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Histoires des ordres Martinistes

quelques points de vue

les uns « officiels »

les autres « selon les rédacteurs »

les uns selon des données exactes d'autres selon des données « légende urbaine » et celles dans un mélange des deux ou en fonction des données « connues »

Leçon de discernement

« La foi dans les mondes spirituels est accompagnée de la Prudence et du discernement »

L'aveugle accompagne sa marche d'un bâton !

Apprenez à penser librement !

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Introduction Une conférence

Belgique, Vendredi 19 h 20, 23 personnes, et les organisateurs. Quelques français, une majorité belge évidemment. J'ai commencé à 19 h 20 et parlé en suivant le plan suivant :

crptrad n'est pas le Martinisme présentation rapide de crptrad, 4 ou 5 min moi, ce qui m'autorise à parler de mon Martinisme Martinisme ou Martinismes j'aborde le sujet du jour sous un angle historique :

avant Martinez, Martinès avec Martinès saint martin willermoz après saint martin papus teder après papus teder; les premières scissions philippe encausse ambelain Les ordres Martinistes actuels refus d'examiner les causes éventuelles des divisions successives à partir du critère suivant :

vous arrivez dans un groupe, vous êtes bien, c'est un bon groupe, le votre. Vous n'y êtes pas bien, vous partez. Ce qui vous préoccupe c'est ce que vous trouvez dans le groupe.

Commentaire d'une phrase de papus

Distribution de documents

9 février réunion préparatoire à une adhésion, même lieu, même adresse, 19 h 30. Ceux qui sont présents et leurs amis sont les bienvenus. Questions du public fin de la conférence 22 h 32 précises à ma montre. Pas de lassitude apparente du public, certains vont prolonger et le conférencier dormira tard ! Rangement de la salle !

Espérons que le Martinisme se développera ou que les Martinismes grandissent, deviennent adultes, atteignent une sagesse qui permettrait aux profanes d'aller là où ils pourraient rester Martinistes.

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Mot de l'assembleur

Ci dessous et sans ordre quelques éléments relevant d'une des histoires du Martinisme.

Pêle-mêle volontaire, certains articles sont récupérés de la toile en fonction d'un intérêt, soit par la qualité, soit par la qualité d'un passage, soit par les erreurs véhiculées, soit par

l'utilisation de connaissances incomplètes (mais pour ce point, force est de constater que nous

en sommes tous là, ce qui signifie aussi, un minimum de considération pour les travaux, et un

maximum de travail pour construire les éléments les plus cohérents possibles d'une histoire non fantasmée des courants Martinistes.

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I

Article extrait du livre de J Corneloup, G O 33°, "je ne sais qu'épeler" éditions vitiano, Paris 1971. THÉOSOPHIE ET FRANC-MAÇONNERIE p 91 …expliquer n'est pas prouver, et si je vois beaucoup d'explications dans les écrits théosophiques, je ne découvre pas de preuves. Mais il y a des faits, dit-on. Des FAITS? En dernière analyse ils ressortissent aussi du domaine de l'invérifiable. Jusqu'ici du moins ils échappent souvent au contrôle et toujours à la mesure, ils ne permettent pas la déduction scientifique. Notez que je ne dis pas : ils ne sont pas du domaine de la science.

En effet, je ne conteste pas l'existence de certains phénomènes dits "métapsychiques", et c'est avec raison que des savants s'attachent à leur étude. Mais les investigations n'ont pas dépassé le stade de la simple observation, et cette observation même n'a aucune sûreté. Toute déduction demeure hasardeuse, entachée d'un coefficient majeur d'arbitraire.

C'est qu'en ce domaine tout reste fondé sur le témoignage humain, et nous savons, hélas ! ce que vaut ce témoignage. Même chez les plus éclairés des hommes, même parmi les meilleurs, on le découvre sujet aux aberrations les plus inexplicables. Souvenons-nous des mésaventures de Claude de SAINT-MARTIN et de J-B. WILLERMOZ victimes de l'AGENT INCONNU (Madame de LA VALLIÈRE, Marie-Louise de MONSPEY, chanoinesse de Remiremont, démasquée par un autre "médium" de la plus médiocre valeur morale et de la plus douteuse bonne foi Mademoiselle ROCHETTE). Et, plus prés de nous, pensons aussi à CHARCOT. C'est que, il faut bien le dire, dans ce monde de la métapsychique, nous voyons grouiller les désaxés, les tarés, les simulateurs qui, pour longtemps encore, seront les pires obstacles aux études sérieuses. Mais, à côté de cela, il ne faut pas ignorer ou sous-estimer les recherches qui se poursuivent sans faire tant de bruit et sur des bases autrement solides. La psychophysiologie, par des moyens et des méthodes vraiment scientifiques, jette petit à petit des lueurs sur les modalités jusqu'ici inconnues de la formation et de l'évolution de la mentalité humaine. La situation actuelle (1938) de cette science encore dans l'enfance, mais si riche de promesses, est exposée magistralement dans le tome VIII de la nouvelle « Encyclopédie Française » qui vient de paraître. En lisant ces pages, j'ai mesuré toute la distance qui sépare la vraie science, - (qui n'avance que pas à pas, qui n'émet d'hypothèse et ne tire de conclusion qu'en soulignant les insuffisances et les risques d'erreur) -, des spéculations ingénieuses plus attachées à convaincre qu'à prouver et …

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II

L’Ordre Martiniste au Danemark

L’Ordre Martiniste commence en 1898, les indices sont assurés jusqu’en 1936.

Tout semble commencer avec Carl William Hansen, connu sous le nom de Ben Kadosh. Hansen est né le 11 octobre 1872 à Copenhague. Il est marié avec Johanne Dorothea, dont il a deux enfants, le premier est né en 1904. Ils sont d’origine luthérienne. Pour les services administratifs, Hansen se déclare comme Luciférien en 1911. Il exerce le métier de crémier dans un quartier pauvre de Copenhague.

A 26 ans, il aurait reçu une initiation Martiniste et son initiateur serait le baron Alphonse Wallen. En 1906, Hansen progresse dans l’ordre Martiniste ; la même année, il publie un livre sous le pseudonyme de Ben Kadosh. Disciple de Lucifer, le porteur de lumière, en rien sataniste, Hansen devient le délégué danois pour l’ordre Martiniste en 1917. Son titre lui permettra d’obtenir des chartes et d’établir de multiples ordres occultes.

Il est en possession de différentes patentes ou chartes Martinistes lorsqu’il entre en contact avec Bricaud pour obtenir de lui une charte maçonnique.

Hansen avait des chartes qu’il tenait de Theodor Reuss depuis 1908.

La patente maçonnique venue de France, et datée du 22 avril 1921 permet de travailler 18 degrés du rite écossais ; le 17 juin 1921, une nouvelle patente autorise les travaux sur 33 degrés. Le 31 juillet 1921, une troisième patente venue de France donne l’autorisation de fonctionner au rite Cerneau (New York 1807). Septembre 1921, Théodore Reuss envoie à Hansen un « paquet » de chartes, église gnostique, Memphis Misraïm, « O T O », Hermetic Brotherhood of Light.

Hansen obtient pour l’ordre Martiniste danois une nouvelle charte ; cette charte lui sera par la suite retirée ! Une maçonnerie danoise fonctionne à partir d’une patente maçonnique délivrée par Bricaud. En 1923, Hansen utilise son autorité de Délégué de l’ordre Martiniste. Il utilise une charte de Bricaud qui lui permet de fonder le « Grand Orient de la vraie et haute maçonnerie ésotérique et gnostique du Danemark ». Il allume les flambeaux de la loge maçonnique « Le sphinx » à l’orient de Copenhague ; elle fonctionne sous le même toit qu’un autre groupe maçonnique. Cette loge semble surtout être une loge Martiniste. En 1924, la loge est mise en sommeil, quelques membres manifestent pourtant le désir de travailler en tant que francs- maçons. L’Italie entre en scène pour délivrer une charte datée du 24 juin 1924 qui permet de travailler les grades de la loge bleue. Cette charte accorde pleine souveraineté à cette unique

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loge. Il est nécessaire de rappeler que Mussolini et le fascisme dominent l’Italie. La patente permet de travailler au système Cerneau comme au système Morin autre nom du système de Charleston ; d’autres rites sont inclus dans cette patente.

Pour Hansen, nous avons donc le rite écossais en 33 degrés, Italie par Frosini ; les rites de Memphis Misraïm en 90 et 97 degrés, Reuss charte du 3 septembre 1921 ; l’ordre du temple d’orient ou O T O avec 33 et X degrés, Reuss, charte du 3 septembre 1921, mais sans les rituels de Crowley ; lumière hermétique avec 3 et 9 degrés, Reuss, charte du 3 septembre 1921 ; l’ordre Martiniste en France et en Italie en 7 degrés auquel est adjoint l’ordre cabalistique de la rose croix, une patente de Teder du 28 octobre 1917 confirmée le 16 octobre 1921 par Bricaud, et un diplôme italien signé de Frosini ; un système alchimique avec 3 et 7 degrés ; la possibilité de travailler au rite de Swedenborg.

Hansen est philosophe inconnu VII, délégué général et grand maître de l’Ordre Martiniste pour le Danemark !

Hansen apparaît souvent comme un «crédule ». Ainsi alors qu’il pratiquait les rituels magiques dans une chambre au-dessus de sa boutique, sa femme est montée lui faire remarquer que ses hurlements dérangeaient la clientèle. Alors qu’il organise une méditation sur la lame du tarot «la tour foudroyée » dans une tour, celle-ci prend feu, et Hansen témoigne au tribunal qui en a vu d’autres, que c’est l’incendie est naturel puisqu’une méditation bien conduite sur cette lame peut produire un feu foudroyant.

Frosini serait, au moment où le fascisme prend le pouvoir, le grand maître de l’Ordre Martiniste pour l’Italie.

Reuss est le grand maître de « Souveräne Sanktuarium das deutsche Reich. »

En 1930, Hansen démissionne de la loge «les trois colonnes » ; il a été à l’origine d’une douzaine d’ordres ésotériques au Danemark ; il a pu diriger les travaux d’une loge rosicrucienne de l’A M O R C dès 1929 ; il a pu être lié au «droit humain », au vieux système allemand de l’ORDO AUREA & ROSAE CRUCIS. Il se réfère dans un courrier à Spencer Lewis à Papus, Stanislas de Guaïta, Sédir, Teder, Bricaud.

Carl William Hansen meurt en 1936.

Ces données sur le Martinisme au Danemark doivent permettre une recherche par les passionnés d’histoire.

Ce petit texte n’est pas un document historique ; ces informations furent transmises de bouche à oreille. Certains biographes n’ont aucune notion de précisions, de preuves… Je vous invite à nous transmettre les éléments qui vous seraient connus, photocopies de documents… Ils seront après vérifications installés sur notre site web «les maîtres passés ».

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III

RITE DE MEMPHlS-MlSRAIM

Zénith de Paris, le 20 Octobre 1960.

Très-Chers FF. en tous vos Grades et Qualités, La diffusion d’une pénible nouvelle nous échoit à tous.

La première lumière de l’Ordre en France s’est éteinte.

Le T. Ill. F. Charles-Henry DUPONT est retourné à l’Eternel Orient le Samedi 1 er Octobre 1960. Avec le T.I.F. Philippe Encausse, et les Membres de sa Loge « Liberté et Progrès », nous avons accompagné sa dépouille au Cimetière de Coutances où il a été inhumé.

Grand-Maître du RITE DE MEMPHIS-MISRAIM pour la France et ses Dépendances, Successeur en cette Charge des Très-Illustres et Regrettés F. Chevillon, Bricaud, Teder et Papus, le T. Ill. F. Dupont laisse, à tous ceux qui l’ont approché et connu, le souvenir d’un Maç. d’une urbanité exquise, d’une intelligence et d’une érudition remarquables et d’une droiture de coeur et d’âme qui frappait dès le premier abord.

A son admirable compagne, Madame Marguerite Dupont, avec nos très sincères condoléances, nous avons exprimé, au nom du RITE DE MEMPHIS MISRAIM en France, l’expression. de nos sentiments attristés.

Néanmoins, en présence d’un Maç. » aussi spiritualiste que l’était le T. Ill. F. Dupont, la vieille formule séculaire de l’ORDRE MAÇONNIQUE tout entier est, plus que jamais, à

rappeler : « Gémissons, mes FF., Gémissons, Gémissons ! Mais aussi espérons

symbolique doit pouvoir reverdir sur le Tombeau d’HIRAM, si les FF.’. demeurent indéfectiblement unis.

Désigné officieusement par le T. Ill. F. Dupont dès le début de cette année 1960 comme son Successeur à la tête du RITE, il tint à nous assurer de façon solennelle et presque rituelle la transmission de sa charge de Grand-Maître. Convoqué à Coutances le 13 Août 1960, nous nous y sommes rendu, avec les TT. Ill. FF. Philippe Encausse et Irénée Seguret, pour recevoir de ses mains fraternelles le témoignage même de sa confiance et de l’espoir qui continuait à l’animer, quant au réveil du RITE en France, c’est-à-dire les Archives, Sceaux, Rituels, en sa possession magistrale. Il y joignit encore le Bijou d’Ordre du 33 ème Degré du T. Ill. et Regretté F. Jean Bricaud.

Voici le texte même de l’Acte par lequel il a bien voulu nous appeler à lui succéder :

« Nous, Souverain Grand-Maître du Rite de MEMPHIS MISRAIM pour la France et ses Dépendances, Président du Souverain Sanctuaire de France, désireux de permettre le réveil et l’épanouissement du Rite de MEMPHIS MISRAIM en France, confions à dater de ce jour, pour les Territoires susmentionnés, la Charge de Grand Administrateur du Rite au T. Ill. F. Robert Ambelain, déjà 95 ème du Rite depuis 1943, ledit Frère étant de ce fait et ipso facto désigné comme mon Successeur à la Charge de Grand-Maître du Rite de MEMPHlS MISRAIM pour la France et ses Dépendances.

Ne varietur :

Donné au Zénith de Coutances,

» L’acacia

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Ce 13 ème Jour d’Août 1960 E. V. » Signé : Henry-Charles DUPONT, Souverain Grand- Maître.

R. Ambelain 33-90-95 Témoins : Ph. Encausse (30°) 1. Séguret (32°)

Conscient de l’importance de cette Mission, qui est en fait la sauvegarde d’un Rite

Maç. » et initiatique héritier des grandes Traditions du 18 è siècle, nous appelons à nos côtés

les FF.’. de tous Grades, de tous LL., Chap., Aréop., Cén., etc l’ancienne ambiance maç. d’autrefois.

Avec eux et grâce à eux, nous pourrons reconstituer, la main dans la main, la Chaîne frat. qui doit unir, au-dessus de toutes les passagères divergences humaines, les Maç. dignes de ce nom.

désireux de retrouver

,

Et que, sur le tombeau du F. » que nous pleurons tous, résonne donc encore une fois le vieux et consolant cri d’ordre de toujours :

« Vivat

Vivat

Semper Vivat

»

Je vous prie de me croire tous, Très-Chers FF., en tous vos Grades et Qualités, très fraternellement à vous par tous les Nombres qui nous sont connus.

Robert AMBELAIN, Gr. M. du Rite de MEMPHIS MISRAIM , pour la France et ses Dépendances.

Î
Î

8

IV

Bref aperçu sur le Martinisme brésilien

On a écrit très peu sur le Martinisme brésilien ; la tradition circule par le bouche-à-oreille Papus a offert une première délégation nationale brésilienne en 1904 au frère Dario Velozo.

C’était un poète, un professeur, né le 26 novembre 1869, il a permis la naissance du Martinisme brésilien dans la ville de Curitiba. C’est pourtant surtout le pythagorisme qu’il sut nourrir. Il nous semble donc que le mouvement Martiniste va exister avec Antonio Olivio Rodrigues AOR, né au Portugal en 1879, il débarque au brésil en 1890 ; se fait initier au Martinisme dans une loge de Sao Paulo en 1907, par un initié de Papus, le docteur Horacio de Carvalho lequel construit son action autour du « circulo ésotérico da comunhao do pensamento ». Aor est mort en 1943 ; son cercle ressemble dans son fonctionnement au « groupement d’études ésotériques » de Papus, toutes les études concernant l’ésotérisme y semblent possibles. Une autre figure important : Francisco Wladimir Lorenz né en Bohême le 24 décembre 1872 ; kabbaliste, il connaît de nombreuses langues vivantes ou mortes. Il publiera de nombreux ouvrages qui ouvrent diverses portes sur l’occultisme. Le Martinisme commence réellement avec Albert Raimond Costet de Mascheville, né en France à Valence le 1 septembre 1872. Il fait des études de violoniste au conservatoire de Paris, il a rencontré monsieur Philippe. Il avait été initié par Yvon Leloup, Sédir, il fut maître des cérémonies de la loge Hermanubis ; c’est Doinel lui-même qui l’avait consacré évêque gnostique. Il avait accompagné Wirth dans sans tournée de conférences dans les différentes loges où ils furent invités. Il est aussi membre de l’O K R C. C’est le 26 février 1910 qu’il débarque avec sa femme à Buenos Aires. Il semble rencontrer de réelles difficultés pour créer un véritable mouvement Martiniste ; il commence à obtenir quelques

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résultats quand il est « sponsorisé » par Ida Hoffmann, initiée par Reuss à la maçonnerie de Memphis Misraïm.

En fait, Mascheville semble opérationnel à partir de 1924 – 1925, cela se traduit par la fondation d’une loge « hermanubis » au brésil. Ce n’est pourtant que quelques années plus tard en 1931 – 1932 à Porto Alegre que le Martinisme paraît s’enraciner solidement. En 1936, le Martinisme se déplace à Sao Paulo, le père Mascheville transmet au fils Mascheville, les rênes du pouvoir. C’est donc Léo Mascheville Velozzo meurt en 1937, Léo semble avoir les coudées plus libres pour créer un ordre véritable et passer du Brésil à l’Argentine, ou à l’Uruguay. L’ordre est constitué le 14 mars 1940. C’est un ordre souverain, donc indépendant. Le système est calqué sur le système de Papus : associé, initié, supérieur inconnu. Le rituel est proche du rituel de Teder. Chaque loge est dotée d’un initiateur apte à faire parcourir à ses initiés les degrés d’études nécessaires à la compréhension du Martinisme. Toutefois l’éclectisme reste à la base des travaux. L’idée du Groupe Indépendant d’Etudes Esotériques est l’idée maîtresse de l’action menée. Les traductions d’ouvrages de base se multiplient. L’O K R C prend une place importante ; ainsi que la philosophie indou. Le nombre de 400 initiés est avancé au début de l’année 1944. Quelques membres supplémentaires et l’ordre connaît son premier vrai schisme, dès 1945 naissent l’ordre Martiniste d’Amérique du Sud et l’ordre Martiniste universel, en plus de celui des débuts. L’investiture de Pedro Freire est contestée, initié par Lorenz comme Martiniste, comme gnostique par Ambelain ; des Martinistes, comme des gnostiques de l’époque s’interrogent sur certains fonctionnements, encore peu courants… C’est au début des années 70 que le nouveau monde veut reprendre contact avec la maison mère. Ary Xavier mène ce mouvement de rapprochement. En 1973, il rencontre Ambelain qui lui conseille de rencontrer Philippe Encausse. Encausse le reconnaît comme souverain délégué de l’ordre Martiniste au brésil.

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Ary Xavier prend contact avec le rite écossais rectifié français, avec Yvan Mosca, et avec l’espagnol José de Via qui lui demande de publier au brésil son livre « Temas de Ocultismo Tradicional », lequel livre est interdit de publication en Espagne. Les Martinistes d’Amérique du sud reçoivent la visite du couple Lorenzo – de Via en 1976. L’ordre est affecté par la mort de Xavier en 1978. Il semble pourtant toujours bien vivant, et nous accueillons des Martinistes brésiliens dans CRPTRAD section Martinisme.

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Martinisme au Brésil. Suite

Dans les années 80, Denis claing, québécois, marquait la vie initiatique locale en étant membre de nombreux systèmes initiatiques. Il devait être responsable pour le Canada et le Brésil d’un ordre Martiniste (O M I) et de Memphis Misraïm. Lors de son décès, Jean Marie Pomerleau aurait continué son oeuvre. Les frères canadiens pourraient nous donner quelques informations complémentaires. JM Pomerleau semble doté, comme d’autres « patrons » Martinistes d’une personnalité « forte ». Il est possible que l'OMI Brésilien, via le Canada, existe encore.

Denis CLAING fut membre des LPN ("les philosophes de la Nature") Il appartenait aussi à la "paracelsus society" de salt lake city (alchimie). Et à divers groupes occultes. Si JM Pomerleau et bien qui je pense, il fut aussi membre des mêmes groupes dont les LPN.

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ici on notera trois portraits Saint-Martin Willermoz et le portrait supposé de Martinès, nous savons

ici on notera trois portraits Saint-Martin Willermoz et le portrait supposé de Martinès, nous savons grâce à Caillet Serge qu'il n'en est rien et tout ce que nous possédons comme image de Pasqually est une « ombre »

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V

Aperçu sur une diversité naturelle

des Ordres

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NOM

 

PÉRIODE

 

PERSONNAGES

RENSEIGNEMENTS

Elu cohen

XVIII siècle

Martines

Dcd 20 09 1774

Cours particuliers de Toulouse, Lyon, Strasbourg, Paris…

Fin

XVIII

Saint Martin

Rôle des Philosophes inconnus et des frères d’orient

 

+ 1803

Filiation russe par Saint Martin ?

?

Novikov

Röle de Galitzine ou de Kourakine

Rite réformé de Saint Martin ?

?

?

7 grades ?

Rite écossais rectifié

1778

Willermoz

Lien avec la stricte observance templière germanique

Ordre Martiniste

Fin

XIX

Papus + 1917

 
 

Chaboseau père

Ordre Martiniste et

Après la guerre de 14

Victor Blanchard

 

Synarchiste

18

O

M T

1931

Chaboseau père ?

 

Ordre des élus-cohen

1942 ?

Ambelain

? ? ?

1967

Yvan Mosca

O

M rectifié

1948

J

Boucher ?

 

O

M de Papus

1952

Philippe Encausse &

7 ordres Martinistes au moins existent

 

Ambelain

Union des trois ordres

1958

Ambelain & Encausse

Ordre Martiniste Martinéziste + ordre Martiniste + ordre des élus-cohen d’Ambelain

O

m de Lyon

XX

J

P Bonnerot

 

O

M

1967

Philippe Encausse

1979 E Lorenzo

Elus-cohen

1967

Yvan Mosca

Mise en sommeil 1968 réveil depuis quelques années

O

M I

1968

Robert Ambelain

Kloppel Gaillard

Ordre des chevaliers Martinistes

1980

Pierre Crimetz

Collège du temple de l’homme

Ordre Martiniste des

1971

Armand Toussaint

Actif à partir des

chevaliers du christ

années 80

l'OMTL U S (ordre

?

 

Etats unis

Martiniste

traditionnel libre)

Ordre Martiniste libre

1983

Pierre Rispal

 

Initiateurs libres

XX

siècle

Tout S I I ou S I 4

 
 

Site internet

1997-98

Mariette Cyvard

Site autonome,

« maitrespasses »

indépendant…

Et depuis, la dernière ligne qui, alors, était une simple provocation aux sourires de ceux qui me connaissent, nous avons vu proliférer d'autres, sans que cette ligne puisse être

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prise autrement que l'affirmation de ma participation pleine et entière à l'ordre Martiniste mais dans l'autonomie, et, l'indépendance la plus totale à tout ordre Martiniste puisque nous voulons accueillir dans ce lieu tout Martiniste de tout Martinisme, à l'exception de quelques voyous et autres snipper toujours prêts à voler ceux qu'ils voudraient bien tuer magiquement !

Ce tableau est aussi honnête que possible, en fonction des données connues lors de sa

création.

Les ordres affirment, l’histoire infirme, les écrits précisent, etc.

Le site les maîtres passés se veut aussi neutre et indépendant que possible, il prend en

compte les diversités, il est ouvert aux humains de bonne volonté, aux hommes des

différents ministères, il est fermé au mensonge, à l’inimitié, à la discorde.

J’ai croisé depuis mon premier contact avec l’ordre, en 1960, quelques créateurs d’ordre

Martiniste ou leurs amis et quelques grands maîtres.

Tous méritaient d’être rencontrés.

Martinisme et franc-maçonnerie

Habituellement, chaque groupement maçonnique contient une des formes du Martinisme

d’une façon claire et sans aucune dissimulation.

Le rite écossais rectifié qui hérite de Willermoz est construit sur une forme du

Martinisme, les chevaliers bienfaisants de la cité sainte ou C B C S ont une prise directe avec

le Martinisme.

Le rite de Memphis Misraïm a eu pour grand maître Papus, lui-même

grand maître et inventeur du Martinisme de 1887 ; les liens entre les obédiences se sont

maintenus à travers le temps. Il est fréquent que le grand maître de Memphis soit aussi grand

Maître d’une mouvance Martiniste.

La grande loge de France a initié Philippe Encausse dans la respectable loge

« la prévoyance » orient de Paris au grade d’apprenti le 20 novembre 1947 ; les loges Gérard

Encausse et Papus sont actives au sein de la grande loge.

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Le Grand orient détient des patentes qui permettraient à des loges de travailler dans des filiations Martinistes.

D’autres formations maçonniques possèdent des loges ou des ateliers supérieurs, des cercles intérieurs, branchés discrètement sur le Martinisme. Parfois des frères maçons se rassemblent pour pratiquer une forme de Martinisme. Le Martiniste fait rarement du prosélytisme. La voie étroite du Martinisme offre parfois une information dans une loge pour permettre aux membres de la loge de se faire une idée plus juste de cette voie initiatique chrétienne dans son essence, mystique dans ses rituels, intellectuelle dans ses travaux, cardiaque dans son fonctionnement. Le Martinisme informe des frères maçons, qui peuvent demander leur entrée dans l’une des voies Martinistes. Les membres des ordres Martinistes sont des hommes libres et de bonnes mœurs, certains peuvent demander à entrer dans une loge bleue traditionnelle ; c’est un libre choix.

Martinisme et politique

J’ai pu apprécier que des élus et des personnes au revenu inférieur au Smic puissent manger côte à côte, discuter ensemble, sans que l’un ou l’autre connaisse au départ la position sociale de son voisin. Ils étaient en fraternité.

Pour toute accusation de secte en relation avec le Martinisme de Papus et telle que pratiquée dans la région Nord Pas De Calais Picardie, la réponse est élémentaire :

Les Martinistes vivent dans leur famille, ont une insertion sociale et professionnelle. Les financements sont clairs ; la porte des temples Martinistes est entrouverte à l’entrée des candidats, béante et parfois dégondée pour ceux qui veulent partir.

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VI

Les Ordres Martinistes

Une certaine confusion peut exister dans l'esprit du profane, en ce qui concerne l'existence de divers Ordres Martinistes. Contrairement à l'image répandue par les "Obédiences" des rites maçonniques qui crée des barrières parfois insurmontables, entre des hommes et des femmes de bonne volonté, ayant pourtant un même idéal, les Ordres Martinistes n'entrent jamais en compétition les uns avec les autres, ils pratiquent tous (à l'exception d'un seul d'entre eux) l'échange fraternel de visiteurs. Les Ordres Martinistes ont des orientations différentes en ce qui concerne leurs études et leurs enseignements, mais restent tous fidèles à l'unique tradition initiatique occidentale.

L'Ordre Martiniste de Papus (Dr Gérard Encausse), fut crée en 1888. Papus en fut le seul Grand Maître de 1888 jusqu'à sa mort survenue en 1916. L'Ordre resta en sommeil jusqu'à sa résurgence faite par Philippe Encausse, son fils, en 1958.

En 1960, prenant la succession d'Henri-Charles Dupont, Philippe Encausse effectua la fusion de sa résurgence avec l'Ordre Martiniste de Lyon, et en devint le Grand Maître. Il occupa cette fonction de 1960 et en démissionna en 1971. Irénée Séguret lui succéda et resta en fonction jusqu'en 1974. Philippe Encausse reprit de nouveau la fonction en 1975 et en démissionna une seconde fois en 1979. Emilio Lorenzo dirige cet Ordre depuis 1979.

L'Ordre Martiniste signa une alliance avec l’Église Gnostique Apostolique qui faisait de cette organisation, l'église officielle du Martinisme. Philippe Encausse, ayant été ordonné à la Prêtrise dans cette église, signa en 1968, un Protocole confirmant l'alliance de 1918, et imposant la théologie de cette église comme l'enseignement du Martinisme, et les services de cette églises devenant le support sacramentel de tous les membres de son Ordre Martiniste.

Nombreux furent les Martinistes qui élevèrent des objections aussi bien contre l'Alliance, que contre le Protocole, qu'ils considéraient comme une atteinte à leur liberté religieuse. Nombre d'entre eux démissionnèrent, d'autres rejoignirent deux Ordres nouvellement créés:

L'Ordre Martiniste Belge, qui fut présidé par l'astrologue et écrivain belge Gustave-Lanbert Brahy jusqu’à sa mort, reçut son indépendance de Paris en 1975, ou

L'Ordre Martiniste des Pays-Bas, fondé et présidé par Maurice H. Warnon depuis 1974.

Les deux présidents cités ci-dessus, ayant été des membres du Suprême Conseil de l' "Ordre Martiniste de Paris".

18

La fondation de ces deux Ordres fut faite à la demande de Philippe Encausse lui-même, dans le but d'offrir une alternative aux Martinistes de son Ordre, ne désirant pas s'engager dans la voie de l'église gnostique.

La Fédération des Ordres Martinistes fut fondée en 1958 et sa présidence fut assurée par Philippe Encausse, il en fut l'unique Président jusqu'en 1975, lorsqu'il accorda l'autonomie à toutes les organisations établies hors de France. Membre du Comité Olympique International, Encausse bénéficiait du respect de tous les Martinistes et son autorité à la tête de la Fédération ne fut jamais discutée. Il avait une vue large et idéaliste en ce qui concerne la vie spirituelle en général, et

pratiquait la

tolérance

et

la

fraternité.

C'est donc à la suggestion de Philippe Encausse, en tant Président de la Fédération des Ordres Martinistes que fut fondé en 1975, l'Ordre Martiniste des Pays-Bas.

L'Ordre Martiniste-Martinéziste de Lyon, fut fondé par Charles Detré en 1916. Les Grands Maîtres successifs de cet Ordre furent:

Charles Detré "Teder" (1916-1918),

Jean Bricaud (1918-1934),

Constant Chevillon (1934-1944).

Cet Ordre fut définitivement clôt par son dernier Grand-Maître Henri-Charles Dupont, le 14 décembre 1958, par sa fusion avec l'Ordre Martiniste de Philippe Encausse et avec l'Ordre Martiniste des Elus-Cohen de Robert Ambelain. Cette fusion donna aux deux résurgences une légitimité que certains avaient mise en doute. Toutes ces organisation rejoignirent la Fédération citée ci-dessus, sous la Présidence de Philippe Encausse.

L'Ordre Martiniste et Synarchique est une branche de l'arbre Martiniste établie en Grande Bretagne. Les détails de son histoire sont peu connus, et ses membres pratiquent une grande discrétion. Plusieurs groupes de cet Ordre fonctionnent au Canada.

L'Ordre Martiniste des Elus-Cohen de l'Univers fut fondé par Don Martinez de Pasqually in 1768. Il entra dans l'organisation de la Maçonnerie par son disciple et successeur Jean-Baptiste Willermoz. Il disparut quelques décades plus tard. Une résurgence fut organisée par Robert Ambelain, pendant la seconde guerre mondiale, puis définitivement clôt par lui, dans une déclaration officielle publiée dans la revue Martiniste "L'Initiation", en 1964.

L'Ordre Martiniste Traditionnel fut créé par Augustin Chaboseau, en parallèle avec "L'Ordre Martiniste-Martinéziste" de Lyon, pour succéder à l'Ordre Martiniste de Papus. Augustin Chaboseau avait été l'un des membres du Suprême Conseil original de 1888. Si Papus en fut le chef administratif, Augustin Chaboseau en fut réellement la tête occulte par ses connaissances et la valeur de ses initiations. Ayant de

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sérieuses objections à l'encontre de l'orientation prise par Charles Detré, en ce qui concerne l'alliance avec l'Eglise Gnostique, il continua à transmettre les initiation de la tradition Occidentale par sa propre organisation. Directement ou indirectement, il initia la plupart des Martinistes qui poursuivirent le combat pour la liberté religieuse:

Jules Boucher, Gustave Lambert Brahy, Maurice Warnon.

L'Ordre Martiniste Traditionnel de l'AMORC est réservé aux seul membres de l'"Ancient and Mystic Order of the Rose and the Cross" (A.M.O.R.C.) qui fut créé par Spencer Lewis. Cet Ordre dont la validité repose sur l'initiation de Ralf Maxwell Lewis, fils de Spencer, et désigné par Augustin Chaboseau comme Souverain Délégué Général pour la Californie et les États-Unis d'Amérique. Ralf Lewis rompit les relation de la délégation américaine d'avec l'organisation parente le 14 août 1951. Il fonda un Ordre séparé, reprenant le nom de Chaboseau et se proclamant son seul successeur légitime. Son Ordre est le seul à refuser tout contact avec les Martinistes des autres Ordres, et à ne pas recevoir de visiteurs.

L'Ordre Martiniste Initiatique fut créé par Jules Boucher, encore pour s'opposer à l'influence croissante de l'église Gnostique. Jules Boucher tenta sans succès d'allier son Ordre Martiniste avec la Franc-Maçonnerie. La plupart des Maçons français étant hostiles au Christianisme, n'apportèrent aucun support à ses efforts. L'Ordre Martiniste Initiatique « disparut » à la mort de son fondateur et continua dans la réalité des temples. L'Ordre Martiniste Belge, fut créé à la demande de Philippe Encausse. Les membres de son Suprême Conseil furent Gustave-Lambert Brahy, Pierre-Marie Hermant, Stéphane Beuze, Marc Depourque, Nicolas Leruitte, Maurice Warnon qui démissionna en 1975 pour fonder l'Ordre Martiniste des Pays-Bas

Cette branche du Martinisme disparut pratiquement avec son fondateur. Seul Nicolas Leruitte poursuivit les activités du seul groupe survivant.

L'Ordre Martiniste des Pays-Bas, fut également créé à la demande de Philippe Encausse en 1975, pour permettre aux Martinistes qui le désiraient, de garder leur liberté de choix en matière religieuse. Lors de sa fondation, les membres du Suprème Conseil de cet Ordre étaient: Maurice Warnon, Augustus Goetmakers, Bep Goetmakers, Femke Iken, Annie Iken, Joan Warnon-Poortman. Cet Ordre est actuellement actif aux Pays-Bas, en Belgique, en France, au Canada, en Angleterre et aux États-Unis d'Amérique.Ce sont les membres de cet Ordre qui contribuent à répandre le message Martiniste par ce site sur Internet.

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VII Histoire de l'Ordre Le "Martinisme" est un courant de pensée dont les origines sont,

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Histoire de l'Ordre

Le "Martinisme" est un courant de pensée dont les origines sont, dans l'absolu, aussi anciennes que la tradition à laquelle il se rattache : la mystique judéo-chrétienne, elle même héritière de la connaissance qui a essaimé dans tout le bassin méditerranéen 1 .

Louis-Claude de Saint Martin (1743 - 1803), sous l'égide duquel l'Ordre Martiniste a été fondé, est un théosophe 2 .

"La Théosophie est la doctrine chrétienne des XVIe. et XVIIe. s., tantôt populaire et mystique, tantôt érudite et philosophique, représentée par Paracelse, Boehme, Weigel, Fludd, etc., et qui se caractérise par la réflexion analogique ou l'illumination intérieure, l'expérience spirituelle, les notions :

d'émanation, de chute originelle, d'androgynat, de sophia, de réintégration, d'arithmosophie, et surtout de double force". (A. Faivre, Encyclopaedia Universalis, t. 15).

La théosophie (à ne pas confondre avec la Société Théosophique, mouvement créé en 1875) se détache des églises constituées qui souvent survolent, lorsqu'elles ne passent pas sous silence, certains points de doctrine ou de praxis.

Sans pour autant négliger la recherche documentaire, l'Ordre Martiniste ne se sent pas limité par l'histoire. L'histoire constitue un cadre qui, par ses inévitables lacunes, se prête à des remaniements et à des mises au

1 « Pour l'antiquité, nous voilà servi, l'ordre se rattacherait non seulement au courant judéo-chrétien mais aussi à ce qui a précédé. »

2 « Ce qui ne signifie pas qu'il a fondé l'ordre, mais une confusion de lecture est possible. Théosophe, donc le lecteur moyen va le rattacher à la théosophie même si des précisions sont données! »

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point au fur et à mesure que de nouveaux documents confirment ou infirment les anciennes hypothèses.

L' Ordre Martiniste prend ses sources dans les structures cachées des grandes lignes des mouvements de pensée aboutissant à la contemplatio, la paix de l'esprit. A l'instar des anciens alchimistes, pour y parvenir il propose laborare et orare.

Certains chercheurs n'ont pas hésité à donner comme source de ce mouvement des confréries hermétiques du XIe siècle. Robert Ambelain, notamment, cite l'Ordre des Frères d'Orient, qui aurait été fondé à Constantinople en 1090, et fait remonter la généalogie de l'Ordre aux courants gnostiques alexandrins des Ier au Ve siècles.

De telles hypothèses en valent bien d'autres, mais les seules sources que l'on peut avancer sans crainte sont à puiser dans l'histoire telle que nous la rapportent les documents authentifiables, ainsi que dans la tradition vivante de l'Ordre.

Pour faciliter la lecture, et afin que le lecteur ait des repères aussi sûrs que possible, nous avons scindé la partie historique en cinq chapitres :

Histoire de l'Ordre

Le "Martinisme" est un courant de pensée dont les origines sont, dans l'absolu, aussi anciennes que la tradition à laquelle il se rattache : la mystique judéo-chrétienne, elle même héritière de la connaissance qui a essaimé dans tout le bassin méditerranéen.

Louis-Claude de Saint Martin (1743 - 1803), sous l'égide duquel l'Ordre Martiniste a été fondé, est un théosophe. "La Théosophie est la doctrine chrétienne des XVIe. et XVIIe. s., tantôt populaire et mystique, tantôt érudite et philosophique, représentée par Paracelse, Boehme, Weigel, Fludd, etc., et qui se caractérise par la réflexion analogique ou l'illumination intérieure, l'expérience spirituelle, les notions : d'émanation, de chute originelle, d'androgynat, de sophia, de réintégration, d'arithmosophie, et surtout de double force". (A. Faivre, Encyclopaedia Universalis, t. 15).

La théosophie (à ne pas confondre avec la Société Théosophique, mouvement créé en 1875) se détache des églises constituées qui souvent survolent, lorsqu'elles ne passent pas sous silence, certains points de doctrine ou de praxis.

Sans pour autant négliger la recherche documentaire, l'Ordre Martiniste ne se sent pas limité par l'histoire. L'histoire constitue un cadre

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qui, par ses inévitables lacunes, se prête à des remaniements et à des mises au point au fur et à mesure que de nouveaux documents confirment ou infirment les anciennes hypothèses.

L' Ordre Martiniste prend ses sources dans les structures cachées des grandes lignes des mouvements de pensée aboutissant à la contemplatio, la paix de l'esprit. A l'instar des anciens alchimistes, pour y parvenir il propose laborare et orare.

Certains chercheurs n'ont pas hésité à donner comme source de ce mouvement des confréries hermétiques du XIe siècle. Robert Ambelain, notamment, cite l'Ordre des Frères d'Orient, qui aurait été fondé à Constantinople en 1090, et fait remonter la généalogie de l'Ordre aux courants gnostiques alexandrins des Ier au Ve siècles.

De telles hypothèses en valent bien d'autres, mais les seules sources que l'on peut avancer sans crainte sont à puiser dans l'histoire telle que nous la rapportent les documents authentifiables, ainsi que dans la tradition vivante de l'Ordre.

Pour faciliter la lecture, et afin que le lecteur ait des repères aussi sûrs que possible, nous avons scindé la partie historique en cinq chapitres :

"Martinésisme"

Les origines du Martinisme

La première source historiquement connue de ce que l'on peut appeler "le Martinisme" se trouve dans l'ouvrage de Martines de Pasqually qui contient sa théorie de "la chute et possible rédemption de l'Homme", ainsi que dans la pratique de rituels qu'il mit au point progressivement mais qui ne furent jamais terminés. Il s'agit du Traité de la Réintégration des êtres créés dans leurs primitives propriétés, vertus et puissances spirituelles divines, écrit à Bordeaux aux alentours de 1770.

Les origines de Martines sont encore fort méconnues, jusqu'à sa date de naissance que l'on situe habituellement en 1727, à Grenoble. Des recherches récentes donnent à penser qu'il serait plutôt né vers 1715. De père espagnol (il serait né à Alicante en 1671) et de mère française, ce mystérieux personnage, dans la lignée des grandes figures de l'histoire de l'ésotérisme, était un grand voyageur et un ardent propagateur d'une praxis à but spirituel. Dans un siècle voué de façon croissante aux "lumières" de la raison, il sut imposer une vision profonde et exigeante de ce qu'il considérait, lui, comme

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la plus grande Lumière : celle qui permet aux hommes de se réconcilier avec leur dimension divine. Il appellera cette voie particulière la Réconciliation (individuelle), qui doit précéder la Réintégration (collective).

Il n'existe aucun portrait d'époque de Martines. Celui que nous reproduisons ici a été publié par Arthur E. Waite dans The Secret Tradition in Free- Masonry, New York, Ed. Rebman. Bien qu'il ne présente guère, et de loin, de garantie d'authenticité, il nous permet de mieux imaginer qui put être ce personnage…

nous permet de mieux imaginer qui put être ce personnage… L'image fut longtemps considérée « portrait

L'image fut longtemps considérée « portrait de Martinès il n'en est rien »

Il se définissait lui-même comme catholique romain, bien que l'on puisse s'interroger sur les origines de ses doctrines. On peut cependant affirmer qu'il possédait, outre le "catéchisme" chrétien traditionnel, de profondes connaissances en kabbale et en théurgie.

Son entrée sur la scène publique a lieu en 1754, notamment dans les milieux maçonniques. En développant une doctrine complexe sur la Création et la mission attribuée aux hommes, il s'impose rapidement comme un théosophe de premier plan.

