrée des gorges et de la bise fraîche qui bat les hauteurs.
A Oran , néanmoins, on n'observe guère de fièvres endémo
épidémiques gagnées dans la ville ; mais les affections intesti
nales et les maladies du foie y sont fréquentes.
Enfin , selon le même médecin , Thévenot et d'autres au
teurs font voir la saison d'hivernage pleine de fièvres au Séné
gal , etc., tandis que la saison sèche, à peu près exempte de
ces pyrexies, est féconde en dysenteries, en hépatites , en
fièvres bilieuses ardentes , affections dues, non pas à un
miasme , car ce toxique ne peut plus être alors fabriqué dans
ses foyers palustres , momifiés par l'excessive chaleur , mais
provenant de cette chaleur même, et des perturbations atmos
phériques , thermométriques principalement, qui tourmen
tent cette époque de l'année.
( 214 )
· Nous venons de voir une foule de contrées fécondès en
fièvres paludiques et peu ou point génératrices de la dysente
rie , et d'autres , au contraire , où celle-ci règne avec fré
quence , pendant que les fièvres font défaut. Bien plus, il y
a des exemples , dit encore F. Jacquot, d'une contrée présen
tant des contrastes frappants : ici, sur un sol bas, marécageux,
à température moite et chaude constante, règnent les fièvres
palustres : là , à peu de distance , sur un sol accidenté , sec ,
volcanique et tourmenté d'amples et fréquentes oscillations
thermométriques , la dysenterie établit son domaine , tel est
le contraste qui existe à la Guadeloupe, entre Pointe-à-Pitre
et la Basse-Terre , entre Fort-de France et Saint-Pierre ( Du
trouleau, Catel , Erbel); au Sénégal, entre Gorée et Saint
Louis, et jusqu'à un certain point , en Algérie, comme Oran,
Tlemcen, Mascara , localités plus maltraitées par les affections
hépatiques et intestinales, mais plus épargnées par les fièvres
à quinquina. -

L'hypothèse de la nécessité d'un miasme se trouve donc


entièrement impuissante à expliquer la production de la dy
senterie.
2° Du défaut de parallélisme entre ces deux affections. —
Quand elles existent simultanément dans un même pays , elles
ne sont pas parallèles quant à leur fréquence ou leur rareté ,
ni dans les différents sites, ni dans les mêmes années, ni dans
l'évolution des diverses saisons. Pendant la formation des
postes de Zebdou et de Lalla-Maghrnia , où les troupes ont
exécuté de grands remuements de terre, les fièvres furent
nombreuses. Il en a été de même à l'Isser, dans les camps de
l'Amiguier et de l'Oued-Chouli , dans certaines localités ,
comme à Sidi-Bel-Abbès, avant son assainissement. Là, tou
jours le nombre des fièvres l'a emporté sur celui des dysente
ries , et a toujours été en rapport constant avec l'étendue et le
degré d'énergie des foyers infectieux. -

Ces deux maladies ne sont pas également fréquentes dans la


même année. Lorsque l'une domine, l'autre diminue. En 1843
et en 1844, le contingent des fièvres, dans notre service à
( 215 )
Tlemcen, n'atteignait que les chiffres de 143 et 320, lorsque
les dysenteries fonrnissaient les nombres de 592 et de 983.Au
contraire, en 1845 et 1847 , le chiffre des affections palu
déennes domine , tandis que celui des dysenteries diminue.
En 1845, nous avions 696 fièvres contre 461 dysenteries, et,
en 1847, le chiffre de ces dernières était de 764 contre 1012
fièvres paludiques.
Quant à leur évolution d'après les saisons , la dysenterie
offre sa plus grande fréquence pendant l'été, à l'époque où les
chaleurs ont le plus d'intensité , et la fièvre palustre arrive à
son apogée à la fin de l'été ou au commencement de l'automne,
alors que la fabrication de miasmes est plus active. C'est une
loi parfaitement établie et généralement reconnue.
Puisque ces affections ne sont pas proportionnelles et ne
coïncident pas , en les considérant d'après les années , les
saisons et les localités, puisqu'elles augmentent ou diminuent,
selon que tel ordre de conditions prédomine , elles ne doivent
pas procéder de la même cause, mais avoir chacune leur
source originelle distincte. La fièvre palustre procéderait d'un
seul agent, le poison miasmatique, admis hypothétiquement,
parce que là où il n'existe pas , la fièvre se tait, tandis que la
dysenterie , qui se déclare quand le miasme fait défaut, ad
met un grand nombre d'influences combinées, parmi lesquelles
les vices de l'hygiène ont une grande part.
3° Des conditions hygiéniques. — Sous l'action de chaleurs
excessives , une infinité de circonstances font varier considé
rablement la fréquence et la gravité de la dysenterie : « Que des
» soldats , avons-nous dit (Essai d'une topog. méd. du bassin
» de Tlemcen, p. 56), que des colons séjournent, par exemple,
» pendant plusieurs nuits , dans des localités marécageuses ,
» réputées très-insalubres, ils seront atteints de fièvres d'au
» tant plus graves que leur séjour aura été plus long et l'impa
» ludation plus active, sans pour cela offrir aucune trace d'af
» fection intestinale, et la mortalité parmi eux sera en rapport
» avec la quantité du toxique absorbé. Si , au contraire, les
» fatigues et les infractions hygiéniques se multiplient pendant
( 216 )
» les chaleurs, les dysenteries seront très-nombreuses, et leur
» gravité sera en rapport avec l'intensité des causes complexes
» qui auront surgi sur l'organisme. En 1843 et en 1844 , les
» troupes ont été sans cesse en mouvement dans la subdivision
» de Tlemcen , la mortalité par suite de la dysenterie a été de
» 1 sur 5,8 et les fièvres n'ont fourni qu'un décès sur 27. Ce
» dernier chiffre très-élevé relativement est dû à la formation
» des postes insalubres de Sebdou et Lalla-Maghrnia. »
Les expéditions à Tlemcen ont fait monter le chiffre des
affections intestinales , qui est resté constamment , pendant la
paix et la tranquillité, au-dessous du nombre des affections
paludiques. Ainsi, l'année 1848 donne 873 fièvres et 616 dy
senteries ; 1849 fournit 478 fièvres et 461 dysenteries; et en
fin 1850 donne 382 fièvres et 364 dysenteries. Pendant ces
trois années , les troupes n'ont pas été trop tourmentées par
les fatigues, ni par des marches pénibles.
Il n'existe aucun rapport entre la bénignité des affections
paludéennes et la gravité des dysenteries En 1845, nous
n'avons eu qn'un seul décès sur 1 16 fièvres, et, dans la même
année , la mortalité, par suite de la dysenterie , n'en a pas
moins été de 1 sur 6,9.
La dysenterie quelquefois dépend, en apparence, moins de
l'action du climat en elle-même que des influences morbides
dues aux fatigues, aux privations , aux écarts de régime ou à
la mauvaise alimentation , qu'entraînent les exigences de la
guerre. En effet, dès le moment où les troupes de la subdivi
sion de Tlemcen ont pu jouir de meilleures conditions hygié
niques , le nombre des dysenteries a diminué, et la mortalité
est tombée de plus de moitié. Ainsi , la mortalité était de 1 sur
5,8 en 1843, de 1 sur 6,8 en 1844, de 1 sur 6,9 en 1845, de
1 sur 6,8 en 1846 ; tandis qu'après la reddition d'Abd-el
IKader, qui nous a procuré la paix , elle n'a plus été que de 1
· sur 15. Chaque année, les résultats ont été de plus en plus
satisfaisants.
Ces faits ne prouvent ils pas que le rôle de chaque agent
producteur n'est pas le même pour les deux affections , selon
( 217 )
les circonstances, et que, s'il est possible, au moyen des rè
gles hygiéniques qui conviennent dans les pays chauds , de se
soustraire en partie à la dysenterie , on ne saurait , avec les
mêmes précautions , acquérir l'immunité contre les fièvres
palustres, en s'exposant à l'intoxication miasmatique ; car on
ne s'acclimate pas eontre les effets de l'impaludation. 4

4" De la généralisation de la dysenterie. — « Pour quiconque


» doit vivre quelque temps en Algérie, dit C. Broussais (loco
» citato), ne fût-ce que quelques mois, la diarrhée ou la dy
» senterie est un tribut qu'il faut payer. La maladie sera
M)
légère ou grave , passagère ou durable , suivant le temps ,
» le lieu, la personne , mais elle aura toujours son moment
» d'existence à peu près immanquable. ll est beaucoup d'habi
» tants européens de l'Algérie qui vivent avec une diarrhée
» continuelle, quelquefois à peine marquée, mais jamais com
» plétement éteinte. Il n'en est pas de même de la fièvre : plus
» d'un européen y échappe, et le nombre de ceux qui n'ont
» jamais eu d'accès , après y avoir séjourné plus d'un an , est
» encore assez grand. »
5° Des caractères pathologiques consécutifs. — La dysenterie
aboutit à une cachexie particulière, au marasme squelettique ;
la fièvre palustre, à une cachexie distincte.
La cachexie dysentérique est caractérisée par un amaigris
sement considérable. La peau semble collée sur les os ; les chairs
et les fluides ont pour ainsi dire disparu. La peau rugueuse,
et ne transpirant plus , se couvre de rides et de nombreux
sillons à la face et aux pieds, et d'écailles furfuracées. Point
ou rarement d'engorgement de la rate, ni d'ascite; seulement
un léger œdème aux malléoles, dû à la profonde détériora
tion de l'économie et à la diminution progressive de l'activité
de la circulation. Dans la cachexie paludéenne, quand l'im
paludation s'est faite avec lenteur et à petites doses , sans
troubles sensibles , la physionomie revêt un cachet particu
lier déjà très-reconnaissable pour une attention exercée. Mais,
lorsque après un temps plus ou moins long , après plusieurs
accès réfractaires au traitement le plus rationnel, la cachexie
- ( 218 )
est mieux accentuée et confirmée, alors on observe des états
pathologiques qu'on ne voit pas dans la dysenterie ; ce sont :
une couleur bistre de la peau ou l'anémie; des engorgements
du foie, et surtout de la rate; des suffusions séreuses, l'as
cite , l'anasarque et les effets morbides d'une profonde alté
ration du sang.
La dysenterie peut se déclarer dans la cachexie palustre,
lorsque des causes efficientes interviennent , aussi bien que la
pneumonie dans la chlorose. Mais , dans ce cas , elle n'est pas
plus le produit du toxique que l'inflammation pulmonaire n'est
le résultat de l'état général qui constitue l'affection chloroti
que. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que les dysentériques ,
préalablement impaludés , offriront l'empreinte caractéristique
de l'impaludation , empreinte que l'on n'observe jamais chez
ceux que la dysenterie frappe d'emblée. Bien plus , l'absence
de cette physionomie particulière dans une dysenterie chro
nique, sans intoxication préalable , a toujours été pour nous
l'indice certain , malgré l'appauvrissement de l'organisme,
qui nous a servi a différencier, à première vue, la cachexie
paludéenne de la cachexie dysentérique. Or, si le miasme
palustre était la cause directe de la dysenterie, pourquoi les
traces de l'impaludation s'effaceraient-elles, et pourquoi ne
remarquerait-on pas , dans tous les cas , cette altération dans
la couleur de la peau , par exemple, qui est l'un des symp
tômes les plus saillants de la cachexie paludéenne ?
Dans nos recherches nombreuses sur les maladies du foie ,
coïncidant avec la dysenterie , nous n'avons jamais observé
que l'hépatite et les abcès du foie consécutifs eussent directe
ment et uniquement pour point de départ une fièvre palu
déenne. On voit souvent dans celle-ci des engorgements et
des ramollissements du foie et de la rate , mais des abcès ja
mais. Dans la dysenterie , au contraire, rien de plus fréquent
qu'une hépatite coïncidente et des foyers purulents dans le
foie. Ces inflammations, ces abcès hépatiques ne sont pas dans
un rapport constant de fréquence avec le nombre et la gravité
| des fièvres qui se montrént contemporairement, car, s'il en
( 219 )
eût été ainsi, que d'abcès hépatiques auraient été révélés à
l'autopsie dans les fièvres à une époque où elles sévissaient
dans des localités essentiellement miasmatiques. Il n'en est pas
de même pour la dysenterie ; partout oû elle fait des ravages,
dans les pays chauds , l'hépatite et les abcès du foie s'offrent
d'autant plus souvent, que l'inflammation du côlon est plus
intense et plus fréquente. ll en résulte que cette dernière affec
tion, compliquée d'abcès du foie , n'est pas sous la dépen
dance directe des miasmes , mais qu'elle est principalement
déterminée par les causes climatériques , associées aux infrac
tions de l'hygiène. Nous ne voulons pas dire qu'elle exclue
une intoxication préalable , mais , à coup sûr, elle n'exige
pas, pour naître, cette modification anormale de l'économie.
6° De l'assainissement des lieux palustres. — Si le nombre
et la gravité des fièvres diminuent par le fait du desséche
ment et des cultures , il ne semble pas , dit M. N. Périer
( Hygiène de l'Algérie , tome 2, p. 142), que la diarrhée et
la dysenterie diminuent de nombre et de gravité dans les
mêmes proportions. Cela devait être, puisque les causes sont
différentes. * -

ll existait autrefois à Versailles un grand nombre de foyers


miasmatiques qui occasionnaient des fièvres mortelles. Quel
ques cas de dysenterie se déclaraient contemporairement pen
dant les fortes chaleurs. Ces foyers ont disparu avec les fiè
vres. Pourtant, la dysenterie s'y observe encore assez sou
vent lorsque les conditions de son existence apparaissent, et
même elle a été épidémique dans la garnison pendant les
années 1842 et 1844 .
A une époque où le bassin de Sidi-Bel-Abbès, suivant le
docteur Rodes ( Topog. sur Sidi-Bel-Abbès, Rec. des Mém. de
Méd. milit., 1847), renfermait, sur plusieurs points, des
eaux croupissantes, des marais temporaires ou permanents,
rendus insalubres par l'accumulation et la décomposition de
détritus organiques, les fièvres et les dysenteries offraient une
grande mortalité. Sur 128 décès énumérés par le docteur
Froussart (même volume), 22 sont dus aux fièvres perni
( 220 )
cieuses, chiffre qui suppose un grand nombre de cas de ma
ladies palustres, et 113 appartiennent à la dysenterie. Depuis
que la redoute a fait place à une ville florissante, que le sol
a été purifié par un travail intelligent, que les barrages des
Arabes ont été détruits, que les différents canaux ont été dé
finitivement comblés pour ne laisser qu'un seul et vaste canal
d'écoulement facile pour les eaux ; depuis, en un mot, que
l'autorité a fait disparaître complétement les sources multi
ples de tant d'émanations pernicieuses, les fièvres paludéennes
sont heureusement devenues très-rares Le petit nombre que
nous avons observées à la fin de 1852 furent très-bénignes ;
mais les dysenteries n'ont pas diminué dans la même pro
portion. |

Nos quatre villages français, établis près de Tlemcen dans


des lieux assainis par la culture, d'où les fièvres ont disparu
avec les miasmes, n'ont pas cessé d'offrir des cas de dysen
terie sans accompagnement de ces pyrexies.
L'influence du progrès et de la civilisation sur le règne des
fièvres palustres dans une contrée est de la dernière évidence,
en détruisant les foyers infectieux et en la dépouillant de ses
causes miasmatiques. Qui reconnaîtraît aujourd'hui dans le
sol , si admirablement cultivé et si florissant des Pays-Bas,
cette contrée dont Pringle nous a laissé un si déplorable ta
bleau, cette terre où les armées anglaises ont été frappées par
la mort ? -

On ne constate plus en Algérie ces affreuses épidémies de


fièvres pernicieuses qui faisaient impitoyablement succomber
nos militaires pendant les dix premières années de la con
quête. Bône, qui fut si meurtrière de 1832 à 1835, l'hôpital
ayant reçu 22,330 malades, dont 2,513 ont succombé, est
aujourd'hui relativement aussi salubre que toute autre ville
située en dehors de la portée des fièvres à quinquina. Cette
ville fut de nouveau , dit F. Jacquot , en proie aux fièvres
en 1852 et 1853. Les canaux avaient été obstrués, et les eaux
se déversaient sur la plaine. La cause était palpable , et
M. l'Inspecteur Levy , dans son rapport adressé au Ministre,
( 221 )
lors d'une mission en Algérie, avait même prédit qu'elle amè
nerait les mêmes effets désastreux.
Partout les grands défrichements, les desséchements et les
cultures transforment chaque jour dans ce pays les terrains
incultes et les marécages en terres fertiles. Les rivières et les
ruisseaux , dégagés d'obstacles qui les obstruaient , n'envahis
sent plus par leurs débordements les terrains sur de vastes
surfaces, qui autrefois étaient empestées par des eaux crou
pissantes. Un système d'irrigation bien entendu et mieux dis
tribué augmente la richesse et la végétation , sans danger pour
la salubrité publique ; partout, enfin , les localités assainies
sont devenues, au point de vue des fièvres , presque aussi s -
lubres de nos jours qu'elles étaient constamment malsaines ,
alors que ces heureuses transformations n'avaient pas eu lieu ,
et que des conditions accidentelles entretenaient un état per
manent d'insalubrité. Grâce aux efforts d'une administration
éclairée et à une émulation persévérante, la population grandit
et prospère là où elle périclitait, victime de son incurie, de
sa paresse et de son ignorance.
Mais ces transformations , qui dépendent de la volonté et
des labeurs infatigables de l'homme, ne sauraient s'exercer
sur les conditions essentielles du climat. Celui-ci demeure
constamment en dehors de ses atteintes , et ne saurait par
conséquent perdre son influence morbifique ; aussi les mala
dies qui lui sont subordonnées ne disparaissent-elles pas, et
conserveraient-elles encore la même fréquence, la même gra
vité, si, par une hygiène rationnelle, on n'en atténuait les
terribles effets,
7° Du traitement. — Si la dysenterie n'était qu'une forme
de la fièvre à quinquina, si elle procédait de la même origine
miasmatique , tout traitement qui n'aurait pas pour base le
sulfate de quinine ou ses succédanés, serait impuissant, illo
gique et très-imparfait ; car une maladie, identique dans sa
nature, doit être curable par le même spécfiique. Or, sur
5,496 dysenteries que nous avons traitées depuis 1842 , en
Algérie, les fébrifuges n'ont été prescrits qu'exceptionnellement
( 222 )
dans le petit nombre de cas où l'élément palustre nous pa
raissait visiblement associé à l'élément dysentérique, et nous
avons obtenu néanmoins 4,835 guérisons. En serait-il de même
pour les fièvres si nous avions ainsi retranché le sulfate de
quinine de notre thérapeutique ? Le traitement démontre donc
aussi que la dysenterie n'a pas son origine exclusive dans
l'impaludation , et qu'elle possède son individualité distincte
séparée de la fièvre palustre. -

Nous avons dit , dans l'exposé des causes , que les fièvres
paludiques étaient quelquefois suivies de dysenterie , et nous
avons expliqué par quel enchaînement, par quelle filiation
le gros intestin, objet d'une électivité morbide dans les pays
chauds, devenait le siége de cette maladie. Mais il y a loin de
cette prédisposition pathologique indirecte à une dysenterie,
qui ne serait qu'une simple modalité de l'affection palustre,
exigeant pour guérir , le sulfate de quinine. Ce serait une
énormité par trop étrange, et par cela même inadmissible.

RésuIInné,

Nous croyons l'avoir complétement démontré, la dysenterie


est donc le résultat de causes générales et spéciales, résidant
· principalement dans les conditions climatériques , surtout
dans une température élevée, constante et humide, ou trou
blée par des vicissitudes atmosphériques. Par une vie régu
lière on peut en atténuer les effets sans qu'il soit possible de
les changer. Ces conditions sont singulièremeut favorisées par
des influences complexes nombreuses , au nombre desquelles
les infractions hygiéniques jouent un grand rôle.
La fièvre palustre est le produit d'un agent exclusif, le
miasme végétal , dont l'élaboration est plus ou moins activée
par les chaleurs , et dont les effets sur l'organisme sont aussi
favorisés par une foule de circonstances.
| Nous devons donc reconnaître dans les pays chauds deux or
dres de causes principales : 1" des causes climatiques , perma
nºntes , inamovibles : 2° des causes accidentelles que l'on peut
plus ou moins faire disparaître.
( 223 )
: A ces deux ordres de causes correspondent deux manifesta
tions morbides principales : 1° la diarrhée ou la dysenterie
avec leurs complications; 2" la maladie paludéenne avec toutes
ses formes et ses états pathologiques consécutifs, deux groupes
très-distincts dont nous avons fait connaître , au point de vue
étiologique, les différences les plus saillantes. - -

Il ressort clairement de cette longue analyse : 1° que l'agent


miasmatique peut, dans une même localité, prêter son con
cours aux causes qui engendrent plus directement les modifi
cations spéciales, dont la dysenterie est la conséquence , mais
qu'il n'est pas indispensable ; 2° que, dans toutes les circons
tances, les deux ordres de causes agissent séparément pour
former chacun un effet pathologique distinct.

NOTE

sUR L'EMPLoI THÉRAPEUTIQUE DEs LACTATEs ALCALINs ;


Par M. COUSERAN, Pharmacien, Membre résidant.

A la suite de l'analyse d'un Mémoire sur l'emploi thérapeu


tique des lactates alcalins que notre correspondant, M. le
D" Pétrequin , a adressé à notre Société et à ses confrères ,
M. Couseran se résume ainsi : -

« Il eût été à désirer que M. Pétrequin, qui possède un très


grand nombre d'observations, recueillies pendant plus de dix
années dans sa pratique médicale , de diverses variétés de
dyspepsies guéries par ses compositions spéciales de lactates
alcalins et de pepsine , n'eût pas craint , ainsi qu'il le dit ,
de trop grossir son Mémoire en nous faisant connaître les
plus importantes de ses guérisons. Mais l'auteur a pensé que
le fait thérapeutique qu'il affirmait sur son observation clini
que, confirmé par plusi urs de ses collègues , devait pour le
moment suffire aux praticiens auxquels ils s'adresse , ne re
( 224 )
nonçant pas à reprendre plus tard cette question pour la
discuter et la développer sous ses divers aspects.
Il est regrettable que notre correspondant en ait jugé ainsi :
nous aurions probablement trouvé dans quelques-unes de
ses observations, des détails physiologiques et quelques expé
riences chimiques propres à nous éclairer sur les causes, la
plupart du temps inconnues, de ces dérangements des orga
nes digestifs, qui donnent lieu à un dégagement considérable
d'un gaz insipide et inodore pendant la 2" et 3" digestion.
Quelle en est la nature et comment, dans plusieurs de ces
cas accompagnés même quelquefois d'une sécrétion salivaire
très-abondante , sans embarras gastrique ni inflammation buc
cale , quelques pastilles de Darcet bien préparées et bien con
servées, voire même une simple préparation anti-spasmodique,
conjurent ces accidents assez promptement? Quel est le mé
decin qui , dans sa pratique, n'a pas eu recours avec succès
aux alcalins ou aux alcalino-terreux, seuls ou mêlés au sous
oxyde de bismuth , cet oxyde métallique insoluble dont on a,
dit avec juste raison M. Pétrequin, usé et abusé?
Enfin, M. Pétrequin ayant fait connaître, dans son Mémoire,
les formules des préparations pharmaceutiques dont il a fait
usage pour le traitement de la dyspepsie dans ses nombreuses
variétés , de manière à mettre le Médecin à même de con
naître la composition dont il doit prescrire l'usage , et le
Pharmacien le moyen de la préparer : nous nous sommes
demandé dans quel but sa brochure porte en tête un Avant
propos de M. Burin de Buisson , Pharmacien à Lyon , son
collaborateur pour la partie chimique et thérapeutique, et
pour la préparation de ses spécialités pharmaceutiques , où
se trouvent énumérés tous ses produits spéciaux. »

Toulouse, 31 août 1863. -

Le Secrétaire général,
JULES NAUDIN.
( 225 )

MÉMOIRE

SUR LA RAGE ;
(Lu dans les Séances des 11 et 21 juillet 1862.)

Par M. LAFOSSE, Professeur à l'Ecole vétérinaire,


Membre résidant.

LA terreur qu'inspire le nom seul de la Rage n'est que


trop justifiée par son incurabilité , et par le triste privilége
dont elle jouit , bien qu'elle soit spontanée seulement sur les
espèces des genres Felis et Canis (1), de se transmettre par
contagion à tous les animaux domestiques, et même à l'homme.
Puisque cette maladie s'est montrée jusqu'ici inexorable ,
puisqu'elle a déjoué les nombreuses tentatives de guérison
qu'elle a suscitées; il importe, au plus haut degré , de jeter
la lumière sur tout ce qui concerne son origine , sur la ma
nière dont elle se révèle , enfin , sur les moyens les plus cer
tains que possède la science d'en empêcher l'explosion sur les
êtres qui, contaminés par son virus , sont menacés d'en deve
nir les victimes.
Étiologie.-Influence des climats.—Les espèces sur lesquelles
se déclare la rage spontanée existent à l'état domestique ou
sauvage dans toutes les contrées habitables du globe ; néan
moins ce fléau ne se montre pas partout avec la méme fré
quence. La rage est même tellement rare dans certaines régions,
que l'on a pu les en croire exemptes. Prosper Alpin, Brown ,
Volney, affirment qu'elle était inconnue en Egypte ; le célèbre
baron Larrey est venu confirmer cette assertion. M. Prince,

(1) Quelques faits semblent indiquer que la rage soit spontanée chez
l'homme, mais ils sont encore trop rares pour en établir la certitude.
15
( 226 )
ex professeur à l'Ecole Vétérinaire d'Abouzabel , n'y a pas vu,
pendant dix années, un seul cas de rage.
Il en serait de même , d'après Savarz , Valentin , John
Hunter , Van-Swieten, Portal , Barow , aux Antilles, à la Ja
maïque, dans l'Amérique méridionale, dans l'Inde, en Syrie,
à Chypre, au cap de Bonne-Espérance, en Cafrerie.
Toutefois , les Médecins attachés au service sanitaire en
Egypte , en Syrie , en Turquie, le docteur Amstein, cité par
M. A. Tardieu , auraient signalé trente-neuf cas de rage bien
constatée dans ces dernières contrées ; on peut donc dire que,
pour si rare qu'elle y soit, elle n'y est pas néanmoins absolu
ment inconnue. Les docteurs Daniel Johnson et Bonel de la
Brageresse, affirment qu'elle commence à se montrer dans
l'Inde. Il serait à désirer que l'on recherchât si elle ne serait
pas importée par des chiens d'Europe.
Cette rareté de la rage aurait aussi été remarquée dans la
Russie d'Asie, au Nord de Saint-Pétersbourg , et , au rapport
de Lafontaine , jusque dans la Pologne. Les climats extrêmes
paraîtraient donc peu favorables à l'éclosion de cette maladie ;
et ceci expliquerait, jusqu'à un certain point, pourquoi il n'en
est pas question dans les livres du législateur des Hébreux.
Si la rage est rare dans les climats très-chauds ou très
froids , il en est autrement dans les climats tempérés. On
constate qu'en Europe, notamment en Allemagne , en Angle
terre, en Hollande , en Belgique , dans la Haute-Italie , en
France, elle constitue parfois de véritables épizooties.
Inſluence des saisons. — Il n'est pas moins remarquable que,
dans la zone tempérée de l'Europe, la rage est généralement
plus fréquente au printemps ou en automne que dans les autres
saisons. Si cette règle souffre parfois des exceptions , ce n'est
guère que dans les cas de saisons illégitimes , c'est-à-dire , ca
ractérisées par des attributs thermométriques ou météorologi
ques qui ne leur sont pas ordinaires.
Les statistiques fournies par M. Ambroise Tardieu , il est
vrai , paraissent contredire cette assertion, puisque sur 181
cas de rage qu'il signale, 66 auraient été constatés en juin ,
juillet et août ; 44 en mars , avril et mai : 40 en décembre ,
( 227 )
janvier et février ; 31 en septembre , octobre et novembre ;
mais , à supposer que ces chiffres soient d'une parfaite exac
titude , on a omis de dire si les saisons dans lesquelles on les
a recueillis n'ont pas offert quelques perturbations. En tout
cas, les relevés pris à des sources qui en garantissent la va
leur, sont en opposition complète avec eux. En effet, M. Rey ,
professeur de clinique à l'Ecole impériale vétérinaire de Lyon,
a enregistré, dans une année dont les chaleurs estivales étaient
excessives , 6 cas en février , 7 en mai, 2 en juillet , 1 en
août , 3 en septembre, sur un total de 19.
M. Bourrel, qui dirige à Paris une lnfirmerie à l'usage de
l'espèce canine, a constaté :
En décembre, janvier et février.. ... . . . 6 cas de rage.
En mars, avril , mai.. .. ... ... . • • • • • e 4 M)

En juin , juillet, août. ... ... . • • • • • • • • 2 M)

En septembre , octobre et novembre. .. .. 9 N)

Total.. .. ... . 21 M3

Le relevé de mes registres de clinique , de 1843 à 1858 , a


fourni le résultat suivant :
En décembre , janvier, février.. .. ... . . . 4 cas de rage.
En mars, avril, mai.. .. .. .. ... . .. .. 16 ))

En juin , juillet , août. ... ... ... ... .. . 2 M)

En septembre , octobre, novembre. ... .. 11 M)

Total. .. .. . .. 33 id.
Toutefois, malgré les probabilités que ces chiffres font naître
en faveur de la plus grande fréquence de la rage dans les sai
sons tempérées que dans les autres , ils soulèvent encore
quelques objections qui atténuent à un certain degré leur va
leur démonstrative.
On sait, en effet, que la rage communiquée est plus com
mune que la rage spontanée, et il est évident qu'elle éehappe
à toute influence saisonnière.
Or, ne doit-on pas se demander si les enragés des saisons
extrêmes , sont les mordus des saisons moyennes ou tempé
rées , ou si c'est l'inverse qui a lieu ? Le temps d'incubation
( 228 )
de la rage, que nous essaierons bientôt de déterminer, nous
semble autoriser ces questions , qu'il faudra nécessairement
résoudre, avant de pouvoir se prononcer avec toute certitude
sur les influences prédisposantes qu'exercent les saisons dans
la genèse de la rage spontanée.
Prédisposition résultant du sexe. — Le sexe des animaux
est-il une condition prédisposant à l'invasion de la rage ?
L'une des plus imposantes autorités en ce qui concerne la
contagion des maladies des animaux , le bien regrettable
M. Renault, ex-inspecteur général des Ecoles vétérinaires (1),
paraît enclin à croire que la rage est spontanée chez les mâles
seulement.
Bien que nous possédions deux faits de rage développée
spontanément , en apparence du moins, sur des chiennes qui
étaient constamment enfermées, ou qui ne sortaient que sous
la surveillance de leur maître; un autre , sur une chatte qui
ne quittait jamais le salon de sa maîtresse , bien que M. Tar
dieu cite le cas d'une chatte rendue enragée par l'enlèvement
de ses petits, nous nous garderons bien d'étayer sur des obser
vations si restreintes, ou sur quelques assertions de personnes
sans responsabilité scientifique , une opinion si diamétra
lement opposée à celle de notre savant maître.
D'ailleurs, les statistiques de la rage, établies d'après la di
vision des animaux suivant leur sexe, semblent indiquer que,
si cette maladie n'est pas spontanée sur les mâles seulement ,
au moins est-elle beaucoup plus fréquente sur eux que sur les
femelles. M. Eckel, professeur à l'Ecole vétérinaire de Vienne,
a vu la rage ainsi répartie : en 1841 , sur 141 animaux de
l'espèce canine, 124 étaient mâles et 15 seulement apparte
naient à l'autre sexe. Toutefois, pour arriver, en considération
de ces chiffres , à une induction fondée sur la fréquence rela
tive de la rage suivant les sexes , il eût fallu les mettre en
regard de la manière dont se divise la population canine
de la ville de Vienne , et c'est ce qui n'a pas été fait.

