Pourquoi lutter contre les stéréotypes de sexe auprès des plus jeunes enfants ?

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Tout d’abord posons – nous la question :

Qu’est-ce qu’un stéréotype ?

Définitions #

Qu’est-ce qu’un stéréotype ?
La notion de stéréotype implique trois dimensions : La dimension du modèle : une certaine vision d’un groupe de
personnes se construit dans les mentalités à partir de croyances souvent éloignées de la réalité ; on parle aussi de représentation collective
Exemple : les italiens sont des amants remarquables, les japonais sont des « accros » au travail…

La dimension du préjugé : à partir du modèle qui a été
construit collectivement, on émet un jugement qui vise à sanctionner ou non ce modèle et donc à rejeter le groupe de personnes visé
Exemple : ne pas aimer les américains (USA) parce qu’on croit qu’ils regardent tous des émissions de télé-réalité idiotes

La dimension de la discrimination : elle constitue la mise en
acte du préjugé puisque de l’appréciation, on passe au comportement qui sépare, isole et stigmatise le groupe visé.
Exemple : ne pas embaucher quelqu’un parce qu’il a plus de 50 ans

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En résumé…

Avec la représentation collective : je crois

Avec le préjugé : j’aime / je n’aime pas

Avec la discrimination : j’exclus

Tel est le processus que je mets en place lorsque j’utilise un stéréotype

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Les stéréotypes de sexe concernent plus précisément les hommes et les femmes.
Il existe en effet des représentations collectives qui induisent un modèle à respecter pour incarner véritablement un homme / une femme
Ces modèles, propres à chaque société, évoluent en outre avec les années en fonction des changements sociaux et historiques. #

Examinons les caractéristiques classiques qui définissent habituellement ce que doit être une femme et ce que doit être un homme dans une conception stéréotypée

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Stéréotype de sexe : fille/femme
identité psychologique rôle social

belle, tendre, douce, maternante, sage, pudique, réservée, timide curieuse, bavarde, commère, émotive, « pleureuse », coquette

tourné vers la sphère privée, la famille, l’intérieur de la maison, les enfants

Métiers en relation avec ces éléments.

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Stéréotype de sexe : garçon/homme
identité psychologique
viril, force, courage, volontaire, responsable, protecteur insensible , « ne pleure pas », violent, dominateur

rôle social

tourné vers la sphère publique, pourvoyeur des biens matériels pour sa famille Métiers en relation avec ces éléments.

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Quelques phrases pour illustrer les stéréotypes de sexe …

Les blondes sont idiotes Les hommes ne pleurent pas Les femmes ont un instinct maternel Les hommes sont des guerriers Les femmes sont dépensières Les hommes ne parlent jamais d’eux-mêmes Les femmes jacassent tout le temps Les hommes ont le sens de l’orientation Autant d’affirmations stéréotypées se présentant comme vraies et même décrivant une réalité absolue car « naturelle » « inscrite dans les gènes » #

Pourquoi avons-nous des stéréotypes ? Comment apparaissent-ils ?

Transmission et fabrication
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La transmission et la fabrication des stéréotypes, y compris des stéréotypes de sexe, s’effectuent selon deux modes complémentaires:  la socialisation  l’influence du groupe de référence

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La socialisation passe par

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L’influence du groupe de référence

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Les stéréotypes de sexe, comme les autres stéréotypes,
se transmettent et se fabriquent par la socialisation reflètent la place des groupes homme/femme dans l’ensemble de la société : à ce titre, ils se trouvent de manière transversale dans tous les domaines de la vie sociale

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Et les enfants dans tout ça ?

Enfants et stéréotypes
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La transmission des stéréotypes touche les enfants dès leur plus jeune âge par le biais de la socialisation. Très tôt, ils utilisent les stéréotypes mis à leur disposition dans leur environnement social et les transposent dans leurs jugements. Voici deux exemples d’expériences menées dans le cadre de recherches en psychologie sociale
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On présente à un groupe d’enfants de cinq ans un spectacle de marionnettes, où Dans un centre de loisirs, on attribue une couleur bleue deux amis, Moussa et Jean, cinq ans, ou rouge à chaque enfant accueilli. vivent des aventures. Simon, un autre Puis, on fait venir un enfant dans une pièce où on lui enfant, ne retrouve plus son doudou. Qui demande de répartir des bonbons dans deux sacs a volé le doudou de Simon ?

La répartition des bonbons chez les enfants

L’école des petits malins :

marqués pour les Rouges ou pour les Bleus. On lui précise qu’il a toute liberté dans ses choix mais que lui-même n’aura que deux bonbons. L’expérience est répétée sur tout le groupe d’enfants. Résultats : les enfants du groupe des Bleus attribuent 25 bonbons aux Bleus et 16 aux Rouges. Les enfants du groupe des Rouges attribuent 27 bonbons aux Rouges et 13 aux Bleus. Conclusion Le simple fait de se reconnaître dans un groupe suffit à pratiquer le favoritisme pour son propre groupe au détriment de l’autre.

