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TISSER DES LIENS – VOLET « 

ENTREVUES AUDIO »

Retranscription*
Avec commentaires réflexifs de Marie-Frédérique Lemieux-Simard
Date : avril 2020

I – Intervieweuse (Marie-Frédérique Lemieux-Simard)


C – Caroline Doyon

*il reste certainement quelques coquilles et nous nous en excusons…

Légende :
surligné en jaune = thème général
surligné en bleu = illustrations de thèmes généraux

00:00 I - ... ce que le centre est en fait. J'ai une


p'tite idée, mais quand même.

C - Moi, mon rôle ici, j'suis coordonnatrice Le défi c’est les


de programmes au niveau du programme personnes de
Maison de jeunes, parce que l'avenue des
jeunes, on a deux programmes, on a une cultures différentes
ressource d'hébergement aussi, une qui fréquentent les
auberge du cœur, puis on a quatre Maisons de
maisons de jeunes. Moi je coordonne les jeunes. Tout
quatre maisons de jeunes. Quand on parle dépendant des
de coordination, c'est autant au niveau de
la programmation que de la gestion de quartiers, ceux qui
l'équipe de travail. Puis, toutes les sont plus
ressources financières et matérielles en défavorisés ou qui
arrière de ça. Donc, c'est vraiment très sont multiculturels
large. Moi c'est sûr que j'ai plusieurs représentent un
employés. J'ai une équipe entre douze et
vingt employés... quand on compte la liste défi. Par exemple,
de rappel, j'ai une vingtaine d'employés. celle sur l’île de
C'est sûr que nous on l'voit l'défi... on a Hull et Fournier ont
beaucoup d'jeune qui proviennent de leur lot de défis.
cultures différentes. Ça dépend des Ce sont parfois
sections de nos maisons jeune... j'te dirais
que sur l'île de Hull et ici dans Fournier, des jeunes de
c'est beaucoup plus multiculturel que familles
certains quartiers. Ou c'est leurs parents immigrantes de 1ère
qui proviennent de cultures différentes, mais, parfois de 2e
mais pas nécessairement les enfants. génération aussi.
Puis nous dans notre contexte, on n'a pas L’accès aux
nécessairement accès aux parents. Je me parents n’est pas
souviens à la rencontre, y'a des gens qui
disaient que c'était difficile de transiger possible dans le
avec les parents. Nous ce n'est pas notre contexte des
réalité. Notre réalité c'est directement avec Maison des
les enfants donc, la manière de penser, la Jeunes. Ils sont
culture de l'enfant, va avoir un impact dans laissés à eux-
le milieu directement pis ça va avoir un
impact sur l'intervention que nos mêmes avec ce
animateurs vont être ne mesure de faire qu’ils/elles sont, ce
avec les jeunes. Parce qu'il faut toujours qu’ils/elles
prendre en considération les différentes reçoivent comme
cultures pis les variations aussi au niveau éducation, comme
culturel, c'est quoi leur idée de la société:
qu'est-ce qui est correct vs qu'est-ce qui valeurs. Le milieu
est pas correct d'une culture à l'autre. de l’ado, sa culture
Donc, ça c'est quelque chose qu'on vit et ses valeurs vont
beaucoup en maison de jeunes. Mais j'te avoir un impact
te dirais secteurs où c'qu'on est situé direct avec leurs
nous, dans des secteurs très défavorisés
aussi, c'pas juste multiculturel, mais des interactions avec
secteurs souvent, c'est des nouveaux les autres jeunes
arrivants, ils ont des grosses familles, ils du centre et les
ont très peu de ressources financières, ils intervenants. Les
sont très vulnérables aussi. On est situé défis des jeunes,
aussi à côté des offices d'habitation, à
Aylmer?, à Hull, à Hull encore ici. C'est sûr qu’ils soient
que c'est des personnes qui ont des gros culturels ou non
besoins à l'avance. Peu importe culturels sont la précarité
ou non, ça reste que les besoins sont déjà financière, la
et y'ont le défi de la langue, de la culture... langue parfois,
de s'intégrer dans la société d'accueil.
l’éducation et
l’intégration à la
société d’accueil.
Nous ici, quand on leur dit des fois : «Non, Par rapport aux
nous on fonctionne pas comme ça.» Mais interactions avec
eux autres, ça fonctionne pas dans leur
tête non plus. Parce qu'ils ont toujours été les autres jeunes
élevés sur une ligne de pensée, donc c'est et intervenant.e.s,
difficile pour eux de faire la part des l’intégration est
choses. Parce qu'à la maison, on leur dit difficile « parce
telles choses, à l'école, on leur dit d'autres qu’ils ont toujours
choses, en maison de jeunes, ben garde
ton identité aussi malgré qu'il faut que tu été élevés sur une
correspondes à ce que la société veut... ligne de pensée
Donc, c'est difficile pour un jeune de se donc c’est difficile
retrouver là-dedans! «Est où ma place?!» pour eux de faire la
Donc, c'est quelque chose qu'on va vivre part des choses. »
beaucoup en maison de jeunes: est-où ma
place. Le questionnement du jeune c'est: À la maison c’est
est-ce qu'il faut que je suive absolument une chose, à
mon parent, mais j'suis pas mon parent, l’école, c’en est
mon parent est pas content. Si j'suis pas une autre.
l'école, l'école est pas contente. Il est L’équilibre de ce
supposé se situer où lui? Lui, il nous l'dit
souvent. J'dis souvent «lui» parce qu'on a que le milieu
beaucoup d'hommes présentement, (maison, école ou
d'adolescents, mais ça pourrait être autant maison de jeunes)
filles que garçons. Mais ceux qui me « veut » comme
viennent beaucoup à l'esprit c'est des attitude ou
garçons. Sont là comme: «Ben oui mais
mes parents tirent d'un côté, l'école tire de réalisation de la
l'autre. Moi j'suis dans le milieu, j'essaye part de l’ado est
de former ma personnalité puis je l'sais mélangeante pour
pas. J'ai aucune idée si j'devrais aller vers eux. Il ou elle se
la société, ce qu'elle veut de moi ou vers questionne sur sa
mes valeurs familiales... ou vers c'que moi
j'pense qui est peut-être un juste milieu.» place dans la
Ils sont un peu perdu là-dedans. société et
comment il ou elle
devrait « être ».
Répondre aux
exigences de la
société d’accueil
ou à celles des
mœurs familiales
et culturelles ?
04:13 I - Est-ce que ça arrive que les enfants
soient aussi vecteurs d'informations pour
leurs parents justement? Ils vont leur
amener de l'informations, ils vont leur dire
«ben c'est comme ça, c'est comme ça...»
Comme y'ont peut-être un plus gros
encadrement au niveau de la société avec
l'école, avec la maison des jeunes. C'est
tu des commentaires qui reviennent?