(1) Recherches inédites.


( 229 )
Voici les résultats du dépouillement des registres de clini
que, tenus à l'Ecole vétérinaire de Toulouse ; ils pourront
jeter quelque lumière sur la question :
De 1843 à 1858 , il a été conduit à la Clinique de cette
Ecole 13 chiens et 2 chiennes seulement atteints de rage, ce
qui établit le rapport approximatif de 6 à 1 .
Le dénombrement des animaux d'espèce canine amenés aux
consultations, pendant la période de 1852 à 1862, donne un
total de 7,806 sujets , ainsi répartis : chiens, 5,855 ; chien
nes, 1,951 . — Le rapport ici est à peu près de 3 à 1 .
Il résulterait de la comparaison des nombres proportion
nels ci-dessus , que les cas de rage sont de près du tiers plus
fréquents chez les mâles que chez les femelles , si l'on admet ,
toutefois , que la statistique des animaux conduits à la con
sultation de l'Ecole est l'expression exacte de la manière dont
la population canine de Toulouse se répartit d'après le sexe.
Quoi qu'il en soit, il paraît résulter, de ce qui précède, que
la rage est plus fréquente , toute proportion gardée, chez les
chiens que chez les chiennes, et ce fait donnerait une certaine
valeur à l'opinion qui consiste à considérer la rage comme
spontanée sur les mâles seulement de cette espèce. Mais on ne
peut rigoureusement tirer de cet exposé que des présomptions,
assez fortes , il est vrai, pour attirer l'attention sur ce point,
et engager à le résoudre à l'aide d'observations tout à fait
démonstratives (1); mais ces présomptions sont insuffisantes,
on le comprendra sans peine, pour motiver l'application de
mesures rigoureuses de police sanitaire.
Influence des actes générateurs. —Une autre question , qui

(1) Il conviendrait de rechercher, pour la solution de cette question, la


proportionnalité entre les cas de rage spontanée et ceux de rage communiquée
chez le chien et chez la chienne ; car l'observation démontre que les chiens
mâles, en santé, mordent rarement les femelles, tandis qu'ils sont mordus
aisément par ces dernières. Peut-être les instincts physiologiques se conser
vent-ils dans l'état maladif. S'il en est ainsi , et que la proportion des rages
communiquées continue à rester plus forte chez les mâles que chez les femel
les, on aurait l'explication de la différence de fréquence de la maladie chez les
deux sexes.
( 230 )
n'est peut-être pas sans connexité avec celle qui vient d'être
examinée, consiste à savoir si, en réalité , la privation des
actes générateurs prédispose à l'invasion de la rage. Cette
opinion , depuis longtemps exprimée, notamment par Grave,
Capello , Lecour, et partagée par un certain nombre de Méde
cins et de Vétérinaires , a eu pour champions, il y a quelques
années seulement, deux Médecins animés des plus ardentes
convictions, MM. Bachelet et Froussart. lls invoquent en leur
faveur la plus grande fréquence de la rage dans les pays les
plus avancés en civilisation. D'après leur propre observation,
si quelques cas de rage se sont montrés en Algérie , c'est à
Bone , Philippeville , Oran , Tlemcen , Ténès, Orléans-Ville ,
Mostaganem , Novi , c'est-à-dire dans les centres peuplés par
les Européens et non dans les tribus bédouines qui vivent à
l'état nomade et laissent leurs chiens en pleine liberté.
Plus récemment, cette même idée a été soutenue par M. Sacc
qui , après avoir exposé les principales causes auxquelles la
rage est généralement attribuée , conclut que cette effrayante
maladie est provoquée chez les chiens par la privation de
leurs femelles. Voici la preuve la plus convaincante donnée
par M. Sacc à l'appui de son opinion : dans un voyage fait
en 1852, en Hongrie, il apprit que , sur la rive gauche ou
chrétienne du fleuve , il y a chaque année des chiens enragés,
tandis que la rage est inconnue sur la rive droite ou turque, et
cependant des deux côtés on ne trouve que la race des chiens
loups, ou spitz ; il attribue cette différence à ce que les Turcs
conservent à peu près autant de mâles que de femelles, tandis
que les chrétiens conservent des mâles seulement.
Si l'exactitude des observations sur lesquelles se fonde
cette opinion était appuyée de preuves irréfragables, on de
vrait sérieusement réfléchir avant de la rejeter. Mais est-il
bien possible que les faits soient tels qu'on l'affirme ? S'il en
était ainsi , comprendrait-on que les chiens mâles des Euro
péens et des Chrétiens n'iraient pas visiter les femelles des
Arabes et des Turcs, alors même qu'il n'y aurait pas de pont
sur le Danube pour leur livrer passage? sont-ils donc moins
( 231 )
bons nageurs que Léandre? comprendrait-on surtout qu'une
fois enragés, nos chiens d'Algérie, ceux des Chrétiens, n'iraient
pas parfois assouvir leur fureur sur les chiens des tribus no
mades, ou sur ceux des populations turques, et leur inoculer
ainsi l'affreuse maladie dont ils sont atteints ? Nous craignons
fort que des renseignements inexacts n'aient donné naissance
à une opinion sans fondement sérieux, et nous inclinons d'au
tant plus à le croire , que la rage , ceci est incontestable, se
développe sur les renards et surtout sur les loups, bien que
ces animaux , vivant à l'état sauvage, ne soient pas contrariés
comme nos chiens dans l'exercice de leur fonctions généra
trices.
Il se peut donc que l'on se soit laissé entraîner à l'illusion ,
sous l'influence d'une idée préconçue ; tout au moins nous
croyons-nous fondé à répéter que le vrai peut quelquefois n'être
pas vraisemblable.
Influence de la Soif, de la faim, des aliments putréfiés, etc.
— La soif et la faim , les aliments putréfiés, les eaux corrom
pues , ont aussi été accusés de produire la rage ; mais l'obser
vation est loin de parler en faveur de cette assertion. Barrow ,
Alpin et le Baron Larrey , n'ont-ils pas constaté, n'a-t-il pas
été positivement établi dans ce qui précède que la rage est à
peu prés inconnue en Egypte, bien que les chiens de cette
contrée soient souvent privés d'eau pendant les chaleurs de
l'été et que leur nombre, dans les centres de population, les
expose quelquefois à mourir de faim et de soif ?
Est-ce que dans les Iles Equatoriales de l'Amérique ? Est-ce
que dans les déserts de l'Afrique où régnent des sécheresses
excessives , où il faut parcourir de vastes étendues pour trou
ver de l'eau, conservée souvent dans les citernes dans lesquelles
les chiens ne peuvent s'abreuver, n'existent pas toutes les con
ditions qui exposent ces animaux à supporter les tourments
de la faim et de la soif, à manger ou boire des aliments ou de
l'eau en décomposition putride? et cependant, c'est au milieu
de semblables conditions que l'on voit le plus rarement l'ap
parition spontanée de la rage.
( 232 )
Du reste, Bourgelat a tenu renfermés , sans nourriture et
sans eau, six chiens qui ont fini par s'entre-dévorer, par
périr de faim et de soif, sans qu'aucun d'eux ait présenté les
symptômes de la rage.
Cette expérience a été répétée par Dupuytren, Magendie,
Breschet , sur une grande échelle, et ils n'ont obtenu , comme
Bourgelat, que des résultats négatifs. -

La colère peut-elle donner à la salive la propriété de faire


naître la rage ? — L'abbé Rozier mentionne bien , dans son
Dictionnaire, un homme devenu enragé pour s'être lui-même
mordu à la main dans un accès de colère ; on a cité aussi un
soldat qui devint enragé à la suite de morsures faites par un
de ses camarades. Pelletier, du Mans, rapporte qu'une femme
contracta la rage, pour avoir été mordue au sein par son
nourrisson. - - - -

Mais qui ne comprend que, si la colère avait une pareille


influence , l'on verrait beaucoup plus souvent la rage se déve
lopper à la suite de morsures d'hommes ou d'animaux non
atteints de cette maladie ? Est-ce que les chiens des barrières
de Paris , entre lesquels se livraient autrefois des luttes achar
nées; est-ce que la race des chiens de combat des Anglais, créée
exprès pour les divertissements de ces riches et bizarres insu
laires, sont plus souvent que d'autres atteints de la rage ? Per
sonne n'est en mesure actuellement de répondre par l'affirma
tive (1).
Les morsures des chiens , pendant l'époque du rut, peuvent
elles engendrer la rage? — Un de nos collègues, M. Serres, a
insisté sur la production de cette maladie à la suite des morsu
res que se font les chiens se disputant les femelles pendant
l'époque du rut. Pour si disposé que nous soyons à croire aux
,*

(1) M. Decroix vient de citer un fait en faveur de la propriété rabifère


de la salive d'un chien en colère. Mais ne se pourrait-il pas que la sponta
néité de la rage, sur le chien mordu , eût fait prendre le change sur la viru
lence de la salive de celui par lequel il l'avait été ?
( 233 )
opinions de notre excellent collègue, nous ne pouvons, sans
réflexion , nous ranger à celle qui vient d'être formulée :
Si nous comparons les saisons du rut chez la chienne, avec
celles où s'effectue principalement l'apparition de la rage ,
nous trouvons que ce rapprochement vient contredire l'idée
de M. Serres. Effectivement , les naturalistes avec Buffon af
firment que la chienne entre en rut deux fois dans l'année, en
hiver et en été, mais surtout dans la première saison. C'est
donc dans les mois de Février et d'Août, c'est-à-dire , quelque
temps après le rut, que la rage devrait être fréquente en rai
son du temps que dure son incubation , et nous avons vu que,
d'après les statistiques les mieux fondées, ces mois n'étaient pas
ceux dans lesquels les cas de rage sont les plus nombreux.
Certaines races canines sont-elles plus que d'autres exp0sées
à la rage ° Il a été fait peu de recherches à cet égard; les
seules que nous connaissions sont dues au professeur Eckel
de Vienne. A propos de l'épizootie de 1841 , il a établi les
proportions suivantes, sur 141 chiens atteints de rage vraie ou
de rage mue :
Chiens bâtards , sans race déterminée. 53 1/3 pour 100.
Petite race anglaise. ... .......... . 12 1/5 »
Chiens courants. ... ... .. ... ... . 6 1/3 »
Caniches. .. .. .. ... .. .. . .. .. ... . 5 | »

Chiens loups.. ... ... ... .. .. .. .. . 2 2/7 .


Danois et d'arrêt. ... .. .. ... .. ... . 2 6/7 .
Roquets et bassets.. .. .. ... .. .. . .. 2 1/7 »
Mâtins.. .. .. .. .. .. ... .. .. .. .. · . 1 3/7 »
Levriers , dogues, chiens de berger. . 0 5/7 »
Eckel fait remarquer , avec juste raison , que le total des
chiens de chaque race lui manquait. D'où il résulte que l'on
ne peut tirer aucune conclusion rigoureuse de cette statistique.
Néanmoins, l'honorable professeur pense que, quelle que soit
leur race, les chiens de luxe, renfermés dans les apparte
ments, réduits à la domesticité la plus intime , abondamment
nourris , dont les appétits vénériens très-développés ne sont
( 234 )
pas ou ne sont qu'incomplétement satisfaits, sont les plus ex
posés à la rage.
Cette variante d'une des questions précédemment examinées
ne peut trouver sa solution dans les chiffres relevés par
M. Eckel , et nous devons ajouter que les faits nombreux dont
nous avons été témoin ne nous autorisent nullement à nous
ranger à l'avis de notre confrère de Vienne.
La conclusion à tirer de tout ce qui précède est que l'on est
loin d'être fixé sur l'origine de la rage qui naît indépendam
ment de la contagion. Les climats et les saisons tempérés
paraissent néanmoins exercer une influence incontestable dans
la production de cette maladie.
Mais on peut se demander encore quel est leur mode
d'action.
Comment agissent les climats et les saisons tempérés?— Dira
t-on que c'est en troublant les transpirations que les climats et
les saisons dont il s'agit produisent la rage ?
On pourrait répondre d'abord que, chez aucune de nos es
pèces de mammifères domestiques , la transpiration cutanée
n'est moins active que chez le chien , dont la peau n'a été vue
mouillée de sueur que dans des cas fort exceptionnels.
Qui ne sait en outre que les alternatives de température ne
sont nulle part plus rapides et plus intenses que dans les
contrées équatoriales , où la fraîcheur des nuits fait un con
traste frappant avec la chaleur brûlante du jour , et cependant
nous avons vu que , dans ces contrées , la rage était à peu
près inconnue.
Avouons donc notre ignorance , en ce qui concerne le mode
d'action des saisons et des climats. Constatons les faits. —
Ce travail , tout aride qu'il soit, aura néanmoins son impor
tance au point de vue de la prophylaxie de la plus calami
teuse de toutes les maladies.
Contagion. — La contagion, telle est la seule cause évi
dente, incontestable de la rage ; appliquons-nous à rechercher
ses agents, à résoudre enfin les nombreuses questions qui se
rattachent à cette funeste propriété.
( 23'i )
La salive est le liquide qui , de tout temps, a été considéré
comme le véhicule du virus ; mais l'élément virulent n'existe
t-il point dans les autres produits de sécrétion, dans le sang ,
et , par suite , dans tous les tissus de l'économie qui donnent
accès à ce fluide ?
Le lait est le produit sur lequel ont porté les principales
observations. — Des faits enregistrés concernant sa virulence,
les uns sont négatifs, les autres sont positifs. Parmi les pre
miers, il faut néanmoins distinguer ceux dans lesquels le lait
provenait d'animaux seulement mordus par des chiens enra
gés ou d'animaux affectés déjà de la rage.
Audry rapporte que des paysans ont vécu pendant plus
d'un mois avec le lait d'une vache mordue par un chien
enragé , sans en avoir été incommodés.
Un enfant allaité par une chèvre, jusqu'au jour où on l'a
reconnue enragée , est resté en parfaite santé.
ll y a plus, un autre enfant aurait bu sans inconvénient le
lait encore tout chaud d'une vache enragée. A ces faits, il en
faut joindre un autre recueilli aux environs de Toulouse, par
Gellé.
Ce professeur, commissionné à cet effet par le Préfet de la
Haute-Garonne, a vu , dans la commune de Gagnac , plusieurs
personnes qui avaient bu chaque jour du lait d'une vache en
ragée , depuis le début jusqu'à la fin de sa maladie qui se
termina par la mort. Quelques-unes de ces personnes étaient
plongées dans une grande frayeur; néanmoins aucune d'elles
ne fut affectée de la rage.
Les expériences faites par Baumgarten et Valentin concor
dent avec l'observation de Gellé, et elles sont encore confir
mées par les recherches de Baudot qui , un grand nombre
de fois , a constaté que ni le lait , ni le beurre de vaches enra
gées n'avaient produit aucun accident sur des familles entières
qui en avaient fait leur nourriture.
Tout au contraire, Balthazar Timaeus assure qu'un paysan,
sa femme , ses enfants et plusieurs autres personnes , contrac
tèrent la rage pour avoir bu du lait d'une vache qui en était
( 236 )
atteinte. Mais quelle croyance accorder à cette observation
lorsque l'on voit son auteur affirmer que ce paysan et l'aîné de
ses enfants furent sauvés par les remèdes qu'on leur fit pren
dre , tandis que onze personnes ne purent être arrachées à la
mort ! Ainsi donc, jusqu'à ce jour, les faits recueillis semblent
démontrer que le lait ne contient point l'élément contagieux
de la rage, pendant le temps qui s'écoule depuis l'inoculation
de cet élément jusqu'au moment où éclatent les symptômes
de la terrible maladie qu'il fait naître.
L'observation de Balthazar Timaeus ne porte point ce cachet
de verité indispensable pour donner la conviction que le lait
d'une bête enragée peut réellement transmettre la rage , alors
que d'autres faits très-authentiques prouvent que ce lait a pu
être consommé sans autre inconvénient que d'inspirer pen
dant un certain temps des craintes pouvant , il est vrai ,
avoir leur danger pour les personnes qui en avaient fait
usage. |
Il y a d'autant plus à douter de la réalité des assertions de
Timaeus que des expériences nombreuses, faites sur les ani
maux , ont démontré péremptoirement la puissance altérante
que possèdent les organes digestifs à l'égard des virus , et en
vertu de laquelle ces agents restent impuissants à produire
leurs effets spécifiques, dès qu'ils sont soumis aux actes de
la digestion. |
Toutefois, si ces expériences peuvent aggraver les doutes
qui existent encore au sujet des propriétés virulentes du lait
des animaux enragés, introduit dans les voies de la digestion,
elles portent naturellement à se demander si ce liquide, mis
en contact avec des surfaces absorbantes, autres que celles du
tube digestif, ne révélerait pas plus sûrement ses funestes pro
priétés. A ce sujet, l'observation reste muette.
C'est là un des nombreux points qui restent à éclair
cir, en ce qui concerne la diffusion du virus des maladies
contagieuses dans les organismes qui en sont affectés. Ajou
tons encore , relativement à l'ingestion du lait des bêtes
enragées , que personne n'a fait la distinction entre celui
( 237 )
qui a été et celui qui n'a pas été soumis à l'ébullition avant
son ingestion, qui a été mêlé ou non avec d'autres substances,
et notamment du café , bien que ces distinctions soient de la
plus haute importance, vu l'action altérante que ces subs
tances ou la chaleur pourraient exercer sur le virus , en
supposant qu'il soit contenu dans le lait.
Du reste, ni le mucus, ni les larmes , ni l'urine, n'ont été
soumis, que nous sachions du moins, à aucune épreuve, en
sorte que la plus profonde obscurité règne encore sur la ques
tion de savoir s'ils peuvent devenir le véhicule du virus
rabique.
La rage peut-elle se communiquer au moyen de la chair
d'animaux morts de cette maladie ou abattus pendant qu'ils en
étaient atteints ?
A ce sujet, il y a des distinctions à faire. S'agit-il de
la chair ingérée dans les voies digestives, il faut envisager
à part les résultats produits par celle qui est prise crue, et
par celle qui est consommée après avoir subi la cuisson ;
enfin, il faut encore envisager séparément l'action de la
chair cuite ou non des bêtes enragées , mise en rapport avec
d'autres surfaces absorbantes que celle de la muqueuse di
gestive.
· Les faits, en ce qui concerne les effets de la chair cuite
d'animaux sacrifiés pour cause de rage , ou morts de cette ma
ladie, sont contradictoires :
Lecamus , docteur régent de la faculté de Paris, a mangé
impunément de la chair cuite d'animaux enragés.
Jean-Baptiste Castelli écrivait, en 1777, à la Société de
Médecine de Paris, qu'en 1776, un boucher avait débité à
Médole, dans le Mantouan , la chair d'un bœuf tué après
avoir présenté tous les symptômes de la rage, communiquée
par la morsure d'un chien, et qu'aucun des habitants qui
avaient consommé la viande de ce bœuf n'avait été attaqué
de la rage.
Tout au contraire, Schaenckius rapporte que plusieurs per
sonnes furent affectées de la rage pour avoir mangé de la chair
( 238 )
d'un porc qui en avait été lui-même affecté , et que leur servit
un aubergiste du duché de Wurtemberg.
Joseph Lanzoni , du duché de Ferrare, aurait vu toute une
famille de paysans contracter la rage, après avoir fait usage
de la chair d'une vache qui en avait elle-même été atteinte.
Mais quelle confiance accorder à ce récit, lorsque son auteur
ajoute que trois personnes seulement périrent, tandis que les
autres furent guéries, grâce à Dieu et aux remèdes ?
Quant à l'usage de la chair crue, s'il a parfois produit la
rage, il est resté d'autres fois sans effet.
Delafond, ex-directeur de l'Ecole d'Alfort, a fait manger à
un chien la langue d'un cheval mort de la rage, sans que le
premier animal en ait paru incommodé.
Mais Gohier, professeur à l'Ecole Vétérinaire de Lyon, a
constaté des résultats bien différents :
Un chien auquel il avait fait avaler de la viande d'un autre
chien mort enragé, le devint lui-même dix-neuf jours après
cette expérience , et ne tarda pas à succomber.
La même expérience faite sur deux chiens, avec de la viande
de brebis enragées , eut pour résultat la mort d'un des deux
chiens, affecté de la rage après soixante-dix jours, tandis que
l'autre n'a été nullement incommodé.
Nous avons nous-même fait des expérimentations à ce sujet :
nous avons fait manger de la chair fraîche, de bœuf mort en
ragé, à deux chiens, de mouton, à cinq chiens, de chien, à un
autre animal de son espèce et à une brebis ; pour cette der
nière , la chair avait d'abord été hachée, puis enfermée dans
de la mie de pain. -

Tous les sujets d'expérience se sont conservés en parfaite


santé. Un seul chien, qui avait consommé de la brebis enragée,
mourut au bout de cent cinquante jours , après avoir présenté
des symptômes que nous ne pouvons rapporter à aucune
maladie connue : il devint d'abord taciturne , se tint cons
tamment couché et assoupi au fond de sa loge, refusa ab
solument de boire et de manger, tomba dans la consomp
tion et mourut treize jours après l'invasion de cette singulière
( 239 )
affection , sans jamais avoir manifesté la moindre envie de
mordre. -

L'autopsie ne dévoila aucune altération ayant pu déterminer


la mort, que rien ne permit d'attribuer à une amputation de
la jambe, subie par cet animal plus d'un an avant d'avoir servi
à l'expérience qui vient d'être rapportée.
Etait-il affecté de cette variété de rage dite tranquille ? Nous
pencherions pour l'affirmative , si , plusieurs fois , nous avions
vu se manifester de semblables effets, si surtout nous avions
pu transmettre la rage en inoculant la salive ou tout autre
fluide de cet animal , mais en présence d'une question aussi
grave, la prudence exige que l'on reste sur la réserve, jus
qu'à plus ample informé.
Restent toutefois les résultats obtenus par Gohier, que l'on
doit prendre en très-sérieuse considération, tant à cause du
cachet de bonne foi dont ses œuvres sont empreintes, qu'à
cause de l'habiieté, du discernement dont il a fait preuve dans
les nombreuses expériences auxquelles il s'est livré au sujet des
maladies contagieuses. Quoi qu'il en soit, à supposer que les
faits précédents, plus ou moins exactement interprétés, soient
considérés comme exacts, la conclusion à en tirer serait :
1" Que, dans certains cas , la chair cuite des animaux
enragés a pu faire naître la rage ou plutôt occasionner de ;
accidents mortels, chez les personnes qui l'ont consommée.
2° Que, chez les animaux, l'usage comme aliment de la .
chair crue des animaux enragés a pu, dans quelques cas,
déterminer la rage ou être suivi de l'apparition d'un état
morbide mortel et qui , par ses symptômes , n'est pas sans
analogie avec certaine variété de rage. -

Mais est-ce bien par les voies digestives que le virus rabique
a été absorbé, si tant est qu'il ait quelquefois produit la
rage dans les expériences ou observations qui précèdent ? Il
nous paraît impossible de l'affirmer, car leurs auteurs n'ont
pas spécifié, que nous sachions du moins, si la peau des
lèvres était ou non le siége de plaies : si , dans l'affirmative ,
les liquides de la chair consommée n'ont pas imbibé ces plaies,
( 240 )
à la faveur desquelles alors on pourrait supposer que l'ino
culation s'est produite. On doit naturellement attirer l'atten
tion sur ce point depuis que l'on sait, par les belles expé
riences de M. Renault, l'action altérante que les organes
digestifs exercent sur plusieurs matières virulentes.
A l'avenir, il nous paraît que les observateurs devront
s'attacher avec plus d'attention à déterminer si, en parcourant
les voies digestives, le virus rabique peut réellement être
absorbé et conserver la propriété de produire ses funestes
effets.
Du reste, nous ne connaissons pas d'expériences faites dans
le but d'étudier ce que produit la chair d'animaux enragés ,
cuite ou crue, mise en rapport avec des surfaces absorbantes
autres que celle des voies digestives.
Par conséquent, on ne sait rien encore sur ce sujet, au
moins en ce qui concerne l'action de la chair cuite.
Le sang contient-il le virus rabique 2 - Tout au plus est-il
permis de présumer ce qui résulterait du contact des chairs
crues, imbibées de sang, puisque l'expérience a jeté quelque
jour sur l'action que ce fluide , fourni par des sujets enragés,
exerce lorsqu'il est mis en rapport avec des surfaces trau
matiques.
En effet, le professeur Eckel , de Vienne , en 1841, inocula
au nez, à la lèvre et à la queue d'un mouton , la bave encore
chaude d'un bouc affecté de la rage ; vingt-cinq jours après ,
le mouton était malade ; il mourut le vingt-huitième jour,
après avoir offert des symptômes qui ne représentent pas le
tableau complet de la rage, mais qui n'ont aucune analogie
avec ceux des maladies comprises dans les cadres nosologi
ques.
On ne trouva, du reste, à l'autopsie , aucune lésion pouvant
expliquer la mort.
Le même professeur inocula aux oreilles et à la tête d'un
chien la bave d'un goret devenu enragé, après avoir été lui
même mordu par un chien hydrophobe. Quatre mois après ,
le sujet d'expérience était encore sain : on l'inocula de nou
- | ( 241 )
veau avec le sang d'un compagnon serrurier affecté de la
rage. -

Le soixante-deuxième jour qui suivit la seconde inoculation,


ce chien était affecté d'une rage des mieux caractérisées et ne
tarda pas à en mourir.
Voici un autre fait qui nous paraît aussi avoir une grande
valeur : - - - - -

M. Canillac, vétérinaire dans l'Allier, rapporte qu'une


vache devenue enragée, quarante jours après avoir été assaillie
par un chien mort de la rage, mit bas pendant sa maladie un
veau qui, le troisième jours de sa naissance, présentait aussi
les symptômes de la rage. On avait pris des précautions pour
empêcher la vache de lécher son fruit, qui fut allaité pendant
deux jours par une autre nourrice. . )
Sur trois chiens inoculés avec le sang extrait d'autant d'a
nimaux de la même espèce atteints de rage bien confirmée ,
nous en avons vu mourir un seul dont la maladie débuta le
vingt-cinquième jour qui suivit l'expérience ; avant de suc
comber il avait présenté pendant onze jours les symptômes
que nous avons déjà relatés, à propos des essais que nous
avons faits avec la chair d'animaux morts de la rage. Il y
avait encore dans ce cas absence de lésions pouvant donner
l'explication de la mort. |
ſ .

