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Tableaux - Droit Pénal 2

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1.

Droits protégés
Charte Common law

● Les articles 7 à 14 prévoient des garanties juridiques (ex : art. 8§3 [Link].
- garantie contre les fouilles, Les règles de
Les droits - perquisitions et procédure se
- saisies abusives, trouvent un peu
- contre la détention et l’emprisonnement arbitraire, partout dans le
- droit d’être informé des motifs d’arrestation, Code criminel. Il
- droit d’être jugé dans un délai raisonnable… n'y a pas de code
de procédure
● l’article 7 protège contre les garanties oubliées par ces articles. L’article peut être utilisé pour s’attaquer à toute loi pouvant porter atteinte à la vie, la liberté ou à la fédéral. Elles se
sécurité de la personne en plus de toute loi contre les principes de justice fondamentale, dont par exemple l’arbitraire. trouvent dans le
Code criminel
Motor Vehicle Act: L’article 7 a pour but de protéger des principes de justice fondamentale et les articles 8-15 LC 1982 ne sont que des illustrations de droits protégés par ainsi que dans les
la charte et sont englobés par l’article 7. décisions des
- Le droit à la communication de la preuve, de pouvoir étudier cette preuve et l’obligation de conservation de cette preuve par un policier sont des droits qui tribunaux
découlent de l’article 7. (Common law).
- Le droit au silence, à la défense pleine et entière (droit à l’avocat au procès).

● 11d) LC 1982.
- Présomption d’innocence aussi comprise dans l’art 7 LC 1982. La présomption d’innocence relève et fait partie intégrante de la garantie générale du droit
à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne contenue à l’article 7 de la Charte (i.e. Motor Vehicle Act)

Ainsi, le droit d’être présumé innocent tant qu’on n’est pas déclaré coupable exige à tout le moins que :
● La culpabilité soit établie hors de tout doute raisonnable ; R. c. Lifchus, (la norme « hors de tout doute raisonnable » en matière de droit criminel)
est une décision importante de la Cour suprême du Canada fondée sur le fondement juridique de la norme « hors de tout doute raisonnable » en
matière de droit criminel.
● Les poursuites criminelles doivent se dérouler d’une manière conforme aux procédures légales et à l’équité (justice fondamentale de l’’art.7).
● Il incombe à l’Etat la charge de la preuve ; Il y a des exceptions, dans ces cas-là une présomption existe et l’accusé doit présenter au tribunal une
preuve suscitant un doute raisonnable ou le convaincre par prépondérance de preuve. – la preuve n’a pas ici à convaincre, juste soulever un doute sur
un élément essentiel de la preuve est suffisant.

- La poursuite doit prouver chacun des éléments essentiels de l’infraction. La preuve s’applique à l’ensemble de la preuve et non à chaque
élément essentiel de l’infraction. Et ce fardeau ne s’applique pas à chaque élément individuellement.

- Reine c. W.D. : en cas de versions contradictoires


- Si le juge croit l’accusé, il doit l’acquitter ;
- le juge ne croit pas l’accusé et que sa version soulève un doute raisonnable, il doit l’acquitter ; il doit se demander si la preuve
dans son ensemble laisse un doute raisonnable.
- Si Si le juge n’a pas de doute raisonnable sur la version de l’accusé , il doit se demander si la preuve dans son ensemble
laisse un doute raisonnable auquel cas il doit l’acquitter (si la Couronne ne s’est pas déchargée de son fardeau de prouver
l’ensemble des éléments).
1. La portée d’un droit peut être restreinte dans des limites raisonnables et si c’est justifiable dans le cadre d’une société libre et démocratique (test d’Oakes – article 1 LC 1982)
Test de 2. La dérogatoire (article 33 LC 1982)
Oakes
Le législateur prévoit à cet article la possibilité qu’un droit individuel soit bafoué pour favoriser l’application des lois et ultimement la protection du citoyen. Dans ce genre
de cas, il faut recourir à une clause limitative en vertu de l’article 1er LC 1982 et établir qu’il s’agit d’une limite raisonnable pouvant se justifier dans le cadre d’une société libre
et démocratique. On peut recourir à cette clause pour une durée maximale de 5 ans en vertu de l’art 33 (3) LC 1982.
C’est au Gouvernement d’en faire la preuve par la balance des probabilités.

4 critères (Oakes) :
- Objectif urgent et réel poursuivi par le législateur ;
- Les moyens choisis sont raisonnables puisqu’il existe un lien rationnel entre ces moyens et l’objectif poursuivi ;
- L’atteinte au droit est minimale ;
- Les effets bénéfiques et préjudiciables de la mesure son soupesés En d’autres termes, les questions qu’il faut se poser sont les suivantes :
1. Une atteinte à un droit ou une liberté est-elle démontrée?
2. Si oui, est-elle justifiée dans une société libre et démocratique ?
• La restriction (règle de droit à a-t-elle un objectif urgent et réel ? C’est le cas si :
- Il existe un lien rationnel entre la restriction et l’objectif poursuivi ;
- L’atteinte au droit est minimale ;
- Les effets préjudiciables de la mesure restrictive sont proportionnés aux effets bénéfiques.

Violation : réparation Art 24.1 et 24.2 et 52 LC 1982 = remède. On peut décréter un arrêt des procédures ou on peut exclure de la preuve.
L’art 24 pourrait permettre à un juge d’écarter la preuve qui a été saisi à la suite d’une violation d’un droit protégé par la Charte Ex: l’art 8 (ex : fouille abusive/Perquisition).
Recours: MAIS, l’article 1 pourrait venir sauvegarder la preuve recueillie même si elle a enfreint les droits de l’accusé. Si la loi qui autorisait la police à fouiller la maison par exemple, on
réparation a un objectif valable qui dépasse les objectifs individuels et les principes prévus dans la charte.

Quid si on a obtenu des éléments de preuve accablant en violation des droits de l’accusé ? C’est essentiellement la décision de Grant. Si l’état viole les droits de la personne
et que le juge conclut à la violation, ce n’est pas pour autant qu’il y aura écartement de la preuve. Article 24.2 de la Charte, l’exclusion des éléments de preuve saisis en violation
des droits de l’accusé. La Cour Suprême s’est penchée là-dessus dans l’arrêt Grant pour savoir c’est quoi le test que les juge de 1ere instance devrait appliquer lorsqu’ils sont pris
par une telle situation. Ils constatent la violation, l’avocat de la défense revendique l’écartement de la preuve car obtenu dans des conditions qui ont violé les droits de l’accusé.
Mais il va falloir faire une balance. Si on garde la preuve on cautionne le travail mal fait des policiers et si tu l’exclus est-ce que les droits individuels l’emportent sur les droits
collectifs ? C’est une balance entre les 2.

R. c. Stillman Le test Stillman en deux étapes a été élaboré pour déterminer si l’admission d’une preuve obtenue grâce à une violation d’un droit garanti par la Charte porterait
atteinte à l’équité du procès. La question de l’équité du procès entre en jeu lorsqu’on applique la première étape du critère Collins pour exclure des éléments de preuve en vertu du
paragraphe 24(2).

Lafrance: Les policiers ont détenu L le jour de l’exécution du mandat, puis violé l’art. 10b) en Omettant de l’informer de son droit à l’assistance d’un avocat ; Refusant de lui
permettre de communiquer avec un avocat dans une situation qui indiquait que sa conversation initiale avec l’aide juridique avait été insuffisante pour que soit réalisé l’objet de
l’art. 10b). Il s’agissait de graves violations, qui ont considérablement porté atteinte aux intérêts de L protégés par la Charte, et l’utilisation des éléments de preuve ainsi obtenus
serait susceptible de déconsidérer l’administration de la justice. La preuve a donc été écartée en application du par. 24(2) de la Charte et ordonné la tenue d’un nouveau procès.

R. c. Côté: Les policiers ont détenu C sans lui préciser le motif de la mesure comme l’exige l’art. 10a) de la Charte, ont porté atteinte à son droit d’avoir recours à l’assistance
d’un avocat, d’être informée de ce droit (art. 10b) de la Charte), ont porté atteinte à son droit au silence (art. 7 de la Charte) et ont obtenu une déclaration qui n’était pas
volontaire, ont induit un officier de justice en erreur pour avoir les mandats de perquisition. Le juge a donc écarté la preuve en entier en application du par. 24(2) de la Charte au
motif que son utilisation était susceptible de déconsidérer l’administration de la justice et a acquitté C.
Quelle est La Charte s’applique à l’Etat fédéral comme à l'État provincial et à ses démembrements (les municipalités). Il doit s’agir d’un acteur étatique qui viole un droit protégé par la Charte, ceci sera le cas
la portée de s’il est employé de l’État (ex ; policier, procureur) ou s’il agit comme mandataire des agents de la paix, s’il accomplit un geste sur la demande d’un agent de l’État.
l’article 32
- Uniquement les rapports publics : Etats / personnes
de la
Charte - Art 32 LC 1982 : elle s’applique au Gouvernement (on parle de l’administration en général et pas seulement des lois qui sont adoptées) et au Parlement pour tous les domaines fédéraux
canadienne relevant du Parlement. Elle s’applique également à la législature et aux gouvernements de chaque province. Elle s’applique à tous les domaines relevant de cette législature. Exemple : une loi
? québécoise est discriminatoire. On peut se fonder à la fois sur la Charte québécoise et sur la Charte canadienne pour la contester. Toute action de l’Etat, que ce soit l’Etat fédéral ou provincial,
est sujette à application de la Charte canadienne.
- Le critère déterminant pour savoir si la Charte va s’appliquer c’est si le Gouvernement exerce un contrôle direct et régulier (Universités : non, ordres professionnels oui etc.).

Dans l’arrêt Hape : l’article 32 ne limite pas l’application territoriale de la Charte, de sorte qu’il faut s’en remettre aux principes généraux en matière d’application extraterritoriale du droit canadien.

Qu’entend Dans une question d’examen, on doit toujours se poser la question, en ce moment qui fait quoi ? Qui est Anna, qui est Véronique, quel rôle joue-t-il ? Est-ce un agent de l'État ou un citoyen ? Est-ce la
t-on par personne accusée, la personne détenue, etc. ?
l’expression Un agent de l’état ne pas soutiré n’importe quelle information auprès d’une personne sous couvert de son statut vis à vis de cette personne. Pour qu’un acte tombe sous le coup de l’art. 32(1) LC 1982
« agent de (application de la Charte), il doit être accompli :
l’Etat » ?
- Par un acteur étatique canadien ;Il doit s’agir d’un acteur étatique, un employé de l’État ou un mandataire, ex : douanier, procureur, policier. S’il s’agit d’un mandataire des agents
de la paix, (ex. : un agent de sécurité privé fouille un casier de location à la demande d’un policier dans une école ou un médecin qui fait un prélèvement sanguin à la demande d’un
policier pour un test d’alcool dans une situation de conduite à capacité affaibli) devient un agent de l’État temporaire s’il a accomplis un geste sur demande d’un employé de l’Etat.

- Dans un domaine qui relève du Parlement ou des législatures provinciales : par exemple, l’enquête criminelle à l’étranger relève de la souveraineté de ce pays et non du Parlement
canadien ou des législatures provinciales.

2. L’arrestation
Principe L’arrestation avec mandat : toute arrestation sans mandat qui n’est pas permise par la loi est illégale et constitue une violation de l’article 9 de la Charte. Exception : art. 494 et s. [Link].
L’arrestation sans mandat est l’exception mais c’est devenu la règle, ils doivent se conformer à 495. L’article 495(1) [Link]. énonce les critères auxquels les policiers doivent se conformer pour
rendre l’arrestation légale. si arrestation illégale = tout le reste (même déclaration) n’est pas admissible.

Arrestation sans mandat par quiconque (y compris le propriétaire d’un bien) Arrestation sans mandat par un agent de la paix

En cas de flagrant délit ou sur la base de motifs raisonnables : arrestation par simple citoyen Arrestation sans mandat par un agent de la paix
permis (art. 494 [Link].) (aussi quand la personne est poursuivie par agent de la paix ou ​ 495 (1) Un agent de la paix peut arrêter sans mandat :
s’apprête à violer la paix) , par agent de la paix sans mandat permise. ​ a) une personne qui a commis un acte criminel ou qui, d’après ce qu’il croit pour des
Arrestation sans mandat par quiconque motifs raisonnables, a commis ou est sur le point de commettre un acte criminel;
​ b) une personne qu’il trouve en train de commettre une infraction criminelle;
​ 494 (1) Toute personne peut arrêter sans mandat : ​ c) une personne contre laquelle, d’après ce qu’il croit pour des motifs raisonnables,
​ a) un individu qu’elle trouve en train de commettre un acte criminel; un mandat d’arrestation ou un mandat de dépôt, rédigé selon une formule relative
​ b) un individu qui, d’après ce qu’elle croit pour des motifs raisonnables : aux mandats et reproduite à la partie XXVIII, est exécutoire dans les limites de la
​ (i) d’une part, a commis une infraction criminelle, juridiction territoriale dans laquelle est trouvée cette personne.
​ (ii) d’autre part, est en train de fuir des personnes légalement autorisées ​
à l’arrêter et est immédiatement poursuivi par ces personnes. ​ Restriction
​ (2) Un agent de la paix ne peut arrêter une personne sans mandat :
​ Arrestation par le propriétaire, etc., d’un bien ​ a) soit pour un acte criminel mentionné à l’article 553;
(2) Le propriétaire d’un bien ou la personne en ayant la possession légitime, ainsi que toute ​ b) soit pour une infraction pour laquelle la personne peut être poursuivie sur acte
personne qu’il autorise, peut arrêter sans mandat une personne qu’il trouve en train de d’accusation ou punie sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire;
commettre une infraction criminelle sur le bien ou concernant celui-ci dans les cas suivants : ​ c) soit pour une infraction punissable sur déclaration de culpabilité par procédure
​ a) il procède à l’arrestation à ce moment-là; sommaire,
​ b) il procède à l’arrestation dans un délai raisonnable après la perpétration de ​ dans aucun cas où :
l’infraction et il croit, pour des motifs raisonnables, que l’arrestation par un agent ​ d) d’une part, il a des motifs raisonnables de croire que l’intérêt public, eu égard aux
de la paix n’est pas possible dans les circonstances. circonstances, y compris la nécessité :
​ ​ (i) d’identifier la personne,
​ Personne livrée à un agent de la paix ​ (ii) de recueillir ou conserver une preuve de l’infraction ou une preuve y
(3) Quiconque, n’étant pas un agent de la paix, arrête une personne sans mandat doit aussitôt la relative,
livrer à un agent de la paix. ​ (iii) d’empêcher que l’infraction se poursuive ou se répète, ou qu’une
​ autre infraction soit commise,
​ Précision ​ peut être sauvegardé sans arrêter la personne sans mandat;
(4) Il est entendu que toute personne autorisée à procéder à une arrestation en vertu du présent ​ e) d’autre part, il n’a aucun motif raisonnable de croire que, s’il n’arrête pas la
article est une personne autorisée par la loi à le faire pour l’application de l’article 25. personne sans mandat, celle-ci omettra d’être présente au tribunal pour être traitée
selon la loi.

Quand faut-il
un mandat ? Actes criminels Infractions sommaires Infraction hybrides ou mixtes

À la lecture d’un texte de loi, comment savoir si une infraction est un acte criminel ou une infraction dite sommaire? Il faut cibler si c’est un acte criminel, infraction sommaire ou mixte. Le
texte de loi prévoit spécifiquement le mode de poursuite. Il faut regarder la peine maximale pour classer l’infraction.

Exam : Le point très important c’est de savoir si la poursuite a un choix et si elle a un choix, quel choix fera-t-elle. Il ne demandera pas quel choix ferait le Procureur de la Couronne car une
multitude de facteurs fera qu’il penchera dans un sens ou l’autre.

par Motifs Arrestation SANS mandat Pas envisagé Pas envisagé


rapport raisonnable Art. 495.1(a) [Link]. Le policier peut arrêter n’importe qui sans mandat s’il
à l’Art s, a commis des motifs raisonnables et probables de croire que cette personne avait
495 C. ou est sur le commis un acte criminel)
cr. : point de
commettre Comment s’apprécie la notion de « motifs raisonnables » à l’article 495
[Link]. ? Il s’agit d’un double critère.
- Le policier doit avoir une croyance personnelle : critère subjectif
Il peut fonder sa croyance à partir d’observations, d’informations
fournies par un tiers. Toutes les circonstances entourant
l'arrestation doivent être considérées pour évaluer l'existence de
motifs raisonnables.
- Cette croyance doit être objectivement raisonnable (personnes
raisonnable placée dans les mêmes circonstances aurait la même
croyance) : critère objectif

Flagrant Arrestation SANS mandat


délit: en (495.1 (b) Le policier peut arrêter n’importe qui sans mandat pour tous les crimes du code criminel qui sont en train d’être commis). ex: art. 174 Ccr.- nudité =
train de infraction purement sommaire.
commettre
Restrictions, Arrestation AVEC mandat (495.2a) assortie de la Délivrance d’une citation à Arrestation AVEC mandat (495.2c) Arrestation AVEC mandat (495.2b) assortie
il faut un comparaître par un agent de la paix (497) et remise en liberté (498 (1)) assortie de la Délivrance d’une de la Délivrance d’une citation à comparaître
mandat L’agent de la paix ne met pas la personne en liberté s’il a des motifs citation à comparaître par un par un agent de la paix (497) et remise en
(495.2) raisonnables de (498 (1.1)) si pas de remise en liberté, conduite devant le agent de la paix (497) et remise en liberté (498 (1)) L’agent de la paix ne met
*même si le juge dans les 24h (503 (1)) liberté (498 (1)) L’agent de la paix pas la personne en liberté s’il a des motifs
policier a ne met pas la personne en liberté raisonnables de (498 (1.1)) si pas de remise
des motifs (495.2a)a) soit pour un acte criminel mentionné à l’article 553; s’il a des motifs raisonnables de en liberté, conduite devant le juge dans les
raisonnables (498 (1.1)) si pas de remise en 24h (503 (1))
de croire, il a) soit d’avoir, selon le cas : liberté, conduite devant le juge
(i) commis un vol, autre qu’un vol de bétail,
faut un (ii) obtenu de l’argent ou des biens par de faux-semblants,
dans les 24h (503 (1))
mandat. (iii) illégalement en sa possession un bien, une chose ou leur produit sachant que tout
ou partie d’entre eux ont été obtenus directement ou indirectement par la (495.2b)b) soit pour une infraction pour laquelle
perpétration au Canada d’une infraction punissable sur acte d’accusation ou obtenus la personne peut être poursuivie sur acte
par une omission ou un acte survenus n’importe où qui, au Canada, auraient été d’accusation ou punie sur déclaration de
punissables sur acte d’accusation,
(495.2c)c) soit pour une infraction
punissable sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire;
(iv) par supercherie, mensonge et autre moyen dolosif, frustré le public ou toute
personne, déterminée ou non, de tout bien, argent ou valeur, culpabilité par procédure sommaire,
(v) commis un méfait au sens du paragraphe 430(4),
lorsque l’objet de l’infraction n’est pas un titre testamentaire et que sa valeur ne dépasse pas cinq
mille dollars;
b) soit d’avoir conseillé à quelqu’un de commettre une infraction, d’avoir tenté de commettre une
infraction, d’avoir comploté en vue de commettre une infraction ou d’avoir été complice après le
fait de la perpétration d’une infraction, qu’il s’agisse de l’une ou l’autre des infractions suivantes
:
(i) une infraction visée à l’alinéa a), sous réserve des limites quant à la nature et à la
valeur de l’objet de l’infraction mentionnées dans cet alinéa,
(ii) une infraction visée à l’alinéa c);
c) soit d’une infraction prévue par :
(i) l’article 201 (maison de jeu ou de pari),
(ii) l’article 202 (bookmaking),
(iii) l’article 203 (gageure),
(iv) l’article 206 (loteries, etc.),
(v) l’article 209 (tricher au jeu),
(viii) l’article 393 (fraude en matière de prix de passage),
(viii.01) l’article 490.031 (défaut de se conformer à une ordonnance ou à une
obligation),
(viii.02) l’article 490.0311 (déclaration fausse ou trompeuse),
(viii.1) l’article 811 (manquement à l’engagement),
(ix) le paragraphe 733.1(1) (défaut de se conformer à une ordonnance de probation),
(x) l’alinéa 4(4)a) de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances.

Exception à Arrestation SANS mandat


la 495.2d) d’une part, il a des motifs raisonnables de croire que l’intérêt public, eu égard aux circonstances, y compris la nécessité :
restriction: (i) d’identifier la personne,
PAS (ii) de recueillir ou conserver une preuve de l’infraction ou une preuve y relative,
(iii) d’empêcher que l’infraction se poursuive ou se répète, ou qu’une autre infraction soit commise,
BESOIN
D’UN
R. c. Dedman, (pouvoir d’interception ou d’interpellation au hasard par la police)
MANDAT
Pouvoir d’interception ou d’interpellation au hasard par la police justifiée à deux conditions
1) l’agent de police doit chercher à accomplir un devoir imposé par la loi ou la common law
2) sa conduite ne doit pas constituer un usage injustifié du pouvoir relié à ce devoir.

Mode de poursuite Une poursuite ne peut être intentée que par voie de mise en accusation. C'est une infraction dont le procès Elles offrent au procureur de la Couronne
Cette dernière s'effectue lorsqu'un acte d'accusation est déposé devant un peut être effectué par voie la possibilité de poursuivre soit par acte
tribunal (Art 34, 1a) loi d’interprétation : Mise en accusation sommaire, sommaire, c'est-à-dire sans jury criminel soit par infractions sommaires
règles de classification des infractions), lors d'une audition préalable, après ou sans mise en accusation. (Art 34, 1a) loi d’interprétation : Mise en
qu'une enquête préliminaire ou qu'un grand-jury a amassé suffisamment Exemple : Art 175 [Link]. : « Est accusation sommaire, règles de
d'éléments de preuve pour conclure prima facie à la perpétration d'un acte coupable d’une infraction classification des infractions), lors d'une
criminel. punissable sur déclaration de audition préalable, après qu'une enquête
culpabilité par procédure préliminaire ou qu'un grand-jury a amassé
sommaire » c’est donc suffisamment d'éléments de preuve pour
uniquement une infraction conclure prima facie à la perpétration d'un
sommaire. acte criminel.
⟶ La plupart des crimes sont des
infractions mixtes.
L’avocat de la défense va recevoir la
dénonciation, le choix de poursuite sera fait
par la Couronne. Exemples :
Art 266 [Link]. : « Quiconque commet des voies
de fait est coupable : a) soit d'un acte criminel et
passible d'un emprisonnement maximal de cinq
ans; b) soit d'une infraction punissable sur
déclaration de culpabilité par procédure
sommaire. »

Art 348 [Link]. : l’introduction par effraction


dans un dessein criminel. Une infraction mixte.
La poursuite a un choix dans le mode de
poursuite.

La poursuite a-t-elle le non prévu à 553 / 469 : la poursuite n’a pas de choix quant au mode Ce sera toujours un juge de la il faut attendre le choix de la poursuite
choix quant au mode de d’accusation. Cour provinciale qui fera le *469 la Cour supérieure a une juridiction exclusive
poursuite ? *469 la Cour supérieure a une juridiction exclusive / 553 : Cour du Québec. Si ni l’un procès. (553) / 553 : Cour du Québec. Si ni l’un ni l’autre, 536
ni l’autre, 536 s’applique (choix de l’accusé d’un procès avec ou sans jury). s’applique (juge de paix de la cour provinciale.

L’accusé a-t-il le choix l’accusé aura possiblement un choix de mode de procès à faire. Exception
de passer devant un 553 : les infractions énumérées ne donnent pas de choix du mode de procès
jury ou non ? même si c’est un acte criminel.
*469 la Cour supérieure a une juridiction exclusive / 553 : Cour du Québec. Si ni l’un
ni l’autre, 536 s’applique (choix de l’accusé d’un procès avec ou sans jury).

Tout le reste dépendra du choix de l’accusé de son mode de procès: 3 possibilités (556) :
- peut donc aller devant jury (Cour supérieure)
- ou demander un procès devant un juge seul (Cour du Québec)
Dans ces deux premières possibilités, il doit se demander s’il veut une enquête préliminaire. Cela ne veut pas dire que la Couronne ne pourra pas
demander d’enquête préliminaire. Si on ne veut absolument pas d’enquête préliminaire, il faudra aller devant la Cour provinciale.
Ces deux demandes sont distinctes. On peut choisir un procès devant jury sans enquête ou avec.
- Troisième possibilité : je veux un procès devant la Cour provinciale. Elle n’aura par contre pas la possibilité de demander une enquête préliminaire.
Elle ira au procès sans enquête préliminaire. Impossible d’avoir une enquête. L’utilité de l’enquête préliminaire est assez limitée.

L’article 2 du [Link] définit les divers tribunaux auxquels différents pouvoirs sont attribués.
Mode de procès
Différence entre juge et juge de la cour provinciale
L’option juge sans jury : tenue d’une enquête préliminaire sur demande des partis
L’option juge de la cour provinciale : tenu direct du procès

- Article 469 : juge et juge provincial ont compétence de juger Pour tous les autres actes criminels, l’accusé a le choix d’être jugé par une cour
actes criminels, composée (art. 536, accusé doit faire son choix lors de la comparution).
- sauf exception, tout accusé d’acte criminel doit être jugé devant
- d’un juge et jury = cour supérieure et 12 jurés
juge et jury et pareil pour infractions avec peine
- d’un juge sans jury ou d’un juge de la cour provinciale.
d’emprisonnement de 5 ans ou plus. procès devant jury
(exception : art. 553, crimes que même si poursuivi par acte Dans les deux autres cas, juge de la Cour du Québec possédant à la fois la
criminel, l’accusé n’a pas le droit d’avoir un procès devant jury). compétence du juge et celle du juge de la cour provinciale.
Le juge de la cour provinciale (cour supérieure) a une compétence
exclusive art. 553 : méfait, vol, fraude, relatif a une valeur
inférieure à 5000$, accusation relatifs à drogue.
procès par jury exigé que dans cas particuliers de meurtre,
complot pour le meurtre, la complicité pour un meurtre ou
corruption d’un juge (art. 468, 469 et 471) – peut y renoncer par
consentement (art. 473)

Le principe est que l’accusé doit être présent à toutes les étapes de la procédure. Le droit pour l’accusé d’être présent à son procès est un principe de justice
Présence de l’accusé fondamentale protégé par l’art 7 LC 1982 tout en étant reconnu comme une composante du droit à un procès équitable.

La présence de l’accusé est obligatoire, la présence implique la présence La présence de l’accusé est Lorsque l’accusé comparaît, l’avocat de la
physique et mentale (être en mesure de comprendre), l’article 650(1) permet nécessaire lors de son procès défense va voir sur la dénonciation quel est
d’autoriser que l’accusé suive la procédure de façon virtuelle. L’accusé peut (art. 800 (1) [Link].) le choix de la poursuite quant à la façon de
s’absenter s’il dépose un document à la Cour désignant formellement un Exception : présomption de poursuite
avocat pour le représenter dans le cadre des procédures, l’avocat va faire renonciation à ce droit. (art 800
signer une désignation de procureur à son client (art. 650.01 [Link].) mais (2) [Link].), la présence de
juge peut contraindre l'accusé à être présent (640.01(4)) [Link]) l’accusé n’est pas nécessaire,
- Passer devant un jury ou non ? l’avocat de la défense peut
- l’avocat doit déposer une désignation de procureur. représenter son client dans la
comparution. l’avocat va faire
signer une désignation de
procureur que l’accusé signe
pour l’avocat pour lui
permettre de le représenter.
Il n'est pas nécessaire que
l’avocat dépose une désignation
de procureur mais la
désignation de procureur
nécessaire dans les actes
criminels de l’art. 650 (1.1)
[Link]. pour pouvoir représenter
l’accusé (art. 651.01 C. cr.).

Présence à distance de l’accusé : article 650(1)


Art 803(2) [Link]. : lorsqu’un défendeur dûment requis de le faire ne comparaît pas aux temps et lieu fixé, la Cour des poursuites sommaires peut procéder ex
parte, c’est à dire en l’absence du défendeur à l’audition et à la décision des procédures, aussi complètement et effectivement que s’il avait comparu.

Enquête préliminaire = enquête préliminaire possible + procès devant le juge PAS enquête préliminaire PAS enquête préliminaire
évaluation de la Les enquêtes préliminaires ont lieu pour les crimes punissables de plus de
crédibilité de la force de 10 ans. L’accusé a le droit de demander l’enquête préliminaire.
la preuve de la poursuite
pour l’avocat de la
défense

Peine maximale peine de 10 ans, 14 ans ou perpétuité. 5000$ ou 6 mois (art. 360à 2 ans max 5 ans
moins 1 jour (787 (1))

Prescription pas de prescription sauf pour la haute trahison à l’art 48.1. [Link]. prescription de 1 an (art 786 (2)
[Link].)

Quand y a-t-il En droit criminel, l’arrestation est fondée sur l’article 495 [Link]., on parle de l’arrestation sans mandat
arrestation ? Quiconque est interpellé par un représentant de l’Etat a habituellement le choix de s’en aller. Si son choix lui est enlevé, que ce soit par suite d’une contrainte physique ou psychologique, il y a
détention. Les droits de l’accusé et les obligations du policier découlent de l’état de détention ou non. (Voir Grant, 2009). Il peut s’agir d’une contrainte physique ou psychologique mais la
contrainte doit être appréciable, une entrave mineure n’est pas suffisante. Suberu et Grant qui ont élaboré le concept de détention.
● R. c. Suberu (L’obligation d’informer en cas de détention (10a et 10b LC 1982). L’obligation d’informer naît dès le début de la détention aux fins d’enquête, sauf si la sécurité de
l’agent de la paix ou celle du public est menacée. Il s'agit d'un critère objectif qui incorpore les perceptions de la personne à laquelle s'adressent les policiers dans le contexte dynamique
d'une situation qui évolue. Rien ne permet de conclure que Samuel se trouvait dans une situation particulière : son âge, son identité raciale, etc.
● Arrêt Therrens (la détention): Il peut y avoir détention sans qu’il y ait contrainte physique ou menace de contrainte physique, si la personne intéressée se soumet ou acquiesce à la privation
de liberté et croit raisonnable qu’elle n’a pas le choix d’agir autrement.

Il existe deux formes de détention psychologique:


- 1° Celle qui découle d’une disposition légale. Ex: alcootest, conduites avec les capacités affaiblies. Les policiers vont d’abord faire les tests avant d’arrêter la personne qui serait alors
dans un état d’arrestation.

- 2° Celle qui découle des circonstances (subjectives). La cour peut tenir compte des facteurs suivants: les circonstances à l’origine du contact avec la police tel que la personne en cause a
dû raisonnablement les percevoir (Grant)- Critères non exhaustifs

Pour savoir s’il y a détention faut se poser la question : est-ce qu’une personne raisonnable aurait pu être induite à croire qu’elle n’avait plus le droit de choisir de quitter librement les lieux. Pour
cela, on peut tenir compte de 3 facteurs (Grant)- Critères non exhaustifs:

1. Les circonstances à l’origine du contact avec les policiers telles que la personne en cause a dû raisonnablement les percevoir : les policiers fournissaient-ils une aide générale,
assuraient-ils simplement le maintien de l’ordre, menaient-ils une enquête générale sur un incident particulier, ou visaient-ils précisément la personne en cause dans le cadre d’une enquête
ciblée.

2. La nature de la conduite des policiers : mots employés, recours au contact physique, lieu de l’interaction, la présence d’autres personnes, durée de l’interaction.

3. Les caractéristiques ou la situation particulières de la personne selon leur pertinence : son âge, sa stature, appartenance à une minorité ou son degré de discernement.

Pour savoir s’il y a détention: Quant-est-ce-que la personne est devenu détenu? Toute intervention d’agent d’État qui donne raisonnablement lieu de croire à la personne visée de se soumettre
(contrainte physique et/ou psychologique). Il y a deux formes de détentions psychologiques, celle qui découle d’une disposition légale (ex : alcootest) ou celle qui découle des circonstances. Samuel
n’était pas détenu au sens de 10b lors des premiers contacts. Il s’agit d’une évaluation objective. Pour déterminer si une personne raisonnable placée dans la même situation conclurait qu’elle a été
privée par l’État de sa liberté de choix, le tribunal peut tenir compte des circonstances à l’origine du contact (aide général, maintien de l‘ordre, enquête générale sur un incident particulier ou visait-il
spécifiquement la personne). c’est le fait de saisir une personne ou de la toucher dans le but de la détenir. De simples paroles indiquant la restriction de liberté suffisent à constituer une arrestation si
la personne démontrer qu’elle se soumet au processus et suit l’arrêtant.

Qui procède à Toute interpellation par un agent de l’Etat, une personne en autorité: Toute personne qui participe officiellement à l’arrestation, la détention, à l’interrogatoire ou à la poursuite de l’accusé. Il doit
l’arrestation ? cependant s’agir d’une personne en autorité étatique, à la connaissance de l’accusé détenant un certain pouvoir sur lui.
Il s’agit d’un critère subjectif pour la personne arrêtée : croyance honnête et objectivement raisonnable. Ex : un policier habillé en civil se faisant passer pour un codétenu ne sera pas
considéré comme une personne en situation d’autorité.

L'arrestation se fait lorsqu’il a des motifs raisonnables et probables de croire qu’une personne est sur le point de commettre une infraction (art. 495 Ccr). Pour la détention aux fins d’enquête : il
faut des motifs raisonnables de soupçonner une personne d’une infraction donnée, soit des soupçons raisonnables. Une croyance subjective ne suffit pas, le policier doit rapporter des motifs
objectivement discernables qui, appréciés contextuellement en tenant compte de toutes les circonstances, tant disculpatoires qu’incriminantes, permettant de soupçonner une activité criminelle.
Des soupçons généraux pas assez, il faut qu’ils soient directement reliés à la personne ciblé[Link] but est d’éviter la détention arbitraire au sens de l’article 9 LC 1982.

R. c. Clayton, (détention arbitraire). => même si les actions de la police étaient autorisées en vertu de la common law, elles violaient également l'article 9 de la Charte, mais que la violation
pouvait être raisonnablement justifiée en vertu de l'article 1 de la Charte Dans les circonstances de l'espèce, le fait de faire sortir l'accusé de la voiture et de le fouiller ensuite constituait un
exercice justifiable des pouvoirs policiers.

R. c. Waterfield, (détention aléatoire) « Test de Waterfield » – Ce test aide à déterminer les limites du pouvoir de la police pour interférer de manière justifiée avec la liberté ou les biens
d'une personne – par exemple, lors d'interpellations et de détentions aléatoires. Également appelé « doctrine du pouvoir auxiliaire » de common law. Le tribunal a estimé que : « … il est
probablement plus pratique d’examiner ce que faisait réellement l’agent de police et en particulier de savoir si un tel comportement constituait à première vue une atteinte illégale à la
liberté ou aux biens d’une personne. Si tel est le cas, il est alors pertinent de déterminer si (a) un tel comportement relève de la portée générale d'une obligation imposée par la loi ou
reconnue en common law et (b) si un tel comportement, bien que relevant de la portée générale d'une telle obligation, impliquait un usage injustifiable des pouvoirs associés à ce devoir.

Comment s’apprécie la notion de « motifs raisonnables » à l’article 495 [Link]. ? Il s’agit d’un double critère.
- Le policier doit avoir une croyance personnelle : critère subjectif. Il peut fonder sa croyance à partir d’observations, d’informations fournies par un tiers. Toutes les circonstances
entourant l'arrestation doivent être considérées pour évaluer l'existence de motifs raisonnables.
- Cette croyance doit être objectivement raisonnable (personnes raisonnable placée dans les mêmes circonstances aurait la même croyance) : critère objectif
R. c. Storrey Outre la croyance subjective d'un policier selon laquelle il existe des motifs raisonnables et probables d'arrestation, la Cour a stipulé que ces motifs doivent être objectivement
justifiables.

Pouvoir R. c. Beaudry, (La réelle portée du pouvoir discrétionnaire policier)


discrétionnaire Le pouvoir discrétionnaire s’inscrit dans tous les types d’intervention. Si le respect des directives administratives et des ordres émis par un supérieur est toujours important,
du policier lors l’autonomie professionnelle du policier et son jugement demeure une caractéristique primordiale de notre système de justice.
de l’arrestation

Arrestation Arrêt Landry : moyennant le respect de certaines conditions, un agent de la paix peut procéder à une arrestation sans mandat dans des lieux privés – conditions :
dans des lieux 1) il doit s’agir d’un acte criminel
privés 2) l’agent de la paix doit avoir des motifs raisonnables et probables de croire que la personne a commis ou est sur le point de commettre ledit acte criminel
3) il doit exister des motifs raisonnables et probables de croire que la personne recherchée se trouve dans les lieux
4) un avis régulier doit être donné avant de pénétrer dans les lieux.

Arrêt Macooh : pouvoir général d’intrusion dans une résidence dans le cadre d’une prise en chasse faut qu’elle soit faite d’une diligence raisonnable et que la poursuite soit déjà engagée.

Arrêt Feeney : pour les infractions sommaires, il faut un mandat spécifique permettant de rentrer dans la maison d’habitation.

Arrêt Godoy : C’est correct dans le cas d’une urgence aussi.

Que se Le concept d’arrestation en droit criminel est différent de l’utilisation du mot arrestation qu’on fait quotidie
passe-t-il en cas A l’examen : il y a toujours des cas pratiques mais le professeur ne demandera pas si le policier avait le pouvoir d’appréciation. Ça ne sera pas une question qui va amener notre propre raisonnement. Les questions seront sur
les principes. En effet, la réponse de tout à chacun peut être différente et tout le monde peut avoir raison en justifiant son développement.
d’arrestation ? Si on a cette question, on aura tous les éléments pour déterminer sans ambiguïté que c’était le cas oui ou non.

Ce que le policier doit faire Ce que la personne détenue doit faire


Le policier doit procéder à son arrestation et lui donner son droit de garder le La seule obligation qui incombe à la personne arrêtée est de décliner son identité à défaut de quoi elle se
silence et le droit de consulter un avocat. rend coupable d’entrave au travail d’un agent de la paix (art. 129a) [Link].).
Dans l’arrêt Grant, la CS a indiqué que : lorsque les policiers abordent les personnes qui se trouvent sur
L’obligation d’informer Les policiers ont l’obligation de respecter la Charte et la les lieux d’un accident ou d’un crime afin de déterminer si elles ont été témoins de l’événement et
règle des confessions À partir du moment où les policiers déclarent qu’ils ont des d’obtenir des renseignement susceptibles de les aider dans leur enquête, il est clairement établi en droit
motifs raisonnables et probables de croire que l’individu a commis une que, sous réserve de dispositions précises qui s’appliquent exceptionnellement, les citoyens sont
infraction, il procède à l’arrestation. Seul à ce moment-là, le bénéfice des droits libres de quitter les lieux. Ils n’ont aucune obligation de fournir une déposition ou de dénoncer le crime
constitutionnels est enclenché. dont ils ont été témoins sauf exception *(la trahison, le terrorisme..) .

R. c. Suberu (L’obligation d’informer en cas de détention (10a et 10b LC 1982). La règle des confessions et le droit constitutionnel de garder le silence sont des manifestations du
L’obligation d’informer naît dès le début de la détention aux fins d’enquête, sauf si principe interdisant l’auto-incrimination la Couronne ne peut pas citer l’accusé comme témoin.
la sécurité de l’agent de la paix ou celle du public est menacée. Il s'agit d'un critère Les protections apportées par l’article 7 de la Charte ne s’appliquent qu’au moment de la détention de
objectif qui incorpore les perceptions de la personne à laquelle s'adressent les l’accusé alors que la règle de Common Law s’applique à toutes les déclarations, même si le déclarant
policiers dans le contexte dynamique d'une situation qui évolue. Rien ne permet de n’est pas détenu.
conclure que Samuel se trouvait dans une situation particulière : son âge, son
identité raciale, etc. ● Règle des confessions : « Déclaration libre et volontaire sans promesse ni menace é manant
d’un esprit conscient » ce concept par exemple, provient de la Common [Link] que la Charte
● L’obligation de se conformer à 10 LC 1982 se divise en deux temps. canadienne des droits et libertés demeure en vigueur pour les confessions faites pendant la
détention, la règle de common law s'applique toujours dans toutes les circonstances.
1. 10a) On doit être informé des motifs d’arrestations R. c. Oickle La Cour suprême du Canada, la confession a été jugée recevable. Il a énoncé les
dans un langage clair et précis, on doit savoir ce qui nous est facteurs qui devraient être utilisés pour déterminer si une confession est volontaire.
reproché: Information sans délai : le policier doit aviser 1. La Cour doit examiner si la police a des menaces ou des promesses. L'existence d'une
immédiatement le détenu de son droit de consulter un avocat de contrepartie en l'échange de la confession détermine habituellement si elle était
garde, de l’existence d’un n° de téléphone sans frais qui permet de volontaire ou non.
joindre l’avocat gratuitement ainsi que de son droit de consulter un 2. La Cour doit vérifier s'il y a de l'oppression, c'est-à-dire que si des policiers ont une
avocat de l’aide juridique.(le crime/ infraction en question) pour conduite qui crée des conditions suffisamment déplaisantes ou inhumaines qui
connaître l’ampleur du risque que l’on court. L’information équivaudrait à obtenir une confession involontaire.
transmise doit permettre de faire un choix raisonnable d’exercer 3. La Cour doit vérifier si le suspect a un état d'esprit conscient. Le suspect doit être
son droit à l’avocat ou non et dans le premier cas, obtenir une suffisamment conscient de ce qu'il ou elle dit à qui il ou elle le dit.
assistance valable. (les policiers n’ont pas l'obligation de détailler 4. La Cour peut considérer le degré de ruse de la police. Bien qu'en général, la ruse est
la nature du crime commis). La personne arrêtée doit comprendre permise, elle ne peut pas aller jusqu'à « choquer la collectivité ».
suffisamment les motifs de son arrestation pour évaluer le risque
qu’il encourt à ce moment là. R. c. Nicholson: bien que l’existence d’un enregistrement aurait été très utile à l’appréciation
de la confession, son absence n’en vicie pas toutefois l’admissibilité. De plus, l’accusé ne s’est
2. 10b) Droit de consulter un avocat (droit à une pas fait entendre en défense lors du voir-dire il est donc difficile de spéculer et rien n’indique
défense pleine et entière) La mise en œuvre - permettent de qu’il a été l’objet de menaces, d’un climat d’oppression, d’une contrepartie ou d’un
prendre une décision éclairée sur l’opportunité de consulter ou encouragement important au point de soulever un doute raisonnable quant au caractère
non un avocat : opportunité raisonnable de consulter c’est à dire volontaire de sa confession.
aviser de la disponibilité d’un avocat de garde, donner accès à un
téléphone sans frais et informer de la possibilité de consulter un - L’exigence que la déclaration ait été libre et volontaire ne vaut que lorsque la
avocat de l’aide juridique. garantit à la personne arrêtée ou personne qui l’a reçue était en situation d’autorité. La déclaration ne peut être
détenue le droit d’avoir recours à l’assistance d’un avocat sans admise en preuve si elle est le fruit de menaces, de promesses ou de violence ou dans
délai et d’être informée de ce droit dès le moment de sa détention.. un climat d’oppression. Donc les paroles d’une personne détenue ou les
On ne peut suspendre ce volet même si l’individu est intoxiqué ou conversations entendues entre un détenu et une autre personne n’étant pas en
en état de choc. Il faut évaluer la substance de ce que l'individu situation d’autorité ne sont pas des confessions et la règle des confessions ne
a compris pour déterminer si les policiers ont respecté 10 a) s’applique pas.
(prendre en compte la langue, le niveau intellectuel). Donc faut Comment le déterminer? Il faut se demander si la personne, au moment de faire la
dire pourquoi on arrête l’accusé. Le « fardeau » pour le policier est déclaration, croyait que la personne à qui il se confiait détenait un certain pouvoir
très bas. Les policiers n’ont pas l’obligation d’utiliser les mots sur lui.
exacts du [Link]. Il n’y a rien de juridique dans les mots que le
policier va prononcer envers la personne qu’il arrête. - En vertu de la règle des confessions de common law : la déclaration
Lafrance: Les policiers ont détenu L le jour de l’exécution du extrajudiciaire de l’accusé à une personne en autorité, qu’elle soit incriminante
mandat, puis violé l’art. 10b) en Omettant de l’informer de son ou disculpatoire, est en principe inadmissible lors de son procès à moins que la
droit à l’assistance d’un avocat ; Refusant de lui permettre de poursuite (ministère public) ne démontre, par une preuve hors de tout doute
communiquer avec un avocat dans une situation qui indiquait que raisonnable, qu’elle a été faite volontairement.
sa conversation initiale avec l’aide juridique avait été insuffisante [Link]: En l’espèce, plusieurs problèmes se posent quant à l’admissibilité de la
pour que soit réalisé l’objet de l’art. 10b). Il s’agissait de graves déclaration extrajudiciaire de l’accusé : 1) Son caractère incomplet et 2) La
violations, qui ont considérablement porté atteinte aux intérêts de justification de l’absence d’enregistrement vidéo par les policiers sont difficilement
L protégés par la Charte, et l’utilisation des éléments de preuve compréhensibles. Le Tribunal n’est pas convaincu HTDR du caractère libre et
ainsi obtenus serait susceptible de déconsidérer l’administration de volontaire de la déclaration qui ne sera donc pas admise en preuve.
la justice. La preuve a donc été écartée en application du par. 24(2)
de la Charte et ordonné la tenue d’un nouveau procès. ● Art 7 Charte canadienne : Il englobe notamment le droit de garder le silence. Le Policier n’a
pas à informer du droit de garder le silence, on suppose qu'un avocat va le faire (10b).
- Le policier doit aviser le détenu de son droit de consulter un
avocat de garde, de l’existence d’un numéro de téléphone sans Singh : La Cour indique que « le fait que le suspect revendique le droit au silence n’empêche
frais qui permet de le joindre gratuitement et de son droit de pas les policiers de tenter de l’interroger. Cela pourrait toutefois affecter le caractère volontaire
consulter l’aide juridique s’il y est admissible => Implique de la déclaration et la rendre inadmissible ». Mais il se peut que la déclaration ne soit pas admise
d’avoir une communication effective entre l’avocat et la en preuve si un doute existe sur l’aspect volontaire de la déclaration.
personne arrêtée ou détenue.
- Le Policier n’a pas à informer du droit de garder le R. c. Turcotte: La preuve relative au silence de l’accusé n’est pas admissible comme preuve
silence, on suppose qu'un avocat va le faire. relative au comportement postérieur à l’infraction. Le droit de garder le silence serait illusoire si
- Doit donner accès à téléphone dès que possible => La la décision de ne pas parler à la police pouvait être utilisée par le ministère public comme preuve
personne n’a droit qu’à une seule consultation (juste une de culpabilité. De plus, l’interaction volontaire avec la police, même si elle est engagée par
appel peut ne pas être suffisant si le détenue n’a pas eu une l’intéressé, ne constitue pas une renonciation au droit de garder le silence.
assistance d’un avocat)
- On peut consulter l'avocat de son choix, mais si pas
Deux conditions doivent être réunies pour qu’il y ait violation du droit au silence :
disponible dans un délai raisonnable on devra se rabattre sur
1) Intervention de l’État : est-ce que le policier a participé de façon active à soutirer la
l'avocat de garde ou l’aide juridique.
réponse à l’accusé? S’il a une participation active = enlève droit au silence.
2) Que cette intervention ait entraîné l’obtention d’une preuve d’une manière irrégulière.
● Nouvelle mise en garde + nouvelle consultation avec un avocat si
survient un changement de circonstances objectivement observables :
L’État peut utiliser des artifices. La ruse est permise, elle ne peut pas aller jusqu'à «
Un changement significatif de circonstances objectivement
observables peut être, par exemple, un nouveau procédé d’enquête.
choquer la collectivité » (R. c. Oickle) en autant qu’il ne prive pas l’accusé de son choix
1) c’est le cas quand les policiers envisagent de soumettre le de parler (Hébert). Mais si l’agent a cherché de façon active à obtenir des renseignements du
détenu à de nouveaux procédés d’enquête comme une séance détenu= violation (art. 24 LC 1982- Le déclarant-accusé devra démontrer par prépondérance
d’identification ou l’administration d’un test polygraphique. des probabilités que l’on a contrevenu à son droit et que l’exclusion de la preuve doit en
(arrêt Amyot) découler ). Il faut se demander si le policier banalisé a orienté la conversation d’une manière
qui aurait incité, encouragé ou amené le détenu à répondre.
2) Changement du risque couru par la personne détenue, par
exemple si l’objet de l’enquête se déplace vers une accusation - Le policier peut utiliser des artifices en autant qu’il ne prive pas l’accusé de
plus grave. son choix de parler. Les actes des autorités policières ont-ils empêché le suspect
de faire un choix en raison d’une contrainte d’une ruse ou d’une information
- Prélèvement d’haleine pour test alcoolémie : droit à avocat. inexacte.
Hébert : La CSC a établi que les policiers ne peuvent utiliser d’artifice qui priverait
l’accusé de son choix de parler ou non aux autorités sans priver une personne
Quelle est la limite du droit d’avoir recours à l’avocat de son choix ? C’est la détenue de son droit au silence prévu à l’article 7 LC 1982. Les déclarations ainsi
disponibilité de l’avocat. Le suspect doit faire preuve de diligences et se rabattre sur obtenues doivent être écartées en vertu de l’article 24 (2) LC 1982.
une alternative telle que l’avocat de pratique privée ou de l’aide juridique. Le droit
de consulter un avocat de son choix n’est pas illimité, on ne peut pas patienter 8hrs - Évidemment si le policier procède à l’interrogatoire en règle de l’accusé dans une
pour que l’avocat préféré soit disponible. Les policiers peuvent mettre fin à cellule en étant déguisé en détenu alors il y a violation. Alors le subterfuge de
l’attente. placer un policier en cellule, peut être dans certaines occasions, quelque chose que
les policiers ont le droit de faire. Cependant, le policier doit rester passif.
À quelle(s) condition(s) une renonciation à l’exercice du droit à l’avocat Arrêt Evans : si le policier habillé en civil dans la cellule ne participe pas
peut-elle être valablement faite par une personne détenue? La renonciation activement à mener une conversation avec le détenu, on peut se poser la question
doit être explicite et non équivoque. Le policier doit avoir des motifs si l’accusé décidait de faire une déclaration, celle-ci serait-elle libre et volontaire ?
raisonnables de croire que le détenu connaît ses droits. L’accusé doit renoncer en Les policiers ont-ils contrevenu au droit de garder le silence ? C’est une question
toute connaissance de cause du droit auquel il renonce. Il appartiendra à la factuelle et d’interprétation.
poursuite d’établir que la renonciation est libre et volontaire.

Admissibilité Rappel : Lorsque l’accusé fait une déclaration incriminante à une personne en autorité, la question qu’on se pose est : cette déclaration est-elle admissible en preuve ?
de la preuve
● La procédure d’admissibilité des déclarations:
- En vertu de la Charte (art. 7,9 et 10b), le déclarant-accusé devra démontrer par prépondérance des probabilités que l’on a contrevenu à son droit et que l’exclusion de la
preuve doit en découler. Le juge pourra conclure que l’accusé n’a pas soulevé de doute raisonnable sur le caractère libre et volontaire de la déclaration. Même s’il
conclut cela, il doit se demander si la poursuite s’est déchargée de son fardeau de prouver hors de tout doute raisonnable.

- Et en vertu de la règle des confessions de la common law, le ministère public doit prouver hors de tout doute raisonnable que la déclaration de l’accusé a été faite de façon
libre et volontaire. Le ministère public doit des faire entendre toutes les personnes en autorité reliées à la déclaration contestée (on appelle ça des voir-dire). Le fardeau de la
preuve pèse toujours sur la Couronne. Mais la défense peut contre-attaquer en soulevant un doute par rapport à la version des policiers. La couronne va faire entendre tous les
policiers ayant été en contact avec l’accusé lorsque celui-ci a fourni sa déclaration.

- Il s’agit au Canada d’un « voir-dire », à savoir l’admissibilité en preuve d’une déclaration. Au terme du voir-dire, le juge dit si la déclaration est admissible ou non.
Après cela, on continue le procès. La juge va vérifier si c’est sans promesses ni menaces et si c’est libre et conscient. Les policiers travaillent de mieux en mieux
donc il y a de moins en moins de contestation d’admissibilité en preuve d’une déclaration d’un client car les policiers ont fait tout ce qu’ils devaient faire.

« Voir-dire » : comme un procès à l’intérieur d’un procès. Le voir-dire constitue une étape de la procédure judiciaire qui permet au juge de déterminer une question
en interrogeant le témoin d’un événement. C’est un interrogatoire préliminaire ou, comme l’usage le dit, « un procès dans le procès » ("a trial within a trial") au cours
duquel un témoin est interrogé, avant de continuer à rendre témoignage, au sujet notamment de sa capacité à témoigner et de son intérêt dans l’affaire. Cela vise à
mettre en preuve les circonstances de la déclaration pour en établir le caractère libre et volontaire, l’absence de promesse et de menace et l’état d’esprit de l’accusé à
un agent de police. En ce cas, le voir-dire a pour objet de faire apprécier le caractère volontaire des déclarations extrajudiciaires de l’accusé faites à une personne
placée en situation d’autorité.

Étapes du voir-dire :
1) Si le procès a lieu devant un jury, celui-ci devra se retirer (ces questions devront donc être traitées hors de la présence du jury).
2) Les témoins devront attester qu’il n’y a pas eu de promesses ou de menaces.
3) La défense appelle ses témoins qui seront soumis à contre-interrogatoire.
4) Ensuite plaidoiries.
5) Puis décision de la juge.

Le rôle du juge : déterminer en l’absence de jury le caractère libre et volontaire de la déclaration, hors de tout doute raisonnable
R. c. Nicholson: bien que l’existence d’un enregistrement aurait été très utile à l’appréciation de la confession, son absence n’en vicie pas toutefois l’admissibilité.
De plus, l’accusé ne s’est pas fait entendre en défense lors du voir-dire il est donc difficile de spéculer et rien n’indique qu’il a été l’objet de menaces, d’un climat
d’oppression, d’une contrepartie ou d’un encouragement important au point de soulever un doute raisonnable quant au caractère volontaire de sa confession.

● Quel est l’impact sur l’admissibilité d’une déclaration du fait que les policiers n’ont pas enregistré l’interrogatoire du suspect alors qu’il était possible de le faire ? Il n’est pas
toujours possible que les policiers enregistrent la déclaration. Si les policiers pouvaient enregistrer la déclaration et qu’ils ne l’ont pas fait, ces déclarations non enregistrées alors que
les policiers pouvaient les enregistrer, sont considérées hautement suspectes.
- 1° Il faut que le policier ait eu l’équipement pour le faire.
- 2° Et le policier a choisi de ne pas enregistrer.
R. c. Nicholson: bien que l’existence d’un enregistrement aurait été très utile à l’appréciation de la confession, son absence n’en vicie pas toutefois l’admissibilité. De plus, l’accusé ne
s’est pas fait entendre en défense lors du voir-dire il est donc difficile de spéculer et rien n’indique qu’il a été l’objet de menaces, d’un climat d’oppression, d’une contrepartie ou d’un
encouragement important au point de soulever un doute raisonnable quant au caractère volontaire de sa confession.
[Link]: En l’espèce, plusieurs problèmes se posent quant à l’admissibilité de la déclaration extrajudiciaire de l’accusé : 1) Son caractère incomplet et 2) La justification de l’absence
d’enregistrement vidéo par les policiers sont difficilement compréhensibles. Le Tribunal n’est pas convaincu HTDR du caractère libre et volontaire de la déclaration qui ne sera donc pas
admise en preuve.

Toutefois, le policier n’a aucune obligation de procéder à l’enregistrement, cela dépend des circonstances.
- Si la Couronne veut rendre admissible en preuve la déclaration de l’accusé, celle-ci devra s’adresser à l’avocat de la défense pour lui demander s’il pense que la déclaration du
client est libre et volontaire.
- Si la réponse de l’avocat de la défense est positive : libre, conscient, sans promesse ni menace, la Couronne va dire au juge qu’elle dépose la déclaration de la défense (le juge
va dire à la défense : vous admettez le caractère libre et volontaire de la déclaration de votre client ?
- Si c’est contesté, voire-dire et le juge décide.

Un policier peut-il prendre un échantillon sanguin sur une personne décédée d’un accident de la circulation ? Non. Le policier doit remplir certaines obligations. Il
doit se conformer au respect de certains principes fondamentaux. Pour des fins légales, il pourrait faire ce prélèvement sans enfreindre les droits de la personne.
Toutefois, l’objectif doit être vraiment précis.

3. Territorialité
Problème 1. P28.
Si l’infraction a été commise entièrement à l’étranger (art. 6(2) [Link].) alors là on ne pourrait pas les juger ici.
Il faut se poser la question suivante : l’infraction a-t-elle été entièrement commise au Canada / étranger ?
- Si elle a été entièrement commise à l’étranger, l’extradition va jouer. Art 6.2 [Link]. : nul ne peut être poursuivi pour une infraction commise à l’étranger. Selon la cour Suprême dans Libman, ceci veut dire
entièrement commise à l’étranger. Pour qu’on puisse porter valablement des accusations au pays, il suffit d’établir l’existence d’un lien réel et important, c’est-à-dire qu’un élément essentiel de l’infraction
a été commis au Canada.

- Si l’infraction a été en totalité commise à l’étranger, il n ‘est pas possible de juger la personne au Canada.

Problème 3
Richard vient d’être arrêté par un policier du Service de police de la ville de Montréal pour un vol qualifié. Ayant été informé de son droit à l’avocat, il s’en prévaut et entre en communication avec un avocat de garde. Il
l’informe qu’il est en attente de procès en Ontario pour une infraction de même nature de sorte qu’il craint de ne pas être remis en liberté en attendant son procès. Il souhaiterait régler tous ses dossiers en même temps
et il demande à l’avocat si un juge québécois pourrait entendre l’affaire ontarienne.

Question : Qu’est-ce que l’avocat de garde doit lui répondre? Motivez votre réponse. Oui en vertu de l’article 478 [Link]., il ne pourrait pas subir son procès au Québec mais il pourrait plaider coupable au Québec à la
suite d’une demande de transfert du dossier en vertu de l’article 478-3 [Link].

Art. 478(1) et 478(3) [Link]. commis dans la même province et Art. 479 [Link]. – crimes commis dans diverses provinces. L’accusé peut demander de plaider coupable à son accusation en Ontario, alors là il pourra se faire
transférer sa cause à Montréal. S’il veut pas plaider coupable, là on décide où le juge selon la disponibilité de la preuve.

Canada / provinces :
- Art. 479 [Link]. s’applique aux crimes commis dans la même province
- Art. 478 [Link]. / autres provinces. 479 parle de plaider coupable dans un district autre mais dans la même province alors que l’article 478 le prévoit pour une autre province.
- Art. 478-1 / 3 [Link]. : La seule possibilité pour l’accusé de transférer à Montréal, c’est de plaider coupable.

Principe de Les tribunaux ne sont appelés à juger que les infractions commises sur le territoire national, sans se préoccuper de celles commises pas un national à l’étranger. (art. 6(2) [Link]). Le pays peut juger des
territorialité crimes si au moins 1 des éléments essentiels de l’infraction eut lieu ici ou sinon quand les effets sont ressentis sur le territoire (même si crime entièrement commis à l’étranger).
R. c. Libman, [1985] 2 R.C.S. 178 : Pour soumettre une infraction à la compétence de nos tribunaux, il faut qu’une partie importante des activités qui la constituent se soit déroulée au Canada. Il suffit
qu’il ait un lien important entre l’infraction et notre pays.

● Art. 481.2 [Link]. : Sous réserve des autres dispositions de la présente loi et de toute autre loi fédérale, le fait — acte ou omission — survenu à l’extérieur du Canada et constituant, même dans
ce cas, une infraction à la présente loi ou à une autre loi fédérale peut être poursuivi, jugé et puni dans toute circonscription territoriale du Canada comme s’il était survenu dans cette
circonscription, que l’accusé soit présent ou non au Canada.] -crime commis ailleurs peut être jugé ici et être jugé même en son absence.

● Art. 290(1)b) [Link]. : un citoyen canadien résident au Canada, qui quitte le pays avec l’intention de commettre cette infraction à l’étranger se rend coupable de ce crime au Canada s’il le
commet effectivement.

● Art. 465(3) et (4) [Link]. : portée extraterritoriale au crime de complot. S’applique si : des canadiens complotent dans le but de commettre, à l’extérieur du Canada, une infraction punissable
dans les deux pays. Ou si des personnes à l’étranger complotent en vue de commettre une infraction au Canada.

● Art. 7 [Link]. : exceptions au principe de la territorialité des lois. L’acte criminel commis à bord d’un aéronef immatriculé au Canada ou si le vol s’est terminé au Canada = acte criminel
punissable au Canada. Pareil pour infraction contre les biens culturels, sur les plateformes en mer, infractions reliées au terrorisme, infraction commise à l’occasion d’une mission spatiale…
[voir par.430]

Extradition ● L’extradition d’un canadien est permise, mais celui-ci peut revenir purger sa peine ici. Si peine de mort, faut exiger assurance que ne sera pas imposé sinon viole 6(1) Charte.

● La loi sur l’extradition ne viole pas la Charte, on peut s’opposer à l’extradition que dans la mesure où la décision d’extrader se fonde sur des motifs irréguliers ou arbitraires.

● Le prisonnier jugé hors Canada ne purge pas automatiquement sa peine ici, faut que ministre envoie demande.

● Facteurs à prendre en compte quand on décide où sera jugé la personne :


Processus d’extradition

Le processus comporte trois étapes distinctes, dont deux relevant du judiciaire et l’autre de l’exécutif.

Phase judiciaire :
1. Amorce de la procédure par la délivrance de l’arrêté introductif d’instance : voir paragraphe 458 pour les précisions relatives à la démarche

2. L’audition devant la Cour supérieur en vue de déterminer s’il y a lieu d’ordonner l’incarcération ou la libération de l’intéressé * sans possibilité de décider s’il doit être extradé : [voir
paragraphe 466 pour plus de précisions] si le juge conclut que l’État requérant n’a pas présenté une preuve suffisante de l’identification et de la condamnation ou de la culpabilité du fugitif, il
devra être libérée mais ministre peut faire renvoi.

Phase ministérielle : déterminer s’il y a lieu de décerner un arrêté d’extradition. [Voir §496]. À la suite de l’ordonnance d’incarcération rendues par le juge, il revient au ministre à exercer le pouvoir
que lui confère l’art. 40 de la loi sur l’extradition. Le ministre à pouvoir discrétionnaire de octroyer ou non l’extradition mais il doit agir conformément aux principes de justices fondamentale et à la
Charte (malgré pouvoir discrétionnaire) et il doit donc révéler/étayer sa décision au fugitif.

- Les restrictions au pouvoir discrétionnaire du ministre : les protections de la Charte (essentiellement l’article 7) ne rentrent en jeu que lorsque l’extradé se trouvera dans une situation telle que
le seul fait que le gouvernement canadien procède à l’extradition constitue une violation des principes de justice fondamentale (ex : on sait que si le prisonnier est extradé, il sera torturé – doit
être démontré avec prépondérance de preuve) donc n’a pas de portée extraterritoriale ou que la preuve démontre une possible corruption généralisé du système judiciaire du pays où on veut
extrader).
- Le ministre peut aussi refuser extradition s’il est convaincu que les actes reprochés seront sanctionnés par la peine capitale [États-Unis c. Burns]. La cour Suprême dans la cause de Burns a
déterminé que la décision du ministre d’extrader un individu vers un pays alors qu’il est passible de la peine de mort porte atteinte aux droits protégés par l’art. 7 LC 1982 soit le droit à la
vie. Puisque la peine de mort est applicable en Floride, le Ministre doit donc exiger et obtenir une garantie que la peine de mort ne sera pas appliquée à l’égard de Claude et Thomas
advenant le transfert de ces 2 individus.

4. Entrée dans un domicile / Perquisition p. 60 (protection de la vie privée)


C’est quoi Constituent des fouilles, perquisitions ou saisies le fait de procéder à l’enregistrement vidéo d’une personne, le fait de procéder à un prélèvement corporel, le fait de détenir un individu dans un salle
une fouille, d'évacuation de drogue, le fait d’intercepter des communications privées, l’exercice du pouvoir de tirer des copies de documents, …
perquisition
ou saisie? Goodwin c. Colombie-Britannique, 2015 (protection de la vie privée)
Les valeurs sur lesquelles repose la protection de la vie privée garantie par l’article 8 sont la dignité, l’intégrité et l’autonomie (R. c. Plant, [1993] 3 R.C.S. 281, à la page 292). La protection que
l’article 8 accorde à la vie privée – personnelle, territoriale et informationnelle – est essentielle non seulement à la dignité humaine, mais également au fonctionnement de notre société démocratique.
Ainsi, l’article 8 délimite une sphère protégée d’autonomie individuelle dans laquelle chacun a le droit « de ne pas être importuné » et dans laquelle l’État ne peut s’immiscer sans permission (R. c.
Ahmad, 2020 CSC 11, au paragraphe 38). Parallèlement, puisque l’article 8 permet les fouilles, les perquisitions et les saisies raisonnables, il reconnaît que le droit légitime de l’État de
réaliser ses fins ou d’appliquer ses lois nécessitera parfois une certaine intrusion dans la sphère privée.

● Quand une fouille, perquisition ou saisie est-elle abusive? Quand elle n’est pas autorisée par la loi ou la Common Law ou si les exigences n’ont pas été respectées. Faut aussi que la règle
de droit en elle-même ne soit pas abusive et soit conforme aux exigences constitutionnelles établi dans Hunter : la loi qui permet la fouille sera jugée constitutionnelle si elle prévoit un
mécanisme d’autorisation préalable (mandat) par une personne agissant judiciairement (habituellement un juge) se fondant sur l’existence de motifs raisonnables et probables, établis sous
serment, de croire qu’un crime a été commis ou est commis et que la fouille permettra de découvrir des éléments de preuves particuliers.
Cloutier c. Langlois : Une fouille sommaire, qui comprend l’examen des poches d’une personne, mais qui ne comprend pas l’utilisation de force physique ou le retrait des
vêtements, est relativement peu envahissante. Les fouilles sont légalisées par l’article 771(1)(a) du Code criminel. La fouille sommaire est un outil de sécurité publique utilisé
pour favoriser l’application de la loi et servir l’intérêt public. Cette atteinte aux droits individuels est considérée comme minimale et nécessaire pour une saine administration de la
justice canadienne. En l’espèce les policiers n’ont pas abusé de leur pouvoir de discrétion et visait un objectif valable qui n’était pas étranger aux fin d’une saine administration de
la justice. De plus, les faits de l’affaire ne laisse pas présager que la fouille ai été faite de manière abusive. La fouille sommaire de l’intimé était donc justifiée.

[R. c. Collins : une fouille n’est pas abusive si elle est autorisée par la loi, si la loi elle-même n’a rien d’abusif et si la fouille n’a pas été effectuée d’une manière abusive.] Ce n’est
pas absolue – dans certains cas l’urgence de la situation peut justifier le fait de ne pas avoir de mandat, par exemple pour la nécessité d’empêcher la destruction de la preuve.

R. c. Mann, (détention momentanée à des fins d'enquête et fouille)

● Un policier peut-il effectuer une fouille en milieu scolaire ? Qu’en est-il du directeur de l’école? Oui. Expectative de vie privée réduite.

● Une fouille à nu est-elle permise ? La fouille à nu sera permise s’il existe un lien avec les motifs liés à l’arrestation. En outre, il faut des motifs raisonnables supplémentaires qui
justifient un tel procédé, sauf circonstances d’urgence également établies par des motifs raisonnables, elle devra avoir lieu au poste de police et non sur les lieux de l’arrestation. Arrêt
SAEED
R. c. Fearon (en vertu de l'article 8 , concernant la constitutionnalité des fouilles sans mandat par les forces de l'ordre du contenu d'un téléphone portable accessoirement à une arrestation)

Droit protégé Le concept de vie privée : l’article 8 de la Charte prévoit que chacun a droit à la protection contre les fouilles, les perquisitions ou les saisies abusives. / elle protège toute situation où une personne
a une expectative raisonnable (protection contre les fouilles abusives) de vie privée.
MAIS NB : une fouille sans mandat est présumée abusive alors même s’il y a eu le consentement, les policiers doivent être prudents.

R. c. Stillman : Une décision de premier plan de la Cour suprême du Canada sur le paragraphe 24 (2) de la Constitution du Canada qui permettait l'exclusion de preuves obtenues d'une
manière qui viole la Charte . À la suite d’un voirdire tenu pour déterminer l’admissibilité de certains éléments de preuve, le juge du procès a conclu que les échantillons de cheveux et de
poils, les empreintes dentaires et les prélèvements faits dans la bouche avaient été obtenus en violation de l’art. 8 de la Charte, mais que ces éléments de preuve étaient néanmoins
admissibles. Il a décidé que le papier mouchoir contenant les mucosités n’avait pas été obtenu en violation de l’art. 8 et qu’il devrait donc être utilisé en preuve. Un jury a, par la suite,
déclaré l’accusé coupable de meurtre au premier degré. Le test Stillman en deux étapes a été élaboré pour déterminer si l’admission d’une preuve obtenue grâce à une violation d’un droit
garanti par la Charte porterait atteinte à l’équité du procès. La question de l’équité du procès entre en jeu lorsqu’on applique la première étape du critère Collins pour exclure des éléments de
preuve en vertu du paragraphe 24(2).

L’application de la protection : pour déterminer s’il existe une attente raisonnable en matière de vie privé, dans l’arrêt Collin, la Cour a proposé l’analyse suivante :
1) L’examen de l’objet de la prétendue fouille
2) la question de savoir si le demandeur possédait un droit direct à l’égard de l’objet
3) la question de savoir si le demandeur avait une attente subjective en matière de respect de sa vie privée relativement à l’objet
4) la question de savoir si cette attente subjective en matière de respect de la vie privée était objectivement raisonnable, eu égard à l’ensemble des circonstances.
Liste complète de critères d’analyse à la page 445.
920-025 : pleins d’exemples
925 : expectative de vie privée sur certains biens, comme un ordi.

Comment savoir si une personne possède une attente en matière de respect de la vie privée? En se demandant si une personne raisonnable et bien informée, placée dans la même situation que
l’accusé, aurait des attentes en matière de respect de sa vie privée. [Par exemple : statut de passager dans une voiture ne confère pas expectative, mais oui si c’est la voiture de notre conjoint.]

● La protection absente ou réduite (par. 928) : Principe de l’invitation implicite - policier peut frapper à la porte ou entrer sur un terrain privé s’il soupçonne raisonnablement la commission
d’un crime dont serait victime l’occupant.
- Limite : les policiers ne peuvent pas l’utiliser pour poursuivre un but subsidiaire, comme recueillir une preuve ou entre entreprendre une enquête criminelle hypothétique.
- Il n’y a pas non plus de violation de la vie privée lorsque les policiers utilisent une technologie capable de recueillir des données au sujet d’une maison sans toutefois révéler
d’informations précises sur les activités qui s’y découlent [Ex : caméra à rayons infrarouges qui détecte chaleur, sac de poubelle abandonné].
- L’expectative est réduite : quand partage d’un ordi, quand déclaré coupable d’une infraction, en prison.

Règles applicables aux fouilles en milieu éducatif (ex : drogue dans casier) : expectative de vie privé réduite, donc le responsable de l’institution doit avoir des motifs raisonnables de croire
qu’une règle de l’école a été violée et que la preuve se trouve dans les lieux ou sur la personne de l’élève fouillé. S’appliquent aussi a toutes les institutions éducatives relevant de l’État (ex :
camps d’étés administrés par le gouv).
- Les policiers ne peuvent toutefois pas intervenir au hasard ( par exemple faire une fouille générale avec un chien renifleur, trouver de la drogue et fouiller dans un sac) –
faut un soupçon raisonnable avant d’utiliser un chien renifleur.
R. c. Dedman, (pouvoir d’interception ou d’interpellation au hasard par la police)
Pouvoir d’interception ou d’interpellation au hasard par la police justifiée à deux conditions
1) l’agent de police doit chercher à accomplir un devoir imposé par la loi ou la common law
2) sa conduite ne doit pas constituer un usage injustifié du pouvoir relié à ce devoir.

R. c. Kang-Brown (pouvoirs de la police en matière de fouille, perquisition et de saisie) est une décision constitutionnelle de la Cour suprême du Canada sur les limites
des pouvoirs de la police en matière de perquisition et de saisie . La Cour a jugé que la police n'a pas le droit d'effectuer une fouille à l'aide d'un chien renifleur (utiliser
des chiens pour effectuer des fouilles aléatoires) dans les espaces publics lorsqu'une telle fouille n'est pas spécifiquement autorisée par la loi. Utiliser un chien renifleur
constitue une fouille au sens de la Charte canadienne des droits et libertés art. 8. Rien dans la loi ou dans la Common Law autorise une telle fouille. Cette fouille a violé
l’art. 8 de la Charte. Il aurait fallu au policier qu’il aille un soupçon raisonnable pour procéder à une telle fouille. Or, il ne s’agissait que de son intuition basé sur un
regard nerveux. Il lui aurait fallu un véritable motif légal pour procéder à cette fouille, car elle a été faite de façon abusive. En somme, cette preuve devait être écartée du
procès car elle a été obtenue de façon abusive.

- Le directeur peut fouiller l'ordinateur si motif raisonnable de croire qu’il contient des fichiers compromettants et ils pourront aussi remettre l’ordi pour fins de
conservation de la preuve aux policiers jusqu’à l’obtention d’un mandat de perquisition.

● La renonciation à la protection constitutionnelle (par.931) La personne doit être prévenue de son droit de ne pas renoncer et des conséquences de la renonciation. Aussi, si on fait une
fouille nécessitant un consentement, il faudra l’aviser de son droit à l’avocat.

- A) peut y renoncer en abandonnant un bien duquel il possède une expectative. Abandon doit être volontaire. Il est déterminé en fonction du comportement de la personne qui se
défait des choses abandonnées et non en fonction des gestes de tiers. [sac de poubelle destiné à être abandonnée mais qui demeurent encore sur la propriété = pas abandonnée]

Pour évaluer si la personne détient encore une expectative de vie privée, on fait l’évaluation selon 3 aspects :
1) la nécessité de protéger la dignité efficace de la loi
2) les comportements de l’intéressé, incompatibles avec l’attente raisonnable de vie privée invoquée
3) les conséquences à long terme sur la protection appropriée des droits au respect à la vie privée de notre société.

- B) Peut y renoncer par consentement : l’état doit prouver, par prépondérance de la preuve, le consentement valide [donné implicitement ou explicitement en toute connaissance
de cause et offert librement sans forcer] et il ne vaut que pour les limites fixées par l’auteur.

Que vise l’art. Arrêt Borden : Cet article ne vise pas les perquisitions et saisies au sens traditionnel mais toute intervention de l’Etat qui empiète sur l’expectative raisonnable de vie privée d’une personne.
8 LC 1982 ? Il y a saisie à chaque fois que l’Etat prend sans le consentement du citoyen quelque chose qui lui appartient et au sujet duquel il peut raisonnablement s’attendre à ce que l’on préserve le caractère
confidentiel. La protection vise donc les personnes et non les lieux. Il faut donc analyser l’ensemble des circonstances entourant :
- La personne visée ;
- La chose saisie ;
- Les lieux ;
- Les liens entre eux.
Ex: Une maison d’habitation, une voiture, enregistrement vidéo d’une personne, d’une conversation privée, prélever une substance corporelle comme les cheveux, le sang, la salive, accéder à des
dossier informatiques. Le bac de recyclage dans la rue ? Si tous les indices montrent que l’on souhaite se débarrasser des éléments qui s'y trouvent, l’expectative de vie privée est diminuée.
Ex : fouiller d’une maison d’habitation, d’une voiture, faire un enregistrement vidéo d’une personne, accéder à un dossier informatique, prélever des substances corporelles (cheveux, sang, laine).

Le droit de propriété n’est pas nécessaire, le contrôle suffit à l’application de l’art. 8. Une personne peut avoir un avoir une expectative de vie privée lorsqu’elle se trouve dans un appartement dont
elle n’est ni propriétaire ni locataire.

Comment Le policier rédige un affidavit pour faire une demande de perquisition sur base de motifs raisonnables. Le juge de paix peut ne pas signer en raison de motifs insuffisants. Dans la majorité des cas,
initier le on ne la contestera pas si le juge de paix a signé car cela signifiera qu’il a considéré qu’il y avait des motifs suffisants.
processus ?
C’est quoi des motifs raisonnables? Des soupçons ne suffisent pas pour justifier l’émission d’un mandat de perquisition. / c’est une question de faits. / Les renseignements obtenus de tiers peuvent
contribuer à établir l’existence de motifs raisonnables.

● Une fouille effectuée avec une autorisation préalable conforme aux exigences constitutionnelles peut-elle être déclarée contraire à la Charte? Oui si effectuée de manière abusive.
Le caractère abusif et mesuré selon les exigences de la Common Law, laquelle commande que les policiers doivent s’annoncer avant d’entrer de force dans une maison d’habitation. Ils
doivent :
1) donner avis de leur présence en frappant ou en sonnant à la porte
2) donner avis de leur autorité en s’identifiant comme policiers chargés d’appliquer la loi
3) donner avis du but de leur visite en énonçant un motif légitime d’entrer.
● Est-ce que les policiers peuvent déroger à ces critères? Oui, mais le ministère public devra démontrer que cela était justifié pour assurer la sécurité des agents de la paix ou des occupants
de la résidence ou que des éléments de preuve pouvaient disparaître. Ils devront se fonder sur des faits connus au moment de l’intervention. Ex : Loi réglementant certaines drogues et autres
substances permet aux policier munis de mandat d’entrer de force et sans préavis dans un lieu afin de prévenir la disparition de preuve (drogue) – donc pour urgence. Peut pareil être jugé
abusive si l’avertissement n’est pas donné alors qu’il était possible de le faire.

Faut-il NON.
toujours un ● Circonstances de l’article 495 Ccr.
mandat ? ● Selon la décision Godoy : les policiers peuvent entrer sans mandat dans une résidence en cas d’urgence, exception reliée à la sécurité. Ex. Cas de l’appel 911 pour violence conjugale. Ils
cognent à la porte et quelqu’un ouvre et cette personne dit tout est beau, c’est correct. Le policier va pouvoir vérifier quand même s’il y a quelqu’un en détresse car le policier doit s’assurer
de la sécurité des gens.