C - L'avantage des adolescents c'est que Les adolescent.e.s


l'adolescent est beaucoup plus autonome qui fréquentent les
que l'enfant. Les adolescents vont souvent
aller chercher des services pour leurs Maisons de jeunes
parents. Par le biais des enfants, soit des vont agir comme
jeunes, soit des adolescents. Parce que des ponts entre la
moi ici, j'ai souvent des demandes: «moi famille et les
ma mère elle peut pas la langue, mais on services essentiels
aurait besoin d'aide alimentaire...» Mais
c'est l'enfant qui va faire la demande parce dont ils pourraient
qu'au niveau de langue, y'a une difficulté avoir besoin. La
parce que par exemple, ils parlent arabe, barrière de la
j'dis n'importe quoi là, ça peut être langue fait souvent
n'importe quelle langue là... ils parlent en sorte que l’ado
arabe et dans la banque alimentaire, ils
comprennent pas... Il y a toujours la est vecteur
barrière de la langue qui fait en sorte que d’information pour
souvent, il y a une responsabilisation, il y a sa famille. C’est
une charge qu'on met sur l'enfant, qui lui une
appartient pas nécessairement, mais il responsabilisation,
laissera pas tomber sa famille non plus.
Mais ça c'est quelque chose qu'on voit une charge qu’on
souvent. impose sur l’ado.
05:29 I - Pis est-ce que vous travaillez beaucoup
justement avec le centre alimentaire, par
exemple de Hull... Est-ce que vous
fournissez beaucoup, est-ce que vous
faites un pont?

C - Non, parce que nous notre intervention Il est difficile pour


est vraiment auprès des 12-17 ans. On va les intervenant.e.s
pas dépasser. C'est sûr que, un
adolescent qui va nous dire: «À la maison, de savoir si
il manque de nourriture...» ou quoique ce l’information se
soit, on va lui donner de l'information, on rend parce que les
va lui donner un numéro de téléphone, on intervenant.e.s
va le rediriger. Il va pouvoir ramener tout n’interagissent
ça dans sa famille, mais en contrepartie,
moi j'ai pas de liens directs avec les qu’avec les jeunes,
parents. C'est souvent là notre difficulté mais ceux-ci
nous parce qu'on peut pas peuvent relayer
nécessairement accès aux parents. des références
comme banques
alimentaires ou
services
gouvernementaux
à leurs famille, par
exemple.
Les maisons de jeunes c'est vraiment axé Les intervenant.e.s
sur l'adolescent, on fait pas rentrer tentent de rediriger
d'adultes non plus dans un maison de
jeunes, à part les intervenants sur place les jeunes vers des
donc, c'est sûr que cet aspect là fait en services, selon des
sorte que souvent, les jeunes, ils nous besoins qu’ils
ramènent des choses puis on les redirige. peuvent exprimer.
Qu'est-ce que eux font avec, des fois est- On peut parler d’un
ce que ça s'perd, est-ce que ça s'perd pas,
on le saura jamais. Ça c'est la difficulté; « pont », mais pas
souvent y'a des jeunes qui vont nous l'dire, tout à fait infaillible
mais y'en a d'autres que tsé, on les en plus qu’il n’est
reverra peut-être pas puis on l'sait pas si pas possible de
ça s'est rendu puis si la personne a eu vérifier si ça a été
droit au service qu'elle avait besoin. Pis si
elle a eu une réponse à son besoin, on le fait.
sait pas tout l'temps.

06:46 I - Pis comment les jeunes vous trouve.


Comment ils vous trouvent, comment ils
trouvent l'adresse, la maison des jeunes.
Par exemple, une famille d'immigrants...
comment ils trouvent l'endroit?

