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Review

Reviewed Work(s): Le philosophe et son double. Un commentaire de l'Euthydème de Platon


by Michel Narcy
Review by: Monique Canto
Source: Les Études philosophiques, No. 4, SPINOZA (OCTOBRE-DÉCEMBRE 1987), pp. 554-557
Published by: Presses Universitaires de France
Stable URL: https://www.jstor.org/stable/41581728
Accessed: 23-03-2021 19:04 UTC

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5J4 .L¿r Etudes philosophiques

sui generis de dépassement de la métaphysique qui e


une fâcheuse brachylogie, et une certaine ambig
dont saint Paul dit qu'elle « excuse tout » et « suppo
tuer quoi que ce soit, étant fort heureusement
On peut tout au plus soutenir qu'une pensée de la ch
serait susceptible de « destituer » la métaphysi
préciser autrement les rapports de cette théo logie
fonder d'une façon universelle, qui ne soit pas liée à
Que signifie que Pascal « introduise » la destitution
« nouveau mode de dépassement », puisque cette des
poraine de chacune des époques métaphysiques »
précédé la métaphysique, celle-ci ne serait-elle
destituée ? Est-ce bien alors de dépassement qu'il s'a
de présenter le rapport de Descartes à Pascal com
tielle (« Descartes redouble l'onto-théo-logie en
parfaite métaphysique à dépasser », p. 377, cf. p. 36
un tel « en sorte » ?) ? On ne peut que souhaiter
loisir sa pensée de la « destitution » qui, telle qu'
très incertaine. Ce livre riche et fécond devrait app
prolonge, approfondisse ou corrige ses questions.
qu'il ne soit pas toujours aussi sûrement écrit q
On songe à la phrase de Joubert à propos de Descart
de crier, comme au parterre : de l'air, de l'air, d
moulu. » C'est l'importance même de cet ouvrage

Jean-Louis Chrétien

Michel Narcy, Le philosophe et son double . Un com


Platon , Paris, Vrin, 1984, 242 p.

Pour l'interprète des dialogues platoniciens, la


qualité majeure. Méfiance à l'égard des interpréta
trices, qui confortent une image standard du platon
YEuthydème , dialogue déroutant, sans enseignemen
l'insuffisance d'une telle tradition interprétative.
Socrate raconte à Criton l'entretien qui l'opposa
dème et Dionysodore, dans la tentative d'exhorte
à l'étude de la philosophie et au culte de la vert
entretiens protreptiques et les sophistes accumul
langage. Au terme de cette confrontation, Socrat
conclure positivement sa propre démarche, tandi
des sophistes. Criton rapporte alors à Socrate les
graph e, qui amalgame Socrate et les sophistes et co
A lire le brillant travail que Michel Narcy a co
philosophe et son double . Un commentaire de VEuthydèm
à quel point les interprétations traditionnelles sont
gination. En effet, l'Auteur prend à rebours les
d'interprétation de YEuthydème pour mener une «

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Analyses et comptes rendus 555