Conditions de
la Perquisition ou fouilles (prévues par le loi) Fouilles accessoires (prévue par la
perquisition common law)

Les conditions législatives 487-490.01 : la procédure et les moyens de perquisition de droit commun. art 495 : arrestation sans mandat. Il y a des
catégories dans 495 a.
Le principe : l’exigence du mandat (487(1)) La perquisition doit être autorisée par la loi sur base de motifs ce qui veut dire, après qu’une La common law prévoit qu’il peut
autorisation judiciaire ait été émise, via un mandat de perquisition 487 [Link]. qui légifère l’obtention d’un mandat de perquisition. ⟶ Demande effectuer une fouille accessoire à
formulée auprès d’une autorité judiciaire (un juge) par le policier doit s’y conformer, il va chercher un mandat de perquisition chez un juge de l’arrestation si les conditions suivantes
paix suite à un affidavit. On peut consentir / abandonner un objet /ou consentement judiciaire. sont remplies. La Common law prévoit ce
La demande d’autorisation se fait par écrit pour serment par un agent de la paix ou un fonctionnaire spécifiquement désigné par la loi et il doit que l’on appelle la fouille accessoire à
déclarer et énoncer les motifs qui permettent de croire que la délivrance du mandat est justifiée. / déclarant peut rapporter des ouï-dire. / doit aussi l’arrestation.
décrire l’infraction(s) pour lesquelles le mandat est demandé / endroit de la perquisition / choses à saisir qui s’y trouvent. /Si une unité
résidentielle, on doit énoncer pour chacun doit faire l’objet de perquisition. /finalement le dénonciateur doit alléguer que la perquisition permettra Plusieurs conditions :
de trouver soit une chose à l’égard de laquelle a été commise une infraction soit une chose qui est de nature à fournir une preuve touchant la - l’arrestation doit être légale : à
perpétration d’une infraction ou l’endroit où se trouve l’auteur du crime soit une chose qui porte à croire qu’elle servira à une infraction pour défaut la fouille sera considérée
laquelle une personne peut être arrêtée sans mandat soit un bien infractionnel au sens de l’article 2 du Code. comme abusive même si elle a été
faite de façon raisonnable ;
487.1 [Link] : mandat peut être décerné par téléphone ou par tout moyen de télécommunication (télémandat) mais doit aussi énoncer les - La fouille doit être sommaire et
circonstances qui rendent peu commode la présentation en personne de l’agent de la paix devant le juge de paix. raisonnable : cela exclut la fouille
à nue et le prélèvement de
487.01 [Link] : mandat général pour obtenir des renseignements. substances corporelles ;

Art. 487(2.1) et (2.2) [Link] : Accès à un ordinateur - la personne responsable du lieu a l’obligation de faire en sorte que l’exécutant puisse Une fois qu’on a rempli ces conditions, la
utiliser tout ordinateur pour en vérifier les données, les reproduire, saisir … [mais si on fait une saisie pour fraude, on ne peut pas en profiter fouille doit viser plusieurs objectifs :
pour saisir des infos en liens avec pornographie juvénile] - c’est quelque chose développé par common law. - Assurer la sécurité des policiers et
du public ;
L’absence d’autorisation préalable donne naissance à une présomption de caractère abusif que doit réfuter la partie qui cherche à justifier la - Empêcher la destruction d’éléments
perquisition effectuée sans mandat [Kokesch] - présomption pourra être renversé en montrant que policier avait des motifs raisonnables de croire. de preuve par la personne arrêtée ;
- Recueillir des éléments de preuve.
L’article 8 exige une analyse en deux volets :
Les éléments de preuves pourront ếtre
● Y a-t-il eu « fouille », « perquisition » ou « saisie »? Ce ne sont pas toutes les enquêtes ni toutes les prises réalisées par le utilisés par la personne arrếtée lors de son
gouvernement qui constituent une « fouille », une « perquisition » ou une « saisie » au point de vue constitutionnel. Une enquête procès. Lorsque la personne est détenue pour
constitue une fouille ou une perquisition et une prise constitue une saisie, lorsqu’une personne a des attentes raisonnables en matière fins d’enquête, les policiers peuvent fouiller
de vie privée relativement à l’objet de l’action de l’État et aux renseignements auxquels cet objet donne accès (R. c. Tessling, cette personne là que pour assurer sa sécurité
[2004] 3 R.C.S. 432, au paragraphe 18; R. c. Evans, [1996] 1 R.C.S. 8, au paragraphe 11). si cela est nécessaire. Les motifs de fouille
doivent assurer la sécurité. Les pouvoirs de
● Dans l’affirmative, la fouille, la perquisition ou la saisie était-elle raisonnable? Une fouille, une perquisition ou une saisie est fouille d’un policier suite à une arrestation
raisonnable lorsqu’elle est (1) autorisée par la loi; (2) que cette loi est raisonnable; et que (3) la fouille, la perquisition ou la saisie a été existent mais ont des limites lorsque le policier
effectuée de manière raisonnable (R. c. Collins, [1987] 1 R.C.S. 265, au paragraphe 23; Hunter c. Southam; R. c. Nolet, [2010] 1 R.C.S. procède à une fouille d’un individu arrêté
légalement.
851, au paragraphe 21; R. c. Shepherd, [2009] 2 R.C.S. 527, au paragraphe 15).
Lorsqu’il détient une personne pour fin
Les deux étapes de l’analyse exigent qu’une attention particulière soit accordée au contexte, puisque chaque contexte s’accompagne d’enquête il ne peut la fouiller que pour
d’attentes précises en matière de protection de la vie privée, lesquelles donnent lieu, en retour, à différentes exigences à la deuxième assurer sa sécurité si cela est nécessaire. On
étape de l’analyse. En général, pour déterminer le caractère raisonnable et constitutionnel d’une fouille, d’une perquisition ou d’une comprend qu’il y ait un pouvoir de fouille
saisie, il faut tenir compte de « l’importance de l’objectif de l’État et de l’incidence de la mesure sur le droit à la vie privée de mais ce pouvoir est contrôlé. Il y a certaines
l’intéressé » (R. c. Rodgers, [2006] 1 R.C.S. 554; S.A.B., au paragraphe 38; Hunter c. Southam aux pages 159 et 160). balises à ne pas franchir quand le policier
procède à une fouille d’une personne arrêtée
Comment rendre une telle loi valide ? Est ce que l’art 1 de la Charte viendrait sauvegarder un tel pouvoir des policiers. Arrêt Oakes. Est ce que légalement.
l’atteinte à l’expectative de VP n’est elle pas assez importante par rapport à l’objectif ? La JP révèle qu’il y a une très haute expectative de VP (voir déroulement de la perquisition)
rattachée à la maison d’habitation.

Quand y a-t-il Il y a saisie à chaque fois que l’Etat prend sans le consentement du citoyen quelque chose qui lui appartient et au sujet duquel il peut raisonnablement s’attendre à ce que l’on préserve le
perquisition caractère confidentiel. Dans la jurisprudence, dans les arrêts Edouard, Tesling et Patrick, la cour suprême a énuméré une série de circonstances pertinentes à l’évaluation sans faire une liste
ou saisie ? exhaustive. Ce qui est dit dans les arrêts :
Est-ce que l’intéressé avec la possession ou le contrôle du bien ou du lieu faisant l’objet de la fouille ou de la perquisition, peut-il régir l’accès au lieu y compris le droit de recevoir ou d’en
exclure autrui ?
- A qui appartient le lieu ?
- L’intéressé possède-t-il un droit direct sur la chose saisie ?
- Quel est l’usage historique de la chose saisie ?
- Les éléments de preuve recueillis par leur objet ou nature, révèlent-ils des éléments privés ?
- L’intéressé avait-il une attente subjective en matière de vie privée ?
- Considérant les éléments qui suivent, l’intéressé avait-il une attente raisonnable sur le plan objectif en matière de vie privée (peut-être un des éléments le plus important à développer) ?
- l’attente raisonnable au niveau objectif
- l’endroit où a eu lieu la perquisition et s’il s’agit d’une propriété privée, l’intrusion de l’état a-t-elle une incidente sur l’analyse relative au respect de la vie privée.
- l’information, l’objet était-il à la vue du public ?
- l’objet avait-il été abandonné ?
L’information ou l’objet révélait-il des détails intimes sur le mode de vie ou des renseignements d’ordre biographique ?
- le tiers possédait-il déjà des renseignements ? Et si oui, était-il visé par une obligation de confidentialité ?
- la technique policière a-t-elle porté atteinte au droit à la vie privée ?
- La technique de fouille ou de surveillance était-elle envahissante ou déraisonnable d’un point de vue objectif ? Si oui, quelle est son incidence sur le droit au respect à la vie privée ?

Le - 487(1) [Link] : qui peut décerner un mandat. – mais tout agent de la paix peut l’exécuter, pas besoin d’être désigné.
déroulement - 487.01(5.1) et (5.2) [Link] : la cible doit être en être avisée dans un délai raisonnable, max 3 ans. Sinon violation charte art. 8
des - 489(1) [Link] : quiconque exécute le mandat peut saisir toute chose qu’il croit, pour des motifs raisonnables, avoir été obtenue au moyen d’une autre infraction, avoir été employée à la
perquisitions perpétration d’une telle infraction ou pouvant servir à prouver une telle perpétration.
et saisies - 489(2) [Link] : pas mal la même chose mais infraction à une loi fédérale, permet donc de saisir toute chose pouvant raisonnablement être relié à une activité criminelle même si pas indiqué au
mandant qu’on voulait la saisir. / il s’agit de la doctrine de l’objet bien en vue, elle comporte 3 exigences dont la poursuite doit faire la preuve *peut s’appliquer à un message apparaissant
sur un cell dont on a accès légalement:
1. La présence initiale sur les lieux doit être légale
2. L’objet doit être découvert par inadvertance
3. L’objet doit être apparent : le saisissant doit croire pour des motifs raisonnables qu’il constituera un élément de preuve de la commission d’une infraction.

● Un policier qui exécute un mandat de perquisition peut-il fouiller à l’extérieur des limites prévues par celui- ci ? Non. Le policier doit donner des motifs, qui pourquoi, où chercher et
dans quel but. Il doit se limiter au contenu de l’ordonnance de perquisition bien que le mandat donne parfois une certaine latitude. Le policier doit se limiter à saisir les objets mis dans le
mandat de perquisition en lien avec l’infraction sous enquête, l’exception vu à la doctrine du Plain View (Avoir été employé à la perpétration d’une telle infraction ou pouvant servir à
prouver une telle perpétuation). En d’autres termes, si les policiers ont un mandat qui leur permet de pénétrer dans la maison pour trouver des armes à feu et qu'ils voient de la drogue sur
la table, (doctrine du plain view) : ce que l’on voit sans fouiller peut être saisi mais également en cherchant.
Quand les policiers entrent dans une maison avec un mandat de perquisition qui leur dit par ex dans quelle pièce ils peuvent chercher c’est évident que si sur la table de cuisine se trouve de
la drogue illégale à la vue des policiers ils pourront saisir cette drogue là même si ça n’est pas dans le champ autorisé du mandat. Tout ce qui est à la vue des policiers Dans n’importe
quelles circonstances les policiers peuvent saisir la chose avec ou sans mandat.

● Peut-il saisir tout objet se trouvant dans les lieux perquisitionnés mais à l’extérieur des limites prévues par le mandat? Le code prévoit que quiconque exécute un mandat peut saisir
toute chose qu’il croit pour des motifs raisonnables avoir été obtenus au moyen d’une autre infraction, avoir été employé à la perpétration d’une telle infraction ou pouvant servir à prouver
une telle perpétration ou simplement constituant une infraction. C’est la doctrine du Plain View. ce que l’on voit sans fouiller, c’est sûr que le policier peut saisir. Ex : mandat pour fouiller
pour chercher des armes à feu, peut saisir les drogues. Les policiers doivent se limiter à saisir les objets en lien avec l’infraction sous l’enquête mis à part les objets en plain view.

Est-ce qu'un Est-ce que un agent de la paix peut commettre une infraction dans l’exercice de ses fonctions?Selon la primauté du droit, toute personne est soumise au droit commun du pays sauf si urgence
agent de la paix ou si l’acte illégal est nécessairement accessoire à la réalisation de leur mandat comme agent de la paix.
peut commettre 25(1) C. cr : policier peut employer force quand raisonnablement nécessaire. L’article 25 (1) [Link] permet à certaines personnes en autorité de désigner sur l’avis d’un fonctionnaire supérieur, un
une infraction agent de la paix et l’autoriser à commettre une infraction. L’infraction sera permise si dans le cadre d’une enquête et s’il croit pour des motifs raisonnables, que la contravention à la loi est juste
dans l’exercice et proportionnelle par rapport à la nature des activités criminelles ou de l’infraction, tenant compte de l’existence de solutions de rechanges. [voir les notes de bas de page au par.224] et lésions
de ses corporelles, mort, entrave à la justice ou porter atteinte à l’intégrité sexuelles jamais permises.
fonctions?

Recours en Violation : réparation Art 24.1 et 24.2 LC 1982 = remède. On peut décréter un arrêt des procédures ou on peut exclure de la preuve.
cas de L’art 24 pourrait permettre à un juge d’écarter la preuve qui a été saisi à la suite d’une violation de l’art 8 (ex : fouille abusive/Perquisition). MAIS, l’article 1 LC 1982 pourrait venir sauvegarder la
violation des preuve recueillie même si elle a enfreint les droits de l’accusé en vertu de l’art 8. Si la loi qui autorisait la police à fouiller la maison par exemple, on a un objectif valable qui dépasse les objectifs
articles individuels et les principes prévus dans la charte.
protégés par Quid si on a obtenu des éléments de preuve accablant en violation des droits de l’accusé ? C’est essentiellement la décision de Grant. Si l’état viole les droits de la personne et que le juge
la Charte conclut à la violation, ce n’est pas pour autant qu’il y aura écartement de la preuve. Article 24.2 de la Charte, l’exclusion des éléments de preuve saisis en violation des droits de l’accusé. La Cour
Suprême s’est penchée là-dessus dans l’arrêt Grant pour savoir c’est quoi le test que les juge de 1ere instance devrait appliquer lorsqu’ils sont pris par une telle situation. Ils constatent la violation,
l’avocat de la défense revendique l’écartement de la preuve car obtenu dans des conditions qui ont violé les droits de l’accusé. Mais il va falloir faire une balance. Si on garde la preuve on cautionne
le travail mal fait des policiers et si tu l’exclus est-ce que les droits individuels l’emportent sur les droits collectifs ? C’est une balance entre les 2.

Si la Les facteurs à considérer par le juge pour savoir si le demandeur est fondé à contester la perquisition sont les suivants :
perquisition 1. Examen des objets de la prétendue fouille ; qu'est ce qu’on saisi comme objet ?
est contestée 2. La personne qui conteste (le demandeur) la validité de la perquisition possédait-elle un droit direct à l’égard de l’objet ?
3. Le demandeur avait-il une attente subjective en matière de respect de sa vie privée relativement à l’objet ?
4. Cette attente subjective en matière de respect de la vie privée était-elle objectivement raisonnable eu égard à l’ensemble des circonstances ?

5. Organisation des tribunaux, compétence sur l’infraction, mode de procès et déroulement


du processus judiciaire
INITIATION DE LA POURSUITE
Comment une Par le dépôt d’une dénonciation. C’est un papier nommé dénonciation où le procureur de la couronne a écrit ce qu’on reproche à la personne. Ça dénonce le crime. Ça s’appelle une
poursuite dénonciation à partir du moment où la couronne autorise une accusation criminelle.
criminelle est-elle
instituée ? Cas où un juge de paix peut recevoir une dénonciation
504 Quiconque croit, pour des motifs raisonnables, qu’une personne a commis un acte criminel peut faire une dénonciation par écrit et sous serment devant un juge de paix, 505 - Quand : a) ou
bien une citation à comparaître a été délivrée à un prévenu en vertu de l’article 496; b) ou bien un prévenu a été mis en liberté en vertu de l’article 497 ou 498

qui est habile à Selon l’art. 504 [Link] [cas où un juge de paix peut recevoir une dénonciation] « QUICONQUE croit, pour des motifs raisonnables, qu’une personne a commis un acte criminel peut faire une
porter une dénonciation par écrit et sous serment devant un juge de paix […] ». Dans 99% des cas, ce sera le policier mais ça peut être un citoyen car le code le prévoit à 505 et s.), ils vont dénoncer
dénonciation, un crime à la couronne.
instituant ainsi Avant le dépôt d’une dénonciation, il y a une personne qui porte plainte et on nomme un agent de liaison, recueilli l’ensemble des dénonciations et les remet à la poursuite qui analyse
l’opportunité de porter des accusations. Si la poursuite décide de poursuivre, elle va rédiger une dénonciation qui est assermentée/autorisée par un juge de paix (caution à f que la poursuite a
une poursuite utilisé son pouvoir discrétionnaire de manière responsable)avec les crimes que l’on reproche à l’individu. La dénonciation doit passer par le juge de la paix pour avoir de la valeur judiciaire et
criminelle ? ouvrir le dossier. Le juge de paix peut refuser de signer une dénonciation, si celle-ci apparaît fondée.
DÉPÔT DES ACCUSATIONS
On apporte les dossiers au procureur suite la démarche précédente qui décide s’il porte des accusations. L’État est le poursuivant. Il peut y avoir des poursuites privées exceptionnellement. Le
procureur de la Couronne décide des accusations qui sont portées. Le procureur de la Couronne peut fermer le dossier en se référant aux conditions.

La plaignante ne peut pas retirer sa plainte. En matière de violence conjugale, il a une procédure à suivre pour décider s’il poursuit.

Le dépôt des accusations : Le juge de paix reçoit la dénonciation qui renferme les chefs d’accusations auxquels le prévenu fait face. La dénonciation est préparée par le bureau du DPCP.
Le juge suit les recommandations du bureau du DPCP en raison qu’il ne voit pas les dossiers. Le juge de paix a trois options :
- 1) Confirmation de la promesse, la citation ou l’engagement par un juge de paix (presque jamais fait) ;
- 2) Délivrance par un juge de paix d’une sommation (demandée par le bureau du DPCP) ou d’un mandat d’arrestation (mandat visé) autorisant la mise en liberté par le policier (inclut
aussi la citation à comparaître);
- 3) Délivrance d’un mandat d’arrestation par un juge de paix Un mandat visé est un mandat donnant l’autorisation aux policiers d’arrêter le prévenu puis de le remettre en liberté avec
une promesse. Cette mécanique cherche à éviter la récidive.

LA COMPARUTION
La comparution Articles 515 à 518 [Link].
La comparution ou l’enquête sur remise en liberté ou l’enquête préliminaire se tiendront sur la dénonciation. Exemple : un crime est commis. Une personne est arrêtée. Les policiers font leur
rapport de police, ils l’envoient au procureur de la Couronne. Ce dernier analyse les crimes commis par l’accusé et rédige une dénonciation. Par la suite, il fait autoriser cette dénonciation par
un juge de paix. Lorsque l’accusé va comparaître, on lui remet la dénonciation afin qu’il sache les accusations portées contre lui.

- Pour les actes criminels, lors du début du procès, il y aura un dépôt de l’acte d’accusation par la Couronne. La plupart du temps, l’acte d’accusation est une copie de la
dénonciation.

- Pour les infractions sommaires du début à la fin des procédures, il n y a pas d’enquête préliminaire car ces infractions sont punissables de deux ans 1 mois jour max. Or, les enquêtes
préliminaires ne peuvent être obtenues que si le crime est punissable de 14 ans ou perpétuité. Les infractions sommaires commencent et finissent sur la dénonciation. Il n' y a pas d’acte
d’accusation.

L’accusé, sous réserve de pouvoir être représenté par avocat comparaît physiquement devant le tribunal. C’est l’occasion de faire un choix quant au mode de procès ou d'enregistrer un
plaidoyer si l’accusé n’a pas de choix à faire (ex. Dans les infractions sommaires où il n’y a pas de plaidoyer, il faut enregistrer un plaidoyer de culpabilité ou de non culpabilité – il n’y a pas
de choix de mode de procès).
- En poursuite sommaire, pas besoin de la présence de l’accusé.
- Pour les actes criminels il devra avoir une désignation de procureur, 650.01.
- Pour les infractions hybrides, lorsque l’accusé comparaît, l’avocat de la défense va voir sur la dénonciation quel est le choix de la poursuite quant à la façon de poursuite

Un prévenu qui comparaît en liberté devant un juge de paix est à risque d’être mis en détention ? Arrestation sans mandat et pouvoirs des policiers (495). Ce n'est que lorsqu’il est
conduit devant un juge de paix en vertu de 515.1 qu’il sera à risque d’être détenu pour le reste des procédures.

Une fois qu’on a passé l’étape de l’arrestation le policier choisit s’il y a détention (exception) ou liberté (règle). Une fois qu’on a passé l’étape de l’arrestation, le policier va décider
s’il fait comparaître l’accusé détenu ou pas (sauf pour crimes prévus à 469).

● Si remise en liberté avant la tenue du procès ( 498(1)) : citation (496-497- contenu de la citation à comparaître (500) et contenu de la promesse (501(1))), sommation
par le juge de paix pour demandé au prévenu de se présenter s’il ne respecte pas sa promesse de comparaître (509 (1)- Formule 6).
À partir du moment où il décide qu’il choisit de remettre la personne en liberté, c’est celle-ci qui va prévaloir jusqu’à la fin des procédures.
Exception à la remise en liberté: 498(1.1))
○ Le procureur de la couronne peut faire une objection à la remise en liberté. C’est un privilège de la poursuite de l'objection à la remise en liberté. Si elle ne s’objecte
pas la personne est remise en liberté avec des conditions données par la juge.
○ S’il y a objection de la poursuite c’est l’article 515 [Link]. qui s’applique et c’est le juge de paix qui va choisir si la personne est remise en liberté ou pas. C’est ça qui
va mener à l’enquête sur remise en liberté : le juge va décider en écoutant les arguments des avocats s’il remet l’accusé en liberté ou pas.

● Si pas remis en liberté - détention pour comparution (498(1.1) et 498(3))): Comparution du détenu dans la 24h (503 (1)) devant le juge de paix (515 (1) [Link]). et le juge
doit se prononcer dans le 3 jours (520 (4))
○ Ensuite si le procureur de la couronne décide aussi de ne pas le remettre en liberté, ça part une enquête sur remise en liberté et le juge décidera alors. S’il est en
liberté la couronne ne peut pas demander la détention.
● Art. 499 [Link]. : Mise en liberté par un agent de la paix lorsque l’arrestation a été faite aux termes d’un mandat (formule 7)
Résumé
- Arrestation d’un individu par le policier
- Le policier décide s’il remet en liberté suivant une signature une promesse ou s’il le garde détenu
- S’il le garde détenu, il avise la Couronne qui va le faire comparaître dans les 24h.
- Lors de la comparution, la couronne va dire à la cour si elle s’objecte à la remise en liberté ou pas.
- Si elle ne s’objecte pas la personne est remise en liberté avec des conditions données par la juge.
- Si elle s’objecte, il y a l’enquête caution (= enquête sur la remise en liberté).

L'ENQUÊTE-CAUTION OU ENQUÊTE DE REMISE EN LIBERTÉ


L’audition L’enquête sur la remise en liberté, ça ne fait pas le procès, on veut juste savoir si on le remet en liberté ou pas. La Couronne va donc parler des faits de la cause car il faut que le juge évalue la
gravité objective du crime. Ensuite, l’accusé va témoigner pour sa remise en liberté sur son occupation, son adresse, l’absence d’antécédent judiciaire, s’il est capable de déposer de l’argent pour
garantir qu’il va respecter les conditions, s’il peut respecter un couvre-feu lui interdisant de sortir de chez lui la nuit car le crime a été causé la nuit. Il va donc témoigner sur ses garanties.

● L’audition : Le juge de paix ou juge de la cour sup (si infraction de 469) peut tenir toute enquête sur cautionnement dans les plus bref délai s’il estime opportune lors de la
comparution. L’enquête vise à prouver pourquoi il doit rester en détention, vise souvent la personnalité plutôt que son crime afin de vérifier sa dangerosité. En vertu de 518(1)b) on
ne peut toutefois interroger ou contre-interroger le prévenu qui a toujours le droit de garder le silence selon l’art. 7 LC1982 .

● Ce que l’on interdit de faire= interrogatoire et contre-interrogatoire :l’article 518 (1) b) énonce le principe qu’il est interdit au juge et à la couronne d’interroger l’accusé sur les
circonstances de l’infraction, les faits de la cause, ce qui est une protection contre l’auto-incrimination. Mais la poursuite peut mettre en doute la crédibilité de l’accusé sur le respect des
conditions de sa mise en liberté.

● Interrogatoire et contre-interrogatoire sont possibles lorsque l'avocat de l'accusé, en revanche, lui pose des questions sur les faits de la cause. Il va demander à la greffière
d’assermenter l’accusé afin qu’il témoigne, ce qui aura pour conséquence que le juge et la Couronne pourront poser des questions sur les faits de la cause. Et à ce moment-là, il pourra
être contre-interrogé sur le sujet, sur les faits de la cause. Personne ne peut poser de questions à l’accusé sur les faits de la cause à moins que lui-même en ai parlé. On se limite aux
questions garantissant le respect des conditions advenant une remise en liberté. Le ouï-dire est permis.

La mise en Principe : 515.1 (la remise en liberté) exceptions 515.6 (motif de la couronne pour ne pas vous remettre en liberté) le prévenu doit être mis en liberté à moins que la Couronne, qui a le fardeau de
détention ou preuve, n’établisse des motifs justifiant sa détention.
remise en liberté Exception: Dans les cas d’infraction de 469, ou dans les cas prévus à 515-6 (exception), le fardeau est inversé et il appartiendra au prévenu de démontrer que sa remise en liberté est justifiée. il
par le juge de paix aura le fardeau de démontrer que sa détention n’est pas nécessaire. Ex. Une personne qui comparaît détenue pour des accusations de possession dans le but de trafic de stupéfiants, de drogue,
même si 515 (1) prévoit le principe de la remise en liberté, c’est prévu à l’article 515 (6) alors ce sera à l’accusé de démontrer qu’il devrait être remis en liberté.
- Le juge ne peut intervenir que dans les infractions autres que celles énumérées à l’article 469 du code (art. 515(1) , ce n’est que le juge de la cour supérieure qui a seul le pouvoir
d’agir.
- Les modalités de mise en liberté sont prévues aux par. 515(1) et (3), 515(1) prévoit que sous réserve d’exception énoncées à l’article 515 et des infractions prévues à l’article 469, le
juge doit ordonner la mise en liberté de l’accusé pourvu qu’il remette une promesse sans condition, à moins que le poursuivant fasse valoir des motifs justifiant sa détention ou la
nécessité d’ordonner une modalité plus contraignante de mise en liberté. Si juge décide qu’il faut modalité, conditions de 515(4)
- 515(3) : la forme la moins sévère de mise en liberté doit être accordée à moins que la poursuite démontrer pourquoi ça ne devrait pas être ainsi.
- Renversement du fardeau de la preuve: Normalement c’est la couronne qui a le fardeau de preuve SAUF
- Pour les crimes de 469 jugé devant la Cour supérieure, c’est l’accusé qui doit démontrer que sa mise en liberté est justifiée et, le cas échéant, le juge de ce tribunal peut lui
imposer les conditions qu’il juge appropriées.
- 515(6) : fardeau de la preuve prévue dans certain cas où le juge de paix est appelé à statuer sur sa demande de remise en liberté, liés aux infractions relatives aux armes à
feu ou drogues, acte criminel commis lorsqu’il était en liberté pour un autre acte criminel.

Les règles de Lors de la tenue d’une enquête sur remise en liberté, le procureur de la Couronne va lire le dossier au juge. (Déclaration des témoins / victime / policiers).
preuve à l’enquête L’enquête sur remise en liberté ne vise pas à savoir si l’accusé est coupable ou non du crime. Mais savoir s’il devrait demeurer détenu, s’il est capable de respecter les mesures etc.
sur remise en A l’étape de l’enquête sur remise en liberté, le juge de paix ne se prononce pas sur la culpabilité de l’accusé. La question est de savoir si l’accusé devrait être remis en liberté en attendant
liberté provisoire son procès.
- Au stade de l’enquête sur remise en liberté, on a vu que le fardeau incombe à la poursuite sauf les exceptions de 469, 515-6.
- Ensuite : toute preuve plausible et digne de foi.
- Art. 518 (1) e) [Link]. : le juge de paix peut recevoir toute preuve qu’il considère plausible ou digne de foi. Il peut donc considérer des preuves qui ne seraient pas admissibles au
procès (ex : les antécédents judiciaires de l’accusé). Cela signifie que le ouï-dire est permis dans la mesure qu’elle répond à 518 (toute preuve plausible et digne de foi). C’est une
preuve de moralité. On va enfreindre la règle qui prévoit que le ouï-dire est interdit en droit criminel.
- Les juges vont évaluer la force de la preuve. C’est le caractère de l’accusé qui va être analysé: est ce qu’il est une personne qui pourrait respecter des conditions de remise en liberté si le
juge l’estime approprié. 515.10 : pierre angulaire de l’étape de l’enquête sur remise en liberté.
- Le juge de paix ne peut remettre en liberté pour les crimes de l’art. 469 pour lesquelles c’est un juge de la cour supérieure seul qui a juridiction pour le remettre en liberté (522)

Les 3 critères de mise en détention


La décision du juge devra se fonder sur les motifs prévus au paragraphe 515(10) du [Link]: Le juge va se pencher sur les trois critères de 515.10 a, b, c pour soit pour
continuer à détenir l’accusé, soit le remettre en liberté. Autant la défense que la Couronne doivent plaider selon cet article.
=> c’est une étape expéditive.
a) La détention sera justifiée si le juge est d’avis qu’elle est nécessaire pour assurer la présence du prévenu devant le tribunal pendant toute la durée des procédures
b) La détention sera justifiée si elle est nécessaire pour la protection et la sécurité du public, notamment celle des victimes et des témoins ou celle des personnes
âgées de moins de 18 ans selon les circonstances et les probabilités qu’il commette une nouvelle infraction criminelle. [les facteurs à tenir en compte pour évaluer la
probabilité de dangerosité]
c) La détention sera nécessaire pour ne pas miner la confiance du public envers l’administration de la justice comptes tenues de toutes les circonstances,
notamment les suivantes : 1) l’accusation paraît fondée 2) la gravité de l’infraction 3) les circonstances entourant sa perpétration, y compris l’usage d’une arme à feu
4) le fait que prévenu peut avoir une longue peine d’emprisonnement en cas de condamnation ou si met en jeu une arme à feu – une peine d’au moins 3 ans. [malgré
ces 4 facteurs, la détention automatique ne s’impose pas, il faut aussi pondérer les faits ].
Dans les cas où le juge ordonne la détention du prévenu, le paragraphe 515(5) exige qu’il en verse les motifs au dossier, sauf si l’inculpé assume le fardeau de la preuve,
auquel cas le par. 515(6.1) exige qu’il consigne les motifs de libération.

R. c. Antic (Refus déraisonnable de mise en liberté sous caution)

Un juge de paix Oui. C’est principe c’est sans condition mais le juge peut donner des conditions : conditions monétaire à l’article 515 (2) et conditions facultatives à l’article 515 (4).
peut-il assortir la 515 §2 et 4. Conditions que le juge peut imposer : 515. 4 g et h : observer toute autre condition raisonnable. Si les crimes se passent toujours dans des salles de cinéma par exemple, le juge peut
remise en liberté interdire de fréquenter des salles de cinéma.
d’un prévenu de A l’examen, nous aurons une question sur la remise en liberté. Les réponses se trouvent à partir de l’article 515 [Link]. jusqu’au 518 [Link].
- Art. 515 [Link]. : Oui. Le juge de paix peut exiger une caution d’un tiers ou un dépôt d’une somme d’argent.
certaines - En vertu de 515 (2) d) ou e) [Link]., si le prévenu réside à plus de 200km du lieu où il est sous garde, il peut lui imposer le dépôt d’une somme d’argent.
conditions ? - Art. 515 (4) [Link]., le juge de paix peut ordonner comme condition raisonnable que le prévenu fasse, s’engage à (condition pas obligatoire) : … (elles sont modulées en fonction de la
personne) Ex : les crimes contre la personne, art. 515 (4), on va interdire l’accusé de communiquer directement ou indirectement avec la personne, incluant les médias sociaux.

DATE DE PRO FORMA


Avant de demander une date de procès, il y a une possibilité d’évaluer la preuve par la Couronne. On favorise les rencontres entre la Couronne et la défense pour discuter du dossier et essayer
d’éviter un procès (est ce qu’il va plaider coupable, conciliation, négociation). La défense va demander une date « pour la forme » avant de fixer un dossier dans lequel on assignerait des témoins
afin d’éviter que les personnes ne se déplacent pour rien. Dans la majorité des cas, les accusés finissent par plaider coupable.

Après l’enquête sur la mise en liberté provisoire ➔ demande date pro forma= absence d’assignation de témoin. Il s’agit d’une date où ni la poursuite ni la défense n’assignent de témoins.

Cela évite un procès et a pour but de permettre une gestion plus efficace du dossier. On essaie de filtrer les causes qui vont se rendre à procès. Au palais de justice de Montréal, on appelle cela la
chambre de pratique.
- « Chambre de pratique » : salle dans laquelle il y a uniquement des dossiers pro forma. Ils sont devant le juge et ils vont informer le juge de l’orientation du dossier.
- « pro forma » est une locution latine qui signifie « pour la forme ». Il n’y a pas d’assignation de témoins lorsqu’il s’agit d’une date pro forma. Il y a juste le juge et les avocats.

Donner le temps nécessaire aux parties de prendre connaissance de la communication de la preuve, de consulter les témoins afin de connaître leur disponibilité à témoigner, décider de demander
un procès, décider de plaider coupable. Il est possible également de décider que l’accusé plaide coupable pour un chef d’accusation seulement.
Ex: donner le temps nécessaire aux parties de prendre connaissance de la preuve, consulter les témoins afin de connaître leurs disponibilités, leurs versions, décider de demander un procès ou de
plaider coupable.
Si le Procureur décide effectivement de porter des accusations, la première étape au tribunal est la comparution. Cette procédure consiste à enregistrer un plaidoyer. Il est important de toujours
plaider non coupable afin d’obtenir la preuve ayant été amassée contre l’accusé et de pouvoir prendre une décision éclairée après en avoir pris connaissance. De ce fait, il est nécessaire de
reporter le dossier à une autre date pour la forme, ce qu’on nomme un pro forma. Durant cette période, c’est-à-dire entre la comparution et le pro forma, la défense pourra analyser la preuve et
prendre position quant à l’orientation de son dossier.
En pratique, cette date est demandée par les avocats de la défense, cela leur permet d’avoir du temps pour aborder tous les points avec l’accusé et de « monter le dossier » en vue de la préparation
du procès.

LES JURIDICTIONS DU PROCÈS


Le procès Le principe en droit canadien est le procès devant jury et procès public (Art 486 [Link].). Il est même prévu dans la Charte à l’article 11 (f) que si un crime est punissable de 5 ans et plus, on a le
droit d’avoir un procès devant un jury. On a même le droit d’avoir un procès devant le jury pour un crime punissable de 2 ans.
Une personne accusée d’un acte criminel qui n’est pas de la compétence exclusive de la Cour supérieure (art. 469 [Link]), ni de la compétence absolue du juge de la Cour provinciale (art. 553 )
peut choisir son mode de procès ( sauf si c’est sommaire).

*l’enquête préliminaire c’est pour crimes dont la peine est de plus de 14 ans
● Acte criminel : un choix si pas de juridiction exclusive prévue (469 et 553). Dans les actes criminels, il faut regarder si l’acte se situe à 469 (CS) ou 553 (CQ).IL faut se poser :
l’accusation a-t-il un choix de procès et peut-il avoir une enquête préliminaire et veut-il avoir un jury ou non. La voie sommaire, si prévu dans 469 ou 553 pour choix de Cour.
o 553 : même chose que pour infraction sommaire
o 469 : Cour sup avec ou sans enquête prél
● Infraction sommaire : pas de choix de mode de procès ni d’enquête préliminaire / La cour provincial a compétence
● Si dans aucun: infraction hybride, la couronne a un choix à faire soit décider si pris par acte criminel ou sommaire (ex : introduction dans maison d’habitation ou voie de fait) On
se demande ici : si on veut un procès devant jury ou pas, si on peut avoir une enquête préliminaire ou pas.

Remarques Différence entre juge Cour provinciale / juge Cour du Québec sans jury : c’est la même personne mais cela dépend du choix que l’accusé fera de son mode de procès. Le juge s’ajustera en
conséquence en portant le chapeau adéquat.

Cour du Québec : elle à juridiction pour juger de TOUT (n’importe quel crime ) SAUF ceux prévus à 469 ( principalement le meurtre ) => En gros, si on veut une enquête préliminaire vous
devez choisir soit un procès devant jury soit un procès devant un juge seul.

Nb : Les juges de la Cour du Québec ont plusieurs « chapeaux », selon les étapes de la procédure :
- Juge de paix (juge seul): À partir du dépôt de l’acte de dénonciation par la Couronne, tout ce qui précède l’acte d’accusation est entendu par le juge de paix. Il préside la comparution,
l’enquête sur remise en liberté et l’enquête préliminaire. Au Québec, ce sont les juges de la cour du Québec et les juges de la cour municipale.
- A partir du dépôt d’un acte d’accusation par la Couronne, en fonction de la nature du crime ou du choix de procès opéré par l’accusé, le juge peut être :
1) un juge de cour provincial (fonction de juge de paix) lorsque la couronne dépose un acte d’accusation
2) juge de la Cour du qc
3) juge seul // Juge de la cour provinciale // Juge sans jury
Les actes Cour suprême
criminels
Article 469 : juge Cour d’appel
et juge provincial
ont compétence de Il y a 2 articles dans le code criminel qui donnent des juridictions exclusives soit la cour du Québec soit la cour supérieure.
juger actes - Art. 469 [Link]. donne une juridiction exclusive à la cour supérieure pour les crimes énumérés à 469 [Link]. Ils sont donc obligatoirement traités devant jury. Ex. le meurtre.
criminels, sauf - Art. 553 [Link]. C'est obligatoirement devant la cour du Québec. On ne peut pas choisir de passer devant le jury.
exception, tout
accusé d’acte Si le crime est punissable de 14 ans ou plus et que l’on veut une enquête préliminaire, il faut choisir soit un juge de la Cour supérieure avec Jury soit un juge seul sans jury. Si on choisit un
criminel doit être juge de la Cour provinciale vous pourrez pas avoir d’enquête préliminaire. Si on ne veut pas d’enquête préliminaire / procès devant jury : on choisit un juge de la Cour provinciale. A ce
moment-là, ni l’avocat de la défense ni de la poursuite ne pourra demander d’enquête préliminaire.
jugé devant juge et
jury et pareil pour Dans la Charte, on garantit à l’accusé la possibilité d’avoir un procès devant jury quand c’est punissable de 5 ans et + (Charte à l’article 11 (f) ).
infractions avec
peine
d’emprisonnement
de 5 ans ou plus. –
c’est un droit
protégé par 11f)
Appel vers la ↑ Cour d’appel Appel vers la ↑ Cour d’appel
Cour supérieure (468)(procès avec juge + jury (469 et 471)) Cour du Québec - procès sans
Charte.
Procès devant jury présidé par la juge de la Cour supérieure (juge seul) - sur dénonciation et avec acte de Procès sans jury présidé par un juge de la Cour du Québec
mise en accusation et avec enquête préliminaire (pour un crime puni de plus de 14 ans et sur demande de l’accusé) - sur dénonciation et avec acte de mise en accusation et avec
(pour un crime puni de plus de 14 ans et sur demande de
Compétence exclusive de la cour supérieure (469): l’accusé) ou sans enquête préliminaire

Ex: vol qualifié (343), meurtre (235), complot pour le meurtre (469) ou corruption d’un juge, effraction dans une maison La Cour du Québec peut ainsi juger tous les actes criminels sauf ce
d’habitation,Dégradation ou affaiblissement de la monnaie (455), contacts sexuels (151) . Exception Nonobstant toute qui sont à l’art. 469 puisqu’ils sont le la compétence exclusive de la
autre disposition de la présente loi, une personne accusée d’une infraction visée à l’article 469 peut être jugée sans jury Cour supérieure a compétence en vertu de
par un juge d’une cour supérieure de juridiction criminelle si elle-même et le procureur général y consentent (473 (1)) l’art. 468 [Link]
Les procès devant un juge seul de la Cour du Québec se tiennent à
partir du dépôt d’un acte d’accusation par la poursuite (574). La
dénonciation du procureur se fait par un juge de la paix. L’enquête
préliminaire se tiendra sur la dénonciation.

Pour tous les autres actes criminels - accusé doit faire son choix lors de la comparution ou par écrit (art. 536 (2) ), l’accusé a le choix, le crime n’est ni prévu à 553 ni à 469 d’être jugé
- par une cour composée d’un juge et jury = cour supérieure et 12 jurés avec enquête préliminaire
- par une cour composée d’un juge sans jury = Cour du Québec possédant à la fois la compétence du juge et celle du juge de la cour provinciale sans enquête préliminaire
- ou par une cour composée d’un juge de la cour provinciale = Cour du Québec possédant à la fois la compétence du juge et celle du juge de la cour provinciale. Si la défense choisit
un juge seul, la poursuite devra rédiger un acte d’accusation. Cela laisse la possibilité à la poursuite d’ajouter des chefs de poursuites dans son acte d’accusation qui ne se trouvaient
pas sur la dénonciation. sans enquête préliminaire l’article 536 (2)
Ex: Voies de fait (266) c’est une infraction mixte qui ne se retrouve ni à 553 ni à 469 [Link]. (ce sont les articles qui donnent une juridiction exclusive tant à la cour du Québec qu’à la cour
supérieure.). Si c’est sommaire, c’est la partie 27 du code qui s’applique. Si la poursuite décide de poursuivre par acte criminel à ce moment-là, on peut avoir tous les forums possibles de
procès : procès devant jury, procès devant juge seul à la cour du Québec ou un procès devant le juge d’une cour provinciale.
A partir du moment où c’est criminel on doit se demander :
Infraction
purement
sommaire, ou
Appel vers la ↑ Cour supérieure Appel vers la ↑ Cour supérieure
- Est ce que c’est prévu à 553, si oui alors c’est de la
juridiction de la cour provinciale ( même procédure que si
l’infraction était sommaire. Si non, la défense aura le choix
Cour municipale - procès sans jury Cour provinciale de la Cour du Québec- procès sans jury- juge seul du mode de procès.)
hybride mais (552) - Si non , est ce que c’est prévu à 469, si oui alors cour
poursuivies selon Un juge d’une Cour municipale n’a pas Procès devant un juge de la Cour provinciale présidé par un juge de la supérieure
procédure les pouvoirs d’un juge de la Cour du Cour du Québec - sur dénonciation (788 (1) et 563) et sans acte de mise en - S’il n’est pas prévu à 469, la défense pourra choisir. Choix.
sommaire Québec siégeant sans jury mais ils accusation et sans enquête préliminaire L’avocat de la défense a le choix si l’infraction n’est pas
(art. 34 loi peuvent donc présider des procès dans 469 et 553. 471 : une personne accusée d’un acte
d’interprétation) sommaires. criminel qui n’est pas de la compétence exclusive de la
Compétence absolue du juge de la cour provinciale (553): crimes que même
si poursuivi par acte criminel, l’accusé n’a pas le droit d’avoir un procès Cour supérieure (469: comp exclusive cours sup) ou de la
Les cours municipales ont une compétence absolue d’un juge de la Cour provinciale ou de
devant jury
juridiction de la partie XXVII du [Link]. la compétence absolue d’un juge de la Cour provinciale
- méfait, vol, fraude, relatif à une valeur inférieure à 5000$,
Les dossiers de procédure (553) peut choisir son mode de procès. Si l’avocat de la
- accusation relatifs à drogue, maison de jeu ou de pari, bookmaking,
sommaire comme des facultés affaiblies défense ne choisit pas l’une de ces options, il reste : juge de
gageure, loteries, tricher au jeu, fraude en matière de prix de
sous procédure sommaire sont jugés à la la Cour provinciale qui ne peut pas demander d’enquête
passage, défaut de se conformer à une ordonnance ou à une
Cour préliminaire. Exemple : art 348 introduction par effraction
obligation), déclaration fausse ou trompeuse), manquement à
municipale. Des cours municipales sont dans une maison d’habitation. C’est un crime qui n’est pas
l’engagement, défaut de se conformer à une ordonnance de
communes. à 469. La défense a des choix de mode de procès.
probation.
Les cours municipales gèrent leurs
affaires, règlementent la procédure, la
Ex: La fraude de – 5000 dollars (art. 380 [Link].): : 553 : conséquence : même
remise en liberté, etc
si la poursuite décide de poursuivre par acte criminel, vu que c’est une
compétence exclusive de la Cour provinciale, l’accusé n’aura pas le choix
dans le mode de procès et encore moins la possibilité d’avoir une enquête
préliminaire.

Ex : Infractions mixtes ou hybrides: voies de fait (264.1 (1))


Ex : Infraction sommaire pure: Intrusion de nuit (177), nuisance publique
(180)

Cour des poursuites sommaires (juge de paix)


Procès devant la Cour des poursuites sommaires présidé par soit un juge de la Cour du Québec soit un juge d’une
Cour municipale

Le juge de paix présidera la comparution, l’enquête sera mise en liberté (sauf pour les crimes de l’art. 469 pour
lesquelles c’est un juge de la cour supérieure qui a juridiction pour le remettre en liberté (522))et l’enquête préliminaire.
Au Québec, Un juge de la Cour supérieure ou de la Cour du québec est nécessairement un juge de paix. Les juges
de la cour municipale sont des juges de paix d’office pour le district municipal.
Pour les actes criminels, il y aura un dépôt de l’Acte d’accusation (presque copie de dénonciation), PAS d’ACTE DE
MISE EN ACCUSATION pour les infractions sommaires mais juste la dénonciation.

Jurisprudence INTRA

Partage de compétence

● Krieger c. Law Society (Alberta) 2002 (le partage de compétence)


Décision : La législature de l’Alberta a le pouvoir de réglementer la profession juridique, pouvoir qu’elle a dûment conféré au barreau en édictant la Legal Profession Act ;
Étant donné que le gouvernement fédéral a compétence sur le droit criminel et la procédure en matière criminelle et que la province a compétence sur l’administration de la justice, y compris
la réglementation de la pratique même du droit et l’examen d’allégations de manquement à la déontologie, il existe une forte possibilité de chevauchement entre les 2 champs de compétence.
Il faut examiner le caractère véritable de la règle contestée pour décider si elle est une disposition provinciale inconstitutionnelle touchant le droit criminel et la procédure en matière
criminelle ;
En l’espèce, la règle qui prescrit la communication de la preuve en temps utile vise à régir la déontologie des avocats, est autorisée par la Legal Profession Act, ne s’applique que dans les cas
où l’avocat a agi de façon malhonnête ou de MF, et n’a pas pour objet de nuire à l’exercice légitime du pouvoir discrétionnaire en matière de [Link] règle s’applique donc uniquement
aux questions de discipline professionnelle et n’empiète pas sur le domaine du droit criminel et de la procédure en matière criminelle.

Protection par la Charte


● Motor Vehicle Act:Tel qu’énoncée par la Cour suprême du Canada dans le Renvoi relatif au paragraphe 94(2) de la Motor Vehicle Act (C.-B) L’article 7 LC 1982 a pour but de protéger
des principes de justice fondamentale et les articles 8-15 LC 1982 ne sont que des illustrations de droits protégés par la charte et sont englobés par l’article 7. L’article 7 a permis à
la cour suprême d’inclure des droits qui ne sont pas prévus explicitement dans la charte (ex : chacun a le droit d’avoir la communication de la preuve contre lui). Ce qui est important dans la
Charte, ce sont les articles 1 et 7 ainsi que les articles 8 à 15. L’article 7 (principe de justice fondamentale) mentionne que chacun a droit à la liberté, la sécurité,

Réparation
● R. c. Lafrance (droit à un avocat et réparation du par. 24(2) de la Charte )
Les policiers ont détenu L le jour de l’exécution du mandat, puis violé l’art. 10b) en Omettant de l’informer de son droit à l’assistance d’un avocat ; Refusant de lui permettre de communiquer avec un avocat
dans une situation qui indiquait que sa conversation initiale avec l’aide juridique avait été insuffisante pour que soit réalisé l’objet de l’art. 10b). Il s’agissait de graves violations, qui ont considérablement porté
atteinte aux intérêts de L protégés par la Charte, et l’utilisation des éléments de preuve ainsi obtenus serait susceptible de déconsidérer l’administration de la justice. La preuve a donc été écartée en application
du par. 24(2) de la Charte et ordonné la tenue d’un nouveau procès.

● R. c. Côté (droit à un avocat et réparation du par. 24(2) de la Charte )


Les policiers ont détenu C sans lui préciser le motif de la mesure comme l’exige l’art. 10a) de la Charte, ont porté atteinte à son droit d’avoir recours à l’assistance d’un avocat, d’être informée de ce droit (art.
10b) de la Charte), ont porté atteinte à son droit au silence (art. 7 de la Charte) et ont obtenu une déclaration qui n’était pas volontaire, ont induit un officier de justice en erreur pour avoir les mandats de
perquisition. Le juge a donc écarté la preuve en entier en application du par. 24(2) de la Charte au motif que son utilisation était susceptible de déconsidérer l’administration de la justice et a acquitté C.

R. c. Côté 2011 CSC 46, par. 41 à 90 du jugement du Juge Cromwell


qu’est-ce qu’on fait avec cette violation? Quelle réparation/remède fait-on 24(2)?
La preuve dérivée : toute découverte en raison d’un autre élément de preuve obtenu en violation des droits (R. c. Coté – par.62) – la preuve obtenue de manière inconstitutionnelle, aurait pu
être recueillie en toute légalité si les policiers s’en étaient donné la peine = accepté. / la découverte d’une preuve matérielle à la suite d’une fouille sans mandat peut être aggravée par la
désinvolture des policiers envers les drt const pendant l’enquête ou atténuée par une erreur alors que les policiers avaient les motifs raisonnables pour obtenir une atténuation judiciaire. La
preuve dérivée sera donc normalement admise lorsque des éléments de preuve fiable ont été recueillis à la suite d’une violation commise de bonne foi sans porter atteinte aux intérêts
protégés de l’accusé.

Compétence des tribunaux canadien dans un contexte international

● R. c. Libman (la compétence des tribunaux canadien dans le contexte d’une infraction internationale)
Test Libman: Pour soumettre une infraction à la compétence de nos tribunaux, il faut qu’une partie importante des activités qui la constituent se soit déroulée au Canada. Il suffit qu’il ait un
lien réel et important entre l’infraction et notre pays c’est-à-dire qu’un élément essentiel de l’infraction a été commis ici.
Test du lien réel et important de l’arrêt Libman :
- Présence d’au moins un élément constitutif de l’infraction commis au Canada
- Ce lien est strictement établi : la poursuite doit fournir la preuve sur chacun des éléments soit la date, le lieu, le crime et la victime.

Extradition

● M.M. c. États-Unis d’Amérique, (sur l’extradition)


Le juge d’extradition doit déterminer s’il existe une preuve d’actes qui, s’ils avaient été commis au Canada, justifieraient le renvoi à procès au Canada relativement à
l’infraction mentionnée dans l’AII ; à défaut d’une telle preuve, il doit libérer la personne (al. 29(1)a) et par. 29(3) de la Loi sur l’extradition). Il y a là intégration du critère
que doit appliquer en droit canadien le juge présidant l’enquête préliminaire pour décider s’il y a lieu ou non d’ordonner le renvoi à procès d’un accusé. La fonction du juge
d’extradition consiste à déterminer s’il existe une preuve suffisante à 1ère vue de la perpétration d’une infraction canadienne, non à s’empêtrer dans un débat sur d’éventuels
moyens de défense ou sur la vraisemblance d’une déclaration de culpabilité.

● États-Unis c. Burns (la constitutionnalité du processus d'extradition)


Le ministre peut aussi refuser extradition s’il est convaincu que les actes reprochés seront sanctionnés par la peine capitale. La cour Suprême dans la cause de Burns a déterminé que la
décision du ministre d’extrader un individu vers un pays alors qu’il est passible de la peine de mort porte atteinte aux droits protégés par l’art. 7 LC 1982 soit le droit à la vie. Puisque la peine
de mort est applicable en Floride, le Ministre doit donc exiger et obtenir une garantie que la peine de mort ne sera pas appliquée à l’égard de Claude et Thomas advenant le transfert de ces
2 individus.

L’arrestation

● R. c. Beaudry, (La réelle portée du pouvoir discrétionnaire policier)


La Cour suprême du Canada y exprime sans embâcle la pleine mesure de ce pouvoir discrétionnaire. Bien au contraire, le pouvoir discrétionnaire s’inscrit dans tous les types d’intervention. Si
le respect des directives administratives et des ordres émis par un supérieur sera toujours important, l’autonomie professionnel du policier et son jugement demeure une caractéristique
primordiale de notre système de justice.
Le pouvoir discrétionnaire propre à l’exercice du métier policier possède une importance capitale dans la saine administration de la justice. Une certaine compréhension de ce pouvoir selon
laquelle la discrétion n’aurait sa place que lors d’une intervention de type réglementaire doit être rectifiée.

● R. c. Campbell, (la primauté du droit et les pouvoir des policiers pendant une enquête)
Un policier qui enquête sur un crime occupe une charge publique définie à l’origine par la common law et établie par la suite dans différentes lois et n’agit ni en tant que fonctionnaire ni en
tant que mandataire de qui que ce soit. En l’espèce, la seule question était le statut d’un agent de la GRC agissant dans le cadre d’une enquête criminelle, et, à cet égard, la police n’est pas
sous le contrôle de la branche exécutive du gouvernement. Le privilège n’est pas automatiquement écarté si l’opération se révèle illégale. La levée du privilège exige plus que la preuve de
l’existence d’un crime et de la consultation préalable d’un avocat. Il faut quelque élément tendant à établir que l’avis a facilité le crime ou que l’avocat est devenu «dupe ou comploteur». En
soutenant que la décision d’exécuter l’opération de vente surveillée a été prise avec la participation et l’accord du ministère de la Justice, la GRC s’est placée en fin de compte dans le cadre de
l’exception de « crime projeté » et a mis en question le maintien du privilège.

● R. c. Dedman, (pouvoir d’interception ou d’interpellation au hasard par la police)


Pouvoir d’interception ou d’interpellation au hasard par la police justifiée à deux conditions
1) l’agent de police doit chercher à accomplir un devoir imposé par la loi ou la common law
2) sa conduite ne doit pas constituer un usage injustifié du pouvoir relié à ce devoir.

● R. c. Saeed (motifs liés à l'arrestation)


Une fouille à nu, même si elle est réalisée de façon très délicate, est hautement envahissante. Le type de fouille le plus envahissant est l’examen des cavités corporelles (Golden; Saeed)La
fouille à nu sera permise s’il existe un lien avec les motifs liés à l’arrestation. En outre, il faut des motifs raisonnables supplémentaires qui justifient un tel procédé, sauf circonstances
d’urgence également établies par des motifs raisonnables, elle devra avoir lieu au poste de police et non sur les lieux de l’arrestation.
La Cour conclut que le prélèvement par écouvillonnage du pénis n’a pas été fait de manière abusive et ne contrevient pas à l’article 8 de la Charte. Elle est ainsi d’avis que la preuve a été
admise de bon droit au procès et rejette le pourvoi. [Link]

Arrêt Landry : moyennant le respect de certaines conditions, un agent de la paix peut procéder à une arrestation sans mandat dans des lieux privés – conditions :
1) il doit s’agir d’un acte criminel
2) l’agent de la paix doit avoir des motifs raisonnables et probables de croire que la personne a commis ou est sur le point de commettre ledit acte criminel
3) il doit exister des motifs raisonnables et probables de croire que la personne recherchée se trouve dans les lieux
4) un avis régulier doit être donné avant de pénétrer dans les lieux.

Arrêt Macooh : pouvoir général d’intrusion dans une résidence dans le cadre d’une prise en chasse faut qu’elle soit faite d’une diligence raisonnable et que la poursuite soit déjà engagée.

Arrêt Feeney : pour les infractions sommaires, il faut un mandat spécifique permettant de rentrer dans la maison d’habitation.

Arrêt Godoy : C’est correct dans le cas d’une urgence aussi.

● R. c. Storrey, (Critères objectifs et subjectif du pouvoir des policiers de procéder à des arrestations -motifs raisonnables et probables d'arrestation)
est une décision importante de la Cour suprême du Canada sur le pouvoir des policiers de procéder à des arrestations. Outre la croyance subjective d'un policier selon laquelle il existe des
motifs raisonnables et probables d'arrestation, la Cour a stipulé que ces motifs doivent être objectivement justifiables.
L’agent utilise le motif raisonnablement probable pour arrêter Storrey. L’agent avait le pouvoir de le détenir aux fins d’enquête. Pas de violation de l’Art. 9 de la Charte. On peut enquêter
après une arrestation légale fondée sur un motif raisonnable probable. La police ne peut procéder à une arrestation dans le but de faciliter l’enquête en absence de motif raisonnable.
L'arrestation de l'appelant a été effectuée légalement et régulièrement. C'est le par. 450(1) du Code, et non pas le par. 450(2), qui s'applique en l'espèce. Le paragraphe 450(1) exige que l'agent
de police qui effectue une arrestation ait
subjectivement des motifs raisonnables et probables d'y procéder. Ces motifs doivent en outre être objectivement justifiables, c'est-à-dire qu'une personne raisonnable se trouvant à la place de
l'agent de police doit pouvoir conclure qu'il y avait effectivement des motifs raisonnables et probables de procéder à l'arrestation. Par ailleurs, la police n'a pas à démontrer davantage que
l'existence de motifs raisonnables et probables. Plus précisément, elle n'est pas tenue, pour procéder à l'arrestation, d'établir une preuve suffisante à première vue pour justifier une déclaration
de culpabilité. En l'espèce, la conclusion du juge du procès que le policier enquêteur avait des motifs raisonnables et probables deprocéder à l'arrestation est largement appuyée par la preuve.
Ces motifs raisonnables pouvaient se justifier tant du point de vue subjectif que du point de vue objectif.
Une arrestation effectuée légalement ne devient pas illégale du simple fait que la police entend poursuivre son enquête après l'arrestation. En l'espèce, la police avait des motifs raisonnables et
probables d'arrêter l'appelant et il n'y avait rien d'irrégulier dans son intention de continuer l'enquête. Ni cette intention ni la continuation de l'enquête n'a rendu l'arrestation illé[Link]
détention de l'appelant pendant 18 heures avant que l'accusation ne soit portée, principalement pour permettre à la police de poursuivre son enquête, n'était pas arbitraire. La séance
d'identification représentait la méthode d'identification la plus juste et la seule pratique. Comme l'appelant a été arrêté le soir, il était peu probable que les victimes, qui habitaient à l'extérieur
du ressort, puissent être trouvées et conduites à la séance d'identification avant le lendemain matin. L'appelant a été conduit devant un juge de paix et inculpé immédiatement après la séance
d'identification. Dans ces circonstances, le retard n'était pas injustifié et ne violait ni le par. 454(1) du Code ni l'art. 9 de la Charte.

● R. c. Grant (concept de détention)


Arrêt de principe sur les articles 9, 10 et 24(2) de la Charte canadienne des droits et libertés (la « Charte »).
La Cour a créé un certain nombre de facteurs à considérer pour déterminer si une personne est détenue aux fins des articles 9 et 10 de la Charte. La Cour a également créé un nouveau critère
pour déterminer si la preuve obtenue par une violation de la Charte devrait être exclue en vertu de l'article 24(2) de la Charte2, qui remplace le critère de l'arrêt Collins.
La détention au sens de la Charte est toute arrestation par un agent de l’état qui donne raisonnablement lieu croire à la personne visée qu’elle n’a d’autres choix que de se soumettre (CFR :
Grant)
Quiconque est interpellé par un représentant de l’Etat a habituellement le choix de s’en aller. Si son choix lui est enlevé, que ce soit par suite d’une contrainte physique ou psychologique, il y
a détention. Les droits de l’accusé et les obligations du policier découlent de l’état de détention ou non. (Voir Grant, 2009). Il peut s’agir d’une contrainte physique ou psychologique mais ce
n’ai pas toute entrave si mineure soit elle. La contrainte doit être appréciable (une entrave mineure pas suffisante) pour que articles 9 et 10 entrent en jeu.

Pour savoir s’il y a détention faut se poser la question : est-ce qu’une personne raisonnable aurait pu être induite à croire qu’elle n’avait plus le droit de choisir de quitter librement les
lieux. Pour cela, on peut tenir compte de 3 facteurs (Grant)- Critères non exhaustifs:

1. Les circonstances à l’origine du contact avec les policiers telles que la personne en cause a dû raisonnablement les percevoir : les policiers fournissaient-ils une aide
générale, assuraient-ils simplement le maintien de l’ordre, menaient-ils une enquête générale sur un incident particulier, ou visaient-ils précisément la personne en cause dans le cadre
d’une enquête ciblée.

2. La nature de la conduite des policiers : mots employés, recours au contact physique, lieu de l’interaction, la présence d’autres personnes, durée de l’interaction.

3. Les caractéristiques ou la situation particulières de la personne selon leur pertinence : son âge, sa stature, appartenance à une minorité ou son degré de discernement.

la Cour a rappelé quelques principes :

1. Il faut appliquer à la Charte une interprétation téléologique, libérale et contextuelle, de manière à assurer la réalisation de l’objet des protections sans en excéder la portée.

2. Quiconque est interpellé par un représentant de l’État a le choix de s’en aller et que si ce choix lui est enlevé – par suite d’une contrainte physique ou psychologique – il y a
détention. [Ex : interception d’un véhicule automobile par un policier place le conducteur en détention.]
3. Il faut prendre en compte le choix véritable que doit avoir la personne détenue de parler ou non aux autorités.
4. L’article 9 de la Charte « vise à protéger la liberté individuelle contre l’ingérence injustifiée de l’État tant la liberté physique que les atteintes à la liberté psychologique en lui
interdisant de recourir sans justification appropriée aux moyens coercitifs que représentent la détention et l’emprisonnement »

Dans l’arrêt Grant, la CS a indiqué que : lorsque les policiers abordent les personnes qui se trouvent sur les lieux d’un accident ou d’un crime afin de déterminer si elles ont été témoins de
l’événement et d’obtenir des renseignement susceptibles de les aider dans leur enquête, il est clairement établi en droit que, sous réserve de dispositions précises qui s’appliquent
exceptionnellement, les citoyens sont libres de quitter les lieux. Ils n’ont aucune obligation de fournir une déposition ou de dénoncer le crime dont ils ont été témoins sauf exception.

Quid si on a obtenu des éléments de preuve accablant en violation des droits de l’accusé ? C’est essentiellement la décision de Grant. Le juge regarde la gravité objective de l’infraction
trouvée par preuve illégale. Le troisième critère tient compte de la gravité du crime reproché,la fiabilité de la preuve à exclure et son importance pour la cause. Si l’état viole les droits de la
personne et que le juge conclut à la violation, ce n’est pas pour autant qu’il y aura écartement de la preuve. Article 24.2 de la Charte, l’exclusion des éléments de preuve saisis en violation
des droits de l’accusé. La Cour Suprême s’est penchée là-dessus dans l’arrêt Grant pour savoir c’est quoi le test que les juge de 1ere instance devrait appliquer lorsqu’ils sont pris par une
telle situation. Ils constatent la violation, l’avocat de la défense revendique l’écartement de la preuve car obtenu dans des conditions qui ont violé les droits de l’accusé. Mais il va falloir faire
une balance. Si on garde la preuve on cautionne le travail mal fait des policiers et si tu l’exclus est-ce que les droits individuels l’emportent sur les droits collectifs ? C’est une balance entre
les 2.
La CSC s’est prononcée sur cette question dans Grant, le juge se pose trois questions.
On applique les critères (3) de l’article 24(2) Charte :
- a) La gravité de la conduite attentatoire de l’État (l’utilisation de cette preuve peut donner à penser que le système de justice tolère l’inconduite grave de la part de l’état)
- b) L’incidence de la violation sur les droits de l’accusé garantis par la Charte (l’utilisation peut donner à penser que les droits individuels ont peu de poids)
- c) L’intérêt de la société à ce que l’affaire soit jugée au fond (est-ce que la société veut le punir? Ce critère tient compte de la gravité du crime reproché, la fiabilité de la
preuve à exclure, son importance pour la cause (l’affaire)-ex : si on exclut la preuve, est-ce qu’il reste pareil une cause ou bien plus de cause.)

● R. c. Clayton, (détention arbitraire)


Ainsi, à partir des faits de l' affaire Clayton, le juge Binnie a conclu que même si les actions de la police étaient autorisées en vertu de la common law, elles violaient également l'article 9 de la
Charte , mais que la violation pouvait être raisonnablement justifiée en vertu de l'article 1 de la Charte .
Dans l' arrêt Clayton précité, les juges majoritaires ont poursuivi et statué que, dans les circonstances de l'espèce, le fait de faire sortir l'accusé de la voiture et de le fouiller ensuite constituait
un exercice justifiable des pouvoirs policiers. Pour parvenir à cette conclusion, la majorité a encore une fois souligné les facteurs suivants :

La police savait que certaines personnes qui quittaient le parking seraient armées d'armes à feu ;
Ils savaient que la voiture de l'accusé avait été la première à quitter le stationnement quelques minutes après que le crime ait été signalé, et que la voiture avait d'abord évité la sortie avant du
stationnement, où arrivaient d'autres agents, et s'était plutôt dirigée vers la sortie arrière;
Les occupants de la voiture correspondaient à la race des suspects identifiés lors de l'appel au 911 ;
Il a fallu trois demandes de la police avant que le conducteur (Farmer) accepte de sortir de la voiture ;
Le passager (Clayton) portait des gants, même s'il ne faisait pas « temps de porter des gants », et a donné d'étranges réponses évasives aux questions de la police ;
Les juges majoritaires ont statué que, compte tenu de ce qui précède, les policiers avaient des soupçons raisonnables que les occupants de la voiture qu'ils ont arrêtée pourraient être en
possession des armes de poing signalées lors de l'appel au 911 et, par conséquent, mettre leur vie en danger et celle de celles des autres. le public était en danger. Parallèlement, la majorité
était d'accord avec la Cour d'appel de l'Ontario selon laquelle si la police avait arrêté le véhicule et découvert que les occupants ne correspondaient pas à la description donnée par l'appelant au
911, il n'y aurait aucun motif raisonnable pour le maintien en détention des occupants.

● R. c. Suberu (L’obligation d’informer en cas de détention (10a et 10b LC 1982)


L’obligation d’informer naît dès le début de la détention aux fins d’enquête, sauf si la sécurité de l’agent de la paix ou celle du public est menacée.
Il s'agit d'un critère objectif qui incorpore les perceptions de la personne à laquelle s'adressent les policiers dans le contexte dynamique d'une situation qui évolue. Rien ne permet de conclure
que Samuel se trouvait dans une situation particulière : son âge, son identité raciale, etc.

● Arrêt Therrens (la détention)


Il peut y avoir détention sans qu’il y ait contrainte physique ou menace de contrainte physique, si la personne intéressée se soumet ou acquiesce à la privation de liberté et croit raisonnable
qu’elle n’a pas le choix d’agir autrement.

● R. c. Hebert (la règle du droit au silence)


La CSC a établi que les policiers ne peuvent utiliser d’artifice qui priverait l’accusé de son choix de parler ou non aux autorités sans priver une personne détenue de son droit au silence prévu
à l’article 7 LC 1982.

● R. c. Singh, (déclaration libre et volontaire et droit au silence)


La Cour indique que « le fait que le suspect revendique le droit au silence n’empêche pas les policiers de tenter de l’interroger. Cela pourrait toutefois affecter le caractère volontaire de la
déclaration et la rendre inadmissible ». Mais il se peut que la déclaration ne soit pas admise en preuve si un doute existe sur l’aspect volontaire de la déclaration.

● R. c. Nicholson (voir-dire - enregistrement vidéo et confession libre et volontaire)


Bien que l’existence d’un enregistrement aurait été très utile à l’appréciation de la confession, son absence n’en vicie pas toutefois l’admissibilité. De plus, l’accusé ne s’est pas fait entendre en défense lors du
voir-dire, il est donc difficile de spéculer et rien n’indique qu’il a été l’objet de menaces, d’un climat d’oppression, d’une contrepartie ou d’un encouragement important au point de soulever un doute raisonnable
quant au caractère volontaire de sa confession.

● [Link]: (enregistrement vidéo et confession libre et volontaire)


En l’espèce, plusieurs problèmes se posent quant à l’admissibilité de la déclaration extrajudiciaire de l’accusé : 1) Son caractère incomplet et 2) La justification de l’absence d’enregistrement vidéo par les
policiers sont difficilement compréhensibles. Le Tribunal n’est pas convaincu HTDR du caractère libre et volontaire de la déclaration qui ne sera donc pas admise en preuve.

● R. c. Turcotte: La preuve relative au silence de l’accusé n’est pas admissible comme preuve relative au comportement postérieur à l’infraction. Le droit de garder le silence serait illusoire si la décision de ne pas
parler à la police pouvait être utilisée par le ministère public comme preuve de culpabilité. De plus, l’interaction volontaire avec la police, même si elle est engagée par l’intéressé, ne constitue pas une renonciation
au droit de garder le silence.

● R. c. Evans, [1991] 1 R.C.S. 869


Si le policier habillé en civil dans la cellule ne participe pas activement à mener une conversation avec le détenu, on peut se poser la question si l’accusé décidait de faire une déclaration,
celle-ci serait-elle libre et volontaire ? Les policiers ont-ils contrevenu au droit de garder le silence ? C’est une question factuelle et d’interprétation.

● R. c. Latimer, (langage simple et claire lors de l’arrestation)


[Link]
A partir du moment où les policiers ont des motifs raisonnables et probables de croire qu’une personne a commis un acte criminel, ils peuvent procéder à son arrestation.
In casu, on dit que la personne est détenue, il s’agit d’une détention pour fin d’enquête. Les policiers doivent avoir des soupçons raisonnables. A tout événement, ils doivent informer la
personne détenue des motifs de sa détention. Même s’ils n’ont pas utilisé les mots exacts du code criminel, ils ont utilisé un langage clair et simple, Pierre devrait avoir compris ce qu’on lui
reproche. Ceci est conforme aux prescriptions de l’article 10 a) de la Charte canadienne des droits et libertés (voir la décision de la cour suprême de Latimer).
● R. c. St-Cloud, (détention préventive)- le infamous 3e motif de détention provisoire et la révision devant la C.S.
[Link]
Dans la décision de St-Cloud de la cour Suprême a déterminé qu’en cas d’un crime grave ou violent, lorsque la preuve contre l’accusé est accablante et que la/les victimes sont vulnérables,
la détention préventive sera habituellement ordonnée.

● R. c. Oickle, (la règle des confessions en common law)


La Cour suprême du Canada, la confession a été jugée recevable. Il a énoncé les facteurs qui devraient être utilisés pour déterminer si une confession est volontaire.
5. La Cour doit examiner si la police a des menaces ou des promesses. Iacobucci affirme que l'existence d'une contrepartie en l'échange de la confession détermine habituellement si elle
était volontaire ou non.
6. La Cour doit vérifier s'il y a de l'oppression, c'est-à-dire que si des policiers ont une conduite qui crée des conditions suffisamment déplaisantes ou inhumaines qui équivaudrait à
obtenir une confession involontaire.
7. La Cour doit vérifier si le suspect a un état d'esprit conscient. Le suspect doit être suffisamment conscient de ce qu'il ou elle dit à qui il ou elle le dit.
8. La Cour peut considérer le degré de ruse de la police. Bien qu'en général, est la ruse est permise, elle ne peut pas aller jusqu'à « choquer la collectivité ».
Bien que la Charte canadienne des droits et libertés demeure en vigueur pour les confessions faites pendant la détention, la règle de common law s'applique toujours dans toutes les
circonstances.

● R. c. Waterfield, (détention aléatoire)


« Test de Waterfield » – Ce test aide à déterminer les limites du pouvoir de la police pour interférer de manière justifiée avec la liberté ou les biens d'une personne – par exemple, lors
d'interpellations et de détentions aléatoires.
Également appelé « doctrine du pouvoir auxiliaire » de common law,
Le tribunal a estimé que : « … il est probablement plus pratique d’examiner ce que faisait réellement l’agent de police et en particulier de savoir si un tel comportement constituait à première
vue une atteinte illégale à la liberté ou aux biens d’une personne. Si tel est le cas, il est alors pertinent de déterminer si (a) un tel comportement relève de la portée générale d'une obligation
imposée par la loi ou reconnue en common law et (b) si un tel comportement, bien que relevant de la portée générale d'une telle obligation, impliquait un usage injustifiable des pouvoirs
associés à ce devoir.

● R. c. Mann, (détention momentanée à des fins d'enquête et fouille)

- Existe‑t‑il, en common law, un pouvoir habilitant les policiers à détenir une personne aux fins d’enquête ? Le tribunal a statué que même s'il n'existe pas de pouvoir général de
détention à des fins d'enquête, les agents de police peuvent détenir un individu s'il existe des motifs raisonnables de soupçonner à la lumières de toutes les circonstances que l'individu
est lié à un crime particulier et que la détention est raisonnablement nécessaire sur une vision objective des circonstances. Ces circonstances comprennent la mesure dans laquelle
l'atteinte à la liberté individuelle est nécessaire à l'exercice des fonctions de l'agent, à la liberté atteinte, ainsi qu'à la nature et à l'étendue de l'atteinte.
Au minimum, les personnes détenues à des fins d'enquête doivent être informées, dans un langage clair et simple, des raisons de leur détention. Les détentions aux fins d'enquête
effectuées conformément au pouvoir de common law reconnu en l'espèce ne porteront pas atteinte aux droits du détenu en vertu de l'article 9 de la Charte canadienne des droits et
libertés.
Ils devraient être de courte durée, de sorte que le respect de l'art. 10b)6 n'excusera pas la prolongation, indûment et artificiellement, d'une telle détention.
Les détentions aux fins d'enquête n'imposent pas à la personne détenue de répondre aux questions posées par la police. Lorsqu'un agent de police a des motifs raisonnables de croire
que sa sécurité ou celle d'autrui est en danger, l'agent peut procéder à une fouille préventive par palpation de la personne détenue. Le pouvoir de détention aux fins d'enquête et de
fouille préventive doit être distingué d'une arrestation et du pouvoir accessoire de fouiller lors d'une arrestation.

- Dans l’affirmative, existe‑t‑il, en common law, un pouvoir de fouille accessoire à une détention aux fins d’enquête ? Le juge Iaccobucci a statué que lorsqu'un agent de police
détient un suspect pour des motifs raisonnables, il n'est autorisé à le palper qu'à titre de mesure de protection. Ce ne sont pas toutes les fouilles aux fins de la détection et de la
cueillette d’éléments de preuves qui sont fondées sur des motifs raisonnables.

- La fouille de la poche de cette personne était‑elle abusive? En l'espèce, la palpation initiale était peu intrusive. Cependant, la fouille de la poche doit être fondée sur une
justification raisonnable, qui en l'espèce n'a aucune justification.
- Dans l’affirmative, l’élément de preuve doit‑il être écarté en vertu de l'art. 24 de la Charte canadienne des droits et libertés? Au procès, le juge a conclu que la fouille
contrevenait à l'article 8 de la Charte canadienne des droits et libertés et que le sac devait être exclu de la preuve car cela porterait atteinte à l'équité du procès en vertu du article 24
(2) de la Charte canadienne des droits et libertés. Le juge a conclu que la fouille par palpation était raisonnable pour des raisons de sécurité uniquement, mais qu'il n'était pas prévu de
fouiller dans les poches du suspect.

La perquisition/fouille

● R. c. Patrick, (exceptative de vie privée)


Dans la jurisprudence, dans les arrêts Edouard, Tesling et Patrick, la cour suprême a énuméré une série de circonstances pertinentes à l’évaluation sans faire une liste exhaustive. Car la
question ultime est qu'à partir du moment où on a une perquisition, on se demandera ce qu’est une perquisition, c’est quoi qu’on a pris comme objet, comme élément de preuve qu’on veut
présenter au procès. Et on fera le débat avec l’expectative de vie privée (qu’est-ce que les policiers ont fait comme action, tout ce qu’il avait comme information versus ce qu’ils ont saisi.).
Qu’est-ce qu’on a saisi ? Avait-on le droit ? Ex. Ont-ils saisi une lettre dans une boîte aux lettres privée ou une lettre dans une poubelle publique ?

● Goodwin c. Colombie-Britannique, 2015 (protection de la vie privée)


Les valeurs sur lesquelles repose la protection de la vie privée garantie par l’article 8 sont la dignité, l’intégrité et l’autonomie (R. c. Plant, [1993] 3 R.C.S. 281, à la page 292). La protection
que l’article 8 accorde à la vie privée – personnelle, territoriale et informationnelle – est essentielle non seulement à la dignité humaine, mais également au fonctionnement de notre société
démocratique. Ainsi, l’article 8 délimite une sphère protégée d’autonomie individuelle dans laquelle chacun a le droit « de ne pas être importuné » et dans laquelle l’État ne peut s’immiscer
sans permission (R. c. Ahmad, 2020 CSC 11, au paragraphe 38). Parallèlement, puisque l’article 8 permet les fouilles, les perquisitions et les saisies raisonnables, il reconnaît que le
droit légitime de l’État de réaliser ses fins ou d’appliquer ses lois nécessitera parfois une certaine intrusion dans la sphère privée.

● R. c. Fearon (en vertu de l'article 8 , concernant la constitutionnalité des fouilles sans mandat par les forces de l'ordre du contenu d'un téléphone portable accessoirement à une arrestation)
Kevin Fearon est arrêté relativement à un vol à main armée dans une bijouterie. Par suite d’une fouille par palpation, un policier découvre un téléphone cellulaire dans la poche de M. Fearon.
Le téléphone portable n’est pas protégé par mot de passe ni verrouillé. L’agent en examine le contenu et trouve des photos d’une arme et de billets de banque, ainsi qu’un message texte
incriminant. Le téléphone portable est de nouveau fouillé sans mandat au poste de police afin de déterminer à qui le message texte a été envoyé. L’examen montre qu’il ne s’agit que d’un
brouillon demeuré sans destinataire. Des mois plus tard, un mandat est obtenu et une nouvelle perquisition effectuée, mais celle-ci n’apporte aucun élément de preuve nouveau.
Facteurs qui établissent la légitimité d’une fouille accessoire à l’arrestation à l’égard d’un téléphone cellulaire :

a) L’arrestation est légale [cette analyse peut s’avérer relativement complexe selon les circonstances de l’arrestation].
b) La fouille est véritablement accessoire à l’arrestation puisque les policiers peuvent invoquer un objectif d’application de la loi valable et objectivement raisonnable pour procéder à la
fouille [c’est-à-dire que quelqu’un d’autre qui se retrouverait dans la même situation le trouverait également raisonnable]; dans ce contexte, les objectifs valables d’application de la
loi sont les suivants :
1. protéger les policiers, l’accusé ou le public;
2. conserver les éléments de preuve;
3. découvrir des éléments de preuve, notamment trouver d’autres suspects, lorsque l’enquête sera paralysée ou sérieusement entravée si l’on n’effectue pas rapidement une
fouille accessoire à l’arrestation à l’égard du téléphone cellulaire.
c) La nature et l’étendue de la fouille sont adaptées à l’objectif de la fouille [en d’autres termes, la « nature et l’étendue » de la fouille doivent être réellement accessoires à l’arrestation
en question pour l’infraction commise. Dans la pratique, cela signifie qu’en règle générale, seuls les courriels expédiés ou rédigés, les messages textes et les photos, ainsi que le
journal des appels, peuvent être fouillés. Toutefois, il ne s’agit pas d’une règle absolue – le critère est de savoir si la nature et l’étendue de la fouille correspondent à son objectif].
d) Les policiers prennent des notes détaillées de ce qu’ils ont examiné dans l’appareil et de la façon dont ils l’ont fait.

