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RÉPUBLIQUE DE CÔTE D'IVOIRE


Union - Discipline – Travail

MINISTÈRE DE L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR ET


DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE

UNIVERSITÉ PELEFERO GON COULIBALY


U.F.R. DES LETTRES ET DES ARTS
DÉPARTEMENT DE LETTRES MODERNES

Année académique 2017-2018

MASTER 1

Syllabus de cours

INTITULÉ DU COURS :

PRÉSENTATION DU SUJET,
ÉLABORATION ET SPÉCIFICATION
DE LA PROBLÉMATIQUE

Nom de l’enseignant :

M. TRO DEHO ROGER

Grade : Professeur des Universités


2

PLAN DU COURS :

Introduction

 Chapitre 1: Présentation du sujet

I. Situer le sujet dans un contexte général


II. Préciser les données et définir les termes, notions et concepts clés
III. Délimiter le sujet
IV. Reformuler le sujet

Chapitre 2: Élaboration et spécification de la problématique

I. La problématique : ce que le mot veut dire


II. La problématique comme questionnement préalable
III. La structure de la problématique
IV. À chacun sa problématique : travaux dirigés de rédaction personnelle

Introduction

Le mémoire de master est, en réalité une longue dissertation structurée en parties et en


chapitres. De ce point de vue, son introduction, dans son élaboration, passe par les mêmes
étapes que celle de la dissertation. Pour la dissertation comme pour le mémoire, l’introduction
est la « rampe de lancement » de la pensée. Elle est alors le lieu du « formatage » du
développement à venir : « de quoi s’agit-il exactement ? » ; « quelles sont les frontières ou
balises délimitant le champ d’investigation ? » ; « quel est le problème à la base cette
recherche ? » ; « quels sont les objectifs poursuivis ? » et « comment peut-il être interroger
pour donner des réponses ? » ; etc. Toutes ces préoccupations relèvent de l’introduction qui
sert, finalement, à « planter le décor » en présentant le sujet et en élaborant la problématique
qui va avec.

L’objectif du présent enseignement est d’amener les masterants qui abordent, pour la
toute première fois, le domaine de la recherche à connaître et à éprouver les techniques de
présentation d’un sujet de recherche et celles relatives à la formulation et à la structuration
d’une problématique de recherche.
3

CHAPITRE 1 :

PRESENTATION DU SUJET

La présentation du sujet est une étape de l’introduction, la première. Le sujet, sur


lequel le chercheur a décidé de porter sa réflexion dans le cadre de son mémoire, est connu.
Mais dans sa formulation, sous la forme du titre du mémoire, le sujet n’est pas encore assez
éloquent. Il ne dit pas exactement « de quoi il sera question », « quel est le problème précis
qui sera traité ». D’où l’impérieuse nécessité de présenter le sujet, de l’exposer, de le dé-
voiler, de le dé-couvrir. Étape décisive, la présentation du sujet doit viser la précision et la
clarté afin de donner à l’étude et dès l’entame, son orientation exacte.

I. Situer le sujet dans un contexte général

Aucun sujet de recherche ne naît ex nihilo et rares sont les sujets ou domaines de
recherches qui n’ont jamais été abordés, d’une manière ou d’une autre, par un chercheur ou un
autre. Par ailleurs, tout sujet s’inscrit dans un domaine donné, domaine qui, lui-même a une
histoire évoluant au gré des événements et des discours qui s’y rapportent. Le bon sujet a une
pertinence scientifique et/ou sociale. Pour toutes ces raisons, le chercheur doit situer son sujet
dans un contexte qui, bien que général, doit être en rapport plus ou moins direct avec le sujet.
Ce contexte général peut être de plusieurs ordres : théorique, critique, conceptuel,
historique, culturel, littéraire, social, etc. Le plus important, c’est de choisir le contexte
approprié, celui qui convient le mieux au sujet à traiter. Il faut alors éviter une
contextualisation « passe partout » pouvant se prêter à tous les sujets s’inscrivant dans le
domaine concerné. Il ne doit pas y avoir de hiatus ou d’écart entre le contexte choisi et le sujet
ou le problème à traiter. Dans le domaine littéraire qui nous concerne, particulièrement, le
sujet de recherche peut être situé à partir des points d’ancrage suivants :