Antoine Faivre, dans L'Esotérisme au XVIIIe siècle (Editions Séghers, Paris, 1973), résume comme suit la doctrine de Martines au sujet de la chute, thème commun à la plupart des grandes mythologies :

" Dieu, l'Unité primordiale, a doté d'une volonté propre les êtres qu'il a "émanés", liberté qui eut pour conséquence la chute de certains esprits,

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Lucifer voulant exercer lui-même la puissance créatrice. Celui-ci, ainsi que les esprits qui l'avaient suivi, furent alors enfermés dans la matière, créée à cet effet, puis Dieu envoya l'Homme, androgyne au corps glorieux, doué de pouvoirs extraordinaires dès son émanation, garder les anges rebelles, travailler à leur résipiscence. Mais Adam se laissa séduire par les anges prévaricateurs ; il les imita ; pour punition il fut précipité dans l'état où il se trouve actuellement et entraîna la nature dans sa chute. Un tel scénario mythique nous suggère en quoi consiste la quête des hommes de désir. " (La réintégration de l'Homme dans son état primitif).

Cette théorie, dit A. Faivre, qui est à rapprocher de celles de Paracelse, de William Law et d'autres théosophes de l'époque, est bien plus complexe que celle que l'on peut tirer d'une lecture au premier degré de la traduction de la Genèse. La condition présente de l'Homme ne serait pas une fatalité mais lui donnerait la possibilité de se "réintégrer" dans le divin, son origine, en reconquérant ses prérogatives suspendues temporairement depuis la chute de l'Homme archétypal. Pour cela, la voie qu'offre Martines est celle du perfectionnement intérieur unissant purifications et pratique d'une théurgie (ensemble de rituels comportant évocations et invocations) susceptible de nous mettre en contact avec des entités spirituelles, intermédiaires entre Dieu et nous.

On a souvent à tort identifié Martinès à un simple "mage", alors qu'il était avant tout un profond croyant, et un homme d'une grande dimension spirituelle. Preuve nous en est donnée par l'influence qu'il sut conserver auprès de ses deux principaux disciples, Louis-Claude de Saint-Martin et Jean-Baptiste Willermoz, qui reconnaîtront toujours en lui un maître, le "premier" maître pour Saint Martin.

Martinès s'affilia à la loge "La Française", placée sous l'administration de la Grande Loge de France, dont plusieurs de ses membres étaient des personnages éminents du Parlement de Bordeaux. Martines "utilisera" alors en quelque sorte le cadre maçonnique pour instituer, à son abri, son propre système de hauts grades : l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers. A partir de 1758, son activité s'accentue. Il parcourt la France : le Midi, Lyon, Paris, et initie de nombreuses personnalités à son système.

En 1761, il construit son propre temple en Avignon où il restera jusqu'en 1766. A la fin de cette année, Martines se fixe à Paris, où il rencontre Jean-Baptiste Willermoz, puis, en 1768, Louis-Claude de Saint- Martin, alors jeune militaire au régiment de Foix. Celui-ci deviendra, après l'Abbé Fournier, son secrétaire.

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Il se marie par l’Église et en 1767 lui naît un fils, Jean-Anselme, dont

on perd la trace pendant la Révolution. Le 11 juillet 1770, il annonce pour la

première fois qu'il travaille à l'ouvrage qui deviendra son chef-d'œuvre : le Traité de la Réintégration (ouvrage cité).

Le 29 avril 1772, Martines part pour l'île de Saint-Domingue pour y recueillir un héritage. Il y décède le 20 septembre 1774. Son Ordre ne lui survivra guère ; les dernières loges des Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers seront officiellement dissoutes en 1781

Je ne suis qu'un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir, pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de Maçon, qui veut dire spirituellement hommes ou âmes, afin de leur faire voir véritablement qu'ils sont réellement Hommes-Dieu, étant créés à l'image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant.

(Martines de Pasqually dans une lettre du 13 août 1768, citée par Robert Amadou dans l'Initiation de janvier 1969).

Saint-Martin et la Voie cardiaque

A la disparition de Martines de Pasqually, rituels et instructions restant

inachevés, les membres de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers se trouvèrent désemparés, car à la mort de Caignet de Lestère et de Sébastien Las Casas, qui lui succédèrent, les Temples sont fermés. Le maître, l'inspirateur, n'était plus. Willermoz et Saint-Martin, chacun à leur manière et de façon bien distincte, mirent leurs pas sur ses traces.

Jean-Baptiste Willermoz, un notable lyonnais, s'était intéressé à la Franc-Maçonnerie dès l'âge de vingt ans. En 1753, âgé de 23 ans, il avait même fondé une loge, la "Parfaite Amitié", dans sa ville natale de Lyon. Mais c'est à Bacon de la Chevalerie qu'il dut de rencontrer Martines de Pasqually à Versailles en 1767. Il avait trouvé sa voie : la Réintégration proposée par Martines représentait pour lui l'aboutissement de sa quête initiatique.

Louis-Claude de Saint-Martin, gentilhomme né à Amboise le 18 janvier 1743, avait fait des études de droit (1759-1762) avant de s'orienter vers la carrière militaire. Il rejoignit à 22 ans, comme officier, le régiment de Foix où il fit la connaissance de ceux qui l'introduisirent auprès de Martines.

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En 1769, il fut initié à Bordeaux, dans l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohens de l'Univers que Martines avait créé.

C'est vers 1770 que les deux hommes se rencontrent, et se lient rapidement d'amitié, même si Saint-Martin s’efforcera par la suite, avec tact et diplomatie, de ne pas se laisser emporter par la fougue maçonnique de Willermoz. Une abondante correspondance s'installe entre les deux hommes à partir de 1771, et Willermoz en vient à offrir l'hospitalité à son ami en son domicile de Lyon. Willermoz est fasciné par le système théurgique de Martinez alors que Saint-Martin, tout en s'abreuvant à la même source d'enseignement, se détournera assez vite de l'aspect "magique" et opératif du système Cohen. Ainsi, trouvant quelque peu contraignante l'hospitalité que Willermoz lui offrait, il est bien décidé à recouvrer sa liberté et part pour Paris. Il écrit :"L'Unité ne se trouve guère dans les associations : elle ne se trouve que dans notre jonction individuelle avec Dieu". (Les Enseignements secrets, de F.von Baader). C'est déjà la thèse que le mystique Saint-Martin soutiendra toute sa vie.

Leurs divergences de vue éclateront au grand jour à la mort de Martines en mars 1774. En novembre de la même année, Willermoz entretient des rapports étroits avec Karl von Hund, de la Stricte Observance Templière allemande, et continue de propager l'enseignement du maître dans les hauts grades maçonniques. Il sera le principal fondateur du Rite Écossais Rectifié (RER), encore pratiqué de nos jours par certaines obédiences d'inspiration chrétienne, notamment par celles qualifiées de "régulières" par la Franc- Maçonnerie anglaise.

Saint-Martin, de son côté, va de moins en moins fréquenter les loges maçonniques pour s'en désintéresser presque complètement à partir de 1782, au point d'exiger que son nom fût rayé des registres maçonniques. Il continuera cependant de fréquenter certains cercles philosophiques (Société philanthropique, 1780, Société de l'Harmonie, 1784, Société des Initiés,

1785). C'est à cette époque que voit le jour sa carrière littéraire : Des Erreurs

et de la vérité (1775), Le Tableau naturel

Ecce Homo et Le Nouvel homme (1792), entre autres

(1782), L'Homme de désir (1790),

Saint-Martin considère que les rituels complexes ne sont rien en comparaison de l'attitude intérieure de l'homme lors de sa quête. C'est par ses mérites propres, dont seul Dieu est témoin, que le "cherchant" spirituel peut prétendre à la Réintégration.

On est à peu près sûr aujourd'hui que Saint-Martin ne fonda aucun ordre initiatique, bien qu'il ait animé un "Cercle des intimes". Sans doute

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dispensa-t-il des initiations à titre individuel, mais ses continuateurs furent surtout de fervents admirateurs de son œuvre. Ils eurent à cœur de transmettre à d'autres ce qu'eux-mêmes avaient reçu. En passant par des "initiateurs libres", anonymes transmetteurs du Martinisme, l'esprit de Saint- Martin parvint jusqu'à Gérard Encausse "Papus", et Pierre-Augustin Chaboseau.

Papus et le Martinisme moderne

La transmission spirituelle perdure à la mort de Louis-Claude de Saint- Martin, sans que l'on puisse exactement en préciser la forme. Les initiations "Martinistes", qui ne s'appelaient pas encore ainsi, se poursuivirent pendant presque un siècle, en France mais aussi en Russie. Le système maçonnique de Willermoz, basé sur des loges indépendantes, s'appelle d'ailleurs dans ce pays simplement "Martinisme". Plusieurs loges y adoptent les grades symboliques communiqués par Willermoz. En même temps, sous le règne de Paul Ier, des traductions des livres de Saint-Martin sont rendues accessibles aux profanes.

Bien que les éléments historiques fassent souvent défaut, on peut avancer que Nicolaï Novikof contribua grandement par ses écrits à l'extension du Martinisme en Russie. Novikof avait le grade de C.B.C.S. (Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte), système organisé par le strasbourgeois Salzmann, qui avec Charlotte de Boecklin aurait fait découvrir Jacob Boehme à Saint-Martin. Par ailleurs, l'écrivain Joseph de Maistre, qui avait connu Saint-Martin et partagé sa vision théosophique du monde, aurait créé à Saint-Pétersbourg un cercle Martiniste dans les années 1810, alors qu'il était en poste à la cour du Tsar Alexandre Ier.

En France, les continuateurs de l'œuvre saint-martinienne œuvraient dans l'ombre. Deux disciples directs de Saint-Martin, Jean-Antoine Chaptal (mort en 1832) et l'Abbé de La Noue (mort en 1820) sont à l'origine de l'Ordre actuel.

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L'hermitage de l'Abbé de la Noue, en région parisienne, où séjourna Henri de la Touche

L'hermitage de l'Abbé de la Noue, en région parisienne, où séjourna Henri de la Touche et qu'aurait également fréquenté Balzac.

La filiation "Abbé de La Noue" aboutit, en 1886, à l'initiation de Pierre-Augustin Chaboseau, alors âgé de vingt ans, par sa tante Amélie de Boisse-Mortemart.

De son côté, l'étudiant en médecine Gérard Encausse avait reçu quelques années plus tôt, en 1882, l'initiation Martiniste des mains de Henri

Delaage, lui-même initié dans la filiation Chaptal, mais dont on ignore le nom de l'initiateur.

Gérard Encausse est né le 13 juillet 1865 à la Corogne, en Espagne, de

père français et de mère espagnole. Intelligence précoce, il entame à 17 ans des études de médecine tout en s'intéressant à l'ésotérisme, après avoir été un athée convaincu. La Tradition présente pour lui la meilleure alternative à une religiosité étroite, tout en comblant ses aspirations métaphysiques.

A Paris, il fréquente les ésotéristes. Parmi ses amis on notera Stanislas de Guaïta et Joséphin Péladan, futurs animateurs de l'Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix. En 1887, il décide de conserver le legs initiatique qu'il a reçu quelques années plus tôt en fondant l'Ordre Martiniste, auquel se joindront rapidement ses amis ésotéristes qui formeront plus tard le premier Suprême Conseil.

En 1888, il rencontre Pierre-Augustin Chaboseau qui lui confie qu'il détient lui-même une initiation Martiniste. Troublante "coïncidence" qui donnera d'autant plus de force au nouvel Ordre dont la structure sera définitivement établie en 1891.

Devenu médecin, et chef de laboratoire de l'Hôpital de la Charité à Paris, il entame simultanément une carrière d'auteur prolifique. Il reste

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connu dans le public comme l'auteur le plus fécond dans le domaine de l'ésotérisme en cette fin de siècle. Ses livres (160 titres !), qu'il signa toujours sous le pseudonyme de "Papus", sont encore régulièrement réédités de nos jours.

Sa rencontre avec M. Philippe de Lyon va pourtant bouleverser sa vision du monde. Il deviendra le défenseur acharné de la mystique chrétienne et de la Voie cardiaque que Saint-Martin appelait la Voie Intérieure.

Homme d'une remarquable énergie, il se dépensera sans compter pour ses malades, mettant en pratique les préceptes chrétiens. Il restera pour les pauvres du quartier de la rue de Savoie, à Paris, comme le "bon docteur", qui distribuait ses soins sans faire payer les nécessiteux.

Lorsque éclate la première guerre mondiale, il se porte volontaire pour secourir les blessés. Il sera médecin chef d'une ambulance, sur le front. Affaibli par ses années de labeur et les conditions de vie qu'il rencontre à la guerre, gazé, il tombera gravement malade et sera rapatrié pour mourir le 25 octobre 1916 à l'hôpital de la Charité, là même où il avait commencé sa carrière de médecin

La chronologie suivante, inédite, relate la genèse de l'Ordre Martiniste, sous sa forme actuelle :

1882 : Initiation de Gérard Encausse, par Henri Delaage, quelques semaines avant le décès de ce dernier.

1886 : Papus rencontre les ésotéristes parisiens. Lecture des classiques de l'occultisme : Saint Yves d'Alveydre, Louis Lucas, Wronski, Eliphas Lévi, Cyliani, Lacuria

Fin 1887 : "Selon Papus même, et à sa diligence : premières initiations personnelles en 1884 ; cahiers et premières loges en 1887-1890" (R. Amadou, in Documents Martinistes, N° 2, 1979). Il fonde, avec Stanislas de Guaïta et Joséphin Péladan, la première loge Martiniste, probablement dans l'appartement de ces derniers, rue Pigalle. Le nom "Ordre Martiniste" apparaît déjà.

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1888 : Papus et Pierre-Augustin Chaboseau découvrent et se transmettent leurs initiations respectives (provenant de Delaage pour Papus et de Mme de Boisse-Mortemart pour Chaboseau). Ensemble, ils redéfinissent l'Ordre Martiniste, dont Papus prend la Grande Maîtrise.

Février 1889 : Premier manifeste officiel de l'Ordre Martiniste paru dans la revue l'Initiation.

Octobre 1890 : Publication des statuts de l'Ordre et premiers cahiers d'instruction.

Mars 1891 : Les initiés Martinistes décident d'établir les premières loges régulières et de fonder un Suprême Conseil de l'Ordre.

10 septembre 1891 : Première réunion du Suprême Conseil de l'Ordre Martiniste. Papus, fondateur du Suprême Conseil, est nommé président à vie. Les autres membres sont nommés pour quatre ou un an, selon leur statut.

8 octobre 1891 : Le Suprême Conseil fixe les modalités d'attribution des chartes aux loges Martinistes.

Novembre 1891 : L'Ordre Martiniste compte déjà 17 loges, et est présent en France, Espagne, Italie, Allemagne, Etats-Unis

En 1897, l'Ordre s'implante en Russie. A partir de 1899, le Suprême Conseil de l'Ordre crée plusieurs comités ; Papus délègue largement ses pouvoirs. Ses compagnons s'appellent : Paul Sédir (Yvon Le Loup), Lucien Chamuel, qui crée la "Librairie du Merveilleux", Stanislas de Guaïta, Marc Haven (Dr Emmanuel Lalande), F.-C. Barlet, Victor-Emile Michelet, et bien d'autres. René Guénon, le grand rénovateur de la tradition ésotérique, participera aux travaux du groupe. C'est la grande époque de l'occultisme français, que Michelet relatera dans son livre Les Compagnons de la Hiérophanie (Nice, Dorbon-Ainé, 1977).

L'Ordre Martiniste au XXe siècle,

à l'aube du troisième millénaire

A la mort de Papus , en 1916, Téder (Charles Détré) prend la direction de l'Ordre Martiniste. Il assumera cette charge jusqu'à sa mort, deux ans plus tard.

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A la disparition de Téder, des divergences apparurent parmi les Martinistes

sur la façon de maintenir l'héritage. Des clans se formèrent, l'Ordre se divisa.

Le Lyonnais Jean Bricaud, nouvellement nommé à sa tête, opta pour une maçonnisation du mouvement à laquelle Papus, en son temps, s'était toujours refusé. En réaction, Victor Blanchard créa en 1920 l'Ordre Martiniste Synarchique, en référence à l'œuvre de Saint-Yves d'Alveydre, que Papus avait appelé "son premier maître". De son côté, Pierre-Augustin Chaboseau, avec l'aide de Victor-Emile Michelet, crée l'Ordre Martiniste Traditionnel, voulant se rapprocher davantage des principes de l'Ordre fondé par Papus.

L'Ordre Martiniste continuait néanmoins de vivre et de recruter de nouveaux adeptes.

A la mort de Bricaud, en 1934, les esprits s'apaisent. Un nouveau Grand

Maître, Constant Chevillon, reprend le flambeau. Licencié ès lettres, professeur de philosophie religieuse chez les pères jésuites, son esprit

humaniste et sa profonde spiritualité lui assurent un large soutien. Mais survient la tourmente de la seconde guerre mondiale. Les sociétés initiatiques sont interdites, ses membres persécutés. Chevillon sera arrêté le 25 mars 1944

et exécuté le soir même par la milice.

A la Libération, Henri-Charles Dupont, l'un des derniers représentants de

l'Ordre Martiniste originel de Papus, reçoit la grande maîtrise. Si deux guerres successives, et en particulier les persécutions de la deuxième guerre mondiale et plusieurs scissions, ont décimé l'Ordre Martiniste, celui-ci n'est pas éteint pour autant.

Les survivants de l'Ordre fondé par Papus, ainsi que des admirateurs de son œuvre colossale, veulent redonner toute son ampleur au mouvement. Ce sera

la tâche que se fixera Philippe Encausse, le propre fils de Papus. En

décembre 1952, Philippe Encausse constitue l'Ordre Martiniste de Papus.

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Couverture de "l'Initiation" N°1, janvier 1953. Le 26 octobre 1958, un protocole d'accord est signé

Couverture de "l'Initiation" N°1, janvier 1953.

Le 26 octobre 1958, un protocole d'accord est signé entre l'Ordre Martiniste de Papus, présidé par Philippe Encausse, l'Ordre Martiniste (dit de Lyon) présidé par Henri-Charles Dupont, et l'Ordre Martiniste des Elus Cohen présidé par Robert Ambelain, que ce dernier avait créé en 1942. C'est "l'Union des Ordres Martinistes".

Deux mois avant sa mort, le 13 août 1960, au vu des efforts et du succès remporté par Philippe Encausse, fils de Papus, Henri-Charles Dupont lui transmet la Grande Maîtrise de l'Ordre Martiniste.

En 1960, l'Union des Ordres Martinistes prend le nom d'Ordre Martiniste avec un Cercle extérieur que l'on appellera Ordre de Saint Martin, présidé par Philippe Encausse, et un Cercle intérieur que l'on appellera Ordre des Elus Cohen, présidé par Robert Ambelain. Cette distribution a une vie éphémère. En effet, le 14 août 1967, est prononcée la dissolution de l'Union des Ordres Martinistes entraînant la disparition du "Cercle Intérieur" et du "Cercle Extérieur". Il y aura dorénavant deux Ordres distincts, à savoir :

l'Ordre Martiniste, présidé par le Dr. Philippe Encausse, et "l'Ordre des Elus Cohen" présidé par Ivan Mosca, que Robert Ambelain désigne le 29 juin 1967 comme son successeur. Ce dernier, qui avait entre temps appelé ce mouvement "Ordre des Chevaliers Maçons Elus Cohen de l'Univers", finira par le mettre en sommeil pour une période indéfinie le 22 avril 1968.

Pendant vingt ans, Philippe Encausse sera l'infatigable animateur de l'Ordre Martiniste auquel il saura redonner force et vigueur. Des centaines de membres, partout en France et à l'étranger, demandent à y adhérer. Il passe

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la grande maîtrise en 1971 à son ami de longue date Irénée Séguret, mais celui-ci démissionne en 1974 et la lui rend.

Après toutes ces années passées au service de l'Ordre qu'il avait fait renaître, Philippe Encausse, à 74 ans, choisit de prendre une retraite bien méritée et transmet la grande maîtrise à Emilio Lorenzo qui, membre depuis 1970 de la Chambre de Direction, l'avait secondé depuis 1975 en tant que vice-président de l'Ordre. Le 27 octobre 1979, celui-ci est officiellement confirmé par la Chambre de Direction et prend en mains les destinées de l'Ordre, tâche qu'il assume jusqu'à aujourd'hui.

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VIII

Entretien sur Amélie de Boisse-Mortemart (1) Exposé fait le 5 janvier 1961 pour l'inauguration du cercle Martiniste du Collège de Paris portant le nom d'Amélie de Boisse-Mortemart Revue numéro 2 de 1962 p 100

Mes chères sœurs et amies, Lorsque le docteur Encausse, Notre Grand Maître, me parla pour la première fois de fonder un Cercle à majorité féminine, je lui opposai un refus assez net, n'en voyant pas l'intérêt. Ceci se passait, il y a environ un an.

Mais, depuis, j'ai eu l'occasion de m'entretenir amicalement au sein des groupes ou en dehors des groupes avec certaines de nos sœurs, et j'ai compris, j'ai senti alors que mon amitié pour leur être utile et que j'avais leur confiance. Cette bonne découverte m'a fait penser qu'un cercle féminin, reprenant ainsi l'idée de notre Grand Maître, pouvait avoir sa raison d'être au sein de notre Ordre vénéré. Réunir des "femmes de désir" dans une ambiance plus particulièrement féminine, partant plus familière ; leur donner l'occasion d'exprimer devant un public d'amis leurs idées, leurs sentiments sur tel ou tel point qui les préoccupent ; en discuter avec elles et tirer de ces conversations le maximum de profits spirituels, me semblait maintenant possible. J'ai donc décidé d'essayer, et je vous ai envoyé à toutes la lettre circulaire à laquelle vous avez bien voulu répondre avec tant d'esprit fraternel. Je sens que je n'aurai pas beaucoup d'efforts à faire, car vous êtes des âmes ferventes… Et nous voilà réunies pour la première fois ce soir du 5 janvier qui est, vous le savez peut-être, la sainte Amélie. Je souligne que j'avais fait choix du 5 janvier, et que je tenais à cette date avant d'avoir constaté sur mon calepin que l'on fêterait ce jour-là, la sainte Amélie. Je ne pense pas qu'il s'agisse d'une coïncidence… C'est avec une très grande émotion que je déclarai tout à l'heure "ouverts les travaux du cercle Amélie de Boisse-Mortemart", Rendant

ainsi hommage à la mémoire de celle qui fut l'initiatrice du Très Illustre et

Regretté Frère Augustin Chaboseau, permettant par ce geste qu'arrivent jusqu'à nous les traditions initiatiques les plus anciennes…

C'est la main féminine d'Amélie de Boisse-Mortemart qui a soutenu et transmis le flambeau qui lui avait été confié le jour de son initiation. Son action fut secrète et vigilante…

Amélie de Boisse-Mortemart était née Amélie de Nouet de La Touche et elle avait épousé le marquis de Boisse-Mortemart, d'une branche cadette des Ducs de Mortemart Rochechouart. C'était donc une aristocrate, d'origine berrichonne. Elle descendait d'Henry de la Touche, dont la vie fit l'objet d'une étude de la part de Jégu, dans un livre intitulé "Un romantique républicain".

Elle eut, de son mariage avec le marquis de Boisse-Mortemart, un fils qui fit une carrière militaire. Commandant le premier bataillon du 152 ème à Colmar, en 1924, il devint professeur à l'école de guerre, et doit maintenant être à la retraite, s'il n'est pas mort. Le fils de celui-ci a eu la vocation religieuse il est entré dans les ordres.

On peut donc, sans se tromper, situer l'existence d'Amélie de Boisse- Mortemart, et ce qui suit vers 1885-90.

Je vais maintenant vous lire un passage de la lettre que Jean Chaboseau, le fils d'Augustin Chaboseau (tous deux anciens grands Maîtres de "l'Ordre Martiniste Traditionnel") a adressée au Docteur Philippe Encausse. C'est la seule source possible de renseignements sur cette tranquille et humble femme, qui ne fit pas parler d'elle en son temps.

Mon père avait dix-huit ans environ, il était seul à Paris, mon grand-père étant à l'époque en garnison à Tarbes, puis au Mans. Mon père avait quelques adresses de correspondants, plus ou moins de la famille. Parmi ces adresses celle d'une vieille dame, vieille pour lui, car elle est morte entre 1928 et 1938. Je n'ai jamais pu savoir la date par Jean son petit-fils : il était littéralement horrifié que je lui parle de sa grand-mère comme ayant pu s'intéresser à quoi que ce soit d'autre que le catéchisme ou l'Imitation… mon père va donc voir cette dame. Elle habitait rue Notre Dame des champs, un vieil appartement désuet. Musicienne, cultivée, mon père aimait beaucoup passer ses jeudis soirs chez elle. Et cette dame s'est mise en tête de compléter la culture de ce jeune homme, qu'elle trouvait beaucoup trop universitaire à son gré. Elle lui a fait découvrir Balzac, sous un autre jour, par exemple. Elle lui a ouvert les yeux sur certains philosophes que mon père tenait un peu à l'écart, et, petit à petit, l'a amené à la

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connaissance des "illuminés" et "théosophes" de la fin du 18 ème siècle et du début du 19 ème , en particulier Balanche. Et, naturellement, elle lui lisait beaucoup de textes de Saint–Martin. Tout cela je l'ai très souvent entendu raconter par mon père et il l'a notamment rappelé, un soir, à une réunion Martiniste chez Canudo, réunion qui s'est continuée fort tard et qui tenait les auditeurs sous le charme de ces souvenirs, évoqués à mi-voix, dans l'atmosphère que tu peux connaître et reconstituer.

"Et puis, un jour, Amélie dit à ce jeune homme qu'il existait "quelque chose", qu'une tradition s'était perpétuée, individuellement, secrètement ou du moins discrètement. Elle lui en a parlé avec beaucoup de précision, et à "reçu", à son tour, mon père. "La suite, tu la connais : mon père faisait sa médecine parallèlement avec ses études hindouistes et préparait la licence es-lettres puis ensuite le doctorat es-lettres. C'est à l'hôpital parisien de la Charité qu'il a connu Papus, dans le service d'un grand maître dont le nom m'échappe, puis avec lui dans le service de Charcot. Je te dis là des choses que tu connais depuis longtemps. Mais pour en revenir à Amélie de Boisse-Mortemart, elle était l'une des grands-tantes de mon père".

Vous pouvez juger par ces quelques lignes de la qualité de celle dont nous avons chois d'honorer le souvenir. Je n'ai pas besoin de vous dire que, réunir des femmes, présente parfois quelques dangers. Il est absolument nécessaire que vous compreniez dès à présent, que nous sommes unies, et que je souhaite que cette union ne soit jamais altérée par aucun commérage, ni aucun sentiment de jalousie. Nous sommes toutes au même point, c'est-à-dire soumises aux lois de l'évolution et de la réintégration et, puisque j'ai accepté cet honneur et cette fraternelle charge de vous guider, il est de mon devoir de vous mettre en garde contre ces petites faiblesses féminines qui sont en contradiction formelle avec les buts à atteindre. Nos natures et nos chemins sont divers. Ils sont conditionnés par nos mérites ou démérites antérieurs. Cependant, nous sommes semblables sur un point, celui de la recherche de l'Absolu, pour laquelle nous interrogeons sans cesse ; qui nous jette dans une angoisse heureuse, et aussi ce perpétuel besoin de connaître, de sentir que nous sommes esprit aussi bien que cors et âme, et même davantage… Ce besoin que nous avons de l'entendre dire par d'autres…

Voilà mes amies ce qui nous réunit : une question dont l'importance ne vous échappe pas. Une question essentielle au sens propre du mot.

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Et voici ce que nous allons faire ensemble au sein de ce cercle Amélie de Boisse-Mortemart, et ce que je vous propose :

Nous ne sommes pas nombreuses et nous ne le serons jamais, parce que je pense qu'il ne se fait de bon travail que dans un cercle restreint. Lorsque nous serons quinze, l'une d'entre nous essaimera, si j'ose dire, et prendra à son tour la responsabilité d'un autre Cercle. Il faut vous attendre les unes les autres, lorsque vous aurez reçu ce pourquoi vous êtes ici ce soir, c'est-à-dire l'Initiation, à la transmettre, lorsque le moment en sera venu, suivant ainsi l'exemple que nous a donné Amélie de Boisse-Mortemart et, avant elle, les autres Maîtres Passés.

Sur le plan matériel (je commence par lui, puisqu'en fait, le but de l'Ordre Martiniste est la "réintégration des âmes en Dieu") ; on part de la base du triangle, plan matériel, pour aller vers la pointe : Dieu), eh bien, sur le plan matériel, j'ai accepté de prendre, en votre nom (sachant que vous n'en seriez pas choquées) la responsabilité de la Bibliothèque de l'ordre. L'une de nos sœurs s'occupera de la partie comptable. Il nous restera les catalogues (les mettre à jour chaque année, les refaire si cela est nécessaire), les achats de nouveautés, les fiches à refaire, les livres gardés trop longtemps et qu'il nous faudra réclamer à l'emprunteur, ceux qui s'abîmeront et qui seront à recoller, nettoyer. Cette Bibliothèque est actuellement presque prête à fonctionner, grâce au dévouement de deux de nos sœurs ici présentes, et à qui je dis un très grand merci pour leur aide précieuse. Par ailleurs, toujours sur le même plan, il nous faut décider maintenant du programme des causeries de l'année :

Ces travaux nous seront très profitables car, en dehors de l'effort de méditation de celle d'entre nous qui présentera Un texte qu'elle aura

composé sur un sujet de son choix, le débat qui pourra et devra suivre cette causerie fera partager à toutes le travail d'une seul et sera utile à notre petite communauté.

Vous m'avez bien comprise, il ne s'agit pas pour nous de faire de brillants exercices de style à l'occasion de ces causeries, mais plutôt une sorte de méditation venant de notre cœur, et traitant de ce qui nous intéresse. Je crois que ce que je vous demande n'est pas aussi facile qu'il y paraisse, mais j'ai confiance en vous et je sais que nous ne sommes pas seules…

Pour conclure, je dis solennellement qu'avec l'aide de Dieu et des Maîtres Passés, par nos travaux et nos prières en commun, nous

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développerons la vie de l'Esprit en chacune d'entre nous, nous écouterons Dieu parler en nos cœurs et sa voix deviendra chaque jour plus perceptible… Vous m'aiderez autant que je vous aiderai. Je vous demande la plus entière confiance et la plus grande sincérité. C'est à ce prix que nous parviendrons au discernement et à l'Amour… Jacqueline Basse

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IX

Le Martinisme.

Les racines originelles.

Par ses visées spirituelles et son attachement au christianisme, le Martinisme se rattache normalement au grand courant traditionnel qui traverse l’Occident depuis le mouvement gnostique des premiers siècles de notre ère, sachant que la gnose chrétienne fut, en son temps, une tentative de synthèse entre les dogmes enseignés par l’Ancien Testament, les leçons des évangiles néo-testamentaires et, plus particulièrement, celui de Jean, et les réflexions platoniciennes qui, du fait de la conquête et des brassages de population, avaient essaimé dans tout le bassin méditerranéen. D’ailleurs, on appelle souvent les gnostiques rassemblés principalement dans les écoles d’Alexandrie, les néo-platoniciens.

Ces gnostiques sont donc les pionniers d’un christianisme éclairé ; leur projet d’instaurer une religion universelle fondée sur la connaissance et la réflexion fut combattu par les conciles et la plupart d’entre eux furent considérés comme hérétiques. À partir de l’empereur Constantin et du premier Concile de Nicée (en 325), la doctrine officielle fut celle de l’église exotérique (celle de Pierre et de Paul) et les disciples d’une église ésotérique (celle de Jean et de Jacques) durent se réfugier dans une sorte de clandestinité aux fins d’échapper aux persécutions qui se prolongeront pendant tout le Moyen Âge et dont l’histoire est bien connue.

Les avatars de cette gnose chrétienne portent les noms successifs d’hermétisme, d’alchimie (spirituelle) et, en guise de synthèse, de rosicrucianisme dont nous verrons plus loin l’influence sur les mouvements initiatiques qui lui sont ultérieurs.

En résumé, les sources originelles du Martinisme se retrouvent dans la gnose judéo- chrétienne et platonicienne, dans l’hermétisme et dans le rosicrucianisme.

Les trois piliers du Martinisme.

Le Martinisme s’articule autour de trois personnalités. Le Martinisme en gestation se rattache à Jacob Boehme, le Martinisme en réalisation se relie à Louis-Claude de Saint-Martin, le Martinisme en action se décline à partir de Papus.

Bien qu’ils vécussent à des époques bien différentes et dans des contextes tout à fait dissemblables, ces trois personnages demeurent à jamais unis dans l’histoire du Martinisme et dans le respect que nous devons aux Maîtres Passés dont ils constituent les charnières et les plaques tournantes. Nous allons les présenter rapidement.

Jacob Boehme, le fondateur méconnu du Martinisme.

Né à Görlitz, en Haute-Silésie, en 1575, 3 Jacob Boehme vécut modestement d’une échoppe de savetier qu’il avait héritée de son père. Cela ne l’empêcha pas de devenir un mystique illuminé (c'est-à-dire qui a reçu la lumière) et de produire quelques ouvrages qui exposent sa pensée profondément initiatique. « De signatura rerum », son œuvre la plus connue, renferme une pensée philosophique originale. Il est vraisemblable qu’il a pu rencontrer les rosicruciens du cercle de Tübingen qui, dans les années 1604 à 1630, se réunissaient autour d’un pasteur luthérien du nom de Valentin Andrae et qui, souffrant de cette guerre de religion larvée qui trouvera son temps fort avec la Guerre de Trente Ans (1618-1648), tentaient de rassembler les deux confessions antagonistes.

Il faut savoir que, quand on parle des rosicruciens du XVII e siècle, on n’évoque en aucun cas une société ou un ordre structuré. Les ordres rosicruciens se fonderont

plus tard sous divers noms et diverses formes, telle la Royal Society of England, et

quelques autres que nous n’avons pas à évoquer ici car cela n’entre point dans

notre présent sujet.

Jacob Boehme ne fonda pas d’ordre philosophique structuré ; de nombreux disciples, particulièrement en Allemagne et, surtout, en Angleterre, absorbèrent sa pensée initiatique et la répandirent à travers leurs propres écrits et travaux. LES Anglais Robert Fludd et Francis Bacon, peuvent être considérés au nombre de ceux- là.

En France, la pensée boehmienne ne pénétrera qu’à partir de la seconde moitié du

XVIII e siècle avec la rencontre d’un des disciples du maître, Rodolphe Salzmann, et

de Louis-Claude de Saint-Martin comme nous allons le voir à présent. Retenons pour l’heure que, s’il est avéré que Jacob Boehme ne créa pas de filiation initiatique, c’est dans son œuvre que le Martinisme se trouve en gestation et que, par cette voie, il se rattache nécessairement au grand courant rosicrucien du début du XVII e siècle, véritable plaque tournante de la tradition occidentale chrétienne.

Louis-Claude de Saint-Martin, le philosophe inconnu.

Louis-Claude de Saint-Martin est né à Amboise (Indre-et-Loire) en 1743. Après des études de droit, il obtint un brevet d’officier au Régiment de Foix. En garnison à Bordeaux, sa route croisa celle de Martinez de Pasqually et, à partir de ce moment- là, son destin fut scellé. Martinez de Pasqually, aux origines assez incertaines, détenait un certain nombre de connaissances orales proches de la Kabbale et cela le conduisit à créer un système de hauts-grades maçonniques 4 . C’est ainsi qu’apparut « l’Ordre des Chevaliers Élus-Cohen de l’Univers », sorte de maçonnerie théurgique déclinée en plusieurs classes et grades dans laquelle n’étaient admis que

3 Il y mourra en 1624.

4 Ajouter à la franc-maçonnerie, importée récemment d’Angleterre, des hauts-grades liés aux diverses traditions ésotériques constituait alors un exercice fort prisé auxquels de multiples maîtres se livraient avec plus ou moins de sérieux.

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des maçons ayant préalablement acquis les trois premiers grades, dits grades bleus. Plus tard, cet Ordre des Elus-Cohen se séparera de la franc-maçonnerie et formera une association indépendante.

Saint-Martin fut séduit par les idées de Martinez de Pasqually. Il en devint rapidement un disciple et, quelques années plus tard, il sera le secrétaire du maître. Martinez n’a laissé qu’une œuvre pour transmettre sa vision mystique de la vie visible et invisible, mais cette œuvre peut être considérée comme fondamentale dans l’étude du Martinisme. En effet, le « Traité sur la Réintégration des Êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine » aborde le thème éternel de la chute et ouvre la voie à son « contre-poison » qu’est justement la réintégration. L’homme terrien, c'est-à-dire vous et moi, est tombé dans le monde infernal, une espèce de torrent ; il est « l’homme du torrent ». Par l’exercice assidu et bien dirigé des pratiques théurgiques et par celui de la prière, cet homme déchu peut renouer avec sa providence et retrouver l’état primordial qui fut le sien avant la chute.

Martinez de Pasqually mourut en 1774, dans l’île de Saint-Domingue (aujourd'hui Haïti) où il avait débarqué deux ans plus tôt aux fins d’y percevoir (selon ses propres termes) un héritage. Alors, Louis-Claude de Saint-Martin semble s’être détaché de la voie martinézienne pour se diriger vers une vue plus philosophique et mystique de la tradition. Et c’est ainsi qu’ayant traversé la France en diagonale (en ce temps-là, les gentilshommes voyageaient beaucoup), il se retrouva à Strasbourg où il rencontra celui déjà évoqué quelques lignes plus haut et qui se disait être un disciple de Jacob Boehme : Rodolphe Salzmann. Saint-Martin découvrit, grâce à cette rencontre, l’œuvre et la pensée du théosophe, disparu environ cent cinquante plus tôt. Il se mit en devoir de traduire en français ces œuvres, ce qui n’avait encore jamais été fait.

À partir de ces éléments grâce à la richesse des rencontres qu’il eut le bonheur de faire, Louis-Claude de Saint-Martin se retrouva donc au carrefour de plusieurs courants traditionnels dont il tira, à son tour, un œuvre complet. Au sommet de cet œuvre émerge le « Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu, l’homme et l’univers ». On ne saurait prétendre que la lecture de cet ouvrage, comme celle du « Traité… » de Martinez de Pasqually sont d’une lecture facile. L’étudiant doit se livrer à un effort particulier pour pénétrer dans cette littérature à l’abord ingrat, dans ce style ampoulé et parfois précieux du XVIII e siècle. Mais l’effort ne demeure pas sans récompense.

Comme était apparue avec Martinez de Pasqually la notion de « l’Homme du torrent », celle, opposée, complémentaire et réparatrice de « l’Homme de Désir » surgit avec Louis-Claude de Saint-Martin. Ces deux notions, ne craignons pas de le répéter, constituent les deux supports de la doctrine Martiniste. Pas davantage que Jacob Boehme, Saint-Martin ne fonda d’ordre initiatique structuré ; ce sont ses élèves qui, tout au long du XIX e siècle (Saint-Martin est disparu en 1803) ont transmis librement et en-dehors de toute organisation formelle la pensée saint- martinienne jusqu’à ce que le célèbre Papus la recueillit pour la faire connaître au plus grand nombre et en assurer la pérennité.

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Papus, le propagateur du Martinisme.

Une chaîne informelle (dont les principaux maillons sont connus, malgré quelques liaisons absentes) semble avoir acheminé la philosophie saint-martinienne jusqu’à Papus à partir de

1891.

Papus (docteur Gérard Encausse) était né en 1865 à La Corogne (en Espagne) mais ses parents s’étant très vite après sa naissance installés à Paris, on peut dire que notre héros fut un Parisien qui, jeune homme et étudiant en médecine, fréquenta de la capitale tous les lieux fréquentables et même… les autres. Curieux de tout, doté d’un appétit jamais apaisé pour toutes les connaissances humaines, doué d’une intelligence synthétique, d’une mémoire et d’une facilité de parole peu communes, Papus devint vite le pivot et l’âme de la renaissance traditionnelle qui vit le jour à la charnière des XIX e et XX e siècles. Ses qualités lui valurent l’honneur de devenir le dépositaire de la pensée saint-martinienne et, à travers elle, de celle de Jacob Boehme et du rosicrucianisme primitif. Cette filiation de Philosophe Inconnu lui fut transmise par Henri Delaage ; une autre voie issue de Saint-Martin avait simultanément abouti à Augustin Chaboseau. Les deux récipiendaires se rencontrèrent, échangèrent leurs initiations, et Papus, toujours entreprenant, mit sur pied un « Suprême Conseil » qui réunit, outre ces deux protagonistes : Stanislas de Guaita, Charles Détré, Péladan, Maurice Barrès, et quelques autres. Ainsi, le premier Ordre Martiniste était né.

Papus se mit sans tarder en devoir d’écrire des rituels pour les cérémonies et les réceptions de nouveaux membres. Il faut reconnaître, en toute honnêteté, que ces rituels comme l’organisation hiérarchique des grades furent quelque peu décalqués des usages maçonniques. Papus ne cessait de reprocher aux frères maçons de son époque leur détachement vis-à-vis de la tradition initiatique qui devait être la leur et, sans doute, son esprit effleurait-il l’idée de créer une espèce de maçonnerie traditionnelle, chrétienne et gnostique. Bien sûr, il n’y eut jamais de relation administrative entre la franc-maçonnerie et le Martinisme, hormis le fait que certaines loges maçonniques (particulièrement celles du Régime Écossais Rectifié se réclament de l’esprit Martiniste et cultivent dans leurs travaux cette tradition.

Papus était prosélyte dans l’âme. Aussi, ne doit-on pas s’étonner d’apprendre, de-ci, de-là, que quelques personnages en vue du Paris des années 1900 à 1913 ont pu être Martinistes bien que ne figurant sur aucun rôle ni sur aucune matricule de l’Ordre. Papus sortait beaucoup, donnait de multiples conférences et ses ouvrages étaient connus et prisés. Quand on connaît beaucoup de monde, on a forcément des amis et, quand on a une foi inébranlable dans le bien-fondé de l’œuvre qu’on accomplit et que l’on jouit d’une aura exceptionnelle, on fait inévitablement des adeptes. On connaît également quelle fut son action dans la Russie du dernier tsar auquel il rendit visite deux fois et qui le tenait en grande estime.

