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Cours géopolitique ECS

Cours géopolitique - ECS 2-1 : Lycée Kléber - 2015/2017


1ère PARTIE : DÉCOUPAGE ET ÉTUDE PAR CONTINENT

Thème 1 : LE MOYEN-ORIENT

Le pétrole du Moyen-Orient depuis 1918 :


Enjeux locaux, enjeux mondiaux

➢ LE TEMPS DE L’HÉGÉMONIE OCCIDENTALE (DU LENDEMAIN DE LA PGM AUX ANNÉES 1950)

- Partage du Moyen-Orient entre les Occidentaux dès la Première Guerre mondiale


✓ Les facteurs :
❖ Le pétrole est une énergie stratégique pour les Européens que ce soit dans le cadre
militaire ou celui des industries de la 2ème révolution industrielle (automobile
notamment). En effet en 1911, Winston Churchill décide de convertir au pétrole la
flotte de guerre britannique (Royal Navy) dans le but d’en faire des navires plus
rapides que ceux fonctionnant encore au charbon. Pour assurer ses
approvisionnements, le gouvernement britannique prend une participation
majoritaire dans l’Anglo-Persian Company fondée en 1908 après la découverte des
immenses réserves de pétrole au Moyen-Orient.
❖ De plus, de nouvelles sources pétrolières deviennent indispensables pour les
Européens à cause de la révolution russe (février 1917) car ils n’ont plus accès au
pétrole de Bakou (Azerbaïdjan).
✓ Ainsi dès la PGM s’organise le partage du MO entre les Occidentaux avec des tracés
de frontières et la délimitation de zones d’influence.
❖ Exemple des accords secrets Sykes-Picot entre Anglais et Français en 1916
prévoyant le partage du MO à la fin de la guerre. Ainsi, suite à la défaite de l’Empire
ottoman, l’empire est partagée entre les grandes puissances européennes. La
France reçoit en mandat le Liban et la Syrie en 1920, tandis que la Grande-Bretagne
reçoit l’Irak, la Transjordanie et la Palestine.
- Le MO devient alors une zone d’investissement pour les compagnies pétrolières
occidentales
✓ Les compagnies américaines obtiennent des concessions (droits d’exploitation) en
Arabie Saoudite et Emirats dans le début des années 1930, car l’exploitation des
champs pétrolifères y est moins coûteuse qu’aux EU. Exemple : en 1933, le roi Saoud
accorde une concession sur toute la partie Est du pays à la Standard Oil of California.
✓ La présence des trois puissances de l’époque (Grande Bretagne, France et EU) est
symbolisée par leur participation dans l’Iraqi Petroleum Company fondée en 1928 à
partir de capitaux français (ceux de la Compagnie Française des Pétroles), britanniques
(ceux de l’Anglo Persian Company) et américains (ceux de la Standard Oil of New
Jersey). L’avènement de cette exploitation occidentale est les accords d’Achnacarry
(Ecosse, 1928) qui marquent la naissance d’un véritable cartel du pétrole formé par les
« Seven Sisters » (les 5 américaines Standard Oil of New Jersey, Standard Oil of California,
Standard Oil of New York, Gulf Oil, Texaco, l’Hollandaise Royal Dutch Shell, et la
britannique Anglo Persian Oil Company). Ces compagnies se partagent
géographiquement les zones d’exploitation et s’entendent sur les prix.
- Après la seconde guerre mondiale, l’exploitation du pétrole au MO devient massive : le MO
représente moins de 5% de la production mondiale (15Mt) en 1938 contre 35% en 1972
(880Mt).
✓ Le pétrole est le moteur de l’expansion industrielle du monde, ce qui est symbolisé par
le basculement du charbon vers le pétrole (en 1948, la consommation de pétrole

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dépasse celle du charbon). Ainsi, le pétrole devient plus que jamais stratégique : les
croissances américaine et japonaises qui se sont en partie fondées sur l’exploitation du
pétrole d’abord exporté à prix faibles (oscillation autour de 1$ pendant la guerre froide)
jusque dans les années 1970.
❖ A la fin des années 1960, le marché pétrolier est largement dominé par les
Occidentaux via les « Seven Majors ». En 1969, les 7 Majors +1 (Compagnie
Française des Pétroles) contrôlent 60% de la production mondiale de pétrole et 50%
du raffinage et de la distribution.
❖ Les Majors entraînent la formation d’enclaves (ce qu’on appelle les Oil City) qui
bénéficient d’extra-territorialité économique au prix de royalties (redevance qui
représente un pourcentage des prix fixés par le cartel des 7 Majors).
✓ Le MO représente en plus 60% des réserves mondiales de pétrole dont le coût
d’exploitation est très faible (entre 1 et 2$ le baril contre 10$ en mer du Nord). Ce pétrole
est d’une bonne qualité notamment l’Arabian Light iranien très prisé.

➢ LE RÉÉQUILIBRAGE EN FAVEUR DES PUISSANCE RÉGIONALES DES ANNÉES 1950 AUX ANNÉES
1980

- Reprise progressive de l’activité pétrolière par les pays producteurs


✓ L’hégémonie des Majors qui commence à être menacée dans les 1960 sur plusieurs
fronts :
❖ Essor des Independents américaines qui prennent position au MO en offrant de plus
fortes royalties aux pays producteurs. En parallèle, pour se détacher de la
dépendance à l’égard des 7 Sisters, certains États tentent créent leur propre
entreprise nationale : par exemple, l’Italie créé l’ENI (Ente Nazionale Idrocarburi) en
1953.
❖ Les pays producteurs peuvent désormais jouer sur la concurrence avec une
diversité des entreprises pétrolières : ils en profitent pour accroître leurs revenus. Le
principe de fifty-fifty mis en place au milieu des années 1950 consiste à partager les
bénéfices en parts égales entre les compagnies et les pays producteurs. Ainsi la
clause du fifty-fifty est accordée par les Américains au Koweït en 1951, à l’Irak en
1952.
- Néanmoins les pays Occidentaux s’opposent à cette reprise en tentant de reverser les
régimes qui menacent leurs intérêts pétroliers. Ainsi Mossadegh nationalise la AIOC (Anglo-
Iranian Oil Company) en 1951 en Iran mais est renversé deux ans plus tard (1953) par un
complot occidental permettant le retour au pouvoir du Chah d’Iran, pro-américain, de 1953
à 1979. Ce dernier confie l’exploitation de son pétrole à un consortium international dominé
par les Américains.
- Création du cartel de l’OPEP à Bagdad en 1960 suite à la baisse du prix du pétrole décidée
par les Seven Sisters. En effet, cette baisse du prix du pétrole n’est pas dans leur intérêt du
fait de la baisse des royalties indexées sur le prix du brut. Ainsi, entre 1950 et 1960, le prix du
pétrole saoudien est passé de 1,8$ le baril à 1,3$. S’ajoute à cela la volonté de créer un
autre cartel face à celui d’Achnacarry. Ce cartel défend les intérêts des pays producteurs
en imposant aux compagnies pétrolières implantées au MO l’élévation des royalties. Ainsi,
en lors de la réunion de Caracas les pays de l’OPEP fixent à 55% des recettes le taux
minimum des royalties. De plus, la période est marquée par une participation progressive
des États pétroliers dans les entreprises d’extraction tout au long des années 1970. Ainsi,
Riyad possède 25% du capital d’Aramco en 1950, 60% en 1974, puis 100% en 1976.
- Le premier choc pétrolier a marqué le renversement des rapports de force et de
dépendance entre les pays Occidentaux et les pays du MO
✓ Suite à la guerre du Kippour de 1973, le pétrole est utilisé comme une arme politique
par les pays producteurs arabes. Ils l’utilisent comme moyen de pression contre les pays

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qui soutiennent Israël ou qui sont contre les intérêts des pays producteurs arabes : ils
mettent ainsi en place un embargo total contre les Pays-Bas (il domine tout le secteur
pétrolier en Indonésie, pays à majorité musulmane), l’Angola (qui est encore une
colonie Portugaise), les EU (qui soutiennent Israël), et l’Afrique du Sud (à cause du
régime de l’apartheid).
✓ Le choc pétrolier de 1973 est également un moyen d’augmenter les revenus issus du
pétrole pour les pays producteurs. Le prix du baril est multiplié par 4 en de 1973 à 1974,
et la manne pétrolière est ainsi passée de 5MM$ en 1970 à 140MM$ en 1975.

- Le 2ème choc pétrolier de 1979 montre la dépendance des pays consommateurs de pétrole
à l’égard de la stabilité interne des pays producteurs.
✓ Ainsi, pendant la révolution iranienne où le shah d’Iran est renversé par l’Ayatollah
Khomeiny, les exportations sont interrompues alors que le pays représente 20% des
exportations mondiales. Le prix du baril de Téhéran double en 1979. L’augmentation
des prix est généralisée à tout le pétrole de la région : triplement des prix de l’OPEP en
1979.
✓ La dépendance des pays occidentaux s’observe par les crises conséquentes dont les
chocs ont été les éléments déclencheurs. La dépendance s’élargit également au
niveau des PED avec le recyclage des pétrodollars à l’origine de la crise de la dette.

- L’hégémonie des pays producteurs se fissure dans les années 1980


✓ Les réponses aux chocs pétroliers de la part des pays occidentaux ont amené une
réduction de la place du MO dans le monde. Face à la hausse du prix du pétrole, les
pays occidentaux mettent en place :
❖ Une substitution au niveau des sources d’énergie consommée notamment le
nucléaire : la France (dès 1969) et le RU sont devenus des grandes puissances
nucléaires. Ainsi, en France, le plan Messmer de 1974 prévoit la construction de 13
centrales nucléaires en 10 ans.
❖ Une diversification de leurs fournisseurs pour ne plus être dépendants de l’OPEP ; ils
se sont notamment tournés vers le pétrole africain (effort de prospection soutenu
notamment dans le Golfe de Guinée)
❖ L’exploitation de grands gisements inexploités devenus rentables grâce à la hausse
des prix du baril (notamment ceux en Alaska et en Mer du Nord (Norvège)).
✓ Ainsi, la part des exportations de pétrole du MO dans les exportations mondiales passe
de 50% en 1970 à 20% en 1986.
✓ La fin de cette hégémonie est marquée par le contre-choc pétrolier de 1985. Le Cheikh
Yamani ministre saoudien du pétrole décide de lancer une guerre des prix au sein de
l’OPEP en baissant le cours du baril. Il est maintenu à un niveau faible pour ne pas que
les consommateurs changent de source d’énergie. Cette décision politique s’est
traduite par un non-respect des quotas de production fixés en 1982 au sein de l’OPEP
et donc, par une surproduction. D’août 85 à août 86, le prix du baril passe ainsi de 30$
à 8$. Le contre-choc est la manifestation d’une fissuration de la cohésion du bloc de
l’OPEP, qui deviennent désormais des pays compétiteurs entre eux.

➢ DEPUIS 1980, LE PÉTROLE EST UTILISÉ COMME UN OUTIL DE DÉVELOPPEMENT REGIONAL ET EST
AU COEUR DES ÉQUILIBRES GÉOSTRATEGIQUES MONDIAUX

- La rente pétrolière a été mise au service du développement économique au MO


✓ D’abord, le pétrole est une source d’énergie permettant l’industrialisation : de
nombreuses industries sont créés dans de secteurs de l’industrie pétrolière (pétrochimie,
raffinage). En Arabie Saoudite par exemple est créée en 1976 la SABIC (Saudi Basic
Industries Corporation), faisant désormais partie des 10 premières firmes chimiques

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mondiales. Ainsi, la production chimique de l’Arabie Saoudite est multipliée par 7 entre
1985 et 2005.
✓ Les exportations pétrolières sont aussi des sources de devises permettant la
diversification des économies : au-delà de l’industrie pétrolière, des pays tentent de se
diversifier autour d’autres secteurs industriels comme la sidérurgie. Ainsi, l’aluminerie
avait une capacité de 120 000t annuelle en 1971, contre 2,6M de tonnes en 2011. De
plus, le Golfe Persique étant une zone de passage stratégique comme route pétrolière
majeure, certains pays comme le Bahreïn investissent dans la réparation navale. Ainsi,
Bahreïn possède actuellement la plus grande cale sèche au monde. Les revenus du
pétrole ont également permis une diversification financière faisant du MO une nouvelle
plate-forme financière mondial (Manama, à Bahreïn abrite 150MM$ d’actifs financiers).
Ainsi, le secteur tertiaire largement porté par le secteur financier représente 35% du PIB
de l’Arabie Saoudite.
✓ L’industrialisation s’est accompagné d’une urbanisation, rendue possible grâce aux
investissements de la manne pétrolière dans des infrastructures : le taux de croissance
urbaine de 8% depuis 1960. Ainsi, la région a un taux d’urbanisation très élevé (supérieur
à 80%, 95% au Koweït) et compte des grandes villes comme Riyad (5M d’habitants) ou
Koweït City (2M). Les pays ont pu également mettre en place de véritables réseaux de
communication (construction de 167 000km de routes carrossables en Arabie Saoudite)
✓ Cependant, la rente pétrolière a rendu les pays du MO dépendant à l’égard de la
source de revenus qu’elle représente, source de revenu permettant notamment des
dépenses capitales pour ces pays (alimentations, médicaments, industries, etc.)
- La rente pétrolière a également permis un développement social mais celui-ci est à
relativiser quant à l’évolution des inégalités dans les pays de la région
✓ Les politiques de Welfare comme en Arabie Saoudite mises en place dans les années
1970-1980 grâce à la redistribution de la rente pétrolière ont permis un véritable essor
de l’IDH (0,65 en 1980 contre 0,78 en 2014)
✓ Inégalités (cf.)
- La rente a néanmoins pu entraver un développement rationnel
✓ Dutch Disease : l’accumulation des recettes d’exportation entraîne l’appréciation de la
monnaie nationale ce qui pénalise les exportations et rend moins compétitifs les autres
secteurs de l’économie. Inversement elle favorise les importations : le secteur pétrolier
finit ainsi par handicaper les autres secteurs de l’industrie.
✓ L’industrialisation au détriment de l’agriculture : cf. dépendance alimentaire
✓ Des investissements non productifs : l’Arabie Saoudite a tenté de développer une
agriculture moderne dans un environnement désertique. Ainsi, grâce à une politique
d’irrigation soutenue par des fonds publics, le pays a atteint l’autosuffisance alimentaire
et est même devenu exportateur de céréales en 1995. Mais cette politique fut un
gouffre financier car le blé dont le coût de production était 4 fois supérieur aux cours
mondiaux (le plus cher du monde) étaient subventionnés par le gouvernement, à tel
point que l’Arabie Saoudite a renoncé à sa production céréalière en 2007.
✓ La rente est instable car le cours du pétrole est volatile. Ainsi, le cours du pétrole est
passé de 10$/baril en 1998, à 140$ en 2007, à 30$ en 2009 puis à 100$ en 2012.
✓ Pas d’émergence d’une classe d’entrepreneurs mais au contraire d’une bourgeoisie
pétrolière cherchant à perpétuer le cycle de la rente : aux Emirats Arabes Unis, le salaire
mensuel moyen dans le secteur public est de 550$ contre 700$ dans le privé
- Enfin, le pétrole peut être l’origine de motivations belliqueuses : En 1990, l’Irak de Saddam
Hussein envahit le Koweït afin de prendre possession de réserves pétrolières estimées à 20%
du pétrole mondial. Les conséquences sur le développement sont surtout une baisse de la
production : en 1989, 1,5M barils étaient produits par jour au Koweït, et en 1991, ce chiffre
n’est plus que de 200 000.

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- La hausse du baril dans les années 2000 a permis aux pays du Moyen-Orient de devenir des
investisseurs de premier rang : le prix du baril est passé de 70$ en 2005 à 140$ en 2008.
✓ Formation de financiers capables de gérer les fonds financiers. Ainsi, Abu Dhabi
Investment Authority devient le 1er détenteur de fonds souverain dans le monde en 2011.
En 2007, ce fonds souverain a acheté 5% de City Group, la première banque américaine
et en devient ainsi son premier actionnaire.
✓ Cette hausse leur permet une nouvelle diversification de leurs économies les rendant
ainsi moins dépendants des revenus pétroliers : tourisme (en 1990, 200 000 touristes à
Dubaï contre 9M en 2010). Cf. investissement dans le secteur des transports
- Le besoin des puissances étrangères de sécuriser leurs approvisionnements en
hydrocarbures les a conduits à mener une géopolitique d’intervention dans la zone, soit via
la lutte contre l’instabilité de la région, soit via celle contre le terrorisme :
✓ Par exemple, suite à l’invasion du Koweït par l’Irak en 1990 se forme une coalition
internationale de 29 pays pour libérer le pays : 700 000 soldats participent en 1991 à
l’opération « tempête du désert », destruction aérienne massive de janvier 1991 qui
aboutit à la guerre de reconquête du Koweït.
✓ Bahreïn abrite le centre de commandement de la 5ème flotte américaine et 25 000
soldats américains
✓ L’UE intervient contre la piraterie dans le Golfe d’Aden, où le nombre d’attaques est
passé de 5 en 2005 à 175 en 2009 : l’opération Atalante de 2008
- Rééquilibrages stratégiques :
✓ Les pays du MO développent les énergies renouvelables pour préparer leur sortie du
pétrole (Masdar près d’Abu Dhabi : projet de ville durable le plus ambitieux du monde.
Ce projet représente 18MM$. Les voitures y sont proscrites, les transports ne produisent
pas une seule émission de CO2, et l’électricité est fournie par des panneaux
photovoltaïques sur le toit des immeubles). Par ailleurs, l’Agence Internationale pour les
Energies Renouvelables a installé son siège à Abu Dhabi en 2009.

Conclusion : le marché pétrolier s’est ainsi équilibré entre les majors et les compagnies nationales,
mais aussi au niveau de la diversification des pays producteurs (cf. essor africain). Enfin, la formation
dès les années 1980 d’un véritable marché régulé du pétrole, le marché spot, soumis à la loi de
l’offre et de la demande, a reconfiguré le rapport entre les consommateurs et les producteurs. Le
marché spot s’oppose ainsi au marché physique à terme traditionnel où les livraisons étaient
différées à un prix prédéterminé. Dès lors, la souplesse du marché spot a réduit les rapports de forces
intervenant dans le marché pétrolier : ce marché spot qui en 1979 représentait 2% des échanges
internationaux pétroliers, contre 50% actuellement. Le rapport entre pays producteurs et
consommateurs a également évolué, d’abord au niveau du contrôle de la production (cf. prise de
contrôle progressive de la production par pays producteurs). Le MO qui exporte 80% de sa
production pétrolière, tant vers les pays développés que vers les émergents et ceux en
développement, est au cœur des routes maritimes internationales (détroit d’Ormuz qui voit passer
40% du pétrole mondial exporté par voies maritimes – Bab el Mandeb qui voit circuler chaque jour
2/3 des flux pétroliers du Golfe Persique).

➢ LES DÉFIS DU MOYEN-ORIENT

- La malédiction du pétrole cf. Dutch Disease, constitution d’une bourgeoisie pétrolière qui
maintient le pays dans l’économie de rente
- La dépendance alimentaire est d’abord due à la faiblesse de l’agriculture du MO. En effet,
conditions climatiques (aridité) sont peu propices à une agriculture productive d’autant
plus que les systèmes d’irrigation sont déficients (alors que 90% de l’eau est consacrée à
l’agriculture, 65% de l’eau est évaluée en pure perte). De plus, les États ont privilégié
l’industrie et l’économie pétrolière dans le cadre de leur développement. A ces facteurs

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s’ajoutent l’augment de la demande alimentaire intérieure causée par : la croissance
démographique, l’amélioration des conditions qui a entraîné une augmentation des rations
(la ration alimentaire passée de 2200 à 3000 calories/jour entre 1990 et 2010), et enfin
l’urbanisation qui a entraîné une diversification de la consommation alimentaire et donc de
la demande. Ainsi, le MO représente 20-25% des importations mondiales de biens
alimentaires alors que la région ne représente que 7% de la population mondiale. La
production nationale ne couvre que 40% des besoins alimentaires de l’Algérie. Ainsi, le MO
est exposé à une forte dépendance vis à vis des puissances agricoles extérieures
- La question de l’eau : l’eau est une ressource rare (le MO ne dispose que d’1% des
ressources aquifères contre 7% de la population mondiale) pour faire face à ce stress
hydrique, les pays du MO prélèvent l’eau fossile grâce à des forages de plus en plus
profonds (en Iran, abaissement des forages de 2-3 mètres tous les ans.) De plus, les Emirats
pétroliers construisent des usines de dessalement (le MO renferme 44% des capacités de
dessalement mondiales)

➢ LE MOYEN-ORIENT DANS LA MONDIALISATION

- L’insertion du MO dans la mondialisation passe largement par l’exportation d’hydrocarbures


qui représentent 75% de leurs exportations. Malgré la faible diversification, ces pays ont des
taux d’ouvertures importants (40% en moyenne et 70% pour les pays producteurs). De plus,
le MO est un grand importateur de produits alimentaires (cf. dépendance alimentaire) et
de technologies (70% des importations). Ainsi, la mondialisation fait du MO une zone
dépendante à la fois à l’égard des marchés internationaux pour leurs exportations, ainsi
qu’à l’égard de ses pays fournisseurs (UE et Asie Orientale et de Sud-Est)
- Les pays du MO deviennent un nouveau hub du trafic international :
✓ Croissance de 17% du trafic international au MO en 2013, avec notamment
l’émergence des pays du Golfe sur la scène globalisée de l’espace aérien (grandes
compagnies comme Emirates (4ème compagnie aérienne mondiale en 2012 en terme
de nombre de passagers internationaux), ou encore Qatar Airways et Etihad dont le
carnet de commandes d’avion dépasse celui d’Air France-KLM avec plus de 700
avions). Hubs ultra-modernes comme le nouvel aéroport Al Maktoum de Dubaï (4
terminaux, 6 pistes de 4500 km et 64 points de stationnement adaptés à l’A380). Dubaï
détient ainsi le 6ème rang mondial du trafic aérien, et la 8ème place pour le trafic de
conteneur.
- Un nouveau pôle financier international : cf.
- Un nouveau pôle de la culture : création de la chaîne qatarie Al Jazzera en 1996 qui compte
40M de téléspectateurs quotidiens en 2008. Organisation de grands événements sportifs :
depuis 2004, grand prix de Formule 1 à Bahreïn et organisation de la coupe du monde de
football au Qatar en 2022.
- La question de la migration : le pétrole a fait du MO de véritables eldorados pétroliers. En
1985, le Golfe accueillait 5M d’étrangers alors qu’en 2010, il accueille 18M d’étrangers, soit
40% de la population
La mondialisation ne s’est pas accompagnée d’une régionalisation des échanges car les États sont
spécialisés dans des productions similaires (économie pétrolière). Ainsi, il n’y a pas de
complémentarité des économies et le commerce intra-régional ne représente que 3% du
commerce total de la région. Le chercheur Michael Hudson de l’université de Georgetown parle
ainsi d’une « désintégration régionale » dans The Middle East Dilemma (1998) à propos du MO.

➢ LES INÉGALITÉS AU MOYEN-ORIENT

- Entre les pays : les inégalités entre les pays du MO sont largement dues à l’inégale
répartition géographiques des gisements d’hydrocarbures :

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✓ Opposition très forte entre la balance commerciale des pays exportateurs
d’hydrocarbures (excédant de 370MM$) et les autres (déficitaire de 150MM$)
✓ L’inégale distribution de la rente pétrolière à l’échelle du MO : 10% de la population du
MO s’accapare 70% de la rente pétrolière. Elle est de 40 000$ par tête par an au Qatar
contre 2000$ par habitant en moyenne au MO.
✓ Inégalités des PIB : en 2012, le plus élevé est l’Arabie Saoudite avec 730MM$ (19 ème), le
plus bas est le Yémen (90ème PIB mondial) avec 35MM$
✓ Inégalités de l’IDH dont la fracture la plus flagrante est la frontière israélo-palestinienne :
IDH de Palestine de 0,67 contre 0,90 pour l’Israël
✓ La Turquie est le seul pays émergent de la région avec une croissance annuelle de 5 à
8% depuis les années 2000. C’est la 15ème économie mondiale en 2013 et elle est
membre du G20.
✓ L’enclave israélienne : l’Israël est le seul pays développé de la région avec une
économie diversifié (secteur tertiaire de 70% de PIB)

- Au sein des pays avec des inégalités régionales


✓ Entre les villes et les campagnes : le raccordement à l’évacuation des eaux est de 80%
à Amman (capitale de la Jordanie) contre 11% dans les campagnes environnantes.
Pour lutter contre disparités régionales, les États du MO mettent en place des politiques
d’aménagement territorial dans les zones enclavées. Exemple du GAP (projet
d’Anatolie du Sud-Est en Turquie lancé en 1981 : il consiste à irriguer 1,7M d’hectares de
terres arides grâce à 22 barrages construits sur le Tigre et l’Euphrate. La production de
coton y est passée de 150 000 à 450 000 tonnes entre 1981 et 2012.
- Au sein des pays avec des inégalités structurelles
✓ Cf. Inégalités secteur public secteur privé
✓ Inégalités sociales de redistribution des richesses
- Ségrégation urbaine : ces inégalités structurelles sont reflétées par les inégalités urbaines.
Les immigrés vivent à la périphérie des villes dans des camps de travail. Ils vivent dans des
conditions précaires car ils n’ont pas accès aux politiques de redistribution sociale, et en
Arabie Saoudite, ils sont entièrement dépendants de leur kafil dans le cadre du système du
kafala. En effet, tout migrant vivant en Arabie Saoudite doit avoir un parrain qui est le seul
à pouvoir lui ouvrir un compte bancaire ou lui signer un bail immobilier. Cette précarité est
double : d’abord au niveau de l’instabilité de leur situation. Par exemple, suite à la montée
du chômage en Arabie Saoudite (30% chez les moins de 25 ans en 2012), le gouvernement
a mis en place une « soudanisation des emplois » en expulsant 140 000 immigrés entre
novembre et décembre 2013. Mais précarité également visible au niveau des conditions
de travail : d’après l’ambassade du Népal à Doha, au moins 44 ouvriers népalais employés
sur des chantiers de construction des sites de la Coupe du monde 2022 au Qatar sont morts
entre le 4 juin et le 8 août. Jeunes pour la plupart, ils ont été victimes d'attaques et
insuffisances cardiaques ainsi que d'accidents sur leur lieu de travail. Tous exerçaient dans
des conditions d'exploitation qui s'apparentent à de l'esclavage moderne. Au rythme
actuel des décès sur les chantiers au Qatar, au moins 4 000 ouvriers pourraient mourir dans
l'Emirat avant même le coup d'envoi du Mondial 2022, a accusé la Confédération
internationale des syndicats

➢ LE MO : LA ZONE LA PLUS INSTABLE DU MONDE

- Conflits interétatiques : ils sont compliqués au MO car ils mettent en jeu un grand nombre
de facteurs comme les ressources naturelles (hydrocarbures, eau), les religions et les
possessions territoriales. Exemple du conflit israélo palestinien :
✓ Religion : judaïsme contre l’islam

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✓ Au niveau territorial : 2 États sur un même territoire. En 1947, l’ONU partage la Palestine
en 2 États (un État juif, Israël sur 56% du territoire, et l’État palestinien arabe séparé en 2
région, la bande de Gaza et la Cisjordanie). Par l’extension de leurs colonies sur l’État
palestinien, Israël tente de s’accaparer le territoire palestinien (le nombre de colons
israéliens en Cisjordanie est passé de 100 000 en 1993 à 300 000 en 2010).
✓ Il existe également un véritable enjeu autour de l’eau : Israël est extrêmement
dépendant des nappes phréatiques de Cisjordanie et des eaux du Jourdain qui prend
sa source dans le plateau du Golan, israélien depuis 1981. Ainsi, 2/3 de l’eau d’Israël
provient de territoires situés à l’extérieur de ses frontières fixées initialement par l’ONU en
1947 (1/3 de Cisjordanie et Gaza, 1/3 du lac de Tibériade et du Yarmouk)
✓ Ainsi, la congrégation de ces facteurs a fait de la région une zone instable : guerre des
6 jours en 1967, guerre du Kippour en 1973, premier Intifada en 1987 et 1993 en Palestine,
et seconde Intifada (Intifada Al-Aqsa) en 2000. Ces intifadas sont des révoltes populaires
dans les territoires occupés par Israël hors de ses frontières. Ce conflit a fait 50 000 morts
depuis 1950.
- Conflits intra-étatiques : guerre civile de Syrie qui a éclaté en 2011 dans le cadre du
Printemps Arabe. La population revendique un nouveau système politique remettant ainsi
en cause le régime dictatorial de Bachar El-Assad. L’oppression militaire a conduit à une
véritable guerre civile ayant fait plus de 125 000 morts en 2 ans d’après l’ONU, ainsi que le
départ de 1,8M de réfugiés civils.
- Terrorisme et piraterie : l’Arabie Saoudite connaît une vague d’attentats terroristes en 2003,
52 morts à Riyad (revendiqué par Al-Qaïda) mais aussi de la piraterie.
- La guerre en Irak de 2003 à 2011 a plongé le pays dans un chaos total : insécurité (dizaine
d’attentats et meurtres par jour), appauvrissement (1/3 de la population en dessous du seuil
de pauvreté selon l’ONU), décrépitude des services publics (privation de l’eau potable pour
40% de la population), ainsi qu’une généralisation de la corruption : selon Transparency
International, seules la Birmanie et la Somalie sont plus corrompues que l’Irak. Suite à
l’occupation américaine de 2003 à 2011 qui a exacerbé les sentiments communautaires,
l’Irak sombre peu à peu dans une guerre civile à cause de la fracture chiite sunnite. Cette
fracture a entraîné une véritable épuration religieuse mutuelle pendant la guerre (entre
2004 et 2007, les attentats interposés ont causé la mort de 35 000 morts). Cette fracture est
ravivée par l’arrivée au pouvoir du Premier Ministre Al-Maliki en 2006 issu de la minorité chiite,
en opposition au règne de Saddam Hussein, sunnite. Ainsi, la fracture s’est manifeste
également par une nouvelle géographie des quartiers de Bagdad. Avant la guerre, la ville
était caractérisée par une grande mixité ethnique (la rive gauche du Tigre accueillait 40%
de sunnites et 55% de Chiite. Désormais, la rive gauche accueille 85% de sunnites, tandis
que la rive droite accueille 80% de chiites.
- Conséquences de l’instabilité dans la région :
✓ Présence des puissances extérieures
✓ Course à l’armement : le MO représente 40% du total des commandes militaires en 2013.
L’Arabie Saoudite est ainsi le premier client des exportations militaires françaises en 2013
✓ Frein à la prospérité économique : pendant la seconde intifada, le PIB israélien a chuté de
30%
✓ Les populations civiles et le développement : victimes des conflits (cf. Irak)

Thème 2 : L’AFRIQUE

➢ HISTORIQUE

- La colonisation et la présence des Européens : de la fin du 19ème siècle jusqu’au milieu du


20ème siècle, l’Afrique est sous la domination des métropoles européennes

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✓ L’Afrique est le théâtre des rivalités européennes (France, RU, Allemagne, Italie,
Portugal, Belgique). En effet, à partir de la Conférence de Berlin (1884-1885), les
puissances européennes se lancent dans une « course au clocher », c’est-à-dire une
course à la colonisation dans l’objectif d’acquérir le plus de territoires possibles sur le
continent, si bien que l’intégralité de l’Afrique exceptés le Libéria et l’Ethiopie est
colonisée en 1914. Cette course à la colonisation est source de tensions entre les pays
européens : exemple de l’incident diplomatique de Fachoda au Soudan en 1898 entre
les Anglais et les Français. Dès lors, le partage de l’Afrique est organisé grâce à 249
traités entre la France et le RU autour de deux axes : Ouest-Est (Dakar – Djibouti) pour la
France et Nord-Sud (Le Caire – Le Cap) pour les Anglais.
✓ Le continent africain est ainsi morcelé en empires coloniaux (AOF (Afrique Occidentale
Française) en 1895, AEF (Afrique Equatoriale Française) en 1910, etc.) sans prendre en
compte les réalités ethniques, linguistiques ou religieuses des populations locales : par
exemple, le peuple des Luba (20 à 25% de la population du Congo) fut partagé entre
le Congo et l’Angola en 1897 par Léopold II (roi de Belgique).
✓ Mise en place d’économies prédatrices avec le pacte colonial (système par lequel une
métropole maintient un monopole commercial avec ses colonies) : les colonies sont
contraintes de vendre la totalité de leur production de matières premières à leurs
métropoles. Inversement, la métropole y exporte ses produits manufacturés sans
concurrence étrangère. Cette économie a conduit à un aménagement territorial
tourné vers les littoraux grâce aux emporia (les comptoirs commerciaux) reliés
perpendiculairement à des hinterlands par des chemins de fer dans l’objectif de drainer
les matières premières : l’exploitation du cuivre a commencé en 1910 a commencé à
Lubumbashi (Congo) dès qu’un raccordement ferroviaire avec le réseau d’Afrique
d’australe a permis le transport du cuivre vers les ports d’Afrique du Sud (East London et
Port Elizabeth). Ainsi, en 1933, la part du commerce colonial dans le commerce extérieur
européen représente 27%
✓ L’Afrique fut un réservoir de soldats pendant la Première Guerre mondiale : 600 000
soldats issus des colonies françaises et 2M des colonies anglaises
✓ La colonisation africaine est aussi passée par une domination culturelle européenne :
les Européens pensent avoir un réel devoir civilisateur du continent, devoir que l’anglais
Kipling appelle dans l’un de ses poèmes le « fardeau de l’homme blanc ». Les Européens
tentent ainsi de diffuser leur culture et leur religion (christianisme) à travers le continent.
Ainsi le christianisme est la religion la plus pratiquée en Afrique subsaharienne avec 65%
de la population
- L’affirmation des indépendances politiques à partir des années 1950 :
✓ Les indépendances nationales : elles peuvent être négociées comme pour les
protectorats français du Maroc et Tunisie, devenus indépendants en 1956 ; ou elles
résultent d’une guerre d’indépendance comme l’Algérie (guerre 1954-1962) ou le
Cameroun (1955-1962), deux colonies françaises.
✓ Conférence de Bandung (18 au 24 avril 1955) : objectif des pays anciennement
colonisés africains et asiatiques de s’unir autour d’un passé commun pour dénoncer la
colonisation et défendre le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes »
✓ Refus de dépendre d’un des deux blocs de guerre froide : création du mouvement des
non-alignés (en 1961 à Belgrade) sous l’initiative de certains présidents africains comme
Nasser (Egypte)
- L’Afrique se détourne des modèles de développement hérités de la colonisation :
✓ Mise en place de stratégies ISI et autocentrés pour de nombreux pays africains. En
Tanzanie est initié un modèle de développement autocentré par Julius Nyerere (1964-
1985) : l’ensemble des activités de production est nationalisé et les paysans sont amenés
à se regrouper dans des communautés villageoises (les Ujamaas)). De même le Ghana
ou le Togo adoptent la stratégie ISI (déf.), qui passe donc par une planification des

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économies (plan septennal ghanéen de 1963-1970), une priorité à l’industrie (la part de
l’industrie dans l’économie du continent passe de 17 à 34% entre 1969 et 1979).
NUANCE : certains pays fondent leur développement sur les exportations de matières
premières comme la Côte d’Ivoire sous Houphouët-Boigny (1960-1993). Le pays est le
premier exportateur de cacao dans les années 1960 : la production est entièrement
gérée par l’État notamment grâce à la mise en place de la Caistab (1960) : Caisse de
stabilisation et de soutien des prix des productions agricoles. Cette organisation a rendu
possible le « miracle ivoirien » (taux de croissance qui a oscillé entre 5 et 7% pendant les
1960s).
✓ Le recouvrement symbolique des souverainetés :
❖ Nationalisation du Canal de Suez par Nasser en 1956 alors qu’il était auparavant
administré par la France et le Royaume-Uni. Il s’agit d’avoir la main mise sur ce
passage stratégique et de profiter de cette manne financière considérable.
❖ Création de l’OPEP en 1960 : elle reflète la volonté d’indépendance économique
des pays producteurs de pétrole comme l’Algérie, la Libye, l’Angola ou le Nigéria,
qui dépendaient jusqu’alors des majors pétrolières occidentales (les 7 Sisters comme
la British Petroleum Company exploitent 87% des réserves mondiales de pétrole en
1959). De plus, l’affirmation politiques des États passe par une nationalisation de leur
production : en 1971, Boumediene nationalise les hydrocarbures (du transport
terrestre, du gaz naturel) ; la participation algérienne dans toutes les sociétés
pétrolières est portée à 51%. Le secteur des hydrocarbures devient pour ses pays un
secteur stratégique à la fois pour leur développement mais aussi pour leur poids
géopolitique : « Il faut semer le pétrole pour récolter de l’industrie », Besaïd
Abdelassam, ministre de l’énergie en Algérie, 1977.
✓ L’euphorie des années 1970 : les pays qui ont fondé leur développement sur
l’exportation de matières premières ont bénéficié dans un premier temps de la hausse
du prix des commodités dans les années 1970. En effet, entre 1973 et 1980, les prix des
MP hors pétrole ont augmenté de 180%, et le prix du baril passé de 2$ en 1973 à 34$ en
1980 dans le cadre des deux chocs pétroliers de 1973 et 1979.
- L’échec de ses stratégies plonge l’Afrique dans la décennie du chaos (années 1990) :
✓ Les causes : fort endettement des pays africains dans le cadre des stratégies ISI qui ont
renforcé la dépendance alimentaire du continent. En effet, en se focalisant sur
l’industrie, ces pays ont sacrifié leur agriculture. Ainsi, la production agricole du Ghana
a chuté de 27% entre 1971 et 1980. De même, les pays qui se sont appuyés sur
l’exportation ont sacrifié leur agriculture vivrière. Par ailleurs, l’endettement des pays aux
stratégies ISI provient d’un besoin d’importer des technologies ou des biens
d’équipements pour assurer leur industrialisation. Ainsi, ces emprunts, ayant été libellé
en dollar à taux variables, ont rendu dépendants les pays africains à la politique
monétaire américaine si bien que lorsque le président de la Fed Paul Volcker a rehaussé
le taux de change dollar de 30% entre 1978 et 1982, la dette africaine s’est alourdie.
Ainsi, la dette des pays africains est passé de 10 à 150MM$ entre 1971 et 1992.
✓ Les manifestations : le FMI impose des PAS (plan d’ajustement structurel) en échange
de l’allégement de la dette, le premier au Sénégal en 1979 puis en Tanzanie en 1984.
Ces PAS, qui suivent le consensus de Washington, imposent une libéralisation des
économies, une ouverture aux échanges et une rigueur budgétaire.
✓ Les conséquences :
❖ Crise économique : l’ouverture à la concurrence a entraîné la destruction d’un tissu
industriel non compétitif (la croissance du PIB africain a chuté de 4 points de
pourcentage entre les périodes 1965-1979 et 1990-1994)
❖ Crise sociale : les difficultés économiques ont eu un impact lourd dans la structure
des sociétés africaines, notamment sur le clientélisme. Si dans les années 1970, le
versement des salaires aux fonctionnaires représentait entre 40 et 70% du budget