Ainsi donc, à supposer que l'on puisse douter que le mouton


inoculé par M. Eckel avec le sang d'un bouc, et que le chien
auquel nous avons inoculé le sang d'un animal enragé de son
espèce aient succombé à la rage, il est incontestable que le
chien inoculé d'abord, mais sans fruit, avec la bave d'un
porc et ensuite avec le sang d'un homme hydrophobe, est mort
enragé.Les seules objections à faire ici, c'est que ce chien est
mort atteint de la rage communiquée par la salive du cochon,
ou bien même de la rage spontanée, et on trouvera cette
dernière d'autant plus fondée que le docteur Eckel expéri
mentait à une époque où la rage était épizootique. Tout op
posé que soit le résultat des expériences d'Eckel à ceux qu'ont
obtenus Breschet, Magendie et Dupuytren , qui ont été jusqu'à
16
( 242 )
injecter sans fruit le sang d'animaux hydrophobes, il n'en
existe pas moins de fortes présomptions que ce liquide , dans
la rage, comme dans plusieurs autres maladies contagieuses,
est imprégné de virus , il est par conséquent tout aussi
présumable que des chairs fraîches, imbibées de sang, pour
raient également produire la rage, si elles étaient mises en
rapport avec des surfaces absorbantes autres que celles de
la digestion; peut-être même celles-ci seraient-elles impuis
santes à détruire toujours le virus dont ces chairs seraient
le véhicule. -

Le virus est-il confiné dans les nerfs ? — Les expériences de


Rossi, faites en vue de prouver que l'élément propagateur de
la rage se trouve contenu dans les nerfs , confirmeraient ces
prévisions, si elles n'en avaient pas suscité de contradictoires.
On sait , en effet , que ce Médecin affirme être parvenu à
rendre un chien enragé en lui inoculant un morceau de nerf,
encore fumant, retiré de la cuisse d'un chat affecté de rage ,
et que Hertwig a répété plusieurs fois, et toujours infruc
tueusement la même expérience. Eût-elle réussi , qu'il n'y
aurait pas à en inférer que le tissu nerveux est le siége spé
cial du virus rabique, puisque les nerfs frais contiennent du
sang ou de la sérosité que l'on inocule en plaçant ces organes
au sein des tissus absorbants. - -

Le virus est-il contenu dans les fluides sécrétés par les organes
générateurs ? — En ce qui concerne la transmission de la rage
par ces fluides, aucune observation faite sur les animaux ne
peut servir à élucider cette question, et nous verrons bientôt
la confiance qu'il faut accorder aux assertions des Médecins ou
des Vétérinaires qui croient à la possibilité de la transmission
de la rage au moyen des rapports sexuels.
Est-il contenu dans la transpiration pulmonaire ? — De
puis Arétée de Cappadoce, l'idée s'est répandue que l'haleine
des personnes enragées contenait le principe virulent. -

Mais combien de fois n'avons-nous pas été nous-même ex


posé à respirer l'haleine de chiens enragés ? A l'Ecole vétéri
naire, les loges des chiens sont séparées par des cloisons en
( 243 )
planches ; toutes sont percées à leur partie supérieure ; en
sorte que l'air , chargé de la transpiration pulmonaire, cir
cule d'une loge à l'autre. Bien que l'épaisseur de ces cloisons
soit la seule séparation établie entre les chiens enragés et
ceux qui ne le sont pas, jamais aucun accident n'en est ré
sulté; et cependant, nous comptons 56 cas où des chiens en
ragés ont eu de ces rapports indirects avec d'autres qui ne
l'étaient pas.
Le virus est-il contenu dans la sueur ? — Si , selon la
croyance vulgaire, la sueur contenait le virus rabique , n'au
rait-on pas recueilli des exemples de transmission de la rage
aux infirmiers, aux Médecins, aux garde-malades qui tou
chent les malheureux enragés en sueur ou leur linge mouillé
par ce même fluide ?
Jusqu'ici , pourtant, on ne peut citer aucun exemple de
rage communiquée dans ces conditions. - -

Toutefois , on ne doit pas oublier que le virus rabique ,


d'après les expériences d'Eckel , paraît être répandu dans le
sang, et qu'il faut bien des expérimentations négatives pour
démontrer que, par suite, il ne peut pas être contenu dans
tous les fluides sécrétés.
Existe-t-il pendant l'incubation ? — On n'a pas manqué de
signaler des faits favorables à une solution affirmative de cette
question :
Chabert, ancien directeur d'Alfort, aurait vu une femme de
la Guillotière contracter la rage pour avoir cohabité avec son
mari, le soir même du jour où ce dernier, qui finit par être
affecté de la rage , avait été mordu par un chien hydrophobe.
Hoffman rapporte un fait semblable.
Mais, en opposition à ces faits, Baudot , on le sait, cite
une fille qui eut des rapports, pendant un mois , avec un
soldat, à partir du jour où ce dernier fut mordu par un chien
enragé , jusqu'à celui où la rage se manifesta.
On trouve dans les Mémoires de la Société royale de méde
cine que des paysans de Trigance , mordus par un loup en
| ragé, vécurent maritalement avec leurs femmes sans incon
( 244 )
vénient pour celles-ci, jusqu'au jour où ces malheareux con
tractèrent la rage. -

Bouteille, Boissière et Rivollier citent des cas où les rap


ports sexuels ont pu avoir lieu six heures seulement avant
l'apparition de la rage , sans que la transmission de la ma
ladie en incubation se soit effectuée.
Ici encore les faits sont contradictoires ; c'est à l'expérience
à trancher la question. Jusque-là , il est prudent de s'abs
tenir , surtout si l'on considère que des expériences de M. Re
nault il résulte très-positivement qu'une maladie contagieuse,
la morve, peut se transmettre au moyen du sang pris sur un
animal inoculé, mais non encore affecté de la morve d'une
manière apparente.
Contagion entre diverses espèces. — Ce n'est pas seulement
la source du virus rabique qui a fait l'objet de controverses ;
on discute aussi au sujet de la transmissibilité de la rage entre
l'homme et les diverses espèces d'animaux.
Si l'observation la plus vulgaire n'avait fait reconnaitre que
la rage des animaux carnivores se transmet, non pas seule
ment aux mammifères domestiques , mais encore aux oiseaux,
les expériences on ne peut plus concluantes de Clifton , John
Hunter, Zinke, Magendie, Breschet, Eckel seraient de nature
à dissiper toute incertitude à cet égard.
Mais on a cru , à la suite des expériences faites d'abord par
Betti, chirurgien de l'hôpital de Florence, et répétées ensuite
à l'Ecole de Lyon , ainsi que par Girard , Vatel , Huzard père
et Dupuy, que les morsures des herbivores, que l'inoculation
de leur salive ne pouvaient transmettre la rage.
Nous avons nous-même inoculé , sans succès, la salive du
mouton enragé à une vache, deux chevaux et deux chiens,
et celle d'un bœuf à un cheval et trois chiens.
Betti croyait que le virus rabique des carnivores s'épuisait
dans les herbivores qu'il rendait enragés ; d'où la non viru
lence de la salive de ces derniers.
Mais cette théorie , et les observations sur lesquelles on l'a
( 245 )
vait assise ont été ruinées par des expériences postérieures on
ne peut plus concluantes.
Berndt a fait développer la rage sur quatre moutons, en leur
inoculant la salive d'un bœuf enragé. -

Breschet a dit à Rochoux qu'il était convaincu qu'en inocu


lant la bave de chevaux et d'ânes enragés on communiquait la
rage ; sans doute qu'il se basait sur des observations et des
expériences qui lui sont propres, mais restées inédites.
Eckel a très-probablement transmis, ainsi que nous l'avons
vu plus haut, la rage d'un bouc à un mouton.
Mais ce qui ne peut être contesté , vu que ses expériences
ont été faites publiquement, et offrent par conséquent toute
l'authenticité désirable, c'est que M. Rey, professeur de cli
nique à l'Ecole vétérinaire de Lyon , après avoir provoqué le
développement de la rage sur des moutons , en les faisant
mordre par des chiens affectés de cette maladie , est parvenu ,
à l'aide de la salive de ces moutons, à faire passer la rage,
soit par morsure, soit par inoculation, sur d'autres herbivores
de la même espèce (1).
Aucun doute ne peut donc plus subsister , malgré les expé
riences négatives, sur la contagion de la rage des herbivores.
Quant à la rage de l'homme , Breschet et Magendie prétendent
être parvenus une fois à l'inoculer au chien. Eckel , comme
nous l'avons vu , cite un cas du même genre. Ces faits po
sitifs, nous semblent suffisants pour faire présumer, contrai
rement aux assertions négatives de Giraud , Girard , de Lyon ,
Paroisse et Bézard , que cette rage peut se reproduire sur l'es
pèce canine. -

Fréquence de la contagion après morsure ou inoculation.


- Examinons maintenant quelques autres questions relatives

(1) M. Renault a cru longtemps que la rage des herbivores ne se commu


niquait pas au chien ; il avait fait à ce sujet de nombreuses expériences dont
il n'avait obtenu que des résultats négatifs ; mais outre que M. Eckel , de
Vienne , est , depuis plusieurs années , parvenu à transmettre la rage des
herbivores au chien, M. Renault a lui-même fini par obtenir cette trans
IIl1SSl0ll .
( 246 )
à la contagion de la rage : et d'abord, quelle est la fréquence
de transmission de cette maladie , par morsure ou inocu
lation ?

Sur 60 animaux suspects pour avoir été mordus par des


enragés , nous en avons vu 21 qui périrent affectés de la
rage.
A l'Ecole d'Alfort , sur 244 chiens mordus ; 74 seulement
sont devenus enragés.
La proportion est de 1/5 pour les chiens, et de 1/4 pour
les chevaux, d'après les relevés faits à l'Ecole de Lyon.
A Berlin, d'après Hertwig, sur 137 chiens mordus , 16
seulement ont contracté la rage. -

Pour les animaux , le degré de la contagion semble donc


varier de 1/3 à 1/8.. -

En ce qui concerne l'espèce humaine, d'après M. Ambroise


Tardieu , sur 99 individus mordus par des animaux mani
festement enragés, 41 seulement ont été ultérieurement frappés
par la contagion.
L'enquête du Comité consultatif d'hygiène publique cons
tate, de 1855 à 1858 inclusivement, sur 198 individus
atteints de morsures virulentes, 112 seulement affectés de la
rage. La proportion serait donc plus forte que chez les ani
maux , s'il en était toujours ainsi.
Toutefois , comme l'a fait, avec raison, remarquer M. Re
nault, ces chiffres n'indiquent pas avec certitude le degré de
contamination de la rage, d'un côté, parce que, dans les faits
auxquels ils se rapportent, on n'a pas toujours eu l'assurance
complète que les animaux supposés enragés l'étaient bien en
réalité; d'un autre, parce que les morsures , ou n'ont pas été
très-positivement effectuées, ou ne l'ont été que sur des par
ties recouvertes de poils, et l'on peut ajouter de vêtements,
qui ont pu empêcher la salive d'arriver au contact des tissus
vivants mis à nu.
C'est pourquoi le savant professeur s'est livré à des expé
riences d'après lesquelles 99 sujets : chiens, chevaux ou mou
tons ont, sous ses yeux , été mordus par des chiens enragés ,
( 247 )
ou inoculés par piqûres sous-épidermiques. Sur ce nombre,
67 seulement ont contracté la rage , les autres, surveillés
pendant plus de cent jours , n'ont présenté aucun des symp
tômes de cette maladie.
Un quart donc des sujets inoculés échapperait à la rage.
Cette proportion est celle qui a été obtenue à Lyon et à Berlin
dans les mêmes conditions.
L'inconstance de la contagion provient sans aucun doute, en
partie du moins, de ce que, dans le cas de morsure, les dents
s'essuient parfois sur les poils dont la peau des animaux est
revêtue, et y déposent le virus qui, sans cela , eût été porté
sur des surfaces absorbantes. Comme, chez l'homme, ces con
ditions défavorables sont loin d'être toujours réunies, puisque
sur les 173 cas recueillis de 1855 à 1858, le siége des mor
sures se répartit ainsi qu'il suit :
Aux mains. .. ... , ... .. .. . 86 fois.
Au visage.. .. ... .. .. .. .. . 47.
Sur les membres.. .. .. ... 40.

La proportion des inoculations par morsures est un peu


plus forte. Néanmoins, elle ne l'est pas assez pour détruire
cette conséquenceconsolante que, dans l'espèce humaine comme
chez les animaux , la plupart des sujets mordus par des
chiens, des loups , des chats ou des renards affectés de
cette maladie, échappent à la contagion; ce qui doit être pris en
sérieuse considération, lorsqu'il s'agit de déterminer le degré
d'efficacité des médications préventives que l'on a opposées à
l'invasion de la rage. -

Incubation. — Rien de variable comme la durée pendant


laquelle le virus rabique peut séjourner dans l'organisme sans
faire éclore la rage.
La durée la plus courte que nous ayons très-exactement
constatée sur les animaux est de 7 jours , et la plus longue de
155 jours. C'est le chien qui a présenté ces durées extrêmes
d'incubation. · -

Haguenot, d'après des Sauvages, a fait l'histoire d'un pay


( 248 )
san qui était dans la grande rage le surlendemain du jour où
il fut mordu par un loup enragé.
Chez le cheval , Peyronie a constaté un minimum de 15
jours et un maximum de 74 jours. L'incubation a été de 72 et
même de 92 jours chez le même animal , et, chez le mouton , .
de 74 jours, d'après Vatel ; de 49 jours sur le porc, au rap
port de Thorel , et Gervi affirme avoir constaté une incubation
de 2 ans sur ce dernier animal.
Chez l'homme, l'incubation a été , d'après M. A. Tardieu :
Dans 26 cas , de moins de 1 mois.
Dans 93 , de 1 à 3 mois.
| Dans 19 , de 3 à 6 mois.
Dans 7 , de 6 à 12 mois.
Elle serait , suivant ce médecin , plus courte chez les sujets
jeunes que chez les adultes et les vieillards. .
Ainsi donc , la plus longue durée très-rigoureusement cons
tatée est déjà très-considérable. Il est bien à déplorer que ,
d'après certaines observations, beaucoup moins authentiques
il est vrai, l'explosion de la rage mette beaucoup plus de temps
encore à s'effectuer. Qui n'a lu ce récit presque fabuleux fait
par Chirac , d'un négociant qui , mordu à Montpellier par
un chien enragé , resta 10 ans en Hollande , et ne fut affecté
de la rage qu'à son retour, alors qu'il eut appris que son frère
cadet était mort hydrophobe, à la suite des morsures du même
chien qui les avait contaminés tous deux ! .
La Gazette des Hôpitaux, publiée en Italie, ne parlait-elle pas
tout récemment d'une jeune fille qui , d'après M. Jean Finco,
de Padoue , serait devenue enragée 14 ans après la morsure
d'un chien lui même affecté de la rage. Le fait de la morsure
n'est pas contesté , mais on conteste que ce chien était réelle
ment hydrophobe. S'il ne l'était pas , comment la jeune fille
l'est-elle devenue ? : •

Conservabilité du virus. — Les exemples cités de la conser


vabilité du virus rabique ne sont pas moins merveilleux. Outre
que , d'après Enaux et Chaussier , plusieurs personnes au
( 249 )
raient pris la rage en se mouchant avec du linge mouillé de
la bave d'animaux enragés, d'autres médecins rapportent que
des chevaux, des chèvres, des moutons, ont contracté la même
maladie , en mangeant de la paille sur laquelle avaient couché
des chiens hydrophobes.
D'après Caelius Aurelianus , une couturière aurait éprouvé
le même sort , après s'être servie de ses dents pour découdre
le manteau d'un homme mort de la rage. Enfin cette maladie
aurait aussi été produite par la piqûre faite par un couteau
de chasse qui , plusieurs années avant , avait servi à tuer un
chien enragé.
Pour si étranges que soient ces récits, pour si poignante et
indéfinie que soit l'angoisse des malheureux qui ont été mor
dus par des animaux enragés, on doit néanmoins ne pas les
laisser ignorer ; car s'ils conduisent à prendre des précautions
superflues , au moins ont-ils l'avantage de n'en point faire
négliger d'utiles.
Epuisement du virus. — Le virus s'épuise-t-il en traversant
divers organismes , comme le pensait le docteur Capello ?
M. Rey , de Lyon , s'est livré à des expériences qui démon
trent le peu de fondement de l'assertion du docteur italien. En
effet , il est parvenu à faire passer successivement par plu
sieurs organismes différents le virus rabique , puisé d'abord
à une source unique et primitive, sans que ce virus ait paru
avoir produit des effets moins prompts sur les derniers que
sur les premiers animaux auxquels on l'a successivement ino
culé.
Toutefois , il est à présumer que les premières morsures
d'un animal enragé sont plus dangereuses que celles qu'il fait
ensuite , surtout si c'est à des intervalles rapprochés ; car les
dents, qui se sont essuyées aux premières morsures, en péné
trant dans les tissus vifs ou non, peuvent ne plus être im
prégnées de salive lorsque s'effectuent les suivantes.
Voies d'absorption. — S'il n'existe point de doute au sujet de
l'absorption de la rage par les surfaces traumatiques récentes,
surtout par celles qui ne fournissent pas une hémorrhagie assez
( 250 )
abondante pour emporter le virus mis au contact des tissus
vivants, et notamment par la peau dépourvue de son épiderme,
on n'est pas tout à fait aussi d'accord, en ce qui concerne
l'absorption de ce même virus par les surfaces muqueuses .
Chaussier et Caelius Aurelianus citent des faits d'absorption :
par les muqueuses, qui doivent rendre très-circonspect, même
à l'égard de la muqueuse des voies digestives, laquelle , sans
doute, est organisée de manière à dénaturer les substances
organiques , mais qui, néanmoins, est essentiellement absor
bante, et pourrait bien ouvrir ces voies dans les cas de vacuité
du système vasculaire et de sécrétion peu active des sucs des
tinés à opérer la digestion. D'ailleurs, depuis que Lebkuchner
a démontré qu'on pouvait empoisonner un lapin en friction
nant la peau de son ventre avec l'acétate de plomb, il y a lieu
de redouter l'absorption du virus rabique, non-seulement par
les muqueuses, mais encore par la peau. - • • • · · · ,

· Mode d'action du virus. — D'après Marochetti, le virus une


fois absorbé serait, après une incubation de 8 ou 9 jours, dé
posé dans de petites vésicules placées sur les côtés du frein de
la langue, et qu'il désigne sous le nom de lysses. Après 24 heu
res, il serait repris , transporté au cerveau , et c'est à la suite
seulement qu'éclateraient les symptômes de la rage. -

Nous verrons bientôt le traitement préservatif qu'il base sur


cette théorie. Bornons-nous à dire qu'elle n'a pas été confir
mée par l'observation, bien que Dupuy, Magistel et Barthélemy,
aient cru à l'exactitude de l'assertion de Marochetti. '
Les docteurs Berndt et Urbain croient au séjour du virus
dans la plaie pendant un temps indéfini. Il ne produirait son
action, selon eux , qu'à l'époque où surviendrait le prurit, le
gonflement et l'ulcération. Combien de fois n'a-t-on pas vu la
rage communiquée se produire sans qu'aucun phénomène se
soit produit dans les cicatrices? Nous verrons plus loin la con
séquence
théorie. ,
prophylactique
' ! '
que ces médecins
· · déduisent de leur •
1 " | | | ·| · | . .

Symptômes. - Quelle que soit l'espèce d'animal qu'elle


affecte, la rage se traduit par des symptômes qui, en général,
( 251 )
ont entre eux la plus grande analogie. Les différences tiennent
surtout à celle de l'organisation propre de l'animal affecté, à
son naturel et à ses habitudes , dont les maladies , quelles
qu'elles soient, ne peuvent modifier complétement les mani
festations.
Nous décrirons d'abord le mode d'expression le plus ordi
naire de la rage spontanée du chien , qu'il importe au plus
haut degré de connaître, car c'est de sa transmission que
nous sommes le plus souvent menacés. Nous signalerons
ensuite les variétés d'aspect qu'elle peut revêtir chez cette
espèce. Nous analyserons ensuite ses principaux symptômes
et les modifications qu'ils présentent. Enfin, nous l'étudierons
d'une manière comparative chez les autres animaux domesti
ques , et nous dirons en quelques mots ce qui appartient en
propre à la rage communiquée.
Rage spontanée. - Le chien dont la rage débute est habituel
lement inquiet, morose ; mais il obéit encore à la voix de son
maître. Il recherche la solitude et l'obscurité, ne se trouve bien
nulle part ; son regard est égaré, fixe, et inspire la frayeur; un
cercle rouge environne ses yeux ; sa gueule , parfois légèrement
entr'ouverte, est d'une teinte violacée ; elle laisse apercevoir
la langue salie par un enduit brunâtre. Ses lèvres sont im
bibées d'une salive filante ; , il cherche parfois à manger et à
boire, mais il ne peut avaler, ou n'y parvient qu'avec une
extrême difficulté. : º -

Par intervalles , il fait entendre un cri sinistre , tout à fait


spécial, qui n'est ni l'aboiement, ni le hurlement, ni le grogne
ment, ni le jappement, aucune, enfin, des émissions de la voix
naturelle : c'est le cri ou hurlement rabique qui fait aisément
reconnaître la rage lorsqu'on l'a entendu seulement une fois.
Il est rare que, s'il est libre, le chien enragé reste au logis
pendant toute la durée de sa maladie; il éprouve des paroxys
mes ou accès, pendant lesquels il perd sa docilité; il s'échappe
comme poussé par une force irrésistible plutôt que sous l'em
pire de sa volonté ; il trotte, la queue pendante entre les
jambes ; les objets animés qu'il rencontre, surtout les animaux
( 252 )
de son espèce, excitent sa fureur ; il se précipite sur eux , les
saisit avec ses dents et emploie toute sa force à les déchirer ;
mais, chose bien digne de remarque, il mord ou se laisse
mordre en silence, au lieu de pousser les cris habituels de
colère ou de douleur. Il inspire un tel effroi , qu'à sa vue, les
autres chiens, au lieu de le combattre, prennent la fuite ,
fussent-ils assez puissants pour le terrasser au premier assaut
Il est donc prudent de rester immobile lorsque passe le chien
hydrophobe, au lieu de l'assaillir, si l'on n'a pas la certitude
de le mettre à mort , sans risquer d'être saisi par sa dent
redoutable. S'il est enfermé ou tenu à la chaîne , il sort de sa
torpeur au moment du paroxysme ; son regard s'anime , il
semble suivre des yeux un objet réel , s'élance comme pour le
saisir; puis, fatigué de suivre en vain une ombre enfantée par
le délire, il mord avec acharnement tout ce qui se trouve sous
sa dent. En agaçant à dessein l'animal , en mettant devant ses
yeux de l'eau, ou un corps assez poli pour réfléchir vivement
la lumière, en approchant de lui un animal quelconque , on
provoque ses paroxysmes presque à volonté; toutefois , si cet
animal est de l'espèce canine et d'un sexe différent , l'envie
de mordre est parfois précédée d'excitations, de désirs amou
reux , de tentatives pour les satisfaire. -

A ces accès, toujours de courte durée, succède un abattement


d'autant plus prononcé que le délire a été plus violent et plus
souvent renouvelé. Lorsque la maladie approche de son déclin,
pendant les rémissions , des signes de paralysie commencent
à se manifester, surtout dans les membres postérieurs, sur
lesquels l'animal chancelle et qui semblent impuissants à le
supporter, ou bien encore ces signes apparaissent aux mâchoi
res que l'on voit plus ou moins écartées. Peu à peu, les para
lysies s'aggravent ; elles finissent par se généraliser, et sont
alors le prélude de la mort , qui survient du quatrième au
huitième jour après l'invasion du mal. -

Si telle est la physionomie la plus commune de la rage du


chien, il importe néanmoins de savoir qu'elle peut s'offrir sous
deux autres types.
( 253 )
Variétés. Rage mue. — Tantôt l'animal est réduit à l'im
puissance de boire , de manger ou de mordre, parce que, dès
le début , il existe une paralysie de la mâchoire inférieure,
qui s'abaisse et laisse apercevoir la langue pendante et salie
par un enduit brunâtre, en même temps qu'elle est imbibée
par une salive filante s'écoulant aussi sur la lèvre inférieure ;
il est rare qu'alors le chien puisse pousser son cri rabique.
C'est de là sans doute qu'est provenu le nom de rage mue,
muette ou tacilurne , donné à ce type.
Rage tranquille. — D'autres fois, le chien atteint de rage, se
couche, se pelotonne, et ne porte pas la moindre attention
aux bruits qui se produisent, aux mouvements de ce qui
l'entoure ; il reste indifférent , même à la vue des boissons ou
des aliments qu'on lui présente. Plongé dans une sorte de
carus, il maigrit et s'éteint sur place, quinze jours environ
après que se sont manifestés les premiers symptômes. Berndt
a le premier employé l'expression de Rage tranquille , qui
paraît très-bien s'appliquer à cette variété.
Modifications de quelques-uns des principaux symptômes de la
rage. — Grande serait l'erreur si l'on croyait que, dans tous les
cas , la rage se traduit par les groupes de symptômes sous les
quels nous avons dépeint chacun de ses trois types ; très-sou
vent il arrive que l'un ou plusieurs de ses caractères les plus
essentiels manquent ou se modifient, sans qu'elle ehange dans
sa nature intime.
Il faut donc avertir de ces changements dont l'ignorance
, pourrait occasionner les plus funestes erreurs. L'envie de
mordre , le refus des aliments, l'horreur des liquides, l'écou
lement de la salive qui, dans l'opinion la plus en vogue, sont
les signes les plus caractéristiques , méritent surtout d'être
envisagés spécialement au point de vue de ces modifications.
Nous avons déjà dit que l'envie de mordre manque dans la
rage tranquille , et que, dans la rage mue, l'animal est réduit
à l'impuissance de se servir de ses dents.
Mais ce signe qui, dans les races les plus féroces, telles que
celles des dogues et des boule-dogues arrive parfois à une telle
( 254 )
violence, que l'animal se suspend à la barre de fer rouge qu'il
a une fois saisie , sans que la douleur puisse le contraindre à
lâcher prise, ce signe, dis-je, peut manquer parfois, alors
même qu'il est impossible de rapporter la rage à l'un ou à
l'autre de ces deux derniers types. -

ll en est assez ordinairement ainsi , surtout lorsque la rage


n'est encore qu'à son début, chez les chiens d'un naturel doux
et habitués à des rapports très-intimes avec leur maître. Ils
deviennent même plus caressants ; mis en présence d'animaux
de leur espèce , ils les regardent fixement , s'en approchent,
les lèchent et les provoquent à la copulation.
Toutefois , cette absence du caractère le plus redoutable de
la rage , n'est guère qu'un privilége en faveur du maître ; et
encore n'est-il pas certain qu'il jouisse jusqu'à la fin de cette
immunité. - - -

En avançant vers son terme, la rage réveille chez le chien


l'envie de faire usage de ses dents, et même, dès son début ,
une cause d'excitation imprévue peut tout à coup mettre
l'animal en fureur, et le porter irrésistiblement à l'action de
mordre. Bouley, William Youatt, Duluc, citent des anecdotes
très-remarquables, se rapportant à des chiens qui moururent
enragés, sans avoir présenté, soit seulement pendant le début,
soit pendant tout le cours de leur maladie, cette manifestation
du signe qui , pour le vulgaire, est l'indice le plus certain de
la rage. Nous nous dispensons de les rapporter et surtout d'en
grossir le nombre , bien que souvent nous ayons vu prodiguer
les plus incroyables caresses, et que l'on nous ait mis ou voulu
nous mettre dans les mains des chiens sur lesquels , à pre
mière vue , nous reconnaissions l'ensemble des syml tômes de
la rage , moins l'envie de mordre.
S'il importe de détruire le préjugé qui consiste à croire que
tout carnivore enragé est sans cesse en proie à des accès de fu
reur, pendant lesquels il chercherait à faire usage de ses armes
offensives, il n'est pas moins nécessaire d'extirper l'idée fausse
qui attribue à ces animaux une horreur des liquides et un refus
obstiné des aliments : bien des observateurs , au nombre des
( 255 )
quels nous citerons Piétrequin, William Youatt, notre collè
gue M. Bouley, Duluc, signalent des cas où, dans le début de
la rage , les chiens étaient tourmentés par une soif ardente et
buvaient de l'eau avec une extrême avidité.Maintes fois nous
avons vu ce fait se produire. Vers le déclin même, la soif ne
se calme pas toujours, et le malheureux enragé s'efforce
encore, mais en vain, de la satisfaire, en approchant sa
gueule du liquide qu'il ne peut plus déglutir, que souvent
même il lui est impossible de laper, soit à cause de la paralysie
des mâchoires, soit à cause du spasme du pharynx.
| Il faudrait donc bien se garder d'induire de ce qu'il conserve
le désir et la faculté de boire, de ce qu'il n'entre pas en fureur
à la vue de l'eau , qu'un animal n'est pas affecté de la rage.
Bien souvent nous avons eu à nous féliciter d'avoir résisté aux
sollicitations de personnes voulant rentrer en possession de
chiens qu'ils avaient confiés à nos soins et qu'ils s'obstinaient à
ne pas croire enragés , parce qu'ils les voyaient boire avec
facilité. . #. • -

Nous en dirons autant de l'action de manger qui , chez cer


tains animaux, peut persister encore, alors que la maladie est
parvenue à une période avancée. Toutefois , dans l'immen ;e
majorité des cas, le refus des aliments accompagne le début
de la maladie et persiste pendant toute sa durée. Mais si l'ap
pétit s'affaiblit, si même il s'éteint le plus souvent , il est
constant qu'il se déprave : les animaux avalent de la paille,
du bois , des herbes , des clous , des chiffons, etc., que l'on
rencontre à l'autopsie , accumulés dans l'estomac.
Quant à l'écoulement de la salive , il est loin d'être constant,
surtout au début, et l'on sait qu'il appartient à diverses mala
dies, telles que la stomatite , la pharyngite, l'arrêt dans la
gueule ou le pharynx de corps étrangers durs et acérés ou
anguleux. Lorsqu'il survient dans la rage, c'est ordinairement
au déclin , lorsque la mâchoire inférieure commence à se
paralyser , alors, dans l'intervalle des accès, la bave qui
s'écoule de la gueule est filante comme de la glaire d'œuf.
Toutefois, pendant les accès, et surtout lorsque les animaux
( 256 )
mordent avec fureur, les lèvres sont toujours souillées de
salive , quelle que soit la période de la maladie, et, alors, elle
est le plus souvent écumeuse. .. , • • • • # * !

Variétés suivant les espèces.—Nous avons indiqué déjà que,


sans se modifier dans sa nature, la rage offrait, dans les diver
ses espèces domestiques, des différences subordonnées à leur
organisation , laquelle tient leurs instincts et leurs fonctions
dans une étroite dépendance. . -

| Nous allonsjeter un coup d'œil rapide sur ces modifications :


Le chat enragé attaque plus souvent avec sa griffe qu'avec
ses dents; s'il ne pousse pas le hurlement rabique du chien,
au moins sa voix prend-elle ce timbre rauque et si désagréa
ble qu'il fait entendre à l'époque du rut. , !

Rarement le cheval enragé cherche à mordre ou à frapper ;


néanmoins il éprouve parfois des paroxysmes pendant lesquels
il fait usage de ses pieds et de ses dents. . , }

Le bœuf pousse , lorsqu'il entre en fureur, des beuglements


sourds ; il frappe avec ses cornes, gratte le sol avec ses pieds
antérieurs et rejette en arrière la terre ou sa litière. A l'époque
où commence la paralysie du train postérieur , on pourrait le
croire atteint de fourbure. . | | | -

Les bêtes ovines frappent la terre avec leurs pieds anté


rieurs, se jettent en avant et heurtent du front l'objet qui les
excite ; elles font, par intervalles, entendre une espèce de
mugissement sourd. - , - - - !