1914, l’Europe tremble et il n’est plus guère de temps pour les conférences philosophiques. Papus est mobilisé en qualité de médecin. Deux ans plus tard, le 25 octobre 1913, il meurt des suites d’une pneumonie contractée à la guerre.

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Charles Détré (alias Téder) lui succède à la tête de l’Ordre Martiniste mais deux années plus tard le voilà qui disparaît à son tour. L’Ordre est dispersé : sous la houlette de Jean Bricaud, patriarche de l’Église Gnostique Universelle, une partie émigre vers Lyon (la capitale des Gaules lourdement chargée en ésotérisme et en magie). En 1934, c’est Constant Chevillon qui lui succède à son tour. Indépendamment de cette succession, d’autres ordres Martinistes se sont créés :

l’Ordre Martiniste et synarchique (OMS) de Victor Blanchard dont le siège actuel se trouve en Angleterre, l’Ordre Martiniste traditionnel (OMT) souché sur l’Amorc, l’Ordre Martiniste initiatique (OMI) fondé par Robert Ambelain dans les années 70 et souché sur la maçonnerie de Memphis-Misraïm.

En 1953, le docteur Philippe Encausse (fils de Papus 5 ) réveille la revue « l’Initiation » fondée en 1888 par Papus et, l’année suivante, il fonde une loge maçonnique (du nom de Papus) à la Grande Loge de France, loge destinée à recevoir des Martinistes. En 1960, il reçoit d’Henry Dupont une charte l’instituant Grand Maître de l’Ordre Martiniste. Il dirigera l’Ordre avec une ferveur et une disponibilité uniques. En 1979, se trouvant fatigué et étant devenu presque aveugle, il remettra ses prérogatives à un successeur. Une scission s’ensuivra qui donnera le jour à l’Ordre Martiniste libre (OML) lequel subira à son tour une scission qui donnera naissance à l’Ordre Martiniste des Supérieurs Inconnus (OMSI).

Le Martinisme éternel.

Entre les haies que forment ces nombreux ordres 6 , le Martinisme passe, éternel. Sa vocation est de rassembler des « hommes de désir », c'est-à-dire des hommes de bonne volonté avec un plus spirituel. En cela, il n’a point varié depuis Jacob Boehme, les rosicruciens et les Philosophes Inconnus, Martinez de Pasqually, Louis- Claude de Saint-Martin, Papus et ses successeurs. S’il faut aux humains des structures, des statuts, des cadres…, la véritable spiritualité n’en a nul besoin.

Le Martinisme est très proche d’une certaine tradition maçonnique depuis que, dans les années 1778 à 1782, un maçon lyonnais, Jean-Baptiste Willermoz, disciple de Martinez de Pasqually et ami de Saint-Martin, a créé un régime maçonnique en rupture complète avec les mœurs et usages de la maçonnerie de son époque tout empreinte d’esprit aristocratique et qui s’apparentait plus à un club mondain qu’à une société initiatique. Ce régime maçonnique, le Régime Écossais Rectifié (RER), distille en plusieurs grades échelonnés un enseignement voisin de celui du Martinisme et, dans ces rituels comme dans ces instructions, on retrouve des pans entiers de la pensée Martiniste. En dépit de moultes turbulences, cette maçonnerie existe toujours en France, en Suisse, en Italie, principalement. En France, certaines des loges de ce Régime sont composées pour l’essentiel de Martinistes instruits.

5 Philippe Encausse, né en 1906, n’avait que dix ans à la mort de son père.

6 Nous n’avons pas cité les éphémères, les fantaisistes et les déviationnistes, car la liste en est bien trop longue et ne mérite pas d’être déroulée.

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« Chevalerie chrétienne », disait Papus en présentant le Martinisme. Mais aussi « serviteurs de la connaissance véritable », pourrait-on dire des Martinistes. « Utopistes d’un monde d’amour et de paix », voilà qui ferait une belle devise pour tous ceux qui veulent travailler à la venue d’une société plus juste et plus fraternelle. Car le rôle du Martiniste est aussi un rôle citoyen ; il ne sera jamais un ermite mais il vivra au milieu du torrent avec tous les autres hommes, ses frères, pour leur insuffler, par son comportement, son amitié, sa compassion, le « Vrai Désir ».

Yves-Fred Boisset, Rédacteur en chef de la revue « l’Initiation », Yvesfred.boisset@papus.info

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Le Martinisme et les Élus Cohen

X Le Martinisme et les Élus Cohen Nécessité de passer par le Martinisme pour accéder aux

Nécessité de passer par le Martinisme pour accéder aux Elus- Cohen

Pour Martines de Pasqually, tous les hommes sont destinés à manifester même ici-bas, quelques rayons des facultés divines. Quelques uns sont appelés à cette oeuvre avec une détermination positive et active : ce sont les Elus Cohens ou prêtres choisis. Lorsque l'on aborde cependant les modalités de l'affiliation à cet Ordre, nombre de personnes ne comprennent pas toujours la nécessité d'être Martiniste de manière assidue, et de participer aux travaux individuels et collectifs d'un Chapitre Martiniste Ils pensent peut-être perdre leurs temps en dévotions et prières qu'ils estiment vaines et inutiles et justes bonnes pour les bigotes. Ils oublient là le caractère sacré de ce titre de prêtre choisi, être Elu Cohen représentant pour eux le but ultime à atteindre, avec l'acquisition de " pouvoirs ", la possibilité d'invoquer des entités supérieures, de commander aux éléments pour mettre en oeuvre des énergies que par la suite, ils ne sauront toujours pas gérer. Or, on ne peut " commander " aux éléments qu'avec l ' accord, la bénédiction du Ciel, dans des buts bien précis et tout à fait désintéressés, et non point pour mener des pratiques

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magiques, spectaculaires et dangereuses. Et pour prendre conscience du Ciel, de ses Vérités, et de ses Buts, il n'y a pas plusieurs chemins, mais un seul, la Voie Cardiaque, représentée par le Martinisme véritable lien avec l'Invisible. Outre les expériences de la Vie qui laminent et épurent l’Être dans sa globalité, la prière, pain de l’Âme, fortifie, élève, porte et développe le Coeur de celui qui la pratique. Elle nourrit, en outre, l'égrégore de la terre, l'âme de nos semblables, aide aussi nos défunts entre deux incarnations. Elle alimente et réjouit les entités bienfaisantes que le Ciel place à nos côtés, pour nous guider, nous protéger de nous- mêmes, et éloigner les énergies négatives vers lesquelles nous allons plus ou moins en connaissance. Or, s'il n' est pas préparé à entrer dans le Cénacle des Elus Cohens, à ses risques et périls, l'homme tel Lucifer, joue à l'apprenti sorcier, histoire de savoir qui sera le plus fort de lui ou des éléments. En utilisant son mental, en récitant des invocations vides de sens et de sentiments, il essaie d'établir un dialogue entre le visible et l'Invisible. Par curiosité parfois, mais souvent par vanité, par orgueil, et par une soif démesurée de pouvoirs surnaturels, il se met en danger ainsi que ceux qui font partie de son cercle. Il manipule des forces dont il connaît à peine l'existence, et la puissance. Il entre dans des égrégores qui vont se coller à lui pour exister et dont il aura du mal à de défaire et qui peuvent altérer son équilibre psychique. Seule la voie cardiaque tel que l'enseigne le Martinisme, l'aide du Christ par la perfection intérieure, peuvent le préserver de tout cela, en l'initiant progressivement à sa nouvelle dimension, en le protégeant de tout désir de puissance, pour le mener à l'autre portail du même " appartement ".

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Au sensible répond le sensible, et les Hommes de Désir sont toujours prêts à servir le Ciel. La pensée, la volonté, l'intention de l'opérateur sont divines, car le Cohen, n'est pas un magicien : c'est un Prêtre. La réponse qu'il obtient ne dépend pas de l'homme, mais de Dieu. Les signes qu'il reçoit, le contact avec les entités angéliques, prouvent qu'il se trouve sur la bonne voie de la Réintégration. Le travail du Martiniste - Elu-Cohen consiste donc à se mettre en rapport avec les êtres spirituels bons qui l'entourent par la prière, la volonté et le désir, afin que ces êtres, qui sont un aspect du principe divin, guident actes, pensées et paroles de chacun pour que le Grand Œuvre s'accomplisse.

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XI

Le Martinisme à Prague

Sous réserve de complément et de modification, utilisation telle non autorisée même pour citation, il s'agit d'une note pour recherches !

Il semble que ce soit le baron Leonardi qui ait introduit le Martinisme à Prague. Les « intéressés » durent lire le livre de Mabell Colins « light of the road » ; le Martinisme se mettait en place à partir d’un mysticisme d’ailleurs traduit de l’allemand. Le débat qui suivit sembla satisfaire le baron, lequel offrit en pâture à ses disciples un livre de Goethe "Unterhaltungen deutscher Ausgewanderter" dans lequel ils durent lire un conte que personne ne comprit vraiment.

Une période d’attente suivit et un jour Meyrink reçut un télégramme annonçant l’arrivée du baron et notre prochaine initiation. Les praguois devinrent des associés Martinistes, ils reçurent les signes, mots et attouchements qui permettaient l’entrée dans la société du philosophe inconnu ! Ils purent porter l’étoile à six branches, mais ils ne furent jamais certains d’être membres de l’ordre Martiniste, notre baron ne les ayant jamais introduit en d’autres lieux, ni mis en contact avec d’autres personnes.

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XII

Historique

L’ homme qui est à l’origine du Martinisme est le Marquis Louis Claude de Saint-Martin (1743-1803). Il naquit le 18 janvier 1743, dans la province française de Touraine. Son premier emploi fut celui d’homme de loi, mais il accepta ensuite une charge dans les armées, où, dit-on, il rencontra M. de Grainville, un membre important de l’Ordre des Elus- Cohen. Il semble bien que cet homme eut une influence significative sur Saint-Martin, car six années plus tard seulement, celui-ci reçut l’initiation aux aux Elus-Cohen. Il étudia les pratiques de cet Ordre pendant six autres années, mais perdit peu à peu le goût de leurs pratiques théurgiques. En 1770 Saint-Martin quitta l’armée et accepta un poste de secrétaire de Martinez de Pasquales. C’est pendant cette période (1775) qu’il publia son livre: ″Des Erreurs et de la Vérité″. A mesure que le temps passait, le goût de Saint-Martin pour les aspects théurgiques des pratiques des Elus-Cohen diminuait. En 1774, Martinez de Pasquales mourut. Saint-Martin tenta en vain de persuader aux Elus-Cohen d’adopter une forme plus chrétienne de mysticisme, mais ceux-ci restèrent totalement attachés aux enseignements et disciplines originaux de Pasquales. Voyant qu’une telle réforme était au- delà de ses capacités et qu’il ne gagnerait très probablement rien à suivre cette ligne de conduite, il se mit à répandre ses propres idées. Alors qu’il s’était engagé dans ces activités, il rencontra un Allemand de renom, Rudolph Salzmann; c’est sans doute grâce à celui-ci qu’il entra dans l’Ordre des Philosophes Inconnus. De 1777 1787 à environ, il parcourut l’Europe et établit de nombreux contacts importants, tandis que simultanément il abandonnait ses contacts avec les Elus-Cohen. A cette époque, il rompit également tous ses liens avec la franc-maçonnerie.

La Révolution française éclata avec violence en mai 1789. Le "Règne de la Terreur " institué par Maximilien Robespierre en profita pour débarrasser la société de tous les nobles sur lesquels les révolutionnaires pouvaientt mettre la main, et puisque Saint-Martin était d’origine noble, il se trouva constamment en danger. En dépit de cet obstacle qui aurait fait fuir tout homme normal hors de son pays, Saint-Martin continua à rencontrer ses adeptes dans ses appartements et à les initier à la théurgie de sa propre philosophie mystique. Pour éviter d’être reconnus par les espions qui abondaient, tous les membres du mouvement étaient obligés de porter des masques et de grandes capes pendant les séances. Chacun ignorait donc l’identité de son voisin.

Vers 1790 il se rendit en Russie où il rencontra le prince Galitzine; qui devint l’un de ses disciples et qui, par la suite, répandit les enseignements

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de

Templière″.

Bien que Saint-Martin n’éprouvât pas lui-même un enthousiasme débordant pour les ordres religieux, nous savons qu’il rassembla un grand nombre d’adeptes dans le monde entier, adeptes auxquels il était souvent fait allusion sous le nom de Supérieurs Inconnus. Et il a été mis en évidence que ces gens avaient créé leurs propres groupes en utilisant son nom et suivant ses enseignements. En fait, Saint-Martin fut seulement le catalyseur qui poussa les autres à créer leurs propres ordres basés sur ses enseignements. Le fil conducteur, dans tous ces ordres, est celui de l’Initiation. Cette initiation était très secrète et habituellement composée pour chaque impétrant.

Observance

Saint-Martin

dans

tout

″L’Ordre

Russe

de

la

Stricte

Saint-Martin mourut en 1803. Ses très nombreux disciples, disséminés dans le monde entier, poursuivirent l’étude des enseignements et continuèrent à les transmettre par la voie de l’initiation, jusqu’à nos jours. Le résultat de cette initiation continue est qu’il existe une ligne ininterrompue d’initiateurs, qui remonte à Saint-Martin lui-même.

Qu’est-ce que le Martinisme?

En essence, le Martinisme est un mouvement philosophique basé sur une philosophie mystique illuministe d’inspiration chrétienne, intégrant de la théurgie, pour faire bonne mesure. La croyance, au coeur de ce mouvement, est que l’humanité doit réintégrer son état original et divin. Ceci s’accomplit tant par la connaissance métaphysique que par les pratiques théurgiques, c’est-à-dire des pratiques magiques qui mettent l’adepte en contact avec des puisssances divines bienveillantes. L’initiation, qui était à l’origine conférée par Saint-Martin lui-même, accordait à l’adepte édification, illumination, habilitation. Au fil du temps furent ajoutés des sujets d‘étude comme le mysticisme chrétien, la théosophie, la Cabale, l’ésotérisme et l’hermétisme.

Initiation

L’on ne cherche pas entrer dans cet Ordre, mais on est invité à le faire, comme Saint-Martin l’avait prescrit. La cérémonie secrète applique le plus important des concepts, c’est-à-dire que l’initiation doit être conférée par quelqu’un qui fait partie de la lignée ininterrompue depuis Saint- Martin, des initiateurs Martinistes. L’initiation en elle-même confère des pouvoirs qui permettent au Martiniste de comprendre et de mettre en oeuvre les anciennes pratiques magiques.

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XIII

MARTINEZ DE Pasquales et les ÉLUS COHEN

Par Mike Restivo

Nous pouvons dire qu’aucun mouvement maçonnique n’a exercé plus d’influence sur la France du XVIIIe siècle que celui lancé par Martinez de Pasquales, plus généralement connu sous le nom de Martinisme. Le nom complet de Martinez était Jacques de Livron Joachim de la Tour de la Casa Martinez de Pasquales. Il naquit à Grenoble, France, probablement en 1727. Son père était né à Alicante, en Espagne, et avait reçu une patente signée par Charles Stuart, «Roi d’Écosse, d’Irlande et d‘Angleterre», datée du 20 mai 1738, lui conférant, en tant que Député Grand-Maître, le pouvoir d’ «ériger des temples à la gloire du Grand Architecte». Cette patente et les pouvoirs qu’elle conférait étant transmissibles à sa mort, à son fils, celui-ci devint donc le «Puissant Maître Joachim Don Martinez Pasqualis, âgé de 28 ans». Nous voyons dès lors qu‘à l’age de 28 ans Martinez était Maître Maçon. Tout au long de sa vie, Martinez travailla à la création d’un grand mouvement spirituel dans les rangs de la Franc-Maçonnerie. Lorsqu’il érigea ce mouvement en Ordre, non pas maçonnique à proprement parler, mais composé exclusivement de Maçons, il lui donna le nom d‘ «Ordre des Chevaliers Maçons Élus Cohen de L’Univers». La mission spirituelle de Martinez débuta probablement aux alentours de 1758, mais il n’y a aucun doute qu’avant cette période il avait déjà activement travaillé à la promotion de l’Ordre Maçonnique en tant que tel. C’est à cette époque que furent introduits dans la Franc-Maçonnerie ce qu’on appelle les Hauts Degrés, en complément des trois degrés de base de la Maçonnerie Symbolique composée des Loges dites «Bleues». Ces trois degrés étaient et sont:

1er Degré - Apprenti

2e Degré - Compagnon

3e Degré – Maître

L’introduction de ces Hauts Degrés fut souvent désapprouvée et réprouvée par les autorités maçonniques contrôlant les Degrés Symboliques. Martinez lui-même avait certes activement travaillé à la création de Degrés maçonniques en tant que tels, mais il avait décidé de créer une sorte d’organisation «annexe» à caractère plus spirituel que la maçonnerie elle-même. Cependant, il n’admettrait dans cette organisation que des Maîtres-Maçons ayant atteint le degré d‘ «Elu» . En 1754, il avait fondé à Montpellier, en France, le Chapitre maçonnique "Les Juges

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Écossais". Entre 1755 et 1760, nous voyons que Martinez voyage dans toute la France, recrutant des adeptes pour son propre système. En 1760, il se trouve à Toulouse, où il est reçu dans les Loges de St. Jean Réunies. Plus tard, dans le courant de la même année il est reçu dans la "Loge Josué" de Foix, en France, où il initie plusieurs Maçons et crée une chapelle appelée "Le Temple Cohen". En 1761 Martinez est à Bordeaux où, grâce à sa Patente Stuart et à la recommandation du Comte de Maillial d‘Alzac, du Marquis de Lescourt et des frères d’Auberton, il est reçu dans la Loge "La Française". C’est ici qu’il ouvre son "Temple Particulier", nommé «La Perfection Élue Écossaise». Les membres fondateurs en sont le Comte M. d’alzac, le Marquis de Lescourt, les deux frères d’Auberton, de Oasen, de Bobié, Jules Tafar, Morris et Lecembard. Le 26 mai 1763, Martinez envoie sa Patente Stuart à la Grande Loge de France et informe celle-ci qu’il a «érigé à Bordeaux, à la Gloire du Grand Architecte, un Temple abritant cinq Degrés de Perfection, dont je suis le gardien, sous la Constitution de Charles Stuart, Roi d’Ecosse, d’Angleterre et d‘Irlande, Grand Maître des Loges disséminées sur toute la surface de la Terre». Le nom de la Loge est alors changé en «La Française Élus Écossais». Le 1er février 1765, La Grande Loge de France approuve et officialise cette Loge. La même année, en 1765, Martinez se rend à Paris, où il est hébergé par les Frères Augustiniens au Quai de la Seine. Il y rencontre Bacon de la Chevalerie, de Lusignan, de Loos, de Grainville, J.B. Willermoz, Fauger d’Igéacourt, etc., à qui il donne ses premières instructions. Avec eux, il fonde, le 21 mars 1767 (Equinoxe Vernale), le «Souverain Tribunal des Élus Cohen», avec Bacon de la Chevalerie pour Deputé-Maître. Pour 1770, le Rite des Élus Cohen possède des Temples dans de nombreuses villes: Bordeaux, Montpellier, Avignon, Foix, La Rochelle, Versailles, Paris et Metz. Un Temple est ouvert à Lyon et, grâce à l’enthousiasme de Jean-Baptiste Willermoz, cette ville deviendra la capitale spirituelle de l’Ordre pendant de nombreuses années.

Entretemps, à Bordeaux, en mars 1776, la Loge "La Française Elus Ecossais" ferme. Notons que jusqu’à cette date, le secrétaire de Martinez était le Père Bullet, aumônier du Régiment de Foix. Le Fr. Bullet avait le titre de "S.I."parmi les Élus Cohen. L’Histoire ne dit pas dans quelles circonstances un catholique romain, qui a uniquement recours au titre ecclésiastique de «Père/Padre», est devenu membre de l’Ordre créé par Martinez, alors qu’il était interdit à tout catholique romain de faire partie de la franc-maçonnerie sous peine d’excommunication (bien que cette sanction ait récemment été commuée en «état de péché mortel»). En mai 1772, Martinez s’embarque pour Saint Domingue, sur le "Duc de Duras", après avoir demandé et obtenu un «certificat de catholicisme». Comment lui, franc-maçon et Grand Maître de son propre Rite du Haut Degré a pu obtenir un tel certificat, c’est ce qui reste encore un mystère. Il avait entrepris ce voyage aux fins de recueillir un héritage; mais le mardi 20

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septembre 1774, Martinez meurt à Port-au-Prince, en Haiti. Il laisse un fils, qui fréquentait à ce moment le Collège Lescar, près de Pau. Ce fils disparaîtra pendant la Révolution française, 20 ans plus tard. Il fut baptisé le 24 juin 1768. Selon les documents dont on dispose, l’Ordre des Élus Cohen semble avoir neuf, dix ou onze degrés. Il est probable que certains développements dans l’existence de l’Ordre firent que les degrés furent modifiés au fil du temps, et des ajouts autorisés par Martinez à mesure que les membres progressaient. Voici la constitution la plus probable: L’Ordre était divisé en trois classes principales, suivies d’un degré secret. La première classe comprenait les trois premiers degrés de la Maçonnerie symbolique, plus un degré de Grand Elu ou Maître particulier.

La deuxième classe comprenait les Degrés du Seuil: Apprenti-Cohen, Compagnon-Cohen et Maître-Cohen. Ceci était typiquement maçonnique, mais contenait des allusions à une doctrine secrète sous-jacente.

La troisième classe comprenait les Degrés du Temple: Grand Maître Élus Cohen, Chevalier de l’Orient, et Commandeur de l’Orient. Sous les apparences de la Maçonnerie, le cathéchisme était basé sur la Doctrine Générale de Martinez. Cette doctrine est exposée dans le seul livre que Martinez ait écrit «La Réintégration des Etres», pseudo-commentaire du Pentateuque. Diète purificatrice, semblable à celle des Lévites de l’Ancien Testament, et rituels d’exorcisme étaient employés contre le mal individuel et collectif dans le monde. Les grades secrets de l’Ordre comprenaient le degré de Réau-Croix, à ne pas confondre avec Rose-Croix, terme également usité dans les cercles maçonniques et rosicruciens de l’époque. Dans le Degré du Réau-Croix, L’initié est mis en contact avec les plans spirituels au- delà du plan physique, par les invocations magiques ou la théurgie. Il attire les puissances célestes dans sa propre aura et dans celle de la Terre. Des manifestations auditives et visuelles, appelées «signes», permettent au Réau-Croix d’évaluer sa propre évolution et celle d‘autres «opérateurs», et de déterminer de ce fait si lui-même ou les autres ont été réintégrés dans leur puissance originelle. Le grand objectif de l’Ordre était d’obtenir la Vision Béatifique du Rédempteur, Jésus Christ, en réponse aux invocations magiques. Martinez conféra le titre de «Juges Souverains» et «Supérieurs Inconnus» de l’Ordre à Bacon de la Chevalerie, Jean-Baptiste Willermoz, de Serre, du Roy, d’Hauterive et de Lusignan. Martinez avait désigné pour successeur son cousin Armand Cagnet de Lestère, Secrétaire-Général de la Marine à Port-au-Prince, en Haïti. Comme celui-ci avait peu de temps à consacrer à l’Ordre, il se limita à la direction des temples des Elus-Cohen de Port-au-Prince et de Léogane en Haiti. Puis il y eut des divisions au sein des temples en Europe. A. C. De Lestère mourut en 1778, après avoir transmis ses pouvoirs au «Très Puissant Maître» Sebastián de las Casas. Le nouveau Grand-Maître n’essaya pas de réconcilier les différentes branches des Elus

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Cohen, ni d’unifier le Rite. Peu de temps après, les temples des Élus Cohen furent mis en sommeil. La doctrine continua à être transmise de personne à personne, au sein d’un aréopage kabbalistique composé de neuf membres. En 1806, des opérations théurgiques concertées étaient encore accomplies aux importantes dates des équinoxes; les rituels en étaient un important travail de purification par les Réau-Croix. Un des derniers représentants directs connus des Élus Cohen fut Destigny, qui mourut en 1868.

Après la deuxième guerre mondiale, trois Martinistes S. I., parmi lesquels Robert Ambelain (Sar Aurifer), son Grand Maître, fondèrent un nouvel Ordre Martiniste des Élus Cohen pratiquant la forme opérative de la théurgie des Elus Cohen, selon des rituels qu’ils avaient acquis de diverses sources. Quelques années plus tard, cet ordre fut mis en sommeil, pour être ravivé 30 and plus tard par Robert Ambelain, qui vit toujours à Paris, en France (22 août 1996).

Eliphas Levi

toujours à Paris, en France (22 août 1996). Eliphas Levi Nous devons à présent avancer dans

Nous devons à présent avancer dans le temps pour nous approcher de Saunière et d’un nouveau personnage appartenant au mouvement Martiniste: Eliphas Levi, pseudonyme d‘Alphonse Louis Constant. Constant naquit à Paris en 1810 et fut éduqué dans l’église de St. Sulpice. En dépit de son éducation religieuse conventionnelle, il se sentit très tôt attiré par l‘occulte. Après avoir terminé son enseignement scolaire, il se dirigea vers la prêtrise mais n’y connut qu’un succès mitigé, à cause de ses opinions politiques résolument de gauche, et de son goût pour les dames. Il mettait

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librement par écrit ses opinions, et fut incarcéré à plusieurs reprises pour son franc-parler. Il entra en contact avec un certain Ganneau qui s’adonnait aux pratiques magiques et occultes, et qui transmit ses enseignements à son nouvel adepte. Pendant un certain temps, il vécut de sa plume, sous le nom du Mage Eliphas Levi. Levi admettait qu’il pratiquait la nécromancie et, lors d’une de ses visites à Londres, en 1854, une femme qui se disait une de ses adeptes, lui demanda d’invoquer l’esprit d’Apollonius de Tyane, un mage renommé des temps anciens. Levi se prépara au rituel pendant des semaines; puis au jour dit et à l’heure fixée, il entama le rituel prorement dit. Cette séance dura 12 heures, après quoi Levi proclama qu’un esprit grisâtre lui était apparu dans un miroir. Lévi avait demandé à cet esprit de

s’avancer, ce qu’il avait fait, et il avait touché le bras de Levi, ce qui le rendit insensible, de telle manière qu’il laissa tomber l’épée qu’il tenait à la main.

A ce moment, Levi tomba dans l’inconscience. Il avait parlé avec l’esprit par

télépathie, dit-il, mais refusa de révéler le sujet de leur entretien. Il admit

plus tard qu’il avait rencontré l’esprit d’Apollonius à plusieurs reprises par

la suite.

Ses écrits furent accueillis plutôt favorablement par le public. Ses ouvrages majeurs sont «Dogme et Rituel de Haute Magie», «Une Histoire de la Magie», «Magie Transcendentale», et «La Clé des Grands Mystères».

Dans «Dogme et Rituel de Haute Magie», qui comprend 22 chapitres, Levi consacre un chapitre à chacun des 22 arcanes majeurs du tarot. Il relie chacun d’eux à une lettre de l’alphabet hébreu, et à un des aspects de Dieu.

Levi a utilisé le Baphomet pour décorer son ouvrage «Dogme et Rituel de Haute Magie».

décorer son ouvrage «Dogme et Rituel de Haute Magie». Cette figure est ancienne et a été

Cette figure est ancienne et a été utilisée au travers des âges pour représenter le dieu des sorcières. On le connaît aussi sous le nom de «Bouc de Mendez», d‘après la ville de ce nom en Egypte ancienne, où un culte de la fertilité était rendu au dieu BAAL. Ce dieu est aussi connu sous l’appellation «le dieu cornu», et est l’une des représentations les plus anciennes, que l’on connaisse, des dieux de la fertilité.

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Il est intéressant de noter que cette image est significative tant pour les Francs-Maçons que pour les Chevaliers de l’Ordre du Temple qui, a-t-on dit, la révéraient.

Les liens avec la Franc-Maçonnerie apparaissent un peu partout dans ce mystère, mais ici il y en a aussi avec l’Ordre Martiniste et ils remontent jusqu’à la création même de cet Ordre.

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XIV

Haïti

Les anciens esclaves sont les seuls à avoir gagné eux-mêmes leur indépendance le 1 er janvier 1804 !

C’est Jean-Jacques Dessalines qui a proclamé l’indépendance et repris le nom d’Haïti, alors que les colons appelaient l’île Saint-Domingue. En juillet 1801, Toussaint Louverture avait promulgué une constitution. Il sera arrêté, déporté dans le Jura où il meurt en avril 1803. L’indépendance est une « exception ». La partie française de l’île produisait plus de sucre que toutes les Antilles réunies ! Elle était un sujet d’admiration et les Français y faisaient fortune !

Saint-Domingue avait près de 550 000 esclaves, ce qui n’était pas sans inquiéter les colons. D’autant que les esclaves rejetaient la « coupure » avec l’Afrique, souvent natale, et aspirait à se libérer du travail forcé ! Les esclaves veulent pratiquer une culture d’auto subsistance en opposition à la mono culture de la canne à sucre. Ils ont gardé leurs propres systèmes religieux. Lors de la révolution française, les colons ont vu un moyen de se « libérer » de la tutelle française. La population des « libres de couleur », elle-même possédant des esclaves souvent, veut faire valoir ses droits. L’insurrection éclate en août 1791 : 50 000 insurgés au moins ! Elle conduit rapidement à l’abolition de l’esclavage sur l’île et la Convention ne fera que confirmer cette abolition par son décret du 4 février 1794.

Bonaparte, le 20 mai 1802, rétablit l’esclavage, résultat sur 65 000 soldats envoyés pour « rétablir l’ordre », 55 000 environ vont périr !

Saint-Domingue opte pour l’indépendance totale. Napoléon s’occupe de ses guerres européennes… Aucun état ne reconnaît cet « état nègre » ! Les projets de retour de la France se sont heurtés, après 1814, aux intérêts américains, et anglais ! En 1825, la France reconnaît l’état, à condition de payer une indemnité de 150 000 000 de francs or pour rembourser les colons ! En 1838, la « dette » est renégociée à 90 millions payables sur 30 ans. L’indemnité de l’indépendance est apurée intégralement en 1883 ! Haïti avec près de 9 000 000 d’habitants est le premier pays francophone américain. Pour rappel, ce n’est qu’en 1848 que la France consent à abolir l’esclavage !

Pour faire rentrer des monnaies pouvant payer l’indemnité, Haïti a exploité le café de façon intense. La source des maux actuels est peut-être là ! En 2001, Haïti a exigé la restitution de l’indemnité.

Aujourd’hui, il est possible d’affirmer qu’il y a une nette séparation entre les populations. L’une d’elle est cantonnée dans l’économie de subsistance. La France comme les États-Unis continuent d’imposer leurs régimes de dictatures plus ou moins corrompues.

Les Martinistes restent attachés à cette île où mourut Martinès. Venu pour y récupérer les finances dont il avait besoin pour son ordre, il y a trouvé une demeure pour l’éternité.

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XV

Revue rose + croix

Automne 1992

N° 163

Histoire d’un ordre traditionnel Une voie cardiaque Le philosophe inconnu lcsm Pierre-Augustin Chaboseau, un serviteur inconnu Initiation mystique Le Nouvel Homme Comment nous devons chercher ce que nous avons perdu

Textes à réordonner pour suivre le sommaire

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Le Martinisme Traditionnel

La "fée électricité"

par Christian Rebisse

En 1889, on inaugurait à Paris la quatrième Exposition Universelle, celle du centenaire de la Révolution de 1789. C'était la grande exposition où triomphait la "fée électricité". Le clou de cette exposition était l'inauguration de la Tour Eiffel, gigantesque monument métallique qui allait rapidement devenir le symbole du matérialisme triomphant, de la technologie et de l'industrie. Etait-ce là l'incarnation d'une nouvelle Tour de Babel ? Une nouvelle «Maison Dieu» du haut de laquelle l'homme risquait de faire une vilaine chute ? A la même époque, le Martinisme se réorganisait et publiait la revue "L'initiation".

Sur quels fondements les Martinistes de cette époque pouvaient-ils s'appuyer pour élever leur Temple et quels furent les artisans de cette reconstruction ? C'est de la rencontre de Gérard Encausse (Papus) et Augustin Chaboseau, tous deux détenteurs d'une initiation transmise depuis Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) jusqu'à eux, qu'allait naître L'ordre Martiniste.

Les Elus-Cohen

Louis-Claude de Saint-Martin était un disciple de Martinès de Pasqually. Ce dernier avait créé vers 1754 l'«Ordre des Elus-Cohen». Martinès de Pasqually proposait à ses disciples de travailler à leur réintégration par la pratique de la théurgie. Cette science s'appuyait sur un cérémonial d'une grande complexité et visait à ce que Martinès de Pasqually appelle la réconciliation du «mineur», l'homme, avec la Divinité. Cette théurgie reposait sur la mise en relation de l'homme avec les hiérarchies angéliques. Les anges constituaient selon Martinès de Pasqually les seuls appuis dont l'homme disposait depuis sa "chute" pour obtenir sa réconciliation avec le Divin. Contrairement à ce que l'on pense généralement, le Martinisme n'est pas le prolongement exact de L'ordre des Elus-Cohen, et à plus forte raison Martinès de Pasqually ne saurait en aucun cas être considéré comme le fondateur de L'ordre Martiniste. En 1772, avant même d'avoir terminé l'organisation de son Ordre, Martinès de Pasqually part pour Saint Domingue. Il ne rentrera pas de ce voyage et mourra en 1774. Après la disparition de Martinès de Pasqually, quelques disciples du maître continuent de diffuser ses enseignements en leur donnant une couleur particulière. Parmi ces disciples, deux se distinguent, Jean-Baptiste Willermoz et Louis-Claude de Saint-Martin.

Jean-Baptiste Willermoz, fervent adepte de la franc-maçonnerie et de la théurgie, entra en relation avec la «Stricte Observance Templière» allemande. En 1782, au convent de cet ordre à Wilhemsbad, J.-B. Willermoz fit intégrer les enseignements de Martinès de Pasqually dans les hauts degrés de cet ordre, ceux de «Profès» et «Grand Profès».Cependant il ne transmit pas à cet ordre les pratiques théurgiques des Elus-Cohen. Au cours de ce convent, la Stricte Observance Templière se réforma sous le nom de «Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte».

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Louis-Claude de Saint-Martin, quant à lui, abandonna la franc-maçonnerie. Il délaissa la

théurgie, la voie externe, au profit de la voie interne. En effet, il jugeait la théurgie dangereuse, et l'évocation angélique comme peu sûre lorsqu'elle passe par l'externe. On pourrait d'ailleurs mettre dans la bouche de Saint-Martin cette phrase d Angelus Silesius qui dans son poème Chérubinique dit: «Éloignez-vous, Séraphins, vous ne pouvez me réconforter ! Éloignez-vous, anges, et tout ce qu'on peut voir auprès de vous ; je me jette tout seul dans la mer incréée de la Déité pure». L'outil et le creuset de cette mystérieuse communion doit être, selon Saint-Martin, le cœur de l'homme. Il voulait «entrer dans le coeur du Divin et faire entrer le Divin dans son coeur», c'est dans ce sens que l'on appelle la voie préconisée par Saint-Martin «la voie cardiaque». L'évolution de l'attitude de Saint-Martin est due en grande partie à sa découverte de l'oeuvre de Jacob Boehme. Il dit dans son journal personnel: «C'est

à mon premier maître que je dois mes premiers pas dans la voie spirituelle mais c'est à mon

second que je dois les pas les plus significatifs que j'y ai amplis». Il enrichit les idées de son premier maître et celle de son second maître pour en faire un système personnel. Louis- Claude de Saint-Martin transmit une initiation à quelques disciples choisis. (1)

Rappelons également que Louis-Claude de Saint-Martin n'est pas, lui non plus, le créateur d'une association portant le nom d'Ordre Martiniste. On sait par contre que se constitua autour de lui un groupe auquel certaines lettres de ses amis (aux environs de 1795) font allusion sous le nom de «Cercle Intime», «Société des Intimes». Balzac, dans «Le Lys dans la Vallée», nous donne un témoignage de l'existence de groupes de disciples de Saint-Martin: «Amie intime de la Duchesse de Bourbon, Mme de Verneuil faisait partie d'une société sainte dont l'âme était M. Saint-Martin, né en Touraine, et surnommé le Philosophe Inconnu. Les disciples de ce philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l'illuminisme mystique.» (2). L'initiation transmise par Louis-Claude de Saint-Martin se perpétua jusqu'au début du siècle par différentes filiations. A la fin du XIXe siècle, deux hommes sont dépositaires de cette initiation : le Docteur Gérard Encausse et Augustin Chaboseau, chacun par une filiation différente. Examinons rapidement ces filiations.

Filiation Martiniste

Louis-Claude de Saint-Martin est décédé le 13 octobre 1803. Il avait initié Jean Antoine Chaptal, un chimiste à qui l'on doit la découverte de certains procédés de fabrication de l'alun et de la teinture du coton, ainsi que le procédé de vinification qui porte le nom de "chaptalisation". Chaptal eut plusieurs enfants, dont une fille qui devient par son mariage Mme Delaage. Cette dernière eut un fils, Henri Delaage, auteur de nombreux livres sur l'histoire de L'initiation antique. H. Delaage fut initié par quelqu'un dont le nom ne nous est pas parvenu, probablement son père ou sa mère, car lorsque son grand-père (Chaptal) mourut, le jeune Henri Delaage n'avait que 7 ans et était trop jeune pour recevoir cette initiation. Henri Delaage transmit cette initiation à Gérard Encausse, en 1882 .

Vers le milieu de 1803, Louis-Claude de Saint-Martin logeait chez son ami l'abbé de la Noue,

à Aulnay. Il avait initié celui-ci longtemps avant sa mort. Cet ecclésiastique, prêtre libre et homme d'une culture encyclopédique, initia l'avocat Antoine-Louis Marie Hennequin. Ce dernier initia Hyacinthe Joseph-Alexandre Thabaud de Latouche, plus connu sous son nom d'écrivain Henri de Latouche, qui initia Honoré de Balzac et Adolphe Desbarolles, le Comte

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d'Authencourt à qui l'on doit un traité de chiromancie célèbre. Ce dernier initia la nièce d'Henri de Latouche, Amélie Nouël de Latouche, Marquise de Boisse-Mortemart qui elle- même initia son neveu Augustin Chaboseau en 1886 (3).

La création de L'ordre Martiniste

C'est de la rencontre de ces deux "descendants" de Louis-Claude de Saint-Martin, Augustin Chaboseau et Papus, que va naître un ordre initiatique qui prendra le nom d'«Ordre Martiniste». Papus et Augustin Chaboseau sont deux étudiants en médecine. Un ami commun, P. Gaétan Leymarie, directeur de «La Revue Spirite, connaissant l'intérêt de chacun d'eux pour l'ésotérisme, se chargera d'organiser leur rencontre. Les deux étudiants en médecine devinrent très rapidement amis et ne tardèrent pas à s'apercevoir qu'ils étaient tous deux dépositaires d'une initiation remontant à Louis-Claude de Saint-Martin. En 1888, ils mirent en commun ce qu'ils avaient reçu l'un et l'autre et décidèrent de transmettre L'initiation dont ils étaient dépositaires à quelques chercheurs de vérité. Ils créèrent pour cela un Ordre initiatique et lui donnèrent le nom d'"Ordre Martiniste". C'est à partir de cette époque que l'on peut parler réellement d'un «Ordre Martiniste». (Par la suite nous verrons comment le nom de L'ordre se transformera par l'addition de divers qualificatifs, Traditionnel ou Synarchique Bien que L'ordre n'eut encore à cette époque aucune structure, le nombre d'initiés augmenta rapidement. C'est à cette époque que Papus créa la revue "L'initiation". Papus n'a pas encore terminé ses études, il va partir faire son service militaire dans peu de temps et ce n'est que le 7 juillet 1892 qu'il défendra avec succès sa thèse de médecine. Pourtant quelle activité ! Il a déjà fondé l'«École Hermétique>, organisé L'ordre Martiniste, créé les revues "L'initiation", «Le Voile d'Isis», et déjà écrit «Le Traité Élémentaire de Sciences Occultes» (à 23 Ans), et«Le Tarot des Bohémiens» (à 24 Ans). Ses collaborateurs, mis à part F.CH. Barlet, ne sont guère plus âgés que lui. Depuis 1887 il doit son intérêt pour l'ésotérisme à la découverte des oeuvres du Louis Lucas, chimiste, alchimiste et hermétiste. Passionné par l'occultisme il étudie les livres d'Eliphas Lévi. Il entre en contact avec le dirigeant de la revue Théosophique "Le Lotus Rouge", Félix Gaboriau, et fait la connaissance de Barlet (Albert Faucheux) un occultiste érudit. Dès 1887, Papus adhère à la Société Théosophique, fondée quelques années auparavant (en 1875), par Madame Blavatsky et le Colonel Olcott.

Le Suprême Conseil de 1891

Rapidement, Papus prit un certain recul par rapport à la Société Théosophique. Cette organisation avait une conception très orientaliste et bouddhiste de l'ésotérisme, cette position allait même jusqu'à minimiser, voire supprimer toute perspective d'un ésotérisme occidental réel. Cette attitude, prônant une supériorité absolue de la tradition orientale, scandalisait Papus. Mais un autre danger plus grave se dessinait à l'horizon. Sans lui, nous confie Papus, la tradition occidentale aurait pu continuer à transmettre son flambeau d'initié à initié dans le silence et l'inconnu. En effet, selon Papus et Stanislas de Guaïta, certains occultistes essayaient de déplacer l'axe de gravitation de l'ésotérisme pour le placer hors de Paris, sa terre d'élection ; «Aussi fut-il décidé en Haut Lieu (précise mystérieusement Papus), qu'un mouvement de diffusion devait être entrepris afin de sélectionner de véritables initiés capables d'adapter la tradition occidentale au siècle qui allait s'ouvrir». Le but était de préserver la pérennité de cette tradition et de contrecarrer la machination destinée à conduire les chercheurs sincères vers une impasse. Le Martinisme fut le creuset de cette transmutation. Papus démissionna en 1890 de la Société Théosophique, et dès ce moment, le Martinisme

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s'organisa d'une manière plus précise. Les initiations Martinistes se firent plus nombreuses et l'année suivante, en juillet 1891, L'ordre Martiniste se dota d'un Suprême Conseil composé de 21 membres(4). On procéda à une élection pour désigner le Grand Maître de L'ordre et c'est Papus qui fut élu à cette charge. Grâce aux talents de Papus et à l'aide matérielle de Lucien Mauchel (Chamuel), L'ordre prit rapidement de l'extension. Les premières loges Martinistes furent créées et Paris compta bientôt quatre loges : «Le Sphinx dirigé par Papus où se faisaient les études générales. < Hermanubis» dirigée par Sédir où l'on étudiait la mystique et la tradition orientale. «Velleda», dirigée par Victor-Émile Michelet, qui se consacrait à l'étude du symbolisme. «Sphinge» réservée aux adaptations artistiques. Dans plusieurs villes françaises et à l'étranger, des groupes Martinistes se formèrent. L'ordre Martiniste prit aussi une grande extension à l'étranger : Belgique, Allemagne, Angleterre, Espagne, Italie, Egypte, Tunisie, États-Unis d'Amérique, Argentine, Guatemala, Colombie. Le numéro d'avril 1898 de "L'initiation" précise qu'en 1897 il existait 40 loges dans le monde et qu'en 1898 ce nombre était passé à 113.

