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Sylvain RICHARD Mini-mémoire sur Husserl et la phénoménologie transcendantale - Collection Philosophie -

Sylvain RICHARD

Mini-mémoire sur Husserl et la phénoménologie transcendantale

Sylvain RICHARD Mini-mémoire sur Husserl et la phénoménologie transcendantale - Collection Philosophie -

- Collection Philosophie -

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Table des matières

Mini-mémoire sur Husserl et la phénoménologie transcendantale 1 Introduction 2

I - Transcendance du monde

3

II - Immanence de l'ego

8

III - Temps, espace et intersubjectivité

13

Conclusion 17

18

Bibliographie

Mini-mémoire sur Husserl et la phénoménologie transcendantale

Auteur : Sylvain RICHARD Catégorie : Philosophie

Licence : Licence Creative Commons (by)

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Introduction

La phénoménologie de Husserl, dès 1900 avec les Prolégomènes à la logique pure, marque une rupture avec les sciences des époques précédentes, notamment le psychologisme, et veut poser une nouvelle façon de voir le monde. A partir de ses premières études sur le monde, le philosophe allemand remet en question le rapport de l'homme au monde. Il poursuit en ce sens la démarche engagée jadis par Descartes mais la pousse plus loin en dégageant l'ego de l'âme. En quoi, la phénoménologie transcendantale de Husserl refonde –t-elle les concepts de monde et d'ego et quels sont les rapports que l'un entretien à l'autre ? Dans un premier temps, on verra qu'approcher le monde signifie pour Husserl se détacher de ses préjugés naturels pour l'appréhendé d'un façon nouvelle. Puis, on abordera le caractère indubitable de l'ego et on montrera que le monde se constitue avant tout dans l'ego. Enfin, à travers les questions du temps, de l'espace et de l'intersubjectivité, on posera quelques concepts annexes liés à la phénoménologie tels la rétention, la chair ou la conscience objective.

I - Transcendance du monde

1/ Se détacher de l'attitude naturelle

Husserl oppose la nouvelle phénoménologie à une ancienne attitude qui consiste à se représenter le monde selon ses habitudes, selon ses préjugés. Cette attitude se nomme attitude naturelle et repose sur des jugements eux-même fondés sur nos attitudes sédimentés. Or, Husserl l'affirme, le sens du monde ne va pas de soi. Il faut en effet le construire. Pour cela, le point de départ est le mode de donation des objets du monde. Ces objets correspondent à des modes subjectifs de données (tels qu'ils se donnent à la conscience). Le philosophe développe cette idée dans ses Recherches logiques. Il faut accéder au monde, à la connaissance et à la vérité hors de tout psychologisme ou empirisme. En effet, le psychologisme pose le sujet comme étant une chose du monde et par là même il manque le monde. Il faut donc bien sortir de l'attitude naturelle, s'arracher au monde pour mieux y revenir. En d'autres termes, ceci consiste à se libérer de toute représentation préalable lesquelles constituent nos habitus, ce qui revient à ne pas déterminer le monde par avance Les objets du monde se donnent suivant différents modes de données à la conscience. Celle-ci est toujours conscience de quelque chose, qui se donne suivant une visée intentionnelle. Les choses se donnent en chair et en os. Les principaux modes de données sont la présentation et la présentification. Dans la perception, ce n'est pas une image qui se donne, mais la présence de la chose elle-même. Dès lors, il y a –t'il opposition entre un vécu psychique et un état extérieur ? Husserl pointe une difficulté posée par le réalisme qui conduit à un relativisme subjectif. Une intériorité sort d'elle-même pour atteindre le monde. Peut-on encore considérer le monde comme origine, comme indubitable (apodictique) ?