Les accès se traduisent presque toujours, chez le porc , par


l'envie de mordre , des grognements rauques, le fouissement
du sol avec le groin. -

Chez tous les herbivores et les omnivores , les paroxysmes ,


l'envie de frapper et de mordre, sont ordinairement provoqués
par la vue du chien, Aussi est-ce un bon moyen de diagnostic
que de les mettre en présence de cet animal,
Rage communiquée. — La rage communiquée ne diffère de
la rage spontanée que par les phénomènes spéciaux fournis
par les plaies au moyen desquelles le virus s'est introduit
dans l'organisme. - - • • •
( 257 )
Bien que l'on ait exagéré en disant que ces plaies étaient
d'une cicatrisation difficile, qu'elles s'ulcéraient constamment
au moment de l'explosion de la rage, il est certain qu'elles
présentent parfois des phénomènes exceptionnels.
Elles ne nous ont paru être réfractaires à la cicatrisation
que dans les cas où elles étaient lacérées, profondes, à lam
beaux. Sous ce rapport, elles ne diffèrent pas des plaies non
virulentes; comme ces dernières, elles se cicatrisent sans diffi
culté lorsqu'elles sont simples et superficielles. Mais ce qui les
distingue, c'est le prurit parfois irrésistible qui survient à
l'endroit de la cicatrice, au moment de l'invasion : les animaux
se grattent , se lèchent à outrance en ce point ; bientôt un
boursouflement se produit , la cicatrice se rompt, la plaié est
violacée
de saignante' et ' ne fait 'que 's'agrandir jusqu'au moment
la mort. • " ſ - -

Ces phénomènes sont d'autant plus surprenants que nous les


avons vus se produire sur ces animaux 70 jours, d'autres di
sent des années, après la morsure virulente, alors qu'une cica
trice solide s'était formée. Il est moins étonnant et plus com
mun de les voir apparaître lorsque la rage se déclare 15 jours,
un mois, après l'inoculation ou la morsure. -

Hâtons nous de déclarer qu'ils manquent plus souvent qu'ils


n'apparaissent; nous les avons constatés seulement sur le tiers
des animaux chez lesquels la rage avait été communiquée par
morsure. — Toutefois, ce fait, lorsqu'il se manifeste, doit
être pris en sérieuse considération pour asseoir le diagnostic.
Nous verrons jusqu'à quel point il peut influer sur le traite
ment applicable à la maladie.
Diagnostic. — Le refus assez ordinaire des aliments et des
boissons, la difficulté de déglutir , le trouble de la voix , font
le plus souvent accuser les animaux , et surtout les carnivores
enragés, d'être affectés d'une gastro-entérite ou d'avoir un
corps étranger arrêté dans la bouche ou le pharynx. Cette
dernière idée est fortifiée, chez le vulgaire, par la résistance
du larynx que l'on prend pour le corps étranger, lorsque l'on
palpe la gorge. Mais les vomissements de la gastrite manquent
17
( 258 )
dans la rage ; elle ne s'accompagne pas non plus de ces efforts
expulsifs , de cette toux fréquente, de ces frottements, exercés
sur la gorge avec les pattes de devant, que l'on observe tou
jours lorsque des corps étrangers sont arrètés dans le pha
rynx. Enfin, ni dans la gastrite, ni dans la pharyngite avec
arrêt de corps étranger, on ne constate la physionomie spéciale
de la rage. · · · · · ·
* • · · · · · · · · | ·
* ° * • . ' .

Remarque importante. — Sans doute , la connaissance de


ce qui précède devrait suffire pour rendre facile le diagnostic
de la rage; mais à la condition, pourtant, d'avoir assez sou
vent observé sur des sujets enragés les divers phénomènes par
lesquels se traduit leur état. N'est-ce pas dire que les Vétéri
naires expérimentés, seuls, sont aptes à reconnaître la rage ,
et que le public , étranger à la pratique de l'art, agira pru
demment en s'habituant à considérer comme suspect tout chien
ou chat , présentant des signes de maladie , après avoir été
mordu , ou sans que ces signes puissent être attribués à toute
autre cause très-nettement appréciable.
Lésions. — Dans l'état actuel, il est encore impossible de
signaler des lésions en corrélation constante avec la rage et
auxquelles cette maladie puisse être sûrement subordonnée.
Celles que les investigateurs disent avoir rencontrées sont
très - différentes ; — ce qui indique qu'elles n'ont rien de
constant et ne méritent guère d'inspirer la confiance au point
de vue de la diagnose de la rage sur le cadavre. -- Nous
devons par conséquent nous borner à rapporter celles que
la réputation des auteurs ne permet pas de passer sous
silence. - .

On a parlé de rougeur, d'injection, d'épaississement de la


muqueuse buccale, des amygdales , des glandes salivaires , du
pharynx, de l'épiglotte, de la glotte, de l'estomac, du duodé
num ; Boerhaave, Youatt, Eckel insistent sur ces altérations.
Le premier auteur a même considéré comme caractère de la
rage l'accumulation, dans la vésicule hépatique , d'une bile
noire, qui se rencontre pourtant dans la plupart des maladies
accompagnées d'une abstinence soutenue. Quant aux lésions
· ( 259 )
inflammatoires, il est très certain qu'elles manquent le plus
SOuVent. - -

Dupuy, Olivier d'Angers, affirment avoir constaté le ramol


lissement de la moelle épinière, chez les vaches et chez
l'homme ; M. Bourgeois a signalé l'injection des méninges
spinales ; ces lésions manquent ordinairement , et, de plus ,
appartiennent à d'autres maladies que la rage.
M. Trolliet , après s'être convaincu, par un grand nombre
d'autopsies, que toutes ces lésions sont illusoires ou incons
tantes, a cru que l'engorgement sanguin du poumon, l'accu
mulation de la presque totalité du sang dans les artères seules,
phénomène déjà indiqué par Boerhaave , Haller et Magendie,
étaient le critérium presque certain de la rage. Nous nous som
mes maintes fois convaincu de l'inexactitude de cette assertion.
On a encore parlé d'une altération aisément appréciable à
l'œil dans les qualités du sang , mais on n'a pas décrit cette
altération, et nous avouons n'avoir jamais pu saisir, dans l'as
pect du sang, rien de caractéristique.
S'il n'est pas sûr qu'Enaux et Chaussier ne se soient fait
illusion, lorsqu'ils ont cru à la putréfaction extrêmement rapide
des cadavres d'enragés, nous pouvons affirmer que la putréfac
tion n'offre point cette particularité chez les animaux.
Quant aux vésicules appelées lysses par Marochetti, dont ce
médecin plaçait le siége sur les côtés du frein de la langue et
auxquelles succéderaient de petites ulcérations, elles ont été
vainement recherchées sur les animaux par Barthélemy ,
Vatel , Bernard , Delafond , Maillet, MM. Renault , Bouley ,
Rey ; nous ne les avons jamais-nous même rencontrées.
Un caractère constant chez le chien, c'est la présence dans
l'estomac, et parfois dans le duodénum , de matières étrangè
res à son alimentation, telles que, paille, foin , bois, crins ,
cuir , terre, brique, graviers, clous, etc., et qui prouvent
jusqu'à quel point arrive la dépravation de l'appétit chez les
enragés. - Delafond , Youatt, ont avec raison insisté sur ce
signe que nous n'avons jamais vu manquer, et dont la valeur
se déduit de ce que, s'il existe dans d'autres maladies que dans
( 260 )
la rage, il coïncide alors avec certains désordres qui manquent
dans cette dernière affection. Des matières semblables à celles
qui viennent d'être énumérées sont assez souvent arrêtées
dans la gueule et même dans le pharynx et l'œsophage ; on
peut admettre qu'elles avaient été saisies pendant les derniers
paroxymes et n'avaient pu arriver dans l'estomac , à cause de
la paralysie des organes chargés de la déglutition. Un signe sur
lequel a insisté M. Renault est la vacuité de la vessie, dont
la muqueuse est, en outre , très-souvent ecchymosée ; — sur
53 autopsies, nous n'avons vu manquer qu'une fois le premier
de ces signes. — Enfin, il en est un autre que nous avons
constaté autant de fois que nous avons ouvert de chiens en
ragés, c'est la présence, sur la langue, d'un enduit brunâtre,
qui lui donne une apparence de saleté toute particulière. Avec
cet enduit coïncide presque toujours la couleur violacée de la
muqueuse buccale. *. :

Nous ignorons si l'on a fait des recherches microscopique


et chimiques sur le sang, la salive , le système nerveux , des
animaux enragés. — Peut-être est-ce dans ces parties que l'on
trouverait les lésions positivement caractérisques de la rage.
On peut donc conclure, de ce qui précède, qu'il n'existe
pas dans la texture, dans la composition des organes ou des
fluides, des lésions matérielles sûrement corrélatives et carac
téristiques de la rage; ou que, si elles existent, elles ont échappé
jusqu'ici aux recherches des investigateurs. .
Toutefois la vacuité de la vessie, l'enduit brunâtre de la
langue et les matières étrangères contenues dans l'estomac,
sont des signes qui , réunis et coïncidant avec l'absence de
toute autre lésion ayant pu occasionner la mort, rendent très
probable , sinon certaine , l'existence antérieure de la rage
chez le chien. — Il y a plus, chez les animaux de cette espèce
qui sont morts par violence , et chez lesquels on ne trouve
d'autres lésions que celles qui doivent nécessairement résulter
de la cause accidentelle, si, à ces seules lésions, se réunissent
les signes précités , ces derniers suffisent encore pour faire
présumer que l'animal tué était affecté de la rage.
- ( 261 )
En tout cas, qu'il s'agisse d'animaux morts naturellement
ou abattus, toutes les fois que , dans les conditions plus haut
spécifiées , ces signes existent, ils suffisent et, à fortiori,
s'ils ont été manifestement précédés sur le vivant des symp
tômes de la rage , de l'envie de mordre, surtout si ces
symptômes ont été observés par des personnes éclairées, in
telligentes et d'une moralité non suspecte, ils suffisent, disons
nous, au moins pour motiver l'application de mesures et de
précautions spéciales, à l'égard des individus ou des animaux
mordus et pour lesquels une transmission serait à craindre.
Il serait à désirer que l'on possédât des signes d'égale valeur
pour établir la diagnose de la rage, après l'ouverture des ani
maux, autres que le chien, morts de cette maladie ou abattus
comme en étant suspectés. : i ° º | | | | | | |
Nature de la rage. — Il résulte de ce qui précède que l'ana
tomie pathologique n'éclaire que bien faiblement sur la nature
de la rage; néanmoins, sans disserter longuement à ce sujet,
il peut être utile, en prenant pour base l'induction, de recher
cher l'idée la plus rationnelle qu'il soit possible de se faire
actuellement sur ce point. . " · ·
| Dessault considérait la rage comme une maladie vermi
neuse; ses principaux symptômes et sa contagion résultaient,
d'après ce médecin célèbre, d'une multitude de petits vers
contenus dans la salive.— Rien ne peut être invoqué en faveur
de cette assertion, pas même le traitement mercuriel employé
comme le meilleur des anthelmintiques. De Sauvages, quoique
· dominé par la doctrine de Boerhaave, se rapprochait sans
doute plus de la vérité, en voyant dans la rage une altération
produite par un venin ou ferment animal infectant la masse du
sang, aux dépens duquel il se multiplie, et s'échappant en
suite de l'organisme au moyen des cryptes et des glandes sali
Va lI'0S.

Les théories de fermentation qu'a fait revivre le savant


Liébig, et auxquelles les travaux de MM. Pasteur, Desmazures,
apportent l'appui d'une grande autorité, semblent beaucoup
plus que toutes autres se prêter à l'interprétation rationnelle
( 262 )
des faits qui se produisent dans ces maladies , incontestable
ment engendrées par les virus qu'elles ont la propriété de re
produire.
Le sang, en effet, en raisonnant par analogie, doit éprou
ver certaines altérations dans la rage. Lorsque la maladie est
spontanée, on peut nier ou affirmer qu'il soit altéré, mais sans
pouvoir fournir des preuves bien convaincantes à l'appui de
l'une ou de l'autre de ces assertions. On a dit qu'il était visi
blement modifié , mais, dans les nombreuses autopsies aux
quelles nous nous sommes livré, nous n'avons pu saisir ni
dans la couleur, ni dans la consistance de ce fluide, ni dans
son odeur, ni dans son mode de coagulation , des signes évi
dents de modifications qu'il éprouverait dans la rage. Eckel
paraît bien être parvenu à transmettre la rage par l'inoculation
du sang , mais la rage du sujet sur lequel ce fluide avait été
puisé appartenait à la variété dite communiquée. La preuve
de l'altération du sang dans la rage spontanée n'est donc pas
encore acquise. Il est au contraire extrêmement probable , si .
non certain, que cette altération existe dans la rage commu
niquée. — lci l'analogie est un guide auquel nous pouvons
accorder notre confiance sans trop de restriction. En effet , il
est généralement admis que, après l'inoculation d'une maladie
contagieuse, son virus est introduit par absorption dans le
sang ; par conséquent, il altère ce fluide à partir du moment
où l'absorption est effectuée. Si quelques doutes pouvaient
subsister à ce sujet, ils ont été détruits , au moins en ce qui
concerne la morve, par les expériences de M. Renault. La
morve communiquée , d'après cet habile expérimentateur,
se transmet au moyen du sang pendant la période d'incu
bation, c'est-à-dire, avant l'apparition des symptômes caracté
ristiques de la maladie. Ainsi donc, le raisonnement basé sur
la connaissance des lois de l'absorption , sur l'analogie, ve
nant à l'appui du résultat des expériences d'Eckel, il n'est plus
guère permis de douter que la rage communiquée soit une
intoxication du sang par le virus rabique , et comme la rage
spontanée ressemble en tout à la précédente, tant par son
( 263 )
mode d'expression, par l'état dans lequel elle laisse le cadavre,
que par son redoutable caractère spécifique, il est logique
d'induire qu'elle lui ressemble aussi par sa nature.
En vain Rossi affirme-t-il que le virus rabique est confiné
dans le système nerveux, et qu'au trouble de ce système sont
subordonnés tous les phénomènes de la rage! Si cette assertion
était exacte, pourquoi Hertwig n'aurait-il pas réussi, en
insérant des morceaux de nerfs dans les tissus vivants, à faire
éclater la rage ?
Il devient donc à peu près certain , d'après ce qui pré
cède , que la rage est primitivement une infection spéciale de
la masse sanguine, suivie de l'expulsion du principe infectant,
au moyen surtout de la sécrétion des glandes salivaires. Les
doutes sont à peine permis sur ce point , au moins en ce qui
concerne la rage communiquée ; ils disparaîtraient entière
ment, eu égard à la rage spontanée , le jour où l'on aurait
obtenu sa transmission à l'aide du sang d'un carnivore qui
viendrait à enrager ensuite, sans que le virus rabique lui eût
été inoculé. — Ce qui ne veut pas dire que par l'analyse
chimique ou par des recherches microscopiques, on ne puisse
trouver d'autres preuves démonstratives et péremptoires de
cette altération.
Quoi qu'il en soit , nous verrons bientôt l'opinion qui con
siste à considérer la rage comme une altération du sang con
firmée encore par les résultats des moyens préservatifs oppo
sés à l'éclosion de cette maladie , après la morsure des sujets
qui en sont affectés , et réciproquement la théorie de l'ab
sorption de la salive infectée, et son passage dans le sang ,
suivant les lois ordinaires de cette fonction , fournir les don
nées les plus positives sur lesquelles puisse se baser le trai
tement préservatif rationnel et véritablement efficace de cette
même affection.

Traitement. — Faire ici l'exposé complet des moyens pro


posés pour le traitement curatif de la rage, serait un travail
sans utilité directe , puisqu'il est généralement reconnu qu'au
cun des remèdes recommandés jusqu'à ce jour ne jouit de
( 264 )
propriétés véritablement efficaces, Toutefois, il ne peut être
entièrement stérile de dresser ici un inventaire très-sommaire
des principaux moyens préconisés, ne fût-ce que pour éviter
aux investigateurs de s'engager à l'avenir dans des voies que
le passé a parcourues sans fruit. . , , ,, - ,

Magie, invocations, exorcismes, arcanes, puissances sur


naturelles ou charlatanisme, ont vu tous leurs efforts déjoués
par la résistance opiniâtre de la rage. Mais leur intervention
ici a au moins pour excuse la complète impuissance des moyens
avoués par la science. .. , , , , , , ,
En effet, les médicaments qui ont eu le plus de vogue dans
l'antiquité et le moyen âge : le mithridate, la thériaque, le
foie brûlé de chien enragé, la poudre, le venin de vipère,
l'opium, l'étain, le plomb, le mercure, les amandes amères,
le mouron rouge; les moyens qu'a préconisés la médecine
moderne, tels que le bain de surprise, la belladone, le plan
tain d'eau, la scutellaire, le genêt des peintres , si vanté par
Marochetti, les injections veineuses d'eau opiacée, essayées par
Dupuytren, la substitution de l'eau au sang par la phlébo
tomie et les injections d'eau tiède, employées par Magendie,
ou bien n'ont réussi qu'à calmer les accès, ou bien ont com
plètement échoué lorsqu'ils se sont bien positivement adressés
à la rage confirmée. S'il est des remèdes qui aient joui d'une

réputation de quelque durée , ou qui aient capté la faveur


de médecins jouissant d'une véritable autorité , tels que
Celse, Van-Helmont , très-partisans du bain de surprise,
Chabert, qui accordait une grande confiance au mouron rouge,
Dessault, partisan si convaincu des frictions mercurielles pous
sées jusqu'à salivation abondante, c'est, sans doute, parce
qu'ils avaient été opposés à des maladies nerveuses ayant
quelque analogie avec la rage , ou bien parce qu'ils ont été
préconisés à titre de préservatifs d'abord, et que le public,
ami du merveilleux, n'a pas tardé à en grandir le rôle, sans ré
fléchir que la froide statistique enregistrait autant de préser
vations par l'expectation que par l'intervention des remèdes
les plus extraordinaires ou les plus énergiques.
( 265 )
A défaut du prestige de l'ancienneté, on a esssayé de tirer
parti, pour certains agents, du prestige de la distance :
M. Guérin de Menneville a parlé de la Cétoine dorée , qui
aurait procuré des cures dans l'empire Russe. Le Cédron a été
signalé par un célèbre voyageur, M. d'Abadie, comme étant
utilement usité dans les contrées de l'Orient. Le révérend Père
Legrand affirme que, dans l'empire d'Annam, on guérit la rage
au moyen de doses de pomme épineuse, assez fortes pour pro
duire des phénomènes d'intoxication simulant les symptômes
de la rage furieuse ; l'expérience a déjà prononcé sur le pre
mier, et il est à désirer qu'elle fasse savoir quelle est la valeur
des deux derniers de ces remèdes. -

Nous n'avons pas sans but fait ressortir, au sujet de la


nature de la rage, la préférence que mérite l'opinion qui con
siste à la mettre sous la dépendance d'un ferment animal ,
pouvant prendre parfois naissance dans l'organisme de cer
taines espèces , pour en infecter d'autres ensuite au moyen
de la contagion. Il nous semble que de cette manière d'en
visager cette affreuse maladie se déduit naturellement la
voie la plus prompte et la plus sûre à suivre pour arriver
à la guérir, à supposer qu'elle ne soit pas absolument in
curable. -

Le docteur Polli de Milan , suivant les préceptes de Liebig,


a fait récemment des expériences très-intéressantes sur la pro
priété qu'ont les sulfites , et notamment celui de magnésie,
d'arrêter les effets des ferments putrides. Les résultats qu'il a
obtenus doivent certainement encourager à faire des essais
analogues , en ce qui concerne les ferments morbides. ll se
peut qu'en agissant de la sorte, on parvienne à démontrer
une fois de plus que si , en médecine, les faits doivent en
général précéder l'établissement des principes, la théorie, à
son tour, peut féconder les faits et permettre d'étendre d'une
manière inattendue le champ de l'application.
Traitement préservatif. — Si tant de moyens divers ont pu
jouir plus ou moins longtemps d'une réputation antirabique ,
alors que la terminaison de la maladie, à laquelle on les oppo
( 266 )
sait, ne désillusionnait que trop souvent ceux qui jugeaient à
propos d'y avoir recours; on conçoit qu'ils aient, à plus forte
raison, conquis le titre de préservatifs de la rage, puisque ,
dans les cas les plus favorables à l'inoculation par morsure,
les deux tiers, au plus, des individus inoculés finissent par
enrager. , • ,

Ainsi s'explique la vogue , non-seulement de ces moyens,


mais en outre d'une foule d'autres non encore mentionnés,
tels que les amulettes , les pèlerinages, même à l'intention
des animaux, et, en outre, les omelettes aux coquilles d'huîtres,
les breuvages de rue , de sabine , de passe-rage que des char
latans ou bien des ignorants, assez convaincus pour affronter
parfois les morsures des bêtes enragées, débitent au public
trop crédule ou trop disposé à se donner au moins l'espoir,
si faible qu'il soit, d'échapper aux désastreuses conséquences
de l'inoculation de la rage. •• • | |
, Les frictions mercurielles (1), si vantées par Dessault, de
Sauvages, de Lassonne , ont joui d'une grande faveur, à partir
de 1738; mais, en 1783, la dissertation de Leroux , de Dijon,
les fit tomber dans un discrédit dont M. Dezanneau a en vain
essayé de les relever. Le remarquable rapport présenté à
l'Académie de médecine par M. Renault, en 1852, au sujet des
observations de ce Médecin, ont mis en relief la complète ina
nité de ces préparations. - . . " -

Marochetti ne s'est pas borné à prescrire le genêt des tein


turiers, il conseillait en outre de surveiller avec attention
l'éruption des lysses dans la bouche, de se hâter de les crever
à mesure qu'elles apparaissaient, puisque le virus n'y séjour
nerait que vingt-quatre heures, après lesquelles il serait repris
et ferait infailliblement apparaître la rage.
En rappelant que, selon toute probabilité , les lysses n'ont
jamais existé que dans l'imagination de leur inventeur, nous

(1) Dessault les employait pour tuer les vers de la salive, et Sauvage pour
faire écouler le venin contenu dans ce mème fluide et qui irritait les mu
queuses. - -
( 267 )
serons dispensé de faire la critique de la méthode préserva
trice qu'elles ont suscitée. - º - " , , , , · ·

Nous essayons en ce moment, sur l'invitation de S. Ex. le


Ministre de l'Agriculture, des pilules préservatrices, ayant
pour base le suc de la stramoine. Nous aurons le soin de sou
mettre l'action de ces agents à des épreuves sévères; et, quels
que soient les résultats obtenus, nous les ferons connaître.
Dans l'état actuel de nos connaissances , une seule ressource
reste pour soustraire aux atteintes de la rage les victimes des
morsures des animaux qui en sont atteints, c'est la destruc
tion du virus ou son expulsion , seuls moyens de s'opposer à
ce qu'il soit absorbé par les surfaces vivantes avec lesquelles
il a été accidentellement ou expérimentalement mis en
COntaCt. | | | - - *
· i· · ·· ·· · : · ·· ·|·· · ·· · ·
• * '

Ces moyens sont trop connus pour que nous ayons à y


insister. Nous nous bornerons donc à les indiquer très-suc
cinctement. Mais il nous paraît important de bien fixer sur
l'indispensable
célérité. nécessité d'y· recourir avec la plus grande
- º * , * • • • • •

· 1 -, , , ,,

En vain a-t-on voulu prétendre que le virus rabique pouvait


rester longtemps confiné dans les plaies, et qu'il ne détermi
nait ses effets spécifiques qu'au moment où les cicatrices, à la for
mation desquelles il n'offrait pas d'obstacles , commençaient
à s'ulcérer. Nous avons vu que cette doctrine était en opposi
tion avec les faits, et renversait les notions les plus certaines
de la physiologie et de la pathogénèse , qu'en outre elle ne
pouvait avoir d'autre résultat positif que d'entretenir dans
une fatale sécurité et de s'opposer à l'application , en temps
opportun , des mesures réellement efficaces que l'on con
naisse. -

Il n'est plus possible, de nos jours, de se faire illusion sur


la rapidité avec laquelle tout liquide, tout solide dissous ou
soluble dans les humeurs organiques, mis en contact avec des
surfaces absorbantes douées de vie, passent dans la circula
tion Ericksen a démontré de la manière la plus évidente que
le ferro-cyanure de potassium ne mettait pas plus d'une minute
( 268 ) -

pour arriver de la surface intestinale à celle de la vessie, chez


un sujet à jeun depuis onze heures. Si l'on réfléchit qu'Héring
a prouvé qu'il fallait de 25 à 30 secondes seulement à la même
substance , pour passer d'une jugulaire dans l'autre, on en
conclura qu'il faut bien au moins le même temps pour qu'elle
arrive des veines mésaraïques dans les artères rénales; d'où il
résulterait que l'absorption se ferait en réalité en 30 ou 35
secondes. Il y aurait lieu de désespérer de pouvoir à temps .
détruire le virus rabique déposé dans les plaies, ou provo
quer son rejet, si l'on ne savait qu'aucune surface vivante
n'est disposée pour l'absorption des liquides comme la surface
intestinale, et qu'en outre la viscosité de la salive d'un côté,
et le défaut d'abstinence prolongée pendant onze heures de
l'autre, sont des circonstances qui modifient beaucoup la ra
pidité de l'absorption. º º º - ' ' ' ' " ' '
, En effet , d'après l'expérimentateur plus haut cité, le
ferro-cyanure, pris deux minutes après le repas, n'apparaît
dans l'urine qu'au bout de 30 ou 40 minutes. . ! ' "
· D'un autre côté, les expériences de Magendie ont appris
qu'il faut environ six minutes pour qu'apparaissent les pre
miers symptômes de l'empoisonnement par l'upas-tieuté , dé
posé dans la cuisse. . - - . - - , '. , i !

• Il doit donc, dans l'immense majorité des cas, s'écouler un


temps assez long , entre le dépôt du virus rabique dans les
tissus et son absorption, — ou bien parce que les plaies saignent,
ou bien parce que le sujet est en état de digestion, ou enfin
parce que la salive est visqueuse et que la surface qu'elle im -
bibe n'est point spécialement organisée pour l'absorption —,
pour que l'on
indications puisse, en temps
préservatrices opportum
de la rage , remplir les deux
inoculée. - •

M. Renault (1) s'est livré, au sujet de l'absorption des virus


par des surfaces traumatiques, à des expériences desquelles il
résulte que le temps minimum de cette absorption est d'environ
cinq minutes. D'où il suit que , dans ce laps de temps , on
• !

• * • • , , .

(1) Travaux inédits,


· ( 269 )
peut toujours secourir avec les plus grandes chances de réus
site les individus qui ont subi des morsures virulentes , et nul
doute que, s'ils viennent de terminer leur repas, ou s'ils l'ont
terminé depuis quatre heures seulement, on ne puisse encore
recourir avec succès aux moyens préservatifs après un quart
d'heure et même une demi-heure. Après vingt-quatre heures,
ces moyens, selon M. Renault, seraient tout à fait inutiles.
Agir assez vite pour s'opposer au passage, dans le système
circulatoire, du virus mis au contact des tissus vivants , telle
est donc l'indication fondamentale à remplir, pour prévenir les
funestes conséquences de la morsure des animaux enragés.
Plusieurs moyens , on le sait, se présentent pour arriver à
ce but : · · r
· , -
| | 1 || ' : •

- Le principal consiste à détruire le virus sur place. Toute


fois, il en est d'autres qui, bien qu'insuffisants à eux seuls, ou
d'un effet beaucoup moins certain que celui des caustiques,
peuvent néanmoins être employés très-utilement, en atten
dant que l'on soit à même de recourir à ces derniers ; nous
voulons parler du lavage, de la succion, du débridement des
plaies, de l'application des ventouses et, enfin, de la suspen
sion de l'absorption au moyen des ligatures. - º - º
Bien que tous les agents caustiques puissent être employés
avec fruit, tous n'ont pas joui de la même faveur. ll en est
même qui ont capté d'une manière exclusive la confiance de
quelques médecins. Celse n'avait guère recours qu'à la cauté
risation actuelle; Pravaz recommande surtout la cautérisation
galvanique; Rochoux accordait la préférence au nitrate acide
de mercure pour la généralité des cas. ll en est qui ont vanté
surtout le beurre d'antimoine, d'autres l'ammoniaque; dans
ces derniers temps, le perchlorure de fer paraissait devoir
jouir d'une certaine vogue. Les bons esprits sont d'avis de ne
point accorder au cautère actuel une efficacité supérieure à
celle des caustiques potentiels, et de reconnaître que tous ces
derniers peuvent donner des résultats avantageux , à la con
dition d'être bien employés. L'essentiel sera donc toujours de
recourir au caustique que l'on peut se procurer le plus promp
( 270 )
tement, et le feu ne devra intervenir, à l'exclusion de tout
autre caustique, que dans les cas où il s'agit de plaies pro
fondes, telles que celles de la bouche, du nez où l'on ne pour
rait faire pénétrer sans danger des caustiques liquides ou des
solides, pouvant se dissoudre dans les fluides organiques.
L'ammoniaque, le perchlorure de fer, le beurre d'antimoine,
le chlorure de zinc, le sublimé corrosif, le nitrate d'argent
fondu , la potasse, la soude caustique, la chaux vive, les
acides azotique, chlorhydrique , | sulfurique, acétique con
centré , l'acide arsénieux, l'eau phagédénique, l'eau mercu
rielle , peuvent donc être tous utilisés au besoin. Toutefois,
lorsque l'on pourra faire un choix , c'est aux caustiques liqui
des, et notamment au nitrate acide de mercure , au beurre
d'antimoine, à l'ammoniaque, au perchlorure de fer, que l'on
devra donner la préférence. • · ·· · . - -

On recommande de débrider les infundibulums, les diver


ticules des plaies, d'en exciser les lambeaux, afin de les dis
poser en une surface régulière, sur tous les points de laquelle
le liquide caustique ou le cautère actuel puisse porter son
action , à laquelle aucun atome de la matière virulente ne doit
échapper Tout en reconnaissant l'avantage de ces soins et la
nécessité de ne pas les négliger, nous devons faire remarquer
que, pour peu que l'opération doive être longue, il sera toujours
indispensable de la faire précéder ou accompagner de l'appli
cation d'une ligature, lorsque celle-ci sera possible , et même
de lavages à l'eau tiède ou même froide, simple ou chlorurée,
d'une cautérisation avec un caustique liquide. On se donne
ainsi la chance d'empêcher l'absorption du virus ou de le dé
truire; tandis qu'il pourrait s'introduire dans les vaisseaux
pendant l'opération, si l'on n'avait au préalable recours à ces
précautions.
L'amputation des membres, indispensable parfois chez
l'homme, lorsque, par exemple, il existe des déchirures , des
broiements considérables des tissus mous, des fractures com
minutives des os, ne trouve guère une application utile chez
les animaux. Mais l'ampntation des appendices, tels que la
( 271 )
queue, les oreilles, devrait être chez eux pratiquée comme
règle, alors même que les blessures sont simples et peu dan
gereuses par elles-mêmes. , Elle serait un moyen sûr d'empê
cher l'absorption, par les morsures qui ne dateraient pas de
plus de 5 minutes, 2 , n , , , · · · * º *.

