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XXIes Journées Franco-Suisses de Santé au Travail

L’endormissement au volant : meil (fatigue). Ne jamais prendre le volant après une nuit de
le tueur silencieux sommeil inférieure à 6 heures et le lâcher obligatoirement
après 17 heures d’éveil continu. Des durées d’éveil continu de
B. Roussel J.-C. Sagot 20 ou 23 heures dégradent la performance de la même
manière qu’une alcoolémie de 0,5 et 1 g/l respectivement.
Si dans plus de 90 % des cas, l’accident de la route est dû à Plusieurs états pathologiques affectent la somnolence : les
une erreur humaine, la part de la somnolence est au moins de apnées du sommeil (5 % de la population), la narcolepsie,
20 % atteignant pour certains 40 % sur autoroute. Ce pour- l’hypersomnie idiopathique. L’alcool reste le premier toxique
centage est en augmentation régulière pour plusieurs dans la dégradation des capacités de conduite. Le seul taux
raisons : les infrastructures routières sont en constante amé- admissible d’alcoolémie au volant devrait être 0 g/l. Ni le
lioration, les véhicules sont de plus en plus sûrs, les condi- cannabis, ni l’amphétamine, ni l’ecstasy, seuls, n’ont fait la
tions environnementales (météorologiques) de mieux en preuve d’un effet délétère sur les capacités de conduite. Le
mieux appréhendées, réduisant ainsi la part non humaine problème majeur reste l’association de l’alcool avec ces toxi-
dans les accidents. Si la définition exacte de la somnolence, ques. Enfin de nombreuses classes de médicaments peuvent
état intermédiaire entre éveil et sommeil ou sommeil et éveil entraîner une somnolence et augmenter le risque accidentel.
(inertie post-hypnique), est malaisée, il existe cependant plu- Les contre-mesures à la somnolence sont de 2 types :
sieurs méthodes pour la mesurer : observation du comporte- Mesures préventives : Information obligatoire sur le ris-
ment, auto-évaluation (échelles de Stanford, du Karolinska, que de somnolence, assortie de notions précises de gestion du
d’Epworth), électrophysiologie (EEG, test de latence d’endor- cycle veille-sommeil., Faire le « plein » de sommeil avant de
missement, test de maintenance d’éveil). Ces méthodes restent conduire. Ne pas conduire après 17 heures d’éveil continu.
actuellement confinées au laboratoire : aucune n’est applica- Mesures curatives : En situation réelle de conduite et en
ble en conditions réelles de conduite en raison de considéra- cas d’apparition de signes de somnolence : s’arrêter le plus tôt
tions techniques et du manque de spécificité et de sensibilité. possible, dormir 15 à 20 minutes, ce qui restaurera 90 % des
Aujourd’hui, la seule solution possible pour alerter le conduc- capacités psychophysiologiques, prendre en une seule prise 3
teur repose sur la détection d’un comportement anormal du à 4 tasses de café soit 300 à 400 mg de caféine, excellent
véhicule grâce à des capteurs implantés sur ce dernier, ou au éveillant, ou prendre, si cela est possible, des eugrégoriques,
niveau de l’infrastructure routière. La somnolence varie selon nouvelles molécules non amphétaminiques, capables
un rythme circadien avec 2 périodes critiques : 3-5H00 et 13- d’induire un « bon éveil » de longue durée sans effets secon-
15 H00. Elle varie aussi en fonction de la privation de som- daires