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des États, il ne représente plus que 15% dans les années 1980, cela étant surtout dû
aux licenciements massifs de fonctionnaires imposés par le FMI dans le cadre des
PAS. Par ailleurs, la rigueur budgétaire imposée par le FMI est passé par une baisse
des dépenses sociales (au Burundi, le PAS de 1986 a provoqué la baisse des
dépenses dans l’éducation de 215 MM de francs burundais en 1986 a 79 de FBu en
1988.
❖ Crise politique : les dirigeants politiques perdent la clientèle autrefois entretenue
grâce à des versements des salaires en tant que fonctionnaires, alors que cette
clientèle était garante d’une stabilité urbaine et politique. Ainsi, éclatent de
nombreux conflits dans la décennie 1990 (souvent ethnique) : 10 conflits par an
entre 1995 et 2000.
- L’Afrique perd de son intérêt stratégique à la fin de guerre froide : cela se manifeste par une
crise de l’aide internationale qui passe de 40MM$ en 1990 à 24MM$ en 2000

➢ L’AFRIQUE DANS LA MONDIALISATION

- L’Afrique est à priori en marge de la mondialisation : 2% PIB mondial, 3% des exportations et


importations à l’échelle planétaire, 3% des IDE.
- Néanmoins l’émergence de l’Afrique depuis les années 2000 est réelle
✓ « Avantage de l’arriération » : du fait d’un retard de développement, l’Afrique évite les
coûts de renouvellement des infrastructures et peut directement acquérir les
technologies et les équipements de pointe : la croissance de la 3G s’élève à 44% entre
2010 et 2014 – installation câbles utilisant la fibre optique dont le débit d’information est
nettement supérieur à celui des câbles coaxiaux (câble de télécommunication SAT 3
reliant le Cap au Portugal).
✓ Des taux de croissance importants : l’Afrique est la deuxième aire de croissance
mondiale derrière l’Asie du Sud-Est (depuis les années 2000, le taux de croissance du
continent est supérieur à 5,4%). Le cabinet McKinsey prévoit que d’ici 2015, sur les 10
pays à plus forte croissance, 7 seront africains.
✓ Nouvelle terre des délocalisations : l’Afrique semble être le nouvel atelier du monde
avec une main d’œuvre bon marché. Ainsi au Maroc, hausse des délocalisations de
15% en 2010 (ex : Renault implante une usine Dacia à Meloussa en 2010 car les coûts
salariaux y sont 4 fois inférieurs au SMIC français). Le Maghreb bénéficie également
d’une proximité géographique avec l’Europe, ce qui permet une réduction des coûts
de fret). Les États sont acteurs dans l’ouverture aux IDE étrangers, notamment par la
création de technopoles comme celui le parc des télécommunications tunisien El
Ghazala qui accueille 90 entreprises et 12 filiales des plus grands groupes mondiaux
(Microsoft, Ericsson, etc.).
✓ Insertion dans le système financier mondial : d’abord par l’ouverture de bourses
notamment la bourse de Johannesburg en 2002, aujourd’hui 16 ème bourse mondiale. De
plus, les monnaies locales prennent de l’influence dans les échanges financiers
internationaux. Transnet, société sud-africaine de transport, est la première à inscrire des
titres obligataires en monnaie locale africaine sur les marchés internationaux en 2013 à
la London SE (de l’ordre de 5MM de rands).
✓ La conséquence d’une sortie du sous-développement : entre 1990 et 2010, l’IDH de
l’Afrique subsaharienne est passé de 0,29 à 0,39. Certains pays ont effectué des réussites
spectaculaires comme le Botswana avec sortie des PMA en 1994 et dont l’IDH est passé
de 0,4 en 1980 à 0,6 en 2010. Une mortalité infantile en baisse mais toujours élevée (au-
dessus de la moyenne des pays du Sud) : entre 1970 et 2003, elle est passée de 145 à
105 pour mille.
✓ Une émergence culturelle : essor de l’industrie cinématographique au Nigéria qui
devient le 2ème centre cinématographique du monde en terme du nombre de

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productions par an (2000 films par an) derrière le Bollywood indien. On parle de
Nollywood à titre de comparaison. De plus, cette production est largement diffusée par
des compagnies africaines comme la société nigériane Iroko Partners qui met en ligne
des émissions et des films africains
- Cette intégration est permise par l’intervention de puissances extérieures
✓ La demande en matières premières des pays émergents et développé a fait de l’Afrique
un continent exportateur : ex. 5 FTN dont Nestlé (suisse), Lavazza (italien), Procter &
Gamble (USA) achètent 50% du café vert produit en Afrique, ce qui montre que la
croissance africaine est plus due à la demande des marchés extérieurs qu’à la
consommation de son marché intérieur. La croissance africaine est notamment nourrie
par la demande croissante des économies émergentes qui cherchent à sécuriser leurs
approvisionnements alimentaires : les IDE en provenance des BRICS ont été multipliés
par 10 depuis 2000.
✓ Pour développer des économies compétitives, les États africains ont été contraints
d’importer des technologies et des savoir-faire des pays développés : par exemple, les
agriculteurs africains dépendent des firmes agro-agro-alimentaires du Nord. Ainsi,
l’américain Monsanto fournit 75% des semences de blé plantées en Afrique
subsaharienne
- Enfin, l’Afrique s’insère dans la mondialisation grise, comme nouvelle plaque tournante des
flux de marchandises illicites, notamment la drogue, les trafic d’ivoire et d’animaux : en
1990, 10% des saisies de cocaïne sont effectuées en Afrique contre 35% en 2010. Le Maroc
est le premier producteur de cannabis mondial.

➢ LA MONDIALISATION A CREUSÉ LES INÉGALITÉS DU CONTINENT

- Inégalités entre les pays :


✓ Economiques : Angola, Nigéria, Maroc, Algérie, Egypte et Afrique du Sud représentent
à aux six 60% PIB africain. PIB du Nigéria de 260MM$ en 2012 contre celui du Burundi
(2,5MM$ en 2012)
✓ Développement : IDH du Gabon de 0,73 contre 0,35 pour le Burundi en 2012
✓ Ces inégalités économiques et de développement stimulent les migrations intra-
africaines (80% des migrations sur le continent) avec un schéma des migrations qui se
fait des pays pauvres vers les plus riches. Ainsi, lors du « miracle » économique de la Côte
d’Ivoire (années 1970 et révolution cacaoyère), la Côte a attiré de nombreux étrangers
africains qui composent aujourd’hui ¼ de sa population)
- Inégalités régionales : elles sont de deux types :
✓ Des inégalités villes-campagnes : Les disparités entre les villes et les campagnes sont
visibles de par leurs niveaux de modernité distincts : 90% des espaces urbains couverts
par des réseaux de téléphonie mobile contre 40% dans campagnes. Néanmoins, les
croissances des villes tirent celles des campagnes en tentant de les intégrer au réseau
urbain. Ainsi Roland Pourtier évoque l’essor d’un vivrier marchand qui se développe
grâce à l’exploitation agricole des espaces péri-urbains dont la production est vendue
en ville. Ainsi se met en place une synergie entre les villes et les campagnes, visibles au
niveau des migrations pendulaires importantes entre ces deux espaces ainsi qu’au
niveau des transferts monétaires des villes vers les campagnes (45% des entrepreneurs
d’Abidjan envoient des fonds vers les campagnes)
✓ Inégalités entre les littoraux et les arrière-pays largement hérité des politiques de « mise
en valeur » des littoraux pendant l’époque coloniale : au Nigéria, le taux
d’alphabétisation dans la capitale (Lagos) située sur le littoral, est de 92% contre 49%
dans l’État de Kano, situé au Nord du pays.
- Des inégalités entre les villes et au sein des villes :

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✓ Les mégalopoles africaines sont les moteurs de son émergence et concentrent les
pouvoirs. Elles réunissent les sièges des FTN africaines (cf. siège de la compagnie
aérienne Kenya Airways à Nairobi, ancienne capitale du Kenya), ainsi que des
organisations régionales (cf. siège de l’Union africaine à Addis Abeba, capitale
l’Ethiopie). Ces villes concentrent ainsi les richesses produites (Pretoria et son
agglomération représentent 40% du PIB de l’Afrique du Sud) et dès lors, leur
développement contraste avec les villes mineures et les campagnes. Elles sont les
vitrines de la modernité africaine notamment par leur CBD à l’architecture moderne
verticale (gratte-ciel comme Hillbrow Tower, 270 mètres)
✓ Les opérateurs internationaux privilégient les grandes villes, et mêmes les quartiers aisés,
qui atteignent le seuil de rentabilité de 300 000 habitants. Ainsi, on constate de grandes
disparités d’infrastructures entre les villes moyennes et les grandes villes, avec des
services résultant de l’économie informelle pour les villes moyennes, et des services
élaborés pour les grandes. Par exemple, Suez gère le réseau d’eau potable de
Casablanca depuis 1998 tandis que les bidonvilles de Nouakchott, 80% des ménages
sont alimentés en eau par des revendeurs informels.
✓ Au sein des villes, l’Afrique montre le paradigme traditionnel des Sud d’une ségrégation
socio-spatiale urbaine. Par exemple, à Abidjan, la patinoire de l’hôtel Ivoire contraste
avec le bidonville de Gobelet. Ainsi Alain Dubresson affirme : « après avoir été un lieu
d’intégration, la mégapole est en train de devenir un lieu d’exclusion ».
✓ Ces inégalités causent la hausse de la criminalité : en Afrique du Sud, le taux
d’homicide par an est de 62 pour 100 000 habitants contre 0,7 en France. Cape Town
est la ville la plus dangereuse mondiale, elle rassemble plus de la moitié des homicides
annuels d’Afrique du Sud.

➢ L’AFRIQUE DE NOUVEAU AU COEUR DES LUTTES D’INFLUENCE :

- Une zone d’approvisionnement stratégique en matières premières : depuis 2009, la Chine


est le 1er partenaire commercial de l’Afrique et les échanges de l’Afrique vers la Chine sont
composés à 80% de matières premières ou agricoles. La Chine échange donc la
construction d’infrastructures contre des matières premières : en 2007, en RDC, elle a
construit des infrastructures pour une valeur de 3,8MM$ contre 9M de tonnes de cuivre via
la concession des mines du Katanga. L’Afrique représente donc un moyen pour la Chine
d’assurer sa croissance économique et de diversifier ses fournisseurs en pétrole, notamment
le MO. Ainsi, elle investit d’abord dans les pays pétroliers africains et notamment ceux du
Golfe de Guinée. Par exemple, le Nigéria est le 1 er récepteur des investissements chinois
(113MM$ en 2013) mais aussi 2ème producteur de pétrole en Afrique (derrière l’Angola) la
même année. Le marché pétrolier est d’autant plus attractif que de nombreux pays
producteurs (Guinée Equatoriale, Gabon, Congo) hors OPEP n’ont pas de quotas limitatifs
de production. Cette richesse en matières premières a entraîné des investissements massifs
ces 10 dernières années. De 1990 à 2010, les IDE sont passé de 2MM à 35MM$.
- La course aux terres africaines : depuis les années 2000, suite à la hausse des prix
alimentaires mondiaux et des inquiétudes sur la sécurités alimentaires (et notamment depuis
la crise alimentaire mondiale de 2007-2008), l’Afrique a connu la recrudescence de
l’accaparement de terres agricoles, dit "Land Grabbing". Les pays acquéreurs créent sur
ces terres des exploitations agricoles destinées à l’alimentation de leur propre population.
Ainsi, l’entreprise sud-coréenne Daewoo, entreprise coréenne, avait obtenu un bail pour
l’exploitation de plus de 1,3 millions d’hectares de surfaces agricoles en 2009 à Madagascar
- Un continent servant de relais de croissance pour les FTN des pays développés et
émergents, notamment grâce à l’essor de sa classe moyenne aujourd’hui estimé à 300M
par Roland Berger et qui devrait atteindre 1MM en 2060 : le groupe français L’Oréal entend
accélérer sa croissance se tournant vers le marché prometteur africain. Le marché des

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cosmétiques africain évalué à 2,7MM€ croit en effet à un rythme deux fois plus rapide que
celui du marché mondial. Ce marché devrait ainsi atteindre 10MM€ en 2017, une aubaine
pour le numéro 1 mondial des cosmétiques.
- Conséquences de cette lutte d’influence
✓ Emergence de nouveaux acteurs :
❖ Les pays émergents : le régime chinois courtise l’Afrique avec ses instituts Confucius
(université de Stellenbosch en Afrique du Sud et de Yaoundé II au Cameroun) et ses
bourses d’études. En 2012, 18 0000 bourses sont accordées à des étudiants africains
pour être formés en Chine. La Chine use de la propagande notamment contre le
Dalaï-Lama (interdiction d’évoquer et d’inviter le dallai lama sur les campus des
instituts Confucius). L’Inde, quant à elle, entend participer au développement du
continent notamment par des aides financières comme les 200M$ versés au NEPAD
en 2012 (Nouveau Partenariat Economique pour le Développement Afrique). De
même pour le Brésil, l’Afrique représente de nouveaux enjeux géostratégiques dans
le cadre de la construction de sa puissance et d’un partenariat sud-sud (sur les 35
ambassades brésiliennes ouvertes à l’étranger depuis 2003, 16 ont été construites
en Afrique). Le Brésil est particulièrement tourné vers les pays lusophones, avec qui
il partage un passé commun de colonie portugaise (Angola, Mozambique).
❖ Le rôle croissant des EU : les États-Unis prennent conscience de l’enjeu stratégique
que représente l’Afrique dans la lutte contre le terrorisme, notamment depuis les
attentats contre l’ambassade américaine à Nairobi en 1998, et ceux du World Trade
Center le 11 septembre 2001. Leur influence est de ce fait d’abord sur le plan
militaire, avec la présence de la 5ème flotte dans le Golfe d’Aden, de bases
américaines comme celle du Djibouti (créée en 2002, regroupant 1000 soldats).
Cependant, selon les Américains, la lutte contre le terrorisme passe par le
développement économique des États. Ceci explique la croissance des APD en
provenance des EU (elle s’est multipliée par 4 entre 2001 et 2011) ainsi que la
signature de nouveaux partenariats économique, notamment dans le cadre de
l’AGOA : American Growth and Opportunity Act sous Bill Clinton en 2000. Il s’agit
d’une loi commerciale avec une quarantaine de pays d’Afrique Subsaharienne
dans l’objectif de créer une vaste zone de libre-échange bilatérale (facilitant ainsi
la diffusion des produits africains sur le marché américain).
✓ Déclin des influences historiques des anciens empires coloniaux : 40% des exportations
françaises sont dirigées vers l’Afrique en 1960 contre 1% en 2009. On parle d’un déclin
de la Françafrique, mais en réalité, il s’agit seulement d’une perte de liens économiques
dû à une diversification des partenaires commerciaux de l’Afrique. Car malgré cet
éloignement économique, la France garde une influence dans de nombreux
domaines :
❖ D’abord géopolitique en tant que garante de la stabilité sur le continent : opération
Serval (intervention de 2500 hommes) au Mali en 2013 pour lutter contre la guérilla
dans le Nord du pays fomenté par les rebelles Touareg et le mouvement salafiste
Ansar Dine)
❖ Culturelle dans le cadre de la francophonie (220 000 millions de francophones en
Afrique, et sommet de l’Organisation internationale de la francophonie qui se tient
tous les 2 ans et qui rassemble tous les chefs d’État des pays membres comme le
Sénégal, Tunisie, Maroc, etc.)

➢ UNE MAUVAISE GOUVERNANCE AFRICAINE :

L’environnement économique n’est pas favorable pour attirer les investisseurs. Selon le classement
« Doing Business » de la Banque Mondiale, le continent ne compte que 8 pays parmi les 100
premiers pays à l’environnement économique le plus favorable.

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- Investissements peu productifs
✓ Des investissements non-productifs et coûteux : exemple de la Basilique Notre-Dame-
de-la-Paix inaugurée en 1989 à Yamoussoukro en Côte d’Ivoire par Houphouët-Boigny,
qui a coûté 120M$, soit 6% du budget de l’État
✓ Des investissements inadaptés : usine de beurre de karité au Burkina Faso construite
dans les années 1990 alors qu’il n’y avait pas de cultures de karité ni d’eau dans la zone
- État peu vertueux
✓ Milieu politique corrompu : le diamantaire Beny Steinmetz a obtenu la concession de la
mine de fer de Simandou par le gouvernement de Guinée pour 150M$ en 2008, loin
d’être le prix véritable. Celui-ci l’a revendu en 2010 pour 2,5MM$.
✓ Collusion avec des réseaux mafieux et de contrebande : Dans son ouvrage Les
gemmocraties. L’économie politique du diamant en Afrique, Desclée de Brouwer
explique comment les minerais à haute valeur spécifique sont dans les mains de réseaux
mafieux ou de contrebande. « Gemmocratie » : terme inventé pour désigner les États
où les sociétés douteuses et le pouvoir politique sont très étroitement liés. Par exemple,
Blaise Compaoré, président du Burkina Faso, est lié au réseau mafieux dans son pays. En
2003, l’ONU l’accuse de trafic de pierres précieuses et de trafic d’armes avec les
rebelles du FNPL (Front National Patriotique du Libéria)
✓ Détournement de fonds par l’ethnie dirigeante : le général Mobutu, président de la
république du Zaïre de 1965 à 1997 a accumulé 6MM$ pendant ses mandats.
L’accaparement des richesses se fait au détriment d’une redistribution équitable (cf.
continent de la pauvreté)
- Un État peu développeur : les États ont tendance à reposer sur des économies de rentes au
lieu de diversifier leurs économies : exemple du Nigéria, premier producteur de pétrole brut
en 2010, importe actuellement 80% de sa consommation local d’hydrocarbures raffinées.
Ainsi, l’industrialisation peine à s’enclencher dans cet État.
- Un manque de cohérence au sein des organisations régionales : les États privilégient encore
leurs intérêts nationaux au détriment d’une véritable intégration. Par exemple, le Maroc
s’est retiré de l’Union Africaine en 1984 pour protester contre l’admission en son sein de la
République Arabe Sahraouie Démocratique, cette dernière lui disputant la souveraineté sur
le Sahara Occidental.

➢ LE CONTINENT DU SOUS-DÉVELOPPEMENT :

- Les causes :
✓ Les choix économiques désastreux (cf. économie de rente et échec des stratégies ISI)
✓ Instabilité sur le continent (cf.) : elles sont responsables de famines (famine de l’Ogaden
en 2000 organisée par l’Ethiopie afin de recevoir de l’aide financière internationale et
de pouvoir financer sa guerre contre l’Erythrée
✓ Mauvaise gouvernance (cf.) : la croissance économique n’a pas entraîné le
développement. Les revenus des économies rentières n’ont pas été mis au profit des
populations (cf.)
✓ L’explosion démographique et le budget restreint des États : Au Bénin, où la population
a été multipliée par 3 entre 1960 et 2000, 40% du budget de l’État est alloué à
l’éducation mais seulement ¼ des enfants sont scolarisés.
- Les manifestations du sous-développement :
✓ Des indicateurs sociaux dramatiques :
❖ Taux de mortalité infantile en Afrique qui est de 105‰ en 2012 contre 60‰ dans le
reste des pays en développement
❖ La BM utilise la barre de 1$ par jour et par personne pour définir le seuil de pauvreté
absolue : plus de 50% de la population subsaharienne vit en dessous du seuil de
pauvreté

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✓ Le fléau de la malnutrition : selon la FAO, la malnutrition affecte plus de 200M d’africains
(contre 100M dans les années 1970). Causes : explosion démographiques, faibles
rendements agricoles et instabilité. De plus, les défaillances des infrastructures africaines
sont la cause d’un gaspillage de la production agricole (1/3 de la production annuelle
est perdue selon la FAO, faute de capacités de stockage).
❖ Echec de la révolution verte en Afrique par rapport à l’Asie du Sud et de l’Est dans
les années 1960 : pas de subventions aux agriculteurs africains (à l’inverse de l’Inde)
ce qui a empêché la mise en place de systèmes d’irrigation et l’utilisation de
fertilisants, d’autant plus que la composition chique des sols ne s’est pas prêté aux
semences hybrides plantées en Asie.
✓ Des catastrophes sanitaires :
❖ Paludisme (ou malaria) : 1ère cause de mortalité en Afrique qui provoque la mort
de 900 000 personnes par an en Afrique subsaharienne selon l’OMS. La maladie est
responsable de 12MM$ de perte annuelle du PIB
❖ Fléau du Sida : l’Afrique représente 14% de la population mondiale mais réunit 2/3
des séropositifs mondiaux. Or seuls 0,5% des séropositifs africains bénéficient
d’antirétroviraux. C’est dramatique pour certains pays comme le Swaziland ou
l’espérance de vie est passée de 60 ans à 48 ans entre 1990 et 2011. ¼ de la
population est atteinte par le SIDA
❖ La défaillance des services publics et d’infrastructures d’assainissement des eaux
(seulement 2% des eaux sont traités en Afrique) favorisent la diffusion des épidémies.
60% de la population d’Afrique subsaharienne n’a pas accès à l’eau potable. Ainsi,
selon Roland Pourtier (géographe et historien français), Yaoundé (capitale du
Cameroun) devient une « ville poubelle » où « le péril fécal » propage le choléra.
✓ L’essor de l’habitat informel, fléau des Sud :
❖ 72% de la population urbaine d’Afrique vit dans des bidonvilles, souvent au pourtour
des grandes mégalopoles
❖ Habitat informel : Kibera = le plus grand bidonville africain (entre 700 000 et 1M
d’habitants, 250Ha)
❖ Dangerosité des espaces urbains sur lesquels sont installés les bidonvilles : les pluies
torrentielles provoquent régulièrement des glissements de terrain. En 2012, 6
personnes ont été tué par un glissement de terrain dans le bidonville de Mathare
Valley à Nairobi. L’absence de voiries empêche toute intervention des services
publiques.
- Les acteurs pour la sortie du sous-développement
✓ Vers un État développeur : l’exemple du Botswana et de l’effort porté sur
l’enseignement (les dépenses pour l’enseignement atteignent 9% du PIB, ceci a favorisé
une augmentation de la scolarisation notamment par l’augmentation du nombre de
professeurs passés de 1600 en 1966 à 10 000 en 1996
✓ L’action humanitaire des ONG : Au Kivu, l’ONG Adikivu rachète des terres agricoles et
les revend à crédit à de jeunes agriculteurs qui en sont privés. Cela permet d’empêcher
l’enrôlement dans les milices, et même dans ce cas précis une coopération entre
rwandais et burundais, passerelle de paix entre les 2 pays en conflit (garant de stabilité)
✓ Des entreprises actives : Nestlé (Suisse) a mis en place le programme « Creating Shared
Value » qui a pour objectif de fonder 40 écoles en Côte d’Ivoire d’ici 2016

➢ LES DÉFIS AFRICAINS

- Défis externes : réduction de la dépendance économique par la diversification des


économies
✓ Le piège de la rente est un héritage du passé colonial : l’économie prédatrice mise en
place à l’époque coloniale par les puissances européennes a été un frein à

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l’industrialisation du continent. La colonisation directe a en effet mis en place une
économie fondée sur l’exploitation des ressources naturelles et l’agriculture
d’exploitation. Ainsi se sont instaurées des spécialisations durables dans des produits à
faible valeur ajoutée (cacao en Côte d’Ivoire, le palmier à huile au Nigéria, etc.). Ces
spécialisations ont été maintenus après les indépendances sous forme d’économies
rentières. Ceci explique une dégradation des termes de l’échange depuis l’avènement
de la mondialisation où les pays africains importent des produits manufacturés à forte
valeur ajoutée tandis qu’ils continuent d’exporter des produits bruts à faible valeur
ajoutée.
❖ Ainsi, l’économie de rente est omniprésente en Afrique. 90% des exportations
africaines sont constitués de produits bruts non transformés. Des pays africains sont
encore mono-exportateurs (la noix de cajou en Guinée-Bissau = représente 90% des
recettes d’exportations).
❖ Conséquence : cela entraîne une triple vulnérabilité de ces pays exportateurs :
Philippe Chalmin (historien et économiste français spécialiste des marchés des
matières premières) définit les matières premières comme une « malédiction »
▪ D’abord à l’égard de la volatilité des marchés mondiaux des matières agricoles
(cf. endettement années 1980-1990)
▪ Puis à l’égard de la concurrence étrangère :
➢ Vis-à-vis des émergents : Entre 1960 et 2005, la production d’huile de palme
africaine dans la production mondiale est passée de 83% à 10%.
Inversement, l’huile de palme asiatique est passée de 16 à 85%.
➢ Vis-à-vis du Nord : les agricultures du Nord sont productivistes et donc plus
compétitives que les agricultures africaines (les rendements français
s’élèvent en moyenne à 125 quintaux par hectare contre 5 au Sahel). De
plus, les agricultures du Nord sont fortement subventionnées ce qui leur
donne l’avantage dans les marchés mondiaux (172MM$ versés aux paysans
américains en 2010 ou Europe dans le cadre de la PAC). Ainsi l’agriculture
africaine fait face à la concurrence déloyale de l’agriculture des pays
développés.
▪ Enfin au niveau de la dépendance à l’égard des FTN étrangères, maillons
incontournables des filières rentières (cf. café vert par 5 FTN)
- Défis internes :
✓ Economiques
❖ Amélioration de l’environnement économique pour attirer les investisseurs : à cause
des infrastructures vétustes, et d’une main d’œuvre peu qualifiée, l’Afrique peine à
s’insérer dans la DIPP ainsi qu’à mettre en place une DAT à l’inverse de l’Asie. Par
exemple, la zone franche de Dakar créé en 1967 n’accueille que 8 entreprises, la
dernière s’étant installé en 1986. Néanmoins pour assainir son milieu des affaires et
mettre en place un environnement économique favorable, les pays africains ont
pris des initiatives comme celle de l’OHADA (Organisation pour l’Harmonisation en
Afrique du Droit des Affaires), créée en 1993 et qui a pour but d’améliorer le cadre
juridique.
❖ Le problème de l’économie informelle qui est endémique en Afrique (80% des
créations d’emplois à Lomé se font dans le secteur informel) et qui a une triple
conséquence : d’abord, c’est une économie qui n’est pas fiscalisée et donc l’État
ne perçoit pas de recettes sur ces activités. De plus, les travailleurs ne sont pas
protégés par la législation du travail. Enfin, l’économie informelle peut entraîner des
tensions urbaines entre travailleurs informels et des entreprises formelles qui se
plaignent d’une concurrence déloyale. On peut retrouver tensions dans les CBD des
mégalopoles où des vendeurs informels sillonnent les rues : par exemple, pour régler
ces tensions entre les entrepreneurs et les Hawkers (vendeurs de rues) de Kampala

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en Ouganda, les autorités de la ville ont mis en place un « plan de nettoyage de la
ville » en 2002 qui provoque l’expulsion des hawkers du CBD. Cela montre aussi la
grande précarité du secteur informel.
❖ Le problème du brain drain et de la fuite des élites africaines : la fuite des élites
africaines coûte au continent d’abord parce qu’elles sont une source de création
de richesses manquante, et aussi parce que l’Afrique est obligée en contrepartie
d’importer des experts étrangers. Exemple de la fuite des médecins : 20 000
professionnels de la santé émigrent chaque année de l’Afrique vers l’Europe ou
l’Amérique Nord. Par conséquence, ¾ des pays d’Afrique se situent en dessous du
seuil minimum fixé par l’OMC de 20 médecins pour 10 000 habitants. Les déficits de
compétences qui découlent de ces départs obligent l’Afrique à employer des
experts médicaux étrangers pour un montant de 4MM$ par an.
✓ Sociaux
❖ Une redistribution plus équitable : (cf.) le clientélisme lié au pluri-ethnisme des États
entraîne un accaparement de la rente par l’ethnie au pouvoir, et ce au détriment
des nombreuses autres ethnies qui composent le pays.
❖ Amélioration du niveau de vie : (cf.)
❖ Gérer l’explosion démographique : la croissance économique est absorbée par le
coût des investissements sociaux. L’explosion démographique devient un défi
incontournable pour certains pays comme le Nigéria. Avec le 38 ème PIB mondial, le
pays n’est classé que 142ème au rang des IDH. Malgré ses revenus pétroliers
importants, le Nigéria peine à assurer le développement d’une population qui croît
à vitesse exponentielle : il naît chaque année plus d’enfants au Nigéria qu’en
Europe et à ce rythme, on estime que le pays devrait passer de 175M d’habitants
en 2013 (7ème population) à 433M en 2050 (3ème derrière Chine et Inde)
❖ Gérer l’urbanisation incontrôlée : (cf. bidonvilles). En 1950, l’Afrique ne compte
aucune ville de plus d’1M d’habitants. En 2010, elle en compte 38, dont certaines
font même partie des villes les plus peuplées au monde : Lagos (21M d’habitants),
Le Caire (16M)
❖ La protection de l’environnement : l’extraction du pétrole et des matières premières
ainsi qu’une agriculture exportatrice fortement consommatrice de produits
chimiques a entraîné la dégradation de l’environnement. Ainsi, 10% des sols sont
dégradés en Afrique. Les FTN sont responsables en partie de cette pollution : Total
est condamné à 200M€ d’amende en 2011 suite à la fuite d’un oléoduc à Djibouti.
Le défi environnemental concerne également les populations locales qui se voient
menacées par la pollution : la ville de Kabwe (Gambie) qui fait partie des 10 sites
les plus pollués de la planète et où les habitants ont en moyenne un taux de plomb
dans le sang 40 fois supérieur à la limite fixée par l’OMS.

➢ L’INSTABILITÉ EN AFRIQUE :

La multitude de conflits à toutes les échelles freinent l’essor économique de l’Afrique et la


maintient dans le sous-développement
- Un bilan : En 2005, plus de 50% du total mondial de réfugiés se trouvent en Afrique. L’ONU
considère la corne de l’Afrique comme « le plus vaste camp de réfugiés du monde ».
- Le continent des guerres civiles avec différents facteurs de conflits :
✓ Fragilité interne des États et pluri-ethnisme : La guerre civile opposant le gouvernement
rwandais constitué de hutus au front patriotique rwandais a eu pour conséquence
directe le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994 (800 000 morts). Le conflit s’est
rapidement élargi aux pays voisins (Tchad, la Namibie, l’Angola et le Zimbabwe) faisant
de l’Afrique centrale le théâtre d’une véritable guerre continentale. L’Afrique est le
continent des guerres civiles fomentées par la diversité ethnique des pays, héritage du

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découpage arbitraire de la colonisation. Ces guerres civiles ont des conséquences
majeures sur la croissance économique et le développement des pays. Ainsi, au Mali,
alors que le PIB avait augmenté de 4,6% par an entre 2006 et 2010, il a diminué de 1,5%
en 2012 suite à la guerre civile (cf.).
✓ Les richesses naturelles : exemple de la guerre du Biafra, conflit civil qui a eu lieu entre
1967 et 1970 suite à la sécession de la région orientale du Nigéria qui s’autoproclame
République du Biafra afin de s’accaparer les mines charbon et les réserves de pétrole
du delta du Niger (entre 1 et 2M de morts). Par ailleurs, les matières premières et
notamment le pétrole et les minerais, ont permis de financer des guérillas. Exemple des
« diamants de sang » qui alimentent de nombreuses guerres comme au Sierra Leone
(guerre civile de 1991 à 2002). Le président libérien Charles Ghankay Taylor soutenait
l’insurrection au Sierra Leone voisin en fournissant des armes en échange de diamants.
- Les instabilités et les tensions sont responsables d’une grande partie des migrations sur le
continent. La fuite des populations d’un pays en guerre entraîne d’une part des problèmes
démographiques pour ces pays (sous le joug de Macias Nguema (1968-1979), la Guinée
Equatorial perd 1/3 de sa population) mais également des problèmes sociaux pour les pays
qui accueillent ces réfugiés (gestion de quantités importantes de populations pauvres)
- Les conséquences des printemps arabes : l’instabilité qui a éclaté au lendemain du
Printemps Arabe (2011 : renversement de Ben Ali en Tunisie, Kadhafi en Libye et Moubarak
en Egypte) a entraîné une diminution du tourisme dans les pays d’Afrique du Nord, alors
que le tourisme représente une manne financière considérable (9% du PIB égyptien) : ex. le
nombre de visiteurs au temple de Louxor a chuté de 70% entre 2011 et 2013
- Au sein des villes : à Brazzaville, des milices ethniques s’affrontent entre d’une part les Poto
Poto (les migrants du Nord du pays) et les Bakongo (migrants du Sud). La ville est donc
fragmentée par ces conflits ethniques qui empêchent un environnement économique
stable et la construction d’infrastructures modernes.
- Terrorisme et piraterie : montée en puissance de la piraterie dans le Golfe de Guinée avec
l’essor du pétrole et la construction de plates-formes off-shore. Sur les 120 attaques de
pirates en 2012, 70 ont eu lieu dans le golfe de Guinée. Montée du terrorisme depuis la
création d’AQMI en 2007 (Al-Qaïda au Maghreb Islamique) : prise d’otage à In Amenas en
Algérie en 2013 (70 morts), attentat dans le centre commercial Westgate à Nairobi en 2013
par le mouvement islamiste des Chabab (200 morts)
- La pacification de l’Afrique est un enjeu continental mais aussi mondial :
✓ Les acteurs internationaux cherchent à sécuriser l’Afrique et ses voies maritimes
stratégiques pour assurer le bon fonctionnement du commerce international : opération
Atalante dans le Golfe d’Aden mise en place en 2008 par l’UE pour lutter contre la
piraterie dans la zone
✓ Endiguer le terrorisme dans le monde devient un enjeu primordiale (surtout EU depuis
9/11) pour assurer leur sécurité intérieure
✓ Enfin, les pays africains ont pris conscience de la nécessité de la pacification de leur
continent pour assurer leur croissance économique et leur sortie du sous-
développement : la création de l’UA en 2002 s’est accompagné de la création des
Forces africaines de maintien de la paix (25 000 hommes déployés au Darfour en 2010)
✓ Un bilan positif : Alors que 35 pays sur 53 étaient en guerre en 1995, ce nombre s’est
réduit à 4 grandes zones d’instabilités aujourd’hui : Soudan (partition N-S, instabilité au
Darfour) – Corne de l’Afrique (Somalie) – Est du Congo (guerre issue du génocide
rwandais de 1994) – Sahara (sanctuaire d’Al-Qaïda Maghreb islamique).

➢ LES RELATIONS INTRA-AFRICAINES :

- Faible intégration commerciale du continent : c’est le continent où l’intégration régionale


est la plus faible. Le commerce intra-africain ne représentent que 11% du commerce totale

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du continent contre 54% pour le commerce intra-asiatique et 71% pour le commerce intra-
européen. L’Afrique est le seul continent du monde où la mondialisation ne s’est pas
manifestée par une régionalisation accrue. En réalité, l’Afrique est plus insérée dans des
échanges internationaux que régionaux : Croissance de 8% du commerce intra-africain
depuis 1996 tandis que commerce africain avec le reste du monde enregistre une
croissance de 12%. Nuance nécessaire : importance d’une économie informelle qui joue
un rôle dans l’intégration du continent : on estime à 17MM$/an la valeur des échanges
informels au sein de la SADC.
- Cette faible intégration est expliquée par les nombreuses tensions qui fracturent le contient.
Par exemple, conflit autour du partage des ressources hydriques entre les pays riverains du
Nil : Morsi en 2013 déclare « si une seule goutte du Nil est perdue, notre sang sera la seule
alternative » à propos de la construction du méga-barrage éthiopien « Grande
Renaissance » remettant en cause le partage des eaux de 1959 qui était au profit de
l’Egypte. Mais le règlement des conflits est inversement l’un des vecteurs de l’intégration
africaine : par exemple, la Nile Basin Initiative fut créée dans l’objectif d’apaiser les tensions
autour du Nil. L’organisation organise des rencontres entre les 13 ministres des pays traversés
par le Nil
- Multiplication d’organisations régionales dont l’action est limitée par l’hétérogénéité des
niveaux de richesses et les divergences d’intérêts nationaux (cf. sortie du Maroc de l’UA en
1984). Ainsi, l’Afrique compte plus d’une centaine d’organisations régionales mais seules
quelques-unes présentent une réelle efficacité : Session Extraordinaire de la CEDEAO à
Dakar en Octobre 2013 : après la création d’un passeport commun au sein des pays
membres de la CEDEAO (Communauté Economique Des États d’Afrique de l’Ouest créée
en 1974), les pays membres projettent de lancer une monnaie commune et une levée des
barrières tarifaires. Cette organisation a mis en place une opération militaire commune
déployant 3300 hommes au Mali en 2013.
- Le partenariat intra-africain est largement renouvelé autour de la lutte commune contre le
sous-développement. Ce renouveau a été encouragé par les Programmes stratégiques
pour la réduction de la pauvreté (PSRP, 2000) qui s’inscrivent dans les objectifs du millénaire
pour le développement (ONU : baisse de la moitié de la pauvreté entre 2000 et 2015). Ces
programmes ont pour objectifs de faite des États africains les principaux acteurs dans leurs
stratégies de développement, et s’opposent donc directement aux PAS des années 1980.
Conséquence : création du NEPAD (Nouveau partenariat pour le développement de
l’Afrique) au sommet de l’Union Africaine de Lusaka en 2001, réunissant l’Algérie, le Sénégal,
le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Egypte. Le NEPAD a notamment lancé l’initiative E-écoles
pour développer l’enseignement des TIC au sein des lycées africains (80 établissements ont
été dotés d’un laboratoire comptant au moins 20 ordinateurs).
- L’Afrique du Sud aspire à être le leader du continent :
✓ Puissance économique du continent : l’Afrique du Sud représente plus de 30% du PIB de
l’Afrique, elle appartient aux BRICS depuis 2010. C’est le seul pays émergent du
continent, et le seul à disposer d’une économie diversifiée (les services de haut niveau
représentent 2/3 du PIB africain)
✓ Puissance monétaire : Domination de la monnaie sud-africaine, le rand, dans le cadre
de la zone monétaire commune australe (Common Monetary Area, CMA) avec le
Botswana, le Lesotho et le Swaziland
✓ Puissance géopolitique : aura de Nelson Mandela qui joue en la faveur du pays, ainsi
que l’intense activité diplomatique de son successeur Thabo Mbeki qui dénoue la crise
congolaise (2ème guerre du Congo (1998-2003)) avec les accords de Pretoria en 2002

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➢ L’AFRIQUE, UN CONTINENT INDEPENDANT ?