On recommande de faire en sorte que le caustique soit mis


en rapport avec toutes les parties de la plaie. Pour atteindre ce
but, il importe de placer cette dernière, et surtout ses diverti
cules, en position déclive par rapport au caustique, pendant
le temps que l'on fait agir ce dernier , surtout lorsqu'il est
liquide. , , , , , , - t , i n -

· Lorsque l'on a recours au cautère actuel, il importe qu'il


soit chauffé au blanc et que le sang des plaies soit bien étan
ché, afin que le calorique n'agisse pas seulement par contact,
mais encore par rayonnement jusque dans les dernières rami
fications des plaies. , , , , , , , ,,
- Nous ferons, au sujet de l'application des ventouses, la
même recommandation , que pour les opérations exigées par
fois par l'état des plaies , c'est-à-dire, qu'il conviendra de
les faire précéder de la compression qui, outre qu'elle em
pêche l'absorption , a encore l'avantage d'accélérer l'hémor
rhagie. Les verres, les vases profonds et offrant des ouvertures
sensiblement plus larges que le plus grand diamètre des
plaies, peuvent être utilement appliqués, on le sait, après
que l'air en a été raréfié par la combustion , lorsque l'on ne
possède pas de ventouses à pompe. , , , , · · · .
La succion, à défaut de ventouses, pourrait-elle être pra
tiquée sans danger ? Il n'est pas possible de résoudre absolu
ment cette question par la négative ou l'affirmative , puisqu'on
a cité des exemples d'inoculation par les muqueuses. Néan
moins , lorsqu'il n'y a pas de plaies sur les lèvres ou dans la
bouche, il est très-présumable que, surtout si l'on avait le
soin de rejeter par expuition les liquides des plaies, à mesure
qu'ils pénètreñt dans la bouche, de laver cette cavité, il n'y
aurait guère de risque à opérer la succion chez l'homme. Du
reste, elle pourra, très-souvent, être faite par le sujet mordu.
( 272 )
Quant à la compression , praticable seulement sur les mem
bres ou sur les appendices, elle doit être assez forte pour in
terrompre , autant que possible , la circulation, jusqu'au mo
ment où les lavages , les ventouses et les caustiques auront pu
être appliqués. ll est presque inutile d'ajouter que les liga
tures ne doivent pas rester en place assez longtemps pour pro
duire la mortification des parties dans lesquelles on a inter
cepté la circulation. - - , * : #

Pour si certaine que soit l'action des précédents préser


vatifs, ce n'est point à dire que les remèdes intérieurs doivent
être absolument négligés. Toutefois , les diurétiques, les pur
gatifs, les sialagogues , et notamment les préparations mercu
rielles, les diaphorétiques ne peuvent guère inspirer de con
fiance, ou bien parce qu'ils sont trop lents dans leur action ,
ou bien parce qu'à supposer qu'ils produisent l'élimination
du virus , ce ne serait jamais qu'après le mélange de cet agent
avec le sang ; et il n'est guère permis d'admettre qu'alors
son élimination soit complète, ou que du contact qui a eu
lieu entre lui et le sang ne doive pas résulter l'invasion plus
ou moins prochaine de la rage. •" •

Si l'on réfléchit à l'influence que la plénitude du système


circulatoire exerce sur l'absorption, on conclura aisément
qu'il faut s'attacher surtout à le gorger promptement d'un li
quide , puisqu'alors l'absorption peut être tellement ralentie
que la même substance , absorbée en une minute , ne peut plus
pénétrer dans les voies circulatoires qu'après trente ou qua
rante minutes , d'après Ericksen. Qui sait si ce temps ne pour
rait pas être prolongé par l'ingestion de liquides, à des inter
valles assez rapprochés, pour interdire absolument la péné
tration du virus, jusqu'à ce qu'il soit décomposé ou rejeté par
l'inflammation éliminatrice qui ne tarde pas à se produire ?
Théoriquement, on se laisse volontiers persuader qu'il
puisse en être ainsi. ll pourrait être utile d'expérimenter,
dans le but de s'assurer jusqu'à quel point il y a lieu de
compter sur la puissance répulsive opérée par la réplétion
constante du système circulatoire.
( 273 )
Toutefois, quelque efficacité que l'on puisse accorder aux
liquides donnés jusqu'à saturation , nous ne croyons pas inu
tile d'ajouter à l'eau des stimulants tels que les alcooliques,
l'ammoniaque, les acétates, carbonates,hydrochlorates de cette
base, lesquels, en augmentant la chaleur animale, détermi
nent une dilatation des liquides, propre à soutenir la tension
des vaisseaux , si défavorable à l'absorption. . '· '; .
Bien qu'il soit loin d'être démontré que le virus rabique
reste confiné dans les plaies , les cicatrices, jusqu'au mo
ment où elles se boursouflent , s'ulcèrent, il n'en résulte pas
moins qu'il ne peut être nuisible de cautériser les plaies,
- d'ouvrir même les cicatrices pour appliquer les caustiques,
quel que soit le temps écoulé depuis les morsures, surtout
au moment où se produit le prurit, qui est parfois le signe
précurseur de l'invasion. , º | · · · ·
Tel est, rapidement présenté, l'inventaire des ressources
les moins incertaines auxquelles on puisse recourir pour pré
server de la rage, dans l'état actuel de la science. Est-ce à dire
que l'on ne doive pas essayer d'aller plus loin, de trouver le
spécifique de cette maladie, en vain cherché jusqu'à ce jour ?
Nous sommes loin de penser que les insuccès du passé doi
, vent enlever tout espoir. Du reste , il faut le dire, malgré
que de hardis expérimentateurs , entraînés par l'amour du
bien, n'aient point reculé devant les tentatives de ce genre,
les essais faits sur les animaux sont encore assez restreints ,
sans doute à cause de l'effroi qu'inspire la possibilité des mor
sures auxquelles ils exposent. Aussi avons-nous cru devoir
imaginer des appareils à l'aide desquels on pût , sans dan
ger , se livrer à toutes sortes d'expériences sur nos carnivores,
le plus souvent affectés de la rage, et dont les dents sont les
plus redoutables. ·· · · · - -

Le plus important est une loge , à porte grillée, sur les


parois latérales de laquelle se trouvent deux ouvertures, assez
grandes pour laisser passer la tête de l'animal enragé , se
fermant au moyen de portes à coulisses que l'on met en mou
vement à l'aide d'une roue dentée et d'une crémaillère. La
tête une fois amenée au dehors de la cage en tirant sur l'une
18
( 274 )
des deux chaines par lesquelles l'animal est attaché, on serre
le cou latéralement, de sorte que la tête est fixée sans que la
strangulation ou la congestion cérébrale soient à craindre. On
peut tout à l'aise alors ouvrir la gueule au moyen d'un spé
culum pourvu d'un long manche , y introduire un tube en fer
muni d'un entonnoir, et à l'aide duquel les liquides sont
facilement portés dans l'arrière-bouche.
Avec cet appareil, que nous proposons aux expérimenta
teurs , nous avons l'intention d'essayer tour à tour , aussi
souvent que nous en aurons l'occasion , d'abord les remèdes
les plus prônés, et qui n'ont pas encore subi des épreuves dé
cisives , et de nous adresser ensuite aux agents les plus actifs,
déjà si nombreux, qui n'ont pas encore été essayés, ainsi
que ceux que les progrès des sciences naturelles viendraient
à faire découvrir. Là seulement est la chance de réussir, et
non pas dans l'expression de craintes décourageantes , aussi
funestes à l'art de guérir qu'aux malheureux enragés auxquels
il faudrait au moins enlever l'idée de son impuissance.
Mesures de police médicale. — Les ressources de l'art, cela
résulte de ce qui précède, sont encore fort limitées ; c'est une
raison pour que l'autorité apporte toute la vigilance qui in
combe à son rôle afin d'écarter autant que possible les chances
des désastres qu'occasionnent trop souvent les morsures d'a
nimaux enragés, les effets nuisibles que pourraient même
produire leurs chairs et certains de leurs fluides.
La vente de la chair, du lait des animaux morts ou atteints
de la rage, doit être formellement interdite.
Ce ne serait sans doute pas aller trop loin que de mettre en
suspicion les sujets qui , sans avoir été mordus par des ani
maux enragés, auraient mangé de la chair, bu du lait , du
sang de ces animaux , ceux qui auraient eu avec eux des rap
ports sexuels , alors même que la rage n'était encore qu'à
sa période d'incubation. - -

Ne serait-il pas prudent de placer aussi parmi les suspects


des animaux qui auraient pu être mordus par des chiens
trouvés morts hors du domicile de leurs maîtres, ou souillés
d'une manière quelconque par les matières supposées conta
( 275 )
gieuses de ces animaux inconnus, abattus parce qu'ils offraient
des symptômes rabiques , et chez lesquels on ne trouverait,
· à l'autopsie , d'autres altérations que celles précédemment
signalées comme devant faire naître au moins la présomption
de la rage ? | -

| S'il était bien démontré que les mâles seuls enragent spon
tanément, que la privation des actes générateurs est la cause
vraiment efficiente de la rage, il faudrait, sans hésitation,
| condamner à être castrés les chiens mâles, à l'exception de
· ceux que l'on destinerait à la propagation de l'espèce. Mais
il faut attendre, pour arriver à une semblable mesure, que
· l'observation et l'expérience soient parvenues à la justifier.
" Jusque-là, on doit tendre à restreindre le nombre des chiens
· inutiles, à mettre les animaux de cette espèce, inutiles ou
non, dans l'impossibilité de nuire lorsqu'ils viennent à être
surpris par la rage. Il faut, enfin, ou sacrifier impitoyable
ment les chiens ou autres animaux mordus par des enragés,
ou les condamner à une séquestration assez longue pour que
les chances de rage dont ils sont menacés soient restreints aux
plus étroites limites, ou à peu près complétement annulées.
L'impôt sur l'espèce canine n'a pas assez sensiblement fait
diminuer le nombre des chiens; il serait plus restreint si la
loi recevait une application plus rigoureuse. Nous avons
vu que les mâles sont enragés dans une plus forte proportion
que les femelles ; ne devrait-on pas , pour cette raison , les
imposer plus fortement que ces dernières ? -

Plusieurs vétérinaires pensent que si, depuis l'établisse


ment de l'impôt sur l'espèce canine, les cas de rage, chez
l'homme , se sont assez notablement réduits , ainsi que le
prouve le résultat de l'enquête dans laquelle on met en com
paraison les statistiques des années 1853 , 1854 , 1855 , et
celles de 1856, 1857, 1858, les premières, antérieures, et
les autres postérieures à l'impôt, cette diminution n'est pas en
rapport avec la réduction qu'a subie la population canine de
puis qu'elle est imposée. lls attribuent ce résultat à la moindre
liberté accordée aux chiens depuis l'application de cette me
sure. Outre qu'il aurait fallu donner les chiffres prouvant
( 276 )
cette non décroissance proportionnelle, nous pouvons tou
jours conclure que la diminution positive, proportionnelle ou
non, qui a été constatée, paraît en faveur des résultats pro
duits par l'impôt, que l'on doit par conséquent maintenir,
à supposer que l'on ne doive pas en élever le chiffre.
On a peine à concevoir que les autorités puissent encore
hésiter à saisir les chiens errants, non muselés, lorsqu'il est
à peine possible de contester que l'application rigoureuse et
générale de cette mesure suffirait à elle seule pour éviter
presque tous les dangers de la rage. | | | | ,' • • •• • • • •• • • "

Mais comme il est bien rare que cette maladie éclate chez le
chien qui marche sous l'œil et le commandement de son
maître, ou chez celui qui rôde autour du logis confié à sa
garde, sans que l'on s'aperçoive des symptômes que fait naître
l'invasion de cette maladie, et sans que , par conséquent ,
l'on s'empresse de prendre les mesures applicables à l'exigence
des cas, vouloir contraindre tout détenteur de chien à le tenir
constamment muselé, à l'attache ou en laisse, serait priver à
peu près inutilement de l'agrément ou des services réels que
nous retirons du plus dévoué de nos animaux domestiques ;
ajoutons que la contrainte trop absolue pourrait multiplier les
cas de rage spontanée, si tant est que cette condition exerce
quelque influence sur la production de cette maladie. Tout au
plus pourrait-on réserver l'application de ces rigueurs dans
les saisons les plus propices à l'éclosion de la rage spontanée,
lorsqu'il est notoire que quelques carnivores enragés sont
errants dans le voisinage, ou lorsque la rage règne à l'état
épizootique (1). | º . - - : , :

Nous ne pouvons, toutefois, aller plus loin sans rappeler


1ci les résultats qui , à Berlin , ont coïncidé avec le muselle
ment des chiens rigoureusement appliqué, M. Renault, dans
une communication récente faite à l'Académie des sciences, .
rapportait ce qui suit : , · · · · · ··· · · · · · !

(1) On a dit que les muselières, assez serrées pour empêcher le chien de
mordre , avaient aussi l'inconvénient de s'opposer à l'acte de la respiration
et à la transpiration pulmonaire ; mais MM. Goubaux d'Alfort, et Charrière,
de Genève, ont imaginé des muselières qui remédient à ces inconvénients.
( 277 )
De 1845 à 1853 on a constaté , à Berlin , 278 cas de rage.
Le musellement est prescrit, et de 1854 à 1861 on en a cons
taté 6 cas seulement : · · · · ·
M. Renault, avec cette réserve qui donne tant d'autorité à
sa parole , fait observer que , si de pareils résultats se conti
nuaient les mêmes pendant quelques années, on pourrait en
conclure : 1° que la rage spontanée est très-rare; 2° que le
musellement permanent est une mesure efficace pour empê
cher la propagation de cette maladie ; 3° qne c'est à tort que
plusieurs auteurs regardent la contrainte résultant de l'appli
cation de la muselière sur le chien comme une cause du déve
loppement de la rage chez cet animal. Nous approuverons
d'autant plus la réserve de M. Renault, que, d'après les sta
tistiques établies à l'Ecole vétérinaire de Toulouse , nous avons
constaté ce qui suit : - º - • - -

1843............ 0 | 1851 . .. ... .. . , ... 3


1844.... ....... | 3 | 1852..... · · · · · · ·
6
1845. , ... .. • • •
1846..... , ..... 0
| : || 1853....... . : . .. 4
1854............ 5
1847 . . ... ... .
1848.... . .... ... 0
• • • i |
1855. ... .. . .. ...
1856 . •
2
3
1849. ... ... .. , .. 2 | 1857 ... .. .. ... .. | 1
1850. . .. . . ...... 5 | 1858..... • • • • • • • 5
Si , à Toulouse , sans l'application obligatoire de la mu
selière , on a vu des années s'écouler sans qu'aucun cas de
rage ait été enregistré, ne se pourrait-il pas que l'absence des
influences
de la rage épizootiques ait que
bien plus forte une le
part dans la non-production
musellement? • • •

| Nous nous sommes demandé bien souvent si ce n'était pas


aller beaucoup trop loin que de répandre, à certaines époques,
dans les lieux fréquentés, des poisons destinés aux chiens que
leurs propriétaires laissent errer en liberté , malgré les aver
tissements de l'autorité. Outre que cette mesure frappe aveu
glément , qu'elle est , comme l'épée de Damoclès, suspendue
sur les contraventions volontaires ou involontaires , n'est-il
pas évident qu'elle peut être la source d'accidents irrépara
( 278 )
bles sur les animaux et sur l'homme , qu'elle peut même four
nir le moyen de réaliser des intentions criminelles ?
Si nous ne sommes pas partisan des précautions dont les
excès peuvent avoir leurs inconvénients, nous voudrions que
l'on se montrât plus rigoureux, à l'égard surtout des carnivores
mordus par des animaux enragés, ou devant être mis en suspi
cion pour une quelconque des raisons précédemment exposées.
La séquestration de 40 jours nous paraît complétement in
suffisante, puisqu'il est notoire que bon nombre de chiens
mordus sont devenus enragés après l'expiration de ce délai ;
puisque, d'après les statistiques établies, il n'y a décroissance
bien manifeste, dans le nombre des individus qui enragent ,
que 3 mois après qu'ils ont été mordus : puisqu'enfin nous
avons vu, mais une fois seulement , la rage communiquée
faire son explosion après un peu plus de 5 mois d'incubation.
La séquestration seule ne nous semble donc pas pouvoir
donner une sécurité complète , fût-elle portée à 3 et même
à 5 mois ; et si l'on ne devait compter que sur l'altération du
virus, ou son expulsion par le temps , nous ne pourrions con
sidérer comme complète la sécurité provenant de la séques
tration , quelque longue qu'en ait été la durée ; car le temps
écoulé depuis les morsures établit, pour nous, plutôt la preuve
de la non-absorption du virus que celle de son rejet ou de sa
décomposition. . ' • • • • i • • · · · · -

Aussi adopterions-nous sans réserve le conseil émis par notre


ancien collègue , M. Sanson , auteur d'un excellent opuscule
sur la rage , de tuer sans pitié tous les chiens suspects pour
avoir été mordus par des enragés, si nous ne savions le degré
de confiance que l'on peut accorder à la préservation de la
rage par l'emploi rapide des moyens propres à détruire , en
traîner hors des plaies, le virus rabique , ou à s'opposer à son
absorption. Comme conséquence, il nous semble qu'avant de
condamner à mort les suspects , on devrait stipuler au moins
la condition que, dans les 5 minutes qui suivent la morsure
bien constatée , ils n'ont pas reçu les soins exigés pour les
préserver des atteintes du virus. Mais si l'autorité, dans notre
opinion, doit se restreindre à ces limites, pour ne pas tomber
( 279 )
dans l'abus , nous serions loin de détourner les propriétaires
des animanx suspects de se résigner à les sacrifier. -

Puisque la science n'est pas entièrement désarmée à l'égard


de la rage ; puisque , au contraire, il est incontestable qu'à la
condition d'agir promptement, on peut sûrement préserver des
funestes atteintes du virus rabique, pourquoi l'administration
ne s'occuperait-elle pas de répandre les moyens de conjurer
le fléau partout où il est possible de lui arracher des victimes ?
Il y a longtemps déjà que nous avons essayé de faire ressor
tir l'utilité des boîtes de secours à l'usage des individus exposés
à l'action du virus rabique ; notre voix n'a pas été entendue.
ll nous semble, pourtant, qu'il serait aussi utile de préserver
de la rage les malheureux qu'elle menace d'atteindre que de
secourir ceux qui sont placés sous le coup de l'asphyxie.
Les boîtes de secours contre l'invasion de la rage , dont nous
voudrions que toutes les communes, ou tout au moins celles
qui sont dépourvues de médecins et de pharmaciens , fussent
munies , n'entraîneraient pas à de grandes dépenses. .
· Elles pourraient contenir seulement des liens pour exercer
la compression , une sonde pour la découverte des diverticules
des plaies , trois cautères , un en pointe, un à olive , un en
cylindre, pour la cautérisation des plaies , quelles que soient
les formes de ces dernières ; enfin , ' deux flacons renfermant
autant de caustiques liquides : le nitrate acide de mercure, le
perchlorure de fer. Tout au plus coûteraient-elles la modique
somme de 20 fr.' -

Ces boîtes, déposées à la commune, seraient à la disposi


tion des personnes les plus sédentaires et les plus aptes à
les utiliser : soit le desservant de la paroisse , le vétérinaire ,
les sœurs hospitalières, l'instituteur primaire, là où les méde
cins et les pharmaciens feraient défaut. - .

A des intervalles périodiques , l'autorité ferait avertir, aux


portes des églises et par tous autres moyens , que le public
est admis, en tout temps, à recevoir à la commune les secours
préservatifs de la rage. . - , , . '

Ne parviendrait-on , à l'aide de cette institution , à préser


ver par année qu'un seul homme de la rage, que l'on devrait
( 280 )
se considérer comme amplement dédommagé des sacrifices
pécuniaires imposés aux administrations. -

Mais si l'on réfléchit que, d'après les statistiques du Comité


consultatif d'hygiène publique , de 1853 à 58 inclusivement,
297 personnes ont été atteintes de morsures virulentes, sui
vies du développement de la rage, sur 153 , ce qui porte la
moyenne des enragés à environ 26 par année, n'est il pas à
présumer que ce chiffre, à supposer que les morsures conser
vent cette fréquence, serait de beaucoup diminué , si l'on
possédait partout la possibilité de secourir en temps oppor
tun les malheureux auxquels le virus rabique a été inoculé? ·
Nous ne terminerons pas sans exprimer combien nous se
rions heureux que la Société de médecine de Toulouse voulût
bien donner son approbation à cette mesure : car un tel pa
tronage déterminerait peut être l'autorité à tenter son appli
cation. S'il en était ainsi, nous avons la ferme confiance que
bientôt les faits viendraient mettre en relief sa bienfaisante
influence. Vous auriez alors à vous féliciter, Messieurs, d'avoir
rendu un nouveau et bien signaléservice º º º º ' '
,, , , , , , .'! ; }, ' º - º : º º º
RÉsUNIÉ des mesures que les Autorités devraient
mettre à exécution, dans le but de s'opposer à
1a transmission de la rage à I'homme et aux
animaux. ' " '' 'i ' ! | | :• • | ! - || ||

$ 1". - Mesures applicables à tous les chiens et dans tous


•: i,ſ * º! | : .. ! - les lemps. • • • • •• ,• , t. i { | * 4i !

L'impôt sur les chiens doit être maintenu. -- La taxe des


mâles devrait être plus forte. · ·
Tout chien doit porter le nom et le domicile de son maître
sur son collier.º º º ' " ' ' : ' '" "
Tout chien libre, hors de la portée de la voix de son maître,
et sans muselière bien adaptée , sera saisi. — Moyennant une
amende, le propriétaire pourra , dans la huitaine, réclamer
le chien s'il n'est pas suspecté. — Passé ce délai, l'animal
non suspect sera vendu. , , , , : · · · · ·
Tout animal suspecté sera abattu, " ' " ' ^
( 281 )
La muselière sera obligatoire pendant toutes les saisons où
la rage est le plus fréquente.
La dissémination des poisons, outrepassant parfois le but
que l'on se propose, pouvant même, dans certains cas,
occasionner des accidents, faciliter l'exécution de desseins
criminels, devrait être abandonnée.

S II. — Mesures applicables aux chiens ou autres animaux


- - - suspects de rage.
· Doivent être considérés comme suspects de rage les animaux
qui se trouvent dans l'une quelconque des conditions suivantes :
1° Ceux qui ont été mordus par des animaux enragés ;
2° Ceux auxquels a été inoculée, d'une manière quel
conque, la salive d'animaux atteints de la rage ; .
3° Ceux qui ont mangé de la chair, bu du sang, du lait de
bêtes atteintes de rage, ou qui ont été souillés par le simple
contact de ces matières ou autres humeurs, notamment de
la salive ; . ºf , . - -

4° Ceux qui ont eu des rapports sexuels avec des animaux


suspects, lesquels plus tard ont effectivement été affectés de
la rage ;, ... ..,... # • # • • • • • • • - •• • • • •: -

5° Ceux qui ont été, mordus par des chiens ou autres ani
maux trouvés morts, et à l'ouverture desquels on n'a constalé
que les signes nécropsiques qui peuvent établir la suspi
cion de rage ;
· 6" Ceux qui ont été mordus par des animaux que leur état
de fureur a forcé d'abattre, et qui, à l'autopsie, ont pré
senté ces mêmes signes , indépendamment des lésions de la
mort violente ; -

7" Les chiens affectés d'un état maladif vague, avec air
menaçant, voix modifiée, envie de mordre, refus des liquides
ou des aliments, salivation abondante. -

Tous ceux de ces animaux suspects de rage communiquée


devront, dans le plus bref délai, recevoir les soins reconnus
comme les plus propres à détruire le virus rabique, ou à
empêcher son absorption. - -

Si ces soins n'ont pu être donnés , au plus tard dans les


( 282 )
vingt-quatre heures qui suivent les morsures , ou inoculations
diverses, ces animaux seront abattus.
Tout animal suspect doit être séquestré pendant trois mois ;
puis rigoureusement muselé pendant trois autres mois.

$ lll. — Précautions à l'égard des dépouilles et produits des


animaux enragés.
Les animaux morts de la rage, ou abattus comme atteints
ou suspects de cette maladie, doivent être enfouis , après que
leur peau aura été tailladée. Les cadavres devront être recou
verts d'un mètre de terre au moins. Les fosses seront garanties
de l'accès des animaux carnassiers. !

$ IV. — Boites de secours contre les morsures d'animaux


,, , ,, · · · · · enragés. '

| La cautérisation est, avec juste raison, regardée aujourd'hui


comme le remède le plus sûrement efficace contre les consé
quences des morsures des animaux enragés. .
Afin d'assurer la prompte application de ce moyen , on
devrait établir, dans toutes les communes, des boites de secours
renfermant tous les instruments ou drogues nécessaires pour
procéder à la cautérisation, dans le plus bref délai possible 3

et selon les règles qui en assurent le mieux les bons effets.


Ces boîtes de secours seraient déposées chez les Docteurs en
médecine, Officiers de santé, Pharmaciens, ou Vétérinaires ,
et à défaut, chez les Desservants, les lnstituteurs, ou dans
les établissements charitables. . , · · · ·
Il conviendrait d'y joindre une instruction sur la meilleure
manière d'en faire usage , suivant les différents cas. .
| | -- | | | | . • | •• •

La Commission permanente de salubrité publique, appelée à donner son


avis sur les conclusions du Mémoire de M. Lafosse, a adopté ces conclusions
à l'unanimité. . * • * , • • , : • ( ! 1 • 1 , , ,, , ,• • • ' : » .

Conformément au vœu émis par cette Commission, la Société a décidé que


le remarquable
Garonne, travail de M. Lafosse serait adressé à M. le Préfet de la Haute
• • • • º * · · · · · · · · · · s *

- * " : , , , , ,, , • 1, · · · ·
( 283 )

CONFÉRENCEs sUR LA CONSTITUTioN MÉDICALE.

RAPPORT,
Par M. le Dr MOLINIER, Secrétaire du primâ mensis.

-
| | ||| | | , * , * , ! · · · ·

Mars 1863. — Le vent de nord-ouest , qui a été dominant


pendant tout le mois de mars, et les pluies froides de l'équi
noxe de printemps ont contribué beaucoup à augmenter le
chiffre des affections des voies respiratoires, parmi lesquelles
la pneumonie a été une des plus fréquentes. L'expectoration
sanguinolente a été rencontrée dans un assez grand nombre
de cas dont la gravité était due surtout à l'adynamie, qui a
souvent compliqué l'inflammation des poumons : quelquefois
le délire est venu s'ajouter à la prostration des forces. Dans
ces conditions fâcheuses , les contro-stimulants ont été mal
supportés dans le traitement de cette phlegmasie, qui a été
souvent mortelle. , - ·
L'un de vous a signalé une pneumonie dans laquelle les
crachements de sang revenaient à la même heure du jour; le
sulfate de quinine, à la dose répétée de un demi-gramme, a
fait disparaître ce symptôme périodique de la maladie, dont
l'issue a été heureuse. Mentionnons un cas de pneumonie
mortelle qui a paru se rattacher à la diathèse goutteuse. ,
| A l'Hôtel-Dieu ont été traités : des pleuro-pneumonies, des
pleurésies, des broncho-pneumonies, des bronchites capillai
res avec ou sans pleurodynie, un cas de trachéite caractérisée
par la douleur sus-sternale et la toux férine.
· En ville, chez des enfants , plusieurs cas de coqueluche,
des laryngites , deux cas de croup, dont un a été traité avec
succès par l'administration, dès le début, de l'émétique et du
sulfate de cuivre joints aux onctions mercurielles autour du cou.
Chez un enfant de cinq ans , la fièvre typhoïde, très-rare à
( 284 )
cet âge , a été caractérisée par la prédominance des phénomè
nes gastriques et adynamiques.
Nous avons observé, chez une petite fille de sept ans , une
forme de chorée consistant en un rire convulsif et des mouve
ments désordonnés des muscles de la face, revenant par accès
périodiques. Une méningite chez un enfant de deux ans , com
battue par les frictions mercurielles et iodurées sur la tête,
suivies de l'administration, longtemps prolongée, d'iodure de
potassium et d'huile de foie de morue, s'est favorablement
jugée par une otorrhée double.
Parmi les affections éruptives , vous avez rapporté un cas
de varioloïde, un cas de rougeole, des fièvres scarlatines, des
urticaires , des zona , un grand nombre d'érysipèles , un
pemphygus aigu , trois cas d'erythème noueux , des anthrax ,
des furoncles, très-fréquents cette année.
Vous avez eu encore à traiter, dans le courant du mois,
plusieurs cas d'apoplexie, dont deux mortels, des congestions
cérébrales, deux cas de péritonite spontanée suivie de guéri
son , des rhumatismes poly-articulaires, des myodinies , des
névralgies sciatiques dont une traitée avec succès par l'appli
cation d'un vésicatoire saupoudré de morphine. Ce topique a
rapidement enlevé la douleur rebelle à la simple vésication,
malgré le dire de Valleix, qui prétend qu'au vésicatoire seul
doit revenir l'honneur de la guérison des névralgies traitées
par l'absorption endermique des narcotiques. .
Notre compte rendu sera complet si nous y ajoutons des
fièvres muqueuses chez les adultes, et chez les vieillards un
état typhoïde compliqué de diphtérite buccale et pharyngienne,
s'étendant peut-être à l'intestin , affection rapidement funeste.