La Faculté des Sciences Hermétiques

Les Martinistes voulaient rénover l'ésotérisme occidental, cependant il n'existait nulle part en France d'endroit où l'on pouvait étudier les sciences hermétiques. Papus réfléchit à la chose et se dit: «Puisqu'il existe des facultés où l'on peut apprendre les sciences matérialistes, pourquoi n'y en aurait-il pas une où l'on pourrait apprendre les sciences ésotériques ! ». Les Martinistes constituèrent donc un groupe organisant des cours et des conférences afin de faire découvrir aux chercheurs les valeurs de l'ésotérisme occidental. Ce groupe constitua le vivier où étaient sélectionnés les futurs Martinistes. Il devint le cercle extérieur de L'ordre Martiniste et prit le nom «d'École Supérieure Libre des Sciences Hermétiques». Il prit plus tard le nom de «Groupe Indépendant d'Études Ésotériques», puis «d'École Hermétique» et de «Faculté des Sciences Hermétiques».

Les cours y étaient nombreux et les sujets étudiés allaient de la Kabbale à l'Alchimie et au

Tarot, en passant par l'histoire de la philosophie hermétique, soit environ une douzaine de cours par mois. Les professeurs les plus assidus étaient Papus, Sédir, Victor-Émile Michelet,

Une section particulière étudiait les Sciences Orientales

sous la direction d'Augustin Chaboseau. Une autre, sous la direction de F. Jollivet-Castellot, se consacrait à l' Alchimie. Ce groupe prit le nom de «Société Alchimique de France».

Barlet, Augustin Chaboseau, Sisera

L'ordre Kabbalistique de la R+C.

Si les Martinistes avaient constitué un cercle extérieur, le «Groupe Indépendant d'Etudes Esotériques», ils créèrent aussi un cercle intérieur, «L'ordre Kabbalistique de la Rose+Croix». Le 5 juillet 1892, L'ordre Martiniste et L'ordre Kabbalistique de la Rose+Croix se lièrent par un traité. Pour Stanislas de Guaïta, «le Martinisme et la Rose-croix constituent deux forces complémentaires, dans toute la portée scientifique du terme» (5) . Cet Ordre avait été rénové en 1889 par Stanislas de Guaïta et Joséphin Péladan. L'entrée dans cet Ordre devint strictement réservée aux Martinistes «S.I.» qui possédaient ce grade depuis au moins trois ans et suivant des conditions particulières. Le nombre de membres devait être limité à 144 mais il ne semble pas que ce nombre ait été jamais atteint. L'ordre Kabbalistique de la Rose+Croix

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avait pour rôle de parfaire la formation des S.I. Il se divisait en trois degrés d'études sanctionnés par des diplômes de : bachelier en Kabbale, licencié en Kabbale et docteur en Kabbale. Après le décès de Stanislas de Guaïta en 1897 (soit 8 ans après sa création), Barlet sera désigné à la direction de L'ordre mais n'exercera jamais sa fonction et L'ordre Kabbalistique de la Rose-croix tombera plus ou moins en sommeil. Il sera repris sans succès par Papus jusqu'à la première guerre mondiale en 1914.

Pour répandre l'illuminisme, les Martinistes n'avaient pas hésité à chercher alliance avec d'autres sociétés initiatiques. Ainsi en 1908, Papus avait organisé un grand convent spiritualiste international à Paris, manifestation qui ne réunissait pas moins d'une trentaine d'organisations initiatiques. Le secrétaire de cette vaste entreprise était Victor Blanchard, un Martiniste qui reprendra cette idée un peu plus tard pour organiser la F.U.D.O.S.I. Hélas, dans ses nombreuses alliances, Papus se laissait parfois déborder par la fougue de ses collaborateurs, ainsi en fut-il avec «l'Eglise Gnostique». Cette église avait été fondée par Jules Doisnel vers 1889, à la suite d'une expérience spirite. On prétend souvent que l'Eglise Gnostique devint l'église officielle des Martinistes, en fait l'importance de cette alliance a été grossie par certains pseudo-successeurs de Papus. S'il se lia avec de nombreuses organisations : «Les Illuminés», «Les Babistes», « Le Rite Ecossais», ou «Memphis Misraïm», L'ordre Martiniste n'en garda pas moins son indépendance. A cette époque, il était courant d'appartenir à plusieurs organisations initiatiques en même temps, beaucoup en abusèrent et certains furent contaminés par une terrible maladie guettant les "pseudos-initiés", la "cordonite". Papus et la plupart des dirigeants Martinistes avaient pris des responsabilités importantes dans la Franc-maçonnerie égyptienne du rite de Memphis-Misraïm. A côté des 97 degrés de ce rite, les quelques degrés du Martinisme semblaient bien pauvres ! Certains Martinistes, aveuglés par les titres mirobolants des degrés de Memphis-Misraïm, ne prirent même plus le temps d'étudier leurs enseignements, beaucoup se noyèrent dans une sorte de syncrétisme initiatique et oublièrent le but de L'initiation, ses fondements, pour se perdre dans ses formes.

La Guerre de 1914-1918

On peut dire qu'avec la première guerre mondiale, L'ordre tomba en sommeil. Chacun s'engagea pour défendre sa patrie, Papus se porta volontaire pour le front. Il fut médecin-chef, avec le grade de capitaine. Il considérait le devoir envers son pays comme sacré. Augustin Chaboseau, réformé, se fit enrôler dans les cabinets ministériels d'Aristide Briand, d'abord à la justice, puis à la Présidence du Conseil. Papus mourut avant la fin de la guerre, le 25 octobre 1916. Après la guerre, les membres du Suprême Conseil étaient dispersés et il n'y eut pas d'élection d'un nouveau Grand Maître. «Avec Papus le Martinisme est mort» s'exclame Jollivet-Castelot(6).- Plusieurs Martinistes tentèrent pourtant de prendre la direction de L'ordre. Ils modifièrent tellement la nature du Martinisme que beaucoup de Martinistes préféreront ne pas s'associer,), de tels projets et rester indépendants.

Les successions éphémères

Plusieurs groupes Martinistes naquirent à cette époque mais la plupart de ces organisations eurent une existence éphémère, elles ne se composaient que de quelques groupes, tous

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indépendants. Lorsqu'un Martiniste russe demandait à cette époque à Barlet, qui était le chef

de L'ordre en France, ce dernier répondait avec un petit sourire: «Le Martinisme est un cercle

Regardons rapidement quelles

furent les organisations de cette période transitoire qui reste souvent confuse et sur laquelle quelques historiens ont pris plaisir à brouiller les pistes. La première dont nous parlerons est celle qui se forma sous la direction de Jean Bricaud. Celui-ci affirma crue Teder avait

succédé à Papus et que Teder, sur son lit de mort, l'avait désigné pour son successeur. Il présenta aux Martinistes parisiens un document qui attestait de sa nomination à la tête de L'ordre. Aucun membre ne prit au sérieux ce document que Bricaud avait probablement écrit lui-même et ils n'acceptèrent pas de le reconnaître(8). Il forma cependant, à Lyon, un petit ,groupe sous son autorité et transforma le Martinisme en "maçonnisant" allègrement L'ordre et en réservant son accès uniquement aux hommes ayant la qualité de maçons et titulaires du 18ème degré. Ce groupe créa une sorte de Martinisme qui n'avait pas grand chose à voir avec celui qu'avaient créé Papus et Augustin Chaboseau. De plus, jean Bricaud revendiqua abusivement une filiation Elu-Cohen. Robert Ambelain a montré que cette prétention ne reposait sur aucun fondement(9). Le mouvement de Bricaud resta essentiellement

lyonnais(10).

dont la circonférence est partout et le centre nulle part

»(7).

Un second groupe se forma sous la direction de Victor Blanchard. Ce dernier avait été le Maître de la Loge parisienne «Melchisédech» et il fut reconnu par une partie des Martinistes parisiens qui se groupèrent autour de lui. Le 11 novembre 1920 le «Journal Officiel» annonçait la constitution de son Ordre sous le nom «d'Union Générale des Martinistes et des Synarchistes» ou «Ordre Martiniste Synarchique». En 1934, H. Spencer Lewis fut initié dans cet ordre par Victor Blanchard. Il reçut un peu plus tard de ce dernier une charte de Grand Inspecteur pour les trois Amériques, une charte de Souverain Légat Grand Maître pour les Etats-Unis d'Amérique et l'autorisation de créer à San José le Temple «Louis-Claude de Saint-Martin». (Ralph Maxwell Lewis sera également initié dans cet Ordre en septembre 1936). Nous reviendrons plus loin sur L'ordre Martiniste Synarchique.

A Paris, plusieurs groupes indépendants se formèrent mais il n'y eut pas réellement de

Suprême Conseil reconnu comme tel par l'ensemble des Martinistes. En fait, la plupart des Martinistes, plutôt que de se lancer dans des querelles de succession, préférèrent continuer à travailler dans l'ombre en restant isolés.

Naissance de L'ordre Martiniste Traditionnel.

La situation semblait sans issue. En 1931, jean Chaboseau suggéra à son père de réunir les survivants du Suprême Conseil de 1891 pour reprendre la situation en main afin de rétablir L'ordre Martiniste sur ses bases véritables. Les seuls survivants, en dehors d'A. Chaboseau, étaient Victor-Emile Michelet et Chamuel.

Augustin Chaboseau, ne l'oublions pas, était le cofondateur du Martinisme de 1889 et il avait reçu son initiation par filiation directe de sa tante Amélie de Boisse-Mortemart. Victor-Emile Michelet avait été un membre important de l'Université Hermétique et le Maître de la Loge «Velleda» ; quant à Chamuel, il avait été l'organisateur matériel de L'ordre, c'est l'arrière-

boutique de sa librairie qui avait abrité les premières activités de L'ordre. D'autres Martinistes

se joignirent à eux: le Dr Octave Béliard, le Dr Robert Chapelain, Pierre Levy, Ihamar

Strouvea, Gustave Tautain

ainsi que Philippe Encausse, le fils de Papus. Ce dernier

130

fréquenta quelque temps L'ordre Martiniste Traditionnel, puis s'en écarta. A cette époque, ses préoccupations semblaient être ailleurs. Le livre qu'il consacra à la mémoire de son père, l'année suivante, semble témoigner de cette position{11}. Le 24 juillet 1931, les Martinistes, réunis autour d'Augustin Chaboseau, décidèrent de réveiller le Martinisme sous son aspect authentique et traditionnel. Pour le distinguer des nombreuses organisations pseudo- Martinistes qui existaient, ils ajoutèrent au nom de L'ordre le qualificatif de «Traditionnel». Par cet acte, les survivants du Suprême Conseil de 1891 revendiquaient «la pérennité de L'ordre fondé par eux avec Papus»(12). Le Martinisme reprenait force et vigueur. On procéda à l'élection du Grand Maître et, comme le veut la Tradition, c'est le membre le plus ancien qui fuit élu à cette charge Augustin Chaboseau. Celui-ci, dès avril 1932, préféra laisser cotte fonction à Victor Emile Michelet. Bien qu'actif, L'ordre resta relativement discret nous la direction de ce dernier. A la mort de Michelet, le 1.2 janvier 1938, c'est à nouveau Augustin Chaboseau qui devint le Grand Maître de L'ordre Martiniste Traditionnel.

Martinisme et F.U.D.O.S.I.

A Bruxelles, en août 1934, se tiennent les premières réunions de la F.U.D.O.S.I.(13) Différents Ordres Initiatiques sont rassemblés à cette occasion pour mettre en commun leurs efforts. Victor Blanchard, grâce à la F.U.D.O.S.I, espère reconstituer l'unité mondiale du Martinisme sous sa direction. Pourtant beaucoup de Martinistes sont absents. L'ordre Martiniste Traditionnel n'est pas représenté et ne semble pas avoir été invité. Quant à Jean Bricaud, craignant sans doute que son titre soit contesté, il préféra s'abstenir. Le 9 août, au cours d'une réunion Martiniste, Victor Blanchard est reconnu comme Souverain Grand Maître par les Martinistes présents (14). Georges Lagrèze devint Substitut Grand Maître de cet Ordre. Victor Blanchard autorise Harvey Spencer Lewis à~ créer des loges de L'ordre Martiniste Synarchique aux Etats-Unis, mais restera incapable de donner, autant à Spencer Lewis, Emile Dantinne, Edouard Bertholet qu'aux autres, les documents nécessaires pour cela. Par prudence, H. Spencer Lewis préféra attendre d'avoir des directives précises plutôt que de se lancer à l'aventure. Les Martinistes des autres juridictions adoptèrent la même attitude. En fait, les activités de L'ordre Martiniste Synarchique se limitaient à la transmission des initiations aux divers degrés Martinistes et L'ordre n'avait pas d'existence réelle. Il n'existait pas à l'époque de Loge Martiniste à Paris et c'est dans le temple de la «Fraternité des Polaires» que Victor Blanchard donnait ses initiations. Le temps n'arrangea rien à l'affaire et cinq ans plus tard, les choses n'avaient guère avancé. Devant cette situation, en 1939, la F.U.D.O.S.I. se résolut à enlever à Victor Blanchard la confiance qui lui avait été accordée. Georges Lagrèze signala aux membres de la F.U.D.O.S.I. qu'un Martiniste, sur l'existence duquel V. Blanchard, soit volontairement, soit par négligence, n'avait rien dit, était tout à fait qualifié pour diriger L'ordre. Ce Martiniste, Augustin Chaboseau, ancien collaborateur de Papus et dernier survivant du Suprême Conseil de 1891, était légalement le seul en droit de diriger les destinées du Martinisme. Une délégation fut donc envoyée pour entrer en contact avec Augustin Chaboseau. Ce dernier, après examen de la situation, accepta de diriger le Martinisme. Au cours d'une réunion spéciale de la F.U.D.O.S.I, l'ensemble des Martinistes présents décidèrent de se ranger sous l'autorité du Grand Maître de L'ordre Martiniste Traditionnel. Ainsi, en juillet 1939, L'ordre Martiniste Traditionnel faisait son entrée à la F.U.D.O.S.I, alors qu'il en avait été absent jusque-là, tandis que L'ordre Martiniste Synarchique était déserté par ses membres qui avaient rejoint l'O.M.T. Augustin Chaboseau, qui vient de prendre la direction du Martinisme, remplace également Victor Blanchard dans

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sa fonction d'Imperator de la F.U.D.O.S.I. Il devient membre du triangle de direction de cette organisation composée de trois Imperators A. Chaboseau, Sâr Hieronymus et Ralph M. Lewis (qui a succédé à son père, décédé le 2 août 1939). Quelques jours plus tard, une lettre du Suprême Conseil International de L'ordre Martiniste Traditionnel confirma la nomination de Ralph M. Lewis comme Grand Maître Régional pour les Etats-Unis d'Amérique et membre du Suprême Conseil International.

La Guerre 1939-1945

La Tradition Martiniste s'installait à nouveau au-delà de l'Océan Atlantique. Il était grand temps car, quelques mois plus tard, les Martinistes européens allaient connaître une nouvelle épreuve, la seconde guerre mondiale. Cette dernière allait avoir de lourdes conséquences puisque de nombreux Martinistes allaient perdre la vie sur les champs de bataille ou dans les camps de concentration. Peu de temps après le début des hostilités, le 14 août 1940, le journal officiel publia un décret du gouvernement de Vichy interdisant en France toutes les organisations secrètes. La plupart des responsables de ces organisations furent alors arrêtés. L'ordre Martiniste Traditionnel entra officiellement en sommeil en France, mais en fait le véritable travail ne cessa pas et les Loges "Athanor" et "Brocéliande" restèrent secrètement actives. Augustin Chaboseau réfugié en Bretagne ne fut pas trop inquiété, mais le Docteur Béliard eut quelques ennuis avec la Gestapo. Georges Lagrèze fut obligé de se cacher en Normandie puis à Angers et malgré les perquisitions incessantes à son domicile, il resta cependant en relation avec Ralph M. Lewis par l'intermédiaire de Jeanne Guesdon.

Après la guerre en 1945, il ne restait que quelques survivants. Sous la direction d'Augustin Chaboseau, L'ordre Martiniste Traditionnel fut réveillé officiellement. Hélas, Augustin Chaboseau transita le 2 janvier 1946 et Georges Lagrèze s'éteignit à Angers le 16 avril 1946. L'ordre en France perdait avec eux des éléments essentiels. Jean Chaboseau fut élu à la succession de son père. Jean Chaboseau était un Martiniste de valeur, mais n'avait guère le sens de l'organisation. Il ne réussit pas à réorganiser L'ordre en France. Les membres du Suprême Conseil lui enlevèrent peu à peu leur confiance et démissionnèrent. Il faut préciser que certains Martinistes firent tout pour lui compliquer la tâche, aussi, las des querelles, il préféra mettre L'ordre en sommeil. Les Martinistes belges, sous la direction de Sâr Renatus (René Rosart), essayèrent de continuer le travail de L'ordre sous le nom d' «Ordre Martiniste Universel». Victor Blanchard approuva cette décision, mais le décès le René Rosart en octobre 1948 mit un frein à l'évolution de L'ordre Martiniste Universel. Le frère Heb Ailghim Si, (le Dr E. Bertholet), succéda à René Rosart, mais laissa s'éteindre un Ordre qui ne connut jamais d'activité. Le Dr Bertholet décéda le 13 mai 1965 sans avoir nommé de successeur.

Malgré cela, L'ordre Martiniste Traditionnel n'avait subi aucun dommage aux Etats-Unis et travaillait modestement, attendant que les choses s'apaisent en Europe. Ralph M. Lewis conserva son titre de Grand Maître Régional. Une dizaine d'années plus tard, lorsque L'ordre Martiniste Traditionnel se réimplantera en France et dans d'autres pays à partir des Etats- Unis, Ralph M. Lewis prendra le titre de Souverain Grand Maître. Il dirigera pendant 48 ans L'ordre Martiniste Traditionnel, c'est-à-dire jusqu'à sa transition, le 12 janvier 1987. Gary Stewart lui succède, puis en avril 1990 c'est Christian Bernard qui est élu à la direction de L'ordre Martiniste Traditionnel.

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L'ordre Martiniste Traditionnel aujourd'hui

Comme on peut le constater, L'ordre Martiniste, malgré les adversités, a toujours réussi à transmettre sa lumière â travers le temps. S'il existe actuellement de part le monde diverses "obédiences" Martinistes, c'est L'ordre Martiniste Traditionnel qui compte le plus de membres, en s'efforçant de maintenir la lumière que les Maîtres du passé lui ont confiée. Depuis quelques années, le Souverain Grand Maître de L'ordre Martiniste Traditionnel, Frère Christian Bernard, travaille patiemment à la réorganisation de L'ordre.

Cent ans après la création du Suprême Conseil de 1891, et soixante ans après la création de L'ordre Martiniste Traditionnel, il veut à la fois recentrer L'ordre sur ses valeurs et ses pratiques traditionnelles et l'adapter au monde moderne. L'ordre connaît ainsi sous sa direction une nouvelle naissance. Cent ans après la Révolution française, les Martinistes, sous la direction de Papus, avaient voulu contribuer à la spiritualisation de leur époque. Dans l'espoir de participer à cette grande mission, ils avaient propagé dans le monde les «Serviteurs Inconnus afin que l'Oeuvre puisse s'accomplir. Les enjeux de l'époque étaient importants: les menaces qui planaient sur l'ésotérisme occidental et la montée de la civilisation industrielle, l'avènement du "règne de la quantité". Notre époque présente de nombreuses similitudes avec cette période et chacun peut constater que, alors que nous avons fêté, il y a peu, le bicentenaire de la Révolution française, beaucoup reste encore à faire. Victor Hugo disait :

«La révolution change tout sauf le cœur humain». L'homme, tout comme à l'époque de la résurgence du Martinisme, est en danger de progrès et ce n'est pas un hasard si les Organisations Initiatiques, comme L'ordre Martinisme Traditionnel, sont depuis quelques années aussi actives, car elles enseignent que ce n'est pas à l'extérieur de nous que doit se produire une révolution, mais dans le coeur de chacun de nous; c'est ce que les Martinistes appellent la «Voie Cardiaque».

Notes :

(I) Tous les historiens du Martinisme ne sont pas d'accord sur ce point. Certains considèrent

que Saint-Martin n'a pas transmis d'initiation au sens où on l'entend habituellement. Selon eux, c'est Papus qui doit être considéré comme le créateur de L'initiation Martiniste. Sur ce point voir, Le Martinisme, Robert Amadou, éd. de l'Ascèse 1979, Chap IV. Jusqu'à présent aucun élément ne permet de porter un jugement définitif dans un sens ou dans l'autre.

(2) «Le Lys dans la Vallée, H. de Balzac, Nelson 1957, p 64

(3) Sur les circonstances de cette initiation, voir l'article : «Un Serviteur Inconnu Pierre-

Augustin Chaboseau», dans cette revue. (4) Cette création fut annoncée dans «L'initiation» : n° 10 juillet 1891, p 83-84 ; n* 11 août 1891, p 182 et n° 22 septembre, p 277 1891.

(5) «Essais de Sciences Maudites, I, Au Seuil du Mystère», G. Carré, Paris 1$90, p 158 .

(6) «Essai de Synthèse des Sciences Occultes, F. Jolivet-Castelot, E. Nourry, Paris 1928, p

189.

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(7) et (8) «Tutti Gli Uomini Del Martinismo», Gastone Ventura, Editrice Atanor, Roma 1978, p 52.

(9) «Le Martinisme», Robert Ambelain, Niclaus, Paris 1946, p 151-155.

(10) Jean Bricaud eut des successeurs dont il est impossible de parler ici faute de place. Pour plus d'information sur ce point, voir notre étude à paraître: «Le Martinisme, son Histoire et sa Philosophie», Christian Rebisse.

(11) «Papus, sa Vie son Oeuvre», Philippe Encausse, éd. Pythagore, Paris 1932. Jean Reyor dans le «Voile d'Isis» de décembre 1932 p 793-794, fut le premier à signaler cet aspect du fils de Papus : «Il semble qu'on ait systématiquement laissé de côté tout ce qui eût pu être

vraiment intéressant dans la carrière si active de cet étonnant Papus

pas un mot sur la

Philippe

constitution et sur la vie de cet Ordre Martiniste dont Papus était l'animateur Encausse corrigera ce défaut dans les éditions successives de cet ouvrage.

».

(12) «Le Martinisme»Robert Ambelain, Niclaus, Paris 1946, p 174.

(13) F.U.D.O.S.I. abréviation de «Fédération Universelle Des Ordres et Sociétés Initiatiques». (14) Cet événement fut annoncé dans le numéro d'août septembre 1934, de la revue «Adonhiram» p 6.

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Le Martinisme une voie cardiaque

par un SI

Les Martinistes Qui sont les Martinistes ? Pour certains, ce sont les disciples de Louis-Claude de Saint-Martin, pour d'autres, ceux de Martinés de Pasqually. La polysémie du

terme "Martiniste" engendrée par l'homonymie de Saint-Martin avec Martinés est à l'origine de bien des malentendus. Sébastien Mercier(l), nous dit que "cette secte tire son nom de son chef, auteur du livre intitulé : Des Erreurs et de la Vérité", c'est-à-dire Saint-Martin. Joseph de Maistre nous précise que les

Martinistes "tirent leur nom d'un certain Martino Pasqualis

évêque de Blois, M. Grégoire, hésite : "Niais quel est le fondateur de cette

secte ? Car on peut choisir entre Saint-Martin et Martinez, par lequel il fut initié

Robert Amadou s'est appliqué à exposer toutes

les significations que l'on peut donner au terme "Martiniste". Pour lui, sa signification première désigne "le système théosophique composé par Louis- Claude de Saint-Martin et exposé dans ses ouvrages. Un Martiniste est celui qui reçoit ce système afin de l'étudier et de le pratiquer" (4). A cette signification générale s'ajoutent de nombreuses variantes car, indirectement, les Martinistes sont aussi les descendants spirituels de Martinés de Pasqually. En effet, Saint- Martin fut élève de Martinés, et fut initié dans l'Ordre des Elus-Cohen. Même si, par la suite, il s'en écarta, il conserva malgré tout l'essentiel des théories de son premier Maître. On peut dire, d'ailleurs, que la pénétration des grandes lignes de la philosophie de Martinés est indispensable à la bonne compréhension du message de Saint-Martin. Vers 1889 est né un Ordre initiatique, portant le nom d'Ordre Martiniste. Depuis cette époque, le terme "Martinistes" désigne plus particulièrement les membres de cet Ordre et leurs descendants depuis la fin de la première guerre mondiale.

aux mystères théurgiques

L'ancien

"(2).

"(3).

L'Interne préserve de tout Si les théories de Saint-Martin sont proches de celles de Martinés de Pasqually, la différence entre le Martinisme de Saint-Martin et celui de Martinés de Pasqually se réduit en grande partie à leur manière d'envisager la pratique de la spiritualité. En effet, pour Martinés, c'est par la théurgie que l'homme doit opérer son ascension vers le Divin. Pour lui, c'est la seule méthode dont l'homme dispose depuis sa chute de l'Eden. Cette théurgie, à laquelle l'étymologie attache la signification d"'oeuvre divine", ou "opération divine", consiste en un ensemble complexe de pratiques rituelles, visant à obtenir progressivement l'union mystique avec la Divinité par le secours des anges. Saint-Martin, quant à lui, juge ces pratiques dépassées et dangereuses. Il pense que depuis la venue du Christ, le "Réparateur", une porte s'est ouverte et que l'homme peut maintenant accéder directement au monde divin sans utiliser les

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agents intermédiaires. A l'évocation, il préfère l'invocation. Sa pratique est une ascèse intérieure et pour lui c'est au centre de l'être, dans le coeur de l'homme,

que l'union doit se réaliser. L'interne "apprend tout et préserve de tout" confie-t- il à son ami Kirchberger, qui lui demande conseil sur la pratique de la spiritualité (5). Ecce Homo Les Martinistes s'interrogent sur la capacité actuelle de l'homme à pouvoir réaliser cette union. Si l'homme, comme nous l'indique la Bible, a été créé à l'image de Dieu, comment expliquer sa misérable situation actuelle ? L'homme est-il encore dans sa vraie mesure ? Cette question conduit les Martinistes à étudier l'histoire de l'homme, depuis son émanation hors de l'Immensité Divine jusqu'à sa situation actuelle. Pour eux, l'homme ne peut parvenir à connaître sa nature fondamentale sans étudier les rapports naturels qui existent entre Dieu, l'homme et l'univers. L'univers et l'homme forment un tout, deux progressions qui sont liées l'une à l'autre, qui marchent ensemble et le dernier terme de la connaissance de l'homme le conduirait au dernier terme de la connaissance de la nature. Mais si l'homme veut comprendre sa véritable nature, c'est vers Dieu qu'il doit porter son regard, car, "nous ne pouvons nous tire que dans Dieu Lui-

même et nous comprendre que dans Sa propre splendeur

n'est plus à même d'accéder aujourd'hui à cette connaissance c'est parce qu'il a commis l'erreur de se rendre vide de Dieu, pour se perdre dans le monde des apparences, le monde temporel. Il s'est endormi au monde spirituel. Son corps de lumière, autrefois armure impénétrable, s'est transformé en un vêtement de chair, corruptible et étroit. Son Temple intérieur est en ruine. "Homme, rappelle un instant ton jugement. Je veux bien t'excuser pour u n moment de méconnaître encore la sublime destination que tu aurais à remplir dans l'univers ; mais au moins ne devrais-tu point t'aveugler sur le rôle insignifiant que tu y remplis pendant le court intervalle que tu parcours depuis ton berceau jusqu'à ta tombe. Jette un coup d oeil sur ce qui t occupe pendant ce trajet. Pourrais-tu croire que ce fût pour une destination aussi nulle, que tu te trouverais doué de facultés et de propriétés si éminentes ?"(7). Comment retrouver cet état paradisiaque par lequel l'homme était à la fois une "Pensée", une "Parole", et une "Action" de Dieu ? Là est toute la quête Martiniste, celle de la "Réintégration". Si l'homme a perdu sa puissance première, il en conserve malgré tout le germe et il ne tient qu'à sa volonté de cultiver cette racine pour la faire fructifier. L'Homme de Désir L'homme sent bien qu'il est en état de privation, et rien ici-bas n'arrive à le satisfaire pleinement. Ce qu'il désire fondamentalement n'est pas dé ce monde et c'est pour cela qu'il s'égare sans cesse, étant poussé par une immense envie de tout ramener à lui, comme pour retrouver cette faculté qui, autrefois, lui

Si l'homme

"(6).

136

permettait de tout posséder, dominer et tout comprendre. Saint-Martin disait :

"Il n'y a rien d'aussi courant que l'envie et d'aussi rare que le désir". En effet celui qui prend conscience de l'origine de cette mélancolie, ce souvenir fugitif d'une grandeur perdue, celui qui aspire à retrouver sa pureté primitive est un "Homme de désir". Son désir, c'est le désir de Dieu. Le Désir, c'est la racine de l'éternité (8), "car Dieu est un éternel désir et une éternelle volonté d'être manifesté, pour que son magisme ou la douce impression de son existence se propage et s'étende à tout ce qui est susceptible de la recevoir et de la sentir. L'homme doit donc vivre aussi de ce désir et de cette volonté, et il est chargé d'entretenir en lui ces affections sublimes; car dans Dieu le désir est toujours volonté, au lieu que dans l'homme le désir vient rarement jusqu'à ce terme complet, sans lequel rien ne s'opère. Et c lest par ce pouvoir donné à l'homme d amener son désir jusqu'au caractère de volonté, qu'il devait être réellement une image de Dieu. "(9) La voie Martiniste est une voie de Volonté entre le Destin, les forces qui dirigent d'une manière aveugle le monde d'en bas et la Providence divine, il faut donc choisir. Pour le Martiniste, devenir un Homme de Désira c'est entreprendre la reconstruction de son Temple intérieur. Pour édifier ce Temple éternel, le Martiniste s'appuie sur deux piliers : l'initiation et l'enseignement Martinistes. Par ces deux piliers il acquiert la Force et la Sagesse qui lui seront nécessaires pour faire naître en lui la Beauté, troisième pilier qui marquera de son sceau l'achèvement de la reconstruction de son Temple intérieur. L'initiation marque le début de son grand travail, car c'est le moment où il reçoit le germe de lumière qui constitue le fondement de son oeuvre. A lui ensuite de travailler pour actualiser et faire rayonner cette lumière. L'initiation Martiniste se déroule au sein d'un Temple ou Heptade. Elle constitue un moment privilégié, la rencontre d'un Homme de Désir avec son Initiateur. Cette initiation ne peut

exister qu'avec la présence simultanée de celui qui donne et de celui qui reçoit. Mais il ne suffit pas de recevoir le flambeau, il faut aussi le conserver, ce qui est plus difficile. Pour les Martinistes, les initiations humaines, si elles sont un préliminaire indispensable, ne sont que les "représentatifs" d'une autre transformation. Elles ne deviennent effectives que lorsque nous recevons "l'initiation centrale". Cette initiation est celle par laquelle "nous pouvons entrer dans le coeur de Dieu, et faire entrer le coeur de Dieu en nous, pour y faire un

marnage indissoluble

initiation, que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être, et de ne pas tâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sortir la vivifiante racine ; parce qu'alors tous tes fruits que nous devons porter, selon notre espèce, se produiront naturellement en nous et hors de nous".(10) Là, se trouve cette initiation centrale, par laquelle la lente germination de la couronne (11) au centre de l'homme, fait de lui son propre roi. Le mot "Initier" prend

Il n'y a d'autre mystère pour arriver à cette sainte

137

alors tout son sens, ce mot "qui dans son étymologie latine veut dire rapprocher, unir au principe, le mot initium signifiant aussi bien principe que

commencement

que la source d'où descendent ces initiations, et que l'objet quelles ont dû se proposer partout, qui est d'annuler la distance qui se trouve entre la lumière et l homme : ou de le rapprocher de son Principe en le rétablissant dans le même état où il était au commencement"(12). L'enseignement constitue pour le Martiniste la nourriture par laquelle il va faire grandir le germe reçu lors de son initiation. La base des enseignements Martinistes est constituée par les écrits de Louis-Claude de Saint-Martin et ceux de Martinés de Pasqually. Les enseignements Martinistes abordent aussi les grands thèmes de la Tradition, comme la Kabbale qui permet d'aborder l'étude de l'Ancien Testament sous un angle plus profond, la science des nombres qui constitue un thème privilégié par les Martinistes, l'angélologie, les cycles de l'humanité, le symbolisme des rêves etc. Dans leurs travaux, les Martinistes n'emploient ni théurgie ni magie, ils se conforment à l'idéal du Philosophe Inconnu : "Conduire l'esprit de l'homme par une voie naturelle aux choses surnaturelles qui lui appartiennent de droit, mais dont il a perdu totalement l'idée, soit par sa dégradation, soit par l'instruction fausse de ses instituteurs"(13). Pour cela, inutile d'accumuler un savoir intellectuel, car pour

rien de plus analogue à la situation et à l'espoir de l'homme

avancer sur la voie de la réintégration, "ce n'est pas la tête qu'il faut se casser, mais le coeur". Dans son travail, le Martiniste utilise deux livres, l'un est le "Livre de ta Nature" et l'autre "Le Livre de l'Homme". La nature est "la vraie

elle est en effet le point de ralliement

Ainsi toutes ces vertus Divines, ordonnées par le

grand principe, pour coopérer à la réhabilitation des hommes, existent toujours autour de nous(14)". La Sagesse Divine a serré les symboles de ses vertus autour de nous, afin de nous porter à les recueillir, aussi la nature constitue-t- elle pour l'initié un immense réservoir de connaissances. Le second livre confié

à la méditation du Martiniste est le "Livre de l'Homme". C'est pour lui le livre le plus essentiel, car l'homme est "le seul livre écrit de la main de Dieu " ( 15) . C'est en lui que se trouvent écrites toutes les lois de l'univers et "toutes ces vérités importantes et fondamentales, [existent] dans tous les hommes avant d'exister dans aucun livre"(16). C'est d'abord en lui-même que l'homme doit chercher la lumière. La lecture du Livre de l'Homme débouche donc vers l'introspection, le retournement vers le centre de l'être, le coeur. Le coeur "est l'organe et le lieu où se rendent toutes nos facultés et où elles manifestent leur action ; et comme ces facultés tiennent à tous tes règnes qui nous constituent,

Le coeur est le "rendez-vous et

soit le corporel, le spirituel et le divin,

l'expression continuelle de l'âme et de l'esprit" (17). Ce retournement de l'être

vers son centre, cette contemplation intérieure est la prière véritable, elle

de toutes tes vertus créées

corne d'abondance pour votre état actuel

".

138

"imbibe notre âme de ce charme sacré, de ce magisme divin qui est ta vie secrète de tous les êtres " ( 1 S). Le Nouvel Homme Le travail de l'homme de désir provoque une transformation intérieure, un "engrossement spirituel", porteur d'une promesse de renaissance intérieure. Le "Vieil Homme" doit céder la place à un "Nouvel Homme". Le terme de "renaissance" n'est pas utilisé ici l'une manière symbolique, cette transformation

"ne se borne pas à un simple effet partiel et concentré dans un seul point de notre être intérieur; elle se propage dans toutes tes régions qui nous constituent, et elle y ressuscite ta vie à tous tes pas ; elle semble donner les noms actifs à toutes les substances spirituelles, célestes, élémentaires rassemblées en nous"(19). Avant de parvenir à cette régénération, nous devons faire renaître en nous l'éternelle vierge, la Sofia. Cette vierge peut naître en nous si nous ranimons "ce corps glorieux englouti doris notre matière", "notre vêtement pur et primitif" (20), qui est le corps virginal présidant à la naissance du nouvel homme, c'est-à-dire la naissance de Christ en nous. Louis-Claude de Saint- Martin décrit ce processus comme une imitation intérieure du Christ. "La

christologie de Saint-Martin constitue la clef de voûte de son système

Le Ministère de L'Homme-Esprit Ce nouvel homme, une fois né, passera par tous les stades de l'évolution, jusqu'à atteindre sa complète maturité. Devenu "Homme-Esprit", il pourra accomplir son "ministère". Dans cette mission, il accomplira ce qui était sa destination

primitive, être l"intermédiaire actif entre Dieu et l'univers. La communication sera rétablie entre le haut et le bas et la Terre pourra trouver le sabbat. L'homme pourra participer à la réintégration du Tout dans l`Un et redeviendra le Temple de Dieu. "Hommes de paix, hommes de désir, telle est la splendeur du Temple dans lequel vous aurez droit un jour de prendre place. Un tel privilège doit d'autant moins vous étonner qu'ici bas vous pouvez commencer à l'élever, que

vous pouvez même l'orner à tous les instants de votre existence

Souvenez-

vous que, selon l'enseignement des sages, les choses qui sont en haut sont semblables à celles qui sont en bas; et concevez que vous pouvez concourir vous-même à cette ressemblance, en faisant en sorte que les choses qui sont en bas soient comme celles qui sont en haut"(22).

" (21 ).

Mais avant d'arriver à ce ministère, l'homme de désir, tel l'Ermite du Tarot, doit parcourir un sentier rocailleux. Enveloppé de son long manteau, il porte une lanterne allumée. "L'étude qu'il se propose est précisément indiquée par la lumière voilée qu'il porte dans toutes ses pérégrinations, dans le périple qu'il effectue à travers les connaissances. Comme le yogi, il se retire dans la solitude, emportant avec lui sa Lumière. La lanterne symbolise en effet t'étincelle de la Lumière prisonnière dans le chaos de la nature, à la recherche de laquelle le

139

Philosophe se consacre "sous le manteau ", cette étincelle émanée du soleil, de l'Etoile des Sages, qui brille pour le voyant et demeure invisible aux yeux du

monde."(23).

Notes (1) "Tableau de Paris", Sébastien Mercier, Amsterdam 1783, p 233. (2) "Quatre chapitres Inédits sur la Russie", Joseph de Maistre, Paris 1859, p 94. (3) "Histoire des Sectes Religieuses" M. Grégoire, Paris 1828, Tome II p 217. (4) "Martinisme, Document n°2", Edi-Repro 1979, p 2. (5) "Correspondance de Louis-Claude de Saint-Martin et Kirchberger, Baron de Liebisdorf ", Paris, Dentu 1862, lettre XL, p 118. (6) "Ecce Homo", Louis-Claude Saint-Martin, Paul Derain, Paris 1959, p 17. (7) "Le Ministère de l'Homme-Esprit", Louis-Claude Saint-Martin. Migneret, Paris 1802. Introduction p X. (8) "Oeuvres Posthumes", Tome second, Louis-Claude Saint-Martin, Letourmy, Tours 1807, p 408. (9) "Le Ministère de l`Homme-Esprit", opus cité, p 153.

(10) "Correspondance de Louis-Claude Saint-Martin et Kirchberger

cité, lettre CX, p 322. (11) "Saint-Martin, le Philosophe Inconnu", M. Matter, Diffusion Rosicrucienne, Paris 1992, chap. XXVIII, p 376. (12) "Le Tableau Naturel", Louis-Claude de Saint-Martin, Edimbourg 1782, seconde partie p 235. (13) "Mon portrait historique et philosophique", Louis-Claude Saint-Martin, Julliard 1961, n° 1135 p 442. (14) "Le Tableau Naturel", opus cité, chapitre 22 p 230 et chap. 19 p 166. (15) "Le Ministère de l'Homme-Esprit", opus cité, p 26. (16) "Le Crocodile", Louis-Claude de Saint-Martin, Librairie du Cercle Social, Paris An VII, p 86. (17) "De l'Esprit des Choses", Louis-Claude Saint-Martin, Laran, Paris An VIII, tome second p 93. (18) "Oeuvres Posthumes", opus cité, p 403. (19) "Le Nouvel ranime", Louis-Claude Saint-Martin, Diffusion Rosicrucienne, Paris 1992, p 34. (20) "Le Ministère de l'Homme-Esprit", opus cité, p 276 et 439. (21) "Saint-Martin, Fou à Lier" dans "Présence de Louis-Claude de Saint- Martin", colloque tenu à l'université de Tours, collectif, Robert Amadou, l'autre Rive, Tours 1986, p 164. (22) "Le Tableau Naturel", opus cité n° 22, p 227 et 229. (23) "Le Salut, Essai interprétation selon les principes de l'Hermétisme", Jean Chaboseau, Niclaus, Paris 1946, p 58.

opus

"

140

Chaboseau

par Christian Rebisse Lorsqu'on évoque l'Ordre Martiniste, un nom vient immédiatement à l'esprit, celui de Papus. On oublie trop souvent que ce mouvement spiritualiste rassembla de brillantes personnalités sans lesquelles cet Ordre n'aurait probablement pas connu le succès que nous savons. Si certains collaborateurs de Papus, comme Stanislas de Guaïta, F.-Ch. Barlet (Albert Faucheux), Sédir (Yvon Leloup), nous sont bien connus, d'autres comme Victor-Emile Michelet et Augustin Chaboseau sont restes dans l'ombre. Victor-Emile Michelet nous est mieux connu depuis que Richard E. Knowles lui a consacre un livre (l), quant à Augustin Chaboseau, il reste ignore des biographes (2). Ce Serviteur Inconnu cache pourtant un personnage aux multiples talents. S'il est vrai que Papus fut l'organisateur du Martinisme moderne, on oublie souvent qu'il eut un associe, Augustin Chaboseau, et qu'on doit considérer ce dernier comme le cofondateur de l'Ordre Martiniste. Il est donc temps de faire plus ample connaissance avec cette personnalité attachante, à la fois pour sa contribution à la pérennité d'un Martinisme Traditionnel et pour sa qualité d'humaniste. La découverte récente des archives de la famille d'Augustin Chaboseau nous a permis de rédiger cette biographie. L'essentiel des informations contenues dans cet article est extrait d'un petit cahier intitule "In Memoriam Augustin Chaboseau" que Madame Rosalie Louise Chaboseau avait réalisé peu de temps après la mort de son mari (3). Nous utiliserons aussi un ensemble de notes manuscrites qu'Augustin Chaboseau avait soigneusement épinglées lui-même par petites liasses et qui étaient destinées à composer son journal sous le titre de : "Mon Livre de Bord, Soixante ans de Navigation Littéraire et Politique".