I. SUITE A LA COLONISATION, L’AFRIQUE CHERCHE A AFFIRMER SON INDEPENDANCE


POLITIQUE ET ÉCONOMIQUE
A. Jusqu’au 20ème siècle, l’Afrique est sous la domination directe des métropoles européennes
(cf.) (économique, politique, culturelle)

B. Les pays africains accèdent à l’indépendance et affirment leur autonomie géopolitique :


(cf. indépendances) – conférence Bandung et non-alignés

C. De nombreux pays se détournent du modèle de développement hérité de la colonisation

II. MAIS LES STRATEGIES DE DÉVELOPPEMENT LANCEES DANS LES ANNÉES 1970 N’ONT FAIT
QUE RENFORCER LA DEPENDANCE DU CONTINENT
A. Les stratégies ISI se soldant par un échec renforcent la dépendance financière et
alimentaire du continent

- Dépendance alimentaire envers les grandes puissances : Earl Butz, secrétaire général
américain de l’agriculture en 1975 déclare « l’alimentation est une arme, c’est l’un de nos
principaux instruments de négociations », créant ainsi le principe de l’arme alimentaire
- Dépendance financière : mécanisme du surendettement des pays africains pendant les
stratégies ISI qui les rendent dépendants à la politique monétaire américaine (cf. Paul
Volcker). Conséquence : (cf.) dépendance à l’égard des institutions internationales qui
réduisent la dette à des niveaux supportables contre PAS (cf.)

B. Les pays ayant fondé leur développement sur l’exportation de matières premières restent
dépendants de la conjoncture mondiale et de l’aide technologique (cf.)

- Les économies rentières dépendent des accords tarifaires préférentiels qui leurs sont
accordées (SPG : système de préférences généralisées mis en place en 1968 par la
CNUCED (Conférence des Nations Unies pour le Développement Economique) : objectif de
mieux intégrer les pays africains dans le système économique mondial via la réduction de
droits de douanes et des accords de préférences pour certains produits sans exiger de
contreparties de la part des pays bénéficiaires).

C. Enfin les économies africaines sont largement dépendantes des FTN (cf.) : de leurs achats
et de leurs technologies
- Pour les achats : cf. café vert
- Pour les technologies : le continent africain a besoin du savoir-faire des pays développés
pour construire des installations portuaires efficaces indispensables à l’exportation de leurs
matières premières. Ainsi le Golfe de Guinée est surnommé le Golfe Bolloré car le groupe
français Bolloré Logistics possède et entretient la plupart des infrastructures portuaires du
Golfe (Douala au Cameroun, Lomé au Togo, et Free Town au Sierra Leone)

III. EN REALITE, DES LIENS D’INTERDÉPENDANCE S’IMPOSENT ENTRE L’AFRIQUE ET LE MONDE À


PARTIR DES ANNÉES 2000

A. L’ordre mondial a fomenté de nouvelles formes de dépendance depuis les années 2000
- L’attractivité des matières premières africaines a précipité la croissance de l’Afrique mais
aussi une nouvelle forme de colonialisme (cf. Land Grabbing & matières premières &

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sécurisation nécessaire qui passe par l’intervention croissante des grande puissances)
(expliquer le jeu de dépendances qui se fait des deux côtés)
- L’insertion dans la mondialisation des populations africaines qui a créé de nouvelles
dépendances : les remises : elles représentent 20% pour des revenus du Rwanda et sont en
forte croissance (elles sont passées de 4MM$ en 2004 à 20MM$ en 2008). Création de
dépendance qui se créé à l’égard d’une source de devises variables, et qui est durable
car il y a rarement un transfert de compétence des travailleurs émigrés qui envoient les
remises.
- Colonialisme vert et rente écologique : on peut observer le mécanisme d’interdépendance
autour de l’enjeu environnemental. D’une part, des pays européens mettent place des
politiques vertes qu’elles imposent à des pays en développement au risque d’entraver leur
développement. Par exemple le projet REDD de Réduction des Emissions dû à la
Déforestation et à la Dégradation des Forêts (2009) est un véritable cas d’ingérence qui vise
à réduire l’industrie du bois en échange de compensations financières. Certains pays
africains ont tourné cette aide en rente écologique, se rendant ainsi dépendants d’une
nouvelle source de devises. La dépendance est également au niveau du nord à l’égard
de ces pays, car ils veulent réduire la hausse des gaz à effets de serre à l’échelle planétaire.
Sylvie déclare ainsi dans son ouvrage A qui profite le développement durable ? (2008) « le
développement durable est une machine contre le développement ».

B. Malgré la croissance économique, l’Afrique reste un continent sous développé tributaire de


l’aide international

- L’aide internationale économique est même devenu une véritable rente pour certains pays
représentant une source de revenus considérable : l’APD représente 23% du PNB du Burundi
- Ces aides créent une dépendance d’autant plus lourde que 2/3 d’entre elles sont bilatérales
et conditionnées : depuis le discours de La Baule de François Mitterrand en 1990, l’aide
internationale des pays développés devient conditionnée notamment par la bonne
gouvernance et le respect des droits de l’homme par les pays récepteurs. Perte de
souveraineté par l’ingérence des pays pourvoyeurs de l’aide humanitaire.
- La dépendance au niveau de l’aide internationale se fait également à l’égard de nouveaux
acteurs, notamment les ONG. Les ONG ont tendance à maintenir les pays africains dans
l’assistanat. Par exemple, 74% des rétroviraux distribués au Botswana sont fournis par des
ONG dont Médecins Sans Frontières. Cette dépendance est ainsi décrite par Marie-
Christine Guéneau dans son ouvrage (Sahel : les paysans dans les marigots de l’aide,
2000) : « la meilleure aide que l’on puisse apporter est une aide intellectuelle : faire cadeau
d’un savoir. Donner en cadeau des biens matériels, c’est rendre les gens dépendants. Par
contre, leur donner le savoir, c’est les rendre libres. » Elle oppose donc une aide matérielle
des ONG qui maintient les États africains dans un état de dépendance, et l’aide intellectuel
permettant une formation de la population et la sortie du sous-développement.

C. Les réactions des pays africains face à cette nouvelle dépendance ont entraîné des degrés
de dépendance en réalité variables

- L’Afrique du Sud est l’exception africaine car elle est à seule à disposer d’une économie
diversifiée (cf.). Elle bénéficie donc d’une indépendance économique plus affirmée, ce qui
est d’ailleurs confirmé par son appartenant au groupe des émergents (BRICS depuis 2010)
- Il y a une réelle fracture continentale entre une Afrique du Nord plus développée (IDH de
0,75) et donc moins dépendante à l’égard des acteurs mondiaux, et une Afrique
subsaharienne encore frappée par le sous-développement (IDH de 0,39) et dont la
dépendance économique et politique reste forte (excepté Afrique du Sud).
- Enfin, les populations et les États africains rejettent ce néo-colonialisme :

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✓ En 2013, le président du Kenya Kenyatta a expulsé l’USAID (United States Agency for
International Development) car d’après lui, l’organisation agit selon une visée politique
et non humanitaire
✓ La Chine peut être perçue comme une puissance néocoloniale : Tension due aux
migrations importantes de travailleurs chinois en Afrique (1M y vivent) et face à
l’importation massive de produits manufacturé chinois qui détruit le tissu industriel et
l’artisanat locaux. Les conditions de travail exigées par les compagnies chinoises ne sont
pas acceptées : un gérant chinois d’une mine de charbon a été tué en 2012 en Zambie
lors d’une grève

Thème 3 : L’EUROPE

➢ LA DIVERSITÉ EN EUROPE : UNE EUROPE À PLUSIEURS VITESSES :

Le président polonais Kwasniewski affirme en 2000 « l’Europe à deux vitesses équivaut au retour vers
le passé, au retour à une nouvelle division du continent ».
• Des régions plus ou moins attractives :
✓ Dynamisme : la dorsale européenne concentre 20% du PIB sur 5% du territoire, et attire
la majorité des investissements en R&D (75%)
• L’UE est une juxtaposition de 28 pays hétérogènes
✓ Economie : PIB de 50MM$ en Roumanie contre 550MM$ en Suède, et 3600MM$ en
Allemagne.
✓ Développement : IDH allemand s’élève à 0,92 tandis qu’en Roumanie, il est de 0,78. Plus
précisément, l’espérance de vie est de 81 ans en Allemagne contre 75 ans en
Roumanie.
✓ Deux facteurs qui expliquent l’augmentation des disparités :
❖ Les effets de la crise : dans la zone euro hors dorsale, PIB par hab. par an est passé
de 27 000 à 26 000€ entre 2007 et 2011. Dans la dorsale, il est passé de 31 000 à 33
000€.
❖ Les élargissements : le rapport de PIB/hab./an entre le pays le plus pauvre et le plus
riche dans l’Europe des Six va de 1 à 2, tandis qu’il va de 1 à 5 dans l’Europe des
Quinze, et de 1 à 20 dans l’Europe des Vingt-Huit.
• Disparités régionales au sein de ces pays qui posent le problème de l’intégration : par
exemple, en Italie, la Province autonome du Bolzano présentait un PIB par habitant par an
en 2006 de 32 000€ et un chômage de 2,6%, alors que la même année, la Sicile avait un PIB
par hab. par an de 16 600€ et un chômage de 13%.
• Les politiques pour réduire les inégalités :
✓ A l’échelle européenne : la politique de réduction des écarts régionaux représente 45%
du budget européen, à travers des organismes comme le FEDER (Fonds Européen de
Développement Régional), créé en 1975.
✓ A l’échelle des pays : création de la Caisse du Midi en 1950, elle transfert 1% PIB italien
pour développer le Mezzogiorno à l’échelle européenne.
• Bilan de ces politiques :
✓ Des processus de convergences nationales : en 1973, le PIB par habitant de l’Irlande ne
représentait que 60% de la moyenne européenne contre 125% aujourd’hui. Le pays fut
surnommé le « dragon celte ».
✓ Néanmoins, dans les pays qui ont connu un rattrapage, seules les régions les plus riches
ont bénéficié d’un processus de convergence. Pour deux raisons : les moyens financiers
sont limités (la politique de réduction des inégalités régionales représente 45% du
budget européen mais ce budget ne représente qu’1% du PIB européen. De plus,
l’Europe est la mondialisation qui suit une logique discriminatoire. Ainsi pour reprendre

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l’exemple italien : en 2011, dans le Mezzogiorno, 22% de la population vit sous le seuil de
pauvreté contre 5% dans le Nord du pays.

➢ LES DÉFIS DE L’UNION EUROPÉENNE

• La question démographique
✓ Un tableau démographique préoccupant avec la baisse de la fécondité qui est en-
dessous du seuil de renouvellement de la population (2,1) comme en Allemagne (ISF =
1,4) ; et le vieillissement de la population avec l’âge médian européen qui est 41 ans
contre une moyenne mondiale de 28 ans.
✓ Les conséquences sont :
❖ Géopolitiques : le déclin de la part de la population européenne dans la population
mondiale : en 1950, celle-ci état de 21% contre 10% en 2011 (environ 500M) =>
baisse du poids démographique
❖ Economiques : l’Europe arrive à la « fin du dividende démographique des baby-
boomers » (Commission européenne, 2010). L’Europe vient ainsi de sortir de sa
fenêtre d’opportunités démographiques. Le coût du vieillissement est aussi une
cause de la baisse du PIB européen, estimée à 2% par an jusqu’en 2050 par la
Commission européenne ;
❖ Sociale : remise en cause du modèle social (le système de retraite français a 5MM€
de déficits en 2012. De plus, en 2005, 27% du PIB de l’UE consacré au dépenses de
protection sociale contre 16% aux EU, 17% au Japon et Canada)
✓ Les solutions pour le défi démographique :
❖ L’immigration, qui représente déjà 80% de la croissance démographique
européenne
❖ Optimisation du marché du travail : le taux d’activité des 55-64 ans est de 45% en
Europe contre 65% au Japon. Politiques européennes pour y remédier : Conseils
européens de Lisbonne en 2000 et Stockholm en 2001 ont eu pour objectif de faire
passer le taux d’emploi total de 60% en 2000 à 70% en 2010. De même, l’emploi
féminin est un moyen d’optimisation.

• Le défi du chômage :
✓ Transition de la prévalence du plein-emploi pendant la période 1945-1973 avec un
chômage frictionnel qui n’excédait pas 3% à un chômage structurel (10,7%
actuellement).
✓ Les Causes :
❖ Structurelles avec le changement du facteur ressource (l’innovation devient plus
importante que les hommes et les matières premières, la concurrence des NPI et
des pays ateliers au faible coût de main d’œuvre. Exemple : délocalisations d’usines
dans le secteur de la chaussette qui a perdu 75% de ses emplois en Europe au profit
de pays comme la Chine avec des villes comme Datang (qui représente 1/3 de la
production mondiale)
❖ Conjoncturelles : les crises des subprimes et la crise de la dette dans la zone euro en
2010 ont fait provoqué une baisse de la demande qui a fragilisé les entreprises, et
entraîné des licenciements massifs. Chiffre : la croissance de l’UE est de 0,4% en 2012
alors que celle des EU est de 2,8% aux EU.
✓ Les disparités :
❖ Entre les pays : 5% en Autriche contre 28% en Grèce
❖ Entre les différentes catégories sociales : chômage des jeunes de 24% en Europe
contre une moyenne de 10,7% (élevé en particulier pour les personnes sans
qualification et les étrangers)

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• L’UE est une zone d’intégration encore incomplète
✓ Monétaire : la zone Euro ne comprend que 18 pays alors que l’adoption de la monnaie
commune est obligatoire. Cependant, le Danemark et le RU ont obtenu un Opting-out
pour ne pas en faire partie, tandis les PECO en sont exclus car ils ne satisfont les critères
de convergence du traité de Maastricht. De plus, absence d’un mécanisme de
surveillance des déficits budgétaires nationaux ; coordination tardive des politiques
budgétaires au sein de l’UE avec la signature en 2013 par 25 pays parmi les 28 du Traité
sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG). Néanmoins, ce traité
n’implique aucun engagement juridiquement contraignant (efficacité 0)
✓ Une PESC inachevée :
❖ Des succès comme la mission Atalante (2008, contre la piraterie dans le Golfe
d’Aden, mise en place par la Force Navale Européenne EUNAVFOR)
❖ Mais une dépendance à l’égard de l’OTAN : au Kosovo, à partir de Juin 1999, envoi
de 5 000 hommes appartenant à la Force pour le Kosovo (KFOR) mis à disposition
par 31 pays (dont tous les pays européens) mais dirigés par l'OTAN.
❖ Immobilisme de l’Europe face à l’expansionnisme russe (invasion de l’Ossétie du Sud
en Géorgie en 2008, et de la Crimée en Mars 2014 à la suite du renversement du
président pro-russe Ianoukovitch). Les Vingt-Huit réunis = 2ème budget militaire
mondial mais baisse de 10% depuis 2008. L’Europe désarme ≠ Russie (budget
militaire en croissance de 170% en 1999 et 2010).
✓ Conséquence : Une « Europe à la carte » (chaque pays ne participe qu’aux politiques
communes qui l’intéressent) ou une Europe en cercles concentriques (seuls les pays les
pays les plus développés peuvent adopter les politiques communes).

• L’UE face à la montée de l’euroscepticisme :


✓ Montée de l’abstentionnisme : les taux d’abstention aux élections européennes sont
passés de 39% à 60% entre 1979 (la 1ère élection européenne) et 2009 (la dernière
élection).
✓ Emergence de partis populistes aux discours anti-européens : Mouvement 5 Etoiles de
l’ex-comique Beppe Grillo. Aux élections législatives italiennes de février 2013, il a glané
25 % des voix à la Chambre des députés.
✓ Une des causes :
❖ Perte de souveraineté : les politiques de rigueur imposée par les institutions
européennes entraînent le mécontentement grec notamment l’égide de la Troïka
composée de représentants de la Commission européenne, du FMI et de la BCE. La
Grèce est le premier pays européen à connaître une perte de souveraineté à cause
de la défaillance économique. Réduction imposée du salaire des fonctionnaires
(baisse de 15% entre 2010 et 2012).

➢ LES RELATIONS INTRA-EUROPE : ENTRE INTÉGRATION ET DIVERGENCES :

Pour Delors, l’Europe doit se fonder sur « la compétition qui stimule, la coopération qui renforce, la
solidarité qui unit »
• Intégration
✓ Economique :
❖ Division régionale du travail intense (55% des délocalisations se font au sein de l’UE).
Exemple d’une firme européenne : Airbus => consortium aéronautique européen
créé 1970 qui met en place une véritable division du travail à l’échelle européenne
(ailes construites au RU, l’empennage est réalisé en Espagne, le fuselage en
Allemagne, le nez en France)
❖ Des échanges commerciaux intra-communautaires élevés (71% contre 53% en
Asie)

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❖ Des infrastructures communes (exemple de l’unique aéroport tri-national dans le
monde : EuroAirport de Bâle-Mulhouse-Fribourg)
❖ Des flux d’IDE intra-communautaires : les flux d’IDE intracommunautaires
contribuent à 58% des flux totaux sortants pour les 27 entre 2004 et 2010.
✓ Financière : notamment lors de la crise de la dette en 2010 avec le premier plan d’aide
de la Grèce (mars 2010) (110MM$ prêtés en 3 ans). Création d’un Fonds Européen de
Stabilisation Financière (FESF), outil conçu pour venir au secours d’un État de la zone
euro en difficulté financière
✓ Energétique : mise en place d’une politique énergétique commune (fixation de la part
des énergies renouvelables à 20% de la consommation européenne en 2008 par le
Paquet Energie Climat – construction plurinationale de gazoducs comme le projet
Nabucco qui est un gazoduc reliant l’Iran à l’Europe centrale afin de diversifier les
sources énergétiques de l’Europe notamment la Hongrie qui dépend à 80% de la
Russie : symbole de la capacité de l’UE à une politique énergétique coordonnée)
✓ Environnementale : La protection des milieux et de la biodiversité qui passe par le réseau
Natura 2000 (réseau de l’UE pour la conservation de la nature promouvant une gestion
adaptée des habitats naturels) et l’instrument financier LIFE (ensemble de programmes
financiers depuis 1992 pour financer cette protection : 1,5MM€ pour 2500 projets)

✓ Politique : exemple des institutions européennes (Parlement Européen avec suffrage


universel direct depuis 1979) ainsi que des politiques communes pour l’immigration
(Espace Schengen : contrôle commun des frontières, depuis 1995)
✓ Culturelle : au niveau de l’éducation avec Erasmus créé en 1987 (programme
d’échanges d’étudiants et d’enseignants entre les universités européennes). En 1992,
cela concerne 50 000 étudiants, en 2012, 250 000.

• Divergences
✓ Concurrence interétatique : elle surtout causée par le dumping fiscal (absence
d’harmonisation fiscale à l’échelle européenne : le taux d’imposition sur les bénéfices
des sociétés est 35% en France contre 12% en Irlande) et le dumping social (le salaire
horaire moyen est de 29€ en Allemagne, 7€ en Pologne). Ex : en 2004, Philips qui a
délocalisé son centre de comptabilité d’Irlande à Lodz en Pologne).
✓ Géopolitique : Le cas de la guerre en Irak en 2003 où Donald Rumsfeld (ancien
Secrétaire à la Défense des EU sous Bush) différencie la « Vieille Europe » (contre
l’invasion, en particulier France et Allemagne) et la « Nouvelle Europe » (pour la guerre)
✓ Divergence sur la politique migratoire commune avec remise en cause par Cameron
de la libre circulation des personnes (volonté d’imposer des quotas car peur du
« tourisme social », surtout avec libre-circulation des Bulgares et des Roumains depuis le
1er janvier 2014)

➢ L’UNION EST-ELLE UNE GRANDE PUISSANCE ÉCONOMIQUE ?

I. L’UNION EUROPEENNE REUNIT LES ATTRIBUTS D’UNE PUISSANCE ÉCONOMIQUE


A. L’UE présente des secteurs clés qui sont le fondement de sa puissance économique
- C’est la 2ème puissance agricole mondiale derrière les États-Unis, grâce notamment à son
agriculture productiviste encadrée par la PAC depuis 1962
- L’industrie est socle de l’économie européenne avec de nombreux secteurs dynamiques
comme l’aéronautique (Airbus qui dépasse Boeing en nombre de livraisons depuis 2003),
l’automobile (Volkswagen, 4ème constructeur automobile mondial), la chimie (BASF, leader
mondial allemand avec un chiffre d’affaire de 64MM€ en 2010) ou encore l’énergie avec
la Royal Dutch Shell, première FMN (firme multinationale) mondiale. L’Europe est ainsi la 1 ère
puissance industrielle mondiale avec 25% de la production mondiale en 2013.

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- De plus, les FMN européennes sont très présentes dans le monde : En 2012, quatre des dix
plus grandes firmes multinationales (FMN) viennent de l’Union Européenne à Vingt-Sept (UE)
selon le classement Fortuna Global 500 (la hollandaise Royal Dutch Shell, l’anglaise BP,
l’allemande Volkswagen et la française Total), contre deux américaines, trois chinoises et
une japonaise. L’UE est le premier émetteur d’IDE dans le monde et profitent de la
croissance des autres aires de développement : ainsi, Danone (entreprise française) réalise
40% de son chiffre d’affaire hors Europe en 2013.

B. L’UE représente aussi un vaste marché intérieur


- Non seulement l’UE dispose d’une vaste marche intérieure avec 504M d’habitants, mais il
s’agit en plus d’une population riche avec un PIB par habitant en PPA s’élevant à 34 000 $
par an en 2013, ce qui en fait une zone fortement attractive pour les IDE internationaux (elle
attire 38% des IDE entrants mondiaux)
- D’autant plus attractive que le marché unique de l’UE présente un cadre excellent pour
l’implantations des firmes étrangères du fait des « quatre libertés » qui y sont effectives :
circulation de biens, capitaux, personnes et services. De plus, la productivité horaire des
travailleurs européens est la deuxième plus élevée du monde derrière les EU. Ex : le
constructeur de machines agricoles japonais Kubota a ouvert une usine dans le Nord de la
France à Bierne, ce qui représente un investissement de 40M€ en 2014.
- Elle est ainsi la zone la plus intégrée du monde (cf. intégration régionale)

C. L’UE, en tant que puissance économique, joue aussi un rôle important dans les relations
économiques internationales
- C’est un des trois pôles économiques mondial avec l’Asie-Pacifique et l’Amérique du Nord :
l’UE est 1ère puissance commerciale mondiale avec un montant des échanges s’élevant à
5153MM$ en 2011, soit 20% des importations et 20% des exportations mondiales. Sa monnaie
a la deuxième place dans les monnaies internationales en terme de montant des
transactions, et la première place quant à la quantité des billets mis en circulation
(610MM€). Places boursières mondiales (Paris, Londres, Francfort, etc.).
- Elle a des relations privilégiées avec les pays émergents et les anciennes colonies : accords
de Cotonou en 2000 (début des négociations des accords de partenariats stratégiques
avec les pays ACP (Afrique-Caraïbe-Pacifique) – l’Afrique est un des partenaires
commerciaux principaux de l’UE (160MM$ de marchandises importées et exportées en
2011)
- Elle influence le commerce international : grâce à sa politique commerciale commune, l’UE
est représentée de façon unique par la Commission au niveau multilatéral (OMC par ex.)
mais aussi bilatéral avec des traités de libre-échange concernant l’UE dans son intégralité
et un pays (cf. Corée du Sud, 2010). De plus, elle prend des mesures de rétorsion communes
comme des mesures anti-dumping (ex. sur les panneaux solaires chinois en 2013 (taxes sur
les importations de 12%)

II. NEANMOINS, CETTE PUISSANCE EST REMISE EN CAUSE PAR L’ORDRE ÉCONOMIQUE
MONDIAL
A. Malgré une relative résistance à la crise des subprimes de 2008, l’UE est fortement affectée
par la crise des dettes souveraines
- Effet de contagion de la crise de la dette grecque en 2009 ce qui a plongé l’UE dans une
profonde crise depuis 2010. Fragilisation des PIIGS (Portugal, Italie, Irlande, Grèce et
Espagne) qui sont les proies de spéculations financières
- Crise de l’euro qui a révélé une zone monétaire incomplète (cf. zone d’intégration
incomplète)

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- Dépendance envers les marchés mondiaux qui financent la majorité (57%) de la dette des
pays de l’UE contrairement au Japon qui, avec une dette bien plus élevée (220% du PIB
contre 85% pour l’UE) est détenue à 95% par des investisseurs japonais.

B. L’UE subit les pressions internationales qui tentent de démanteler la « Forteresse Europe »
- D’abord par son premier partenaire commercial, les États-Unis, qui par l’OMC (Organisation
Mondiale du Commerce) exerce une pression sur l’UE via une guerre économique : dépôt
de 19 plaintes à l’OMC depuis 1995 contre par exemple les subventions à Airbus
- Mais c’est son agriculture qui est surtout menacée avec notamment les plaintes du Groupe
de Cairns désavantagés par les subventions agricoles de la PAC : la conséquence est un
démantèlement progressif réel : exemple du Paquet Santer compris dans l’agenda 2000 qui
invoque une baisse importante des prix garantis, la fin des prélèvements agricoles
remplacés par des droits de douane réduits de 36% en 1995 et 2000, et une limitation des
aides à l’exportation.
- Enfin, son économie, et notamment celle des pays centraux et orientaux (Allemagne,
Pologne, Roumanie, etc.), est largement dépendante de l’importation du gaz et du pétrole
russe : la Russie est le premier fournisseur de gaz de l’UE (40% de ses importations) et le
deuxième fournisseur de pétrole de l’UE (20% des importations).

C. Enfin, la concurrence des pays émergents sur ses marchés affecte la puissance
économique de l’UE
- L’échelle des délocalisations se modifient à l’intérieur de l’UE qui reste la destination
privilégiée des délocalisations européennes (cf. relations intra-UE), mais aussi à l’extérieur
(Afrique (24%), la Chine (18%) et l’Inde (18%)) ce qui est plus problématique car elles ne
favorisent pas la création d’emploi en Europe (90 000 emplois ont été détruits en Allemagne
entre 1990 et 2001).
- Cette concurrence est en partie responsable d’un déclin industriel relatif : diminution d’un
quart des actifs de l’industrie entre 1980 et 1995.

III. CE QUI ACCENTUE LA VISION D’UNE PUISSANCE ÉCONOMIQUE INCOMPLETE


A. Un ensemble économiquement disparate
- Des zones dynamiques qui portent la puissance économique européenne (cf. diversité en
Europe – dorsale)
- Des zones en phase de devenir des piliers de la puissance économique européenne (les
PECO qui bénéficie de la DIPP (régionale avec firmes UE et internationale avec firmes
étrangères qui contournent TEC européen)
- Des zones en recomposition ou déclin à cause d’un manque de compétitivité et du
changement de facteur ressource : ex. de la Wallonie, Pays Basques espagnoles, les
Ardennes, la Wallonie, le Pays de Galle : des régions qui se désindustrialisent

B. Une R&D qui reste limitée et fomente ces disparités


- Un retard dans la R&D : les chercheurs ne représentent que 2,5% de la population active
contre 6% aux EU et au Japon.
- La R&D est cependant très inégale selon les régions, et représente un nouveau facteur de
disparités entre les régions : ainsi, l’écart entre l’Allemagne et la Grèce ou le Portugal en
investissements dans la R&D par les entreprises est de 1 à 11, et de 1 à 44 sans Athènes et
Lisbonne.

C. En conséquence, l’UE agit activement quoique difficilement pour conserver son statut de
puissance économique

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- La puissance économique européenne est largement portée par le couple-franco-
allemand qui tente d’apporter des solutions aux crises européennes : accord de Paris en
2008 avec le plan de relance de l’économie européenne de 200MM€
- De plus, l’innovation est devenue une préoccupation première, notamment avec les
Programmes-cadres de recherche et de développement technologique (PRCD) (le 7ème
disposant d’un budget de 51 MM$ sur la période 2007-2013).

➢ LE SOFT POWER EUROPÉEN

- Attractivité de l’UE
✓ Par sa prospérité économique : 1er foyer d’immigration mondiale (31M d’étrangers en
Europe en 2008, 7% de la population totale). Néanmoins, problème de l’immigration
clandestine (drame de Lampedusa en 2013 avec 366 morts dans la Méditerranée :
pression qui s’accroît sur l’UE avec l’aggravation des situations en Syrie, Tunisie, Libye
(printemps arabe). 25 000 morts en 20 ans selon l’Office international des migrations)
✓ Comme symbole de paix et de démocratie : le peuple ukrainien a renversé en février
2014 le président pro-russe Ianoukovitch après qu’il ait rejeté l’accord d’association de
libre-échange avec l’UE au sommet de Vilnius. Concurrence entre Russie et son Union
eurasienne d’ici avec l’UE.
- Mais aussi la 1ère zone touristique mondiale : 51% des touristes internationaux, avec des
zones touristiques variées (tourisme culturel avec Paris, 1 ère ville culturelle mondiale, mais
aussi le plus grand domaine skiable mondiale (les Trois Vallées Alpes), etc.)
- Une puissance normative : capable d’imposer ses normes et ses principes aux autres
acteurs internationaux. Exemple de l’environnement : en 1997, l’UE incite les pays
industrialisés à ratifier le protocole de Kyoto (tous l’ont signé sauf EU) pour réduire les
émissions de gaz à effet de serre de 8% pour 2012. De plus, l’UE oblige les États voulant y
adhérer à respecter ses principes : critères d’adhésion fixés lors du Sommet de Copenhague
en 1993 : « la mise en place d’institutions stables, garantissant l’état de droit, la démocratie,
les droits de l’homme, le respect des minorités, le respect des minorités et leur protection »
- Acteur médiateur : EU, RU, France, Allemagne et l’UE représentée Catherine Ashton (la haute
représentante de l’UE pour les affaires étrangères) ont signé un accord historique sur le
nucléaire iranien en novembre 2013 qui arrête l’enrichissement d’uranium à plus de 5% en
échange d’une atténuation des sanctions internationales.
- La 1ère APD du monde : UE à 15 a représenté en 2010 50% de l’APD du Comité d’Aide au
Développement de l’OCDE, c’est-à-dire 70MM$ contre 30MM$ USA.
- Soft Power :
✓ En 2008, est lancé Europeana (portail d’accès gratuit à tous les documents numérisés
des bibliothèques et musées des 27 États membres, il propose 15M d’objets culturels en
2011)
✓ L’anglais, le français et l’espagnol sont respectivement les 2 ème, 3ème et 4ème langues les
plus parlées au monde, derrière le mandarin

➢ CONSTRUCTION EUROPEENNE
- Les prémices d’une association supranationale uniquement économique et commerciale :
✓ La CECA en 1951 (Communauté européenne du charbon et de l’acier) : les 6 pays
signataires (RFA, France, Belgique, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) transfèrent pour 50
ans leur souveraineté dans le domaine du charbon et acier à une institution
internationale chargée d’assurer la croissance de la production et la libre circulation
des produits
✓ Mais échec de la CED (communauté européenne de défense) : le traité signé par les
pays signataires de la CECA en 1952 est rejeté par le Parlement français en 1954.

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Abandon d’un projet d’union politique, l’approfondissement de la construction
européenne se limite aux champs économiques et commerciaux
- L’approfondissement économique des traités de Rome en 1957 :
✓ Le 1er traité créé la CEE (Communauté Economique Européenne) : mise en place du
TEC en 1968 (multiplication des échanges par 9 dans la zone depuis 1968)
✓ Le 2ème traité créé la CEEA (Communauté Européenne de l’Energie Atomique) afin de
créer une puissante industrie nucléaire (construction dès 1960 d’une centrale nucléaire
à Chooz dans les Ardennes)
- L’approfondissement commercial :
✓ L’Acte Unique en 1986 : adoption de 300 directives de Delors pour démanteler les
barrières physiques, politiques et fiscales faisant encore obstacle aux 4 libertés
fondamentales (marchandises, services, capitaux et personnes). Ex : harmonisation des
normes avec notamment la mise en place des prises 220V en Europe
✓ Adoption d’une politique commerciale commune :
❖ Avec les pays ACP par les 4 conventions de Lomé mettent en place en 1975 le
fonds STABEX (pour les produits agricoles) et le fonds SYSMIN en 1979 (pour les
produits miniers) dans l’objectif de stabiliser leurs recettes d’exportations.
❖ Avec des pays du pourtour méditerranéen : signature de l’accord de coopération
entre l’UE et le Liban en 1977 et depuis 1980, les exportations libanaises vers l’Europe
ont augmenté de 5% par an
- Les premiers élargissements, de l’UE des Six à l’UE des Quinze :
✓ Entrée du RU, du Danemark et de l’Irlande en 1972
✓ Entrée de la Grèce en 1981
✓ Entrée de l’Espagne et du Portugal en 1986
✓ Entrée de l’Autriche, de la Finlande et de la Suède en 1995
- L’approfondissement économique mais aussi politique et social du traité de Maastricht en
1992 :
✓ Instauration d’une citoyenneté européenne
✓ Création de l’UEM (Union économique et monétaire) devant conduire à la création
d’une monnaie unique (l’euro). Introduction de l’euro en 1999 pour les marchés
financiers et en 2002 en tant que monnaie fiduciaire. Conséquences du traité du
Maastricht : Perte de souveraineté (les taux de change ne peuvent plus être utilisés
comme outil de compétitivité commerciale et le Pacte de Stabilité et de Croissance
de 1997 représente une imposent aux États de maintenir leur déficit en dessous de 3%
du PIB et leur dette publique en dessous de 60% du PIB.)
✓ La mise en place de la PESC (politique étrangère et de sécurité commune) : le Conseil
européen définit des stratégies communes qui servent de fil conducteur à la politique
extérieure menée par les États membres (ex : stratégie pour une société de
l’information sûre en 2006 afin de lutter contre le cyber-crime) et des actions
communes (cf. Atalante)
- L’UE à 28, un saut quantitatif ou un changement de nature ?
✓ Une nouvelle vague d’élargissement avec l’entrée de 10 nouveaux pays en 2003
(Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, République Tchèque, Slovaquie, Hongrie, Slovénie,
Chypre, Malte)
✓ Entrée de la Bulgarie et la Roumanie en 2007
✓ Entrée de la Croatie, le 1er Juillet 2013
✓ Réponse institutionnelle face aux risques des élargissements : réforme institutionnelle
du traité de Nice (11 Décembre 2000) : par la mise en place de la pondération des voix
et de la majorité qualifiée au conseil de l’UE (le vote de chaque pays est pondéré selon
une valeur relative à la taille de la population, chaque décision doit obtenir un
minimum de 74% des votes pour être adoptée)

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➢ LES OBSTACLES A LA CONSTRUCTION EUROPEENNE
- La polyphonie du projet européen :
✓ Divergence entre une « Europe des patries » (De Gaulle) et le projet fédéraliste des
pères fondateurs (Jean Monet - Maurice Schuman - Konrad Adenauer - Alcide de
Gasperi - Paul-Henri Spaak) : politique de la « chaise vide » = De Gaulle rentre en
conflit avec la Commission en 1964 car il est contre la suppression du vote à la
majorité au Conseil des ministres. Ainsi, plus aucun français ne siège dans les
institutions européennes tandis qu’à l’époque, les décisions se votent encore à
l’unanimité => blocage des institutions pendant 7 mois de juin 1965 à janvier 1966
avec le compromis de Luxembourg qui finalement donne à chaque État un droit
de veto et qui fixe le vote à l’unanimité quand des intérêts très importants sont en
jeu.
✓ Le rejet de l’atlantisme : refus à deux reprises (1963 et 1967) par De Gaulle
concernant l’intégration de la GB en UE (1ère raison : « cheval de Troie des EU » : il
ne veut ouvrir le marché européen aux produits américains – 2ème raison : il veut
politique étrangère indépendante de l’OTAN)
✓ Souverainisme britannique : Margaret Thatcher refuse que le RU paie plus qu’elle ne
reçoit du budget européen, c’est le fameux « I want my money back » lancé au
sommet de Dublin en 1979 afin d’obtenir un rabais sur la contribution britannique au
budget. Un rabais est finalement accordé au sommet de Fontainebleau en 1984 (le
RU représente 10% du financement de l’UE alors qu’elle représente 18% de son PNB)
- Europe à plusieurs vitesses (cf. début) => des niveaux de développement et des
économies différents donc des défis différents
- Euroscepticisme : Par le discours sur l'Europe (Janvier 2013) David Cameron promet un
referendum sur le maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE d’ici 2017

Thème 4 : l’ASIE

➢ LA PARTIE HISTORIQUE

- L’impérialisme européen en Asie : la colonisation


✓ Impérialisme économique : ouverture des comptoirs chinois forcée par les Occidentaux
avec les deux guerres de l’opium face au RU (1839-1842 & 1856-1860). Les
conséquences des deux « traités inégaux » de Nankin (1842) et de Tianjin (1860) sont des
avantages commerciaux envers les Anglais (qui acquièrent HK), les Français et les
Américains, ainsi que la légalisation de l’opium. 10% de la population chinoise
consomme ainsi de l’opium en 1910. Le 19ème est ainsi considéré comme le « siècle de
la honte » pour la Chine.
✓ La conquête coloniale : conquête de l’Inde en 1811 par le RU, de l’Indochine par la
France en 1858, des Philippines par les EU en 1898
✓ L’impérialisme japonais face à l’impérialisme européen, poussé par les firmes
japonaises : l’ère Meiji en 1868 sous Mutsuhito fait du Japon une puissance économique
puis militaire (obtention de l’île Sakhaline en 1905 à la suite de la 1 ère russo-japonaise
(1905), Taiwan en 1895 suite à la 1ère guerre sino-japonaise (1894-1895), la Corée en
1910). La stratégie sous l’ère Meiji du Wakon Yosai (une âme japonaise, une technique
occidentale) est la preuve d’une opposition possible à l’Occident Ce sont les Zaibatsus,
grandes firmes japonaises, qui ont fait pression sur les autorités au pouvoir pour une
extension coloniale dans le but d’acquérir des matières premières pour leur
développement : elles sont le symbole de l’impérialisme japonais. Cet impérialisme,
bien que s’opposant à celui des occidentaux, est tout aussi brutal : exemple des
femmes de réconfort en Corée du Sud (système d’esclavage sexuel de masse pour
l’armée japonaise, cela a concerné 200 000 femmes)