Avril. -- Parmi les affections qui ont été mentionnées dans


notre dernière Conférence, figurent encore au premier rang
les maladies caractérisées par le catarrhe des muqueuses , et
celles qui se manifestent par un exanthème cutané.
C'est ainsi que les fièvres catarrhales et les fièvres muqueu
ses, plus spécialement distinguées des premières par la fluxion
folliculaire avec hypersécrétion de l'estomac ou de l'intestin
( 285 )
ont été fréquentes dans le mois d'avril sans qu'il y ait en
cependant épidémie comme à Lyon.
De la discussion qui s'est produite dans le sein de la Société
de Médecine de cette ville, il est résulté que la maladie ré
gnante ne devait pas être confondue avec la fièvre typhoïde, et
que la fièvre muqueuse ne devenait jamais une dothienentérie.
Sans nous occuper d'une proposition que certains d'entre
vous trouveront peut-être trop exclusive , nous pouvons dire
que, pas plus qu'à Lyon, il n'y a eu à Toulouse d'épidémie
de fièvres typhoïdes. Depuis le commencement de l'année ,
quatre à cinq cas de cette affection bien caractérisés ont été
seulement consignés dans nos Rapports mensuels. Ces chiffres
répondent victorieusement aux assertions erronées et aux
craintes chimériques de quelques personnes toujours prétes à
· · i1 , i ! , ,· · · · , ,, , . •• • • • "
s'alarmer. - - . -

Parmi les affections éruptives, notons : un cas de variolé à


l'Hôtel-Dieu, chez un malade arrivant de Salses ( Pyrénées
Orientales), trois ou quatre cas en ville, dont un avec con
fluence des pustules chez un jeune homme de vingt ans vacciné,
plusieurs cas de varicelle et de rougeole chez des enfants.
Les érysipèles de la face ont été encore très-nombreux en
avril ; l'un d'eux s'accompagnait de vomissements ; un autre
s'est terminé par un abcès de la paupière ; plusieurs , surtout
les récidivés, semblaient avorter après leur apparition sur le
nez ou les oreilles. Dans un de ces cas, nous avons vu surve- .
nir, chez un jeune homme de vingt ans , des accidents intesti
naux graves avec délire. Il nous a semblé qu'il y avait chez ce
malade, érysipèle interne métastatique, et la révulsion cuta
née a fait cesser les symptômes alarmants.
Le traitement n'a pas été toujours aussi simple, et il a fallu
dans certains cas d'érysipèles envahissant le cuir chevelu ,
avoir recours à la saignée une et deux fois. - -

Il y a eu encore dans le courant du mois quelques pneumo


nies présentant de la gravité , un certain nombre de catarrhes
pulmonaires suffocants, deux ou trois cas de laryngo-bron
chites et de coqueluches persistantes chez les enfants. Les
affections du tube digestif ont été les suivantes : des embarras
( 286 )
gastriques , deux cas de dysenterie aiguë , ayant cédé au trai
tement ordinaire.
· Signalons enfin deux cas de coliques néphrétiques avec
gravelle urique, des congestions fugaces de l'encéphale, ver
tigineuses, et enfin un cas de fièvre ataxique avec hoquet per
sistant au début et délire nocturne, chez un vieillard de
soixante-dix ans; en somme, beaucoup moins de maladies gra
ves dans le courant de ce mois , et un chiffre de décès de
beaucoup inférieur à celui des mois précédents , comme l'in
dique notre statistique.

Mai. — Les maladies qui ont véritablement régné dans


notre ville pendant le mois de mai sont les névralgies , le plus
souvent rhumatismales ( rhumatisme nerveux des anciens ).
Variables quant à leur siége, ces affections, nées sous l'in
fluence des pluies continuelles du printemps, ont été excessi
vement tenaces , et la thérapeutique a été souvent impuis
sante contre elles. Les névralgies faciales ont été particulière
ment rebelles au sulfate de quinine et aux antispasmodiques.
Nous avons eu tous à traiter , dans le courant du mois, des
névralgies crurales, sciatiques, cervicales postérieures ; plu
sieurs cas de rhumatisme musculaire, dont un, chez un de nos
collègues, fixé plus spécialement sur l'aponévrose de la cuisse.
Ces diverses affections rhumatismales , incomplétement
guéries par les moyens ordinaires , se trouvent, en général,
fort bien de l'usage des eaux thermales. Les eaux sulfurées
sodiques de Luchon et d'Ax attirent à peu près tous les rhu
matisants de l'Ariége et de la Haute-Garonne, tandis que les
bains de Rennes dans l'Aude , de Bagnères-de-Bigorre dans
les Hautes-Pyrénées, ont le privilége de guérir les rhuma
tismes des départements voisins. Cela prouve que , pour
guérir les douleurs, l'élément soufre n'est pas indispensable,
et que la thermalité des eaux suffit le plus souvent. On a
même remarqué que les femmes et les enfants, qui suppor
taient peu l'excitation des bains sulfureux , s'accommodaient
très-bien des eaux thermales salines et ferrugineuses.
Les fièvres éruptives qui, l'année dernière, à pareille épo
( 287 )
que, étaient dominantes, sont peu nombreuses cette année.
Quelques cas de variole , dont un mortel par suite de la con
fluence des pustules , ont été traités principalement à l'Hôtel
Dieu. Dans le même hôpital se sont présentés deux malades
atteints de suette miliaire, venant de Montastruc. Un autre cas
de cette affection éruptive a été observé en ville : tous les trois
ont eu une marche régulière et une heureuse terminaison.
Signalons plusieurs cas d'érysipèle de la face, affection
très-fréquente cette année à Toulouse , mais, en général,
sans gravité. Un cas de tétanos spontané chez une dame d'un âge
avancé, morte au troisième jour de l'invasion du mal : le chlo
roforme en inhalations a paru relâcher un peu les muscles de
l'abdomen et rétablir les sécrétions, supprimées depuis la veille.
La fièvre muqueuse a été observée un certain nombre de
fois et a présenté, au début, des vomissements bilieux. Quel
ques cas de coqueluche , plutôt catarrhale que spasmodique,
ont été encore notés chez les enfants. Un assez grand nombre
d'ophthalmies, deux cas de pleurésie chez des adolescents,
complètent ce tableau de la constitution médicale , qui peut
, se résumer en disant : peu de maladies graves à Toulouse dans
le courant de mai ; beaucoup d'indispositions occasionnées
par l'humidité de l'atmosphère , et n'ayant pas exigé l'in
tervention du médecin. -

Juin. -- La coqueluche, qui sévit depuis la fin de l'hiver


chez les enfants, a été observée assez souvent dans le courant
de juin. Nous disions , le mois dernier, que la forme catar
rhale de cette maladie avait surtout régné à Toulouse , nous
devons ajouter qu'elle s'est compliquée, dans ces derniers
temps, de spasme laryngien caractérisé par la stridulation.
Au début, la coqueluche a ressemblé assez souvent au faux
croup qui , du reste , a été rencontré plusieurs fois chez les
enfants de deux à cinq ans. Malheureusement le croup véri
table, rare dans cette saison , a fait une victime ; c'était un
garçon de quatre ans, mort au troisième jour de la maladie.
La trachéotomie , proposée en temps opportun , a été refusée
par les parents. Les vomitifs ont été efficacement employés au
( 288 )
début des affections spasmodiques des bronches et du larynx.
La coqueluche, communiquée d'un enfant à sa mère dans un
cas, n'a pas paru contagieuse dans d'autres circonstances.
On a signalé, dans le courant de ce mois, des hémorrhagies
chez les femmes récemment accouchées. Une perte utérine,
au douzième jour de l'accouchement, a nécessité l'emploi de
l'ergotine et de l'eau glacée en applications sur le ventre.
Chez une autre femme, c'était une épistaxis incoërcible au
huitième jour des couches.
Quelques cas de fièvres typhoïdes ont été signalés chez les
adolescents : l'une d'elles, à forme diphtéritique, a présenté
des phénomènes algides cholériformes, bientôt suivis de mort.
L'état du ventre ne pouvait faire supposer une perforation
intestinale. L'ataxie a compliqué ces dothienentéries qui ont
été sporadiques , et dont la terminaison a été généralement
heureuse.
Les fièvres éruptives ont été observées en assez petit nombre
pour la saison. A l'Hôtel-Dieu il y a eu trois cas de variole,
dont un avec confluence des pustules et adynamie pendant la
période d'éruption. Un cas a été vu en ville chez un enfant de
quatre ans vacciné.
Des érysipèles, des urticaires, quelques rougeoles, com
plètent le tableau des affections éruptives régnantes.
Les maladies du tube digestif ont été des diarrhées, des
entéro-colites cholériformes , en général de peu de durée.
Notons encore un cas de rhumatisme articulaire aigu , et
des névralgies sciatiques, crurales, iléo scrotale chez une
jeune fille; la névralgie crurale s'irradiait dans la grande
lèvre du même côté.
Enfin, vous avez signalé plusieurs cas de congestion céré
brale chez des personnes âgées de plus de cinquante ans, et
un décès à la suite de pneumonie délirante, venant confirmer
le pronostic hippocratique : Peripneumonicis delirium lethale.

Toulouse , le 31 octobre 1863.


Le Secrétaire général, JULEs NAUDIN.
( 289 )

DES MALADIES LATENTES;


Par M. le Docteur LoUIs DESCLAUX,
Candidat à une place de Membre résidant.

RAPPORT PRÉSENTÉ SUR CE MÉMOIRE

Par une Commission composée de MM. BEssIÈREs, GAUssAIL ,


PARANT, JANoT, et GUITARD , Rapporteur.

.... LE travail de M. Desclaux est divisé en un préambule


et en trois parties ou chapitres.
Nous trouvons dans ce préambule que les maladies latentes
et les maladies larvées ont une grande analogie ; — que les
maladies latentes sont un des principaux écueils du diagnostic
et du traitement ; — que l'état latent s'offre à chaque instant
dans l'étude des êtres vivants, comme dans les graines végé
tales, comme chez l'homme dans le cas de mort apparente,
de prédisposition morbide et de passion concentrée.
La physique, elle aussi, présente sans contredit des phé
nomènes latents.
« Nous n'envisagerons pas la latence, dit M. Desclaux , dans
» le sens rigoureux du mot , et nous appellerons maladies
» latentes celles dont le diagnostic est difficile à étudier , parce
» que leurs caractères sont indécis , imparfaits , équivoques,
» cachés , peu ou point accentués. »
Telles sont, Messieurs, les prémices de ce travail. — Mais
s'il est vrai que les maladies latentes ne sont pas des maladies
larvées , n'eût-il pas été nécessaire, pour faire cesser toute
confusion, de bien préciser , sinon les points de contact, du
moins et surtout les points de dissemblance , les caractères
différentiels ? Pourquoi ne pas étudier cette question dans le
19
( 290 )
domaine de la physique proprement dite, avant de l'envisager
au point de vue physiologique, pathologique et psychologique,
et s'en occuper seulement en dernier lieu, comme si l'homme
n'était pas un véritable petit monde ?
Ces observations, pourtant , n'ont pas la même importance
que celles qui ont surgi à l'occasion de la définition des
· maladies latentes. ll est indispensable, en effet, dans l'étude
d'une question , de la bien présenter, de la bien préciser
surtout, de bien poser les limites , c'est-à-dire, de bien la
définir. C'est pourquoi la définition de la maladie latente ,
présentée par l'auteur de ce Mémoire, a paru trop générale,
trop absolue, trop vague partant , c'est-à-dire , trop peu
définie.
Tout le monde, en effet, a toujours signalé l'existence de
maladies faciles à diagnostiquer, et d'autres maladies diffi
ciles à reconnaître. Faut-il penser pour cela que toutes les
maladies dont le diagnostic est difficile sont des maladies la
tentes ? Evidemment non ; car , si les maladies latentes sont
toutes difficiles à reconnaître, toutes ces dernières ne sont
pas des maladies latentes.
Il y a beaucoup dans cette définition : et, parce qu'il y a
trop, il y a peut-être aussi trop peu ; trop de généralisation ,
pas assez d'individualisation. C'est d'autant plus regrettable
dans ce Mémoire, que la plupart des fautes qui le déparent
retrouvent toujours , ou presque toujours, leur cause dans l'i
nexactitude de la définition.
Les maladies latentes doivent être divisées, d'après l'au
teur , en maladies non diathésiques , — maladies diathési
ques, — et maladies réactives latentes. Telle est la divi
sion et la succession des chapitres que nous allons analyser.
La plupart des états morbides aigus et chroniques non dia
thésiques peuvent être latents. Parmi les premiers se présente
l'inflammation aiguë, qnel qu'en soit le siége. En tête des
affections générales pouvant être latentes , doivent être placés
le typhus et les fièvres typhoïdes. -

La fièvre intermittente pernicieuse, des épanchements sé


( 291 )
reux suraigus , des hémorrhagies intersticielles, la tuberculi
sation , des ruptures, des perforations viennent encore aug
menter la liste des maladies latentes appartenant à cette
première catégorie.
L'état chronique est encore plus fécond en maladies la
tentes, comme les altérations profondes du cerveau , les ma
ladies des sinus, les abcès même dans les médiastins, le foie
et les reins , les adhérences des plèvres, du péricarde , les ané
vrismes de l'aorte abdominale, les atrophies, les hypertrophies
et les indurations d'une foule d'organes principaux. Dans ces
cas si nombreux, il en est qui restent pendant des années entiè
res sans donner aucun signe de leur existence, tandis que d'au
tres, au contraire, déterminent des symptômes intermittents
appartenant soit à un surcroit d'activité du travail morbide,
soit á la congestion ou à l'inflammation des parties voisines ,
soit à une révolte de l'innervation.
Le diagnostic de ces maladies latentes n'est donc pas tou
jours possible ; mais il l'est souvent, quoique à des degrés
divers. La manifestation symptomatique est imparfaite , in
complète, souvent même nulle. Il est donc nécessaire d'aller
à leur recherche avec l'attention la plus scrupuleuse. L. Mé
decin ne doit jamais regretter une foule d'examens qui rais
sent inutiles de prime abord ; il faut qu'il appelle à s , se
cours tous les moyens d'exploration que la science peut ttre
à sa disposition ; il faut qu'il passe en revue les influences
des causes internes et des causes externes : le diagnostic doit
s'appuyer sur la résultante de l'ensemble des phénomènes qui
se rapportent à l'état pathologique. C'est ainsi que la science
de la notion des maladies est à la fois analytique et synthé
tique, et qu'il faut accepter les travaux des anciens et ceux
des modernes qui doivent se compléter mutuellement.
Quoique ce chapitre ne contienne rien de neuf, et que le
mode d'exploration indiqué pour les maladies latentes ne soit
pas différent de celui que l'on doit mettre en œuvre pour la
recherche de toutes les maladies, il est juste de noter qu'il ne
renferme aucune erreur et qu'il est conforme entièrement à la
( 292 )
manière dont cette question est généralement envisagée au
jourd'hui.
Les maladies diathésiques latentes comprennent toutes
ou presque toutes les diathèses , entre autres, la syphili
tique, la cancéreuse, la goutteuse , la scrofuleuse, la dar
treuse, etc. C'est ainsi qu'un individu, atteint d'abord d'ul
cérations syphilitiques primitives , très - authentiques et
guéries par des cautérisations répétées, sera, quelque temps
après, tout étonné de voir apparaître, sans nouvelle cause
d'infection , des symptômes extérieurs non équivoques de
l'affection vénérienne.
Ne sera-ce pas là , dit M. Desclaux , un exemple bien évi -
dent de la syphilis latente, de la diathèse syphilitique latente,
pour me servir de ses propres expressions ?
Sans doute la Commission a bien vu dans ce cas un spé
cimen de la diathèse syphilitique, mais elle a regretté aussi
que M. Desclaux n'ait pas songé à diviser cette diathèse
syphilitique selon qu'elle est héréditaire ou qu'elle est ac
quise ; car, pour elle , la diathèse syphilitique acquise ne
peut jamais être considérée comme une maladie latente.
Elle aurait vu aussi avec satisfaction que la maladie ne fût
point constamment confondue avec l'affection, car ces deux
dénominations doivent emporter nécessairement avec elles
une idée différente des phénomènes morbides qui sont soumis
à l'observation ; pour elle encore la diathèse n'est jamais une
maladie, mais toujours une affection.
« La goutte, comme la syphilis , prend différents masques, »
dit encore l'auteur de ce Mémoire, comme s'il oubliait déjà
la distinction qu'il avait établie, ou mieux encore seulement
indiquée dans son préambule , entre les maladies larvées et
les maladies latentes. Si la goutte, en effet, se révèle par
l'asthme, par la forme calculeuse, n'est-elle pas alors plutôt
une maladie larvée qu'une maladie latente, en continuant de
nous servir de l'expression maladie consacrée par M. Desclaux ?
Et si le goutteux , même en dehors d'une attaque de goutte,
éprouve encore quelques désordres fonctionnels, n'y aurait-il
( 293 )
pas lieu de dire alors qu'il souffre de la goutte à l'état latent ?
L'auteur du Mémoire place ces deux conditions pathologiques
sous la même rubrique : Maladie diathésique latente.
La matière cancéreuse est, comme tous les autres tissus
accidentels , le produit d'une fonction anormale, pour ainsi
dire inaperçue, et qui ne se révèle que par ses produits.
Cenx-ci , à leur tour , provoquent des troubles généraux dans
l'économie ; c'est avec eux que naît la maladie ; c'est donc
par eux qu'elle doit être caractérisée. C'est encore ici l'affec
tion cancéreuse qui était à l'état latent, jusqu'à sa manifes
tation extérieure par l'éclosion de la maladie, de la tumeur
ou de l'ulcère cancéreux : c'est donc la maladie qui a fait re
connaître l'affection et non pas les troubles réactionnels de la
maladie sur les fonctions. Le cancer est latent, comme le dit
plus bas M. Desclaux, lorsqu'il se développe dans les viscères ;
quand il y est développé , il peut alors donner des signes de
sa présence, et il est toujours au-dessus des ressources de la
thérapeutique. -

Tout aussi bien que le syphilitique, le dartreux pourra guérir


extérieurement ; il ne le sera pas encore essentiellement ; il
sera constamment sous le coup de son ennemi, et celui-ci
pourra frapper sur tel ou tel organe, et de telle ou telle ma
nière, toutes différentes de la première. Parce que la mani
festation dartreuse aura lieu dans ce dernier cas sous une
forme différente, ce malade présentera-t-il un échantillon
d'une maladie larvée ou d'une maladie latente ? M. Desclaux
opine pour celle-ci , et la Commission pour celle-là.
Les enfants issus de parents syphilitiques , dartreux , scro
fuleux , etc..... portent en eux les germes de ces affections ;
celles-ci sont encore chez eux en puissance , à l'état latent par
excellence , jusqu'à ce que la cause qui doit les faire éclater au
dehors soit intervenue efficacement. Il faut donc surveiller
ces enfants avec le plus grand soin , la plus grande sollici
tude , et la Commission n'a qu'à donner son approbation
tout entière aux considérations cliniques qui font l'objet spé
cial de ce paragraphe.
( 294 )
Pour terminer son étude des maladies latentes diathésiques,
sans vouloir toutefois les passer toutes en revue, M. Desclaux
raconte les services rendus à l'étude de la pellagre, par
M. Landouzy, en découvrant cette maladie sous les différentes
formes qu'elle prend. Tout cela est assez bien conçu et traité ;
la Commission, cependant, aurait vu avec plaisir que M. Des
claux eût signalé les études faites par M. Calès de Villefranche ,
et par M. Roussilhe de Castelnaudary. Elle ne pense pas aussi
que, malgré les nouvelles notions présentées par le profes
seur de Reims, nous puissions encore lutter victorieusement
contre cette affection. Les cas bien avérés de guérison de la
pellagre, sont peut-être encore à chercher.
Enfin , M. Desclaux termine son Mémoire par le chapitre
des maladies réactives latentes. Ce chapitre, renfermé dans
une page et demie, est beaucoup trop écourté pour que la Com
mission ait bien pu saisir la valeur de ces expressions réac
tives latentes, qui semblent s'opposer l'une à l'autre. Si la ma
ladie est réactive, c'est-à-dire , si elle donne lieu à une réac
tion , à une manifestation , comment peut-elle être latente ?
Si la maladie est latente , c'est-à-dire cachée, inaperçue ou
inco ue , ou en puissance, comment peut-elle être réactive ?
La uestion présentée dans ce chapitre peut certainement
avoir , pour M. Desclaux , une importance très-grande, aussi
la Commission regrette-t-elle d'autant plus de n'y avoir pas
trouvé une exposition assez claire et des détails suffisants
pour en avoir l'intelligence pleine et entière.

En résumé , ce Mémoire est composé de 26 pages; la divi


sion en est méthodique, le style simple et facile. Il ne contient
aucun aperçu nouveau; il est généralement assez bien traité,
quoiqu'il renferme quelques assertions incomplétement jus
tifiées; il n'est suivi d'aucune conclusion.
( 295 )

QUELQUES CONSIDÉRATIONS -

SUR LA CLASSIFICATION ET LA NATURE DES DYSPEPSIES;


Par M. le Docteur BASSET,
r Candidat à une place de Membre résidant.

RAPPORT PRÉSENTÉ SUR CE MÉMOIRE.


(Suite du Rapport précédent.)

LE Mémoire de M. Basset a pour titre : Quelques considéra


tions sur la classification et la nature des dyspepsies. Je vais
essayer de vous en donner une connaissance aussi complète
et aussi exacte que possible, en vous faisant part , comme je
l'ai fait pour le travail de son compétiteur , des observations
présentées par les membres de la Commission.
Pour M. Basset , plus une maladie est commune , et plus
elle doit attirer l'attention du médecin : telle est la raison qui
l'a porté à choisir cette question pour appuyer sa candidature.
La fréquence de la dyspepsie est en effet si grande, que Chomel
l'évalue au cinquième et même au quart des maladies chroni
ques.
L'auteur du Mémoire explique cette fréquence par la variété
et la multiplicité des fonctions digestives ; il en accuse aussi
les progrès incessants de la civilisation. Cette maladie frappe
surtout les classes élevées de la société ; les pauvres cependant
sont bien loin d'en être exempts. Ce n'est pas dans les hô
pitaux , mais bien dans la clientèle de la ville, et surtout dans
les consultations de son cabinet , que le médecin est appelé à
la soigner. Presque inconnue, malgré sa fréquence, avant le
xIx° siècle , c'est à peine , dit M. Bâsset , si l'on en trouve
quelques traces dans le Traité de pathologie de Sauvages et de
( 296 ) *

Pinel. Elle a été confondue plus tard, par Broussais , avec la


gastrite chronique ; il faut ensuite arriver aux belles recher
ches et aux découvertes importantes de Leuret, de Tiedeman et
Gmelin , de Dutrochet, de Bouchardat, de Mialhe, Blondlot ,
Frerieh , Lehman, Liebig, Claude Bernard, Colin et Lucie
Corvisart. -

Cet énoncé historique de la question a paru quelque peu


incomplet à la Commission : Sauvages méritait une citation
moins restreinte , moins dédaignée , plus développée et mieux
appréciée. A la liste de tous ces savants qui se sont occupés
de cette questicn de pathologie interne, soit par les procédés
de vivisection , soit par les données de la chimie ou par les
résultats de l'expérimentation clinique , il eût été bon et
juste tout à la fois de citer les noms de Bichat , de Brachet et
de Sandras , dont les appréciations sont d'une grande impor
lanCe.

Le mot dyspepsie , qui signifie digestion difficile, comprend


aussi tous les troubles digestifs. La dyspepsie peut être ,
1° symptomatique, 2° sympathique, 3° essentielle. Cette der
nière est accidentelle , sous la fôrme de l'indigestion , ou bien
habituelle et chronique. Mais pourquoi placer ici l'indiges
tion au rang des dyspepsies ? La Commission vous présente
cette réflexion pour la soumettre à votre appréciation.
On reconnaît encore la dyspepsie buccale , la dyspepsie
stomacale et la dyspepsie intestinale. Il est difficile de com
prendre pourquoi M. Basset ne veut pas admettre la dyspepsie
buccale , qui existe cependant tout aussi réellement que les
deux autres. Faut-il donc que l'absence de dents, c'est-à-dire
une mastication incomplète, que les défauts du fluide salivaire,
soit dans sa quantité , soit dans ses qualités, ne puissent pas
produire ce phénomène pathologique tout aussi bien que les
conditions pathologiques efficientes du suc gastrique ou du suc
intestinal telles que M. Basset les indiquera plus bas ?
M. Nonat admet six variétés de la dyspepsie stomacale :
1° l'indigestion ou dyspepsie accidentelle ; 2° la dyspepsie
simple ou atonique; 3° la dyspepsie gastralgique ; 4° la dys
( 297 )
pepsie flatulente ; 5° la dyspepsie acide , et 6° la dyspepsie
par irritation. M. Chomel reconnaît une dyspepsie flatulente,
gastralgique et acide, une dyspepsie alcaline , une dyspepsie
boulimique et une dyspepsie des liquides.
M. Basset ne peut que difficilement admettre la dyspepsie
alcaline de M. Chomel et la dyspepsie par irritation de M. Nonat.
Il pense qu'il vaut mieux adopter sa classification , qui est,
dit-il , simple , rationnelle , et basée essentiellement sur les
fonctions organiques. L'on doit reconnaître, d'après lui ,
1° la dyspepsie simple ou atonique ; 2° l'embarras gastrique ;
3° l'indigestion ; 4° la dyspepsie acide ; 5° la boulimie ; 6° la
dyspepsie flatulente ; 7° la dyspepsie gastralgique , et 8° la
dyspepsie des liquides.
Avant d'exposer les faits relatifs à chacune de ces dyspep
sies, M. Basset pose en principe que toutes les dyspepsies dites
essentielles dépendent tout d'abord d'un état nerveux parti
culier, et qu'elles rentrent dès lors dans la grande classe des
névroses. Mais l'estomac reçoit, d'une part, le nerf pneumo
gastrique, qui dépend du système cérébro-spinal, et de l'autre
de nombreux filets appartenant aux ganglions sémilunaires.
D'après M. Cl. Bernard , les mouvements de l'estomac et la
sécrétion du suc gastrique sont sous l'influence du pneumo
gastrique, tandis que la sensibilité de l'estomac, sa nutrition
et l'absorption des liquides , sont sous la dépendance du sys
tème nerveux ganglionnaire.
Il a semblé à la Commission que Brachet, Sandras et Bou
chardat , ayant fait des recherches sur l'influence de la sec
tion du pneumo-gastrique sur les fonctions de l'estomac, au
raient dû être indiqués, si même les résultats de leurs recher
ches n'eussent pas été en conformité d'idées avec celles de
l'auteur de ce Mémoire. En se plaçant à ce nouveau point de
vue , l'on peut admettre deux classes : 1° les dyspepsies du
nerf pneumo-gastrique , et 2° les dyspepsies du système ner
veux ganglionnaire. Dans la première classe , on peut faire
trois espèces : 1° Celles qui dépendent d'une altération ou
perversion du suc gastrique : dyspepsie neutre atonique ,
( 298 )
embarras gastrique. — 2° Celles qui dépendent d'un défaut
de sécrétion du suc gastrique : dyspepsie acide, indigestion.—
3° Celles qui dépendent d'un excès de sécrétion du suc gastri
que : boulimie. Dans la seconde classe seront comprises la
dyspepsie flatulente , la dyspepsie gastralgique et la dyspep
sie des liquides.
Mais pourquoi M. Basset n'aurait-il pas ètabli une troisième
classe de dyspepsies , celles qui tiennent à la fois à une lésion
des représentants des deux systèmes nerveux dans l'estomac ?
Il n'avait qu'à poursuivre un peu plus son idée , lorsqu'il dit
que l'on reconnaît généralement leur influence réciproque.
Viennent maintenaut les explications qui doivent servir de
justification à cette classification. La discussion relative à la
dyspepsie neutre ou atonique de M. Nonat, qui doit être la
première espèce de la première classe de M. Basset , est spé
cieuse sans doute, mais elle ne saurait entraîner la conviction.
Quant à l'embarras gastrique, la Commission s'est rangée
complétement à l'avis de ces quelques auteurs qui ne peuvent
pas l'admettre au rang proprement dit des dyspepsies : il lui
a paru qu'il y a dans ce cas quelque chose de plus qui n'ap
partient pas essentiellement à la dyspepsie proprement dite,
puisque l'estomac est le siége à la fois du suc gastrique et du
mucus, tous les deux à réaction chimique opposée, et pouvant
dès lors caractériser des états morbides divers.
En cette occasion , M. Basset avance qu'il ne faut pas faire
de la médecine à coups de balai..., que si notre estómac n'est
pas une cornue, il est encore moins un canon de cheminée ou
un tuyau de poêle. Quoique la Commission soit complétement
de cet avis, elle a regretté que le style de ces phrases n'ait pas
été un peu mieux châtié. -

La boulimie ou dyspepsie boulimique est évidemment une


névrose ; mais il est difficile de la comprendre sans une hyper
sécrétion du suc gastrique , pour digérer l'énorme quantité
d'aliments que les malades engloutissent. -

Nous avons accepté de grand cœur la première partie de


cette proposition : mais nous avons pensé que l'hypersécrétion
*
( 299 )
du suc gastrique dans ce cas , n'est que l'un des effets de la
maladie , et qu'elle suit l'ingestion des aliments au lieu de la
précéder. Toutes les raisons données par M. Basset pour sou
tenir sa manière de voir sont bonnes, mais seulement à son
point de vue; elles ne peuvent aucunement entraîner la con
viction , puisque, même d'après M. Cl. Bernard, « Lorsque les
aliments arrivent dans l'estomac , il devient le siége d'une
sécrétion acide qui est destinée à l'accomplissement de l'acte
stomacal de la digestion ; » ce qui veut dire que l'aliment est
l'excitant naturel de la sécrétion du suc gastrique , et non
point celui-ci un excitant de celui-là.
M. Basset discute ensuite les conditions dans lesquelles se
produit l'indigestion; il en commente les symptômes, et il
justifie , d'après lui , la place qu'il a donnée à cette maladie
dans les dyspepsies par diminution ou suppression du suc
gastrique. |
La Commission n'a pu se rendre un compte bien exact de
tous les arguments présentés par M. Basset, pour ranger dans
cette classe la dyspepsie acide. L'examen très-détaillé et très
approfondi des phénomènes chimiques de la digestion stoma
cale àuquel il se livre, n'a pu que la maintenir plus raffermie
encore dans l'opinion de Chomel , Nonat , Pétrequin et plu
sieurs autres auteurs très-recommandables qui considèrent la
dyspepsie acide comme tenant à une hypersécrétion du suc
gastrique ou à une augmentation de l'acidité de ce suc, ou à
la proportion plus grande de certains des acides qu'il renferme
et qui le composent : l'étiologie , la symptomatologie et le
traitement viennent contredire formellement les assertions de
M. Basset.
Pour l'auteur de ce Mémoire intéressant à plus d'un titre, il
y a bien excès d'acidité dans les liquides de l'estomac ; mais
cette acidité ne provient pas de l'excès de sécrétion du suc
gastrique ou de l'une des autres que j'ai indiquées , mais bien
d'une fermentation lactique des aliments privés de la quantité
suffisante de suc gastrique.
Que répondre à cela, si ce n'est que le plus souvent, dans
( 300 )
ces cas, les régurgitations qu'éprouvent les malades sont cons
tituées non pas seulement par l'acide lactique , mais aussi et
surtout par l'acide chlorhydrique ? Et, s'il est bien démontré
qu'il en soit ainsi , il ne sera pas sans doute très-difficile de
prouver que l'acide chlorhydrique est contenu naturellement
dans le suc gastrique , et qu'il ne sera nullement besoin de
faire intervenir toujours la fermentation lactique des aliments
pour expliquer cette surabondance de liqueurs acides , qui de
vient , en effet , le caractère dominant de cette forme de la
dyspepsie.
M. Basset ne considère pas le traitement alcalin , dans ce
cas, comme agent local purement chimique. Il a raison, et la
Commission pense bien comme lui ; si les alcalins agissaient
seulement en neutralisant les acides de l'estomac , ils s'atta
queraient seulement aussi à l'une des manifestations de la
maladie, à l'un de ses effets, et ne pourraient dès lors aboutir
à un résultat définitivement satisfaisant. Oui , dans le mode
d'action de bicarbonate de soude, il faut voir autre chose que
cette neutralisation chimique locale ; il faut voir une action
sur les terminaisons gastriques du nerf pneumo-gastrique ,
une action sur la composition du sang , et par suite de toutes
les humeurs de l'économie. Nous donnons sur ce point entière
satisfaction à M. Basset.

