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Sept exemples

formalisés de SIG-P:
enjeux, succès,
limites
Grégoire Leclerc
CIRAD
Bedolina, Italie (2000 BC)
7 exemples…
« formalisés »?
 Articles à comité de lecture
 Théorisé, conceptualisé, réflexif, auto-critique
 Mais difficile d’évaluer à partir de la publication on n’a
pas toutes les infos (autres points de vue, pérénité,
etc…) (cf revue documentaire)

Gestion urbaine au Kenya, Pastoralisme au Tchad,


Négociation au Ghana, Zonage au Sénégal, Foncier à
Madagascar, VEMP et counter-mapping en Tanzanie
Gestion urbaine au
Kenya
Koti et Wiener, 2006
Enjeu
 Planification des zones périurbaines soumises à un
développement chaotique
 Difficultés techniques (données), approche
technocrate et concentration du pouvoir (agences de
planification)
 Incompréhension de la péri-urbanisation Africaine.
 SIG classique ne tient pas compte de certaines
informations: exclusions sociales, déplacements,
narratifs des conflits d’usage des terres, histoires
culturelles, politique locale, etc..
 SIG classique complété par focus groupe, cartes
mentales, transects GPS
Succès
 Approche SIGPP particulière: CiGIS accepte la réalité
dans laquelle les agences et les experts gardent le
contrôle du SIG, mais vise à y inclure graduellement
les intérêts et les perceptions des groupes
marginalisés (similaire au POAS)
 SIG plus adapté: SIG classique + données qualitatives
obtenues dans une démarche constructiviste et
inclusive
 Les agences comprennent mieux les zones difficiles;
confrontation des savoirs experts et locaux 
redéfinition des quartiers périphériques
 Règle certains problèmes de données manquantes
(égouts, eau potable)
Limites

 Equilibre des pouvoirs…


 Travail de PhD… Que se passe t’il
quand les chercheurs s’en vont? En
fait les « agences » (qui ici est le
chercheur?) sont absentes du
papier…
 Un peu d’auto-justification
 Le SIG reste limité pour démystifier le
contexte social et socio-politique
Pastoralisme au
Tchad
Wiese et al, 2004
Enjeu
 Malgré le poids économique de l’élevage
pastoral, les communautés nomades au
Tchad n’ont pas accès aux services de
santé primaire comparativement à d’autres
pays sahéliens ou au reste du monde
 Mieux appréhender les exigences de la vie
quotidienne qui déterminent l’utilisation de
l’espace et, par suite, le recours aux soins.
 SIG comme outil d’aide à la décision en
santé publique, qui intègre les logiques
propres aux éleveurs nomades
(communautés Dazagada du Bahr-el-
Ghazal dans le Kanem).
Succès
 SIG a pu rendre compte de la logique des éleveurs et faire
ressortir la complexité du contexte spatio-temporel dans
lequel s’inscrit le recours aux structures sanitaires.
 Les auteurs revoient leur hypothèse de départ et
établissent, pour un sujet très complexe, un protocole
exhaustif (trangulation) associant la cartographie
participative aux focus groupes et aux entretiens semi-
structurés.
 Ils ont alors pu dessiner et géoréférencer l’espace et le
calendrier saisonnier selon la représentation que se font les
pasteurs, avec des cartes très riches (sémiologie graphique)
 Ce qui leur permet de comprendre le rôle clé de la maitrise
de l’espace et du temps et ainsi identifier les domaines où la
santé publique doit intervenir
Limites

 Projet limité dans le temps, pas lié à


un processus en cours ou des
institutions locales
 Échantillon restreint et pas maîtrisé
viser d’abord les groupes
vulnérables
 Le SIG réalisé reste bien en deçà de
ces ambitions, ce qui montre qu’il
manquait des éléments clé au
protocole de recherche
Négociation au
Ghana
Kyem, 2001, 2004
Enjeu

 Conflit entre exploitation et


conservation d’une réserve forestière
(Aboma)
 Procédures robustes pour le design
de systèmes d’aide à la décision et à
la résolution de conflits
Succès
 Analyse multicritère participative comme
prétexte/ouverture à dialogue, pas solution..
 A permis la recherche d’une solution de compromis
(aide à la discussion), de nouvelles coalitions
(données, etc..).. (cf Fundecor)
 Analyse du lien entre les systèmes de valeur, les
opinions, et les actions qui peuvent influencer le
changement qui mène à la coopération.
 Deux théories mobilisées:
 l’approche individualiste de Weber
 la théorie de la communication de Habermas
Limites
 Classique: expert validé par managers..
Effet pervers? (figer les représentations,
les demandes?)
 Tout est dans la « suitability map… »
 Projet… et ensuite?
 Les deux théories ne sont pas suffisantes
pour expliquer ce qu’ils ont observé sur le
terrain (1 expérience) ; en effet, en plus des
logiques compétitives et des demandes
institutionnelles, il y a les questions des
temporalités qui jouent.
Zonage au Sénégal