 La littérature en général
 La littérature française
 La littérature négro-africaine
 L’univers socio-culturel
 Une approche genrologique (poésie, roman, nouvelle, théâtre, etc.)
 Une forme littéraire spécifique (autobiographie, autofiction, roman épistolaire,
roman policier, paralittérature, roman de science-fiction, essai littéraire, etc.)
4

 Un courant de pensée ou une école littéraire (le baroque, le classicisme, le


réalisme, le postmodernisme, etc.)
 Une méthode critique d’analyse (le structuralisme, la narratologie, la
sémiotique, la sociocritique, la mythocritique, la génétique, etc.)
 Une étude antérieure (à prolonger, à approfondir ou à dépasser)

Quel que soit le contexte situationnel arrêté, le chercheur doit s’assurer qu’il a choisi
l’angle d’approche qui convient, « le contexte adéquat permettant une bonne visibilité, une
appréhension correcte et un traitement conséquent et efficace »1 du sujet.

II. Préciser les données et définir les termes, notions et concepts clés

La précision des données et/ou la définition des termes clés, des notions et des
concepts déterminants répond(ent) à un souci de clarté. Des données ou termes du sujet
peuvent, en effet, faire l’objet de lectures, d’interprétations diverses. Le chercheur doit alors 
« élaguer » le sujet en passant en revue et en excluant les interprétations non désirées. Par
exemple, un étudiant qui travaille sur « La poétique du chant dans le roman africain » doit
pouvoir préciser son acception du terme « chant » en le distinguant de « chanson » et de
« musique » ou, pourquoi pas, en étendant plutôt sa notion de « chant » aux notions connexes
que sont « chanson », « chansonnette », « musique » et autres. Le plus important est d’éviter à
soi-même d’aller dans tous les sens (qui trop embrasse mal étreint !) et d’éviter aux lecteurs
d’aller de conjectures et conjectures dès l’entame de l’introduction qui devait pourtant fournir
les repères nécessaires.

III. Délimiter le sujet

Le sujet, formulé sous la forme de titre du mémoire, reste elliptique. Il ne dévoile pas
assez sa pensée. Le chercheur gagnera alors, toujours dans un élan de précision, d’établir les
frontières de son sujet, de le « délimiter ». L’opération consiste, concrètement, « à baliser son
champ d’intérêt en circonscrivant son étude dans une période donnée, dans un espace
déterminé, ou dans un domaine clairement défini. »2
Ainsi, pour un sujet comme « Onomastique et création romanesque africaine », bien
formulé mais très elliptique, on peut être amené à le délimiter en précisant, d’une part, que
1
Pierre N’DA, Manuel de méthodologie et de rédaction de la thèse de doctorat et du mémoire de master en
lettres, langues et sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 87.

2
Pierre N’DA, Op. cit., p. 192.
5

l’analyse onomastique ne s’intéressera qu’aux anthroponymes (plus significatifs) et, d’autre


part, que l’étude portera essentiellement sur les romans négro-africains de la nouvelle
génération.

IV. Reformuler le sujet

Après avoir précisé et délimité le sujet, de sorte à éviter toute ambiguïté et tout
malentendu, le chercheur doit le reformuler. Il s’agit, à cette étape, de proposer une autre
version du sujet qui en explicite le sens et l’orientation définitive. La reformulation doit
pouvoir mettre en évidence l’aspect particulier choisi, l’approche spécifique retenue. Le
libellé définitif du sujet ou le titre exact du mémoire doit être mis en exergue par une
typographie particulière. Par ailleurs, le titre définitif du mémoire doit être en adéquation avec
les principales articulations du travail. Il faut donc éviter les reformulations fantaisistes dont
les termes n’apportent pas d’informations précises. S’il le juge nécessaire, le chercheur peut,
toujours par souci de précision, adjoindre un sous-titre au titre principal. Ex : «  L’ (in)forme
dans le roman africain  : formes, stratégies et significations  ».