C - Ben ici, ils aiment beaucoup venir en La Maison des


maison de jeunes parce que c'est inclusif. Jeunes se veut
C'est inclusif. Nous, on va adapter, par
exemple si on fait des soirées cuisines, il inclusive pour les
va y avoir de la nourriture pas de porc, nouveaux/nouvelle
adaptée vraiment selon leur culture. Je te s arrivant.e.s.
dirais que la majorité du temps, c'est Les Québécois.e.s
beaucoup plus inclusif... les Québécois ont
pas de difficultés, c'qu'on a de la difficulté de souche n’ont
par contre, dans certains quartiers, vu qu'il pas de difficultés
y a beaucoup plus de personnes d’intégration à
immigrantes que de Québécois, quand y'a moins qu’il y ait
un Québécois qui rentre, c'est lui qui se une majorité de
fait rejeter. C'est lui qui se fait rejeter. Pis
ça c'est une difficulté qu'on a dans jeunes d’une
plusieurs maisons de jeune où est-ce qu'ils même culture,
parlent dans leur langue... J'ai des notamment à
animateurs aussi qui sont capables de cause de la langue
parler aussi dans des langues... utilisée entre
Présentement, j'suis chanceuse, mais ça
fait en sorte qu'ils mettent un peu de eux/elles. Il y aurait
côté... des fois ils gardent leur clan de leur beaucoup plus
côté puis ils mettent les blancs d'l'autre d’ados de
bord. On fait beaucoup d'activités pour les communautés
rassembler le plus possible parce que immigrantes qui
veut, veut pas, ils s'tiennent au même
endroit faque à quelque part, il faut qu'il y fréquentent les
ait une collaboration puis un respect Maisons de
mutuel pour vraiment faire beaucoup de Jeunes.
sensibilisation, de prévention là-dessus.
Parce qu'on dirait qu'un tire sa couverte
pis juge l'autre et, ça va dans les deux
sens là... c'est pas autant les blancs
versus les personnes immigrantes que les
personnes immigrantes que «non, mais
tsé nous autre on aime pas ta façon
d'penser» puis vont les mettre de côté,
parce que sont un plus grand nombre.

I - L'effet de groupe.

C - L'effet de groupe exactement. Donc, Les maisons de


des fois, y'ont tendance à vouloir imposer. Jeunes accueillent
J'vais t'expliquer quelque chose qui se
passe ici en maison d'jeunes. C'est que majoritairement
c'est majoritairement des personnes des personnes
immigrantes actuellement. J'ai une de mes immigrantes et
maisons de jeune que je ne suis... c'est selon Caroline
très rare les jeunes filles qui ont travaillé Doyon, beaucoup
pour nous et qui ont réussi à s'intégrer
dans le milieu. Parce qu'il y a tellement proviennent de
une culture de les femmes sont en- pays où la culture
dessous des hommes, que malgré qu'on suggère que la
est au Québec, malgré qu'on fait de la femme est « en
sensibilisation et tout ça, ça reste que le dessous des
respect envers la femme, ils l'ont pas.
C'est très, très, très difficile... parce qu'à la hommes. » Malgré
maison y'ont un exemple? aussi. Il y a une la « sensibilisation
culture tout en arrière de ça, c'est familial. et tout ça, ça reste
Ça provient pas d'hier non plus. Puis c'est que le respect
pas tout l'monde. C'est ça qui est difficile. envers la femme,
C'est qu'on ne peut pas généraliser, parce ils l’ont pas. »
que c'est pas tout l'monde. J'en ai certain
qui vont lui dire à la fille: «Non, toi t'as pas Sans généraliser,
d'affaires ici.» J'ai à peu près une c’est normalement
intervenante dans les dernières années difficile pour une
qui a réussi à faire ce milieu là, à garder femme d’être
ce milieu là, parce qu'ils sont très intervenante en
dénigrants, beaucoup d'agressions
verbales envers l'intervenant féminine. Maison de Jeunes
C'est très, très difficile. Il faut que actuellement, et
quelqu'un soit persévérant énormément d’exercer une
pour réussir à rentrer en contact avec les certaine autorité. Il
jeunes puis créer un bon lien. Il y en a y a beaucoup
quelques uns qui réussissent, mais c'est
beaucoup plus facile avec un homme d’agressions
versus une femme dans ces milieux là. verbales et
Mais ça fait en sorte qu'en contrepartie, on d’intimidation. À
oublie les besoins de certaines filles qui travers ça, ce sont
auraient peut-être besoin de parler avec les jeunes
une intervenante fille et non un intervenant
garçon, mais étant donné que ça devient adolescentes qui
conflictuel, ça va arriver à l'occasion... on fréquentent les
n'est pas capable d'avoir autant de filles centres (bien que
que de gars sur le plancher, dans certains majoritairement
milieux. des garçons) qui
auraient besoin
des intervenantes
et qui pourraient
avoir besoin de se
confier à une
femme, mais la
rétention des
intervenantes est
difficile.
10:33 I - Ah ça c'est intéressant, faque ça c'est
un défi...

C - C'est un défi que j'ai assez Dans deux des


régulièrement dans deux de mes maisons Maisons de
de jeunes actuellement où c'que je mets
tout le temps le couple: un gars / une fille... Jeunes, on doit
simplement parce que la fille des fois, il y a assigner une
plus un rapprochement avec les jeunes intervenante et un
filles et les garçons, plus avec les garçons. intervenant (en
Puis, j'te dirais que présentement, des couple) pour
quatre, j'en ai trois que j'capable de mettre
le couple, une autre que ça dépend qui pouvoir répondre
j'mets là. Il y a certaines personnes, de les aux difficultés
mettre à long terme, c'est difficile... de « genrées » du
ramasser des intervenants aux larmes métier
dans mon bureau, dans une de ces d’intervenant.
maisons de jeunes là. Oui, ça m'est déjà
arrivé souvent.

11:13 I - Puis est-ce que, par exemple, j'te pose


la question: notre projet de courte vidéo...
à qui ça pouvait s'adresser tu penses?
Parce que ça pourrait être autant pour les
employés et les intervenants, mais ça peut
être aussi aux jeunes. Ça serait pour aider
les gens qui interviennent, mais ça peut
être aussi à la clientèle entre parenthèse?
Est-ce que c'est quelque chose qui
pourrait être intéressant?

