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Perspectives

ENTRETIEN

« Si le MEDEF ne s’oppose pas au principe d’une réforme, il est particulièrement attentif aux orientations de fond qu’elle portera »

Que pense le MEDEF de cet avant-projet de réforme du contrat, dans sa version d’octobre 2013 ? Les entreprises étaient-elles demandeuses de cette réforme ? Quelles sont leurs craintes ? Quels avantages pour elles ? Le point de vue de Joëlle Simon et d'Isabelle Trémeau.

Le point de vue de Joëlle Simon et d'Isabelle Trémeau. Entretien avec Joëlle SIMON Directrice des
Le point de vue de Joëlle Simon et d'Isabelle Trémeau. Entretien avec Joëlle SIMON Directrice des

Entretien avec Joëlle SIMON

Directrice des affaires juridiques MEDEF

Et Isabelle TRÉMEAU

Directrice adjointe des affaires juridiques MEDEF

Î RLDC 5401

ÎRLDC 5401

Revue Lamy Droit civil : Le MEDEF est-il demandeur d’une réforme en droit du contrat ?

Joëlle SIMON et Isabelle TRÉMEAU : Les entreprises ne font état d’aucun besoin économique impérieux qui viendrait rendre indis- pensable la refonte du titre III du Livre III du Code civil, lequel, en son état actuel, ne leur paraît pas constituer un frein au développement de leurs activités économiques. Faudrait-il alors trouver dans des motivations moins immédiates la justification de la réforme envisa- gée ? Le rayonnement du droit français des contrats, l’accessibilité des règles de droit dépendraient-ils de la modernisation du Code civil ?

À dire vrai, les arguments déployés au soutien de la réforme, pour séduisants qu’ils soient, méritent certainement d’être nuancés. L’attractivité du droit français sur la scène internationale, souvent invoquée, peine à convaincre tant le choix de la loi applicable dépend moins de la qualité intrinsèque de celle-ci que de considé- rations économiques et des rapports de force des parties. Quant aux travaux en cours et déjà largement avancés en droit commun européen de la vente, il semble peu probable qu’une législation nouvelle soit davantage apte à les influencer que le droit actuel que l’on dit vieillissant. Reste alors le souci de la lisibilité et de l’accessibilité du droit positif, dont on ne contestera qu’il ne trouve pas un reflet exact dans les seules dispositions du Code civil. Cet objectif louable, qui mérite certainement d’être soutenu, ne doit pas toutefois occulter la difficulté de l’exercice : l’intégration des avancées jurisprudentielles, comme la consécration de réflexions doc- trinales, suppose une traduction législative et des choix politiques qui marqueront de leur empreinte le droit des contrats à venir. De cette traduction et de ces choix dépendra le succès de la refonte du droit des contrats. Aussi bien, si le MEDEF ne s’oppose pas au

Numéro 114 I Avril 2014

principe d’une réforme, est-il particulièrement attentif aux orienta- tions de fond qu’elle portera.

RLDC : Quelles sont les attentes du MEDEF pour cette réforme ?

J.S. et I.T. : L’exposé des motifs du projet de loi relatif à la moder- nisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures affiche de hautes ambitions, puisqu’il s’agirait, par cette réforme, « de répondre à l’objectif constitutionnel d’intelligibilité de la loi, de renforcer la sécu- rité juridique, tout en contribuant au rayonnement et à l’attractivité du système juridique français ».

Le MEDEF porte une attention particulière à deux tendances, qui sont autant d’écueils : la remise en cause des principes fondamentaux découlant de l’autonomie de la volonté et la « consumérisation » du droit commun.

Pareil programme ne peut qu’emporter l’adhésion, mais encore faudrait-il qu’il se traduise réellement dans les dispositions du pro- jet de réforme. On l’a vu, et bien que l’on puisse le regretter, la refonte du droit des contrats n’aura sans doute, quelle qu’en soit la qualité, qu’un impact limité sur le rayonnement du droit fran- çais à l’international. Les attentes des entreprises se concentrent donc sur les conséquences de la réforme sur leurs activités quo- tidiennes : à ce titre, c’est en termes de compétitivité que sera apprécié le projet, compétitivité qui suppose sécurité et efficacité.

RLDC I 67