● R. c. Stillman, [1997] 1 R.C.S. 607


Une décision de premier plan de la Cour suprême du Canada sur le paragraphe 24 (2) de la Constitution du Canada qui permettait l'exclusion de preuves obtenues d'une manière qui viole le
Charte . À la suite d’un voirdire tenu pour déterminer l’admissibilité de certains éléments de preuve, le juge du procès a conclu que les échantillons de cheveux et de poils, les empreintes
dentaires et les prélèvements faits dans la bouche avaient été obtenus en violation de l’art. 8 de la Charte, mais que ces éléments de preuve étaient néanmoins admissibles. Il a décidé que le
papier mouchoir contenant les mucosités n’avait pas été obtenu en violation de l’art. 8 et qu’il devrait donc être utilisé en preuve. Un jury a, par la suite, déclaré l’accusé coupable de meurtre
au premier degré. Le test Stillman en deux étapes a été élaboré pour déterminer si l’admission d’une preuve obtenue grâce à une violation d’un droit garanti par la Charte porterait atteinte à
l’équité du procès. La question de l’équité du procès entre en jeu lorsqu’on applique la première étape du critère Collins pour exclure des éléments de preuve en vertu du paragraphe 24(2).

Approche en deux étapes pour déterminer l'effet de l'admission de la preuve sur l'équité du procès.

1. Les preuves peuvent-elles être qualifiées de « conscriptives » ? À savoir, l'accusé a-t-il été contraint de participer à la création ou à la découverte de la preuve ? Dans un
premier temps, la question est de savoir si « l'accusé a été contraint de faire une déclaration ou de fournir une substance corporelle en violation de la Charte ». Les preuves ne doivent
pas avoir existé sous une forme utilisable avant l’obtention des preuves. Une arme du crime trouvée sur les lieux ne serait pas un élément de conscription, mais un vêtement porté par
le suspect serait un élément de conscription. Les preuves de conscription comprennent également les « preuves dérivées », c'est-à-dire les preuves qui n'ont été découvertes que grâce
à d'autres preuves de conscription. Les preuves matérielles découvertes à la suite d'une déclaration de conscription sont un exemple de preuve dérivée.

2. Si oui, la preuve était-elle « découvrable » ? À savoir, les preuves auraient-elles été découvertes par d’autres moyens non conscriptifs ? À la deuxième étape, les tribunaux
autorisent la collecte de preuves s'il peut être démontré qu'elles sont « découvrables ».
S’il a été démontré que la preuve était liée à la conscription et qu’elle n’aurait pas été découverte par un moyen non conscriptif, alors la preuve doit être exclue pour des raisons d’équité du
procès, et aucun des autres facteurs du critère Collins n’a besoin d’être examiné.
L'affaire sera plus tard remplacée par la décision de la Cour suprême du Canada dans l'affaire R c Grant .

● Arrêt Godoy (entrée dans une maison et la fouille à nu)


appel 911 coupé = raison valable de rentrer dans la maison.
Selon la décision Godoy : les policiers peuvent entrer sans mandat dans une résidence en cas d’urgence, exception reliée à la sécurité. Ex. Cas de l’appel 911 pour violence conjugale.
est une décision importante de la Cour suprême du Canada concernant l'étendue des pouvoirs de la police d'entrer dans des résidences privées sans mandat afin de protéger des vies. La Cour a
affirmé que la police a l'obligation, en vertu de la common law , de protéger des vies et qu'un appel anonyme au 911 suffit pour invoquer cette obligation. Par conséquent, la police était
justifiée d'entrer de force dans la maison privée.

● R. c. Collins (fouille abusive)


Une fouille n’est pas abusive si elle est autorisée par la loi, si la loi elle-même n’a rien d’abusif et si la fouille n’a pas été effectuée d’une manière abusive.] Ce n’est pas absolu – dans certains
cas l’urgence de la situation peut justifier le fait de ne pas avoir de mandat, par exemple pour la nécessité d’empêcher la destruction de la preuve.

● Hunter c. Southam, (la loi doit permettre la fouille)


Faut aussi que la règle de droit en elle-même ne soit pas abusive et soit conforme aux exigences constitutionnelles établi dans Hunter : la loi qui permet la fouille sera jugée constitutionnelle si
elle prévoit un mécanisme d’autorisation préalable (mandat) par une personne agissant judiciairement (habituellement un juge) se fondant sur l’existence de motifs raisonnables et probables,
établis sous serment, de croire qu’un crime a été commis ou est commis et que la fouille permettra de découvrir des éléments de preuves particuliers.

● Arrêt Borden (la saisie et le consentement)


La cour suprême, il y a saisie chaque fois que l’Etat prend, sans le consentement du citoyen, quelque chose qui lui appartient et au sujet duquel il peut raisonnablement s’attendre à ce qu’on
préserve le caractère confidentiel. La protection vise donc à protéger les personnes et non les lieux. Cette garantie vise toutes les perquisitions au sens traditionnel du terme mais toute situation
où une personne a une expectative raisonnable de vie privée. Il faut donc analyser l’ensemble des circonstances entourant la personne visée, la chose saisie, les lieux et le lien entre eux. Ex :
fouiller d’une maison d’habitation, d’une voiture, faire un enregistrement vidéo d’une personne, accéder à un dossier informatique, prélever des substances corporelles (cheveux, sang, laine).

● Cloutier c. Langlois (fouilles)


Une fouille sommaire, qui comprend l’examen des poches d’une personne, mais qui ne comprend pas l’utilisation de force physique ou le retrait des vêtements, est relativement peu
envahissante. Les fouilles sont légalisées par l’article 771(1)(a) du Code criminel. La fouille sommaire est un outil de sécurité publique utilisé pour favoriser l’application de la loi et servir
l’intérêt public. Cette atteinte aux droits individuels est considérée comme minimale et nécessaire pour une saine administration de la justice canadienne. En l’espèce les policiers n’ont pas
abusé de leur pouvoir de discrétion et visait un objectif valable qui n’était pas étranger aux fin d’une saine administration de la justice. De plus, les faits de l’affaire ne laisse pas présager que
la fouille ai été faite de manière abusive. La fouille sommaire de l’intimé était donc justifiée.

● R. c. Kang-Brown (pouvoirs de la police en matière de fouille, perquisition et de saisie)


est une décision constitutionnelle de la Cour suprême du Canada sur les limites des pouvoirs de la police en matière de perquisition et de saisie . La Cour a jugé que la police n'a pas le droit
d'effectuer une fouille à l'aide d'un chien renifleur (utiliser des chiens pour effectuer des fouilles aléatoires) dans les espaces publics lorsqu'une telle fouille n'est pas spécifiquement autorisée
par la loi. Utiliser un chien renifleur constitue une fouille au sens de la Charte canadienne des droits et libertés art. 8. Rien dans la loi ou dans la Common Law autorise une telle fouille. Cette
fouille a violé l’art. 8 de la Charte. Il aurait fallu au policier qu’il aille un soupçon raisonnable pour procéder à une telle fouille. Or, il ne s’agissait que de son intuition basé sur un regard
nerveux. Il lui aurait fallu un véritable motif légal pour procéder à cette fouille, car elle a été faite de façon abusive. En somme, cette preuve devait être écartée du procès car elle a été obtenue
de façon abusive.

Administration de la preuve en matière pénale

● R. c. Lifchus, (la norme « hors de tout doute raisonnable » en matière de droit criminel)
est une décision importante de la Cour suprême du Canada fondée sur le fondement juridique de la norme « hors de tout doute raisonnable » en matière de droit criminel . est une décision
importante de la Cour suprême du Canada fondée sur le fondement juridique de la norme « hors de tout doute raisonnable » en matière de droit criminel .

Lignes directrices => Il faut expliquer que :


- la norme de preuve hors de tout doute raisonnable est inextricablement liée à ce principe fondamental de tout procès criminel, la présomption d'innocence;
- la charge de la preuve repose sur l'accusation tout au long du procès et ne repose jamais sur l'accusé ;
- un doute raisonnable n'est pas un doute fondé sur la sympathie ou les préjugés ;
- elle est plutôt basée sur la raison et le bon sens ;
- il est logiquement lié à la preuve ou à l'absence de preuve ;
- cela n’implique pas une preuve avec une certitude absolue ; ce n’est pas une preuve hors de tout doute ni un doute imaginaire ou frivole ; et
- il faut plus que la preuve que l'accusé est probablement coupable -- un jury qui conclut seulement que l'accusé est probablement coupable doit l'acquitter.

En revanche, certaines références au niveau de preuve requis doivent être évitées. Par exemple:

- décrivant le terme « doute raisonnable » comme une expression ordinaire qui n'a pas de signification particulière dans le contexte du droit pénal ;
- inviter les jurés à appliquer à la tâche qui les attend la même norme de preuve qu'ils appliquent aux décisions importantes, voire les plus importantes, de leur propre vie ;
- assimiler la preuve « au-delà de tout doute raisonnable » à la preuve « avec une certitude morale » ;
- qualifier le mot « doute » par des adjectifs autres que « raisonnable », tels que « sérieux », « substantiel » ou « obsédant », qui pourraient induire le jury en erreur ; et
- demander aux jurés qu'ils peuvent déclarer coupable s'ils sont « sûrs » que l'accusé est coupable, avant de leur fournir une définition appropriée de la signification des mots « au-delà
de tout doute raisonnable ».

● R. c. Taillefer, R. c. Duguay, 2003 :


Ce pourvoi met en cause l’obligation de divulgation de la preuve qui incombe au ministère public dans un procès pénal et les conséquences de sa violation. Le pourvoi est accueilli. Des
éléments de preuve qui n’ont pas été divulguées auraient raisonnablement peut-être eu un impact sur l’issue de la cause. On annule donc le verdict de culpabilité à l’endroit de Taillefer et
ordonne un nouveau procès, et est ajouté à l’annulation du verdict de culpabilité de Duguay un arrêt des procédures dans son cas. Les principes applicables à l’admission d’une nouvelle
preuve découverte à la suite de la violation par le ministère public de son obligation de divulgation ont clairement été établis dans l’arrêt Dixon. Le test de l’arrêt Dixon exige non seulement
l’évaluation de l’impact de la nouvelle preuve sur le résultat du procès, mais demande aussi d’évaluer l’impact de la non-divulgation sur l’équité globale du procès. L’accusé doit démontrer
une possibilité raisonnable que la non-divulgation ait influé sur l’issue ou l’équité globale du procès. La simple existence d’une telle possibilité constitue une atteinte au droit à une défense
pleine et entière.
Le processus judiciaire
● R. c. Antic (Refus déraisonnable de mise en liberté sous caution)

Lorsqu’une demande de révision d’une ordonnance relative à la mise en liberté sous caution lui est présentée, le tribunal doit suivre le processus de révision applicable à cet égard énoncé dans
R. c. St‑Cloud, 2015 CSC 27, [2015] 2 R.C.S. 328.
Le juge chargé de la révision des cautions a commis une erreur en exigeant un dépôt en espèces avec caution, même si Antic avait offert une caution avec un gage monétaire. Si le juge chargé
de la révision des cautions avait appliqué correctement les dispositions relatives à la libération sous caution, Antic aurait pu obtenir une caution raisonnable. L’article 515(2)(e) n’a pas eu pour
effet de refuser la libération sous caution à Antic et ne déclenche donc pas de violation de l’ article 11 (e) de la Charte .
Lignes directrices à respecter lors de l'application des dispositions sur la mise en liberté sous caution lors d'une audience contestée : (A) Les personnes accusées sont constitutionnellement
présumées innocentes, et le corollaire de la présomption d'innocence est le droit constitutionnel à la libération sous caution. (B) Article 11( e ) garantit à la fois le droit de ne pas se voir refuser
la libération sous caution sans motif valable et le droit d’être libéré sous caution à des conditions raisonnables. (C) Sauf exceptions, une libération inconditionnelle sur engagement est la
position par défaut lors de l'octroi de la libération : art. 515(1). (D) Le principe de l’échelle énonce la manière dont d’autres formes de libération doivent être imposées. Selon lui, « la
libération est favorisée dans les meilleurs délais raisonnables et, compte tenu des [critères statutaires de détention], pour les motifs les moins graves » doit être strictement respectée. (E) Si la
Couronne propose une autre forme de mise en liberté, elle doit démontrer pourquoi cette forme est nécessaire. Plus la forme de mise en liberté est restrictive, plus le fardeau imposé à l'accusé
( sic ) est lourd. (F) Chaque échelon de l’échelle doit être considéré individuellement et doit être rejeté avant de passer à une forme de libération plus restrictive. Lorsque les parties ne sont pas
d'accord sur la forme de mise en liberté, le fait pour un juge d'ordonner une forme de mise en liberté plus restrictive sans justifier sa décision de rejeter les formes les moins onéreuses
constitue une erreur de droit. (G) Une caution ne devrait pas être imposée à moins que toutes les formes de libération les moins onéreuses aient été considérées et rejetées comme
inappropriées. (H) Il n'est pas nécessaire d'imposer une caution en espèces aux accusés si eux-mêmes ou leurs garants disposent d'actifs raisonnablement récupérables et sont en mesure de
mettre en gage ces actifs à la satisfaction du tribunal pour justifier leur libération. La caution en espèces ne devrait être invoquée que dans des circonstances exceptionnelles dans lesquelles la
libération sur engagement avec cautions n'est pas disponible. (I) Lorsque de telles circonstances exceptionnelles existent et qu’une caution en espèces est ordonnée, le montant ne doit pas être
fixé à un niveau si élevé qu’il équivaut effectivement à un ordre de détention. La justice ou le juge a l'obligation positive, lors de la fixation du montant, de s'enquérir de la capacité
contributive de l'accusé. Le montant de la caution en espèces ne doit pas être supérieur à ce qui est nécessaire pour répondre aux préoccupations qui justifieraient autrement la détention et
proportionné aux moyens de l'accusé et aux circonstances de l'affaire. (J) Conditions de mise en liberté imposées en vertu de l'art. 515(4) ne peuvent « être imposés que dans la mesure où ils
sont nécessaires » pour répondre aux préoccupations liées aux critères légaux de détention et pour garantir que l'accusé puisse être libéré. Elles ne doivent pas être imposées pour modifier le
comportement d'un accusé ou pour le punir. (K) Lorsqu'une révision de la libération sous caution est demandée, le tribunal doit suivre le processus de révision de la libération sous caution
énoncé dans l'arrêt St-Cloud .

● R. c. W.D. (en cas de versions contradictoires)


- Si le juge croit l’accusé, il doit l’acquitter ;
- le juge ne croit pas l’accusé et que sa version soulève un doute raisonnable, il doit l’acquitter ; il doit se demander si la preuve dans son ensemble laisse un doute raisonnable
- Si le juge n’a pas de doute raisonnable sur la version de l’accusé , il doit se demander si la preuve dans son ensemble laisse un doute raisonnable auquel cas il doit l’acquitter (si
la Couronne ne s’est pas déchargée de son fardeau de prouver l’ensemble des éléments).

R. c. Villeneuve, 2021 QCCS 2675 (CanLII)


R. c. Agrigiannis, 2005 QCCA 35, C.A.Q., 25.01.05

R. c. Laboucan, [2010] 1 RCS 397 (présomption d’innocence)


On ne doit pas suggérer au jury qu’il peut présumer que l’accusé, du fait qu’il est accusé, mentirait pour échapper à une condamnation, car cela porterait atteinte à la présomption d’innocence : R. c.
Laboucan, [2010] 1 R.C.S. 397, par. 14-18.
[Link]

Canada (Procureur Général) c. Chambre des notaires du Québec, 2016 CSC 20 (CanLII)(secret professionnel)
La Cour suprême du Canada a réaffirmé que les articles 231.2(1), 231.7 et 232(1), de la Loi de l’impôt sur le revenu étaient inconstitutionnels à l’égard des notaires et des avocats du Québec ? En
conséquence, vous n’avez pas à obtempérer à une telle demande puisque vous devez vous assurer de protéger le secret professionnel de vos clients. La Cour suprême du Canada réaffirme la
suprématie du secret professionnel de l’avocat et du notaire contre les actions de vérifications gouvernementales.
[Link]
Canada (Revenu national) c. Thompson, 2016 CSC 21 (CanLII)(secret professionnel de l’avocat)
Dans l’affaire Ministre du Revenu national c. Thompson, la Cour suprême devait décider si les documents comptables des avocats étaient exclus de la définition du « privilège des
communications entre client et avocat » prévue à la Loi de l’impôt sur le revenu, même si ces documents sont par ailleurs couverts par le secret professionnel en common law.
L’intimé, un avocat, est visé par des procédures d’exécutions prises en application de la Loi de l’impôt sur le revenu, L.R.C. 1985, ch. 1 (5e suppl.). L’Agence du revenu du Canada (ARC) a décerné
une demande en vue d’obtenir des renseignements et des documents relatifs aux revenus et aux dépenses, ainsi qu’à l’actif et au passif, de l’intimé, y compris une liste à jour de ses comptes clients.
L’intimé a fourni certains des renseignements requis dans la demande, mais pas tous. Subséquemment, l’ARC a constaté qu’il n’avait fourni aucun détail concernant ses comptes clients si ce n’est le
solde total dû.
L’intimé a contesté la demande, appuyant son objection sur le secret professionnel de l’avocat. Il a demandé à la cour de décider si le par. 231.2(1) de la Loi de l’impôt sur le revenu peut être
interprété et appliqué de façon à obliger un avocat visé par des procédures d’exécution prises par l’ARC de communiquer des renseignements à propos de ses clients; il plaide que ces renseignements
sont protégés par le secret professionnel de l’avocat. Il allègue également que la demande s’apparente à une fouille, perquisition ou saisie abusive et par conséquent contraire à l’art. 8 de la Charte
canadienne des droits et libertés.

R. c. Robillard, [1978] 2 R.C.S. 728 (réouverture de l’enquête)


L'arrêt Robillard de notre Cour, qui aborde de façon plus libérale le pouvoir discrétionnaire du juge du procès en matière de réouverture, même après la clôture de la preuve de la
défense, doit être interprété restrictivement comme s'appliquant seulement aux situations où le ministère public cherche à rouvrir sa preuve pour corriger un vice de forme. L’appelant a
été déclaré coupable par un jury de vol à main armée. Un complice, Sévigny, qui l’avait identifié à l’enquête préliminaire comme un des auteurs du vol, a refusé de témoigner au procès. Le
témoignage rendu par ce dernier à l’enquête a alors été lu au jury et le ministère public a déclaré sa preuve close. Après la plaidoirie de l’avocat du ministère public, l’avocat de l’appelant a soutenu
que ce dernier n’avait pas été identifié au procès comme le Robillard mentionné dans le témoignage de Sévigny. Le juge a accordé au ministère public la permission de réouvrir l’enquête pour faire
cette preuve. En Cour d’appel, le juge dissident a considéré qu’il s’agissait là d’une erreur fatale alors que les deux juges de la majorité décidaient que le juge de première instance avait exercé
judicieusement son pouvoir discrétionnaire et refusaient d’intervenir.

Arrêt: Le pourvoi doit être rejeté.

R. c. Brouillard dit Chatel, [1985] 2 R.C.S. 39 (les pouvoirs du juge-poser des questions au témoin)
Comme la Cour suprême l'a affirmé dans Brouillard dit Chatel, «non seulement acceptons-nous aujourd'hui que le juge intervienne dans le débat adversaire, mais croyons-nous aussi qu'il est parfois
essentiel qu'il le fasse pour que justice soit effectivement rendue. Ainsi, un juge peut et, parfois, doit poser des questions aux témoins, les interrompre dans leur témoignage, et au besoin les rappeler à
l'ordre.».
La nature et le degré de la participation d’un juge à l’interrogatoire d’un témoin relèvent sans aucun doute de son pouvoir discrétionnaire, pouvoir qu’il doit exercer judiciairement.
Selon moi, la fonction du juge consiste à tenir en équilibre la balance de la justice entre le ministère public et l’accusé. Il ne fait pas de doute dans mon esprit qu’un juge a non seulement le
droit mais aussi le devoir d’interroger un témoin afin d’élucider une réponse obscure ou pour s’assurer qu’un témoin a bien compris une question, et même de corriger une omission de l’avocat en
posant des questions qui, à son avis, auraient dû être posées pour expliquer ou faire ressortir certains points pertinents.

R .c. Gunning, 2005 CSC 27 (CanLII) (les pouvoirs du juge-le directives au juyr)
L’accusé a abattu d’un coup de feu C, un inconnu entré chez lui au cours d’une fête à laquelle il n’avait pas été invité. L’accusé a nié avoir eu l’intention de tuer C. Malgré un souvenir flou des faits
dû à l’alcool qu’il avait consommé, il a témoigné que C l’avait attaqué et avait refusé de quitter sa maison à la suite d’une dispute. Il a soutenu qu’il était effrayé et qu’il avait, pour cette raison, sorti
et chargé le fusil dans le but d’intimider C et de l’inciter ainsi à partir. Il a témoigné que le coup de feu était parti accidentellement. Le procès a porté sur la question de savoir si la fusillade était
intentionnelle ou accidentelle. Cependant, le juge du procès a dit au jury que l’existence de l’infraction d’usage négligent d’une arme à feu avait été établie et il a refusé de lui donner des directives
sur la défense d’un bien. Plus tard dans son exposé, il a semblé corriger la directive contestée sur l’usage négligent d’une arme à feu. L’accusé a été déclaré coupable de meurtre au deuxième degré.
La Cour d’appel a confirmé la déclaration de culpabilité.

R. c. Anthony-Cook, [2016] 2 R.C.S. 204. (suggestion commune)


Quel est le critère que les juges de première instance doivent appliquer lorsqu’ils examinent la possibilité d’écarter une recommandation conjointe ?
Dans son analyse de la recommandation conjointe, le juge de première instance doit procéder par étapes lorsqu’il est enclin à écarter une recommandation conjointe. Premièrement, il doit considérer
la recommandation conjointe comme elle lui est présentée. Deuxièmement, s’il envisage la possibilité de modifier la peine, il doit appliquer le critère de l’intérêt public. Troisièmement, il peut
s’informer auprès des avocats des circonstances particulières entourant la recommandation conjointe, particulièrement des avantages et des concessions faites de chaque côté. Quatrièmement, il doit
faire part de ses préoccupations quant à la recommandation aux avocats et les inviter à y répondre. Cinquièmement, si ses préoccupations ne sont toujours pas atténuées, il peut permettre à l’accusé
de retirer son plaidoyer de culpabilité. Finalement, s’il n’est toujours pas convaincu de la peine choisie, il doit énoncer des motifs clairs et convaincants pour appuyer sa décision de l’écarter.
Lorsque les avocats décident d’une recommandation conjointe, ils doivent, sans attendre la demande expresse du juge, donner au tribunal un compte rendu complet de la situation du délinquant, des
circonstances entourant l’infraction et des détails de la recommandation qu’ils présentent.
La Cour commence son analyse en affirmant que les recommandations conjointes relatives à la peine obtenue en échange d’un plaidoyer de culpabilité contribuent à rendre le système pénal équitable
et efficace. En vertu du sous-alinéa 606 (1.1)b)(iii)) du Code criminel, les juges de procès ont le pouvoir de les écarter. En l’espèce, la Cour doit identifier le critère que les juges de première
instance doivent appliquer lorsqu’ils examinent la possibilité d’écarter une recommandation conjointe. Dans le cas d’A-C, le juge de première instance a appliqué le critère de la « justesse de la peine
». La Cour y voit là une erreur de principe.
En l’espèce, la Cour conclut que le juge de première instance n’avait pas besoin de substituer son opinion à celle des avocats. La peine de 18 mois établie par les avocats était raisonnable puisqu’elle
s’approchait de la fourchette des peines indiquées par le juge du procès. De plus, en ce qui concerne l’ordonnance de probation, même si elle est habituellement justifiée dans de pareilles
circonstances, à la suite des réponses à ses questions par les avocats sur le sujet, le juge aurait dû accepter leur raisonnement selon lequel l’ordonnance serait redondante et pas nécessaire pour
protéger le public. La Cour rétablit la peine de 18 mois prévue par la recommandation conjointe, sans période de probation.

R. c. J.J., 2022 CSC 28 (CanLII) (le régime d’examen des dossiers)


Les articles 278.92 à 278.94 du Code criminel, visant une nouvelle procédure d’examen des dossiers, portent-ils atteinte aux droits des accusés protégés par l’article 7 et les alinéas 11c) et 11d) de la
Charte? Le pourvoi du ministère public est accueilli. Les articles 278.92 à 278.94 du Code criminel sont constitutionnels dans leur intégralité, et ne violent donc ni l’article 7, ni les alinéas c) ou d) de
l’article 11 de la Charte canadienne des droits et libertés.

R. c. Charbonneau, 14-6-90, C.S.Q (les pouvoirs du procureur de la poursuite)


La décision R. c. Charbonneau résume le principe que la victime ne peut pas unilatéralement retirer des accusations criminelles contre l’accusé. La victime n'est pas une partie, mais occupe plutôt le
rôle d'un témoin. Le procureur de la Couronne n'a pas besoin du consentement de la victime pour poursuivre l'accusé. De plus, la victime n'a pas le pouvoir de retirer des accusations criminelles
contre l'accusé

R. c. Nedelcu, 2012 CSC 59 (CanLII) (la protection contre l’auto incrimination- témoignage incriminant)
L'arrêt Nedelcu a établi que même si un témoin a été légalement contraint à témoigner, son témoignage--s'il n'est pas incriminant lors des procédures subséquentes--il pourra être utilisé
pour contre-interroger le témoin au second procès si l'intention du ministère public est uniquement d'attaquer la crédibilité du témoin et non pour l’incriminer. En pareilles circonstances,
l'élément important à retenir est le caractère libre et volontaire du témoignage. A la suite de l'arrêt Nedelcu, il semble raisonnable de croire que, malgré le fait qu'un témoignage soit force
devant la chambre de jeunesse, l'accusé qui témoignera lors de son procès criminel pourra être contre-interrogé sur les éléments contradictoires non incriminants, et ce, dans le but
d'attaquer sa crédibilité. Il faut, par ailleurs, préciser que le ministère public ne pourrait pas utiliser ces paroles incriminantes contre l'accusé.

La Cour supreme a restreint la portee du << temoignage incriminant >> a la suite de la decision Nedelcu (142). Dans cette affaire, M. Nedelcu avait ete accuse de conduite dangereuse ayant cause
des lesions corporelles et il avait egalement ete poursuivi au civil par la victime et sa famille. La victime et l'accuse avaient fait un tour de motocyclette ensemble sur la propriete de leur employeur.
L'accuse avait perdu la maitrise de la motocyclette et avait violemment heurte la bordure du trottoir. Les deux furent hospitalises, l'accuse subissant des blessures mineures tandis que la victime
souffrait de lesions cerebrales permanentes. Au stade de l'interrogatoire prealable, l'accuse avait pretendu n'avoir aucun souvenir de l'accident. Par la suite, l'accuse a, lors de son proces criminel,
raconte au tribunal qu'il se souvenait de 90 a 95 % de l'accident au moment de son proces criminel. M. Nedelcu a ete condamne en premiere instance, cependant la Cour d'appel a infirme le jugement
et ordonne un nouveau proces. Celle-ci a applique les regles de droit qui avaient ete etablies par la jurisprudence applicable, regles confirmees par l'arret Henry (143). L'une des regles en cause etait
la regle du quid pro quo, un principe avance par la Cour supreme dans l'arret Noel (144). Ce principe important sera analyse a la fin de cette section.

Le juge Moldaver a conclu que les paroles de M. Nedelcu n'etaient pas incriminantes en regard de l'interpretation de la notion de << temoignage incriminant >> (145) donnee par la jurisprudence
anterieure. Cela etant, la Cour supreme a juge qu'il etait acceptable que le ministere public puisse contre-interroger l'accuse sur le temoignage qu'il avait rendu lors de l'interrogatoire prealable,
puisqu'une affirmation de ne pas avoir de souvenir de l'accident ne pouvait etre incriminante. Bien que la poursuite ait reussi a demontrer que l'accuse a faconne sa preuve (ce qui, en soi, pourrait
mener a une inference de la culpabilite), cela n'a pas ete suffisant pour permettre a l'accuse de beneficier de l'article 13 (146). Au nom de la majorite de la Cour, le juge Moldaver ecrit que le <<
temoignage incriminant >>

R. c. Friesen, 2020 CSC 9 ( les principes de la détermination de la peine.)


Dans sa décision, la Cour suprême du Canada envoie le message clair qu’il faut imposer des peines plus lourdes pour les infractions sexuelles contre les enfants. Les tribunaux peuvent s’écarter des
précédents et des fourchettes de peines antérieures vers le haut afin d’imposer des peines proportionnelles à la gravité des infractions d’ordre sexuel contre les enfants et au degré de responsabilité du
délinquant. L’initiative du législateur de hausser les peines maximales pour les infractions d’ordre sexuel en 2015 devrait se traduire par une augmentation des peines. Les tribunaux de première
instance ne devraient donc pas se sentir liés par une fourchette de peines qui ne correspond plus à l’opinion du législateur. D’autant plus que la conception de la société a évolué concernant la gravité
et la nocivité de ces crimes, et que les tribunaux comprennent mieux les dommages que l’exploitation sexuelle cause aux enfants.
De plus, la Cour confirme que les contacts sexuels avec un enfant ne devraient pas être considérés comme étant moins graves que l’agression sexuelle d’un enfant.
Principes de détermination de la peine applicables aux infractions d’ordre sexuel contre des enfants La Cour suprême du Canada a fourni les directives suivantes en lien avec les principes de
détermination de la peine pour l’infraction de contacts sexuels contre des enfants et les infractions qui y sont intimement liées.
- (1) Les tribunaux peuvent s’écarter des précédents et des fourchettes de peines antérieures vers le haut afin d’imposer des peines proportionnelles. L’initiative du législateur de hausser les
peines maximales pour ces infractions en 2015 devrait se traduire par une augmentation des peines. Les tribunaux ne devraient donc pas se sentir liés par une fourchette de peines qui ne
correspond plus à l’opinion du législateur. D’autant plus que la conception de la société a évolué concernant la gravité et la nocivité de ces crimes, et que les tribunaux comprennent mieux les
dommages que l’exploitation sexuelle cause aux enfants.
- (2) Les infractions d’ordre sexuel contre des enfants devraient généralement être punies plus sévèrement que les infractions d’ordre sexuel contre des adultes.
- (3) Les contacts sexuels avec un enfant ne devraient pas être considérés comme étant moins graves que l’agression sexuelle d’un enfant. Cela constituerait une erreur de droit. Ils devraient
être traités de la même manière.

R. c. Safarzadeh-Markhali, 2016 CSC 14 (CanLII) (L'exclusion du crédit de détention en raison principalement des antécédents judiciaires)

En 2016, la Cour suprême a déclaré que l’exclusion du bénéfice de la détention préventive des personnes maintenues en détention principalement à cause de leurs antécédents judiciaires allait à
l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. [Link]

R. c. Stinchcombe (la poursuite est obligée de divulguer toute la preuve): Dans l'arrêt Stinchcombe, la Cour suprême a désapprouvé le comportement du poursuivant qui avait «caché» à l'avocat de la
défense des déclarations disculpatoires d'un témoin obtenues lors de l'enquête policière. Seul à posséder ces informations, la Cour a conclu que le ministère public devait les produire puisqu'elles
contribuaient à éclaircir les événements en cause. Le juge Sopinka, pour la Cour, ne manque pas de souligner qu'«[à] l'époque où le système accusatoire en était à ses débuts [...] la surprise constituait
alors une arme acceptée dans l'arsenal des parties au litige», tant en matière civile que criminelle, mais que «[f]ait révélateur, dans les instances civiles, cet aspect du système accusatoire est depuis
longtemps disparu, si bien que la communication intégrale des documents et l'interrogatoire oral des parties, et même des témoins, sont des éléments familiers de la pratique».
- L'arrêt Stinchcombe a élevé à un niveau constitutionnel la pratique de la communication de la preuve et en a uniformisé les règles fondamentales dans tout le pays. Désormais, il s'agit d'une
obligation constitutionnelle qui échoie à la poursuite et elle ne peut s'y soustraire. La Cour suprême a déclaré que «[l]es manquement à [l'obligation de communiquer] constituent une
violation très grave de la déontologie juridique».
- Dans l'arrêt Stinchcombe (No. 2), la Cour suprême a déclaré que même si l'accusé n'a pas le droit de recevoir les documents originaux, il a le droit de les consulter. Si les originaux ne sont
pas disponibles, le ministère public doit expliquer leur absence.
- la CS a désapprouvé le comportement du poursuivant qui avait caché à l’avocat de la défense des déclarations disculpatoires d’un témoin obtenues lors de l’enquête policière. / Il faut une
communication intégrale des documents et l’interrogation orale des parties, et même des témoins.
- Le droit à la communication de la preuve: L’arrêt Stinchcombe a élevé à un niveau constitutionnel la pratique de la communication de la preuve et a uniformisé les règles fondamentales.
(la poursuite est obligée de divulguer toute la preuve). La cour suprême est venue dire à un moment donné que la communication de la preuve fait partie de la Charte canadienne (art. 7) et
que le ministère public (les policiers et la poursuite) devait s’y plier et les communiquer à la défense. Cela signifie que les rapports de police, les déclarations de l’accusé ou des accusés, des
témoins, des victimes et des policiers devaient être communiqués à la défense. C’est l’obligation du ministère public selon la cour suprême en 1991. Et cela que ce soit accusatoire ou
disculpatoire.
- L’accusé ou la défense n’est pas réciproquement tenu à la divulgation de la preuve. Exception : le témoignage d’expert (art. 657.3, le rapport d’expert doit être divulgué à l’avance aux fins
du contre-interrogatoire) et la défense d’alibi.

R. c. Camiré, 2010 QCCA 615, par. 1 à 17, 24 à 44. Veuillez noter que l’état du droit relatif à l’acceptation par le tribunal de recommandations conjointes sur la peine (paragraphe 29) a été modifié
par la décision * R. c. Anthony-Cook, [2016] 2 R.C.S. 204.
Dans l'arrêt Cook, la juge L'Heureux-Dubé a expliqué que cela se réfère plutôt à l'obligation de soumettre une preuve prima facie qui peut mener à la culpabilité selon la norme du droit criminel18. À
défaut par la poursuite de satisfaire à cette obligation, la défense pourra présenter une requête pour verdict imposé ou en non-lieu.
Aucune obligation de produire tous les témoins : La poursuite n'a cependant pas l'obligation de faire entendre une preuve dont l'importance est secondaire, redondante ou de valeur probante
inférieure à une autre déjà produite sur un même sujet19. Dans l'arrêt Cook, la Cour suprême a indiqué que toute obligation que pouvait avoir la poursuite à cet égard a été abrogée par son obligation de
communiquer la preuve à la défense, ce qui a considérablement réduit le risque d'iniquité20. La Cour a clarifié la règle, déclarant que «[l]'expression "essentiel pour la narration de l'histoire" ne signifie
pas [...] que tous les témoins dont la déposition serait pertinente doivent être cités pour la poursuite21». Il n'est même pas nécessaire de faire entendre la victime dans tous les cas22. À la fin du procès, le
juge des faits pourra tirer ses propres conclusions de l'absence d'un témoin qui aurait dû naturellement être produit23, tout en se rappelant qu'il peut exister de nombreuses raisons pour son absence qui
n'a rien à voir avec la crédibilité de la thèse avancée24.

Smith c. Jones, [1999] 1 R.C.S. 455 (Le secret professionnel et l’exception visant la sécurité du public) : L’exception visant la sécurité du public : 3 conditions: la victime doit être identifiable, le
risque doit être imminent, blessure grave ou la mort. Si l’accusé fait des confidences et qu’on peut penser qu’il y a risque de blessure grave / mort. Ex: une personne qui menace de tuer un témoin ou
de se suicider.
R. c. Seaboyer, [1991] 2 R.C.S. 577 (la preuve de mauvaise moralité)
Avant d'expliquer la portée des articles 276 et 277 du Code, il faut rappeler que leur première mouture a fait l'objet d'une contestation en vertu de la Charte. Dans l'arrêt Seaboyer, la Cour a conclu à
l'inconstitutionnalité de la version initiale de l'article 276 et a refaçonné la règle de common law qui permettait l'acceptation libérale des allégations de comportements sexuels antérieurs d'un
plaignant. Contrairement au libellé de l'article 277, celui de l'article 276 ne prévoyait pas l'exclusion d'une preuve d'activités sexuelles antérieures du plaignant, avec l'accusé ou un tiers, en raison de
la fin illégitime qu'elle poursuivait, mais il énonçait une règle d'inadmissibilité sous réserve d'exceptions spécifiées. Selon la Cour, la disposition était trop restrictive et empêchait l'accusé de
présenter une preuve pertinente, ce qui contrevenait à son droit à une défense pleine et entière. Elle conclut qu'un juge ne peut pas écarter une preuve pertinente à une défense en droit, sauf si l'effet
préjudiciable de cette preuve l'emporte sensiblement sur sa valeur probante.
L'arrêt Seaboyer portait sur deux appels, l'un de Seaboyer et l'autre d'un dénommé Gayme. En souhaitant chacun contre-interroger les plaignantes sur des comportements sexuels antérieurs, et dans le
cas de Gayme également postérieurs, Seaboyer tentait d'expliquer les blessures de la plaignante tandis que Gayme voulait démontrer que la plaignante était en fait l'agresseur. Pour la juge McLachlin,
la preuve de rapports sexuels peut être pertinente et admissible à d'autres fins qu'une inférence relative au consentement ou à la crédibilité si cette preuve est suffisamment probante. Or, l'article 276
du Code privait l'accusé de cette possibilité et la juge McLachlin donne des exemples de preuve qui auraient été admissibles.
L'article 276 du Code criminel est plus complexe. À la suite de l'arrêt Seaboyer, le législateur a modifié cet article en codifiant essentiellement les principes énoncés par la Cour. Dans sa version dite
«moderne», il vise la protection de «l'intégrité de l'administration de la justice, et du procès, en établissant un juste équilibre entre les droits de l'accusé et ceux de la plaignante». Par conséquent, la
preuve d'une activité sexuelle, antérieure ou postérieure à l'infraction reprochée, consensuelle ou non, est inadmissible pour déduire du caractère sexuel de cette activité que le plaignant
est moins digne de foi ou qu'il est plus susceptible d'avoir consenti à l'activité sexuelle à l'origine de l'accusation. Un tel raisonnement se fonde sur les deux mythes identifiés par la Cour
suprême. La règle s'applique à toute poursuite pour une infraction énumérée au paragraphe 276(1) du Code, mais aussi aux poursuites où il existe un lien entre l'une d'elles et l'infraction reprochée.
Le Code précise qu'un dossier se rapportant à une activité sexuelle, c'est-à-dire une communication à des fins d'ordre sexuel ou dont le contenu est de nature sexuelle autre que celle à l'origine de
l'accusation, est aussi visé.

arrêt Gardiner (Le dépôt du rapport présentenciel, preuve par ouï-dire qui devient admissible au dépôt. )
L’accusé même s’il a plaidé coupable, n’est pas privé soudainement des droits qu’il dispose pendant le procès. Il a le droit d’être représenté par avocat, de citer des témoins, de contre�interroger les
témoins de la poursuite, de témoigner lui-même (présenter des excuses à la victime, facteur atténuant, mais l’absence de témoignage n’est pas facteur aggravant) et de plaider devant le tribunal.
Il ne faut pas enlever au juge la possibilité d’obtenir des renseignements importants en lui imposant toutes les restrictions des règles de preuves applicables au procès. Il n’est pas souhaitable
d’imposer la rigueur et le formalisme qui caractérise normalement notre système de procédure contradictoire. Ainsi, la règle interdisant le ouï-dire ne s’applique pas. Voir art. 718 et s. Ccr.
(procédure). Section “détermination de la peine”. Dans ce cours, on se concentre que sur la procédure de détermination de la peine.
L'avocat de la défense demande souvent le dépôt du rapport présentenciel, preuve par ouï-dire qui devient admissible au dépôt, lorsqu’il sait qu’il va être positif. Le juge peut aussi ordonner ce
rapport.

R. c. Khan,(Le ouï-dire et la double exigence de nécessité et de fiabilité étant satisfaite) [1990] 2 R.C.S. 531 = la cour a adopté l’exception de principe à la règle interdisant la preuve par
ouï-dire, à savoir qu’elle est admissible si sa production est nécessaire et fiable. L'arrêt Khan a été l'occasion pour la Cour suprême d'adopter l'analyse raisonnée. Elle permet, au cas
par cas, de décloisonner l'admissibilité du ouï-dire jusqu'alors limitée par les exceptions traditionnelles.
C'est dans l'arrêt Khan que la Cour suprême a expliqué cette règle d'admissibilité. Dans cette affaire, on reprochait à un médecin d'avoir agressé sexuellement une fillette de trois
ans alors qu'il était seul avec elle dans son cabinet. À la sortie du bureau, au cours d'une conversation anodine, la mère a demandé à sa fille ce que le médecin lui avait dit dans le
bureau. Celle-ci lui a alors raconté que le médecin, après lui avoir offert une friandise, avait inséré son pénis dans sa bouche. La mère a immédiatement emmené l'enfant au poste de
police, où l'on a procédé à l'analyse d'une tache sur la manche du chandail de sa fillette qui a révélé un mélange composé de sperme et de salive. Vu la preuve matérielle
corroborante et l'âge de l'enfant — celle-ci étant trop jeune pour inventer une accusation de la nature de celle qui était en cause —, la Cour a conclu que le seuil de fiabilité était
satisfait. Dans la mesure où le témoignage de la jeune victime était impossible, la Cour a également indiqué que le témoignage de la mère à propos de la déclaration de sa fille était
nécessaire. La double exigence de nécessité et de fiabilité étant satisfaite, la Cour a déclaré que la mère pouvait rapporter dans son témoignage la déclaration que lui avait faite sa
fille en sortant du cabinet du médecin, bien que cela constituât du ouï-dire, aux fins d'en établir la véracité.
Dans l'arrêt Khan, la juge McLachlin a pris soin de mentionner que «la nécessité doit être interprétée dans le sens de [traduction] "raisonnablement nécessaire"68». L'article 715 du
Code criminel, nous le verrons, prévoit les situations et conditions où un témoignage rendu à l'enquête préliminaire peut être déposé au procès en raison de l'absence du témoin ou
du refus de témoigner.

R. c. Hawkins, [1996] 3 R.C.S. 1043 (Le ouï-dire et les déclarations à une enquête préliminaire)
Dans l'arrêt Hawkins, la Cour suprême a indiqué que ces catégories constituent un guide utile pour déterminer s'il y a nécessité. L'article prévoit que le décès, l'aliénation, la maladie qui empêche de
voyager ou de témoigner, l'absence du Canada ainsi que le refus de prêter serment ou de témoigner peuvent permettre que la preuve recueillie à l'enquête préliminaire soit lue au procès. Cela étant, la
Cour suprême a indiqué qu'il n'est pas toujours obligatoire de soumettre une preuve extrinsèque de nécessité; elle peut s'inférer des circonstances ou des faits de l'affaire, comme l'âge de l'enfant.
L'arrêt Hawkins illustre parfaitement ce concept. Dans cette affaire, une dénommée Graham était la compagne de l'accusé Hawkins, et vivait avec ce dernier une relation où alternaient le chaud et le
froid. Lors de l'enquête préliminaire, elle rendu un témoignage incriminant pour Hawkins. Après avoir comparu, Graham a retenu les services d'un avocat et a demandé à être entendue à nouveau. Sa
demande a été accordée et elle a alors contredit des éléments importants de sa version antérieure. Au moment du procès, Graham avait épousé l'accusé, ce qui la rendait inhabile à témoigner contre
Hawkins en raison de l'ancien article 4 de la Loi sur la preuve au Canada. La poursuite, parmi ses arguments, soutenait qu'à défaut pour Graham de pouvoir témoigner au procès, le
témoignage rendu par celle-ci à l'enquête préliminaire pouvait être lu au jury. Bien que ce témoignage ne présentait aucune garantie de fiabilité intrinsèque, tout au contraire vu les
contradictions, la Cour suprême a décidé qu'«un témoignage recueilli à une enquête préliminaire permettra généralement de satisfaire à ce critère de seuil de fiabilité puisqu'il fournit
suffisamment de garanties de fiabilité». À cet égard, la Cour suprême a déclaré ce qui suit: [...] Les déclarations à une enquête préliminaire sont faites sous serment ou affirmation en présence de la
partie adverse, et leur exactitude est attestée par une transcription écrite signée par le juge. Fait plus important, l'auteur peut être contre-interrogé au moment précis de la déclaration et, comme l'a dit
le juge Arbour, la partie contre qui la preuve par ouï-dire est présentée peut assigner comme témoin, au procès, l'auteur de la déclaration extrajudiciaire déposée. En fait, il est difficile de songer à des
circonstances plus fiables dans lesquelles une personne peut faire une déclaration extrajudiciaire qui est ensuite déposée en preuve.

R. c. Khelawon, 2006 CSC 57 (CanLII) - R. c. B. (K.G.), [1993] 1 R.C.S. 740


La Cour ajoute que cette conclusion est encore plus évidente à la lumière de l'arrêt Khelawon qui exige désormais que l'on s'attarde moins au potentiel de non-fiabilité et plus à la fiabilité réelle.

R. c. Nur, 2015 CSC 15, [2015] 1 R.C.S. 773 (Le ouï-dire et la fiabilité réelle et l’art. 12)
La Cour suprême a invalidé les peines minimales obligatoires.
Dans l'arrêt Nur, la Cour suprême a précisé l'utilité des précédents pour définir les scénarios hypothétiques raisonnables. Dans cette affaire, les deux appelants ne faisaient aucunement valoir que les
peines minimales d'emprisonnement pour des infractions reliées aux armes à feu étaient totalement disproportionnées dans leur cas, mais ils ont plaidé qu'elles l'étaient à l'égard d'autres délinquants.
La question était donc lancée: quel délinquant le juge prend-il en considération? Pour la Cour, ignorer les cas raisonnablement prévisibles limiterait de manière artificielle l'analyse de la
constitutionnalité d'une disposition, alors qu'elle reconnaît qu'un justiciable ayant l'intérêt d'agir peut toujours demander une déclaration d'invalidité d'une loi en application de l'article 52 de la Loi
constitutionnelle de 1982, en invoquant les effets inconstitutionnels pour lui-même ou pour des tiers. Cela permet une utilisation efficace des ressources judiciaires. De plus, si l'on ne considérait pas
les cas hypothétiques raisonnables dans l'analyse, «des lois invalides pourraient demeurer en vigueur indéfiniment, ce qui irait à l'encontre de la primauté du droit [alors que n]ul ne doit être soumis à
une loi inconstitutionnelle».

R. [Link], 2016 CSC 13 (CanLII) (La peine minimale et l'article 12 de la Charte- peine cruelle et inusitée)
Toutefois, dans l'arrêt Lloyd, la juge en chef a suggéré que le législateur peut prévoir un mécanisme d'exemption par «l'octroi d'un pouvoir discrétionnaire résiduel susceptible d'être exercé dans les
cas exceptionnels», en insistant sur ce caractère exceptionnel.
Dans l'arrêt Lloyd, il était question de la constitutionnalité de la peine minimale d'un an de prison pour un récidiviste en matière de trafic de drogue. Les substances visées sont spécifiées en annexe à
la loi qui prévoit également un mécanisme pour y échapper en réussissant un programme de traitement de la toxicomanie. Reconnaissant la gravité objective du trafic de drogue, la Cour constate
néanmoins que la disposition attaquée s'applique indifféremment à des situations dont le caractère répréhensible varie suffisamment pour conclure que la peine minimale contrevient à l'article 12
de la Charte. D'abord, le trafic «englobe la vente de drogue, mais aussi [l']administration, [le] don, [la] cession, [le] transport, [l']expédition ou [la] livraison [de la substance]175». Ensuite, la loi ne
fait aucune distinction sur la quantité de drogue ni sur la qualification de l'infraction antérieure en termes de la nature ou de la quantité de la substance alors en cause. La Cour conclut donc que la
peine s'applique autant au trafiquant de drogue professionnel qui en fait un commerce qu'au toxicomane qui se livre au trafic de drogue pour satisfaire son besoin de consommation si, neuf ans
auparavant, il a été trouvé coupable de trafic en partageant une cigarette de cannabis avec un ami. La Cour conclut que «la plupart des Canadiens seraient consternés d'apprendre qu'une telle personne
pourrait écoper d'un an de prison». Par ailleurs, la Cour ne retient pas que l'exception prévue, soit la participation à un programme pour le traitement de la toxicomanie, est un rempart efficace pour
plusieurs raisons. La Cour constate que l'accessibilité aux programmes peut être problématique, que le délinquant doit habituellement plaider coupable et renoncer à son droit à un procès, que la
réussite du programme est parfois irréaliste et, enfin, que le ministère public contrôle parfois l'admissibilité au programme.
En somme, tant dans l'arrêt Nur que dans l'arrêt Lloyd, la Cour oppose au crime rare et peu usité de l'arrêt Morrisey évoqué précédemment, que «plus la variété des comportements et des
circonstances qui font encourir la peine minimale obligatoire est grande, plus cette peine est susceptible d'être infligée à des délinquants pour lesquels elle est exagérément disproportionnée» en
raison de la culpabilité morale variable d'un délinquant à l'autre selon la situation.

R. c. Ipeelee, [2012] 1 RCS 433, 2012 CSC 13 (CanLII) (le processus de détermination demeure intrinsèquement individualisé)
Dans l'arrêt Ipeelee, la Cour ajoutait que ce principe «représente la condition sine qua non d'une sanction juste». La Cour suprême a indiqué que le législateur n'exige pas la similarité, mais plutôt que
la disparité entre les sanctions imposées à divers délinquants soient justifiées. Cela ne modifie donc pas le fait que le processus de détermination demeure intrinsèquement individualisé. Sous ce
rapport, le principe de la parité semble donc jouer un rôle supplémentaire pour assurer l'équité des peines, et secondaire en ce qu'il n'entre en jeu qu'après l'application du principe fondamental de la
proportionnalité. Les juges peuvent donc justifier un décalage en fonction des principes prévus au Code.
R. c. Boudreault, (2018) 3 RCS 599 (la suramende compensatoire et l’art. 12 de la Charte)
Dans l'arrêt Boudreault, la Cour suprême était saisie de la constitutionnalité de l'ancienne version de la suramende compensatoire obligatoire prévue à l'article 737 du Code criminel, qui n'autorisait
aucune exception ou dispense. Elle a conclu qu'elle contrevenait à l'article 12 de la Charte et l'a déclarée inconstitutionnelle avec effet immédiat. Pour ce faire, elle a d'abord conclu que cette sanction
financière universelle s'appliquant à toutes les infractions lors du prononcé de la peine était elle-même une peine. Elle a ensuite constaté que la mesure affecte davantage les délinquants défavorisés et
marginalisés. Si la mesure n'est peut-être pas exagérément disproportionnée dans tous les cas208, elle ignore néanmoins le principe de proportionnalité. De plus, elle est par nature de durée
indéterminée et requiert que le délinquant soit amené devant un juge pour justifier le fait qu'il ne paye pas ou qu'il demande un délai supplémentaire pour payer. La Cour résume bien sa réflexion
dans le passage suivant:
[94] Je conclus que, bien qu'il vise l'atteinte d'un objectif pénal régulier, le régime de la suramende compensatoire viole l'art. 12 [...]. Il ne laisse aucun choix aux juges chargés de la détermination de
la peine. Ceux-ci doivent infliger la suramende dans tous les cas. Ils ne peuvent prendre en considération l'incapacité de payer des contrevenants les plus marginalisés, ni la probabilité que ceux-ci
subissent des privations de liberté à répétition dans le cadre des audiences relatives à l'incarcération, ni la nature indéterminée de la peine. Ils ne peuvent appliquer les principes fondamentaux de
détermination de la peine, chercher à favoriser la réinsertion sociale des contrevenants dans les cas qui s'y prêtent ou adapter la peine aux contrevenants autochtones. Pour revenir à la question
fondamentale en l'espèce, les effets de la suramende, lorsque combinés, créent des circonstances exagérément disproportionnées, sont incompatibles avec la dignité humaine et sont à la fois odieux et
intolérables. En d'autres termes, ils sont cruels et inusités, et violent en conséquence l'art. 12212.
[Link]

R. c. Proulx, [2000] 1 R.C.S. 61 (sur le sursis)


Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a décidé que le poursuivant n'a pas à être convaincu hors de tout doute raisonnable de la culpabilité de l'accusé puisque cette question appartient au juge des faits.
Cependant, que l'accusé ait été renvoyé à procès ou le refus d'imposer un verdict d'acquittement n'est pas suffisant pour justifier une accusation. Les juges Iacobucci et Binnie ont déclaré que «le
ministère public doit avoir suffisamment d'éléments de preuve pour croire que la culpabilité pourrait être démontrée régulièrement hors de tout doute raisonnable». Quant au quatrième critère, ils ont
indiqué qu'il faut démontrer plus que l'insouciance ou la négligence du poursuivant; il faut plutôt «un effort délibéré de la part du ministère public pour abuser de son propre rôle ou de le dénaturer
dans le cadre du système de justice pénale», ce qui peut s'inférer des circonstances. La Cour a écrit que la norme démontrant «la poursuite abusive s'applique généralement comme pendant, en droit
privé, de la règle de l'abus de procédure», soit une norme stricte, «[conçue] délibérément pour s'appliquer uniquement dans les cas de comportement très grave qui mine l'intégrité du processus
judiciaire».
Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a également rejeté la thèse selon laquelle il y a une présomption qu'il y a lieu d'octroyer un sursis si les conditions statutaires sont satisfaites.
Par contre, sauf en matière d'abus de drogue ou d'alcool dans le cadre d'un programme mis sur pied par la province, le Code ne permet pas au juge d'ordonner à l'accusé de subir un traitement.
Toutefois, si ce dernier y consent et qu'un organisme offrant un programme d'aide reconnu par la province accepte, l'ordonnance de probation pourra inclure l'obligation de se conformer à ce
programme d'aide. Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a indiqué qu'il s'agissait d'un faux problème, car un accusé consentira généralement à un traitement plutôt que d'être condamné à
l'emprisonnement. Considérant l'absence de fondement légal au traitement forcé, mais conscient de l'avantage que cela peut apporter à un délinquant, on a suggéré que la condition soit formulée sous
forme de recommandation, la conséquence étant que dans un cas de manquement, des accusations ne pourraient pas, en toute logique, être déposées.
La jurisprudence a aussi balisé l'utilisation de l'emprisonnement avec sursis. Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a pris acte qu'il existe une différence significative entre une peine
d'emprisonnement purgée derrière les barreaux et une purgée dans la communauté et que cette dernière est en principe moins lourde. En effet, la personne qui contrevient aux conditions
de son sursis est passible d'incarcération. Toutefois, cela ne saurait signifier qu'il s'agit d'une peine clémente. À cet égard, le juge Lamer indiquait que l'objectif de l'emprisonnement avec
sursis est de permettre à l'accusé d'échapper à l'emprisonnement mais pas à la punition. Il a d'ailleurs précisé que le juge doit en principe imposer des conditions punitives dans son ordonnance
puisque s'il est d'avis qu'elles ne sont pas nécessaires, cela indique que la probation aurait vraisemblablement été la peine adéquate. Il en résulte qu'il ne faut donc pas imposer cette mesure lorsque la
détention n'aurait pas été justifiée de toute manière; on ne peut au contraire y recourir uniquement lorsqu'il est impossible d'écarter l'emprisonnement en vertu des principes généraux.

R. c. Berish, 2011, QCCA 2288 (absolution)


C’est un arrêt de principe sur l’absolution (730). L’intérêt véritable de l’accusé n’est pas nécessairement tangible quand l’avocat plaide l’absolution c’est difficile de prévoir les obstacles futurs. «
L’avenir demeura vaste et ouvert ». L’effet du casier criminel est un effet dévastateur qui rendra la peine disproportionnée dans certains cas. Il faut réaliser qu’en droit criminel canadien, la sentence
c’est une étape cruciale et ça doit être proportionnel à l’acte, mais le processus d’individualisation (âge, maturité, dissuasion, risque de récidive) est important. Pour l’absolution d’un crime grave est
possible dans l’individualisation de la peine tant que l’absolution (mesure clémente) est disponible à titre de sentence, il n’y a pas de restriction.
La sentence doit être proportionnelle au crime + individualisation de la peine très important, on doit prendre en compte le cas particulier de la personne, sa maturité, risque de récidive. Le juge a ici
donné l’absolution, car le crime n’avait pas de peine minimale ni peine de 14 ans. Donc l’absolution est possible du moment qu’elle n’est pas interdite.
5. Enquête préliminaire, procès et fardeau de preuve

A) Enquête 1. La Objet L'enquête préliminaire «ne vise pas à déterminer la culpabilité ou l'innocence de l'accusé. Cette détermination a lieu au procès9». La Cour suprême a souvent répété que
l'enquête préliminaire «n'est pas un procès et il ne faut pas permettre qu'elle en devienne un10». La procédure joue le rôle d'un «mécanisme expéditif de filtrage des
préliminair demande de
accusations11». En plus d'agir comme un filtre, la Cour suprême a insisté sur son utilité pour découvrir la preuve, contre-interroger les témoins et, globalement, pour
e (art. 545 à tenir une apprécier la nature de la preuve que le ministère public envisage de déposer au procès
549) enquête
préliminaire

L’enquête n’étant pas un procès, l’absence d’enquête préliminaire ne porte pas atteinte aux principes de justice fondamentale puisque l’accusé est toujours présumé innocent et qu’il
préliminaire pourra faire valoir son droit à une défense pleine et entière au procès.
n’est pas La Cour suprême a clairement reconnu qu'il n'existe pas un droit constitutionnel à l'enquête préliminaire, non plus qu'au respect de ses résultats16. Si elle permet d'interroger et
protégée par de confronter les témoins de la poursuite, même cette possibilité ne l'érige pas en droit judiciaire garanti par la Charte17. N'étant pas un procès, l'absence d'enquête préliminaire
la Charte ne porte pas atteinte aux principes de justice fondamentale puisque l'accusé est toujours présumé innocent et qu'il pourra faire valoir son droit à une défense pleine et entière au
procès18.

Le rôle du Ce rôle limité du juge de paix présidant l'enquête préliminaire a amené la Cour suprême à décider qu'un juge de paix présidant une enquête préliminaire n'est pas un tribunal
compétent pour octroyer une réparation aux termes du paragraphe 24(1) de la Charte, notamment pour prononcer un arrêt des procédures dans le cas d'une violation de l'alinéa
juge de
11b) de la Charte
paix

Cas Il n'y a pas d'enquête préliminaire lorsque l'infraction est punissable par déclaration de culpabilité par procédure sommaire ou lorsqu'il s'agit d'un acte criminel qui sera jugé par
un «juge de la cour provinciale40». Il en va de même si le prévenu choisit d'être jugé par un «juge de la cour provinciale». Ainsi, c'est uniquement lorsqu'il est inculpé d'un acte
d'ouverture
criminel énuméré à l'article 469 du Code criminel ou d'un crime passible de quatorze ans d'emprisonnement ou plus qu'une enquête préliminaire est tenue à sa demande ou à celle
à l'enquête du poursuivant41. Si aucune demande n'est formulée, le juge de paix fixe une date pour le procès ou pour en déterminer la date42. De même, comme nous le verrons, l'accusé peut
préliminaire consentir à son renvoi à procès par le juge de paix43.

La Si la poursuite ou la défense demande une enquête préliminaire, celle-ci sera tenue dans les délais prévus aux règles de pratique de la cour ou, en l'absence de règles, dans le délai
fixé par le juge44. Le Code criminel exige du poursuivant ou de l'avocat de l'accusé qui fait une demande qu'il fournisse au juge et à l'autre partie une déclaration qui identifie les
demande points à couvrir et le nom des témoins nécessaires45. Ce document a cependant ses limites. En outre, on a décidé que rien dans le libellé n'oblige un accusé à cerner les points en
litige et il peut donc légitimement se contenter d'annoncer que tous les aspects du dossier sont contestés46. Par ailleurs, le ministère public ne semble pas lié par cette déclaration
puisqu'il demeure maître de sa preuve. Il a cependant une obligation, comme poursuivant d'aviser la défense de son intention et de s'assurer que les témoins qu'il déciderait de ne
pas faire entendre seront autrement présents47.

2.
L’auditio
n

Pouvoir Rappelons que le juge de paix qui préside l'enquête


3. préliminaire est un tribunal statutaire qui n'a que les
L'admissi du juge de pouvoirs prévus par la loi. C'est l'article 537 du Code
paix sur la qui les énumère. Outre les pouvoirs spécifiques sur
bilité de la des aspects périphériques de l'enquête, comme
procédure accorder un ajournement, changer le lieu et la reprise
preuve : article de l'enquête52, gérer le prévenu qui est détenu53 et
renvoyer le prévenu au bertillonnage54, d'autres
537 [Link]. touchent la procédure, comme autoriser le ministère
public à faire une déclaration d'ouverture ou une
réplique55 et la réouverture d'enquête56.
Ordonnance de huis clos et non-publication Le
juge de paix peut aussi restreindre l'accès à la salle
ou exclure toute personne autre que les parties et
leurs avocats, lorsqu'il lui paraît que les fins de la
justice seront ainsi mieux servies57 et il peut, et même
doit à la demande d'un prévenu, interdire la
publication ou la diffusion des éléments de preuve
recueillis jusqu'à la libération de chacun des prévenus
ou jusqu'à la fin du procès de chacun, selon le cas58.
Notons que la loi interdit la publication ou la
diffusion d'un aveu ou d'une confession faite par le
prévenu et présentée en preuve à l'enquête
préliminaire59. Enfin, les pouvoirs du juge touchent
également la présence du prévenu et la possibilité de
régler le cours de l'enquête de toute manière qui lui
paraît souhaitable. Nous nous y attardons maintenant.

Présence du prévenu: L'enquête préliminaire se


tient en présence du prévenu60. Le juge de paix peut
autoriser son absence si le prévenu lui en fait la
demande et qu'il considère que c'est à propos, comme
le permet l'alinéa 650(2)b) à l'étape du procès,
pendant tout ou une partie de l'enquête61. Le juge de
paix doit l'aviser que la preuve recueillie en son
absence pourrait néanmoins être admise au procès en
vertu des articles 715 et 715.01 du Code62. Il peut
aussi, sauf durant la présentation de la preuve
testimoniale, permettre à l'accusé de comparaître par
avocat si le poursuivant et l'accusé y consentent63. Si
le prévenu s'esquive pendant l'enquête préliminaire,
il est réputé avoir renoncé à son droit d'y assister. Son
avocat peut continuer de le représenter et même de
présenter des témoins65. Le juge de paix peut ainsi
décider de continuer l'enquête préliminaire et rendre
sa décision, ou lancer un mandat et l'ajourner pour la
reprendre, s'il estime que cela est dans l'intérêt de la
justice, à la comparution du prévenu une fois le
mandat exécuté66. S'il décide de la poursuivre et de la
terminer, sauf circonstances exceptionnelles, l'accusé
ne pourra pas la faire rouvrir67. Le juge de paix peut
en tirer une conclusion défavorable au prévenu68.

Pouvoirs de régler le cours de l'enquête: Trois


dispositions donnent au juge de paix les pouvoirs
d'intervenir dans le déroulement de l'enquête
préliminaire. La première, l'alinéa 537(1)i) du Code,
énonce un large pouvoir d'intervention donnant au
juge de paix des pouvoirs accessoires nécessaires
pour régir ses propres procédures. Il peut ainsi
«régler le cours de l'enquête de toute manière qui lui
paraît souhaitable, notamment afin de favoriser une
enquête rapide et équitable, et qui n'est pas
incompatible avec la présente loi et, sauf s'il est
convaincu que cela ne servirait pas au mieux l'intérêt
de la justice, est en conformité avec tout aveu et tout
accord consignés au dossier69». La deuxième, le
paragraphe 537(1.01), prévoit que le juge de paix
peut notamment, dans l'application de ces pouvoirs
généraux, limiter l'enquête à certaines questions
données et limiter le nombre de témoins qui peuvent
être entendus sur ces questions. Enfin, la troisième, le
paragraphe 537(1.1) du Code autorise
spécifiquement le juge de paix à limiter les parties
dans leurs questions aux témoins s'il les juge
abusives, répétitives ou contre-indiquées70.

Règles de La Couronne présente les éléments de preuve dont A l’enquête préliminaire, la Couronne doit présenter de la Preuve en défense Une fois les dépositions des témoins
elle dispose. Le prévenu ou son avocat pourra preuve sur chacun des éléments essentiels de l’infraction. de la poursuite consignées, le prévenu peut se
preuve contre-interroger les témoins, sous réserve du Elle n’est pas obligée de présenter toute sa preuve. A manifester, présenter ses témoins et même faire une
pouvoir du juge d'en contrôler le nombre et les sujets partir du moment où la Couronne considère qu’elle a déclaration. Cette possibilité est toutefois soumise au
traités71. Sauf pour la preuve obtenue en déposé une preuve suffisante sur chacun des éléments contrôle du juge de paix qui peut circonscrire le nombre
contravention d'un droit constitutionnel, laquelle essentiels de l’infraction, le juge va décider si la Couronne et les sujets qui doivent être traités77. S'il n'est pas
pourrait être exclue au procès, les règles régissant a raison ou pas. représenté par un procureur, le juge de paix doit l'aviser
l'admissibilité de la preuve sont identiques à celles - Si le juge décide que la Couronne ne s’est pas de ses droits en le mettant en garde quant aux
qui prévalent lors du procès72. Il appartient au juge de déchargée de son fardeau, et qu’il décide de conséquences qui peuvent découler de leur exercice78.
paix de statuer sur sa recevabilité73. À cet égard, la libérer l’accusé. La Couronne ne pourra pas Cela vise notamment le fait qu'il est susceptible d'être
jurisprudence est hésitante sur le fait que la ré-accuser au procès du même chef renvoyé à procès relativement à des infractions
pertinence des éléments de preuve se limite en d’accusation : le juge l’a libéré. On ne peut pas supplémentaires révélées par la preuve79. Il doit ensuite
fonction de l'objet principal de l'enquête préliminaire, utiliser ce qui est témoigner dans l’enquête inviter le prévenu non représenté par avocat à préciser
soit le renvoi à procès, ou si elle se mesure également préliminaire dans le procès en soi. Le résultat s'il veut ou non faire entendre des témoins80.
à l'objectif accessoire de l'enquête qui se présente de l’enquête préliminaire lie la poursuite au Témoin en défense :
comme une occasion de découvrir la preuve et de procès. L'accusé a donc le droit de faire entendre ses propres
tester la crédibilité des témoins74. Au Québec, dans - Si le juge ajoute des chefs d’accusation, il y témoins81. Le juge de paix n'a aucune discrétion et ne
un contexte un peu différent et que nous aborderons aura davantage de chefs d’accusation possibles peut refuser de les entendre dans la mesure où leurs
au prochain paragraphe, la Cour d'appel s'est pour la Couronne et vice versa. Par exemple, si témoignages sont pertinents à l'enquête82. L'accusé peut
prononcée de manière non équivoque sur un accusé est libéré d’un chef d’accusation, la même choisir d'appeler à la barre des témoins qui
l'importance du second objectif de l'enquête75. Ainsi, poursuite ne peut pas soulever cette infraction normalement seraient plutôt favorables à la
la défense a le droit de contre-interroger les témoins, au procès. Couronne, tout simplement pour avoir une meilleure
et ce, même sur une violation de ses droits idée de ce qu'ils diront et afin de mieux planifier sa
constitutionnels pour préparer adéquatement son défense83. Il est plutôt rare que le prévenu exerce son
procès76. droit, car, comme nous le verrons plus loin, il a peu à
gagner, le seuil pour le renvoi à procès étant peu élevé,
sans compter qu'il peut ainsi dévoiler sa défense en plus
d'offrir, au ministère public le cas échéant, une occasion
de contre-interroger ses propres témoins.

Règles de Preuve inadmissible au procès: paragraphe 540(7) Autorisation de contre-interroger: paragraphe 540(9)
[Link]. : Le législateur a cependant adopté des règles [Link].
preuve extraordinaires dans le but d'accélérer la procédure Le paragraphe 540(9) du Code prévoit que le
particulièr lors de l'enquête et de la simplifier. Toutefois, malgré prévenu peut demander au juge l'autorisation de
ces dispositions, l'enquête préliminaire garde contre-interroger des témoins relativement à la
es toujours son rôle en matière de communication de preuve admise en vertu du paragraphe 540(7). Le
preuve84. En ajoutant les paragraphes 540(7), (8) contre-interrogatoire peut être utile pour déterminer
et (9) au Code, le législateur autorise le juge de si la preuve est plausible et digne de foi95 sans qu'il
paix à recevoir et à considérer une preuve85 par soit limité à cette seule fin96. Il vise plutôt à donner au
ailleurs inadmissible86, même sous forme écrite ou prévenu la chance d'attaquer la preuve ainsi admise
audio, dans la mesure où il est convaincu qu'il et, en principe, il devrait y être autorisé si le juge
s'agit d'une preuve plausible et digne de foi87, l'estime pertinent97. À cette étape, le juge de paix a déjà
c'est-à-dire une preuve qui démontre, prima facie, statué sur la pertinence de l'élément de preuve et le
un air de vraisemblance pour les fins de l'enquête prévenu peut s'appuyer sur celle-ci pour justifier sa
préliminaire, à savoir qu'elle est suffisante pour demande de contre-interrogatoire ou présenter des
qu'un jury puisse l'apprécier au procès88. éléments additionnels98. Toutefois, la «pertinence»
L'admissibilité d'un tel élément de preuve fait partie recherchée au sens du paragraphe 540(9) du Code
du pouvoir discrétionnaire du juge de paix qui n'est pas celle qui régit l'admissibilité de la preuve,
l'évaluera suivant les circonstances89. Le test est c'est-à-dire une preuve qui tend à accroître ou
cependant moins exigeant que les garanties diminuer la probabilité d'un fait en litige, sans quoi
circonstancielles de fiabilité applicables au le contre-interrogatoire serait presque toujours
procès90, puisque le paragraphe 540(7) du Code permis. Ce terme a plutôt le sens de «approprié,
permet d'introduire une preuve autrement judicieux99». Toutefois, la disposition ne doit pas être
inadmissible tout en protégeant le prévenu contre interprétée de manière à rendre exceptionnel le
une telle preuve91. En effet, ces éléments ne contre-interrogatoire ou son refus100. De son côté, le
pourront pas être admis au procès dans le cadre ministère public peut demander le rejet de cette
des procédures prévues aux articles 715 et 715.01 demande en présentant une preuve, à titre
du Code92. Dans tous les cas, le juge de paix devra d'exemple, qui tend à démontrer qu'il serait
également s'assurer, suivant le paragraphe 540(8) du préjudiciable pour un témoin vulnérable de subir le
Code93 et les circonstances, que la partie qui souhaite contre-interrogatoire101. Dans tous les cas, le juge de
présenter une telle preuve a remis aux autres parties paix doit, d'une part, considérer le droit du prévenu de
un préavis raisonnable et une copie, le cas échéant, préparer sa défense en explorant les faiblesses de la
de l'écrit ou de l'enregistrement audio94. preuve à charge et, d'autre part, la situation particulière
de la personne dont la comparution est demandée102.

Généralité À l'issue de l'enquête, l'article 548 du Code offre


4. Le deux options au juge de paix. Il doit renvoyer Lorsque le ministère public ne présente «aucune preuve»
critère et s l'accusé à son procès si, à son avis, la preuve est d'un élément essentiel de l'infraction, le prévenu peut être
suffisante à l'égard de l'infraction dont il est accusé libéré. Selon la juge McLachlin, l'absence de preuve ne
l’objet du ou de tout autre acte criminel qui «découle de la signifie pas l'absence de toute preuve, mais l'absence de
même affaire» et, dans le cas contraire, il doit le toute preuve pouvant justifier une déclaration de
renvoi libérer. On notera que, dans la mesure où le juge de culpabilité112. Le critère est le même qu'il s'agisse d'une
paix n'a pas à statuer sur la crédibilité des témoins, preuve directe ou circonstancielle, mais la tâche du juge
les règles relatives à la motivation des jugements varie cependant selon le type de preuve présenté par le
portant sur la culpabilité ou l'innocence de ministère public113, une preuve circonstancielle devant être
l'accusé103 ne s'appliquent pas à l'étape de l'enquête soupesée114.
préliminaire104.
- Au terme de l'enquête, si un renvoi à
procès est ordonné, le juge de paix peut
fixer une date où l'accusé doit comparaître
afin de fixer celle du procès ou la
déterminer lui-même105. Enfin, notons que
le prévenu peut, si la poursuite et
lui-même y consentent, être renvoyé à
procès sans qu'il y ait eu audition de
témoins au cours de l'enquête
préliminaire106.

- Découle de la même affaire : Une


infraction «découle de la même affaire»
si elle fait partie d'une série d'actes
commis au cours d'une période de
temps déterminée et si les faits qui y
donnent ouverture visent à
prouver107 l'infraction reprochée dans
la dénonciation. Il ne suffit pas qu'elle
fasse partie de la narration des faits de
cette dernière ni qu'elle ait un lien
factuel ou temporel avec l'infraction
principale108. Aussi, l'article 548 du Code
criminel ne viole pas l'alinéa 11a) de la
Charte qui garantit à l'inculpé le droit
«d'être informé sans délai anormal de
l'infraction précise qu'on lui reproche109».
Cela étant, il n'est pas nécessaire que la
poursuite ait soumis de la preuve
relativement à l'infraction reprochée ni
que le juge ait avisé l'accusé qu'il
entendait le renvoyer à son procès en
rapport avec l'infraction révélée par la
preuve, tout au moins si ce dernier, au
moment de son contre-interrogatoire,
pouvait être conscient du risque qu'il
courait110.
Le seuil de la preuve pour ordonner le
renvoi à procès après l'enquête
préliminaire est identique à celui qui
prévaut pour trancher une motion de
non-lieu ou une requête pour verdict
imposé, c'est-à-dire «[s]'il existe ou non
des éléments de preuve au vu desquels
un jury équitable, ayant reçu des
directives appropriées, pourrait
conclure à la culpabilité111».

Preuve En présence d'une preuve prima facie de Si la couronne n’a pas fourni une preuve au moins
l'infraction, c'est-à-dire l'existence d'une preuve prima facie sur chaque élément essentiel de
directe qui, soumise à un jury raisonnablement bien l'infraction mentionnée de chef d’accusation ( même
instruit en droit ou au juge du procès, permettrait test que lors que l’enquête préliminaire), l’accusé
de rendre un verdict de culpabilité, le renvoi à peut présenter une requête en non-lieu. Le juge, s'il
procès est inévitable, même si l'accusé a présenté donne raison à l’accusé, prononce un acquittement
une preuve disculpatoire115. Pour évaluer la
- s’il manque un élément essentiel de
suffisance de la preuve,
l’infraction, le juge pourrait libérer
- le juge doit se limiter à constater
l’accusé (548 [Link], al --). S’il y a un chef
l'existence d'éléments de preuve relatifs à
qui n’a pas de preuve, il doit être acquitté
tous les éléments essentiels de
immédiatement.
l'infraction116, incluant l'identification et la
- Au procès, il y a une motion de non lieu :
participation au crime117, sans toutefois
lorsqu’il y a absence totale de preuve sur
évaluer la crédibilité ou la fiabilité des
un élément essentiel de l’infraction. La
témoins, appréciation qui relèvera plutôt
défense pourra présenter une motion de
du juge des faits au procès s'il doit avoir
non lieu au juge du procès afin que
lieu118.
l’accusé soit acquitté de un ou plusieurs
chefs d’accusation. On présente ça entre la
preuve de la couronne et celle de la
défense, car l’accusé doit connaître toutes
les preuves contre lui avant de témoigner.
La conséquence d’une requête accordée en
non lieu est que le juge va acquitter
l’accusé d’un ou plusieurs chefs
d’accusation.

Preuve Le juge de paix doit également évaluer la suffisance


de la preuve dans le cas où la preuve d'un élément de
circonstan l'infraction est entièrement circonstancielle. Il doit
cielle alors décider, en supposant que celle soumise par le
ministère public soit crue, si l'ensemble de la
preuve permet raisonnablement de tirer une
inférence de culpabilité, c'est-à-dire si la preuve
circonstancielle peut démontrer la culpabilité hors
de tout doute raisonnable119. Le juge doit
nécessairement procéder à une évaluation limitée de
la preuve, et cela va au-delà de savoir si la preuve
est digne de foi120. Dans un tel cas, la preuve
disculpatoire présentée par l'accusé est pertinente121.
Toutefois, il n'a pas à déterminer si cette inférence
constitue la seule qui s'impose logiquement122. Cette
dernière tâche incombe au juge des faits à l'étape du
procès123.

Renvoi - Lorsque le juge de paix renvoie l'accusé à


son procès pour une infraction incluse à
pour une celle initialement reprochée, cela
autre constitue une libération relativement à
cette dernière et
infraction - on peut donc croire que si le juge ne
statue pas sur un chef, il y a
«libération»124.
- De même, si le juge de paix ordonne le
renvoi à procès pour un acte criminel
différent ou en sus de celui dont il était
accusé, il les indique sur la
dénonciation125.

Lorsque le procès a lieu devant une cour composée


1. d'un juge et d'un jury, la seule responsabilité des jurés

B) Déroulem est de statuer sur la culpabilité. La peine, quant à elle,


est prononcée par le juge qui préside la cour. Dans
ent l'arrêt Latimer, la Cour suprême a indiqué que cette
Procès approche se justifie par le fait que «le juge du procès
a manifestement une meilleure connaissance tant de
la gamme acceptable de peines pour l'infraction en
cause que des principes de détermination de la
peine311». Par ailleurs, le jury ne doit pas être informé
de la peine dont l'accusé est passible afin de ne pas
être influencé, que ce soit en faveur de l'acquittement
ou de la déclaration de culpabilité312. Il n'est donc pas
présent à cette étape, son rôle ayant pris fin avec le
prononcé du verdict. Le jury n'intervient que dans
des situations limitées, en matière de meurtre, alors
qu'il peut faire au juge une recommandation pour
fixer la période d'inadmissibilité à la libération
conditionnelle313. Cependant, cette recommandation
ne lie pas le juge.
Nous décrivons ici, sommairement, les grandes
étapes de la procédure d'un procès. À l'évidence, le
procès devant un jury comporte des étapes
additionnelles. Nous avons déjà parlé de la sélection
des jurés et nous y référons le lecteur5. Nous
traiterons des directives au jury, de leur préparation
et du délibéré au prochain chapitre.