Lectures conseillées

Michel Beaud, L’Art de la thèse, Paris, La Découverte, 1999.


Danet Henriette, Elengabeka Elvis, Secrets de la réussite. Guide des mémoires et des thèses
en Licence Master Doctorat, Yaoundé, PUCAC, 2013.
Guidère Mathieu, Méthodologie de la recherche… , Paris, Ellipses, Editions Marketing, 2004.
Long Donald, « Définir une problématique de recherche. La solution à un problème dépend
de la compréhension de ce dernier », http://web.umoncton.ca/umcm-
longd02/TheorixDownload/probleme.pdf, (page consultée le 12 août 2016).
N’DA Pierre, Manuel de méthodologie et de rédaction de la thèse de doctorat et du mémoire
de master en lettres, langues et sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2015.
6

CHAPITRE 2 :

ÉLABORATION ET SPECIFICATION DE LA PROBLEMATIQUE

« La problématique ou, plus précisément, la problématique de recherche c’est le


mémoire ! » peut-on dire d’entrée. En effet, comme pour la dissertation, la problématique
donne l’impulsion au travail d’étude et de recherche, elle oriente les choix méthodologiques et
les analyses et préfigure les résultats. Pierre N’DA le fait remarquer :

Sans interrogation devant un fait constaté (…) devant un phénomène observé, sans souci de
découvrir ce qui pose problème, sans un problème à élucider, à résoudre, sans une question à
étudier pour apporter une réponse, il n’y a pas de recherche à faire ! De même, sans une
problématique, il n’y a pas de bonne recherche scientifique, et donc pas de mémoire ni de
thèse de qualité !3

Après le sujet, sans lequel on ne peut initier une recherche, vient donc la
problématique qui en constitue, en réalité, la version interrogative. D’où l’importante que
nous accordons à cette étape décisive de la rédaction du travail de recherche en lui consacrant
tout un enseignement. En année de Master 1, porte d’entrée de la recherche universitaire, les
étudiants doivent pouvoir prendre la pleine mesure du problème de l’élaboration de la
problématique qui se pose, parfois même, à des chercheurs de niveau supérieur comme les
doctorants.

I. La problématique : ce que le mot veut dire

Dans un article consacré à la « spécification de la problématique », Jacques Chevrier


présente la problématique comme « un problème posé par un malaise, un manque », « un
problème causé et construit autour d’une insatisfaction, d’un étonnement, d’un
questionnement, d’un désir de savoir, d’un besoin de connaître. ». Pour lui, la problématique,
c’est « l’ensemble des éléments formant problème. »4 Pour Chevrier, la problématique de
recherche est donc liée et guidée par le besoin obsédant qu’éprouve le chercheur d’apporter
des réponses à ses préoccupations et interrogations, relativement à un sujet, à une situation
donnée, à un phénomène observé.
3
Pierre N’DA, Manuel de méthodologie et de rédaction de la thèse de doctorat et du mémoire de master en
lettres, langues et sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2015, p. 87.
4
Jacques Chevrier, « Spécification de la problématique », Benoit Gauthier (dir), Recherche sociale. De la
problématique à la collecte des données, 2e éd., Presses de l’Université du Québec, 1993.
7