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Est-ce le monde qui fonde l'ego ou l'ego qui devient la région originaire du monde ? Husserl pousse plus loin la pensée de Descartes, dans ses Méditations cartésiennes. Il évacue la question de l'âme. En effet, à ce stade la subjectivité devient incompréhensible. La raison a perdu ses objectifs de vue et avec Nietzsche, le nihilisme abat tous les anciens concepts. Dans ce cadre, au début du XIXème siècle, la philosophie cherche un nouvel élan. La phénoménologie entend se poser comme fondement de toute connaissance Pour cela, il faut répondre à la question fondamentale : « qu'est-ce qu'un objet ? ». On part du principe que rien n'est préalablement donné. Il faut se détacher de ses préjugés pour que la conscience puisse viser l'objet en chair et en os, sans reste. Pourtant l'objet se donne par esquisses. Ainsi, on ne voit jamais toutes la faces du cube en même temps. C'est précisément la temporalité qui résout ce problème. Cette visée va être complétée –remplie – par une intuition. C'est cette intuition, détaché de tout préjugés, qui donne son sens au monde à travers l'objet. Le monde est à la fois un monde de choses, de valeurs, de biens et un monde pratique qu'il convient de débarrasser de la familiarité et des habitudes sédimentées car il ne va pas de soi mais c'est l'intuition qui remplit une perception qui lui donne son sens. En effet, si on conserve l'attitude naturelle alors le monde va de soi et le cogito ne se retourne pas sur lui-même ; reste prisonnier de la socialité. Il n'y a pas de retour réflexif sur le sujet connaissant. L'idée fondamentale de la phénoménologie est l'Intentionnalité de la conscience et cette phénoménologie veut adopter une démarche opposée à celles du naturalisme, des sciences empiriques, des sciences aprioriques, de la psychologie (reposant sur l'attitude naturelle et dans des impasses. Husserl parle à propos des objets dans la conscience d'idéalité pourtant il ne faudrait pas assimiler la phénoménologie au subjectivisme sceptique en fonction de cette référence à l'idéalité Pourquoi s'affranchir de l'attitude naturelle ? Principalement parce que cette attitude naturelle impose une vision du monde. L'alternative réside dans l'épochè ou la mise entre parenthèse.

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2/ La pratique de l'épochè

Ce que Husserl nomme épochè consiste en la mise de côté, la mise entre parenthèses des jugements préconçus liés aux habitus afin d'aborder les objets et le monde avec un regard neuf. Ceci revient aussi à n'admettre aucune connaissance préalable. On peut dès lors établir une comparaison avec le doute cartésien. Descartes pose les fondements de la science. Il concède une fonction apodictique à la science universelle. Or pour Husserl, le recours à la raison et au doute raisonnable s'est effrité depuis Descartes et à perdu de son sons. Ce que propose Husserl c'est de poser la philosophie comme la science universelle en se basant pour cela sur le recours à l'attitude phénoménologique et non à l'attitude naturelle à propos de laquelle il procède à une remise en cause. Avec la réduction phénoménologique – l'épochè - le donné devient indubitable. Ce qui conduit à une méditation sur soi-même libérée de toute influence extérieure. L'universel doit être visé de façon consciente. Husserl développe le concept d'idéalités objectives. En effet, dans ce contexte, la donnée absolue relève de l'immanence tandis que la donnée non absolue demeure l'objet transcendant. La conséquence de l'épochè est donc l'immanence comme sol de toute vérité. En d'autres termes, le monde ne va pas de soi, c'est la conscience qui lui donne un sens en se fondant sur la donnée en chair et en os, sans reste. Dans La Crise des sciences européennes, texte de 1936, Husserl déplore la crise du monde actuel, tant politique (montée des fascismes), civilisationnelle que du point de vue des sciences. Pour lui, on assiste à une véritable crise des sciences et de la philosophie. C'est la déroute de la Raison. La phénoménologie doit fournir le point de départ d'une nouvelle science qui accède à la vérité. En mettant à l'écart les idées préconçues, on pourrait craindre une perte de sens ou de certains aspects de la réalité, de certains points de vue. Or ce n'est nullement le cas : l'épochè ne fait pas disparaître le monde mais le révèle dans son être relatif à la subjectivité. Pour en revenir à cette crise des sciences, le recours à la mise à l'écart des prérequis signifie par exemple que la biologie ne peut plus ce fonder sur la chimie, ni la chimie sur la physique, puisque l'on abandonne tout savoir