Ici finit l'examen des dyspepsies rattachées par l'auteur de


ce travail à un état particulier du nerf pneumo-gastrique. ll
est à regretter que l'auteur du Mémoire n'ait pas jugé conve
nable de s'occuper des dyspepsies du grand nerf sympathique ;
ce chapitre aurait complété l'étude de cette maladie.
Le travail de M. Basset contient trente-six pages. Le style en
est clair et animé ; la forme ne laisse que très-rarement à dési
rer; la division en est méthodique; la classification repose trop
sur des données théoriques spéculatives et pas assez sur l'ob
servation clinique ; malgré les imperfections signalées au nom
de la Commission , la discussion est bien nourrie; elle montre
( 301 )
suffisamment que l'auteur est au courant des progrès de la
science. Enfin , il y a du sien , du nouveau , puisqu'il porte
précisément sur une nouvelle classification des dyspepsies qu'il
voudrait faire prévaloir sur les autres.

- SOUVENIRS DES AMBULANCES

DE L'ARMÉE D'AFRIQUE ;
Par M. le Docteur MOLINIER , Membre résidant.

La dernière campagne de Kabylie, qui s'est terminée par la


soumission à la France des montagnes du petit Atlas, jusque-là
restées indépendantes, a fourni aux Médecins de l'armée d'Afri
que un large champ d'observation des plaies d'armes à feu.
Sans doute, les combats livrés depuis plus de 30ans en Algérie,
n'ont pas été meurtriers comme ceux des campagnes de Cri
mée et d'ltalie ; il n'en est pas moins vrai que l'expédition de
Kabylie de 1857 , en réunissant autour du Jurjura une armée
de 25,000 hommes, a dû fôurnir, et a fourni un grand nom
bre de blessés. L'hôpital temporaire de Tizi-Ouzou, organisé
aux portes de la Kabylie. en vue de l'expédition, a reçu, après
les combats des 24 mai et 24 juin , plus de 500 blessés venant
des ambulances.
Ayant pris part à cette campagne comme Médecin du 1" ré
giment des chasseurs d'Afrique, je rapporterai quelques obser
vations de blessures de guerre que j'ai eues à traiter, ou que
j'ai observées , dans les hôpitaux sur lesquels on évacuait les
blessés.
La cavalerie, comme dans toutes les guerres de montagne ,
a pris une part assez faible aux divers engagements de nos
troupes contre les Kabyles ; cependant, le 1" régiment de
chasseurs a eu, dans cette campagne, deux officiers et trois
( 302 )
soldats blessés. Les blessures reçues en Kabylie sont toutes des
coups de feu.
Les montagnards ont de longs fusils qui portent mal, mais
qui , à raison de leur charge , atteignent fort loin; ils ne peu
vent cependant lutter pour le tir à longue portée avec les cara
bines de nos chasseurs à pied et les fusils rayés de nos zouaves.
Rarement les Kabyles font usage du long couteau appelé
flissah , qu'ils portent à leur ceinture ; quand ils s'en servent,
c'est pour couper les têtes des morts ou des blessés. J'ai eu
occasion de voir un soldat blessé par le yatagan des Kabyles ;
voici dans quelles circonstances :
C'était le 23 mai 1857, la veille du combat contre les Beni
Raten , une des plus puissantes peuplades, occupant le versant
nord du Jurjura.
Un vieux zouave, revenu sain et sauf du siége de Sébastopol,
était allé , loin du camp occupé par la division Mac-Mahon ,
pêcher dans le Sebaou , rivière qui fertilise les plaines situées
au pied des montagnes de la grande Kabylie. Attaqué par deux
cavaliers descendus du premier village kabyle, ce malheureux,
après une lutte désespérée , fut laissé comme mort par ses fa
rouches ennemis , et ne dut son salut qu'à l'empressement que
mirent les spahis à voler à son secours Il fut rapporté par eux
à notre camp ; il était vivant, mais horriblement mutilé.Trans
porté à l'ambulance, nous examinâmes avec mes collègues ses
blessures qui étaient graves. Trois larges incisions transversa
les à la nuque avaient divisé les muscles de cette partie ; l'une
d'elles allait jusqu'aux vertèbres. Une hémorrhagie abondante
avait eu lieu, et ne fut complétement arrêtée que par la ligature
de deux artères. La cuisse droite avait été traversée par un coup
de feu, dans son tiers moyen et en dehors des vaisseaux ; l'os
ne nous parut pas atteint ; la balle était sortie en le contour
nant en arrière. Ce zouave atteint d'un coup de feu qui l'avait
abattu , avait été assailli par les cavaliers kabyles armés de
leur flissah Ceux-ci s'étaient jetés sur leur victime sans armes
et blessée ; et, voulant emporter un sanglant trophée de leur
victoire , s'efforçaient de lui couper le cou. Les mouvements
( 303 )
de l'infortuné soldat qui se débattait sous leurs coups mal
assurés , la crainte d'être surpris par les chasseurs dont ils
avaient entendu les trompettes sonnent l'alerte, avaient em- '
pêché l'exécution de leur projet barbare.
Ce hardi coup de main qui caractérise le courage fanatique
des Kabyles, avait eu pour témoins tous les soldats de la divi
sion Mac-Mahon , dont nous faisions partie, et qui était cam
pée à un kilomètre à peine du théâtre de cette sanglante lutte.
Nous entendîmes les cris sauvages qui accueillirent sur la
montagne les héros de cet exploit ; aux détonations bruyantes
· de leurs fusils, pour célébrer ce dernier triomphe, les zouaves
silencieux répondirent : à demain. Ce village fut le premier in
cendié au point du jour.
Notre blessé, réconforté avec quelques gouttes de l'élixir
des Chartreux , ne cessa pas d'invectiver ses ennemis pendant
tout le temps que dura le pansement de ses blessures. Malgré
la contusion violente des parties molles du cou, la réunion
par première intention fut pratiquée au moyen de quelques
épingles formant une suture entortillée, et de bandelettes de
diachylon. Une large bande cousue au serre-tête fixa le cou
dans l'extension. Le malade fut couché dans la tente d'ambu
lance, sur plusieurs couvertures , la tête haute soutenue par
son sac. Afin d'empêcher le gonflement de la cuisse blessée,
on y fit des irrigations froides au moyen d'un bidon, auquel
on pratiqua une petite ouverture , et que l'on fixa au montant
de la tente. Grâce à la perte de sang, la réaction du côté de la
tête fut modérée ; l'administration de l'émétique en lavage
entretint une salutaire dérivation sur le tube digestif, et les
plaies étaient fermées au bout de huit jours.
Un mois après, ce zouave, qui avait l'habitude de boire
beaucoup d'eau-de-vie, fut pris, à la suite d'une insolation
prolongée, de symptômes d'encéphalite, et mourut en quelques
jours à l'hôpital de Tizi-Ouzou , sur lequel on l'avait évacué.

Le 24 mai, à trois heures du matin, les troupes silencieuses


se mettaient en ligne pour commencer l'attaque au petit jour.
( 304 )
Les divisions Renaud, Mac-Mahon, et Yousouf, sous les ordres
du maréchal Randon, disposaient leurs colonnes impatientes.
Les deux escadrons de chasseurs et un de spahis occupaient
la gauche du front de bataille ; ils avaient pour mission de
ramasser les Kabyles qui tenteraient de s'échapper du côté de
la plaine pendant l'attaque.
Un coup de feu n'avait pas été encore tiré et déjà j'avais un
blessé parmi les miens. Placé à mon poste, derrière les esca
drons , muni des sacoches d'ambulance confiées à un chasseur
qui m'accompagnait , je dus mettre pied à terre pour donner
mes soins à un homme dont le cheval venait de rouler dans .
une fondrière. Atteint depuis quelques jours d'héméralopie ,
ce cavalier n'avait pu, dans l'obscurité, guider sa monture qui
s'était abattue ; une forte entorse du coude-pied le força à
rentrer au camp.
Cependant, dès quatre heures, l'attaque était commencée sur
toute la ligne. Les trois divisions d'infanterie , au bruit du
clairon sonnant la charge, gravissaient de front les montagnes
embrumées. Les fusées , les obus , la fusillade dominaient les
cris perçants des femmes kabyles qui excitaient les guerriers au
combat. Le terrain que battaient nos cavaliers en fourrageurs
était planté de grands figuiers. Un spahis reçoit un coup de
feu et vient réclamer mes secours ; il descend péniblement de
cheval et découvre sa cuisse droite. La balle a pénétré vers le
tiers inférieur externe , a contourné l'os sans l'atteindre, et
vient en dedans et en haut du membre faire saillie sous le
muscle droit grêle. Une incision suffit pour l'extraire avec les
pinces ; cette balle d'un petit calibre est cylindrique; elle était
coiffée d'un morceau d'étoffe provenant de la culotte du spahis
qui remonta à cheval après le pansement, et rejoignit le bi
vouac. Deux chasseurs ont été atteints, l'un à la poitrine,
l'autre au bras ; chez tous les deux, la balle a traversé la veste
et s'est arrêtée à la peau qui présente une vive rougeur dans
le point contusionné.
Les Kabyles, débusqués des champs de figuiers et des pre
miers villages qui sont en feu, ne nous envoient plus que
( 305 )
quelques balles perdues qui passent en bourdonnant sur nos
têtes. Au commencement de l'attaque, un sous-lieutenant de
chasseurs lancé à la poursuite de quelques fuyards , a eu son
cheval tué sous lui ; l'animal frappé au cœur a fait quelques
pas et s'est affaissé tout d'un coup. L'officier a pu se dégager
sans accident, et s'est occupé de faire enlever la selle et le
harnachement par un chasseur dont il a pris le cheval.
Le rôle de la cavalerie était terminé : les Kabyles étaient aux
prises avec nos agiles fantassins qui occupaient successive
ment chaque village abandonné par ses défenseurs.Après une
lutte acharnée, à dix heures, les zouaves couronnaient les
cimes de ces montagnes que les nombreux conquérants de
l'Afrique n'avaient jamais pu soumettre.
Cependant, les blessés nombreux descendaient des monta
gnes sur les cacolets conduits par les soldats du train, qui
allaient avec l'ambulance volante enlever les blessés sous le
feu de l'ennemi. Les chasseurs furent chargés de l'escorte et
de la protection des convois. De mon côté, je me rendis à
l'ambulance de la division, où ma présence pouvait être utile,
le Chirurgien en chef était en train d'amputer une cuisse pour
une blessure grave du genou. Plus loin , j'aperçus un officier
du 11° bataillon de chasseurs à pied qui avait reçu un coup
de feu en pleine figure. La balle avait traversé la base du nez
de haut en bas, et était venue se loger dans la région préver
tébrale du pharynx, d'où elle fut extraite assez laborieusement
par la bouche. Une hémorrhagie abondante gênait beaucoup
le malade qui, pour ne pas avaler le sang , était obligé de se
tenir la tête penchée en avant. Cet officier guérit d'ailleurs
fort bien de cette blessure qui l'a défiguré.
Je vis pratiquer la désarticulation de l'épaule chez un turco
qui avait reçu de très-près un coup de feu ayant fracassé l'os
du bras. Le procédé de Larrey , généralement adopté dans
l'armée, permit de constater la fracture comminutive du col
chirurgical de l'humérus. Les nombreuses fêlures qui partaient
de la plaie osseuse dans le sens de la longueur de l'os, contre
indiquaient la résection simple de sa tête. Ce malade anesthésié
20
( 306 )
par le chloroforme, ne se réveilla qu'aux derniers points de
suture du moignon. Il guérit fort bien, comme j'ai pu m'en
assurer plus tard. -

Un sous-officier d'infanterie, dont le coude avait été fracassé


par une balle , ne voulut pas se résigner à l'amputation du
bras ; le malheureux mourut huit jours après à l'hôpital de
Tizi-Ouzou , victime de son défaut de confiance dans la Chi
rurgie hâtive. Sans doute, on a vu quelquefois de pareilles
blessures du membre supérieur guérir sans amputation ; toute
fois , les exemples en sont rares , et la perte de l'usage du
membre en est toujours la conséquence. Mais au prix de quels
dangers conserve-t-on un membre inutile, et dans quelles
conditions morales défavorables n'est pas un malheureux sous
officier qui voit sa carrière, qu'il avait rêvée brillante, brisée
en un jour !
En parlant des blessures de guerre , le chirurgien Baudens
disait dans une de ses cliniques du Val-de-Grâce : « Aux am
bulances de Constantine, je guérissais tous les Arabes blessés
faits prisonniers ; les soldats guérissaient presque tous , les
sous-officiers en bien moins grand nombre , les officiers rare
ment. Les succès étaient en raison inverse de la hiérar
chie. »
Depuis les guerres de l'Empire, la question de l'opération
immédiate est parfaitement jugée; et l'on sait aujourd'hui que
le blessé porteur d'une fracture des articulations , et même
d'une fracture comminutive des os du membre inférieur, est
voué à une mort certaine , s'il doit être transporté en cacolet
ou en voiture jusqu'aux hôpitaux, qui ne sont pas toujours
rapprochés du champ de bataille .
Les guerres de Crimée et d'ltalie sont venues confirmer cette
loi de la Chirurgie militante.
Un Kabyle fait prisonnier fut conduit à l'ambulance ; il
portait une douzaine de coups de sabre-baïonnette , et, chose
digne de remarque, parmi toutes ses blessures dont la plupart
siégeaient sur le torse, il n'y avait pas une plaie avec péné
tration. En attendant son tour de pansement, accroupi sous
( 307 )
un arbre, il fumait bravement un cigare qu'un officier lui
avait donné.
On apporta sur un cacolet une vieille femme kabyle qu'on
avait sauvée des flammes. La malheureuse, infiltrée dans tout
le corps, ne pouvant fuir l'incendie de sa maison , avait été
ramassée par les zouaves qui l'avaient confiée aux soldats du
train occupés à enlever les morts et les blessés.
A midi , les opérations urgentes étaient faites, les blessés
étaient pansés, les morts enterrés. Le sous-intendant organisa
le convoi pendant que les Chirurgiens déjeûnaient après une
rude matinée de travail. On coucha les amputés dans les litiè
res; pour les blessés aux jambes ou dans le corps, des cacolets
furent disposés rapidement et bientôt prêts à partir ; Ies sol
dats blessés aux bras ou légèrement atteints suivaient à pied
vers l'ambulance du quartier général. La cavalerie escortait ce
triste convoi, dont le silence était interrompu de loin en loin
par le gémissement d'un pauvre mutilé.
A deux heures , nous arrivions à l'ambulance du quartier
général , qui recevait tous les blessés des trois ambulances
divisionnaires. Là , l'intendant général , le chirurgien en chef
de l'armée de Kabylie présidaient à l'évacuation définitive
des blessés sur l'hôpital voisin. Des prolonges du train rece
vaient sur des matelas les amputés et les blessés atteints de
fractures des membres inférieurs. La cavalerie étant campée
dans la plaine non loin de là , je restai à l'ambulance , afin
d'aider le chirurgien en chef, qui eut jusqu'à la nuit des opé
rations à pratiquer. La division Renaud, la plus engagée dans
la montagne, ne cessa de fournir des blessés tout le long du
jour. Deux amputations de jambe au lieu d'élection furent pra
tiquées pour des coups de feu intéressant les os. Dans un cas,
l'articulation tibio-astragalienne était atteinte ; dans l'autre,
le tibia et le péroné étaient fracturés comminutivement. Ces
blessés , violemment secoués par les mulets , qui s'étaient
plusieurs fois abattus dans les ravins , demandaient à grands
cris l'opération pour mettre un terme à leurs horribles souf
frances. Trois coups de feu à l'avant-bras nécessitèrent l'ex
( 308 )
traction des esquilles et l'application d'un appareil contentif
à double attelle.

Pendant tout le mois de juin , la cavalerie , campée dans


la plaine du Sebaou, où les chevaux trouvaient de plantureux
pâturages , fit quelques reconnaissances sans coup férir. Les
Kabyles s'étaient retirés sur les plus hautes montagnes du
Jurjura, où ils organisaient une défense désespérée.
Pendant ce temps , les troupes d'infanterie faisaient une
route, et jetaient les fondements du fort de Souk-el-Arba, qui
commande tout le pays kabyle. -

Malgré les fortes chaleurs de la saison , il y eut peu de


malades parmi les chasseurs. Le voisinage de la rivière, dont
l'eau était courante , nous procurait vers le soir le délasse
ment du bain , après une journée de siroco sous la tente, ou
dans les gourbis que les soldats avaient confectionnés. Il fallut
même bientôt céder la place aux mouches, qui avaient envahi
nos cabanes de feuillage, et nous transporter après le déjeuner
à l'ombre de vigoureux trembles, où nous restions jusqu'au
soir, trompant par la lecture ou le jeu les ennuis du bivouac.
Le 24 juin , l'attaque contre les Kabyles recommença sur
toutes les crêtes des montagnes occupées par leurs villages ,
fortement retranchés. La prise d'Icheriden , chez les Beni
Menguillet , fut achetée très-cher , au prix de 60 morts et
350 blessés. Beaucoup d'officiers de zouaves et de la légion
étrangère étaient parmi ces derniers ; duux avaient été tués.
Plusieurs officiers de l'état-major du général Mac-Mahon , qui
dirigeait l'attaque , furent atteints à ses côtés. Dans le même
moment , les villages des Beni-Yenni étaient enlevés par les
divisions Renaud et Yousouf.
Un escadron du 1" chasseurs, en chargeant une bande de
Kabyles sur un revers de montagnes , eut un sous-lieutenant
atteint à la jambe. La balle avait traversé le mollet gauche
sans atteindre les os ; le cheval avait été tué sous le cavalier.
La plaie d'arme à feu de cet offficier fut pansée simplement ,
et le soir je fis pratiquer des irrigations avec l'eau froide.
º
( 309 )
Le gonflement du mollet fut assez considérable, et, prévoyant
l'inflammation des gaines tendineuses, je dirigeai le blessé sur
l'hôpital de Tizi-Ouzou , où la plaie fut débridée pour donner
issue à la suppuration.
L'hôpital de Tizi-Ouzou était encombré ; le personnel
médical, composé d'un médecin-major et de deux aides, était
insuffisant pour visiter et panser chaque jour plus de 500 bles
sés. Je fus désigné par l'intendant pour aller, pendant quelques
jours, aider mes collègues, qui demandaient du renfort. L'hô
pital de Tizi-Ouzou était établi dans un ancien fort turc qui
était placé à l'entrée du pays kabyle. Deux salles-basses à deux
rangs de lits recevaient les blessés , qui, lorsque leur état le
permettait, étaient évacués sur Dellys, port de mer le plus
voisin ; de là un bateau à vapeur les transportait à Alger.
A la date du 24 juin , il ne restait à Tizi-Ouzou que quelques
blessés anciens; mais les salles furent bientôt remplies par les
évacuations successives des ambulances actives. Plusieurs am
putations immédiates avaient été pratiquées à la suite des af
faires du 24 au 30 juin ; grâce à la route carrossable qui reliait
Tizi-Ouzou au fort de Souk-el-Arba, les amputés , couchés sur
des prolonges, nous arrivaient dans de très bonnes conditions;
et il y eut un petit nombre de décès parmi eux.
A l'hôpital, le médecin en chef fit très-peu d'opérations con
sécutives , la campagne de Crimée lui ayant prouvé le peu de
chances de guérison qu'elles donnaient aux blessés. Il préféra
laisser aux Chirurgiens d'Alger l'occasion de faire quelques am
putations tardives qui réussirent assez bien. Les pansements
étaient longs et pénibles, à cause du peu d'élévation des lits. Les
blessés étaient couchés sur un matelas jeté sur une planche
supportée par des caisses à biscuit ; nous étions obligés de
nous mettre souvent à genoux , pour délasser un peu nos reins
fatigués par une pénible position.
L'inspecteur du service de santé Bégin, malgré son grand
âge , vint dans sa tournée d'inspection , qui devait être la
dernière , visiter les blessés de Kabylie. Fidèle jusqu'au
bout à ses principes de Chirurgien d'armée , il examina les
( 310 )
trousses, les boîtes à instruments de chirurgie ; puis nous
fit pratiquer en sa présence , sans en excepter le médecin
major, une opération sur le cadavre.
Parmi les plaies d'armes à feu en traitement à l'hôpital,voici
celles qui ont le plus attiré mon attention : Un caporal de zoua
ves avait reçu, deux jours avant , un coup de feu à la région
orbitaire gauche; il me présenta un œil tout noir, très-tuméfié;
le globe oculaire disparaissait sous les paupières œdématiées
et crépitantes. Je cherchai à les écarter, et je parvins à décou
vrir le brillant de la cornée. Le malade dit qu'il voyaît dis
tinctement les objets ; la balle n'avait pas atteint le globe
oculaire. Je me mis à la recherche du projectile ; en écartant
de nouveau les paupières , j'aperçus en dehors de l'œil un
point noir qui , pressé avec le stylet , me donna la sensation
d'un corps métallique : c'était la balle que je chargeai avec
les pinces, et que je parvins à extraire. Elle était fendue dans
presque toute son épaisseur ; elle avait rencontré l'apophyse
orbitaire externe, sur laquelle elle s'était divisée en y restant
fixée très-fortement. Au bout de quelques jours , ce zouave se
servait de cet œil qu'il avait cru perdu. -

J'avais souvent entendu parler des vers que l'on rencontrait


sur les plaies ; j'eus occasion d'en voir sur un pauvre blessé
qui était dans un triste état. Atteint d'un coup de feu à la
région trochantérienne, ce malheureux soldat n'avait pu être
pansé que deux jours après l'application du premier appareil.
Quand je levai les différentes pièces de linge , je trouvai sur
l'ouverture de la blessure une douzaine de vers blancs tels
qu'on les voit à l'amphithéâtre quand la mouche a déposé ses
œufs sur un cadavre. -

Je fis tomber ces hideux parasites , et j'examinai cette cuisse,


qui me parut bien gravement atteinte. Toute la région trochan
térienne était tuméfiée et très douloureuse ; le gonflement des
cendait jusqu'au genou. La balle était restée dans les tissus ,
après avoir fracturé le fémur au niveau du grand trochanter.
Il était impossible de songer à une opération dans ces condi
tions fâcheuses.
( 311 )
La guerre d'Orient n'a pas été favorable à la désarticula
tion coxo-fémorale , qui avait donné deux succès à Larrey,
un à M. Sédillot , et un à Baudens. Douze amputations dans
l'article de la hanche , faites en Crimée ou à Constantinople ,
ont amené douze morts ; aussi les médecins militaires n'osaient
plus tenter cette opération. La Chirurgie conservatrice ne
fut pas plus salutaire à notre malheureux blessé , qui suc
combait huit jours après à la fièvre purulente.
En général , les amputés arrivèrent sans encombre à une
franche cicatrisation de leurs moignons ; il n'y eut parmi
eux ni pourriture d'hôpital , ni infection purulente , ni téta
nos. Les amputés du membre supérieur , après une station de
quinze à vingt jours à l'hôpital de Tizi-Ouzou, purent être
évacués sur Alger dans de très-bonnes conditions de guérison
qui ne tarda pas à se confirmer. Les amputés des jambes furent
gardés jusqu'à leur entière convalescence. Grâce aux bonnes
conditions de température et à l'organisation bien entendue du
service chirurgical , les trois quarts des amputés furent sau
vés, à la suite de l'expédition de Kabylie ; tandis que dans la
guerre de Crimée , le tiers des opérés seulement pour les
amputations consécutives , la moitié pour les amputations im
médiates , échappèrent à la mort.
La cause en est dans l'uniformité de température pendant
les mois de juin et de juillet en Algérie, tandis que sur les
plateaux de la Crimée , les malheureux blessés avaient été
soumis à toutes les intempéries de l'atmosphère. Le moral des
soldats de l'armée de Kabylie n'avait pas eu à subir les terri
bles épreuves de la tranchée de Sébastopol ; enfin les balles
des Kabyles , à une certaine distance , ne pénétraient pas
dans les os , tandis que les balles cylindro-coniques des Russes
occasionnaient des désordres affreux à des portées doubles et
triples , sans parler des biscaïens et des éclats d'obus.
A la fin du mois de juillet 1857, nous rentrions à Alger,
après la soumission de la grande Kabylie. Tant que les soldats
avaient été campés en plein air , il n'y avait pas eu de
malades sous la tente , mais en arrivant en garnison, le chan
( 312 )
gement brusque de vie , les excès alcooliques, le repos suc
cédant à une marche forcée de cinq jours sous un soleil
tropical et dans une atmosphère de poussière crayeuse , occa
sionnèrent des fièvres graves , des diarrhées et dysenteries
en grand nombre. Il y eut plusieurs décès rapides à la suite
de ces maladies , compliquées d'un état trés-marqué de pros
tration des forces avec délire.
A mon arrivée à Alger , j'allai visiter à l'hôpital du Dey les
blessés de l'expédition. Je retrouvai parmi eux l'officier de
chasseurs atteint d'un coup de feu au mollet ; la plaie , restée
fistuleuse, fournissait encore une sérosité purulente , et ce
malade, pendant longtemps , a eu beaucoup de peine à mar
cher. Les aponévroses de la jambe , les tendons avaient été
déchirés ; de là une gêne des mouvements qui a persisté pen
dant près d'un an , et qui a complétement disparu après une
saison aux eaux thermales de Baréges.
Je vis aussi à l'hôpital un autre officier de chasseurs atteint
d'un coup de feu à la poitrine qui présenta beaucoup de gra
vité. La balle avait labouré le poumon droit, après avoir cassé
la cinquième côte en arrière du mamelon , et être sortie en
avant de l'omoplate du même côté. Une pleuropneumonie
traumatique , avec formation d'un kyste purulent pleuro-cos
tal, avait mis les jours du malade en danger. Après deux mois
de séjour à l'hôpital, il rentra en convalescence au régiment,
où j'eus l'occasion de le traiter à la chambre. Sa plaie était
restée fistuleuse ; j'obtins sa cicatrisation définitive après l'ex
traction de plusieurs esquilles provenant de la côte cassée.
Cet officier s'est rétabli complétement de sa blessure, aprés avoir
donné à tous ses camarades de grandes sollicitudes.
Dans la même affaire de Drâ-el-Mizan , un trompette avait
reçu une balle à travers les parois abdominales. C'était un
véritable séton de dix centimètres d'étendue , un peu au-des
sous et à gauche de l'ombilic , vers l'épine iliaque antérieure.
On craignit la péritonite, à cause du gonflement du ventre
pendant les premiers jours qui suivirent la blessure ; mais il
n'y eut pas d'autre accident. La balle avait glissé contre la
( 313 )
paroi interne de l'abdomen sans toucher à l'intestin , je n'ose
pas dire sans intéresser le péritoine. Quoi qu'il en soit , ce
militaire guérit en moins d'un mois d'une blessure que l'on
avait crue très-grave.
Tel est le rapide récit de nos impressions pendant notre
court passage aux ambulances de l'armée de Kabylie, La vie
des camps laisse après elle un lointain souvenir qu'on aime
de temps en temps à évoquer.

TUMEUR CHARNUE
FORMANT UN APPENDICE CAUDAL CHEZ UN ENFANT

NoUvEAU-NÉ ;
Par M. le Docteur LAFORGUE, Membre résidant.