C - Moi, comment je le vois, ça c'est ma Un autre défi est


perception personnelle, quand on forme le de former
personnel pour intervenir adéquatement
avec les personnes immigrantes, je pense adéquatement le
que ça va de soi, il faut aussi faire quelque personnel
chose au niveau prévention, intervenant des
sensibilisation, de ces personnes là aussi Maisons de
parce que je pense qu'il y a un bout de Jeunes en gardant
chemin à faire deux côtés. Je pense que
c'est pas juste aux intervenants de en tête la
s'adapter, mais que le jeune aussi fasse perspective
sa part. Je pense que l'un va avec l'autre. culturelle. Les
Puis, c'est souvent par les discussions, jeunes doivent
puis par l'information, de pourquoi nous, travailler fort pour
dans notre culture, on est comme ça?
Pourquoi vous? Puis, la compréhension s’intégrer et faire
des deux cultures qui va faire en sorte que un bout de chemin,
les barrières vont se baissées un peu, ils mais le personnel
vont moins être drastiques. Ils vont faire: doit faire un grand
«Ah ben je comprends maintenant travail aussi.
pourquoi vous êtes comme ça.» Parce que
souvent, c'est une difficulté au niveau de la
compréhension. Eux ont été élevés Il y a des difficultés
comme ça, c'est ça, c'est ça... Pis nous au niveau de la
autres ont maintient notre côté. Puis, au compréhension de
bout de la ligne, c'est simplement qu'on certaines réactions
comprend pas bien leur culture et qu'eux
ne comprennent pas bien non plus notre ou mœurs
culture. Parce que quand on leur explique culturelles. Les
correctement puis qu'on est capable discussions,
d'avoir des discussions positives, pas de l’information et la
l'attaque... souvent, les personnes sont communication
capables de s'ouvrir l'esprit, puis de voir...
«ok mais je comprends la part des mènerait à une
choses», ta perception, mais je comprends meilleure
aussi la mienne, on peut tu se retrouver compréhension de
quelque part dans le milieu. Je pense que l’Autre. Trouver un
le travail devrait être autant auprès des juste milieu, avoir
intervenants qui vont améliorer leur façon
d'interagir, mais aussi auprès des des discussion
clientèles. Moi j'ai l'impression que c'est positives en évitant
quelque chose qui peut être très global les attaques
parce que ça se rejoint un milieu où la verbales.
ligne.

14:01 I - Y'a une communication qui faut qu'il se


fasse des deux côtés. Le sujet est même
en fait...

C - Exactement... Puis l'incompréhension, L’incompréhension


souvent, c'est similaire d'un côté et de est la même des
l'autre. Puis, c'est une question que... les
gens s'parlent pas ou les gens au lieu de
deux côtés ;
s'parler, y'a plusieurs conflits qui ne se manque de
règlent pas non plus. Souvent, il va en communication et
maintenir ces conflits là, mais c'est des assumer que
conflits qui, souvent, la majorité du l’Autre est d’une
temps... moi je regarde les adolescents
entre eux autres, la majorité du temps, si
telle façon, sans
on décortique le moindrement et on tenter de
essaye d'amener la communication comprendre la
positivement, on est toujours capable de légitimité des
faire comprendre la part des choses. La multiples raisons
majorité du temps, mais je dis pas qu'y a
pas des extrémistes, oui, y'en a dans dans
qui mènent à des
les deux... dans plusieurs cultures aussi, préférences ou des
mais je pense que ça pourrait être comportements
pertinent des deux côtés. « différents ».
14:59 I - Est-ce que tu as un exemple précis,
graphiquement, à me donner de conflit, je
veux pas dire culturel, mais un conflit où la
communication a été vraiment compliquée
et où ça été ça le problème… un gros défi.