L'exposé Le procès débute généralement par un exposé de Réplique de la défense : La jurisprudence reconnaît au
l'avocat de la poursuite au jury ou au juge. Lors de juge du procès un pouvoir discrétionnaire de permettre à
préliminai cette adresse, l'avocat résume brièvement la preuve l'accusé, dans des circonstances particulières, comme
re de la qu'il entend soumettre10 et indique les témoins qu'il dans le cas d'un long procès, le droit de s'adresser au
désire faire entendre. Il doit cependant faire preuve jury en réplique à la déclaration de la poursuite. Il s'agit
poursuite d'une certaine prudence et ne pas faire mention de là d'une composante du droit de l'accusé à un procès
témoins qui, ultimement, ne seront pas appelés à équitable13. Ainsi, dans l'affaire Pickton, alors que le
témoigner11. Il doit également se garder de faire procès relatif à six accusations de meurtres devait durer
allusion à des éléments de preuve dont l'admissibilité un an, le juge a permis une telle réplique, mais en
sera déterminée après la tenue d'un voir-dire par le exigeant que le procureur de l'accusé lui fournisse une
juge en l'absence du jury ou à des faits qu'il n'est pas copie de son allocution pour qu'il puisse s'assurer qu'elle
sûr de mettre en preuve, comme une déclaration de ne comporte pas de remarques problématiques14. En
l'accusé à la police, des faits similaires à l'acte outre, la théorie de la défense doit être bien arrêtée, de
reproché ou encore les antécédents judiciaires du sorte que son exposé n'avance pas des éléments de
prévenu12. preuve qui ne seront finalement pas produits15.

LA Obligation d'offrir un récit complet : Après l'exposé au


Témoin cité par le juge : Un juge peut, s'il jury, le ministère public présente sa preuve afin de prouver,
PREUVE considère que cela est nécessaire pour que justice soit hors de tout doute raisonnable, chacun des éléments
DE LA rendue, citer lui-même un témoin et il lui est loisible constitutifs de l'infraction reprochée. Le ministère public est
de s'enquérir des motifs pour lesquels la poursuite ne maître de la présentation de sa preuve et il n'est pas tenu de
POURSUI l'a pas fait32. Il peut le faire si un doute persiste sur la faire entendre tous les témoins de l'événement16. Il doit
TE présence d'un motif légitime de la part du cependant présenter tous les témoins essentiels pour obtenir
poursuivant qui explique l'absence du témoin, et il une narration complète des faits17. Dans l'arrêt Cook, la juge
prendra en compte le désavantage tactique pour la L'Heureux-Dubé a expliqué que cela se réfère plutôt à
défense de faire entendre un témoin qui lui est l'obligation de soumettre une preuve prima facie qui peut
potentiellement hostile et le préjudice qu'elle pourrait mener à la culpabilité selon la norme du droit criminel18. À
encourir de devoir s'adresser au jury en premier lieu, défaut par la poursuite de satisfaire à cette obligation, la
préjudice qu'elle n'aurait pas à subir si elle ne défense pourra présenter une requête pour verdict imposé ou
présentait aucune défense33. Le refus de la poursuite en non-lieu.
de consentir au dépôt d'un relevé de téléphone Aucune obligation de produire tous les témoins : La
cellulaire, en insistant qu'il soit déposé par des poursuite n'a cependant pas l'obligation de faire entendre
témoins, justifie que le juge les cite lui-même34. La une preuve dont l'importance est secondaire, redondante ou
Cour suprême a toutefois indiqué que, pour éviter de de valeur probante inférieure à une autre déjà produite sur
porter indûment atteinte à la nature contradictoire des un même sujet19. Dans l'arrêt Cook, la Cour suprême a
procédures, le juge devrait exercer cette prérogative indiqué que toute obligation que pouvait avoir la poursuite à
de façon exceptionnelle pour que justice soit cet égard a été abrogée par son obligation de communiquer
rendue35. Dans l'arrêt Prince, la Cour d'appel du la preuve à la défense, ce qui a considérablement réduit le
Manitoba a rappelé que le caractère exceptionnel risque d'iniquité20. La Cour a clarifié la règle, déclarant que
demeure même en présence d'une demande émanant «[l]'expression "essentiel pour la narration de l'histoire" ne
des parties36. signifie pas [...] que tous les témoins dont la déposition
serait pertinente doivent être cités pour la poursuite21». Il
n'est même pas nécessaire de faire entendre la victime dans
tous les cas22. À la fin du procès, le juge des faits pourra tirer
ses propres conclusions de l'absence d'un témoin qui aurait
dû naturellement être produit23, tout en se rappelant qu'il
peut exister de nombreuses raisons pour son absence qui n'a
rien à voir avec la crédibilité de la thèse avancée24.
Si un témoin n'est pas produit, des alternatives sont
possibles. La poursuite peut, si elle le juge opportun, citer un
témoin important dans le seul but de le rendre disponible
aux fins de contre-interrogatoire par la défense25. Par
ailleurs, le juge du procès peut ordonner l'arrêt des
procédures si l'accusé le convainc que la poursuite a exercé
son pouvoir discrétionnaire d'une manière à ce point
irrégulière ou oppressive que cela équivaut à un abus de
procédures26. À défaut, il possède certaines prérogatives
pour assurer l'équité des procédures. D'une part, il peut
informer le jury de la possibilité d'en tirer une conclusion
défavorable s'il existe un doute quant à la légitimité de ne
pas avoir fait entendre un témoin. Toutefois, il faut bien
comprendre que cette directive ne vise pas à punir la
poursuite si elle a légitimement exercé son droit, de sorte
qu'une telle mise en garde sera exceptionnelle27. Par ailleurs,
cela ne porte en rien atteinte au droit que possède l'accusé de
faire valoir au jury qu'un témoin, qui aurait apporté un
éclairage, n'a pas été entendu28. S'il est vrai qu'il peut exister
de nombreuses raisons pour expliquer l'absence d'un
témoin29, le juge ne peut toutefois pas inviter le jury à ne pas
tenir compte de l'absence de certains témoins connus des
enquêteurs, l'absence de preuve pouvant participer au doute
raisonnable30. Il faut toutefois être prudent, car la ligne peut
être mince entre le fait de souligner les failles dans la preuve
et celui de tirer une inférence défavorable à l'encontre d'une
partie à cause de l'omission de faire entendre un témoin31.
Interdiction de diviser sa preuve : Il est bien établi que la
poursuite ne peut diviser sa preuve en choisissant de
réserver des éléments pertinents au litige à la seule fin de
répondre, voire de piéger, la défense, par la présentation
d'une contre-preuve. Cette pratique déloyale envers l'accusé
est sévèrement réprimée par la jurisprudence, qui exige que
la poursuite dévoile toute la preuve pertinente dont elle
dispose avant la présentation principale de sa preuve. À cet
égard, la Cour suprême du Canada a déclaré ce qui suit:
[...] Il s'agit là manifestement de la situation désignée en
pratique criminelle comme la division de la preuve de la
poursuite. Les effets néfastes qui découlent de cette pratique
sont nombreux et elle est interdite depuis le tout début de
notre droit criminel.
Ce témoignage de la plaignante a aussi eu pour effet de
forcer l'accusé à venir témoigner une seconde fois. [...]
Ce sont là les conséquences qui découlent de la violation
d'un des préceptes fondamentaux de notre procédure
criminelle, c'est-à-dire la division de la preuve de la
poursuite de manière à coincer la défense. C'est une tactique
particulièrement destructrice si le témoignage donné en
contre-preuve soulève une nouvelle question et met en cause
la crédibilité de l'accusé, puisqu'il s'agit du dernier
témoignage que les membres du jury entendent avant de
délibérer. Cette pratique pose également la question de la
justesse de la conduite de la poursuite eu égard au droit de
l'accusé de choisir de garder le silence ou de choisir de
témoigner pour sa propre défense. Il doit avoir la possibilité
de prendre cette décision en toute connaissance de la totalité
de la preuve de la poursuite. [...]37.

LA Ingérence dans la défense : La décision de présenter une Exposé avant défense : S'il le juge opportun, «[u]n
défense appartient souverainement à la défense et l'État ne accusé a droit, après que la poursuite a terminé son
PREUVE peut s'ingérer. Ce principe est maintenant garanti par la exposé, de présenter, personnellement ou par son avocat,
DE LA Charte. Dans l'arrêt Swain59, la Cour suprême l'a énoncé une pleine réponse et défense52». Si l'accusé présente
dans le contexte de la défense invoquant des troubles une défense, il pourra, comme y avait droit le procureur
DÉFENS mentaux, autrefois désignée défense d'aliénation mentale. de la poursuite, exposer sommairement au jury sa
E Accusé de voies de fait graves, Swain a été envoyé en théorie et la preuve qu'il entend soumettre à l'appui53.
observation psychiatrique pour évaluer son aptitude à subir Cela étant, l'avocat de la défense n'a pas carte blanche et
son procès puis il a été libéré sous caution après que son état ses propos sont soumis aux mêmes règles que celles qui
se fut amélioré par une médication antipsychotique. Au s'appliquent à la poursuite54. Il ne doit pas commenter
procès, le ministère public a voulu soulever la question de des éléments factuels dont l'admissibilité est douteuse et
troubles mentaux chez l'accusé. Le juge a accepté le juge peut intervenir pour l'en empêcher55.
d'examiner cette question malgré l'opposition de l'avocat de Absence d'obligation : L'expression «pleine réponse et
l'accusé, qui n'avait pas l'intention d'invoquer cette défense. défense» désigne tous les moyens de fait et de droit
Après avoir été acquitté pour cause d'aliénation mentale, pertinents à la réfutation de l'accusation56. Si
selon l'expression de l'époque, Swain faisait face à la l'accusé peut présenter une défense, rien ne l'y oblige.
détention indéterminée, peine beaucoup plus grave que celle Toutefois, le débat contradictoire de la procédure peut le
rattachée à l'infraction de voies de fait graves. placer dans une situation où il doit le faire si la poursuite
La Cour suprême, examinant la question du contrôle que a établi contre lui une preuve qui peut justifier un verdict
l'accusé doit avoir sur le déroulement de sa propre défense, a de culpabilité hors de tout doute raisonnable57. En tout
affirmé ce qui suit: état de cause, il est bien établi qu'avant que l'accusé
Puisque les principes de justice fondamentale reposent sur doive décider de répondre à l'accusation, «le ministère
un système accusatoire et contradictoire de justice criminelle public doit avoir présenté une preuve complète58».
fondé sur le respect de l'autonomie et de la dignité Témoins de son choix : S'il choisit de présenter une
humaines, il me semble évident qu'il faut également, en défense, l'accusé jouit du droit absolu de présenter les
vertu des principes de justice fondamentale, qu'un accusé ait témoins de son choix, et dans l'ordre qu'il souhaite61,
le droit de contrôler la conduite de sa propre défense. [...] même si ces derniers ont déjà témoigné pour la
[...] poursuite62. Cela met en cause la question de savoir si le
Le simple fait que le ministère public puisse soulever un juge peut commenter le défaut par l'accusé de faire
moyen de défense que l'accusé n'a pas l'intention entendre un témoin63. La jurisprudence a indiqué que le
d'employer, et ainsi donner lieu à un verdict spécial que juge des faits peut en tenir compte uniquement dans le
l'accusé ne désire pas, signifie que l'accusé a perdu un cas où cette preuve est importante et qu'aucune raison
certain degré de contrôle sur la conduite de sa propre n'explique l'absence d'assignation du témoin, en se
défense. [...]60. rappelant cependant qu'elles peuvent être nombreuses et
sans lien avec la véracité du témoignage ou le fait qu'il
serait défavorable64. Des exceptions existent, dont les
paramètres demeurent flous, sauf peut-être lorsqu'on
invoque un alibi, de sorte qu'une grande prudence est
nécessaire avant de tirer des inférences défavorables65.
En principe, il n'y a pas lieu de spéculer sur l'absence
d'un témoin, même si les faits révèlent qu'il était
pertinent de l'appeler, comme l'ami de l'accusé ayant
passé la soirée avec ce dernier dans un bar alors que la
défense reposait sur la quantité d'alcool consommée66.
Le juge ne peut exiger des explications et, en principe, il
lui est interdit d'en tirer une inférence négative67.
Lorsqu'une partie soulève explicitement, ou
implicitement, le fait qu'une inférence négative pourrait
être tirée de l'absence d'un témoin, une mise en garde au
jury devient nécessaire. Le juge peut aussi le soulever de
son propre chef, même en l'absence d'observations des
parties. Selon les circonstances, le juge doit alors
expliquer au jury qu'il ne peut pas tirer d'inférence ou,
quand il s'agit d'un des cas où l'inférence est permise,
souligner son utilité très limitée68. Le juge doit se
rappeler, et dans le cas d'un jury, le juge doit lui
indiquer, qu'il ne peut pas en inférer la culpabilité de
l'accusé, mais uniquement que ce témoignage lui aurait
été défavorable, ce qui peut affecter la crédibilité de son
récit s'il témoigne. Ces cas seront rarissimes69. Il existe
en effet un réel danger que ce raisonnement mène à un
renversement du fardeau de la preuve en le faisant
reposer sur la défense70. Le juge doit se rappeler ou
informer le jury que l'accusé n'est jamais obligé de faire
entendre un témoin, qu'il peut avoir de très bonnes
raisons de ne pas l'avoir fait et qu'il faut s'assurer de ne
pas imposer à l'accusé le fardeau de produire une preuve
confirmative de son témoignage. S'il s'agit d'un témoin
qu'aucune partie ne désirait faire entendre, il faudra alors
indiquer au jury qu'il ne saurait tirer aucune inférence du
défaut de la défense à cet égard71.
Ordre des témoins et l'accusé : L'accusé a aussi le
droit absolu de choisir l'ordre de présentation de ses
témoins72, à l'exception du témoin principal d'une
défense d'alibi, qui, pour une question de crédibilité du
moyen de défense, sera préférablement entendu le
premier73. La décision de présenter une défense
n'entraîne pas nécessairement celle de faire témoigner
l'accusé, ce dernier — comme nous l'avons vu74 —
n'étant jamais obligé de rendre témoignage dans sa
propre cause. Si l'accusé décide de témoigner, même s'il
le fait après les autres témoins en défense, on ne peut
pas suggérer qu'il a entendu préalablement toute la
preuve, pour évaluer son témoignage75. Qui plus est, il
n'existe pas de règle ou convention voulant que l'accusé
témoigne en premier; laisser entendre le contraire est
erroné76. Enfin, soulignons que la défense est soumise,
quant au reste, aux mêmes règles que la poursuite. Cette
dernière jouit du droit de contre-interroger tous les
témoins présentés par la défense, y compris l'accusé, le
cas échéant.

LA Preuve de la couronne ensuite preuve de la défense et Contre-preuve Réplique


finalement contre-preuve de la Couronne.
CONTRE La justification de la contre-preuve : Après la défense, la La justification de la réplique : Advenant la
-PREUVE poursuite peut présenter, avec l'autorisation du juge, une présentation d'une contre-preuve, la «réplique» permet à
contre-preuve pour réfuter les faits nouveaux et la défense de contredire et d'attaquer cette
ET LA imprévisibles révélés en défense77. Ce caractère contre-preuve87. La réplique se limitera aux éléments
RÉPLIQU imprévisible est essentiel, car un élément de preuve qui était nouveaux qu'aura apportés la contre-preuve. Cela ne
connu et qui soutient sa théorie de la cause doit être présenté signifie pas que la défense a le droit de «diviser sa
E dans le cadre de la preuve principale78. Cela découle de preuve». Le juge doit notamment tenir compte de la
l'interdiction de diviser sa preuve mentionnée plus haut. Par pertinence de la preuve envisagée, de l'occasion qu'a eue
exemple, l'accusé qui témoigne et nie généralement avoir l'accusé de la présenter ou non pendant sa défense, du
commis l'infraction n'autorise pas la poursuite à produire fait qu'il s'agisse d'une tentative de diviser sa défense,
d'autres éléments de preuve à l'effet contraire79. La notamment si le témoin a déposé pour la défense au
contre-preuve consiste donc généralement en la présentation procès, du caractère «nouveau» de la preuve à réfuter,
d'un élément de preuve qui ne porte pas, en soi, sur la du fait que la poursuite a contre-interrogé de façon
question de la culpabilité et qui ne prend tout son sens exhaustive les témoins de la défense et de l'ensemble de
qu'après la présentation de la défense80. Dans un tel cas, le la preuve88.
préjudice, s'il en est, est très atténué puisque cette nouvelle Réfutation d'un moyen de défense : La question de
preuve découle de la défense et que l'accusé a eu l'occasion savoir si le ministère public doit présenter, dans le cadre
de répondre à l'ensemble de la preuve principale de la de sa preuve principale, les éléments de preuve visant à
poursuite81. La justification de la contre-preuve est réfuter un moyen de défense prévisible ou, même,
largement dépendante des circonstances et la règle, qui n'a annoncé par l'accusé dépend du moyen de défense89.
pas d'application rigide, fait appel à la discrétion du juge82. Dans l'arrêt Grdic90, la Cour suprême a rappelé que si la
En outre, même si la contre-preuve est autrement recevable, preuve existait et que le ministère public avait pu y avoir
elle peut être refusée si son effet préjudiciable l'emporte sur accès, le juge hésitera à permettre son introduction dans
sa valeur probante83. Par ailleurs, le ministère public ne sera la contre-preuve. Toutefois, dans cette affaire, elle aurait
pas autorisé à présenter une contre-preuve relativement à permis à la poursuite de présenter une contre-preuve
une question purement corroborante ou purement incidente, pour répondre à une défense d'alibi imprévisible.
simplement pour contredire un témoignage de la partie On a décidé que si la défense présente une preuve selon
adverse. La règle interdisant la contre-preuve relativement à laquelle les témoins de la poursuite ont fabriqué leur
des faits collatéraux empêche d'admettre une telle preuve à témoignage92, ou une preuve que l'accusé n'a pas eu
moins qu'elle ne soit par ailleurs pertinente à une question l'occasion de fabriquer sa version93, la poursuite pourra
essentielle au litige84. Cela se justifie par le fait qu'il serait présenter une contre-preuve à cet égard dans la mesure
erroné de priver le juge des faits d'une preuve importante se où, par ailleurs, cela n'était pas prévisible. Cela tend à
rapportant à un élément essentiel au litige86. faire croire que si la crédibilité est l'élément fondamental
du litige, la notion de «fait collatéral» doit s'apprécier
d'une manière plus souple94.
Ainsi, la poursuite n'est pas tenue de contrer toutes les
défenses imaginables, même si elle en détient de bonnes
indications, dans la mesure où la preuve n'est par ailleurs
aucunement pertinente à une question en litige,
c'est-à-dire la culpabilité de l'accusé, sans quoi les
procès seraient inutilement prolongés98. Dans
l'arrêt R.D., la défense avait présenté à l'enquête
préliminaire deux amis qui affirmaient qu'un autre
individu était l'auteur du crime, soit une défense du tiers
suspect99. Avant le procès, l'enquête policière
subséquente a révélé un alibi pour ce dernier et le
ministère public, lors de la préparation du procès, a
demandé au juge l'autorisation de présenter l'alibi
concernant le tiers suspect en contre-preuve, ce que le
juge a refusé étant d'avis que le ministère public devait
le faire dans le cadre de sa preuve. Il a ainsi forcé la
poursuite à soulever elle-même la défense en faisant
témoigner un des deux amis de l'accusé pour identifier le
tiers suspect et le contexte de la défense, pour ensuite
établir l'alibi de ce dernier100. Compte tenu de l'erreur du
juge, l'accusé a choisi de ne pas présenter lui-même la
défense en question, de sorte qu'en définitive, la
poursuite en avait fait la preuve sans pouvoir
contre-interroger le témoin101. Selon la Cour d'appel de
l'Ontario, la situation illustre parfaitement l'idée que la
contre-preuve doit répondre à la défense effectivement
présentée si les éléments de preuve envisagés pour le
faire sont par ailleurs non pertinents pour démontrer la
culpabilité de l'accusé, puisque la question n'est pas de
savoir si la poursuite est prise par surprise par la
défense, mais bien de savoir si la défense serait prise par
surprise par la contre-preuve102.

LA Discrétion du juge : Sous réserve qu'on ne doive Demande de la poursuite avant la défense : Le pouvoir Demande de la défense : Quant à la défense, elle peut
pas permettre au poursuivant de modifier sa preuve, discrétionnaire d'accorder une réouverture d'enquête varie présenter une demande de réouverture à tout moment
RÉOUVE le tribunal a discrétion pour l'autoriser à la rouvrir, selon l'étape des procédures. Avant que la preuve de la avant le prononcé de la peine120. Cela étant, rouvrir le
RTURE notamment afin de corriger un témoignage en poursuite soit close, le tribunal a une grande discrétion, alors procès après l'inscription du verdict est «une façon de
rappelant le témoin ou en en faisant entendre un que la réparation accordée à la défense se traduira procéder [qui] est très inhabituelle et [qui] n'est pas
D'ENQUÊ autre. La réouverture d'enquête présente une certaine généralement par un nouveau contre-interrogatoire précédé, souhaitable121». En principe, une cour ne s'y aventurera
TE similitude avec la contre-preuve, au point que la s'il le faut, d'un ajournement110. Lorsque la preuve du que dans les cas les plus clairs122. Malgré cela, on peut
Cour suprême, reprenant les termes du juge Doherty poursuivant est close et avant la présentation de la défense, néanmoins comprendre que face à une preuve
dans l'arrêt R. c. M. (F.S.)103, a indiqué qu'elles étaient au moment où la défense peut présenter une requête pour importante quant à l'issue ultime, le juge devrait
des «cousins germains», sans être toutefois des verdict imposé, la discrétion est moins grande, de sorte que permettre la réouverture d'enquête123. Après le prononcé
«vrais jumeaux»104. La distinction réside dans le fait le juge doit permettre la réouverture dans les cas d'oubli ou de la peine, le juge est functus officio, de sorte que
que la contre-preuve découle de la preuve de la d'inadvertance, lorsque la justice l'exige et que l'accusé ne l'appel est le seul recours possible124. Si le verdict n'a pas
défense, tandis que la réouverture d'enquête touche s'en trouve pas lésé111. La justice l'exige lorsque l'omission été rendu, le juge doit, si les intérêts de l'accusé le
une preuve qui devait nécessairement faire partie de ou l'erreur du ministère public est attribuable à la conduite justifient et que la poursuite n'en subit pas de préjudice,
la preuve principale105. Les critères qui permettent la de la défense112, comme ce fut le cas dans accorder la réouverture d'enquête, peu importe le stade
réouverture d'enquête, tout au moins à l'étape de la l'arrêt Gosselin alors que la portée d'admissions, faites au où sont rendues les procédures125.
défense, sont donc nettement plus exigeants. début du procès, était remise en cause au moment où le Si le verdict a été rendu, la cour devra appliquer des
Techniquement, un juge conserve la compétence ministère public déclarait sa preuve close113. critères plus stricts et similaires à ceux définis par la
pour permettre la réouverture d'enquête tant qu'il Cour suprême en matière d'admissibilité d'une preuve
n'est pas functus officio, c'est-à-dire jusqu'au Demande de la poursuite après la défense : Enfin, lorsque nouvelle en appel126 et s'assurer qu'il ne s'agit pas d'une
prononcé de la peine106, sous réserve des critères la défense est annoncée, entamée ou, a fortiori, terminée, il tentative d'écarter les effets d'une décision tactique prise
établis par la Cour suprême. À cet égard, la Cour faut prendre en compte le principe selon lequel l'accusé a le lors de l'audition127. De plus, le juge peut, s'il le croit à
suprême a indiqué que le fait que la preuve n'ait pas droit, avant de présenter sa défense, de connaître toute la propos, décréter un avortement de procès128. Dans le cas
été découverte à l'improviste ne rend pas la preuve à charge avant d'y répondre et qu'il ne peut être d'un verdict rendu par un jury, une telle demande est
réouverture irrecevable, quoique le juge puisse tenir contraint à aider le ministère public. En fin de compte, on irrecevable dès que le juge a consigné le verdict129.
compte de ce facteur dans l'exercice de sa peut présumer que l'accusé subira nécessairement un
discrétion107. De même, le fait que la poursuite ne préjudice114. En conséquence, la discrétion du juge est très
soit pas responsable de la situation ne justifie pas la limitée. À moins de circonstances exceptionnelles, il ne
réouverture de l'enquête108. Dans l'arrêt P. (M.B.), la devra pas autoriser la réouverture sauf lorsque le
Cour suprême a plutôt indiqué que le principe comportement de la défense a provoqué l'erreur du ministère
fondamental est de déterminer si l'accusé subirait un public ou lorsque l'erreur est technique ou procédurale, sans
préjudice au sens juridique du terme, c'est-à-dire s'il rapport avec le fond du litige115. Il faut qu'il soit
serait lésé dans sa défense109. «parfaitement clair que l'accusé ne sera pas lésé116». La
poursuite ne saurait, ce faisant, combler une lacune de sa
preuve ou changer sa thèse117. De même, le fait que l'accusé
ne subira pas d'atteinte à son droit à une défense pleine et
entière ne justifie pas la réouverture d'enquête118. La Cour
suprême a indiqué que la poursuite peut toujours ordonner
un arrêt des procédures et reprendre le procès aux termes de
l'article 579 du Code, sous réserve du droit de la défense de
faire valoir le caractère abusif ou inéquitable de cette
démarche119.

LES Devoir du juge de corriger les procureurs : Enfin, Généralités : Une fois la preuve des deux parties close, les avocats sont autorisés à s'adresser au jury afin de lui résumer
il faut mentionner que le juge a l'obligation, que ce la preuve et de présenter leurs arguments sur les questions en litige. Si le procès a lieu devant un juge siégeant seul, les
PLAIDOI soit immédiatement après la plaidoirie177 ou dans ses procureurs peuvent adresser leur argumentation au juge et ils plaident alors tant les faits que le droit. Devant jury, les
RIES directives, de corriger les transgressions des avocats se limitent aux faits, l'analyse juridique n'étant pas le rôle de ce dernier130. Les plaideurs doivent respecter un
procureurs aux règles que nous venons d'énoncer178. certain nombre de règles relativement aux plaidoiries qui ne sont pas jugées, par ailleurs, à l'aune de la perfection131.
La nécessité de cette directive demeure cependant Dans l'arrêt Latimer, la Cour suprême a décidé que l'article 7 de la Charte n'exige pas que le juge indique au procureur de
soumise au contexte et à la dynamique du procès179. l'accusé, avant qu'il présente sa plaidoirie au jury, quel moyen de défense il entend soumettre à ce dernier puisque le droit
Lorsque les directives ont bien expliqué aux jurés de l'accusé est de répondre au ministère public et non le droit de répondre au juge du procès. Elle a cependant indiqué
que le juge avait le dernier mot sur le droit, qu'ils qu'il est préférable de le faire sinon le procès peut devenir inéquitable132.
devaient s'en remettre à lui sur ce point et qu'ils Ordre des plaidoiries : L'accusé ayant choisi de ne pas soumettre de défense aura l'avantage de présenter sa plaidoirie
pouvaient lui poser des questions au besoin, on doit en dernier; dans le cas contraire, il devra s'adresser au tribunal dès la fin de sa preuve, avant la plaidoirie du procureur de
présumer que les jurés ont suivi ces directives même la poursuite133. La règle est identique s'il y a des coaccusés et que certains d'entre eux, mais non pas tous, ont fait
si le juge n'a pas explicitement corrigé les erreurs entendre des témoins134. La Cour d'appel de Terre-Neuve-et-Labrador a indiqué que le défaut du juge de respecter ce
commises sur des questions de droit par les avocats droit constitue une violation de l'article 7 de la Charte et qu'un nouveau procès doit être ordonné. On ne saurait invoquer
en plaidoirie180. le sous-alinéa 686(1)b)(iv) du Code pour rejeter l'appel135. La constitutionnalité de cette règle qui oblige la défense à
s'adresser au jury en premier a été mise en cause dans l'arrêt Rose. Quatre juges ont conclu qu'elle était contraire à
l'article 7 et à l'alinéa 11d) de la Charte de sorte qu'il y avait lieu de la déclarer inopérante. Les cinq juges majoritaires
ont rejeté cette position. Ils ont pris acte que lorsqu'il est appelé à plaider en premier, le procureur de l'accusé connaît la
thèse de la poursuite et la preuve qui a été faite, de sorte que, compte tenu du fait que le procureur du poursuivant doit se
limiter à commenter la preuve, il saura ce que ce dernier soumettra au jury et il pourra y répondre efficacement136. Ils ont
aussi indiqué que si la plaidoirie de la poursuite comporte des inexactitudes137, des exagérations ou des commentaires
déloyaux, le juge peut et doit les corriger lors de ses directives au jury138.
Réplique possible : Un juge possède également la compétence inhérente pour accorder à la défense un droit de réplique
limité, «lorsque le ministère public a tellement modifié la thèse relative à la responsabilité qu'il avançait initialement [...]
que l'on ne peut plus raisonnablement continuer de supposer que l'accusé peut répondre à une telle argumentation [...]
[ou] lorsque l'accusé est induit en erreur par le ministère public quant à la thèse qu'il entend avancer139». Dans
l'arrêt Rose, la Cour suprême a limité cette prérogative aux cas où il y a manquement manifeste à l'équité du procès et
que le juge ne peut pas le corriger par une directive appropriée140. La Cour d'appel de l'Ontario a décidé qu'un juge doit
permettre à la défense de s'adresser de nouveau au jury, oralement ou par écrit, si une question de sa part introduit une
théorie de cause différente, sous peine de compromettre l'équité du procès141. Par ailleurs, la poursuite ne bénéficie, quant
à elle, d'aucun droit de réplique dans le cadre d'un procès devant jury142. Il en est autrement lors d'un procès devant juge
seul où ce dernier a la discrétion d'accorder un droit de réplique au procureur de la partie qui s'est adressée en premier à
la Cour, le tout afin d'assurer une présentation complète des arguments143. De la même manière, un juge doit, s'il retient
une théorie de la responsabilité rejetée par la poursuite, inviter les parties à lui présenter des observations à ce sujet sans
quoi il compromet l'équité du procès144.
La plaidoirie du ministère public : L'avocat de la poursuite doit, lors de sa plaidoirie, agir de manière équitable et
s'abstenir de s'identifier au jury par l'emploi du «nous» ou autrement en personnalisant son rôle145. Il lui est également
interdit de le comparer à celui de son collègue de la défense en laissant entendre qu'il est assujetti à un standard
d'impartialité que n'assume pas ce dernier146. Il ne peut pas, voire jamais, insinuer que le procureur de la défense est
trompeur et déshonorant (deceptive and dishonourable)147.
Le procureur de la poursuite ne peut évidemment faire des affirmations qui ne seraient pas soutenues par la preuve148. Il
doit aussi s'abstenir de prononcer son opinion quant à la crédibilité des témoins149 ou encore suggérer qu'un mobile de
mentir n'a pas été démontré parce qu'il n'existe pas150. Toutefois, sans franchir la ligne, il peut inviter le jury à tirer des
inférences de l'absence de preuve d'un fait lorsque ce dernier aurait dû normalement découler des faits prouvés151. Il ne
doit pas donner son avis sur la culpabilité du prévenu, ou tenter de façon trop insistante d'attaquer la crédibilité de
l'accusé152. Il ne peut non plus dire au jury que l'accusé est, du seul fait de son statut, moins crédible a priori que les
policiers, en lui indiquant par exemple qu'il risque un casier judiciaire si une condamnation intervient alors que les
agents de la paix n'ont rien à perdre ou à gagner153. Enfin, il ne peut suggérer des motifs pour lesquels un témoin n'a pas
été appelé à témoigner154.
Tout comme son collègue de la défense, le procureur de la poursuite ne peut mentionner au jury la peine dont l'accusé est
passible155. Il ne saurait non plus tenir des propos incendiaires à l'égard du prévenu156. Ainsi, il ne peut dire au jury qu'un
acquittement impliquerait que les femmes devraient se cacher, que le taux de meurtre triplerait et que l'accusé est comme
l'auteur de la fusillade à l'École Polytechnique de Montréal, où «douze étudiantes avaient été tuées par un homme qui
avait à l'égard des femmes la rage et la haine de l'accusé»157. De même, il ne peut insister plus qu'il ne le faut sur le
caractère répugnant du délit158 ou tenter de discréditer les idées soutenues par un groupe auquel appartient l'accusé159. La
Cour suprême a décidé que le même comportement était souhaitable lors du contre-interrogatoire des témoins de la
défense160.
Enfin, il ne peut commenter le choix de l'accusé ou de son conjoint de ne pas témoigner au procès161, bien qu'une simple
allusion ne soit pas de nature à contrevenir à la loi. C'est ce qu'a déclaré la Cour suprême dans l'arrêt Potvin162. Dans
cette affaire, le juge du procès, dans ses directives au jury, lui avait souligné ce qui suit:
La défense vous dit, la défense qui n'a pas fait de défense vous dit: la preuve de la Couronne est tellement faible,
il y a tellement de contradictions que vous devez mesdames et messieurs les jurés éprouver un doute raisonnable
et accorder ce doute à l'accusé Pierre Potvin163.
La Cour suprême a conclu que ce commentaire ne dérogeait pas à la loi:
[...] [C]ette Cour a interprété le par. 4(5) de la Loi sur la preuve au Canada comme exigeant quelque chose de
plus qu'une simple allusion en passant au fait qu'un accusé n'a pas témoigné au procès. [...]164.
La plaidoirie de la défense : Tout comme le procureur de la poursuite, l'avocat de la défense n'a pas toute latitude dans
sa plaidoirie. Il ne peut pas laisser entendre que l'avocat en poursuite est prêt à tout pour gagner ou autrement attaquer
son intégrité, ce qui peut donner lieu à un avortement de procès165. Il ne peut tenir des propos incendiaires166, mentionner
au jury la peine dont son client est passible167 ou encore tronquer les faits mis en preuve afin de confondre le jury168. Il ne
peut non plus donner son opinion sur la valeur de la preuve de la poursuite ou sur la culpabilité de son client169. Il peut
cependant exploiter une preuve de mauvais caractère d'un témoin de la poursuite pour inviter le jury à tirer des
conclusions sur sa crédibilité générale, tout en évitant de manquer de respect pour le témoin170. Il ne peut normalement
pas spéculer sur l'absence de preuve quoique, dans l'arrêt Cook171, la Cour suprême lui ait reconnu le droit de commenter
le fait que la poursuite n'ait pas fait entendre un témoin important. Enfin, l'avocat de la défense ne peut pas alléguer le
spectre de l'erreur judiciaire et encore moins évoquer des cas spécifiques du passé. Toutefois, il peut rappeler
sommairement au jury qu'il doit éviter la condamnation d'un innocent et qu'il a la responsabilité d'empêcher une erreur
judiciaire. De même, il est légitime de soulever le fait spécifique que de telles erreurs découlent souvent d'une preuve
d'identification172. On se souviendra également que, dans l'affaire Morgentaler173, l'avocat de la défense avait demandé au
jury d'ignorer le droit et de rendre un verdict de sympathie pour ses clients. Reconnaître que le jury puisse en pratique
ignorer la loi174 n'est pas reconnaître qu'un avocat puisse encourager un jury à le faire en lui suggérant qu'il en a le
droit175. À ce sujet, le juge Dickson a écrit ce qui suit:
[...] Essentiellement, cette plaidoirie soutient que le jury ne devrait pas appliquer l'art. 251 s'il pense qu'il s'agit d'une
mauvaise loi et que, en refusant d'appliquer la loi, il signale au Parlement qu'il faut la changer. Quoique, vu la façon dont
je me prononce en l'espèce, il ne me soit pas nécessaire, à strictement parler, d'examiner la plaidoirie de Me Manning
devant le jury, l'argument m'a paru si troublant que je me sens obligé de le commenter.
[...] [L]es membres du jury ne sont pas des experts en droit et, pour cette raison, ils doivent être guidés par le juge sur les
questions de droit.
Le principe contraire avancé par Me Manning selon lequel on peut encourager le jury à ignorer une règle de droit qu'il
n'aime pas, pourrait conduire à de graves in[i]quités. Un jury pourrait appliquer le droit en vigueur et condamner un
accusé alors qu'un autre jury, plein de zèle réformiste, acquitterait un autre inculpé de la même infraction pour exprimer
sa désapprobation du même principe. En outre, le jury pourrait décider que, si la loi oblige à condamner, il refuse
néanmoins d'appliquer la loi à un accusé sympathique. Au contraire, un jury auquel un accusé est antipathique pourrait le
condamner, en dépit de la loi qui exige l'acquittement. [...]176.
LA Le principe : Le principe de la présomption La poursuite est tenue de prouver hors de tout doute Le fardeau de preuve à l'accusé
2. Procès d'innocence, en vertu duquel l'individu poursuivi est raisonnable chaque élément essentiel de l’infraction et La présomption de fait : Une présomption de fait est
devant ou PRÉSOM innocent aussi longtemps que sa culpabilité n'a pas non pas sur chacun des fait exposé par les témoins VS une inférence que le juge des faits peut tirer de la
PTION été reconnue par une décision irrévocable, constitue l’enquête préliminaire qui consiste au fait de rapporter preuve, sans y être obligé. À cet égard, la «déduction
sans jury une règle fondamentale en common law et en droit un début de preuve sur chacun des éléments essentiels conforme au bon sens» est une présomption de fait
D'INNOC canadien. Il est maintenant constitutionnellement car le juge n’évalue pas la crédibilité. Il se peut que le souvent utilisée pour prouver la mens rea de l'accusé.
ENCE protégé à l'alinéa 11d) de la Charte canadienne des témoin se trompe et ce n’est pas pour autant que la Pour expliquer cette présomption ou cette déduction, le
droits et libertés1. Voici comment la Cour suprême l'a poursuite ne va pas rencontrer son fardeau. juge peut indiquer au jury qu'«une personne connaît
défini: généralement les conséquences prévisibles de ses actes
La présomption d'innocence est un principe consacré et pose ces actes afin d'entraîner ces conséquences» ou
qui se trouve au cœur même du droit criminel. Bien L'évaluation dans l'ensemble de la preuve : Il découle de utiliser une autre formulation au même effet24. Il n'existe
qu'elle soit expressément garantie par l'al. 11d) de ce qui précède que le fardeau du ministère public n'exige pas pas de formule rigide, l'objectif étant de donner au jury
la Charte, la présomption d'innocence relève et fait qu'il prouve chacun des faits mis en preuve hors de tout un repère pour évaluer l'intention, un concept plutôt
partie intégrante de la garantie générale du droit à la doute raisonnable, sauf les exceptions que nous verrons plus abstrait et qui bénéficie rarement d'une preuve directe25.
vie, à la liberté et à la sécurité de la personne, bas. Ce fardeau lui impose plutôt de démontrer hors de tout Le juge doit faire comprendre au jury que ce n'est pas
contenue à l'art. 7 de la Charte (voir Renvoi relatif au doute raisonnable, à partir de l'ensemble de la preuve10 qui une règle de droit, mais plutôt une inférence facultative
paragraphe 94(2) de la Motor Vehicle Act se rapporte à chacun des éléments de l'infraction ayant trait à qu'il peut tirer en tenant compte de l'ensemble de la
(C.-B.), [1985] 2 R.C.S. 486, le juge Lamer). La chaque chef d'accusation séparément11 ou du point en preuve en n'oubliant pas les éléments de preuve qui
présomption d'innocence a pour effet de sauvegarder litige12. La Cour suprême a constamment rappelé militent contre son application26. En soi, lorsque les faits
la liberté fondamentale et la dignité humaine de toute l'importance d'évaluer globalement la preuve et cela est permettent d'en présumer un autre, cela n'oblige pas
personne que l'État accuse d'une conduite criminelle. particulièrement bien illustré dans le contexte d'un l'accusé à y répondre spécifiquement27. Parfois, cela
Un individu accusé d'avoir commis une infraction comportement de l'accusé postérieur à l'infraction comme la entraîne un «déplacement du fardeau sur le plan
criminelle s'expose à de lourdes conséquences fuite des lieux du crime ou la suppression d'éléments de stratégique28». En effet, il se peut alors que la preuve du
sociales et personnelles, y compris la possibilité de preuve13. Cette preuve est souvent un indicateur important ministère public puisse établir une conclusion de
privation de sa liberté physique, l'opprobre et de culpabilité et une partie de la jurisprudence exigeait culpabilité et que le défaut d'y répondre risque de
l'ostracisme de la collectivité, ainsi que d'autres souvent, à tort, qu'il soit démontré par une preuve hors de conduire le juge des faits à cette conclusion.
préjudices sociaux, psychologiques et économiques. tout doute raisonnable. Or, la Cour suprême a confirmé le La création de la présomption de droit : Il en va
Vu la gravité de ces conséquences, la présomption principe général que cette preuve «ne diffère pas autrement de la présomption créée par la loi qui touche
d'innocence revêt une importance capitale. Elle fondamentalement des autres types de preuve un élément de l'infraction. Une fois les conditions
garantit qu'un accusé est innocent tant que l'État n'a circonstancielle», qu'elle n'exige pas une norme particulière préliminaires satisfaites, elle exige de l'accusé une
pas prouvé sa culpabilité hors de tout doute et qu'elle doit, comme tout autre élément de preuve, être preuve destinée à la nier puisqu'à défaut d'une preuve
raisonnable. Voilà qui est essentiel dans une société évaluée par le juge des faits, avec l'ensemble de la preuve, contraire, le fait est présumé29. Selon leur libellé, ces
qui prône l'équité et la justice sociale. La pour lui donner sa signification14. Le mobile pour commettre dispositions imposent à l'accusé le fardeau soit de
présomption d'innocence confirme notre foi en le crime est un autre exemple parce qu'il accompagne présenter au tribunal une preuve qui suscite un doute
l'humanité; elle est l'expression de notre croyance souvent la preuve à charge ou que son absence est toujours raisonnable ou de le convaincre par la prépondérance de
que, jusqu'à preuve du contraire, les gens sont soulevée par la défense, mais il n'est pas un élément de preuve. Si l'accusé n'y parvient pas, le juge des faits est
honnêtes et respectueux des lois. l'infraction qui doit être prouvé hors de tout doute tenu de donner effet à la présomption.
[...] raisonnable15. Le fardeau de persuasion: Dans l'arrêt Appleby30, la
Compte tenu de ce qui précède, le droit, prévu par Cour suprême a expliqué que lorsque la loi prévoit qu'il
l'al. 11d), d'être présumé innocent tant qu'on n'est pas incombe à l'accusé «d'établir» ou de «prouver» un fait
déclaré coupable exige à tout le moins que, essentiel à l'infraction, le fardeau est celui de la preuve
premièrement, la culpabilité soit établie hors de tout prépondérante31. C'est l'obligation de convaincre ou le
doute raisonnable et, deuxièmement, que ce soit à fardeau de persuasion.
l'État qu'incombe la charge de la preuve. [...]. Le fardeau de présentation : Si le texte d'incrimination
Troisièmement, les poursuites criminelles doivent se imposant un renversement du fardeau de preuve ne
dérouler d'une manière conforme aux procédures prévoit pas clairement une obligation de convaincre,
légales et à l'équité. [...]2. l'accusé n'a qu'à présenter une preuve de nature à
soulever un doute. Cette preuve doit avoir une force
probante sans devoir convaincre32. C'est notamment le
cas des nombreuses dispositions qui prévoient que
l'accusé est appelé à démontrer une «excuse
légitime»33 ou que la preuve de certains faits permet d'en
présumer un autre «en l'absence de toute preuve
contraire». Dans l'arrêt Proudlock, la disposition
prévoyait qu'une personne qui s'introduit dans un endroit
est présumée, en l'absence de toute preuve contraire, le
faire avec l'intention de commettre un acte criminel, la
Cour suprême a déclaré ce qui suit:
[...] Je ne vois pas comment l'expression «toute preuve
contraire» peut être interprétée de façon à obliger
l'accusé à établir, en regard de toute la preuve, l'absence
d'intention. Il en serait tout autrement si, comme dans
l'arrêt R. c. Appleby [...], l'accusé était tenu par
le Code d'établir un fait particulier. Ici, il suffit de
trouver au dossier toute preuve présentée par la
poursuite ou la défense. [...]
En fait, le sens ordinaire de l'expression «toute preuve»
s'oppose à l'idée que le Code impose à l'accusé le
fardeau ou la charge de la preuve. Une fois que le juge
du procès décide que la preuve est recevable et
pertinente sur la question de l'intention et que le juge du
fond ne la rejette pas, il y a preuve contraire au sens du
par. 306(2) [devenu 348(2)]. Il n'y a pas d'autre critère à
respecter. [...]34.
En d'autres termes, lorsque la présomption vise à
prouver l'intention ou encore à la lumière de l'ensemble
de la preuve, il suffit que la preuve, généralement par le
témoignage de l'accusé, soit de nature à susciter un
doute raisonnable dans l'esprit du juge des faits. Cela
fera alors appel aux règles établies par la Cour suprême
dans l'appréciation de ce témoignage35.

Pas de droit d'appel sans texte, veut l'adage8. La common law ne connaît pas le droit d'appel de sorte qu'il est essentiellement un recours de nature statutaire. En droit, l'appel est
exceptionnel et il ne peut donc exister en l'absence d'un texte le prévoyant9. Même le fait d'obtenir d'un juge de la Cour l'autorisation d'appeler ne crée pas un droit d'appel si
celui-ci est par ailleurs inexistant10. Il faut aussi comprendre qu'une cour d'appel est elle-même un tribunal statutaire et que, contrairement à la Cour supérieure, elle ne possède
C) pas de compétence inhérente11. S'il est vrai le droit d'appel doit être prévu dans la loi, on a laissé entendre, sans trancher, qu'un mécanisme de révision équitable des décisions,
notamment lorsque des personnes sont condamnées à l'emprisonnement, fait maintenant partie des principes de justice fondamentale, un «droit de contrôle autonome reconnu par
Appel la Constitution»12.
Le libellé de la disposition créant le droit d'appel est important puisque ce dernier ne peut pas être implicite13. Elle est présumée énoncer le droit d'appel de manière précise et
exhaustive14. À ce titre, le libellé de l'alinéa 676(1)c) du Code attribue un droit d'appel «contre une ordonnance d'un tribunal de première instance («an order of a trial court») qui
arrête les procédures sur un acte d'accusation ou annule un acte d'accusation». Lorsque l'arrêt des procédures est prononcé par un juge de la cour provinciale avant que l'accusé,
poursuivi par voie de mise en accusation, n'ait choisi de subir son procès devant lui et donc, nécessairement, sans que soit déposé l'acte d'accusation, on a conclu que ce juge n'est
pas un juge du procès («trial court») et qu'il n'existe donc pas de droit d'appel de cette décision15. Il en est de même si la poursuite n'a pas formellement choisi le mode de
poursuite d'une infraction hybride, c'est-à-dire une infraction qui peut être poursuivi par voie sommaire ou par mise en accusation. À défaut de choix, on présume qu'il s'agit d'un
acte criminel et le juge d'une cour provinciale ne deviendra le juge du procès qu'après le choix de l'accusé et le plaidoyer16.

6. Parties au processus judiciaire


A) Généralités :
1. SON Le ministère public est la désignation que nous utilisons fréquemment tout au long de notre exposé pour refléter l'institution étatique des poursuites criminelles, provinciale ou
Procureur
de la RÔLE fédérale. Selon le contexte, le terme poursuivant peut également être un synonyme, mais ce dernier terme désigne aussi une personne qui agit comme poursuivant privé1, ainsi
qu'un mandataire de l'État pour l'application de lois particulières, surtout en matière pénale. En outre, un avocat, et notamment celui pratiquant comme avocat de la défense, peut
poursuite COMME très bien être mandaté pour représenter le ministère public devant les tribunaux en matière criminelle ou pénale dans un dossier particulier2.
(procureur La poursuite est donc normalement assurée par un avocat3. Ainsi, sous réserve du contexte, on retient que le Code criminel confie la conduite de la poursuite au procureur
aux
POURSUI général, qui est aussi le ministre de la Justice. Ce cumule de postes lui confère donc, en plus, des tâches à titre de conseiller juridique de l'État et de responsable de la rédaction
des lois4. Il a également la responsabilité de rémunérer les divers participants du système judiciaire pénal et de voir à ce que l'accusé impécunieux obtienne une représentation par
poursuites VANT avocat à travers, notamment, les programmes d'aide juridique5.
criminelles Indépendance du procureur : Alors qu'il appartient normalement à la police d'enquêter sur les crimes et de porter l'accusation, c'est au ministère public de déterminer si la
et preuve recueillie peut étayer la culpabilité en droit, c'est-à-dire d'évaluer si une poursuite est dans l'intérêt public et de l'entreprendre en respectant ses obligations envers
l'administration de la justice et l'accusé6. La Cour suprême a indiqué qu'il s'agit de deux rôles distincts, la séparation des activités de police et de poursuite constituant une garantie
pénales/proc
contre l'abus de l'une ou l'autre7. L'indépendance du ministère public vis-à-vis de la police, et vice-versa, est essentielle et sert «de tampon entre la police et le citoyen»8.
ureur de L'exercice du pouvoir de mener les poursuites requiert donc une indépendance mettant le ministère public à l'abri de «l'influence de considérations politiques inappropriées et
l’État) d'autres vices» et dont le point commun «est le fait qu'ils comportent la prise d'une décision finale quant à savoir s'il y a lieu d'intenter ou de continuer des poursuites ou encore
d'y mettre fin, d'une part, et quant à l'objet des poursuites, d'autre part»9. Cette indépendance est «si essentielle à l'intégrité et à l'efficacité du système de justice criminelle qu'elle
est consacrée par la Constitution»10.
Directeur et service des poursuites :
En partie pour ce dernier motif, les gouvernements du Québec et du Canada ont créé des structures indépendantes pour assurer les poursuites criminelles et pénales. Ces
institutions partagent plusieurs points communs11. Au Québec, le Directeur des poursuites criminelles et pénales dirige pour l'État, sous l'autorité générale du ministre de la Justice
et procureur général12, les poursuites criminelles et pénales13. Au Canada, le directeur des poursuites pénales dirige le Service des poursuites pénales du Canada et assume, sous
l'autorité et pour le compte du procureur général14, les fonctions du procureur général du Canada15. Les lois prévoient que les directeurs sont d'office sous-procureurs généraux et
qu'ils sont les substituts légitimes du procureur général au sens du Code criminel, ce qui vaut aussi pour les poursuivants agissant sous son autorité16. En conséquence, l'ancienne
désignation de «substitut du procureur général» garde son sens aux termes de l'article 2 du Code criminel, mais les personnes portent le titre de «procureurs aux poursuites
criminelles et pénales» ou «procureurs aux poursuites pénales». Les directeurs sont nommés par l'exécutif, sur la recommandation du ministre de la Justice, parmi les avocats
ayant exercé leur profession pendant au moins dix ans et dont le nom figure sur une liste de personnes déclarées aptes à exercer la charge par un comité de sélection. Ils sont
nommés pour un terme unique et fixe de sept ans17. L'article 6 de la loi québécoise précise que le directeur ne peut être destitué ou suspendu sans rémunération par le
gouvernement que pour cause, sur recommandation du ministre, après que celui-ci ait reçu un rapport de la Commission de la fonction publique18. Au fédéral, la loi ne prévoit
qu'une révocation motivée par le gouverneur en conseil19.
Si les adjoints du directeur fédéral sont nommés par le gouverneur en conseil20, le directeur peut établir des directives et déterminer les attributions des procureurs de l'État qui
sont choisis conformément à la loi régissant la fonction publique fédérale21. Au Québec, c'est le directeur qui nomme les procureurs aux poursuites criminelles et pénales parmi
les avocats autorisés par la loi à exercer leur profession au Québec22. Il nomme également un procureur en chef ou plusieurs procureurs en chef ainsi que des procureurs en chef
adjoints23. Ces avocats deviennent alors des salariés du gouvernement.
Le directeur provincial peut déléguer à une personne ou plusieurs personnes relevant de son autorité l'exercice d'une fonction essentielle à l'accomplissement de ses
responsabilités, sauf les attributions réservées au sous-procureur général par le Code criminel. Sauf exception explicite, comme aux alinéas 485.1a) et 577a) en matière de
poursuite à la suite d'un rejet présumé d'accusation ou de présentation d'un acte d'accusation direct, cette règle s'applique à toutes les dispositions législatives qui confèrent des
prérogatives au procureur général24. Le directeur peut aussi établir des directives relativement à l'exercice des poursuites25.
Pouvoir discrétionnaire en matière de poursuites :La Cour suprême a défini le rôle fondamental du ministère public et son «pouvoir discrétionnaire en matière de poursuites».
D'abord, le ministère public est présumé l'exercer de bonne foi26. La Cour a rappelé qu'il s'agit d'une «expression technique» qui vise les pouvoirs au cœur de sa charge,
notamment: «a) le pouvoir discrétionnaire d'intenter ou non des poursuites relativement à une accusation portée par la police27; b) le pouvoir discrétionnaire d'ordonner un arrêt
des procédures dans le cadre de poursuites privées ou publiques, au sens des art. 579 et 579.1 [[Link].]; c) le pouvoir discrétionnaire d'accepter un plaidoyer de culpabilité
relativement à une accusation moins grave; d) le pouvoir discrétionnaire de se retirer complètement de procédures criminelles [...]; e) le pouvoir discrétionnaire de prendre en
charge des poursuites privées28». Il vaut de souligner immédiatement que l'interprétation de l'expression «au cœur de sa charge» et la liste énoncée ont causé des problèmes pour
les juges, selon la Cour suprême. En réalité, la liste n'est pas limitative et l'expression vise l'ensemble des décisions sur la nature et l'étendue de la poursuite de même que sa
conduite par l'État29.
Dans l'arrêt Hauser30, le juge Dickson a aussi rappelé que le ministère public a le pouvoir d'exiger un procès par jury en plus de détenir le monopole du droit d'appel en matière
criminelle31. Il a conclu que le procureur général supervise l'action pénale, un rôle qu'il doit exercer indépendamment de toute considération partisane et d'autres motifs
illégitimes32.
Il en va de même de plusieurs autres décisions du ministère public: procéder par voie de mise en accusation directe, introduire une demande de déclaration de délinquant
dangereux, déposer un avis de récidive, porter une accusation par mise en accusation plutôt que par voie sommaire, faire la preuve d'une circonstance aggravante qui augmentera
la peine, interjeter appel ou, encore, porter une accusation qui commande une peine minimale plutôt qu'une autre qui laisse le champ libre au juge33. Encore une fois, comme on le
constate, la définition des pouvoirs au cœur de la charge du ministère public doit recevoir une interprétation large, «qui renvoie à toutes les décisions concernant la nature et
l'étendue des poursuites ainsi que la participation du procureur général à celles-ci34».
Une intervention judiciaire limitée : Les tribunaux n'interviendront pas dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire du ministère public, sauf et uniquement en cas d'abus des
procédures35, en raison «du partage des pouvoirs, de l'efficacité du système de justice criminelle, et parce qu'ils reconnaissent que ce pouvoir discrétionnaire se prête
particulièrement mal au contrôle judiciaire»36. Par exemple, la décision d'intenter une poursuite étant discrétionnaire, les tribunaux n'interviendront pas sauf dans le cas où on peut
établir un manque d'objectivité ou d'impartialité, ou une autre «conduite répréhensible flagrante». En principe, le rôle des juges se limite donc à contrôler la stratégie ou la
conduite du procureur du ministère public devant le tribunal, ce qui relève de la juridiction inhérente de la cour37. Cela étant, le rôle du procureur général ne se limite pas à
exercer l'action pénale.

Généralités : Devant la cour, le ministère public a un devoir d'impartialité et une fonction quasi judiciaire. Il est l'officier de justice dont le rôle consiste essentiellement à
2. SON présenter les éléments de preuve susceptibles d'établir la preuve relativement à l'accusation38. Ce faisant, il a notamment l'obligation d'agir de façon objective, indépendante et
RÔLE équitable envers l'accusé et la mise en œuvre de ces impératifs ne se limite pas à la salle d'audience39. Au Québec, le Code de déontologie des avocats prévoit expressément que
l'avocat du poursuivant doit agir «dans l'intérêt public et dans l'intérêt de l'administration de la justice et du caractère équitable du processus judiciaire40». La Fédération des
DEVANT Ordres professionnels des juristes du Canada a par ailleurs élaboré un code type de déontologie qui expose, dans son commentaire à l'article 5.1-3, le rôle de l'avocat de la
poursuite:
LA COUR 5.1-3 Lorsqu'il agit à titre de procureur, le juriste doit agir pour le public et l'administration de la justice avec fermeté et dignité conformément à la loi tout en étant sincère,
juste, courtois et respectueux à l'endroit du tribunal.
Commentaire: [1] Lorsqu'il agit à titre de procureur, le juriste a comme but premier non pas de chercher à ce que l'accusé soit condamné, mais plutôt de veiller à ce que
justice soit faite au moyen d'un procès impartial sur le fond. Le procureur exerce une fonction publique assortie d'importants pouvoirs discrétionnaires et doit agir
équitablement et sans émotion. Le procureur ne devrait agir d'aucune manière qui pourrait priver l'accusé des services d'un avocat ou empêcher l'accusé de communiquer
avec un avocat. De plus, dans la mesure de ce qui est exigé par la loi et reconnu comme pratique acceptée, le procureur doit, en temps opportun, divulguer à l'avocat de la
défense ou directement à l'accusé, s'il n'est pas représenté, tous les faits et témoins connus peu importe s'ils semblent établir la culpabilité ou l'innocence41.
Une fonction quasi judiciaire : Le rôle du ministère public est de défendre l'intérêt public et faire en sorte que justice soit adéquatement rendue par le recours ou l'absence de
recours aux tribunaux criminels42. Il a été largement commenté par la Cour suprême du Canada, notamment dans l'affaire Nelles43, où la Cour explique:
Traditionnellement, le procureur général jouait le rôle de conseiller juridique auprès de la Couronne et des différents ministères du gouvernement. Plus spécifiquement, sa tâche
principale consistait, et consiste encore, à poursuivre les délinquants. La nomination de procureurs de la Couronne pour représenter le procureur général tient au fait que ce
dernier avait de plus en plus de difficulté à s'acquitter efficacement de toutes ses fonctions, devant l'accroissement de la population et l'expansion des régions habitées.
Le rôle premier du procureur de la Couronne consiste à poursuivre les actes criminels et les infractions punissables sur déclaration sommaire de culpabilité et à exercer une
surveillance à cet égard. Le procureur de la Couronne administre la justice au niveau local et, en cela, agit au nom du procureur général. Le procureur de la Couronne a
traditionnellement été décrit comme un [TRADUCTION] «représentant de la justice» qui «devrait se considérer plus comme un fonctionnaire de la cour que comme un avocat». [...]44.
La Cour suprême a repris cette conception du rôle du procureur de la Couronne dans l'arrêt Stinchcombe45. Elle a cité avec approbation les propos du juge Rand qui, déjà en 1955,
rappelait ce qui suit: [TRADUCTION] On ne saurait trop répéter que les poursuites criminelles n'ont pas pour but d'obtenir une condamnation, mais de présenter au jury ce que la
Couronne considère comme une preuve digne de foi relativement à ce que l'on allègue être un crime. Les avocats sont tenus de veiller à ce que tous les éléments de preuve légaux
disponibles soient présentés: ils doivent le faire avec fermeté et en insistant sur la valeur légitime de cette preuve, mais ils doivent également le faire d'une façon juste. Le rôle du
poursuivant exclut toute notion de gain ou de perte de cause; il s'acquitte d'un devoir public, et dans la vie civile, aucun autre rôle ne comporte une plus grande responsabilité
personnelle. Le poursuivant doit s'acquitter de sa tâche d'une façon efficace, avec un sens profond de la dignité, de la gravité et de la justice des procédures judiciaires46.
Dans l'arrêt Power, la Cour suprême a défini son rôle dans les termes suivants: [Il] est un représentant de l'exécutif et, à ce titre, il reflète, de par sa fonction de poursuivant,
l'intérêt de la collectivité à faire en sorte que justice soit adéquatement rendue. Le rôle du procureur général à cet égard consiste non seulement à protéger le public, mais
également à honorer et à exprimer le sens de la justice de la collectivité. [...]47.
Ce sens de la justice a amené la Cour suprême a réitérer qu'«il n'appartient pas au ministère public de "convaincre le jury de prononcer une déclaration de culpabilité sans
fondement"48». De même, l'avocat du ministère public n'est pas un plaideur ordinaire. Il exerce une fonction quasi judiciaire et son travail est d'assister la cour à rendre justice, et
non à agir comme avocat d'une partie49. Il doit agir en toute impartialité, avec dignité et modération50. C'est pourquoi la Cour, dans l'affaire Stinchcombe, a insisté sur le caractère
public de la fonction de substitut du procureur général et, par extension, sur le caractère public des résultats de son travail, notamment les éléments de preuve: J'ajouterais que les
fruits de l'enquête qui se trouvent en la possession du substitut du procureur général n'appartiennent pas au ministère public pour qu'il s'en serve afin d'obtenir une déclaration de
culpabilité, mais sont plutôt la propriété du public qui doit être utilisée de manière à s'assurer que justice soit rendue. [...]51.
On s'attend à ce que le ministère public n'adopte pas une attitude purement contradictoire, mais «le processus contradictoire est bel et bien [...] un élément important de notre
système judiciaire et accepté comme moyen de recherche de la vérité52». Dans l'arrêt Cook, la juge L'Heureux-Dubé a indiqué qu'«[o]n ne devrait pas non plus présumer que le
ministère public ne peut pas se comporter en rude adversaire dans le déroulement de ce processus contradictoire53». De même, dans l'arrêt Jolivet, la Cour suprême a déclaré que
le ministère public a le droit d'avoir une stratégie de procès et de la modifier en cours de route dans la mesure où cela n'entraîne aucune iniquité pour l'accusé54.
Immunité relative : L'impartialité du ministère public est protégée par l'immunité dont il jouit dans l'exercice de ses fonctions. Dans l'affaire Nelles, on soulevait cette difficile
question dans les cas d'actions civiles en responsabilité au motif de poursuites abusives. Après une analyse exhaustive de la jurisprudence des pays de common law, la Cour
suprême a conclu que cette immunité est relative, c'est-à-dire qu'elle ne vaut pas si on démontre que le geste reproché a été commis de mauvaise foi55. La Cour a indiqué que
l'immunité absolue de l'avocat du ministère public contreviendrait au principe fondamental de l'égalité de tous devant la loi et reviendrait «à leur donner toute latitude pour léser
les droits individuels56». Il en va de même pour les poursuites engagées à l'encontre d'une faute dans l'exercice d'une charge publique découlant des décisions prises par des
poursuivants au cours de poursuites criminelles57. Cela permet un équilibre entre la protection contre les accusations injustifiées et l'intérêt public que représente la poursuite sans
entrave des criminels58.
Dans l'arrêt Nelles, le juge Lamer avait énoncé les quatre éléments que doit établir la personne qui demande des dommages et intérêts pour poursuites abusives. Il faut démontrer
que «a) les procédures ont été engagées par le défendeur; b) le tribunal a rendu une décision favorable au demandeur; c) l'absence de motifs raisonnables et probables; d)
l'intention malveillante ou un objectif principal autre que celui de l'application de la loi59». Les deux premiers critères ne soulèvent évidemment aucun problème. Quant au
troisième, il faut mentionner qu'il comporte à la fois un volet subjectif et objectif, de sorte qu'il doit y avoir croyance réelle de la part du poursuivant et le juge doit conclure que
cette croyance était raisonnable dans les circonstances60.
Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a décidé que le poursuivant n'a pas à être convaincu hors de tout doute raisonnable de la culpabilité de l'accusé puisque cette question
appartient au juge des faits. Cependant, que l'accusé ait été renvoyé à procès ou le refus d'imposer un verdict d'acquittement n'est pas suffisant pour justifier une accusation. Les
juges Iacobucci et Binnie ont déclaré que «le ministère public doit avoir suffisamment d'éléments de preuve pour croire que la culpabilité pourrait être démontrée régulièrement
hors de tout doute raisonnable61». Quant au quatrième critère, ils ont indiqué qu'il faut démontrer plus que l'insouciance ou la négligence du poursuivant; il faut plutôt «un effort
délibéré de la part du ministère public pour abuser de son propre rôle ou de le dénaturer dans le cadre du système de justice pénale», ce qui peut s'inférer des circonstances62. La
Cour a écrit que la norme démontrant «la poursuite abusive s'applique généralement comme pendant, en droit privé, de la règle de l'abus de procédure», soit une norme stricte,
«[conçue] délibérément pour s'appliquer uniquement dans les cas de comportement très grave qui mine l'intégrité du processus judiciaire63».
Le ministère public n'est pas un rempart contre la violation des droits: La Cour suprême n'a donc pas approuvé sans réserve le statut d'impartialité du substitut du procureur
général. Cela apparaît encore plus clairement dans l'arrêt Bain64. Dans cette affaire, Bain était accusé d'agression sexuelle et avait choisi d'être jugé par un juge et un jury. À cette
époque, le Code criminel accordait au ministère public des récusations péremptoires et des «mises à l'écart» de candidats jurés, alors que la défense ne disposait que d'une fraction
du nombre de récusations péremptoires. Devant la Cour suprême, le ministère public a prétendu que cet avantage était compensé par l'impartialité et la fonction quasi judiciaire
du ministère public et qu'il n'abuserait pas de ce pouvoir pour choisir les jurés. La Cour suprême du Canada a vu le problème différemment et a conclu qu'en l'absence de
mécanismes de contrôle, l'observateur raisonnable pouvait mettre en question l'impartialité du ministère public65.
Dans une opinion distincte, trois juges ont exprimé encore plus clairement leurs réserves. Prenant bien soin de souligner que «[l]es substituts du procureur général sont tout de
même des êtres humains66», ils ont profité de l'occasion pour rappeler que «le substitut le plus exemplaire pourrait se sentir tellement assailli par les pressions exercées par la
société qu'il pourrait bien agir de [manière partiale]67». Ils ont souligné, et cette réflexion a été reprise plusieurs fois depuis, que «[l]a protection des droits fondamentaux ne
devrait pas être fondée sur la confiance à l'égard du comportement exemplaire permanent du ministère public, chose qu'il n'est pas possible de surveiller ni de maîtriser68». Tout
cela démontre bien la position stratégique du ministère public sur le déroulement d'une affaire. Ses responsabilités sont immenses et son rôle est vital pour le fonctionnement de
l'appareil de justice69

LA Généralités : Le droit à la communication de la preuve est critique dans la procédure criminelle. Il permet à l'accusé de prendre des décisions importantes, comme de plaider
coupable ou de préparer sa défense. Cette «obligation de divulguer du ministère public est constante, et continue d'exister durant tout le procès58». L'équilibre entre l'obligation et
3. LA PORTÉE les limites du devoir de divulgation est la source d'importants contentieux qui ne sont pas sans impact sur les problèmes en matière de délais59. D'ailleurs, très tôt, la Cour suprême
DU a rappelé que la défense devait faire preuve de diligence raisonnable pour la demander60. Comme nous le verrons, sous réserve de dispositions spécifiques61, la poursuite a le
COMMUN devoir de divulguer tous les renseignements pertinents qu'elle a en sa possession, ce qui implique parfois ce qui est en possession des agents de l'État impliqués dans l'enquête ou
ICATION DROIT À de tiers. Dite «principale», cette obligation doit être exécutée sur demande, voire à l'initiative de la poursuite. La poursuite peut néanmoins retarder la communication de certains
LA renseignements et refuser d'en divulguer d'autres, notamment parce que leur divulgation immédiate pourrait causer un préjudice, qu'elle n'est pas en possession des
DE LA renseignements ou encore que ceux-ci sont frappés d'un privilège ou manifestement non pertinents. Enfin, les tribunaux sont appelés à contrôler la mise en œuvre de ce droit
COMMU fondamental. Nous étudierons tour à tour ces réalités.
PREUVE NICATIO L'obligation principale de l'État
Communiquer les fruits de l'enquête : Comme point de départ, le poursuivant doit, dans le cadre de son obligation dite «principale», divulguer ce que l'arrêt Stinchcombe avait
N DE LA qualifié de «fruits de l'enquête»62. La Cour suprême a été très claire sur l'étendue de l'obligation de communication en disant qu'on doit faire «bien comprendre aux substituts du
PREUVE procureur général qu'ils ont l'obligation générale de divulguer tous les renseignements pertinents63», sous réserve de restrictions que nous aborderons ci-après64. Dans
l'arrêt Stinchcombe (No. 2), la Cour suprême a déclaré que même si l'accusé n'a pas le droit de recevoir les documents originaux, il a le droit de les consulter. Si les originaux ne
sont pas disponibles, le ministère public doit expliquer leur absence65. De même, la Cour d'appel du Québec a rappelé que l'utilisation par le ministère public de l'outil qu'est le
journal des écoutes électroniques («logs d'écoute») ne constitue qu'un moyen efficace pour en arriver à la finalité dictée par l'obligation constitutionnelle de divulgation de la
preuve, sans pour autant impliquer que la poursuite s'en est déchargée66.
Dossier d'enquête : Assurément, le dossier d'enquête de la police et tout ce qui se rapporte visiblement à la poursuite engagée contre l'accusé sont des renseignements
manifestement pertinents67, ce qui exclut les dossiers opérationnels de la police68. Généralement, les renseignements faisant partie de l'obligation principale sont soit en possession
du poursuivant, soit sous son contrôle. Par exception, ils peuvent être d'une nature telle que l'organisme d'enquête de l'État qui les a en sa possession ou sous son contrôle doit les
transmettre au poursuivant69. Si aucune de ces deux situations n'entre en jeu, le régime de communication applicable est celui visant des renseignements en la possession de
tiers70. L'obligation du poursuivant est également continue, ce qui signifie que «la communication de la preuve doit être complétée dès la réception de renseignements
complémentaires71», même dans le cadre d'une procédure d'appel, alors que le poursuivant doit communiquer tout renseignement qui peut raisonnablement aider l'appelant à faire
valoir sa thèse en appel72.
Dans l'arrêt O'Connor, la Cour a précisé que lorsque la poursuite est en possession d'un document, il est présumé pertinent73 et qu'il fait donc partie du dossier de l'accusé74. Il
importe peu que le poursuivant n'ait pas d'intérêt pour le renseignement dans la conduite de sa cause, il doit communiquer «non seulement les renseignements [qu'il] entend
produire en preuve, mais aussi ceux qu'il n'a pas l'intention de produire. Aucune distinction ne devrait être faite entre preuve inculpatoire et preuve disculpatoire75».
Bien que la Cour suprême ait reconnue qu'une attente raisonnable résiduelle en matière de protection de la vie privée touche certains renseignements figurant dans les dossiers
d'enquête, le droit à une défense pleine et entière l'emporte sur le droit résiduel des tiers à la protection de la vie privée76. La Cour a indiqué qu'il est peu vraisemblable que le
droit à la protection de la vie privée justifie un refus de divulguer un document pertinent; le juge devra plutôt supprimer certains passages non pertinents ou ordonner des mesures
pour éviter des atteintes inutiles à la vie privée77.
Utilité pour la défense : Le poursuivant doit communiquer tout renseignement qui présente une certaine utilité pour la défense et s'abstenir de décider si tel est effectivement le
cas; cette décision appartient à la défense78. La notion de pertinence est interprétée largement et dans l'arrêt Egger, où le juge Sopinka a indiqué qu'elle vise tout renseignement
pouvant être utile à la défense «pour parvenir à une décision susceptible d'avoir un effet sur le déroulement de la défense comme, par exemple, de présenter ou non une preuve79».
Dans l'arrêt Dixon, le juge Cory a ajouté que pour diminuer le risque de non-divulgation par inadvertance, la poursuite serait bien avisée de transmettre les déclarations de tous les
témoins, même si elles ne semblent pas pertinentes à l'origine80. Elle doit pécher par inclusion81. On s'attend à ce que la poursuite se conforme à son obligation avec bonne foi et
intégrité82. Dans l'arrêt Taillefer, la Cour a souligné que le poursuivant «ne peut pas s'appuyer sur les incertitudes du droit relatif à la divulgation de la preuve afin de justifier
l'omission de divulguer83». La Cour suprême a indiqué qu'une cour d'appel qui conclut à la possibilité raisonnable que le renseignement aurait pu être utile à la défense suffit pour
conclure à une violation du droit, ce qui illustre le critère préliminaire fort peu élevé qui déclenche l'obligation principale84.
Cela dit, la Cour d'appel de l'Ontario a toutefois précisé que l'État n'est pas tenu d'enquêter selon les vœux de l'accusé qui ne bénéficie ni d'un droit constitutionnel à une enquête
adéquate, ni d'un droit d'établir l'objectif d'une enquête criminelle, ni d'un droit à ce que l'État enquête relativement au bien-fondé d'un moyen de défense117. Cela irait à l'encontre
du principe accusatoire de notre système de procédure pénale et pourrait conférer à la défense le contrôle de l'enquête policière118. Vu ses devoirs envers l'administration de la
justice, le poursuivant a néanmoins l'obligation de vérifier les informations sérieuses qui n'ont pas été couvertes par l'enquête policière ou les prétentions de la défense lui
démontrant que la communication de la preuve ne lui a pas été faite, d'en vérifier les causes et de partager les résultats de sa vérification avec l'avocat de l'accusé119.
Limites à l'obligation de communiquer
Éléments manifestement sans pertinence : L'obligation de divulgation incombant au ministère public n'est pas absolue159, mais elle admet peu d'exceptions160. Nous avons déjà
souligné l'exigence de la pertinence dans le processus de divulgation avec la conséquence que la poursuite peut refuser de divulguer les éléments manifestement sans
pertinence161. À titre d'exemple, dans le contexte de la sélection du jury, on a jugé que le poursuivant n'est pas tenu de communiquer les renseignements de notoriété publique ou
autres renseignements informels qu'elle obtient pour se former une opinion sur les candidats jurés162. Lorsque la poursuite entend invoquer l'absence de pertinence pour justifier
son refus de communiquer un renseignement, il ne suffit pas de l'affirmer généralement, il lui revient de le démontrer163. Pour l'analyse, le caractère inculpatoire ou non n'est pas
une considération valable164. Parfois, cette démonstration devra être faite au moyen d'un expert165.
Éléments en possession d'un tiers : Le poursuivant n'a pas non plus à communiquer ce qui n'est pas en sa possession ou sous son contrôle166. Cette exception ne s'intéresse pas à
la pertinence, mais à l'obligation de communiquer le renseignement dans le cadre de l'obligation principale du poursuivant. Lorsque l'accusé souhaite obtenir un tel
renseignement, il doit présenter une requête pour obtenir la preuve entre les mains d'un tiers167. Mentionnons également que les dossiers opérationnels du service de police,
c'est-à-dire qui ne sont pas propres à une enquête en particulier, ne sont pas des éléments en la possession du poursuivant, mais bien du corps policier168. On a décidé que le
poursuivant n'est pas tenu de communiquer un dossier policier concernant la même plaignante, mais visant une affaire dans laquelle l'accusé n'était ni prévenu ni suspect169. De
même, les policiers n'ont pas à interroger tous les corps policiers du pays pour leur demander s'ils détiennent des informations sur un témoin important de la poursuite170. La Cour
d'appel du Québec a indiqué qu'il en est de même des éléments de preuve en possession d'un gouvernement étranger171. Par ailleurs, si les documents recherchés sont du domaine
public et que le ministère public ne les a pas en sa possession, il revient à l'accusé de se les procurer172.
Preuve frappée d'un privilège : Les renseignements frappés d'un privilège font également figure d'exceptions173. Il est maintenant reconnu que certaines communications entre
un enquêteur et un substitut du procureur général se révèlent privilégiées et qu'elles n'ont pas à être communiquées174. Les discussions et les documents liés aux
négociations menant à une entente sur le plaidoyer sont quant à eux visés par le privilège relatif aux règlements175. De même, des considérations de sécurité nationale peuvent
limiter l'étendue de la divulgation. Des solutions de rechange, comme le recours à un avocat spécial, peuvent s'avérer une solution justifiable en vertu de l'article premier de la
Charte176. Dans le cas de l'identité des informateurs, il faut se rappeler que le ministère public, comme tous les intervenants judiciaires, a l'obligation de la taire177. La poursuite
peut également invoquer le privilège relatif aux techniques d'enquête policière pour refuser, à titre d'exemple, la divulgation des emplacements secondaires et secrets des numéros
de série de véhicules automobiles178.
L'obligation de divulguer est également limitée par le «privilège relatif au litige», dont la Cour suprême a traité dans un contexte civil179 dans l'arrêt Blank c. Canada (Min. de la
justice). Ce privilège vise tous les renseignements que collige une partie, ou plus généralement son procureur, en vue de la préparation d'un litige. Sans statuer définitivement sur
cette question, le juge Fish a indiqué que vraisemblablement, il englobe en outre les documents recueillis ou copiés, et non créés, en vue du litige. En outre, la Cour a reconnu
qu'il s'agit d'un concept distinct du secret professionnel de l'avocat, même s'ils coexistent et parfois se chevauchent dans le contexte d'un litige180. Toutefois, ce privilège naît
même en l'absence d'une relation avocat-client. Parce qu'il vise essentiellement à assurer l'efficacité du processus contradictoire, il crée une zone de confidentialité pour permettre
aux parties à un litige de préparer leur cause, même si les documents et renseignements visés ne sont pas en soi confidentiels181. Le privilège vise donc les discussions entre
l'avocat de la défense et un témoin de sorte que les policiers ne peuvent ensuite interroger ce dernier pour connaître la nature des discussions tenues avec l'avocat182. En revanche,
parce qu'il s'applique dans le cadre d'un litige, le privilège relatif au litige prend fin lorsque le litige, et tous ceux qui lui sont étroitement connexes, sont réglés183.
Cela étant, la Cour suprême a reconnu deux exceptions à ce privilège. Premièrement, il ne protège pas contre la divulgation d'éléments de preuve démontrant un abus de
procédures ou une conduite répréhensible. Il en résulte donc que la personne qui demande la divulgation peut l'obtenir si elle démontre prima facie une telle conduite.
Deuxièmement, des documents protégés par un tel privilège devront être divulgués s'il est démontré, selon les critères définis en la matière184, que cela est nécessaire pour établir
l'innocence de l'accusé185 ou que les circonstances établissent que le détenteur du privilège y a renoncé expressément ou implicitement186.
La procédure visant à forcer l'exécution de l'obligation principale
Point de départ de l'obligation : Dans l'arrêt Stinchcombe, le juge Sopinka a indiqué qu'une demande de divulgation par l'accusé ou en son nom «fait naître une obligation»
pour le poursuivant de divulguer les éléments de preuve dont il dispose, c'est-à-dire son obligation principale. La Cour suprême a souligné que ce droit fondamental entraîne
l'obligation pour la poursuite d'informer l'accusé non représenté de son droit et impose au juge de s'assurer que cela a été fait avant d'accepter un plaidoyer187. On peut sans doute
dire que le juge n'a pas à attendre la présentation d'un plaidoyer et qu'il doit intervenir aussitôt qu'il constate une difficulté. Lorsque l'accusé non représenté est détenu, le
ministère public doit prendre des mesures pour s'assurer qu'il reçoive la preuve; et le juge, s'il constate un problème, doit s'impliquer pour le régler et informer l'accusé de ses
droits à cet égard, de même qu'aux réparations prévues par le droit188.
Demande au juge du procès : L'accusé insatisfait doit diligemment présenter une demande de divulgation à n'importe quel moment après que l'accusation ait été portée189. Le
juge Sopinka a indiqué que «la communication initiale de la preuve devrait avoir lieu avant que l'accusé ne soit appelé à choisir son mode de procès ou à présenter son
plaidoyer190». L'accusé ne peut espérer trouver remède en appel s'il n'a pas diligemment demandé la communication des éléments recherchés pour des motifs stratégiques.
Existence douteuse de la preuve : Par contre, lorsque l'existence des renseignements est mise en doute, le ministère public n'est pas tenu de faire quoi que ce soit tant que la
défense ne démontre pas l'existence et la pertinence des renseignements. La Cour a déclaré ce qui suit: [...] [L]'obligation pour la défense d'établir un fondement à sa demande de
divulgation sert à empêcher des demandes qui reposent sur la conjecture et qui sont fantaisistes, perturbatrices, mal fondées, obstructionnistes et dilatoires. [...][Link] faisant, le
juge Sopinka a sciemment évité de qualifier le fardeau de la défense, se limitant à utiliser le terme «fondement» et excluant d'emblée les termes «vraisemblance» et «question
réelle» employés dans certaines décisions. Il a suggéré que la défense pourra s'acquitter de cette obligation «non pas par la production d'éléments de preuve ou par la
démonstration de leur existence, mais par les observations orales de l'avocat, sans qu'il soit besoin d'un voir-dire204». Le juge peut toutefois en exiger la tenue si les observations
sont insuffisantes. Une fois le fondement établi, il revient au ministère public de justifier sa persistance dans la non-divulgation205.