Dans L’Art de la thèse, Michel Beaud définit la problématique comme « l’ensemble


construit, autour d’une question principale, des hypothèses de recherche et des lignes
d’analyse qui permettront de traiter le sujet choisi »5. Beaud souligne ainsi qu’en plus d’être
un questionnement, la problématique est également une construction, un processus
d’élaboration d’un tout cohérent ayant des composantes intelligemment corrélées.
Luc Van Campenhoudt et Raymond Quivy écrivent, pour leur part, que « la
problématique est l’approche ou la perspective théorique qu’on décide d’adopter pour traiter
le problème posé par la question de départ. Elle est l’angle sous lequel les phénomènes vont
être étudiés, la manière dont on va les interroger. »6 La problématique, dans sa formulation est
également, à la fois, une orientation, une perspective théorique, analytique et méthodologique.
Sur la question, les explications de Pierre N’DA semblent plus complètes et plus
claires. La problématique, selon lui,
est un ensemble synthétique d’observations, de réflexions, de préoccupations, de problèmes,
de questionnements, d’objectifs, d’hypothèses, qui s’imposent à tout chercheur (…) [Elle] met
en relief le problème posé par le sujet, la ou les questions de recherche, l’objectif visé et
l’hypothèse provisoire ; en somme les éléments essentiels (…) qui permettent de traiter
convenablement le sujet7. 

De ces essais de définition, la problématique apparaît comme l’ « âme » du travail de


recherche. C’est elle qui lui donne vie, l’oriente, le nourrit, lui donne corps et détermine son
devenir. La problématique d’un travail de recherche surgit habituellement d’une série de
questionnements.

II. La problématique comme questionnement préalable

La problématique est, dans son essence même, une démarche de questionnement qui
commence bien avant la série de questions que pose le chercheur dans l’introduction de son
travail. En amont, et pour se donner les chances d’avoir une bonne problématique, Pierre
N’DA conseille, vivement « de se poser à soi-même une série de questions [préalables] qui
permettent de voir un peu plus clair dans l’orientation de son sujet et dans ce qu’on veut
entreprendre exactement comme recherche. »8 :

1. Dans ce sujet, quel problème peut-on dégager ? Quel est le problème qui est posé et
qui vaut la peine qu’on s’y arrête pour l’étudier ? 

5
Michel Beaud, L’Art de la thèse, Paris, La Découverte, 1999, p. 32.
6
Luc Van Campenhoudt et Raymond Quivy, Manuel de recherche en sciences sociales, Paris, Dunod, 4e édition,
2011, p. 81.
7
Pierre N’DA, op. cit., p. 87.
8
Pierre N’DA, Op. cit., p. 92.
8

2. Qu’est-ce que j’ai envie de faire au juste dans cette recherche ?


3. Qu’est-ce que j’ai l’intention de (dé)montrer exactement ?
4. Quelle est ma thèse, la position que je compte défendre dans l’étude ?
En l’absence de réponses claires et précises à ces questions, le chercheur ne peut prétendre
initier une étude sérieuse ; à moins de le faire à l’aveuglette et de compter sur la providence
pour retomber sur les pieds, contrairement à la rigueur de la démarche scientifique.
Le processus proposé par Donald Long9, démarche progressive sous la forme de
questions-réponses, apparaît comme un précieux outil méthodologique pouvant aider les
jeunes chercheurs à saisir la pertinence de chacune des articulations de la problématisation et
à ne pas perdre leurs repères jusqu’à la formulation du problème de recherche duquel
découlera la problématique.

Q1 Votre connaissance du phénomène se limite-t-elle à vos observations


simplement ou êtes-vous bien documenté sur le sujet ?
R

Q2 Désirez-vous simplement décrire un phénomène qui vous intrigue, identifier


des aspects particuliers de ce phénomène, ou bien établir des relations entre
ces aspects (variables) ?
R

Q3 Quels sont les aspects du phénomène qui ont déjà été étudiés par d’autres
chercheurs ?
R
Q4 Existe-t-il des théories qui proposent des explications du phénomène qui vous
intéresse ?
R

Q5 Dans les rapports de recherche que vous avez lus sur le sujet, y a-t-il des
aspects que vous jugez faibles ou qui n’ont pas reçu l’attention souhaitée ?
R

Votre recherche portera-t-elle sur l’application d’une méthode plus


Q6 rigoureuse que dans les recherches précédentes ou bien sur l’étude de
nouveaux aspects du phénomène ?
R

9
Donald Long, « Définir une problématique de recherche. La solution à un problème dépend de la
compréhension de ce dernier », http://web.umoncton.ca/umcm-longd02/TheorixDownload/probleme.pdf, (page
consultée le 12 août 2016).
9

Q7 Quelles sont les difficultés majeures que vous prévoyez ?