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préalable pour repartir sur un terrain neuf. Ainsi, selon l'épochè, aucune science ne peut servir de modèle à une autre. Ce qui conduit à une autonomie radicale des sciences les unes par rapports aux autres. Celles-ci doivent donc bâtir leurs méthodes propres. C'est ce à quoi conduit la réduction phénoménologique. Pour le dire autrement, l'épochè ne saurait faire disparaître l'attitude naturelle qui demeure nécessairement mais la met « entre parenthèses ». Il s'agit bel et bien de « s'arracher au monde » (sans le nier) pour le connaître. En effet, l'attitude naturelle enchaîne au monde.

3/ L'évidence

La phénoménologie doit être le moyen de fonder une nouvelle philosophie et d'accéder à la connaissance et à la vérité. Pour cela, le rapport au monde est reconsidéré et l'on repense la transcendance des objets du monde et l'immanence qui se donne dans l'ego. Le critère principal pour accéder à la connaissance absolue est celui de l'évidence. L'évidence se définit comme la concordance entre l'objet visé (par la conscience) et l'objet donné (dans le monde) et est indépendante d'une subjectivité particulière. Pour le dire comme Husserl, il y a évidence lorsque «le regard de notre esprit atteint la chose elle-même. » et qu'il ne reste aucun doute sur ce que nous comprenons. C'est donc bien un mode de donné des choses, quand la chose se donne en totalité. L'intuition, par ailleurs, se définit comme « tout acte remplissant un général. » et qui transforme une intention symbolique vide (c'est-à-dire donnée ou non donnée) en connaissance effective. Il y a donc au départ une intention vers un objet, une visée de la conscience puis une intuition qui fournit un contenu, l'addition des deux va conduire à la connaissance. Il existe des modes de données qui reposent sur la perception sensible. L'objet se donne alors par esquisses et d'un seul coup. Mais il existe aussi un mode extra-spatial de donnés, le mode des idées (comme les vécus qui ne se donnent pas par esquisses). L'Être connaît donc des donnés du vécu et des donnés de choses, soit deux modes d'intuition. La phénoménologie repose d'une part sur l'absence de présuppositions et

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où d'autre part, l'intuition (intuition sensible, intuition des essence ou des formes catégorielles) à laquelle rien échappe. C'est avant tout le respect du phénomène. Husserl pose ces principes dès L'idée de la phénoménologie, en 1907. Dans les Recherches logiques, il pose qu'il y a évidence lorsqu'il y a un remplissement parfait et que par ailleurs il n'y a de recherche de la vérité que sous l'horizon d'une évidence parfaite : ne recourir qu'à l'évidence. C'est sous ces auspices qui la phénoménologie doit devenir une doctrine des principes et des normes de toute science. C'est de l'ego et non du monde que doit surgir la règle de vérité

L'ego n'est plus considéré comme parmi les choses du monde (ego

transcendentalement compris) mais comme origine du sens du monde et porteur de sens.

Il y a clarté lorsque la donation s'effectue sans reste. C'est pourquoi la

science doit s'en tenir à l'intention donatrice originaire. Husserl pose par ailleurs que l'existence effective du monde n'est pas

apodictique (si on prend l'existence du rêve). Par contre, l'apparition de l'être, elle, est apodictique. En effet, l'expérience peut n'être qu'un rêve cohérent et le monde réel devient alors un simple possible. C'est ainsi que l'identité du monde, qui pour l'attitude naturelle va de soi, peut disparaître (Idées I). Par ailleurs, il peut survenir que l'homme ne puisse plus donner sens au monde par fatigue spirituelle et dès lors, abandonne sa responsabilité.