Généralités : Dans l'arrêt Stinchcombe1, la Cour suprême a désapprouvé le comportement du poursuivant qui avait «caché» à l'avocat de la défense des déclarations
disculpatoires d'un témoin obtenues lors de l'enquête policière. Seul à posséder ces informations, la Cour a conclu que le ministère public devait les produire puisqu'elles
contribuaient à éclaircir les événements en cause. Le juge Sopinka, pour la Cour, ne manque pas de souligner qu'«[à] l'époque où le système accusatoire en était à ses débuts [...]
la surprise constituait alors une arme acceptée dans l'arsenal des parties au litige», tant en matière civile que criminelle, mais que «[f]ait révélateur, dans les instances civiles, cet
aspect du système accusatoire est depuis longtemps disparu, si bien que la communication intégrale des documents et l'interrogatoire oral des parties, et même des témoins, sont
des éléments familiers de la pratique2».
L'arrêt Stinchcombe18 a élevé à un niveau constitutionnel la pratique de la communication de la preuve et en a uniformisé les règles fondamentales dans tout le pays. Autrefois, on
a cru que cette procédure n'avait aucun caractère contraignant pour le ministère public19, quoique à tort20, et il est arrivé que la poursuite ait refusé une communication complète à
l'accusé. Désormais, il s'agit d'une obligation constitutionnelle qui échoie à la poursuite et elle ne peut s'y soustraire. La Cour suprême a déclaré que «[l]es manquement à
[l'obligation de communiquer] constituent une violation très grave de la déontologie juridique21».
Outre les considérations juridiques fondées sur la justice fondamentale, d'autres, d'ordre pratique, ont motivé la décision de la Cour: [...] Il y a en outre une preuve convaincante
que l'augmentation du nombre de plaidoyers de culpabilité et d'accusations retirées ainsi que le raccourcissement des enquêtes préliminaires ou la renonciation à en tenir
permettraient de réaliser de grandes économies de temps et de réduire en conséquence les retards. [...]22.
Témoins de la partie adverse : En common law, autrement que par le mécanisme de l'enquête préliminaire16, l'accusé n'a jamais pu, comme en droit civil, contraindre les
témoins de la partie adverse à témoigner et à produire des documents. Toutefois, l'omission de divulguer des renseignements peut faire réussir un appel si cela porte atteinte à
l'équité du procès. Dans l'arrêt C. (M.H.), la Cour suprême, sous la plume de la juge McLachlin, a rappelé ce principe et elle a ajouté ce qui suit: À mon avis, il incombe aux
tribunaux d'être vigilants afin de s'assurer que l'appelant a subi un procès équitable et si jamais le comportement de la poursuite, c'est-à-dire de la police et du procureur du
ministère public, causait une injustice, alors les tribunaux devraient réagir avec fermeté afin de corriger cette injustice17.

Le droit Droits distincts : Le droit d'obtenir les documents en possession du


ministère public ou d'une tierce partie est un droit constitutionnel23. La
de communication de la preuve est une composante essentielle du droit à une
l'accusé à défense pleine et entière24, «un des piliers de la justice criminelle25» et une
partie intégrante des principes de justice fondamentale enchâssés à l'article
une 7 de la Charte26.
défense Dans l'arrêt La27, la Cour suprême a précisé que le droit à la divulgation et
celui à une défense pleine et entière sont néanmoins distincts en ce qu'il
pleine et est possible que la poursuite ait satisfait à ses obligations à l'égard du
entière premier, mais qu'il y ait néanmoins atteinte au second. Ce pourrait être le
cas, comme nous le verrons, lorsqu'il se produit une perte excusable d'un
élément de preuve. À l'inverse, il sera possible de conclure que la preuve
non communiquée n'aurait eu aucun impact sur la défense présentée28.
Dans l'arrêt Dixon, la Cour suprême du Canada a indiqué qu'il peut y avoir
eu violation du droit à la divulgation sans qu'il y ait eu atteinte au droit à
une défense pleine et entière29. Dans l'arrêt Bjelland, la Cour a rappelé que
la communication tardive de la preuve ne porte pas nécessairement atteinte
au droit à une défense pleine et entière30. Cette distinction est
particulièrement pertinente au niveau de la cour d'appel qui bénéficie d'une
vue d'ensemble sur la procédure. Par conséquent, si, malgré la violation, le
procès a été fondamentalement équitable, la cour pourra alors refuser
d'ordonner un nouveau procès à titre de réparation31.
Droit non Généralités: En règle générale, l'accusé ou la «défense» n'est pas
réciproquement tenu à la divulgation. La Cour suprême l'avait affirmé
réciproqu dans l'arrêt Stinchcombe: J'ajouterais que les fruits de l'enquête qui se
e trouvent en la possession du substitut du procureur général
n'appartiennent pas au ministère public pour qu'il s'en serve afin d'obtenir
une déclaration de culpabilité, mais sont plutôt la propriété du public qui
doit être utilisée de manière à s'assurer que justice soit rendue. La défense,
par contre, n'est nullement tenue d'aider la poursuite et il lui est loisible de
jouer purement et simplement un rôle d'adversaire à l'égard de cette
dernière. L'absence d'une obligation de divulguer peut donc se justifier
comme étant compatible avec ce rôle32.
Cela étant dit, dans l'arrêt J.J., la majorité a rappelé qu'elle y avait aussi
affirmé que «[l]'assertion que cette obligation devrait être réciproque peut
mériter que notre Cour s'y arrête à une autre occasion33». Elle a également
insisté pour souligner que la jurisprudence n'établit pas une règle générale
interdisant la communication des moyens de défense34. En général,
«lorsqu'aucune communication n'est requise, le juge des faits ne peut tirer
une conclusion défavorable à l'égard de la défense en raison de son choix
de ne pas communiquer sa preuve35», mais une obligation réciproque est
possible. Selon la majorité dans J.J., «[a]ucune règle absolue n'interdit
d'exiger que la défense communique sa preuve au ministère public avant
que la poursuite termine la présentation de sa preuve36».
En fait, on recense quelques obligations de cette nature. L'accusé doit
divulguer au poursuivant, dans une certaine mesure, le témoignage de son
expert37 ou sa défense d'alibi38. L'accusé doit aussi demander l'autorisation
de produire une preuve des comportements sexuels antérieurs d'une
plaignante39 ou un dossier visé par le régime particulier de protection des
dossiers en matière de crimes à caractère sexuel40. La Cour suprême a
également rappelé l'obligation de demander la permission du juge pour
produire une preuve de la propension à la violence d'une victime
décédée41. Enfin, il faut mentionner que l'avocat de la défense, et non
l'accusé comme tel, est tenu à une obligation de nature déontologique de
divulguer toute information concernant la capacité de siéger d'un candidat
juré42.
En matière de preuve d'expert
L'expert de la défense : Lorsque la défense annonce un témoignage
d'expert, la Cour suprême a décidé qu'elle doit divulguer à l'avance à la
poursuite le rapport de l'expert aux fins du contre-interrogatoire dans le
but, notamment, d'éviter un ajournement du procès43. Le Code
criminel prévoit désormais des règles à cet effet44.
2. En matière de défense d'alibi
Nature de la défense: En matière d'alibi, le droit prévoit que la
présentation de cette défense exige que l'accusé, en principe, en
communique la teneur à la poursuite45. Pour bien comprendre l'obligation,
précisons ce qu'est la défense et l'impact du défaut de divulgation. Il faut
comprendre que toute défense impliquant une dénégation n'est pas un alibi
et n'entraîne pas cette obligation. Le mot alibi signifie «ailleurs»,
c'est-à-dire que l'accusé prétend, par une preuve extrinsèque au corpus
delicti46, qu'il n'était pas sur les lieux du crime et qu'il n'a pu y participer
d'aucune façon47. Cette défense est souvent suspecte puisqu'elle se
rapproche, par sa nature, d'une preuve préconstituée et qu'elle est très
souvent corroborée par des amis ou des connaissances de l'accusé. Ni l'un
ni l'autre de ces motifs n'autorise le rejet sommaire de la défense dans la
mesure où en droit, elle n'exige aucune corroboration et que, lorsqu'elle est
corroborée, c'est fréquemment par des témoins proches de l'accusé48. Cela
explique cependant l'importance de la divulgation par la défense.
Communication préalable : Cette obligation de divulgation est
circonscrite. Il faut que cette communication soit faite suffisamment tôt,
par opposition à «immédiatement lors de l'arrestation»49 et qu'elle soit
suffisamment précise pour permettre aux autorités de la vérifier. Si cette
communication n'est pas faite, la défense sera recevable, mais le juge
devra indiquer au jury qu'il peut en tenir compte pour apprécier la
crédibilité de l'accusé et la valeur de la défense. Comme nous l'avons vu, il
est également possible de tenir compte de l'absence de témoignage de
l'accusé au soutien de son alibi50.
L'obligation de communication préalable par la défense peut avoir comme
conséquence de modifier l'approche de la poursuite puisqu'à la suite de la
signification de l'avis, elle pourra présenter une preuve portant sur une
date différente de celle reprochée et, en vertu de l'alinéa 574(1)b) et du
paragraphe 601(2), déposer un acte d'accusation conforme à cette preuve
ou la modifier en conséquence. La Cour d'appel du Québec indiquait que
l'accusé n'acquiert pas, à la suite de son avis, un «droit à l'alibi51».
Effet de l'alibi rejeté et faux alibi : Dans l'arrêt Hibbert, la Cour suprême
a résumé l'état du droit en ce qui touche le rejet d'un alibi en six
propositions52. Premièrement, le seul fait que l'alibi ne soit pas cru, en
l'absence d'une preuve de fabrication, ne constitue pas une preuve de
culpabilité; cela n'a aucune valeur probante. Deuxièmement, le seul fait de
ne pas y ajouter foi n'est pas suffisant pour étayer une preuve de
fabrication. Il doit y avoir au dossier d'autres éléments qui justifient de
conclure qu'il a été délibérément fabriqué et que l'accusé a participé à cette
manœuvre. Troisièmement, une preuve de fabrication de l'alibi par l'accusé
ou avec son approbation permet de tirer une inférence de conscience de
culpabilité. Quatrièmement, dans le cas d'un jury, il doit être informé qu'il
n'est pas tenu de faire cette inférence. Cinquièmement, un alibi fabriqué ne
constitue pas une preuve concluante de culpabilité. Enfin, sixièmement,
s'il y a plusieurs accusés, même en présence d'une preuve de fabrication, le
juge doit aviser le jury que l'alibi fabriqué peut lui permettre d'inférer la
présence de l'accusé sur les lieux, mais pas nécessairement sa participation
au crime. Le faux alibi peut être concocté avant la commission de
l'infraction53. La preuve de fabrication peut découler des circonstances
dans lesquelles est faite la déclaration qui contient l'alibi54. Toutefois, la
preuve de fabrication doit être séparée ou indépendante de la preuve qui
démontre la culpabilité par la fausseté de l'alibi55. Elle doit permettre de
démontrer (1) que l'accusé a délibérément soumis un alibi faux et (2) que
l'accusé l'a fait délibérément en raison d'un état d'esprit coupable56. Le juge
doit expliquer au jury la différence entre une preuve qui permet de rejeter
un alibi et celle qui en prouve la fausseté, en plus de minutieusement
attirer l'attention du jury sur les éléments de preuve susceptibles de lui
permettre de conclure ainsi57.

4. LE R. c. Anthony-Cook
Article 606(1.1) Code Crim.
PLAIDOY
ER Contexte des discussions sur le plaidoyer
Généralités : En droit canadien, le concept de plea bargaining vise les discussions et ententes relatives aux accusations criminelles. L'expression est généralement traduite et
comprise par la «négociation de plaidoyer», mais la Commission de réforme du droit du Canada (CRDC) préfère utiliser l'expression «entente sur le plaidoyer». Nous utiliserons
également et davantage l'expression «discussions sur le plaidoyer» qui reflète mieux la réalité. Pour la CRDC, il s'agit de «toute entente suivant laquelle l'accusé accepte de
plaider coupable, le poursuivant s'engageant en échange à adopter ou à ne pas adopter une ligne de conduite donnée1». Pour plusieurs, les ententes sur le plaidoyer sont
essentielles au bon fonctionnement du système de justice criminelle. Sans cette possibilité, les accusés plaideraient «non coupable» plus souvent et cela exercerait une pression
indue sur le système. Cette position est toutefois démentie par d'autres pour qui les ententes sur le plaidoyer resteront toujours une aberration du système, un «marchandage»
inacceptable de la justice. Pour eux, l'augmentation de volume ne serait pas aussi importante qu'on le prétend; tout au moins, elle pourrait être contrôlée par d'autres méthodes
telles qu'une déjudiciarisation plus fréquente, des pratiques plus efficaces en matière de poursuites ou simplement l'augmentation des ressources humaines et matérielles du
système2.
La Commission canadienne sur la détermination de la peine (CCDP) consacrait un chapitre entier de son rapport final aux ententes sur le plaidoyer3. La CCDP a mis en lumière
ce que d'aucuns avaient soupçonné: les discussions sur le plaidoyer recouvrent une grande diversité d'activités. À la suite de ses recherches, la CCDP a identifié trois moments
clés où les discussions interviennent4:
La négociation sur les accusations:
a) la diminution à des infractions moindres ou incluses;
b) le retrait ou l'abandon d'autres accusations, ou la promesse de ne pas intenter de poursuites à propos d'infractions dont il serait possible de faire la preuve;
c) la promesse de ne pas intenter de poursuites contre des amis ou la famille du contrevenant.
La négociation sur la sentence:
a) la promesse faite par la Couronne de procéder par voie de déclaration sommaire de culpabilité plutôt que de mise en accusation;
b) la promesse de recommander une sentence donnée;
c) la promesse de ne pas s'opposer à la sentence recommandée par l'avocat de la défense;
d) la promesse de ne pas en appeler de la sentence imposée en première instance5;
e) la promesse de ne pas essayer d'obtenir une sentence plus sévère;
f) la promesse de ne pas demander une période de détention préventive en vertu de l'article 688 [devenu 752] du Code;
g) la promesse de faire des recommandations sur le lieu d'emprisonnement, le type de traitement, etc.;
h) la promesse de comparaître devant tel ou tel juge.
La négociation sur les faits de la cause:
a) la promesse de ne pas «offrir» de renseignements préjudiciables à l'accusé (par exemple, ne pas mentionner qu'il a déjà fait l'objet de condamnations antérieures au titre
des articles 237 et 239 du Code criminel);
b) la promesse de ne pas faire état, au cours du procès, de circonstances que le juge pourrait considérer comme aggravantes6.
Comme on le constate, les discussions sur le plaidoyer se produisent à différentes étapes et sur plusieurs aspects des inculpations. Ces constatations empiriques ne doivent
cependant pas justifier les pratiques contraires aux devoirs éthiques de l'avocat7. Le problème réside essentiellement dans le manque de transparence du processus. Ce manque de
transparence embête à la fois le public et les accusés. Dans le premier cas, la CRDC constate les résultats d'un sondage démontrant que «plus de soixante-huit pour cent des
personnes interrogées [...] ont déclaré désapprouver fortement, d'une manière générale, la pratique de la "négociation de plaidoyer"8». En outre, elle tend à miner la confiance du
public face aux peines qui en résulte. Quant aux accusés, ils ont déjà souhaité obtenir l'assistance d'une tierce personne lors de ces négociations, ce qui est assez surprenant.
Plusieurs détenus qui ont vécu l'expérience doutent en effet que les tractations soient toujours à leur avantage, malgré la présence de leur avocat9.
La transparence de la suggestion commune : D'un point de vue pratique, il est très fréquent qu'à la suite de discussions entre elles, les parties se présentent devant le juge pour
qu'il entérine, à la suite du plaidoyer de culpabilité, une «suggestion commune» ou une «recommandation commune» sur la peine, ce qui inclut une suggestion touchant un aspect
substantiel de la détermination de la peine, comme le calcul réservé à la détention provisoire23 ou à la suite de la violation des conditions d'une peine d'emprisonnement avec
sursis24. La jurisprudence a nécessairement dû réagir à cette réalité pour établir les paramètres de cette pratique. Un paramètre important demeure le dévoilement des faits à la
base des discussions entre les parties puisque, sauf exception, la recommandation est présentée à un juge qui ignore tout du dossier. Les parties ont donc l'obligation d'exposer au
juge tous les faits de l'affaire, incluant les circonstances aggravantes et atténuantes. Cela dit, s'il est vrai que le juge n'est pas toujours saisi de l'ensemble des circonstances ou des
considérations discutées entre les parties, elles ont l'obligation déontologique de ne pas l'induire en erreur25. Par contre, il est probablement sage de déposer un résumé écrit des
faits, éliminant du coup tout quiproquo26. Le juge est alors lié par les faits ainsi décrits27, même s'il n'est pas tenu d'accepter les inférences qu'en tirent les procureurs28. Un juge ne
peut ignorer les explications du ministère public sur les difficultés anticipées pour faire la preuve de l'infraction, ce qui peut justifier une peine plutôt clémente29.
Le caractère confidentiel des discussions : La common law reconnaît que les discussions entre les parties portant sur le règlement potentiel d'une affaire sont privilégiées30.
Une confidentialité similaire s'applique aux discussions et aux documents liés aux ententes sur le plaidoyer31. Toutefois, ce privilège ne vaut pas si on veut prouver qu'une entente
est survenue, qu'un des intervenants a proféré des menaces32 à un autre ou a autrement commis un acte illégal33, ou que l'accusé a rendu ou s'apprête à rendre un faux
témoignage34. De même, on a décidé, quoique dans un litige civil, que ce privilège ne saurait empêcher une entreprise de presse de divulguer la position des parties à la
négociation, obtenues par le biais d'une source confidentielle qui n'est pas partie au litige35. Par ailleurs, le privilège peut être écarté si le prévenu démontre que cela est nécessaire
pour prouver son innocence. Le critère applicable est celui retenu par la common law en matière de communication de documents confidentiels36. Les parties n'ont donc pas à
dévoiler la nature de leurs discussions37. À cet égard, la Cour d'appel de l'Ontario a rappelé que le caractère confidentiel de ces discussions est robuste. Il faut cependant en
permettre la preuve par l'accusé pour démontrer une inconduite de la part du ministère public, mais on ne peut pas, sauf exception, forcer ce dernier à fournir des explications sur
l'exercice de sa discrétion38 sous réserve des cas où il négocie de mauvaise foi ou avec un motif oblique ou face à une proposition si inhabituelle qu'elle demande des
explications39.
Les raisons de la suggestion commune complète : Les explications dévoilées au juge sont évidemment en lien avec un autre paramètre important qui est le quid pro quo dans
les discussions sur le plaidoyer. Un déséquilibre peut miner la confiance du public et les juges ont donc parfois l'obligation de demander des explications supplémentaires si
l'entente est controversée40. Sans révéler leurs discussions, les avocats doivent trouver une façon de l'expliquer au risque de voir le juge du procès rejeter leur recommandation41.
Les explications contribuent à la confiance du public, lequel ne reste pas avec l'impression que le processus est irrégulier42. Lorsqu'il n'est pas souhaitable de le révéler
publiquement «en raison de préoccupations quant à la sécurité ou la vie privée, ou du risque de mettre en péril des enquêtes criminelles en cours»43, les avocats doivent trouver
d'autres moyens de le communiquer au juge pour constituer un dossier adéquat pour les besoins d'un appel éventuel44.L'importance du quid pro quo est bien illustrée en
jurisprudence. La valeur de la suggestion qui découle des discussions sur le plaidoyer est pleinement reconnue lorsque l'issue du procès est problématique45, fait partie d'un accord
global impliquant une atténuation de la gravité de l'accusation et un engagement à témoigner46, d'une entente de règlement de plusieurs affaires47, et qu'au surplus, elle est
négociée par des avocats d'expérience48 et que la suggestion se situe à l'intérieur de la fourchette reconnue pour les peines visant ce type d'infraction49 ou est motivée par des
problèmes d'engorgement des rôles50. Plus le quid pro quo est évident, plus la suggestion commune sera contraignante51. Pour ces raisons, les avocats ne devraient pas hésiter à
informer le juge de tous les détails entourant l'entente52. Lorsqu'une suggestion commune se dégage des observations des parties sur la peine après le procès, on a jugé qu'il ne
s'agissait pas d'une suggestion commune au sens de la jurisprudence et qu'elle n'a aucune force contraignante53. L'absence de quid pro quo peut influer sur le caractère
contraignant de la suggestion54. Toutefois, l'objectif de respecter la suggestion commune demeure pour maintenir la confiance des parties, sans quoi elles «peuvent plutôt choisir
d'accepter les risques d'un procès ou d'une audience de détermination de la peine contestée55». Or, lorsqu'une suggestion commune sur la peine survient après le procès, certaines
cours d'appel ont jugé que, sans y référer expressément, ce dernier objectif semble moins important et qu'elle n'a pas la même force contraignante si le juge possède tous les
éléments pertinents à la détermination de la peine56. Néanmoins, l'objectif de maintenir la confiance des parties et celui d'éviter des audiences sur la détermination de la peine
contestées demeurent importants, de sorte que le juge ne devrait pas diminuer l'importance à accorder à la suggestion57.
La Cour suprême a jugé qu'en principe, la recommandation commune devrait être acceptée telle que présentée. Le juge ne devrait pas y ajouter des éléments comme une
ordonnance de probation77, surtout quand les parties l'avaient envisagée dans leurs discussions et qu'elles fournissent des explications78. De même, la Cour rappelle que la
clémence apparente de la peine79 ne doit pas occulter la position de faiblesse de l'accusé vis-à-vis la poursuite, surtout lorsque l'accusé n'est pas représenté par avocat ou qu'il est
détenu au moment de la détermination de la peine, ce qui peut justifier une peine plus clémente «dans des circonstances limitées80». Inversement, lorsque le juge envisage
d'imposer une peine en deçà de la recommandation commune, il doit «se rappeler que la confiance de la société envers l'administration de la justice risque d'en souffrir si un
accusé profite des avantages d'une recommandation conjointe sans avoir à purger la peine convenue81». À cet égard, si l'accusé a droit au respect de l'entente en raison de sa
renonciation à un procès, la société s'attend à ce que le juge ne diminue pas de manière inconsidérée la peine proposée dans le contexte où l'État, en contrepartie, par exemple,
abandonne des accusations82. Toutefois, il est clair que les barèmes habituels ne constituent plus toujours des guides adéquats pour évaluer le caractère approprié de la peine
suggérée. Ainsi, la Cour suprême accepte «la possibilité qu'une peine, qui serait par ailleurs considérée comme manifestement non indiquée en l'absence d'une recommandation
conjointe, puisse néanmoins être acceptable lorsqu'elle est recommandée» et qu'«une peine très clémente, même si elle est «manifestement non indiquée», peut, dans une affaire
donnée, servir le bien commun83». En grande partie, cela repose sur le quid pro quo sur lequel repose la suggestion commune. La Cour donne l'exemple de la peine très clémente
en échange de la collaboration du délinquant dans des dossiers plus graves84. En fait, la prise en compte des avantages qu'offre la suggestion commune change le contexte et elle
s'ajoute aux considérations qui servent autrement à évaluer le caractère raisonnable ou la justesse de la peine85.
La suggestion incomplète : L'objectif étant d'encourager des recommandations communes, la Cour suprême ne favorise pas les suggestions qui ne règlent pas tous les aspects de
la peine. Par exemple, dans l'arrêt Brière, la Cour d'appel du Québec avait indiqué que si les parties recommandent uniquement de l'emprisonnement tout en proposant des durées
distinctes, il ne s'agit pas d'une recommandation commune92. L'arrêt Nahanee a été l'occasion de souligner que les avantages d'une suggestion incomplète sont sensiblement
réduits puisqu'il faut alors tenir une audience de détermination de la peine contestée, que les parties devront préparer afin de présenter des observations exhaustives, ce qui ne
favorise pas la certitude et l'efficacité des recommandations communes93. Conférer à ce type d'entente la même portée que les recommandations conjointes équivaudrait à
dévaluer ces dernières puisque les parties pourraient toujours espérer plus lors de l'audience de détermination de la peine contestée94. Qui plus est, appliquer «le critère de l'intérêt
public aux audiences de détermination de la peine contestées limiterait le pouvoir discrétionnaire du juge en plafonnant dans les faits la durée des peines à l'extrémité supérieure
de la fourchette de peines proposée par la Couronne95».
La suggestion contraire à l'intérêt public : La Cour suprême a identifié deux approches sur la question. La première permet au juge de rejeter une recommandation commune
qui n'est pas juste ou raisonnable, tandis qu'une autre exige qu'elle soit contraire à l'intérêt public96. La Cour suprême a opté pour la seconde97 et elle a expliqué que ce critère, plus
rigoureux, repoussait la tentation de rejeter la recommandation commune sur la base d'un simple désaccord98. De cette manière, la recommandation doit être acceptée à moins que
la peine proposée soit susceptible de déconsidérer l'administration de la justice ou qu'elle soit par ailleurs contraire à l'intérêt public99. Tâchant de préciser davantage ce que cela
signifie, la Cour explique que le juge pourra rejeter la recommandation uniquement si elle est «à ce point dissociée des circonstances de l'infraction et de la situation du
contrevenant, [qu']une personne raisonnable et bien renseignée» ne l'accepterait pas, ce qui établit sans contredit un seuil élevé100. Ce seuil est atteint si, malgré tous les avantages
qu'on reconnaît à l'exercice, la peine suggérée «correspond si peu aux attentes des personnes raisonnables instruites des circonstances de l'affaire que ces dernières estimeraient
qu'elle fait échec au bon fonctionnement du système de justice pénale101».
L'obligation du juge qui pense rejeter la suggestion : Si le juge estime que le seuil de l'intérêt public n'est pas satisfait et qu'il entend rejeter la recommandation commune, il
doit, en toute équité, inviter les procureurs à étayer les motifs sous-jacents à leur suggestion commune102 afin qu'ils puissent, entre autres, déposer les pièces pertinentes à un appel
éventuel103. En principe, le rejet d'une recommandation conjointe sera rare104. Le juge expose alors aux parties ses préoccupations et explique pourquoi il est enclin à rejeter la
suggestion commune avant de les entendre et de leur offrir de compléter leur preuve105 et même de retirer le plaidoyer de culpabilité106. Il doit être explicite à cet égard. Il ne suffit
pas au juge, pendant les plaidoiries, de mentionner les antécédents de l'accusé et d'exprimer l'opinion générale que les peines canadiennes sont clémentes et qu'il réfléchira à la
situation107. Il ne sera pas suffisant qu'il exprime ses préoccupations de manière générique108. Il ne peut évidemment pas exprimer son ambivalence face à la recommandation
avant de se retirer et de revenir rendre une décision qui n'y est pas conforme109. Cela étant, comme l'écrivait la Cour d'appel du Québec, «cela ne signifie nullement qu'il doive en
faire un exposé détaillé ni énoncer par avance, comme s'il faisait un "pré-jugement", les raisons précises qui l'amèneront, le cas échéant, à rejeter la suggestion110». Par ailleurs, il
est périlleux pour le juge de soulever des facteurs systémiques sur lesquels les parties ne se sont pas prononcées pour rejeter une suggestion commune111. Si la preuve
additionnelle ne chasse pas les préoccupations du juge, il peut permettre à l'accusé de retirer son plaidoyer de culpabilité112. Au final, la Cour suprême exige que le juge motive de
façon claire et convaincante sa décision de ne pas donner suite à la recommandation, motifs qui seront utiles pour le règlement d'autres affaires et pour l'examen en appel, le cas
échéant113.

L’article 1 de la Charte des droits de la victime décrit c’est quoi une victime : “toute personne physique qui, à l’occasion d’un acte criminel
commis au Québec, subit une atteinte à son intégrité physique ou psychologique ou une perte matérielle, que l’auteur de cet acte criminel
B) soit ou non identifié, arrêté, poursuivi ou reconnu coupable » + ses proches et personnes à charge”.
- Droit à une indemnisation, droit de s’exprimer sur ses préoccupations et le droit à de l’information sur l’état et l’issue de l’enquête
Victim policière.
- Loi fédérale (charte des droits des victimes) : p.286
e - La déclaration de la victime est pris en compte dans la détermination de la peine [722(1) [Link])]

Il faut distinguer le procès criminel (présomption d’innocence) et la détermination de la peine. Au moment de la détermination,
le rôle de la victime est très important et est considéré pleinement, on invite d’ailleurs les victimes à écrire les conséquences du
crime qu’elles ont subies afin que cela soit déposé en [Link] y a une évolution positive sur l’attention accordée aux victimes
d’actes criminels.

La victime
Depuis 2015, dans la mesure où une entente est entérinée et que le plaidoyer a été accepté, le Code criminel impose au juge une responsabilité à l'égard de la victime86. Si
l'entente concerne une infraction de sévices graves au sens de l'article 752 du Code, le juge est tenu de s'enquérir auprès du poursuivant si des mesures raisonnables ont été prises
pour informer les victimes de l'entente87. Pour les actes criminels passibles d'un emprisonnement maximal de cinq ans ou plus, le juge doit demander au poursuivant si une
victime a manifesté son souhait d'être informée et, le cas échéant, si des mesures raisonnables ont été prises pour la satisfaire88. Si la victime n'a pas été informée, le poursuivant
doit dans les meilleurs délais, prendre les mesures raisonnables pour ce faire89. Toutefois, l'omission de respecter ces différentes obligations ne porte pas atteinte à la validité du
plaidoyer de culpabilité90. Il faut également rappeler que la détermination de la peine n'est pas une procédure de nature privée et que le souhait de la victime quant à la peine, qu'il
soit en faveur d'une peine clémente ou non, ne peut primer l'intérêt public dans les cas appropriés91.
Généralités : Le rôle de la victime en droit pénal canadien a attiré l'attention des intervenants au début des années 1980, alors qu'il était fort critiqué, notamment par la
criminologie québécoise1. Dans les faits, ce rôle a longtemps été réduit à sa plus simple expression, soit celui de témoin principal de la poursuite qu'elle n'a même pas l'obligation
de faire entendre2. Encore aujourd'hui, plusieurs estiment que ce rôle demeure trop limité, bien que certaines innovations, surtout dans le domaine de l'aide et du support moral
aux victimes, aient été mises en place par les législateurs fédéral et québécois, de même que par les organisations communautaires.
Droit exceptionnel de représentation : Malgré cela, la victime demeure en marge des procédures. Elle tient le rôle de témoin et n'est pas une «partie» au procès25. La victime
n'est pas non plus représentée par avocat au procès et les tribunaux ont déjà rappelé qu'il ne relevait pas du rôle du ministère public de prendre parti pour elle26. La seule exception
est le paragraphe 278.94(3) du Code criminel qui lui reconnaît, dans un cadre précis, le droit d'être représentée par un conseiller juridique lorsque la défense présente une requête
pour divulgation d'un dossier privé lui appartenant27.
Déclaration de la victime : Par ailleurs, le Code criminel vise à donner à la victime un rôle plus concret lors de la détermination de la peine. En effet, le paragraphe 722(1)
du Code criminel prévoit ce qui suit: Pour déterminer la peine à infliger ou pour décider si un délinquant devrait être absous en vertu de l'article 730, le tribunal prend en
considération la déclaration de la victime, rédigée en conformité avec le paragraphe (2), sur les dommages — corporels ou autres — ou les pertes causées à celle-ci par la
perpétration de l'infraction28.
Les formalités auxquelles fait référence ce passage consistent simplement en un formulaire à remplir29. La victime y inscrit toutes les informations pertinentes concernant
l'événement et l'impact de ce dernier sur sa santé tant physique que psychologique. Il est à noter que la disposition définit strictement la notion de victime, la limitant à la victime
directe d'un délit criminel ou son représentant. Ainsi, un témoin d'un acte criminel, même s'il peut en conséquence souffrir de troubles psychologiques, n'est pas une victime
autorisée à produire une déclaration30.
Le Code criminel reconnaît également, aux alinéas 718a), 718e), 718f) et 718.2e), qu'assurer la reconnaissance du tort ou la réparation à la victime sont des objectifs de la peine.
À cet égard, les articles 737.131 et 740 font une priorité de la mesure, lorsque les circonstances le permettent, en obligeant le juge, d'une part, à l'envisager et, d'autre part, en
priorisant le dédommagement de la victime avant la confiscation ou le paiement de l'amende. Enfin, les articles 722 et 722.2 du Code criminel donnent une tribune à la victime et,
dans certains cas, à un représentant de la collectivité lors de la détermination de la peine.
La suggestion incomplète : L'objectif étant d'encourager des recommandations communes, la Cour suprême ne favorise pas les suggestions qui ne règlent pas tous les aspects de
la peine. Par exemple, dans l'arrêt Brière, la Cour d'appel du Québec avait indiqué que si les parties recommandent uniquement de l'emprisonnement tout en proposant des durées
distinctes, il ne s'agit pas d'une recommandation commune92. L'arrêt Nahanee a été l'occasion de souligner que les avantages d'une suggestion incomplète sont sensiblement
réduits puisqu'il faut alors tenir une audience de détermination de la peine contestée, que les parties devront préparer afin de présenter des observations exhaustives, ce qui ne
favorise pas la certitude et l'efficacité des recommandations communes93. Conférer à ce type d'entente la même portée que les recommandations conjointes équivaudrait à
dévaluer ces dernières puisque les parties pourraient toujours espérer plus lors de l'audience de détermination de la peine contestée94. Qui plus est, appliquer «le critère de l'intérêt
public aux audiences de détermination de la peine contestées limiterait le pouvoir discrétionnaire du juge en plafonnant dans les faits la durée des peines à l'extrémité supérieure
de la fourchette de peines proposée par la Couronne95».
La suggestion contraire à l'intérêt public : La Cour suprême a identifié deux approches sur la question. La première permet au juge de rejeter une recommandation commune
qui n'est pas juste ou raisonnable, tandis qu'une autre exige qu'elle soit contraire à l'intérêt public96. La Cour suprême a opté pour la seconde97 et elle a expliqué que ce critère, plus
rigoureux, repoussait la tentation de rejeter la recommandation commune sur la base d'un simple désaccord98. De cette manière, la recommandation doit être acceptée à moins que
la peine proposée soit susceptible de déconsidérer l'administration de la justice ou qu'elle soit par ailleurs contraire à l'intérêt public99. Tâchant de préciser davantage ce que cela
signifie, la Cour explique que le juge pourra rejeter la recommandation uniquement si elle est «à ce point dissociée des circonstances de l'infraction et de la situation du
contrevenant, [qu']une personne raisonnable et bien renseignée» ne l'accepterait pas, ce qui établit sans contredit un seuil élevé100. Ce seuil est atteint si, malgré tous les avantages
qu'on reconnaît à l'exercice, la peine suggérée «correspond si peu aux attentes des personnes raisonnables instruites des circonstances de l'affaire que ces dernières estimeraient
qu'elle fait échec au bon fonctionnement du système de justice pénale101».
L'obligation du juge qui pense rejeter la suggestion : Si le juge estime que le seuil de l'intérêt public n'est pas satisfait et qu'il entend rejeter la recommandation commune, il
doit, en toute équité, inviter les procureurs à étayer les motifs sous-jacents à leur suggestion commune102 afin qu'ils puissent, entre autres, déposer les pièces pertinentes à un appel
éventuel103. En principe, le rejet d'une recommandation conjointe sera rare104. Le juge expose alors aux parties ses préoccupations et explique pourquoi il est enclin à rejeter la
suggestion commune avant de les entendre et de leur offrir de compléter leur preuve105 et même de retirer le plaidoyer de culpabilité106. Il doit être explicite à cet égard. Il ne suffit
pas au juge, pendant les plaidoiries, de mentionner les antécédents de l'accusé et d'exprimer l'opinion générale que les peines canadiennes sont clémentes et qu'il réfléchira à la
situation107. Il ne sera pas suffisant qu'il exprime ses préoccupations de manière générique108. Il ne peut évidemment pas exprimer son ambivalence face à la recommandation
avant de se retirer et de revenir rendre une décision qui n'y est pas conforme109. Cela étant, comme l'écrivait la Cour d'appel du Québec, «cela ne signifie nullement qu'il doive en
faire un exposé détaillé ni énoncer par avance, comme s'il faisait un "pré-jugement", les raisons précises qui l'amèneront, le cas échéant, à rejeter la suggestion110». Par ailleurs, il
est périlleux pour le juge de soulever des facteurs systémiques sur lesquels les parties ne se sont pas prononcées pour rejeter une suggestion commune111. Si la preuve
additionnelle ne chasse pas les préoccupations du juge, il peut permettre à l'accusé de retirer son plaidoyer de culpabilité112. Au final, la Cour suprême exige que le juge motive de
façon claire et convaincante sa décision de ne pas donner suite à la recommandation, motifs qui seront utiles pour le règlement d'autres affaires et pour l'examen en appel, le cas
échéant113.

C) Généralités : Fondamentalement, le rôle du juge canadien est de dire la loi, de reconnaître les droits, d'imposer des obligations, de protéger l'équilibre des compétences
constitutionnelles entre les deux paliers de gouvernement et d'être le défenseur de premier plan des libertés individuelles et des droits de la personne. Indiscutablement, le juge est
Juge le gardien de la loi et des valeurs qui y sont enchâssées1. À ce titre, le juge «joue un rôle important dans le fait de garder les partis pris, les préjugés et les stéréotypes en dehors de
la salle d'audience2». La procédure pénale canadienne est de type accusatoire et le rôle du juge consiste avant tout à arbitrer le débat entre l'accusateur et le prévenu. À ce titre, sa
principale fonction est d'assurer l'équité du procès. Ce rôle d'arbitre varie cependant selon qu'il préside le procès seul ou avec un jury. Dans le cas où il est seul, en plus d'arbitrer
le débat en droit et de statuer sur la recevabilité des éléments de preuve, le juge décide, à l'issue des procédures, si les faits établis prouvent hors de tout doute raisonnable la
culpabilité du prévenu. Il est donc aussi le juge des faits et il prononce lui-même le verdict. Par la suite, s'il déclare l'accusé coupable, il lui impose une peine. Par contre, s'il siège
avec un jury, le rôle du juge se limite à décider de l'admissibilité des éléments de preuve présentés au jury, ce dernier étant alors seul habilité à se prononcer sur leur valeur
probante. On dit alors que «[l]e jury est le maître des faits et le juge, le maître du droit3». Dans ce cas, le verdict est prononcé par le jury qui délibère seul, après avoir été instruit
en droit par le juge. Nous aborderons bien entendu les nombreuses facettes du rôle du juge à travers notre ouvrage. Dans cette section, nous nous arrêtons sur le rôle et les
pouvoirs généraux du juge d'instance.

Le procès inéquitable et l'alinéa 11d) de la Charte : La Cour suprême a bien expliqué cette règle dans l'arrêt Harrer677. Dans cet arrêt, l'accusée soutenait que la police
américaine avait obtenu des confessions sans respecter ses droits garantis par l'alinéa 10b) de la Charte et, en conséquence, elle en demandait l'exclusion en vertu du paragraphe
24(2). La Cour a conclu qu'il n'y avait pas eu violation du droit à l'avocat, puisque l'interrogatoire n'avait pas été fait par des agents de la paix canadiens ou par des policiers
américains agissant à titre de mandataires de la police canadienne678. En d'autres termes, il n'y avait pas eu action gouvernementale au sens de l'article 32 de la Charte, de sorte
que le paragraphe 24(2) ne s'appliquait pas. Le juge La Forest a cependant indiqué que les déclarations pouvaient être exclues s'il en résultait un procès inéquitable en raison de
leur utilisation par la poursuite au Canada. À titre d'exemple évident, une preuve obtenue par des policiers étrangers en ayant recours à la torture serait sans doute écartée679.
Ayant conclu que «les circonstances du présent cas ne créaient aucune injustice680», le juge La Forest n'a pas défini le critère applicable en la matière, quoiqu'on puisse penser que
l'application de celui-ci sera variable selon le contexte681.

La réparation à la violation d'un droit constitutionnel : Le paragraphe 24(2) de la Charte prévoit que lorsqu'un tribunal en vient à la conclusion que des éléments de preuve
ont été obtenus dans des conditions qui portent atteinte aux droits et libertés garantis par la Charte, il doit les écarter s'il est établi que, eu égard aux circonstances, leur utilisation
est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice. La contestation se fait en principe au procès682 ou, à défaut, devant la Cour supérieure683, dans le cadre d'un
voir-dire684. Sauf exception, le requérant doit convaincre le juge, par une preuve prépondérante, qu'il y a eu une violation de ses droits et qu'il faut exclure la preuve qui en
découle685. Nous étudierons successivement les critères justifiant une telle mesure et la procédure applicable à cet égard.

1. Les critères d'exclusion : L'application et la portée du paragraphe 24(2) de la Charte n'ont été établies qu'à la suite d'une volumineuse jurisprudence. Dans un premier
temps, on a émis le principe selon lequel les éléments de preuve ne seront écartés que s'ils respectent deux conditions: (1) ils ont été obtenus dans des conditions qui violent la
Charte et (2) leur utilisation, compte tenu des circonstances, est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice686. Ce principe a été repris dans l'arrêt Collins, où la
Cour suprême a insisté sur le fait qu'une preuve obtenue contrairement à la Charte ne sera pas exclue automatiquement pour cette seule raison: en effet, le paragraphe 24(2) de
la Charte exige de surcroît que l'administration de la justice soit susceptible d'être déconsidérée par l'admission de cette preuve687. En outre, la Cour suprême a insisté très tôt
sur le fait que le mécanisme d'exclusion n'est pas l'équivalent d'une réponse à la conduite de l'État elle-même, c'est-à-dire qu'elle «n'offre pas une réparation à l'égard de la
conduite inacceptable de la police en imposant l'exclusion de la preuve si, à cause de cette conduite, l'administration de la justice était déconsidérée688».

a) Les conditions d'obtention

Lien entre la violation et l'obtention : S'est posée la question de savoir si un lien entre la violation du droit protégé et l'obtention des éléments de preuve est nécessaire
pour qu'une preuve soit exclue en vertu du paragraphe 24(2). Cette question a fait l'objet d'un débat en jurisprudence. Certains étaient d'avis qu'un lien de causalité était
nécessaire, alors que d'autres soutenaient qu'une telle exigence n'était pas souhaitable.

La Cour suprême s'est rangée à l'opinion de ces derniers en adoptant une analyse téléologique et a confirmé que «[l]e lien exigé peut être temporel, contextuel, causal ou
un mélange des trois», mais ce dernier doit être plus que «faible» ou «ténu»689. Si le lien causal strict n'est pas nécessaire, on doit néanmoins tenir compte de la nature et
de l'importance de ce lien690. L'important est de démontrer que la preuve a été recueillie dans des conditions qui portent atteinte aux garanties de la Charte691. Il s'agit d'une
question de fait692. Un lien temporel suffit dans la plupart des cas, mais il n'est pas toujours déterminant «si le lien entre l'obtention de la preuve et la violation est éloigné»,
c'est-à-dire ténu693. Lorsque les liens temporel et causal sont ténus, une «cour peut très bien conclure que la preuve n'a pas été obtenue dans des conditions qui portent
atteinte» à un droit protégé694. En cas de violation d'un droit, la jurisprudence autorise également l'État, avant d'obtenir une preuve, à adopter une conduite respectueuse de
ceux-ci qui constitue un «nouveau départ» et qui rompt le lien temporel, causal ou contextuel avec la violation695. Cela se produit fréquemment dans le cas de déclarations
successives, mais peut se produire également dans d'autres cas696, par exemple, à la suite d'une détention illégale suivie d'une arrestation légale avec une nouvelle mise en
garde avant l'obtention d'une première déclaration697.

Dans l'arrêt Beaver, la Cour suprême a énoncé quelques indicateurs permettant d'évaluer s'il s'est produit un «nouveau départ»698:

• La question de savoir si la police a informé l'accusé de la violation de la Charte et si elle en a dissipé l'effet dans un langage clair (R. (D.), p. 882). Ce qui
constitue un langage clair variera selon les circonstances de l'affaire. Dans certains cas, il peut suffire de dire: «Nous allons repartir à zéro»699; dans d'autres,
une formulation plus détaillée ou précise peut être nécessaire pour supprimer le vice de la violation antérieure de la Charte;

• La question de savoir si la police a donné une mise en garde à l'accusé après la violation de la Charte, mais avant l'obtention des éléments de preuve contestés
(Plaha, par. 53; Hamilton, par. 58-59; Woods, par. 9). Dans l'idéal, cela impliquerait à la fois une mise en garde principale («vous n'êtes pas obligé(e) de dire
quoi que ce soit à moins que vous ne souhaitiez le faire, mais tout ce que vous direz pourra servir de preuve» (Singh, par. 31; Manninen, p. 1237)) et une mise
en garde secondaire («votre décision de parler ou non à la police ne devrait pas être influencée par ce que vous avez déjà pu dire à la police ou par ce que la
police a déjà pu vous dire» (Manninen, p. 1238));

• La question de savoir si l'accusé a eu la possibilité de consulter un avocat après la violation de la Charte, mais avant l'obtention des éléments de preuve
contestés (Manchulenko, par. 69; Woods, par. 5 et 9; R. c. Dawkins, 2018 ONSC 6394, par. 62;

• La question de savoir si l'accusé a donné un consentement éclairé à l'obtention des éléments de preuve contestés après la violation de la Charte (Simon, par.
74);

• La question de savoir si et de quelle manière divers policiers ont échangé avec l'accusé après la violation de la Charte, mais avant l'obtention des éléments de
preuve contestés (voir Lewis, par. 32; Woods, par. 9; McSweeney, par. 62; I. (L.R.) et T. (E.), p. 526; Dawkins, par. 62);

• La question de savoir si l'accusé a été remis en liberté après la violation de la Charte, mais avant l'obtention des éléments de preuve contestés.

L'arrêt Grant700 illustre bien le principe du lien temporel suffisant. Dans cette affaire, les policiers, en s'autorisant d'une disposition de l'ancienne Loi sur les stupéfiants
(maintenant abrogée), avaient effectué une perquisition dite «périphérique» sur le terrain de l'accusé, ce qui leur avait permis d'obtenir des informations qui
confirmaient que ce dernier se livrait à la culture de la marihuana. Ils ont ensuite déposé une dénonciation pour obtenir un mandat de perquisition en utilisant les
informations récoltées lors de cette perquisition périphérique et d'autres informations obtenues autrement. La Cour suprême a conclu que la perquisition périphérique,
sans mandat, contrevenait à l'article 8 de la Charte701. Les informations obtenues lors de celle-ci avaient donc été expurgées de la dénonciation pour obtenir le mandat,
mais le reliquat des allégations en justifiait la délivrance702. Le mandat et la perquisition étant valides, il n'y avait donc pas de lien de causalité entre la violation de la
Charte commise lors de la perquisition périphérique et la preuve obtenue lors de l'exécution du mandat. La Cour a néanmoins conclu que la preuve obtenue durant la
même enquête l'avait été dans des conditions qui portaient atteinte à l'article 8 de la Charte parce qu'il n'était pas réaliste de dissocier totalement les perquisitions
périphériques de l'ensemble du processus, créant ainsi un lien temporel suffisant703. On a conclu de la même manière pour décider d'exclure la preuve obtenue après
l'exercice du droit à l'avocat qui avait néanmoins été indûment retardé704.

La Cour suprême est revenue sur cette question dans l'arrêt Burlingham705. Dans cette affaire, les policiers avaient, en violation du droit à l'avocat garanti par l'alinéa
10b) de la Charte, obtenu une confession de la part de l'accusé qui leur avait ensuite indiqué que l'arme du crime se trouvait au fond d'une rivière. Le lendemain, il
avait tout raconté à une amie. Le juge Iacobucci a déclaré que l'arme et les directives de l'accusé concernant l'endroit où celle-ci se trouvait constituaient des preuves
dérivées de la violation de son droit à l'avocat et, par conséquent, étaient sujettes à exclusion. Quant à la déclaration faite à l'amie, il l'a qualifiée de preuve dérivée, car
même si, selon lui, elle n'avait «pas été directement "causée" par la violation, elle a[vait] certainement été faite par suite de cette violation706». Le fait qu'une preuve
soit dérivée d'une autre obtenue en violation de la Charte a donc pour conséquence qu'elle satisfait au premier critère du paragraphe 24(2). Enfin, dans l'arrêt Tim, le
juge Jamal, pour la Cour, résume ainsi l'état du droit sur la signification de l'expression «obtenus dans des conditions»707:

1. Les tribunaux appliquent «une approche généreuse et fondée sur l'objet visé» afin de décider si des éléments de preuve ont été «obtenus dans des conditions»
qui ont violé les droits garantis à l'accusé par la Charte (R. c. Wittwer, [2008] 2 R.C.S. 235, 2008 CSC 33, par. 21; R. c. Mack, 2014 CSC 58, [2014] 3 R.C.S. 3,
par. 38).

2. Il faut examiner «toute la suite des événements» liés à la violation de la Charte et aux éléments de preuve contestés (R. c. Strachan, [1988] 2 R.C.S. 980, p.
1005-1006).

3. «La preuve est viciée lorsque l'atteinte et la découverte de la preuve dont l'admissibilité est contestée s'inscrivent dans le cadre de la même opération ou
conduite» (Mack, par. 38; voir aussi Wittwer, par. 21).

4. Le lien entre la violation de la Charte et les éléments de preuve contestés peut être [TRADUCTION] «temporel, contextuel, causal ou un mélange des trois»
(Wittwer, par. 21, citant R. c. Plaha (2004), 189 O.A.C. 376, par. 45). Il n'est pas nécessaire d'établir un lien de causalité (Wittwer, par. 21; R. c. Mian, 2014
CSC 54, [2014] 2 R.C.S. 689, par. 83; Strachan, p. 1000-1002).

5. Un lien éloigné ou ténu entre la violation de la Charte et les éléments de preuve contestés ne sera pas suffisant pour faire entrer en jeu le par. 24(2) (Mack,
par. 38; Wittwer, par. 21; R. c. Goldhart, [1996] 2 R.C.S. 463, par. 40; Strachan, p. 1005-1006). De telles situations doivent être considérées au cas par cas. Il
n'existe pas «de règle stricte pour déterminer le moment où les éléments de preuve obtenus par suite de la violation d'un droit garanti par la Charte deviennent
trop éloignés» (Strachan, p. 1006).

Quant aux deux autres critères, qui s'appliquaient lorsque l'utilisation de la preuve ne portait pas atteinte à l'équité du procès, ils faisaient appel à une appréciation du
juge. La gravité de l'infraction mettait notamment en cause le caractère délibéré, volontaire ou flagrant de la violation, la bonne ou la mauvaise foi des policiers, la
nécessité de conserver la preuve et les autres circonstances de la violation720. Le troisième groupe de facteurs à prendre en considération concerne «la possibilité que
l'administration de la justice soit déconsidérée par l'exclusion des éléments de preuve même s'ils ont été obtenus d'une manière contraire à la Charte721». Cette question
tire son importance du fait que l'exclusion d'une preuve matérielle aura très souvent pour effet de permettre l'acquittement d'une personne722 dont la culpabilité est
incontestable, ce qui, en soi, est susceptible de discréditer l'administration de la justice. Par ailleurs, l'utilisation d'une preuve obtenue en violation de la Charte est
également en soi susceptible de déconsidérer l'administration de la justice. Alors que le deuxième critère porte sur la violation, le troisième vise à l'examiner dans le
contexte de l'infraction. Le tribunal doit alors tenir compte de la gravité du crime reproché, de la fiabilité de la preuve à exclure et de son importance pour la cause723.

• Critiques de l'exclusion automatique : Cela étant, divers tribunaux ont commencé à critiquer ce qui était devenu la règle de l'exclusion automatique de la preuve
lorsqu'il y avait «atteinte à l'équité du procès», par exemple le résultat d'analyse d'un échantillon d'haleine, dans les cas où la violation était mineure724. Dans l'arrêt Grant,
la Cour d'appel de l'Ontario a refusé d'exclure une arme à feu malgré le fait que son utilisation en preuve pouvait porter atteinte à l'équité du procès, considérant que cette
mesure déconsidérerait davantage la justice que son utilisation725. La Cour suprême a maintenu cette décision726. Elle a profité de l'occasion pour réfléchir sur l'application
des facteurs d'exclusion. Elle a précisé qu'elle ne remettait toutefois pas en cause les principes établis dans ses décisions antérieures, ce qu'elle a d'ailleurs répété dans des
décisions subséquentes727, affirmant que la démarche menant à l'exclusion de la preuve est maintenant plus souple en raison de son approche multifactorielle728. La Cour a
néanmoins profité de l'occasion pour établir un cadre d'analyse révisé visant à répondre à certaines critiques729. En outre, les juges McLachlin et Charron ont pris acte des
problèmes dans l'application du test aux éléments de preuve matérielle obtenus du corps de l'accusé et ceux entourant les éléments de preuve qui ont été obtenus en
mobilisant l'accusé contre lui-même et qui ne pouvaient être découverts autrement, une application qui semble «aller à l'encontre de l'exigence formulée au par. 24(2) que
la Cour statuant sur l'inadmissibilité le fasse "eu égard aux circonstances"730».

(ii) La reformulation du critère

• Objet du paragraphe 24(2) de la Charte


28.187 Reconnaissant que le test du paragraphe 24(2) de la Charte est large et imprécis731, la Cour a voulu recentrer l'analyse sur la fin poursuivie par ce paragraphe, à savoir
préserver la considération dont jouit l'administration de la justice, expression signifiant les processus d'enquête, d'accusation et de jugement732. Souvent présenté comme le
mécanisme pour décider si une preuve doit être écartée, la Cour suprême a rappelé que son véritable objet est de savoir si l'utilisation de la preuve est susceptible de déconsidérer
l'administration de la justice, auquel cas elle doit être exclue733. La Cour a indiqué que le paragraphe 24(2) «concerne [...] l'appréciation de l'effet à long terme de l'utilisation
d'éléments de preuve sur la considération globale dont jouit le système de justice et suppose un examen de nature objective, qui vise à déterminer si une personne raisonnable, au
fait de l'ensemble des circonstances pertinentes et des valeurs sous-jacentes de la Charte, conclurait que l'utilisation d'éléments de preuve donnés serait susceptible de
déconsidérer l'administration de la justice734». La préoccupation n'est donc pas l'incidence de l'inconduite de l'État sur le procès, mais bien sur l'administration de la justice735. De
plus, puisque la preuve d'une violation établit que cette dernière a déjà été mise à mal, le remède est prospectif en prohibant l'utilisation des éléments de preuve ainsi obtenus,
évitant de déconsidérer davantage le système de justice736. Ainsi, le paragraphe 24(2) n'est pas un instrument pour sanctionner des comportements ou pour dédommager un
accusé, mais a plutôt une portée systémique et institutionnelle qui s'inscrit dans une perspective sociétale prospective à long terme737. Bien que l'exclusion d'une preuve puisse
provoquer des critiques sur le coup, c'est l'intégrité du système de justice et de la confiance qu'on lui porte qui sont en cause738.

• L'ensemble des circonstances: vue d'ensemble : La Cour a remis au premier plan le fait que l'analyse doit se faire «eu égard aux circonstances», en rappelant que la
société a intérêt à connaître la vérité et que l'accusé a droit à une procédure équitable. Partant, cette notion complexe s'oppose à l'exclusion automatique d'éléments de
preuve indépendamment des circonstances dans lesquelles ils ont été obtenus739. Toutefois, «son libellé est catégorique: lorsque des éléments de preuve ont été obtenus
dans des conditions qui portent atteinte aux droits ou libertés garantis par la Charte, ces éléments de preuve sont écartés s'il est établi, eu égard aux circonstances, que leur
utilisation est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice740». Elle en a conclu qu'il faut soupeser trois facteurs pour déterminer si l'utilisation d'une preuve
obtenue en violation d'un droit est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice, soit «(1) la gravité de la conduite attentatoire de l'État (l'utilisation peut donner
à penser que le système de justice tolère l'inconduite grave de la part de l'État), (2) l'incidence de la violation sur les droits de l'accusé garantis par la Charte (l'utilisation
peut donner à penser que les droits individuels ont peu de poids) et (3) l'intérêt de la société à ce que l'affaire soit jugée au fond741». Cette approche globale a amené
certains tribunaux à adopter une démarche en quatre étapes, la dernière étant «la mise en balance de l'ensemble des facteurs précédemment décrits742». En fait, il s'agit de
l'application du principe, formulé par la Cour suprême, que l'exercice est qualitatif et qu'il n'a rien de mathématique743. Elle a rappelé que «[b]ien que les deux premières
questions agissent généralement en tandem, il n'est pas nécessaire que les deux étayent l'exclusion pour qu'un tribunal puisse conclure que l'utilisation des éléments de
preuve est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice744».

Les atteintes à la vie privée : Comme l'a mentionné la Cour, la jurisprudence antérieure demeure toujours pertinente, notamment celle portant sur la gravité de la violation780.
Ainsi, dans le cas d'une violation de l'article 8 de la Charte, l'importance de l'atteinte à la vie privée était et demeure un facteur de l'analyse781. Cette jurisprudence illustre
parfaitement l'aggravation de la conduite étatique selon les circonstances. Ainsi, une perquisition illégale constitue une violation plus grave si elle vise l'ordinateur d'une
personne782 ou si elle a lieu dans une maison d'habitation783. Elle le sera d'autant plus si, de surcroît, elle a lieu très tard la nuit784, que l'on se fonde sur un mandat vicié à sa face
même et qu'on utilise une force excessive785, qu'on a obtenu le mandat en trompant le juge émetteur, surtout si le policier maintient sa fausse version lors de son témoignage786, ou
qu'on perquisitionne sans mandat alors qu'on aurait pu en obtenir un, ce qui démontre un mépris de la Charte787. Il en est de même si l'agent de l'État ne se soucie pas de la
question de savoir s'il devrait en obtenir un ou s'il agit en croyant erronément ne pas avoir de motifs raisonnables à cet égard788. Les attentes sont plus élevées à l'égard d'une
escouade spécialisée qui doit connaître les limites des méthodes d'enquête qu'elle utilise, par exemple une escouade spécialisée contre la cybercriminalité lors de la fouille
d'ordinateur789.

À l'inverse, une attente réduite en matière de vie privée atténue l'impact de l'atteinte au droit790. Ainsi, la gravité d'une fouille abusive effectuée dans un véhicule sera atténuée en
raison du lieu fouillé et elle le sera davantage si le conducteur n'en est pas le propriétaire791. Dans le cas d'une maison d'habitation, une intrusion brève et relativement non
intrusive diminue considérablement l'impact sur la vie privée de l'occupant792. Les cours d'appel ont appliqué le même principe dans des situations analogues793.

Surveillance électronique : L'interception illégale d'une communication privée constitue une sérieuse atteinte à la vie privée et, donc, un facteur aggravant en soi794. À cet égard,
le contexte dans lequel se déroule l'interception est également pertinent. En outre, on a jugé plus grave l'écoute clandestine dans un lieu qui, comme un cabinet médical, est en
principe un lieu d'échanges sous le couvert de la confidentialité795. À l'inverse, la Cour suprême a indiqué que l'enregistrement illégal par un agent double d'une déclaration que lui
a faite l'accusé constitue une violation d'une gravité relative puisque ce dernier a démontré, par sa conduite, une faible attente en matière de vie privée796.

Fouilles abusives : On a aussi considéré comme une violation grave de la Charte le fait de procéder, accessoirement à une arrestation en vertu de mandats relatifs à des
infractions de la circulation, à la fouille rectale d'un accusé soupçonné de trafic de drogues797, d'effectuer une fouille à nu en vertu d'une politique à cet effet sur une personne
arrêtée pour conduite avec facultés affaiblies798, de fouiller sans motifs raisonnables les poches d'une personne détenue pour fins d'enquête799, d'intercepter et de détenir
illégalement quelqu'un sans motifs dans le but d'obtenir des éléments de preuve incriminants par une fouille injustifiée de son véhicule800, d'obtenir des biens en procédant à une
arrestation dans une maison d'habitation sans respecter les exigences de préavis avant d'entrer801, d'inviter les médias électroniques à filmer le déroulement de la perquisition802,
d'avoir fait preuve d'une insouciance grave dans la rédaction d'une dénonciation déposée à l'appui d'une demande de délivrance d'un mandat de perquisition803 ou de fouiller sans
mandat un téléphone cellulaire afin de prendre connaissance de conversations électroniques804.

Droit au silence : On peut aussi soutenir que les violations du droit au silence d'une personne, comme de ceux prévus aux alinéas 10a) et b) de la Charte, sont graves, vu les
intérêts fondamentaux qui sont en jeu805. C'est ce que les cours d'appel ont décidé, notamment dans le cas de mineurs806.

La possibilité de découvrir : Il peut aussi arriver que la preuve «[soit] tellement dissimulée ou inaccessible qu'elle ne pourra pratiquement pas être découverte sans l'aide de
l'auteur du méfait807». La Cour suprême a rappelé que «lorsqu'il est impossible d'établir avec certitude si les éléments de preuve auraient été découverts sans la violation de la
Charte, la possibilité de [les] découvrir [...] n'influera pas sur l'analyse requise par le par. 24(2) [et les] tribunaux ne devraient pas se livrer à des conjectures808». Le fait qu'une
preuve n'ait pas pu être découverte sans la violation d'un droit constitutionnel en raison de l'inexistence de méthodes d'enquête conformes à la Charte ne saurait, en soi, justifier la
violation809. L'incidence sur les intérêts de l'accusé protégés par la Charte est alors plus grande810. Lorsqu'une méthode d'enquête conforme aux normes constitutionnelles était
disponible et qu'une violation est constatée, les tribunaux considèrent, lorsque l'agent de l'État agit ainsi de façon délibérée, qu'il s'agit d'un facteur aggravant811. À l'inverse,
l'existence de motifs raisonnables d'effectuer une fouille qui se révélera abusive parce qu'exécutée sans mandat constituera en principe un facteur d'atténuation, tout au moins
lorsque l'agent de la paix a agi de bonne foi et sans mépris des droits de l'accusé812. En outre, lorsque deux types de mandats quasi identiques sont disponibles, l'erreur du policier
dans le choix de l'un ou l'autre sera sans importance813.

Contraventions techniques : Par ailleurs, le caractère technique de la violation constitue évidemment un facteur atténuant814. Présente notamment un caractère technique la
violation qui survient lorsqu'un mandat de perquisition est lancé en s'autorisant d'une disposition législative inappropriée815. Il en est de même dans le cas où une autorisation
d'intercepter des communications privées ne comporterait pas, comme cela se fait normalement, de clause omnibus et qu'on aurait procédé à des interceptions en présumant son
existence816. Cela étant, la Cour d'appel de l'Alberta a indiqué que l'absence de motifs raisonnables pour l'émission d'un mandat de perquisition ne peut être considérée comme une
technicité817.

Contraventions brèves et cas isolés : La violation sera également considérée comme moins grave lorsque, sans être technique, elle constitue un acte bref et isolé, accompli dans
le cadre d'une intervention légale. C'était le cas dans l'arrêt Belnavis, alors que l'accusée, accompagnée de deux passagères, avait été interceptée au volant d'un véhicule pour
vitesse excessive et qu'elle n'avait pu produire ni son permis de conduire ni les certificats d'immatriculation et d'assurance de la voiture. Après qu'il l'eut emmenée dans le
véhicule de patrouille pour faire des vérifications, l'agent de la paix est allé fouiller le coffre à gants pour tenter de découvrir les papiers, démarche qui s'est révélée vaine. Il s'est
ensuite adressé à la passagère assise sur le siège arrière et a aperçu trois sacs à ordures ouverts qui paraissaient pleins de vêtements. Des étiquettes de prix pendaient à l'extérieur.
Il a tiré quelques articles de ces sacs, puis a demandé à la passagère à qui ils appartenaient. Elle lui a répondu que chacune en avait un. Le policier a alors ouvert le coffre arrière
et découvert cinq autres sacs. Il est retourné au véhicule de patrouille et l'accusée lui a déclaré que les sacs étaient dans la voiture lorsqu'on la lui avait prêtée. Bien qu'illégale, la
fouille sommaire des trois sacs avait été isolée et brève dans le cadre d'une opération de police régulière. En sus, nous dit la Cour, le fait d'apercevoir trois sacs de déchets
contenant de la marchandise neuve et d'avoir reçu des réponses contradictoires de la conductrice et de la passagère conférait des motifs raisonnables qui auraient justifié
l'obtention d'un mandat818.

Bonne foi : La bonne foi819 du policier est également un facteur atténuant820, quoiqu'il ne soit pas déterminant821. Lorsqu'elle est établie, il devient moins nécessaire pour un
tribunal de se dissocier de la conduite des policiers822. La bonne foi ne se présume pas et elle doit être démontrée, le plus souvent par le témoignage du policier qui expliquera ses
motivations; le juge ne peut spéculer823. De manière générale, la croyance du policier dans la légalité de sa conduite doit non seulement être honnête, mais aussi raisonnable avant
qu'un juge puisse conclure à la bonne foi824. Une politique d'intervention policière contraire à la loi ne saurait faire présumer la bonne foi des policiers qui l'appliquent, peu
importe leurs motivations825. Cela étant, on n'a pas à mettre en cause la formation des agents pour déterminer leur état d'esprit à moins d'une preuve que cette information était
inadéquate826. De même, la bonne foi subjective des policiers ne peut pas être tolérée si l'ignorance porte sur un principe de droit bien établi827, ce qui est vrai même en l'absence
d'un acte délibéré ou d'un abus systémique ou institutionnel828. À cet égard, la connaissance qu'en avait l'agent de l'État est pertinent et le contre-interrogatoire peut légitimement
explorer cet aspect829.

Absence de bonne foi : Par ailleurs, l'absence de bonne foi n'implique pas nécessairement qu'il ait été de mauvaise foi851. Dans l'arrêt Silveira, la Cour suprême a considéré que
ne saurait être de mauvaise foi un agent de la paix qui croyait avoir le droit de pénétrer dans une résidence pour sauvegarder un élément de preuve, même si, ce faisant, il
contrevenait à une disposition législative. Le juge Cory a indiqué que «[s]i on n'a pas conclu précisément que la police avait agi de bonne foi, il est certain que rien n'indique qu'il
y avait preuve de mauvaise foi852». Il en a été de même dans l'arrêt Grant, alors que la Cour suprême a conclu qu'un policier, qui avait commis une erreur compréhensible vu
l'absence d'une définition claire de la notion de «détention», n'avait pas agi de mauvaise foi853. L'inverse est tout aussi vrai, à savoir que la bonne foi ne se déduit pas d'une
absence de mauvaise foi854. Ainsi, on ne pourra invoquer la bonne foi si le policier ignore un principe de droit bien établi855. De même, s'il fait preuve d'insouciance volontaire à
l'égard d'un tel principe, l'absence de mauvaise foi ne diminue pas la gravité de l'atteinte aux droits de l'accusé856.

Urgence : Dans l'arrêt Silveira, la Cour suprême a également examiné la pertinence de l'urgence. Ayant conclu que les policiers craignaient légitimement la destruction de la
preuve, le juge Cory a déclaré que la preuve était admissible, compte tenu de l'impossibilité d'obtenir un mandat en temps utile. Toutefois, il a ajouté qu'à l'avenir, une urgence qui
surviendrait dans une situation identique ne saurait justifier une violation de la Charte, de sorte que la preuve serait alors généralement inadmissible857. Dans l'arrêt Grant, la Cour
a indiqué que la nécessité d'empêcher la destruction de la preuve pourrait réduire la gravité des violations à la Charte858. Cela étant, il va de soi que l'absence d'urgence ou de
nécessité constitue un facteur aggravant la violation859.

bb) L'incidence de la violation sur les droits de l'accusé garantis par la Charte

• Effets concrets

28.208 Ce facteur, qui complète en quelque sorte celui de la gravité de la conduite attentatoire de l'État, vise à prendre en compte l'effet de la violation de la Charte, par
opposition à sa gravité intrinsèque. Plus l'effet sur les droits de l'accusé est important, plus l'utilisation des éléments de preuve est susceptible de déconsidérer l'administration de
la justice860. Ce facteur était auparavant englobé, avec celui de la gravité attentatoire, par le critère de la gravité de la violation. Les décisions portant sur cette dernière question,
dont nous venons de discuter dans la section portant sur le facteur de la gravité attentatoire de la conduite, traitaient donc des deux volets. Toutefois, ces deux facteurs sont
maintenant distincts et la Cour suprême, dans l'arrêt McColman, met en garde les tribunaux contre le fait de les regrouper861. Le poids de ces facteurs en faveur de l'exclusion de
la preuve pourrait ne pas être le même, ou un seul des deux pourrait militer pour cette exclusion862. Mentionnons que dans l'arrêt Cole, la Cour suprême a tenu compte du fait que
les policiers, qui avaient agi de bonne foi, avaient des motifs raisonnables pour obtenir un mandat de perquisition et qu'en conséquence, la «possibilité de découvrir» la preuve
devenait théorique, diminuant d'autant l'incidence de la violation sur les droits de l'accusé. Ce facteur, pertinent quant à la gravité de la violation, l'était donc également sur son
effet863.

28.209 Ainsi, l'effet sur la vie privée sera important lors de la saisie illégale de documents contenant des informations privées et confidentielles, tels un certificat de naissance et
un passeport, ce qui constitue une atteinte grave864. De même, une violation du droit au silence met en échec le droit d'être protégé contre l'auto-incrimination, un principe au cœur
de notre système de justice865. Par contre, une violation de l'article 8 peut avoir plus ou moins d'effet sur la dignité humaine, mais néanmoins être une atteinte grave au droit
protégé866. L'arrêt Harrison l'illustre bien, alors que la Cour suprême a conclu que la fouille sans motif du véhicule d'un automobiliste détenu arbitrairement constituait une grave
violation de ses droits. Elle a précisé que si la violation du droit protégé par l'article 9 de la Charte était minimale vu l'expectative de vie privée limitée que possède le conducteur
d'une automobile867, la fouille sans motif ayant suivi avait une incidence plus qu'anodine, de sorte que l'ensemble constituait une atteinte grave868. L'impact sur une faible
expectative de vie privée doit donc s'évaluer en tenant compte de la qualité ou de l'absence de motifs justifiant la fouille869 ou encore de la durée de la détention arbitraire870.
Ainsi, dans ce dernier cas, l'absence de tout motif de détention, qui ne s'exerce que pour une courte durée, peut avoir un effet important sur les droits de l'individu871. L'arrêt Cole
illustre une atteinte aux droits, a priori grave, qui est tempérée par les circonstances. La fouille de l'ordinateur du professeur Cole constituait une violation grave, mais elle était
tempérée en raison d'une expectative de vie privée réduite, car l'ordinateur appartenait à son employeur, que des directives d'utilisation réduisaient cette expectative et que
l'intrusion était survenue en milieu scolaire872. Enfin, mentionnons que l'analyse ne s'effectue pas sur la base d'un «tout ou rien» de sorte que le juge peut également distinguer les
lieux illégalement perquisitionnés selon leur degré d'expectative de vie privée et décider en conséquence873.

cc) L'intérêt de la société à ce que l'affaire soit jugée au fond

Objet : Dans l'arrêt Grant, la Cour suprême a expliqué que ce troisième critère met en opposition l'intérêt social à la recherche de la vérité pour mener à terme les procès et
l'intégrité du système judiciaire874. Il s'agit de déterminer si c'est l'utilisation ou l'exclusion des éléments de preuve qui doit prévaloir. La Cour «doit tenir compte non seulement
des répercussions négatives qu'aurait l'utilisation des éléments de preuve sur la considération dont jouit l'administration de la justice, mais également de celles qu'aurait leur
exclusion875». Cela dit, «[u]n jugement "au fond", dans un État de droit, présuppose un jugement fondé sur la légalité et le respect de normes constitutionnelles de longue date876».

Ce critère semble être le même que le troisième du régime antérieur. En effet, rappelons que la Cour avait indiqué que ce troisième groupe de facteurs concerne «la possibilité que
l'administration de la justice soit déconsidérée par l'exclusion des éléments de preuve même s'ils ont été obtenus d'une manière contraire à la Charte877». Comme l'indiquait la
juge Arbour dans l'arrêt Buhay, «[l]a décision d'écarter un élément de preuve met toujours en balance l'intérêt qu'il y a à découvrir la vérité, d'une part, et l'intégrité du système
judiciaire, d'autre part878».

Alors que les deux premiers critères portent sur la violation, le troisième tient compte (1) de la gravité du crime reproché, (2) de la fiabilité de la preuve à exclure et (3) de son
importance pour la cause, à savoir que, sans qu'elle soit fatale à la cause, elle a une incidence négative marquée sur la fonction de recherche de la vérité que remplit le procès879.
Comme dans le cas des deux premiers critères, les considérations pertinentes au troisième ne doivent pas devenir le centre de l'analyse, mais on doit néanmoins lui accorder tout
le poids qui lui revient compte tenu de toutes les circonstances880.

On peut soutenir qu'une violation grave et une incidence importante sur les droits, soit les deux premiers facteurs, favorisent l'exclusion de la preuve alors que le troisième en
favorise l'inclusion. La Cour a indiqué que, si les deux premiers militent fortement en faveur de l'exclusion, le troisième «fera rarement, sinon jamais, pencher la balance en
faveur de l'utilisation des éléments de preuve909». Toutefois, il n'est pas nécessaire que les deux premiers facteurs militent en faveur de l'exclusion de la preuve pour conclure que
son utilisation est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice, notamment lorsque la violation est très grave910. Aucune règle prépondérante ne régit l'exercice et il
appartient au juge du procès de tenir compte de «"toutes les circonstances" de l'affaire [afin de] déterminer si, tout compte fait, l'utilisation des éléments de preuve obtenus en
violation de la Charte déconsidérerait l'administration de la justice911». Plus particulièrement, la Cour suprême a souligné que le troisième facteur ne peut l'emporter sur toutes les
autres considérations912, et ce, même lorsque la preuve est fiable et essentielle à la preuve du ministère public913.

Cette pondération doit nécessairement avoir lieu après avoir examiné chacun des trois facteurs914. Dans le court arrêt Reilly, la Cour suprême a rappelé que l'arrêt Grant était clair
à cet égard915 et que «[l]es juges doivent d'abord décider si chacun des trois facteurs milite en faveur de l'admission ou de l'exclusion de la preuve avant de se demander si — eu
égard à l'ensemble des facteurs — l'admission de la preuve est susceptible de déconsidérer l'administration de la justice. Procéder à la mise en balance globale dans le cadre des
deux premiers facteurs énoncés dans l'arrêt Grant a pour effet d'affaiblir tout pouvoir d'exclusion que pourraient avoir ces facteurs. Ce type d'analyse compromet l'objectif et
l'application du par. 24(2)916». Cet exercice de pondération n'a rien de mathématique et exige une application souple917.

2. L'application des principes aux divers types de preuve

• Généralités

28.222 Dans l'arrêt Grant, les juges McLachlin et Charron ont suggéré, à la lumière de la jurisprudence existante qui continue de servir de guide918, un certain nombre de
principes applicables aux divers types de preuve sujets à exclusion, soit (1) les déclarations faites par l'accusé, (2) la preuve corporelle, (3) les éléments de preuve matérielle non
corporelle et (4) la preuve dérivée.

c) Les éléments de preuve matérielle non corporelle

Généralement admissible : Dans l'arrêt Grant, la Cour suprême a indiqué que l'examen se fera généralement de la même façon qu'en rapport avec les éléments de preuve
corporelle. Prenant acte que la violation mettra généralement en cause l'article 8, elle a rappelé, conformément à la jurisprudence antérieure, que l'attente en matière de vie privée
est plus grande à l'égard d'un lieu d'habitation que d'un établissement commercial ou d'une automobile. De même, s'il y a eu fouille à nu ou examen de cavités corporelles non
justifiées, le fait qu'une preuve de nature non corporelle aurait été obtenue n'atténue pas la gravité de l'atteinte. Par ailleurs, «la fiabilité des éléments de preuve matérielle n'aura
pas de lien avec la violation de la Charte, de sorte que cet examen tend à favoriser leur utilisation939».

d) La preuve dérivée
Ancienne approche : Traditionnellement, la preuve dérivée faisait l'objet d'une analyse qui lui était propre, indépendante de celle que l'on pourrait qualifier de principale. L'arrêt
Black940 illustre ce principe. Dans cette affaire, les policiers, sans avoir permis à l'accusée d'exercer son droit à l'avocat, avaient obtenu de celle-ci, d'une part, une déclaration
incriminante et, d'autre part, qu'elle les conduise jusqu'à l'arme du crime, un couteau caché dans son appartement. La déclaration a évidemment été exclue puisque son utilisation
aurait porté atteinte à l'équité du procès, de même que les démarches relatives à l'obtention du couteau. Toutefois, la Cour suprême a déclaré admissible le couteau, indiquant que
son utilisation ne porterait pas atteinte à l'équité du procès. La juge Wilson a déclaré ne nullement douter «que les policiers auraient procédé à une fouille de l'appartement de
l'appelante avec ou sans son aide et que cette fouille leur aurait permis de découvrir le couteau941».

La possibilité de découvrir nonobstant la violation : Dans l'arrêt Grant, la Cour suprême a indiqué que cette catégorie d'éléments de preuve est la plus problématique, car elle
combine certains aspects des déclarations et certains aspects de la preuve matérielle. Comme elle l'a par la suite mentionné dans l'arrêt Côté, elle s'était alors concentrée sur le
problème de l'admissibilité de la preuve matérielle découverte à la suite d'une déclaration obtenue illégalement. Dans ce dernier arrêt, la Cour a indiqué que ce concept vise toute
découverte en raison d'un autre élément de preuve obtenu en violation des droits942. La Cour l'a associée «à la situation où une preuve, quelle qu'elle soit, obtenue de manière
inconstitutionnelle, aurait pu être recueillie en toute légalité si les policiers s'en étaient donné la peine943». Cela étant, elle a rappelé qu'en common law, la preuve dérivée n'est pas
affectée, lorsqu'elle est fiable, par la règle d'exclusion automatique d'une déclaration involontaire qui est fondée sur l'injustice de mobiliser une personne contre elle-même et le
danger de déclarer un accusé coupable en utilisant une preuve dont la fiabilité est contestable944. Le recours en exclusion de la preuve a donc abrogé la common law à l'égard de la
preuve dérivée, mais la possibilité ou non de découvrir la preuve est une question qui a entraîné les tribunaux dans des suppositions et qui a causé des résultats aberrants945.