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- L’expansionnisme japonais pendant la guerre mondiale : le général Araki déclare en 1932 :
« nous sommes les descendants des dieux, et nous devons régner sur le monde »
✓ Elle commence en 1937 en Asie avec le début de la 2ème guerre sino-japonaise (en
1937, le massacre de nankin en Mandchourie (japonaise depuis 1931) qui fit au moins
200 000 morts et qui marque le début de la seconde GM en Asie)
✓ Mise en place de la « sphère de coprospérité asiatique » mise en place par l’empereur
japonais Hiro Hito : bloc auto-suffisant et indépendant des Occidentaux, dirigé par le
Japon (« l’Asie aux Asiatiques »)
✓ Une réelle puissance japonaise face aux Alliés et aux Américains : attaque de Pearl
Harbour le 7 décembre 1941
✓ La défaite japonaise en 1945 (notamment après les deux bombes atomiques
américaines Hiroshima le 6 août 1945 et Nagasaki le 9 août 1945) marque la fin de
l’impérialisme japonais et l’entrée du Japon dans le giron américain (le SCAP (Supreme
Commander of the Allide Powers) : Macarthur prend le pouvoir en 1945 jusqu’en 1951 :
les EU font alors du Japon un modèle de développement capitaliste avec en 1945 la
dislocation des Zaibatsus en 1945, notamment de Mitsubishi en 200 sociétés)
- Les indépendances dès le début de la guerre froide :
✓ Par négociations : les Philippines en 1946, l’Inde le 15 août 1947
✓ Par la guerre : Indonésie (1945-1949), guerre d’Indochine (1946-1954)
✓ Parallèlement au virage capitaliste du Japon, la guerre civile chinoise (1945-1949) entre
communistes (Mao Zedong) et nationalistes du Guomindang (Tchang Kaï-Tchek) se
solde par une victoire des communistes et la proclamation de la RPC en 1949.
Conséquence directe : signature d’un traité d’amitié, d’alliance et d’assistance
mutuelle avec l’URSS en 1950 (entrée directe dans le giron soviétique qui l’aide à se
développer : l’URSS y envoie 500M$ de crédits entre 1949-1950, supervise 156 projets
industriels notamment énergétiques et miniers (25 centrales électriques), et plus de 50%
des investissements industriels du 1er plan quinquennal chinois ont été financé par
l’URSS.)
- L’Asie dans les rouages de la guerre froide
✓ La géopolitique locale surdéterminée par l’antagonisme américano-soviétique
❖ La guerre de Corée (1950-1953) entre le régime communiste au Nord soutenu par
l’URSS et un régime pro-américain au Sud. Avec l’armistice de Panmunjom se solde
par un retour des frontières initiales autour du 38 ème parallèle, zone démilitarisée et
symbole de la rupture entre le bloc est et le bloc ouest. Par cette guerre, le Japon
est devenu un pivot stratégique pour le « containment » américain.
❖ Après cette guerre, les EU prennent conscience de l’enjeu stratégique que
représente l’Asie : signature de nombreux traités comme ANZUS (1951 : Australie,
Nouvelle Zélande et États-Unis), OTASE (1954 : Organisation du Traité d’Asie du Sud
Est), traité de défense mutuelle avec la Corée du Sud (1953)
❖ Guerre du Vietnam (1964-1973) : les EU s’impliquent militairement au nom de la
théorie des dominos d’Eisenhower (le basculement d’un pays dans le communisme
entraînerait celui du pays voisin). Retrait des Américains suite au traité de Paris en
1973 et réunification du Vietnam au profit des communistes en 1975
- Du tiers-monde au non-alignement
✓ La sortie de la Chine du giron soviétique : en 1960, plusieurs motifs poussent Mao à
abroger le traité d’assistance mutuelle avec l’URSS :
❖ D’abord idéologiques autour de la divergence des modes de développement (« la
Chine doit marcher sur ses deux jambes », l’industrie et l’agriculture)
❖ Mais aussi de puissance comme le justifient les conflits frontaliers de 1969 autour de
l’île du fleuve Oussouri, Damansky
✓ La conférence afro-asiatique de Bandung du 18 au 24 avril 1955 qui marque la formation
du Tiers-Monde (15 pays asiatiques, 6 pays africains et 9 pays du MO)

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✓ Puis la conférence de Belgrade en 1961 énonce la théorie du non-alignement à laquelle
se joignent les 15 pays de Bandung : Nehru devient un des leaders du non-alignement
- Les stratégies de développement pendant la guerre froide
✓ La stratégie de développement autocentré en Inde s’inspirant du modèle socialiste :
❖ Encadrement de l’économie par l’État : mise en place du "Licence Raj" en 1947
(autorisation d’importations et d’exportations des entreprises du secteur privé).
Planification autoritaire avec le premier plan quinquennal sous Nehru (1951-1956).
❖ Priorité à l’industrie lourde : comme en URSS, cela s’est fait au détriment de
l’agriculture (famines de 1965 de 1966) - le secteur industriel a augmenté de 7% par
an entre 1974 et 1990
❖ Protectionnisme : barrières douanières s’élevant jusqu’à 300% pour certains, loi FERA
qui empêche les investisseurs étrangers à détenir plus de 40% du capital des
entreprises sur le sol indien
✓ De l’économie communiste de Mao Zedong (1949-1976) à l’ouverture de Deng Xiao
Ping (1978-1992) :
❖ Sous Mao :
▪ Rôle de l’État : planification autoritaire dès 1953 (1er plan quinquennal)
▪ Priorité à l’industrie avec la création de communes populaires en 1958 avec
leurs propres hauts fourneaux (quelques milliers en Chine) pour que chaque
commune puisse contribuer à la production industrielle
▪ Collectivisation des terres, également pendant le Grand Bond en avant entre
1958 et 1961
❖ Sous Deng Xiao Ping :
▪ Lancement officiel du programme des « Quatre Modernisations » (agriculture,
industrie, défense nationale, sciences et technologies). Elles passent par une
ouverture aux IDE (création de 4 ZES : Zhuhai, Shenzhen, Shantou et Xiamen) et
une décollectivisation des terres en 1978.
▪ L’ouverture de la Chine s’est ainsi faite de manière contrôlée et à partir des
littoraux
✓ Les stratégies extraverties des NPIA se calquent sur le modèle économique japonais :
❖ Les « quatre E » de Christian Sautter explique le développement du Japon :
▪ Rôle de l’État (la création du MITI (Ministère de l’industrie et du commerce
extérieur en 1949 : (« éclaireur des sentiers de l’avenir » selon les entreprises
japonaises)
▪ Puissance des Entreprises (conglomérats et réseau de sous-traitance avec les
PMI (PME de l’industrie)). Au Japon, les conglomérats sont les Keiretsu (Mitsubishi,
Toyota et Mitsuo) qui disposent de leurs maisons de commerce (les sogo-sosha),
intermédiaires entre les Keiretsu et les PME. En Corée, on retrouve la même
structure avec les Chaebols (Honda, Samsung, LG), Epargne (elle atteint 23% du
revenu disponible en 1985, record mondial) et Education.
▪ La stratégie de promotion des exportations est le moteur qui conduit la « Haute
Croissance » (1955-1975) du Japon. Celle-ci s’est appuyée sur la théorie du « vol
d’oies sauvages » de Kaname Akamatsu (1937) qui parlait d’importer des
produits occidentaux, les copier, et les exporter à moindres coûts. Entre ces deux
dates, le PIB japonais augment de 9% par an.
❖ Les NPIA bénéficient des délocalisations des firmes japonaises dans les années
1960 due à la hausse des coûts de main d’œuvre d’où la mise en place d’une DAT
(en 1985, ¾ des téléviseurs japonais sont construits hors du Japon mais en Asie). Ces
pays bénéficient ainsi d’un ruissellement technologique. De plus, les NPIA effectuent
des montées en gamme avec un réel effort de R&D (3% du PIB coréen en 1985
contre 2% en France) : par exemple, passage d’une industrie textile à une
spécialisation du montage électronique dans les années 1980. C’est ainsi que le

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revenu par habitant par an en Corée du Sud passe de 10000$ à 20000$ entre 1950
et 2010.
❖ Ainsi, le Japon et les NPIA disposent au début des années 1980 d’excédents de leurs
paiements courants très importants. Les acteurs internationaux (pays, FMI, EU) leur
imposent des réalignements monétaires pour rééquilibrer les balances
commerciales et poser un frein au dumping monétaire, notamment au Japon lors
des accords du Plazza en 1985 (en 1984 : 1$ vaut 250 yens et en 1987, 1$ ne vaut
plus que 125 yens). Les réajustements monétaires dans les NPIA et au Japon ont
modifié la compétitivité de ce sous-ensemble : délocalisations et créations
d’entreprises dans pays aux bonnes conditions de production (Thaïlande –
Indonésie – Chine du Sud puis toute entière)

➢ LA GÉOPOLITIQUE ACTUELLE DE L’ASIE : UNE ZONE PARTAGÉE PAR L’ÉMERGENCE DE PUISSANCES


LOCALES (INDE ET CHINE), LES ÉTATS-UNIS ET LE JAPON

- L’expansionnisme chinois :
✓ Le collier de perles : Gwadar (Pakistan) – Hambantota (Sri Lanka) – Chittagong
(Bangladesh) – Sittwe, Mergui et Dawei (Birmanie) – Spartleys – Paracel – Hainan
✓ La course à l’armement : inauguration du premier porte-avions chinois (le Shi Lang) en
2012, 2ème budget militaire du monde (augmentation de 50MM$ en 2006 à 100MM$ en
2011
✓ Des revendications territoriales avec la « politique du fait accompli » chinoise qui
consiste en agir de façon unilatérale grâce à une supériorité de puissance : Pékin a
imposé une zone aérienne d’indentification sur la Mer de Chine orientale au-dessus des
îles Senkaku en novembre 2013. La Chine réclame ainsi le plan de vol de tout avion qui
s’aventurerait dans cette zone de 500 000km2. La Chine réclame les îles Senkaku (nom
japonais) – Diaoyu (nom chinois) aux Japonais, l’atoll de Scarborough et plus les îles
Spratleys aux Philippines
✓ Politique agressive envers Taiwan avec des revendications qui datent de 1949 (le
Guomindang s’y est réfugié pendant la guerre civile) : 1600 missiles le long de la côte
chinoise sont pointés vers Taïwan
- Cet expansionnisme inquiète les puissances régionales (l’Inde et le Japon) ainsi que les
États-Unis
✓ Une course à l’armement en Inde comme réponse à cet expansionnisme et au collier
de perles : inauguration du 1er sous-marin indien (le Vaillant) en 2013, et ouverture en
2005 d’un port militaire en eaux profondes à Karwar.
✓ L’Inde étend sa zone d’influence au-delà de l’Asie du Sud (SAARC, intervention aux
Maldives en 1988) : d’abord dans le cadre de la Look East Policy (lancé en 1992 par Rao
afin d’arrimer l’Inde au processus de régionalisation de l’Asie du Sud-Est au plan
économique et politique), en proposant son aide aux pays d’Asie du Sud-Est frappés
par le tsunami de 2004 et en signant en 2009 avec l’ASEAN un accord de libre-échange
portant sur 4000 produits et un abaissement de 80% les droits de douane d’ici 2016. Mais
aussi dans le cadre de l’Océan Indien (IORARC)
✓ En 1999, la Diète (Parlement japonais) a élargi le champ des responsabilités des forces
d’auto-défense (FAD) sur les mers. Plus récemment, la réponse japonaise à
l’expansionnisme chinois s’est manifestée par la rhétorique nationaliste du premier
ministre japonais Shinzo Abe, qui entend réformer la Constitution pacifique du Japon,
l’article 9 lui interdisant de monter une armée ou d’avoir recours à la guerre.
✓ L’administration Obama fait de l’Asie un pivot stratégique dans sa politique
extérieure tentant de d’endiguer l’expansionnisme chinois : tentative d’enfermer la
Chine dans le continent en s’appuyant sur l’Asie maritime (base militaire américaines
sur l’île d’Okinawa, exercices militaires communs appelés Balikatan aux Philippines,

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Singapour autorise les navires de guerre américains à stationner de manière
permanente dans le détroit de Malacca, ainsi que la présence de la 5 ème flotte dans
l’Océan Indien et la 7ème flotte dans l’océan Pacifique au large des côtes asiatiques)
- Des tensions héritées du passé :
✓ L’antagonisme japonais date de la deuxième guerre mondiale à cause du
négationnisme japonais : non-reconnaissance des crimes de guerre (comme le
massacre de Nankin) dans les manuels scolaires et les litiges autour du sanctuaire
Yasukuni (14 criminels de guerre y sont inscrits depuis 1978 - visite des premiers ministres
Nakasone en 1985, Koizumi en 2006 et Shinzo Abe en décembre 2013)
✓ Défaite indienne en 1962 face à la Chine pour le contrôle de territoires himalayens
(comme le plateau d’Aksaï Chin)

Les pays d’Asie sont partagés entre des velléités expansionnistes et une interdépendance
économique très forte, qui minimise ainsi les réelles possibilités d’un véritable conflit armé.

➢ LA PUISSANCE ÉCONOMIQUE DE L’ASIE

- Un continent en plein essor économique : alors que le PIB de l’Asie ne représentait que 15%
du PIB mondial en 1970, il en représente 35% en 2012
✓ Formation de puissances économiques (cf. PIB)
✓ Des pays à fortes croissances
✓ Des nouveaux émergents comme l’Indonésie : +6% de richesses par an, dopée par
exportation de richesses des grands groupes comme Wilmar (huile de palme, 30MM$
de chiffre d’affaire en 2012). D’après le FMI, l’Indonésie devrait passer de la 16ème
économie mondiale en 2011 à la 8ème en 2050.
- Un continent à l’économie extravertie et complétement intégré à la mondialisation
✓ Des pays exportateurs : la Chine est le 1er exportateur mondial depuis 2009, les
exportations représentent 40% de son PIB
✓ Des pays récepteurs d’IDE et insérés dans la DIPP : la Chine est depuis 2002 le 1er
récepteur mondial d’IDE avec 150MM$ investis par an.
✓ Réseau de zones franches et littoraux dynamiques :
❖ 32% des zones franches mondiales sont situées en Asie, avec de véritables pôles
économiques comme celles de Shenzhen. Ces zones franches polarisent les IDE :
Shenzhen a accueilli 30 000 nouvelles entreprises en 2004, c’est le premier pôle
d’accueil des délocalisations mondiales depuis 1980
❖ Des ports dynamiques : sur les 10 premiers ports mondiaux en 2011, 9 sont asiatiques
(les 3 premiers sont Shanghai, Singapour et Tianjin). Ces complexes industrialo-
portuaires forment un corridor maritime en Asie orientale partant des grands ports
japonais (Tôkyô, Yokohama, Chiba) en passant par les ports du littoral coréen
(Ulsan, Pusan), les ports chinois (Shanghai, Tianjin, Ningbo, etc.) et s’achevant à
Singapour
✓ Des FTN dynamiques : le nombre de FTN asiatiques dans les 500 premières mondiales
(classement Fortuna Global 500) est passé de 115 en 2011 à 190 en 2012, dont 3
chinoises dans les 10 premières (Sinopec, China National Petroleum Corporation et State
Grid Corporation of China). Ces firmes rachètent des firmes occidentales : en 2013,
l’entreprise Shuanghui rachète l’entreprise américaine Smithfield Foods numéro 1
mondial de la viande de porc pour 7MM$.
✓ Une nouvelle plate-forme financière : l’Asie possède 65% des réserves mondiales de
change, la Chine achète des bonds du trésor américain (1er créancier de la dette
américaine). L’Asie regroupe des bourses mondiales (en terme de capitalisation
boursière, la bourse de Tokyo (Japan Exchange Group) est la 2 ème mondiale, Shanghai
la 6ème et Hong-Kong la 7ème)

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- L’Asie est puissante dans tous les secteurs de l’économie
✓ Secteur primaire : l’Asie regroupe des grands producteurs de biens primaires (la Chine
est le 1er producteur de porc et de riz) mais sa production est majoritairement tournée
vers les marchés intérieurs pour nourrir la croissance des pays : ex. production de 90% du
riz mondial mais seule 4% de la production est exportée.
✓ Industrie : la Chine est encore considérée comme l’atelier du monde. La Chine
représente 20% de la production manufacturière mondiale, les deux premiers
exportateurs de textiles sont asiatiques (la Chine est le premier avec 38% des
exportations mondiales et le Bangladesh 2ème, avec 5% des exportations). Essor des
industries de haute-technologie grâce à un effort massif de R&D (il y a plus d’ingénieurs
à Bangalore (150 000) que dans la Silicon Valley, la Chine quant à elle dépose en 2011
plus de brevets que les EU).
✓ Une tertiairisation des économies : l’Inde est le 1er exportateur mondial de services
informatiques depuis 2005. La part des services dans le PIB asiatique est passé de 23%
en 2008 à 43% en 2010
- Une région intégrée avec la mise en place d’une DAT : la part des échanges intra-asiatiques
dans les échanges asiatiques est passée de 35% à 55%.
✓ Pour la DAT, cf. téléviseurs japonais.
✓ De plus, l’intégration régionale est favorisée
❖ Par des organisations régionales comme l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du
Sud-Est créée en 1967 : la part des échanges entre les pays de l’ASEAN est passé
de 15% en 1970 à 30% en 2011
❖ Par des aires de croissance comme les triangles de croissance : Le triangle SIJORI
formé par l’État de Johore (Malaisie), Singapour et l’archipel de Riau (Indonésie).
Singapour est le moteur de cette coopération (essentiel des capitaux, ports et
services de haut niveau). Johore offre des vastes zones industrielles et une main
d’œuvre abondante tandis que les îles de Riau fournissent de vastes parcs
industriels.
✓ A part pour le Japon fortement présent dans les marchés occidentaux, la dépendance
commerciale des pays d’Asie vis-à-vis de la région asiatique est sensiblement plus forte,
surtout les pays de l’ASEAN dont les industrialisations sont récentes et incomplètes
- Des faiblesses
✓ Un continent qui n’est néanmoins pas à l’abri de crises
❖ La crise asiatique de 1997 : Crise qui éclate à Bangkok pendant l’été 1997 avec la
chute bath. Cause : défauts des systèmes financiers :
▪ Poids excessif des crédits bancaires dans le financement des économies (et
notamment la formation d’une bulle immobilière)
▪ Fonctionnement biaisé des marchés financiers et boursiers
▪ Dépendance à l’égard des flux de capitaux internationaux pourtant volatiles.
En 1997 : 100MM$ de dollars abandonnent la Corée, la Thaïlande, Malaisie et
Philippines (10% PIB de ces 4 pays)
▪ Conséquences : faillites d’entreprises asiatiques comme Kia Motors (Coréen),
dépréciation des monnaies (entre juillet et octobre 1997, la dépréciation des
taux de change en Asie atteint 30 à 50%)
❖ La crise de 2008 : contrairement à la crise de 1997, tous les pays n’ont pas été
affectés avec la même intensité pendant la crise des subprimes du fait de leurs
dépendances diverses aux marchés occidentaux : au Japon, dont la demande des
produits a baissé de 35% en 2008, le PIB a diminué de 2,0% entre 2009 et 2010. En
Chine, il a augmenté de 8,7%.
- Le défi de l’économie informelle : « Secteur bancaire fantôme » en Chine (estimé à 20
trillions de yuans). Système de crédits hors financiers qui permet aux petits entrepreneurs
instables d’emprunter de l’argent tandis que les banques officielles leur ferment leurs portes.

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Les capitaux échappent aux impôts, ce qui est un frein à la redistribution des richesses. La
main d’œuvre, quant à elle, échappe à toute régulation sociale. L’économie informelle est
une constante pour les pays asiatiques : en Thaïlande, 1/3 de la population urbaine travaille
dans le secteur informel.
✓ La perte des avantages comparatifs à cause de la hausse des salaires : en 10 ans, le
salaire moyen chinois a été multiplié par 4,5%. Ceci explique les délocalisations vers de
nouveaux pays ateliers notamment en Afrique : le numéro 2 mondial du prêt-à-porter
H&M délocalise une partie de sa production de la Chine vers l’Ethiopie en 2013, où le
salaire moyen est 4 à 5 fois moins élevé

➢ L’ÉMERGENCE D’UN SOFT-POWER ASIATIQUE

- Promotion de la culture asiatique :


✓ La propagande chinoise via les 280 instituts Confucius dans le monde, où il est interdit
d’inviter ou d’évoquer le Dalaï-Lama
✓ La Japon a exercé une influence majeure dans les aires occidentales notamment par
l’exportation de dessins animés et des mangas : en 2005, le manga représente 40% des
parts de marché de la BD en Europe
- L’organisation d’événements internationaux : JO de Pékin en 2008 ; exposition universelle à
Shanghai en 2010 ; JO de Tokyo en 2020
- Le poids des diasporas hors-Asie : 7M de chinois répartis majoritairement en Afrique, aux EU
et en Europe, diaspora indienne également présente en Afrique. Ces diasporas permettent
la diffusion de produits asiatiques, notamment en Afrique où les produits chinois bon marché
inondent les marchés locaux. De plus, ces diasporas agissent politiquement dans leur pays
d’accueil via des lobbys comme US India Political Action Comity.
- Des acteurs dans l’aide au développement : l’Inde qui a investi 200M$ dans le NEPAD - le
Japon, poids lourd de l’aide publique au développement (5 ème pays donateur en 2011
avec 10MM$)
- Un nouveau pôle touristique : le bassin touristique asiatique est le 3ème mondial par le
volume des recettes et nombre d’arrivées. Le nombre de visiteurs en Asie est passé de 5M
en 1970 à 216M en 2011.

➢ LES INÉGALITÉS EN ASIE

- Échelle continentale : les disparités économiques entre les pays allant des PMA jusqu’aux
pays développés en passant par des pays émergents, ont permis la mise en place d’une
réelle DIPP asiatique.
✓ Inégalités économiques : la Chine est la grande puissance économique de l’Asie avec
un PIB de 8200 MM$ en 2012, suivie par le Japon détrônée de sa place de 2ème puissance
économique mondiale en 2010 par la Chine (PIB de 5400MM$). Ces puissances
économiques sont suivies des puissances moindres comme l’Inde (10 ème PIB) Corée du
Sud (15ème PIB), tandis que d’autres pays affichent un retard flagrant (Népal avec un PIB
de 19MM$)
✓ Inégalités de développement : Le continent est partagé entre des pays très
développées comme le Japon et les NPIA (IDH du Japon et de la Corée du Sud = 0,91),
et des pays connaissant un lourd retard social (PMA comme le Népal avec un IDH de
0,46). De plus, si la croissance s’est faite au profit du développement pour le Japon et
les NPIA, cela n’est pas le cas dans les pays émergents actuels comme l’Inde (IDH =
0,59) et la Chine dont l’IDH est 0,69.
- Échelle nationale : l’ouverture des pays à la mondialisation a creusé un réel écart entre des
kystes de développement qui concernent le plus souvent les littoraux ou les mégalopoles,
et des zones enclavées mises à l’écart des échanges internationaux

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✓ Inégalités régionales économiques : en Chine où les 10 provinces côtières (15% du
territoire) réalisent 75% du PIB en 2011 et accueillent 80% des IDE. Cela est accentué
dans certains pays par un phénomène de macrocéphalie urbaine créant une inégalité
au sein des villes, et entre les villes et les campagnes. Exemple de Bangkok qui
représente 50% du PIB thaïlandais et 2/3 des industries.
✓ Inégalités régionales de développement : très marqué en Inde avec des contrastes
comme ceux entre l’état d’Uttar Pradesh, avec un IDH de 0,5 et une espérance de vie
de 57, et l’état du Kerala, avec un IDH de 0,8 et une espérance de vie de 73 ans.
- Échelle urbaine : les inégalités au sein des villes ont pour cause majeure l’exode rural massif
✓ Des inégalités fomentées par l’État : En Chine, formation d’une société urbaine à deux
vitesses dans laquelle les Mingongs, travailleurs migrants, ne bénéficient pas de l’accès
aux services de santé et l’éducation dont jouissent propriétaires du Hukou citadin créé
en 1951 (permis de résidences et d’accès aux services publics dans les villes). Ainsi 18%
de la population chinoise vit dans des villes sans Hukou, ce qui peut conduire à des
situations extrêmes comme les « rats de Pékin », 1M d’ouvriers vivant dans les sous-sols
de la ville.
✓ Ségrégation socio spatiale dans les grandes villes : exemple de Dhaka (30% de la
population y vit dans des bidonvilles) avec le bidonville de Hazaribagh, comptant plus
de 1M de personnes travaillant dans les tanneries bangladaises, juxtaposé au quartier
Mirpur où vivent les classes riches, contrastant ainsi avec une architecture
contemporaine, notamment le gratte-ciel de la Grameen Bank.
- Les actions des États, des entreprises et des ONG pour réduire les inégalités :
✓ États : les actions de l’État se concentrent majoritairement sur la réduction des inégalités
territoriales en Asie. Ainsi, la Chine lance la « Go West Policy » (mise en projet de
développement des régions de l'Ouest) avec par exemple la construction de chemins
de fer (ouverture de la ligne Pékin-Lhassa en 2006 alors que la région tibétaine était
privée de liaison ferroviaire : exemple de désenclavement) ou la création de pôles
économiques comme Chongqing (ouverture de la ZES Liangjiang en 2010 qui accueille
54 sociétés du top 500 mondial comme HP ou Siemens : la population de la ville est
passé de 8M en 2000 à 17M en 2010). L’aménagement du territoire peut aussi être dans
l’objectif de désengorger les littoraux comme au Japon avec le plan Technopolis (1983-
1998) mis en place par le MITI : construction de technopôles en dehors de la
mégalopole japonaise (ex. technopôle du Kansaï)
✓ Entreprises : En Inde, dans le bidonville de Nagpur, Veolia Water India a pris en charge
la construction d'une usine de traitement des eaux, la réhabilitation de cinq autres et la
restauration de l'ensemble du réseau de distribution existant.
✓ Des ONG : l’ONG Reach India créé en 2011 donne des cours aux enfants des bidonvilles
de Calcutta dont les parents refusent de les envoyer à l’école

➢ LES DÉFIS ASIATIQUES

- Lutte contre pauvreté et inégalités (cf. inégalités) :


✓ L’Asie du Sud-Est est devenue l’épicentre de la pauvreté mondiale avec 40% de la
population pauvre (vivant en dessous-du seuil de pauvreté). La pauvreté est
endémique dans certains pays, et pas nécessairement les moins riches : ainsi, l’Inde a
40% de sa population vivant en dessous du seuil de pauvreté.
✓ La pauvreté rurale est croissante et entraîne la production de drogue (culture de pavot
notamment) car ces cultures représentent un revenu de complément pour les petits
agriculteurs comme au Pakistan, en Iran et en Afghanistan. Ces trois pays forment le
croissant d’or, produisant plus de 90% de l’opium mondial. On trouve une zone de
production similaire au Triangle d’or (Birmanie, Thaïlande et Laos).
- L’économie informelle (cf.)

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- Assurer la croissance en sécurisant l’approvisionnement en matières premières (cf. colliers
de perles) :
✓ Land Grabbing en Afrique : l’entreprise sud-coréenne Daewoo, entreprise coréenne,
avait obtenu un bail pour l’exploitation de plus de 1,3 millions d’hectares de surfaces
agricoles en 2009 à Madagascar
✓ En 2009, signature du Gentlemen’s Agreement entre Saudi Aramco et Sinopec (premier
groupe pétrochimique chinois) qui garantit un approvisionnement pétrolier en toutes
circonstances
- Le défi démographique : l’économie ne suit pas l’explosion démographique (la population
asiatique est passé de 1,4MM en 1950 à 4,3MM en 2014). L’Indonésie, le Sri Lanka, l’Inde et
la Thaïlande représentent ainsi 1/5 de la population mondiale mais seulement 3% de la
richesse mondiale). Le défi démographique n’est cependant pas le même dans les régions
asiatiques :
✓ En Asie orientale et en Asie du Sud-Est, le vieillissement de la population est central
(surtout au Japon qui a l’ISF le plus faible du monde (1,3) et où la part de la population
âgée de plus de 65ans dans la population totale est passé de 9% à 23% entre 1980 et
2010. La Chine est également concernée, notamment à cause des effets de la politique
de l’enfant unique mise en place depuis 1979 : le taux de croissance de la population
âgée entre 20 et 39 ans est tombé à 0% en 2010, d’où les risques d’une pénurie de main
d’œuvre dans moins de 10 selon le FMI.
✓ En Asie du Sud, le défi est l’insertion de la population active sur le marché du travail :
400M d’Indiens de 15 à 60 ans aujourd’hui et on estime leur nombre à 800M en 2025
- L’environnement :
✓ Dégradation des conditions de vie : Le quartier d’Hazaribagh s'empoisonne chaque jour
de quelques 15.000 mètres cubes de produits toxiques recrachés par ses 270 tanneries
et teintureries, ce qui met en péril la santé des 15 000 ouvriers qui y travaillent. Par ailleurs,
20 des 30 villes les plus polluées au monde sont en Chine, et la pollution atmosphérique
en Chine est à l’origine de 1,2M de morts prématurés en 2010.
✓ Des États qui privilégient la croissance au détriment de l’environnement : A cause du
programme national de développement économique maritime lancé en 2010, le littoral
du Golfe du Bohai est mis en péril à cause de la poldérisation et la construction d’îlots
artificiels (500km2 déjà remblayé), surtout que ces littoraux vont accueillir de plus en plus
d’industries lourdes. Dégâts considérables sur l’écosystème (disparition du site naturel
de la baie de Longkou).
- Amélioration des conditions de travail : 80% des entreprises privées violent les lois du travail
(privation de salaire par exemple). Effondrement d’une usine textile à Rana Plaza dans la
banlieue de Dhaka au Bangladesh, qui a causé la mort de 1200 ouvriers en 2013
- Revendications séparatistes et terrorisme : En Chine, la politique d’homogénéisation autour
de la population han (90% de la population chinoise) a développé des tensions sociales
parmi les minorités ethniques occupant 60% du territoire. Par exemple, la Chine mène une
campagne contre le port du voile, ce qui révolte la population musulmane ouïgoure
(attentat mené par des terroristes ouïgours dans la gare de Kunming dans le Yunnan en
mars 2014 qui a fait 27 morts)
- Aléas naturels :
✓ L’Asie est une zone à risques climatiques (séismes, typhons, tsunamis), et le continent est
d’autant plus vulnérable que les populations se concentrent sur les littoraux. Le tsunami
de 2004 dans l’océan indien aurait causé la mort de 230 000 personnes
✓ Fukushima : 11 mars 2011, il s’agit d’un accident nucléaire majeur classé au niveau 7
dans l’échelle des accidents nucléaires ce qui la place dans la même catégorie que
celui de Tchernobyl en 1986. Conséquences : dégâts d’infrastructures coûteux (la
décontamination de la région est estimée à 43MM$ en 2013), et pollution (en 2013, les

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poissons dans la zone proche de Fukushima atteignent un niveau de contamination
radioactive 2500 fois supérieur à la limite légale fixée par l’OMC
- Vers une meilleure gouvernance :
✓ Selon le classement des pays corrompu (du moins corrompu au plus) (Transparency
International), la Chine est placée 80ème (alors que 2ème puissance économique), l’Inde
est 94ème, le Vietnam est 117ème. Grande collusion entre l’élite dirigeante et le milieu des
affaires. Ainsi, le frère du Premier Ministre chinois Li Keqiang, est le vice-président de la
China National Tobacco Corporation (1er producteur mondial de tabac).
✓ Le défi de la démocratie : le Cambodge, qui prétend être une « démocratie libérale et
pluraliste », a pour leader depuis 25 ans Hun Sen. Expulsion du parlement cambodgien
des 28 membres de l’opposition en 2013
- Endettement : le Japon a l’endettement le plus élevé du monde avec une dette publique
s’élevant à 245% du PIB. La Chine a une des dettes publiques record dans le monde
émergent : le ratio de dettes publique et privée par rapport au PIB est passé de 140% à
200% entre 2008 et 2012
- Ces défis sont des enjeux sociaux majeurs qui participent au mécontentement social, ce
qui pousse les États à mettre en place des mesures réelles :
✓ La Chine adopte un plan national de lutte contre la pollution de l’air en 2013 (les
entreprises les plus sales devront rendre publiques les données sur leurs émissions). Selon
Greenpeace, 10 000 personnes seraient mortes prématurément à cause des particules
fines PM 2,5 rejetées dans l’air par les centrales de charbon
✓ Sécurisation du paysage urbain littoral face aux risques naturels : par exemple, les
gratte-ciel de Tokyo ont complétement intégré les normes parasismiques et résistent
bien aux secousses, car ils sont très souples

➢ LES ENJEUX MARITIMES ASIATIQUES

I. Les enjeux maritimes asiatiques sont d’une part géopolitiques, et d’autre part imposés
par l’extérieur entre 1945 et 1980

A. Un espace maritime longtemps dédaigné par les pays de la région, pour trois
raisons :
- Culturelles : La sensibilité du continent asiatique aux aléas naturels a longtemps marqué les
cultures hindouiste et confucianiste : la mer est alors redoutée. Cf. La Grande Vague de
Kanagawa du peintre japonais d’Hokusai (estampe) en 1830
- Historiques : avec la volonté de mettre en place un modèle de développement s’opposant
au modèle occidental fondé sur l’exploitation des littoraux (cf. comptoirs marchands –
Hong-Kong)
- Economiques : Pays suivant une stratégie de développement autocentré, tourné vers leurs
marchés intérieurs (cf. Inde) ainsi que la Chine qui veut redevenir une puissance
continentale sous Mao (cf. communes populaires). Ainsi en Chine, pendant la Révolution
culturelle de 1966-1976, le gouvernement chinois décapite les élites du pays concentrées
dans les villes littorales, y ferme les écoles et envoie les étudiant travailler dans les
campagnes.

B. Mais un lieu d’affrontement de la guerre froide : dans le cadre de la théorie du


Heartland et du Rimland énoncées par Hadolf Mackinder et Nicholas Spykman au
19ème siècle, les EU veulent encercler l’URSS considéré comme une puissance
continentale grâce aux littoraux asiatiques : bases (Diego Garcia (sud de l’Inde),
Clark (Philippines) et Okinawa (Japon), flottes, traités (cf.). Politique de
containment.

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C. Et développement des stratégies extraverties d’exportation (cf.) pour le Japon
(années 1950) et NPIA (années 1960-1970). Ainsi, en 1984, le trafic du Pacifique
devient supérieur à celui l’Atlantique

II. Soulèvement d’enjeux économiques et environnementaux

A. Enjeux économiques qui deviennent essentiels quand la Chine décide d’ouvrir ses
littoraux
- Ouverture des littoraux chinois en 1978 (cf. zones franches) : délocalisation massive des
entreprises japonaises (avantages comparatifs) qui participe à la mise en place d’une DAT.
- La DAT est favorisée car les pays asiatiques contrôlent les filières logistiques maritimes dans
le cadre des complexes industrialo-portuaires, notamment en figurant parmi les plus grands
armateurs du monde : 4ème Chinois Cosco, 5ème APL-Singapour, 6ème All, 7ème
Evergreen (Taiwan)
- Les littoraux deviennent un véritable moteur pour la croissance de la Chine, permettant non
seulement le développement des côtes mais aussi d’un hinterland dynamique (arrière-pays
des littoraux desservis par un port) : exemple de la connexion entre Pékin et son port Tianjin
(LGV ligne grande vitesse inaugurée en 2008) et le delta de la rivière des Perles, hinterland
du port de Hong-Kong, qui est devenu l’un des plus grands centres manufacturés au monde
(10% du PIB chinois). Les ports chinois sont donc les vecteurs de la diffusion de la production
chinoise qui se fait dans les hinterlands, où la main d’œuvre est bon marché.

B. La mise en valeur des littoraux s’est faite au prix de déséquilibres territoriaux


croissants en Asie
- cf. Les chiffres des inégalités en Chine pour l’économie et en Inde pour le développement
(Uttar Pradesh vs Kerala).
- L’exploitation des littoraux met en danger l’unité territoriale et la cohésion sociale (classe
riche présente dans les métropoles du littoral et concentration de la pauvreté dans la Chine
intérieur (campagnes)
- cf. Les politiques de rééquilibrage

C. Risques naturels de cette mise en valeur des littoraux


- L’exploitation intensive des littoraux s’est accompagnée d’une pollution endémique : cf. les
îles artificielles
- La croissance économique des littoraux a entraîné un exode rural massif et dès lors, une
littoralisation de la population asiatique. Or la vulnérabilité du continent aux aléas naturels
pose alors un réel défi aux États pour la protection des populations : sur les 4,2MM
d’habitants en Asie, 2/3 vivent sur les littoraux qui polarisent 75% des catastrophes naturelles
dans le monde. Cf. tsunami 2004

III. Rivalités et tensions : extension internationale des enjeux géopolitiques

A. Les espaces maritimes asiatiques deviennent le théâtre de rivalités croissantes


- D’abord à cause des richesses en matière premières (ressources halieutiques et
hydrocarbures) des mers : par exemple, la Mer de Chine méridionale contient l’équivalent
de 83% du pétrole d’Arabie Saoudite selon Filex Petroleum. Depuis la conférence de
Montego Bay en 1982, la possession d’îlots devient avantageuse par la possession d’une
ZEE de 200 000 marins où les pays jouissent d’un monopole d’exploitation. Ainsi, le Japon
multiplie son territoire par 12. Le moindre îlot devient une source de tension : cf. Senkaku &
Co.

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- L’essor de ces nouveaux enjeux et nouvelles tensions a poussé les pays asiatiques à se
forger une puissance maritime militaire : le budget naval de l’Inde a été multipliée par 40
depuis 2012. Cf. portes avions & Co.
- Présence américaine qui reste importante même après la guerre froide (cf. entraînement
Balikatan, bases militaires)

B. La sécurisation des espaces maritimes asiatiques est devenus un enjeu international


car ils sont un moteur de croissance pour l’Asie et pour le monde
- Importance des mers asiatiques pour le commerce mondial, notamment le rôle stratégique
des détroits : la moitié des flux de marchandises mondiaux transite par le détroit de Malacca
- Or ces détroits sont la proie de la piraterie (25% de la piraterie mondiale dans le détroit de
Malacca en 2009)
- Entente régionale autour de la sécurisation des mers : En 1992 à Singapour est créé un
centre de lutte régionale contre la piraterie

C. Extension des enjeux maritimes asiatiques


- Au-delà de cette sécurisation, les pays asiatiques cherchent à diversifier leurs dessertes
maritimes, notamment afin de limiter la dépendance envers les détroits asiatiques : 80% du
pétrole chinois importé passe par Malacca. Ainsi le brise-glace chinois Xue Long a parcouru
la route de l’Arctique pour la première fois en 2013 : la Chine espère y voir passer entre 5 et
20% de son commerce maritime dès 2020
- 30% des protéines consommés par les Asiatiques sont maritimes contre 10% en Europe Cette
forte consommation a entraîné une surpêche qui a contraint les pays à diversifier leurs zones
d’approvisionnement. Ainsi, les thoniers japonais sillonnent la mer Méditerranée pour
s’approvisionner en thon rouge : ils absorbent 80% des volumes pêchés en Méditerranée.
- Extension de l’influence asiatique sur les littoraux mondiaux : cf. concession pour 35 ans de
l’embarcadère numéro 2 du port de Pirée accordée en 2008 à l’entreprise chinoise Cosco
pour 3,4MM$

Les déséquilibres intra-étatiques et les tensions maritimes interétatiques menacent la prospérité


économique et la stabilité de la région. Néanmoins, l’intégration très forte des économies asiatiques
limite les probabilités d’un conflit armé.