A ce stade, le monde relatif à l'intentionnalité est un monde qui peut

mourir et non cet être absolu de l'attitude naturelle. Husserl met à jour l'être relatif d'un phénomène objet d'une validation (par l'intuition). Le monde est relatif à l'être absolu de la conscience car la conscience est toujours conscience de quelque chose. Ainsi, il n'y a pas d'opposition entre monde intérieur de la représentation et monde extérieur des choses. La conscience intentionnelle devient la région

origine de toutes les autres régions et il n'y a pas d'extérieur à la conscience pure La conscience, à travers l'intuition, fournit l'acte par lequel le monde

se constitue.

II - Immanence de l'ego

1/ L'ego comme vérité apodictique

Si le monde ne va pas de soi, en revanche, la conscience pure est la région originaire à partir de laquelle toutes les autres régions sont pensables. C'est donc la conscience qui va donner son sens au monde. La réduction reconduit à l'immanence, au champ de l'expérience. Par ailleurs, on définit l'immanence comme l'intériorité de l'être et la transcendance comme ce qui lui est extérieur. La réduction phénoménologique ne fait rien perdre du champ d'expérience. Si elle met de côté les préjugés, elle n'annule pas la réalité du monde. Il s'agit avant tout de limiter l'attitude naturelle. Le monde n'est pas une vérité apodictique mais l'ego en est une. En 1907, Husserl pose que l'objet intentionnel (des actes de visées de conscience intentionnel) est intégré dans l'immanence (transcendance dans une immanence) La chose est donnée en personne – en chair et en os - et par esquisses (voir l'exemple des faces du cube qui se donnent dans la temporalité). Par la réduction, la chose est présente elle-même comme unité noématique (dans la conscience), ponctuelle et l'objet est constitué dans son « progrès synthétique et continu de la conscience ». Dès lors, il faut distinguer apparition et apparaissant ou, pour le dire autrement, le contenu effectif du vécu et l'objet intentionnel. Il y a par ailleurs deux modes de donation intuitive. Le projet de la phénoménologie est: rendre accessible les normes ultimes et absolues de la connaissance La réalité de l'objet reconduit à son être durable, c'est-à-dire à la possibilité a priori de pouvoir réactiver une évidence et donc de pouvoir viser le même objet. C'est-à-dire lorsque, par exemple, je prend en considération une table, de la relier à toutes mes expériences de tables. Cela a pour effet

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de libérer de la seule conscience actuelle. C'est ici que se posent les liens intuitifs du souvenir. Un objet peut être donné en chair et en os par mes sens ou par l'utilisation de ma mémoire en son absence. La conséquence en est que la réalité du monde est le corrélat d'une vérification infinie. Toute donnée du monde renvoie nécessairement à une infinité d'autres données qui seront concordantes (toutes les expériences de tables) et il y a une infinité d'expériences possibles (un horizon infini d'expérience). Le monde est en même temps le sens que je lui donne et cette réalité qui ne cesse de se confirmer dans l'expérience. De plus, on ne perçoit qu'une infime partie de l'horizon du monde et la quête de la connaissance est donc aussi infinie. L'intuition catégoriale est un type d'intuition qui se donne comme savoir de l'universel. C'est un acte de connaissance qui donne un objet idéal. Il y a des remplissements qui ne sont pas sensibles.(sixième des Recherches logiques) mais qui passent davantage par l'imagination. La catégorie est donnée avec l'objet lui-même mais pas sur le mode de la perception. Il y a d'abord apparition d'un objet sensible puis il faut l'expliciter : saisir la structure propre de l'objet. Cependant, l'intuition d'une vérité logique ou mathématique n'est pas totalement séparable de l'intuition sensible. L'accès à la vérité ne passe par que par le sensible mais aussi par le biais de la « force de l'imagination ». L'essence peut-elle être libre de tout lien avec la facticité ? Autrement dit, doit-on être en présence de l'objet pour établir son essence ? Non, si l'on recourt à l'imagination. La phénoménologie prend en considération l'image comme image et cette image n'est plus un simple mode dérivé (affaibli) mais un mode propre de la conscience du monde. Avec l'image : l'objet n'apparaît pas en chair et en os mais « comme si » (Le souvenir, lui, garde un lien avec une donnée originaire.). Donc, oui, l'essence peut être libre de tout lien avec la facticité. L'objet relève alors de catégories générales établies par l'imagination et possède son temps imaginaire propre. Ce qui se donne ce sont les possibilités pures dans la recherche de la vérité : l'essence conduit à la donnée absolue : le voir catégoriel. A partir de la donnée sensible, par le recours à l'imagination, on va accédé à la donnée catégoriale. Husserl illustre ces propos dans Idées I en prenant l'exemple de la