C - Quelque chose de très simple qui L’incompréhension


revient très très très fréquemment, c'est le qui plane sur les
jeune blanc qui va dire à l'autre personne
qui mange pas d'porc, par exemple: «Ben
particularités
t'es juste capricieux...» Mais la perception alimentaires pour
du jeune blanc est mauvaise dans le sens des raisons
que «tu fais juste faire des caprices.» Mais religieuses est un
l'autre de l'autre côté, au lieu d'essayer de défi qui revient
lui expliquer le pourquoi, lui a décidé de ne
pas manger de porc, pis il a le droit... mais
fréquemment en
au lieu de lui expliquer, ça devient tout le Maison de Jeunes.
temps «ben on sait ben vous autres les On soulève le
blancs, vous vous foutez? d'toute.» Ça « caprice » des
devient qu'ils sont pas en mesure de immigrants et le
communiquer ensemble sans avoir un
médiateur dans le milieu. C'est un peu la
« je-m’en-foutisme 
même chose au niveau des gangs à » des Québécois,
l'extérieur... Souvent, on voit y'a la gang qui en résulte
d'Haïtiens, y'a la gang... ils se tiennent souvent à avoir
ensemble pis c'est normal parce qu'ils se
regroupent ensemble, parce qu'ils ont des besoin d’un
idées similaires, y'ont la culture similaire. médiateur (ex.
C'est normal, mais c'est souvent des
conflits comme ça qui deviennent explosifs Partage de repas
puis qui en viennent des fois à se battre en Maisons de
aussi physiquement parce qu'ils se Jeunes). Caroline
comprennent pas. Mais aussitôt qu'on va Doyon remarque
mettre, par exemple, un intervenant dans que les différents
le milieu, puis qui va faire la part des
choses, là on va être capables de groupes culturels
décortiquer. C'est un des conflits... la se regroupent
nourriture là! Ici c'est très très très ensemble par
conflictuel; ça va arriver souvent. similarités des
idées et des
coutumes,
similarités
langagières... dès
qu’un.e
intervenant.e peut
se mettre entre
deux camps
opposés et initie la
communication, on
peut éviter les
altercations et
améliorer les
relations.
Le manque de respect... j't'expliquais Il y a une difficulté
tantôt... les femmes dans le milieu qui à « tolérer »
étaient difficiles à intégrer... il faut qu'elles
soient solides disons. La dernière fois, ce l’autorité d’une
qui est arrivé c'est qu'aussitôt que l'autre femme en tant
animateur est allé à la salle de bain, un qu’intervenante. Il
homme, y'ont pris l'autre personne puis, doit toujours y
elle avait ben beau essayer d'avoir de avoir un
l'autorité: ils l'ont coincé dans un coin, il a
fallu que l'autre animateur arrive. «Tu nous intervenant sur
diras pas quoi faire.», «T'es personne ici.», place, notamment
«Tu sers à rien.», «Une femme ça devrait depuis qu’une
même pas travailler.» Ils l'agressaient là... d’elles s’est fait
physiquement. Ils l'ont coincé dans un agressée
coin. C'est normal que maintenant, c'est
difficile pour une fille de vouloir travailler verbalement avec
là. Parce que des situations, on en a eu des propos
plusieurs. Maintenant, la majorité du misogynes et
temps, y'a un backup, tout l'temps, pour réducteurs. « Ça
pas qu'elles restent toutes seules avec la se travaille, » selon
gang de garçons parce que la gang de
garçons, ils tolèrent pas l'autorité d'une Caroline Doyon,
fille. C'est pas sa place, mais c'est dans qu’il y ait
leur culture, mais ça se travaille. Est-ce « acceptabilité »
que c'est possible de le travailler? Je qu’une femme
pense que oui. Ça se travaille, mais c'est travaille à un poste
du long terme. J'en ai qui sont arrivés ici
au départ, puis qui étaient comme ça. Puis d’autorité au sein
maintenant, qui défendent les filles que des Maisons de
j'mets sur place; qui sont rendus qui les Jeunes. Il y a eu
défendent envers leur propre groupe, de des expériences
leur culture: «Non, elle, faut que tu la où, avec le temps,
respectes.», «Elle est agréable avec nous
autres pis elle, est pour nous autres; elle une intervenante a
travaille pour nous». Faque là, ça l'amène; réussi à gagner le
ce leader là, avec l'évolution, il a évolué, respect de jeunes
parce qu'au départ, il était exactement (à long terme) et
comme les autres, où il se prenait en gang que maintenant,
tandis que maintenant lui est devenu un
leader positif envers cette p'tite gang là où ces jeunes-là
il dit maintenant: «Non, elle, tu la défendent les
respectes.» travailleuses et
prônent leur
respect au sein
des autres
groupes ; ils
deviennent des
« leaders
positifs ».
I - Et ça fait une différence?

C - Oui, ça fait une grosse différence Avec les années,


parce que lui a décidé que les filles les jeunes
avaient le droit au respect et pour lui, c'est
rendu important. Faque il va défendre. Et
apprennent,
puis, parce que c'est un autre garçon, de grandissent,
la même culture qui parle, ils l'écoutent, ils vieillissent et leur
le suivent. Pis il est plus vieux aussi. Y'a tolérance se
aussi l'âge; la personne est rendue pas développe en
mal plus vieille. Elle n'a plus douze ans
non plus. Elle arrive à l'âge de la maturité.
respect qu’ils
Donc c'est sûr qu'il y a une évolution. Mais enseignent aux
cette même personne à 12, elle avait le autres. Ils
même comportement que les autres, sauf deviennent des
que maintenant, il est rendu sur le marché leaders positifs
du travail, il a vu beaucoup de choses.
Puis, au fil des années aussi, on travaille
pour les groupes
beaucoup au niveau de la sensibilisation. de même
Donc maintenant, quand il est là, ça se appartenance
replace. Les gens ont un respect là, des culturelle et s’en
fois, ça me surprend. font une
responsabilité.
20:11 I - Puis, est-ce qu'il y en a beaucoup des
jeunes comme ça, qui restent, qui
reviennent pendant plusieurs, plusieurs
années puis qui sont des réguliers.

C - Oui oui, on a beaucoup de régulier, Il y a des liens qui


puis dans nos réguliers, souvent, c'est ça sont créés avec les
qu'on va voir. C'est qu'au départ, ils vont
vraiment être réfractaires, puis, au fil des
intervenant.e.s qui
années, ils créent tellement tellement un restent et qui sont
bon lien avec l'intervenant ou incroyablement
l'intervenante qu'ils veulent que cette positifs pour le
personne soit heureuse, soit en sécurité, futur de l’ado.
faque ils vont la protéger. C'est une
question de valeur aussi; j'ai créé un lien,
cette personne-là finalement n'est pas
négative pour moi, elle m'a aidé dans telle
ou telle situation, parce qu'au cours de
l'adolescence, on sait qu'ils vivent
beaucoup de choses. Mais à ce moment
là, ils veulent plus lui faire du mal, ils
veulent plus la tasser de côté parce que là,
est rendue importante, elle apporte pour
quelque chose. Donc, un coup qu'ils ont vu
qu'elle apportaient quelque chose, là le
respect va ressortir parce qu'aussitôt qu'on
a une personne qui va respecter, puis qui
est le moindre leader des autres, il va
ramener les autres à le suivre. C'est le
phénomène de gang à l'adolescence. [rire]

21:26 I - Et puis, est ce qu'il y a une certaine


clientèle, des personnes des Premières
Nations ou pas vraiment?