Thème 5 : LE CONTINENT AMÉRICAIN

➢ LA MISE EN VALEUR DU CONTINENT ET L’IMPORTANCE DES FRONTIÈRES

- Si le peuplement d’Amérique a longtemps été de « façade », c’est-à-dire regroupé sur le


littoral, la maîtrise du territoire s’est faite avec le repoussement des frontières continentales.
La notion de frontière est donc un mythe fondateur pour ce continent, comme le rappelle
l’ancien président brésilien Medici en ouvrant la route Transamazonienne en 1970 par
l’expression des « terres sans hommes pour des hommes sans terres ».
- Le continent s’organise autour de pôles urbains : Les taux d’urbanisation sont en général très
élevés : 90 % en Argentine. Ils ne sont modestes qu’en Amérique centrale – 50 % au Honduras
ou au Guatemala. En général, phénomène de macrocéphalie urbaine, sauf au Brésil, au
Canada et aux USA. Le poids de ces mégapoles se mesure à la part qu’elles occupent dans
la population nationale : Buenos Aires représente 35 % de la population de l’Argentine,
Mexico 18 % de la population du Mexique. Tous ces chiffres sont supérieurs à ceux de Paris
(16,6 %). La bicéphalie brésilienne lui évite ce problème, mais si on ajoute le poids de Sao
Paulo (11 %) à celui de Rio de Janeiro (7 %) on arrive à des niveaux comparables. Les
grandes villes évoluent de façon comparable : en Amérique latine, fuite des classes

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moyennes et aisées vers les banlieues avec un phénomène de sécession des riches via les
Gated Communities (cf. fiche Amérique Latine).
- Aujourd’hui, les villes d’Amérique latines se dotent d’équipements de prestige, souhaitant
ressembler de plus en plus aux villes des EU et aspirant à se libérer de leurs racines
européennes : à Mexico avec la Bourse et la Torre Mayor, la plus haute tour d’Amérique
Latine (285 mètres) ; la réhabilitation des quartiers centraux à Buenos Aires avec la
récupération des quais et des docks (Puerto Madero), à Montevideo le quartier de la gare
et celui du port, etc. Parallèlement, chaque grande ville cherche à se faire connaître par
des événements internationaux : à Sao Paulo la biennale d’art, à Rio de Janeiro l’installation
d’une fondation Guggenheim, à Porto Alegre le premier forum social mondial (janvier 2001).
- Une rupture s’installe au cours du XIXème siècle entre Amérique du Nord et Amérique du Sud.
La première maîtrise son espace à cette époque alors que la seconde ne l’a pas achevée
un siècle plus tard. En 1882, les États-Unis ont construit la moitié du réseau mondial et ils
auront plus de 400 000 kms de voies au début du XXème siècle, encore 230 000 aujourd’hui.
En Amérique latine, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 30 000 kms de voies au Brésil, moins
que la France, 8 fois moins que les États-Unis. Le Mexique pour sa part possède environ
20 000 kms de lignes. En Amérique latine, il faudra attendre la modernisation du réseau
routier pour que l’on puisse parler d’une véritable maîtrise de l’espace. C’est
particulièrement vrai au Brésil où un effort considérable va être engagé à partir du milieu
des années 1960, parallèlement à la volonté d’intériorisation du peuplement (fondation de
Brasilia). Des chantiers spectaculaires sont alors lancés : route Transamazonienne dont les
travaux ont commencé en 1970.

➢ DYNAMIQUES DÉMOGRAPHIQUES

- En 1940 l’Amérique latine, avec 126 millions d’habitants, était moins peuplée que les États-
Unis qui en avaient 140. Aujourd’hui avec plus de 620 millions d’habitants, elle pèse presque
deux fois plus. Cette donnée démographique n’a pas encore dévoilé toutes ses
conséquences
✓ La part croissante des Latino-Américains dans la population des États-Unis, notamment
dans les États de la partie méridionale.
✓ C’est à l’afflux des Hispaniques que les États-Unis doivent, au moins partiellement,
l’originalité de leur comportement démographique au sein des pays développés. Les
États-Unis sont en effet l’un des rares pays développés (sauf l’Irlande et la France) où le
taux de fécondité soit encore supérieur à 2,0.

➢ LES ACTIVITÉS ET LA RICHESSE

- L’Amérique latine reste avant tout productrice de matières premières. Des efforts
d’industrialisation sans doute, mais paradoxalement une « reprimarisation » récente. (Cf.
Amérique Latine)
- Le Canada est dans une situation un peu intermédiaire. Mais, dès 1945, ses exportations de
produits industriels dépassent celles de produits primaires.
- Les USA gardent des ressources naturelles importantes, et même les renforcent grâce au
gaz de schiste. Mais il s’agit surtout de la première puissance industrielle mondiale (25% de
la production industrielle mondiale)

A. Entre nations.

1/ Le fractionnement l’a emporté. Le nationalisme. Un effort de réarmement récent.

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Mais les budgets militaires restent encore modestes (moins de 5 % des dépenses militaires
mondiales). La plupart des pays consacrent entre 1 et 2 % de leur PIB à l’effort militaire (le Brésil est
à 1,4 %).

2/ Les rivalités sont fortes.

• La fluvialité.
Dans un monde où les routes sont longtemps restées très peu développées, les fleuves
constituaient des axes essentiels.
Les bassins fluviaux ont ainsi été à l’origine de nombreux conflits :
- L’Amazonie confisquée par le Brésil ;
- L’Orénoque revendiqué par la Colombie et le Venezuela ;
- Le Paraguay, le Paraná et l’Uruguay qui se jettent tous dans l’estuaire de la Plata.
Quant au Brésil, il a cherché à prendre pied sur la rive gauche du Rio de la Plata. Aujourd’hui, il
s’efforce de fournir un débouché alternatif à tout l’intérieur, à partir de la base de Porto Alegre.

• Les façades maritimes.


Effort des pays pour élargir leur façade maritime. Surtout quand cela permet la double océanité.
Cf. la guerre du Pacifique fin XIXème entre Chili, Pérou et Bolivie (1879-1883, mais paix signée en
1904 !). Ce conflit n’a pas totalement disparu : le contentieux entre le Pérou et le Chili qui porte
aujourd’hui sur la délimitation des eaux territoriales.
La rivalité entre Honduras, Salvador et Nicaragua pour le golfe de Fonseca, le Guatemala
revendiquant le Belize et le Salvador pour élargir ses façades maritimes... Ou la rivalité Argentine-
Chili pour le canal de Beagle qui est réglée (arbitré par la Papauté en 1980).
L’un des enjeux de la biocéanité est celui de la construction d’un canal en Amérique centrale.
Les Allemands avaient envisagé un canal dans l’isthme de Tehuantepec (PGM), mais cela fut
abandonné.

• La bicontinentalité.
Ce thème récent concerne surtout Chili et Argentine : il s’agit de se projeter dans l’Antarctique.
Mais les régions convoitées sont pour partie sous contrôle anglais. Les géopoliticiens argentins
développent ainsi l’idée qu’il existe une « mer d’Argentine » qui englobe les Malouines, la Géorgie
du Sud, les Sandwich du Sud, les Shetland du Sud, tout ce que l’on appelle les « Antilles
antarctiques », véritable trait d’union avec l’Antarctique.
D’où le conflit avec le RU en 1982. La tension rebondit : car il y aurait du pétrole. Du coup le
Parlement argentin interdit que l’on aide le RU à prospecter. Il a obtenu le soutien de Mercosur.

3/ Le niveau de développement est extrêmement différent, même entre les pays de l’Amérique
latine.

• Cf. le PIB/hab. en 2013 53 000 aux USA, 8 000 pour l’Amérique latine dans son ensemble, mais
16 000 au Chili, 11 000 au Brésil et 9 000 au Mexique, mais 800 à Haïti.

• Cf. l’IDH, en général plus modeste (2012) : les USA sont troisièmes à 0,94, le Canada 11ème, le
Chili est 40ème (0,83), l’Argentine est 45ème (0,81), le Brésil 85ème, (0,73) mais Haïti est 161ème.
L’Amérique latine est en moyenne à 0,741, premier continent du Sud.

• Cf. la fécondité. Mais elle chute rapidement en Amérique latine (2,2 contre 4,8 dans les années
1970) donc les taux convergent. Cuba n’est qu’à 1,46.

B. Entre communautés

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1/ Régionales : l’archipel américain

On peut dresser la chronologie et la carte des dynamiques pionnières.


- Le coton dans le Nordeste brésilien à l’occasion de la crise générée par la Guerre de
Sécession (1861-1865) aux États-Unis.
- Le café à partir de 1860-1880, bien sûr au Brésil de la vallée du Paraíba jusqu’à l’intérieur
de Sao Paulo et même le Nord du Paraná après la deuxième guerre mondiale, mais aussi
sur les versants des vallées du Cauca et du Magdalena entre 1000 et 2000 mètres
d’altitude en Colombie, sur les versants Pacifique de l’Amérique Centrale et notamment
au Costa Rica.
- Le cacao à partir de 1890 dans le sud de l’état de Bahia au Brésil et le Golfe de
Guayaquil en Equateur.
- Le tabac (Bahia et Minas au Brésil) dans les années 1890
- Le caoutchouc dans les dures conditions de cueillette des basses vallées d’Amazonie
(1880-1910)
- La viande surtout dans la Pampa (à partir des années 1880) mais aussi en Uruguay et,
bien que le système soit moins élaboré, au sud du Brésil et dans le Centre Ouest (Minas,
Goiás, Mato Grosso) après la deuxième guerre mondiale.
- Les céréales et la laine dans la Pampa argentine après la guerre 1914
- Les bananes dont l’histoire singulière a marqué les républiques du même nom dans les
plaines alluviales de l’Amérique Centrale pendant le premier XXème siècle. Le
développement des plantations bananières reprendra dans les années 1950 et 1960 dans
la région de Guayaquil en Equateur et dans une moindre mesure aux Antilles.
- Les cycles miniers plus ponctuels et notamment celui des nitrates, « l’or blanc » de
l’Atacama dans le nord désertique du Chili à la fin du XIXème siècle (Gervaise).

Tous ces cycles et les peuplements qui les accompagnent ont été brutalement
interrompus par la crise des années trente sans qu’on puisse dire que la mise en valeur des
espaces latino-américains ait été achevée. Ils reprennent ponctuellement après la
deuxième guerre mondiale mais dans un contexte qui change progressivement. Les
espaces vierges se raréfient, excepté dans le bassin amazonien et sa périphérie, comme
l’immigration.
Les dynamiques pionnières ne sont plus guère actives qu’au Brésil avec la conquête des
Cerrados pour le soja, le café ou l’élevage ainsi que sur le piedmont amazonien des Andes
(Pérou, Equateur, Bolivie) où la colonisation agricole favorise les plantations de coca.
Maintenant, c’est l’exode rural qui l’emporte partout ou presque (Gervaise).

2/ Ethniques et culturelles.

Cf. même les USA et leur devise E pluribus unum, le Canada et les Français.
En février 2012 le parti québécois revient au pouvoir au Québec après 15 années d’absence ; le
parti libéral québécois a chuté sur l’augmentation des droits universitaires. C’est la province au PIB
par habitant le plus faible mais aussi la plus endettée. Mais on a peu parlé de l’indépendance et
les deux derniers referendums (1980 et 1995) ont été perdus.

• Cf. surtout les Noirs et les Indiens à travers tout le continent. Des communautés longtemps
marginalisées qui réaffirment leur identité. Cf. l’indianité (Mexique, Bolivie), le panafricanisme (voir
cours Afrique), l’afro-américanité (USA, mais aussi Brésil) : cf. les religions africaines comme le
vaudou ou le candomblé au Brésil. Dans ce pays, la culture noire est valorisée et certains de ses
apports sont reconnus comme des constituants fondamentaux de la culture nationale, dans le
domaine culinaire (le plat national est la feijoada dont l’origine remonterait à la nourriture des
esclaves, un bouillon de haricots éventuellement enrichi des bas morceaux du porc et d’oranges,

Cours géopolitique - ECS 2-1 : Lycée Kléber - 2015/2017 45


contre le scorbut) et musical. La samba, qui a la même importance que le jazz aux États-Unis, est
née dans les quartiers du port de Rio de Janeiro où les descendants d’esclaves dansaient au son
des tambours et du claquement des mains pour exprimer nostalgie et violence. Manifestation
anarchique et profane, comme le carnaval, elle était donc à ses débuts interdits par la police.
On assiste depuis peu à des revendications des Afrodescendientes en Amérique latine
Honduras, Panama, Colombie, Brésil…).

Les Indiens, marginalisés par excellence : 70 % de la population en Bolivie, plus de 50 % au


Guatemala, 40 % au Pérou ou en Equateur…

Le Mexique constitue un bon exemple des hésitations qui ont marqué la définition des
politiques à mener face à la question indienne.
Après l’indépendance, le Mexique a souhaité intégrer les Indiens dans l’identité nationale
et dans la volonté de développement, particulièrement marquée à l’époque de
Cardenas. C’est sous la présidence de Cardenas qu’est créé l’INI (Institut National des
affaires Indigènes). Cet organisme a assuré, jusqu’à sa dissolution en 2003, un effort
d’adaptation de la réalité indienne aux principes de l’État mexicain, notamment en
soutenant l’effort de promotion du bilinguisme et d’ajustement entre les structures
traditionnelles des sociétés indiennes et le droit national. Parallèlement un effort de
promotion et de soutien des activités artisanales traditionnelles a été assuré.
Pour autant ces efforts de développement culturel n’ont pas été suivis de résultats
comparables sur le plan économique et social. Des réactions se sont alors multipliées face
à ce qui pouvait paraître comme une forme nouvelle d’aliénation. Le soulèvement de
l’Armée Zapatiste de Libération Nationale (AZLN) dirigée par le sous-commandant Marcos
en 1994 a fait quelque peu évoluer le droit des Indiens. Ils réclament, comme d’autres
mouvements sociaux le droit à la terre et aux ressources naturelles. Une marche sur Mexico
a eu lieu en 2001, ce qui montre que le problème est loin d’être résolu.

Aux États-Unis, au XIXème siècle et au début du XXème siècle, des « programmes de


civilisation » ont été organisés pour les Indiens dans les réserves : enfants enlevés aux
parents, christianisés de force… Mais il y a aussi eu les terres arrachées (ainsi les Black Hills,
ce qui est à l’origine de la révolte de Sitting Bull), les massacres (« piste des larmes »,
Wounded Knee en 1890 qui marque la fin des « guerres indiennes » et de la frontière).

Dans une situation très différente, puisque la population indienne est depuis longtemps
très minoritaire, le Brésil semble lui aussi embarrassé par la question indienne. La disparition
de 90 % des peuples indiens posait alors un problème moral et laissait supposer que la
disparition totale était inévitable. Contre toute attente, mais un peu comme aux États-Unis,
les Indiens ont connu depuis une forte reprise démographique. On estime leur taux de
croissance annuel aujourd’hui à 3,5 %. Il n’y a pas de recensement mais la FUNAI, la
fondation chargée des questions indiennes, estime la population à 350 000 auxquels il
faudrait ajouter 100 à 200 000 Indiens urbanisés. Cela ne représente que 0,2 à 0,4 % de la
population totale du Brésil.
Traditionnellement mise en œuvre par la FUNAI, la politique brésilienne a longtemps été
marquée par un modèle indigéniste paternaliste et centralisé. Depuis une dizaine
d’années, elle évolue lentement vers des pratiques plus décentralisées et plus soucieuses
de la participation des autorités locales et des mouvements associatifs. C’est ainsi qu’a
été mis en place un système d’éducation bilingue.
La question la plus délicate est, encore une fois, la question foncière. La loi de 1970
définissait la reconnaissance par l’État des droits historiques des Indiens sur les territoires
qu’ils occupaient et faisait obligation à l’État de les délimiter. Avec plus de 1 million de
Km², ces terres représentent 21 % de l’Amazonie légale. Mais une grande partie fait l’objet

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d’invasions par les orpailleurs, forestiers ou éleveurs. Les résistances des parlementaires
locaux et des éleveurs ont fait reculer le gouvernement et Lula n’a pas concrétisé ses
promesses de résoudre la question. Depuis les années 1990 et en liaison avec la montée
des préoccupations écologiques internationales, les mouvements associatifs indigènes se
sont multipliés.
Récemment l’agitation a été relancée par la construction d’un barrage sur le Xingu, à
Belo Monte. Sa construction a été repoussée par la justice, puis autorisée et les travaux ont
repris.

En 2008, ce sont les Indiens de Colombie qui manifestent ; c’est le seul pays d’Amérique
latine à ne pas avoir signé la Déclaration des Nations Unies sur le droit des peuples
autochtones.

• L’Amérique n’est-elle pas le continent du racisme par excellence ?

La question se pose pour les USA d’autrefois, mais aussi d’aujourd’hui avec le caractère ambigu
du communautarisme.
L’Amérique latine et française le nie. Pourtant…

Au Brésil, l’idéologie nationale de la « démocratie raciale », l’ambiance volontiers


affective et bon enfant des relations quotidiennes, n’empêche pas les diverses formes de
discrimination, même si aujourd’hui elles sont plus contestées. Officiellement, il y a 51 % de
Noirs et de Métis.
La discrimination est avant tout sociale, le Noir, descendant d’esclave reste au bas de la
hiérarchie sociale. Rares sont ceux qui occupent des postes de responsabilité. À Sao
Paulo, la moyenne des salaires en 2004 est d’environ 180 euros pour les Noirs et 340 euros
pour les autres. Le taux de chômage est de 26,9 % pour les Noirs à Salvador, capitale de
la région à plus forte proportion de population noire, et de 18,4 % pour les autres.
Elle est aussi culturelle. Le taux d’analphabétisme est respectivement de 7,5 % chez les
Blancs, 16,7 % chez les Métis et 17,3% chez les Noirs.
Partout le Noir est moins considéré que l’Indien à qui l’on reconnaît une espèce
d’aristocratie de l’antériorité. Cette discrimination justifie d’ailleurs les inégalités sociales.
Au Brésil, parmi les 1 % les plus riches il y a 86 % de Blancs, 12,6 % de Métis et 1,4 % de Noirs.
Par effet d’enchaînement, l’ascension sociale passe toujours par un « blanchiment » à
travers les mariages mixtes. De ce fait les Métis refusent la confusion avec le reste de la
population noire et les oppositions de classe tiennent beaucoup à la couleur de la peau.
On sait qu’à Haïti l’opposition entre mulâtres et Noirs n’est pas seulement une opposition
de classe mais aussi une opposition politique. On sait aussi qu’on a pu reprocher à Fidel
Castro son socialisme de blanc, négligeant la promotion des gens de couleur.
Du coup le Brésil est le premier pays latino-américain à adopter un système de quotas
pour l’administration et les Universités (2001), puis à édicter un Statut de l’égalité raciale
qui accorde des subventions aux entreprises embauchant des membres des minorités. On
prévoit maintenant des quotas pour le Congrès.
En juin 2014, à deux jours de l’ouverture de la Coupe du monde de football, les autorités
de Brasilia promulguent une loi dite « des quotas ». Cette loi prévoit, à terme, de réserver
20 % des places dans les concours de l’administration publique aux noirs et aux métis.
En mars 2008 USA et Brésil signent un plan d’action commun pour l’égalité raciale.

Contre cela l’Amérique latine se prétend une « race » originale. D’où les journées de la race
dans la plupart de ces pays et aussi le rejet des origines espagnoles. Cf. le sort de la statue de Cortès
à Mexico, la volonté de Christina Kirchner de déplacer la statue de C. Colomb de la place de la
présidence (à la suite d’une critique de Chavez aux époux Kirchner : « Comment pouvaient-ils tenir

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devant leur fenêtre le responsable du génocide latino-américain ? »). Celle de Caracas et de la
Paz ont été déboulonnées.

3/ Sociales

Le problème de la pauvreté, un phénomène présent partout, même aux USA.


Les ghettos de toutes sortes : favelas à Rio, barriadas à Lima, ranchitos à Caracas...
Cf. le pourcentage de ceux qui n’ont que moins d’un dollar par an (depuis 2005 le seuil est de
1,25 $).

Pourcentage des personnes vivant avec moins de 2 $ par jour (en PPA).

1981 1988 1993 2008


Emergents Asie orientale 92,4 33,2
et Pacifique
Amérique latine et 23,8 12 ,4
Caraïbes
MENA 30,1 13,9
Asie du Sud 87,2 70,1
Afrique noire 72,2 69,2
Chine 97,8 29,8
Inde 89 68,7
Brésil 26,8 10,8
Afrique du Sud 41,8 31,1
Russie 3,94 0,29

4/ Politiques.

Un clivage ancien et fort en Amérique latine, qui va de pair avec la relative faiblesse des classes
moyennes.
Les USA paraissent préservés. Mais le clivage entre républicains et démocrates a atteint à
certains moments des degrés très forts, ainsi lors de la guerre civile. Et il s’aggrave également
aujourd’hui ;

I. Le poids des USA contribue à unifier le continent autant qu’à le diviser.

Préparer un plan sur :


Les États-Unis dans le continent américain
Base de Manta fermée (c’était la seule base américaine en Amérique du Sud)
Morales qui renvoie l’ambassadeur américain
Dernières interventions : Panama début 1990
Projet d’ouverture d’une base en Bolivie pour la lutte contre la drogue : ratée car indignation des
autres pays
Lutte contre la drogue = un des enjeux les plus importants depuis la GF
Création de la 4ème flotte (Caraïbes ; large du Venezuela) => création pour contrer la présence de
la flotte russe au Venezuela (+vente d’armes) + lutte contre la drogue (à cause des contrebandiers
qui passent la drogue vers la Floride)
Ne pas oublier les liens avec la Russie
La sécurité est un enjeu essentiel dans la géopolitique américaine : les EU ne veulent pas d’ennemis
à leur porte donc nécessité d’entretenir de bonnes relations avec les pays d’Amérique latine
Jamais une grande puissance n’a admis une puissance dangereuse à ses portes.

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ENJEU ÉCONOMIQUE EGALEMENT
ENJEU SOCIETAL (immigration, drogue)
Ne pas oublier les relations avec le Canada
MAIS AUSSI : le “dans” nous oriente vers la question de l’américanité des EU : en quoi sont-ils porteurs
de valeurs continentales. Même s’ils s’émancipent du continent en tentant d’imposer un modèle
global, ils restent bien ancrés dans le continent américain.

En 1601, les puritains du May Flower voulait bâtir une cité sur la colline, une cité de Dieu. Celle-ci
est en Amérique, aux États-Unis d’Amérique. Cela joue encore dans la politique américaine tentant
d’imposer un modèle au monde, même si ce pays reste profondément ancré dans les continents.
Jusqu’où ses relations avec le reste de l’Amérique sont-elles en accord avec ses prétentions à
l’universel ?
I. Les EU sont un pays américain exceptionnel
A. Le plus puissant (la moitié du PIB du continent, le second pour la superficie, le plus peuplé,
technologie, etc.)
B. Il en découle des moyens pour contrôler le continent : hard power (Guantanamo, Puerto
Rico : bases / 4ème flotte / Ecole des Amériques en Géorgie où sont formés les soldats du
continent et tissage de liens avec les militaires américains : y sont passés les militaires chiliens
de la Dîna) et soft power (modes venues des EU, le prestige du modèle américain, idéal
démocratique qui revient en force aujourd’hui). De plus, proximité géographique qui facilite.
Moyens d’ordre économique : attrait du marché américain, dollarisation des économies
C. Le continent américain est donc le "pré carré" des EU : de part pour leur identité ; mais aussi
pour leur sécurité (idée présente chez Mahan : il faut contrôler le continent américain pour
se projeter dans le monde et assurer sa sécurité : c’est une constante de la politique
extérieure des EU). Enjeu sociétal également avec la drogue (+ la violence : les Maras) et
de l’immigration (crainte d’une ré-hispanisation des territoire (Huntington)). Les matières
premières également qui sont un enjeu (pétrole canadien de l’Alberta, du Golfe du Mexique,
du Venezuela (60% vers les EU))
D. Des réticences autour de deux questions : sont-ils en accord avec les idéaux avec les
valeurs universelles qu’ils prônent ? (Le droit des peuples à disposer d’eux même (Wilson) ≠
le soutien aux dictatures dans les années 1970). Jusqu’où le continent américain est-il une
priorité ? Les EU ne donnent pas toujours l’impression de s’y tourner en priorité. Comparaison
du Plan Marshall (13MM$) et l’Alliance pour le Progrès (1965 ; plan de développement en
Amérique latine mais seulement 1,3MM$). Deuxième exemple : guerre des Malouines de
l’Argentine dans lesquelles s’engagent indirectement les EU (aide aux Anglais) contre
l’Argentine (marines et armée de l’air). Ils étaient tiraillés entre les liens historiques avec le
RU et la doctrine Monroe.

II. Des relations complexes avec le reste du continent


A. Jusqu’en 1960, une influence qui s’étend sur le continent

-remplace les Anglais sur le plan économique, tente de rendre indépendant tout le continent
(guerre de Cuba contre l’Espagne – Mexique pendant le période révolutionnaires – interventions
multiples dans les années 1920 avec la mise en place de la Famille Somoza au Nicaragua (“c’est
un fils de pute, mais c’est notre fils de pute” Roosevelt), Guatemala. Intègre peu à peu le Canada
à partir de l’entre-deux-guerres (contentieux territoriaux avec l’Alaska, très longue frontière,
problème de droits de pêche, crainte du Canada d’être absorbé économiquement par son puissant
voisin d’où le refus d’un traité de commerce). Lors de la crise des années 1930, le Canada rejoint la
zone dollar et non la zone sterling (c’est le seul dominion). Au lendemain de la 2ème guerre :
relations qui se prolongent avec une défense commune en Amérique du Nord (défense aérienne
totalement intégrée en 1958 avec coordinations des deux armées aériennes pour la défense du
territoire). C’est pendant la SGM que les capitaux américains deviennent plus importants que les

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britanniques en Amérique du Sud. Pacte de Rio en 1947, OEA en 1948 (“ministère de l’économie
des EU” Castro pour qualifier la pratique néocoloniale des EU)

B. De 1960 à 1980, malgré les difficultés, ils réussissent à garder sous leur influence le continent

Castro (1959) qui prend le pouvoir à Cuba, qui encourage les mouvements révolutionnaires en
Amérique latine. Création de la Tricennale (conférence à la Havane) qui est sensé unir les
mouvements révolutionnaires d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine pour déborder le gendarme
américain par la multitude des foyers d’insurrection. Développement d’un sentiment anti-américain,
des nationalisations et discrimination anti-américaine (loi de mexicanisation : 50%du capital des
entreprises doivent être détenu par des intérêts mexicains) et même Canada avec la “troisième
voie” (refus de soutenir la guerre du Vietnam, “vivre à côté des EU, c’est comme dormir à côté d’un
éléphant”).
Pourtant, réaction américaine : cela montre l’importance attribuée au continent. Les militaires
américains sont actifs avec les nombreux coups d’États encouragés (du Brésil en 1964 à l’Argentine
en 1973) : dans les années 1970, l’essentiel des pays d’Amérique latine sont des dictatures dont
l’ennemi est le communisme (pas nécessairement pro-américain mais même ennemi). Ailleurs, la
pression suffit (pression américaine sur le Mexique pour ne pas qu’il adhère à l’OPEP avec la
menace d’annuler certains traités commerciaux).

C. Depuis 1980, la position américaine semble renforcée au point que l’on peut envisager une
intégration du continent dans les années 1990

Ouverture par Castro à ceux qui veulent émigrer vers les EU à partir du port de Marielle => preuve
d’intégration
1982 ; crise mexicaine qui révèle que les solutions autocentrées ne sont pas les bonnes et que ces
pays ont besoin de l’aide américaines. Pays sauvé par les capitaux américains et le FMI.
Validation du modèle américain face au modèle soviétique et autocentré. Effondrement de l’URSS
en 1991 => les Eu se montrent alors favorable à la démocratie avec en 2001 une charte de l’OEA de
démocratie à l’échelle continentale
Les mouvements révolutionnaires qui subsistaient semblent éradiqués ou contenus (Sentiers
Lumineux au Pérou avec Guzman emprisonné, les FARC en Colombie) et puis l’Amérique latine
connaît une décennie de prospérité dans les années 2000. Consensus de Washington qui apparaît
bénéfique en apparence (austérité sévère mais meilleure santé économique)

III. Va-t-on vers l’intégration du continent américain autour des EU ?


A. Le grand projet des EU est l’ALENA et de la ZLEA

ALENA : un intérêt économique majeur pour les EU. Le but américain est de garantir un
approvisionnement essentiel de MP (fer du Labrador au Québec, le pétrole, le gaz, etc.). Regarder
le classement des producteurs de pétrole. S’ouvrir des marchés (céréales américaines vers le
Mexique, pour les produits chimiques, l’informatique, les machines électriques et non-électriques).
La stabilisation du Mexique et son développement : régler le problème de l’immigration (très
important). Si le Mexique se développe, il y aura plus d’emplois et plus payés et donc réduction de
l’immigration. Du point de vue mexicain : s’ouvrir le marché américain (industrie de montage avec
les maquiladoras qui d’ailleurs n’a plus de sens vu qu’il ne s’agit plus d’une exception : tout le
Mexique et concerné par le commerce de perfectionnement dans le cadre de l’ALENA). Attrait de
capitaux ainsi que touristes venus d’Amérique latine. Visées comparables pour le Canada mais à
l’échelle d’un pays développé. Traité de San Antonio en 1982 qui entre en vigueur en 1994 :
prévoyait le libre échange (fait) la libre circulation des capitaux, la déréglementation de certains
services (finances et télécommunications). En revanche, on ne prévoit pas la libre-circulation des
travailleurs (à la différence de l’UE). Restent quelques inquiétudes : risque de dumping social et

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environnemental (deux commission pour surveiller cela). Bilan de l’accord : il permet un progrès
spectaculaire des échanges entre EU et Mexique (dans les années 1990 le Mexique est le pays où
le commerce extérieur s’est le plus développé). Relations bilatérales les plus fortes du monde,
(1MM$ par jour entre Mexique et EU. Mexique excédentaire dans les années 1990. Stock d’IDE le
plus important d’Amérique latine (stock d’ide 390MM$ en 2013). Importantes remises avec
l’immigrations (22MM$ en 2013 ; Développement du tourisme avec Cancun, véritable prolongement
de la Floride.
D’autres accords vont dans le même sens comme l’IBC qui est devenu Caribbean Basin Economic
Recovery Act (CBERA) : libéralisation des échanges commerciaux dans les Caraïbes (source de
sous-traitance notamment dans le domaine textile).
Le CAFTA en 2005 (Central America Free Trade Agreement).
Projet ZLEA qui aurait dû s’entre à toute l’Amérique latine : l’ide affirmé en 19ç’, puis en 2001 mais
projet abandonné ;
De nombreux accords bilatéraux (Chili, Pérou, Colombie)

B. Les limites de l’ALENA

Du côté américain, déficit commercial américain qui se creuse.


Du côté mexicain, une certaine déstabilisation avec la crise du maïs, problème de la drogue. La
Línea (mur pour l’immigration)
L’ALENA aurait dû être une solution au problème de l’immigration mais cela n’a pas été le cas. Les
salaires au Mexique n’ont pas tant augmenté (doublé entre 1994 et 2010) et l’écart entre les salaires
américains moyens dans l’industrie et au Mexique a augmenté. De plus, les pays d’Asie orientale
ont bien plus développé leurs échanges avec les EU que le Mexique. Les entrées d’IDE représentent
2% en 1994, ont oscillé selon la santé économique du Mexique, et récemment, le Mexique a attiré
beaucoup moins d’IDE (en terme de % de PIB) que la Colombie, que le Pérou ou que la Chine.
Baisse de l’arrestation d’immigrés clandestins (1M en 2005, 500 000 en 2009) à la frontière : à cause
de l’augmentation des mesures de protection au frontière, et puis la crise de 2008. Eventuellement
: démographie moins dynamique depuis 25 ans. Cependant, le Mexique devient de plus en plus un
lieu de transit pour l’immigration sud-américaine.

C. Typologie des relations

Chavez emblématique de les réticences à se tourner vers les EU ; régime populiste (démocratie
participative : mobilise les organisations et les media locaux, ainsi que les communes en faveur
d’une nouvelle forme de démocratie). S’appuie sur l’armée avec les officiers subalternes. Il s’appuie
sur PDVSA. Réforme de la fiscalité pétrolière sur les compagnies étrangères à constituer des joint-
venture avec PDVSA) : l’argent du pétrole va dans les caisses de l’État pour des objectifs internes
(renationalisation, programme social avec des missions financées avec l’argent du pétrole) et
externes (IDE vers CEMEX par exemple, rachat des dettes sud-américaines comme Equateur et
Argentine / vente de fuel à bas prix dans les quartiers déshérités de NY) /. Création de L’ALBA
(Alliance Bolivarienne pour l’Amérique latine) composée pendant longtemps de 9 membres. En
2006, il intègre le Mercosur (2012 officialisée). La Banque du Sud en liaison avec l’ALBA proposée
en alternative à la banque mondiale. Privilégie des compagnies pétrolières sud-américaines
(Pétrobras). Face aux EU, il se montre provocateur (retrait des devises des banques américaines,
refus de la coopération pour la drogue, expulse des missionnaires protestants accusés d’être des
agents de la CIA). ONU : “le diable est passé ici, et cela sent encore le souffre”. De bonnes relations
avec les pays anti-américains (Venezuela, Chine (vente pétrole), Iran, Russie (achats d’arme),
La puissance US a longtemps été contestée.

D. Elle pousse aujourd’hui à l’unité continentale.

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Le mur entre USA et Mexique dans ses parties les plus sophistiquées – souvent il ne s’agit que
de plaques de métal dressées.

E. Mais provoque des réactions contraires.

Après être restés longtemps un Nouveau Monde aux espaces effleurés et territoires inachevés, un
Nouveau Monde bâti par la vieille Europe, l’Amérique d’aujourd’hui semble connaître une
accélération de son évolution, sous l’effet entre autres de l’accélération créée par la
Mondialisation. Celle-ci pourrait bien accentuer les clivages internes en favorisant les espaces et les
hommes les plus aptes à s’y adapter. Mais elle accentue aussi les dynamiques qui poussent à
l’intégration du continent. Tout cela conduit sans doute à un desserrement progressif des liens avec

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l’Europe « aux anciens parapets ». Ainsi cessant d’être l’Extrême d’un Occident qui, depuis la fin de
l’ex URSS, se dissout progressivement, elle deviendrait une Amérique tout entière, face à la montée
des grands ensembles asiatiques.