La famille Chaboseau

Pierre-Augustin Chaboseau est né à Versailles le 17 juin 1868. Son double prénom nous renseigne sur ses origines. Il hérita du premier, Pierre, à la suite dune longue tradition familiale en vigueur depuis le XIIIe siècle. En effet, vers 1224, le duc Pierre 1er (4) se serait un jour arrêté dans une chaboissière et aurait servi de parrain au premier-né d'un ancêtre de la famille Chaboseau. Depuis cette époque la tradition veut que, dans la famille, le fils aîné de chaque génération porte le prénom de Pierre. La famille .Chaboseau (autrefois écrit : Chaboseau de la Chaboissière) plonge ses racines dans la noblesse française et Pierre-augustin aurait pu faire suivre son nom des titres suivants :

Marquis de la Chaboissière et de Langlermine, Comte de Kercabus, Kerpoisson, de la Morinière, Trévenégat, la Bélinière, la Pommeraye ; Baron de la Borde, L'Atrie, le Poreau, Rivedoux. Les Chaboseau étaient aussi Seigneurs de la Fuye, Proce, Bodouet, la Guionnière, la Tillerolle, Saint- André, Kerlain, Kerfressou, Kernachanan, terres nobles du Poitou, de Vendée, de Maine et Loire, Mayenne, Sarthe, de Bretagne, Loire inférieure, Ille et Vilaine, Orne et Côtes du Nord. (5) Pendant la Révolution française, le titulaire de ces titres les brûla sur "l'autel de la raison" et fut ruiné. Augustin n'utilisa jamais le prénom de Pierre pour signer ses oeuvres, qu'elles soient poétiques, littéraires, scientifiques ou historiques. Il n'utilisa que celui d'Augustin. Son second prénom, celui d'Augustin, lui fut donné par sa mère, Elisa-Célestine (1847-1920) en souvenir de son père, Antoine- augustin Lepage, à qui elle vouait un véritable culte. Auguste-Marie Chaboseau ( 1835-1898), père d'Augustin était un militaire et sa carrière exigea de fréquents déménagements. Ces voyages ne furent jamais un handicap pour les études du jeune homme. Il faut dire que le jeune Augustin manifesta rapidement une aptitude hors du commun à l'étude. Le travail du lycée ne pouvait guère combler son appétit intellectuel. Il "dévorait" tous les livres des bibliothèques scolaires et ceux que parents et amis mettaient à sa disposition.

La jeunesse

141

A l'âge de quatorze ans, il avait déjà lu la Bible entièrement. Cette lecture bouleversa le jeune

adolescent au point qu'elle fut le point de départ de ce qui restera tout au long de sa vie une préoccupation majeure : lire, étudier et comparer les textes sacrés de toutes les religions. Il consacra

les vacances de Pâques de l'année suivante à la lecture du Coran. Rentré au lycée du Mans, c'est le dictionnaire des sciences philosophiques d'Adolphe Frank qu'il lit et relit, en ayant soin de prendre de nombreuses notes. Puis c'est le dictionnaire des littératures rédigé sous la direction de Vapereau qui retient son attention. Il précise dans son journal : "ce que j'ai appris grâce à Franck et Vapereau durant cette année scolaire 1882-1883 est la base ce que j'appelle mon érudition". L'année suivante il se plonge dans l'"Imitation de Jésus-Christ". L'élève Augustin Chaboseau est-il un surdoué ? Il est difficile de l'affirmer, en tout cas, il possède des aptitudes hors du commun dans certaines matières. "Les Français conçoivent que l'on ait une vocation irrésistible pour la musique, le

dessin, la peinture

analogue. Et pourtant… Avant mon entrée au Lycée, ma mère avait commence mon initiation à

l'anglais, mon père avait fait de même pour l'allemand, et l'on m'avait confié à un bachelier tout frais émoulu, pour qu'il m'enseignât ce qui, en matière de latin, correspondait au programme de la huitième. Excellente préparation mais insuffisante pour expliquer que dès mon arrivée en septième, je fus le meilleur élève pour le latin et l'allemand, et dès mon passage en sixième, le meilleur pour le grec, et tout cela sans la moindre peine, je puis même dire sans le moindre effort. Il en alla pareillement, au cours des cinq ou six années suivantes pour ce qui concernait l'italien, le provençal,

le catalan, l'espagnol, le portugais, d'autre part le, flamand et le néerlandais. Quand je vins à Pau, il ne

me fallut que quelques semaines pour me familiariser avec le béarnais, puis, naturellement, le gascon.

Après l'enseignement secondaire, je me plongeai jusqu'au cou dons le sanscrit. Un Russe m'enseigna

sa langue en quelques mois, et en conséquence je ne tardai guère à traduire tout ce que je voulais du

polonais et du serbe." (6). Il apprit plus tard le breton, l'espéranto et lisait également le sanscrit et le pali.

A ce don des langues, il convient d'ajouter celui qui lui venait de son père, la musique. Des l'âge de

six ans, il prit des cours de piano et toute sa vie il garda une passion pour la musique et le chant. Le départ de son père pour une autre garnison allait être l'occasion de rencontres lui ouvrant de nouveaux champs d'investigation. Malgré ce départ, le père d'Augustin voulait que son fils termine son année scolaire au lycée du Mans, aussi il le confia à son ami Jean Labrousse, qui, comme le père d'Augustin, était officier. Les Labrousse étaient des spirites convaincus et ils étaient très liés avec Pierre-Gaétan Leymarie, le rédacteur en chef et le directeur de "La Revue Spirite". Cette rencontre allait ouvrir l'esprit du jeune homme aux "mondes invisibles" et y déposer "Ie premier germe des préoccupations mystiques" (7).

Mais personne n'a jamais admis, pour le polyglottisme, une prédestination

Pierre-Gaëtan Leymarie et le spiritisme

Il est nécessaire de s'attarder ici quelques instants sur Pierre-Gaetan Leymarie (1817-1901). Il fut l'un

des plus ardents disciples d'Allan Kardec, le fondateur du spiritisme. Si Pierre-Gaetan Leymarie était un spirite très actif, il était aussi un humaniste et il offrait les colonnes de sa revue à tous ceux qui défendaient "une cause spiritualiste ou d'ordre essentiellement humanitaire et moral" (8). Il fut un militant pour la paix et l'un des pionniers pour l'émancipation de la femme. Leymarie comprit rapidement que ses contemporains n'étaient guère préparés pour appréhender les nouvelles sciences psychiques. Aussi, il estimait que de nombreux efforts étaient nécessaires pour développer la culture générale des Français. Dans cet objectif, il seconda, en compagnie de sa femme, son ami Jean Macé à

la fondation de la "Ligue de l'Enseignement" (9).

En 1889, Pierre-Gaetan Leymarie organisa le premier congrès spirite international sur le sol français.

Non seulement il fut un homme dévoué et sensible mais il était désintéressé et modeste. Il exerça une certaine influence sur de nombreuses personnalités (10). Il mourut en 1901 et sa tombe au Père- Lachaise porte l'inscription "Mourir c'est quitter l'ombre pour entrer dans la lumière". Les Labrousse parlaient beaucoup de Leymarie à leur jeune ami Augustin mais ce n'est qu'un peu plus tard, à Paris, qu'il le rencontrera.

142

Pierre-Gaetan Leymarie exercera une profonde influence sur Augustin Chaboseau. Comme lui, Augustin sera passionné par l'éducation et donnera beaucoup de son temps à la "Ligue pour l'enseignement" ; comma lui il militera pour les droits de la femme, comme lui il ne se contentera pas de belles théories élaborées à l'ombre des salons confortables des intellectuels, c'est la pratique qui l'intéressera au premier chef.

Le Musée Guimet

Revenons à Augustin Chaboseau. Il a 18 ans et se pose pour lui le problème difficile de l'orientation. Augustin avait plusieurs vocations, la littérature l'attirait beaucoup, et la musique le tentait aussi. Il se décidera finalement pour la médecine. Ses talents d'écrivain lui seront malgré tout très utiles pour financer ses études. Dès le mois d'août 1886 il publie une nouvelle, "Le Curé de Bosdarros" dans "l'Estafette". Encouragé par ce premier succès, il en publie une seconde, "Lucrèce", le même mois. Ainsi commença une longue série qui le conduira à collaborer à de nombreux périodiques et revues. Pour suivre ses études de médecine, il lui faut quitter sa famille et s'installer à Paris. La vie parisienne lui ouvre de nouveaux horizons. A Paris, un nouveau musée consacré à l'étude des religions et des civilisations de l'Orient vient d'ouvrir ses portes. En effet, Emile Guimet vient d'amener à Paris une magnifique collection d'objets de culte, des livres sacrés d'Orient ainsi qu'une riche bibliothèque (11). Augustin va rapidement devenir un visiteur assidu de ce musée, a tel point que Léon Milloué, le conservateur et bibliothécaire, va le prendre pour adjoint. C'est de cette époque que va naître sa grande passion pour le bouddhisme.

L'initiation Martiniste Ses parents, inquiets de laisser seul le jeune étudiant à Paris, lui avaient recommandé d'aller rendre visite à une de leur parente, la marquise Amélie de Boisse-Mortemart. C'était une femme pleine de grâce et de distinction. Elle était veuve depuis quelques années et, ruinée par son mari, elle vivait en donnant des leçons de piano, de chant et d'aquarelle à une clientèle mondaine et bourgeoise du quartier des Ternes. Artiste aux dons multiples, elle écrivait aussi quelques articles dans diverses revues. Dès leur rencontre, une grande complicité s'installa entre Amélie et le jeune Augustin : d'abord sur le plan littéraire, (sous son propre nom, elle fera publier un article écrit par le jeune Augustin dans "l'Art et la Mode" en mars 1891). Mais ce sont leurs affinités mystiques qui les rapprocheront le plus. Amélie s'intéressait beaucoup au spiritisme. "Elle était mystique, ultra mystique. Nulle science occulte n'avait de secret pour elle. Il est vrai qu'à cet égard elle avait été stylée par Adolphe Desbarolles (13). Ce qui la passionnait plus que tout, c'était le Martinisme" (14). Si le jeune Augustin connaissait le spiritisme, il était tout ignorant de ce qui concernait le Martinisme, aussi Amélie résolut-elle de faire son éducation sur ce sujet. "Elle me prêta les livres d'Elme Caro, de Jacques Matter, d'Adolphe Franck (15). Ensuite ceux de Saint-Martin lui-même. Après quoi, elle n'hésita pas à m'initier, comme elle avait été initiée par Adolphe Desbarolles, disciple direct d'Henri de Latouche" (16). Ainsi, en 1886, Augustin Chaboseau devenait S.I. et prenait sa place dans une lignée d'initiés Martinistes remontant jusqu'à Louis-Claude de Saint-Martin. Cependant, le Martinisme n'avait pas de structure, il n'était pas organisé, et il n'existait pas à proprement parler d'"Ordre Martiniste". C'est encore une rencontre providentielle qui allait changer cette situation.

La rencontre avec Papus

Depuis quelque temps, en effet, Jean Labrousse s'est installé à Paris et c'est tout naturellement qu'il retrouve Augustin Chaboseau et le présente à son ami Gaétan Leymarie. Celui-ci le mit en contact avec le milieu mystique et ésotérique parisien et lui offrit de collaborer à la " revue Spirite". Le 15 décembre 1889, Augustin publia un compte rendu sur les Offices Bouddhistes à l'Exposition Universelle de Paris dans cette revue. A Paris, Augustin Chaboseau se lia d'amitié avec de nombreuses personnalités, les Frères Cros, Villiers de l'Isle-Adam qui devint pour lui un ami intime,

143

Emile Bourdelle

l'hôpital de la Charité et fit la connaissance de Gérard Encausse, un jeune interne qui commençait déjà à publier sous le nom de Papus. Ainsi naquit une grande amitié. Leurs longues discussions sur l'ésotérisme et la mystique leur révéla qu'ils étaient l'un et l'autre Martinistes et ils décidèrent de mettre sur pied un Ordre Martiniste afin de transmettre cette initiation. C'est à ce titre que nous devons considérer Augustin Chaboseau comme le cofondateur de l'Ordre Martiniste. Papus et Augustin Chaboseau rassemblent quelques amis, Stanislas de Guaïta, Lucien Chamuel, F.- Ch. Barlet, Maurice Barres, Joséphin Péladan, Victor-Emile Michelet (et quelques autres) et ainsi naît l'Ordre Martiniste, vers 1890. Papus est un organisateur. Aussi, afin d'assurer le succès de l'entreprise, il crée toute une structure, comprenant librairie, salle de conférence et revues. Augustin collabore à la revue l'"Initiation" (de 1889 à 1891) puis Papus lui confie le poste de rédacteur en chef de la revue "Le Voile d'Isis". Il deviendra également secrétaire de rédaction de "Psyché", revue dont Victor-Emile Michelet fut le rédacteur en chef. En 1889, a lieu à Paris un congrès international spirite dont Gaétan Leymarie publie le compte rendu en 1890 dans un gros volume in-8. Dans ce livre, on trouve des rapports d'Augustin Chaboseau sur des mémoires allemands, néerlandais et italiens. Tout cela n'empêche pas Augustin Chaboseau de continuer ses études de médecine. Pourtant, au moment de s'occuper de sa thèse de médecine, Augustin est pris de scrupules. L'idée de tenir entre ses mains la vie des autres lui fait peur. Aussi, il décide de laisser la médecine et se consacre dorénavant totalement à la littérature. Papus l'encourage dans ce sens, connaissant sa passion pour la philosophie bouddhiste et l'encouragea à écrire un livre sur ce sujet, lui disant "Vous connaissez à fond les religions, les philosophies et les arts de l'Extrême-Orient ; votre situation au musée Guimet vous met à même de vous documenter facilement" (17). Augustin se mit à l'ouvrage, ne se contentant pas des traductions des textes sacrés, il apprit le sanscrit et travailla directement sur les textes anciens. Dès 1890, Augustin présenta son manuscrit à Papus et ensemble ils le portèrent chez l'éditeur Carré qui publia ce livre en mars 1891. Papus créa au sein du Groupe Indépendant d'Etudes Esotériques une section consacrée à l'étude des sciences orientales pour Augustin Chaboseau. Lorsqu'en 1891, Papus publie son "Traité Méthodique de Science Occulte" (éd. Carré), il demande naturellement à Augustin Chaboseau de lui préparer, en annexe à son livre, un glossaire des principaux termes de la science occulte orientale. Cet appendice sera également publié à part dans une petite brochure in-8. Pendant les premières années du Martinisme, Augustin Chaboseau sera avec Stanislas de Guaïta et Chamuel, le plus précieux collaborateur de Papus. En 1891, les Martinistes décident de donner un cadre plus précis à l'Ordre Martiniste et dans son numéro d'août 1891, l'"Initiation" annonce une nouveauté, la création d'un Suprême Conseil compose de 21 membres qui, désormais, dirigeront l'Ordre. Augustin Chaboseau sera membre de ce conseil et prendra le numéro 6 dans ce groupe de 21 personnes. En juillet 1892 la revue "La Plume" propose à ses lecteurs un numéro spécial sur la Magie. Augustin prêtera son concours à cette revue avec un article intitule "La Chaîne". Puis à la fin de la même année il est nommé par Stanislas de Guaïta membre de la Chambre de Direction de "l'Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix". Cet Ordre constituait un ordre intérieur dans l'Ordre Martiniste.

etc. Sur les conseils de Leymarie, le jeune externe en médecine se présenta à

De l'oratoire au laboratoire

Augustin Chaboseau est un homme de terrain, il aime se confronter à la réalité, aussi le travail spéculatif dans les Loges ne le passionne pas longtemps. "Il ne cessa de préférer l'altruisme à l'étude spéculative. Toute connaissance, disait-il est inutile, vaine et égoïste, qui ne peut profiler immédiatement au bien des autres" (19). Aussi, à partir de 1893 il cesse de participer aux réunions de loges pour répandre les idées émancipatrices par la plume et la parole. Il demande à être mis en congé du Suprême Conseil de l'Ordre Martiniste pour se jeter dans l'action. Papus, par respect, lui gardera toujours sa place et son poste ne sera jamais occupé par un autre membre. Augustin, pendant toutes ces années, a multiplié les contacts. Au cours des dîners de "La Revue Moderne" il avait fait la connaissance de très nombreuses personnalités des arts et de la politique.

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Cette période sera celle à partir de laquelle il produira le plus de nouvelles et d'articles divers dans revues et journaux (20). La liste de ces médias est si longue qu'il ne peut en être cité ci que quelques- uns : "La Famine, l'Aurore, l'Action, La Petite République, Le Courrier du Soir, le Figaro, le Matin, le Parisien etc. " Il utilisera pour signer de nombreux pseudonymes : Pierre Thorcy, Penndok, Pendoker, Arc'Hoaz, le Chat Botté, Candiani, Henri Olivier

Chaboseau traducteur

Sa collaboration a "La Petite République" eut une influence importante sur sa vie. C'est là qu'il fit la connaissance de Benoît Malon, de Fournière et de tous les leaders du mouvement socialiste de l'époque. C'est avec eux qu'il entra dans le monde de la politique. Dès cette époque, ses préoccupations changèrent, il s'interrogea sur les populations de Pest, Serbes, Tchèques, Polonais et sur la question des Hindous et des Zoulous. Cette époque est aussi celle qui voit ses travaux de traduction prendre une plus grande ampleur. Nous n'en donnerons que quelques exemples : à partir du russe, "La Demande en Mariage" d'A. Tchekhov, à partir de l'anglais, "La Ville Eternelle" de Hall Caine (21). Il participa aussi aux travaux de la "Ligue des Droits de l'Homme" et prit part activement à la constitution des universités populaires. Il donna, entre 1898 et 1907, plus de trois cents conférences. Augustin avait déjà 34 ans et était encore célibataire, il n'avait, semble-t-il, pas encore trouvé de compagne à sa mesure. C'est dans le cadre de ses activités à l'université populaire du XIVe arrondissement, à Paris, qu'il va rencontrer celle qui va devenir le 17 décembre 1902 son épouse, Rosalie Louise Napias. Cette jeune femme est la descendante d'un fouriériste et dune pupille de Maria Deraisme. Elle était une féministe très active qui collabora à la revue "La Fronde" sous le pseudonyme de Blanche Galien. Elle avait réussi à forcer les portes de la faculté de médecine. Elève à l'institut Pasteur, elle devint la première femme pharmacienne de France. Augustin Chaboseau possédait cette rare faculté de pouvoir mener en même temps des activités très différentes. Ses activités furent si nombreuses, que quand on étudie sa biographie, on a peine à croire qu'il ait pu mener toutes ces activités de front. Sa passion pour l'organisation du travail le mena à collaborer à la Bourse du Travail où il donna des cours de législation ouvrière. Il exerça également pour cet organisme son don des langues puisqu'il y fut traducteur interprète pour douze langues vivantes. Tout cela ne l'empêche pas de trouver le temps de traduire "La Législation ouvrière aux Etats-Unis", de W.F. Willoughty(23) et de compléter ce travail par des notes et une introduction dans laquelle il souligne l'avance de ce pays sur la France. Toujours sensible à l'émancipation de la femme, il traduisit "La réglementation du Travail des Femmes et des enfants aux Etats-Unis" (24) ainsi qu'un "(Guide Pratique de Législation Ouvrière" (25) et rédigea un "Manuel de Législation Ouvrière", qui fit autorité. Ses études sur le monde ouvrier l'amenèrent à s'inquiéter de la désertion des campagnes, il écrivit sur ce thème "La Désertion des Champs".

L'engagement social

Vers 1900, il abandonna ses articles littéraires dans les quotidiens et se consacra aux revues scientifiques. Il collabora à : la "Revue de Paris", la "Revue Scientifique", la "Revue Générale des Sciences" etc. Son étude sur la constitution de 1875 sous le titre : "Réalisations démocratiques" lui valut les honneurs de la tribune de la Chambre des Députés. Il termina une "Etude Historique sur les

Constituants de 1848", qui fut publiée par les soins de la Société pour l'Histoire de la Révolution de

1848 (sous la présidence de G. Renard) (26). Puis c'est Alexandre Levais qui lui confia la rédaction de

son premier volume de "l'Histoire des Partis Socialistes en France", (de Babeuf a la Commune, 1911)

(27).

Ses activités politiques devinrent plus nombreuses. Apres son échec aux élections municipales de

1908 (28), il devint, pour 1911, le secrétaire du député Pierre Goujon. Augustin Chaboseau était un

amoureux de la nature, il était "écologiste" avant l'heure. Il participe avec son ami Anselme Changeur

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à la "Société pour la Protection des Paysages de France" en 1913. Le siège social de l'association sera d'ailleurs à son adresse, rue Jenner à Paris. Il fut membre du Comité Directeur de cette Association en 1919 et publia de 1913 à 1934 dans le "Figaro", le "Temps" et le "Bulletin de la Société pour la Protection des Paysages de France", des articles sur la protection de la nature (29).

Le secrétaire d'Aristide Briand

La première guerre mondiale éclate en 1914. Augustin Chaboseau est un homme qui s'est engagé avec passion dans les affaires de son pays, aussi il ne supportera pas d'être réformé pour raison de santé. Il voulait défendre son pays. Il offrira donc de travailler bénévolement à la mairie du XIlIe arrondissement. Rapidement, il se rendit compte que ce travail de routine ne correspondait guère à ses compétences et qu'il pouvait être plus utilement employé. Ce fut le moment pour lui de reprendre contact avec son vieil ami Aristide Briand, qui est devenu Ministre de la justice. Ce dernier donna une suite favorable a sa requête et dès septembre il l'engagea comme secrétaire particulier. Lorsque Aristide Briand sera nomme Président du Conseil et Ministre des Affaires étrangères, il gardera Augustin Chaboseau à son service. Pendant cette collaboration, qui dura jusqu'en 1917 (30), il fut amené à représenter le ministre en différentes occasions lors de manifestations officielles. Au cours de cette période, Augustin Chaboseau remplit des missions secrètes auprès d'hommes politiques des Balkans. Il gagna ainsi l'amitié de plusieurs chefs d'Etats : le président Pachitch et le roi Alexandre de Yougoslavie (31). Il fut également très lié avec le ministre plénipotentiaire de Serbie à Paris, Milenko R. Vesnitch. Ce dernier admirait les poèmes serbes qu'Augustin Chaboseau avait traduits (32). Le gouvernement serbe lui demanda d'écrire un ouvrage d'histoire : "Les Serbes, Croates et Slovènes". En Yougoslavie, ces deux volumes sont devenus des livres scolaires pour la classe de français. Ils valurent à leur auteur le titre de "Commandeur de l'Ordre de Saint-Sava" ; décoration que lui remit le Prince régent Alexandre le 1er décembre 1919 (33). Parmi ses nombreuses relations, qui ne peuvent être toutes relatées ici, signalons son amitié avec Roland Bonaparte. Quelques années après la guerre, de 1922 à 1929 il collabora au "Mercure de France". Signalons ici son article: "Latouche réhabilité" (1919). Henri de Latouche (1785-1851), premier éditeur d'Henri Chénier, fut aussi un écrivain. Il était également Martiniste et fut l'initiateur d'Adolphe Desbarolles. La passion d'Augustin pour la protection de la nature est surtout connue grâce à son rôle dans la protection du Parc de Sceaux. Le propriétaire de ce parc n'avait plus les moyens d'entretenir un tel espace et en 1923, il s'était résolu à le vendre en plusieurs parcelles. Grâce à la Société pour la Protection des Paysages de France et l'appui de diverses personnalités, il réussit à éviter la destruction de ce magnifique espace vert en faisant acheter la propriété par le département de la Seine en juillet 1923. Augustin Chaboseau avait proposé dès le mois de juin d'installer dans le château de Sceaux un musée historique archéologique d'Ile de France. Le projet tut adopté en décembre 1930 et jean Robiquet prit la direction de ce musée. Augustin Chaboseau devint son adjoint et conserva ce poste jusqu'à la déclaration de la guerre en 1939.

L'Ordre Martiniste Traditionnel

Depuis la fin de la guerre 1914-1918, Augustin Chaboseau fréquentait beaucoup le "Grand Orient de France" et le "Droit Humain" avec lequel il était en relation depuis de nombreuses années. Il fit de nombreuses conférences au Droit Humain et participa à ses activités jusqu'en 1937. On peut se demander pourquoi Augustin Chaboseau a choisi de fréquenter les Loges maçonniques plutôt que de rejoindre les Loges Martinistes. Il faut dire que la situation avait beaucoup changé depuis la fin de la guerre. En effet, Papus était mort avant la fin de la première guerre mondiale, le 25 octobre 1916. Depuis cette date, l'Ordre Martiniste était en sommeil, car la guerre avait dispersé les membres et le Suprême Conseil, rendant ainsi impossible l'élection d'un nouveau Grand Maître (34). Pourtant, plusieurs Martinistes essayaient depuis cette époque de prendre la direction de l'Ordre. Chacun avait déformé le Martinisme d'une manière qui scandalisait Augustin Chaboseau. Las de constater les

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nombreuses déviations du Martinisme lyonnais et parisien, il réunit à nouveau les derniers survivants du Suprême Conseil de 1891 et remit l'Ordre sur pied en 1931. On procéda à l'élection du Grand Maître et c'est Augustin qui fut désigné à ce poste. Il laissa cependant à Victor-Emile Michelet cette fonction. A la mort de Michelet, en juillet 1938, Augustin prit la fonction de Grand Maître. L'Ordre

ainsi remis en fonction, les Martinistes ajoutèrent au nom de l'Ordre le qualificatif de "Traditionnel" pour le distinguer des différents mouvements non orthodoxes. Par ce geste, les Martinistes

revendiquaient "la pérennité de l'Ordre fondé par Papus avec eux

manifester cette régularité" (36). L'Ordre Martiniste Traditionnel restera discret jusqu'à son entrée dans la F.U.D.O.S.I. à la fin de l'année 1939. A partir de cette date, Augustin Chaboseau devint l'un des trois Imperators de la F.U.D.O.S.I. (36) La guerre de 1939-1945 allait malheureusement contrecarrer les projets des Martinistes. Cette "drôle de guerre " affecta profondément Augustin Chaboseau, il avait fui la capitale avec ses petits-enfants et avait cherché un refuge dans sa chère Bretagne" (37) : il termina à Saint-Servan (près de Saint-Malo) ses deuxième et troisième volumes de "l'Histoire de la Bretagne". Son fils Jean était sur le front et c'est Jeanne Guesdon qui le remplaçait comme secrétaire administrative pour les relations avec l'étranger. Jean Chaboseau réussissait malgré tout à rentrer de temps en temps. Pour le Noël 1939, Augustin et Jean Chaboseau ainsi que Georges Lagrèze étaient réunis et travaillaient à l'organisation de l'Ordre Martiniste Traditionnel, qui malgré la guerre fonctionnait dans la clandestinité. Ils envoyèrent à cette occasion une charmante carte à Ralph M. Lewis. Avant la fin de la guerre, contraint par les occupants, il dut regagner Paris. Quelque temps avant la fin de la guerre, l'armée allemande fit irruption chez lui et pilla sa bibliothèque. Il fallut aux soldats allemands un camion pour déménager les livres, tellement il y en avait. Heureusement, prévenu à temps, Augustin Chaboseau avait eu le temps de faire détruire des documents témoignant de ses activités initiatiques et put ainsi échapper au pire. "Jusqu'à ses dernières semaines, son activité intellectuelle fut intense : Quinze jours avant sa mort, il rédigeait des notes pour un travail ultérieur, travaillait à un poème en douze chants sur le Bouddha (interrompu malheureusement au septième chant) et il avait écrit deux conférences pour de futures réunions Martinistes. Le deux janvier 1946, il s'éteignit calmement et sereinement, son pauvre corps devenu trop faible pour permettre à l'esprit d'y demeurer". Ainsi s'achève ce portrait d'Augustin Chaboseau. Il resterait encore beaucoup à dire, que ce soit sur ses réalisations littéraires (par exemple sa collaboration à la grande encyclopédie Larousse), politiques ou initiatiques. L'essentiel était ici de faire découvrir un illustre Martiniste qui, "ayant été nourri par la doctrine d'amour et de charité du Martinisme, par les études sociales transcendantes de la Rose-croix et de Saint-Yves d'Alveydre" (39), s'est efforce toute sa vie de mettre en pratique la plus haute idée qu'il se faisait de l'homme. Ordre Martiniste Traditionnel Ordre kabbalistique de la Rose-croix La Chambre de Direction de L'Ordre Kabbalistique de la Rose+Croix Le Suprême Conseil de l'Ordre Martiniste Traditionnel Le Groupe Martiniste Brocéliande, vous informent du départ vers les Sphères Supérieures du Frère Pierre Augustin CHABOSEAU Président de la Chambre de direction de l'Ordre kabbalistique de la Rose + Croix Grand-maître de l'Ordre Martiniste Traditionnel président du Groupe Martiniste Brocéliande survenu le 2 janvier 1946, dans sa 78e année.

s affirmant seuls justifiés pour

-Je ne crains pas de mourir dans le souhait d'une meilleure bergerie, car devant mes yeux comme devant le miroir, m'apparaît la vie future.

Notes

(l) "(Victor Emile Michelet, Poète Esotérique",

Richard Knowles, Vrin, Paris 1954.

(2) Une petite notice biographique est à signaler malgré tout : "Vie et Mystère des Rose+Croix", de

Jean-Claude Frère, Maison Mame, Paris 1973, qui malgré quelques erreurs est bien documentée.

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(3) A cela il convient d'ajouter une quantité importante de documents et correspondances avec de nombreuses personnalités ainsi que des documents de son fils Jean Chaboseau. Nous tenons à remercier chaleureusement Madame M. C. d'avoir bien voulu nous confier ces documents précieux. (4) Pierre Ier, dit "Maucler" parce que défroqué, était le fils de Yolande de Courcy et de Robert II,

comte de Dreux et du Perche. il avait pour aïeul un Robert 1er, aîné des quatre fils de Louis VI le Gros, dont le troisième fils avait été Louis VII le Jeune, père de Philippe-auguste. Pierre Ier fut armé chevalier par le roi de France en 1209. Voir "Histoire de la Bretagne avant le XIIIe siècle", Augustin Chaboseau, p 218 et 152, éd. La Bourse aux idées, Paris 1926. (5) "In memoriam, Augustin Chaboseau", R. Louise Chaboseau, page 1 et notice de Augustin Chaboseau sur l'origine de la famille Chaboseau. "

(7) "In Memoriam

(6) "Mon Iivre de Bord

p 3 et 4.

" p 5.

(8) Voir "Les Pionniers du Spiritisme en France, Documents pour la formation d'un livre d'Or des Sciences Psychiques" recueillis par J. Malgras, Lib. " des Sciences Psychologiques", Paris 1906, p

104.

(9) Jean Macé a fonde la "Ligue Française pour l'Enseignement" en 1886 afin de favoriser la diffusion

de l'instruction dans les classes populaires. Depuis 1967 elle a pris le nom de "Ligue de l'Enseignement et de l'Education Permanente". (10) René Caillet, fondateur de "l'EtoiIe" auquel participa Augustin Chaboseau, après avoir été un positiviste et un néantiste, fut converti au spiritisme par Leymarie en 1870.

(11) Ce musée fut fondé par E. Guimet (1836-1918), industriel et archéologue, au retour de la mission que lui avait confiée le ministère de l'Instruction Publique, pour aller étudier sur place les religions de l'Extrême-Orient. Il fut installé d'abord à Lyon près du Parc de la Tête d'Or et inauguré par Jules Ferry le 30 septembre 1879. E. Guimet le transféra en 1884 à Paris, place d'Iéna, afin de le mettre plus à la portée des chercheurs. Depuis 1945 il est devenu le département des arts asiatiques du musée du Louvre. (12) Amélie, née Nouël de Latouche, était la nièce du poète Henri de Latouche. "

(13) "Mon Livre de Bord

initia Amélie au Martinisme, mais il lui apprit certaines techniques de peinture. Il faut se souvenir qu'Adolphe Desbarolles, avant de se consacrer totalement à la chiromancie, était un peintre de talent.

(Sur ce point, voir le "Dictionnaire Historique et Raisonné des Peintres", par Adolphe Siret, Bruxelles 1883, Tome I p 270.)

(14) "Mon Livre de Bord

(15) "Essai sur la Vie et la Doctrine de Saint-Martin, le Philosophe Inconnu", E. Caro, Paris Hachette

1852 ; "Saint-Martin le Philosophe Inconnu", J. Matter, Paris 1862 ; "La Philosophie Mystique en France au XVIIIe. Saint-Martin et son Maître Martinez de Pasqually", A. Franck, Paris 1866.

p 87. Augustin Chaboseau précise que non seulement A. Desbarolles

" p 88.

(16) "Mon Livre de Bord

l'initiation que reçut Augustin Chaboseau d'Amélie de Boisse-Mortemart n'était pas uniquement une initiation à la lecture de Saint-Martin.

(17) "In memoriam

(18) "Essais de Philosophie Bouddhique" In 8°, Carre, Paris 1891, ce livre a été réédité en 1946 par la

Librairie Astra. (19) " In memoriam

(20) En 1921, il réunit en un ouvrage : "La Halte à l'Ombre" les nombreuses pièces en vers qu'il avait éparpillées dans de nombreux journaux et revues. In 12°, Maison Française d` Art et d' Edition 1921. (21) " Une Demande en Mariage", Brochure in 4°, Paris Delamain et Boutelleau 1922. "La Ville Eternelle", édité d'abord en feuilleton dans "l'Action", puis par la Maison des Publications Littéraires et Poétiques en 1911. (22) Maria Deraismes, féministe de la première heure fut aussi avec Georges Martin à l'origine de la création de la première obédience maçonnique mixte, le Droit Humain, en 1893. Sa soeur Mme Anna Feresse-Deraisme sera témoin lors du mariage de Louise et Augustin.

" p 88. Cette dernière information est très importante, car elle précise que

" p 10.

" p 14.

148

(23) Edité par Giard et Brière, à Paris en 1903. (24) Edite par E. Cornely en 1907 puis 1908. (25) Publié par Giard et Brière, à Paris en 1910. (26) Brochure in 8°, Paris E. Cornely 1911. (27) In 12° Paris, Marc Rivière 1911. (28) Il fut le candidat du Parti Socialiste (S.F.I.O) pour le 13e arrondissement de Paris, quartier Salpetrière. (29) Lors du deuxième congrès international pour la protection de la nature qui se tiendra à Paris du 30 juin au 4 juillet 1931, congrès ouvert par un discours du Président de la République Française Albert Lebrun, Augustin Chaboseau donnera un exposé sur "Les Parcs Nationaux aux Etats-Unis". Les travaux de ce congrès seront publiés en 1932 par la Société d'Edition Géographique, Maritime et Coloniale, en 1932, avec le texte de A. Chaboseau p 391.

(30) Aristide Briand (1862-1932). Après la guerre, il sera partisan d'une politique de réconciliation avec l'Allemagne. Il fut 11 fois Président du Conseil et 17 fois Ministre des Affaires Etrangères. Il signa l'accord de Locarno en 1925. Il fut aussi l'un des animateurs de la Société des Nations, qui en 1946 deviendra l'O.N.U. En 1926 il reçut le prix Nobel de la Paix. (31) Voir " Vie et Mystères des Rose+Croix", Jean-Claude Frères, Maison Marne, Paris 1973, p 134. (32) Les Serbes et leur Epopée Nationale, in 16°, Bossard, Paris 1919, publié avec une préface de M. R. Vesnitch.

(33) " In Memoriam

(34) "Avec Papus le Martinisme est mort" JoIIivet Castellot, "Essai de Synthèse des Sciences Occultes", E. Nourry, Paris 1928, p 189. (35) "Le Martinisme", Robert Ambelain, Niclaus, Paris 1946, p 174. (36) Pour ce qui concerne l'histoire du Martinisme, voir l'article : "(Le Martinisme, histoire d'un Ordre traditionnel", dans cette même revue. "

(37)"In Memoriam (38) "In Memoriam (39) "In Memoriam

" p 21.

p 25. " p 25. " p 14.

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INITIATION MYSTIQUE

par Ralph Maxwell Lewis, Imperator de l'A.M.O.R.C. de 1939 à 1987. Il fut initié en 1936 au Martinisme et lors de sa transition en 1987, il était Souverain Grand Maître de l'Ordre Martiniste Traditionnel. Ce récit est extrait du chapitre premier de son livre : «Hier a beaucoup à dire». Il faisait déjà nuit lorsque nous nous arrêtâmes enfin, sur un grincement d'essieu, dans la grande métropole qu'est Bruxelles, cité d'une population de plus de sept cent mille habitants. Nous fûmes enchantés d'apprendre que notre hôtel n'était qu'à quelques pas de l'arrêt du chemin de fer ; en fait, il était situé sur la même grande place pavée face à la gare. Plusieurs fois auparavant, d'importants groupes de Rosicruciens, venus d'Amérique et de diverses parties d'Europe, s'étaient retrouvés à cet hôtel pour assister à de grands conclaves à Bruxelles. Les Rosicruciens étaient connus de la direction comme des hôtes agréables et respectueux de l'ordre, aussi ne leur ménageait-elle pas son hospitalité. Notre groupe bénéficiait d'appartements contigus, dont certains avaient été occupés par le groupe de l'Imperator seulement deux ans auparavant. J'étais en retard pour une rencontre importante, ô combien, d'une importance dont je n'avais pas encore pleinement conscience. J'appelai Mademoiselle Guesdon au téléphone. Elle résidait au même hôtel, venue de Paris pour le même conclave et pour me servir aimablement d'interprète officiel. Elle demanda avec émotion à me rencontrer tout de suite, ainsi que Madame Lewis, dans le grand hall d'entrée. Rencontrer Mademoiselle Guesdon, qui était alors Grand Secrétaire de l'A.M.O.R.C. de France, c'était faire connaissance avec une femme d'une très grande intelligence, très efficace et possédant une bonne expérience administrative. Outre sa fermeté et son aptitude à réaliser parfois ce qui semblait l'impossible, elle était raffinée, aimable et très attentionnée. Des années d'étroite association avec le monde commercial, en qualité de directrice, n'avaient pas amoindri sa pénétration intérieure mystique ni l'orientation philosophique de sa pensée. Elle a rendu à l'A.M.O.R.C. d'innombrables services, ainsi qu'à ses officiers suprêmes, en Amérique et ailleurs. Parlant un anglais parfait d'une voix douce et feutrée, elle nous apprit que Hiéronymus, 1'Imperator rosicrucien d'Europe, pourrait seulement assister le soir même au conclave secret de la F.U.D.O.S.I., la grande Fédération des Ordres arcanes et mystiques du monde entier. Il devait partir de bonne heure, le lendemain, pour une autre ville de Belgique. En fait, il était resté en conférence, en nous attendant, pendant toute la journée qui précéda notre arrivée et il souhaitait nous voir «immédiatement». Nous fûmes peinés d'avoir été cause d'un retard. Mademoiselle Guesdon s'empressa de nous rassurer : nous avions respecté notre horaire, mais des affaires inattendues avaient soudain exigé que Hiéronymus s'en aille plus tôt que prévu.