Le 20 novembre 1862 , un enfant nouveau-né, âgé de


cinq jours, du sexe masculin , fut apporté à ma consultation.
Cet enfant m'était adressé par le docteur Traversier de Seysses,
qui, appelé pour lui donner des soins , avait été fort surpris
de constater l'existence, à l'anus, d'un appendice caudal que
les parents effrayés lui avaient signalé, en lui disant que
leur enfant avait une queue.
A la vue de cette difformité, je fus aussi surpris que mon
confrère.
La région coccygienne , au lieu de se terminer à l'orifice
de l'anus , se prolongeait, en effet , en forme de queue.
Ce prolongement de six centimètres de longueur , était libre
et flottant sur les fesses de l'enfant. C'était une tumeur
charnue , pédiculée , ayant la consistance et la couleur
des tissus de la région fessière ; son collet s'insérait directe
ment à la peau qui recouvre le coccyx. Il occupait l'espace
compris entre cet os et l'orifice de l'anus. Cet orifice était
tellement rétréci, que l'évacuation du méconium n'avait pu se
( 314 )
faire , malgré les efforts de l'enfant et l'emploi d'un laxatif
huileux.
De la grosseur du petit doigt à son point d'émergence où
existait un sillon , cette tumeur, de forme arrondie, s'élar
gissait vers son extrémité libre et se terminait par une surface
épaisse et renflée, ayant à peu près la forme et les dimensions
du pouce d'un adulte. Sa couleur et sa consistance étaient
celles des tissus environnants ; de telle sorte qu'elle paraissait
être la continuation des parties charnues auxquelles elle
adhérait.
Il était facile de constater par le toucher qu'elle était indé
pendante du coccyx auquel elle correspondait par son point
d'émergence ; du reste, la région sacrée était normalement con
formée, et nulle part il n'existait de trace de spina bifida.
Cet appendice charnu n'était pas douloureux à la pression ;
il était très-mobile et on pouvait le placer dans toutes les
directions sans que l'enfant parût en souffrir. Dans sa position
normale il recouvrait l'anus et était placé dans le sillon des
fesses ; il se déplaçait suivant les mouvements imprimés au
corps de l'enfant. -

Cette tumeur, inoffensive par elle-même , avait cependant,


par son siége, gravement compromis l'existence de l'enfant,
dont la constitution était bonne et qui était d'ailleurs bien
conformé.
La rétention du méconium avait produit des accidents dont
le danger était imminent : le ventre était météorisé, doulou
reux ; l'enfant, très-faible, poussait des cris plaintifs ; depuis
la veille il vomissait le lait.
Il était urgent de combattre ces accidents par l'évacuation
du méconium arrêté à l'anus , dont l'orifice était rétréci et
comprimé par la tumeur caudale, J'introduisis dans cet
orifice une sonde en gomme de petit calibre qui pénétra faci
lement dans le rectum. Je la retirai couverte de méconium. Je
procédai de suite à la dilatation de l'anus, au moyen de son
des progressivement plus volumineuses, et cette dilatation fut
suivie chaque fois de la sortie d'une portion du méconium
( 315 )
accumulé dans le rectum. J'indiquai aux parents la manière
d'introduire une canule en gomme d'un volume approprié
et je prescrivis de faire des injections émollientes.
J'avais annoncé aux parents qui m'avaient vivement pressé
de questions à ce sujet, que l'appendice caudal dont était por
teur leur enfant, pouvait être enlevé sans danger. Mais avant
de pratiquer cette ablation, je voulais être assuré que cet enfant
serait débarrassé du méconium dont la rétention depuis cinq
jours avait produit des accidents graves ; je remis mon opé
ration au lendemain.
Les parents ne pouvant prolonger leur séjour, j'écrivis à
mon confrère de Seysses pour lui faire part de mon opinion
sur la tumeur de son jeune malade, et je l'engageai à n'en
faire l'ablation , après ligature préalable du pédicule, que
lorsque la santé de l'enfant serait rétablie.
Depuis cette époque, je n'avais plus eu de nouvelles de ce
malade, lorsque, il y a peu de jours, le docteur Traversier m'a
donné des renseignements sur la suite de cette observation.
Après l'évacuation du méconium obtenue par la dilatation et
les lavements, l'enfant s'est promptement remis, il a repris le
sein, et quelques jours après ma consultation son état était des
plus satisfaisants. La présence à l'anus de la tumeur caudale
rendant la défécation difficile, notre confrère pratiqua l'abla
tion de la tumeur ; il eut soin de placer une ligature sur le
pédicule, cependant l'excision faite au-dessous du lien cons
tricteur fut suivie d'un jet de sang provenant d'une artère
située dans le centre du pédicule. Il fut nécessaire d'appliquer
une seconde ligature afin d'étreindre plus complétement les
tissus; l'hémorrhagie fut arrêtée, et les suites de cette excision
furent des plus simples. A la chute des ligatures, une petite
plaie en forme de pertuis donna quelques gouttes de pus ; deux
cautérisations avec le nitrate d'argent furent bientôt suivies
de la cicatrisation complète.
Cet enfant est âgé de cinq mois (20 avril 1863); sa santé
est excellente. Il n'existe à l'anus, ni dans la région coccy
gienne , aucune marque de la déformation produite par la
( 316 )
tumeur congénitale. L'ablation de cette tumeur a délivré cet
enfant nouveau-né d'un appendice caudal qui probablement
aurait acquis avec l'âge de plus grandes dimensions.

CONFÉRENCES SUR LA CONSTITUTION MÉDICALE.

RAPPORT,
Par M. le Dr MOLINIER, Secrétaire du primâ mensis.

Juillet 1863. — Les deux maladies dominantes de ce mois


ont été, les coqueluches et les entéro-colites cholériformes.
La coqueluche règne à Toulouse depuis le commencement
du printemps ; mais depuis quelques semaines elle a pris la
forme épidémique chez les enfants, et s'est communiquée à
plusieurs personnes adultes. Dans beaucoup de maisons , cette
affection a été contagieuse d'un étage à l'autre ; l'isolement
des enfants atteints a été le meilleur moyen d'éviter sa pro
pagation. Quant au traitement , comme d'habitude, aucun
n'a été très-efficace ; les vomitifs ont simplifié dès le début la
maladie en faisant disparaître ou en atténuant la compli
cation catarrhale. On n'a pas signalé de décès à la suite de la
coqueluche ; il n'en a pas été de même pour la deuxième affec
tion régnante, l'entéro-colite cholériforme, qui a amené la
mort de beaucoup d'enfants ; quelques-uns ont été emportés
par une véritable sidération en un jour.
Chez les adultes, les affections du tube digestif ont égale
ment revêtu une forme très-grave dans certains cas ; on a si
gnalé des morts rapides qui sont venues à la suite de véritables
symptômes cyaniques rappelant ceux du choléra; toutefois nous
devons dire que ces faits alarmants ont été isolés , et n'ont pas
eu d'influence sur le chiffre des décès qui est moins élevé que
( 317 )
celui de l'année dernière pour le mois de juillet (en 1862,
246; en 1863 , 224).
Moins graves et bien moins fréquentes ont été les affections
suivantes signalées : des épanchements pleurétiques suite de
bains froids à la rivière, le corps étant encore en sueur; un cas
d'angine couenneuse s'étendant au larynx chez un enfant in
docile qui a refusé toute espèce de remèdes, et qui n'en a pas
moins guéri. Ce fait prouverait une fois de plus qu'il y a deux
espèces de fausses membranes, celles qui se reproduisent inces
samment et qui tiennent à une diathèse diphtérique et celles
qui sont évacuées par l'expuition ou le vomissement, vérita
ble produit de sécrétion locale des muqueuses hypérémiées .
Un cas de rhumatisme polyarticulaire chez une fille de 14
ans s'est compliqué d'endocardite ; une saignée locale dériva
tive aux cuisses , un vésicatoire sur le devant du thorax , les
préparations de digitale et d'opium ont conjuré les accidents
graves de cette maladie qui , après une convalescence de quel
ques jours, a été suivie d'une rechute provoquée par les im
prudences de la malade
Dans les salles de clinique de l'Hôtel-Dieu, un cas de scia
tique et un lumbago aigu ont été guéris en quelques instants
par l'injection hypodermique de sulfate d'atropine.
Terminons en signalant un cas de variole, plusieurs cas de
fièvre muqueuse et un grand nombre de panaris coïncidant
avec une très-marquée tendance à la suppuration des plus peti
tes plaies dans les salles de chirurgie des hôpitaux.

Août. — La constitution médicale de ce mois a eu deux


phases bien marquées : dans la première moitié de la période
mensuelle, la température excessivement élevée, qui a régné
à Toulouse , comme dans presque toute la France , a déterminé
un grand nombre d'affections graves du tube digestif très
souvent mortelles, surtout chez les enfants ; dans la deuxième
quinzaine du mois d'août l'abaissement subit de la tempéra
ture a provoqué l'apparition rapide d'affections catarrhales
qui, ayant un cachet marqué de perniciosité , ont contribué
( 318 )
à l'élévation du chiffre des décès, dont le nombre dépasse de
plus de cent celui des naissances.
Affections intestinales. — Un grand nombre de coliques
sèches ont été signalées, des diarrhées chez les adultes , des
diarrhées chez les enfants accompagnées bientôt de vomisse
ments et de ballonnement du ventre, phénomènes très-souvent
mortels. Quelques cas de dysenterie ont été traités chez des
adultes et particulièrement chez les femmes ; deux cas de cho
léra sporadique suivis de mort en quelques jours ; un grand
nombre de cholérines très-souvent provoquées par l'ingestion
abusive de boissons glacées.
Affections des voies respiratoires. — Vous avez rapporté :
plusieurs cas de pneumonie, dont quelques-uns ont été mor
tels ; cette affection se rattache plus particulièrement à la
période fraîche du mois d'août ; des bronchites ; des catarrhes
de la muqueuse du nez descendant à la gorge et aux bronches
et s'accompagnant de réaction fébrile très-intense.
En dehors de ces deux catégories de maladies, et se ratta
chant à la constitution , il faut noter quelques cas de rhuma
tisme, dontun poly-articulaire suite d'une ondée, des névralgies;
plusieurs cas de fièvre intermittente ont été observés dans le
faubourg Saint-Cyprien, au quartier des Fontaines. La plupart
des affections ont été compliquées de paroxysmes périodiques
nécessitant l'usage du sulfate de quinine ; citons , entre autres,
un cas d'hydro-péritonite , suite d'un bain frais chez une
demoiselle de 20 ans , avec accès fébriles quotidiens qui ont
cédé à l'administration de quelques grammes de sel quinique.
Les fièvres éruptives, dans le mois d'août, sont représentées
par un cas de variole chez un enfant, quelques cas de rou
geole, et plusieurs affections impétigineuses du visage, chez
des enfants strumeux , s'accompagnant de fièvre continue.
Sous l'influence de l'insolation il s'est produit un certain
nombre de congestions cérébrales de peu de durée.
En résumé, c'est toujours à l'entéro-colite des enfants qu'il
faut rapporter le plus grand nombre de décès du mois d'août, et
( 319 )
s'il a semblé à quelques membres de la Société que cette année
il y avait eu moins d'enfants malades que les précédentes an
nées , c'est qu'ils n'ont pas eu à observer particulièrement la
population des faubourgs et de la banlieue où, par incurie des
parents et défaut de soins , la moitié au moins des affections
· intestinales des enfants deviennent rapidement mortelles dans
la période caniculaire. -

Septembre. — Vous avez tous, Messieurs , constaté qu'il y


a eu moins de malades en ville pendant le mois de septembre.
Cette amélioration de la constitution médicale, qui est habi
tuelle à cette époque de l'année , tient à deux causes bien
déterminées : diminution très-grande de la population toulou
saine pendant ce mois de villégiature , abaissement de la
température , dont la chaleur avait été excessive pendant le
mois d'août.
Malgré cette amélioration de la santé publique , il y a eu,
pour le mois de septembre, un chiffre de décès assez consi
dérable. Nous en trouverons la raison dans la gravité des affec
tions observées, et peut-être aussi dans le passage un peu
brusque d'une température très-élevée à une fraîcheur humide,
occasionnée par le grand nombre de journées de pluie ou de
brouillard du commencement de l'automne.
Les affections chroniques de poitrine ont été particulière
ment influencées par cet état de l'atmosphère , et il y a eu
un certain nombre de morts par anticipation, en quelque sorte,
sur les mois d'octobre et novembre.
La fièvre typhoïde a régné à Toulouse pendant tout ce mois.
Cette affection , qu'on pourrait appeler saisonnière, à raison
de son apparition à peu près constante à la fin de l'été et
en automne, a présenté comme complication : la diphtérie
bucco-pharyngienne dans deux cas mortels , l'érysipèle de la
face, l'hémorrhagie intestinale , la broncho-pneumonie. On
n'a pas noté en ville des faits de contagion ; mais à Luchon
et à la campagne , dans une ferme située à 20 kilomètres de
Toulouse , on a rencontré de véritables foyers d'infection. Les
( 320 )
divers membres de la même famille ont été successivement
atteints , le père et la mère étant épargnés ; et sur quatre en
fants malades, il y a eu un décès. A Luchon , la maison d'un
pharmacien , contenant un typhoïque , a fourni quatre nou
veaux cas, dont deux suivis de mort , à un intervalle de temps
assez rapproché.
Voilà , certes , des faits authentiques venant à l'appui des
contagionistes, parmi lesquels vient de se ranger M. Gintrac
de Bordeaux, qui a présenté dernièrement à l'Académie de mé
decine un mémoire sur la contagion de la fièvre typhoïde dans
le département de la Gironde. Et, à ce propos, nous devons
rappeler qu'au mois de décembre 1860 , nous lisions , dans
cette enceinte , un travail sur le même sujet; et que le résumé
de nos observations de dothienentérie contagieuse , contenu
dans le compte rendu des travaux de la Société pour 1861 ,
se terminait par ces conclusions pratiques :
« La fièvre typhoïde peut donc se montrer contagieuse dans
certains foyers d'infection , et la prudence dicte d'aller au-de
vant d'un danger possible , en évacuant les individus agglo
mérés , en dispersaut surtout les enfants ou les adultes , sur
lesquels l'influence des miasmes est beaucoup plus marquée. »
Les mêmes préceptes hygiéniques ont été formulés dans
notre dernière Conférence par l'un des membres présents.
Vous avez signalé comme maladies régnantes du mois de
septembre , un certain nombre de dysenteries , les unes pri
mitives , les autres succédant á des diarrhées catarrhales. La
plupart des malades qui en étaient atteints venaient des chan
tiers du chemin de fer établis à Montastruc. L'eau froide ,
les raisins , les fruits de la saison ingérés sans mesure, la
mauvaise nourriture , les excès alcooliques , sont les causes
prédisposantes de ces affections intestinales, que détermine le
plus souvent la variation brusque de température entre les
jours et les nuits , variation d'autant plus ressentie par les
ouvriers qu'ils sont plus mal vêtus et logés.
Notons plusieurs cas de fièvre puerpérale chez des jeunes
femmes ayant eu un accouchement naturel ; dans l'un d'eux
( 321 )
il y a eu phlébite utérine , avec complication pulmonaire et
péritonite, dont ont triomphé les sangsues et les onctions
mercurielles belladonées. Des rhumatismes articulaires, des
névralgies, une néphrite aiguë double , avec coliques néphré
tiques périodiques, un cas d'éclampsie puerpérale mortel chez
une dame atteinte d'œdème pendant la grossesse : telles sont
les autres maladies du mois pouvant se rattacher à la consti
tution médicale.

Octobre. — La maladie qui a prédominé pendant le mois


d'octobre est l'érysipèle. Viennent ensuite , par ordre de fré
quence : la fièvre puerpérale , le rhumatisme articulaire , la
fièvre intermittente et la pneumonie.
Les érysipèles figurent pour une grande part dans nos pré
cédents comptes rendus ; mais il y a eu, dans le mois d'octo
bre, recrudescence de cet exanthème cutané.
Spontané, il s'est montré fréquemment à la face , ayant
débuté, dans plusieurs cas, par le cuir chevelu ; un cas a été
mort l en ville.
Traumatique , l'érysipèle a régné dans les salles de l'Hô
tel-Dieu. La plupart des opérés en ont été atteints , et chez
une femme qui avait subi l'extirpation d'un squirrhe du sein,
nous avons observé cette forme d'érysipèle bronzé décrite par
M. Velpeau , et qui a emporté la malade en cinq jours.
La fièvre puerpérale avait déjà régné en septembre : 5 nou
veaux cas ont été traités dans le courant du mois d'octobre ;
4 en ville, dont 3 suivis de mort , et 1 à l'Ilôtel-Dieu, dans
les salles de la Maternité. Les accouchements n'avaient pas ,
en général , présenté de grandes complications ; parmi les .
femmes décédées , deux avaient eu des grossesses gémellai
res , la troisième avait eu un accouchement des plus sim
ples. Malgré cette influence de la constitution médicale , il n'y
a pas eu d'épidémie de fièvre puerpérale à l'hôpital.
Les rhumatismes, assez nombreux, ont été le plus souvent
de simples myodynies ; mais il y a eu plusieurs cas d'ar
thrite rhumatismale aiguë. L'un d'eux a présenté la com
21
( 322 )
plication cardiaque , et a été suivi de plusieurs rechutes
très-graves. L'angine rhumatismale signalée par M. Bouillaud
a été rencontrée chez ce malade au moment où la colonne
cervicale était prise ; grande était alors la gêne de la déglu
tition.

Certains d'entre vous ont eu, exceptionnellement, à pres


crire le sulfate de quinine contre la fièvre intermittente ,
assez rare à Toulouse ; le type des accès était quotidien ,
quelquefois tierce.
Les pneumonies du mois d'octobre n'ont pas été des inflam
mations franches du poumon. Des pneumonies catarrhales ,
des pneumonies typhoïdes, un cas de pneumonie compliquée
d'accès de fièvre intermittente chez un malade venu d'un pays
marécageux , tels sont les principaux exemples d'affections du
poumon qui ont été signalées. Peut-être faut-il y rattacher un
cas d'angine de poitrine ayant amené subitement la mort , et
un accès suffocant chez un homme atteint de paralysie pro
gressive , dont la mort a paru occasionnée par la paralysie du
nerf pneumo-gastrique.
Si nous ajoutons à ces maladies un assez grand nombre de
névralgies, parmi lesquelles il faut citer une névralgie cer
vico-brachiale et une névralgie cardiaque ; des apoplexies ,
des congestions cérébrales chez les vieillards; chez les adultes,
des anthrax , des furoncles, beaucoup de panaris , des zona,
des affections eczémateuses ; chez les enfants, des coqueluches
et des laryngites , nous aurons à peu près reproduit toutes
les affections énumérées dans notre dernière Conférence sur les
maladies régnantes.

Novembre. -- Le mois de novembre 1863 a été très-beau


à Toulouse et dans le département , où l'on a joui , cette
année, d'un véritable été de la Saint-Martin ; aussi le nombre
des malades est-il moins considérable qu'il ne l'est ordinaire
ment à pareille époque.
Les maladies observées dans le courant de ce mois se rat
tachent plutôt à la constitution médicale stationnaire de notre
( 323 )
ville qu'à la constitution saisonnière : c'est ainsi que les affec
tions catarrhales ont reparu et ont pris différentes formes,
suivant leur siége.
L'appareil de la respiration a été le plus influencé, surtout
dans sa partie supérieure : des angines tonsillaires, pharyn
gées, laryngiennes ont été souvent signalées. Deux cas de
croup, mortels en trois jours chez des enfants, des catarrhes
pulmonaires, des pneumonies , des pleuro-pneumonies chez
des adultes, ont été traités en ville.
A l'Hôtel-Dieu l'influence de la saison s'est montrée plus
manifeste : il y a eu une longue série de fièvres typhoïdes chez
des ouvriers venant du chantier de Montastruc. Dans notre
dernier Rapport nous avons noté la part qu'il faut faire à l'en
combrement dans des logements insalubres quand on veut
apprécier les véritables causes de cette maladie. La mortalité
n'a pas d'ailleurs été grande , puisque sur un nombre consi
dérable de typhoïques il n'y a eu qu'un décès.
Il est entré aussi à l'hôpital plusieurs malades atteints de
fièvre tierce, quarte, double-tierce. La poudre de quinquina
jaune a été administrée avec succès dans les récidives, contre
lesquelles le sulfate de quinine semblait impuissant. Quelques
rhumatismes, un beaucoup plus grand nombre de névralgies,
qui sont loin de se rattacher toujours à cette affection ; des
érysipèles de la face, des érysipèles traumatiques, des adé
nites, des panaris, des phegmons en assez grand nombre com
plètent la série morbide de novembre.

Décembre. — Il y a eu dans le courant de ce mois peu de


malades en ville, moins de malades à l'hôpital. On pourrait
cependant dire que , dans la deuxième quinzaine de décembre
le chiffre des affections s'est un peu relevé, et qu'il a paru à
quelques-uns d'entre vous que les phlegmasies de l'appareil
respiratoire tendaient à se substituer aux affections catarrhales
signalées en novembre. Faudrait-il en voir la cause dans la
prédominance du vent de nord-ouest sur le vent de sud-est ?
Il est certain que le vent qui nous arrive de l'Océan est beau
- ( 324 ) -

coup plus froid que celui qui vient de la Méditerranée; et que,


si la constitution médicale était toujours la conséquence de la
constitution atmosphérique, on devrait voir à Toulouse, sui
vant que souffle l'un ou l'autre de ces vents , d'une manière
constante, apparaître tel ou tel ordre d'affections régnantes.
Véritablement, il n'en est pas toujours ainsi , et le problème
des constitutions médicales n'est pas un de ceux que l'on
résout par les mathématiques.
Les maladies du mois sont : des pneumonies à forme ataxi
que, des catarrhes des poumons et des bronches. Chez les
vieillards il y a eu recrudescence d'asthmes. A propos de cette
maladie, particulière aux gens âgés de plus de cinquante
ans, nous pensons, avec M. Beau , que beaucoup d'asthmes
sont des catarrhes bronchiques généralisés , et devenant quel
quefois suffocants. L'emphysème vésiculaire ' du poumon se
rencontre , de temps en temps , chez certaines personnes
atteintes d'asthme humide : quant à l'asthme sec , avec accès
de suffocations sans accumulation de mucosités ou de glaires
dans les bronches, il est très-rare, et représente un véritable
spasme des voies aériennes, qu'on peut rencontrer aussi sou
vent chez les enfants et les adultes que chez les vieillards.
Notons un nombre assez considérable d'angines tonsillai
res, des laryngites ; chez les enfants, des oreillons; chez les
adultes, des rhumatismes articulaires avec endocardite , des
myodynies, des névralgies faciale, cervico-brachiale, etc.
Un de vous a eu à traiter une péritonite spontanée avec
paroxysmes fébriles à type double tierce.
Deux cas de paralysie, l'un des muscles de la face, l'autre
des muscles de l'œil , ont fixé votre attention. La première de
ces maladies paraissant accasionnée par le refroidissement ,
a cédé assez vite à l'application d'un vésicatoire à la strychnine ;
· la seconde , qui a semblé ne pouvoir se rattacher à aucune
cause déterminée , est encore en voie de traitement.
A propos de quelques cas de fièvre intermittente, traités en
ville, un Membre de la Société , appelé à Grenade sur Ga
ronne dans le courant du mois, a appris, des Médecins de
( 325 )
la localité, qu'il régnait dans cette contrée, entourée d'eaux
stagnantes, des fièvres pseudo-continues fort graves et re
belles au sulfate de quinine.
Observations météorologiques.

BARO-| THERMOMÈTRE. |. VENTS


MOIS. METRE.

1863
2-- --

Moyenne. | Maxim. | Minim. |Moyenn. | # | | | RÉGNANTs.

745,742| 16,8 3,0 5,50 N0.


| SE.
|,
747,247| 24,9 | 7,3 51,60 NO.
- SE .

745,141| 27,8 | 6,4 107,60 No.


7 SE.

747,401| 33,2 | 7 77,23 NO.


SE.
748,0t4 30,50 NO.
SE.

AoUT. .. ... .| 747,181

SEPTEMBRE. .. | 748,201

OCTOBRE. ... | 744,270

NOVEMBRE. .. | 749,747

DÉCEMBRE. .. | 753,380

Mouvement de la population (Commune de Toulouse).


Naissances. Décès.
MARs 1863. .. ... .. ... . - 259
AvRIL. ... ... .. .. .. .. • . 235 - 203
MAI. ... .. .. . .. .. ... .. 238 - 204
JUIN............ .. .. .. 221 - 168
JUILLET. ... .. .. . .. .. .. 207 - 224
AOUT. .. .. .. ... .. • . ... 193 - 297
SEPTEMBRE. ... ........ 237 - 220
OCToBRE. ... .. .. • . .. .. 218 - 191
NovEMBRE......... .. .. 251 - 229
DÉCEMBRE. ...... » . .. .. 224 - 221
( 326 )

RECHERCHES

sUR LES ANALOGIES ET SUR LES DIFFÉRENCES QUI EXISTENT


ENTRE LES EAUX SULFUREUSES DES PRINCIPALES STATIONS

THERMALES DES PYRÉNÉEs ;

Par M. FILHOL, Membre résidant.

ANGLADA , dont les travaux sur les eaux minérales des Py


rénées sont connus et estimés de tous les chimistes, a eu prin
cipalement pour but dans ses recherches d'établir l'analogie
de composition que présentent les eaux sulfureuses thermales
qu'on rencontre sur divers points de cette chaîne de mon
tagnes.
Il ressort manifestement de tous les écrits de cet éminent
observateur, qu'à ses yeux les eaux de Baréges, de Cauterets,
de Bagnères-de-Luchon, d'Amélie-les-Bains, du Vernet, de
Moligt, etc., ne diffèrent les unes des autres que par leur
température et par la quantité plus ou moins grande de sul
fure de sodium, de carbonate de soude, de matière organi
que, etc., qu'elles tiennent en dissolution.
Ainsi, les éléments minéralisateurs étant les mêmes pour
chacune de ces eaux , on semblerait autorisé à conclure que,
lorsque deux sources appartenant à des stations éloignées
l'une de l'autre, ont la même température et la même richesse
en sulfure de sodium , carbonate de soude, etc. Ces deux
sources doivent exercer la même action sur l'économie. Il en
serait ainsi , par exemple, de la source du Tambour à Baréges,
et de celle de Richard à Bagnères-de-Luchon.
L'observation médicale ne confirme pourtant pas ces ana
logies, et l'on se trouve dans l'alternative d'admettre que le
Chimiste ou le Médecin n'ont pas tout vu , car s'il en était au
trement on serait conduit à trouver que deux médicaments
( 327 )
composés de la même manière jouissent de propriétés diffé
rentes, ce qui n'est nullement probable.
Telles sont les considérations qui, au début de mes études
sur les eaux minérales des Pyrénées , m'ont engagé à me
placer à un point de vue diamétralement opposé à celui d'An
glada, et à rechercher surtout les différences qui existent
entre les eaux des diverses stations, considérées au point de
vue chimique.
Après avoir observé pendant plusieurs années les eaux mi
nérales sulfureuses des Pyrénées, j'ai admis qu'on peut les
distribuer en quatre groupes , comme il suit :
1° Eaux qui sont à la fois sulfureuses et alcalines ;
2° Eaux sulfureuses dont l'alcalinité est faible ou presque
nulle ;
3° Eaux sulfureuses qui contiennent de la silice en pro
portion supérieure à celle qui serait nécessaire pour former
des silicates neutres (ces eaux émettent des quantités nota
bles d'hydrogène sulfuré ) ;
4° Eaux dans lesquelles le chlorure de sodium et le sulfate
de chaux existent en proportion notable.
Au premier groupe appartiennent presque toutes les eaux
sulfureuses des Pyrénées-Orientales. Un simple essai alcalimé
trique permet de constater qu'il faut employer pour les sa
turer beaucoup plus d'acide sulfurique que n'en exige la dé
composition du sulfure alcalin qu'elles contiennent.
Faut il s'étonner alors si les eaux de la Preste sont depuis
longtemps recommandées par les Médecins pour guérir des
maladies contre lesquelles on emploie habituellement les
alcalins ? - -

Il est d'ailleurs bon de noter ici qu'on trouve dans la région


où sont ces eaux des sources très-alcalines ; par exemple,
celles du Boulou.
Au deuxième groupe appartiennent les eaux de Baréges , et
celles de Saint-Sauveur et de Cauterets. Celles de Baréges
surtout sont remarquables par leur stabilité beaucoup plus
grande que celle des autres.
( 328 )
Dans le troisième groupe, j'ai placé les eaux d'Ax et celles
de Bagnères-de-Luchon. -

Ces eaux émettent constamment de l'acide sulfhydrique, et


doivent agir sur les malades comme le ferait une dissolution
d'hydrogène sulfuré.
Enfin , dans le quatrième groupe , se trouvent les eaux de
Bonnes , dont l'assortiment minéral est tel, qu'on peut le
comparer à celui qui résulterait d'un mélange d'eau de Baré
ges et d'eau d'Enghien.
Aux preuves que j'ai fait valoir à l'appui des divisions
dont je viens de parler, sont venues se joindre, dans ces der
niers temps, des preuves nouvelles déduites de l'étude de la
pulvérisation des eaux sulfureuses, considérée au point de
vue chimique. | |

On sait que M. Poggiale et M. Reveil ont publié une série


d'expériences qui prouvent que les eaux sulfureuses thermales
des Pyrénées sont beaucoup moins altérées par la pulvérisa
tion que les eaux sulfuré-calciques, et que ces dernières se
montrent altérables à peu près au même degré qu'une disso
lution d'acide sulfhydrique.
Les chiffres suivants, que j'emprunte à M. Poggiale , mon
trent l'étendue des différences qu'on observe : -

Une solution d'acide sulfhydrique a perdu,


sur cent parties.. .. .. ... ... .. .. .. .. .. . de 37 à 77
L'eau d'Enghien . ... .. ... .. .. .. .. .. . de 62 à 70
L'eau de Bonnes. ... ... ... .. . , ... .. . de 9 à 19
Celle de Barèges. ... .. .. .. .. ... .. .. . 1,65
Celle de Cauterets. .. .. , ... .. , ... ... . 2,00
Celle de Labassère. ... , ... .. .. .. .. • . 0,00

On pouvait penser, d'après ces résultats, que la question


soulevée par M. Piétra , relativement à la grande altéra
bilité des eaux sulfureuses des Pyrénées et à leur désulfura
tion pendant la pulvérisation, était résolue d'une manière
définitive , mais on n'avait fait aucun essai sur les lieux, en
opérant sur les eaux pulvérisées 'à la température où on les
( 329 )
prend dans les établissements thermaux, et à l'aide des appa
reils qui sont employés dans chacun d'eux.
Des essais que j'ai faits sur les eaux de Bagnères-de-Luchon,
joints à ceux que mon excellent ami M. Magnes a bien voulu
exécuter d'après mes instructions et avec mes réactifs à Cau
terets , ont donné les résultats suivants :
Cent parties d'eau de Cauterets ont perdu. .. . 6,90
Cent parties d'eau de Bagnères-de-Luchon ,
ont perdu .. .. .. ... .. .. .. : ... . ... .. .. · . 31,70
Comme on le voit, les différences que j'avais signalées en
tre les eaux de Luchon et celles des autres stations thermales
sont démontrées par ces essais , et l'eau de Luchon se montre
presque aussi altérable que l'eau d'Enghien.
( 330 )

0UVRAGES IMPRIMÉS, ADRESSÉS A LA S0CIÉTÉ


Depuis le 21 mai 1862, jusqu'au 1" janvier 1864.

l0ublicatione be 45ociétés gavantrg ; 2legociatione ;


3ournaux.

( Ordre alphabétique des localités.)

ABBEvILLE. — Société impériale d'émulation. In-8°.


AGEN. — Bulletin de la Société de Médecine. In-8°.

ALGER. — Société de Médecine.— Bulletin. Gr. in-8°.


AMIENS. —Société Médicale.—-Bulletin des travaux. In-8°.
5. AUXERRE. — Bulletin de la Société médicale de l'Yonne.
In-8°.
6. BESANçoN. — Bulletin de la Société de Médecine. In-8°.
. BoRDEAU