La Cour a précisé que la possibilité ou l'impossibilité de découvrir la preuve demeure un critère utile, lorsqu'il est possible de tirer une conclusion à cet égard. Toutefois, les
tribunaux doivent éviter de se livrer à des conjectures dans leur analyse946. Aussi, s'il est clair que la preuve aurait été découverte malgré la violation, cela est pertinent puisque le
lien de causalité entre la violation et l'obtention de la preuve s'en trouve affaibli947. Par contre, ce facteur reste neutre dans l'hypothèse contraire948.

Dans le contexte d'une violation mettant en jeu l'auto-incrimination, si on démontre la possibilité de découvrir la preuve, l'incidence de la violation sur le droit de l'accusé de ne
pas s'incriminer aura moins d'importance. Cela étant, le juge doit dans un premier temps tenir compte des circonstances de la prise de la déclaration. Plus la violation est grave,
notamment délibérée ou systématique, plus elle est de nature à miner la confiance du public en la primauté du droit. Il doit en deuxième lieu déterminer dans quelle mesure la
contravention aux droits de l'accusé a empiété sur son intérêt de faire un choix éclairé de parler ou non aux policiers et, en troisième lieu, prendre en considération qu'une preuve
dérivée est de nature matérielle, de sorte que sa fiabilité est généralement moins problématique et que l'intérêt du public à ce qu'un procès soit instruit sur le fond favorisera
habituellement son utilisation949.

Lorsqu'il s'agit d'un autre type de preuve, la possibilité de la découvrir demeure une considération pertinente puisque cela peut aggraver ou atténuer la violation selon les
circonstances950. L'analyse se fait toujours de manière globale, notamment en fonction des deux premiers volets de la grille d'analyse951. Ainsi, la découverte d'une preuve
matérielle à la suite d'une fouille sans mandat peut être aggravée par la désinvolture des policiers envers les droits constitutionnels pendant l'enquête ou, au contraire, atténuée par
une erreur alors que les policiers avaient véritablement des motifs raisonnables pour obtenir une autorisation judiciaire952. Ces comportements aggravent et atténuent de la même
façon l'incidence de la violation sur les droits du délinquant953. Sur ce point, la Cour suprême rappelle que le respect du droit à la vie privée comporte à la fois l'existence de
motifs valables et une autorisation judiciaire préalable et qu'à défaut de celle-ci, malgré l'existence de motifs, il y a violation des droits. Inversement, une autorisation judiciaire
obtenue de bonne foi, mais par la suite invalidée, atténue la gravité de la conduite attentatoire, mais aggrave l'incidence sur les droits puisque l'autorisation n'aurait pas été
obtenue si la loi avait été suivie954. Il faut également prendre en compte l'attente en matière de vie privée que la personne pouvait raisonnablement avoir dans certaines
circonstances puisque l'intrusion illégale est davantage sérieuse lorsqu'elle vise un lieu dont l'attente en matière de vie privée est élevée955.

Généralement admissible : Il en résulte que la preuve dérivée sera normalement admise lorsque des éléments de preuve fiable ont été recueillis à la suite d'une violation
commise de bonne foi sans porter atteinte aux intérêts protégés de l'accusé956. Cela étant, la Cour a fait la mise en garde suivante: Le juge appelé à appliquer le par. 24(2) ne doit
pas perdre de vue qu'une règle plus souple peut encourager les policiers à obtenir des déclarations qu'ils savent inadmissibles dans le but de recueillir des éléments de preuve
dérivée qui pourraient, à leurs yeux, être utilisés. Lorsqu'il a des raisons de croire que les policiers ont délibérément agi abusivement afin d'obtenir une déclaration pouvant les
mener à de tels éléments, le juge devrait refuser de les recevoir en preuve. L'utilisation d'éléments de preuve dérivée recueillis par suite d'une violation flagrante et délibérée de la
Charte serait susceptible de déconsidérer encore davantage l'administration de la justice, de sorte qu'il y a lieu d'écarter les éléments de preuve957.

3. La procédure d'exclusion

Généralités : Le paragraphe 24(2) de la Charte prévoit spécifiquement l'exclusion de la preuve obtenue en violation des droits fondamentaux garantis par la Constitution. Nous
avons également vu que le paragraphe 24(1) permet dans certains cas de faire exclure une preuve. Sur le plan de la procédure, les règles pour présenter sa demande sont les
mêmes.

Les faits essentiels retenus par le jury : Lorsque le procès a lieu devant un jury, les faits essentiels au verdict de culpabilité, exprès ou implicites, seront également considérés
comme prouvés116. Cela est conforme à la règle établie par la Cour suprême dans l'arrêt Brown117. Dans cette affaire, Brown était accusé de conduite (automobile) dangereuse
causant la mort de deux personnes et, puisqu'il en avait blessé une troisième, de conduite dangereuse causant des lésions corporelles. Le jury l'a déclaré non coupable des
infractions de conduite dangereuse causant la mort ou des lésions corporelles, mais coupable de simple conduite dangereuse. En droit, le jury considérait donc que le ministère
public n'avait pas prouvé le lien causal entre la conduite de l'accusé et le décès ou les lésions corporelles des victimes. Or, lors du prononcé de la peine, le juge avait explicitement
tenu compte du décès des personnes pour infliger une peine de 12 mois d'emprisonnement en prétendant que le décès de deux personnes aggravait l'infraction commise. La Cour
suprême a rappelé que «le principe applicable [est] que la personne qui détermine la peine est liée par la base factuelle expresse ou implicite du verdict du jury118». Toutefois, si
«la base factuelle du verdict rendu par le jury est ambiguë, le juge qui détermine la peine ne doit pas tenter de suivre le raisonnement du jury, mais il doit plutôt tirer ses propres
conclusions concernant les faits pertinents119».
7. Preuve de l’infraction
1. LA Le principe de la pertinence logique : En common law, le principe général veut que tout renseignement se rapportant à une question en litige est pertinent et admissible en preuve
dans la mesure où il n'est pas visé par une règle d'exclusion, nombreuses, nous le verrons, ou écarté en vertu du pouvoir discrétionnaire du juge1. On peut parler de pertinence
PERTINENC
A) E
logique, c'est-à-dire «tout ce qui, selon la logique et l'expérience humaine, tend le moindrement à établir un fait en litige2», ce qui dépend du contexte3. Aucune valeur probante
Pertinence minimale n'est requise; «[l]a preuve doit simplement tendre à [TRADUCTION] "accroître ou diminuer la probabilité de l'existence d'un fait en litige"4», mais sans ce lien, la preuve n'a
aucune valeur probante et est donc inadmissible5. Le juge doit être prudent avant d'en arriver à cette conclusion et de conclure à l'inadmissibilité d'un élément de preuve afin de ne pas
de la usurper le rôle du jury6. La décision portant sur la pertinence est une question de droit7. Évidemment, il n'existe aucun droit à produire une preuve qui n'est pas pertinente8. Cette règle
preuve de la pertinence s'applique à tous les types de preuve, qu'elle soit écrite, testimoniale ou matérielle. Ainsi, de façon générale, en common law, un fait pertinent sera admis en preuve
même si la preuve a été illégalement obtenue9, à moins de démontrer qu'une règle de droit exige qu'on l'écarte10 ou de démontrer que son effet préjudiciable surpasse sa valeur
probante. Cette règle a néanmoins été tempérée par le droit de demander son exclusion en vertu du paragraphe 24(2) de la Charte11. L'appréciation de la pertinence est un processus
continu, dynamique et souple, en fonction du contexte et de la position des parties12 et qui doit en principe être rapidement tranché, mais nécessairement avant la fin du procès13.
L'analyse contextuelle est nécessaire pour savoir si on peut attribuer à la preuve une signification qui n'est pas conjecturale, mais seul le contexte qui se rattache à cette preuve est
pertinent, sinon on pourrait prétendre, à tort, «que tout élément de preuve tendant à indiquer que l'accusé est coupable constitue un élément contextuel pertinent14». Le juge doit donc
s'appuyer sur les représentations des procureurs, tant sur l'élément de preuve lui-même que sur ce qui est à venir15, pour décider si ce critère préliminaire est satisfait16.

Valeur probante et effet préjudiciable : Dans l'arrêt Mohan, la Cour suprême a indiqué que ce principe est restreint par une règle générale d'exclusion fondée sur ce que le juge
Sopinka a décrit comme «une analyse du coût et des bénéfices, à savoir "si la valeur en vaut le coût"», précisant que cela ne doit pas être interprété dans le sens économique
traditionnel. En plus de sa pertinence, tout élément de preuve doit avoir une valeur probante qui surpasse son effet préjudiciable, ce qui implique un exercice d'évaluation qui
accompagne chaque décision sur l'admissibilité de la preuve afin de préserver un procès équitable17. Il en résulte qu'une preuve par ailleurs pertinente peut être exclue «si sa valeur
probante est surpassée par son effet préjudiciable, si elle exige un temps excessivement long qui est sans commune mesure avec sa valeur ou si elle peut induire en erreur en ce sens
que son effet sur le juge des faits, en particulier le jury, est disproportionné par rapport à sa fiabilité». Ce dernier facteur est particulièrement important dans le cas d'une preuve
d'expert, quoique la Cour suprême l'ait évoqué dans d'autres situations. Le calcul se fait différemment lorsque la défense veut introduire une preuve. Le droit de l'accusé à une défense
pleine et entière et celui d'être présumé innocent exigent qu'on accepte des procès un peu plus longs et complexes de même que l'attention du jury soit détournée sur des questions
autres que la preuve du ministère public. Par ailleurs, ce principe d'admissibilité de common law, fondé sur la seule pertinence, s'applique même si la preuve a été illégalement
obtenue, sous réserve du droit de demander son exclusion en vertu du paragraphe 24(2) de la Charte.

La meilleure preuve : En principe, une partie doit soumettre la meilleure preuve dont elle dispose. Ainsi, elle doit produire l'original d'un document. Cela étant, il s'agit d'une règle
de prudence et non de droit strict. Les parties peuvent convenir de produire la preuve secondaire et, dans un tel cas, on fera rarement reproche au juge de l'avoir acceptée18. La preuve
secondaire sera généralement admissible si elle n'affecte pas sa force probante19. Cela étant, une personne ne pourra produire la preuve secondaire si elle a elle-même détruit la
preuve primaire, à moins que la destruction ait été accidentelle ou de bonne foi20.

Juge gardien de l'admissibilité : Cela étant, le juge du procès doit veiller à ce que seule la preuve admissible soit considérée21. À cet effet, le juge Sopinka, dans l'arrêt D. (L.E.), a
rappelé le rôle de celui-ci. Dans cette affaire, en réponse à une question, un témoin avait introduit une preuve de faits similaires dont l'inadmissibilité avait été précédemment établie.
Le juge Sopinka a entériné les propos suivants, qu'avait tenus la Cour d'appel du Nouveau-Brunswick dans l'arrêt Ambrose22: [TRADUCTION] Il incombe au juge qui préside un procès
criminel d'écarter toute preuve inadmissible, même celle apportée par l'avocat de l'accusé et celle n'ayant fait l'objet d'aucune objection, et s'il arrive qu'une preuve inadmissible soit
produite, le juge du procès doit dire immédiatement au jury de ne pas en tenir compte, ou, dans le cas d'une preuve à ce point préjudiciable que le jury se verrait dans l'impossibilité
d'en faire abstraction, il doit libérer le jury et ordonner la tenue d'un nouveau procès [...]23.

2. LA L'inadmissi Généralités : La Cour suprême a pris acte qu'en matière d'agression sexuelle, certaines techniques de contre-interrogatoire sont abusives en ce qu'elles visent à faire le procès du
plaignant plutôt que de l'accusé et faussent le processus de recherche de la vérité85. L'article 276 du Code criminel répond à ce problème en restreignant la portée du
PREUVE DE bilité de contre-interrogatoire du plaignant d'une infraction à caractère sexuel. Il a précisément été édicté afin de protéger le droit à la vie privée du plaignant, d'encourager la dénonciation des
COMPORTE agressions sexuelles et d'exclure les éléments de preuve qui alimentent un raisonnement fondé sur la propension86. La réputation fondée sur des activités sexuelles87 passées n'a aucun
MENTS
principe lien avec la crédibilité et une telle preuve poursuit une fin illégitime 88. Dans ce contexte, les tribunaux doivent assurer au plaignant son droit au respect de sa vie privée qui ne doit
SEXUELS pas être inutilement sacrifié89. Tous les intervenants, quoique plus particulièrement le juge qui en a la responsabilité ultime, doivent alors assurer le traitement approprié de la preuve
visée par l'article 276 du Code90. Deux dispositions, les articles 276 et 277, sont étroitement liées et visent à atteindre cet objectif.
DE LA
VICTIME
Le contexte de la contestation de la règle : Avant d'expliquer la portée des articles 276 et 277 du Code, il faut rappeler que leur première mouture a fait l'objet d'une contestation en
vertu de la Charte. Dans l'arrêt Seaboyer, la Cour a conclu à l'inconstitutionnalité de la version initiale de l'article 276 et a refaçonné la règle de common law qui permettait
l'acceptation libérale des allégations de comportements sexuels antérieurs d'un plaignant. Contrairement au libellé de l'article 277, celui de l'article 276 ne prévoyait pas l'exclusion
d'une preuve d'activités sexuelles antérieures du plaignant, avec l'accusé ou un tiers, en raison de la fin illégitime qu'elle poursuivait, mais il énonçait une règle d'inadmissibilité sous
réserve d'exceptions spécifiées91. Selon la Cour, la disposition était trop restrictive et empêchait l'accusé de présenter une preuve pertinente, ce qui contrevenait à son droit à une
défense pleine et entière. Elle conclut qu'un juge ne peut pas écarter une preuve pertinente à une défense en droit, sauf si l'effet préjudiciable de cette preuve l'emporte sensiblement
sur sa valeur probante92.
L'arrêt Seaboyer portait sur deux appels, l'un de Seaboyer et l'autre d'un dénommé Gayme. En souhaitant chacun contre-interroger les plaignantes sur des comportements sexuels
antérieurs, et dans le cas de Gayme également postérieurs, Seaboyer tentait d'expliquer les blessures de la plaignante tandis que Gayme voulait démontrer que la plaignante était en
fait l'agresseur. Pour la juge McLachlin, la preuve de rapports sexuels peut être pertinente et admissible à d'autres fins qu'une inférence relative au consentement ou à la crédibilité si
cette preuve est suffisamment probante. Or, l'article 276 du Code privait l'accusé de cette possibilité et la juge McLachlin donne des exemples de preuve qui auraient été admissibles.

Admissibilité limitée Ainsi, l'accusé peut avancer une défense de croyance sincère qui repose «sur des actes sexuels de la plaignante accomplis à un autre moment ou à un autre
endroit93». Il peut expliquer des faits : matériels de la preuve à charge, comme les blessures du plaignant, en raison d'un autre rapport sexuel94, ou «attaquer la crédibilité du plaignant
au motif que celui-ci avait un parti pris ou avait des raisons de fabriquer une preuve» par vengeance95. L'accusé peut aussi faire la «preuve d'un comportement sexuel antérieur qui
satisfait aux normes d'admissibilité de la preuve d'actes similaires», sauf pour soutenir que le plaignant avait donné son consentement ou n'est pas un témoin digne de foi96, ou encore
démontrer que les connaissances d'un jeune plaignant ont été acquises lors d'une activité sexuelle antérieure avec un tiers97. En décrétant l'exclusion de toute preuve de cette nature,
niant au juge le soin d'évaluer si son effet préjudiciable milite en ce sens, l'article 276 du Code avait une portée inacceptable98.

Reformulation de la règle de common law : Sur ces constats, la juge McLachlin s'emploie à revoir la règle de common law afin de ne conserver que les utilisations légitimes qu'on
peut faire de ce type de preuve99. Elle pose le principe que le consentement du plaignant à des rapports sexuels avec un tiers ou l'accusé, exprimé à une autre occasion, ne permet pas
de conclure que le plaignant soit moins digne de foi comme témoin ou qu'il est plus susceptible d'avoir consenti à l'activité sexuelle à l'origine du procès; il s'agit d'un raisonnement
fondé sur ce que la jurisprudence désigne désormais comme étant les «deux mythes»100. Pour le reste, il appartient au juge de décider de l'admissibilité de cette preuve, lors d'un
voir-dire pouvant être tenu à huis clos, sur la base d'affidavits ou de témoignages101. Il doit toujours s'assurer que les procédures ne deviennent pas «le théâtre de conduite humiliante
ou abusive de la part des avocats de la défense102». Si le juge détermine qu'une telle preuve est admissible, ce qui sera exceptionnel, il doit donner des directives au jury pour lui
interdire de tirer des inférences fondées sur les mythes identifiés103.

La règle codifiée : L'article 277 du Code prévoit de manière générale qu'une preuve de la réputation sexuelle du plaignant est toujours inadmissible si elle vise à attaquer ou défendre
sa crédibilité. Cela constitue une restriction au contre-interrogatoire qui s'avère conforme à la Charte. En effet, la réputation sexuelle n'ayant aucun lien logique ou pratique avec la
crédibilité, l'article n'exclut pas une preuve pertinente et ne porte pas atteinte à un procès équitable104. La règle est la même avec l'utilisation de stéréotypes sexuels pour rehausser la
crédibilité d'une plaignante105.

L'article 276 du Code criminel est plus complexe. À la suite de l'arrêt Seaboyer, le législateur a modifié cet article en codifiant essentiellement les principes énoncés par la Cour106.
Dans sa version dite «moderne», il vise la protection de «l'intégrité de l'administration de la justice, et du procès, en établissant un juste équilibre entre les droits de l'accusé et ceux de
la plaignante107». Par conséquent, la preuve d'une activité sexuelle108, antérieure ou postérieure à l'infraction reprochée109, consensuelle ou non110, est inadmissible pour déduire du
caractère sexuel de cette activité que le plaignant est moins digne de foi ou qu'il est plus susceptible d'avoir consenti à l'activité sexuelle à l'origine de l'accusation111. Un tel
raisonnement se fonde sur les deux mythes identifiés par la Cour suprême. La règle s'applique à toute poursuite pour une infraction énumérée au paragraphe 276(1) du Code112, mais
aussi aux poursuites où il existe un lien entre l'une d'elles et l'infraction reprochée113. Le Code précise qu'un dossier se rapportant à une activité sexuelle, c'est-à-dire une
communication à des fins d'ordre sexuel ou dont le contenu est de nature sexuelle autre que celle à l'origine de l'accusation, est aussi visé114.

Le paragraphe 276(1) du Code criminel interdit de façon absolue d'invoquer le comportement sexuel du plaignant dans le seul but d'appuyer l'inférence qu'il est plus susceptible
d'avoir consenti aux rapports sexuels qui font l'objet de l'accusation ou qu'il est moins digne de foi115. Ainsi interprétée, la disposition est conforme à la Charte, car elle ne fait
qu'exclure des éléments de preuve non pertinents116. Par conséquent, l'accusé ne peut évidemment pas soutenir qu'une telle règle porte atteinte à son droit à une défense pleine et
entière117. De même, l'article précise que les inférences interdites doivent découler du caractère sexuel de l'activité. Le comportement sexuel ou le dossier qui expose un tel
comportement est donc parfois admissible si les inférences que l'on souhaite en tirer proviennent de ses caractéristiques non sexuelles comme, à titre d'exemples, pour démontrer un
mode de comportement ou l'existence d'une déclaration antérieure incompatible118. La disposition ne rend pas inadmissible le simple fait d'une victimisation antérieure, sans les
détails, dans la mesure où cela est pertinent et conforme aux principes généraux du droit pour être admissible119.
LA Généralités : En principe, la poursuite ne peut attaquer la réputation d'un accusé, ce dernier devant être jugé en fonction de ce qu'on lui reproche d'avoir fait, et non en fonction de ce
qu'il est ou de ce qu'il a déjà été1. C'est ainsi que, dans l'arrêt Cloutier, la Cour suprême énonçait la règle voulant que, sauf exception, une preuve de mauvaise réputation, ou dont
B) Preuve PREUVE l'objet est de prouver que l'accusé est plus susceptible qu'un autre de commettre un crime semblable à celui faisant l'objet de l'accusation, ne sera pas admise puisqu'une telle preuve
de la DE n'a pas de valeur probante véritable par rapport au crime spécifique qu'on lui reproche et qu'elle comporte une pertinence ténue2. Ce principe exclut donc, avant verdict, toute preuve
par la poursuite des antécédents judiciaires de l'accusé ainsi que de son mode de vie en général3, sous réserve des règles particulières que nous examinerons à l'instant.
réputation MAUVAIS
de l'accusé E Devoir du juge : Lorsqu'une preuve de mauvaise moralité est introduite, le juge a le devoir de donner une directive appropriée au jury. Le juge des faits ne peut en faire qu'un usage
MORALIT restreint, se limitant à la crédibilité générale de l'accusé, et non pour conclure que l'accusé est probablement le genre de personne à commettre l'infraction ou pour conclure autrement
à sa culpabilité4.
É : EN
RÉPONSE A. La réponse à une preuve de bonne réputation par l'accusé
À UNE
PREUVE • Nature de la preuve : La règle veut qu'un accusé qui invoque sa bonne réputation pour se défendre d'une accusation autorise la poursuite à lui répondre avec une preuve
portant sur sa réputation. Il s'agit d'une question d'équité afin que le juge des faits ne soit pas laissé avec une image déformée de la réalité5. La jurisprudence reconnaît que le
PRÉSENTÉ fait de nier sa culpabilité ou de simplement rejeter les allégations accusatrices ne met pas en jeu la bonne réputation d'un accusé6. Un accusé peut aussi admettre ses
E PAR antécédents judiciaires en interrogatoire principal, dans le but de diminuer l'impact d'un contre-interrogatoire à cet effet, et cela ne constitue pas une preuve de bonne
réputation7. Il faut plus, mais la ligne n'est pas toujours nettement tracée8.
L'ACCUSÉ
L'accusé peut, s'il le juge opportun, présenter une preuve dite de «bonne réputation» dans le but d'amener le juge des faits à conclure qu'il n'est pas le genre de personne à
avoir commis l'infraction reprochée et afin de rehausser sa crédibilité9. Il peut «laisser entendre qu'il ne peut pas avoir commis le crime reproché parce qu'il est une personne
honnête10», une limite qui n'est pas toujours aisée à tracer11. Il peut aussi faire entendre des personnes qui témoigneront de sa réputation dans la communauté ou le milieu dans
lequel il évolue12. Toutefois, ces tiers ne peuvent pas simplement offrir leur opinion sur la bonne réputation de l'accusé ou l'appuyer d'actes particuliers, mais leur témoignage
«doit plutôt être le reflet de la connaissance par les témoins de la réputation de l'accusé au sein de la communauté»13. Seul l'accusé peut invoquer des actes particuliers de
bonne conduite14. Ce sera notamment le cas s'il témoigne qu'il n'a aucun antécédent judiciaire et n'a jamais été arrêté15.

L'accusé peut même, dans le cadre de cette preuve, faire entendre un témoin qui atteste de sa réputation de dire la vérité, sauf qu'il ne peut pas dire qu'il croirait l'accusé s'il
était appelé à témoigner, car cela usurpe la fonction du jury. Devant une telle preuve, le juge doit aviser le jury que, peu importe la réputation que l'accusé peut avoir dans la
communauté, témoigner sous serment est différent de dire la vérité dans la vie quotidienne et aussi que le témoin n'a pas, comme lui, entendu toute la preuve et prêté serment
de rendre un verdict conforme à celle-ci16.

• Valeur probante limitée dans certains cas : La preuve de bonne réputation peut se révéler sans valeur probante. Dans certaines circonstances, comme en matière
d'agression sexuelle sur des enfants17 ou de violence conjugale18, la force probante d'une telle preuve sera durement affectée, puisque ce type d'inconduite se produit
généralement en privé, de sorte que la collectivité n'en a pas connaissance19.

• Ouverture à la preuve de mauvaise moralité : L'accusé qui présente une preuve de bonne réputation donne l'occasion à la poursuite de faire la preuve du contraire. Elle
peut le faire uniquement si la preuve de bonne réputation résulte de l'initiative de l'accusé. Elle ne peut créer elle-même cette occasion en soutirant, lors de son
contre-interrogatoire des témoins de la défense, des réponses relatives à la bonne réputation de l'accusé20, ou en déposant en preuve une déclaration extrajudiciaire dans
laquelle l'accusé affirme ne pas être le genre de personne à commettre le crime21. La preuve offerte en réponse à la bonne réputation doit être une preuve admissible22. Le juge
peut également interdire le contre-interrogatoire sur des éléments qui, en soi, peuvent montrer un mauvais caractère, mais dont le lien avec les faits de la cause est ténu23 ou
qui font appel à des stéréotypes comportementaux24.

Par ailleurs, il faut déterminer comment la poursuite peut contrer une preuve de bonne réputation. L'article 666 du Code criminel prévoit que si l'accusé fournit une preuve de
son honorabilité, la poursuite peut en réponse, avant qu'un verdict soit rendu, mettre en preuve les antécédents judiciaires de l'accusé25, incluant les faits entourant les
déclarations de culpabilité26. Elle peut même mettre en preuve une déclaration de culpabilité pour laquelle l'accusé a fait l'objet d'une absolution aux termes de l'article 730 du
Code27 ou encore le fait qu'il a souscrit, dans le passé, à un engagement de garder la paix à la suite d'une accusation de voies de fait28. Elle ne peut toutefois pas, vu le principe
de l'autorité de la chose jugée, invoquer une conduite similaire dont le prévenu a été acquitté29. L'article 666 du Code se veut une exception à la règle interdisant à la poursuite
de prouver la mauvaise réputation de l'accusé par des actes spécifiques d'inconduite. Et il n'est pas limitatif. Elle peut donc faire entendre des témoins qui attesteront de la
mauvaise réputation du prévenu30. La poursuite peut également contre-interroger l'accusé à l'égard d'actes spécifiques d'inconduite qui n'ont pas donné lieu à des
condamnations dans la mesure où la conduite demeure pertinente et que son effet préjudiciable ne surpasse pas sa valeur probante31. Sous ce rapport, on a refusé des questions
à propos d'activités sexuelles consensuelles de groupe dans le cadre d'une accusation d'agression sexuelle sur une mineure32 ou des questions portant sur la moralité sexuelle
de l'accusé alors que ce dernier avait mis en cause son honnêteté33. Lorsqu'elle le fait pour répondre à une preuve générale de bonne réputation, la poursuite est liée par la
réponse reçue, c'est-à-dire qu'elle ne peut démontrer le contraire en contre-preuve34. Toutefois, si l'accusé fait plus qu'une preuve générale de bonne réputation et qu'il affirme
dans son témoignage n'avoir jamais eu une conduite particulière dans le but de nier qu'il puisse être responsable de celle reprochée, la poursuite peut être autorisée, après
l'avoir contre-interrogé à cet égard, à apporter une preuve du contraire. Par exemple, un juge pourrait autoriser une contre-preuve si l'accusé affirme dans son témoignage
n'avoir jamais violenté un enfant, laissant entendre qu'il n'a pas commis l'infraction reprochée, soit celle d'avoir commis des voies de fait sur son enfant35.

• La portée de la règle : Comme le prévoit l'article 12 de la Loi sur la preuve au Canada216, l'accusé qui choisit de témoigner s'expose, comme tout autre témoin et sans qu'il
soit nécessaire qu'il ait préalablement fourni une quelconque preuve de son honorabilité, à être contre-interrogé217 par le poursuivant sur ses antécédents judiciaires218 dans
l'unique but d'attaquer sa crédibilité219. Cela comprend les condamnations devant un tribunal pour adolescents 220, celles relatives à une loi fédérale particulière, comme en
matière de fraude à l'assurance-emploi221, et même celles prononcées par un tribunal étranger dans la mesure où la conduite qui y a donné lieu constituerait une infraction en
vertu des lois canadiennes222. Toutefois, cela ne vise pas une condamnation en matière disciplinaire223.

• L'absolution et la suspension du casier judiciaire :

- Par ailleurs, diverses cours d'appel ont décidé qu'une absolution, prononcée aux termes de l'article 730 du Code criminel, ne constitue pas une condamnation au sens de
l'article 12, de sorte que l'accusé ne peut être contre-interrogé à ce sujet224.
- La situation est différente dans le cas où la personne a obtenu la suspension de son casier judiciaire ce qui, avant la loi de 2012, a été successivement désigné comme le
«pardon» et la «réhabilitation». Certaines formes de pardon, découlant de la prérogative royale ou de la loi, ont pour effet d'anéantir la condamnation, de sorte que le
contre-interrogatoire est évidemment impossible. Par contre, les mesures de clémence administrative accordées en vertu de la Loi sur le casier judiciaire225, et que
d'aucuns assimilaient erronément à un pardon, n'en constituent pas un, de sorte que l'accusé doit avouer sa condamnation antérieure226.

1. La preuve autorisée

• Une preuve limitée : Dans l'arrêt Corbett227, la Cour suprême a étudié la nature de la preuve qui peut être faite en vertu de l'article 12 de la Loi sur la preuve au Canada.
L'accusé ne peut être interrogé que sur le fait de la condamnation elle-même, ce qui inclut la nature de l'infraction pour laquelle il fut condamné, la date et le lieu de la
condamnation ainsi que la peine imposée228. On ne peut donc pas demander à l'accusé de révéler les circonstances229 entourant la commission des infractions pour lesquelles il
a été condamné ni — a fortiori — des détails non pertinents à la crédibilité, comme le nom de la victime de l'agression sexuelle qu'il a admis avoir commise230. Comme le
rappelle la Cour d'appel du Québec, les questions «portant sur les condamnations antérieures d'un accusé se limitent à l'identification du crime, à la description du chef
d'accusation, à la désignation du lieu où la condamnation a été prononcée et à une description de la peine infligée mais non sur les circonstances détaillées des crimes231». Il a
été suggéré cependant que des réponses évasives d'un accusé sur ses antécédents peuvent justifier des questions sur détails de ceux-ci232. Le contre-interrogatoire ne porte pas
sur le mode de vie de l'accusé et il ne vise pas à prouver sa mauvaise réputation, mais il tend plutôt, comme dans le cas de tout autre témoin, à affaiblir sa crédibilité233.

C) Le LE Généralités : Vu le caractère accusatoire de la procédure, les deux parties assistent au débat. Il leur appartient d'assigner les témoins et de les faire entendre. Elles les interrogent et
les contre-interrogent à tour de rôle en présence du juge, l'arbitre du débat. Le juge tranche notamment les objections à la preuve et aux questions soumises aux témoins, un rôle
principal DÉROULEM
parfois délicat surtout lors d'un procès devant jury457.
mode de ENT DU
preuve : le TÉMOIGNA
Enregistrement et sténographie : Les dépositions sont enregistrées458 puis retranscrites par des sténographes accrédités. Dans l'arrêt Hayes, la Cour suprême a examiné les
témoignage GE conséquences qui découlent du fait qu'une transcription soit incomplète. Elle a décidé qu'un nouveau procès ne sera ordonné que s'il y a «une possibilité sérieuse que la partie
manquante de la transcription contienne une erreur, ou que cette omission ait privé l'appelant d'un moyen d'appel459». La règle est cependant différente si l'accusé assume une part de
responsabilité à cet égard, comme le fait qu'il se soit esquivé pendant une longue période durant laquelle le sténographe a détruit ses notes conformément à une politique en
vigueur460.

Le rôle du Le rôle du juge dans les témoignages : Comme la procédure pénale est de type accusatoire en droit canadien, le rôle du juge consiste essentiellement à arbitrer le débat qui s'engage
entre l'accusateur et le prévenu. En général, le juge ne prend donc pas activement part aux procédures ce qui pourrait mettre en cause l'apparence de partialité476. S'il intervient, il ne
juge dans doit pas remettre en question son impartialité ou porter ombrage au travail des avocats, notamment quant à la stratégie adoptée477. À l'égard des témoins, la nature accusatoire du
les système n'autorise pas, en principe, que le juge les interroge lui-même et, encore moins, les contre-interroge478. Il ne peut bien sûr soulever lui-même des faits dont il aurait
personnellement connaissance afin d'interroger un témoin, ce qui pourrait constituer un motif de récusation479.
témoignage
s Une participation trop active du juge au débat constitue d'ailleurs un motif pour obtenir l'annulation d'un procès480. C'est ce qui s'est produit dans l'affaire R. c. Brouillard, où le juge
était intervenu à près de 60 reprises durant le témoignage de l'accusé. La Cour suprême a ordonné la tenue d'un nouveau procès en énonçant les règles suivantes:

Son rôle exige donc qu'il se limite à poser des questions permettant de clarifier des ambiguïtés, d'explorer des réponses vagues ou d'obtenir la réponse du témoin sur un fait pertinent
au litige, mais omis par les avocats, tout en prenant soin de ne pas introduire une preuve non pertinente ou autrement inadmissible482. Cela ne l'autorise pas à faire le travail d'une
partie et notamment d'interroger un accusé avec des questions touchant principalement sa crédibilité483. Dans tous les cas, le juge devrait attendre la fin du témoignage pour poser ses
questions484. Devant jury, il doit redoubler de prudence et, avec les parties uniquement, expliquer son intention de poser des questions, obtenir l'avis des avocats, envisager que
ceux-ci les posent ou à tout le moins, évaluer la meilleure façon de le faire lui-même485.

Laisser les avocats faire le travail : Le juge doit éviter de critiquer les efforts de l'avocat visant à discréditer un témoin ou sa stratégie générale486. Il doit éviter de dénigrer la
pertinence ou la valeur du contre-interrogatoire ou encore tenter d'en devancer les questions, ce qui peut y faire obstacle et constituer un motif d'annulation du procès487. On lui
reconnaît toutefois la possibilité d'intervenir afin de protéger un témoin vulnérable, notamment pour corriger toute tendance à exploiter certains «mythes du viol», mais il doit
toujours le faire prudemment488. Lorsque le juge doit évaluer la crédibilité du témoin, il devrait alerter les parties sur tout comportement de celui-ci qui peut nuire à sa crédibilité
comme, à titre d'exemple, une communication non verbale avec l'accusé pendant son témoignage489. Par ailleurs, il ne doit pas faire de commentaire sur la crédibilité490 ou l'absence
de crédibilité d'un témoin. Dans ce dernier cas, l'avocat sera bien embêté de faire entendre d'autres témoins dont la version tendrait à appuyer celle commentée par le juge491.

Les Autorisation de poser des questions : Dans l'arrêt Nordyne498, la Cour d'appel du Québec a examiné la question de savoir si les membres du jury peuvent, après l'interrogatoire des
parties, poser des questions au témoin. Le juge Proulx a conclu que oui, sous réserve que le juge ne doit pas les inviter à le faire. Si un juré en manifeste le désir, le juge devra lui
questions expliquer la réserve qu'exige notre système accusatoire de la part du juge des faits. Il faudra également que la question soit transmise par écrit et que le jury se retire pendant qu'on
du jury décide de sa légalité. La Cour d'appel de Terre-Neuve-et-Labrador a entériné cette procédure, mentionnant toutefois que le juge peut inviter les jurés à poser des questions499.
L'interroga Les questions suggestives : Nous abordons ailleurs dans cet ouvrage les règles qui gouvernent l'utilisation des déclarations des témoins à la police lors du témoignage500. Qu'il suffise
maintenant de dire qu'en principe, la partie qui produit un témoin ne peut lui poser de questions de nature suggestive. Dans l'arrêt E.M.W., la Cour suprême a défini ce concept comme
toire «une question qui suggère une réponse ou présume un état de fait qui est par ailleurs contesté501». Elle a indiqué que face à une enfant réticente à répondre, une partie peut poser à son
témoin «des questions à caractère binaire, qui lui [laissent] le choix entre deux réponses [sans suggérer] une réponse précise» tout en spécifiant que les principaux éléments de
l'infraction avaient été prouvés à l'aide de questions non suggestives502. Cela peut évidemment affecter la crédibilité de ce dernier.

Assouplissements : Toutefois, l'application de cette règle interdisant les questions suggestives fait l'objet d'assouplissements, notamment dans le cas des éléments non contentieux ou
lorsque le procureur a pour but d'attirer l'attention du témoin sur un aspect spécifique des événements503. De même, le juge conserve un pouvoir discrétionnaire à cet égard lorsque
l'intérêt de la justice le requiert504. Néanmoins, la Cour d'appel de l'Ontario a rappelé que, s'il n'y a rien d'incorrect au fait de poser des questions quelque peu suggestives pour aider le
témoin à livrer le fond de sa pensée et l'ensemble des faits, il est plus hasardeux de le faire pour le témoin principal sur des éléments cruciaux505. Les réponses ainsi obtenues ne
doivent recevoir que peu ou pas de valeur probante506. Si le témoignage implique l'accusé et que la poursuite a tenté, en ce faisant, de mettre en cause la crédibilité du témoin, il y
aura lieu d'ordonner un nouveau procès si la défense peut avoir subi un préjudice507.

Questions interdites : De même, la partie qui produit le témoin peut lui poser des questions portant sur les faits en litige ou pertinents au litige, mais non sur des faits dits
«collatéraux», dont l'objet vise uniquement à déterminer la crédibilité du témoin. Évidemment, ces deux restrictions ne s'appliquent pas si la partie qui produit le témoin le fait
déclarer hostile508. Tout comme c'est le cas en contre-interrogatoire509, l'interrogatoire ne permet pas de demander à un témoin de commenter la crédibilité ou la franchise, d'un autre
témoin510. On ne peut pas non plus lui demander de commenter l'efficacité d'une méthode d'enquête511. Les conclusions à tirer sur ces questions relèvent exclusivement du juge des
faits de sorte que si cela survient, le juge doit immédiatement donner la directive au jury de l'ignorer, même en l'absence d'objection des avocats512. Il est aussi interdit à une partie
d'introduire une preuve dans l'unique but de rehausser la crédibilité d'un témoin, comme c'est le cas, en principe, de la déclaration antérieure compatible513 ou d'une expertise produite
à cette fin514. Cette dernière règle n'interdit toutefois pas, comme nous l'avons vu, la production d'une preuve qui a indirectement l'effet de rehausser la crédibilité du témoin515. Il est
également possible de parer certaines attaques prévisibles du contre-interrogatoire en dévoilant notamment les antécédents judiciaires d'un témoin516.

Le Un droit constitutionnel : Après l'interrogatoire principal des témoins, il est permis à l'autre partie de les contre-interroger. La règle est la même lorsqu'une partie, s'autorisant d'une
disposition législative habilitante, dépose un affidavit517. Le droit au contre-interrogatoire complet des témoins à charge constitue l'un des attributs essentiels du droit à une défense
contre-inte pleine et entière dont bénéficie l'accusé518 et un outil nécessaire pour assurer l'équité du procès519. Cela étant, la Cour suprême a indiqué que l'article 7 de la Charte ne garantit pas ce
rrogatoire droit en lui-même.

Si le contre-interrogatoire n'est qu'un moyen d'assurer un procès équitable, lequel est l'objectif à atteindre520, il est un allié indispensable pour assurer la recherche de la vérité et, à ce
titre, le seul moyen «de mettre au jour des faussetés, de rectifier une erreur, de corriger une distorsion ou de découvrir un élément essentiel521». Dans l'arrêt Osolin, le juge Cory a
rappelé ce qui suit:

Le contre-interrogatoire a une importance incontestable. Il remplit un rôle essentiel dans le processus qui permet de déterminer si un témoin est digne de foi. Même lorsqu'il
vise le témoin le plus honnête qui soit, il peut permettre de jauger la fragilité des témoignages. Il peut servir, par exemple, à montrer le handicap visuel ou auditif d'un témoin.
[...] C'est le moyen par excellence d'établir la vérité et de tester la véracité. Il faut autoriser le contre-interrogatoire pour que l'accusé puisse présenter une défense pleine et
entière. La possibilité de contre-interroger les témoins constitue un élément fondamental du procès équitable auquel l'accusé a droit. Il s'agit d'un principe ancien et bien établi
qui est lié de près à la présomption d'innocence. [...]522.

Le juge Cory a aussi indiqué que le contre-interrogatoire est particulièrement précieux pour permettre une défense pleine et entière lorsque la crédibilité est le point litigieux central
au procès523. Dans l'arrêt Shearing, le juge Binnie revenait à la charge en rappelant qu'un contre-interrogatoire complet et incisif est l'outil le plus efficace dont dispose un accusé
lorsque, comme c'est souvent le cas en matière d'agression sexuelle, c'est la parole de l'accusé contre la crédibilité de ses accusatrices524. En fait, même si notre droit ne reconnaît pas
expressément le droit de l'accusé de confronter son accusateur, le droit à une défense pleine et entière emporte généralement ce résultat525. En conséquence, toute atteinte au droit de
contre-interroger sera sanctionnée par les tribunaux d'appel, à moins que la poursuite de son exercice soit devenue manifestement inutile526. En effet, une limitation du
contre-interrogatoire peut entraîner l'annulation du verdict de culpabilité et la tenue d'un nouveau procès527.

D) Habileté * Art. 4(1) Loi sur la preuve : le conjoint est habile à témoigner (contraignable) mais détient un
privilège en vertu de 4(3) – soit qu’il peut refuser de dévoiler une communication que lui a faite son époux durant le mariage.
et
contraigna
bilité

L’accusé peut s’abstenir de témoigner, selon 4(6) Loi sur la preuve, le juge ou le poursuivant sont prohibés d’émettre tout commentaire relativement au défaut de témoigner de
l’accusé. / le silence ne vaut pas élément de preuve.
E) Preuve de comportements sexuels antérieurs / 40.19 à 40.26
Privilège - Art. 276 [Link] : restreint la portée du contre-interrogatoire du plaignant d’une infraction à caractère sexuel. / la réputation fondée sur des activités sexuelles passées n’a aucun lien
avec la crédibilité, voir 40.25 pour précisions.
de - Art. 277 : prévoit de manière générale qu’une preuve de la réputation sexuelle du plaignant est toujours inadmissible si elle vise à attaquer ou défendre sa crédibilité. Cela
non-incrim constitue une restriction au contre-interrogatoire.
ination
1. La portée du privilège en common law : En common law, la portée du privilège de non-incrimination est relativement limitée. Dans l'arrêt Marcoux (No. 2), le juge Dickson avait
expliqué que «le privilège s'applique à l'accusé en tant que témoin et non en tant qu'accusé; il s'applique particulièrement à la contrainte de témoigner et non pas à la contrainte en
PROTECTIO
général». Par conséquent, il n'avait aucun effet sur l'obligation de participer à une parade d'identification1. La Cour suprême avait également décidé que le privilège ne visait pas le
N CONTRE fait de devoir se soumettre à un prélèvement sanguin et à des tests symptomatiques de sobriété2 ou au prélèvement d'un échantillon d'haleine3. Le privilège avait donc, en vertu de
L'AUTO-INC la common law, une portée testimoniale; l'accusé ne pouvait être contraint à témoigner ou à répondre à une question qui peut l'incriminer. Il n'empêchait pas les autres formes de
RIMINATIO contrainte de l'accusé pour obtenir une preuve.
N
L'entrée en vigueur de la Charte n'a pas modifié cette dernière règle. Dans l'arrêt Jones, le juge Lamer a fait la distinction entre le principe interdisant l'auto-incrimination et
le privilège de ne pas s'incriminer. Il a indiqué que le privilège «correspond à la règle stricte et traditionnelle de common law qui ne concerne que la preuve testimoniale au procès4».

Les protections constitutionnelles contre l'auto-incrimination : Toujours dans l'arrêt Jones, le juge Lamer a déclaré que le principe interdisant l'auto-incrimination offre un autre
type de protection. Il a conclu que «[t]oute action de l'État qui contraint une personne à produire une preuve contre elle-même dans des procédures l'opposant à l'État viole le principe
interdisant l'auto-incrimination. La contrainte, devrait-on le souligner, signifie refuser la possibilité de donner un consentement libre et éclairé5».

Le juge Lamer a indiqué que le principe, par opposition au privilège, est, au sens de l'article 7, un principe de justice fondamentale6. Il ne jouit donc pas de protection
constitutionnelle comme telle; il qualifie plutôt le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité garanti par l'article 7. Le juge Lamer a précisé que le principe interdisant
l'auto-incrimination poursuit essentiellement deux objectifs, soit, premièrement, la protection contre les confessions indignes de foi et, deuxièmement, la protection contre les abus de
pouvoir de l'État7. Dans une opinion concordante rendue dans l'arrêt S. (R.J.), la juge L'Heureux-Dubé a résumé le concept: En résumé, lorsqu'est contestée la constitutionnalité
d'éléments de preuve obtenus par des analyses d'haleine, la prise d'empreintes digitales, des fouilles ou perquisitions, ou encore la production forcée de documents, les objections
soulevées ne sont reconnues en vertu de la Charte que dans la mesure où elle vise la manière par laquelle la preuve a été obtenue. Des objections au fait que la preuve a été obtenue et
au fait que la personne a été contrainte de participer à son obtention ne sont pas reconnues en vertu de la Charte. [...]8.

Les protections du témoignage : Sur le plan testimonial, le principe se traduit donc par des protections constitutionnelles prévues, notamment, à l'article 13 de la Charte, qui
protège, nous l'avons vu9, contre l'utilisation ultérieure d'un témoignage rendu dans une procédure, et à l'alinéa 11c) de la Charte lorsqu'un inculpé est contraint de témoigner contre
lui-même dans une poursuite intentée contre lui pour l'infraction qu'on lui reproche. Également, l'alinéa 11d), qui garantit la présomption d'innocence et le droit à un procès équitable,
accorde en la matière une protection équivalente à celle de l'article 7 de la Charte10. La justice criminelle repose sur une prémisse fondamentale: tout accusé est présumé innocent
jusqu'à ce que la preuve du contraire soit établie hors de tout doute raisonnable11. Cette présomption entraîne une conséquence importante, soit le droit au silence de l'accusé: [...] La
présomption d'innocence a pour effet d'assurer que les individus soient laissés tranquilles jusqu'à ce que le ministère public ait établi une preuve prima facie, et ce n'est qu'à ce
moment que devrait exister une contrainte à témoigner: P. (M.B.), [...] à la p. 57912.

2. ACCUSÉ Protection contre la contrainte légale à témoigner : L'alinéa 11c) de la Charte prévoit que tout inculpé a le droit de ne pas être contraint de témoigner contre lui-même dans toute
poursuite intentée contre lui pour l'infraction qu'on lui reproche13, cristallisant ainsi la règle de common law14 et celle implicitement codifiée au paragraphe 4(1) de la Loi sur la
NON
preuve au Canada15.
CONTRAIG - Ainsi, l'accusé est inhabile et non contraignable à rendre témoignage pour la poursuite.
NABLE - En revanche, il est habile à témoigner pour sa propre défense ou pour celle de son coaccusé, mais il ne peut être contraint par son coaccusé à témoigner pour la défense de
ce dernier16. Cependant, un accusé peut contraindre son complice à témoigner pour sa défense si celui-ci est accusé dans un procès séparé17.
- Par ailleurs, la personne qui est accusée conjointement avec son complice et qui démontre qu'elle a besoin, pour sa défense, du témoignage de ce dernier pourra demander
la tenue de procès séparés18. Ainsi, chaque accusé pourra être témoin dans la cause de l'autre.

Cela étant, il faut mentionner que l'alinéa 11c) emploie le terme «proceedings» en anglais et «poursuite» en français, ainsi que l'expression «in respect of the offence» en anglais et
«pour l'infraction qu'on lui reproche» en français. Dans l'arrêt Martineau, la Cour suprême a examiné l'impact de cette différence. Dans cette affaire, le contribuable a fait l'objet
d'une confiscation compensatoire en vertu de la Loi sur les douanes19. Il a fait appel de cette décision par voie d'action conformément à la procédure prévue par cette loi. Le ministère
du Revenu a demandé de le contre-interroger au préalable. Le contribuable a soutenu qu'il était inculpé au sens de l'alinéa 11c). La Cour suprême a conclu que l'action intentée n'était
pas de nature pénale, ce qui réglait la question. Toutefois, elle a jugé opportun de préciser le sens de la garantie. Le juge Fish a indiqué, en consultant la version anglaise de l'alinéa
11c), que le contribuable était impliqué dans des «proceedings in respect of an offence» même s'il avait institué l'action, car c'était le moyen qu'il avait de se défendre, et qu'il suffisait
qu'il y ait un lien quelconque entre l'infraction reprochée et la procédure engagée20. On peut donc conclure, à la lecture de cet arrêt, qu'un accusé qui présente une requête relative à
une poursuite pénale n'est pas contraignable à témoigner.

La contrainte tactique : Par ailleurs, il faut mentionner que l'alinéa 11c) de la Charte ne protège l'inculpé que contre la contrainte légale à témoigner, c'est-à-dire celle qui découle
d'une assignation. Il ne vise pas ce que l'on pourrait désigner comme la contrainte tactique21. Ainsi, le fait qu'un accusé assume le fardeau de présentation d'un moyen de défense,
comme la croyance au consentement en matière d'agression sexuelle, ne porte atteinte ni à la présomption d'innocence22 ni à la non-contraignabilité de l'inculpé23. Il en va de même
de l'accusé qui se retrouve devant la contrainte tactique de témoigner pour établir les faits au soutien d'une preuve d'expert qu'il a présentée24. Cela ne modifie en rien l'obligation de
la poursuite de prouver les éléments de l'infraction. Il n'y a pas non plus contravention à l'alinéa 11c) lorsque la contraignabilité tactique est la conséquence indirecte d'une règle de
droit. Ainsi, dans l'arrêt Darrach, la Cour suprême a indiqué qu'il n'y a pas contravention à la Charte du fait qu'un accusé court le risque de divulguer un moyen de défense lorsqu'il
souhaite faire la preuve du comportement sexuel antérieur du plaignant et qu'il doit alors déposer un affidavit et présenter une preuve lors d'un voir-dire pour justifier sa demande25.
La Cour avait conclu de la même manière lorsque saisie de la question de la preuve contraire prévue dans l'ancien régime du Code, pour la défense à l'accusation de conduite avec les
capacités affaiblies par l'alcool. La nécessité d'établir une preuve contraire ne protège pas l'accusé contre la contrainte de témoigner qui devient alors tactique26. La Cour a indiqué que
la règle s'appliquait même si le fardeau découlait d'une présomption légale et non des faits mis en preuve par la poursuite. La juge Deschamps a fait valoir que «[la] présomption est
fondée sur le comportement habituel des conducteurs; ceux-ci ne boivent généralement pas une quantité d'alcool suffisante pour influencer les résultats juste avant ou juste après
l'interpellation. C'est véritablement le caractère exceptionnel du comportement de la personne accusée, plutôt que la présomption légale dont bénéficie la poursuite en vertu de l'al.
258(1)d.1) [ancien], qui fait en sorte que celle-ci doive témoigner27».

Alter ego : Ajoutons enfin que le dirigeant d'une société peut, même s'il en est l'alter ego, être contraint à témoigner contre cette dernière. La Cour suprême a en effet décidé, dans
l'arrêt Amway Corp.28, que la protection contre l'auto-incrimination, garantie à l'alinéa 11c) de la Charte, ne peut s'appliquer à une personne morale, dans la mesure où ce n'est pas la
société accusée qui témoigne, mais bien son dirigeant. La société n'est donc pas dans une situation où elle «s'auto-incrimine»29. Selon le juge Sopinka, qui a rendu le jugement de la
Cour dans l'affaire Amway, «ce serait forcer l'interprétation de l'al. 11c) que de conclure qu'une entité artificielle est un témoin30».

Le choix de témoigner : L'accusé qui choisit de témoigner pour sa propre défense est, comme tout autre témoin, assermenté. Toutefois, il jouit de l'avantage de pouvoir témoigner le
dernier, après avoir entendu l'ensemble de la preuve. Ayant le droit et l'obligation d'être présent pendant toute la durée de son procès, il ne peut, comme il arrive souvent dans le cas
des autres témoins, être exclu de la salle d'audience pendant les autres dépositions. Il faut noter cependant que, malgré son inhabilité à témoigner pour la poursuite, l'accusé qui
choisit de témoigner s'expose au contre-interrogatoire par l'avocat de la poursuite et ceux de ses coaccusés s'il y a lieu. Ce contre-interrogatoire a toutefois une portée limitée. En
effet, sauf si l'accusé fait lui-même allusion à sa bonne réputation, il ne sera pas permis de le questionner quant à sa moralité31.

3. LES
INFÉRENCE Inférence du rejet du témoignage : Par ailleurs, on peut se demander si le juge des faits peut tirer une inférence défavorable à l'accusé si celui-ci témoigne mais qu'il rejette son
S témoignage. La jurisprudence a décidé que la règle est la même que celle qui existe en matière d'alibi32. On ne peut considérer que cela constitue une preuve de culpabilité sauf s'il y a
DÉCOULAN une preuve extrinsèque de fabrication. Autrement, il y aurait danger que l'accusé soit déclaré coupable parce que le juge des faits n'a pas retenu sa version, plutôt qu'à cause de la
suffisance de la preuve de sa participation à l'infraction reprochée dans l'accusation33. Une preuve extrinsèque de fabrication peut cependant ressortir de déclarations disculpatoires
T DES contradictoires de l'accusé34.
CHOIX DE
L'ACCUSÉ

F. Ouï-dire 1. PRINCIPE Généralités : L'irrecevabilité de la preuve par ouï-dire est une des caractéristiques les plus étroitement associées au système de common law. En pratique, plusieurs débats ont lieu
tous les jours, devant les tribunaux, concernant son application. En dépit de la règle, il est possible pour les parties d'admettre une preuve par ouï-dire pour des motifs stratégiques et
DE
une cour d'appel ne pourra reprocher au premier juge de ne pas avoir tranché lui-même la question1. Et bien qu'il soit préférable qu'une admission formelle soit rédigée et déposée au
L'INADMISS dossier, il est possible que l'entente soit implicite2. Outre le consentement des parties, le droit pénal traditionnel connaît un certain nombre de règles particulières qui prévoient
IBILITÉ l'admissibilité du ouï-dire. Dans le cadre de cet ouvrage, il nous suffira de définir la portée exacte de la règle d'exclusion du ouï-dire et de nous arrêter sur certaines exceptions à la
règle.

Justification de l'inadmissibilité : Notre système de justice pénale privilégie le témoignage de vive voix et c'est notamment pour cette raison que la preuve par ouï-dire est en
principe inadmissible3. Il en va de l'équité du procès4. On ne saurait se satisfaire d'une directive au jury sur les dangers d'une preuve par ouï-dire pour en permettre l'admissibilité,
puisque la caractéristique de celui-ci est l'impossibilité d'en vérifier la véracité ou l'exactitude5. Cela a amené la Cour suprême à prendre acte que «l'incapacité de l'accusé de vérifier
la preuve risque de compromettre l'équité du procès, d'où la dimension constitutionnelle de la règle6».

Définition du ouï-dire : En premier lieu, il importe de préciser qu'aucune preuve ne constitue a priori du ouï-dire7. Tout repose sur la fin poursuivie lorsqu'on cherche à la mettre en
preuve. Les caractéristiques déterminantes du ouï-dire sont le fait de vouloir établir la véracité du contenu d'une déclaration extrajudiciaire et l'impossibilité de contre-interroger le
déclarant au moment précis où il la fait8. Une déclaration se définit comme une affirmation orale ou écrite ou encore un comportement non verbal que l'on veut présenter comme une
affirmation9. Le ouï-dire peut être explicite ou implicite et il est toujours présumé inadmissible10. Si la règle est simple, son application ne l'est pas toujours. En clair, «la règle du
ouï-dire, comme tant d'autres, est plus facile à énoncer qu'à appliquer11».

Lorsqu'un témoin rapporte des paroles ou des faits dont il n'a pas eu personnellement connaissance, c'est-à-dire qui lui ont été rapportés par une autre personne, il s'agit d'un signal
d'alarme. Si l'objectif est d'établir leur véracité, il s'agit de ouï-dire. On doit l'une des formulations les plus succinctes et les plus claires de la règle au juge Dickson de la Cour
suprême: Il est bien établi en droit que la preuve d'une déclaration faite à un témoin par une personne qui n'est pas elle-même assignée comme témoin est une preuve par ouï-dire, qui
est irrecevable lorsqu'elle cherche à établir la véracité de la déclaration; toutefois, cette preuve n'est pas du ouï-dire et est donc recevable lorsqu'elle cherche à établir, non pas la
véracité de la déclaration, mais simplement que celle-ci a été faite. [...]12.

L'exemple suivant illustre cette règle. Un policier effectue sa ronde lorsqu'il est contacté par sa centrale. On lui donne l'ordre de se rendre de toute urgence à une certaine adresse afin
de répondre à l'appel au secours d'une femme qui vient d'être battue par son mari. Au moment du procès du mari, on demande à ce policier de relater les circonstances de son
intervention. Celui-ci explique alors au tribunal qu'il s'est rendu à l'appartement de la victime après que le répartiteur lui eut dit que l'accusé, le mari de celle-ci, l'avait battue13. La
déclaration du policier, dans la mesure où elle veut établir que l'accusé a effectivement battu sa compagne, est inadmissible parce qu'elle constitue du ouï-dire. Le policier ne fait en
effet que rapporter ce qu'on lui a dit au sujet d'une infraction dont il n'a pas été personnellement témoin. La déclaration est cependant admissible dans la mesure où elle vise à établir
non pas la véracité de ce que le répartiteur lui a dit, soit que l'accusé a battu sa conjointe, mais que le répartiteur a bien prononcé ces paroles, indépendamment de la véracité des faits.
En d'autres mots, la déclaration est admissible en ce qu'elle explique l'intervention du policier, et non en ce qu'elle prouve la culpabilité de l'accusé14. On perçoit aussi, par cet
exemple, le caractère préjudiciable de cette preuve.

L'arrêt Smith illustre aussi cette règle15. Dans cette affaire, Smith a été reconnu coupable du meurtre d'une complice dans une affaire de trafic de stupéfiants entre les États-Unis et le
Canada. En défense, Smith avait prétendu avoir abandonné la victime à l'hôtel parce qu'elle avait refusé de dissimuler la drogue à l'intérieur de son corps et qu'elle était vivante au
moment où il l'avait quittée. Avec la mère de la victime qui avait reçu des appels de sa fille la nuit de son décès, le ministère public voulait prouver que Smith était avec la victime la
nuit en question. Il s'agissait essentiellement de trois conversations16, survenues à des moments différents dans la soirée, qui relataient essentiellement les faits suivants: (1) «Larry
[Smith] est parti»; (2) «Larry n'est pas revenu et j'ai besoin qu'on me ramène à la maison»; et (3) «Larry est revenu et je n'ai plus besoin qu'on me ramène». Selon les règles du
ouï-dire, la mère de la victime ne pouvait pas rapporter au procès ces paroles pour prouver que Smith avait d'abord quitté, puis qu'il était revenu et, finalement, qu'il était avec la
victime au moment du meurtre. En ce sens, il s'agissait de ouï-dire.

Absence de possibilité de contre-interroger : L'absence de possibilité de contre-interroger la personne à l'origine de la déclaration ne permet pas au juge d'apprécier le
comportement du déclarant et empêche une partie de mettre «à l'épreuve sa perception, sa mémoire, sa relation du fait en question ou sa sincérité17». Ces préoccupations ne soulèvent
pas uniquement la crainte qui découle d'un pur mensonge, mais aussi la crainte qui découle d'erreurs de bonne foi, d'une mémoire défaillante, d'une mauvaise perception des choses
ou encore d'une capacité de communiquer diminuée, le tout justifiant l'inadmissibilité de la preuve par ouï-dire. Le juge agit à titre de gardien de la preuve et de l'équité du procès, la
dimension constitutionnelle menacée par le ouï-dire18. En somme, ces dangers peuvent «compromettre la fonction de recherche de la vérité ou l'équité du procès19».

Le ouï-dire implicite : La preuve par ouï-dire peut également se présenter sous une forme implicite, comme l'illustre l'affaire de M. Baldree. Celui-ci était dans la mire des policiers
pour trafic de drogues. À la suite de son arrestation, son téléphone cellulaire sonne, un policier répond de façon neutre et l'interlocuteur dit vouloir acheter de la drogue. Le policier
qui rapporte ce fait introduit-il une preuve qui constitue du ouï-dire? Telle était la question devant la Cour d'appel de l'Ontario puis devant la Cour suprême. La Cour d'appel de
l'Ontario, distinguant l'arrêt Ly20 de la Cour suprême, a conclu que la preuve d'un seul appel pour démontrer une telle activité comporte nécessairement une évaluation de la véracité
du contenu de l'appel et, donc, qu'il constitue une preuve de ouï-dire. Selon la Cour, un appel unique par opposition à un nombre significatif d'appels n'offre pas une assise fiable pour
inférer une opération de trafic de stupéfiants puisque cette conclusion repose alors sur ce que croit la personne au moment où elle fait l'appel21. La Cour suprême a confirmé pour
l'essentiel cette décision en plus de souligner que, contrairement à ce que plaidait le ministère public, la règle du ouï-dire vise également celui qui se présente sous forme implicite22.
Dans cette affaire, puisque l'interlocuteur voulait acheter de la drogue, l'affirmation que M. Baldree était un trafiquant devenait implicite. Les mêmes dangers associés au ouï-dire
explicite guettent les affirmations verbales implicites qui au surplus présentent un potentiel élevé d'ambiguïté, et la Cour conclut donc qu'aucune raison de principe ne commande des
critères d'admissibilité différents23. Par ailleurs, selon la Cour, l'inadmissibilité présumée de cette preuve n'empêche pas le ministère public d'en rechercher l'admissibilité par l'analyse
raisonnée24.

Le ouï-dire documentaire : La production d'un écrit relatant un fait constitue elle aussi une preuve par ouï-dire et, de ce fait, elle est en principe prohibée. Les documents ne peuvent
donc être mis en preuve afin d'établir la véracité de leur contenu; ils peuvent l'être uniquement afin d'établir leur existence. Pour qu'un document puisse faire preuve de son contenu,
la partie qui désire l'utiliser doit en démontrer l'authenticité, généralement par la déposition d'un témoin25. De même, le seul dépôt de transcriptions sténographiques de déclarations
faites par les témoins devant le tribunal constitue aussi du ouï-dire dont la production n'est en principe pas permise26. Nous verrons, dans un chapitre ultérieur, les exceptions
apportées à cette règle. La même règle d'exclusion s'applique au dépôt des déclarations extrajudiciaires faites par des témoins à la police27.

2. Généralités : Dans les années 1990, la Cour suprême du Canada a entrepris un virage important dans l'évaluation de ce qui constitue le ouï-dire en adoptant l'analyse raisonnée
comme fondement aux exceptions à la règle d'exclusion du ouï-dire. Comme nous l'avons vu plus tôt28, une déclaration antérieure incompatible avec le témoignage peut être déposée
L'ANALYSE
pour faire preuve de son contenu si elle est nécessaire et fiable. Ces deux caractéristiques constituent la base de l'approche raisonnée qui justifie à son tour les exceptions
RAISONNÉE traditionnelles qui ne sont, en définitive, que l'expression particulière de la règle générale. En effet, même si les cas sont rares, une «exception traditionnelle» dépourvue des attributs
: de nécessité et de fiabilité n'autorise pas l'admissibilité du ouï-dire. Ainsi, dans l'arrêt Khan, la Cour suprême a déclaré ce qui suit: Traditionnellement, la règle du ouï-dire a été
NÉCESSITÉ considérée comme absolue, sous réserve de diverses catégories d'exceptions comme les aveux, les déclarations de mourants, les déclarations contre intérêt et les déclarations
spontanées. Bien que cette attitude ait procuré un certain degré de certitude à la règle en matière de ouï-dire, elle s'est souvent avérée trop rigide devant de nouvelles situations et de
ET
nouvelles exigences du droit. Au cours des dernières années, les tribunaux ont donc parfois adopté une attitude plus souple, fondée sur les principes qui sous-tendent la règle du
FIABILITÉ ouï-dire, plutôt que les restrictions des exceptions traditionnelles29.
DE LA
PREUVE L'arrêt Khan a été l'occasion pour la Cour suprême d'adopter l'analyse raisonnée30. Elle permet, au cas par cas31, de décloisonner l'admissibilité du ouï-dire jusqu'alors limitée par les
exceptions traditionnelles32. Dans certains cas, les dangers de la preuve par ouï-dire sont minimes, de sorte que «son exclusion au lieu de son admission gênerait la constatation exacte
des faits33». Malgré les assouplissements apportés, le juge ne doit pas perdre de vue, au moment de déterminer s'il y a lieu d'admettre la preuve, «que la preuve par ouï-dire est
présumée inadmissible34». Il appartient à la partie qui veut la soumettre d'établir sa recevabilité par prépondérance des probabilités35.

Exceptions traditionnelles et analyse raisonnée : On pouvait se demander si la méthode de l'analyse raisonnée pour déterminer l'admissibilité du ouï-dire n'avait pas eu pour effet
d'abroger les exceptions particulières déjà reconnues par la jurisprudence. La Cour suprême a tranché la question dans l'arrêt Starr. Elle a décidé que les exceptions traditionnelles
continuent de s'appliquer, ajoutant même qu'une preuve qui relève d'une telle exception est présumée admissible à moins que la partie qui en conteste la recevabilité n'établisse qu'elle
ne satisfait pas aux exigences en matière de nécessité et de fiabilité, un résultat possible dans de rares cas selon la Cour36. La règle particulière qui n'est pas conforme à ces principes
doit être modifiée en conséquence37. Le juge Iacobucci a ajouté que «la présence ou l'absence d'une exception traditionnelle [est] déterminante en matière d'admissibilité», de sorte
que la règle définie par la Cour dans les récentes années en est une qui est résiduaire et exceptionnelle d'un point de vue pratique38.

Nécessité et fiabilité de la preuve : La Cour suprême a introduit les bases de ce qui est devenu l'analyse raisonnée, dont le point central est de rechercher, nous l'avons vu, les
éléments de nécessité et de fiabilité de la preuve39. En effet, le ouï-dire peut exceptionnellement être admis en preuve s'il est démontré, selon la prépondérance des probabilités, qu'il
est nécessaire et suffisamment fiable40.

C'est dans l'arrêt Khan41 que la Cour suprême a expliqué cette règle d'admissibilité. Dans cette affaire, on reprochait à un médecin d'avoir agressé sexuellement une fillette de trois
ans alors qu'il était seul avec elle dans son cabinet. À la sortie du bureau, au cours d'une conversation anodine, la mère a demandé à sa fille ce que le médecin lui avait dit dans le
bureau. Celle-ci lui a alors raconté que le médecin, après lui avoir offert une friandise, avait inséré son pénis dans sa bouche. La mère a immédiatement emmené l'enfant au poste de
police, où l'on a procédé à l'analyse d'une tache sur la manche du chandail de sa fillette qui a révélé un mélange composé de sperme et de salive. Vu la preuve matérielle corroborante
et l'âge de l'enfant — celle-ci étant trop jeune pour inventer une accusation de la nature de celle qui était en cause —, la Cour a conclu que le seuil de fiabilité était satisfait. Dans la
mesure où le témoignage de la jeune victime était impossible, la Cour a également indiqué que le témoignage de la mère à propos de la déclaration de sa fille était nécessaire. La
double exigence de nécessité et de fiabilité étant satisfaite, la Cour a déclaré que la mère pouvait rapporter dans son témoignage la déclaration que lui avait faite sa fille en sortant du
cabinet du médecin, bien que cela constituât du ouï-dire, aux fins d'en établir la véracité.

Dans l'arrêt Smith, la Cour suprême a confirmé que l'arrêt Khan fait maintenant partie du droit au Canada. Le juge Lamer y a reconnu que le maintien de catégories rigides
d'exceptions au ouï-dire, comme c'était le cas jusqu'alors, risquait de «miner, plutôt que de favoriser, la politique qui consiste à éviter les faiblesses de certains types d'éléments de
preuve que la règle du ouï-dire visait initialement à éviter42». L'analyse raisonnée repose donc sur l'évaluation de deux exigences, la nécessité et la fiabilité de la preuve par ouï-dire
proposée.

Pondération: valeur probante et effet préjudiciable : L'application de l'analyse raisonnée ne termine pas l'évaluation de l'admissibilité d'une preuve par ouï-dire. La Cour a
reconnu que la tâche est souvent complexe et nuancée pour le juge qui, en droit criminel, est le dernier rempart en matière d'admissibilité de la preuve. Au terme de l'analyse
raisonnée, si le juge conclut que la déclaration respecte les critères de nécessité et de fiabilité, il a néanmoins le pouvoir discrétionnaire de common law de la déclarer inadmissible au
motif que sa valeur probante est moindre que le préjudice que pourrait subir l'accusé personnellement, ou le procès en lui-même43. Comme dans d'autres situations, cela ne vise
évidemment pas le fait que cet élément de preuve rende plus probable la condamnation de l'accusé; il s'agit plutôt de la possibilité que le jury l'utilise à mauvais escient44 ou que
l'accepter sans contre-interrogatoire est périlleux dans les circonstances. Le préjudice doit être précisé; le juge ne peut pas seulement se fier à une allégation du procureur de l'accusé
voulant que le contre-interrogatoire du témoin est essentiel à sa défense pleine et entière45. La décision du juge d'admettre la preuve commande la déférence et une cour d'appel
n'interviendra qu'en présence d'une erreur de principe46.

La déclaration elle-même doit être admissible : Évidemment, l'analyse raisonnée n'autorise pas l'admissibilité d'une preuve qui est par ailleurs inadmissible. La preuve par ouï-dire,
nécessaire et fiable, est admissible uniquement si son contenu est une preuve elle-même admissible. Ainsi, le ouï-dire ne sera pas recevable si le tiers dont on veut rapporter la
déclaration était inhabile à témoigner47. Si la déclaration est de la nature d'une opinion, il faudra s'assurer que cette dernière soit admissible48. De même, on ne peut mettre en preuve
un ouï-dire par un ouï-dire souvent désigné comme un double, voire un triple ouï-dire49. C'était le cas dans l'arrêt Starr, où on cherchait à mettre en preuve la déclaration de l'individu
décédé, faite à son amie et selon laquelle il devait, ce soir-là, se rendre à un endroit avec Starr. Il s'agissait d'une preuve visant à démontrer que Starr était avec la victime le soir du
meurtre50 et donc l'intention non pas du déclarant, la victime, mais de Starr. La Cour a conclu que ce type de preuve est en principe inadmissible «à moins qu'il ne soit possible
d'établir qu'une exception à la règle du ouï-dire s'applique à chaque niveau de ouï-dire51». Dans l'arrêt Hoffman, la déclaration d'un témoin faite aux policiers, inculpatoire à l'égard de
Hoffman, a été admise en preuve par une exception au ouï-dire, ayant l'apparence de rapporter des faits à sa connaissance52. Cependant, ce dernier était venu témoigner de manière à
disculper Hoffman et sa déclaration contenait de faits appris d'autres personnes53. S'il était cru, la déclaration devenait du double ouï-dire54. La Cour d'appel de l'Ontario a conclu que
le juge, à bon droit, avait admis la déclaration, n'ayant pas à se satisfaire de la simple affirmation du témoin qu'il s'agissait de ouï-dire55. Elle a cependant statué qu'il avait toutefois
erré en omettant d'indiquer au jury que s'il croyait le témoin quant au fait qu'il avait appris ces faits de d'autres personnes, sa déclaration basée sur du ouï-dire ne pouvait pas être
considérée56.

La nécessité Un critère souple : Le «critère de la nécessité repose sur l'intérêt qu'a la société à découvrir la vérité57». Très rapidement, la Cour suprême a voulu donner au critère de nécessité «une
définition souple, capable d'englober différentes situations58». Elle a rappelé que les critères de nécessité et de fiabilité sont évalués ensemble, en tandem, si bien que face à une
preuve suffisamment fiable, l'exigence de nécessité peut être plus souple59. Cependant, elle a rappelé que «la Cour n'a jamais dit que la fiabilité s'assouplit à mesure que s'accroît la
nécessité» et le seuil de fiabilité est toujours élevé et il doit toujours être satisfait60.

Non-disponibilité du témoignage : De façon générale, la Cour suprême a répété que le critère de nécessité est certainement satisfait lorsque le déclarant n'est pas disponible et que la
partie n'est pas en mesure d'obtenir une preuve de qualité similaire d'une autre source61. Évidemment, la mort de l'auteur de la déclaration ou sa fuite62 crée la nécessité63. Toutefois, il
faut comprendre que «la nécessité ne saurait être assimilée à la non-disponibilité du témoin [...] [mais plutôt] [...] à la non-disponibilité du témoignage64». Ainsi, il importe peu que le
témoin soit présent s'il refuse de témoigner65 ou s'il déclare n'avoir aucun souvenir utile pour le faire66. La notion de nécessité n'a cependant pas le sens de «nécessaire à la preuve de
la poursuite», puisque, si tel était le cas, la preuve par ouï-dire non corroborée pourrait être admissible alors qu'elle ne pourrait l'être dans l'hypothèse contraire67.

Raisonnablement nécessaire : Dans l'arrêt Khan, la juge McLachlin a pris soin de mentionner que «la nécessité doit être interprétée dans le sens de [TRADUCTION] "raisonnablement
nécessaire"68». L'article 715 du Code criminel, nous le verrons, prévoit les situations et conditions où un témoignage rendu à l'enquête préliminaire peut être déposé au procès en
raison de l'absence du témoin ou du refus de témoigner. Dans l'arrêt Hawkins, la Cour suprême a indiqué que ces catégories constituent un guide utile pour déterminer s'il y a
nécessité. L'article prévoit que le décès, l'aliénation, la maladie qui empêche de voyager ou de témoigner, l'absence du Canada ainsi que le refus de prêter serment ou de témoigner
peuvent permettre que la preuve recueillie à l'enquête préliminaire soit lue au procès69. Cela étant, la Cour suprême a indiqué qu'il n'est pas toujours obligatoire de soumettre une
preuve extrinsèque de nécessité; elle peut s'inférer des circonstances ou des faits de l'affaire, comme l'âge de l'enfant70.

Dans l'arrêt U. (F.J.)71, la Cour suprême a indiqué que le critère de nécessité est établi lorsque le témoin a fait une déclaration antérieure incompatible72. Ce sera également le cas
lorsque le témoin souffre de problèmes importants de mémoire73. Lorsqu'un témoin répudie sa déclaration antérieure74, refuse de témoigner75 ou exprime un manque manifeste de
coopération76, l'exigence de nécessité est satisfaite. De même, la nécessité est démontrée lorsque le témoin n'est pas contraignable à témoigner pour la poursuite, comme c'est le cas
pour un coaccusé coconspirateur77. On a également jugé que le risque de traumatisme pour un enfant victime d'une agression sexuelle, s'il témoignait, constitue un cas de nécessité78.
Il faut donc être souple79, quoiqu'on ne saurait normalement, à défaut d'indication que la personne serait traumatisée par son témoignage80, conclure à la nécessité sans l'avoir
entendue. La compassion envers la plaignante doit être soupesée en fonction de l'équité à l'égard de l'accusé81.
Interdiction de créer la nécessité : La nécessité est donc certainement établie du fait de l'inexistence d'une autre preuve82, quoique cela ne puisse résulter du seul choix de la partie
de ne pas assigner un témoin83. Une partie souhaitant se prévaloir de l'exception raisonnée doit avoir déployé tous les efforts raisonnables pour préserver la preuve84. Dans
l'arrêt Baldree, la Cour a déterminé que le critère de nécessité n'était pas satisfait pour admettre une déclaration d'un tiers lors d'une brève conversation téléphonique avec un policier,
la police n'ayant fait aucun effort pour retrouver l'interlocuteur en question85. On a déjà reproché au ministère public de ne pas avoir tenté de convoquer un coconspirateur
contraignable alors que, selon la preuve, rien ne laissait présager son refus de collaborer86. En définitive, la nécessité est une question de droit devant être tranchée par le juge du
procès87. Cela dit, il respectera généralement le choix stratégique d'une partie d'admettre que ce critère est satisfait, bien qu'il n'y soit pas absolument tenu et qu'il demeure toujours le
gardien de l'admissibilité de la preuve88. Un tribunal d'appel doit faire preuve de déférence à l'égard de cette décision89.

Critère non satisfait : La seule crainte de témoigner ou le manque d'enthousiasme à cet égard, sans plus, ne suffit pas pour établir la nécessité90. À cet égard, la Cour suprême a
indiqué que le juge peut ajourner la procédure si le témoin peut, dans un délai raisonnable, être disponible à une date ultérieure91. Par ailleurs, le seul fait qu'une personne soit à
l'extérieur du pays, et en conséquence non contraignable, ne suffit pas. Il faut tenter d'obtenir son témoignage par d'autres moyens, comme une téléconférence ou une commission
rogatoire92. Enfin, en principe, l'exigence de nécessité ne sera pas satisfaite lorsqu'on cherche à mettre en preuve une déclaration dont le contenu est répétitif et ne fait que reprendre
celui d'une autre déclaration déjà admise en preuve93.

La fiabilité Un seuil de fiabilité : L'exigence de fiabilité est probablement celle qui présente le plus de défis. Il faut d'entrée de jeu mentionner que l'exercice s'intéresse à un seuil de fiabilité
plutôt qu'à la fiabilité absolue de la preuve94 et qu'il s'applique à une preuve par ouï-dire que souhaite administrer la poursuite ou la défense95. Ainsi, le fait de qualifier ce seuil
comme étant faible ou élevé constitue une erreur de droit puisque la question n'est pas de quantifier le degré de fiabilité de la déclaration, mais plutôt de déterminer si les
circonstances dans lesquelles elle a été prise permettent de surmonter les préoccupations inhérentes à une preuve de ouï-dire, notamment l'absence de contre-interrogatoire96. Ce seuil
de fiabilité peut découler de la fiabilité d'ordre procédurale ou de la fiabilité substantielle, ou des deux, puisqu'il ne s'agit pas de catégories mutuellement exclusives, et il doit toujours
répondre à une norme élevée pour écarter les dangers spécifiques du ouï-dire97. Cela signifie que le seuil d'admissibilité est uniquement la démonstration de l'existence d'indices de
fiabilité, alors que la fiabilité finale sera évaluée par le juge des faits98. Autrement dit, la différence entre le seuil de fiabilité et la fiabilité en dernière analyse est d'ordre qualitatif et
ne tient pas à une question de degré99.

Le seuil de fiabilité sera atteint s'il est démontré que la preuve «est suffisamment fiable pour écarter les dangers que comporte la difficulté de la vérifier»100. Une déclaration sera
inadmissible si la preuve par ouï-dire est également compatible avec d'autres hypothèses que la culpabilité de l'accusé101. Le contexte est important. La fiabilité des inscriptions faites
dans le cours ordinaire des affaires découle notamment de leur caractère routinier102. En fait, la fiabilité dépendra des circonstances de chaque affaire et «[l]a détermination
préliminaire de la fiabilité doit être faite exclusivement par le juge [du procès]103 avant l'admission de la preuve104».