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Comme nous devions partir aussitôt, nous n'eûmes pas le temps de nous préparer. Madame Lewis et moi nous informâmes en hâte les autres membres de notre groupe de l'endroit où nous allions, puis nous nous empressâmes de rejoindre Mademoiselle Guesdon au tournant de la rue. Nous fîmes signe avec frénésie à un taxi et, dans mon émotion, je hélai le chauffeur en anglais, au grand amusement des clients installés aux terrasses de café en ce début de soirée. Pour eux, nous nous conformions à la règle de courir, comme tous les Américains, dans une ruée permanente. Nous estimons souvent que l'allure à laquelle nous allons dans la vie est à la base même de notre réussite et que celle- ci est le seul but valable de l'existence. Nos amis belges haussent les épaules et admettent que les Américains accomplissent des choses stupéfiantes, mais en se demandant : «Sont-elles le véritable objectif de la vie ?», «apportent-elles aux Américains plus de bonheur et de satisfaction que les Belges n'en ont d'ordinaire ?» S'adressant rapidement en français à notre chauffeur replet, qui ne paraissait pas très à l'aise, coincé dans l'espace très réduit entre le volant et le siège au dossier raide et dur, Mademoiselle Guesdon lui donna des directives pour nous conduire à notre destination. Sur l'endroit exact où nous allions et ce qui allait se passer, j'étais encore dans la plus totale obscurité. Je m'aventurai à questionner Mademoiselle Guesdon, mais, voyant qu'elle observait une prudente réserve sur ce point, j'abandonnai le sujet. Cette attitude ne fit que stimuler mon imagination et aviver aussi mon enthousiasme. Aucun autre mot ne fut prononcé. Nous étions, Mme Lewis et moi, en plein suspens, chacun gardant sur soi ses propres pensées. Nous traversâmes de vastes places qu'emmuraient de massives bâtisses en pierre portant des tourelles d'aspect médiéval et de hautes grilles d'entrée en fer. Devant, des sentinelles en uniforme marchaient au pas cadencé, portant sur l'épaule le fusil à baïonnette réglementaire. Je n'ai pu que supposer qu'ils gardaient des édifices publics. La solennelle dignité de ce cadre était parfois rompue par le timbre métallique de trams électriques hauts, étroits et courts, qui brinqueballaient d'un côté de l'autre en passant avec fracas. Soudain, Mademoiselle Guesdon frappa fortement à la cloison en verre qui nous séparait du chauffeur. Rangeant son taxi à l'arrêt, il s'enquit en français de ses désirs. Après maintes gesticulations, le chauffeur se laissa finalement convaincre par Mademoiselle Guesdon qu'il ne nous emmenait pas dans la bonne direction et il fit demi-tour pour prendre le sens d'où me sembla-t-il, nous venions juste d'arriver ; mais je fus surpris lorsque notre taxi s'arrêta dans un quartier de boutiques semi résidentiel. J'hésitai avant de quitter le taxi : «Est-ce ici que nous descendons ? », demandai-je, «Oui», me répondit Mademoiselle Guesdon, en souriant devant mon air ébahi. Nous fîmes rapidement le tour d'un immeuble, passant devant de nombreuses petites boutiques attrayantes. Mademoiselle Guesdon s'arrêta devant l'une d'elles

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et regarda par l'encadrement de la porte. Je m'approchai et jetai un coup d'oeil à travers la grande vitre de façade. Il y avait là des plats de gâteaux et de grands saladiers verts pleins de salades à l'aspect alléchant. Je regardai les grosses lettres peintes sur la vitre au-dessus de moi. L'établissement était un restaurant

réservé à ceux qui préfèrent les plats végétariens et les fruits. «Mais pourquoi nous arrêtons-nous là ?», me demandai-je. Je me tournai vers Mademoiselle Guesdon et la regardai. Elle nous invita à entrer. «C'est étrange», pensai-je. Elle s'était montrée impatiente d'arriver à destination, en fait elle était pressée, et maintenant nous allions dîner avant de nous y rendre ! Elle sembla prendre conscience de ma perplexité et m'éclaira : «Nous y sommes», dit-elle. «Le

commençai-je, mais elle me fit signe de ne pas parler, car une

sympathique hôtesse, portant un tablier bouffant coloré, s'approchait de nous. Sur le point de nous recevoir en clients, l'hôtesse allait nous conduire à une table de la grande salle où déjà plusieurs étaient occupées par des dîneurs, quand Mademoiselle Guesdon s'avança rapidement et, de manière à ne pas attirer l'attention, lui chuchota quelque chose que je ne parvins pas à entendre. La femme se retourna, me regarda attentivement pendant un instant, puis nous indiqua de la tête une petite porte à l'extrémité opposée de la salle. Nous la suivîmes jusque là, en file l'un derrière l'autre. Arrivés à la porte, elle nous salua, tourna le dos et s'éclipsa. Mademoiselle Guesdon nous dit alors :

«Attendez ici, je vous prie ; je serai très vite de retour». Les clients qui mangeaient sans se presser, comme il est de coutume dans le pays, ne prêtaient pas attention à nous, ce dont nous leur fûmes reconnaissants, car nos visages auraient sans doute révélé nos émotions grandissantes. Il sembla se passer un siècle, bien qu'en réalité cela ne prit pas plus de trois minutes, avant le retour de Mademoiselle Guesdon. «Veuillez me suivre», dit- elle, d'un air solennel. Ce que nous fîmes. Nous entrâmes dans un petit couloir sombre. Pour autant que je me souvienne, il devait tourner, car je n'ai pu en voir l'autre bout avant de me trouver soudain dans une salle rectangulaire de dix mètres sur cinq environ. Elle avait, si ma mémoire est fidèle, un parquet en bois et un plafond bas en plâtre. Deux bougies placées à l'autre extrémité de la pièce l'éclairaient. Des ombres dansaient autour de nous sur le mur à chaque vacillement des flammes, rendant plus énigmatique encore l'atmosphère du moment. Nous avions les yeux fixés sur la scène qu'éclairaient les bougies. Il s'y trouvait une longue table étroite en forme de fer à cheval, dont l'ouverture était orientée vers nous. La table était, en réalité, formée par une succession de petites tables assemblées, recouvertes de nappes d'un blanc éclatant, et tranchant, par contraste, avec la lumière jaune des bougies. Tout autour du côté extérieur, un groupe d'hommes d'allure impressionnante était assis. Aucun ne mangeait, bien que de toute évidence ils venaient de le faire. Ils fixaient leurs regards sur nous. Leurs visages étaient impassibles, bien

conclave

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que sans froideur ni dureté. Nous avions l'impression, tout en nous tenant là dans la pénombre, d'être comme une apparition observée par un comité solennel d'investigateurs des phénomènes psychiques. Je fis un pas en avant, puis restai là, hésitant. Comme si j'avais ainsi donné le signal, ces messieurs se levèrent comme un seul homme et restèrent debout, à attendre sans bouger. Quoi ? Je l'ignorais. Mademoiselle Guesdon vint une nouvelle fois à notre aide. Elle nous dit à voix basse : «Permettez-moi de vous présenter». J'étais fasciné par l'un des personnages. Il se tenait juste au centre, derrière la table du bout formant la partie fermée du fer à cheval. Il se trouvait directement en face de moi. Je m'étais efforcé de détourner de lui mon regard. Je ne voulais pas paraître impoli ; pourtant, comme attiré par une force magnétique, je pris conscience que j'avais de nouveau tourné les yeux vers lui et capté son regard. Il aurait attiré l'attention n'importe où. Il était grand, de belle stature, d'aspect soigné, vêtu à la mode classique. Il portait une barbe blanche de coupe nette, qui lui donnait un air de distinction discrète. Son teint, pour un homme de son âge - il devait avoir au moins soixante ans - était d'une étonnante jeunesse, rose et florissant. D'où j'étais, je ne pouvais discerner la couleur de ses yeux. Ils m'apparurent comme deux pierres précieuses resplendissantes, scintillantes : comme des points de lumière, pour les décrire peut-être plus fidèlement. Lentement, Mademoiselle Guesdon nous conduisit .par l'allée centrale, formée par l'ouverture de la table en fer à cheval, jusqu'en face de lui. A un mètre environ, elle s'arrêta. Posément, d'un ton de voix calme, Mademoiselle Guesdon lui parla en français. Elle me présentait ; il prit ensuite la parole. Je ne me souviens pas des mots qu'il prononça ; en fait, je n'ai pu, comme je me le rappelle maintenant, me souvenir d'avoir entendu le moindre mot ; mais ce fut comme si j'écoutais, m'appelant à une grande distance, une voix indistincte, mélodieuse, apaisante, quelque peu pareille à un chant. Il me semblait comprendre intérieurement ce qui m'était dit plutôt que d'en avoir la perception objective. Il m'adressait des paroles de bienvenue. Il sourit ensuite et nie tendit la main en signe d'accueil. Lorsqu'il sourit, tout son visage s'illumina d'un éclat radieux. Je pris alors conscience de ce que les maîtres de la peinture cherchaient à capter sur leurs toiles dans leurs efforts pour que leurs sujets - saints, mystiques et grands philosophes du passé - paraissent rayonner la lumière ésotérique qu'ils avaient en eux. C'est un mystère que les éléments chimiques de la peinture et des colorants ne pourront jamais traduire. En fait, il se sent plus qu'il ne se voit. L'homme qui était en face de moi était l'Imperator d'Europe, connu sous son seul nom symbolique de Hiéronymus*. C'était l'un des trois Imperators rosicruciens du monde, dont faisait partie le Dr H. Spencer Lewis appartenant à notre juridiction. Je ne me sentis pas intimidé en cette circonstance, mais plutôt

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submergé par une grande vague d'humilité. J'éprouvais un sentiment profond de dévotion pour l'Ordre que j'ai le privilège et l'honneur de servir. C'est alors que jaillit en moi une vivante image de mes obligations, de mes devoirs, ainsi que la pensée du grand nombre de ceux qui m'avaient précédé et avaient permis ce que nous tenons maintenant pour si sacré. Nous fûmes ensuite conduits à nos places à cette table, puis chacun de ces messieurs défila devant nous et nous fut à son tour présenté. Nous avalâmes prestement notre repas, tant nous étions affamés et tant il était délicieux. Nous pensions plus ou moins aussi que consacrer du temps à manger en une telle occasion propice aurait été plutôt profane, bien que dans l'ordre des choses. Quelques instants plus tard, tous se levèrent quand retentit le marteau et se retirèrent de la pièce dans le calme. J'étais sur le point de partir aussi quand un jeune homme de trente-trois à trente-quatre ans, mince, sec, au front haut, au visage caractéristique de qui étudie et se consacre nettement à une existence de penseur, s'avança et me dit en anglais : «Veuillez avoir l'amabilité d'attendre avec Mademoiselle Guesdon ! Vous serez admis plus tard». [ ] Quelques instants plus tard, un Frater entra par la grande porte d'accès à la salle où tous les autres s'étaient retirés. Il s'adressa dans un français rapide à notre guide et interprète et s'en retourna. De nouveau, Soror Guesdon nous invita à la suivre, ce que nous fîmes. Ce qui suivit devint dans notre vie un événement inoubliable. Nous franchîmes le seuil et restâmes à l'intérieur pendant près d'une heure, bien que nous n'eûmes pas conscience du temps. Ce qui se passa là doit rester scellé en mon coeur et mon âme. Je ne puis faire part de mes expériences qu'à ceux qui sont préparés à les recevoir et, comme moi, ils ne sauront jamais quand ils seront jugés prêts, jusqu'au moment où ils se verront invités à venir recevoir cette connaissance au lieu et en temps voulus. Le lendemain fut pour moi une journée exceptionnellement remplie, sans un moment de libre pour les visites touristiques ou les excursions. Il y avait beaucoup trop à faire. Je rencontrai sur rendez-vous un officiel de la F.U.D.O.S.I. à son bureau, auquel me conduisit Mademoiselle Guesdon. Là furent signés et scellés d'importants documents concernant la prospérité et l'extension de l'A.M.O.R.C. en Amérique. Des communications officielles de l'Imperator de l'A.M.O.R.C. d'Amérique furent remises en personne aux autorités compétentes de la F.U.D.O.S.I., pour être soumises à l'attention de ses officiers. Les projets et les problèmes de l'Ordre d'Europe furent abordés et il y eut échange d'idées constructives. J'entendis pour la première fois cette phrase :

«Il sera du devoir de l'Amérique de préserver ceci pour les futures générations». Elle me parut singulière, mais je passai outre sans poser de question. Plus tard, Mme Lewis, Soror Guesdon et moi fûmes invités à déjeuner au domicile d'un officiel. Nous appréciâmes un délicieux repas, dans un cadre des plus agréables. Tout de suite après le déjeuner, nous allâmes avec Mademoiselle

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Guesdon assister à la réunion d'un Comité de Convention spécial de la F.U.D.O.S.I., non loin de la maison de notre hôte, où furent à nouveau examinées d'importantes questions touchant l'organisation. Plusieurs jours s'étaient écoulés depuis notre arrivée à Bruxelles, mais ce soir-là devait être fertile en événements, au sein de cette ville qui leur est particulièrement propice. Mme Lewis, Frater Brower venu avec nous d'Amérique et moi-même allions être admis dans l'Ordre des M… l'un des plus anciens Ordres arcanes d'Europe. Pendant des siècles, il avait été contemporain de l'Ordre de la Rose-croix, formant un groupe d'exercice et de préparation préliminaires au degré supérieur d'études de l'Ordre de la Rose-croix, perpétuant nombre de nobles traditions et idéaux. Il avait compté parmi ses membres beaucoup d'hommes cultivés de toute l'Europe, dont les noms jalonnent l'histoire. Frater Brower, qui n'était jamais venu à l'étranger auparavant et n'avait pas eu précédemment le plaisir et le privilège de rencontrer les dignitaires de ces augustes Ordres de Lumière, se trouvait dans un haut état d'enthousiasme et d'expectative. Pour lui, les heures de la journée s'égrenaient lentement, dans l'attente du soir où nous devions nous rendre à notre lieu d'initiation. Il nous avait été conseillé de porter des vêtements de demi-cérémonie pour la circonstance et nous nous trouvâmes habillés bien en avance, attendant avec une très grande impatience dans le salon de notre hôtel l'arrivée de Mademoiselle Guesdon qui, comme d'habitude, se montra très ponctuelle. Il faisait nuit et il pleuvait lorsque nous partîmes dans un taxi roulant assez lentement vers notre lieu de destination. Les rues, pour une aussi grande ville, étaient entièrement désertes. La soirée était de celles qui inclinent à la mélancolie. Les reflets de lumière des réverbères aux silhouettes étranges projetaient des formes grotesques sur la chaussée glissante. Personne ne parlait. Chacun appréciait la richesse du silence. C'était pour moi une curieuse aventure. Quelques-unes des rues où nous passions étaient si étroites que l'ombre des maisons, de chaque côté, épaississait encore l'obscurité, si bien que nous avions l'impression de rouler au sein de profonds canyons. Les rues présentaient de tels tournants qu'il était impossible d'en apercevoir les deux bouts, ce qui augmentait l'impression de réalisme. Je ne pus m'empêcher de penser aux aventures des néophytes de notre Ordre bien-aimé qui, au Moyen-âge, recherchant comme nous la Lumière, se glissaient hors de chez eux dans les profondeurs de la nuit - par un soir comme celui-ci - et, rabattant très bas sur leur tête le capuchon de leur cape pour cacher en partie leur visage, se faufilaient dans l'ombre comme des êtres d'un autre monde, à la recherche de ceux qui, dans les épaisses pénombres des portes cochères de quelque maison, devaient les rencontrer. Ensemble, ils entraient sans doute à l'intérieur pour diriger un conclave de notre Ordre, craignant à tout

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moment d'entendre défoncer la porte et de voir déboucher au milieu d'eux des agents de l'Eglise et de l'Etat, venus les arrêter pour avoir osé outrepasser, par leurs études et leurs idées, les limites prescrites des lois ecclésiastiques et d'Etat sur ce que devait être la connaissance. Bien que je ne courais pas un tel danger, je frissonnai en pensant à celui qu'ils avaient risqué pour acquérir ce dont nous profitons avec tant de liberté, souvent sans bien l'apprécier, dans la juridiction d'Amérique et les juridictions alliées. Après avoir roulé une dizaine de minutes, nous arrivâmes sur une petite colline où nous nous arrêtâmes soudain. Descendant de taxi en essayant d'éviter les flaques d'eau boueuse, nous nous tînmes sur le trottoir devant une bâtisse en pierre brune très semblable à l'image qu'on se fait des maisons d'architecture des seizième et dix-septième siècles que décrivent les romans français. Elle était surannée, curieuse, avec un toit pointu, ses fenêtres mansardées, ses marches usées par le temps qui montaient vers l'entrée principale, et sa petite porte cochère en bas sur la gauche au lourd battant de bois et aux petits carreaux fermés par des grilles. Supposant que c'était là où nous nous rendions, étant donné l'atmosphère de mystère et de secret qui régnait, je partis seul en avant et commençai à gravir les marches conduisant vers de grandes portes closes dont les petits carreaux, à la partie supérieure, laissaient filtrer une faible lumière. Mademoiselle Guesdon me cria de revenir. L'ayant rejointe, je lui demandai : «N'est-ce pas là où nous allons ?» «Si», me répondit-elle, «mais pas par cette entrée». Elle se tourna et nous la suivîmes. Elle s'approcha de la petite porte à gauche. En fait, pour y arriver, nous dûmes descendre deux à trois marches. Cette porte m'avait semblé une sorte d'entrée de service ou de livraison. Nous restâmes derrière Soror Guesdon, ramenant étroitement nos manteaux autour de nous. Il pleuvait toujours et nous nous sentions misérablement mal à l'aise. II n'y avait pas une âme dans la rue. Il faisait particulièrement sombre, car seul un petit réverbère éclairait faiblement chaque extrémité de cette rue assez longue. Soror Guesdon frappa trois fois. Ceci me rappela les trois coups symboliques de l'un de nos rituels. Nous attendîmes un moment qui me parut très long. Personne ne disait mot. Elle n'essaya pas de frapper à nouveau. Finalement, j'entendis que l'on tirait le verrou de la porte, qui devait être très lourde et rarement utilisée car elle s'ouvrit avec lenteur, comme si celui qui la tirait devait fournir un gros effort. Elle eut un grincement. Nous aperçûmes l'intérieur. C'était un petit vestibule pas très long, bien éclairé par une suspension électrique curieuse qui descendait du plafond haut, projetant sur le sol une ombre originale. A droite de l'entrée face à laquelle nous nous tenions, partait un escalier conduisant à l'étage dont seules quelques marches étaient visibles. Le vestibule était accueillant. Il dégageait une atmosphère d'amitié, de chaleur, de lumière, de réconfort.

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Juste devant nous se tenait un Frater, grand, de belle stature, portant une robe blanche fluide et un masque noir qui lui dissimulait tout le visage à l'exception d'une petite partie du front, de la bouche et du menton. Il prononça ce seul mot :

«Entrez !» Ce que nous fîmes. Nous nous faufilâmes l'un derrière l'autre contre le mur du vestibule. Il referma la porte, la verrouilla et, sans rien dire d'autre, tournant à angles droits, il emprunta lentement le haut escalier tandis que nous le suivions des yeux. De nouveau, le silence régna et nul ne fit l'effort de parler. Ceci semblait inopportun. Aucun de nous ne paraissait souhaiter formuler en paroles ses impressions. Quelques instants après, le Frater revint et en souriant il nous pria en anglais de bien vouloir l'accompagner. Mademoiselle Guesdon passa en tête. Le Frater en robe suivit derrière nous. Nous grimpâmes les marches d'escalier, débouchant sur un autre vestibule identique à celui d'en bas si ce n'est qu'il comportait deux portes. Nous attendîmes derrière l'une d'elles. Le Frater en robe l'ouvrit juste assez pour passer dans la pièce sans que nous puissions en voir l'intérieur et savoir ce qui nous attendait. Il revint au bout d'un moment, tenant à la main trois grands carrés de soie blanche. Nous fûmes priés d'ôter nos manteaux et nos chapeaux, puis chacun de nous eut les yeux bandés et fut conduit par cette porte dans la chambre d'initiation. Les masques ne nous furent enlevés qu'après que nous fûmes passés par des expériences telles qu'il nous sembla avoir vécu des siècles et voyagé dans d'autres mondes. Ainsi s'acheva ma première initiation dans l'Ordre des M… Beaucoup d'autres devaient suivre.

Note:

(*) Ceci se passait trois ans avant la plus haute initiation par la transition du Dr H. Spencer Lewis. Hiéronymus est lui aussi passé depuis en transition.

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LE PHILOSOPHE INCONNU LOUIS-CLAUDE DE SAINT-MARTIN

par Stanislas et Zofja Coszczynski, officiers de la Grande Loge de Pologne de l'A.M.O.R.C. en 1947. Article paru dans le «Rosicrucian Digest» de décembre 1947/ janvier 1948 (1)

Dans la grande famille des nations, nonobstant les différences de race, de nationalité et de langue, il y a une certaine tendance, de la part d'hommes évolués spirituellement, à s'attirer les uns les autres ; les hommes aux âmes de nature semblable, qui cherchent la plénitude de leur humanité et qui, ne pouvant l'atteindre uniquement sur le plan physique, poursuivent cette recherche dans les régions supérieures où leur ardent désir les conduit au sanctuaire même du Dieu Vivant. Ces pionniers se reconnaissent les uns les autres à des signes visibles et invisibles et font montre d'un degré de développement et de renaissance en esprit réel et définitivement achevé. Dans certains cas de proximité spirituelle particulière, le lien qui existe entre eux devient si étroit que même ce qu'on appelle la mort cesse d'être un obstacle. Une famille spirituelle unie n'existe pas à un moment donné dans la chair mais chacun de ses membres découvre tôt ou tard les traces de cette famille et les bienfaits qui en proviennent par les trésors spirituels secrets qu'ont accumulés ceux qui ont été des prédécesseurs. Chacun, sur le chemin du développement de soi, tend vers la connaissance de son propre Moi, chacun s'efforce d'éveiller le transcendantal, l'image éternelle enfouie en lui, afin de rendre perceptible et compréhensible le texte de la Divine pensée déposée en lui et afin d'atteindre à la plus pleine et à la plus pure manifestation de celle-ci. Ici l'on peut citer à propos les paroles de l'Evangile : «Cherche et tu trouveras» ; «Demande et il te sera répondu». Qui que ce soit qui désire ardemment, qui cherche avec persévérance et ardeur à atteindre à l'Idéal Divin de toute la force de son âme, est sûr de trouver aide et soutien. En vérité, celui qui est courageux conquiert le Royaume des Cieux en surmontant l'opposition des instincts mauvais de la nature, en rejetant tout compromis et en tendant à jamais à s'élever jusqu'au Royaume de la Lumière et de la Liberté. Louis-Claude de Saint-Martin était un tel chevalier, arc-bouté à la recherche de la lumière. Il a été reconnu comme étant l'un des plus grands mystiques de France, mais l'oeuvre de sa vie ne figure pas seulement dans les ouvrages qu'il a écrits. Toute son existence fut vouée à l'idée d'une grande renaissance de l'humanité, et il a éveillé un profond écho non seulement en France mais aussi en Europe de l'Ouest et en Europe de l'Est. Nous trouvons des traces de son influence dans les oeuvres créatrices de nos poètes prophétiques, ceci de façon marquée chez Adam Mickiewicz. Pour pouvoir comprendre Saint-Martin, l'on doit approfondir son oeuvre, l'on doit parcourir sa vaste correspondance, étudier sa biographie (publiée par Papus,

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Matter, Franck et d'autres), présentée par de nombreux auteurs et critiques, souvent de façon partiale et erronée. Un fin observateur n'aurait aucune difficulté à découvrir le Saint-Martin véritable, à découvrir de lui une image qui ne soit pas déformée. Son Moi réel passa par diverses phases de développement ; disciple et adepte de la science ésotérique de Martinez de Pasqually, qui était un humaniste, un théurge et un mystique, nous voyons les barreaux de l'échelle qu'il escalada par le titre même de ses ouvrages successifs : «L'Homme de Désir», «Le Nouvel Homme», «Le Ministère de l'Homme-Esprit». Les traits principaux du caractère de Saint-Martin étaient une activité virile, une activité vigoureuse, et aussi, une sensibilité fine et féminine et un raffinement inné. Son attitude intrépide et inébranlable quand il se dressait dans la défense des idéaux qu'il professait, soutenus virtuellement par son mode de vie, le faisaient souvent sembler dur, même envers ses amis, mais il était le premier à en souffrir. Il fallait qu'une certaine tendresse jaillissant du coeur s'efforçât d'alléger la peine qu'il ne pouvait s'empêcher d'infliger aux autres. Le mysticisme de Saint-Martin n'était pas abstrait et séparé de la vie. Il s'efforçait de pénétrer au sein même de la Divinité, et avec la lumière de la connaissance, d'illuminer tous les aspects de la vie. Il avait découvert le secret du bonheur sur Terre, l'équilibre parfait entre la loi et le devoir, l'harmonie entre les idéaux professés et la vie de tous les jours. Il considérait que la coexistence des différents peuples devait être basée sur la fraternité, fraternité conduisant vers l'égalité spirituelle de tous et vers la liberté qui est l'expression naturelle des principes de fraternité. La doctrine de Saint-Martin est claire et simple. Sa vérité peut être perçue aisément par tout homme de bonne volonté, parce que ce mystique français a d'abord acquis la connaissance des lois divines et façonné sa doctrine en accord avec ces lois. A travers ses ouvrages, il désirait diffuser la lumière de la connaissance à lui échue par révélation, et pourtant, l'horreur d'un abus possible de la part de gens non préparés ou de mauvaise volonté et ceci de façon persistante, le conduisit à user du voile des symboles ésotériques lorsqu'il abordait les vérités destinées aux initiés. L'oeuvre de sa vie a rendu son nom immortel, non seulement dans son propre pays mais à travers le monde, car le trait de lumière, qui a pour point de départ la source même de l'universelle lumière, brille irrésistiblement pour toute l'humanité.

Les années de jeunesse

Saint-Martin est né à Amboise le 18 janvier 1743. On sait très peu de choses de son enfance. Sa mère est morte alors qu'il était encore tout jeune et cette perte dut avoir une profonde influence sur la manière dont fut façonnée sa

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personnalité. De là sa sensibilité extrême, de là le surdéveloppement du sentiment à la recherche d'une réponse, et la douceur de son raffinement. Entre lui et son père il y avait un certain manque de compréhension et même dès les premières années d'activité de Saint-Martin, les éclats devinrent inévitables. On connaît peu de choses concernant ses frères, mais il semble également qu'il n'existait pas d'harmonie dans leurs relations. La tristesse étreignait le coeur de Saint-Martin dans sa prime jeunesse, mais sa réaction montra plus de force que de faiblesse. A l'arrière-plan d'une enfance pas trop heureuse, s'élevait dans l'âme de celui-ci l'ardente aspiration à une vie supérieure ; l'absence d'amour dans le cadre du cercle familial l'incita à rechercher l'amour de Dieu. Les lettres de Saint-Martin nous disent à quel point il essaya consciencieusement de remplir ses devoirs envers son père, même au prix d'un grand sacrifice, faisant ainsi obstacle aux plans qu'il élaborait pour son propre futur. Après qu'il eut fini l'école, son père voulut qu'il étudiât le Droit ; Saint-Martin obéit à son voeu. Néanmoins, il fut bientôt convaincu de l'impossibilité de continuer dans cette direction. Les complexités du Droit, sa relativité, allaient à l'encontre de ce qui faisait la trame de son caractère. Il était à la recherche d'une autre sorte de Droit, d'une autre sorte de loi. A cette époque de sa vie, il ne pouvait pas voir clairement quel était son chemin, le pouvoir de volonté conscient lui manquait encore - de là sa seconde erreur : le service militaire. Ceci aussi ne dura pas longtemps, mais à ce stade de sa vie, quelque chose commençait à se cristalliser au sein de son être - une porte semblait s'ouvrir sur le jardin enchanté dans lequel il devait commencer sa mission. Il fit connaissance avec Monsieur de Grainville, un officier comme lui, et avec Monsieur de Balzac, tous deux disciples de Martinez de Pasqually. Graduellement leurs relations se firent plus étroites. Saint-Martin fut reçu dans le cercle intérieur de Martinez de Pasqually. Il fut initié et devint pour Martinez de Pasqually un élève choisi et son secrétaire. Saint-Martin quitta l'armée et se voua entièrement à son oeuvre. L'idée de Réintégration de l'Humanité avancée par M. de Pasqually l'attirait puissamment. Loyalement et avec une grande ferveur, Saint-Martin commença à exécuter tous les ordres de son maître, étudiant sa théorie, se soumettant aux pratiques recommandées et aux pratiques théurgiques.

Les influences significatives

La vie de Saint-Martin prit un tournant lorsqu'il rencontra «L'Agent Inconnu». C'était un être appartenant aux plans supérieurs, qui imprima son sceau sur la Loge de Lyon, et qui inspira spécialement Saint-Martin. A ce moment-là, l'individualité de Saint-Martin commençait à se cristalliser, le rendant de plus en plus intéressé à l'égard du travail collectif au sein des Loges et des contacts

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personnels nouveaux comme par exemple ceux qu'il eut avec la Société Mesmérique et avec les nombreux occultistes de son époque - anglais, italiens, polonais et russes. L'amitié des femmes joua un rôle important dans la vie de Saint-Martin ; leur ton était plein de vivacité et d'enthousiasme. Ainsi de la Duchesse de Bourbon, Madame de Bry, Madame de Saint-Dicher, Madame de Polomieu, Madame de Brissac et d'autres. Madame de Boecklin eut un rôle significatif dans la vie de Saint-Martin (grâce à sa haute spiritualité et à sa grande intelligence). Elle lui inspira de lire les oeuvres de Jacob Boehme. Les années de sa vie qui précédèrent ne furent qu'une préparation, car maintenant son âme s'épanouissait, telle une fleur. La lumière de la connaissance spirituelle ruisselait des oeuvres de Boehme dans l'être intérieur maintenant préparé de Saint-Martin et donnait une séduction inattendue à sa mission. Il ressentait une plénitude nouvelle, une liberté vis-à-vis de l'influence contraignante du monde extérieur, depuis lors devenu seulement un domaine propice à une action fructueuse. La grande Révolution française l'épargna. En tant qu'initié de haut degré, il pouvait aisément percevoir la signification d'événements terribles, mais, bien que compatissant à la masse de souffrance submergeant la France, il n'essaya jamais de prévenir les décisions du destin comme le firent d'autres initiés, selon Cazotte, mystique et homme digne et de haute moralité avec lequel il était en relation étroite. Quand la mort projetait son ombre sur Paris, fauchant des victimes de haute naissance, Saint-Martin se sentait en sécurité dans la ville, tandis qu'il apportait son aide à ceux qui en avaient besoin, sans crainte pour sa propre vie qu'il avait remise entre les mains de Dieu. Quand il fut forcé de quitter Paris pour Amboise, il y resta presque jusqu'à sa propre fin. Il mourut le 13 octobre 1803. Les élèves de Saint-Martin déclarent que les derniers moments de sa vie furent extatiques. La lumière l'entourait et le transfigurait. Il avait déjà vécu sur un autre plan, et il prouvait que la mort d'un mystique et d'un initié est dépourvue de la crainte de l'inconnu. Pour une âme libérée, la mort permet de se défaire des limitations de la matière ; c'est un retour d'exil, une réunion avec le Père Céleste.

La Mission

Après avoir lu attentivement les documents disponibles, nous proposons maintenant de présenter avec plus de précision les phases de développement de Saint-Martin. Son âme cherchait à se manifester dans la vie extérieure, d'une façon correspondant à ses aspirations et à ses désirs qui restaient encore vagues. Sa rencontre avec de Grainville et avec de Balzac apporta un changement à sa vie tout entière. Il sembla recevoir une directive patente quant à l'orientation future de sa vie. Depuis sa prime jeunesse, il était toujours prêt à une

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soumission empressée à l'impératif intérieur. Jamais sa nature extérieure ne s'y opposa. Cela semble avoir été comme la vision avant l'heure de sa propre mission, laquelle exigeait le renoncement, l'holocauste de sa nature inférieure, le contraire se faisant au détriment du service de la vérité, de la modestie et de l'humilité. Martinez de Pasqually fut le premier instructeur de Saint-Martin. L'idée maîtresse de sa doctrine de la réintégration de l'homme - c'est-à-dire le retour à l'état premier qui était le sien avant qu'il ne plongeât dans le monde matériel des phénomènes, ravit Saint-Martin. Subjugué par la grandeur et la beauté de la vérité, il se voua volontairement à toutes les études nécessaires et à toutes les pratiques requises. Dans l'école de Martinez à Lyon, le chemin menant à l'Illuminisme conduisait à la pratique de la "magie cérémonielle". Le but ultime était l'union avec Dieu. Martinez de Pasqually fonda une assemblée à Lyon sous le nom de «Elus-Cohen». C'était une époque où les questions ésotériques, où ce que l'on appelle la magie, éveillaient un grand intérêt. Sous la direction de Willermoz, dont Saint-Martin fit la connaissance, la Loge de Lyon s'étendait. La doctrine magique et théurgique de Martinez de Pasqually semblait des plus appropriées à Willermoz. Répandre l'Illuminisme en France était sa mission. Il appréciait le travail de groupe. Des buts communs tout d'abord attirèrent l'un vers l'autre ces deux élèves éminents de Martinez, mais bientôt apparurent leurs différences de caractère et d'organisation psychique. Ils se séparèrent sur des questions de méthodes amenant au but ultime. Willermoz choisissait la voie mentale qui exigeait un développement intellectuel et trouvait son expression dans la magie cérémonielle, tandis que Saint-Martin choisissait la voie du coeur et trouvait son expression dans la théurgie pure. Il considérait la magie comme étant indésirable car elle magnifiait le pouvoir de volonté individuelle qui conduisait souvent à l'orgueil et provoquait, si ce n'est la chute, du moins des faux-pas sur la voie de la renaissance. Au contraire, la théurgie telle que la connaissait Saint-Martin développait une humilité à jamais plus profonde, à cause du resserrement du lien avec Dieu par la prière et l'imploration. Humilité et simplicité, ces deux traits dominants du caractère de Saint-Martin lui rendaient détestables la pompe et l'aspect plein de splendeur affectionnés par les Loges. Il était à la recherche d'une expression simple et directe des expériences de l'âme. Il voulait par-dessus tout voir et démontrer l'essence précieuse laissée par la communion avec les Puissances Supérieures. Un important point de repère du développement de Saint-Martin, comme mentionné précédemment, fut son contact avec ce qu'on a appelé «l'Agent Inconnu», dont les enseignements transmis par "communication" firent sur lui une profonde impression. C'est à cette époque qu'il écrivit son premier livre : «Des Erreurs et de la Vérité». Essayant toujours, dans tout ce qu'il entreprenait, d'être aussi près de la vérité que possible, il signa le livre du nom de «Philosophe Inconnu». Cet

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ouvrage inspiré, à cause de sa teneur inhabituelle entraîna beaucoup de discussions, spécialement dans les cercles des Illuminati. La thèse du livre est que par la connaissance de sa propre nature, l'homme peut atteindre à la connaissance de son Créateur et de toute la Création et aussi des lois fondamentales de l'Univers dont on trouve le reflet dans la loi faite par l'homme. C'est sous cette lumière qu'était montrée l'importance du libre arbitre, cette aptitude fondamentale de l'homme, aptitude qui, quand elle est mal utilisée, mène à sa chute et qui, lorsqu'elle est utilisée pour le bien le mène à l'affranchissement et à la résurrection dans l'esprit. L'«Agent Inconnu» était actif dans la Loge de Lyon et des copies de son enseignement furent faites. Saint- Martin assimila avec avidité ces enseignements et à mesure que le temps passait, il recevait une révélation qu'il désira partager avec les membres de la Loge de Lyon. Surpris et exalté par la lumière de sa propre connaissance, il s'attendait à la même réaction de la part de ses frères. Combien sa déception fut grande et douloureuse lorsqu'il se trouva confronté à une réaction froide et pleine de suspicion, de la part de l'assemblée. Cette expérience s'avéra terrible car il se rendit compte de la redoutable responsabilité qu'il y a à dévoiler de hautes vérités à ceux qui n'y sont pas préparés. Ce fut un coup qui, à travers lui, atteignit le Grand Médiateur et qui fut des plus pénibles. Après ceci, Saint- Martin montra une grande réserve ; il fut pris de la crainte de divulguer une connaissance plus élevée. Nous trouvons là l'explication à une certaine obscurité voilant la lumière contenue dans son oeuvre. II adopta apparemment la maxime pythagoricienne : «L'Homme n'a qu'une bouche et deux oreilles». La vie extérieure du Philosophe Inconnu fut une trame vivante sur laquelle le fil de sa vie intérieure brodait le canevas, et pour que cette vie soit parfaite, il savait comment utiliser le moindre événement, heureux ou malheureux, y trouvant toujours un enseignement caché. Saint-Martin découvrait la grande valeur du silence, condition absolument nécessaire pour assurer l'inspiration. Le silence n'était-il pas un manteau protégeant le monde invisible de la profanation ? Néanmoins, l'école du silence était difficile pour un mystique de son tempérament, lui dont l'âme désirait par-dessus tout projeter la lumière dans les ténèbres de l'ignorance. Un dogme sec ne pouvait que faire obstacle au torrent créateur de sa vie intérieure - le silence ne pouvait enfermer comme derrière des barreaux son activité, mais il lui servit à prendre la mesure de l'or spirituel avant de le livrer à son élève. Vint ensuite le livre de Saint-Martin : «Tableau Naturel des Rapports qui existent entre Dieu, l'Homme et le Naturel». L'homme a été privé de ses aptitudes et moyens supérieurs en raison de son plongeon dans la matière, si profondément qu'il en a perdu la conscience de sa nature première existant avant cette chute, nature première qui était un reflet de l'image de Dieu. Ainsi l'homme fut-il assujetti aux lois régnant dans le monde physique. Par cette

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chute, l'homme s'écarta du cadre de ses propres droits et cessa d'être un lien entre Dieu et la nature. L'homme possède des aptitudes psychiques qui peuvent assujettir les sens et les forces de la nature, s'il devient indépendant, s'il se libère de l'emprise des sens, sans parler de la possibilité qu'il a de les faire lui servir à étendre le champ de sa connaissance. L'homme, et c'est une règle en ce qui le concerne, possède la faculté de percevoir la loi, l'unité, l'ordre, la sagesse, la justice et la puissance à un degré supérieur. En s'y efforçant, de par sa propre volonté, il peut retourner à la fontaine de la connaissance qui existe encore en lui ; il peut restaurer l'unité qui fut le commencement de tout. La renaissance de l'homme a été rendue possible par le sacrifice du Sauveur, et maintenant tout homme peut prendre part à l'oeuvre de restauration de l'ordre antique et revenir aux lois antiques qui sont au service de toute créature. Saint-Martin était un adversaire résolu de la philosophie athée et matérialiste sévissant alors dans l'Europe tout entière. En cette période, l'on peut constater l'ampleur de la richesse individuelle du Philosophe Inconnu. Il réunit la connaissance acquise depuis le monde invisible avec celle de l'intelligence et les deux choses réunies concourent à la plénitude de ses enseignements qui traitent de tous les problèmes touchant les conditions de développement des individus, des sociétés et des nations. Ce fut l'époque de son infatigable activité, de ses nombreux contacts dans son propre pays et à l'étranger. Il trouvait du temps pour une vaste correspondance et partageait avec d'autres le fruit de ses connaissances. L'influence de Saint-Martin et la diffusion de ses enseignements en France, en Angleterre et en Russie datent de l'année 1785. C'est ce que montrent ses lettres dans l'oeuvre de Longinov : «Novikoff et les Martinistes russes». Quand il était à Londres, il rencontra William Law, le mystique, et aussi Monsieur Belz, le fameux clairvoyant. Cette rencontre s'avéra très importante. Il devint l'ami de Zinovieff et du Prince Galitzine qui introduisit le Martinisme en Russie. Si le Martinisme fut critiqué et persécuté, ce ne fut que le résultat de l'ignorance quant à l'essence et quant aux buts de cette doctrine, et ce fut aussi le résultat de fautes humaines de Martinistes occasionnels, natures faibles et immatures, inconstantes vis-à-vis des hauts standards moraux exigés par les enseignements de Saint-Martin. La diffusion des enseignements de Saint-Martin s'accompagna d'un succès social personnel, mais la chaude sympathie, les amitiés sincères éveillées au contact de son attachante personnalité ne faisaient pas obstacle à sa vie intérieure. En faisant une application personnelle de ses enseignements, son être était si purifié que sa paix intérieure ne pouvait être mise en danger. Son âme assoiffée de plus de lumière en recevait dans une proportion supérieure et l'assimilait au bénéfice de la postérité. Il atteignit son apogée quand il fit connaissance des oeuvres de Jacob Boehme. Il trouva là la solution catégorique

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de tous les problèmes, au niveau du plus haut échelon conduisant à l'union avec

Dieu le Père. Jacob Boehme n'était pas un instructeur au sens où Martinez de Pasqually en fut un pour le jeune Saint-Martin, mais son importance fut plus grande car Saint-Martin était maintenant bien préparé à recevoir une révélation

nouvelle par l'intermédiaire de Jacob Boehme. Une lumière nouvelle envahissait son âme, était assimilée et hâtait le processus intérieur de transformation. Nous trouvons un écho de ses expériences dans les lettres adressées à son ami proche

le baron de Liebisdorf (Kirchberger). Jacob Boehme était un mystique, par la

grâce de Dieu. La révélation, la descente de la lumière, le ravissement de l'âme -

de nombreuses expressions peuvent décrire le choc de l'âme soudainement éveillée. Nous voyons les différents modes de l'Illumination quand le "vase d'élection" est préparé à la recevoir. Dans l'ouvrage de Saint-Martin «L'Homme de Désir», nous voyons la nouvelle graine produite par l'assimilation de la doctrine de Boehme. Cet ouvrage rappelle un des psaumes qui exprime l'ardeur de l'âme pour Dieu et qui déplore la chute de l'homme, ses erreurs et ses péchés, son aveuglement et son ingratitude.

Soulignant l'origine divine de l'homme, Saint-Martin a vu la possibilité d'un retour de celui-ci à son état premier, quand il est en accord avec la loi de Dieu. Mais ce n'est qu'en abandonnant la voie du péché et en suivant les enseignements du Rédempteur Jésus-Christ, le fils de Dieu, qui descendit des hauteurs de Son trône céleste par amour de toute l'humanité, que l'homme est digne seulement d'adorer et que par l'amour et en L'imitant, il peut atteindre au Salut. Qui sortira vainqueur de ce combat ? Celui qui ne se soucie pas d'être reconnu par les hommes ni de ce que ceux-ci se souviennent de lui, mais qui voue tous ses efforts à n'être pas effacé de la mémoire de Dieu. Si ce n'avait été la venue d'un homme qui pût dire : «Je ne suis pas de ce monde», quel aurait été le lot de la postérité humaine ? L'humanité aurait sombré dans les ténèbres, elle se serait trouvée séparée à jamais du royaume du Père. Mais si de nombreuses personnes

se détachent de l'amour, celui-ci peut-il renoncer à eux ?