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géométrie. Par ailleurs, la variation imaginative permet de mieux cerner les essences. En effet, la résistance de l'essence à la variation mène à dégager une essence générale. Il y a une séparation entre intuition des essences et expérience de l'individuel. Mathématiques et géométrie relèvent du monde des possibilités pures. Dans La Crise des sciences européennes, Husserl estime que les progrès techniques reposent sur la recherche d'une forme pure : on vise à atteindre les idéalités inatteignables. Par exemple, le potier cherche à atteindre la rondeur parfaite sans jamais l'atteindre. Mais il entrevoit cette forme pure par son imagination. L'idéalité géométrique est délivrée de tout lien à la sensibilité. D'une part, la répétabilité à l'infini est une forme fondamentale de l'idéalité. D'autre part, les langues sont des idéalités liées (à la Terre, à une région etc). Une objectivité idéale est traductible sinon son accessibilité totale est remise en cause. Donc dans le progrès technique, il y a une idéalisation du monde indissociable de l'idéalisation de l'homme, polarisé par –et vers -une idée infinie : ces formes limites conduisent à des formes finales.

2/ Le spectateur désintéressé

Mais dès lors que le monde se constitue dans l'ego (qui est la région originaire de toutes les autres), peut-on penser un ego sans monde. La réduction est de fait une remise en cause du moi empirique comme partie du monde (âme et corps). C'est sur l'aspect de la considération de l'âme qu'Husserl diffère de Descartes et du cogito cartésien. Pour avoir une pleine conscience de soi, il faut mettre entre parenthèse le moi mondain, pratiquer l'épochè vis-à-vis de celui-ci., bref, une fois encore, s'arracher à son attachement au monde. Ce détachement va donc jusqu'à la mise à distance vis-à-vis de soi également car tout ce qui m'apparaît comme mien appartient au monde. Ceci a pour effet de conduire à un retour réflexif de la conscience sur elle-même pour prendre conscience de sa propre essence. Dans l'attitude naturelle qui prévalait jusque là, et qu'Husserl ne cesse de

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dénoncer, il y avait présupposition de cet « en-soi » Or on ne saurait expliquer le monde à partir d'une chose du monde – cet « en-soi » fut-elle une chose qui pense. Le moi humain n'est pas une donnée absolue, ni sans reste et par conséquence pas une évidence apodictique. Ici, c'est la psychologie mise en question ! Husserl aspire à un vécu purifié (après la réduction). C'est l'esprit – ce vécu purifié - qui donne son sens au monde. La conscience est à la fois pure et mondaine La réduction permet d'avoir accès à la conscience pure en rejetant – mise entre parenthèse - la mondaine. La conscience mondaine n'est pas apodictique mais l'ego, la conscience pure, est apodictique. Le monde ne saurait se constituer dans la conscience mondaine – qui fait partie du monde et n'a pas le détachement nécessaire – mais la conscience pure lui donne son sens. La démarche de la phénoménologie consiste à sortir de soi-même, du moi mondain, pour accéder au moi pur et par là au monde ou encore à s'arracher à ses dépendances à l'égard du monde et à la socialité. En effet, si l'on en reste à la familiarité, on n'a qu'une compréhension impropre de soi-même. Ce moi empirique est une abstraction à partir de la nature et non la conscience transcendentalement pure. La conscience pure est à la fois conscience d'elle-même et conscience de la conscience mondaine. C'est une étape supérieure dans la connaissance de soi et on n'accède à la conscience pure qu'en s'arrachant aux préoccupations quotidiennes à l'occasion d'une épreuve particulière qui provoque un retour sur soi : voir le monde librement de tout intérêt pratique ! Enfin, le sujet accède à une compréhension nouvelle de lui-même. Cependant, il est encore plus difficile de réduire la personne mondaine que le monde objectif : il faut être hors de soi pour accéder à une toute autre expérience de soi. On peut ajouter que ce vécu purifié par la réduction s'oppose à un vécu psychologique et que l'épochè sépare un vécu naïf d'un vécu réfléchi. C'est un acte libre d'une non-implication dans le travail de constitution du monde. On donne un sens au monde mais sans s'impliquer comme élément – « en-soi » -de celui-ci. Dès lors, on parle de « spectateur désintéressé :ce qui ne signifie pas que je ne m'intéresse pas au monde puisque je lui donne un sens mais que je ne m'implique pas dans la mondanité et les aspects pratiques dont je peux retirer un intérêt. Il faut