R

Q8 Êtes-vous en mesure de prédire des alternatives de réponse à votre question


fondamentale ?
R

Q9 Comment vos résultats de recherche vont-ils améliorer l’état de la


connaissance sur le sujet ?
R

Q 10 Qu’est-ce que vous souhaitez découvrir au terme de votre recherche ?


R

Q 11 Formulez votre problème de recherche


R

La problématisation du sujet dépend donc, fondamentalement, du problème de


recherche. Mais le texte de la problématique (et non simplement les questions qui la
constituent) intègre d’autres éléments qui, avec le problème de recherche, rythme une
démarche cohérente qui donne son impulsion au travail de recherche.

III. La structure de la problématique

L’élaboration d’une problématique n’est pas chose aisée ; l’enjeu prenant très souvent
le pas sur le jeu. Ce n’est pas non plus chose impossible. Bien au contraire, le chercheur se
trouve dans l’obligation d’élaborer courageusement et progressivement sa problématique de
recherche qui, il faut le rappeler, ne saurait être « une [simple] reformulation interrogative de
l’intitulé initial du sujet »10. Elle ne peut également se réduire ni à « LA bonne question »11 ni
« à l’art de (…) dégager des questions pertinentes »12. En effet, si l’élaboration et la
spécification d’une problématique de recherche s’appuient sur des questions dignes d’intérêt
et intelligemment posées à partir de «  question centrale », « question principale » ou

10
Mathieu Guidère, Méthodologie de la recherche… , Paris, Ellipses, Editions Marketing, 2004, p. 19.
11
Jean-Luc Michel, Le mémoire de recherche en Informatique-Communication, Paris, Ellipses, Editions
Marketing, 1999, p. 37.
12
Henriette Danet, Elvis Elengabeka, Secrets de la réussite. Guide des mémoires et des thèses en Licence Master
Doctorat, Yaoundé, PUCAC, 2013, p. 34.
10

« question pivot », « il ne suffit pas, comme le dénonce Pierre N’DA, de poser deux ou trois
questions et de dire : telle est ma problématique. »13
La problématique, une bonne problématique, embrasse, en plus des questions qu’on
aura à poser ou questions de recherche, le problème de recherche, les objectifs de la
recherche, les hypothèses de recherche.

III.1. Le problème de recherche : qu’est-ce qui pose problème ?

À force de lectures, de recherches parfois assidues et forcenées dans les rayons de


bibliothèques, on n’est parfois déçu et on peut se dire : « malheureusement pour moi, il n’y a
plus rien à étudier dans ce domaine ou sur cette question ! » Il suffit pourtant d’être attentif,
de confronter ses connaissances (ça veut dire qu’il faut en avoir !) aux travaux qu’on lit, ou
encore, de confronter ces travaux entre eux, de ramener leurs conclusions aux réalités et
situations du moment pour voir surgir une étincelle, pour identifier le hiatus, le contraste, le
problème. Donald Long ne dit pas autre chose lorsqu’il présente le problème de recherche
comme le résultat du « choc entre une connaissance et une autre connaissance contraire, une
absence de savoir avec une réalité intrigante, un état général de savoir avec une connaissance
spécifique, mais contradictoire, un savoir actuel avec un savoir attendu, une méthodologie
d’acquisition de connaissances avec une autre méthodologie différente (…) une interprétation
courante avec une interprétation inusitée… »14 D’où la définition que proposent Gauthier et
al. : « De façon formelle, un problème de recherche se définit comme un écart ressenti (un
manque, un vide, une différence, une divergence) que l’on doit éliminer entre une situation
actuelle et une situation désirée. »15