Dans son ouvrage ultérieur «Ecce Homo», Saint-Martin prévient du danger qu'il

y a à rechercher l'excitation des émotions, à rechercher les expériences

magiques de bas niveau tels que la bonne aventure, le spiritisme et les phénomènes variés qui ne sont que l'expression d'états psycho-physiques anormaux de l'homme. Ce chemin conduit l'humanité vers des ténèbres inconnues et redoutables, il mène à une chute encore plus grande, tandis que le salut ne peut être atteint que par une renaissance consciente. Dans son livre «Le Nouvel Homme», publié la même année, l'auteur traite de la pensée comme d'un organe de renaissance, qui permet de pénétrer au plus profond de l'être humain et de découvrir la vérité éternelle de son être. L'âme de

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l'homme est une pensée de Dieu ; le devoir de l'homme est d'ôter le voile recouvrant le texte sacré et ensuite de faire de son mieux pour l'amplifier et le manifester tout au long de sa vie. Dans son ouvrage «De l'Esprit des Choses», Saint-Martin déclare que l'homme, créé à l'image et à la ressemblance de Dieu, peut pénétrer au sein de l'Etre, qui se trouve caché dans la création tout entière et qu'à cause de sa vue intérieure claire, il est capable de voir et de reconnaître les vérités de Dieu déposées dans la Nature. La lumière intérieure est un réflecteur qui illumine toutes les formes. De l'intensité de la lumière dépend le degré d'illumination et de discernement dont a besoin l'homme rené en esprit et lisant le Livre ouvert de la Vie. Le livre de Saint-Martin «Le Ministère de l'Homme-Esprit» complète toutes les indications précédentes, présentant un but non dissemblable, celui de l'ascension d'une haute montagne. L'homme y grimpe, poussé par une nécessité intérieure et avec l'avant-goût de la victoire, qui apporte la liberté après tribulations et souffrances. Une liberté qui, dans ce cas, est synonyme des plus grandes bénédictions pouvant être atteintes sur Terre. Il existe un rayon radical et unique pour découvrir et répandre la moralité et la bonté, et ce rayon, c'est le plein développement de notre essence intérieure immanente. Le plus haut sacrifice à faire pour sauver l'humanité a déjà été offert ; c'est maintenant à l'homme d'offrir en un sacrifice volontaire sa propre nature inférieure, de la crucifier, et ainsi de la libérer des entraves contraignantes de la nature grossière. C'est le retour de l'enfant prodige vers le Père à jamais rempli de charité et de pardon. C'est cela atteindre à l'unité parfaite avec Lui : «Mon Père et moi sommes un». Chaque âme possède son propre miroir qui réfléchit l'Unique Vérité, chaque âme possède un prisme et un arc-en-ciel qui lui donnent ses couleurs, et c'est pourquoi les oeuvres de Saint-Martin ne sont pas semblables à celles de Boehme. Les missions de ces deux hommes, dans la vie, étaient différentes aussi, quoique jaillissant de la même source - du même besoin de servir l'humanité en ouvrant à celle-ci un nouveau chemin à son progrès. Saint-Martin prisait hautement les oeuvres de Boehme, même s'il les trouvait plutôt chaotiques et confuses. Il voulait les offrir à ses compatriotes et il traduisit les livres les plus importants de Boehme : «L'Aurore Naissante», «Les Trois Principes de l'Essence Divine», «Quarante Questions sur l'âme». Après la mort du Philosophe Inconnu, certains brefs écrits dont il était l'auteur furent publiés, parmi lesquels nous citerons «Pensées Choisies», de très nombreux fragments éthiques et philosophiques, de la poésie également incluant «Le Cimetière d'Amboise», «Stances sur l'Origine et la Destination de l'Homme», à côté de méditations et de prières. Saint-Martin s'intéressait à la Science des Nombres. Il est vrai que son ouvrage «Des Nombres» resta inachevé, mais il contient cependant beaucoup d'indications importantes que l'on ne pourrait trouver ailleurs ; il a analysé les

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nombres d'un point de vue métaphysique et mystique. Dans les nombres, il a trouvé une confirmation de la chute et de la renaissance de l'homme. Le nombre n'est pas pris dans le sens d'un signe mort mais comme l'expression du Verbe Créateur. Chaque nombre indique une certaine idée et agit sur plusieurs plans. Tout est l'expression de l'unité s'écoulant du sein de la Divinité. L'amour et le sacrifice furent à la base de l'acte de création. Le péché originel et la chute de l'homme, son dérèglement, et son immersion dans la matière doivent être rachetés par le sacrifice et l'amour du Créateur ; ceci seul peut accomplir le retour à l'Unité.

La Révolution Française

Les lettres et l'activité de Saint-Martin expliquent sa relation avec la Révolution française, chose qui pour beaucoup de critiques est restée obscure car il ne pouvait être compris que par ceux qui ont reçu l'Illumination et par les mystiques. Derrière tous les phénomènes se passant sur le plan physique, il y a le film du plan astral. Aussi longtemps que ceci n'est pas manifesté dans le monde visible, il y a des possibilités de changement, des possibilités de dévier le cours des choses par le sacrifice et par l'appel à la miséricorde Divine. Nous connaissons l'histoire symbolique des dix hommes « justes » qui auraient pu sauver Sodome de la destruction. Les films astraux ne sont pas tous développés, dit-on, parce qu'ils peuvent être changés par des facteurs supérieurs dans le monde invisible et aussi par l'homme sur Terre. Mais une fois que le film fatal est développé, aucune puissance humaine ne peut stopper le cours des événements. Saint-Martin, non seulement croyait, mais savait que si la Providence permet une fois la perception d'un film, apportant au peuple un malheur indicible, la Rédemption, si elle n'est pas volontaire, doit être imposée. Il voyait la Révolution française comme une image et comme une amorce du Jugement Dernier qui se poursuivra sur cette Terre, en s'effectuant graduellement. Il affirmait que la structure sociale ne peut être durable, qu'elle ne peut satisfaire la majorité et avoir un caractère élevé si elle n'est pas basée sur une connaissance parfaite de l'organisation psycho-physique de l'homme, si cette structure sociale ne correspond pas aux lois divines reflétées en lui. Un législateur devrait avoir en lui une connaissance profonde de la nature intérieure de l'homme, sa conduite doit être morale, il doit trouver un ordre social exprimant connaissance, justice et pouvoir. Toutes les tentatives pour continuer sur des valeurs transitoires ou erronées ne conduisent qu'au désastre, quelle que soit la durée de ces tentatives. Dans son ouvrage «Le Crocodile,», Saint-Martin dépeint la façon dont le mal s'insinue dans les choses saintes et avec quelle perfidie il distille son venin pour détruire ceux qui sont aveugles et insensibles. Mais le mal dispose d'un temps

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limité et il est facilement reconnaissable à des signes discernables et ne peut mystifier ceux qui ont le regard de la conscience, ceux qui observent et sont des chevaliers au noble dessein. Plus grande est l'armée rassemblée sous les bannières du bien, plus la victoire sur les rangs serrés et déloyaux mais qui vont toujours s'affaiblissant, du mal, viendra rapidement. La relation de Saint-Martin à la Révolution française dépendait de son type de connaissance - et quel autre homme possédait une telle vue intérieure des choses, spirituellement ? Il comprenait ce qui était en cours et oeuvrait avec diligence dans le domaine du mysticisme. Il faisait aussi de son mieux pour résoudre le problème d'une organisation sociale qui soit juste et plus heureuse. L'influence de la Révolution française est évidente dans l'oeuvre de Saint-Martin. Il ne pouvait en être autrement.

L'Ordre Martiniste Traditionnel

La doctrine de Saint-Martin s'est répandue largement dans le monde sous la forme d'un Ordre initiatique et a porté le nom d'Ordre Martiniste. Saint-Martin était pour l'initiation individuelle. Chaque membre était soigneusement choisi et il lui était donné l'opportunité d'un contact étroit et familier. Alors, l'Initiateur lui donnait les indications et les enseignements dont il avait le plus besoin et qui n'étaient pas au-dessus de sa compréhension. Le chemin était plus long que celui consistant à travailler avec tout un groupe, mais il était plus sûr, puisque la pure doctrine demeurait inaltérée, qu'elle reposait sur les membres de l'Ordre et qu'elle gagnait ainsi force et expression. Tous les collèges de cet Ordre ne suivirent pas la ligne recommandée par Saint- Martin, cependant, et le résultat fut déplorable. Nous avons déjà dit que, selon Saint-Martin, l'homme était la clé de tous les mystères de l'Univers, l'image de la vérité tout entière. Son corps représentait l'image du monde visible tout entier et était lié à ce' dernier. L'homme peut atteindre à la vérité tout entière par la connaissance de sa propre nature au moyen de toutes les aptitudes qui sont en lui - physiques, intellectuelles et spirituelles. Il doit comprendre profondément le lien existant entre sa conscience et son libre arbitre. Saint-Martin traite de ceci dans sa «Nouvelle Révélation». Certains traits soulignent les similitudes qui existent entre l'homme et son Créateur. Ce sont les pouvoirs créateurs et le libre arbitre sans limite. Ces traits, même si ce ne sont plus que des reflets estompés de Dieu, ces traits peuvent oeuvrer en parfait accord avec les lois - elles mènent à Lui et emportent l'homme vers la source de la bénédiction. Les mêmes caractéristiques, si elles sont mal utilisées, rompent l'union naturelle avec Dieu et soumettent l'homme à des puissances d'un niveau inférieur. L'homme a comme pouvoir la capacité de réparer le mal fait si toutes ses aptitudes sont tendues vers ce seul objet.

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Saint-Martin parle de l'Unité comme d'une cause première, comme d'une essence intime toujours vivace, dont tout émane. Ainsi, chaque être, aussi éloigné du centre soit-il ou sur quelque plan d'évolution qu'il soit, est lié à la cause première et fait partie de l'Unité, de façon similaire au rayon de soleil qui, sans qu'importe en quoi que ce soit l'éloignement dû à son voyage à travers les espaces infinis, est toujours relié au soleil par les ondes vibratoires. La lumière centrale dont émanent tous les soleils, quoique faisant partie du système tout entier de soleils et de rayons, garde son indépendance et elle est différente de la lumière artificielle. Dieu est tout, mais tout n'est pas Dieu. La doctrine de Saint- Martin s'applique à toute l'humanité. Il désirait l'union de celle-ci au nom de l'amour et considérait la fraternité comme la base de la vie sociale. C'est une erreur que de prendre l'égalité des gens comme une base. Saint-Martin considérait que l'égalité était une constante mathématique, une expression de l'ordre et de l'harmonie. La fraternité est le facteur qui régule les relations entre les hommes et qui lie justice et charité, force et faiblesse. Le mal, l'exploitation et la tyrannie ne peuvent demeurer dans la lumière de l'amour fraternel. D'une fraternité ainsi conçue dérive un sens juste et adéquat de l'égalité qui repose sur une relation de rapport entre les droits et les devoirs. Saïr, dans son Essai sur Saint-Martin, l'explique ainsi : «Le rapport entre la circonférence et son rayon exprimé en mathématique par la lettre pi π est toujours constant. Que le pourtour d'un cercle soit d'un millimètre de longueur ou d'un milliard de lieues, le rapport ne varie pas et l'on peut affirmer, par conséquent, que toutes les circonférences ont entre elles cette égalité de rapport»(2). La même chose est vraie de l'homme : la circonférence est son droit ; la loi est la limite que l'homme ne peut transgresser ; et le rayon, ou plutôt la surface décrite ou couverte par son rayon dans sa révolution autour du centre est le champ de son devoir. Au fur et à mesure que les circonférences s'accroissent, les cercles s'accroissent aussi ; au fur et à mesure que les droits de l'homme s'accroissent, ses devoirs s'accroissent en proportion. Dans l'Univers dont la loi est l'Unité dans la Pluralité, chaque chose repose sur l'ordre et l'harmonie. Pour que l'ordre et l'harmonie existent, il est nécessaire que chaque chose soit à sa place en harmonie parfaite avec tous les êtres et toutes les choses. L'homme en tant qu'individu est des plus heureux quand il y a en lui un équilibre parfait entre droits et devoirs. C'est sur cet équilibre qu'est basée l'égalité : à plus de droits, plus de devoirs ; à moins de droits, moins de devoirs. Comme base de l'égalité, il doit y avoir la fraternité sans laquelle il y aurait la haine et la jalousie entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre. Ce n'est que la fraternité qui peut unir la famille humaine dans les liens de la communauté. Dans une famille aimante et idéalement unie, chacun des membres de cette famille trouve sa place selon sa force et ses aptitudes, et chacun désire volontairement supporter le nombre de devoirs qui y

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correspondent et chacun d'eux désire jouir des droits qui sont sans conteste les siens. L'édifice social qui est construit sur une soi-disant égalité n'a pas de fondements durables, parce qu'ici la fraternité est imposée et n'est pas une condition volontaire. De la même façon, et conjointement à ceci, une répartition des tâches effectuées de la sorte ne concilie pas toujours justice et charité ; c'est une tout autre chose quand l'altruisme et la solidarité sont la base de la fraternité. La liberté est pour chaque être l'effet qui suit l'observance stricte des limites assignées par la loi. Un homme qui transgresse la loi perd sa liberté en proportion. Pour être libre, l'homme doit soigneusement conserver l'équilibre entre ses droits et ses devoirs ; et s'il veut élargir le champ de ses droits, il doit reconnaître les devoirs additionnels que cela lui amènera nécessairement. En résumé, nous dirons que le bonheur de l'humanité consiste en l'union de tous les membres de sa grande famille. Cette union ne peut s'accomplir qu'au travers de la fraternité qui crée l'égalité par l'équilibre stable des droits et des devoirs, assurant en même temps la liberté, la sécurité et la préservation de l'ensemble.

La Chrétienté Véritable

On voit d'après tout ce qui a été dit que Saint-Martin était un profond penseur chrétien qui voulait frayer un chemin aux idées chrétiennes et les utiliser pour l'élaboration de la structure sociale. Selon lui, l'amour du Christ doit posséder le droit de régler la vie de l'homme. L'Ordre Martiniste est aussi une chevalerie chrétienne et chacun de ses membres est tenu d'oeuvrer à son propre développement intérieur, passant par des phases de renaissance à jamais plus profondes jusqu'au point culminant de la naissance de Dieu en lui. Le devoir, en tant que membre de l'Ordre, est de servir toute l'humanité sans ménager ses efforts, sans prendre en considération l'intensité de ceux-ci ni le sacrifice que cela impose. Le Martinisme était ainsi l'annonce de l'approche de l'Epoque du Christ Cosmique qui se révélera universellement dans les âmes des hommes, dans ce grand processus de transformation. Dans son sublime travail, le Martinisme rejoint l'Ancien et Mystique Ordre de la Rose-croix (A.M.O.R.C.) dont l'influence illuminante sur l'humanité dure depuis des siècles et qui est comme la fontaine éternelle de lumière s'écoulant en vue de la renaissance de l'humanité. L'Ordre Martiniste Traditionnel et 1'A.M.O.R.C. étaient affiliés à l'organisation internationale connue sous le nom de F.U.D.O.S.I. (Fédération Universelle des Ordres et Sociétés Initiatiques). Pour tous les Martinistes qui vénèrent la mémoire de leur Maître bien-aimé, le Philosophe Inconnu, une dernière adjuration est contenue dans son testament :

«La seule initiation que je recommande et recherche de la plus grande ardeur de mon âme est celle par laquelle nous pouvons pénétrer le coeur de Dieu et

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induire ce coeur divin à pénétrer dans le nôtre. Ainsi sera rendu parfait le mariage indissoluble qui fera de nous le frère, l'époux de notre Divin Sauveur». Il n'y a pas d'autre voie pour atteindre à cette Initiation sacrée que de descendre au plus profond de notre être, en ne nous arrêtant jamais dans nos efforts tant que nous n'avons pas atteint le but, la profondeur où nous verrons la vivifiante racine ; et dès lors, de façon naturelle, nous donnerons un fruit correspondant à notre nature, comme il en est des fruits des arbres de cette Terre, soutenus par diverses racines au travers desquelles les sucs vitaux ne cessent de s'élever.

Notes :

(1) Les lecteurs pourront noter quelques inexactitudes quant à la biographie rapportée dans cet article, mais qui ne nuisent pas à la compréhension de l'oeuvre de L.-C. de Saint-Martin. (2) «Louis-Claude de Saint-Martin, interprétation de la véritable doctrine et de son application de la sociologie», par Saïr. (Edouard-Auguste Chauvet), Ed. Lessard, Nantes 1905, p 34. Cf. également passage de ce livre cité dans l'article : «Droits et devoirs de l'homme» dans Revue Rose-croix n° 154, été 1990, p 42 à 44.

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Le silence

Tu n'auras pas d'autre demeure que ton coeur; Car sur la Terre, où nous sommes des voyageurs, Nul ne bâtira sa demeure permanente :

Tu n'auras pas d'autre demeure que ton coeur. Alors, autour de lui, dans l'atmosphère ardente, Qui naît de lui, qui l'enveloppe et qui aspire Tous les rayons venus des choses qu'il désire, Évoque le silence et le divin silence ; La forme que revêt la première hypostase, Obéissant à qui l'espère avec puissance, T’emportera sur les quatre ailes de l'extase. La vie intérieure est faite de silence. Elle est le palais dont le silence est la base. Elle est fa fleur de feu : le silence est le vase, Le silence est le vase où tu bois la beauté. Toi qui passes ici, certain, mais ballotté Entre ta vie réelle et ta vie apparente, Ta vie réelle, ténébreuse et véhémente Comme la passion, le tonnerre et la mort, Couvre d'un voile d'ombre et de nuit le trésor De cette vie intérieure, que mesure Entre tes âmes la meilleure et la plus pure, Afin que rien n'attente à son mystère intense, Et que sa force vierge, intégrale, s'emploie A dresser le métier où les mains du silence Tâcheront à tisser l'étoffe de ta joie.

Victor Emile Michelet

(1861-1938)

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COMMENT NOUS DEVONS CHERCHER CE QUE NOUS AVONS PERDU

Chapitre VII du livre de Jacob Boehme : «De la Triple vie de l'homme, selon le mystère des trois principes de la manifestation divine». Édition de 1682 traduite de l'allemand en 1793 par le «Philosophe Inconnu».

1. Il nous est particulièrement imposé à nous autres hommes dans ce monde, de

chercher de nouveau ce que nous avons perdu. Maintenant si nous voulons trouver, il ne nous faut pas chercher hors de nous.

2. Nous n'avons pas besoin d'aucuns flatteurs ni d'aucuns jongleurs qui nous

encouragent et nous promettent des monts d'or pour que nous veuillions seulement les suivre et les faire briller.

3. Et quand j'aurais toute ma vie assisté et écouté des sermons, et entendu toujours chanter et raisonner sur le ciel et sur la nouvelle renaissance, et que je fusse ainsi resté à côté, je n'aurais pas été plus avancé une fois que l'autre.

4. Quand on jette une pierre dans l'eau et qu'on la retire, elle est aussi bien une

pierre dure après comme avant, et elle garde sa forme ; mais si on la jette dans le feu, alors elle acquiert une nouvelle forme en soi-même.

5. Ainsi il en est de même de toi, homme, quand même tu courrais à l'église, et

que tu voudrais être vu comme un ministre du Christ ; cela n'est point assez. Si tu es resté à côté, tu es après comme avant.

6. Ce n'est point non plus assez que tu apprennes tous les livres par coeur, et

quand tu resterais les jours et les années à lire toutes les écritures, et quand tu saurais la Bible par coeur, tu n'en es pas meilleur devant Dieu qu'un gardeur de pourceaux, qui, pendant tout ce temps-là, a gardé les pourceaux, et qu'un pauvre prisonnier dans les ténèbres, qui, pendant tout ce temps-là, n'a pas vu la lumière du jour.

7. Il ne te sert de rien de jaser, ni que tu saches beaucoup parler de Dieu, si tu

dédaignes la simplicité, comme font les hypocrites sur la bête de l'Antéchrist,

qui défendent la lumière à ceux qui voient, comme cela est arrivé à cette main. Ici s'applique ce que dit le Christ : à moins que vous ne vous convertissiez et que vous ne deveniez comme des enfants, vous ne verrez point éternellement le royaume du ciel. Vous devez être engendrés de nouveau, si vous voulez voir le royaume de Dieu. Voilà le vrai but.

8. L'art et l'éloquence ne servent à rien ici, tu n'as pas besoin non plus de livres

ni d'industrie ; en ceci un berger est aussi savant qu'un docteur, et souvent beaucoup plus. Car il se jette plutôt de sa propre raison dans la miséricorde de Dieu, il n'a pas une grande dose de sage raison ; c'est pourquoi il ne se consulte point par cette voie, mais il va simplement avec le pauvre publicain dans le temple du Christ, tandis que le savant place encore devant soi d'abord une académie, et examine premièrement dans quel esprit il entrera dans le temple du

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Christ. Il consulte avant tout l'opinion des hommes ; veux-tu chercher Dieu avec telle ou telle opinion ? L'un est de l'opinion du Pape, un autre de celle de Luther, un troisième de celle de Calvin, un quatrième de celle de Schwenckfelds, ainsi de suite. Il n'y a point de fin aux opinions. 9. Ainsi la pauvre âme demeure dans le doute hors du temple de Christ ; elle frappe, elle cherche, et doute toujours de plus en plus que ce soit là le vrai chemin.

10. 0 toi âme égarée dans Babel, que fais-tu ? éloigne-toi de toutes les opinions,

quelque nom qu'elles portent dans ce monde. Elles ne sont toutes qu'un combat

de la raison.

11. On ne trouve point la nouvelle renaissance ni la noble pierre dans le combat,

ni dans aucune sagesse de la raison ; tu dois laisser aller tout ce qui est dans ce

monde, quelque brillant que cela puisse être, et entrer en toi-même, ne faire autre chose que d'amasser en un tas tes péchés dans lesquels tu es empoisonné et les jeter dans la miséricorde de Dieu et t'envoler vers Dieu, lui demander qu'il les oublie et qu'il t'illumine de son esprit.

12. Il n'y a pas besoin de disputer longtemps, mais seulement d'être ferme ; car

le ciel doit se fendre et l'enfer trembler, et cela arrive aussi. Tu dois jeter là dedans toutes tes pensées avec ta raison, et tout ce qui se présente à toi sur ton chemin, afin que tu ne veuilles pas le laisser (Dieu), à moins qu'il ne te bénisse comme Jacob, qui combattit ainsi avec Dieu toute la nuit. Quand même ta conscience dirait non, Dieu ne veut point de toi. (Dis) : Je veux être sien, je ne te lâcherai point, quand on me traînerait dans le tombeau. Que ma volonté soit la tienne, je veux ce que tu voudras, Seigneur ; et quand même tous les démons t'environneraient et diraient, arrête, c'est assez pour une fois, il faut que tu dises : Non, ma pensée et ma volonté ne se sépareront point de Dieu, elles doivent être éternellement dans Dieu ; son amour est plus grand que tous mes

péchés. Si vous, diable et monde, avez le corps mortel en votre prison, j'ai, moi, mon Sauveur et mon Régénérateur dans mon âme ; il me donnera un corps céleste qui demeurera éternellement.

13. Essaie ainsi cela seulement, et tu trouveras des merveilles, tu en recevras

bientôt un en toi qui t'aidera à lutter, à combattre et à prier ; et quand même tu ne pourrais pas dire beaucoup de paroles, ce n'est pas en cela que la chose consiste, pourvu que tu puisses seulement dire la simple parole du publicain :

Ah ! Dieu, ayez pitié de moi, pauvre pécheur. Mais quand ta volonté avec toute ta raison et tes pensées seront déposées en Dieu, ne te sépare pas de lui, quand même l'âme devrait se séparer du corps ; alors tu possèdes Dieu, tu perces au travers de la mort, de l'enfer et du ciel, et tu entres dans le temple de Christ en dépit de tous les démons. La colère de Dieu ne peut pas t'arrêter, quelque grande et puissante qu'elle soit en toi ; et quand le corps et l'âme brûleraient dans la colère, et seraient au milieu de l'enfer parmi tous les démons. Tu peux

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cependant sortir de là, et venir dans le temple du Christ, où tu reçois la couronne de perle alliée à la noble et digne pierre, la pierre angulaire des philosophes.

14. Mais sache que le royaume du ciel est aussi semé en toi, et est petit comme

un grain de moutarde. Tu reçois une bien grande joie de la couronne angélique,

mais fais attention, ne la pose pas sur le vieil Adam, ou bien il en sera de toi comme d'Adam. Garde ce que tu as. Souffrir du besoin est un vilain hôte.

15. D'une petite branche vient enfin un arbre, si elle est plantée dans un beau

champ. Plusieurs vents froids et rudes vont se ruer sur la branche, jusqu'à ce qu'il en croisse un arbre, elle est chancelante. Tu dois être exposé à l'arbre de la

tentation, et aussi au mépris dans le désert de ce monde ; si tu ne le soutiens pas, tu n'obtiens pas. Si tu déracines ta branche, tu fais comme Adam, tu rendras la chose plus difficile que la première fois, cependant elle croît dans le jardin de roses, à l'insu du vieil Adam. Car il y a eu un temps long depuis Adam jusqu'à l'humanité du Christ, dans lequel l'arbre des perles a poussé secrètement sous le voile de Moïse, et cependant il est devenu un arbre en son temps, avec de beaux fruits.

16. Ainsi si tu es tombé, et que tu aies perdu la belle couronne, ne te désespère

point ; cherche, frappe, reviens, et fais comme auparavant, et tu éprouveras de quel esprit cette main a écrit. Tu recevras ensuite un arbre en place d'une branche, et tu diras : Ma branche est-elle donc devenue un arbre pendant mon sommeil ? Alors tu reconnaîtras d'abord la pierre des philosophes. Remarque cela.

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LE NOUVEL HOMME

Préface de la réédition par la Diffusion Rosicrucienne du livre «Le Nouvel Homme» de Louis-Claude de Saint-Martin, composée à partir d'un exemplaire de l'édition originale figurant dans la bibliothèque

du Château d'Omonville.

La réédition de ce livre constitue un événement majeur pour tous ceux qui s'intéressent à la pensée saint-martinienne et en premier chef pour les Martinistes. C'est à Paris, chez les directeurs de l'imprimerie du Cercle Social, pendant l'an IV de la liberté (1795-96) que ce livre connut sa première édition. Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) a composé cet ouvrage à Strasbourg en 1790. Ce livre, tout comme celui qu'il publia en 1790, «L'Homme de Désir», souligne la nouvelle orientation de Saint-Martin. En effet, depuis 1775, il a pris ses distances avec l'Ordre des Elus-Cohen. La voie externe, celle de la théurgie, que préconisait Martinez de Pasqually aux Elus-Cohen, lui semble inutile et dangereuse. Cette voie, celle des manifestations sensibles, il la suivait depuis 1768. Elle ne l'avait pas séduit totalement, ses penchants naturels l'entraînaient vers la voie interne, celle du coeur. Saint-Martin va prendre «ailleurs que chez Martinez le chemin du réparateur» (1). Afin de prendre du recul, il voyage en Angleterre, en Italie et en Allemagne, pour «étudier l'homme et la nature et pour confronter le témoignage des autres avec le sien» (2). A Londres, il visite les Temples de la Jérusalem Nouvelle et juge durement cette voie dont il estime qu'elle ne « mène pas loin». C'est également une déception qui l'attend à son arrivée à Strasbourg. Il y constate les succès de ceux qui ne s'intéressent qu'au spectaculaire, des «professeurs de sciences occultes, auxquels le vulgaire ignorant donne indifféremment le nom d'illuminés» (3). C'est à Strasbourg également, qu'il prendra connaissance des ouvrages de celui qui deviendra son second Maître, Jacob Boehme (1575-1724). Dans la vieille ville impériale du Rhin, devenue française, il rencontre aussi le chevalier Silverhielm, ancien aumônier du roi de Suède et neveu de Swedenborg. Le chevalier Silverhielm pensait convertir Saint-Martin à son maître Swedenborg. Il est guère probable qu'il parvint à ses fins, d'ailleurs Saint-Martin dans son «Homme de Désir» semble réservé par rapport aux théories du visionnaire suédois : «Mille preuves dans ses ouvrages, qu'il a été souvent et grandement favorisé ! Mille preuves qu'il a été souvent et grandement trompé ! Mille preuves qu'il n'a vu que le milieu de l'oeuvre et qu'il n'en a connu ni le commencement ni la fin !» (4). Sur les conseils du neveu de Swedenborg, Saint-Martin écrit «Le Nouvel Homme». Dans cet ouvrage, le Philosophe Inconnu ne développe pas de grandes théories sur les nombres, le livre de l'homme ou l'origine des langues comme il l'a fait dans ses deux premiers livres («Des Erreurs et de la Vérité»,

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1775 ; «Le Tableau Naturel», 1782). Cet ouvrage, selon J. Gence, est «plutôt une exhortation qu'un enseignement» (5).

L'idée centrale est que Dieu ne demande qu'à faire alliance avec l'homme, mais

Il veut que ce soit avec l'homme seul, et sans mélange de tout ce qui n'est pas

fixe et éternel comme Lui. L'homme doit donc travailler à supprimer en lui toutes les impuretés qui obstruent cette mystérieuse porte par laquelle l'éternelle Parole de la Divinité désire entrer pour s'unir à lui. L'homme doit subir une cure, pour parvenir à cette guérison, pour cela il dispose d'un «médicament réel» qui peut l'aider à se débarrasser de son vieil homme et à sortir du torrent de l'iniquité. Celui qui s'emploie à .cette tâche est l'homme de Désir. Cette purification est une véritable grossesse spirituelle par laquelle l'homme de Désir fera naître en lui un Nouvel Homme. Saint-Martin nous montre ce qu'il en est de cette cure que doit subir l'homme temporel pour retrouver l'état de pureté qui était le sien au sortir de son émanation. Il affirme : «Car la naissance de ce fils spirituel en l'homme, n'est autre chose que le développement et la manifestation de ce qu'était l'homme primitif» (6). Nul besoin de théurgie, d'adhésion à un culte extérieur pour cette régénération. Le creuset de cette transmutation réside à l'intérieur de l'homme, c'est son coeur. La voie que propose Saint-Martin est une voie cardiaque. Cette transformation s'opère par étapes et suit un processus dont le schéma nous

a été fourni par la vie du Réparateur. Ce «Réparateur» c'est le Christ. Saint-

Martin préfère employer ce terme, suivant en cela son premier Maître Martinez de Pasqually, comme pour marquer une distance avec le personnage historique de jésus et souligner ainsi son aspect intemporel. Pour notre auteur, le Christ est le nouvel Adam, celui qui a ouvert à nouveau la voie qui depuis la chute du père de l'humanité était fermée. Le Réparateur a non seulement rouvert la porte, mais a montré le chemin. Saint-Martin dit : «Si l'homme est mort dans toutes ses facultés, il n'y a pas un seul mouvement de son être qui puisse se faire sans que l'on prononce en lui cette phrase : Lazare levez- vous, c'est en l'homme que le réparateur profère continuellement cette parole»

(7).

Cette voie que décrit Saint-Martin dans son livre est celle de l'imitation du Christ. Mais que l'on ne s'y trompe pas, le Philosophe Inconnu ne prône pas l'adhésion à un culte extérieur, car cette adoration vers le dehors empêche l'imitation d'agir dans les profondeurs de l'âme «de transformer cette dernière en une totalité correspondant à l'exemple idéal» (8). Les étapes de la vie du Réparateur, l'annonciation par l'ange, la naissance, la présentation au temple, le baptême, le sacrifice de l'agneau, la résurrection, l'ascension, sont autant de signes pour qui sait regarder au-delà de la simple histoire. La vie du Réparateur fournit un archétype dont le sens est inscrit dans l'éternité. Cette imitation va permettre au coeur de devenir le miroir de la

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Divinité et par analogie, la Divinité deviendra, elle, un miroir pour le Nouvel Homme. Cette transformation doit s'opérer dans les profondeurs de l'être :

«Aussi longtemps que la religion n'est que croyance et forme extérieure, et que la fonction religieuse n'est pas une expérience de l'âme de chacun, rien d'essentiel ne s'est produit. Il reste encore à comprendre que le mysterium magnum (grand mystère) n'est pas seulement une réalité en soi, mais qu'il est aussi et avant tout enraciné dans l'âme humaine» (9). Pour le Philosophe Inconnu, le Dieu unique s'est choisi un sanctuaire unique : le coeur de l'homme. Voilà le temple où il doit L'adorer, les temples extérieurs ne sont que les avenues de ce temple invisible. C'est au fond de lui-même que se trouve la base fondamentale du temple. «L'homme doit tailler, polir par l'esprit la pierre fondamentale de son temple» (10). Dans ce temple, il trouvera les sept sources sacramentelles qui fertiliseront toutes les régions de son être. Ce sont les sept colonnes produites par cette pierre innée en nous et sur laquelle le Réparateur a dit qu'il voulait bâtir son église. C'est dans ce temple impérissable que l'homme doit entretenir son feu sacré, la flamme, une fois allumée par le baptême de l'esprit, devant être veillée avec soin. En effet, le Philosophe Inconnu indique que le coeur possède deux portes, l'une inférieure par laquelle il peut donner à l'ennemi l'accès à la lumière élémentaire et l'autre supérieure par laquelle il peut donner à l'Ange qui est son guide, son ami fidèle, l'accès à la lumière divine. Le texte de Saint-Martin apprend à son lecteur avec quelle vigilance le nouvel homme doit avancer, car son être extérieur est entre deux piliers qui cherchent, l'un et l'autre, à l'attirer, et c'est sur la frontière de ces deux mondes que doit se manifester «la Sagesse, la Force et la Magnificence des habitants du royaume» (11). Cette tâche serait pour lui moins périlleuse s'il avait su garder la robe dont était revêtu le premier homme parce que alors «elle pouvait répandre l'éclat de sa céleste lumière dans les quatre régions du monde» (12). Aujourd'hui, l'homme doit revêtir le manteau de la prudence, symbole de cette robe primitive, pour accomplir son oeuvre de régénération. Le processus de cette régénération, s'il se déroule au coeur de l'homme, n'en est pas moins universel. En effet, si le Nouvel Homme est le seul qui puisse recevoir dans toute leur mesure les eaux divines, il va les employer à cette végétation universelle qui dès avant les siècles était l'objet de son existence. Pour arriver à ce but, Louis-Claude de Saint-Martin nous indique quel chemin doit suivre ce Nouvel Homme pour redevenir le quaternaire actif qu'il était à l'origine de son émanation. L'homme doit travailler sans relâche pour rétablir en lui la Jérusalem Céleste, y construire patiemment son sanctuaire intérieur où Dieu se plaît d'être honoré. Le Philosophe Inconnu termine ce magnifique traité en précisant que toutes ces merveilles se trouvent «encore aujourd'hui dans le coeur du Nouvel Homme, puisqu'elles y ont existé dès l'origine» (13).

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Notes :

(1) «L'Annonce du Nouvel Homme», Octave Béliard, Mesure n° 4, 15 octobre 1936, pp 99-126. (2) et (5) «Notice Biographique sur Louis-Claude de Saint-Martin ou le Philosophe Inconnu», J.B.M. Gence, Paris Migneret 1824, p 8 et 21. (3) «Le Ministère de l'Homme Esprit», L.-C. de Saint-Martin, Paris Migneret 1802, p 252. (4) «L'Homme de Désir», L.-C. de Saint-Martin, Lyon Sulpice Grabit 1790, n° 184, p 268. (6) «Le Nouvel Homme» L.-C. de Saint-Martin, n° 45. (7) Ibid. n° 15. (8) «Psychologie et Alchimie», C. G. Jung, Buchet/ Chastel, Paris 1970, p 9. (9) Ibid p 16. (10) «Le Nouvel Homme», L.-C. de Saint-Martin, n' 46. (11) Ibid n° 33. (12) Ibid n° 66. (13) Ibid. n° 70.

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XVI

La Rose-Croix au 16ème et au 17ème siècle.

Les symboles de la rose et de la croix.

- L'association des deux symboles est très ancienne. Déjà en 1265, Jean de Meung reprend le Roman de la Rose commencé par Guillaume de Lorris. Le livre devient une encyclopédie traitant des origines du monde, de la nature, de l'art, de l'astronomie, de la religion et de la morale. Il préconise aussi le retour à la simple vie chrétienne. Au delà des symboles, la source peut être à rechercher auprès du Graal, le secret le plus mystérieux du Moyen-Âge. Il s'est imposé à la conscience intérieure d'une époque éprise de spiritualité et d'élévation car il évoquait pureté et révélation, sacrifice et guérison parfaite. Les plus anciennes versions de la légende datent 1150 à 1220. Dans la Divine Comédie de Dante, vers 1320, le huitième ciel du paradis est décrit comme le ciel étoilé des Rose-Croix. Certains auteurs placent l'origine des Rose-Croix chez les Amis de Dieu de l'Île Verte à Strasbourg. Au 14ème siècle, Rulman Merswin, issu d’une famille de banquiers strasbourgeois, y acquiert un ancien couvent bénédictin. L’Île Verte de Strasbourg devient un centre spirituel où se développe la spiritualité des "Gottesfreunde", Amis de Dieu ou Chevaliers johannites, (La présence ecclésiale dans le couvent de l’Ile Verte est confiée à l’Ordre des Chevaliers hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem). C'est une maison de refuge où peuvent se retirer tous les hommes honnêtes et pieux, laïcs ou ecclésiastiques, chevaliers, écuyers et bourgeois, qui désirent fuir le monde et se consacrer à Dieu sans entrer dans un ordre monastique. Puis, Rulman Merswin et les Amis de Dieu se trouvent en relation avec un personnage mystérieux qui va les guider dans la voie spirituelle par une série d'écrits, parmi lesquels on peut citer Le Livre du maître de la Sainte Ecriture, Le Livre des Cinq hommes qui décrit la société idyllique du "Haut Pays". Ce Maître intérieur guide les initiés, non plus en ce monde-ci, mais dans les contrées de l'au-delà du monde. Il se pourrait aussi que la fondation de l’Ordre des Rose-Croix implique Paracelse, médecin et alchimiste, né en Suisse vers 1493. Dés 1536, il utilise les symboles de la rose et de la double croix lorraine, et il prédit la venue d’Elias-Artista, l’Esprit radiant, ambassadeur du Paraclet et personnification future de l’Ordre. L'origine effective de la Fraternité prestigieuse des Rose-Croix reste cependant assez mystérieuse.

des Rose-Croix reste cependant assez mystérieuse. Les traditions ésotériques. - En Occident, au 16ème

Les traditions ésotériques.

- En Occident, au 16ème siècle, époque de la manifestation publique des Rose- Croix, les sources de l’ésotérisme rassemblent diverses traditions, gnostiques, hermétistes et néoplatoniciennes, alchimistes, kabbalistes, mazdéistes, cathares ou même manichéennes, autochtones comme celle du Graal, issues de l'Essénisme

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comme celles des premiers docteurs de l’Eglise, ainsi qu'un courant transmis par les Druzes. Les Rose-Croix semblent alors avoir enfin réussi à réaliser une large synthèse de ces multiples traditions inspirées. Puisant à leurs immenses richesses spirituelles, la philosophie de la Fraternité s'en est grandement enrichie et elle s'est élevée au dessus des dogmes contraignants des diverses religions extérieures. Il demeure cependant important de situer la première et principale manifestation publique du mouvement dans son arrière plan historique qui est alors clairement l'époque de la Réforme, et dans le contexte de la Guerre de Trente Ans et des Guerres de Religion. Au 16ème siècle, les armes de Luther portent une rose percée d'une croix. Valentin Andreae s'en inspire pour créer ses propres armes, une croix encadrée de quatre roses. Pour nous, ce siècle-là est celui de la Renaissance et des débuts de la Science moderne. C'est pourtant la crise religieuse, la Réforme et toutes ces terribles guerres qui marquent profondément les cœurs et les esprits de l'époque.

profondément les cœurs et les esprits de l'époque. La Réforme et la permanence du mouvement de

La Réforme et la permanence du mouvement de protestation.

- La "Réforme" est le mouvement religieux d’où est né le protestantisme. Il était annoncée par les Vaudois, cruellement persécutés, par les idées de Wyclif, ou par le sort de Jean Hus, condamné et brûlé par traîtrise. Il faut comprendre que, dès le début du Christianisme, la transformation progressive et autoritaire des dogmes a continuellement suscité des protestations des divers mouvements réformateurs. On en trouve la trace dans le premier concile, celui de Nicée, dont le "canon" montre déjà de la méfiance à l'égard des "Cathares, les purs", qui appellent les fidèles au respect des enseignements évangéliques. Tout au long de son histoire, oubliant ses propres martyrs, l'Eglise combat cruellement tous ceux qui contestent l'évolution contraignante et continue de sa conception du Christianisme, et elle les accuse d'hérésie, tels les Gnostiques, les Ariens, les Manichéens, les anéantissant par le martyre et par le feu comme, au 13ème siècle, les nouveaux Cathares. Au 16ème siècle, cette impulsion protestataire amène une partie de la chrétienté à se détacher de l’Église romaine, en rejetant ses dogmes et l’autorité du pape. Les réformateurs et Luther espéraient que l’Eglise rétablirait le christianisme des origines, en le débarrassant des multiples adjonctions qui l’avaient altéré. Mais Luther est excommunié en 1520. La rupture consommée, le luthéranisme séparé se répand en Allemagne, malgré l’opposition de Charles Quint. Il prévaut au Brandebourg, en Hesse, en Saxe, au Wurtemberg et dans la plupart des villes libres. Les luthériens présentent leur Confession de foi à la diète et l'on admet alors que chaque prince peut imposer sa religion à ses sujets, à la Paix d’Augsbourg, en 1555.

Le Calvinisme.

alors que chaque prince peut imposer sa religion à ses sujets, à la Paix d’Augsbourg, en

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- Le Lutherianisme s'était répandu dans les pays baltes et scandinaves. Avec Zwingli, un mouvement analogue mais indépendant naît en Suisse. Calvin en fixe les principes et le calvinisme se répand en France malgré l’opposition royale. En 1559, deux mille églises adoptent la Confession de foi de la Rochelle, rédigée par Calvin. La fin du 16ème siècle est marquée par les terribles "Guerres de Religion", et la Saint-Barthélemy. En 1599, l’édit de Nantes d'Henri IV accorde provisoirement aux protestants le droit de célébrer leur culte. La Réforme calviniste se répand alors en Hongrie, au Palatinat, aux Pays-Bas et en Écosse. En 1534, un autre protestantisme apparaît en Grande-Bretagne. Henri VIII détache l’Eglise d’Angleterre de Rome et l’Acte de Suprématie la soumet à l'autorité royale. Depuis l’Angleterre, une Réforme "puritaine" se répand ensuite jusque dans le Nouveau Monde.

se répand ensuite jusque dans le Nouveau Monde. Les Manifestes de la Rose-Croix. - En 1614,

Les Manifestes de la Rose-Croix.

- En 1614, la paix religieuse étant provisoirement rétablie, deux manifestes sont publiés. Ce sont la Gloire de la Fraternité, (la fameuse Fama Fraternitatis, et de la Confession des Frères Rose-Croix). Ils exposent la doctrine de la Fraternité des Rose-Croix qui préconise une réforme générale de l’Humanité. On suppose d'abord qu'ils sont l'œuvre du pasteur protestant de Strasbourg, Valentin Andreae, qui publie ensuite de nombreuses autres œuvres dont les plus importantes sont les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz et Christianopolis. Plus tard, les manifestes seront considérés comme une œuvre collective. Sédir nous dit que "Jean-Valentin Andrea (1586-1654), fut un des hommes les plus savants de son temps. Son grand-père Jacob était ami proche de Luther. Il avait été un illustre théologien, l'un des auteurs de la Formule de Concorde. On le surnomma d'ailleurs le second Luther." Andrea étudia au séminaire de Tubingen. Il acquit une rare culture dans les langues anciennes et modernes, les mathématiques, les sciences naturelles, l'histoire, la géographie, la généalogie et la théologie, et laissa une œuvre considérable. Il subit l'influence de Jean Arndt (1555-1621), grand prédicateur mystique, et de ses amis, Christophe Besold et Wilhelm Wense, dont la vie voulait être une imitation de Jésus-Christ. Ils prêchaient, contre le dogmatisme et le ritualisme de l'Église, la nécessité d'une vie toute d'esprit et d'amour, la droiture, la lutte contre les tendances mauvaises, l'intégrité de l'esprit, l'austérité des mœurs, la charité, la justice, affirmant que seule une vie sainte permet l'entrée dans le cœur humain du Saint-Esprit qui unit l'homme à Dieu et lui confère ses dons. Ils reprenaient dans leur prédication l'enseignement de saint Paul sur le vieil homme qui doit être crucifié avec le Christ pour ressusciter avec le Christ".

vieil homme qui doit être crucifié avec le Christ pour ressusciter avec le Christ". Les Ouvrages

Les Ouvrages R+C originaux.