Fiabilité du déclarant : Signalons aussi qu'il s'agit de la fiabilité de l'auteur de la déclaration et non de celle du témoin qui la rapporte, puisque ce dernier sera notamment soumis au
contre-interrogatoire105. Il demeure possible que la fiabilité de la personne qui rapporte la déclaration soit si pauvre qu'elle en sape toute valeur probante106. Cela dit, en principe,
l'absence de crédibilité du témoin qui rapporte la déclaration est une question qui relève du juge des faits et elle n'est pas pertinente à l'étape de l'analyse visant à établir le seuil de
fiabilité107.

Substituts au contre-interrogatoire : Au terme de son analyse sur l'admissibilité, souvent lors d'un voir-dire, le juge doit se demander si un contre-interrogatoire tenu au moment de
la déclaration aurait été utile au processus judiciaire ou s'il existe un substitut à ce dernier108. Il doit s'assurer qu'il y a d'autres façons adéquates de vérifier la véracité et l'exactitude de
la déclaration en cause (fiabilité extrinsèque ou d'ordre procédural) ou s'il existe des garanties circonstancielles ou relatives à la preuve qui confèrent à celle-ci une fiabilité inhérente
(fiabilité intrinsèque ou substantielle)109. La Cour suprême a par ailleurs précisé que la fiabilité extrinsèque et la fiabilité intrinsèque ne sont pas des catégories mutuellement
exclusives, les facteurs pertinents à l'égard de l'une pouvant servir à l'égard de l'autre110, mais le juge doit demeurer prudent dans cette analyse combinée afin de ne pas abaisser
indûment le seuil d'admissibilité111. Il s'agit cependant d'une erreur d'exiger à la fois une démonstration de la fiabilité procédurale et de la fiabilité substantielle, puisque l'une ou
l'autre suffit pour que la déclaration soit admise, bien que dans de rares cas il soit possible de les combiner si elles ne permettent pas individuellement d'atteindre le seuil de
fiabilité112.

Fiabilité substantielle : La fiabilité substantielle ou intrinsèque se traduit par des garanties circonstancielles de fiabilité113. Dans un tel cas, «il n'y a pas de préoccupation réelle quant
au caractère véridique ou non de la déclaration, vu les circonstances dans lesquelles elle a été faite114». L'arrêt Khan, dont nous avons déjà exposé les faits, illustre parfaitement ce
concept115. La Cour suprême, dans l'arrêt Smith, a indiqué que la fiabilité doit être telle «que le contre-interrogatoire serait un exercice surérogatoire116». Dans l'arrêt Bradshaw, la
Cour a expliqué que la fiabilité intrinsèque est le caractère inexorablement fiable de la déclaration, rappelant que la déclaration doit être «si fiable qu'il aurait été peu ou pas utile de
contre-interroger le déclarant au moment précis où il s'est exprimé», qu'elle a été faite «dans des circonstances où même un sceptique prudent la considérerait comme très
probablement fiable», qu'elle «ne serait pas susceptible de changer lors d'un contre-interrogatoire», bref, «lorsque la seule explication probable est que la déclaration est véridique»117.
Les circonstances entourant la déclaration permettent alors de «rejeter les autres explications de la déclaration, hormis la véracité du déclarant ou l'exactitude de sa déclaration»118.

Lorsque la déclaration a été prise par une personne en autorité, la Cour suprême a indiqué, dans l'arrêt B. (K.G.)119, que le juge doit, dans le cours du voir-dire relatif à la fiabilité,
s'assurer qu'elle n'est pas le fruit de menaces, promesses, questions trop tendancieuses ou autres manœuvres frauduleuses. Il doit en venir à cette conclusion par prépondérance de
preuve. Ce n'est cependant qu'un des facteurs à évaluer, la Cour d'appel de l'Ontario ayant conclu qu'il n'existait pas une règle stricte d'exclusion lorsque la déclaration a été obtenue
en contravention à la règle des confessions; le juge conserve à cet égard une discrétion120. La Cour ajoute que cette conclusion est encore plus évidente à la lumière de
l'arrêt Khelawon qui exige désormais que l'on s'attarde moins au potentiel de non-fiabilité et plus à la fiabilité réelle121.
Fiabilité d'ordre procédural : La fiabilité d'ordre procédural ou extrinsèque est celle qui découle des garanties procédurales attachées à la prise de la déclaration122. Elles offrent une
base satisfaisante pour apprécier rationnellement la déclaration 123. En principe, la fiabilité extrinsèque «repos[e] essentiellement sur l'existence de substituts adéquats aux garanties
traditionnelles invoquées pour vérifier la preuve124».

L'arrêt Hawkins illustre parfaitement ce concept. Dans cette affaire, une dénommée Graham était la compagne de l'accusé Hawkins, et vivait avec ce dernier une relation où
alternaient le chaud et le froid. Lors de l'enquête préliminaire, elle rendu un témoignage incriminant pour Hawkins. Après avoir comparu, Graham a retenu les services d'un avocat et
a demandé à être entendue à nouveau. Sa demande a été accordée et elle a alors contredit des éléments importants de sa version antérieure. Au moment du procès, Graham avait
épousé l'accusé, ce qui la rendait inhabile à témoigner contre Hawkins en raison de l'ancien article 4 de la Loi sur la preuve au Canada125. La poursuite, parmi ses arguments,
soutenait qu'à défaut pour Graham de pouvoir témoigner au procès, le témoignage rendu par celle-ci à l'enquête préliminaire pouvait être lu au jury. Bien que ce témoignage ne
présentait aucune garantie de fiabilité intrinsèque, tout au contraire vu les contradictions, la Cour suprême a décidé qu'«un témoignage recueilli à une enquête préliminaire permettra
généralement de satisfaire à ce critère de seuil de fiabilité puisqu'il fournit suffisamment de garanties de fiabilité126». À cet égard, la Cour suprême a déclaré ce qui suit: [...] Les
déclarations à une enquête préliminaire sont faites sous serment ou affirmation en présence de la partie adverse, et leur exactitude est attestée par une transcription écrite signée par le
juge. Fait plus important, l'auteur peut être contre-interrogé au moment précis de la déclaration et, comme l'a dit le juge Arbour, la partie contre qui la preuve par ouï-dire est
présentée peut assigner comme témoin, au procès, l'auteur de la déclaration extrajudiciaire déposée. En fait, il est difficile de songer à des circonstances plus fiables dans lesquelles
une personne peut faire une déclaration extrajudiciaire qui est ensuite déposée en preuve127.

Comme on peut le constater, l'existence du serment et d'un contre-interrogatoire contemporain à la déclaration offrent des garanties pour établir le seuil de fiabilité nécessaire et, à
l'inverse, puisque l'absence de contre-interrogatoire constitue la justification fondamentale de l'exclusion de la preuve par ouï-dire128, son absence ne le permettra pas129. C'est ici la
possibilité d'un contre-interrogatoire contemporain à la déclaration qui est important; ainsi, le fait que l'accusé ne s'en soit pas prévalu n'empêchera pas l'admissibilité en preuve de la
déclaration130.

Notons cependant que le caractère solennel de la procédure ne serait pas toujours un gage de fiabilité. Dans l'arrêt Youvarajah, on présentait le résumé des faits exprimés au juge lors
du plaidoyer de culpabilité du coaccusé nommé D.S. Or, même si D.S. avait souscrit au résumé et avait signé un document l'attestant, cela ne pouvait en garantir la fiabilité quant à
l'implication de Youvarajah dans la perpétration de l'infraction. La Cour souligne que «l'admissibilité de la déclaration contre l'intérêt de son auteur ne tient plus lorsqu'il s'agit
d'opposer cette déclaration à un tiers» et que «le droit criminel se méfie généralement, et ce à juste titre, des déclarations accablantes contre un complice»131.

8. Peines
A) Audition Audition sur la détermination de la peine
L’accusé à droit à un audition présentielle (art. 7 charte)
sur la
Les règles strictes régissant le procès ne s’appliquent pas à l’audience relative à la sentence, ouï-dire
déterminatio admissibles si crédibles et fiables.
n de la peine À la fin de l’audition, les parties proposeront la peine qu’elles croient appropriée.
Le juge doit finalement motiver sa décision au dossier et y énoncer les modalités de la peine (726.2 [Link])
a) Le rapport présentenciel : 2682, facultatif
b) La déclaration de la victime et du représentant de la collectivité [2686-2689]
La victime peut présenter la déclaration au tribunal, elle est destiné à renseigner le juge sur les
conséquences directes et indirectes de la victimisation. / une collectivité peut déposer une
déclaration.
Elle vise 4 objectifs : 1) renseigner le juge sur la gravité de l’infraction 2) permettre de déterminer la juste réparation 3) assurer la légitimité du processus pénal aux yeux de la
victime 4) permettre l’individualisation de la peine en informant le juge des conséquences exactes du crime
c) La preuve des antécédents judiciaires et autres comportements criminels de l’accusé : élément majeur de la détermination de la peine, la preuve peut en être fait. Le juge peut en
tenir compte comme facteur aggravant

Culpabilité et condamnation : Juridiquement, il faut distinguer le prononcé du verdict et son enregistrement par le juge, lequel lui donne son effet. Évidemment, ces deux étapes se
confondent fréquemment sur le plan pratique. Lorsque le verdict est rendu par le jury, le juge doit formellement l'accepter quoiqu'il n'ait pas de discrétion à cet égard lorsque la
décision est claire et non équivoque. L'enregistrement du verdict, suivi de la libération du jury, a en principe pour effet de le rendre irréversible317. Si le jury n'a pas été libéré et que
l'on constate que le verdict rendu a été mal compris par la cour, le juge possède le pouvoir d'inscrire celui que les jurés voulaient rendre318.

Un principe de justice fondamentale : L'article 7 de la Charte garantit le droit à cette audition5. La Cour suprême a reconnu que la notion de justice fondamentale englobe l'équité
procédurale et le droit à une audition lorsqu'il faut trancher des questions touchant la liberté des individus. En principe, une «audience équitable doit généralement permettre aux
parties de connaître la thèse de la partie adverse pour être en mesure d'y répondre, et leur permettre de produire des éléments de preuve au soutien de leur position respective6». Cela
étant, puisque l'équité procédurale est tributaire du contexte7, des observations écrites sont parfois suffisantes si la décision ne repose pas sur une analyse impliquant la crédibilité des
témoins8. C'est ce qu'elle a décidé dans l'arrêt Swain9, où l'ancien article du Code criminel prévoyait la détention automatique d'une personne acquittée pour cause d'aliénation
mentale jusqu'au bon plaisir du lieutenant-gouverneur de la province10. Dans ce contexte, l'absence d'audition ou d'une autre forme quelconque de garantie procédurale a été jugée
non conforme aux principes de justice fondamentale11.

Sur la question de l'administration de la preuve, le juge Dickson a conclu que les règles doivent demeurer justes, mais plus souples qu'au procès, le ouï-dire étant admissible, de
manière à ce que le juge dispose «des renseignements les plus complets possible sur les antécédents de l'accusé pour déterminer la sentence en fonction de l'accusé plutôt qu'en
fonction de l'infraction22». La Cour a fait remarquer que la très grande majorité des dossiers se termine par un plaidoyer de culpabilité et que celui-ci ne comporte rien de plus que
l'admission des éléments essentiels de l'infraction. Le ministère public doit ainsi prouver toutes les circonstances aggravantes hors de tout doute raisonnable23. Dans l'arrêt Gardiner,
le juge Dickson a écrit:
Une des tâches les plus difficiles que le juge du procès doit remplir est la détermination de la sentence. Les enjeux sont importants pour l'individu et la société. La
détermination de la sentence constitue une étape décisive du système de justice pénale et il est manifeste qu'on ne doit pas enlever au juge la possibilité d'obtenir des
renseignements pertinents en imposant toutes les restrictions des règles de preuve applicables à un procès. D'autre part, il faut que le rassemblement et l'évaluation de ces
éléments de preuve soient justes. La liberté de l'accusé en dépend largement et il faut que les renseignements fournis soient exacts et sûrs.
[...]
[...] Si ces circonstances ne sont pas contestées, la procédure peut être très peu formaliste. Si elles le sont, la question doit se régler selon les principes juridiques ordinaires qui
régissent les procédures en matière criminelle, notamment le principe portant que tout doute pertinent doit profiter à l'accusé.
Pour moi, les faits qui justifient la peine ne sont pas moins importants que ceux qui justifient la déclaration de culpabilité; les deux devraient être soumis à la même norme de
preuve. L'infraction et la peine sont inextricablement liées. [TRADUCTION] «Il semble bien établi que le processus de la sentence n'est qu'une phase du procès» (Olah, précité, à
la p. 107). L'accusé n'est pas soudainement privé, dès sa déclaration de culpabilité, de tous les droits dont il dispose en matière de procédure lors du procès: il a le droit d'être
représenté par un avocat, de citer des témoins et de contre-interroger les témoins de la poursuite, ainsi que de témoigner lui-même et de plaider auprès du tribunal24.

1. La En vertu du Code criminel


procédure
Adoption de règles pour la détermination de la peine : Depuis 1996, le Code criminel consacre l'audition sur la détermination de la peine en codifiant plusieurs règles de
procédure et de preuve, formant «un véritable code pénologique29» inspiré de la jurisprudence qui avait fait de l'«enquête sur sentence» un processus moins rigide que le procès
lui-même. Afin d'aider le juge, le Code criminel définit trois instruments connus et destinés à la cueillette d'informations: le premier est le rapport présentenciel; le
deuxième, la déclaration de la victime; et le troisième, les antécédents judiciaires.

La préparation de l'audition : Le Code précise que les parties ont le droit d'être entendues par le juge30, ce qui requiert souvent un délai de préparation. Le juge peut aussi ajourner à
sa discrétion l'audience sur la peine dans un but légitime. À titre d'exemples, il peut l'ajourner pour obtenir la déclaration de la victime, des informations à son égard ou pour lui
permettre de présenter de la preuve31, pour obtenir le formulaire relatif au dédommagement ou s'assurer que la victime est informée de cette possibilité32 ou encore pour obtenir un
rapport présentenciel confectionné par un agent de probation33. Ce dernier rapport a pour but de renseigner la cour sur les circonstances de l'infraction qui n'ont pas été révélées au
procès ou, plus particulièrement, lorsqu'un plaidoyer de culpabilité a été enregistré avant l'audition de la preuve. Il porte sur les antécédents de l'accusé, son mode de vie, son
caractère, ses possibilités de réhabilitation, son emploi du temps, ses liens familiaux ou avec la communauté, etc. Tous ces éléments contribuent évidemment aux observations que
feront les parties.

L'audition : Cette audition sera moins formelle que le procès lui-même. À cet égard, la règle générale établie par le Code veut que les faits exposés conjointement par les parties45 et
ceux portés à la connaissance du juge lors du procès ou lors de la détermination de la peine soient considérés comme prouvés46. Sauf s'il est convaincu que des éléments de preuve
suffisants ont été présentés lors du procès, le juge exigera la preuve de tout fait contesté47. Le juge prendra ainsi connaissance des éléments de preuve pertinents qui lui seront
présentés48 et des observations des parties49. Le Code reconnaît au juge un plus grand pouvoir d'intervention lors de l'audition sur la détermination de la peine qu'au procès50. Le
paragraphe 723(3) du Code lui confère d'ailleurs le pouvoir de solliciter une preuve. Cela étant, même si son rôle peut être plus actif, il ne peut pour autant mener sa propre enquête,
par exemple sur Internet, sans que les parties puissent y répondre51. La Cour d'appel de l'Ontario a rappelé que le processus demeure contradictoire52. Le juge ne peut pas puiser dans
ses expériences antérieures dans des dossiers similaires pour soulever des questions qui ne sont pas réellement soulevées par les parties53. Il doit donc éviter de prendre en charge la
conduite de l'audition et d'être la principale source de preuve, même s'il donne aux parties toutes les possibilités d'y répondre. Une trop grande intervention de sa part peut d'ailleurs
soulever des problèmes relativement à son impartialité et compliquer indûment l'audition54. Ainsi, bien que la preuve qui constitue du ouï-dire soit recevable, le juge peut, si l'intérêt
de la justice l'exige55, convoquer la personne qui a la connaissance directe d'un fait, qui est disponible et qui est contraignable56. Il peut également exiger, proprio motu, qu'on lui
présente certains éléments de preuve57 ou que l'on convoque toute personne contraignable58. Dans ces deux derniers cas, toutefois, le juge doit entendre les parties sur son intention
d'agir d'office59.

La peine supérieure à celle suggérée par le ministère public : Au terme de l'audition, sauf les cas où une recommandation commune est présentée60, les parties proposeront la
peine qu'elles croient appropriée et le juge devra soupeser leurs positions respectives. Toutefois, il peut arriver que le juge envisage d'infliger une peine plus sévère que celle
recommandée par la poursuite. La Cour suprême a tranché parmi deux courants jurisprudentiels et a conclu qu'il doit en informer les parties le plus tôt possible61. Préférablement, il
doit donner des détails sur la nature de son questionnement, mais un simple avis les informant qu'il envisage une peine plus sévère peut suffire dans la mesure où il fait plus
qu'exprimer de vagues préoccupations62. Si le juge prend position pendant son délibéré, il doit rapidement donner l'occasion aux parties de revenir devant lui pour présenter des
observations ou leur permettre de le faire par écrit63, le tout avec un délai de préparation raisonnable64. Les parties, et surtout le ministère public, auront alors avantage à expliquer au
juge comment ils en sont arrivés à proposer une peine qui paraît clémente, quitte à ce qu'elles renoncent au privilège habituellement rattaché à leurs discussions65. Toutefois, le cas
échéant et sauf exception, il ne s'agit pas d'un motif qui permet à l'accusé de retirer son plaidoyer66, ce qui compromettrait le caractère définitif des plaidoyers et encouragerait «la
recherche d'un juge accommodant»67. Par ailleurs, «[l]'omission du juge de donner un avis et la possibilité de présenter des observations additionnelles est une erreur de principe» qui
justifie l'intervention d'un tribunal d'appel si l'erreur a eu une incidence sur la peine68. La partie appelante peut alors produire en appel les renseignements utiles qu'elle n'a pu faire
valoir au juge de la peine69.
Le droit de s'adresser au juge de la peine : Avant le prononcé de la peine, «d'une part, le tribunal doit donner au délinquant lui-même la possibilité de lui présenter ses observations
et [...], d'autre part, celles-ci ne sont pas limitées aux faits pertinents liés à la détermination de la peine»70. Il ne peut cependant pas profiter de ce droit pour contredire les faits admis
ou ajouter à la preuve71. On a jugé que le refus délibéré du juge d'offrir à l'accusé une occasion de se faire entendre contrevenait à l'article 7 de la Charte72. Si le délinquant demeure
silencieux, il ne pourra ensuite se plaindre que le juge ait tiré des inférences de ce silence lorsque l'occasion lui était donnée de fournir des éléments d'explication atténuants73. On a
d'ailleurs fait la distinction entre l'omission délibérée et l'omission involontaire du juge d'interpeller le délinquant suivant cet article. La première peut entraîner une diminution
significative, mais proportionnelle, de la peine74 alors que la seconde permet à la cour de donner à l'accusé l'occasion de se faire entendre avant de prononcer la peine normalement
appropriée dans les circonstances de l'affaire75 et être prise en compte comme facteur atténuant lors de la révision de la peine76. En principe, le simple oubli ne vicie pas la peine et a
peu d'impact en appel, particulièrement si l'avocat du délinquant a eu l'occasion de faire des représentations et qu'il ne peut démontrer un préjudice résultant de l'oubli77.

La décision motivée : Art. 726.2 Ccr. Le juge doit motiver sa décision et y énoncer les modalités de la peine78. Comme il doit le faire en matière de verdict, il doit rendre une
décision intelligible par laquelle on comprendra sa démarche intellectuelle, ce qui permettra de vérifier si, implicitement ou explicitement, elle respecte les principes établis79. De la
même manière, ses motifs lus en tenant compte du dossier doivent expliquer le résultat et faire comprendre pourquoi la peine est proportionnée, notamment lorsque le juge s'écarte
des lignes directrices d'une cour d'appel80. Une simple énumération des principes juridiques pertinents et des facteurs atténuants et aggravants n'est pas suffisante puisqu'il faut se
pencher sur la situation de l'accusé afin d'imposer une peine proportionnelle et individualisée81. Cela démontre l'importance que le législateur accorde au processus de détermination
de la peine. Cette exigence est susceptible d'entraîner d'autant plus de conséquences que le juge doit envisager toutes les alternatives à l'incarcération82. En somme, l'absence de
motivation ou la faiblesse de celle-ci n'est pas toujours fatale, mais elle «atténue la déférence due à un jugement d'instance»83. Mentionnons enfin que le juge est functus officio après
le prononcé de la peine84. Il ne peut, sauf si la loi le prévoit, modifier des aspects substantiels de la peine85. Mais le juge conserve cependant sa compétence pour corriger une erreur
ou une omission qui dénature l'intention véritable de sa décision après avoir convoqué et entendu les parties sur la question86.

2. La preuve La norme et la qualité de la preuve : La preuve doit être claire et non équivoque87. La partie qui le souhaite peut faire entendre des témoins, qui pourront être contre-interrogés88. Le
ouï-dire peut être admis s'il provient d'une source fiable et crédible89, le juge conservant une discrétion quant au poids qui peut y être accordé90. Le délinquant doit présenter une
preuve prépondérante du fait litigieux91, mais le fardeau du poursuivant est plus exigeant puisqu'il doit prouver hors de tout doute raisonnable tout fait aggravant contesté ou toute
condamnation antérieure contestée92.

3. Le rapport Le rapport du juge : La Cour peut demander la confection d'un rapport présentenciel par un agent de probation afin d'aider le tribunal dans le choix de la peine compte tenu des
circonstances d'une affaire126. Cette décision est discrétionnaire et, étant entendu que les ressources sont limitées et que sa confection demande des délais, sa nécessité est moins
présentenciel
évidente lorsque l'accusé a plaidé non coupable, qu'il a subi son procès et qu'il nie sa participation à l'infraction reprochée127. La forme et le contenu de ce rapport pourront être régis
par règlement édicté sous l'autorité de chaque province128.

4. La L'obligation d'en tenir compte : La déclaration de la victime se concentre cette fois sur la victime. Le Code criminel lui offre la possibilité de présenter au tribunal une déclaration
destinée à renseigner le juge sur les conséquences de la victimisation. Si le Code donnait autrefois au juge la faculté de la prendre en compte, il en a maintenant l'obligation139. Le
déclaration
Code demeure cependant muet sur l'effet de l'omission de ce faire, laissant ainsi aux tribunaux supérieurs le soin d'en décider. Le juge doit s'assurer que la victime, qui peut
de la victime également déposer une déclaration140, a été renseignée sur son droit et il peut même ajourner les procédures pour lui permettre de s'en prévaloir s'il est convaincu que cela ne nuira
et du pas à la bonne administration de la justice141. Cette obligation entraîne celle pour le ministère public de s'assurer d'avoir une réponse pour le juge, surtout lorsque la victime est
représentant absente142.
de la
collectivité Le représentant de la collectivité : En 2015, le Code a introduit la notion de représentant de la collectivité, soit un particulier qui, au nom d'une collectivité, peut déposer une
déclaration143 conforme au Code et aux règlements que peut adopter une province144 décrivant les dommages ou les pertes qui ont été causés à la collectivité par suite de la
perpétration de l'infraction ainsi que les répercussions que l'infraction a eues sur elle145. Le juge permet que la déclaration soit lue par ce représentant seul ou avec une personne de
confiance de son choix à ses côtés ou encore depuis l'extérieur de la salle ou derrière un écran lui permettant de ne pas voir le délinquant, mais aussi de toute autre façon qu'il estime
indiquée146. Le juge doit considérer la déclaration qui lui est soumise. Contrairement à ce qu'il doit faire dans le cas d'une victime, le Code n'exige pas du juge qu'il s'informe si un
représentant a été avisé ni qu'il ajourne la procédure pour le permettre.

Forme et contenu : On doit s’assurer d’abord que l’accusé soit reconnu coupable du crime. Le paragraphe 722(1) du Code prévoit le dépôt de la déclaration écrite, conforme au
Code et aux règlements que peut adopter une province147, décrivant les dommages matériels, corporels ou moraux ou les pertes économiques subies ainsi que les répercussions du
crime sur la victime. Il appartient au ministère public de s'assurer que le contenu de la déclaration respecte les exigences du Code criminel148. Cette jurisprudence semble toujours
applicable bien que le paragraphe 722(8) du Code prévoie dorénavant que le juge tient compte de toute partie qu'il estime pertinente pour sa décision et fait abstraction du reste. Il
faut noter également que, peu importe si une déclaration est produite, le juge peut prendre en considération tout élément de preuve qui concerne la victime149. C’est une exception au
fait que le ouï-dire soit interdit car ici, le ouï-dire est permis. Le formulaire est simplement déposé dans le dossier de la cour et le juge va en prendre connaissance.

La déclaration de la victime prendra la forme et le contenu déterminés par le gouvernement de chaque province150. Au Québec, cette déclaration se présente actuellement sous la
forme d'une série de questions ouvertes. Ce questionnaire donne l'occasion à la victime ou à son mandataire de témoigner de l'impact qu'a eu l'événement sur les diverses sphères de
sa vie sociale, économique et émotionnelle. Au sens du Code, la victime est, bien entendu, la personne qui a subi les dommages, matériels, corporels ou moraux, résultant
de l'infraction151. Si la victime directe décède ou est autrement incapable de faire la déclaration écrite, le Code prévoit notamment qu'un parent, un conjoint, un gardien de droit ou de
fait, une personne responsable de l'entretien et des soins de la victime ou une personne qui en a la charge peuvent soumettre la déclaration à la cour152. La preuve d'incapacité n'est pas
onéreuse. Elle ne requiert pas une preuve médicale ou psychologique dans tous les cas et elle peut s'inférer des circonstances ou des faits d'une affaire, l'âge étant un facteur
important153. Cela ne saurait toutefois pas permettre à tous les parents, amis et connaissances du défunt de soumettre leur propre déclaration, bien que le juge puisse le permettre154.
Le nombre ne doit pas dépasser ce qui est utile au juge pour imposer la peine155.
Les principes de l'affaire Gabriel, analysant les anciennes dispositions, semblent toujours applicables. Le juge Hill y a indiqué que la déclaration de la victime vise quatre objectifs,
soit (1) renseigner le juge sur la gravité de l'infraction, étant entendu que la responsabilité de mettre en preuve les faits constitutifs de l'infraction appartient à la poursuite, (2)
permettre de déterminer la juste réparation, (3) assurer la légitimité du processus pénal aux yeux de la victime et (4) permettre l'individualisation de la peine en informant le juge des
conséquences exactes du crime156. Si un fait ainsi relaté est contesté, l'accusé peut contre-interroger la victime dans la mesure où il démontre un air de vraisemblance que le
contre-interrogatoire est utile157. Par contre, si l'accusé ne conteste pas la déclaration de la victime mentionnant une circonstance aggravante, le juge peut en tenir compte158.

Antécédents et peines plus sévères : Quelques dispositions prévoient que des condamnations antérieures pour une infraction identique à la nouvelle infraction augmentent la
sévérité des peines, dont en matière de jeux et paris et de conduite automobile avec les facultés affaiblies175. Le législateur a également adopté le paragraphe 718.3(8) du Code
criminel qui prévoit une augmentation des peines maximales dans les cas de récidive pour les infractions comportant un usage de violence ou une tentative de menace ou de violence
contre un partenaire intime176. Pour se prévaloir d'une disposition autorisant une peine plus sévère en raison d'antécédents177, le ministère public doit transmettre un avis à l'accusé
avant l'enregistrement de son plaidoyer et démontrer au juge qu'un tel avis a été transmis178. L'intention législative derrière cet avis est d'obtenir un plaidoyer éclairé, en pleine
connaissance de cause et plus particulièrement des conséquences; elle n'a jamais été d'octroyer au ministère public le pouvoir de forcer le juge, à sa discrétion, à infliger une peine
minimale179.

RÈGLES GÉNÉRALES DE LA DÉTERMINATION DE LA PEINE

B) Objectifs, Généralités : Si l'emprisonnement est une peine usuelle et continue d'être spontanément imposé, il demeure la peine de dernier recours en droit canadien1 et constitue la peine
fonctions et privative de liberté la plus grave2. Cette peine a non seulement des répercussions sur la liberté du délinquant, mais ses impacts se font sentir «sur pratiquement tous les aspects de sa
vie, de sa santé physique et mentale, de son employabilité, de ses enfants et de sa communauté3». D'ailleurs, la Cour suprême, dans l'arrêt Gladue, a pris acte du recours excessif à
cadre l'incarcération au Canada4. Les juges Cory et Iacobucci, après avoir rappelé que le recours systémique à la peine d'emprisonnement remonte à la construction du pénitencier de
d’imposition Kingston en 1835, ont déclaré qu'«[à] l'origine, l'emprisonnement avait lui-même été conçu comme une solution de rechange aux peines plus sévères qu'étaient la mort, le fouet ou
de la peine l'emprisonnement dans une prison locale5». Le législateur a lentement défini d'autres mesures punitives, comme l'amende, la probation, le sursis et le dédommagement de la victime
et, plus récemment, l'emprisonnement avec sursis, lesquels font l'objet de dispositions d'ordre général applicables à toutes les infractions ou à un ensemble d'entre elles. Cela étant,
encore aujourd'hui, force est de constater que la majorité des débats judiciaires portant sur la peine, tout en ne remettant pas en question le recours à l'emprisonnement en soi, traite de
l'opportunité de l'emprisonnement ou de sa durée, ce qui est également vrai pour l'amende6. Il faut noter que l'adoption de règles législatives, comme l'imposition de peines minimales
ou l'exigence de prioriser les objectifs pénologiques de dénonciation et de dissuasion, entraîne un recours à l'emprisonnement dans un plus grand nombre de cas. Aussi, le Code
criminel prévoit un nombre important de peines minimales obligatoires d'emprisonnement, et on constate une augmentation de la durée de plusieurs peines maximales
d'emprisonnement. Cela étant dit, la Cour suprême a rappelé qu'il n'existe pas de droit constitutionnel à une peine particulière7.

LA 1. Les peines La montée des peines minimales obligatoires : Pour certains délits, le législateur prévoit une période minimale obligatoire d'incarcération. Ce choix législatif était plutôt rare et
avait presque disparu depuis 1987 après un jugement de la Cour suprême, comme nous le verrons, sur l'application de l'article 12 de la Charte. Depuis quelques années, plusieurs
DISCRÉTIO minimales
peines minimales ont réalimenté les politiques pénales du législateur et elles se retrouvent maintenant en plus grand nombre au Code criminel21, bien que le législateur soit revenu sur
N DU JUGE obligatoires certaines d'entre elles en 202222. La Cour suprême a souligné que «[l]es peines minimales obligatoires ne constituent pas la norme au Canada, et elles dérogent aux principes
généraux applicables en matière de détermination de la peine énoncés dans le Code, la jurisprudence et la littérature sur le sujet. En particulier, elles dérogent souvent au principe
énoncé à l'art. 718.1 du Code, que le législateur a déclaré être le principe fondamental en matière de détermination de la peine: le principe de la proportionnalité23». Si, sur le plan
strictement juridique, ce type de peine n'est pas interdit et, en raison de sa rareté, n'a pas toujours soulevé la controverse, il en est autrement d'un point de vue social et
criminologique. En 1987, dans son imposante étude sur les principes de la détermination de la peine, la Commission canadienne sur la détermination de la peine (CCDP) avait
expressément recommandé l'abolition des peines minimales pour tous les délits, à l'exception du meurtre et de la haute trahison. Se fondant sur la nécessaire proportionnalité entre le
délit et la peine, de même que sur l'individualisation de cette dernière, la Commission avait conclu que de telles peines «n'ont aucun effet susceptible de compenser leurs
désavantages24». Depuis, des modifications législatives ont introduit des peines minimales ou ont augmenté la sévérité des peines. Les peines minimales demeurent néanmoins
l'exception25.

2. Les peines La durée maximale prescrite : La structure générale des peines maximales prévues au Code criminel26 en matière sommaire sont de 6 mois, 18 mois ou de deux ans moins un jour. -
- Art. 743 Ccr. En matière d'actes criminels, elles sont de 2 ans, 5 ans, 10 ans, 14 ans ou l'emprisonnement à perpétuité. Comme l'écrit la Cour suprême, «[l]es peines
maximales
maximales sont un indicateur raisonnable de la gravité de l'infraction27». Elles établissent également des repères qui excluent la possibilité d'imposer des peines plus
clémentes, comme l'absolution, ou qui ont des effets sur la possibilité de faire suspendre un casier judiciaire ou, dans le cas d'un non-citoyen, peuvent entraîner une
mesure de renvoi28. Par ailleurs, mentionnons qu'en l'absence d'une disposition spécifique au Code criminel29 sur la peine à infliger30, un contrevenant est passible d'un
emprisonnement maximal de cinq ans pour un acte criminel31.
- Art. 787 Ccr. En matière d'infractions punissables sur déclaration de culpabilité par procédure sommaire, à défaut de texte spécifique, 32. Sur le plan pratique, le
législateur prévoit généralement une peine maximale en matière d'actes criminels, de sorte que la règle prévue a peu de pertinence. C'est toutefois le contraire en matière
sommaire, où il est rare que le Code envisage une sentence spécifique.

Leur application exceptionnelle : Le juge impose très rarement le maximum de la peine prévue, la Cour suprême indiquant, dans l'arrêt Cheddesingh33, qu'une telle mesure est
exceptionnelle. Ce faisant, elle a toutefois écarté la théorie voulant que les peines maximales doivent être réservées aux cas les plus graves commis par le pire délinquant34. La Cour a
déclaré que cette dernière théorie n'ajoute rien à l'analyse et qu'il faut plutôt examiner tous les critères pertinents35. Cela étant, dans l'arrêt Knoblauch, elle a précisé que la dangerosité
extrême de l'accusé ne justifie pas l'imposition d'une peine maximale36. Par ailleurs, si la peine imposée en rapport à une infraction mixte poursuivie par voie sommaire est le
maximum prescrit, cette dernière ne doit pas être réduite du fait que l'accusé n'aurait pas reçu la peine maximale s'il avait été poursuivi par voie de mise en accusation37.
LA
PROTECTI L'entrée en vigueur de la Charte a entraîné un important questionnement sur la validité constitutionnelle des peines minimales obligatoires. Elles sont dites obligatoires «en ce sens
que le Parlement n'a pas fourni la soupape du pouvoir discrétionnaire des tribunaux, des exemptions ou des dispositions d'exonération38». Elles s'appliquent «automatiquement peu
ON DE importe la manière dont le crime a été commis et par qui39». L'examen de la constitutionnalité de ces peines passe nécessairement par l'article 12 de la Charte, ce qui ne veut pas dire
L'ARTICLE que l'article 7 n'a pas également un rôle à jouer en la matière, quoique restreint puisque l'article n'incorpore aucune garantie constitutionnelle touchant la proportionnalité de la
12 DE LA peine40, protection offerte uniquement par l'article 12 de la Charte41. L'article 12 de la Charte prévoit que «[c]hacun a droit à la protection contre tous traitements ou peines cruels et
CHARTE inusités». La Cour suprême rappelle qu'elle a elle-même placé la barre haut pour déclarer qu'une peine viole l'article 12 de la Charte42. Le législateur dictant au juge d'infliger une
peine minimale obligatoire d'emprisonnement, il leur appartient d'en examiner attentivement la constitutionnalité43. Il semble bien que la détermination de la portée de l'article 12 ait
varié dans le temps, surtout dans la méthode d'évaluation du caractère disproportionné de la peine. Le tiraillement est toujours perceptible entre l'intervention des tribunaux et les
choix législatifs en matière de peine. Les arrêts Smith (Edward Dewey)44, Goltz45 et Nur46 pourraient représenter les jalons de cette recherche d'équilibre. Dans l'arrêt Smith (Edward
Dewey), la Cour suprême avait confirmé le caractère cruel et inusité de la peine minimale de sept ans d'emprisonnement pour importation de stupéfiants, rappelant au passage les
travaux de la Commission canadienne sur la détermination de la peine concernant l'abolition des peines minimales obligatoires pour tous les délits, le meurtre et la haute trahison
exceptés47. Dans cette affaire, puis d'autres par la suite, la Cour suprême a établi le seuil qui rend une peine cruelle ou inusitée. Cela dit, la Cour suprême a maintenu son orientation
développée au fil du temps, malgré les critiques48.

Objet de la protection : La protection de l'article 12 «a pour objet de protéger la dignité humaine et d'assurer le respect de la valeur inhérente à chaque personne»49 contre des peines
qui peuvent, dans leur application, être exagérément disproportionnées par rapport à la situation d'un contrevenant en particulier ou, par leur nature même, être intrinsèquement
incompatibles avec la dignité humaine50. Son libellé, et plus précisément l'expression «cruels et inusités», indique qu'elle se limite aux sanctions imposées aux êtres humains, à
l'exclusion des personnes morales51 et que l'objet de la protection est «inextricablement ancré dans la dignité humaine52». Bien que «la dignité ne soit pas reconnue comme un droit
constitutionnel autonome, cette valeur fondamentale guide l'interprétation de l'ensemble des droits garantis par la Charte» et cette dignité est due à chaque individu, sans égard à ses
agissements53. Il est ici question «de la douleur et de la souffrance humaines, tant physiques que mentales54». Si la condition essentielle à l'application de l'article 12 est que la mesure
soit une peine55, elle ne vise pas uniquement les peines d'emprisonnement minimales, mais toutes les peines et les traitements56. À cet égard, les critères pour le déterminer sont les
mêmes pour la peine visée à l'article 11 qu'à l'article 12 de la Charte57. Ainsi, la protection accordée par l'article 12 vise toute mesure prise par l'État qui constitue une sanction
possible suivant une déclaration de culpabilité qui s'inscrit dans l'objectif et les principes de la détermination de la peine ou qui a une grande incidence sur le droit du contrevenant à
la liberté ou à la sécurité58. Cela s'étend donc aux peines d'emprisonnement manifestement excessives59. Pour ces raisons, la protection s'étend à l'amende, mais cette dernière «doit
être "excessive au point de ne pas être compatible avec la dignité humaine" en plus d'être "odieuse ou intolérable" pour la société60». La Cour suprême a également déterminé que la
durée de la période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle dans le cadre d'une peine d'emprisonnement fait partie de la peine puisqu'elle découle de la déclaration de
culpabilité et a des conséquences importantes sur le droit du contrevenant à la liberté et à la sécurité de sa personne61.

En définitive, l'article 12 interdit à «l'État d'infliger des douleurs et des souffrances physiques ou psychologiques par des traitements ou peines dégradants et déshumanisants. Cette
disposition vise à protéger la dignité humaine et à assurer le respect de la valeur inhérente de chaque personne62». Il protège contre la peine qui est exagérément disproportionnée
dans un cas donné ou qui est intrinsèquement incompatible, par nature, avec la dignité humaine63, une qualification qui détermine aussi le cadre d'analyse, un sujet abordé dans les
paragraphes suivants. Lorsqu'une peine fait intervenir les deux volets, le juge doit d'abord examiner si la peine est cruelle et inusitée par nature, puisque cela emporte toujours une
violation64 et, au surplus, une telle peine ne peut probablement jamais être justifiée en vertu de l'article premier de la Charte65.

La peine cruelle et inusitée par nature : Dès l'arrêt Smith (Edward Dewey) en 1987, la Cour avait statué qu'une peine pouvait, par sa nature, être cruelle et inusitée66. Il s'agit d'une
catégorie restreinte de peines qui sont intrinsèquement incompatibles avec la dignité humaine en raison de leur caractère dégradant et déshumanisant, en plus de ne pas correspondre
aux normes sociales de décence67. Il n'est pas question ici de disproportion de la peine avec la culpabilité morale du contrevenant68. La peine de cette catégorie est celle qui, «compte
tenu de sa nature et de ses effets, [...] ne pourrait jamais être infligée d'une manière conforme à la dignité humaine dans le contexte pénal canadien69». En fait, une peine autrefois
acceptée peut, avec l'évolution de la société, satisfaire ce critère puisque les normes ne sont pas figées dans le temps. Les châtiments considérés «comme incompatibles avec la
dignité humaine étaient répandus et acceptés à une autre époque70». La Cour suprême a précisé que seront toujours exagérément disproportionnés et incompatibles avec la dignité
humaine le châtiment corporel comme le fouet, la lobotomie, la castration et la torture71.

On a également jugé de la même manière la mesure qui crée une peine d'emprisonnement dont la durée dépasse l'espérance de vie de la personne condamnée72. Dans l'arrêt
Bissonnette, la Cour suprême a conclu, comme l'avait fait la Cour d'appel du Québec, que l'emprisonnement sans possibilité réaliste de libération par cumul de périodes
d'inadmissibilité de 25 ans chacune73 est, par sa nature même, cruelle et inusitée qu'elle relève de l'absurdité et qu'elle s'apparente dès lors à la vengeance, laquelle n'a pas sa place
dans un système civilisé de détermination de la peine74. Une telle peine «anéantit, de manière anticipée et irréversible, l'objectif pénologique de réinsertion sociale», intimement lié à
la dignité humaine en reconnaissant que chaque individu peut se réhabiliter75. L'article 12 exige que le législateur laisse une possibilité réaliste de libération et «tout détenu doit
bénéficier d'une possibilité réaliste de demander la libération conditionnelle à tout le moins avant l'expiration d'un temps d'épreuve de 50 ans76». Il faut apporter une précision
importante à ces observations puisque que si l'effet de la peine d'emprisonnement est que le contrevenant meurt en prison parce qu'il est déjà âgé au moment où la peine est infligée,
cela n'en fait pas une peine qui, par nature, viole l'article 12 de la Charte77.

Comme dans le cas de la peine exagérément disproportionnée, l'existence de procédure de révision est un élément à considérer78. Enfin, les tribunaux doivent être prudents et faire
preuve de retenue avant de déclarer qu'une peine fait partie de cette catégorie restreinte de peines qui, par nature, sont cruelles et inusitées79.

La peine cruelle et inusitée car exagérément disproportionnée : La disproportion est très souvent le fondement de la définition de la peine cruelle et inusitée. Une peine sera jugée
cruelle et inusitée si elle est exagérément disproportionnée et non simplement excessive80. Ce critère est strict, exigeant et ne sera atteint qu'en de rares occasions, de manière à ne pas
entraver indûment la large discrétion du législateur81. Une peine de cette catégorie se traduit par «un mépris total de l'État envers les circonstances propres à l'individu condamné et la
proportionnalité du châtiment qu'il subit82». L'analyse requise pour déterminer si une peine est exagérément disproportionnée est «contextuelle et comparative: une peine est jugée
telle dans les circonstances particulières d'un cas donné, en rapport avec la peine qui aurait été juste et appropriée au regard des caractéristiques propres au contrevenant et des
circonstances entourant la commission de l'infraction83». En d'autres mots, le «caractère exagérément disproportionné d'une peine minimale obligatoire dépend de la portée et
l'étendue de l'infraction, des effets du châtiment sur la personne délinquante de même que de la sanction et de ses objectifs84».
Dans ces cas, la nature de la peine ne pose pas de problème constitutionnel, mais elles peuvent être cruelles et inusitées si «leurs effets les rendent exagérément disproportionnée85».
Pour le déterminer, il faut prendre en considération la nature de la peine et les circonstances dans lesquelles elle est imposée86. Cela a amené la Cour suprême à tenir compte des
mécanismes de révision de la peine ou de ses modalités moins exigeantes, comme le fait qu'une courte peine d'emprisonnement puisse être purgée d'une manière discontinue ou que
l'accusé puisse bénéficier de permission de sortie et d'une libération conditionnelle avant l'expiration de la peine d'incarcération87.

Il ne fait donc pas de doute que le législateur peut, sans violer l'article 12, mettre l'accent sur un objectif pénologique particulier, comme la protection du public en matière de
détention préventive des délinquants dangereux88. Par exemple, une peine minimale obligatoire vise davantage à atteindre les objectifs de dénonciation, de dissuasion générale et de
châtiment et s'éloigne de l'objectif fondamental de la détermination de la peine qui est la recherche d'une peine appropriée basée sur la gravité de l'infraction, la culpabilité morale du
délinquant et le préjudice causé89. Dans un tel cas, une peine ne devient pas cruelle et inusitée au sens de l'article 12 du seul fait qu'elle est plus sévère que nécessaire eu égard au
contrevenant, mais son caractère implacable empêche parfois un juge d'imposer une peine proportionnelle puisque le délinquant n'est plus au centre du processus90. Lorsqu'une peine
est exagérément disproportionnée, il faut alors déterminer si, aux termes de l'article premier, elle constitue une restriction raisonnable au droit garanti par l'article 12 de la Charte91.

Évolution de l'analyse de la peine exagérément disproportionnée : Dans l'arrêt Smith (Edward Dewey)92, la Cour suprême se prononçait pour la première fois sur la portée de la
protection. Dans cette affaire, l'accusé avait plaidé coupable à une accusation d'avoir importé une grande quantité de cocaïne d'une valeur «au détail» d'environ 100 000 $. Il a
demandé au juge de première instance de déclarer inopérant le paragraphe 5(2) de la Loi sur les stupéfiants93, qui prescrivait l'imposition d'une peine minimale de sept ans
d'emprisonnement à toute personne déclarée coupable d'importation ou d'exportation d'une telle substance. Le juge de première instance lui a donné raison, mais lui a néanmoins
imposé une peine de huit ans d'emprisonnement. La Cour convenait alors que, généralement, la peine minimale prévue n'était pas exagérément disproportionnée. La Cour a
cependant fait un pas de plus en affirmant qu'elle pouvait concevoir des cas où la peine avait un tel effet94, comme celui du délinquant primaire qui importerait une seule cigarette de
marihuana. Elle a donc adopté l'approche qui autorise un délinquant à attaquer la constitutionnalité de la peine, même si celle-ci n'est pas cruelle et inusitée à son égard. Il lui suffisait
de démontrer que la peine peut l'être dans certaines circonstances hypothétiques. De plus, une fois cette démonstration faite, compte tenu de la nature de cette garantie, le test de
l'article premier doit être appliqué strictement95.

Dans l'arrêt Goltz96, à la suite de l'arrêt Smith, la Cour a apporté un tempérament important à la possibilité de recourir aux circonstances hypothétiques. Le juge Gonthier y propose
une méthode en deux temps pour évaluer le caractère approprié d'une peine. À la première étape, on cherche à évaluer si la sanction contestée infligerait en réalité au délinquant, dans
les circonstances précises révélées par l'affaire, une sanction excessive ou exagérément disproportionnée. Si c'est le cas, il y aurait une violation de l'article 12 de la Charte, sujet à
l'examen de l'article premier. Dans le cas contraire, la seconde étape s'attarde à évaluer s'il existe une disproportion exagérée dans des circonstances hypothétiques raisonnables, par
opposition à des situations invraisemblables ou difficilement imaginables97.

Dans l'arrêt Morrisey, la Cour suprême est revenue sur cette question alors qu'elle était appelée à examiner la constitutionnalité de la peine minimale de quatre ans d'emprisonnement,
prévue par l'alinéa 220a) du Code, relativement à la négligence criminelle dans l'usage d'une arme à feu et causant la mort. Le juge Gonthier avait restreint l'utilisation de la
jurisprudence pour déterminer ce qui était raisonnable. Il avait indiqué qu'en présence d'un crime rare et peu usité, les tribunaux pouvaient s'inspirer de décisions déjà rendues plutôt
que de situations quotidiennes courantes, quitte à en modifier le scénario pour bâtir un modèle approprié. Il fallait cependant maintenir un degré de généralité propre à l'infraction en
cause et non s'arrêter aux circonstances particulières à chacune des décisions. Ainsi, la Cour avait indiqué que l'ensemble de la jurisprudence dégageait deux cas types dans la
perpétration de cette infraction, soit celui d'une personne qui joue avec une arme avant le coup de feu fatal et celui où un chasseur tire sur une cible qu'il croit, d'une façon insouciante
ou déraisonnable, être un animal. Elle a conclu qu'une peine de quatre ans n'est pas cruelle ou inusitée dans ces circonstances98.

En définitive, la Cour suprême avait rarement invalidé une peine minimale obligatoire, une mesure qui était somme toute rare, reconnaissant ainsi que la déférence est de mise
vis-à-vis les choix du législateur, tout en s'assurant que les peines ne sont pas cruelles et inusitées99. La Cour suprême a invalidé les peines minimales obligatoires100 dans les arrêts
Smith (Edward Dewey)101, Nur102, Lloyd103 et Hills104. Elle a confirmé les peines ou les mesures dans les arrêts Luxton105, Goltz106, Sawyer107, Brown108, Morrisey109, Latimer110,
Ferguson111 et Hilbach112.

Première étape de l'analyse de la peine exagérément disproportionnée : La Cour suprême a toujours préconisé l'approche en deux étapes113 et, sans rejeter totalement
ses efforts antérieurs, elle a néanmoins précisé et nuancé l'analyse. L'analyse en deux étapes est faite scrupuleusement et avec rigueur114, de la même manière, lorsque le
juge examine la constitutionnalité de la peine à l'égard du délinquant lui-même ou à l'égard de scénarios hypothétiques raisonnables qui sont mis de l'avant115. À la
première étape, le juge détermine la peine proportionnée à l'infraction, conformément aux principes prévus au Code criminel, ce qui implique une évaluation complexe et
multifactorielle116. Lorsqu'il s'agit d'évaluer la peine au regard de la situation du délinquant, le juge doit déterminer une peine proportionnelle comme il le ferait dans le
cadre normal de la détermination de la peine117. La peine doit être précise et définie118 afin de ne pas fausser l'analyse119. La Cour suprême est ainsi venue préciser que
l'examen de la peine appropriée est complet et elle a corrigé ce que certains percevaient comme un exercice plus général, limité à l'infraction120. Ces principes s'appliquent
aussi lorsqu'il faut déterminer la peine qui serait à infliger dans une situation hypothétique, mais il faut alors donner au juge une certaine latitude, puisqu'il peut être plus
difficile de fixer une peine précise dans ces cas, bien que l'exercice demeure une estimation circonscrite et rigoureusement définie121.

Deuxième étape de l'analyse de la peine exagérément disproportionnée : À la deuxième étape, le juge décide si la peine minimale proposée le contraint à imposer une
peine totalement disproportionnée à l'infraction et aux circonstances de sa perpétration, et non seulement inappropriée, mais excessive et disproportionnée122, auquel cas,
la peine minimale viole l'article 12 de la Charte et elle sera déclarée inopérante, sauf justification par application de l'article premier de la Charte, ce qui sera rarement le
cas123. Cette seconde étape «exige une comparaison contextuelle entre la peine juste et la peine minimale obligatoire attaquée124», une question difficile de degré, et il
appartient au juge de le déterminer sur un «continuum entre une correspondance exacte et une disproportion exagérée125». À la suite de l'exercice comparatif, cette
disproportion doit être flagrante, ou démesurée126. La Cour suprême admet que la disproportion exagérée est une norme constitutionnelle et normative exigeante127 qui
reconnaît, par conséquent, que le législateur «n'est pas tenu d'imposer des peines parfaitement proportionnées»128. «Elle doit être "excessive au point de ne pas être
compatible avec la dignité humaine", de même qu'"odieuse ou intolérable" socialement129.» Cette évaluation se fait soit à l'égard de la situation du délinquant à punir, soit
à l'égard d'un délinquant dans une situation raisonnablement prévisible ou dans un scénario hypothétique130. Afin d'y parvenir, le juge tiendra compte de la combinaison ou
de l'interaction de trois éléments: (1) la portée et l'étendue de l'infraction; (2) les effets de la sanction sur la personne délinquante; (3) la sanction, y compris l'équilibre
atteint par ses objectifs131.

La portée et l'étendue de l'infraction : La portée et l'étendue de l'infraction s'intéressent aux différentes façons de perpétrer l'infraction en question, aux nombreuses circonstances
de sa perpétration et à la grande variété de personnes susceptibles de la commettre, car plus le champ est vaste, plus la vulnérabilité constitutionnelle est présente132. La Cour suprême
réitère que si «le législateur tient à prévoir des peines minimales obligatoires pour des infractions qui ratissent large, il lui faudra envisager de réduire leur champ d'application de
manière qu'elles ne visent que les délinquants qui méritent de se les voir infliger133». De même, «la nature de l'infraction et la sévérité de la peine par rapport à l'infraction contestée
peuvent influencer l'analyse de la disproportion exagérée134». Par exemple, on s'attend à des peines modérées en matière d'infractions réglementaires alors qu'on s'attend à des peines
plus sévères pour des infractions criminelles causant un préjudice grave ou dont la mens rea est grave135. La Cour a précisé que les fourchettes de peines et les points de départ pour
l'infraction en question demeurent utiles et pertinents pour évaluer le décalage136.

Les effets de la sanction sur la personne délinquante : Pour la Cour suprême, le juge doit définir le préjudice précis causé par la peine ou le traitement et «analyser les
conséquences que la peine contestée peut avoir sur la personne délinquante en cause ou sur une personne délinquante raisonnablement prévisible, tant de façon générale qu'en
fonction des caractéristiques et qualités qui leur sont propres137». Il tiendra «compte de la période d'emprisonnement supplémentaire imposée par la peine minimale obligatoire138»,
une «évaluation [qui] ne se résume pas à un calcul mathématique abstrait, mais [qui] implique du précieux temps qu'une personne délinquante peut passer de façon injustifiée (et
possiblement inconstitutionnelle) en prison 139». En effet, l'emprisonnement peut avoir un effet plus grand sur un délinquant en particulier et «l'expérience de la prison relativement
plus dure pour certains délinquants, comme les délinquants faisant partie des forces de l'ordre, ceux qui souffrent d'un handicap [...] ou pour ceux dont l'expérience de la prison est
plus dure en raison du racisme systémique140». L'incarcération a des conséquences profondes sur la vie et la liberté141.

La sanction et ses objectifs : En appliquant ce volet de l'analyse, le juge doit se demander si la sévérité de la peine «va au-delà de ce qui est nécessaire pour atteindre les objectifs»
du législateur pour l'infraction, et dans quelle mesure, particulièrement «en tenant compte "des objectifs pénaux légitimes et du caractère adéquat des solutions de rechange
possibles"142». Selon la Cour, lorsque les «conséquences de l'infraction contreviennent manifestement au "code des valeurs fondamentales" des Canadiens et des Canadiennes, et
appellent une forte condamnation, notre Cour fait preuve d'une plus grande déférence à l'égard du Parlement lorsqu'il édicte une peine minimale obligatoire», mais la «dissuasion
générale ne peut toutefois justifier à elle seule une peine minimale obligatoire: on ne peut infliger à une personne une peine totalement disproportionnée afin de dissuader ses
concitoyens de désobéir à la loi143». Dans l'analyse, tous les objectifs de la peine doivent être analysés, incluant l'objectif de réhabilitation144. Par conséquent, la durée de
l'emprisonnement, et c'est parfois le seul aspect, peut devenir excessive par rapport à d'autres solutions145.

Cas hypothétiques raisonnables : Lorsque la peine n'est pas inconstitutionnelle à l'égard du délinquant lui-même, le juge doit examiner sa constitutionnalité en fonction de cas
hypothétiques raisonnables qui lui sont proposés146. À cet égard, il faut souligner que le juge d'une cour provinciale n'a pas la compétence pour prononcer une déclaration
d'inconstitutionnalité et il peut donc omettre d'examiner la constitutionnalité d'une loi à l'égard de cas hypothétiques dans la mesure où il estime que le délinquant mérite une peine
qui est égale ou supérieure à celle prescrite147. Si un juge conclut que la peine est inconstitutionnelle à l'égard du délinquant, l'examen des scénarios hypothétiques raisonnables
devient également inutile.

Il appartient au délinquant d'élaborer et de présenter ces cas hypothétiques raisonnables afin que, préférablement, ils soient débattus contradictoirement, bien que l'absence de débat
ne soit pas une erreur révisable148. Cela dit, «ne pas tenir compte des applications raisonnablement prévisibles d'une disposition créant une peine minimale obligatoire irait à
l'encontre de la jurisprudence établie de la Cour et limiterait de manière artificielle l'analyse portant sur la constitutionnalité de la disposition149». Dans l'arrêt Nur, la Cour suprême a
précisé l'utilité des précédents pour définir les scénarios hypothétiques raisonnables. Dans cette affaire, les deux appelants ne faisaient aucunement valoir que les peines minimales
d'emprisonnement pour des infractions reliées aux armes à feu étaient totalement disproportionnées dans leur cas, mais ils ont plaidé qu'elles l'étaient à l'égard d'autres délinquants150.
La question était donc lancée: quel délinquant le juge prend-il en considération? Pour la Cour, ignorer les cas raisonnablement prévisibles limiterait de manière artificielle l'analyse de
la constitutionnalité d'une disposition, alors qu'elle reconnaît qu'un justiciable ayant l'intérêt d'agir peut toujours demander une déclaration d'invalidité d'une loi en application de
l'article 52 de la Loi constitutionnelle de 1982, en invoquant les effets inconstitutionnels pour lui-même ou pour des tiers151. Cela permet une utilisation efficace des ressources
judiciaires152. De plus, si l'on ne considérait pas les cas hypothétiques raisonnables dans l'analyse, «des lois invalides pourraient demeurer en vigueur indéfiniment, ce qui irait à
l'encontre de la primauté du droit [alors que n]ul ne doit être soumis à une loi inconstitutionnelle153».

La Cour a insisté sur la prévisibilité raisonnable des situations envisagées154. Un scénario hypothétique raisonnable doit être concocté avec soin155. La véritable question est de savoir
«s'il est raisonnablement prévisible que la disposition prévoyant une peine minimale obligatoire inflige une peine totalement disproportionnée dans le cas de certaines personnes156».
La méthode requiert que le juge envisage les situations où il y a perpétration de l'infraction et qui sont raisonnablement susceptibles de se présenter157 dans la vie quotidienne158. Plus
largement, il faut s'appuyer sur l'expérience judiciaire et le bon sens, tout en écartant les hypothèses fantaisistes ou qui n'ont qu'un faible rapport avec l'espèce159. Les cas
hypothétiques doivent être raisonnables compte tenu de la gamme de comportements visés par l'infraction en cause160. Pour ce faire, le juge peut notamment recourir, sans s'y limiter,
aux cas répertoriés en jurisprudence, lesquels offrent des exemples concrets161. La peine étant à la fois fondée sur le crime et les caractéristiques personnelles du délinquant, le juge
doit aussi envisager ces dernières dans l'élaboration des cas raisonnablement prévisibles, car même si la réalité dépasse la fiction dans les salles d'audience162, on ne doit se lancer à
imaginer «des scénarios détaillés regorgeant de facteurs atténuants conjugués à une interprétation qui élargit et force le sens technique de l'infraction»163, bref, un délinquant ou un
scénario le plus sympathique possible164. On ne saurait cependant ignorer les caractéristiques courantes comme l'âge, la pauvreté, la race, l'autochtonité165, les problèmes de santé
mentale et la dépendance166. La Cour suprême a souligné que «[l]e Canada est un pays vaste et diversifié, et les gens possèdent des caractéristiques personnelles susceptibles
d'aggraver ou d'atténuer leur culpabilité morale167». Cependant, l'importance de ces caractéristiques personnelles diminue lorsque l'infraction implique une conduite grave168. Parmi
les précédents se trouveront des décisions où la constitutionnalité d'une disposition a été reconnue. Selon la règle du stare decisis, on peut alors croire que cela clôt le débat. Or, la
Cour suprême a précisé que si la règle conserve toujours sa pertinence, l'analyse peut être reprise, et la constitutionnalité de la loi réexaminée, lorsqu'un délinquant démontre
l'existence d'une situation nouvelle ou d'un élément de preuve nouveau, y compris des circonstances atténuantes qui lui sont propres169. Les cas répertoriés ne sont pas des carcans et
il est possible d'en modifier les faits pour illustrer un cas raisonnablement prévisible, sans toutefois imaginer ses éléments constitutifs au moyen de faits fantaisistes170. La Cour a
rappelé que «le processus accusatoire est la meilleure façon de mettre à l'épreuve les hypothèses raisonnables171».

Dans l'arrêt Lloyd, il était question de la constitutionnalité de la peine minimale d'un an de prison pour un récidiviste en matière de trafic de drogue172. Les substances visées sont
spécifiées en annexe à la loi qui prévoit également un mécanisme pour y échapper en réussissant un programme de traitement de la toxicomanie173. Reconnaissant la gravité objective
du trafic de drogue174, la Cour constate néanmoins que la disposition attaquée s'applique indifféremment à des situations dont le caractère répréhensible varie suffisamment pour
conclure que la peine minimale contrevient à l'article 12 de la Charte. D'abord, le trafic «englobe la vente de drogue, mais aussi [l']administration, [le] don, [la] cession, [le] transport,
[l']expédition ou [la] livraison [de la substance]175». Ensuite, la loi ne fait aucune distinction sur la quantité de drogue ni sur la qualification de l'infraction antérieure en termes de la
nature ou de la quantité de la substance alors en cause. La Cour conclut donc que la peine s'applique autant au trafiquant de drogue professionnel qui en fait un commerce qu'au
toxicomane qui se livre au trafic de drogue pour satisfaire son besoin de consommation si, neuf ans auparavant, il a été trouvé coupable de trafic en partageant une cigarette de
cannabis avec un ami. La Cour conclut que «la plupart des Canadiens seraient consternés d'apprendre qu'une telle personne pourrait écoper d'un an de prison176». Par ailleurs, la Cour
ne retient pas que l'exception prévue, soit la participation à un programme pour le traitement de la toxicomanie, est un rempart efficace pour plusieurs raisons. La Cour constate que
l'accessibilité aux programmes peut être problématique, que le délinquant doit habituellement plaider coupable et renoncer à son droit à un procès, que la réussite du programme est
parfois irréaliste et, enfin, que le ministère public contrôle parfois l'admissibilité au programme177.

En somme, tant dans l'arrêt Nur178 que dans l'arrêt Lloyd, la Cour oppose au crime rare et peu usité de l'arrêt Morrisey évoqué précédemment, que «plus la variété des comportements
et des circonstances qui font encourir la peine minimale obligatoire est grande, plus cette peine est susceptible d'être infligée à des délinquants pour lesquels elle est exagérément
disproportionnée» en raison de la culpabilité morale variable d'un délinquant à l'autre selon la situation179.

Quelques peines ou mesures examinées : Outre les affaires traitées précédemment où il est question de la constitutionnalité de peines minimales180, les tribunaux ont conclu à la
constitutionnalité de la peine minimale de quatre ans pour l'infraction de décharger une arme à feu dans l'intention de mettre en danger la vie d'une personne181 et de l'ancienne peine
de 14 jours d'emprisonnement dans le cas d'une première récidive en matière d'alcoolémie d'un conducteur182.

D'autres peines minimales ont été jugées contraires à l'article 12 de la Charte, soit les peines associées à l'infraction concernant l'obtention ou la sollicitation de services sexuels
auprès d'un mineur moyennant rétribution183, à l'infraction de leurre184, à celles de possession185 et de production186 de pornographie juvénile, à l'infraction de contacts sexuels avec
une personne de moins de 16 ans187, à celle d'agression sexuelle d'une personne de moins de 16 ans lui infligeant des lésions corporelles, avec l'utilisation d'une arme ou la
participation d'une autre personne188, aux infractions concernant l'exploitation sexuelle à plusieurs reprises d'un adolescent189, le trafic d'armes et leur possession en vue de faire le
trafic190, le trafic de cocaïne sur ou près d'un lieu fréquenté par des personnes de moins de 18 ans ou en ayant recours à une personne mineure191, la production de plus de cinq, mais
de moins de 201 plants de cannabis192, la production de plus de 200 mais moins de 501 plants193, et également la production de plus de 500 plants et celle visant la production de plus
de 500 plants lorsqu'elle se fait dans un immeuble appartenant à un tiers194. Les peines minimales visant ces infractions liées au trafic, à l'importation et à la production de drogues ont
plus tard été abrogées195. Enfin, soulignons que l'obligation pour le juge d'imposer des peines consécutives pour les infractions sexuelles, autres que la pornographie juvénile,
commises contre plus d'un enfant a aussi été jugée contraire à l'article 12 de la Charte196.

Dans le cas du meurtre, les tribunaux ont unanimement conclu à la constitutionnalité des peines minimales prévues au Code criminel. Ainsi, dans l'arrêt Luxton197, la Cour suprême a
examiné la peine d'emprisonnement à perpétuité avec un délai minimal de 25 ans avant l'admissibilité à la libération conditionnelle dans le cas d'un meurtre commis pendant un
enlèvement ou une séquestration198. Après avoir noté que l'article 745 du Code (aujourd'hui remplacé par l'art. 745.6) permet au détenu de demander la révision de son délai
d'admissibilité à la suite de 15 ans de détention, le juge Lamer a conclu à la validité de la disposition. Dans l'arrêt Bissonnette, la Cour suprême souligne que cette période
d'inadmissibilité est constitutionnelle, mais loin d'être clémente199.

En outre, les dispositions donnant ouverture à ce type de peine ne s'appliquent qu'à un groupe particulier de meurtriers, soit ceux qui ont commis un meurtre pendant la domination
illégale de leur victime, et ce, alors qu'ils pouvaient subjectivement prévoir son décès200. Le juge Lamer a donc considéré l'application de ce type de peine aux meurtriers faisant
partie de ce groupe particulier comme étant compatible avec le principe de la proportionnalité entre la culpabilité du délinquant et la peine ainsi qu'avec la règle de l'individualisation
de la sentence, puisque seuls ceux qui prévoient subjectivement la mort y sont assujettis. Il est utile de mentionner que l'on s'est également fondé sur ce raisonnement pour conclure à
la validité de cette même sentence pour les autres types de meurtres au premier degré201, pour la récidive en matière de meurtre202 ainsi qu'à la conformité avec la Charte de la
sentence d'emprisonnement à perpétuité sans admissibilité à la libération conditionnelle avant dix ans dans le cas d'un meurtre au deuxième degré203.

Dans l'arrêt Latimer, la Cour suprême s'est penchée sur la constitutionnalité de cette dernière peine en rapport avec le cas particulier d'un accusé qui avait tué sa fille pour lui
permettre de se soustraire aux très graves souffrances découlant de ses handicaps. Elle a pris acte du fait que les circonstances aggravantes, comme les tentatives de dissimulation de
l'acte, la préméditation, l'absence de remords204, la position de confiance et la vulnérabilité de l'enfant en neutralisaient les éléments atténuants. Par ailleurs, la Cour a indiqué que la
société doit dénoncer une telle conduite. Elle a donc conclu que la sentence n'était pas exagérément disproportionnée205.

Dans l'arrêt Boudreault, la Cour suprême était saisie de la constitutionnalité de l'ancienne version de la suramende compensatoire obligatoire prévue à l'article 737 du Code criminel,
qui n'autorisait aucune exception ou dispense. Elle a conclu qu'elle contrevenait à l'article 12 de la Charte et l'a déclarée inconstitutionnelle avec effet immédiat206. Pour ce faire, elle a
d'abord conclu que cette sanction financière universelle s'appliquant à toutes les infractions lors du prononcé de la peine était elle-même une peine207. Elle a ensuite constaté que la
mesure affecte davantage les délinquants défavorisés et marginalisés. Si la mesure n'est peut-être pas exagérément disproportionnée dans tous les cas208, elle ignore néanmoins le
principe de proportionnalité209. De plus, elle est par nature de durée indéterminée210 et requiert que le délinquant soit amené devant un juge pour justifier le fait qu'il ne paye pas ou
qu'il demande un délai supplémentaire pour payer211. La Cour résume bien sa réflexion dans le passage suivant:

[94] Je conclus que, bien qu'il vise l'atteinte d'un objectif pénal régulier, le régime de la suramende compensatoire viole l'art. 12 [...]. Il ne laisse aucun choix aux juges
chargés de la détermination de la peine. Ceux-ci doivent infliger la suramende dans tous les cas. Ils ne peuvent prendre en considération l'incapacité de payer des
contrevenants les plus marginalisés, ni la probabilité que ceux-ci subissent des privations de liberté à répétition dans le cadre des audiences relatives à l'incarcération, ni la
nature indéterminée de la peine. Ils ne peuvent appliquer les principes fondamentaux de détermination de la peine, chercher à favoriser la réinsertion sociale des contrevenants
dans les cas qui s'y prêtent ou adapter la peine aux contrevenants autochtones. Pour revenir à la question fondamentale en l'espèce, les effets de la suramende, lorsque
combinés, créent des circonstances exagérément disproportionnées, sont incompatibles avec la dignité humaine et sont à la fois odieux et intolérables. En d'autres termes, ils
sont cruels et inusités, et violent en conséquence l'art. 12212.

L'analyse de la constitutionnalité d'une mesure discrétionnaire : Les arrêts portant sur la portée de la protection de l'article 12 de la Charte ont surtout mis en cause des peines
minimales, soit «des peines obligatoires, infligées sans égard aux circonstances particulières du contrevenant213». Or, ce cadre d'analyse ne s'applique pas aux peines
discrétionnaires214. En fait, l'existence de principes de détermination de la peine et l'absence d'une peine minimale obligatoire permettent de moduler la peine dans un cas donné. Ils
font en sorte que rarement un régime législatif prévoyant un pouvoir discrétionnaire sera jugé inconstitutionnel même si une peine exagérément disproportionnée peut en résulter215.
Dans ce cas, la peine «peut être corrigée par un appel visant la justesse de la peine plutôt que par une déclaration d'inconstitutionnalité216». Cela ne signifie toutefois pas que le
pouvoir discrétionnaire du tribunal peut sauvegarder une peine cruelle et inusitée par nature217.

La mesure qui était prévue à l'article 745.51 du Code était un exemple d'une peine cruelle et inusitée par nature218 qui ne pouvait être sauvegardée en raison de son caractère
discrétionnaire. Celle-ci prévoyait la possibilité pour le juge de prononcer des périodes consécutives d'inadmissibilité à la libération conditionnelle dans les cas de meurtres multiples.
Dans l'arrêt Bissonnette, la Cour suprême a conclu que la présence d'un pouvoir discrétionnaire n'y changeait rien et que la disposition attaquée devait être déclarée contraire à
l'article 12 de la Charte219. Dans cette affaire, l'appelant avait plaidé coupable, entre autres, à six meurtres prémédités220. La disposition attaquée autorisait un juge à imposer des
périodes d'inadmissibilité consécutives mais uniquement par bonds de 25 ans221, créant une période d'inadmissibilité à la libération conditionnelle «de 50, 75, 100, voire 150 ans»222.
Si l'emprisonnement n'est pas en soi cruel et inusité, la Cour est d'avis que la disposition permet des peines d'emprisonnement sans possibilité réaliste de libération, pour tous les
délinquants223. Dans le cas de Bissonnette, la période d'inadmissibilité pouvait atteindre 150 ans et c'est ce que demandait le ministère public en première instance224. Devant la Cour
d'appel du Québec, il demandait plutôt d'imposer une période d'inadmissibilité de 50 ans225. La Cour suprême conclut qu'une période de 50 ans fait fi des objectifs de réinsertion
sociale, de proportionnalité et de réhabilitation, qui sont pourtant fondamentaux en droit pénal canadien226. Elle a rappelé qu'«aucun crime, aussi odieux soit-il, ne peut justifier
l'infliction d'une peine intrinsèquement incompatible avec la dignité humaine, telle une peine d'emprisonnement à perpétuité sans possibilité réaliste de libération conditionnelle227».
Un détenu ne devrait pas se sentir oublié228. Il est par ailleurs difficile de concevoir qu'une telle peine puisse être sauvegardée par l'article premier de la Charte229.

La jurisprudence a longuement hésité quant à la question de savoir si le juge peut accorder une exemption constitutionnelle dans le cas où une peine minimale, par ailleurs valide, se
révélait en l'espèce d'une gravité disproportionnée230. Cette réparation suppose une approche cas par cas pour exempter un délinquant de l'application de la peine ou de la mesure. La
Cour suprême a définitivement rejeté cette approche dans l'arrêt Ferguson. La juge en chef McLachlin a indiqué qu'une telle mesure interfère directement avec l'intention du
législateur de retirer aux juges le pouvoir discrétionnaire d'infliger une peine inférieure au minimum qu'il prescrit, ce qui en soi suffit pour l'exclure des réparations possibles dans le
cas d'une déclaration d'inconstitutionnalité231. Les tribunaux n'ont pas d'autres choix que de déclarer la règle de droit inopérante dans un tel cas232. Toutefois, dans l'arrêt Lloyd, la juge
en chef a suggéré que le législateur peut prévoir un mécanisme d'exemption par «l'octroi d'un pouvoir discrétionnaire résiduel susceptible d'être exercé dans les cas exceptionnels»,
en insistant sur ce caractère exceptionnel233.

La Cour a également pris acte que, contrairement au paragraphe 24(1) de la Charte qui confère au juge un pouvoir discrétionnaire étendu, l'article 52 exige de déclarer la règle de
droit inopérante en cas de conflit avec la Charte234. Enfin, la juge en chef a indiqué que la souplesse qu'apporterait la possibilité d'accorder une exemption constitutionnelle mettrait en
échec la primauté du droit. Notamment, cela créerait de l'incertitude, la disposition dûment valide étant susceptible de ne pas s'appliquer, et de l'imprévisibilité, le justiciable ne
sachant pas d'avance l'état du droit. En sus, le législateur serait privé de la possibilité de savoir si la disposition est constitutionnelle ou s'il doit la modifier235.

LES Généralités : Ce n'est qu'en 1996 que le Parlement a entrepris de préciser dans la loi les objectifs et les principes de la peine en matière criminelle. Les différents groupes d'étude qui
s'étaient penchés sur ces questions pénologiques, dont le dernier était la Commission canadienne sur la détermination de la peine (CCDP), avaient réclamé cet ajustement. La CCDP
OBJECTIFS
avait en outre soulevé la confusion entre les objectifs de la peine et ceux du système de justice criminelle en général281. La CCDP avait conclu que cette confusion transférait à la
ET «sentence» le poids entier de l'objectif de «protection sociale» qui relève plutôt de l'ensemble du système de justice criminelle. Toujours selon la CCDP, cette situation entretenait un
PRINCIPES espoir démesuré quant à l'efficacité de la sentence, de sorte qu'il avait été recommandé au législateur de donner un objectif clair et réaliste à celle-ci.
RELATIFS
DE LA Le législateur a donc modifié le Code criminel pour que les tribunaux tiennent compte de l'ensemble des objectifs282. Dans l'arrêt Nagosaluak, la Cour suprême a indiqué que «[l]es
articles 718 à 718.2 du Code sont rédigés de manière suffisamment générale pour conférer aux juges chargés de déterminer les peines un large pouvoir discrétionnaire leur permettant
PEINE de façonner une peine adaptée à la nature de l'infraction et à la situation du délinquant. [...] Aucun objectif ne prime les autres. Il appartient au juge qui prononce la sanction de
déterminer s'il faut accorder plus de poids à un ou plusieurs objectifs, compte tenu des faits de l'espèce283». Néanmoins, dans Parranto, les juges Brown et Martin ont affirmé que la
parité des peines joue un rôle secondaire par rapport à la proportionnalité284. Cela dit, ils ont aussi réitéré l'importance du pouvoir discrétionnaire du juge de favoriser un objectif,
notamment la réinsertion sociale285.

Les objectifs de la peine : L'article 718 du Code criminel prévoit que le prononcé des peines a pour objectif essentiel de contribuer, parallèlement à d'autres initiatives de prévention
du crime, au respect de la loi et au maintien d'une société juste, paisible et sûre, par l'infliction de sanctions justes. Une peine trop clémente ou trop sévère discrédite le système de
justice criminelle286. La peine poursuit plusieurs objectifs qui sont la dénonciation287, la dissuasion (tant générale que spécifique)288, la neutralisation289, la réinsertion sociale290,
l'assurance d'une réparation aux victimes ou à la collectivité et la responsabilisation du délinquant par la reconnaissance du tort causé à la collectivité et à la victime291. La place
qu'occupent les différents objectifs pour façonner une peine «varie selon la nature du crime et les particularités du contrevenant» et cela n'a rien de mathématique292. L'exercice de
pondération de ceux-ci présente un défi pour les tribunaux et les cours d'appel. Dans l'arrêt Gladue, la Cour suprême a décidé que l'article 718 du Code ne constitue pas une simple
reformulation des principes jurisprudentiels jusqu'alors reconnus. Par exemple, on a indiqué que «la réparation des torts subis par les victimes individuelles et l'ensemble de la
collectivité, l'éveil de la conscience des responsabilités, la reconnaissance du tort causé et les efforts de réinsertion sociale ou de guérison du délinquant293» sont des objectifs
correctifs nouveaux. On a précisé que l'intention du Parlement était double en cherchant à réduire le recours à l'emprisonnement comme mode de sanction et à élargir l'application des
principes de justice corrective294. Il est important de souligner que la Cour suprême a donné à l'objectif de réhabilitation une portée très significative, voire constitutionnelle lorsqu'il
est nié par le législateur, en ce que la réhabilitation est liée à la dignité humaine, traduisant la valeur et la conviction que chaque individu possède la capacité nécessaire pour se
repentir et réintégrer la société et contribuant à la protection de la société de manière plus durable295.

La dissuasion générale et dénonciation : Très tôt, la Cour suprême a rappelé l'efficacité très relative des objectifs de dissuasion et de dénonciation, ou encore l'exemplarité de la
peine et des peines minimales obligatoires. Ces propos sont toujours actuels et repris tant par la Cour suprême que les cours d'appel296. Si la certitude de la punition peut être
dissuasive, «la preuve empirique indique qu'une peine minimale obligatoire n'est pas plus dissuasive qu'une peine proportionnée moins sévère297». L'objectif de la dénonciation
appelle une peine qui exprime la réprobation de la société à l'égard de l'infraction commise alors que la dissuasion, spécifique298 et générale, vise à décourager respectivement le
délinquant et le public de commettre des crimes299. Ces objectifs ont pour effet de punir plus sévèrement le délinquant300. Toutefois, en raison de leur portée incertaine, les objectifs de
dénonciation et de dissuasion générale doivent être pondérés avec soin puisqu'ils mènent rapidement à l'excès301. Leur efficacité peut varier selon le type d'infractions et il est plus
susceptible d'atteindre celles qui sous-tendent davantage une planification rationnelle par des individus ayant des acquis à perdre dans l'éventualité d'une arrestation302. Cela étant, la
Cour suprême a indiqué que, sans que des règles ou objectifs particuliers s'appliquent dans le cas de crimes particulièrement graves, comme le terrorisme, la dissuasion et la
dénonciation constituent alors des objectifs importants303. Elle a néanmoins souligné que même dans ces cas, il fallait «résister à la tentation d'établir des principes rigides de
détermination de la peine»304.

Si la Cour suprême opine que «les tribunaux disposent de très peu de moyens, mis à part l'emprisonnement, dans les cas où la dissuasion générale ou spécifique et la dénonciation
doivent primer305», la Cour d'appel du Québec a rappelé qu'il n'y a pas que l'emprisonnement qui peut répondre adéquatement aux objectifs de dénonciation et de dissuasion, la
sévérité n'étant pas l'apanage de l'emprisonnement306. Enfin, mentionnons que ces objectifs coexistent avec un autre objectif, qualifié de principe fondamental dans le système
canadien de détermination de la peine: l'individualisation de la peine307. Ainsi, au nom de la dissuasion et de l'exemplarité, on ne peut focaliser sur la prépondérance d'un crime et
passer outre aux facteurs individuels et contextuels existants pour imposer une peine qui devient excessive dans un cas particulier308. Les tribunaux peuvent également prendre en
compte la médiatisation importante d'une affaire, laquelle contribue à l'atteinte des objectifs de dénonciation et de dissuasion309. La Cour d'appel du Québec a notamment reconnu
qu'une réhabilitation convaincante justifie de placer moins d'importance sur les objectifs de dissuasion générale et de dénonciation310.