La chercheuse demande alors aux enfants spectateurs de lever la main à ses propositions de réponse à la question : 87 % des enfants pensent que le voleur est Moussa. Conclusion L’expérience ne montre pas que les enfants sont racistes mais qu’ils sont réceptifs aux « valeurs sociales » accordées à certains groupes sociaux

Les récits complets de ces expériences se retrouvent sur le site préjugés-stereotypes.net du laboratoire de recherches de Clermont Ferrand

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Les stéréotypes de sexe font partie des stéréotypes transmis par la socialisation
L’influence des parents est ici primordiale.
Une étude de l’Observatoire Fisher-Price a montré que les parents conservaient une représentation stéréotypée marquée concernant les filles et les garçons. Pourtant ces stéréotypes ont évolué depuis les années soixante : ils sont en particulier plus permissifs pour les petites filles. Au contraire, ils sont devenus plus rigides encore pour les petits garçons qui sont sanctionnés immédiatement lorsqu’ils tentent s’en écarter. #

Extraits de l’étude « Les jouets ont-ils encore un sexe ? » réalisée pour l’Observatoire Fisher-Price 2004

Cependant, il y a accord entre les mères et les pères dans les portraits qu’ils dressent des filles et des garçons en général : « la vraie petite nana » est coquette, charmeuse, « un vrai petit mec » est téméraire, capricieuse, « chochotte », calme et posée, direct, bagarreur, têtu et espiègle mature, calculatrice, volontaire, indépendante

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Pourquoi faut-il lutter contre les stéréotypes de sexe ?

Conséquences sociales et impact individuel #

Comme tous les stéréotypes, les stéréotypes de sexe ont un impact sur la construction individuelle des identités psychologiques

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Avec la catégorie de l’âge, le sexe est l’une des premières dimensions acquises par le bébé pour organiser sa vision et sa compréhension du monde. C’est une catégorie importante aussi pour que le bébé se reconnaisse en tant qu’être sexué et s’établisse comme garçon ou fille. C’est ce qu’on appelle la construction de l’identité sexuée
Cette reconnaissance comme fille ou garçon requiert des processus cognitifs complexes et atteint un premier palier à l’âge de 6-7 ans. Le processus est ensuite de nouveau mis en mouvement au moment de la puberté.

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La construction de l’identité sexuée requiert des modèles qui permettent d’identifier des caractéristiques désignées comme appartenant au genre féminin et au genre masculin. Plus les modèles construits par les enfants sont établis à partir de stéréotypes, plus les enfants mettront plus tard en place des comportements discriminants :

plus les représentations sont rigides,

plus le rejet et l’exclusion sont violents.
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Les modes de socialisation différenciée ont un impact sur l’estime et la confiance en soi
Le mode éducatif de « souplesse structurée » (Sylvie Pionchon) conduit les petits garçons à l’autonomie et à la responsabilité

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Le mode éducatif de « rigidité » (Sylvie Pionchon) conduit les petites filles à une moindre confiance et à une moindre estime de soi

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Comme tous les stéréotypes, les stéréotypes de sexe aboutissent à des conséquences sociales visibles et parfois dramatiques

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Conséquences sur l’orientation scolaire :
Exemple :

Taux de réussite au bac 2008 des filles en Aquitaine : supérieur de 3 points à celui des garçons MAIS en Aquitaine comme ailleurs moins d’1/3 de filles en classes préparatoires et dans les grandes écoles scientifiques ¼ de filles en écoles d’ingénieurs

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Conséquences sur l’emploi
Exemple :

Du fait d’une orientation scolaire différenciée garçon/fille près de la moitié des emplois occupés par des femmes sont concentrés dans 11 des 86 familles professionnelles existantes. En Dordogne 2/3 des femmes se concentrent dans seulement 3 familles de métiers (services aux personnes, secrétariat, grande distribution et commerce : emplois moins rémunérateurs) #

Conséquences sur l’insertion sociale

En 2008, en Dordogne : 66 % des bénéficiaires du RSA sont des femmes 53% bénéficiaires du RMI sont des femmes 1 100 femmes sont bénéficiaires de l’API. Elles bénéficient plus souvent que les hommes de contrats aidés.

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Enfin les stéréotypes de sexe ont un lien avec les violences conjugales, véritable fléau social

En France tous les 2,5 jours 1 femme décède sous les coups de son compagnon En Dordogne en 2007 : 210 plaintes ont été enregistrées par la Police et la Gendarmerie pour violences conjugales (sachant que seulement 9% des femmes victimes de violences portent plainte ce qui laisse imaginer un chiffre noir très important)

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Comment lutter contre les stéréotypes de sexe auprès des enfants ?

Propositions #

En oeuvrant dans le champ parental : Par la sensibilisation des parents aux conséquences d’une intégration et d’une appropriation des stéréotypes de sexe par les enfants dans leur vie future En oeuvrant dans le champ culturel : Par la proposition aux enfants d’une multiplicité de modèles permettant d’ouvrir le champ des représentations collectives et permettent ainsi une conception de la féminité et de la masculinité en dehors d’une vision stéréotypée. En oeuvrant dans le champ professionnel :  Par la formation des professionnels en lien avec l’enfance sur la question des stéréotypes de sexe pour que cette problématique soit intégrée dans les projets éducatifs des crèches, des centres de loisirs, de écoles sportives, des écoles maternelles et primaires etc #

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