Les grands blocs régionaux des Amériques (situation en 2000)

Alena Mercosur MCCA Communauté Union


Andine Européenne(15)
Superficie (en 20,7 11,8 0,420 4,7 3
millions de km2)
Population (en 401 220 32 114 375
millions)
PIB (en milliards 9380 1050 53 270 8200
de dollars)
Commerce 2500 160 30 100 4310
Extérieur (en
milliards de
dollars)
Les Amériques dans la mondialisation des productions manufacturières

Production Production Croissance (en %) de


manufacturière en 1990 ( manufacturière en 2001 ( 1990 à 2001
valeur ajoutée en milliards valeur ajoutée en milliards
de dollars) de dollars)
Total mondial 4510 5910 +31%
Pays à revenus élevés 3707 4265 +15%
Dont Union Europ 1231 1138 -7,6%
Dont États-Unis 1041 1567 +50%
Pays à faibles revenus 161 157 -2,5%
Chine 117 374 +220%
Par zones
géographiques
Asie du SE 186 511 +175%
Amérique latine 255 339 +33%
Production
manufacturée exportée
Pays à faibles revenus 48 115 +140%
Chine 45 237 +427%
Union Européenne 996 1570 +58%
États-Unis 291 599 +106%
Asie du SE 92 425 +362%
Amérique latine 49 169 +245%

Les chiffres des productions définis en valeur ajoutée et ceux des exportations, en valeur
finale, ne sont pas directement comparables)

Partout, même si c’est de façon inégale les exportations industrielles « tirent » la


production. Elles sont donc la grande activité motrice désormais et cela suffit à mettre en
évidence les effets économiques de la mondialisation. On s’aperçoit que les États-Unis en
ont tiré une croissance très supérieure à leurs rivaux européens. Pour l’Amérique latine on
observera à la fois la lenteur relative des progrès de la production et le dynamisme des

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exportations (même s’il est inférieur à celui de l’Asie). C’est le signe sans ambiguïté des
effets de la libéralisation des économies et de leur intégration dans la mondialisation. Mais
ne peut-on craindre que cette nouvelle dynamique exportatrice ne produise des effets
comparables aux précédentes ?
Thème 6 : L’AMÉRIQUE LATINE

➢ LES RUPTURES CHRONOLOGIQUES ÉCONOMIQUES

- Jusque dans les années 1920, le libéralisme et le secteur primaire sont les fondements du
développement
✓ L’Amérique latine suit le libéralisme économique encouragé par les Européens et
notamment les Britanniques via l’abolition des Corn Laws (tarifs douaniers sur les
céréales) en 1846 : pays exportateurs, récepteurs d’IDE, libéralisme foncier avec
l’ouverture du marché de la terre (le gouvernement guatémaltèque accorde des terres
fertiles à la United Fruit Company pour la culture des bananes en 1899)
✓ Les économies latino-américaines se spécialisent dans les exportations de biens
primaires et énergétiques : le Chili représente, à partir de 1880, la moitié de la
production mondiale de cuivre. En 1929, le café représente 72% des exportations
brésiliennes.
✓ Inversement, elles importent massivement des biens manufacturés et des capitaux :
50% des investissements étrangers en Amérique Latine proviennent du RU, notamment
pour la construction de réseaux de chemins de fer. Ainsi, le réseau croit de 10 000 à
100 000km entre 1880 et 1914.
✓ L’Amérique Latine devient un partenaire commercial incontournable (en 1913, elle
représente 7% en valeur des exportations mondiales) en tant que zone
d’approvisionnement en matières premières.
✓ Mais cela ne profite qu’à certaines régions : Accroissement des inégalités territoriales :
le haut degré de spécialisation entraîne la constitution d’enclaves productrices et
exportatrices au détriment de marchés internes peu attractifs : exemple du boom
économique de la capitale du caoutchouc au Brésil, Manaus. C’est la première ville au
monde à être totalement électrifiée, à avoir l’eau courante et le tout-à-l’égout dans
toutes les maisons ; et on y construit en 1896 l’opéra O Teatro Amazonas.
✓ Renforcement du tissu industriel lors de la première guerre mondiale : même si cela ne
concerne que quelques pays (Argentine, Mexique et Brésil représente 65% de la
croissance industrielle du continent en 1918), l’industrialisation est stimulée pendant la
PGM, avec l’implantation de firmes étrangères (General Motors à Sao Paulo en 1915).
L’Amérique Latine s’industrialise grâce à son rôle de fournisseur, tant de biens primaires
que manufacturés, aux belligérants européens.
- Interventionnisme étatique et stratégies ISI des années 1930 aux années 1970
✓ Cause du tournant : le choc de la crise des années 1930 fait prendre conscience aux
États de la dépendance de leurs économies exportatrices d’un nombre restreints de
produits bruts (surtout miniers) à l’égard de la demande des pays industrialisés : les
exportations de l’Amérique latine chute de 33% entre 1929 et 1931 (85% pour le Chili,
mono-exportateur de cuivre). De plus, contraction de l’investissement dans les
gisements miniers latino-américains.
✓ Mise en place de régimes populistes en réponse à la crise : Juan Domingo Perón de
1943 à 1955 en Argentine – Getulio Vargas au Brésil de 1930-1945 et 1950-1954 – Lazaro
Cardenas au Mexique (1934-1940).
✓ En réponse, mise en place de stratégies ISI (substituer les importations par la production
nationale grâce au marché intérieur et ainsi atteindre l’indépendance économique).
Applications :

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❖ Protectionnisme : Au Brésil, le taux moyen des tarifs douaniers est de 130% dans les
années 1950-1960
❖ Industrialisation : Au Brésil, l’indice de la production manufacturière passe de 28 en
1938 à 145 en 1969 (par rapport à une base 100 en 1960)
❖ Création d’entreprises publiques : (c’est l’État qui mène l’industrialisation) : au
Mexique, PEMEX (Petróleos Mexicanos en 1938) – au Brésil, COSIPA (Compagnie
sidérurgique de Sao Paulo en 1953) - en Argentine, Aerolíneas Argentinas (1950,
compagnie aérienne nationale)
❖ Faire de la sidérurgie un symbole de l’indépendance nationale et de la puissance
industrielle (aciérie Volta Redonda au Brésil ou Usiminas en Argentine)
✓ Bilan :
❖ Progression de la production industrielle mais elle limitée par des débouchés
nationaux étant insuffisants (population au pouvoir d’achat limités tandis que les
élites consomment des produits issus des pays industrialisés)
❖ Pour mener leur industrialisation, ces pays ont dû importer des technologies et des
biens d’équipement. Spiral de l’endettement : la dette totale des pays latino-
américains passe de 7MM$ en 1960 à 314MM$ en 1982
- Le tournant néo-libéral des années 1980 : mise en place d’économies extraverties
✓ Cause du tournant :
❖ Chocs pétroliers : 1er choc pétrolier en 1973 puis le deuxième en 1979 (hausse des
factures pétrolières comme celle du Brésil qui importait 80% de sa consommation
de pétrole dans les années 1970)
❖ Choc monétaire : hausse de 30% des taux de change du dollar par Paul Volcker
entre 1978 et 1982 alors que les emprunts des pays d’Amérique latine avaient été
libellés en dollar à taux variables
❖ Ces chocs ont plongé les pays dans une crise de la dette : le Mexique se déclare
en cessation de paiement en 15 août1982
✓ Libéralisation des pays latino-américains sous la pression du FMI :
❖ Exemple des libéralisations des économies du Brésil et du Mexique forcée par les
PAS et par le plan Brady (1989) qui entraîne la titrisation de la dette : rachat par le
FMI de 60% de la dette brésilienne détenus par les banques américaines sous forme
de participation dans les entreprises publiques. Tournant néo-libéral du Mexique : le
président Miguel de la Madrid (1982-1988) initie l’ « apertura » (ouverture
économique du Mexique après 1982), symbolisée par l’adhésion au GATT en 1986.
Sous les mandats de Miguel de la Madrid et de son successeur Carlos Alinas (1988-
1994), 1008 entreprises publiques sur 1155 ont été liquidées à la suite de la titrisation
de la dette mexicaine (la première banque BANAMEX vendue pour 3,2MM$)
✓ Les conséquences de ce tournant
❖ Diminution du rôle redistributeur de l’État avec la baisse de 20% des dépenses
publiques entre 1982 et 1986. Paupérisation des populations : la classe moyenne
sombre dans la pauvreté (le nombre de pauvres issus de cette classe a cru de 340%
entre 1980 et 1990, leur salaire passant en dessous du seuil de pauvreté de 2$/jour)
❖ De nouvelles dépendances (cf. dépendances Amérique Latine). Ex : La privatisation
peut entraîner une dépendance vis-à-vis des opérateurs étrangers, notamment au
niveau de la régulation des prix : exemple de la « guerre de l’eau » en Bolivie qui en
1999 a abandonné la gestion du réseau de distribution et de traitement des eaux
de Cochabamba aux entreprises étrangères (Water Limited (RU) et la Bretchel
Enterprise Holdings (USA)). Le doublement des tarifs en janvier 2000 a provoqué une
vive réaction de la société civile et des affrontements avec l’armée pendant 4 mois
- Un tournant politique et économique « à gauche » dans les années 2000 : la volonté de
justice sociale s’est traduite dans les votes qui ont porté au pouvoir des partis politiques de
gauche réformistes ou radicaux :

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✓ Des présidents qui portent les mouvements :
❖ Radicaux voire révolutionnaires : victoire électorale de Chavez au Venezuela en
1998, président jusqu’en 2013. Election d’Evo Morales en 2005 et réélu en 2009 en
Bolivie. Conséquence : formation d’un axe La Havane-Caracas-La Paz s’opposant
radicalement au libéralisme économique et à l’impérialisme des EU.
❖ Réformistes : élection de Luis Inacio Lula da Silva (Parti des travailleurs) qui
effectuent 2 mandats (2003-2011) puis élection de Dilma Rousseff
✓ Interventionnisme économique : Chavez nationalise le pétrole colombien en 2006
délogeant les compagnies étrangères installées dans le pays. De plus, il les oblige à
créer des entreprises mixtes dont une majorité du capital est détenu par la compagnie
nationale PDVSA (Petróleos de Venezuela SA)
✓ Interventionnisme social : tous les pays, en 2007-2008, présentent un niveau de dépense
sociale publique par tête qui se situe dans la fourchette allant du double au triple de
leur niveau de 1990-1991. Mise en place des Programmes CCTP (Conditional Cash
Transfer Programs) dont le premier a été Progresa au Mexique en 1997, ou encore la
Bolsa Familia au Brésil (2004) concernant 12 000 000 de foyers. Ce sont des programmes
de transferts monétaires conditionnés vers les familles pauvres, dans l’objectif de lutter
contre la pauvreté. Les conditions sont en général l’assiduité scolaire des enfants ou
leur passage régulier dans des centres de santé.

➢ PUISSANCE ET DÉPENDANCE ÉCONOMIQUE

- Les attributs de sa puissance économique :


✓ Dynamisme des FTN latino-américaine : le Brésil compte 8 firmes parmi les 500 plus
grandes mondiales selon le classement Fortuna Global 500 comme Pétrobras (92MM$
de chiffre d’affaire)
✓ Terre d’accueil d’IDE : l’Amérique Latine accueille les délocalisations des pays
développés et surtout en provenance des États-Unis (ce qui est expliqué par la proximité
géographique). La raison est coûts de fabrication attractifs (ex. au Mexique, ils sont 20%
inférieurs à ceux des États-Unis). Ainsi, BMW s’implante à Manaus en 2010 et à Brasilia en
2014
✓ Une économie extravertie notamment grâce à son réseau de 220 zones
franches comme celle de Colón au Panama (2ème mondiale derrière HK), celle de
Montevideo en Uruguay, etc. Ces zones exemptent les entreprises des droits de douane
à l’importation des matières premières, et à la réexportation des produits finis.
✓ Un secteur primaire dynamique avec :
❖ Une agriculture puissante et exportatrice : Le Brésil est le 3ème exportateur de produits
agricoles mondial (4,3% des exportations mondiales) derrière EU et UE. L’Argentine
est 6ème (4%) ex : grenier à céréales de la Pampa argentine. Agriculture intégrée à
un complexe agro-industriel puissant qui va de la production d’intrants en amont à
la distribution des produits transformés en aval, et porté par des FTN (Brasil Foods SA
créé en 2009 affiche 11MM$ de chiffre d’affaire en 2012)
❖ Un secteur minier performant : Vale est le leader mondial de la production et de
l’exportation du minerai de fer
✓ Un tissu industriel puissant surtout dans les secteurs de l’aéronautique (la brésilienne
Embraer (5ème constructeur d’avions d’affaire)), de l’industrie pétrolière, de l’agro-
industrie, ou de l’automobile
✓ Le secteur tertiaire : télécommunication avec TELMEX au Mexique, le tourisme avec un
nombre de visiteurs qui est passé de 12M à 24M entre 1994 et 2010, le secteur financier
off-shore et les paradis fiscaux qui proposent une domiciliation des compagnies
étrangères et garantissent l’anonymat le plus absolus à leurs clients (c’est le meilleur

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moyen pour attirer des capitaux). Ainsi : en 2011, plus de 9000 compagnies financières
pour quelques 55 000 habitants étaient enregistrées aux îles Caïman
✓ Attractivité économique qui bouleverse les flux migratoires : en 2010, l’Amérique latine
a accueilli plus de 100 000 migrants espagnols, renversant pour la première fois le flux
migratoire entre les deux côté hispanisants de l’Atlantique
- Les points faibles de l’économie latino-américaines :
✓ Faiblesse de la R&D : elle ne représente que 0,7% du PIB latino-américain contre 3% en
Chine
✓ Ralentissement de la croissance à cause d’une baisse de la demande pendant la crise
des subprimes et l’annonce de la réduction d’injection de liquidités par la FED.
Conséquence : fuite des capitaux (la bourse du Brésil a chuté de 18% depuis mai-août
2013) et baisse de l’investissement. Le Brésil connaît sa plus faible croissance depuis 10
ans en 2012 (0,9% contre 2,7% en 2011 et 7,5% en 2010) Au niveau de l’agriculture,
persistance de structures agricoles minifudiaires issus des différentes réformes agraires
du continent, comme au Mexique en 1917 (projet de destruction des structures agraires
latifundiaires et de mise en place de structures communautaires, les ejidos, terres
héritées entre génération et partagés entre les descendants, qu’ils n’ont pas le droit de
vendre). Conséquence : morcellement et éparpillement des terres au cours des
générations. Ainsi au Mexique et au Pérou, 55% des exploitations agricoles sont
microfundias, qui ne représentent que 4% des terres arables. Productivité qui est donc
limitée car impossible de mettre en place une mécanisation ou utilisation de produits
phytosanitaires, dans ce peu rentables. Parallèlement persistent les grands domaines,
peu productifs et surtout source de conflits au sein de la population. Cette situation a
peu évolué depuis l’époque coloniale où avaient été distribué les grands domaines à
des aristocrates européens. Au Brésil, 1 % des propriétaires terriens possèdent 54 % des
terres cultivables. Il y a quelques 12 millions d'ouvriers agricoles, fermiers ou métayers,
dont le nombre reste très élevé proportionnellement à la surface des terres cultivables,
ce qui entraîne un niveau de vie très inférieur à celui de leurs homologues des pays
développés. Ainsi le Mouvement des sans-terres s’est créé en 1984 au Brésil pour la lutte
en faveur de la redistribution des terres.
✓ RAISONNEMENT : la spécialisation agricole sans élaboration industrielle des produits bruts
induit une homogénéisation par le bas qui interdit toute complémentarité économique
entre les pays.
✓ L’Amérique latine fait face à un dilemme entre assurer le développement du pays et
protéger son écosystème et ses ethnies indiennes ; défi que l’on retrouve dans la phrase
de l’économiste de la CEPAL Celso Furtado qui déclare :« le Brésil reste le cas
exemplaire du pays où l’on a sacrifié le développement au prix de la croissance ».
Exemple du barrage de Belo Monte au Brésil : La construction a débuté en 2012 et
nécessite le déplacement de 25 000 indigènes de la tribu des Kayapos. L’ouvrage
devrait assurer 11% de la production électrique du pays, de quoi alimenter 20M de
foyers, mais devrait aussi provoquer l’inondation de 160 000 hectares de forêt vierge.
- L’émergence économique s’est accompagnée d’un accroissement de sa dépendance :
✓ Dollarisation des économies : cohabitation du colón salvadorien et du quetzal
guatémaltèque avec le billet vert depuis 2001. Avantage de la dollarisation : garantit la
stabilité et gagne la confiance des investisseurs, meilleure sécurité juridique et baisse
inflation. MAIS : il n’y a plus de liberté au niveau des régulations de la monnaie, et le
pays a alors une obligation de rigueur budgétaire et d’efficacité économique
✓ Reprimarisation des économies réinstaurant une dépendance à l’égard des marchés
internationaux de matières premières : en 2013, la part de l’industrie dans le PIB diminue
de 0,9% et celle de services baissent de 0,3% tandis que le secteur primaire progresse
de 3,2%

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➢ LE CONTINENT DES INÉGALITÉS

- A l’échelle continentale :
✓ Inégalités économiques : le Brésil à lui seul représente 50% du PIB de l’Amérique latine –
PIB Brésil de 2200MM$ contre 84MM$ pour l’Equateur
✓ Inégalités de développement : l’Argentine présente un IDH de 0,80 contre 0,55 au
Guatemala
- A l’échelle nationale : dans l’État de Sao Paulo, c’est-à-dire 3% du territoire, est réalisé le 1/3
du PIB brésilien. Le Nordeste contraste avec cette région : sur 20% du territoire est seulement
réalisé 15% du PIB et 50% de la population y est rurale. Ces inégalités régionales au sein des
pays sont dues à des insertions disparates dans la mondialisation, qui suit une logique
discriminatoire.
- A l’échelle des classes sociales et des villes :
✓ En 2005 en Colombie, les 20% les plus riches détiennent 65% des revenus tandis que les
plus pauvres n’en détiennent que 2%
✓ Ségrégation spatiale au sein des villes avec le contraste entre les Barrios Privados
(« quartiers privés ». Ex. Estancias Del Pilar à Buenos Aires) et les bidonvilles (villa 21 à
Buenos Aires, 45 000 habitants). L’exode rural massif a entraîné cette accroissement des
inégalités : entre 1970 et 2000, le nombre des pauvres vivants dans les villes latino-
américaines est passé de 44 à 220 millions.
✓ La marginalisation des minorités indiennes : 9% de la population du continent. MAIS :
❖ Pauvreté supérieure à la moyenne : Au Guatemala, alors que le taux de pauvreté
est de 52% en moyenne dans le pays, il est de 80% pour les populations indigènes.
❖ Faible représentativité politique : En Equateur où ils représentent 43% de la
population, seul 11% des sièges du Parlement sont occupés par les Indiens
- Les conséquences des inégalités :
✓ Hausse de la criminalité : taux d’homicide à Rio est de 50 pour 100 000 habitants, contre
0,7 en France. L’Amérique latine concentre 6 des 10 villes les plus dangereuses
mondiales (Caracas, Rio de Janeiro, Ciudad Juarez (Mexique), Bogota, Guatemala
City, San Pedro Sula (Honduras)).
✓ Essor du narcotrafic : l’essor de l’agro-business est un obstacle à l’agriculture vivrière car
les produits issus de ce complexe sont onéreux et destinés à une consommation de
masse. Ainsi, l’essor de l’agro-industrie a mis en difficulté la société rurale : 52% de la
population rurale vit en dessous du seuil de pauvreté. Pour lutter face à cette
paupérisation, les paysans se tournent vers la production de coca car, en devenant des
cocaleros, ils voient leurs revenus se multiplier par 3 en moyenne par rapport aux cultures
traditionnelles (l’hectare de coca rapporte 6000$/an contre 800$/an pour un hectare
de cacao par ex.). Du coup, Pérou, Colombie et Bolivie sont devenus les trois premiers
producteurs mondiaux de cocaïne.

➢ LE RÔLE DES ÉTATS DANS LA RÉDUCTION DES INÉGALITÉS ET L’APAISEMENT SOCIAL

- A l’échelle continentale : les organisations régionales mettent en place des politiques


d’intégration des zones les plus enclavés. Par ex, l’IIRSA, Initiative d’intégration de
l’infrastructure régionale d’Amérique du sud, est un vaste programme de construction de
nouvelles routes, de ponts, de voies fluviales et de liaisons énergétiques et de
communication spécialement dans les zones tropicales et andines. C’est un des résultats
du premier sommet sud-américain des présidents (2000).
- A l’échelle nationale :
✓ Politiques d’aménagement du territoire avec la création de zones franches comme
levier de développement régional. Exemple de Manaus avec un décret fédéral en 1967
qui instaure un régime fiscal particulier dans une vaste zone de 10 000 km2 englobant

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la ville de Manaus. Volonté de créer au cœur de la forêt amazonienne un pôle
industriel, agricole et commercial, doté de certains avantages fiscaux pour compenser
son éloignement par rapport aux grands centres de consommation du Brésil. En 1967, la
capitale du caoutchouc brésilienne ne compte que 200 000 habitants et traverse une
crise, alors que le parc industriel de Manaus est aujourd’hui la zone franche la plus
importante d’Amérique latine, avec 80 000 emplois, tandis que la ville compte
désormais 2M d’habitants.
✓ Pour la réduction des inégalités au sein de la population, cf. CCTP.
- A l’échelle des villes :
✓ Politiques de pacification au sein des villes avec les opérations des UPP depuis 2008
(Unités de Police Unificatrice) pour reconquérir les favelas aux narcotrafiquants.
✓ Volonté d’insérer les bidonvilles dans le tissu urbain formel : ex, en 2008, 85% des voies
du complexe de la Marée (bidonville de Rio de Janeiro) sont dotées d’un nom)
- Bilan de l’action des États :
✓ Réduction de la pauvreté : sur l’ensemble de l’Amérique latine, l’IDH passe de 0,65 en
2000 à 0,73 en 2011, contre 0,45 en Afrique Subsaharienne (vraie sortie du sous-
développement).
✓ La corruption aggrave la méfiance qui existe entre la population et les autorités et
décrédibilisent un système politique déjà fortement critiqué. Exemple : scandale du
« mensalao » (grosse mensualité) révélé en 2005 au Brésil : versement de pots-de-vin à
des députés en échange de leur vote en faveur de projets de lois du pouvoir exécutif.
25 hommes politiques dont l’ex-président du Parti des Travailleurs, José Geniono (6 ans
de détention) sont reconnus coupables d’avoir pris part à un réseau de corruption en
2012
✓ La collusion avec des systèmes mafieux : pèse un mandat d’arrêt international contre
le chef d’État du Surinam, le colonel Desi Bouterse, pourtant élu chef de l’UNASUR (il a
été condamné à 11 ans de prison en 1999 par la justice des Pays-Bas pour trafic de
cocaïne)
✓ Une gestion des richesses critiqué par les populations : fronde social qui a poussé plus
d’1M de Brésiliens dans la rue en 2013 suite à l’augmentation du prix du billet de bus de
3 à 3,20 réaux à Brasilia, comparée aux importants investissements réalisés dans les
stades pour la Coupe du monde de Football en 2014 et les JO en 2016

➢ DÉPENDANCE OU AFFIRMATION GÉOPOLITIQUE DE L’AMÉRIQUE LATINE ?

- Un continent longtemps sous la dépendance des Européens, mais dès la doctrine Monroe
en 1823, les États-Unis imposent leur hégémonie sur le continent latino-américain
✓ La doctrine Monroe de 1823 pose des bases théoriques de l’hégémonie américaine en
Amérique latine : avec une l’idée directrice d’une « Amérique aux Américains » : toute
intervention européenne en Amérique Latine serait jugée comme inamicale et
inversement, les EU s’abstiennent de toute intervention en Europe. Les EU se présentent
comme les défenseurs du continent face aux anciennes puissances coloniales
européennes
✓ Application pratique de cette théorie : la guerre hispano-américaine : pendant la
guerre d’indépendance cubaine contre l’Espagne, les EU envoie un cuirassé (Le Maine)
en 1998 pour protéger les intérêts américains dans le pays. Son explosion dans le port
de la Havane implique les EU dans ce conflit, qui se solde en la même année par le
traité de Paris où l’Espagne cède ses dernières possessions d’Amérique Latine aux EU
(Cuba et Porto Rico).
✓ La domination américaine se traduit par un impérialisme économique et politique,
notamment sous Theodore Roosevelt (1901-1909) :

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❖ Politique avec la Big Stick Policy : les EU s’arrogent unilatéralement un droit de
police sur l’ensemble du continent car la paix et la sécurité des EU nécessitent ce
droit d’intervenir hors de ses frontières
❖ Economique avec la construction du Canal de Panama (1904-1914) : en échange
d’indemnités versées à la Colombie, les EU obtiennent un droit d’exploitation et
d’autorité sur une zone de 10 miles autour du canal. Face à la montée des courants
anti-impérialistes (Ligue anti-impérialiste américaine) et pour ne pas bafouer le droit
des peuples à disposer d’eux-mêmes ; les EU privilégient le contrôle indirect à la
présence permanente d’une armée et d’une administration. Exemple : malgré
l’indépendance de Cuba en 1902, les Américains dominent le pays
économiquement (via les investissements et les échanges commerciaux) et
politiquement (via la dictature favorable aux intérêts américaines et via
l’amendement Platt inséré dans la Constitution cubaine qui autorise l’ingérence
américaine sur l’île)
❖ Puis impérialisme monétaire avec la diplomatie du dollar dès l’administration Taft
(1909-1913) : Incorporation des États d’Amérique centrale dans la zone dollar et
investissements massifs (United Fruit Company notamment, qui possédait 10% du
territoire du Costa Rica en 1915)
- Le continent est ensuite pris dans les rouages de la Guerre Froide dans le cadre de la
politique de containment des EU
✓ La doctrine Truman en 1947 : il s’agit de contenir l’expansion du communisme (stratégie
du containment), doctrine qui a valu pendant toute la guerre froide :
❖ La réactivation des alliances : signature du TIAR (Traité interaméricain d’assistance
mutuelle) en 1947 qui institue une solidarité collective en cas d’agression extérieure
❖ Face à l’expansion des guérillas communistes en raison du prosélytisme itinérant de
Che Guevara, les EU multiplient les interventions indirectes via la CIA (les
gouvernements pas assez favorables aux intérêts américains sont renversés) ex : en
1973, au Chili, le socialiste Allende (nationalisation des mines de cuivre exploitées
par les EU en 1971) est renversé par Pinochet
❖ Les EU soutiennent même des dictatures qui violent les droits de l’homme. Ex : le
Président Reagan appuie le général Rios Montt (Guatemala) qu’il considère
comme « un homme d’une grande intégrité, totalement voué à la démocratie » (en
2013, il fut condamné à 80 ans de prison pour avoir massacré 1771 mayas entre 1960
et 1996)
✓ Mais l’Amérique latine est aussi une zone stratégique pour l’URSS :
❖ A partir de 1959 (arrivée du communiste Fidel Castro au pouvoir), elle dispose d’un
allié aux portes des EU : l’installation de missiles soviétiques en 1962 fait craindre un
conflit nucléaire entre les 2 Grands mais se solde par un compromis (l’URSS retire ses
missiles et les EU s’engagent à ne pas envahir Cuba)
- Depuis la fin de la guerre froide, le continent latino-américain tente de s’affirmer sur la scène
internationale par la recherche d’une indépendance géopolitique
✓ Après la GF, l’Amérique Latine est tiraillée entre :
❖ La volonté de créer des ensembles régionaux indépendants des EU tel que le
Mercosur (1991) ou dans une logique d’opposition l’ALBA (Alliance bolivarienne
pour les Amériques). MERCOSUR (Marché Commun Sud-Américain, siège à
Montevideo) : créé en 1991 avec le traité de Asunción (Paraguay) c’est une
alternative au processus d’intégration mené à Washington, qui regroupent le
Venezuela, le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay. 4 ème bloc économique
mondial en termes de volumes d’échanges. 82% du PIB d’Amérique latine,
considérée comme la plate-forme industrielle la plus dynamique de l’hémisphère
Sud. Exemple de décision : août 2010, adoption d’un Code douanier commun de
plus de 200 articles

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❖ La volonté de signer des accords de libre-échange avec les EU sur le modèle de
l’ALENA : le Nicaragua est signataire de l’ALEAC en 2004 (Accord de libre-échange
entre l’Amérique centrale, les EU et la République Dominicaine) mais est également
membre de l’ALBA depuis 2005
✓ Vers un changement d’aire d’influence ?
❖ Glissement dans la sphère d’influence économique et géopolitique chinoise : la
Chine est un partenaire commercial du continent incontournable (ex. la Chine est
le 1er partenaire commercial du Brésil en 2009 supplantant le Brésil, elle est devenue
le 2ème partenaire commercial du Mexique avec des échanges qui sont passés de
4MM$ en 2000 à 62MM$ en 2012). Ceci se fait néanmoins au prix d’une asymétrie
des échanges : la Chine exporte des produits manufacturés à haute valeur ajoutée
(concerne 90% de ses exportations vers l’Amérique Latine), alors que la logique
chinoise est de sécuriser ses approvisionnements en matières premières (les
investissements pétroliers de la Chine au Brésil sont passés de 400M$ en 2010 à
20MM$ en 2014). Ceci a pour conséquence le creusement des déficits
commerciaux avec la Chine (déficit mexicain de 50MM$ en 2013) et favorise la
reprimarisation des économies latino-américaines. Par ailleurs sur le plan
géopolitique, le continent connaît l’influence du soft power chinois : le continent
compte 35 instituts Confucius, avec un nombre d’élèves qui a cru de 55% depuis
2010.
❖ Mais aussi de nouveaux partenariats stratégiques avec l’UE via l’organisation de
sommets Europe-Amérique Latine depuis 1999 : ces partenariats ne se limitent pas
exclusivement à l’aspect économique : dès la déclaration de Rio en 1999 s’organise
une coopération pour la lutte contre le narcotrafic. Le sommet de Madrid en 2010
annonce la signature d’accords de libre-échange avec le Pérou et la Colombie
par exemple.
✓ Ou une affirmation d’indépendance géopolitique et l’élaboration d’un soft power latino-
américain ?
❖ Formation d’organisations régionales (cf.)
❖ Organisation du premier forum social à Porto Alegre en 2001
❖ Organisation d’événements internationaux (la Coupe du monde de football au
Brésil en 2014 - JO à Rio de Janeiro en 2016)
❖ Participation active dans les instances supranationales : le brésilien José Graziano
da Silva est le président de la FAO depuis 2011, et Roberto Azevêdo préside l’OMC
depuis 2013
❖ Nouvel acteur de l’aide international : le Brésil qui devient un acteur important de
l’aide humanitaire (contributions s’élevant à 3,5MM$ en 2010)

➢ URBANISATION

- Un des continents les plus urbanisés au monde :


✓ Des taux d’urbanisation élevés en moyenne : 81% en 2010, mais comme toujours, des
disparités : 61% pour l’Equateur contre 90% en Argentine
✓ 3 villes latino-américaines parmi les 10 premières agglomérations mondiales en 2010 :
❖ Sao Paulo au Brésil (3ème rang, 20M d’habitants)
❖ Mexico au Mexique (5ème rang, 19M d’habitants)
❖ Buenos Aires en Argentine (10ème rang, 13M d’habitants)
- Phénomène de métropolisation : concentration des activités ex : le RSP (ratio de
surproductivité) est supérieur à 1,25 à Sao Paulo (la production par habitant de la métropole
est 1,25 fois supérieure à la production moyenne nationale par habitant), voire de
macrocéphalie urbaine : Buenos Aires représente 35 % de la population de l’Argentine,
Mexico 18 % de la population du Mexique.

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- Les défis que pose l’explosion urbaine
✓ Croissance de l’habitat informel : 111 millions de Latino-Américains (sur un total de 588
millions) vivent dans des bidonvilles - 40% des habitants de Sao Paulo
✓ L’insuffisance des équipements : 68% des ménages n’ont pas accès à l’eau potable,
43% n’ont pas accès au tout-à-l’égout
✓ Des conditions sanitaires déplorables : en 1994, 53% des cas de diphtérie furent recensés
dans les bidonvilles de Quito
✓ Un emplacement sur des terrains à risque : accidents mortels de glissements de terrains
(en avril 2010, 250 personnes sont mortes à Rio de Janeiro à cause de glissements de
terrain suite à des pluies torrentielles dans des quartiers d’’habitat informel)
✓ Une forte criminalité (cf.)
✓ La hausse de la pauvreté dans les villes : Entre 1970 et 2000, le nombre des pauvres
vivants dans les villes latino-américaines est passé de 44 à 220 millions.
✓ L’accélération du processus de ségrégation urbaine (cf.)
- Les réponses par l’État, les entreprises et la société civile
✓ Par l’État (cf. UPP)
✓ Par la société civile : Les habitants s’organisent en associations de quartier pour obtenir
une certaine reconnaissance et s’affirmer comme de véritables citoyens de la ville. Ex :
Villa El Salvador, au Pérou. Chaque pâté de maison de 24 familles élit un délégué. Ces
120 délégués forment la CUAVES (communauté urbaine autogérée de Villa El Salvador)
qui a notamment créé des cantines collectives (concernant 30% de la population) où
les femmes travaillent bénévolement une fois par semaine.
✓ Par les entreprises : dans le cadre du Programme de normalisation des zones informelles
lancé en 2000, la société Light Serviços de Electricidas SA vise à répondre aux besoins
d’infrastructures électriques des bidonvilles : en 2005, 176 000 personnes ont accès à
l’électricité grâce à l’action de l’entreprise.

➢ FRACTURE ET UNITÉ EN AMÉRIQUE LATINE :

Le « rêve bolivarien » : pendant la guerre d’indépendance du Venezuela, l’homme d’État Simon


Bolivar a pensé que la destinée de l’Amérique issue de l’Empire espagnol était d’être unie pour
affronter les défis du futur. Ainsi, il évoque une nécessité d’unité dans sa célèbre « Lettre de la
Jamaïque » en 1815.
- Des éléments d’unités
✓ Economique :
❖ Des structures économiques semblables : cf. Des défis communs : reprimarisation -
défi de l’économie informelle (d’après la CEPAL, l’économie informel emploie 35%
de la main d’œuvre latino-américaine).
❖ « Désindustrialisation précoce » : Livre de Pierre Salama : Les économies émergentes
latino-américaines : concept de « désindustrialisation précoce » qui touche des
pays d’Amérique latine. En effet : baisse relative de la part de l’industrie dans le PIB
qui intervient plus tôt que dans les pays développés, c’est-à-dire avec des revenus
par habitant moitié moindre.
✓ Politique :
❖ Une démocratisation du continent : en 1978, 12 des 20 pays latino-américains
étaient dirigés par des régimes militaires comme celui de Pinochet au Chili (1973-
1990). Seuls trois pays (Colombie, Costa Rica et Venezuela) avaient des régimes
démocratiques. Aujourd’hui, la plus grande partie des gouvernements latino-
américains sont issus d’élections reconnues globalement comme régulières.
❖ Inachèvement de la maîtrise du territoire : les favelas aux mains des mafias de la
drogue (cf.), les régions productrices de coca (cf.), et les guérillas dans les zones
reculées comme les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie –

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mouvement paysan marxiste qui étend son pouvoir sur 40% du territoire colombien
=> enlèvements, extorsion de fonds, etc.)
✓ Culturel et social :
❖ Héritage de la colonisation hispanique, notamment religieux et linguistique : 40%
des catholiques du monde habitent en Amérique latine – nomination du premier
pape latino-américain Jorge Mario Bergoglio en 2013. Lieu unique au monde où 21
pays sont unis par deux langues (l’espagnol et le portugais) très communes
❖ L’émergence d’un soft power culturel : les exportations des telenovelas constituent
un formidable canal de diffusion de la culture latino-américaine avec 2MM de
téléspectateurs dans le monde : notamment dans les pays africains lusophones
(Angola) et aux EU avec le poids démographique de la population hispanique (16%
de la population totale)
❖ Le continent des inégalités (cf.)
❖ Urbanisation généralisée (cf.)
- Des disparités
✓ Economique : cf. Poids du Brésil – pays en retard (Equateur – Guatemala => Amérique
centrale)
✓ Idéologique : fracture continentale au niveau des relations avec les EU => axe anti-
américain comme l’ALBA (Alternative bolivarienne pour les Amériques lancé en 2004
par Castro et Chavez afin de former un front de refus de l’impérialisme des EU) (cf.) mais
le Mexique, disposant d’une interface privilégiée avec les EU, entretient des liens étroits
avec le géant (80% des échanges commerciaux mexicains se font avec les EU). Cela
freine une intégration latino-américaine.