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noter qu'ayant pratiqué cette réduction, accédant à cette prise de conscience, tout retour complet à la naïveté antérieure est impossible.

3/ Le sujet constituant le monde

Husserl pose l'ego cogito comme un fait apodictique (dans les Méditations cartésiennes). Cet ego cogito est le sol du jugement et de toute philosophie radicale et par conséquence, comme Husserl souhaite fonder la philosophie comme science absolu, il devient le sol de toute connaissance Husserl se démarque de Descartes en ce qu'il postule une conscience sans âme et un ego sans monde. Toutefois, si monde il y a, ce monde se constitue dans l'ego. La conscience porte en elle le sens monde. C'est une nouvelle définition de l'ego : il n'est pas substance : il est un centre de fonction, la région originaire de toutes les autres. Néanmoins une question se pose. Devant l'infinité de l'horizon du monde, dont la conscience ne vise qu'une petite partie, comment l'ego parvient-il à synthétiser toutes les données qui lui parviennent ? Comment se pose l'unité du flux de conscience ? De fait, il n'y a pas de rupture. La conscience assemble différents points de vue (les différentes faces d'un cube par exemple) dans la temporalité. De plus, il y a un phénomène de réactivation qui fait appel à la mémoire (cette table par rapport à mes expériences de tables précédentes).par une réactivation d'une donation de sens sédimentée. La mémoire est aussi un phénomène temporel. La réduction met de côté les préjugés mais pas nécessairement mes expériences précédentes quand celles-ci sont des données qui ont déjà fait elle-même l'objet d'une réduction: il n'y a pas dans la réduction rupture totale avec le monde. Enfin, l'imagination permet de se figurer les idéalités et les essences. Il y a une genèse transcendantale (temporisation) et une temporalité immanente. C'est de cette manière que la conscience concourt à la genèse du monde.

III - Temps, espace et intersubjectivité

1/ Rétention et protention

La conscience du monde a un rapport au temps. C'est pourquoi, elle est une

conscience temporelle. En effet, c'est l'ego qui donne le temps ; un temps immanent et non un temps objectif. La temporalité immanente des vécus met hors jeu le temps objectif. En cela, le temps immanent dans la conscience n'est pas une partie du temps