Organisation de la santé et de la sécurité cialistes en SST. La FER gère les relations avec les associa-
au travail au sein d’un groupe de grands hôtels tions professionnelles d’employeurs et de travailleurs. Elle
met également son infrastructure logistique à disposition du
A. Devanthéry D. Ramaciotti R. Lozeron projet. Le pilotage du projet est assuré par un groupe ad hoc
issu de l’association professionnelle de la branche.
Une directive fédérale régit, depuis 1996, l’organisation de La société de service en SST assure, en interentreprises, la
la santé et de la sécurité au travail au sein des entreprises formation initiale et continue d’un correspondant de sécurité
suisses. Celles-ci doivent faire appel à des spécialistes (méde- pour chaque hôtel. La formation s’articule autour d’un « guide
cins et hygiénistes du travail, ingénieurs et chargés de sécu- d’identification des dangers » conçu sur la base de visites
rité) pour identifier les dangers, évaluer les risques et mettre d’hôtels et d’observations ergonomiques effectuées les années
en place des mesures de prévention. Les travailleurs et/ou précédentes (retour d’expérience).
leurs représentants doivent être associés à cette démarche qui Sur le terrain, le correspondant de sécurité procède à une
doit s’inscrire dans le cadre d’une organisation permanente et première identification des dangers sur la base du guide. Une
qui doit être documentée (cf. document unique français). Les visite de l’hôtel est organisée au moins une fois par an avec
entreprises disposent d’une marge d’autonomie importante un spécialiste SST. Des rapports sont établis périodiquement.
quant à la forme de l’organisation à mettre en place pour Ils présentent de manière hiérarchisée les principaux dangers
répondre aux exigences légales. Elles peuvent s’organiser identifiés lors des visites, les statistiques d’accidents de l’éta- COMPTE-RENDU DES SOCIÉTÉS
individuellement ou collectivement, par groupes d’entreprises blissement, ainsi que des suggestions pour la mise en place de
ou par branches économique. mesures de prévention. Un logiciel ad-hoc, développé par
Dans ce contexte, vingt-six grands hôtels genevois colla- ERGOrama, permet de gérer la solution, d’éditer et d’archiver
borant avec la société ERGOrama et la Fédération des entre- les documents requis par la Directive (liste de dangers, inter-
prises romandes (FER), à Genève, ont élaboré une démarche ventions des spécialistes, formation du correspondant de
commune pour répondre aux exigences légales. C’est cette sécurité et du personnel, etc.). Au niveau du groupe d’hôtels,
démarche, animée par les auteurs, qui est présentée ici à titre le programme informatique permet de produire des statisti-
d’exemple. D’autres démarches similaires sont conduites dans ques consolidées des risques et des accidents professionnels
d’autres branches économiques (tertiaire, bâtiment, etc.). pour l’ensemble des établissements, ce qui permet d’évaluer
Le système mis en place en 2001 est fondé sur une réparti- les performances du système mis en place et de fixer les prio-
tion contractuelle des tâches entre les hôtels, les spécialistes rités pour les actions de prévention à engager les années sui-
en santé et sécurité au travail (SST) et la FER. En substance, la vantes.
direction de chaque établissement désigne un correspondant Afin d’assurer une forme de participation des travailleurs
de sécurité qui est formé et assisté dans sa mission par les spé- au système (le secteur étant peu syndicalisé), chaque établis-