qui questionne sans relâche, qui s'inquiète du sens, e


l'interrogation et de l'indocilité au commentaire
les travaux de Richard Robinson ( Plato's earlier dia
Press, 2e éd., 195 3) et de Léo Strauss (. Persecution and
The Free Press, 1952). On en retient deux raisons p
d'une part, on ne peut pas mettre au compte de
la mauvaise foi de Socrate ou ses mauvais raisonnem
d'un dialogue se forme aussi bien dans ce qui est
ce qui est dissimulé ou présenté de façon déformée
JJEuthydème, donc, pose deux problèmes ma
d'exemplarité de l'entretien socratique, d'une part, e
sance par Socrate de la victoire des sophistes. En
méthode » (p. 8) proposés par Socrate contribuent à
d'infériorité. La tradition interprétative a beau jeu
en ne retenant du dialogue que le protreptique s
(sans guère se soucier de la compatibilité de cette h
que l'attitude de Socrate est, en grande partie, ir
préjugés que l'Auteur dénonce au cours de son ét
Certes, Socrate désigne comme protreptiques s
mais l'Auteur montre qu'il s'agit d'un emploi du
dire « influencer » « en un sens très général et i
donc quelque abus à faire de ces morceaux socr
protreptique. Avec la reconstitution proposée par W
d'Aristote, l'idée que YEuthjdème en serait la s
(p. 23). Or, l'Auteur montre bien que le témoignage
blique qui a servi à rétablir les filiations (« en av
du Protreptique d'Aristote ne permet pas de con
« la première consécration philosophique d'un genr
se perpétuera tout au long de l'Antiquité, jusqu'à
fait d'une « dépendance textuelle est donc (...) const
en série » (p. 27). Mais, si l'Auteur montre bien l'ab
a fait de ce prétendu protreptique socratique,
exclut-elle que Platon ait voulu approprier l'entreti
de la dialectique - l'Auteur souligne du reste qu
paraît étrangère au genre » protreptique (p. 19)
priation devait rester, en fait, idiomatique, sans co
avec la suite d'ouvrages qu'on a voulu lui rattach
obligerait alors à dissocier nettement les deux entr
premier seulement serait comme un « protrepti
sur la résolution d'étudier la philosophie, mais proc
universelles et d'arguments philosophiques qui déte
Par ailleurs, si l'on veut préserver l'image d'u
est facile, dès que celui-ci adopte une attitude pa
fameuse ironie socratique. A l'encontre d'une te
essaie de définir, grâce à une étude lexicale, une
serait, pour Socrate comme pour ses interlocuteurs
dialectique », « non plus une grille de lecture, m
texte » (p. 5 7). Une telle caractérisation de l'ironie
sous la condition de la rendre encore plus comp

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556 Les Etudes philosophiques

tique. En effet, Socrate paraît se servir de cette pr


d'une ressource de dissociation inscrite dans sa pro
par exemple, que Socrate parle à la place d'un autre
selon des perspectives différentes ou en s'adre
distincts, qu'il soit, en ce qu'il dit, hypocrite ou
l'ironie souligne donc la modalité et la destinat
raison, du reste, fait qu'une telle ironie n'est pas t
interlocuteurs. C'est que Socrate est « intéressé » à
avec un intérêt fait de souci éthique, d'affects e
associés à la recherche de la vérité.
Dans la perspective de l'Auteur, le sens de YEuthjdème se décide dans
l'après-coup. L'ordre de la lecture élucide donc le dialogue à rebours de
l'ordre du récit. Or le motif du récit, c'est le savoir sophistique, déployé,
selon les règles de jeu éristique, autour d'une seule question : la vertu s'enseigne-
t-elle ? UEuthjdème montrerait ainsi que, lorsqu'il essaie de répondre à cette
question, « le discours socratique » est « parfaitement assimilable par la sophis-
tique » (p. 14), puisque les arguments qui servent à prouver la réminiscence
se retrouvent dans l'arsenal des paradoxes sophistiques. C'est la preuve d'une
possible « coextension de l'éristique et de la dialectique » (p. 78). Un des sens
fondamentaux de YEuthjdème consiste donc en « la difficile reconnaissance
par Socrate de "sérieux" dialecticiens dans ses adversaires » (p. 104). Le
« double » du philosophe est l'homme qui dispose d'une dialectique antago-
niste, capable de traiter les mêmes questions que pose Socrate sur la nature
du savoir, mais en les considérant comme autant de questions sur la façon de
parler. La question protreptique - comment devenir sage - porte d'abord
sur la prédication.
Clinias, répondant dialectique, voire comparse de Socrate, est doté dans
le dialogue d'un rôle paradoxal. En effet, il se livre à une magistrale systéma-
tisation, qui paraît rassembler tous les arts des discours. Les mathématiciens,
en particulier, y sont désignés comme ceux qui, s'occupant des diagrammata ,
confient leurs trouvailles aux dialecticiens. Ce passage conduit traditionnelle-
ment à rapprocher YEuthjdème et la République (VII 5 29 d-e), mais l'Auteur
montre que le terme dont se sert Clinias est celui que la République désigne
comme le terme profane, par opposition à skhèmata, terme scientifique (p. 1 5 3).
Voilà qui tendrait à prouver « l'inauthenticité de cette subite inspiration »
(p. 13), et ferait de Clinias comme la parodie de l'esclave du Ménon . Aussi
l'intervention de Criton (qui conteste que Clinias puisse s'exprimer ainsi)
apparaîtrait-elle comme la marque d'un artifice de composition, d'autant plus
délibéré que Socrate, à ce moment-là, prétend ne plus savoir qui a parlé à la
place de Clinias.
Restons-en à ce passage de YEuthjdème, où Clinias parle comme s'il était
déjà un sage, où Criton intervient, où Socrate perd la mémoire. Passage crucial
pour le sens du dialogue et le choix de son interprétation. Ou bien on fait
de la sagesse de Clinias la représentation, dans l'ordre du dialogue, de l'effet
propre au protreptique socratique, tandis que l'intervention de Criton expri-
merait l'exigence de revenir sur les raisons d'un tel effet. Alors, la tâche de
l'interprète consiste surtout à discerner, à chaque étape, les moyens, les
niveaux et les effets de la progression dialectique; la fin reconnue à l'écriture
platonicienne est de permettre l'actualisation de la vérité dans la forme du