C'est donc le caractère absolu du temps objectif qui est mis en

cause. Là encore, il faut se détacher de l'à-priori du temps car le temps « cosmique » est une objectivation du temps immanent ou, pour le dire autrement, le temps objectif n'est qu'une représentation, une projection du temps sur l'espace La bonne démarche consiste à placer les évènements du monde les uns par rapports aux autres. Mais, cet ordre temporel n'est pas en lui-même intelligible. Il faut comprendre le temps du monde à partir du temps immanent où les choses se donnent dans leur idéalité. Il faut encore un changement de regard et prendre en compte l'exigence de la donnée-vécu du temps. Être pour un objet, c'est demeurer le même dans ses changements. On dégage ainsi une unité de durée. La clarté de l'objet, objet temporel immanent, se pose dans l'unité du vécu, des actes de la vie intentionnelle : l'objet conserve son unité dans le temps (par la réactivation et dans la durée). Prenons l'exemple d'un son ou d'une phrase : ce sont avant tout l'unité d'une durée Le son : pour être donné, il faut qu'il soit retrouvé dans la conscience dans son éloignement. On appelle ceci la rétention. On conserve à l'esprit « le tout juste passé ». Il y a conscience d'une continuité de phase : retenir encore comme présent ce qui passe (ce qui est différent de la remémoration).

objectif

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Husserl définit aussi la protention qui est une projection de l'esprit dans ce qui va tout juste advenir. On le voit, c'est donc la continuité des phases de l'objet temporel qui fonde l'unité de la vie de la conscience Du « tout juste passé », on parvient aux souvenirs (qui sont des actes intentionnels) Ce qui a été présent est relié au présent actuel : on fait le lien entre deux actes intentionnels. Il y a une synthèse d'identité entre vécu passé et vécu présent Le souvenir, quant à lui, est un acte de visée intentionnel : il y a constitution des objets à partir de la rétention. A partir de là, on peut accéder à un temps objectif. L'intentionnalité est donc liée à la temporalité des la conscience et la stabilité de l'objet est relative à la conscience.

2/ L'espace et la chair

Avec la question du temps, se pose aussi la question de l'espace. L'espace est ce qui contient en lui tous les corps. Husserl pose une conception indépendante de la physique et de la géométrie (dans Chose et espace dès 1907). Il opère de cette façon la réduction des déterminations de Galilée et d'Einstein. Ces espaces scientifiques ne sont pas l'espace de notre vie et il conçoit un espace vivant originaire. Par ailleurs, le sujet s'éprouve dans son corps et peut percevoir une chose étendue dans l'espace. Il y a donc des choses physiques liées à la chair. La encore, il faut procédé à l'épochè de l'espace objectif dérivé de la chair (comme pour le temps). Cependant, par la réduction, on atteint une conscience sans corps mais pas sans chair. En effet, les différents champs de la sensation se coordonnent à partir de la chair (par exemples, le champ visuel ou celui du toucher). Les esquisses sensibles, par l'entremise de la chair vont conduire à une unité de la réceptivité (que Husserl nomme kinesthèse). Référée à la chair, la kinesthèse donne la possibilité d'agir (mouvements). La chair implique l'orientation spatiale (gauche, droite, proche, éloigné). Par ce fait, c'est un organe du vouloir, qui donner à voir le monde

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(s'approcher etc

les actes de la kinesthèse sont ceux du moi qui se dirige vers ce qui apparaît. Ainsi, si on prend en considération les questions posées par le temps et espace, on aboutit au pouvoir de synthèse de l'ego par la liaison des vécus (en ceci, la phénoménologie diffère du sensualisme et de l'empirisme).

).

La réceptivité mène donc à la liberté de mouvements :

3/ L'intersubjectivité

Si le monde se constitue dans la conscience, existe-t-il, par ailleurs, un monde commun, intersubjectif ? Autrement dit, peut-on dépasser la perspective solipsiste ? Husserl aborde cette question dans la cinquième des Méditations cartésiennes. Pour surmonter l'objection du solipsisme, il faut se référer à l'expérience d'autrui En effet si le monde est relatif à l'activité de l'ego, intersubjectivité et objectivité sont liés, en ce sens que le monde objectif est le monde commun où chaque chose est la même pour tous. Le monde est une structure de la subjectivité transcendantale et aussi d'une infinité d'autres sujets, une structure de l'intersubjectivité transcendantale Ceci pose donc le monde comme corrélat d'une infinité ouverte d'autres sujets. Or pour apprécier, l'expérience d'autrui, il faut faire appel à une faculté de la conscience, un mode de donnée qu'Husserl nomme empathie. Pour l'individu et l'ego, sa propre donation de sens du monde et celle des autres hommes conduit à la possibilité d'un monde objectif. On voit par là qu'il n'y a qu'un seul et même monde. C'est un monde objectif accessible à tous les hommes. Il faut pour cela transgresser sa sphère absolue pour poser la transcendance d'autrui. La démarche est la suivante: il faut d'abord effectuer une réduction à sa sphère transcendantale propre pour ne pas présupposer le monde objectif puis, cette réduction opérée, constituer l'alter-ego à partir de l'ego. Cependant, l'alter-ego n'est pas un simple reflet de soi-même et il faut porter une attention particulière au sens « autrui » et au sens « monde objectif ». La réduction remet en cause le caractère « évident » du monde et rend