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Compte rendu des Sociétés

sement affiche, outre l’identité du correspondant de sécurité hôtels : peintres, tapissiers, menuisiers, plombiers, jardiniers,
de l’hôtel, les coordonnées de l’entreprise de service en SST et etc. Ces personnes travaillent souvent dans des conditions
de la FER, à qui ils peuvent s’adresser pour des questions spé- d’urgence et d’improvisation que l’on ne retrouve pas dans les
cifiques ou personnelles. entreprises spécialisées de ces branches. Du fait de la polyva-
Les premiers résultats sont encourageants. Le nombre lence que l’on rencontre dans la branche, certains employés
d’accidents professionnels dans le groupe d’hôtels considérés sont parfois appelés à exécuter des tâches dangereuses pour
est passé de 235 en 2002 à 171 en 2003 (la statistique 2004 lesquelles ils n’ont pas été formés. C’est le cas par exemple des
est en cours d’élaboration). On a notamment observé une gardiens de piscine qui sont engagés sur la base d’un brevet de
diminution significative des accidents consécutifs à des sauveteur, mais qui sont appelés à gérer les installations de
« chutes et glissades », ainsi que du nombre de « coupures ». désinfection des eaux, et par là-même à manipuler des quanti-
Sur un plan plus qualitatif, on peut espérer que les mesures tés importantes de produits chimiques dangereux.
prises pour maîtriser des risques pouvant conduire à des acci- Comme dans d’autres secteurs, ou même davantage, on
dents rares mais graves porteront également leurs fruits : voit se développer dans l’hôtellerie les risque de violence
sécurisation du personnel lors du nettoyage des vitres en interne (harcèlement moral) et externe (agression des clients)
façade, libération des issues de secours, utilisation et stockage qu’il convient d’intégrer dans un concept global de santé et
de produits chimiques dangereux, etc. Des mesures visant à sécurité au travail.
protéger la santé des travailleurs (maladies professionnelles En conclusion, la démarche présentée, malgré ses limites
liées aux produits chimiques, au bruit, au soudage, etc.) et et ses imperfections est, à nos yeux, intéressante à plusieurs
visant à augmenter le bien-être au travail (conseils sur le titres : la collaboration étroite mise en place entre les hôtels,
choix des mobiliers, des outils, des équipements, etc.) sont leur association professionnelle locale qui pilote le projet et
également conseillées, suite à la visite des différents établisse- l’entreprise de service en SST, permet d’institutionnaliser la
ments et à l’observation des activités. démarche et, espérons-le, de la pérenniser ; le système de
Des problèmes restent encore à résoudre, notamment en ce formation interentreprises mis en place pour les correspon-
qui concerne la formation de l’ensemble du personnel aux ques- dants de sécurité permet, outre des économies d’échelle, de
tions de santé et sécurité au travail dans un secteur où les horai- créer un réseau favorisant les échanges informels ; la pré-
res irréguliers sont la règle et où la rotation du personnel est sence régulière des spécialistes de l’entreprise de services en
importante, y compris chez les cadres et les correspondants de SST sur le terrain permet de suivre l’évolution des risques, de
sécurité. La démarche se heurte également à la question récur- préconiser des mesures spécifiques adaptées aux caractéristi-
rente des moyens nécessaires au développement des actions en ques de chaque établissement et de contrôler leur efficacité
santé et sécurité au travail, notamment en ce qui concerne les sur la durée. Enfin, le recours à un outil informatique com-
heures perdues en formation et les investissements nécessaires mun facilite la production des « documents qui attestent » au
pour sécuriser les bâtiments et les dispositifs techniques. sens de la Directive et permet de suivre l’évolution des per-
Sur un plan plus conceptuel, cette intervention montre les formances de chaque entreprise, de les comparer entre elles
limites d’une approche de la prévention par branches écono- et aussi de les comparer aux statistiques nationales, dans la
miques fondée sur des méthodologies standards d’auto-éva- mesure où les nomenclatures choisies l’ont été en fonction de
luation des risques. Si la documentation consacrée aux risques cet objectif.
dans l’hôtellerie aborde de manière relativement exhaustive, Pour terminer, la cerise sur le gâteau : sur le papier du
mais très générale, les risques auxquels sont exposés le per- moins, le système mis en place remplit les exigences des réfé-
sonnel de cuisines, de service, d’entretien des chambres ou de rentiels OHSAS 18000 et du bureau international du travail
réception, elle ignore les risques auxquels sont exposés les (BIT) ILO-OSH 2001 relatifs au management des systèmes de
artisans qui font souvent partie du personnel de grands santé et sécurité au travail.

L’enquête Étude sur le Travail de Nuit - la population étudiée a une moyenne de 8 années d’ancien-
et les Atteintes de Santé en région Centre neté dans le travail de nuit ; la répartition de l’ancienneté
montre une décroissance très rapide des effectifs concernés
G. Levéry M. Maillou G. Lasfargues dans les 10 premières années, et plus lente, mais certaine,
ensuite (70 % de la population a moins de 10 années d’ancien-
A la suite du décret 2002-792 du 3 mai 2002 instituant,
neté dans le travail de nuit),
entre autres, l’obligation légale d’une visite semestrielle pour
- trente et un pour cent des salariés accumulent un manque de
les salariés travaillant de nuit, un questionnaire a été élaboré
sommeil et 21 % dorment au maximum 5 heures par 24 heures,
par un groupe de 32 médecins du travail de la région Centre,
avec l’aide de l’Institut de médecine du travail du Val de Loire, - cinquante-quatre pour cent mangent à heures irrégulières.
dans le cadre d’une enquête épidémiologique longitudinale sur Certaines contraintes sociales ont une incidence nette sur
5 ans. L’objectif est de réaliser une base de données analytique la santé des salariés de nuit :
des contraintes organisationnelles et des conséquences du tra- - les charges familiales constituent un facteur très net de
vail de nuit sur la santé, notamment en termes de répercus- désadaptation au travail de nuit, avec des perturbations dans
sions métaboliques et cardio-vasculaires, de dette de sommeil le sommeil chez 34 % des personnes interrogées (O.R. = 3,71),
et de santé mentale. 1 580 salariés ont été interrogés. Quel- un sommeil fractionné (53,2 % O.R. = 3,6) et un manque de
ques enseignements ont déjà été notés au 31/12/2004: sommeil en fin de semaine (58,4 %),
- trente-quatre pour cent des salariés travaillant de nuit - les femmes ont statistiquement plus de contraintes pendant
n’étaient pas volontaires à l’origine, la journée que les hommes, ce qui les empêche de dormir

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