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Analyses et comptes rendus 557

dialogue; et le « dialogisme » des dialogues devient


de la constitution du sens. Ou bien, on fait de la rem
tion d'une leçon mal comprise » (p. 1 3), la preuve que
par Socrate dans YEuthydème sont la contrefaçon
réminiscence. L'intervention de Criton paraît être alo
effet d'après-coup dans la lecture. Pour cette seconde
sion, le travail de l'interprète consiste à entendre
l'indicible de la parole de Socrate « alimente intar
(p. 138). En effet, on ne peut pas raconter la sagesse à
penser, ni l'enseigner au lecteur, c'est à lui de la co
dans la façon de lire, non pas dans le texte seul » (
constitutive » du dialogue n'est donc plus le lieu d'
sens, mais celui où le sens se dérobe à lui-même.
Entre ces deux possibilités interprétatives, l'Aut
qui fait de la compréhension un travail de la méfianc
(pour ce qu'elle légitime par répétition des interpréta
faciles), à l'égard de l'explicite platonicien et de la
Cette méfiance est d'abord une forme de respect, pui
le texte avec ce qui ne lui appartient pas, mais, à force
de démonter les mécanismes et de rétablir les littérali
sens, elle risque d'affaiblir la spécificité de la diale
à la fois, démontre et dramatise, réalisant souvent, a
l'expression philosophique, entendue au sens propr
tion marquée d'affects.
L'exemplarité du dialogue platonicien tient aussi à l
à la possibilité d'une compréhension qui n'exige p
sophistiquée et soupçonneuse, critique qui, parfo
manifeste que pour légitimer sa propre complicati
de distinguer d'emblée les préjugés d'interprétation e
qui donnent à la lecture une aisance souvent illus
laisser abuser par cette facilité, sans doute faut-il,
ascèse rigoureuse, qui, comme le Malin Génie carté
enseignements immédiats du texte sont suspects.
démarche critique sont précieux, mais ils le sont d'au
le retour à l'évidence du sens. Ce retour, ou redesc
monde sensible, est une des difficultés spécifiques
cienne, qui, pour rester fidèle à l'accessibilité du d
serait sans doute à son interprète la même tâche de r
philosophes.
Monique Canto.

F. Ravaisson, UArt et les mystères grecs , textes présentés et recueillis par


D. Janicaud, suivis d'un entretien avec A. Pasquier, Paris, L'Herne,
i985> 245 P-> iU-

Le beau volume que nous propose D. Janicaud réunit des textes de


F. Ravaisson consacrés au dessin, à la statuaire et aux monuments funéraires
grecs. Ecrits entre 1853 et 1892, ils sont donc en partie contemporains de
son activité de Conservateur des Antiques au Musée du Louvre.

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