Thème 7 : LES ÉTATS-UNIS

➢ LES RÉSEAUX DE LA PUISSANCES AUX ÉTATS-UNIS

- Les indicateurs de la puissance américaine


✓ Suprématie américaine :
▪ Militaire : possibilité d’intervenir dans le monde entier avec ou sans l’aval de la
communauté internationale (cf. guerre en Irak en 2003)
▪ Economique : en 2013, selon le classement Fortuna Global 500, les EU compte 128
FMN parmi les 500 premières mondiales, soit 25% environ. C’est le pays qui en
présente le plus, suivi par la Chine (95)
▪ Culturel : l’anglais est la langue véhiculaire mondial
▪ Technologique : en 2007 selon l’Observatoire des sciences et des techniques, les EU
sont le premier investisseur mondial en R&D avec des dépenses intérieures en R&D
de 373MM$ en 2007, et 1,4M de chercheurs. On parle de « Technology gap »
▪ Puissance complète : à la fois continentale (4ème superficie mondiale derrière la
Russie, le Canada et la Chine, avec un territoire valorisé et maîtrisé) et maritime
(ouverture sur le monde avec 4 façades maritimes sur le Golfe mexicain et les
océans Arctique, Pacifique et Atlantique).
▪ Ainsi, à partir de 20 critères différents (appartenance au G7, au Conseil de Sécurité
de l’ONU, au PNB, au nombre de prix Nobel, au volume des IDE, etc.), Gérard Dorel
dans La Puissance des États (1998) a largement placé les États-Unis à la première
place dans son classement des puissances mondiales (93 points sur 100 contre 33 à
28 pour les nations suivantes, RU, Allemagne, France, Japon et Russie).
✓ Hard power & Soft Power : Dans Bound to Lead : the changing nature of American power
(1990), Joseph Nye, secrétaire adjoint à la défense sous l’administration Clinton entre
1994 et 1995, prédit que les EU vont continuer à dominer le monde grâce à l’articulation
du hard et du soft power. Pour lui, le hard power est l’utilisation de moyens politiques et

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institutionnels, stratégiques et militaires, mais aussi économiques, pour imposer par la
force, par la coercition et par le conflit si nécessaire, sa volonté aux autres acteurs du
monde (capacité militaire avec la puissance stratégique du Pentagone, puissance
économique (le « gold power »), et une puissance administrative car les politiques
américaines influent sur le monde). Le soft power renvoie au contraire à la capacité
d’atteindre des objectifs internationaux par l’adhésion plutôt que par la contrainte
(capacité à organiser les rencontres internationales (l’ « agenda setting »), promotion
de valeurs américaines comme le libre-échange au sein du GATT puis l’OMC, etc.).
- L’hégémonie diplomatique et militaire
✓ Indépendance diplomatique : Les EU occupent une place prépondérante dans les
grandes institutions internationales dont ils sont, pour la plupart, à l’origine (Accords de
Bretton Woods débouchant sur la création du FMI et de la BIRD (Banque Internationale
pour la Reconstruction et le Développement) dont les sièges sont situés à Washington).
Par exemple, pour modifier la charte fondatrice du FMI, 85% des voix sont nécessaires
au sein du conseil d’administration. Les EU, détenant 16,8% des voix, sont l’unique pays
qui, isolément, dispose d’une minorité de blocage. Indépendance à telle point que les
EU se situe parfois au-dessus de la communauté internationale : refus de ratifier certains
accords internationaux comme le traité ABM (antimissile balistique en 1972), le
protocole de Kyoto (1997), le statut de la Cour pénal internationale (1998), etc.
✓ Suprématie militaire : en 2011 selon le SIPRI (Stockholm International Peace Research
Institute), les EU ont les plus grandes dépenses militaires avec 801MM$, soit 5,3% du PIB,
suivis par l’UE (300MM$). Le budget militaire élevé est hérité de la Guerre Froide - au
cours de laquelle les EU ont d’ailleurs conclu de nombreuses alliances stratégiques dont
l’OTAN (1949) – ainsi que de l’administration Bush et des attentats du 11 septembre 2001.
Le dispositif militaire américain est global : la structuration des forces opérationnelles
repose sur quatre commandements à vocation fonctionnelle (le Strategic Command
responsable des forces nucléaires, des opérations spatiales et de la « guerre
informatique » ; le Transportation Command responsable des moyens de transport et de
la projection opérationnelle de l’armée ; le Special Operations Command qui regroupe
les forces spéciales ; le Forces Command qui gère l’évolution de l’armée américaine),
et six commandements à vocation géographique (ce sont les six Unified Combatant
Comands qui coordonnent plusieurs armées (les cinq corps : US Navy, US Army, US Air
Force, US Marine Corps, US Coast Guard) et dirigent les missions opérationnelles dans
leur aire géographique : Pacific Command, Southern Command, Central Command,
European Command, Northern Command, Africain Command). Ce dispositif est
complété par le réseau Echelon, système global de surveillance capable d’intercepter
les télécommunications à travers le monde. Cette suprématie militaire américaine
repose sur la forte synergie entre le secteur militaire et la R&D. Ainsi, 8 des 12 plus
grandes entreprises mondiales de l’armement sont américaine (Lockheed martin,
Boeing, Northrop Grumman, etc.). La nuance que l’on peut apporter au « Technology
gap » est celle d’un investissement systématique américain dans tous les domaines
technologiques, coordonné par la Defense Advanced Research Program Agency
(DARPA), ce qui est très coûteux. Du côté européen au contraire, la politique de
recherche est sélective : le modèle français privilégie la réflexion a priori coordonnée
par la Délégation générale pour l’armement (DGA) pour définir et circonscrire les
domaines technologiques à explorer. Ainsi, au-delà de l’idée d’une supériorité
technologique américaine globale, le Technology gap n’est pas réel dans les domaines
retenus par l’Europe comme prioritaires.
- Mutations dans les formes de la domination économique
✓ Déclin économique américain apparent : PIB qui représentait 50% du PIB mondial en
1945 contre 25% en 1990, et 20% en 2013 (16800MM$), ainsi qu’un double déficit
(commercial et budgétaire) croissant depuis les années 1970. Le déficit de la balance

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commercial américaine a des conséquences sur les équilibres financiers et
géopolitiques mondiaux : les principaux partenaires des EU dégagent en effet des
excédents parfois très importants (Allemagne, Japon, Chine et pays pétroliers) qu’ils
peuvent réinjecter dans l’économie américaine (sous la forme par exemple d’achat de
Bons du Trésor américain), ce qui accentue les relations d’interdépendance entre les
EU et les autres puissances économiques mondiales. De plus, en terme de capitalisation
boursière, 8 des 10 plus grandes firmes mondiales était américaine en 2002 contre 4 sur
10 aujourd’hui.
✓ Mais c’est un déclin en trompe-l’œil : la part du dollar dans les réserves de change des
banques centrales à travers le monde confirme son statut comme monnaie de
références à l’échelle internationale (en mars 2011, 60,7% pour le dollar contre 26,6%
pour l’euro). Les EU restent la 1ère puissance commerciale du monde, tant en raison du
volume des échanges qu’en raison de la capacité qu’ils ont à imposer le libre-échange
à leurs partenaires (parfois de façon agressive comme en témoigne la formule de Carla
Hills, représentante pour le commerce de Février 1980 à Janvier 1993 : "Nous ouvrirons
les marchés étrangers avec une barre à mine où cela est nécessaire, mais avec une
poignée de main toutes les fois où cela est possible"). Enfin, parallèlement, aux
mutations de l’appareil productif américain, l’économie américaine a connu un
processus de tertiairisation qui, loin de réduire sa puissance, l’accroît au contraire.
✓ Un appareil productif qui reste de premier ordre
▪ L’agriculture américaine est intégrée dans un complexe industriel qui occupe
environ 15% de la population active et représente 18% du PIB. SAU de 430M
d’hectares contre 30M en France. Les EU manient ainsi l’« arme verte » évoquée par
Earl Butz, secrétaire américain à l’Agriculture en 1975 : « l’alimentation est une arme,
c’est l’un de nos principaux instruments de négociation ».
▪ Malgré un certain déclin des industries traditionnels aux EU ces dernières années
(notamment l’automobile, où ils sont passés du rang de 1er producteur en 2003 au
rang de 3ème en 2010, derrière la Chine et le Japon), les EU occupent quasiment sans
partage les avant-poste dans les secteurs technologiques (en 2003, le secteur des
biotechnologies représente un chiffre d’affaires de 35,9MM$ aux EU contre 2,5MM$
au RU, 1,7MM$ au Canada, 0,5MM$ en Allemagne, etc.).
▪ Les FMN et même les moyennes entreprises américaines ont suivi la logique de la
mondialisation en organisant leur production à l’échelle globale (cf. Boeing, Nike
avec la conception des produits à Seattle mais sous-traitant sa production en Asie).
Par-delà l’image quelque peu négative de la désindustrialisation, qui traduirait le
déclin de la puissance productive américaine, cette structuration géographique
incarne au contraire un rapport de domination du centre (les EU) sur la périphérie.
✓ Tertiairisation de la domination sous trois modalités :
▪ Domination scientifique et technologique qui repose sur un foisonnement de
programmes (comme le programme Sematech sur les semi-conducteurs initié en
1985 par les grandes entreprises informatiques et électroniques), d’acteurs
(entreprises privées pour la recherche industrielle ; l’État (Pentagone, NSF (National
Science Foundation)), universités et des laboratoires (Harvard, Yale, etc.) Pour la
recherche fondamentale) et de dispositifs de recherche.
▪ Les industries culturelles sont un nouveau plier de l’économie et de l’hégémonie
globale des EU. Ce sont un ensemble d’activités tournées vers l’exploitation
marchande de la création esthétique et sémiotique (cinéma, enregistrement
musical, édition, jeux-vidéos, etc.). Ces industries sont le premier poste d’exportation
du pays – le chiffre d’affaires global du secteur des produits culturels passe de
80MM$ à 380MM$ entre 1980 et 1998. Secteur porté par des grandes firmes (Time
Warner, Walt Disney ou New. Corp.). Ainsi, les films américains drainent 85% des
recettes mondiales. L’autre facette de la puissance culturelle américaine est

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constituée par les marques : en 2000, sur les 15 premières marques mondiales (en
terme de chiffre d’affaires), douze sont américaines (Caca Cola, Microsoft, IBM,
Intel, Disney, etc.).
▪ Malgré la crise de 2008, l’activité financière mondiale est « sous contrôle »
américain : les EU étant bénéficiaires de la globalisation financière, ils l’ont
encouragé, notamment sous l’administration Reagan avec par exemple la
suppression du MacFarden Act de 1927 qui imposait une limité géographique à
l’intervention des banques commerciales. Dans les années 2000, les plus grands
établissements bancaires américains comptaient parmi les plus dynamiques et les
plus profitables du monde (en 2006, Citigroup était la première banque mondiale
avec un chiffre d’affaires de 150MM$). En dépit de la crise avec des faillites ou
rachats de nombreuses banques américaines (Lehmann Brothers, Merrill Lynch), les
marchés financiers des EU restent les plus importants du monde, faisant de NY le
pôle directionnel de la planète. Puissance croissante des institutions financières non
bancaires américaines qui accroît le pouvoir d’influence américain par le contrôle
financier des entreprises. En 2000, leurs actifs représentent 70% du PIB américain.
Cette puissance américaine – au sens du hard power - est-elle nécessaire dans un monde où le
multilatéralisme tend à l’emporter sur l’unilatéralisme américain ? En réponse à cette question,
Bertrand Badie évoque l’« impuissance de la puissance » américaine (L'impuissance de la
puissance : Essai sur les nouvelles relations internationales 2004). La fin de l’ordre bipolaire en 1991
a assisté à la remise en cause de l’État comme pivot des relations internationales et dévoilé les
apories de la puissance. La crise irakienne en a d’ailleurs révélé les impasses et le paradoxe : la
puissance d’aujourd’hui se mesure à la capacité de concevoir les enjeux, d’obtenir des résultats.
Or les États-Unis, Léviathan de l’échiquier international, ont la plus grande difficulté à faire face aux
nouveaux défis. Ce réservoir de puissance subit en outre une contestation des plus farouches à son
égard, avec un anti-américanisme croissant aux formes parfois extrêmes (terrorisme).

• Pistes de réflexion :

LA RÉVOLUTION ÉNERGETIQUE AVEC LE PÉTROLE ET LE GAZ DE SCHISTE

LA QUESTION DE L’ENVIRONNEMENT

LA QUESTION SOCIALE

2ème PARTIE : LA MONDIALISATION

Thème 1 : LA MONDIALISATION

➢ RÉFLEXIONS

Le processus de mondialisation résulte d’une convergence de logique à l’œuvre dans plusieurs


domaines. Les améliorations techniques, les transports, la production, la révolution numérique des
communications et celle de l’informatique permettent des ruptures quantitatives et qualitatives
dans les échanges. L’organisation en réseau du monde permet une « abolition de la géographie »
(J.F. Gravier) au sens où les distances perdent leur sens, tout en jouant sur les différenciations offertes
par les territoires. C’est l’élaboration d’un « système-monde » (Immanuel Wallerstein), une
organisation systémique autour de centres s’appuyant sur des périphéries, avec l’imposition d’un
mode de production unique. Malgré les nombreuses définitions que les auteurs donnent à la
mondialisation, tous convergent en soulignant que la mondialisation permet l’« invention d’un
espace d’échelle mondiale » (Jacques Lévy, L’Invention du Monde. Une Géographie de la

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mondialisation, 2008). La mondialisation garde cependant une forte connotation économique
puisque pour beaucoup, dont Suzanne Berger, il s’agit d’une « série de mutations qui tendent à
créer un seul marché mondial pour les biens et les services, pour le travail et le capital » (Notre
première mondialisations : Leçons d’un échec oublié, 2003), mais elle s’accompagne d’une
logique interne particulière, la globalisation, qui conçoit la relation entre les hommes et leur milieu :
Laurent Carroué la définit comme les « interrelations et interactions des sociétés humaines avec
leurs milieux naturels, les actions humaines bouleversant ou affectant le fonctionnement du globe
terrestre ».

➢ LES PRÉMICES DE LA MONDIALISATION AVEC LA PHASE D’INTERNATIONALISATION 1945-1973 :


FACTEURS ET MANIFESTATIONS

- Ouverture des économies alliées sous l’impulsion des États-Unis (qui sortent de
l’isolationnisme en 1941), notamment via la création d’institutions internationales définissant
un nouvel ordre économique :
✓ Accords de Bretton Woods en 1944 qui mettent en place le Gold Exchange Standard.
Toutes les monnaies sont définies en dollar et seul le dollar est convertible en or. Cela a
ainsi permis d’assurer la stabilité et la convertibilité des monnaies jusqu’en 1971
(suspension de la convertibilité–or du dollar par Nixon mais aussi date du premier déficit
commercial américain du 20ème siècle).
✓ Création du GATT en 1947 (General Agreement on Tarifs and Trade) pour créer un ordre
économique international fondé sur des principes libéraux (réduit au PDEM car réunit
au départ 23 pays) – Conséquence de l’échec de la Charte de la Havane de 1947 qui
devait créer l’OIC (Organisation Internationale du Commerce) mais que les EU ont
refusé car pas assez libérale :
❖ Clause de la nation la plus favorisée : un pays qui accorde un avantage
commercial à un autre doit l’étendre aux pays signataires du GATT
❖ Interdiction du dumping et des subventions à l’exportation
❖ Interdiction des contingentements (quotas d’importations et d’exportations)
❖ Annonce et fixation des droits de douanes pour réduire le protectionnisme. Ainsi,
lors des grands cycles de négociations du Kennedy Round 1963-1967 et du
Tokyo-Round 1973-1979 (le RU intègre le GATT), les droits de douanes baissent
successivement de 30 et 35%, preuve que l’affaissement des barrières
commerciales était déjà enclenché avant la mondialisation.
- Développement des flux de capitaux
✓ L’essentiel vient des EU (en 1960, 60% des IDE mondiaux viennent des EU) : les
capitaux répondent à un besoin de financement de la forte croissance
✓ Favorisé par la convertibilité des monnaies et les créations de BMN
✓ Diversification des pays émetteurs (Japon et Europe qui se reconstruisent
rapidement)
- Des progrès techniques :
✓ Révolution des transports maritimes avec la conteneurisation : inventé en 1956 par
l’américain Malcolm Maclean, le conteneur est un caisson métallique permettant
de transporter en toute sécurité et avec rapidité des marchandises manufacturées
conditionnées dans des emballages standardisés.
- La révolution énergétique du pétrole (le pétrole supplante le charbon en 1948), énergie
à l’époque peu coûteuse et abondante, a permis une réduction du prix du transport
maritime et ainsi initié une maritimisation des transports. Ainsi, les exportations mondiales
ont été multipliées par 20 entre 1945 et 1973.
- Mise en place d’une division internationale du travail, prémices d’une division
internationale du processus de production avec le développement des FMN dès 1949

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aux EU : le gouvernement américain protège ses firmes et encourage les IDE (cf.
Création de l’OPIC Overseas Private Investment Corporation en 1971).
Bidermann, groupe de confection de vêtements masculins français, a délocalisé leur
production de pantalon en Hongrie en 1974
- Néanmoins, cette phase reste une internationalisation et non une mondialisation :
✓ Le bloc de l’Est autocentré se protège de l’internationalisation capitaliste : rejet du
plan Marshall et du GATT auxquels s’oppose le CAEM en 1949 (Conseil d’Assistance
Economique Mutuelle) : par exemple, obligation de l’usage de rouble dans les
transactions interétatiques.
✓ Le Tiers-Monde reste marginalisé au sein de l’économie mondiale : 7% de la
production industrielle mondiale en 1969 alors qu’il représente 60% de la population
mondiale. Cependant, réel effort pour intégrer ces espaces dans le commerce
mondial : Le GATT s’étend au Sud et à l’Est, surtout avec la mise en place des SPG
(Système Généralisé de Préférences, 1968) qui autorisent les avantages
commerciaux en faveur des pays en voie de développement.
✓ Au Nord, le poids de l’État freine l’avènement d’une mondialisation libérale : cf.
France
✓ Enfin, l’internationalisation n’est centrée que sur trois pôles (Europe, Japon et États-
Unis) qui décident des modalités de l’ouverture économique. Ainsi, ces trois pôles
formant la « triade » (1985, l’économiste japonais Ohmae dans son ouvrage Triade
Power : The Coming Shape of Global Competition) rassemblent 70% du commerce
international.

➢ À PARTIR DES ANNÉES 1980, LA MONDIALISATION TRIOMPHANTE

- Les causes du tournant


✓ La mise en réseau du monde par les NTIC : les NTIC ont permis une
internationalisation des marchés de capitaux et ainsi qu’un développement des FTN
grâce à la mise en place d’une économie en temps réel (les centres de
commandements étant désormais reliés instantanément entre eux et aux centres
de productions, les FTN ont pu adopté une gestion globale. Le taux de pénétration
de l’informatique dans les entreprises françaises passe de 29% en 1979 à 91% en
2004).
✓ Toujours l’abaissement des droits de douanes lors des rounds et la déréglementation
financière (cf. infra) qui ont permis l’essor des flux commerciaux et des IDE. Au sein
du GATT, les cycles de négociations tentent d’entendre les pays membres autour
de principes libéraux communs (Tokyo Round 1973-1979, Uruguay Round 1986-
1994) : les taux de douanes sont de 12% en 1970 contre 4% en 2000
✓ Le retour de l’idéologie libérale dans les politiques nationales :
❖ Les chocs des années 1970 remettent en cause la régulation fordo-keynésienne
préparant une révolution néo-libérale aux EU (Reagan 1981-1989), au Royaume-
Uni avec Thatcher (1979-1990) et en France avec le tournant de la rigueur sous
le gouvernement Mauroy. On parle de Reagonomics en ce qui concerne les
réformes libérales de Reagan au début des années 1980. Ces États favorisent
par exemple l’ouverture aux capitaux étrangers.
✓ La chute de l’URSS en 1991 : cette chute permet de renouer des liens Est-Ouest, et
donc un commerce Est-Ouest favorable à la mondialisation des échanges.
✓ L’environnement devient une préoccupation mondiale ce qui encourage les pays
à mettre en place une gestion globale de la lutte contre la dégradation de
l’environnement (globalisation). En 1973, la crise pétrolière fait prendre conscience
du problème de l'épuisement des ressources. De plus, la fin des années 1970 et le
début des années 1980 sont marqués par plusieurs grandes catastrophes

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environnementales et industrielles comme la catastrophe de Seveso en 1976. Un
nuage contenant de la dioxine s’était échappé d'un réacteur de l'usine chimique
Icmesa, et s’était répandu sur en Lombardie (Italie). Ainsi, cette gestion globale
s’illustre par le rapport Brundtland de 1987, officiellement intitulé Notre avenir à tous
(Our Common Future). C’est une publication rédigée en 1987 par la Commission
mondiale sur l’Environnement et le Développement de l'Organisation des Nations
unies, et il définit la notion popularisée du développement durable. Il sera un des
fondements du Sommet de la Terre de 1992 à Rio de Janeiro réunissant une
centaine de chefs d’État et plus de 1500 ONG.
- Essor des flux de capitaux (plus rapide que les flux commerciaux) expliqué par la DIPP,
la nécessité de recycler les excédents commerciaux, mais également dans le cadre
des nouvelles stratégies globales des FTN (conquête des marchés émergents). Les IDE
sont toutes les opérations financières des firmes transnationales destinées à contrôler ou
à exercer une influence importante dans des entreprises de pays différents de la maison
mère. Les IDE sont les vecteurs principaux de la mondialisation : comparativement plus
importants que les flux de marchandises, ils jouent aujourd’hui le rôle que jouait le
commerce autrefois. Ils symbolisent la transition d’un intérêt porté sur le marché intérieur
vers l’avènement d’un vaste marché transnational. Entre 1980 et 2000, les IDE passent
de 50MM$ (5% du PIB mondial) à 1400MM$ en 2013 (25% du PIB mondial). La relation de
chaque pays avec le monde passe plus par les IDE que par le commerce, comme le
montre le cas des EU, possédant 17% du stock mondial en 2013 et dont les filiales des
firmes à l’étranger ont produit 5200MM$ la même année. Enfin, les flux de capitaux sont
une nécessité : Le recyclage des excédents japonais et allemands dans les années 1980
et 1990, auxquels s’ajoutent les chinois maintenant ont permis le financement des
déficits américains, donc de soutenir les importations américaines, condition essentielle
à une économie mondiale stable.
- Le tournant de la globalisation financière : le secteur financier est libéralisé selon la règle
des 3D :
✓ Désintermédiation : les entreprises n’ont plus besoin des banques pour se financer,
elles s’adressent directement aux marchés financiers. Ainsi, le taux d’intermédiation
des banques dans le financement des entreprises est passé de 75% en 1994 à 51%
en 2011.
✓ Déréglementation : assouplissement ou suppression des règles encadrant les
transactions financières (abandon de l’encadrement des crédits et du contrôle des
changes)
✓ Décloisonnement : interconnections du marché monétaire, du marché financier et
du marché des changes.
- Explosion des échanges commerciaux qui augmentent plus vite que la production
✓ L’ouverture de l’économie mondiale passe de 17% en 1973 à 32% en 2004
✓ Les échanges commerciaux ont été multipliés par 3 entre 1990 et 2010, notamment
dans le cadre de la DIPP supplantant la simple DIT. Dans la DIT, la totalité du
processus de production est faite dans un même pays alors que la DIPP est un
éclatement de la production : c’est l’avènement du « made in the world » (initiative
de l’OMC en 2011) avec des produits fabriqués dans le monde entier. Exemple du
Boeing 787 pour lequel travaillent 28 000 fournisseurs dans la planète entière – Japon
et Corée (ailes), Italie (queue, fuselage central), Suède (portes des soutes), RU
(roues), RU et EU (moteurs), France (portes passagers). Selon Pascal Lamy, le
contenu en importations des exportations s’élève à 40 % à l’échelle mondiale
contre 20 % il y a 20 ans (cité par le journaliste Éric Le Bouche dans un article des
Echos 30 Mars 2013)
- Mondialisation des migrations (cf.)

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✓ Immigration clandestine (cf. Lampedusa) – immigrés peu qualifiés en situation
précaire (cf. MO)
✓ Immigration de main d’œuvre qualifiée (Brain drain, cf. Afrique)
- Une diversification des acteurs :
✓ Les États : ce sont les constructeurs des organisations régionales, et dans ce sens, ils
œuvrent pour la régionalisation, composante essentielle de la mondialisation, et
donc pour le commerce intra régional.
✓ Les FTN : les FTN en général représentent 57% du PIB mondial
✓ Les ONG : cf. Afrique. En 1968, 200 ONG à Téhéran lors de la Conférence sur les Droits
de l’Homme, contre 3700 aujourd’hui
✓ Les migrations et les remises : particulièrement en Afrique : elles représentent 20%
des revenus du Rwanda et sont en forte croissance (elles sont passées de 4MM$ en
2004 à 20MM$ en 2008 en Afrique).
- La logique discriminatoire de la mondialisation : Pierre Veltz, économiste français et
spécialiste des dynamiques territoriales, évoque dans son ouvrage Mondialisation, villes
et territoires : une économie d’archipels (2005) une « économie d’archipel qui ignore de
plus en plus les zones intermédiaires ».
✓ Entre les États : les pôles de l’ancienne triade concentre encore les richesses (92%
des transactions financières, 65% du PIB mondial, et pour seulement 11% de la
population). La mondialisation requiert un certain nombre de critères d’intégration,
c’est-à-dire un environnement économique attractif (IDE) passant par une stabilité
politique et des avantages comparatifs (faible coût de main d’œuvre). Jean
Christophe Rufin évoque même des « terrae incognitae » (L’Empire et les nouveau
barbares (2001)), régions misérables et troublées que le nouvel ordre économique
mondial ignore et laisse en déréliction (cf. Somalie)
✓ Entre les régions : cf. Chine – Brésil. C’est surtout le cas dans les pays émergents et
les pays en développement où la mondialisation s’est fait de façon brutale et
rapide, laissant de côtes de vastes pans du territoire.
✓ Entre les villes :
❖ Macrocéphalie urbaine (cf. Afrique).
❖ Phénomène de métropolisation : concentration des activités de
commandement et d’innovation dans les grandes villes. 40% des sièges sociaux
des 100 premières FTN sont dans les 4 villes globales de Saskia Sassen dans The
Global City : New-York, London, Tokyo and Paris (1981, économiste néerlando-
américaine spécialiste de la mondialisation). A ce titre, Olivier Dollfus évoque
dans La Mondialisation (1996) un « archipel mégapolitain mondial », formé par
l’« ensemble des villes qui contribuent à la direction du monde ». Et même au
sein de ces villes, le pouvoir et les centres d’impulsion parviennent encore à se
confiner dans des espaces infimes, comme le montre l’opposition entre la
petitesse de La City (3,16km2) et son poids dans l’économie et la finance
mondiales.
- La question des inégalités : d’un côté, la mondialisation a coïncidé avec une diminution
de la pauvreté globale (depuis les années 1990, 500M de personnes sont passées au-
dessus du seuil de pauvreté). De plus, les écarts entre pays ont diminué avec un rapport
du niveau de vie entre les 10% les plus riches avec les 10% les plus pauvres qui est passé
de 1 à 100 en 1989 à un rapport de 1 à 90 en 2006. Processus vertueux de redistribution
permanente des richesses ? Pas certain : l’écart en valeur absolue entre les 10% les plus
riches et les 10% les plus pauvres est passé dans le même temps de 6000€ à 27000€.
L’amplification des inégalités locales est réelle, ce qui bouleverse les équilibres de
sociétés traditionnellement égalitaires comme la Chine, et accentue des tendances
antérieures y compris dans les pays riches comme en témoigne le récent ouvrage de
Thomas Piketty Le Capital au XXIème siècle (2013).

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- La mondialisation n’est cependant pas vécue sur les mêmes modes par la population :
❖ Fragilité des populations des pays ateliers, ouvriers du monde exploités dans le
cadre de conditions de travail précaire. Ainsi Fox Conn, sous-traitant taïwanais
d’Apple, a été accusée d’avoir appliqué des conditions de travail inhumaines
dans ses usines en Chine (21 suicides survenus dans les usines entre juillet 2009 et
octobre 2010)
❖ A cette population fragile et pourtant intégrée dans le système-monde
s’oppose une « hyper-bourgeoisie mondialisée » (Michel et Monique Pinçon-
Charlot dans leur ouvrage Les Ghettos du Gotha, 2005). Robert Reich parle de la
« sécession » des milieux les plus aisés dans l’Economie mondialisée (The Work
Of Nations, 1997), ceux qui sont également les mieux insérés dans l'économie
mondiale. Ils se replient dans des ghettos pour riches, protégés par des murs et
des polices privées, en relations avec le monde entier, mais volontairement
coupés de leur environnement immédiat.
- L’autre face de la mondialisation : la mondialisation grise. Elle rentre dans le cadre d’une
nouvelle organisation du monde en réseaux. Il s’agit d’un vaste réseau d’économie
informelle, licite ou illicite.
✓ Réseau de criminalité organisée qui passe par l’Afrique par exemple, nouvelle
plaque tournante de la drogue des pays producteurs (héroïne d’Asie, cocaïne
d’Amérique Latine) vers des marchés de consommateurs comme l’Europe : en
1990, 10% des saisies de cocaïne sont effectuées en Afrique contre 35% en 2010. Le
Maroc est le premier producteur de cannabis mondial.
✓ Economie formelle licite : cf. on estime à 17MM$/an la valeur des échanges
informels au sein de la SADC.
- La mondialisation face aux États-Nations
✓ L’État-nation est la coïncidence d’une organisation politique et administrative (l’État)
et d’un groupe d’individus qui se réclame d’une même identité.
✓ La mondialisation a pour conséquence directe une perte de souveraineté issue de
leur ouverture et de leur dépendance au système mondial. Ainsi, Saskia Sassen, dans
son ouvrage Critique de l’État, Territoire, Autorité et Droits de l’époque médiévale à
nos jours (2006), déclare « l’État n’est plus le siège de la souveraineté ». Les
organisations régionales (cf. UE) et internationales (FMI) voient leur rôle s’accroître
tentent d’imposer des normes supranationales conditionnant ainsi les politiques
nationales (cf. Troïka, PAS). C’est ce que souligne François Bost que décrit la
mondialisation comme « une nouvelle étape du capitalisme et de l’économie
mondiale, marquée par le passage d’une économie internationale […] à une
économie globalisée, où les États-nations perdent leur primauté au profit de
nouveaux acteurs » (2006), à savoir les FTN, les regroupements régionaux, les
grandes métropoles, les réseaux de toutes sortes comme les diasporas). Les États
sont de surcroît soumis à une contrainte extérieure liée à leur déficit et leur dette
extérieure, demeurant ainsi à la merci des sanctions des marchés, etc.
✓ Toutefois, la logique discriminatoire de la mondialisation mettant à l’écart des
régions et des pans de la population, et créant ainsi des déséquilibres nationaux,
revalorise l’État-nation (cf. Chine et Go West Policy, CCTP au Brésil, etc.)
- Le protectionnisme et les contentieux économiques subsistent sous des formes diverses :
✓ Causes : chômage, volonté d’indépendance nationale, « patriotisme
économique », le risque de perdre définitivement des savoir-faire, ou des exemples
montrant que le libre-échange n’est pas une condition nécessaire au succès :
Corée du Sud, Japon et Chine, que ne sont pas les plus libéraux
✓ Les formes : elles contournent les règles du GATT (puis OMC) : droits compensateurs
(droit de douane appliqué sur un produit importé pour compenser les mesures
d'aide gouvernementale ou subventions excessives dont il bénéficie dans son pays

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d'origine), ententes illicites entre entreprises (ex : scandale des ententes entre
fournisseurs japonais de composants pour automobiles en février 2013, qui se
seraient mises d’accord sur des prix à pratiquer aux constructeurs. 22 entreprises ont
été concernées)
✓ Les émergents pratiquent un protectionnisme élevé, sans réciprocité (l’acier indien
acquitte une taxe de 0 à 2 % quand il entre en Europe, l’acier européen est taxé à
40 % en Inde). Le protectionnisme prend la forme d’une concurrence déloyale.
L’exemple le plus probant en est le « dumping social » des pays du Sud : 44 millions
d’enfants travaillent en Inde, surtout dans le textile. D’où l’idée de Maurice Allais
qu’on ne peut envisager le libre échange que dans le cadre de blocs régionaux
respectant les mêmes règles, sinon, les pays les plus riches se voient lésés par les
avantages économiques de production des pays moins développés Plus
récemment Walden Bello voit ces blocs comme un substitut à la mondialisation, la
forme que doit prendre ce qu’il appelle « démondialisation ». C’est le moyen de
commercer entre pays ayant à peu près le même niveau de développement.
✓ Il est cependant difficile d’envisager un retour au protectionnisme. 65 % de la
production industrielle est vendue sur le marché mondial selon le FMI – contre 35 %
en 1991, et en 1929. Et l’intégration est très forte.

L’échange déloyal et les inégalités socio-économiques entre les pays sont donc les facteurs d’un
délitement libre-échange, qui reste cependant triomphant.

➢ L’ESPACE ÉCONOMIQUE MONDIAL ET LA LIBÉRALISATION DES ÉCHANGES

- Frigyes Karinthy (Les six degrés de séparation), hongrois, 1929 : le degré de séparation
entre deux individus est passé de 6 à 4,74 avec le développement des réseaux sociaux
notamment (quelques nuances à la pénétration de Facebook : VKontakte en Russie et
Weibo en Chine)
- Daniel Cohen et Thierry Verdier parlent même de « mondialisation immatérielle »
(directeurs du groupe de travail du Conseil d’Analyse Economique de 2009). Ex : la part
des œuvres étrangères en France représente alors 20 % pour l’édition, 25 % du prime
time télévisuel, 30 % pour les services informatiques, 33 % pour la musique, 60 % pour le
cinéma, 70 % pour les logiciels.
- Espace économique fragile et fragmenté : Choc des Civilisations (Huntington, 1996),
guerre des monnaies, crise du multilatéralisme (échec du sommet de Copenhague en
2009), le « patriotisme économique » (Bernard Carayon, 2005) avec les nouvelles formes
de protectionnisme (Cf. le soutien de l’État à la fusion Suez-Gaz de France pour
empêcher l’italien Enel d’acquérir Suez (2004) - En août 2008 l’Allemagne adopte une
loi qui autorise le gouvernement à empêcher une prise de participation à plus de 25 %
dans une entreprise allemande par un étranger non-européen si cela nuit à « l’ordre et
la sécurité publics ».), la « guerre économique » (War Room, structure chargée des
exportations dans l’Advocacy Center créé par Bill Clinton dans les années 1990). Les flux
de capitaux transfrontaliers ont chuté de 11 800 MM$ en 2007 à 4,6MM$ en 2012 selon
Mc Kinsey qui évoque une « démondialisation financière » (La crise de 2008 remet en
cause la solidité de l’espace mondial).
- Peut-on envisager une véritable unité politique pour gouverner l’espace économique
international ? C’est ce que souhaite ATTAC (Association pour la taxation des
transactions financières et pour l’action citoyenne) qui voit dans des impôts mondiaux
(comme la taxe Tobin) la première étape sur cette voie. Ou Stiglitz qui critique : « Notre
système, c’est une gestion mondiale sans gouvernement mondial » (Article de la revue
Problèmes Economiques) et appelle à une véritable organisation mondiale. Exemple :
la création de la Cour pénale internationale en 1998 ; le 14 juillet 2008, pour la première

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fois, un président (Omar el-Béchir, Soudan, pour le conflit du Darfour) en exercice est
accusé par le procureur général de la CPI. Mais le TPI n’a prononcé qu’une
condamnation. Par ailleurs les USA n’ont pas ratifié la CPI, comme la Russie, la Chine
l’Inde et Israël ni la quasi-totalité des pays arabes.
- Les frontières persistent et il ne faut pas exagérer l’importance des échanges et des flux.
Les IDE ne représentent que 9% de l’investissement fixe mondial ; et seulement 2 % des
communications téléphoniques sont internationales, comme 18 % du trafic Internet. Par
ailleurs les dirigeants étrangers parmi ceux 100 premières entreprises mondiales (les plus
mondialisées) ne sont que 5 % du total et 2 % si l’on exclut ceux qui viennent des mêmes
aires (Michael Hartmann, « Internationalisation des élites économiques », Actes de la
recherche en sciences sociales, 2011). Ainsi, Elie Cohen dans la revue Sociétal (n°51,
premier trimestre 2006) commente ainsi l’ouvrage de Thomas Friedman : « Le monde
n’est pas plat ».
- Hervé Juvin signale de façon convaincante qu’il est faux de dire que la mondialisation
permet de circuler partout (Hervé Juvin, La Grande Séparation, 2013). Il évoque un recul
de la mondialisation, un retour des frontières et la montée des affirmations identitaires.
Les Occidentaux évitent soigneusement de nombreux territoires dangereux : « On peut
aller sur n’importe quel aéroport et de là vers n’importe quel grand hôtel international
ou palais des Congrès… On a bien un effet de mondialisation qui permet d’aller d’un
confetti territorial à un autre, par avion le plus souvent, et de zone sécurisée en zone
sécurisée ».
- Le commerce international est-il facteur de paix ou un lieu de conflits ?
✓ La concurrence féroce : Longtemps considéré comme l’ « idiot du village mondial »
(Hubert Védrine), l’UE finit par s’irriter des méthodes chinoises et maintenant la moitié
de ses plaintes devant l’OMC concerne la Chine. En mai 2013, elle impose une taxe
de 8% sur les panneaux solaires chinois. Cela n’a pas empêché Q-Cells de faire
faillite.
✓ En réalité des études du CEPII (Centre de recherche français dans le domaine de
l'économie internationale) par Thierry Mayer en juin 2006 ont démontré que le
développement des échanges diminue en effet le risque de guerre entre les pays.
Cependant, le développement des échanges avec le monde entier, qui est
l’apanage de la mondialisation, risque de diminuer l’interdépendance entre pays
voisins et donc de rendre plus vraisemblables les conflits proches. La mondialisation
débouche sur une « relocalisation des conflits violents ».

➢ LES FONDS SOUVERAINS : LES FONDS SOUVERAINS SONT-ILS GUIDÉS PAR UNE LOGIQUE
GÉOPOLITIQUE OU ÉCONOMIQUE ?

- Définition : Il s’agit de fonds d’investissement appartenant aux États. Cela concerne les
pays exportateurs de matières premières, mais aussi des pays émergents qui, contrairement
à la théorie économique, possèdent de larges excédents commerciaux pendant leur
phase de décollage. Beaucoup de pays pétroliers en ont mis en place dans les années
1970 ou même avant (le Koweït a créé le sien, le KIA (Kuwait Investment Authority), en 1953).
- Ils peuvent en effet être un instrument pour mettre la main sur des technologies, des
entreprises stratégiques, etc. Exemple : dans le cadre du rachat possible d’Arcelor par une
entreprise russe (on parle de chevalier blanc : Severstal) qui s’était portée au secours de
l’entreprise face à l’OPA de Mittal en 2006, la France avait rejeté l’offre par refus
d’association avec la Russie de Poutine. Mais le fonds souverain est aussi un instrument de
relance économique (En novembre 2011, le fonds souverain chinois CIC achète des actions
aux quatre grandes banques chinoises dont l’Agricultural Bank of China dans le but de
relancer l’économie souffrant des difficultés américaine et européenne).

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- Les fonds les plus riches en 2013 sont ceux de Norvège (GPFG, Government Pension Fund
Global, 750 MM$) et des Emirats arabes unis (ADIA – Abu Dhabi Investment Authority, 600
MM$ estimés car ce fond ne publie pas ses placements), de Singapour, de l’Arabie
saoudite, de la Chine (CIC - China Investment Corporation, 480 MM, mais la Chine possède
plusieurs fonds), du Koweït, de la Russie, du Qatar. Ils représenteraient en 2013 6 000 MM$
et ils ont réalisé la même année 175 MM$ d’investissements, surtout dans l’immobilier et la
finance.
- Les fonds souverains sont de véritables acteurs dans l’économie mondiale, avec une force
de frappe considérable : le fonds norvégien est le premier investisseur du CAC 40 – exemple
de QIA (cf. infra). On parle en Occident de fonds d’État pour contrer l’action d’autres fonds
trop avides. Tous les pays du Nord ont pris des mesures pour interdire le rachat d’entreprises
stratégiques (cf. France et le fond d’investissement stratégique doté de 25 MM€).
- Le cas de QIA (fonds souverain du Qatar) : majoritaire dans Harrods, le Centre des Congrès
de Paris ou des entreprises comme Porsche (10 %)

➢ DÉLOCALISATIONS : « L’idéal serait de pouvoir transporter ses usines sur un bateau et de les
bouger au gré des mouvements de change et des conditions économiques » (Jack Welsh,
patron de General Electric, 1998)

- Il s’agit au sens strict de fermeture d’établissements dans un pays pour ouvrir l’équivalent à
l’étranger. Parfois avec des transferts de matériel, et même de l’encadrement. Les
délocalisations peuvent être Nord-Nord dans l’objectif d’être proche du marché (donc
vendre mieux) et avoir accès à des aides publiques ; parfois échapper au caractère trop
restreint du marché local (Suisse). Ou Nord-Sud avec l’attrait d’une main d’œuvre bon
marché.
- Si l’on ne s’intéresse qu’aux projets créateurs d’emploi, le grand gagnant des délocalisations
est l’Asie (plus de 40 % des créations d’emplois liées aux IDE), loin devant l’Europe de l’Ouest
(un peu plus de 10 %) et les USA (environ 10 %). Les flux d’IDE vers le Sud sont devenus
majoritaires en 2010 pour la première fois (que ces flux soient venus du Nord ou du Sud).
- Les délocalisations Nord-Sud peuvent concerner maintenant presque tous les secteurs
industriels, alors qu’il s’agissait essentiellement d’industrie de main d’œuvre auparavant :
l’automobile, pour vendre sur place ou pour réimporter - l’électronique où il s’agit moins de
délocalisations directes que de recours à la sous-traitance internationale. (Cf. le taïwanais
Foxconn avec son centre gigantesque de Shenzhen) - la mode, la haute technologie, etc.
Exemple : le Mexique attire un nombre croissant d’usines aéronautiques (dans le Querétaro
et le Chihuahua : Bombardier, Safran, General Electric pour des équipements).
- Le fait nouveau est que les délocalisations concernent les services, voire la R&D. Un
informaticien indien est payé six fois moins qu’un informaticien français, et les dépenses de
R&D des entreprises industrielles américaines progressent trois fois plus vite à l’étranger
qu’aux USA : tout cela incite à la délocalisation. Les délocalisations concernent même les
directions d’entreprises pour se rapprocher des marchés porteurs, mais aussi pour diminuer
les frais de gestion de ces directions. En 2011, Schneider décide de transférer en Asie une
partie de sa direction – les ressources humaines ainsi que la stratégie seront à Hong Kong.
- Conséquence des délocalisations :
✓ Pour le pays de départ : Une perte d’emplois, une perte de savoir-faire, des gains pour
le consommateur (selon une étude du CEPII de juin 2013, les produits importés des pays
de délocalisation coûtent 3 fois moins cher que les mêmes produits fabriqués en France
(prix en douanes en 2010)), la possibilité pour l’économie de se concentrer sur des
activités à forte valeur ajoutée en se débarrassant des activités moins valorisantes, des
gains de productivité car c’est la partie la moins efficace de leur production que les
entreprises délocalisent à l’étranger (selon une étude d’Armiti et Shang-Jin, l’offshoring
des services de 1992 à 2000 a provoqué 11 % des gains de productivité de l’industrie

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manufacturière américaine), hausse de compétitivité des entreprises, indispensable
résister à la concurrence.
✓ Pour le pays d’accueil : Dans le Sud, l’arrivée des FMN est considérée maintenant
comme l’un des moteurs les plus puissants du développement. Mais il existe toujours le
risque de voir l’entreprise partir, si elle trouve les conditions locales moins favorables. Cf.
des firmes comme Nike qui ont changé à de nombreuses reprises leurs fournisseurs en
Asie. Dans le Nord, les entreprises qui s’implantent créent des emplois, mais
concurrencent les entreprises nationales. Elles peuvent aussi s’approprier des savoir-faire
pour les rapatrier dans leur pays d’origine.
▪ En 2012 Mc Kinsey publie une étude pour démontrer que les pays du Nord ne perdent
pas obligatoirement à la mondialisation :
❖ Les pays développés ont un excédent pour les produits industriels égal à 0,5 %
de leur PIB ; le déficit global vient du commerce des matières premières (3,3 %
de leur PIB) – les chiffres datent de 2008 ;
❖ Les pays développés dégagent un excédent élevé pour les services, en
particulier les services aux entreprises (113 MM$, malgré l’offshoring dans ce
domaine) ; cela pouvant correspondre à des ventes de services aux filiales
délocalisées.
❖ Cf. le cas de l’iPod étudié par des chercheurs de la Sloan Foundation : Il
nécessitait en 2006 41 000 emplois dans le monde, dont 14 000 aux USA. Mais les
salaires distribués aux USA étaient de 753M$ contre 318M$ aux travailleurs du
reste du monde.
✓ François Hollande parle au Maroc de « co-localisation » pour évoquer l’idée que les
délocalisations peuvent profiter à tous : tout projet d’investissement au Maroc doit créer
des emplois en France et au Maroc. Ainsi le centre d’appel marocain Outsourcia
explique qu’elle a créé plus d’emplois en France (à Evreux) qu’au Maroc.
- Les délocalisations sont manifestes : Pour la première fois en 2006, Renault et Peugeot ont
assemblé plus de véhicules hors de France qu’en France : 2,6M contre 2,4 (il y a dix ans
encore, c’était 65 % en France). Cf. les investissements croissants de Renault en Roumanie
depuis la reprise de Dacia en 1999, dans l’usine de Pitesti et maintenant à Bucarest pour
l’ingénierie (il emploie déjà 2 000 ingénieurs locaux et cela augmente rapidement). Il y
fabrique la Logan puis lance d’autres modèles low-cost qu’il fabrique aussi dans d’autres
pays du Sud (Maroc). Renault ne fait plus que 18 % de sa production en France. En 2010 les
constructeurs allemands produisent plus à l’étranger que sur le territoire national, un quart
de la production à l’étranger se faisant en Asie. Mais des accords sont signés avec les
syndicats garantissant le maintien du "Standort Deutschland" (qualité allemande).
- Les limites du phénomène
✓ Il ne faut pas exagérer son efficacité. Mc Kinsey estime que la délocalisation, en
moyenne, réduit les coûts de 50%, ce qui est finalement peu. Car certains coûts
augmentent (coordination, télécoms, infrastructures).
✓ Les relocalisations sont toujours possibles. Atol relocalise une partie de sa production de
Chine vers le Jura, et utilise ce fait pour sa publicité ; bien que cette relocalisation
concerne les produits complexes (branches de lunettes interchangeables). Certains
problèmes peuvent pousser à ces relocalisations :
▪ La qualité des produits fabriqués à l’étranger (cf. les scandales affectent ainsi des
produits chinois : jouets Mattel (poupées), dentifrices, batteries de Nokia, berceaux),
d’où les accords des FMN allemandes pour protéger la "Standort Deutschland".
▪ La hausse des coûts dans les pays émergents
▪ La difficulté de faire travailler des personnes parlant des langues différentes sur un
même projet, avec des décalages horaires importants ; plus généralement les coûts
élevés de communication, de coordination.