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- Sur ces principes, Jean-Valentin Andrea établit un remarquable programme de

renouvellement et de conversion pour son Eglise. Quand parurent les manifestes de la Rose-Croix, il publia "Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz". On ne sait pas vraiment qui a composé la Fama et la Confessio. Ces écrits ne sont pas l'oeuvre d'un seul auteur et ils expriment les idées et les espérances d'une collectivité. La Reformation, la Fama, la Confessio, ainsi que les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz sont les seules manifestations écrites originales des Rose-Croix. Ce sont les premiers ouvrages où l'on trouve le nom de la Fraternité et ils furent souvent réimprimés et traduits. Le frontispice de la Fama Fraternitatis proclame “Allgemeine und general Reformation, der ganzen weiten Welt” (Réformation universelle et générale du vaste monde entier). Les trois livres s'inscrivent évidemment dans un prolongement de l'œuvre de Martin Luther qui n'avait jamais caché son accord avec les thèses pré-rosicruciennes (l'explication qu'il donne de son sceau le prouve). Il s'agit donc d'une mission évangélisatrice répétant celle du Christ. Elle fait suite à la tentative de Luther et de ses prédécesseurs catholiques pour réformer le christianisme par l'intérieur. La Confessio s'affirme résolument protestante et les Noces chymiques condamnent symboliquement Rome avant l'affirmation de la nouvelle ère et l'instauration d'un nouveau royaume.

ère et l'instauration d'un nouveau royaume. La Guerre de Trente Ans. - Deux ans après l'appel

La Guerre de Trente Ans.

- Deux ans après l'appel de la R+C, un conflit de pouvoir amène les protestants de

Bohème à projeter deux gouverneurs catholiques à travers la fenêtre de la Salle du Conseil de Prague. Une terrible guerre commence. La "guerre de Trente Ans" ravage l'Allemagne et la Bohême. Les populations protestantes sont impitoyablement massacrées par les troupes impériales. Un tiers des habitants disparaît. Les états luthériens échappent à l'anéantissement grâce à l'intervention tardive de la France catholique de Richelieu, secourant politiquement les protestants pour freiner l'extension autrichienne. Les bourgs sont en cendres, les campagnes sont ravagées, la soldatesque rançonne les villes, et les épidémies déciment les derniers survivants affamés.

les épidémies déciment les derniers survivants affamés. La relance de la Rose-Croix. - Après la paix

La relance de la Rose-Croix.

- Après la paix de 1648, l'appel R+C de 1615 est repris par les populations

meurtries et désemparées. Il est relayé et démultiplié dans l'espoir de dépasser les haines aveugles et les grands malheurs nés de la guerre, en réunifiant la Chrétienté comme l’avaient voulu les premiers réformateurs. Les livres Rose-Croix sont interdits par les Catholiques, et leur détention est parfois punie de mort.

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Néanmoins, la publication hollandaise des trois manifestes alimente une énorme floraison mystique surtout en Allemagne où neuf cents opuscules les reprennent jusqu'au 18ème siècle. Avec les Pays-Bas, c'est toujours le pays dans lequel l'activité rosicrucienne est la plus marquée. Jean-Valentin Andreae, indigné par les abus que les enthousiastes faisaient des principes de la Rose-Croix, décida de se retirer du mouvement, mais il déclara dans "Turris Babel" “Je quitte maintenant la Fraternité, mais je ne quitterai jamais la véritable fraternité chrétienne qui sous la croix perçoit les roses et évite les souillures du monde ”. Il publia Invitation à la Fraternité du Christ en 1617, puis Description de la République de Christianopolis, en 1619, un programme d'une Union chrétienne où il reprenait les thèses de la Fama et de la Confessio.

où il reprenait les thèses de la Fama et de la Confessio. Les Noces Chymiques de

Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz.

- Cet ouvrage parut sans nom d'auteur, en 1616. Jean-Valentin Andreae, dans son Autobiographie, déclare qu'il composa ce livre vers 1601, alors qu'il avait quinze ans. Voici ce que Sédir dit du livre:

"Dans sa lettre, ce traité est un exposé de l'œuvre métallique (alchimique), assez détaillé ; dans son esprit, il décrit la montée de l'âme, de degrés en degrés, vers l'illumination. Ce livre est attribué à Christian Rosencreutz qui l'aurait écrit en 1459. Il raconte, en sept journées, le mariage du roi, puis sa décollation et enfin sa résurrection. C'est sur une invitation que le roi lui adresse d'assister à ses noces que Rosencreutz se met en route, dans le sentiment profond de son indignité. En souvenir du Christ, il noue en croix un ruban rouge sur sa robe de bure ; il pique quatre roses à son chapeau et prend comme viatique du pain, du sel et de l'eau.

A l'entrée de la forêt il distingue trois voies : une courte, mais dangereuse ; la seconde qui est la voie royale réservée aux élus et la troisième, agréable mais très longue. Il est prévenu qu'une fois choisi le chemin, il ne pourra plus revenir en arrière. Il demande à Dieu, qui lui fait prendre le second chemin. Celui-ci le mène au château royal construit sur une montagne. Un personnage lui demande son nom, et il répond : Frère de la Rose-Croix rouge. Les nombreux candidats aux noces du roi sont pesés. Rosencreutz est le plus pur. Il est reçu avec tous les honneurs, et on lui remet la Toison d'Or ornée d'un Lion volant. Quant aux intrus, une coupe leur est donnée, remplie du breuvage d'oubli avant qu'ils soient chassés, avec l'ordre de ne plus revenir au château du roi pendant leur vie.

Suivent d'autres épreuves symboliques ; et la représentation d'une comédie en sept actes. Devant la reine est un gros livre renfermant toute la science réunie dans le château. Les élus sont au nombre de neuf et ils tiennent chacun une bannière portant une croix rouge. Enfin le devoir est notifié aux élus de penser à Dieu et de travailler pour sa gloire et pour le bien des hommes. Ensuite le couple royal est

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décapité, ainsi que quatre rois et reines présents. Les six personnes sont ensevelies et leur sang est recueilli dans un vase d'or. Le Maure qui a procédé à l'exécution est décapité à son tour et sa tête rapportée dans un linge. Il est dit aux élus que : “ la vie de tous ces êtres est entre leurs mains et qu'ils doivent garder une fidélité plus forte que la mort ”. La nuit, les six cercueils sont emportés par des navires. Les élus assistent aux funérailles symboliques des souverains et sont invités à chercher le médicament qui rendra la vie aux rois et aux reines décapités. De longues opérations alchimiques sont décrites".

Le roi et la reine ressuscitent. Ils travailleront avec les élus au triomphe de Dieu. Le roi nomme ceux-ci “ chevaliers de la Pierre d'Or ”, avec le pouvoir d'agir sur l'ignorance, la pauvreté et la maladie. Quant à Rosencreutz, il aura encore d'autres épreuves à surmonter avant d'arriver au terme. Il lui a été dit : Tu as reçu plus que les autres ; efforce-toi donc de donner davantage également. La signature de chacun est demandée, et notre héros écrit : La plus haute science est de ne rien savoir. Frère Christian Rosencreutz - Chevalier de la Pierre d'Or. "Fin de citation".

Dans le récit des Noces Chymique, le fondateur légendaire de la Rose-Croix, Christian, invité aux noces de Sponsus et de Sponsa, (l’époux et l’épouse), rêve également qu’il est enfermé au fond d’un puits ou d’une tour dont il sort à l’aide d’une corde lancée de l’extérieur. Il se met ensuite en route et traverse la forêt. C'est en cherchant à aider une colombe combattue par un corbeau, qu'il trouve son chemin et il est alors guidé vers le château royal.

son chemin et il est alors guidé vers le château royal. Le sens des Noces Alchymiques.

Le sens des Noces Alchymiques.

- Les descriptions contenues dans le récit ont pu être interprétées comme des indications précieuses pour la réalisation du Grand œuvre alchimique. Nous savons cependant que les alchimistes étaient fondamentalement des métaphysiciens ésotéristes. La poursuite du Grand œuvre était seulement pour eux le symbole du chemin nécessaire à la réalisation de l’indispensable transfiguration de l’âme, prélude à la résurrection de l’Homme véritable, la figure divine originelle. Là est le sens caché et véritable des Noces Alchymiques de Christian Rose-Croix, ouvrage qui répète sous une forme différente le message médiéval de la Quête du Graal par Perceval le Gallois. Les véritables écoles spiritualistes rosicruciennes poursuivent aujourd’hui encore dans le Monde l’œuvre initiatique qui conduit à cette connaissance. Leur enseignement témoigne toujours d’une inspiration rosicrucienne authentique et vivante. Elles adaptent leur message ésotérique permanent aux temps et aux lieux où il est prononcé. Dans notre civilisation, elle vont s’appuyer sur les traditions chrétiennes tout en expliquant le sens caché des mythes et des écritures.

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Les Rose-Croix en France. - A Paris, en 1622, une affiche est placardée qui proclame:

Les Rose-Croix en France.

- A Paris, en 1622, une affiche est placardée qui proclame: "Nous, Deputez du Collège principal des Frères de la Roze-Croix, faisons séjour visible et invisible en ceste ville, par la grâce du Très Haut vers qui se tourne le coeur des justes. Nous monstrons et enseignons sans liures ny marques à parler toutes sortes de langues des païs où voulons estre, pour tirer les hommes nos semblables d'erreur et de mort.” Une autre affiche suit: “ S'il prend envie à quelqu'un de nous voir par curiosité seulement, il ne communiquera jamais avec nous mais, si la volonté le porte réellement et de fait à s'inscrire sur le registre de nostre confraternité, nous, qui jugeons les pensées, luy ferons voir la verité de nos promesses, tellement que nous ne mettons point le lieu de nostre demeure, puisque les pensées, iointes à la volonté reelle du lecteur, seront capables de nous faire cognoistre à luy et luy à nous. ”. Les affiches eurent un retentissement considérable mais leurs auteurs sont inconnus. En 1624, le Père François Garasse demande pour les Rose-Croix "la roue et le gibet".

demande pour les Rose-Croix "la roue et le gibet". La Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie anglaise. La

La Rose-Croix et la Franc-Maçonnerie anglaise.

La naissance de la Franc-Maçonnerie.

- Après la Renaissance, les progrès de la science ébranlèrent l'Occident chrétien. La religion y perdit son autorité et la société connut une profonde crise morale conduisant aux épouvantables "Guerres de Religions". Le Rosicrucianisme tolérant qui avait accueilli tout l'héritage ésotérique de l'Antiquité laissa aux gens rêver d'une réforme du monde associant ésotérisme, religion et science, pour apporter la paix et la fraternité. Les multiples guerres de religion brisèrent ces espoirs. Au 18ème siècle, la Franc-Maçonnerie, héritière de la Compagnie des Maçons Acceptés, reprit ce projet de Réforme en Angleterre. Deux pasteurs, Désaguliers et Anderson, rosicruciens anglais, fondèrent un nouvel ordre ésotérique en 1717. Ils utilisent alors les traditions rosicruciennes et mystiques ainsi que les philosophies des Lumières et ils croient en Dieu, "le Grand Architecte de l’Univers". Le Rosicrucianisme a bien été transmis du 12ème siècle jusqu’à nos jours à travers des Organisations rosicruciennes qui sont aujourd'hui clairement séparées de la Franc- Maçonnerie. A l'époque pourtant, les deux Ordres partageaient le même ésotérisme et les mêmes sources. Cette proximité est compréhensible car les Rosicruciens du 17ème siècle voulaient réformer la science et de la religion pour construire une société plus fraternelle, plus tolérante et plus humaine. A l'origine, la Franc- Maçonnerie du 18ème avait le même projet.

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Les hauts grades francs-maçons et les "Chevaliers Rose-Croix". - En décembre 1736, le chevalier Ramsay

Les hauts grades francs-maçons et les "Chevaliers Rose-Croix".

- En décembre 1736, le chevalier Ramsay présente la Franc-Maçonnerie comme

étant la résurrection de la "religion noachite", une religion primordiale, universelle et sans dogmes. L'Ordre aurait été amené en Grande Bretagne par les Croisades avant de se répandre en Europe. A partir de 1740, de hauts grades francs-maçons sont créés parmi lesquels celui de "Chevalier Rose-Croix", qui est un grade terminal très éminent. Il présente la particularité d'être spécifiquement chrétien tandis que tous les autres grades maçonniques reposent sur l'universalité de la sagesse. Les plus anciens rituels du grade Rose-Croix datent de 1760 sous le titre de "Chevalier de l'Aigle et du Pélican ou Souverain Prince de Rose-Croix et d'Hérédom". L’introduction au grade rappelle l'origine de la sagesse des Rose- Croix, "Individus qui, pendant bien des siècles, s'en assurèrent l'exclusivité à l'aide d'un voile impénétrable, ce qui donna lieu à ces institutions célèbres dont les Sabéens et les Brames sont des restes sublimes. Les Mages, les Hiérophantes, les Druides furent autant de branches de ces mêmes Initiés". On retrouve ici l'idée de Tradition Primordiale, et les Rose-Croix sont les héritiers d'une chaîne d'initiés, Égyptiens, Zoroastre, Hermès Trismégiste, Moïse, Salomon, Pythagore, Platon et les Esséniens. C'est à ce moment que certains Maçons vont tenter de séparer le Rosicrucianisme de la Maçonnerie pour constituer des Ordres autonomes. Les Francs-Maçons vont alors créer plusieurs mouvements rosicruciens non christiques sur lesquels il convient de s'attarder un peu afin de ne pas les confondre avec les Organisations rosicruciennes christiques clairement séparées de la Franc- Maçonnerie. Les deux groupes ont parfois exercé une influence politique importante.

ont parfois exercé une influence politique importante. L'Ordre de la Rose-Croix d'or et de la Rose

L'Ordre de la Rose-Croix d'or et de la Rose rouge est un mouvement non christique.

- La Rose-Croix réapparaît dans la Franc-Maçonnerie dans le cadre de l'alchimie.

En 1710, un pasteur luthérien, Samuel Richter, publie "La vraie et parfaite préparation de la Pierre Philosophale par la Fraternité de l'Ordre de la Rose-Croix d'Or et de la Rose Rouge". C'est un traité d'alchimie qui expose aussi les règles de

l'Ordre de la Rose-Croix d'Or et de la Rose Rouge. L'Ordre décrit par Samuel Richter n'aurait pas fonctionné mais l'appellation "Rose-Croix d'Or" est établie et les règles énoncées se retrouveront dans les instructions du grade maçonnique- rosicrucien des "Princes Chevaliers Rose-Croix".

se retrouveront dans les instructions du grade maçonnique- rosicrucien des "Princes Chevaliers Rose-Croix". 187

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La Societas Roseae et Aureae Crucis, ou "Fraternité des Rose-Croix d’Or", est un mouvement non christique.

- En 1749, Hermann Fictuld évoque une "Société des Rose-Croix d’Or", héritière

de l’Ordre de la Toison d’Or. En 1757, il crée un rite maçonnique avec de nombreux grades rosicruciens: la Societas Roseae et Aureae Crucis ou Fraternité des Rose-Croix d’Or. Cette Société engendre un nouveau rite maçonnique rosicrucien qui apparaît vers 1770 en Bavière, en Autriche, en Bohème et en Hongrie. Il est adopté par une Loge de Ratisbonne, la "Croissante aux Trois Clefs", puis par une Loge de Vienne, "l'Espérance", laquelle donne naissance aux "Trois Épées". Cette dernière Loge devient le centre de ce nouveau rite maçonnique rosicrucien où l'on pratique l'alchimie et la théurgie.

où l'on pratique l'alchimie et la théurgie. L'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système

L'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système a aussi une vocation alchimique.

- En 1776, deux membres des "Trois Épées", Johann Rudolf von Bischoffswerder,

officier puis ministre de la guerre prussien, et Jean Christophe Wöllner, pasteur, instaurent un nouvel Ordre maçonnique rosicrucien, "l'Ordre de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système". Prétendant remonter à l'an 151, l'Ordre se réfère à St Marc et aux Esséniens La Loge des "Trois Globes" de Berlin devient le centre de ses activités qui sont d'ordre alchimique et se différencient des enseignements du Rosicrucianisme mystique originel. Sous son contrôle paraît le livre "Symboles secrets des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles". Ce traité alchimique superbement illustré est souvent présenté comme le livre rosicrucien le plus important après les trois Manifestes, la Fama, la Confessio et les Noces chymiques. En 1787, l'Ordre disparut après avoir donné naissance à "l'Ordre des Frères Initiés de l'Asie".

à "l'Ordre des Frères Initiés de l'Asie". La Societas Rosicruciana in Anglia est un ordre franc-maçon

La Societas Rosicruciana in Anglia est un ordre franc-maçon réservé aux Chrétiens.

- Vers 1870, le trésorier de la Grande Loge Unie d'Angleterre, Robert Wentworth

Little, fonde la Societas Rosicruciana In Anglia (S.R.I.A.). Il aurait été initié dans une Société rosicrucienne écossaise par Anthony O'Neal Haye, lequel aurait

possédé le plus ancien grade maçonnique rosicrucien existant. Wynn Westcott assure sans le démontrer qu'il existe un lien entre cette Société et la Rose-Croix d'Or du 18ème siècle. La S.R.I.A. est réservé aux Maîtres Maçons chrétiens et reprend la hiérarchie de la Rose-Croix d'Or d'Ancien Système. Un membre important de l'Ordre, William Wynn Westcott, participera à la création d'un autre Ordre maçonnique rosicrucien très influent, La Golden Dawn.

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The Hermetic Order of the Golden Dawn, ou l'Aube Dorée, est plutôt kabbalistique. - William

The Hermetic Order of the Golden Dawn, ou l'Aube Dorée, est plutôt kabbalistique.

- William Wynn Westcott aurait trouvé, dans un exemplaire des "Symboles Secrets

des Rosicruciens des XVIIe et XVIIIe siècles", cinq rituels manuscrits codés ayant appartenu à Baal Shem Tov puis à Eliphas Lévi. Sur ces bases et à la suite d'une rencontre avec le représentant de l'Ordre de la Rose-Croix en Allemagne, William Wynn Westcott et ses amis fondent à Londres, la Loge "Isis-Urania", puis la Loge "Athathoor", à Auteuil, puis à la fin des année 1880, "l'Hermetic Order Of The Golden Dawn". Les rituels empruntent beaucoup aux Kabbalistes chrétiens de la Renaissance ce qui éloigne l'Ordre du Rosicrucianisme mystique originel orienté vers une alchimie intérieure. La Golden Dawn devient une des plus importantes organisations maçonniques rosicruciennes anglaises et elle la restera.

maçonniques rosicruciennes anglaises et elle la restera. L'ordre des Templiers d'Orient est orienté vers la

L'ordre des Templiers d'Orient est orienté vers la magie.

- Cet Ordre rosicrucien émane aussi de la Franc-Maçonnerie. Il fut animé par

Theodor Reuss, membre de la Societas Rosicruciana in Germania. Après son initiation en 1893, il présentait l'Ordre comme une académie maçonnique cachant un Ordre rosicrucien secret descendant directement des Rose-Croix "originaux et authentiques", situé à Reuss, près de Leipzig. C'est vers 1902, que Theodor Reuss réussit véritablement à instaurer l'O.T.O. qui n'avait plus rien en commun ni avec le Rosicrucianisme ni avec la Franc-Maçonnerie. L'organisation devint rapidement suspecte et prit fin avec la mort de Theodor Reuss, en 1923. Plusieurs de ses disciples tentèrent néanmoins de poursuivre son œuvre.

disciples tentèrent néanmoins de poursuivre son œuvre. L'Ordre des Elus Cohen pratiquait la magie. - Il

L'Ordre des Elus Cohen pratiquait la magie.

- Il fut fondé par Jacques Martinez, (Jacques de Livron Joachim de la Tour de la

Casa Martinez de Pasquales), né vers 1727 à Grenoble. Son père avait reçu de Charles Stuart une patente transmissible à son fils qui devint le "Puissant Maître Joachim Don Martinez Pasqualis" avec le pouvoir d'ériger des temples à la gloire du Grand Architecte. A 28 ans, Martinez est Maître Maçon et travaille à la création d’un mouvement spirituel au sein de la Franc-Maçonnerie. Lorsqu’il érige ce mouvement en Ordre, il l'appelle "Ordre des Chevaliers Maçons Élus Cohen de l’Univers" et quand les Hauts Degrés sont introduits dans la Franc-Maçonnerie, il n'y admet que des Maîtres-Maçons de degré "Elu". En mai 1763, il envoie sa Patente Stuart à la Grande Loge de France et l'informe qu’il a créé un Temple, à Bordeaux, sous la Constitution de Charles Stuart, Roi d'Ecosse, d’Angleterre et

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d'Irlande, Grand Maître des Loges disséminées sur toute la surface de la Terre. Le nom de sa Loge devient "La Française Élus Écossais", officialisée en 1765 par La Grande Loge de France. En 1767, Martinez fonde le "Souverain Tribunal des Élus Cohen" et Lyon devient la capitale spirituelle de l’Ordre. En 1772, Martinez part à Saint Domingue, après avoir obtenu un "certificat de catholicisme". Comment un Franc-Maçon, Grand Maître de son propre Rite du Haut Degré, obtint-il ce certificat? L’Ordre comprenait trois classes principales suivies de degrés secrets dont les Réau-Croix, à ne pas confondre avec les Rose-Croix. Le Réau-Croix contacte les plans spirituels par la théurgie, attirant les puissances célestes dans sa propre aura et dans celle de la Terre. L'objectif magique est d’obtenir la Vision Béatifique du Rédempteur, Jésus Christ. Martinez est mort à Port-au-Prince en 1774. Ses successeurs mirent l'Ordre en sommeil. Il ne fut réactivé qu'en 1996.

l'Ordre en sommeil. Il ne fut réactivé qu'en 1996. Le Martinisme est magique et christique. Le

Le Martinisme est magique et christique.

Le Martinisme n'est pas le prolongement de l'Ordre des Elus Cohen. Après la mort de Martinez, deux disciples, Willermoz et Saint-Martin (qui entra dans l’Ordre des Philosophes Inconnus) diffusèrent son enseignement. La doctrine gnostico- mystique développée par Louis-Claude de Saint-Martin se rattache aux systèmes de Boehme et de Pasqually. Avant le temps, Dieu produisit par émanation des êtres spirituels dont une partie tomba dans le péché d’insubordination. Dieu créa alors un univers pour circonscrire ce mal en emprisonnant les déchus. Il émana l’Homme primordial, l'Adam Qadmon, au corps glorieux, vice-roi de l’univers, pour amener ces démons à résipiscence. Sous la Révolution, la "Terreur" mit Saint- Martin en danger. Il continua à réunir ses adeptes mais, pour cacher leur identité, ils portèrent des masques et des capes pendant les réunions. Saint-Martin mourut en 1803. C'est le Dr Encausse, Papus, qui créa en 1891 l'Ordre Martiniste une philosophie mystique illuministe d’inspiration chrétienne. L’homme primordial était en liaison avec son créateur. Par la faute d’Adam, il perdit ses privilèges mais il peut réintégrer le monde divin par la théurgie (exercices occultes, magiques et mystiques). L'Ordre se dote d'un Suprême Conseil, installé en 1891. Il comptait douze membres dont Papus, Chaboseau, de Guaita, Sédir (Yvon Leloup), Haven (E. Lalande), et V-E. Michelet. Papus devient Grand Maître et l'Ordre connaît une extension rapide. En 1898, il existait 113 loges dans le monde. On ne peut entrer dans l'Ordre sans y être invité. L’initiateur doit faire partie de la lignée ininterrompue depuis Saint-Martin, et l'initiation confère des pouvoirs qui permettent de pratiquer la magie. Les femmes y sont admises. Pendant la guerre de 1914, l'Ordre tombe en sommeil puis est réanimé en 1931. L'ajout "Traditionnel" montre que l'Ordre s'appuie sur les fondements véritables du Martinisme face aux groupes indépendants. L'ordre est encore menacé par la guerre de 1939. Ralph Maxwell Lewis, Imperator de l'AMORC est alors chargé par le Suprême Conseil

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d'installer l'Ordre Martiniste Traditionnel aux Etats-Unis. Après la guerre, L'AMORC se réorganise et décide que l'OMT exercera ses activités en son sein. L'Imperator de l'AMORC est aussi Souverain Grand Maître de l'OMT, pareillement pour les juridictions françaises. Les ordres Martinistes actuels, tels l’Ordre Martiniste dit "de Papus", l’Ordre Martiniste Traditionnel (OMT), filiale de l’AMORC, et l’Ordre Martiniste des Elus Cohen, sont très actifs.

et l’Ordre Martiniste des Elus Cohen, sont très actifs. La Rose-Croix AMORC est ésotérique, théiste mais

La Rose-Croix AMORC est ésotérique, théiste mais non christique.

L'AMORC, (Anticus Mysticusque Ordo Rosae Crucis), a été fondée en 1909 par Harvey Spencer Lewis (Sâr Alden), passionné d’égyptologie et d’occultisme, qui fixe son siège à San Jose (Californie) qui aurait reçu l’initiation rosicrucienne à Toulouse. Puis il aurait subi une initiation rituelle à Louxor et reçu des missions. Il détiendrait des manuscrits secrets (datant de 1694), transmis par les anciens rosicruciens américains, ce qui lui donnerait pouvoir pour exercer le mandat d’Imperator. L’AMORC est diffusée dans le monde, et à partir de 1921, elle est introduite progressivement en France. Après la mort de Harvey Spencer Lewis en 1939, son fils, Ralph M. Lewis, lui succède. L’AMORC française disparaît en 1941 et réapparaît après la guerre. Jeanne Guesdon en devient Grand Maître en 1949. A sa mort, en 1959, Ralph Lewis propose Raymond Bernard, Grand Secrétaire depuis 1956, après un intérim exercé par Albin Roimer, Grand Maître de Suède. Serge Wahart fut Grand Secrétaire de 1966 à 1969. Christian Bernard, fils de Raymond Bernard, est consacré Grand Maître pour la France et les pays francophones en 1977. Maurice Tregouët fut Grand Secrétaire de de 1977 à 1981. La Rose-Croix AMORC est un système complexe. Le fondement de la doctrine s'appuie sur le spiritisme, la philosophie grecque, la religion égyptienne, et la théosophie hindouiste. Dieu est impersonnel. Il est le Cosmique, le dieu dans le coeur. La matière est éternelle, esprit et énergie. Le Noûs, la pensée, est la force créatrice universelle. Par l'évolution et la réincarnation, tout évolue vers le divin. L'AMORC est toujours le siège d'une importante activité.

est toujours le siège d'une importante activité. La Rose-Croix ésotérique et christique. L’Ordre

La Rose-Croix ésotérique et christique.

L’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix est un mouvement ésotérique chrétien.

- Il est fondé en 1887, à Paris, par le Marquis Stanislas de Guaita qui prône un spiritualisme exaltant la tradition chrétienne conduisant à l'avènement du royaume de Dieu. L'Ordre réunit un groupe d’hommes actifs très connus, dont Péladan, cofondateur, et Papus qui déclare que le courant rosicrucien synthétise trois

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traditions, le Gnosticisme, (Cathares, Vaudois, et Templiers dont dérivent les Maçons), les moines catholiques, et enfin les divers initiés (Hermétistes, Alchimistes, Kabbalistes). On trouve parmi les membres Debussy et Erik Satie qui écrivit une Sonnerie des Rose-Croix pour accompagner le rituel. Guaita est aussi écrivain et poète (Les Oiseaux de passage, 1881, La Muse noire, 1883, Rosa mystica, 1885). (la Rosa Mystica de Gaita est disponible à la Bibliothèque Universitaire de la faculté de Lettres de Nancy 2, en édition originale). En 1890, Refusant la magie, Péladan crée le Tiers Ordre de la Rose-Croix, une section catholique et mondaine qui rassemble cent soixante-dix artistes célèbres. Il organise des salons qui rassemblent jusqu’à vingt-deux mille visiteurs. Stanislas de Guaita mourut à 36 ans, en 1897.

visiteurs. Stanislas de Guaita mourut à 36 ans, en 1897. La Société Théosophique est un mouvement

La Société Théosophique est un mouvement ésotérique à tendance bouddhique.

- La Société a été fondée aux États-Unis en 1875 par Helena Petrona von

Rottenstern Hahn secondée par le colonel britannique H.S. Olcott (Franc-Maçon). De nombreux clubs théosophiques existaient déjà. La fondatrice de la Société était un médium spirite célèbre, connue sous le nom de Mme Blavatsky. L'un de ses livres, "La Doctrine secrète", (1888), rassemble son enseignement. Il y a un principe éternel : l'Etre. La matière est éternelle. L'âme humaine est fondamentalement identique avec la "sur-âme universelle". La réincarnation et l'homme sont inséparables car la réincarnation de l'âme fait partie intégrante de la constitution humaine. Les Théosophes voulaient étudier les phénomènes mystiques et occultes à partir de l'hindouisme et du bouddhisme tibétain. Leurs activités ont fait connaître les religions orientales. La Société a popularisé la doctrine de la réincarnation dans les cercles initiatiques, théosophiques ou rosicruciens. La 2ème présidente, Annie Besant, féministe convaincue, a joué un rôle politique éminent et contribué à l'émancipation de l'Inde. Elle a fait connaître Krisnamurti (Alcyone). Son compagnon, C.W.Leadbeater a expliqué en France les livres de Mme Blavatsky, souvent difficiles d'accès. La Société Théosophique a essaimé dans toutes les directions. Elle est toujours en activité.

dans toutes les directions. Elle est toujours en activité. L'Association rosicrucienne Max Heindel est christique

L'Association rosicrucienne Max Heindel est christique et ésotérique.

- Il s’agit d’une théosophie cosmogonique dérivée de la théosophie de Mme

Helena Petrovna Blavatsky. Max Heindel était en quête d’une philosophie chrétienne. Il devint membre de la Loge Théosophique de Los Angeles dont il fut rapidement élu vice-président. Il se rendit en Allemagne en 1907 pour assister aux conférences du Dr Steiner, et y reçu sa propre révélation. Il écrivit alors" la

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Cosmogonie des Rose-Croix", qui est le manuel de base de l’Association. La doctrine est une promesse de salut universel. Elle présente l’homme, esprit vierge, descendu dans la matière, à l’origine. Il devient ensuite végétal, animal, puis humain. Le but final de l'évolution est de devenir divin et créateur, en traversant une longue série de réincarnations. Les êtres évolués viennent en aide aux suivants jusqu'à ce que tous les esprits, sans exception, soient sauvés. L'association rosicrucienne Max Heindel, (The Rosicrucian Fellowship), est établie dans de nombreux pays (Paris, Perpignan, Ardèche, Belgique, Suisse, Canada, etc). Elle est toujours en activité.

Suisse, Canada, etc). Elle est toujours en activité. L’Anthroposophie est un mouvement christique ésotérique.

L’Anthroposophie est un mouvement christique ésotérique.

- Le mouvement autonome fut fondée par Rudolf Steiner en 1913. Ce penseur autrichien est né en 1861. Steiner était théosophe. Ce docteur en philosophie diplômé en sciences est marqué par l’oeuvre de Goethe. (Il fonde d’ailleurs ultérieurement le Goethorium prés de Bâle). Steiner veut ouvrir un chemin de connaissance vers la spiritualité universelle, la Gnose. Inspiré par Goethe et par l’hermétisme des Rose-Croix, il fonde avec Marie de Rivers, un journal Lucifer et Gnosis. La Société Théosophique de Berlin le présente à Annie Besant qui le remarque et le nomme secrétaire général de la section allemande en 1905. Steiner affirme que l’Homme s'est détaché d’un grand être cosmique originel dont il demeure pourtant un "microcosme", une particule portant en elle l’univers dans sa totalité. Il accepte de rénover le Christianisme sous l’éclairage du Bouddhisme, mais refuse de suivre Annie Besant dans ses critiques de Jésus, ses convictions spirites, et ses recherches des réincarnations hindoues du Christ et de Bouddha telle Alcyone, (Krisnamurti). Cela l'amène à se séparer des Théosophes. Il fonde alors sa propre doctrine, l’Anthroposophie. L’Homme ordinaire a perdu la connaissance de son rôle originel. Cette philosophie doit l’aider à reprendre sa véritable place dans le Cosmos. L’Anthroposophie voit dans le Christ le centre véritable de l’histoire terrestre. Steiner professe l’existence d’un univers invisible, de mondes suprasensibles, d'une forme de réincarnation, et de rythmes cosmiques auxquels l’Homme est relié. Steiner ne parle pas de l’immortalité de l’âme individuelle mais de celle de l’Esprit qu’il appelle "force transcendante active". Il essaye de concilier la théosophie, le rosicrucianisme et le catholicisme à travers une école théosophico-rosicrucienne dont le moyen est l’initiation. Steiner a exercé une profonde influence par le rayonnement de sa personnalité et l’enseignement de sa pensée, et fait de nombreux adeptes. Sa doctrine a des prolongements avec la fondation de plusieurs écoles. Il a d’ailleurs publié une centaine d’ouvrages et a prononcé plus de six mille conférences écrites. Le mouvement anthroposophique et les écoles Steiner sont toujours en activité.

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La Fraternité du Saint Graal et des Cathares est un simple cercle d'études. - Antonin

La Fraternité du Saint Graal et des Cathares est un simple cercle d'études.

- Antonin Gadal naît en 1887 à Tarascon-sur-Ariège dans les Pyrénées. Le Sabarthez est une contrée montagneuse où vécurent des Cathares. Il y rencontre l'historien Adolphe Garrigou qui présente ses "Etudes historiques sur le pays de Foix et le Couserans" basées sur les récits de l'historien et pasteur protestant, Napoléon Peyrat, lequel publiait alors son "Histoire des Albigeois. A.Gadal forme autour de Tarascon et d'Ussat un cercle d'amis disposés à l'aider dans ses recherches historiques et ésotériques sur le Catharisme. On y trouve Isabelle Sandy, écrivain local, la comtesse Pujol-Murat, P. Ladame, écrivain suisse, Christian Bernadac, auteur, Fauré-Lacaussade, historiographe, et les abbés Vidal et Glory qui l'aident à accéder aux registres de l'Inquisition. Il veut reconstituer l'histoire du sacerdoce cathare. Sa recherche est une quête initiatique. Il cherche la vérité des Cathares et dégage les liens profonds qui les relient à l'antique source gnostique du Christianisme. Des occultistes s'intéressent à sa démarche mais Gadal choisit l'autre chemin de la patience, du dépouillement, de l'abnégation et de l'humilité. Il a découvert les Mystères cathares, la Spiritualité des Bonhommes et le sens de la quête du Graal. Il espère pouvoir transmettre son savoir et finit par rencontrer Jan Leene et Mme H. Stok-Huyser qui ont fondé aux Pays-Bas une école de pensée, la fraternité gnostique de la "Rose-Croix d'Or". Cette rencontre scelle l'alliance de la Fraternité du Saint Graal, des Cathares et de la Rose-Croix. Pour la rappeler, le monument "Galaad" (la pierre du témoignage), est érigé à Ussat-les-bains, dans la vallée de l'Ariège, et sur l'une des faces, une inscription est gravée : Graal, Cathares et Croix aux Roses - La Triple Alliance de la Lumière. Témoignage symbolique de la Triple Alliance de la Lumière, ce monument est la preuve visible, non seulement de l'existence de l'antique fraternité gnostique des Cathares, mais aussi de celle d'une nouvelle fraternité gnostique, toujours vivante et active aujourd'hui.

gnostique, toujours vivante et active aujourd'hui. Le Lectorium Rosicrucianum de Haarlem est un mouvement

Le Lectorium Rosicrucianum de Haarlem est un mouvement christique et gnostique.

- Il est aussi appelé "Ecole spirituelle de la Rose-Croix d’Or" Il a été fondé en 1924

à Haarlem (Hollande) par deux frères Z.W. Leene et J. Leene, (Jan van

Rijckenborgh). Ils étaient membres de l’Association Rosicrucienne Max Heindel et

y occupèrent des postes à responsabilité. Ils dirigèrent l’Ordre en Hollande. Suite à

un "pèlerinage spirituel", ils décidèrent de se séparer de l’Association Max Heindel et créèrent en 1924 la Rose-Croix d’Or ou Lectorium Rosicrucianum, à Haarlem,

aux Pays-bas, où ils rencontrèrent en 1930 Mme H. Stok-Huizer, (Catharose de

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Petri). Dans le "jardin des roses", à Albi, ils entrèrent en contact avec A.Gadal en 1956. Cette rencontre aboutit à la triple alliance de la Fraternité du Saint Graal, des Cathares et de la Rose-Croix. Gadal se joignit à cette école spirituelle et en présida plus tard la section française en devenant le premier président du Lectorium Rosicrucianum France. "La Gnose, disait Gadal, est la connaissance de tout ce qui touche à Dieu, à Jésus-Christ, au retour à la vie divine. C'est la synthèse chrétienne de toutes les philosophies de la délivrance éparses dans le monde avant la venue du Christ. Comme toutes les traditions spirituelles, la Gnose considère le monde comme une illusion, une pseudo création instable, imparfaite. La seule réalité est Dieu.". L’enseignement du Lectorium Rosicrucianum est assez complexe. Le thème principal en est la Gnose, une connaissance basée sur l’illumination de la transfiguration. Il intègre aussi des valeurs venues de l'essénisme, du catharisme, du manichéisme, des cultes à mystères de l'Egypte antique, et même de l'hindouisme.

* L’homme originel est un microcosme. L'homme naturel est séparé du monde

divin originel. Il erre sur terre à la recherche de la perfection. Il possède toutes les

possibilités spirituelles permettant la réintégration de l'homme originel au monde divin, et il se souvient de son état de perfection perdue.

* L’univers cosmique est divisé en deux ordres de Nature. La Nature dialectique

est notre monde actuel, il est caractérisé par l'opposition des contraires, bien et mal,

plaisir et souffrance, vie et mort, amour et haine, etc. L'autre Nature est le Royaume originel, qui n’est pas de ce monde et qui est la patrie de l’homme véritable.

* Durant sa vie terrestre, l'Homme doit réaliser un processus de renaissance et de

transfiguration dont le point de départ est l’éveil de l’atome-étincelle d’esprit à partir du souvenir de l'état perdu. Le processus engagé produit un revirement fondamental et conduit à la transfiguration, la résurrection de l’Esprit universel en l'homme et le retour du microcosme dans le Royaume originel divin.

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XVII

Une filiation du rite Maçonnique de Venise

Ordre Oriental Ancien et Primitif de Memphis et Mizraïm Rite primitif de Memphis et Mizraïm Rite de Venise

SOUVERAIN SANCTUAIRE DES GAULES ET D’ARMORIQUE Filiation Jean Prévost GRAND HIEROPHANTE NATIONAL JEAN BERNADAC - 33ème 66ème 90ème

Historique

96ème

Tous les documents utilisés pour ce travail sont tirés de nos archives originales, transmises jusqu’à nous, signées et timbrées des sceaux de l’Ordre, à travers le temps, notamment par les Grands Maîtres du SUPERUM Italien de Venise.

Nous avons utilisé les documents suivants :

• Document référencé « AV 001 » : sur papier à entête de « ORDINE ORIENTALE

ANTICO E PRIMITIVO DI MIZRAIM E MEMPHIS », « Gran Temio Mistico dei Sovrani Principi di Memphis », établi le 3 avril 1966, à l’Orient du Udine et adressé au Frère COMBORORIX. Ce document comprend 4 page. ;

• Document référencé « SP 001 » sur papier à entête de « ORDINE ORIENTALE ANTICO

E PRIMITIVO DI MIZRAIM E MEMPHIS », établi le 24 janvier 1966 et enregistré le 15 février 1966, au Zénith de Venise et adressé au Frère Jean PREVOST (Combororix). Ce document de 19 pages constitue la Charte qui donne à Jean PREVOST la possibilité de diriger le Memphis-Misraïm en France ;

• Document référencé « JP 001 » : sur papier à en tête de l’ORDRE ORIENTAL ANCIEN ET PRIMITIF DE MEMPHIS ET MISRAIM, Grande Loge Symbolique des Gaules ; « déclaration de transfert de siège » ;

• Document référencé « JP 002 » : Lettre de Jean PREVOST à Giancarlo SERI, en date du 28 juin 1995 ;

• Document référencé « SSG 002 » : Bulletin de liaison des ateliers fédérés à la Grande Loge Symbolique des Gaules de Memphis et Misraïm, n° 3, mai 1998 ;

• Document référencé « AN 003 » : Notice Historique "établie à Paris le 10 décembre 1992 ; document de trois pages ;

• Document référencé « AV 004 » : lettre de Alfredo VITALI destinée à Jean PREVOST, reçue 17 février 1987 ;

• Document référencé « JP 005 » : lettre de Jean PREVOST destinée à Sebastiano Caracciolo en date du 06 mars 1993 ;

Le Grand Sublime Souverain Sanctuaire dit « SUPERUM » de l’Ordre Oriental Ancien et Primitif de Memphis et Mizraïm, est l’origine et comme l’écrit le « Superum » lui-même, la « mère » des Familles Initiatiques du monde entier, car la reconstitution d’Abraham « le Juif » à Venise, ne fut rien d’autre qu’une transcription moderne de l’ancienne rituélie adaptée à la Franc-Maçonnerie Opérative d’Occident, fille des « Magistri Fabrorum » de Rome, nièce des Maçons d’Hiram à Jérusalem, qui étaient les disciples de

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ceux qui avaient préconisé la « Pierre angulaire » dans l’édification de la Pyramide, le Temple « Perfect ».

Le SUPERUM est donc la « Mère », la matrice, dans le temps et dans l’espace de toute filiation qui relève de cette tradition originellement des