On l’aura bien compris, définir un problème de recherche est une démarche


intellectuelle, individuelle étant donné qu’il revient à chaque chercheur de forger sa propre
conception du problème à partir de son « intimité » avec le sujet.
III.2. Les questions de recherche : interroger le problème

13
Pierre N’DA, Op. cit, p. 95.
14
Donald Long, « Définir une problématique de recherche. La solution à un problème dépend de la
compréhension de ce dernier », http://web.umoncton.ca/umcm-longd02/TheorixDownload/probleme.pdf, (page
consultée le 12 août 2016).
15
Gauthier B, Recherche sociale : da la problématique à la collecte des données, Québec, QC, Presses de
l’Université du Québec, 1986, p. 52.
11

La formulation des questions de recherche suit la définition claire et précise du


problème de recherche parce qu’elle est, en réalité, l’étape qui permet d’élucider et
d’expliquer le problème. Suivant une définition de Pierre N’DA,

Une question de recherche (…) n’est que l’interrogation explicite qui présente, révèle et précise
le problème à résoudre, la préoccupation à élucider. La question de recherche correspond,
pourrait-on dire simplement, à une reformulation du problème à résoudre sous la forme d’un
énoncé interrogatif…16
 
Parmi les questions de recherche, se trouve une préoccupation dont l’articulation au
problème de recherche est directe. Cette question qui saisit et interroge le problème en son
cœur sera identifiée, privilégiée par le chercheur. Selon les auteurs et leurs terminologies, elle
s’appelle « la question principale », « la question centrale », « la question pivot », « la
question de départ » ou le « problème central ». Ses différentes désignations en font le nœud
du sujet, c’est-à-dire « la question (…) qui, dans sa formulation, contient le problème
fondamental à analyser, à étudier, à élucider (…), [le] guide et repère permanent du travail
entrepris (…) une sorte de boussole qui permet de ne pas s’égarer (…), le fil conducteur de la
recherche. »17

Des questions annexes ou connexes viennent compléter et préciser la question


principale et constituent, avec elle, un tout cohérent permettant de faire des analyses et des
développements structurés pour résoudre le problème posé, pour atteindre les objectifs, pour
vérifier les hypothèses et obtenir des résultats.
Les questions de recherches (la centrale et les subsidiaires) résultent, bien attendu, d’une
analyse approfondie du sujet, de lectures effectuées, de réflexions théoriques et conceptuelles
sur le problème de recherche ou des objectifs visés. Il est vivement conseillé de les formuler
sous la forme interrogative (questions) et au présent de l’indicatif.

III.3. Les objectifs de recherche : ce qu’on veut faire au juste 

Toute recherche scientifique sérieuse doit pouvoir décliner ses objectifs (le principal et les
secondaires) pour prétendre aux résultats escomptés. En effet, une fois l’objectif principal et
les objectifs secondaires ou opérationnels sont bien définis, le chercheur peut conduire
sereinement son étude, s’étant ainsi doté des moyens de vérifier la réalisation de toutes les
opérations nécessaires et la correspondance de la recherche effectuée au projet de recherche
initial.

16
Pierre N’DA, Op. cit., p. 97.
17
Idem, p. 98.
12

L’objectif général est le principal objectif que l’étude vise à atteindre. Il s’agit de « ce
que [l]’étude apporte comme contribution effective au sujet (…) traité, ou au domaine
concerné, à la recherche en général.»18 Mais ce n’est ni le lieu ni le moment d’évoquer la
pertinence sociale du sujet et les retombées socio-économiques des résultats escomptés.
Les objectifs secondaires ou opérationnels viennent en appoint, complètent l’objectif
principal en indiquant et précisant les opérations qui y conduisent.
D’un point de vue méthodologique, les objectifs de recherche se formulent sous forme
affirmative au présent de l’indicatif et avec des verbes tels que étudier, analyser, décrire, faire,
observer, définir, vérifier, contrôler, identifier, distinguer, mesurer, évaluer, comparer,
construire, etc. Par ailleurs, « chaque objectif formulé doit, en principe, correspondre à une
question posée et être nécessairement en rapport avec la question centrale de recherche et
concerner les résultats attendus ainsi que les hypothèses émises. »19