C - J'en ai pas actuellement. À Aylmer, j'ai Il n’y a pas de


des gens qui viennent du Mexique, du clientèle provenant
Pérou, de la Roumanie, mais je n'ai pas de
Premières Nations actuellement. des Premières
Nations
actuellement au
sein des maisons
des Jeunes.
21:57 I - Comment ils entendent parler des
maisons des jeunes? Comment ils se
rendent ici, est-ce que c’est à l’école? Est-
ce qu’à l’école, les profs en parlent?
Comment ils trouvent l'adresse, comment
ils viennent cogner à la porte?

C - Ça dépendant toujours des quartiers, Pour que les ados


nous on fait énormément de publicité, on trouvent les
est vraiment partenaire avec les écoles,
donc on va souvent faire des kiosques, on Maisons des
va aller déposer des publicités dans les jeunes, il y a de la
écoles. Ensuite, c'est sûr que c'est
toujours dans leur quartier. Comme ici, y'a publicité dans les
rien d'autre dans le quartier pratiquement, écoles pour les
donc c'est facile! Tous les jeunes se Maisons de
retrouvent à la même place. Donc, aussitôt Jeunes. Il y a aussi
que tu déménages; j'en ai une couple de un effet de bouche
nouveaux... à un moment donné, y'arrivent
proches puis ils m'ont demandé: «C'est à oreille,
quoi ici, je vois qu'il y a plein de jeunes qui notamment dans
viennent?» Pis là j'suis comme: «Ben c'est les quartiers où il
une maison de jeunes, vous pouvez n’y a pas grand-
rentrer les gars, venez-vous en!» C'est chose à faire. Les
comme ça qu'ils se sont intégrés
tranquillement. Au début, ils ne parlaient jeunes attirent les
pas trop, mais tout d'un coup, ils ont créé jeunes !
un lien avec d'autres jeunes et tout ça. Partenariat avec
C'est sûr que la proximité, le quartier... le plein d’organismes
partenariat qu'on a avec tous les qui font aussi de la
organismes aussi. On fait de la publicité,
énormément. La réputation, j'te dirais qu'il publicité de leur
y a une partie de ça, veut veut pas. Parce côté. (CISSSO,
que, vu qu'on est connu du CISSSO, des Centres jeunesses,
Centres jeunesse, de la DPJ, tout ça, c'est DPJ, etc.)
certain qu'ils vont nous référer des gens.
Mais c'est beaucoup sinon, du bouche à
oreille entre jeunes; on va voir beaucoup
de bouche à oreille.

I - C'est sûr que ça fait son chemin.

C - Ça fait son chemin énormément. Puis, Les Maisons des


la majorité du temps, c'est comme ça qu'ils Jeunes est sur
vont le savoir. C'est sûr qu'on a une page
Internet, mais je crois pas nécessairement
Facebook, mais
que la génération d'aujourd'hui va sur la c’est probablement
page Internet... Facebook, on en a une plutôt les parents
[page], mais sincèrement, Facebook, c'est qui y ont accès ;
plus les parents que ça va toucher parce les jeunes sont
que la génération des 12-17 ans
aujourd'hui, c'est Instagram. On est pas
surtout sur
encore rendu là. On veut se rendre là pour Instagram
être au goût du jour. Mais reste qu'il y a aujourd’hui (12-17
une question de logistique en arrière de ans) et les
ça. Maisons des
Jeunes ne sont
pas encore
rendues là, dans
leur stratégie des
médias
numériques.
24:04 I - Pis, on parlait des défis. C'est sûr qu'il y
avait l'intervention ; on a les jeunes
Québécois puis il y a les jeunes qui sont
immigrants, qui sont des nouveaux
arrivants... Est-ce qu'il y d'autres défis que
vous rencontrez ici?

C - J'te dirais que c'est aussi une question L’intervenant.e a


de valeurs de l'intervenant. Si l'intervenant une grande
est le moindrement fermé sur certaines
choses, ça va avoir un impact sur la responsabilité
dynamique du groupe aussi. Parce que s'il dans le bon
essaye tout le temps de le ramener à «Je déroulement de
veux que tu sois comme nous.», pis si l’expérience des
l'intervenant ne démontre pas d'ouverture, adolescent.e.s.
c'est sûr que ça va avoir un impact. Donc,
il y a un aspect, je trouve, qui provient des Il/elles doivent faire
valeurs, de la personne propre qui travaille preuve d’ouverture
en maison de jeunes. Cet aspect, a quand d’esprit et peut-
même relativement un bon poids. La être réfléchir à
nourriture, les conflits... leurs propres
valeurs et voir ce
qu’ils/elles peuvent
apporter dans
cette situation...
ils/elles doivent
éviter d’être dans
le « Je veux que tu
sois comme
nous » à tout prix,
auprès des ados
de communautés
immigrantes.
I - T'avais parlé de l'effet de groupe...