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visible le monde de la socialité et de la culture : la réduction ne fait rien perdre du monde car la mise entre parenthèse de l'intersubjectivité est précisément ce qui la donne à voir. Le monde commun peut se constituer à partir de mon monde, ce qui suppose une expérience du non-moi. Par ailleurs, le corps d'autrui ne se donne pas que comme chose mais comme corps doté de sa propre sensibilité. Husserl évoque la transcendance d'autrui. L'ego est donc un je concret, incarné, par lequel on accède à la région originaire du monde et à toutes les autres régions ainsi qu'à l'alter-ego et par là même à un monde intersubjectif puis objectif.

Conclusion

Husserl déclare dans La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale que la raison est en crise. Pour le philosophe, les sciences se sont éloignées de leurs buts et sont devenues des sciences des faits qui n'ont plus rien à dire sur l'homme. Or il existe pour lui deux sortes de sciences qu'il oppose : les sciences de la nature et la science de l'esprit. Il propose avec la phénoménologie de poser la base d'une nouvelle science qui permet d'aborder de meilleure façon l'homme et le monde. La phénoménologie établit que le monde ne va pas de soi mais il est donné d'avance. Le monde de la vie est le monde de l'expérience quotidienne où l'homme est pris par ses intérêts. Il convient donc pour mieux le saisir de se détacher de lui, de ce que Husserl appelle l'attitude naturelle. Ceci nécessite une attention à cette attitude naturelle et l'épochè (la mise entre parenthèse) doit nous permettre de voir que le monde se rapporte à la structure de notre être. Le monde se constitue dans notre ego, qui est un je incarné. Cet ego procède à une synthèse active des éléments du monde qui se donne par esquisses et en chair et en os. Le flux de conscience s'appuie par ailleurs sur le processus de rétention qui fait que le passé est encore présent à l'esprit, ce qui permet une synthèse des données. Enfin, l'empathie permet d'appréhender l'alter-ego et ces consciences intersubjectives vont mener à une conscience objectif, car le monde est le même pour tous. Telle est en effet l'avancée dans la pensée qu'introduit la phénoménologie de Husserl qui trouvera des continuateurs chez Heidegger et Merleau-Ponty et influencera la pensée philosophique du XXème siècle.

Bibliographie

- Emmanuel Housset ; Husserl et l'énigme du monde, Paris, Points Essais 424, avril 2000

Quelques écrits de Husserl :

- Recherches logiques, t. I, II et III, Paris, PUF, 1959 – 1963

- Chose et Espace. Leçons de 1907, Paris, PUF, 1989

- L'idée de la phénoménologie, Paris, PUF, 1970

- Problèmes fondamentaux de la phénoménologie, Paris, PUF,

1991

- Idées directrices pour une phénoménologie et une philosophie

phénoménologique pures, t. I, Gallimard 1950, t. II, Paris PUF, 1982, t. III ; Paris, PUF, 1993

- Méditations cartésiennes. Introduction à la phénoménologie, Paris, Vrin, 1947

- La Crise des sciences européennes et la Phénoménologie transcendantale, Paris, Gallimard, 1976

- L'origine de la géométrie ; Paris, PUF, 1962

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