Toutefois, tout en puisant dans les réflexions de la CCDP, le juge Lamer a rappelé que le châtiment («retribution») demeure un objectif reconnu et important de la détermination de la
peine en droit canadien, qu'il comporte un principe de modération et qu'il s'applique afin de sanctionner la culpabilité morale du contrevenant, laquelle doit mener à une sanction
juste, rien de plus. Il précise qu'il n'est pas question ici de vengeance, mais de «la détermination objective, raisonnée et mesurée d'une peine appropriée, reflétant adéquatement la
culpabilité morale du délinquant, compte tenu des risques pris intentionnellement par le contrevenant, du préjudice qu'il a causé en conséquence et du caractère normatif de sa
conduite311». Le châtiment («retribution») se distingue aussi de sa «sœur légitime», la réprobation sociale (dénonciation). Le premier répond à un comportement individuel, le second
cherche à envoyer un message que la société condamne la conduite de ce contrevenant, laquelle porte atteinte au code des valeurs fondamentales de notre société312. Ces objectifs ne
peuvent à eux seuls justifier la peine, le juge doit prendre en compte les autres objectifs, que l'on retrouve maintenant au Code criminel.

Les choix législatifs de la dissuasion et la dénonciation : Lorsque la situation exige d'accorder une importance aux objectifs de dénonciation et de dissuasion, il n'en découle pas
que l'emprisonnement est l'unique peine appropriée, puisque les tribunaux ne peuvent pas exclure des choix pénologiques que le législateur n'a pas exclus313. Il semble bien que le
législateur ait exprimé ce souhait pour quatre comportements particuliers. La Cour suprême, tout en réitérant que les choix dans la pondération des objectifs relèvent de la discrétion
du juge, suggère que dans certains cas, les objectifs de dénonciation et de dissuasion doivent recevoir préséance314. Elle a affirmé que ces indications du législateur315 signifient la
nécessité d'imposer des peines plus sévères316. Le législateur limite ainsi la discrétion du juge de la peine dans la hiérarchisation des objectifs, même s'il n'empêche pas le juge de tous
les considérer317. Aussi, lorsque l'infraction est perpétrée à l'égard d'enfants, d'un agent de la paix ou d'une autre personne associée au système judiciaire, d'un animal d'assistance
policière ou militaire dans l'exercice de ses fonctions ou d'une personne vulnérable, le juge doit accorder une attention particulière aux objectifs de dénonciation et de dissuasion de
l'agissement à l'origine de l'infraction. La discrétion judiciaire doit donc trouver son expression à l'intérieur des principes que fixe désormais le Code318. Or soulignons que les
principes énoncés à l'article 718 du Code, malgré leur importance, ne bénéficient pas d'une protection constitutionnelle, ce qui veut dire que le législateur peut en tout temps les
modifier et les abroger319.

L'article 718.1 du Code précise les objectifs de la peine qui doit toujours être proportionnelle à la gravité de l'infraction et au degré de responsabilité du délinquant. L'article 718.2 du
Code comporte une liste non exhaustive de principes secondaires comme le poids des circonstances aggravantes ou atténuantes, les principes de parité, de totalité, ou de modération,
notamment pour les délinquants autochtones320.

La proportionnalité: condition sine qua non : L'article 718.1 du Code énonce que la proportionnalité est le principe fondamental de la détermination de la peine, c'est-à-dire que la
peine doit être proportionnelle à la gravité de l'infraction et à la responsabilité du délinquant321. La proportionnalité est le principe cardinal qui guide la détermination de la peine322.
L'objectif de proportionnalité repose sur «l'équité et la justice», et prévient «l'infliction d'une peine injuste pour le [TRADUCTION] "bien commun"»323. Elle ne doit pas «excéder la
culpabilité morale de la personne délinquante324». Dans l'arrêt Nasogaluak, le juge LeBel a précisé que le principe fondamental de proportionnalité «joue depuis longtemps un rôle de
principe directeur en matière de détermination de la peine325». Ce principe implique que la peine n'excède pas ce qui est juste et approprié compte tenu de la culpabilité morale du
délinquant et de la gravité de l'infraction. Par ailleurs, il vise à s'assurer qu'elle reflète le rôle joué par l'accusé dans la perpétration du crime326. Après avoir donné des signes
contraires327, la Cour suprême a rappelé que «[p]our autant, la proportionnalité ne constitue cependant pas un nouveau principe de justice fondamentale distinct du principe bien établi
de la disproportion exagérée auquel on recourt pour l'application de l'art. 7 de la Charte328». Il s'agit néanmoins du seul objectif de la peine qui, dans l'application de l'article 12 de la
Charte, trouve une dimension constitutionnelle329. Dans l'arrêt Ipeelee, la Cour ajoutait que ce principe «représente la condition sine qua non d'une sanction juste330».

La gravité de l'infraction et la responsabilité du délinquant sont ce que la jurisprudence désigne fréquemment comme la gravité objective et la gravité subjective du crime, établies en
tenant respectivement compte de la peine maximale fixée par le législateur331 et des circonstances de l'affaire332. La gravité de l'infraction se reflète non seulement dans la peine
prévue, mais également dans toutes les caractéristiques précises de sa perpétration, telles que son impact sur la victime, la sécurité publique et les préjudices corporels et
psychologiques en découlant333. La responsabilité du délinquant, ou sa culpabilité morale, se mesure notamment en tenant compte de la mens rea nécessaire et de sa conduite dans la
perpétration de l'infraction, de son mobile et du vécu de cette personne, y compris sa situation personnelle et sa capacité mentale334. S'il est vrai que «[l]es juges chargés de la
détermination de la peine et les cours d'appel doivent donner effet aux signaux clairs et répétés du législateur d'infliger des peines plus lourdes pour [certaines] infractions335», il
demeure que le caractère fondamental de la proportionnalité a été souligné dans l'arrêt Nagosaluak, alors que la Cour suprême a indiqué qu'«indépendamment des objectifs
susmentionnés [à l'art. 718 du Code], la peine doit respecter le principe fondamental de proportionnalité» qui est «un élément central de la détermination de la peine»336. Cette
dimension de la peine est «considérée comme un facteur essentiel au maintien de la confiance du public dans l'équité et la rationalité du système de justice pénal et criminel337».

L'individualisation de la peine : Au principe de proportionnalité s'ajoute celui de l'individualisation de la peine, tout aussi fondamental en droit canadien, voulant que pour
déterminer la peine, le juge doive, sauf exception dans la loi, tenir compte le mieux possible des circonstances de l'affaire338. Cela implique que «le juge doit tenir compte des
circonstances aggravantes ou atténuantes (al. 718.2a) du Code criminel), ainsi que des facteurs objectifs et subjectifs liés à la situation personnelle du délinquant339». Par conséquent,
la Cour d'appel du Québec a souligné les limites à l'exemplarité et on a rappelé «qu'une peine dont la durée serait augmentée pour un motif de dissuasion, sans tenir compte de cette
règle de proportionnalité, constituerait une erreur de droit340» et que «la recherche de l'exemplarité au détriment des éléments de preuve qui démontrent le mérite des objectifs de
réhabilitation est incompatible avec le principe d'individualisation341». Toutefois, dans l'arrêt Lacasse, la Cour suprême semble suggérer qu'outre l'emprisonnement, peu de peines
peuvent les satisfaire342. Ceci dit, l'objectif de réinsertion sociale du délinquant est une valeur morale fondamentale, distinctive de notre société et qui guide les tribunaux dans la
recherche d'une peine juste et appropriée343.

Circonstances aggravantes et atténuantes : Le Code énumère également d'autres principes qui doivent guider le juge. À cet égard, la Cour suprême a indiqué que cette liste, qui est
non exhaustive, énonce des principes secondaires344. Ainsi, le tribunal doit, comme nous l'avons indiqué, tenir compte des circonstances aggravantes et atténuantes liées à la
perpétration de l'infraction ou au degré de responsabilité du délinquant345, une exigence qui est liée au principe de la proportionnalité346. Les circonstances aggravantes sont parfois
explicitement prévues par le législateur347 alors que d'autres sont laissées à l'appréciation du juge348. En principe, un élément essentiel de l'infraction ne constitue pas un facteur
aggravant et le juge qui le considère comme tel commet une erreur de droit349. Cela reviendrait en effet à «punir doublement» un accusé, puisque ces éléments essentiels sont déjà pris
en compte dans l'évaluation de la gravité objective de l'infraction350. Néanmoins, les circonstances spécifiques d'une infraction qui en font varier la gravité selon les conséquences
peuvent être prises en compte351. Par ailleurs, une circonstance atténuante est pertinente uniquement si elle explique le passage à l'acte et non si elle en est une cause352. Dans l'arrêt
Suter, la Cour a considéré l'erreur de droit à titre de facteur atténuant, l'accusé ayant refusé d'obtempérer à un ordre de fournir un échantillon d'haleine en raison des conseils erronés
de son avocat353. La Cour a rappelé que les éléments constitutifs de l'erreur de droit doivent être établis par l'accusé selon la prépondérance des probabilités et qu'en l'espèce, la
confusion créée par les conseils erronés de l'avocat ne satisfaisait pas ce fardeau354. Notons que les réalités culturelles qui autorisent ou tolèrent des pratiques condamnées au Canada
ne sont pas des facteurs atténuants355. Par contre, les conséquences du crime et la culpabilité morale du délinquant sont des facteurs importants356. Une conduite répréhensible de
représentants de l'État, sans être contraire à la Charte, est un facteur pertinent à la détermination de la peine, sans être un facteur atténuant357. Le juge doit prendre en considération
globalement tous les facteurs. Il ne saurait fixer une sentence appropriée, puis ajouter et soustraire des périodes en fonction de ceux-ci358.

Circonstances aggravantes spécifiques : Le Code prévoit certaines circonstances aggravantes spécifiques: une infraction motivée par la haine ou par des préjugés liés à une
caractéristique personnelle de la victime359, une infraction qui constitue un mauvais traitement d'un mineur360 ou de son partenaire intime ou d'un membre de la famille de la victime
ou du délinquant361, une infraction commise dans un contexte d'abus de confiance ou d'autorité à l'égard de la victime362 ou qui a un effet important sur la victime en raison de son âge
et d'autres éléments situationnels comme sa santé et sa situation financière363, une infraction perpétrée à l'encontre d'une personne qui, dans l'exercice de ses attributions, fournissait
des services de santé, notamment des services de soins personnels364, une infraction commise au profit, sous la direction ou en association avec une organisation criminelle365, une
infraction de terrorisme366, une infraction perpétrée alors que le délinquant purgeait une peine d'emprisonnement dans la collectivité ou qu'il bénéficiait d'une libération
conditionnelle367, celle qui a eu pour effet de nuire à l'obtention par autrui de services de santé, notamment des services de soins personnels368 ou encore une infraction à caractère
économique particulièrement importante369. Toutes ces circonstances sont aggravantes370.

Par ailleurs, le législateur a rattaché des circonstances aggravantes à certaines infractions dont la liste s'allonge par modifications successives. Certaines infractions à caractère
économique particulièrement importante371, une introduction par effraction dans une maison d'habitation en utilisant la violence contre ses occupants alors que l'accusé les savait
présents ou dont il ne se souciait pas de la présence372, la personnification d'un agent de la paix pour commettre une infraction373, ainsi que des menaces proférées ou des voies de fait
commises à l'égard d'un conducteur d'un véhicule de transport en commun374 sont toutes des circonstances aggravantes spécifiquement prévues. Le législateur est également intervenu
pour énumérer des circonstances aggravantes en matière d'infractions relatives au transport, incluant la conduite avec les facultés affaiblies375.

Certaines infractions de violence à l'égard d'un agent de la paix et certains cas d'intimidation sont des circonstances aggravantes376.

Conséquences indirectes de la peine : L'objectif de la détermination de la peine étant d'adapter celle-ci aux circonstances de l'infraction et à la situation du contrevenant, le juge
doit, au-delà des circonstances aggravantes et atténuantes, se pencher sur les conséquences physiques, émotives, sociales ou financières subies par ce dernier. Ces conséquences
indirectes n'ont pas à tenir leur source d'une conduite répréhensible de l'État377. Elles découlent de la perpétration d'une infraction, de la déclaration de culpabilité ou de la peine
infligée qui sont liées à la situation personnelle de l'accusé et participent à «établir une peine proportionnée en tenant compte de toutes les circonstances pertinentes liées à l'infraction
et au contrevenant dans une affaire donnée378». Leur pertinence découle des principes d'individualisation et de parité en matière de détermination de la peine, tout comme des
objectifs de dissuasion générale et individuelle et de dénonciation379. La conséquence n'a pas à être prévisible ni à découler naturellement de la déclaration de culpabilité, de la peine
ou de la perpétration de l'infraction; par contre, lorsqu'elle est quasi inévitable, c'est-à-dire à ce point directement liée à la nature de l'infraction, son effet atténuant est «grandement
réduit»380. Les conséquences indirectes doivent se rapporter à l'infraction et à la situation du délinquant381. Si la situation personnelle de l'accusé est différente de celle d'un autre
accusé pour un même crime, «l'infliction d'une peine différente sera justifiée382».

À titre d'exemple, en matière d'immigration, on doit prendre en considération que la déclaration de culpabilité à une infraction à une loi fédérale ou une peine de plus de six mois
d'emprisonnement383 risque d'emporter une interdiction de territoire pour le délinquant384, voire d'entraîner une expulsion sans appel385. En raison de cette conséquence grave et de la
législation au Canada, les avocats de la défense et de la poursuite doivent soulever cette question lors des observations au juge et ce dernier doit s'en assurer, car, à défaut, une cour
d'appel doit présumer que la question n'a pas été portée à la connaissance du juge386. Bien que cela ne constitue pas un facteur atténuant ou aggravant, il s'agit d'un facteur pertinent
vu les principes d'individualisation de la peine et de la parité de celle-ci. De même, il ne faut pas perdre de vue l'objectif de réinsertion sociale du délinquant, de sorte que si deux
peines sont appropriées, celle qui convient le mieux pourrait être celle qui favorise le plus cet objectif. La Cour suprême a statué dans l'arrêt Pham que la Cour d'appel aurait dû
accepter de réduire d'une journée, soit de deux ans à deux ans moins un jour, la peine imposée alors que le juge de première instance ignorait l'impact qui découlait d'une peine de
pénitencier sur le statut de l'accusé387. Dans ce même arrêt, le juge Wagner a néanmoins rappelé, avec approbation, l'arrêt Badhwar où la Cour d'appel de l'Ontario avait refusé de
modifier des peines consécutives de 30 et 12 mois en des peines consécutives de 23 et 19 mois, soit d'une durée équivalente, dans le seul but d'éviter à l'accusé la perte de ses droits
en matière d'immigration388. Il a également approuvé l'arrêt Guzman, où la Cour d'appel du Québec refuse d'intervenir vu l'absence quasi complète de véritable possibilité de
réhabilitation ou de changement de comportement389. Ainsi, on ne saurait imposer une peine inappropriée390 ou artificielle391 dans le but de permettre à l'accusé d'échapper aux
conséquences indirectes d'une peine autrement justifiée. Il en résulte que plus celle-ci s'éloigne de la fourchette des peines appropriées, moins elle est susceptible de respecter le
principe de proportionnalité et vice versa392. Le juge doit d'abord établir la peine appropriée et ensuite déterminer si, considérant toutes les circonstances, l'exercice judiciaire de sa
discrétion lui permet d'éviter à l'accusé les conséquences négatives prévues à la loi393. Dans l'arrêt McKenzie, la Cour d'appel de l'Ontario a précisé que si l'arrêt Pham n'a pas prescrit
une seule manière de considérer la question, cette approche est préférable, ajoutant que l'important demeure que le juge considère sérieusement la situation de l'accusé en matière
d'immigration394. Ainsi, il est plus rare qu'une réduction importante de la peine soit accordée, mais certains arrêts ont accepté de réduire substantiellement la peine. À ce chapitre,
mentionnons les arrêts Nassri et C. (B.R.) où l'on a fait passer à deux ans moins un jour une peine de 30 mois de détention dans le cas d'une personne qui avait immigré à l'âge de 14
mois alors que ni ses parents ni lui n'avaient entrepris de démarches pour devenir un citoyen canadien395.

La Cour suprême précise qu'aucune formule rigide n'encadre la prise en considération des conséquences indirectes. Elles peuvent découler, ou non, de la conduite répréhensible de
représentants de l'État. Leur effet atténuant variera selon les circonstances, la Cour allant jusqu'à affirmer que «dans certains cas, elles pourraient n'avoir aucune incidence sur la peine
infligée396». En aucun cas, les circonstances indirectes ne justifient de réduire une peine au point où elle n'est plus proportionnelle à la gravité de l'infraction ou à la culpabilité morale
du délinquant397. Dans l'arrêt Suter, la Cour suprême a tenu compte du fait qu'après le délit, en deux occasions distinctes, un groupe de justiciers a attaqué Suter et sa conjointe,
coupant un pouce du premier à l'aide d'un sécateur et l'abandonnant inconscient dans la neige. La Cour a reconnu que les tribunaux ont, par le passé, tenu compte de la violence
exercée contre un accusé en détention et qu'il devait en être de même pour les représailles exercées par des citoyens, dans la mesure où ces événements sont inextricablement liés aux
circonstances de l'infraction398. Elle a toutefois opiné que cette conséquence indirecte ne peut avoir qu'un effet limité, sans quoi cela conférerait une légitimité indue aux actes de
violence justicière dans le processus judiciaire399.

La santé du délinquant : Le juge peut, selon les mêmes principes, tenir compte de l'état de santé physique400 ou mentale401 du délinquant. Un long délai entre le crime et la peine
peut aussi devenir un facteur atténuant. Puisque le crime est imprescriptible, on reconnaît que l'écoulement du temps avant le dépôt des accusations peut devenir une circonstance
atténuante lorsque l'accusé montre un parcours social autrement exemplaire et qu'il exprime des remords sincères402. Le juge ne doit pas spéculer sur une détérioration possible de
l'état de santé du délinquant après l'imposition de la peine, ce qui ne relève pas de la détermination de celle-ci, mais de sa mise en œuvre, qui est du ressort des autorités carcérales403.

Les antécédents judiciaires : Les antécédents judiciaires d'un délinquant sont toujours pertinents aux fins de la détermination de la peine404. En fait, l'absence d'antécédents
judiciaires constitue normalement une circonstance atténuante405 alors que l'accumulation de condamnations antérieures peut devenir un facteur aggravant, surtout lorsqu'il y a
récidive en semblables matières406. Cela dit, il faut tenir compte du principe de gradation des peines407, de sorte qu'il ne faut pas exagérer dans la progression du châtiment408. Ce
principe ne saurait toutefois justifier d'aller à l'encontre des principes fondamentaux en matière de détermination de la peine lorsque le crime est grave, que l'accusé présente un
danger et que les courtes expériences carcérales antérieures n'ont pas eu d'effets sur lui409. De même, le seul fait qu'il y ait des antécédents en semblables matières ne constitue pas, en
soi, un motif d'imposer une peine plus sévère410. Le caractère aggravant de la conduite passée ne doit pas non plus devenir l'occasion de punir de nouveau le délinquant de sorte que le
juge doit, après avoir pris en compte les antécédents, s'assurer que la peine qu'il envisage respecte le principe fondamental de la proportionnalité411. Enfin, dans l'arrêt Larche, la Cour
suprême a indiqué que le juge peut prendre en compte, à titre de facteur aggravant, les infractions non reprochées et qui satisfont aux exigences de l'alinéa 725(1)c), c'est-à-dire
qu'elles sont liées à celles qui font l'objet de l'accusation412.

L'absence de remords : Alors que la présence de remords sincères est un facteur atténuant, la situation est moins claire lorsqu'il est question de son absence. Les remords sont
éminemment subjectifs et donc difficiles à évaluer413. Généralement, la jurisprudence reconnaît que l'absence de remords ne peut constituer un facteur aggravant414. C'est
particulièrement le cas lorsque l'accusé porte en appel le verdict de culpabilité415, puisqu'il ne peut présenter des excuses pour un crime qu'il nie416. L'absence de remords pourrait
cependant souligner l'absence de prise de conscience de sa responsabilité417 ou, plus exceptionnellement, être la démonstration d'une certaine dangerosité418.

Le principe d'harmonisation des peines : Le Code prévoit également que le tribunal devra tenir compte du principe maintenant codifié selon lequel les délits semblables commis
dans des circonstances semblables entraînent des peines semblables419. C'est le «principe de la parité [qui] requiert l'harmonisation des peines420». Dans l'arrêt Ipeelee, la Cour
suprême a indiqué que le législateur n'exige pas la similarité, mais plutôt que la disparité entre les sanctions imposées à divers délinquants soient justifiées421. Cela ne modifie donc
pas le fait que le processus de détermination demeure intrinsèquement individualisé422. Sous ce rapport, le principe de la parité semble donc jouer un rôle supplémentaire pour assurer
l'équité des peines, et secondaire en ce qu'il n'entre en jeu qu'après l'application du principe fondamental de la proportionnalité423. Les juges peuvent donc justifier un décalage en
fonction des principes prévus au Code424. De plus, il faut prendre en compte que les peines peuvent varier jusqu'à un certain point entre les diverses communautés et régions du pays
de sorte que les cours d'appel ne doivent intervenir que s'il y a une dérogation marquée et substantielle aux peines normalement infligées425. Sous ce point, il faut mentionner que la
Cour suprême a clairement indiqué que le juge peut prendre les situations locales en compte dans la détermination de la peine appropriée et répondre ainsi à la manifestation d'un
fléau particulier426. En fait, «la parité est plutôt une manifestation de la proportionnalité [et l]'application cohérente de la proportionnalité entraîne la parité [alors qu'à] l'inverse, le fait
d'imposer la même peine dans des cas différents ne permet d'atteindre ni la parité ni la proportionnalité427». À cet égard, «les précédents incarnent l'expérience collective et la sagesse
des juges [et] représentent l'expression concrète de la parité et de la proportionnalité428».

Le principe de totalité : Le juge a aussi l'obligation de respecter le principe de totalité, soit d'éviter les excès de nature ou de durée causés par les peines consécutives429. Ce serait le
cas si la peine totale, quoique justifiée sur chacun des chefs, anéantit les possibilités de réhabilitation du délinquant430 ou s'éloigne de manière substantielle des peines infligées dans
les mêmes circonstances431. Retenons aussi que, d'une manière générale, le juge ne devrait pas imposer une peine de durée déterminée si longue qu'elle dépasse l'espérance de vie
prévisible du contrevenant de sorte «que les objectifs traditionnels de la détermination de la peine, même les objectifs de dissuasion générale et de réprobation, en perdent
pratiquement toute leur valeur fonctionnelle432». Le principe de totalité s'applique généralement aux peines prononcées simultanément, mais le juge doit aussi tenir compte d'une
peine infligée antérieurement qui n'est pas entièrement purgée433. Celle entièrement purgée ne devrait pas, sauf exceptions434, faire partie de l'analyse du principe de totalité, bien
qu'elle puisse constituer un élément pertinent à la détermination de la peine, par exemple pour établir les efforts de réhabilitation du contrevenant435.

Le principe de modération : Les alinéas 718.2d) et 718.2e) codifient le principe de modération, que le législateur a incorporé avec l'objectif de réduire l'incarcération et d'élargir le
recours à la justice réparatrice au moment du prononcé de la peine436, lorsque les circonstances le justifient. Ce principe fait de l'emprisonnement une peine de dernier recours437.
Ainsi, avant de choisir une peine d'emprisonnement, le juge a l'obligation d'envisager des solutions de rechange à l'incarcération lorsque les circonstances le justifient438. Cette
expression employée dans les deux dispositions signifie que pour décider si des sanctions moins contraignantes sont justifiées, le juge doit considérer les autres principes de la
détermination de la peine439. Cette exigence prend toute son importance, vu l'obligation de motiver la sentence440. De même, le Code rappelle au tribunal le principe voulant que
toutes les sanctions alternatives à l'incarcération soient envisagées dans tous les cas, en portant une attention particulière en ce qui concerne les délinquants autochtones441. Enfin, il
va de soi que si un juge considère que deux peines seraient raisonnables, il doit imposer celle qui est la plus clémente442.
C) R. c. Berish : la sentence doit être proportionnelle au crime + individualisation de la peine très important, on doit prendre en compte le cas particulier de la personne, sa maturité,
risque de récidive. Le juge a ici donné l’absolution, car le crime n’avait pas de peine minimale ni peine de 14 ans. Donc l’absolution est possible du moment qu’elle n’est pas
Déterminati
interdite.
on de la
peine Cette ressource explique les principes de la détermination de la peine en droit criminel canadien.

Selon le principe de légalité, une peine doit être prévue dans la loi. De ce fait, des peines minimales et des peines maximales sont établies dans le Code criminel et d’autres lois
pertinentes.

Le juge a un pouvoir discrétionnaire quant à la détermination de la peine spécifique, mais doit tenir compte des éléments suivants :
● Les objectifs de la peine
● Les principes législatifs
● Les principes jurisprudentiels
● Les propositions conjointes faites par le ministère public et la défense
Les objectifs de la peine sont établis à l’article 718 du Code criminel. Le prononcé des peines a pour objectif de protéger la société. Les sanctions doivent viser un ou plusieurs des
objectifs énumérés, dont notamment la dénonciation et la dissuasion.

Le principe législatif primaire est la proportionnalité, qui se trouve à l’article 718.1 du Code criminel. Les principes législatifs secondaires sont énumérés à l’article 718.2 du Code
criminel.

Le juge doit aussi considérer les fourchettes de peines établies par la jurisprudence. Il doit comparer les peines infligées dans des circonstances similaires tout en portant attention
au principe d’individualisation.

Le ministère public et la défense font souvent des propositions conjointes, qui sont généralement acceptées par le juge. En effet, le juge ne devrait pas écarter une proposition
conjointe, sauf si elle est susceptible de déconsidérer l’administration de la justice ou serait contraire à l’intérêt public.

La ressource explique aussi l’arrêt Gladue, qui énonce que le juge doit accorder une attention particulière aux peines imposées aux délinquants autochtones. Elle fait le survol des
facteurs que le juge peut considérer, tels que les antécédents judiciaires, les conditions de vie et la pauvreté.

D) Arsenal 1. Nature de l'absolution : Lorsque l'intérêt supérieur de l'accusé l'exige et si l'intérêt public ne s'en trouve pas affecté, le tribunal peut prononcer l'absolution de l'accusé. Cette
absolution peut être inconditionnelle ou conditionnelle, c'est-à-dire assortie de conditions du même genre que celles affectant une ordonnance de probation1. Cette mesure ne peut pas
des peines L'ABSOLU
être accordée aux organisations et ne trouvera pas non plus application dans le cas d'une infraction punissable par une peine minimale ou par une peine de 14 ans ou plus
en droit TION d'emprisonnement2.
fédéral INCONDITI L'absolution signifie qu'en dépit du verdict de culpabilité, aucune condamnation n'est enregistrée3, de sorte que le prévenu est réputé ne pas avoir été condamné à l'égard de
ONNELLE l'infraction4. Toutefois, la déclaration ou le plaidoyer de culpabilité subsiste néanmoins; la personne devra donc répondre positivement à une question portant sur ce point plutôt que
sur l'existence d'une condamnation5. Dans le cas d'une absolution conditionnelle à une ordonnance de probation, si le contrevenant est trouvé coupable d'une nouvelle infraction
OU
commise pendant la période de probation, incluant l'omission d'en respecter les conditions, le juge pourra annuler l'absolution et infliger au contrevenant une peine pour l'infraction
CONDITIO originale en plus de toute autre peine6. Ce mécanisme confère à la mesure un caractère punitif et dissuasif efficace7.
NNELLE
Le meilleur intérêt de l'accusé : Le meilleur intérêt de l'accusé présuppose que ce dernier est une personne de bon caractère, qui n'a généralement pas d'antécédents judiciaires et qui
ne présente pas de problème en matière de dissuasion spécifique8 et de réhabilitation9. Ainsi, la présence d'une autre absolution au dossier, même pour une infraction commise
postérieurement, devra être prise en considération sous l'angle du caractère de l'accusé et mènera généralement au refus d'une deuxième absolution10. Cela étant, la Cour d'appel du
Québec, dans l'arrêt Chevalier11, a précisé que l'existence d'antécédents judiciaires n'exclut pas le recours à l'absolution dans la mesure où le Code ne prévoit pas le contraire.

L'intérêt public : L'intérêt public s'évalue, entre autres, par la gravité de la conduite et son incidence dans la collectivité, par le besoin de dissuasion générale12 et, enfin, par
l'importance de maintenir la confiance du public dans l'administration de la justice13. La Cour d'appel du Québec a conclu qu'il s'agit ici de déterminer comment, en tenant compte des
objectifs de dénonciation et de dissuasion, réagirait une personne raisonnable et bien renseignée si l'absolution était accordée14. À cet égard, le fait que l'accusé ait tenté de tromper la
cour lors de son témoignage milite contre l'octroi de l'absolution15. Le juge doit aussi tenir compte du fait qu'il n'est pas dans l'intérêt public que l'accusé perde son emploi et ne puisse
assurer sa subsistance et celle de sa famille16.
En fait, le tribunal doit analyser l'impact d'une condamnation en fonction de toutes les circonstances17. À cet égard, la Cour d'appel du Québec a rappelé ce qui suit: La règle d'or en la
matière est qu'un justiciable ne doit pas, dans les faits, subir un châtiment qui n'a aucune mesure avec sa faute, singulièrement, comme en l'espèce, lorsque le justiciable n'a pas de
casier judiciaire et que l'acte criminel n'a pas été prémédité et que cet acte criminel, quoiqu'évidemment répréhensible, n'a pas une gravité importante18.

Pondération : Généralement, une telle ordonnance est prononcée lorsque les circonstances de l'infraction présentent peu de gravité19 alors que les conséquences d'une condamnation
pourraient s'avérer très sérieuses. Rappelons que l'article 730 du Code n'exclut aucun crime sauf ceux passibles d'une peine minimale ou de quatorze ans ou plus d'emprisonnement.
Les tribunaux ont accordé une absolution pour des crimes qui interpellent normalement l'objectif de dissuasion générale et de dénonciation20. Il n'y a pas lieu d'interpréter la
disposition de manière restrictive ou exceptionnelle, le seul test étant l'équilibre entre les intérêts de la société et ceux de l'accusé, même en présence d'un crime à forte prévalence
dans la communauté21. La dissuasion générale n'est qu'un facteur et chaque cas doit être évalué à son mérite, sans quoi «les tribunaux créeraient des exclusions là où le législateur
n'en prévoit pas tout en créant un danger réel que la peine devienne une réponse au crime uniquement plutôt qu'une peine juste et proportionnelle au crime et au délinquant»22. Il y a
notamment déséquilibre entre ces intérêts lorsque la loi prévoit qu'en cas de condamnation criminelle, un individu devient inhabile à exercer un métier ou une profession23.
Conséquences indirectes : Le seul fait qu'une condamnation criminelle n'entraînera pas de conséquence immédiate sur l'emploi de l'accusé ne constitue pas une fin de non-recevoir à
l'absolution24; il suffit que la preuve et les circonstances indiquent une possibilité réelle à cet égard25. L'accusé n'a pas à démontrer une impossibilité de trouver un emploi dans son
domaine s'il n'obtenait pas l'absolution26. Les conséquences d'un casier judiciaire sur les possibilités de carrière de l'accusé ne sont toutefois qu'une des considérations et ne peuvent
permettre qu'une absolution soit imposée si l'ensemble des facteurs militent plutôt pour l'emprisonnement27. Les conséquences indirectes du crime doivent également faire partie de
l'équation. Ainsi, la menace d'une mesure d'expulsion du contrevenant en vertu des lois sur l'immigration advenant une condamnation est une conséquence indirecte qui doit être
soupesée28.

2. Nature de la probation : La probation est un engagement écrit par lequel le contrevenant promet de respecter la loi et les conditions édictées par le juge. L'appellation commune
qu'on lui connaît, soit la «sentence suspendue», n'est pas conforme à la réalité juridique. En effet, le juge, en rendant une telle ordonnance, ne rend pas, par le fait même, une sentence
L'ORDONN
dont l'effet est suspendu. Si, pendant sa probation, l'accusé commet une infraction, dont celle de contrevenir aux conditions qui y sont prévues, le juge peut la révoquer et alors
ANCE DE imposer toute peine qui aurait pu l'être à l'infraction initiale29. On constate donc qu'aux termes de l'alinéa 731(1)a) du Code, le juge sursoit au prononcé de la peine30; il n'impose pas
PROBATIO une peine dont l'effet est suspendu. la probation vise des fins correctives, tandis que l'emprisonnement avec sursis vise des fins à la fois punitives
N - L'ordonnance de probation doit être imposée lorsqu'on sursoit au prononcé de la peine31,
- elle peut accompagner une peine d'emprisonnement de deux ans ou moins ou encore une amende32, de même qu'une absolution33.
- Enfin, une ordonnance de probation doit nécessairement accompagner une peine d'emprisonnement discontinue et s'applique durant la période où l'accusé est en liberté34.
L'accusé qui respecte, pendant le délai prévu, les conditions qui lui ont été imposées n'est pas ramené devant la cour, alors que celui qui ne respecte pas son engagement
est coupable d'une infraction distincte35.

Durée : La durée régulière maximale de l'ordonnance de probation est de trois ans64. Une fois commencée, elle demeure en vigueur de façon continue malgré l'imposition d'une peine
subséquente, dans la mesure où cette dernière ne place pas le délinquant dans l'impossibilité d'en respecter les conditions65.

Conditions obligatoires et facultatives : L'ordonnance de probation comporte des conditions obligatoires66 et des conditions facultatives67.

● L'ordonnance de probation comporte des conditions obligatoires


- (1) ne pas troubler l'ordre public et maintenir une bonne conduite68;
- (2) comparaître devant la cour lorsque convoqué; et
- (3) prévenir le tribunal ou l'agent de probation de tout changement d'adresse69 ou de nom, de même que les aviser rapidement de tout changement
d'occupation70.

● L'ordonnance de probation comporte des conditions facultatives


Outre ces conditions obligatoires, plusieurs conditions facultatives peuvent se greffer à l'ordonnance selon ce que décidera le tribunal71. En principe, elles cherchent à créer
des règles et un milieu favorisant la réhabilitation du contrevenant de sorte que les circonstances entourant la perpétration de l'infraction ne seront pas nécessairement
déterminantes dans le choix des conditions. En outre,
- le juge pourra imposer une «surveillance», laquelle sera exercée par un agent de probation72. Dans ce cas, il est prévu que le délinquant soumis à la probation
doit se présenter à l'agent dans les deux jours ouvrables suivant l'ordonnance73 et, par la suite, au rythme que fixera celui-ci74.
- L'ordonnance peut même prévoir un dédommagement pour la victime, à moins qu'une province n'intervienne par règlement pour prohiber cette condition
facultative spécifique75. Cela étant, le juge devra, dans ce dernier cas, s'assurer de la capacité de payer de l'accusé, la règle étant différente de celle qui prévaut
en vertu du paragraphe 738(1), alors qu'il suffit que la cour prenne ce facteur en considération76.
- Le Code prévoit aussi d'autres conditions facultatives parmi lesquelles on trouve l'interdiction de quitter le ressort du tribunal sans la permission de ce dernier
ou de l'agent de probation77,
- celle d'être propriétaire, possesseur ou porteur d'une arme78 et
- l'obligation de prendre soin des personnes à sa charge et de subvenir à leurs besoins79.
- Le juge peut également soumettre le délinquant à l'accomplissement d'un maximum de 240 heures de travaux communautaires, à être effectuées pendant une
période maximale de 18 mois80. Les travaux communautaires sont en fait des programmes provinciaux visant à ce que le condamné exécute bénévolement
certains travaux dans la communauté.
- Enfin, le juge peut exiger que le délinquant s'abstienne de communiquer, directement ou indirectement, avec toute personne identifiée dans l'ordonnance,
d'aller dans un lieu ou de pénétrer dans un secteur géographique qui y est mentionné sauf si ce n'est en conformité avec les conditions qui y sont prévues et que
le tribunal estime nécessaires81.
- Par contre, sauf en matière d'abus de drogue ou d'alcool dans le cadre d'un programme mis sur pied par la province82, le Code ne permet pas au juge
d'ordonner à l'accusé de subir un traitement83. Toutefois, si ce dernier y consent et qu'un organisme offrant un programme d'aide reconnu par la province
accepte, l'ordonnance de probation pourra inclure l'obligation de se conformer à ce programme d'aide84. Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a indiqué qu'il
s'agissait d'un faux problème, car un accusé consentira généralement à un traitement plutôt que d'être condamné à l'emprisonnement85. Considérant l'absence de
fondement légal au traitement forcé, mais conscient de l'avantage que cela peut apporter à un délinquant, on a suggéré que la condition soit formulée sous
forme de recommandation86, la conséquence étant que dans un cas de manquement, des accusations ne pourraient pas, en toute logique, être déposées.

- Enfin, le juge peut inclure toutes autres conditions raisonnables, selon ce qu'il considère comme souhaitable pour assurer la protection de la société et faciliter
la réinsertion sociale du délinquant87. Dans l'arrêt Shoker, la Cour suprême a indiqué que cela implique qu'il y aura généralement, quoique pas nécessairement,
un lien entre la condition et l'infraction en cause. Mais il doit y en avoir un entre le délinquant, la protection de la société et la réinsertion sociale de ce
dernier88. Ces conditions seront normalement du même genre que celles spécifiquement envisagées par le Code. Dans tous les cas, elles doivent trouver leur
justification dans la preuve89. Celles-ci ne peuvent cependant avoir un caractère punitif90. Elles ne peuvent pas, sauf si la loi le prévoit ou que le probationnaire
y consent, faciliter les enquêtes sur des manquements en permettant de recueillir des éléments de preuve, fixer à l'avance les circonstances qui en constitueront
une violation ou encore contrevenir à une loi provinciale, à une loi fédérale ou à la Charte91.

Formalités et explications : Le délinquant et la victime, si elle le demande, recevront une copie de l'ordonnance, sur laquelle seront inscrites toutes les conditions auxquelles il devra
se soumettre, ainsi que la durée de cette ordonnance113. Le juge doit lui fournir toutes les explications nécessaires à sa compréhension à la fois du contenu, des possibilités de faire
modifier les conditions, du processus pour ce faire et, enfin, des conséquences du non-respect des conditions énoncées114. Il doit prendre les mesures voulues pour s'assurer que le
délinquant comprend bien l'ordonnance elle-même ainsi que les explications qui lui sont fournies115.

Modifications de l'ordonnance : Comme nous venons de l'évoquer, les conditions facultatives pourront être modifiées à tout moment, sur demande de l'une ou l'autre des parties
intéressées, incluant le délinquant et le poursuivant, mais aussi l'agent de probation116. Ce pouvoir permet de moduler l'ordonnance en fonction des changements de circonstances. Il
devrait être exercé par le juge ou un juge de la cour qui a rendu l'ordonnance initiale117, mais un délinquant peut toujours faire valoir, en appel, qu'une condition est abusive ou
illégale118. En principe, c'est donc le tribunal ou le juge en chambre119 qui, après avoir entendu les représentations, modifiera l'ordonnance, eu égard aux circonstances nouvelles
survenues depuis son prononcé initial120. Le juge pourra modifier121 ou suspendre l'application d'une ou plusieurs conditions facultatives122, voire abréger la durée de l'ordonnance123.
Il est important de noter que le Code n'octroie pas au juge le pouvoir de prolonger la durée de l'ordonnance, contrairement à ce qui est permis dans le cas de la perpétration d'une
infraction.

Manquement ou nouvelle infraction : Dans le cas où le probationnaire commet une nouvelle infraction124, y compris celle de contrevenir à sa probation, le tribunal peut prendre
deux mesures distinctes. Il peut, tout d'abord, prolonger l'ordonnance pour une période d'au plus un an ou en modifier les conditions facultatives125.
Lorsqu'un juge sursoit au prononcé de la peine et impose une ordonnance de probation en vertu de l'alinéa 731(1)a) du Code, il existe un mécanisme de révocation pour sanctionner
une nouvelle infraction ou le non-respect des conditions au sens de l'article 733.1. Dans un premier temps, le tribunal imposera une peine pour la nouvelle infraction. Lorsque ce
jugement aura la force de chose jugée126, le tribunal pourra, à la demande du poursuivant, ordonner au délinquant de comparaître127 afin de déterminer si l'ordonnance initiale doit être
révoquée et, le cas échéant, procéder à l'imposition de la peine qui aurait pu être prononcée si elle n'avait pas été suspendue128. On reconnaît que ce mécanisme participe efficacement
à l'objectif de dissuasion129. Dans l'arrêt McIvor, la Cour suprême a indiqué que la procédure de révocation de l'ordonnance est assujettie aux mêmes règles de preuve que lors du
procès. Ainsi, la poursuite doit démontrer la violation par une preuve hors de tout doute raisonnable, les témoins sont entendus de vive voix et ils peuvent faire l'objet d'un
contre-interrogatoire130. La règle est différente de celle qui prévaut en matière de bris de condition à une ordonnance de sursis131, ce qui est justifié par le fait que cela constitue une
infraction en vertu du paragraphe 732.2(5) et de l'article 733.1 du Code.

3. Généralités : Jusqu'en 1996, le Code criminel ne prévoyait qu'un type de mise à l'épreuve, soit l'ordonnance de probation. L'emprisonnement avec sursis, une mesure entrée en
vigueur le 3 septembre 1996, était une nouveauté dans l'arsenal des peines canadiennes132. Bien qu'on perçoive rapidement une certaine parenté avec l'ordonnance de probation, la
L'EMPRISO
Cour suprême a rappelé que le but de la loi est de diminuer le recours à l'emprisonnement tout en permettant l'application des principes de justice corrective, c'est-à-dire la prise de
NNEMENT conscience par le délinquant du tort causé et sa réparation133.
AVEC Sur le plan juridique, il s'agit bel et bien d'une peine d'emprisonnement134 qui est purgée dans la collectivité. Cela découle à la fois du libellé de l'article 742.1 du Code et du fait qu'en
SURSIS cas de contravention, l'accusé ne peut être incarcéré en milieu carcéral que pour le reliquat de la peine d'emprisonnement fixée à l'origine. Il reste que, sur le plan pratique, le
législateur a prévu des mécanismes qui s'apparentent à bien des égards à ceux qui existent en matière de probation135.
En conséquence, en dépit de cette qualification sur le plan juridique et du fait que les conditions qui l'accompagnent doivent être conséquentes pour refléter ce fait136, la mesure
demeure d'une certaine façon, comme l'ordonnance de probation, une mise à l'épreuve. Malgré tout, il ne faut pas perdre de vue que la probation vise des fins correctives, tandis
que l'emprisonnement avec sursis vise des fins à la fois punitives137 et correctives. Enfin, bien qu'elle soit une peine d'emprisonnement, elle ne l'est pas au sens du paragraphe
732(1) du Code qui prévoit les cas de peine de détention de manière discontinue138.

Évolution des conditions d'ouverture : Alors qu'à son entrée en vigueur la peine d'emprisonnement avec sursis était destinée à un éventail assez large d'infractions compte tenu de
son objectif d'être une alternative à l'emprisonnement, l'intervention du législateur a ensuite considérablement limité son utilisation pour finalement revenir, en 2022, essentiellement
au point de départ139. Dès la première série de resserrements, on a décidé qu'

- un juge ne pouvait pas, dans le but de contourner l'impossibilité d'octroyer une peine d'emprisonnement dans la communauté, recourir à une peine axée sur la
réhabilitation, comme une période de probation140. Cette affirmation doit cependant tenir compte de l'approche plus flexible exposée dans l'arrêt Sharma, où la Cour
suprême explique que
- le juge peut recourir, dans un esprit d'ouverture et de souplesse, au sursis au prononcé de la peine et la probation lorsque l'emprisonnement avec sursis ne peut être
imposé141. Cela étant dit, une limitation imposée au recours à l'emprisonnement dans la communauté laisse néanmoins au juge d'instance la discrétion de façonner la peine
conformément aux objectifs et aux principes guidant la détermination de la peine142. La Cour d'appel du Québec, comme d'autres, a conclu que l'exclusion de certaines
infractions souligne l'importance que le législateur accorde aux objectifs de dissuasion et de dénonciation à leurs égards143. Bref, le choix du législateur doit être
respecté144.

Dimension constitutionnelle : Avant les modifications de 2022, la liste des infractions exclues de la mesure était plus longue et ces exclusions ont donné lieu à des contestations
constitutionnelles. Les principes discutés par la Cour d'appel du Québec dans l'arrêt Perry demeurent d'intérêt même si elle avait pris soin de limiter son analyse au texte modifié par
l'ajout des infractions de «sévices graves à la personne» comme nouvelle exclusion de la mesure145. Dans cet arrêt, la Cour a reconnu la validité constitutionnelle de cette exclusion
qui a été abrogée en 2022146. Elle avait alors conclu que le choix du législateur d'imposer une peine d'emprisonnement en milieu carcéral pour ce type d'infractions graves ne portait
pas atteinte aux articles 7, 9 et 12 de la Charte147. Dans, l'arrêt Sharma, la Cour suprême a examiné la question dans le contexte de la détermination de la peine pour une jeune femme
autochtone qui avait importé près de deux kilos de cocaïne dans sa valise. L'affaire mettait en cause l'alinéa 742.1c) et le sous-alinéa 742.1e)(ii) du Code, qui avaient pour effet
d'exclure l'emprisonnement avec sursis à l'égard, respectivement, des infractions poursuivies par mise en accusation et passibles d'une peine maximale d'emprisonnement de 14 ans
ou plus et les infractions passibles de dix ans d'emprisonnement qui impliquent l'importation, l'exportation, le trafic ou la production de drogues. Ces exclusions ne sont plus en
vigueur. À la majorité, la Cour a conclu que ces dispositions ne contrevenaient pas à l'article 15 de la Charte, notamment parce qu'il n'avait pas été démontré que les exclusions
avaient pour effet d'accroître l'emprisonnement des délinquants autochtones pour les infractions pertinentes par rapport aux délinquants non autochtones ou qu'elles contribuaient à un
tel effet148. Elle a également conclu que ces dispositions ne contrevenaient pas à l'article 7 de la Charte, n'étant ni de portée excessive ni arbitraire149.

Conditions d'ouverture : Un délinquant150 peut se voir imposer une peine d'emprisonnement avec sursis dans les circonstances qui sont prévues au Code criminel. Cette peine ne
s'applique que si
- la peine d'emprisonnement envisagée est de moins de deux ans151.
- Le juge doit ensuite être convaincu que la peine ne met pas en danger la sécurité de la collectivité et qu'elle est conforme aux principes et objectifs de la peine visés aux
articles 718 à 718.2 du Code152.
- De plus, l'infraction à punir ne doit pas être exclue du régime d'emprisonnement avec sursis. Ainsi, si une peine minimale est prévue, l'infraction est exclue de
l'emprisonnement avec sursis153. Le législateur a fait de même pour des crimes en lien avec des activités de terrorisme ou d'une organisation criminelle lorsqu'ils sont
poursuivis par mise en accusation et passibles d'un emprisonnement de dix ans154, ainsi que pour des crimes spécifiques155, soit la tentative de meurtre156, la torture157 et
l'encouragement au génocide158.

Principes d'application : La jurisprudence a aussi balisé l'utilisation de l'emprisonnement avec sursis. Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a pris acte qu'il existe une différence
significative entre une peine d'emprisonnement purgée derrière les barreaux et une purgée dans la communauté et que cette dernière est en principe moins lourde. En effet, la
personne qui contrevient aux conditions de son sursis est passible d'incarcération. Toutefois, cela ne saurait signifier qu'il s'agit d'une peine clémente. À cet égard, le juge Lamer
indiquait que l'objectif de l'emprisonnement avec sursis est de permettre à l'accusé d'échapper à l'emprisonnement mais pas à la punition. Il a d'ailleurs précisé que le juge doit en
principe imposer des conditions punitives dans son ordonnance puisque s'il est d'avis qu'elles ne sont pas nécessaires, cela indique que la probation aurait vraisemblablement été la
peine adéquate159. Il en résulte qu'il ne faut donc pas imposer cette mesure lorsque la détention n'aurait pas été justifiée de toute manière; on ne peut au contraire y recourir
uniquement lorsqu'il est impossible d'écarter l'emprisonnement en vertu des principes généraux160.

Quant à la rigueur des conditions, la Cour suprême a rappelé que le délinquant condamné à l'emprisonnement avec sursis peut être
- astreint à réparer le tort subi par la victime et assujetti à de sérieuses restrictions à sa liberté, devant même en principe être assigné à résidence sauf pour les fins de son
travail et autres occupations essentielles à la vie. Une telle peine peut donc même être plus sévère que l'emprisonnement pur et simple161. En sus, il faut tenir compte du
fait que cette mesure ne peut faire l'objet d'une libération conditionnelle. Cela s'explique par le fait que dans le cas de cette dernière mesure, l'accusé continue de purger sa
peine originelle mais il le fait dans la communauté, comme le fait la personne condamnée à l'emprisonnement avec sursis. Cette dernière jouit donc dès le départ du
régime qui sera celui de la personne mise en liberté sous condition162.

Par ailleurs, le libellé de l'article 742.1 du Code peut porter à confusion. En effet, une interprétation littérale de cette disposition peut nous amener à conclure que le juge doit dans un
premier temps décider de la longueur de la peine d'emprisonnement et, dans un deuxième temps, déterminer si elle doit être purgée dans la collectivité dans l'hypothèse où elle est
inférieure à deux ans. De même, on pourrait croire qu'il faut appliquer à deux reprises les principes et objectifs généraux en matière de peine, soit une première fois lors de la décision
relative à la période d'incarcération et une seconde lorsqu'il détermine s'il y a lieu d'octroyer un sursis. La Cour suprême a rejeté cette approche dans l'arrêt Proulx.

- Le juge Lamer a indiqué qu'un juge ne peut dissocier la durée d'une peine d'emprisonnement et le lieu où elle doit être purgée. De plus, il serait irréaliste que le juge doive
distinguer les deux évaluations des principes et objectifs164.
- Le juge doit plutôt déterminer, sans nécessairement arrêter une peine déterminée, si, compte tenu de la fourchette des peines applicable, la durée de la peine appropriée
devrait exclure à la fois les mesures probatoires et l'emprisonnement dans un pénitencier. À cet égard, les observations des parties, quoique non contraignantes, peuvent
être fort utiles165.
- Cependant, le juge ne peut pas considérer l'imposition d'une amende pour rehausser la sévérité globale de la peine afin de justifier une peine d'emprisonnement dans la
collectivité166. S'il conclut que la peine appropriée est un emprisonnement de moins de deux ans, il doit, dans un deuxième temps, déterminer que le sursis ne
mettrait pas en danger la sécurité de la communauté et enfin, conclure que la peine d'emprisonnement dans la collectivité respecte les principes de
détermination de la peine.

Détermination de la durée : Pour déterminer la durée, dans l'arrêt Fice, la Cour suprême a décidé que la peine est inapplicable si le juge conclut qu'une peine de deux ans ou plus est
justifiée, mais qu'il impose une peine inférieure en accordant le crédit pour la détention provisoire. Le juge Bastarache a indiqué que l'intention du législateur était de créer un régime
susceptible de s'appliquer dans les cas où l'infraction n'était pas assez sérieuse pour justifier une peine d'emprisonnement dans un pénitencier. Il a ajouté que le temps passé en
détention préventive fait partie de la durée totale de l'emprisonnement pour les fins de l'emprisonnement avec sursis167. Il ne s'agit cependant pas d'une simple équation
mathématique; le juge doit avoir déterminé qu'une peine de pénitencier était appropriée. La Cour d'appel du Québec écrit que «[c]e n'est pas parce que la peine infligée fut de 18 mois
avec sursis, que le juge aurait imposé un emprisonnement de deux ans ou plus sans la détention provisoire168».

Quant à sa durée, elle sera évidemment inférieure à deux ans. Mais la question s'est posée de savoir si la durée d'une peine d'emprisonnement avec sursis devait s'évaluer de la même
façon qu'une peine de détention traditionnelle. Cet aspect fait l'objet d'opinions divergentes parmi les tribunaux. Certains ont adopté la position que ni la lettre ni l'esprit de l'article
742.1 du Code ne permettent de prononcer une peine plus longue du fait qu'elle sera purgée dans la collectivité169, mais une majorité a plutôt préféré ne pas fermer la porte à des
durées variables selon les circonstances170.

La sécurité du public : La sécurité du public est une condition préalable à satisfaire avant l'examen des principes et objectifs généraux de la peine. Toutefois, il serait erroné de faire
primer ce facteur sur les autres. En d'autres termes, le juge ne peut pas mettre de côté l'examen des principes et objectifs en matière de peine, ou leur conférer une valeur moindre181.
Il faut donner au concept de la sécurité du public une dimension étroite. Elle est axée d'une part sur le danger que représente l'individu et, d'autre part, sur les préoccupations liées à la
dissuasion générale et à la dénonciation du comportement qui fait l'objet d'un examen lors de la troisième étape de l'analyse, c'est-à-dire lors de l'examen des principes et objectifs de
la mesure182. La Cour suprême a précisé qu'il faut évaluer le danger pour la société en vertu de deux critères, soit le risque de récidive et la gravité des dommages qui en résulteraient.
Il faut qu'il y ait un risque réel, quoiqu'il puisse être minimal si le préjudice potentiel est important. À cet égard, un accusé a bien sûr intérêt à produire une preuve pour démontrer
qu'il ne présente pas un risque pour la collectivité, mais le Code ne lui impose aucun fardeau et, en outre, les éléments au dossier peuvent l'établir sans la nécessité d'une expertise183.
Par ailleurs, le danger pour la sécurité du public ne vise pas uniquement les atteintes physiques ou psychologiques à la personne; il comprend également les préjudices de nature
économique184.

Il faut aussi tenir compte de la possibilité que les conditions imposées puissent, s'il y a une supervision adéquate, neutraliser ou minimiser ce risque185. Ainsi, en vertu de ce principe,
on a décidé qu'une personne extrêmement dangereuse pouvait être condamnée à l'emprisonnement avec sursis dans la mesure où elle était prête à ce qu'on lui ordonne de purger sa
peine dans l'aile psychiatrique sécuritaire d'un hôpital186. Les conditions qui dictent l'exécution de la peine sont donc primordiales et la disponibilité des ressources communautaires
nécessaires pour les satisfaire est une question pertinente. Le juge ne peut toutefois pas spéculer sur l'absence de ressources au sein de la collectivité pour mettre en œuvre les
conditions et ainsi refuser l'emprisonnement avec sursis187. S'il existe un doute quant à leur existence, une preuve doit éclaircir la situation avant que l'emprisonnement avec sursis
soit imposé188. Par ailleurs, la province doit mettre les ressources nécessaires en place puisque le contraire lui permettrait de faire échec de facto à l'emprisonnement avec sursis189.

Absence de présomption d'application : Dans l'arrêt Proulx, la Cour suprême a également rejeté la thèse selon laquelle il y a une présomption qu'il y a lieu d'octroyer un sursis si
les conditions statutaires sont satisfaites190. Cela étant, les alinéas 718.2d) et 718.2e) codifient le principe de modération et exigent l'examen des sanctions substitutives191. Avec
l'emprisonnement avec sursis, «ils ont été adoptés précisément en vue d'aider à réduire le taux d'incarcération au Canada192». Le juge Lamer a indiqué qu'un juge doit envisager
sérieusement la possibilité du sursis, précisant même que le défaut de le faire pouvait justifier l'intervention de la cour d'appel193. Cela ne saurait cependant signifier qu'il faut octroyer
le sursis dans tous les cas194.

La décision octroyant ou refusant le sursis n'est pas l'objet d'un automatisme. Le juge doit plutôt prendre sa décision à la lumière de toute la preuve disponible, en exerçant la large
discrétion qui est la sienne195, sans être embarrassé par une application rigide de l'article 742.1.

Le respect des principes générauxSi la cour conclut qu'il n'y a pas de danger pour la sécurité du public, elle doit, lors d'une troisième étape, examiner si le sursis est une mesure
justifiée à la lumière des principes et objectifs énoncés au Code196. La Cour : suprême a rejeté la proposition selon laquelle l'accusé assume le fardeau de convaincre le juge que le
sursis est une mesure appropriée, tout au moins dans le cas de certaines infractions plus sérieuses. Le juge Lamer a indiqué qu'une telle approche mettrait indûment l'accent sur la
gravité de l'infraction au détriment de la responsabilité morale du contrevenant197. Il a également rejeté l'hypothèse que cela serait justifié en vertu de la théorie des points de départ198,
dans le but d'assurer l'uniformité des peines. Le juge Lamer a expliqué que le danger de disparité est en pratique inexistant étant donné les conditions statutaires préalables à la
possibilité d'octroi du sursis. Par contre, il y aurait un danger que la fixation de points de départ se transforme en la création de facto de peines minimales d'emprisonnement199.

Conditions obligatoires et facultatives : La condamnation à l'emprisonnement avec sursis comporte un certain nombre de conditions obligatoires et facultatives. Ce qui distingue
l'emprisonnement avec sursis de la probation réside essentiellement dans l'élément de surveillance qui accompagne obligatoirement le sursis209, de même que dans les conséquences
d'un manquement. Pour le reste, les deux mesures sont jumelles.

Le juge est tenu d'accompagner le sursis des conditions suivantes210: (1) le délinquant ne doit pas troubler l'ordre public et doit maintenir une bonne conduite211; (2) il doit comparaître
devant la cour lorsque convoqué; (3) il doit se présenter à l'agent de surveillance dans les deux jours ouvrables suivant l'ordonnance ou un délai plus long fixé par le juge et, par la
suite, au rythme fixé par l'agent de surveillance; (4) il doit rester dans le ressort du tribunal sauf avec la permission écrite de l'agent ou du tribunal212; et (5) il doit prévenir le tribunal
ou l'agent de tout changement d'adresse213 ou de nom, de même que les aviser rapidement de tout changement d'occupation.

Outre les conditions obligatoires, plusieurs conditions facultatives peuvent se greffer au sursis, selon ce que décidera le tribunal. Le Code prévoit des conditions facultatives
spécifiques parmi lesquelles on trouve les obligations suivantes: s'abstenir d'être propriétaire, possesseur ou porteur d'une arme214; accomplir un maximum de 240 heures de travaux
communautaires sur une période maximale de 18 mois215; suivre et se conformer à un programme d'aide reconnu par la province216; ou prendre soin des personnes à sa charge et
subvenir à leurs besoins217. Enfin, il peut exiger que le délinquant s'abstienne de communiquer, directement ou indirectement, avec toute personne identifiée dans l'ordonnance, d'aller
dans un lieu ou de pénétrer dans un secteur géographique qui y est mentionné sauf si ce n'est en conformité avec les conditions qui y sont prévues et que le tribunal estime
nécessaires218.

Le juge peut également imposer la condition de s'abstenir de consommer des substances toxiques (alcool, stupéfiant, etc.) ou drogues, sauf sur ordonnance médicale219. À cet égard, il
est prévu que des contrôles peuvent être mis en place de deux manières: ponctuellement lorsque des motifs raisonnables indiquent que le sursitaire aurait enfreint l'interdiction de
consommer220 ou suivant des vérifications planifiées221. Dans le premier cas, le sursitaire pourra être tenu de fournir un échantillon d'une substance corporelle désignée par
règlement222 à la demande d'un agent de la paix, d'un agent de surveillance, ou de toute autre personne désignée223, si cette personne a des motifs raisonnables de croire que le
sursitaire a enfreint la condition. Dans le second cas, l'agent de surveillance en détermine la fréquence selon un avis signifié au sursitaire. Cet avis précise le lieu et les moments où il
doit s'exécuter, étant entendu que le premier échantillon ne peut être prélevé moins de 24 heures après la signification de l'avis et, par la suite, à intervalles réguliers d'au moins sept
jours224. Les échantillons ne peuvent être utilisés à d'autres fins et, de leur prélèvement à leur destruction, ils sont soumis à la procédure stricte prévue au Code criminel et au
règlement225. L'échantillon est détruit dans un délai d'un an après la date à laquelle il a été fourni226, sauf s'il est requis en preuve dans la procédure visant à établir le manquement227.

Enfin, le juge peut ordonner l'observation de toutes autres conditions, selon ce qu'il considère comme souhaitable pour assurer la protection de la société et la réhabilitation du
délinquant: cela inclut une ordonnance de dédommagement si la province ne prohibe pas cette condition facultative spécifique228. Dès lors qu'elles ont un fondement factuel et
qu'elles ne sont pas trop générales, les «autres conditions» doivent servir à moduler la peine selon les exigences de chaque cas229. Toutefois, on ne saurait tolérer une condition trop
difficilement contrôlable ou qui, en elle-même, ne peut être raisonnablement respectée par le délinquant230.

4. Généralités : Depuis longtemps la peine la plus utilisée par les tribunaux, l'amende conserve aujourd'hui toute son importance. Le produit de cette peine est versé au trésor public293.
Le juge peut recourir à l'amende en sus ou en lieu de toute autre peine sauf si le Code prévoit une peine minimale d'emprisonnement294. Dans cette dernière hypothèse, il est possible
L'AMENDE
d'imposer une amende en plus de l'emprisonnement295. Cela constitue deux importantes modifications au droit antérieur qui interdisait l'amende comme peine unique lorsque
l'infraction était punissable de plus de cinq ans d'emprisonnement296 et qui ne permettait pas cette peine lorsque la loi prévoyait un emprisonnement minimum.
- Le montant maximal de l'amende est de 5000 $ en matière sommaire297,
- Le montant maximal de l'amende en cas d'acte criminel, ce montant demeure à la discrétion du juge298, à moins qu'il ne soit prévu par la loi, auquel cas il constitue un
maximum. Un contrevenant trouvé coupable de plusieurs chefs doit recevoir une amende pour chacun des chefs: le juge ne peut imposer une amende «globale»299 ou des
amendes «concurrentes»300.

Amende contre une organisation : Dans le cas des organisations, le Code prévoit une amende d'un montant illimité pour les actes criminels301 et d'un maximum de 100 000 $ pour
les infractions sommaires302. Le juge qui inflige l'amende doit en établir clairement le montant, les modalités de paiement, leur échéance et toute autre modalité qu'il estime
nécessaires303. Lorsqu'elle est imposée à une organisation, l'amende peut faire l'objet d'homologation devant le tribunal civil compétent et valoir jugement contre elle304.

Détermination du montant : Le montant de l'amende est déterminé en fonction de la responsabilité du délinquant. Il ne peut être augmenté uniquement en raison des revenus
légitimes importants de celui-ci, mais il doit être proportionnel305. Le juge doit être convaincu que le délinquant a la capacité de la payer ou, alternativement, qu'il a la possibilité
d'effectuer des travaux compensatoires306. Le paragraphe 734(2) du Code n'impose pas de fardeau à une partie spécifiquement, mais il est clair que le juge doit être convaincu par
prépondérance de preuve régulièrement admise par une partie ou démontrée au procès307.
Lorsque le crime implique que le délinquant a reçu des sommes d'argent, la présomption de fait qu'il peut encore y avoir accès dépendra généralement, entre autres, de l'importance
de la somme et du délai écoulé depuis la perpétration du crime308. Ce n'est pas au délinquant d'expliquer ce qu'il est advenu des sommes309. La Cour suprême a souligné qu'il s'agit
d'une simple présomption et qu'il est impératif que le juge conserve son pouvoir d'évaluer la force de la preuve à cet égard310. Le juge doit également garder à l'esprit la durée de
l'emprisonnement si l'accusé faisait défaut de payer, afin qu'elle ne soit pas elle-même disproportionnée eu égard aux circonstances311. À ce sujet, la Cour d'appel du Québec a plutôt
conclu que «le juge ne doit pas se soucier d'un emprisonnement éventuel pour défaut de paiement puisque [...] l'incarcération ne surviendra qu'après un choix véritable du délinquant
de ne pas payer la suramende et de ne pas exécuter des travaux compensatoires», l'emprisonnement faisant alors office de sanction au processus pour forcer le paiement ou
l'exécution de travaux compensatoires312. La souplesse pour déterminer le montant de l'amende comporte certaines exceptions. Ainsi, le paragraphe 734(2) du Code écarte
l'application de la règle lorsque la loi exige une amende minimale ou imposée au lieu d'une ordonnance de confiscation313. Par ailleurs, la Cour d'appel de Terre-Neuve a indiqué que
le paragraphe 734(2) se réfère à une amende imposée en vertu de l'alinéa 734(1)a), soit «en sus ou au lieu de toute autre peine». Il en résulte que le Code n'exige pas d'enquête même
si le juge décide d'imposer plus que l'amende minimale314.

Les travaux compensatoires : Même si l'expression «travaux compensatoires» ne se trouve pas au Code, ce dernier établit un mécanisme qui permet à un individu condamné à
l'amende pour une infraction criminelle d'acquérir des crédits par des travaux réalisés dans le cadre d'un programme que verront à élaborer les provinces315. Sous la responsabilité du
percepteur des amendes, il met en place un mécanisme pour offrir au délinquant d'acquérir des crédits au titre de travaux réalisés sur une période maximale de deux ans afin
d'éponger le montant dû en raison de l'amende ou de la suramende. Le taux de crédit est identique à celui prévu dans la loi provinciale et les crédits sont réputés constituer le
paiement de l'amende316. Les conditions d'admissibilité sont établies par la province d'où origine l'amende ou par la province de résidence du contrevenant, si les provinces ont prévu
une entente à cet effet317. Cette délégation au programme provincial est spécifique et il est douteux que le percepteur puisse déployer l'arsenal des mesures prévues à la loi provinciale
pour recouvrer les montants318.

Au Québec, ce type de programme existe pour les amendes en matière pénale provinciale et on y a recours pour celles imposées en matière fédérale319. Les travaux compensatoires
ont été mis en place à la suite du constat du nombre impressionnant d'admissions dans les prisons pour le seul motif de non-paiement d'amende. Au Québec seulement, en 1983-1984,
61 % des admissions dans les prisons avaient été enregistrées sur la base du défaut de s'être acquitté d'une amende320. En 2000-2001, ce motif comptait pour 57 % des admissions des
personnes condamnées321.

Il est intéressant de noter que le Code permet au délinquant condamné à l'amende de s'inscrire à un programme de travaux compensatoires même s'il purge une peine d'incarcération
pour défaut de paiement322. Toutefois, pour les autres conditions, notamment le taux auquel les crédits sont acquis et les autres mesures accessoires, elles seront fixées par les
provinces323.

Ordonnance détaillée : S'il impose une amende, le juge devra en énoncer clairement le montant, les modalités de paiement, l'échéance des versements et celle du paiement final324,
de même que toutes les autres conditions se rattachant au paiement325. Cela étant, dans l'arrêt Wu, la Cour suprême rappelait que le juge doit accorder un délai lorsque le délinquant ne
peut acquitter l'amende sur-le-champ et que l'incarcération immédiate, prévue au paragraphe 734.7(2) du Code, ne devrait être ordonnée que dans des cas exceptionnels que le juge
doit expliquer326. Le fait de vivre de prestations d'aide gouvernementale établit une incapacité de payer, mais n'est pas, en soi, un motif suffisant pour prononcer l'incarcération
immédiate, qu'il «est souvent difficile de prévoir de façon certaine si un contrevenant sera un jour en mesure de s'acquitter de l'amende, grâce au fruit de son travail ou, peut-être, à un
gain providentiel»327. Il en va de même du succès des mesures de recouvrement si un délai conséquent est octroyé328.
5. LA Généralités : La suramende compensatoire a été introduite dans la législation canadienne en 1988. En 2018, la Cour suprême a déclaré la version précédente de cette mesure
contraire à l'article 12 de la Charte avec effet immédiat363. Depuis, le texte de la disposition a peu changé sinon que pour redonner une certaine discrétion au juge.
SURMAME
NDE
COMPENS Nature : La suramende n'est pas une véritable amende ni une mesure de dédommagement, mais une mesure qui participe aux objectifs de réparation des torts causés aux victimes ou
à la collectivité et à la responsabilisation du délinquant364.
ATOIRE - Le fait qu'elle s'inscrive dans la partie du Code criminel sur la détermination de la peine et son libellé qui requiert son imposition en plus de toute autre peine, indiquent
bien qu'elle constitue une peine367. Sans être autonome, elle s'ajoute obligatoirement à celle-ci sous la forme d'une sanction monétaire minimale368.
- Elle doit être imposée pour chaque infraction prévue au Code criminel, à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances ou à la Loi sur le cannabis,
- Elle ne doit pas être imposée dans le cas des autres infractions fédérales365, pour laquelle une déclaration de culpabilité a été prononcée366.

Détermination du montant : Le montant de la suramende est déterminé selon un calcul simple qui représente le moins élevé des montants suivants:
- 30 % de l'amende infligée ou, à défaut d'une amende, 100 $ dans le cas d'une infraction sommaire
- et 200 $ dans le cas d'un acte criminel.
- Le tribunal peut majorer le montant de la suramende s'il estime que les circonstances le justifient et que l'accusé a la capacité de payer369. Le juge peut aussi, d'office ou
sur demande du délinquant, dispenser ce dernier du paiement de la suramende ou en réduire le montant s'il est convaincu qu'un préjudice injustifié en résulterait370. Ce
préjudice est défini de deux façons.
- D'abord, le Code stipule que l'incarcération en soi n'est pas un préjudice injustifié371.
- Ensuite, le Code le limite à l'incapacité du délinquant de payer en raison de sa situation financière précaire, notamment parce qu'il est sans emploi ou sans
domicile, qu'il n'a pas suffisamment d'actifs ou qu'il a des obligations financières importantes à l'égard des personnes à sa charge372.
- Enfin, en l'absence de ce préjudice, le juge peut aussi le dispenser ou réduire le montant du paiement s'il est convaincu que la suramende n'est pas
proportionnelle au degré de responsabilité du contrevenant ou à la gravité de l'infraction373. Le juge doit consigner sa décision au dossier374.

Délai et paiement : La suramende doit être payée à la date d'échéance du paiement de l'amende qui est infligée ou, lorsqu'aucune amende n'est infligée, dans les 45 jours de la
condamnation ou de l'absolution prononcée par le tribunal375. L'article 734.3 du Code, lequel s'applique à la suramende en vertu du paragraphe 737(7) du Code, octroie au juge, à la
demande du délinquant, la possibilité de modifier les modalités de la suramende, sauf le montant376. Le délinquant peut en saisir le juge immédiatement au moment du prononcé de la
peine et demander de modifier le délai et prévoir des modalités de paiement377.

6. Début de la peine : Toute peine, y compris l'emprisonnement, débute au moment où elle est infligée449, sauf disposition contraire de la loi450. De manière générale, toute période de
liberté illégale ou légalement octroyée en vertu des dispositions sur la mise en liberté provisoire sera exclue du calcul de la peine d'emprisonnement451. Cependant, la peine
L'EMPRISO
d'emprisonnement imposée en première instance ou par un tribunal saisi d'un appel452 commence ou reprend à compter du moment où le condamné est mis sous garde453.
NNEMENT - Lorsqu'une peine de détention en milieu carcéral est substituée à une peine d'emprisonnement avec sursis, la partie purgée dans la communauté est en principe créditée
selon un ratio de un pour un454.
- Enfin, dans le cas d'une condamnation à défaut de paiement d'une amende, le temps purgé avant le mandat d'incarcération ne compte jamais dans le calcul de la période
imposée455.

Emprisonnement à défaut de paiement de l'amende : L'incarcération pourra également survenir lorsque le délinquant n'acquitte pas l'amende imposée par un tribunal. Là encore,
le Code prévoit les règles. Il faut savoir qu'en matière d'emprisonnement à défaut de paiement d'une amende, la peine d'incarcération n'est habituellement pas spécifiée dans la
disposition qui édicte la peine pour une infraction. Si l'infraction est punissable à la fois d'une amende et d'un emprisonnement, la période «à défaut» ne pourra toutefois pas excéder
la période d'emprisonnement prévue pour l'infraction468. Si la période est précisée dans le texte de la loi, alors le juge est lié, bien entendu, par cette période d'emprisonnement.

Emprisonnement discontinu : Une période d'emprisonnement n'excédant pas 90 jours469 peut se purger de manière discontinue. La période de détention provisoire n'est pas prise en
compte dans ce calcul470.

- Suivant cette modalité, le contrevenant est détenu aux moments prévus dans une ordonnance du juge471 et est assujetti à une probation à laquelle il doit se conformer
lorsqu'il n'est pas détenu472.
- Comme pour l'ordonnance de probation, le juge peut infliger ce type de peine d'emprisonnement compte tenu de l'âge et du caractère de l'accusé, de la nature de
l'infraction, des circonstances de l'affaire et, en plus, de la disponibilité d'un établissement adéquat pour purger la peine473. Cette peine joue pleinement son rôle quant aux
objectifs de dénonciation et de dissuasion474.
- En pratique, une telle peine est imposée sous forme d'emprisonnement de fin de semaine, particulièrement lorsqu'un délinquant primaire a par ailleurs un emploi, et ce,
d'autant plus qu'elle se veut un équilibre entre les objectifs de dénonciation et de dissuasion475, d'une part, et, d'autre part, l'objectif de réhabilitation en préservant son
emploi, ses liens familiaux, ainsi qu'en lui permettant de satisfaire ses obligations envers sa famille et la collectivité476.

L'établissement visé n'étant pas défini au Code, il est permis et souhaitable d'avoir recours à des centres communautaires plutôt qu'aux établissements carcéraux traditionnels. La
supervision y est non seulement serrée, mais, d'autre part, ces centres sont souvent mieux équipés pour identifier, le cas échéant, les problèmes psychosociaux affectant une personne.
Notons enfin que le Québec jouit d'un réseau bien organisé et expérimenté de résidences communautaires accueillant chaque jour des centaines de détenus à divers stades du
processus de libération conditionnelle.

Peine de plus et de moins de deux ans : Lorsque la peine ou les peines consécutives sont supérieures ou égales à deux ans, le délinquant est incarcéré dans un établissement
administré par les autorités fédérales: le pénitencier480, institution créée à l'origine dans le but de permettre la rééducation des délinquants481 et qui, encore aujourd'hui, comporte des
programmes plus développés que les prisons à cet égard. Le juge qui condamne une personne à deux ans ou plus d'emprisonnement est tenu de remettre au Service correctionnel
canadien ses recommandations ou autres rapports pertinents déposés à la cour pour la détermination de la peine482. Dans le cas d'une peine de moins de deux ans, elle sera purgée
dans un établissement administré par les autorités provinciales: la prison483.

Les peines Généralités : La durée de l'emprisonnement pose parfois problème et le Code tente d'apporter les lignes directrices nécessaires, notamment en matière de peines consécutives
d'incarcération484. En l'absence d'un pouvoir général d'imposer de telles peines en common law, la Cour suprême a indiqué que les dispositions du Code étaient exhaustives485. À la
consécutives
suite de la modification du Code en 1997, le moment qui doit être pris en considération pour l'application des règles concernant les peines consécutives est celui où un juge impose la
peine et non celui où il prononce le verdict de culpabilité. Cela élimine la possibilité qu'un accusé avait d'échapper à des peines consécutives en plaidant coupable devant un premier
juge et, à la suite d'une remise du prononcé de la peine, en se présentant devant un autre juge qui, dans l'ignorance de ce fait, recevait son plaidoyer relativement à une autre infraction
et lui imposait une peine sur-le-champ486. La décision d'imposer des peines consécutives relève du pouvoir discrétionnaire du juge487, sauf dans les cas prévus au Code qui
précise les principes applicables à des situations spécifiques.

Les principes d'application : Sur le plan des principes généraux, outre les cas des peines consécutives obligatoires, il revient au juge d'imposer ou non des peines consécutives, une
décision qui commande la déférence en appel488.
- Lorsque diverses infractions ont été commises le même jour et qu'elles participent d'une même activité délictueuse, les peines doivent être purgées concurremment489. La
règle s'applique a fortiori s'il s'agit d'infractions qui ont fait l'objet de chefs distincts alors que la poursuite aurait pu ne formuler qu'une seule accusation490.
- Les tribunaux se sont montrés plus réticents à imposer des peines concurrentes
- lorsque les actes ont fait plusieurs victimes ayant chacune subi un préjudice491,
- lorsque les crimes résultent de transactions criminelles distinctes492,
- s'ils visent la protection d'intérêts sociaux différents493, ou s'il existe un élément aggravant qui justifie une peine consécutive494. À cet égard, ce sera le cas d'un
crime commis alors que l'accusé est sous le coup d'une ordonnance de la Cour495.

Dans tous les cas, la décision du juge est subordonnée au principe de la totalité de la peine tel que prévu à l'alinéa 718.2c) du Code et interprété par la Cour suprême496. Il est
cependant illégal, même pour respecter ce principe, d'ordonner que seulement une portion de la nouvelle peine soit purgée consécutivement497.

1. Les peines consécutives discrétionnaires


•Consécutive à une peine en cours : Le Code autorise le juge à envisager une peine consécutive d'emprisonnement500 lorsque le délinquant, qui est déjà sous le coup d'une
peine d'emprisonnement, s'en voit infliger une autre, à titre principal ou comme mesure subsidiaire au non-paiement d'une amende501.

• Consécutive à des événements distincts : Le juge peut aussi imposer des peines consécutives lorsque le délinquant se voit infliger plusieurs périodes d'emprisonnement,
notamment lorsque les infractions ne découlent pas des mêmes faits, qu'une des infractions est commise alors que le délinquant est en liberté par voie judiciaire et en
particulier pendant l'appel ou lorsqu'une des infractions est commise alors qu'il fuyait un agent de la paix502.

2. Les peines consécutives obligatoires

• Consécutive à des infractions contre des enfants : Le Code prévoit que des peines consécutives sont prononcées pour des peines d'emprisonnement imposées au même
moment pour diverses infractions sexuelles commises contre un enfant. Par conséquent, une peine d'emprisonnement imposée pour une infraction relative à la pornographie
juvénile est purgée consécutivement à une autre infraction sexuelle commise contre un enfant503. De même, avant que la Cour d'appel du Québec ne déclare invalide et
inconstitutionnel l'alinéa 718.3(7)b), des peines d'emprisonnement consécutives étaient aussi prévues pour les infractions, autres que la pornographie juvénile, commises
contre plus d'un enfant504.

• Consécutive à des infractions spécifiques : Certaines autres infractions particulières stipulent que les peines sont alors consécutives. Il s'agit des peines prévues aux articles
suivants du Code: 467.14 (répression du crime organisé505), 82.1 (possession ou fabrication d'armes reliées au crime organisé), 83.26 (activités de terrorisme), 85 (usage
d'armes à feu pendant la perpétration de certaines infractions), 270.03 (infractions commises contre des agents de la paix), 279.05 (traite de personnes) et 445.01(3) (blesser
ou tuer un animal d'assistance policière).

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