C - Ça c'est présent dans n'importe quelle Les jeunes ont une


culture; l'effet de gang. Mais sinon, ici, tendance à
présentement, je n'ai pas énormément de
difficulté. C'est sûr que c'est de les amener
calculer les actions
à se mobiliser. L'implication... et ils sont qu’ils/elles feront
beaucoup... je ne sais pas si c'est juste les pour ce qu’ils/elles
adolescents, ça je pourrais pas t'dire parce récolteront.
que je travaille particulièrement avec eux...
Mais au niveau des adolescents, sont
beaucoup, «tu me dois quelque chose»,
Par exemple, les
«tu vas me donner ça», «je veux ça». Ils ados s’attendent
sont énormément exigeant, mais ne parfois à manger
veulent rien donner en retour. En maison en Maisons de
de jeunes, nous on a l'approche au niveau
vraiment beaucoup plus «engagement». Jeunes pour
On essaye de faire engager. On a un souper, mais la
«Conseille jeunes», des choses comme mission des
ça, «Ouin, mais si j'va là, tu vas m'donner centres ne semble
quoi?» Y'a une espèce d'idée comme ça. pas être claire pour
Tandis que, dans d'autres cultures, ils vont
s'impliquer: «Ah! On va faire du les jeunes, car
bénévolat? Parfait! On va faire du ils/elles doivent
bénévolat! Après ça, on va faire une manger chez eux
sortie» L'autre: «Ben non, si tu m'payes avant de se
pas j'y va pas.» Y'a comme une espèce présenter.
d'idée où il doit y avoir quelque chose en
retour. Comme «Tu devrais me donner de
la bouffe, j'ai pas souper chez mon Même si certains
parent.». T'es censé soupé avant de venir sont avares de
en maison de jeunes, moi leurs implication
malheureusement, j'pas un restaurant. sociale, certain.e.s
Mais ils le prendront pas, souvent cette
difficile: «Ben là! Tu dois m'faire manger.» ados de familles
«Non! Ce n'est pas ma responsabilité.» immigrantes
Faque faut vraiment recadrer là-dessus, voudront donner
beaucoup. Il y a une espèce de culture du sans rien vouloir
«on va me le donner, on va me l'offrir». en retour, de bon
Puis j'pense...
cœur. Plusieurs
autres ne voudront
pas de mobiliser,
s’engager s’ils ne
sont pas payés ou
récompensés.
27:17 I - C'est générationnel tu penses?

C - Je l'sais pas si c'est générationnel. Je Selon Caroline


pense que c'est beaucoup plus une Doyon, il y aurait
question que, dans les quartiers dans
lesquels on est nous, c'est des quartiers
un effet
tellement défavorisés qu'ils sont tellement « d’habitude » à la
habitués à la charité que quand on leur charité, dans
demande de faire un peu leur part, c'est certains quartiers.
difficile d'accepter ça. Dans le sens que Habitués de
s'ils sont habitués que «Ah, t'as besoin
d'aide, on va te l'donner.», «Ah! Viens à la
recevoir, sans
banque alimentaire.», «T'as besoin de travailler pour.
vêtements? Ah viens, il y a telle place, ça
va t'couter rien.» Mais la journée où on lui La Maison des
demande un p'tit trois piasses pour aller au Jeunes essaie de
cinéma là, «Ah non non! Tu me l'dois.»
cadrer des limites
Ben c'est un peu la culture de... tu devrais sur le concept de
tout me donner. Ça c'est une difficulté que s’investir, se
souvent on va avoir. Parce qu'il faut être
équitable avec tous les jeunes, faque à mobiliser,
quelque part, si tu veux pas donner, s’engager et éviter
t'engager, ça t'appartient, mais moi j'très... de tomber dans un
je cadre beaucoup par des limites très cadre plus passif,
claires pis non, j'tombe pas dans le «On où on donne, juste
m'donne tout et on me doit tout.», pis t'as
l'droit d'tout faire. Ça, ça marche pas. « parce que ».

28:35 I - Pis, tu vois une différence avec les


jeunes québécois versus les jeunes
nouveaux arrivants?

C - Oui, oui... la responsabilisation, il y a Selon Caroline


du travail à faire. Il y a beaucoup de travail Doyon, il y aurait
à faire. Y'ont un peu une espèce de culture
que la société d'accueil devrait leur donner
une tendance à
ce qu'ils ont besoin. Puis, c'est pas attendre beaucoup
nécessairement nos cultures à nous. C'est de la société
pas notre approche non plus. On est d’accueil, de
vraiment au niveau de «tu t'engages»; prendre pour
c'est du donnant-donnant. On est prêts à
faire des efforts de notre côté, on va aller
acquis qu’ils auront
chercher des ressources, mais la tout ce qu’ils
contrepartie, t'auras pas tout l'temps tout demandent à leur
cru dans la bouche. Parce que notre arrivée. L’objectif
objectif nous, c'est de les rendre des des
adultes actifs, critiques et responsables.
Ce n'est pas de les rendre dépendants de
intervenant.e.s,
la société. Donc, c'est certain que quand c’est de leur
on recadre souvent comme ça, souvent ça donner des outils
va... moi j'ai l'exemple de certaines pour qu’ils/elles
personnes qui viennent d'Afrique... c'est deviennent des
ça, c'est «tu me les dois».
adultes
responsables,
actifs/actives et
critiques. Les
Maisons des
Jeunes sont prêtes
à donner des
références et des
ressources pour
que les ados le
deviennent, mais
ils/elles doivent
travailler de leur
côté. « C’est du
donnant-donnant. 
»
29:38 I - Ben un peu comme le jeune Québécois
qui s'attend à avoir quelque chose en
retour comme tu disais.