III.4. Les hypothèses de recherches : réponses anticipées


Les hypothèses peuvent être définies comme « des propositions provisoires, des
réponses anticipées, des explications données temporairement, découlant de l’observation
d’un fait, du phénomène constaté, du problème identifié, des questions soulevées, des
objectifs visés. » Elles se présentent comme des thèses, des positions avancées qui restent à
être vérifiées. Elles se déclinent également en hypothèse générale et hypothèses secondaires
qui, bien que formulées sous forme de suppositions, doivent être plausibles, vérifiables,
précises et cohérentes, c’est-à-dire qu’elles doivent obéir à une logique interne et être
compatibles avec les données établies.
Les hypothèses sont des énoncés déclaratifs, rédigés au présent de l’indicatif, sous une
forme affirmative.
Cet autre propos de Pierre N’DA, qui sonne comme un conseil mais aussi comme une
mise en garde peut bien servir de conclusion :
« La problématique de recherche ne consiste pas en des questionnements (une question ou
une série de questions posées), mais elle est un ensemble, un ensemble construit et raisonné,
formé de préoccupations afférentes à la recherche entreprise, un ensemble composé
d’éléments déterminants tels que l’objet d’étude, la question principale et les questions
subsidiaires, les objectifs visés, les hypothèses formulées. Une problématique, bien élaborée,

18
Pierre N’DA, Op. cit, p. 99.
19
Ibidem.
13

constitue par conséquent la colonne dorsale, l’armature (…), la charpente solide sur laquelle
repose toute la construction de l’étude en cours. »20
Le tableau récapitulatif, ci-dessous, propose un schéma synoptique de l’élaboration de la
problématique.

Tableau récapitulatif de Donald Long

LA PROBLÉMATIQUE DE LA RECHERCHE
1. Le sujet de la recherche
Définition Le sujet sur lequel porte la recherche
Question Sur quoi porte la recherche ?
Réponse

2. Le problème de recherche
Définition Une situation qui intrigue le chercheur
Question Que cherche-t-on à mieux comprendre ou expliquer ?
Réponse

3. Les questions de recherche


Définition Le problème de recherche est posé sous forme de question
Question A quelle(s) question(s) veut-on répondre ?
Réponse

4. L’hypothèse de recherche
Définition Un énoncé qui prédit les résultats
Question Quels résultats prévoit-on obtenir ?
Réponse

IV. À chacun sa problématique : travaux dirigés de rédaction personnelle

Les étudiants sont appelés à élaborer, individuellement, une problématique, à partir de


leurs sujets.
Lectures conseillées :

Chevrier Jacques, « Spécification de la problématique », Benoit Gauthier (dir), Recherche


sociale. De la problématique à la collecte des données, 2e éd., Presses de l’Université du
Québec, 1993.
Michel Beaud, L’Art de la thèse, Paris, La Découverte, 1999.
20
Pierre N’DA, Op. cit., p. 100.
14

Danet Henriette, Elengabeka Elvis, Secrets de la réussite. Guide des mémoires et des thèses
en Licence Master Doctorat, Yaoundé, PUCAC, 2013.
Gauthier Bénoit, Recherche sociale : da la problématique à la collecte des données, Québec,
QC, Presses de l’Université du Québec, 1986.
Guidère Mathieu, Méthodologie de la recherche… , Paris, Ellipses, Editions Marketing, 2004.
Long Donald, « Définir une problématique de recherche. La solution à un problème dépend
de la compréhension de ce dernier », http://web.umoncton.ca/umcm-
longd02/TheorixDownload/probleme.pdf, (page consultée le 12 août 2016).
N’DA Pierre, Manuel de méthodologie et de rédaction de la thèse de doctorat et du mémoire
de master en lettres, langues et sciences humaines, Paris, L’Harmattan, 2015.