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▪ La sécurité ; cf. l’affaire Danone contre Wahaha en Chine. Cela peut être aggravé
par les mesures prises par l’État dans les pays d’installation : changements de
législation, discriminations
- La relocalisation : La crise renforce cette tendance. En 2010, dans le cadre de la « nouvelle
politique industrielle » de N. Sarkozy, on instaure des « avances remboursables » pour ceux
qui relocalisent à partir d’un pays hors UE. Cela alimente une prime à la relocalisation pour
les ETI (Entreprises de Tailles Intermédiaires).

➢ LA GLOBALISATION FINANCIÈRE (Theodore Levitt, 1983)

- Les prémices en remontent à 1957 avec l’apparition des eurodollars conséquentes des
mesures prises à Bretton-Woods en 1944 (Eurodollar : dollar détenu à l'étranger par un non
résident, en général une banque qui le fait travailler : un eurodollar est un dollar (il garde le
pouvoir du dollar : on peut acheter avec aux États-Unis pour un dollar). Cela a deux
conséquences :
✓ L’existence d’énormes masses de capitaux mobilisables à travers toute la planète.
✓ Ensuite l’émergence des BMN (banques multinationales).
- Ces deux phénomènes sont amplifiés après le choc pétrolier avec les pétrodollars (Ce sont
des eurodollars gagnés par des exportations de pétrole. C'est l'excédent de la balance des
opérations courantes des pays exportateurs de pétrole)
- Début du système de changes flottants avec la Conférence de Jamaïque en 1976
(Kingston) : abandon des parités fixes et de l’or comme référence. Cela joue aussi un rôle
car elle conduit à la libéralisation des taux d’intérêts et au développement des produits
dérivés (ils sont l'ensemble des produits financiers qui sont négociés sur le marché interne et
qui permettent de se couvrir contre la variation d'un indice). Chicago avait déjà mis en
place un tel système avec les matières premières en 1972, puis se créent le LIFE à Londres en
1982 et le MATIF à Paris en 1986). Cependant, si la théorie indiquait que les valeurs des
monnaies devaient se réguler en fonction du marché, la pratique a montré que les agents
financiers ne sont pas rationnels, notamment avec des comportements comme le
mimétisme des cambistes : la baisse entraîne la baisse.
- Puis la politique de Volcker (à la tête de la FED en 1979 nommé par Carter) « casse »
l’économie d’endettement qui s’était développée dans les années 1970 avec la « New
operating procedure » (augmentation du taux LIBOR donc de nombreux taux d’intérêts et
donc du crédit). C’est la fin du "Benign Neglect" des années 1970. D’où le recours à la
finance directe par l’émission de titres sur les marchés financiers ; la dette publique
commence à être placée sur les marchés financiers (plan Brady, 1989), notamment par la
titrisation qui permet de transformer des créances bancaires en titres négociables : rachat
par le FMI de 60% de la dette brésilienne détenus par les banques américaines sous forme
de participation dans les entreprises publiques
- De nombreuses innovations permettent la globalisation financière. On parle des trois « D ».
(Cf. supra). Il faut aussi tenir compte de trois éléments.
✓ Le progrès technique : informatique et télématique (Londres s’informatise dès 1986, Paris
en 1990) qui autorisent une circulation plus facile des capitaux, cotation en continu,
gestion automatique des comptes, etc.
✓ Les innovations financières. Les produits dérivés. Les contrats swaps (échange d’un taux
fixe contre un taux variable). Les « paquets » de créances comme ceux qui ont conduit
à la crise des subprimes.
✓ L’apparition de nombreux acteurs financiers non bancaires. En particulier le « Shadow
Banking » (expression de Mc Culley, 2007 : toute une série d'organismes financiers qui
joue le rôle des banques, notamment l’octroi de prêts. Mais ils ne sont pas toujours très
capables d'apprécier le risque. De plus, ils ne sont pas soumis à des règles (règles
prudentielles))

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- Avec la globalisation financière, le "home bias" (préférence pour le national) se réduit
fortement. En 2006, la part de l’épargne investie à l’étranger atteint pour la première fois 50
%.
- Les aspects de la globalisation financière :
✓ Les échanges de biens et services représentaient en 2002 12 téradollars (mille milliards)
pour un PIB mondial de 32 téradollars ; les transactions financières (sur dérivés, de
change ou d’achat de titres) atteignaient 1 100 téradollars, soit 100 fois plus ! 35 % se
faisaient en dollars, 25 % en euros.
✓ Les banques gardent un rôle de tout premier plan, mais leur activité a évolué. Elles sont
des intermédiaires sur les marchés financiers pour l’achat et la vente de titres. Les
banques les plus importantes contrôlent le marché des changes (Deutsche Bank, UBS,
Citigroup). Elles ont entrepris une vague de fusions.
✓ D’autres acteurs au rôle croissant : les investisseurs institutionnels (l’en-cours de leurs
actifs est de l’ordre de 60 000 MM $). Ils comprennent les fonds de pension, les fonds
mutuels, les compagnies d’assurance et les fonds alternatifs, en particulier les hedge
funds. Les fonds souverains, les agences de notation : Moody, Standard and Poor's et
Fitch qui participe à l’orientation des investissements financiers, les money managers
(gestionnaires des fonds collectifs, les golden boys, gestionnaires des trésoreries
d’entreprise)
✓ Les organismes régulateurs. La BRI (Banque des Règlements Internationaux, 1930) dont
le capital appartient aux banques centrales de la planète et qui est dirigée par les pays
du G10. Elle a suscité la création du Comité de Bâle créé en 1974 qui émet des normes
prudentielles (exemple : « Bâle I » en 1988 avec la création du ratio Cook imposant aux
banques de conserver une part de fonds propres minimum). Le FMI dont les moyens sont
limités ; par ailleurs des pays se regroupent pour pouvoir se passer de lui (initiative de
Chiang Mai en 2000, Banque du Sud, Banque des BRICS). Les banques centrales au
pouvoir de plus en plus limité.
- La globalisation financière occupe des lieux précis : Les grands centres financiers du monde
(New York, Londres, Tokyo, Paris, Francfort, Chicago), les centres relais comme Singapour
ou Hong-Kong, les places off-shore comme les îles Caïmans ainsi que les paradis fiscaux où
sont localisés 80 % des hedge funds.
- Les conséquences de la globalisation financière
✓ Les entreprises doivent se plier aux exigences de la finance globale. C’est le
« gouvernement d’entreprise » (obligation d’un minimum de transparence d’une
entreprise vis-à-vis de ses actionnaires qui doivent avoir constamment un bilan de
l’activité), mais aussi l’obligation d’un rendement élevé (le ROE, return on equity, ratio
entre le bénéfice net et les fonds propres, doit dépasser 15 % selon les exigences des
investisseurs). Les entreprises peuvent par exemple pratiquer la relution, c’est-à-dire
l’achat de ses propres actions pour faire monter le cours de l’action et donc augmenter
la rentabilité aux actionnaires.
- La globalisation financière en débat : la finance globale apporte des capitaux à ceux qui
en ont besoin dans le monde entier avec une extrême souplesse. Ses exigences de
rentabilité élevée imposent de n’investir que dans des entreprises qui seront extrêmement
rentables. Le système permet ainsi l’allocation des ressources la meilleure possible. Elle exige
que les entreprises soient transparentes et appliquent les règles du gouvernement
d’entreprise. Mais la finance mondiale exige des taux de retour tellement considérables
que les entreprises ont du mal à suivre. D’où la pression sur les salariés, les délocalisations,
mais aussi le primat accordé au court terme. Eventuellement les malversations (cf.
falsification de la comptabilité d’Enron en 2001 qui a mené l’entreprise en faillite). Forte
instabilité de la finance mondiale :
✓ 1982 : début de la crise de la dette des pays du Sud
✓ 1987 : krach de Wall Street

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✓ 1990 : éclatement de la bulle spéculative japonaise
✓ 1992/1993 : crise des changes en Europe qui oblige la livre sterling à sortir du SME
✓ 1995 : crise financière au Mexique
✓ 1997 : crise financière en Asie
✓ 1998 : crise financière au Brésil et en Russie
✓ 2001 : crise financière en Argentine
✓ Et bien sûr 2008
- La répétition et l’extension de ces crises s’expliquent par différents phénomènes.
✓ L’internationalisation des marchés qui permet à une crise de se transmettre très
rapidement.
✓ Le mimétisme des cambistes et agents financiers (cf. crise asiatique), parfois aggravée
par la gestion informatisée des titres.
✓ Le développement des produits dérivés comportant de hauts risques
✓ Le rôle d’acteurs accusés de spéculer comme les hedge funds.
✓ L’absence de véritable régulation internationale (cf. les paradis fiscaux)
✓ L’ampleur des déficits américains qui absorbent une part considérable de l’épargne
mondiale au détriment du reste du monde

➢ LE RÔLE DES FIRMES TRANSNATIONALES

- La logique d’efficacité des FTN leur permet de produire le quart du PIB mondial, mais à un
prix socialement élevé : elles ne fournissent dans le même temps que 4% des emplois
mondiaux
- Les FTN deviennent de plus en plus sélectives aussi bien que pour leurs filiales à l’étranger
que pour l’implantation de leur siège. Cette forte sélectivité met au défi les États quant à
l’attractivité de leur territoire.
- Selon Cyrus Fredheim (Les entreprises géantes : Un univers à maîtriser, 2000), elle « pense
mondialement et agit localement ». On parle aussi de « glocalisation » (Akio Morita,
fondateur de Sony). Ex de stratégie locale : bien que Mc Donald’s adopte une approche
mondiale (fidèle à la restauration rapide), en pratique ses restaurants servent des spécialités
adaptées aux goûts locaux telles que les McSpaghettis aux Philippines, le burger à l’agneau
(Maharaja Mac) à New Delhi, du poisson et du riz au Japon.

Thème 2 : LES BRICS

➢ ÉLÉMENTS D’INTRODUCTION

- Jim O’Neill, économiste de la banque américain Goldman Sachs, invente en 2001


l’acronyme BRICS pour désigner les puissances économiques émergentes appelés à
remettre en cause la domination des pays riches dans l’économie mondiale.
- Faire attention : la Russie ne fait pas partie des Sud !

➢ LES BRICS ONT PRESENTÉ DES TRAITS COMMUNS DANS LEURS STRATÉGIES DE DÉVELOPPEMENT

- D’une manière générale, BRICS ont entrepris des stratégies de développement autocentré
dirigées par l’État et fondées sur l’industrie, dès 1928 pour la Russie, 1930 pour le Brésil, 1949
pour la Chine et 1950 pour l’Inde.
✓ Des stratégies de développement planifiées, avec les plans quinquennaux initiés par le
modèle soviétique et l’encadrement du Gosplan (URSS de Staline, Chine entre 1950 et
1978, Inde entre 1951 et 1977 et le Brésil entre 1955 et 1974)
✓ Stratégie ISI mené par le Brésil initié Vargas (1930-1945 & 1950-1954) et en Inde :
substituer les importations par la production nationale grâce au marché intérieur et ainsi

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atteindre l’indépendance économique. Au Brésil, le taux moyen des tarifs douaniers
est de 130% dans les années 1950-1960, en Inde, Le secteur privé est encadré par l’État
avec la licence Raj (permis d’importation ou d’exportation pour les entreprises).
✓ Les différentes stratégies de développement convergent vers un même objectif :
l’industrialisation. Ainsi, l’industrie devient une priorité : pendant 1er plan quinquennal en
URSS (1928-1932), la production dans l’industrie lourde augmente de 250%. Au Brésil,
l’indice de la production manufacturière passe de 28 en 1938 à 145 en 1969 (par rapport
à une base 100 en 1960)
- Néanmoins, prise de conscience à la suite des chocs pétroliers et monétaires des années
1970 que l’ouverture est nécessaire à l’économie de ces pays. En effet : 1er choc pétrolier
en 1973 (hausse des factures pétrolières comme celle du Brésil qui importait 80% de sa
consommation de pétrole dans les années 1970), hausse de 30% des taux de change du
dollar par Paul Volcker entre 1978 et 1982 alors que les emprunts des BRICS (hors Russie)
avaient été libellés en dollar à taux variables, ce qui a largement accru la dette de ces
pays. Les BRICS (hors Russie) mettent chacun en place des réformes structurelles choisies ou
subies :
✓ Libéralisation de l’économie indienne est choisie sous Narasimha Rao en 1991 avec
désarmement douanier (1992-1995, les barrières douanières passent de 87% à 29%) et
remplacement de la loi FERA (Foreign Exchange Regulation Act) de 1973 par la loi FEMA
en 1999(Foreign Exchange Management Act) qui autorise les investisseurs étrangers à
contrôler plus de la moitié du capital d’une entreprise sur le sol indien.
✓ Libéralisation de l’économie du Brésil est forcée par les PAS (Plans d’Ajustement
Structurels) et par le plan Brady (1989) qui entraîne la titrisation de la dette : rachat par
le FMI de 60% de la dette brésilienne détenus par les banques américaines sous forme
de participation dans les entreprises publiques.
- Cette libéralisation a permis une insertion dans l’économie mondiale : les IDE vers le Brésil
sont passés de 0,3MM$ en 1990 à 24MM$ en 2001. De plus tous les BRICS ont une ou plusieurs
façade(s) maritimes(s) qui ont facilité cette intégration dans le cadre de la maritimisation
des échanges : exemple de la géographie économique de l’Afrique du Sud centrée sur les
ports de Richards Bay, Durban, Port Elizabeth, Cape Town
Toutefois aujourd’hui, aggravation des problèmes sociaux qui légitiment un retour de
l’intervention étatique (cf. défis sociaux). La mondialisation n’est pas une entité, mais un
processus. Pour s’y intégrer, les gouvernements prennent des mesures qui ont eu pour
conséquence de renforcer les inégalités

➢ UN ACRONYME QUI CACHE UNE CERTAINE HÉTÉROGÉNÉITÉ

- Des passés hétérogènes (historique)


✓ Des passés coloniaux pour l’Inde (sous l’Empire Britannique jusqu’en 1947), le Brésil
(colonie portugaise jusqu’en 1825), l’Afrique du Sud (colonie hollandaise puis
britannique jusqu’en 1910), et là encore, la colonisation a pris des formes différentes :
❖ Exploitation anarchique et prédatrice du territoire brésilien qui a fortement marqué
le développement économique du pays par la tradition des grandes propriétés
(latifundia) et celle d’une dépendance aux cycles des marchés mondiaux pour les
matières premières (bois, sucre, cacao, or café).
❖ Inde soumise au mode d’administration indirecte propre à la colonisation
britannique
✓ Des Empires pour la Chine et la Russie : l’Empire chinois jusqu’à la proclamation de la
République de Chine par Sun Yat-Sen en 1912, l’Empire russe jusqu’aux révolutions
bolcheviks en 1917. Néanmoins, la Russie est la seule à ne pas avoir subie une emprunte
occidentale dominatrice. En effet : ouverture chinoise forcée par les Occidentaux avec
guerre de l’opium face au RU (1839-1842) aboutissant sur l’accord de Nankin, le 1er des

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« traités inégaux » (avantages commerciaux d’abord aux Anglais puis étendu aux
Français et Américains).
- Des poids économiques différents : le PIB chinois représente 30% de plus que les PIB de
l’Inde, de la Russie et du Brésil réunis
- Des structures économiques différentes :
✓ Exemple de la différence Chine-Inde : en 2007 par secteurs, agriculture (10% PIB en Inde,
20% en Chine) industrie (28% en Inde, 48% en Chine), et services (55% en Inde et 40% en
Chine).
- Des niveaux de développement contrastés
✓ IDH de 0,78 en Chine, et 0,6 en Inde. Plus précisément, concernant l’éducation avec
des taux de scolarisation disparate : Brésil (89%), Afrique du Sud en retard avec 73% en
2010
- Des commodités abondantes pour les uns, manquantes pour d’autres
✓ Le Brésil est autonome au niveau de l’approvisionnement pétrolier depuis 2006, et
d’autant plus depuis la découverte des gisements pré-salifères en Atlantique qui a mis
au jour un trésor estimé à 40 milliards de barils d'or noir ; à titre de comparaison, 55 ont
déjà été produits par le champ de Ghawar en Arabie Saoudite (le plus important au
monde). Au contraire, la Chine est le premier importateur mondial de pétrole depuis
2013, tandis que l’Inde est dépendante à 80% pour ses approvisionnements pétroliers.
- Des divergences d’intérêts et rivalités :
✓ Des relations asymétriques contestées : La Chine importe des ressources minières
d’Afrique du Sud en échange de transferts de technologies et d’aides dans le domaine
éducatif ou encore des infrastructures notamment les transports. Ainsi, Transnet, la
compagnie publique de transports et de logistique sud-africaine a signé en 2012 avec
la Banque Chinoise de Développement un programme d’investissement de 300MM$
pour moderniser les infrastructures du pays. Cela n’est pas sans revers : la concurrence
chinoise dans certains marchés intérieurs des BRICS peut être néfaste : la pénétration
commerciale chinoise en Afrique du Sud, et notamment dans l’industrie du textile et de
l’électronique, a entraîné la disparition de nombreuses entreprises (perte de 77 000
emplois entre 2001 et 2010). Le président sud-africain Jacob Zuma a vivement critiqué
ces relations commerciales déséquilibrées.
Il faut préciser que le terme de BRICS a été posé arbitrairement sur un ensemble de pays ne
souhaitant pas forcément trouver une cohérence : on ne peut donc pas dire que les BRICS
manquent de cohérence dans la mesure où ils ne sont pas nécessairement à la recherche de
la formation d’un bloc. Par ailleurs, ils ont chacun une notion de la puissance spécifique à leur
histoire : la Chine par exemple considère qu’une place dans l’ordre mondiale lui est due par
son passé impérial, tandis que le Brésil cherche à s’imposer sur la scène mondiale par la
promotion du multilatéralisme.

➢ DES ATOUTS ET DES PERFORMANCES COMMUNS

- Des pays qui ont trouvé le chemin d’une croissance stable malgré la crise
✓ 6% en moyenne pour le Brésil entre 2006 et 2009
✓ 7,5% par an en moyenne pour l’Inde dans les années 2000
✓ Ensemble, ils représentent 35% de la croissance mondiale en 2012
- La formation de vastes marchés intérieurs avec un accès à une nouvelle partie de la
population à la consommation de masse
✓ 250M en Inde
✓ 30M au Brésil
- Des structures économiques qui tendent à devenir celles de pays développés : le
rattrapage économique rapide, un point commun certain.

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✓ Part dans le commerce mondial de marchandises des BRICS : 3,5% en 1990 => 20% en
2011
✓ L’exemple de l’Afrique du Sud est d’autant plus frappant que c’est le seul pays d’Afrique
subsaharienne à ne pas avoir une économie de rente : industrie manufacturière
(sidérurgique, automobile, papetière) = 30% du PIB, secteur tertiaire (finances &
télécommunications) = 65% du PIB.
✓ Développement de FMN notamment l’irruption des 3 FMN chinoise Sinopec, China
National Petroleum Corporation et State Grid Corporation of China dans le 10ères FMN
mondiales du classement Fortuna Global 500 (en 2012). Citer aussi Embraer, Gazprom,
Tata, etc. Ces firmes rachètent des firmes occidentales : en 2013, l’entreprise Shuanghui
rachète l’entreprise américaine Smithfield Foods numéro 1 mondial de la viande de
porc pour 7MM$.
✓ Le Brésil, qui devait emprunter au FMI en 2002, est devenu créancier de ce même fonds
✓ L’Occident inquiet de ce rattrapage : l’UE instaure des mesures anti-dumping sur les
panneaux solaires chinois en 2013 (taxes sur les importations de 12%)
- NUANCE : phénomène de re-primarisation de l’économie brésilienne : en 2013, la part de
l’industrie dans le PIB diminue de 0,9% et celle de services baissent de 0,3% tandis que le
secteur primaire progresse de 3,2%
- Des puissances démographiques à l’exception de la Russie et l’Afrique du Sud : la Chine est
le pays le plus peuplé au monde (1,3MM), l’Inde le 2 ème (1,2MM) et le Brésil le 5ème. Les BRICS
représentent par conséquent 43% de la population mondiale.
- Des puissances géographiques : en terme de superficie, Russie est 1ère, Chine 3ème, Brésil 6ème
et Inde 7ème.
- Des puissances financières : en 2002, la Chine détient 6% de la dette extérieure des USA
contre 22% en 2012. Shanghai est la 6ème bourse mondiale en terme de capitalisation
boursière.

➢ DE GRANDS DÉFIS INTERNES POUR CES PAYS

- La question sociale avec d’abord la réduction de la pauvreté


✓ Au Brésil, politique de prestations sociales initiée par Lula (la Bolsa Familia, le Conditional
Cash Transfer Program brésilien, permet le versement de prestations à 12 000 000 de
familles sous des conditions comme l’assiduité scolaire) => réduction du taux de
pauvreté qui reste cependant élevé (23% en 2013), et 75ème rang à l’IDH
- Des pays à l’enrichissement et au développement inégaux : le problème d’économies et
sociétés dualistes
✓ Le problème des bidonvilles : « favelisation » au Brésil à cause de l’explosion
démographique et l’exode rural (plus du tiers des municipalités du pays ont désormais
des favelas)
✓ En Afrique du Sud, 1/3 de la population vit avec moins de 2$/jour. De même en Inde,
1/3 de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.
✓ Cet enrichissement inégal est révélé par les inégalités inter-régionales :
❖ Economique : dans l’État de Sao Paulo, c’est-à-dire 3% du territoire, est réalisé le 1/3
du PIB brésilien. Le Nordeste contraste avec cette région : sur 20% du territoire est
seulement réalisé 15% du PIB et 50% de la population y est rurale. On retrouve ce
phénomène en Chine où les 10 provinces côtières (15% du territoire) réalisent 75%
du PIB en 2011. Généralement, cela prend la forme de kystes de développement
avec des pôles comme Hyderabad surnommée « Electronic City » en Inde, et des
zones franches comme Shenzhen, premier pôle de délocalisation au monde
❖ Développement : très marqué en Inde avec des contrastes comme ceux entre l’État
d’Uttar Pradesh, avec un IDH de 0,5 et une espérance de vie de 57, et l’État du
Kerala, avec un IDH de 0,8 et une espérance de vie de 73 ans.

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- Le défi de l’urbanisation incontrôlée : Bombay 22M, Sao Paulo 21M, Pékin 20M. Exemple des
« rats de Pékin » : 1M de Mingong confinés dans les sous-sols de la capitale
- Le défi de l’économie informelle :
✓ « Secteur bancaire fantôme » en Chine (estimé à 20 trillions de yuans). Système de
crédits hors financiers qui permet aux petits entrepreneurs instables d’emprunter de
l’argent tandis que les banques officielles leurs ferment leurs portes. C’est donc la
preuve d’un manque de performance du système bancaire chinois, qui doit être
réformer en faveur des petits entrepreneurs.
- Les BRICS sont marqués par un fond de violence et de criminalité plus ou moins fort
✓ Les inégalités (au Brésil ou en Afrique du Sud notamment) sont un facteur explicatif :
Cape Town est la ville la plus dangereuse au monde, Rio de Janeiro la 8ème avec 7000
meurtres par an.
✓ En Afrique du Sud, l’héritage de l’apartheid n’est pas effacé : le meurtre en avril 2010 du
leader « suprématiste » blanc Eugène Terre‘Blanche ravive une tension raciale latente :
les relations entre Noirs et Blancs ont tendance à se dégrader et sont un facteur de
criminalité (39 meurtres pour 100 000 habitants)
- De grandes superficies qui impliquent pour chacun des politiques d’aménagement du
territoire
✓ Au Brésil, mise en valeur de l’intérieur avec la création de la capitale Brasilia en 1960
par le président Kubitschek ou encore mise en valeur de l’Amazonie pour le Brésil avec
la création de la zone franche de Manaus en 1967 (450 firmes dont Samsung et Nokia y
sont installées).
✓ De même en Chine avec la Go West Policy : ouverture d’une ZES à Chongqing
(Liangjiang) en 2010 : La ville, qui comptait 8M d’habitants en 2000 en compte
aujourd’hui 17M. La ZES accueille des firmes comme Samsung, Siemens, etc.
- Des systèmes politiques qui sont remis en causes
✓ Le mécontentement social montre une classe moyenne mieux formée, plus éduquée,
adepte des réseaux sociaux, et par conséquent, plus revendicative (1M de personnes
dans la rue suite à l’augmentation du prix de 3 réaux à 3,20 réaux du billet de bus à Rio
de Janeiro en 2013). Au Brésil, la population est scandalisée par les milliards de réaux
investis dans l’organisation de la Coupe du Monde contrastant avec le manque
d’investissements dans les infrastructures ou l’habitat informel, ainsi que par des affaires
de corruptions comme celle du « mensalao » (grosse mensualité) révélée en 2005 au
Brésil : versement de pots-de-vin à des députés en échange de leur vote en faveur de
projets de lois du pouvoir exécutif. 25 hommes politiques dont l’ex-président du Parti
des Travailleurs, José Geniono (6 ans de détention) sont reconnus coupables d’avoir pris
part au réseau de corruption en 2012.
- Ces pays font face à des velléités séparatistes : exemple de guerres de Tchétchénie (1994
et 1999-2000), ou encore du mouvement d’indépendance du Cachemire – ainsi qu’au
terrorisme : attentat à la bombe dans la gare de Volgograd en 2014 tuant 17 personnes
- Le ralentissement des BRICS est réel : en Inde par exemple, la croissance début 2013 s’élève
à 4,8%, son niveau le plus faible depuis 10 ans malgré une croissance de 7,3% en 2015. La
croissance brésilienne passe de 7,5% en 2010 à 0,9% en 2012. Le sommet du G20 en
septembre 2013 a mis en lumière les difficultés économiques des BRICS : En effet,
déclaration de Saint-Pétersbourg : « La croissance ralentie dans les économies émergentes
(…) reflète dans certains cas l’effet d’une volatilité des flux de capitaux, de conditions
financières plus difficiles et d’une volatilité des prix des matières premières ». Suite à
l’intention de la Réserve fédérale américaine de mettre fin à ses injections massives de
liquidités dans l’économie, à raison de 85MM$ par mois, les BRICS ont connu une fuite
importante de capitaux. Celle-ci s’est traduite par une chute des devises : -10% pour le
rouble russe, -15% pour le réal brésilien, -25% pour la roupie indienne entre mai et septembre
2013.

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- Problèmes environnementaux : 7 villes les plus polluées au monde sont en Chine - de 2000
à 2010, l’Amérique Latine enregistre une perte de forêts de 4M d’hectares / an (l’Amazonie
est défrichées à 8-10% de sa surface). L’économiste de la CEPAL Celso Furtado :« le Brésil
reste le cas exemplaire du pays où l’on a sacrifié le développement au prix de la
croissance ».

➢ GÉOPOLITIQUE DES BRICS

- Volonté commune de s’affirmer sur la scène internationale :


✓ Au sommet du G20 de 2009 à Pittsburgh, les BRICS obtiennent une représentation plus
juste au sein des organisations internationales (passage de 8,9% des droits de vote au
FMI en 2010 contre 46% pour les USA et UE à 13,5% en 2014)
✓ Sommet de Pretoria en 2011 : le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud réitèrent leur volonté de
réformer le système de l’ONU et notamment de son Conseil de Sécurité. Jacob Zuma,
président de l’Afrique du Sud : « les institutions pour la gouvernance mondiale sont
toujours biaisées en faveur du Nord développé »
✓ Des présidents actifs sur la scène internationale : 183 visites à l’extérieur par le président
brésilien Luis Inácio Lula da Silva entre 2003 et 2009
- Ils jouent leur propre partition dans la géopolitique mondiale : en 2010, Brésil, Turquie et Iran
signent un accord alternatif aux sanctions des EU concernant le nucléaire civil iranien, qui
consiste en l’envoi de 1200kg d’uranium faiblement enrichi nécessaire au réacteur de
recherche nucléaire de Téhéran
- Des nouveaux géants de l’aide humanitaire et de l’aide au développement :
✓ L’Inde a investi 200MM$ dans le NEPAD
✓ Brésil qui devient un géant de l’aide humanitaire (contributions s’élevant à 3,5MM$ en
2010)
- Des pays qui s’arrachent le leadership dans leurs aires régionales
✓ Brésil membre fondateur du Mercosur en 1992, puis de l’UNASUR créé à Brasilia en 2008,
ou l’Inde qui représente 85% du PIB de la SAARC (Association pour la coopération
régionale des pays d’Asie du Sud, 1985)
✓ Domination de la monnaie sud-africaine, le rand, dans le cadre de la zone monétaire
commune australe (Common Monetary Area, CMA) avec le Botswana, le Lesotho et le
Swaziland
✓ Les interventions militaires des BRICS hors ONU se font dans le cadre des aires
régionales : Inde au Sikkim en 1975 ou encore aux Maldives en 1988, Russie en Géorgie
en 2008 ou la présence de l’armée russe en Crimée (Ukraine) suite au renversement du
président pro-russe Ianoukovitch en 2014
- Mais volonté de devenir des puissances internationales :
✓ Inde à l’origine de l’Indian Ocean Rim Association for Region Cooperation (IORARC) en
1996 : Afrique du Sud, Madagascar, EAU, Iran, Thaïlande, Singapour, Malaisie, Indonésie,
Inde et l’Australie. Exercer une influence au-delà de son voisinage régional.
- Les BRICS à la conquête d’un hard power
✓ L’Inde, la Chine et la Russie disposent de l’arme atomique
✓ Course à l’armement : leurs budgets militaires est en hausse (+ 70% en Chine entre 2006
et 2009), et l’Inde et la Chine se constituent une puissance maritime (1er porte avion
indien en 2013 nommé le Vaillant contre le 1er porte avion chinois en 2012, le Shi Lang)
- Les BRICS à la conquête d’un softpower :
✓ Le Brésil organise la Coupe du Monde de football en 2014 et les JO en 2016
✓ Les BRICS veulent un nouvel ordre mondial : le Brésil accueille le premier forum social à
Porto Alegre en 2001. L’Inde défend le droit des pays du Sud de produire des
médicaments à bas coûts (les génériques notamment) à destination des populations

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pauvres. En 2013, la Cour Suprême indienne autorise les groupes pharmaceutiques
indiens à produire un générique de l’anti-cancéreux Glivec produit par Novartis.

➢ LES RELATIONS INTRA-BRICS

- Entre certains pays, la Russie et la Chine par exemple, il existe des liens historiques :
✓ L’URSS a aidé la Chine à s’industrialiser quand celle-ci a adopté un modèle de
développement soviétique, après la signature d’un traité d’amitié, d’alliance et
d’assistance mutuelle avec l’URSS en 1950. Ainsi, l’URSS y envoie 500M$ de crédits entre
1949-1950, supervise 156 projets industriels notamment énergétiques et miniers (25
centrales électriques), et plus de 50% des investissements industriels du 1 er plan
quinquennal chinois ont été financé par l’URSS.
✓ La visite de Khrouchtchev au Cachemire : en terme de géopolitique, ce genre d’action
symbolique est très important => renforcement de l’aide technique de l’URSS dans les
industries (les industries qui sont facteurs de puissance : raffinerie de pétrole, sidérurgie,
etc.).
- Coopération au sein des BRICS : rapprochement sino-brésilien (Chine 1er partenaire
commercial du Brésil depuis 2005. Au sommet de Durban en 2011, accord entre le Brésil et
la Chine pour lutter contre la suprématie du dollar. La valeur des échanges de
marchandises entre ces deux pays dans leurs devises respectives devra atteindre au
minimum 30M$.

Thème 3 : LA QUESTION DE L’EAU DANS LE MONDE

➢ UNE BAISSE DES RÉSERVES

• Population multipliée par 4 au cours du 20ème siècle mais consommation d’eau multipliée
par 10
• Facteurs :
✓ Surexploitation humaine et gaspillage (céréaliculture en plein désert en Arabie
Saoudite, Las Vegas, etc.)
✓ Extension urbaine (consommation d’eau qui a quintuplé à Alger et Tunis entre 1970 et
2000)
✓ Construction de barrages (58 000 en tout dans le monde) : prive l’eau en aval et
empêche dépôts de sédiments favorables aux cultures)
✓ Pollution (nappes phréatiques) avec salinisation (cf. salinisation anthropique avec
irrigation pour agriculture : delta intérieur du Niger, Mali, Euphrate, etc.)

➢ INÉGALITÉS SCALAIRES

• Asie (hormis la Chine et l’Indonésie), Afrique et Moyen-Orient défavorisés. « Pénurie » d’eau


dans le monde arabe et le Sahel avec disponibilités = 1000m3/an/hab.
• Stress hydrique (<1700m3/an/hab.) en Europe médiane, Afrique du Sud, Inde et Golfe
Persique
• Différents types de sources :
✓ Nappes phréatiques comme principale source en Afrique, Asie (la seule en Arabie
Saoudite)
✓ Europe (sauf médiane) et Amérique => abondantes ressources d’eau douce, surtout
Canada (Grands lacs), Amérique du Sud, Russie et son dense réseau hydrographique
sibérien

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• Climat en jeu : autant de précipitations au Botswana et en Suède mais après évaporation,
le Botswana a des disponibilités largement inférieures (20 000m3/hab./an en Suède ≠
9000m3/hab./an)
• Niveau de développement en jeu : capacité de traitement et d’extraction variable
• Une disponibilité moyenne convenable voire élevée n’empêche pas des pénuries locales :
cf. pénurie d’eau à Gaborone en octobre 2013, capitale Botswana
• Le développement, facteur limitant : 70% de l’eau du Caire distribuée est perdue à cause
d’infrastructures défaillante

➢ UNE GUERRE DE L’EAU ?

• Projections du PNUD : 40% de la population mondiale en « stress hydrique » en 2050


• Aujourd’hui : eau seulement facteur de tension comme au MO (Egypte et ses voisins, Israël,
etc.)
• Utilisation de l’eau à des fins politiques comme le scandale de l’Ogaden où le
gouvernement éthiopien avait privé d’accès à l’eau la population de la région en 2001
• Coopération mondiale (vente de stock par Canada et Russie)
• Boutros Boutros-Ghali, ancien secrétaires général de l’ONU : « Le prochain conflit de la
région du Moyen-Orient portera sur la question de l’eau » (1992)

Glossaire

- 1ère PARTIE : DÉCOUPAGE ET ÉTUDE PAR CONTINENT : page 1

Thème 1 : LE MOYEN-ORIENT : page 1

Thème 2 : L’AFRIQUE : page 8

Thème 3 : L’EUROPE : page 23

Thème 4 : l’ASIE : page 31

Thème 5 : LE CONTINENT AMÉRICAIN : page 42

Thème 6 : L’AMÉRIQUE LATINE : page 54

Thème 7 : LES ÉTATS-UNIS : page 63

- 2ème PARTIE : LA MONDIALISATION : page 71

Thème 1 : LA MONDIALISATION : page 66

Thème 2 : LES BRICS : page 78

Thème 3 : LA QUESTION DE L’EAU DANS LE MONDE : page 84

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