C - Exactement. Oui c'est sûr qu'on est Il y a un


dans une génération, où le système fait en questionnement
sorte qu'on les a entraîné à... mais c'est
beaucoup plus présent quand on parle des
récurrent pour
immigrants et des réfugiés. Moi, je me suis Caroline Doyon,
souvent questionnée là-dessus, dans le sur les personnes
sens que, est-ce que c'est parce que, immigrantes qui
quand ils arrivent, on leur donne tellement utilisent tous les
plein de services, plein de ressources... on
est tellement autour d'eux autres que,
services offerts à
quand on les laisse tomber sont comme eux comme les
«Ok, venez nous aider, on a besoin d'vous banques
autres.»... C'est peut-être pour ça.. Je me alimentaires, les
suis souvent questionnée, dans le sens friperies gratuites,
qu'on leur offre certains services, mais,
comme je pourrais dire ça... pas qu'on les
et l’aide sociale.
met dans la ouate parce que c'est pas vrai. Lorsque les ados
Mais on a tendance à essayer de répondre se présentent dans
à tous tous tous leurs besoins sans des voitures de
nécessairement rien demander en retour. luxe en étant
Puis ça devient une culture de comme,
ben: «tu me l'dois.». Puis, je pense que ça
habillé.e.s de
dépend vraiment de certaines marques et de
communautés parce que c'est pas toutes. vêtements griffés,
Je regarde... Espagnols, au contraire, eux les intervenant.e.s
ont une espèce de fierté où ils vont pas se posent des
aller demander. Ils vont même refuser
l'aide souvent. Tandis que d'autres, ils
questions. Elle fait
vont quasiment «On va en profiter là.» un parallèle entre
Tsé, ils viennent chercher des fois des différentes
choses pis tu dis «Oh mon dieu, pourquoi cultures, sans
il se promène dans cette voiture-là!» Mais vouloir généraliser.
si reçoit l'aide sociale, qui va à la banque
alimentaire, qui va aller s'habiller au
centre, dans la friperie gratuite. Là, on se
pose des questions à ce moment-là. C'est
vraiment là-dessus que souvent, on va se
questionner. C'est pas la personne qui a
besoin d'aide pis qui prend l'aide qu'il a
besoin, ça c'est correct, c'est normal...
mais c'est beaucoup plus au niveau de «tu
me dois toute», mais pourtant, tu veux rien
donner, mais on voit bien qu'il n'est pas
mal pris. C'est vraiment là-dessus qu'on
s'est souvent questionnés en maison de
jeunes. Parce que le jeune qui arrive
habillé, de la tête au pieds, en Nike, en
Adidas... puis portant, je lui dois le deux
piasses qu'il devrait débourser pour aller
au cinéma quand je débourse tout le reste.

C - Est-ce que c'est culturel ou ben non... Elle se demande si


c'est difficile parce qu'il y a certains c’est culturel,
Québécois, pas tous, qui ont un peu
c't'idée là de «tu m'dois toute». Je pense générationnel, ou
aussi que c'est une question des valeurs à simplement
la maison, de comment on a été élevé. On quelques individus.
peut pas attribuer ça juste à une cause. Valeurs à la
C'est très large parce qu'il y a plusieurs maison,etc..
aspects là-dedans.

32:48 I - Est-ce qu'il y a beaucoup de


référencements à des centres
alimentaires, APO. Est-ce qu'il y a
beaucoup de gens, beaucoup
d'organismes qui envoient des jeunes, qui
donnent vos adresses aux jeunes pis que
les jeunes sont ici à cause du
référencement des autres organismes
autour? Est-ce qu'il y a beaucoup de
comme cela, d'intersections entre les
organismes?

C - On le sait pas vraiment. Nous, les Le lien entre les


jeunes, nous arrivent, ils nous l'disent pas organismes est
d'où c'qu'ils viennent. On a de la misère à
aller chercher des informations minimales difficile à
qu'on a besoin d'avoir. C'est des déterminer pour
adolescents aussi remarque! Faque c'est les Maisons des
tout à fait normal! Mais non, nous on va Jeunes. Il est aussi
pas nécessairement questionner le jeune difficile de savoir
pour savoir «d'où vous provenez», pis «ah
ben pourquoi vous venez faire un tour!». où les jeunes ont
La majorité du temps, ils vont nous dire entendu parler des
«ben c'est un ami...», «j'ai vu dans centres...
l'quartier» ou «j'ai vu ça passer sur
facebook» ou quoique ce soit.

I - C'est correct aussi en même temps,


c'est l'espèce d'anonymat...

C - C'est ça... On cherche pas


nécessairement à aller chercher qui nous
les réfère en soi. Parce que c'est vraiment
un milieu qui est volontaire, on rentre, on
sort. C'est pas par exemple, y'a des
organismes, y'a vraiment une inscription,
là c'est autre chose.
34:14 I - Est-ce qu'il y a quelque chose que tu
aimerais ajouter, par exemple, au niveau
des besoins, des défis qu'on a pas
discuté?

C - Non, j'pense ça a fait pas mal le tour...

J'aurais peut-être un questionnaire pour


toi. Moi, j'ai un de mes animateurs qui est
très très très impliqué, puis je lui ai parlé
de ce projet-là pis il trouvait ça super
intéressant. Moi j'te l'offre parce qu'il me l'a
offert, il me disait: «Ah si jamais ils ont
besoin d'un autre avis.» Lui c'est un
animateur relativement jeune, une
vingtaine d'années. Puis lui, il provient de
la Colombie. Faque il l'a vécu, pis il le vit
aussi comme intervenant. Il a vécu
l'adolescence qui est vraiment pas loin
en arrière puis il vit aussi le fait qu'il est
animateur en maison de jeunes. Si jamais
c'est pertinent, je pourrais te donner ses
coordonnées

I - Pour lui donner une entrevue comme


ça?

C - Oui, parce que sincèrement, lui, c'est


une personne que, quand je lui en ai parlé,
il a fait «Ahhhh!»... il est super intéressé
en politique internationale, il est intéressé
à beaucoup de choses. [...] Ça serait peut-
être bien aussi d'avoir quelqu'un qui est
vraiment sur le terrain, parce que moi j'suis
en arrière, j'suis pas constamment avec
les jeunes. Faque je pense qu'il pourrait
encore plus apporter d'exemples, puis une
autre vision… […]