D’Aquino, 2009
Enjeu

 SAED 1996: POAS pour transférer


une mission d’organisation de
l’espace et de préservation des
potentialités naturelles aux
communautés rurales (CR)
Approche
 Le succès de « la participation » repose sur des facteurs
locaux sociaux, institutionnels, politiques et culturels sur
lesquels on a peu de prise
 la participation comme une stratégie vis-à-vis de tout un
contexte social local plutôt que comme une méthode
focalisée uniquement sur l’animation d’ateliers de
concertation
 Opération pilote POAS comme expérience de « gestion
autonome progressive » (1997-2000)
Enjeu participatif limité mais très précis : renforcer les
pouvoirs effectifs des CR (« capacités sociales »);
provoquer en interne à la CR un premier progrès dans le
débat public pour l’affectation des terres
Succès
 Le POAS = 1) des règles pour la gestion de l’espace
et des ressources; 2) une organisation pour la prise de
décision, le suivi et le contrôle ; 3) des supports
cartographiques; 4) un processus (« stratégie
sociopolitique » de la participation)
 Processus formalisé, donc le débat avec les partisans
d’autres options (par exemple celle de ne pas passer
par les élus locaux pour éviter de se faire manipuler
par les pouvoirs en place) devient plus rigoureux et
productif.)
 Actions « autonomes » des collectivités locales (plan
d’occupation des sols, aménagements pastoraux,
règlement des conflits avec un parc national…)
 Inscrit dans les politiques nationales
 POAS pour toutes les CR de la Région de Saint Louis
(domaine d’intervention de la SAED)
Limites
 Intuition pendant l’expérimentation (1997-2000), on
réfléchit/justifie ensuite suite aux critiques/autocritique
(2001-2009).. la réflexion a postériori n’aurait pas
changé les choix qui ont été faits…
 Sémiologie, langue (français)…
 Approche par les droits/sanctions vs dotations.
 SAED pilote (financements, recette: ZP, ZAPA,
ZAPE), pas les CR. Intermédiaires…SIG à la SAED
 POAS reste très peu actif/utilisé… ça reste un plan, un
peu différent certes, mais un plan…Incompatibilités
politiques…figé, pas ou peu actualisé
Foncier à
Madagascar
Martignac et al, 2010
Contexte de la réforme
foncière
 Diagnostic de la sécurisation foncière:
cadastre légal (titres « Torrens ») issu de
l’époque coloniale et inadapté (en 110 ans
330000 titres pour 8M de biens et 400000
demandes
 Réponse sociale: les « petits papiers », un
infra-droit non opposable et doté d’un
consensus local portant sur l’espace
domanial non titré
 Le Programme National Foncier
Enjeu

 Répondre à la demande massive,


dans de brefs délais, à des coûts
ajustés au contexte économique, par
la formalisation des droits fonciers
non écrits et la régularisation des
droits fonciers écrits

 Compétence partielle de la commune


en gestion foncière
 2 lois (2005, 2006)
Succès

 Guichet foncier géré localement…


 par les acteurs institutionnels et
privés…
 avec une cartographie à dires d’acteur
publique, participative, et négociée…
 produisant l’identification et la
délimitation des droits
 PLOF: couche titres Etat + couche
contours terrains à certifier 
certificats fonciers (CF)
 39 communes et 4000 CF
 Coût/CF: 6ans/500$  3mois/24$

Leçons
 Processus réellement participatif

 Expert en dehors

 Problème concret et dispositif inspiré


de pratiques existantes
 Politique nationale bottom-up

 Prévention des conflits en amont


Limites

 Problème pas encore résolu: délivrer


des certificats sur des terrains déjà
immatriculés par l’Etat (l’information
source est souvent dégradée quand
elle n’a pas simplement disparu), ce
qui provoque l’annulation des
certificats et peut provoquer des
conflits sérieux
VEMP en Tanzanie

Duvail et al, 2005


Enjeu
 Nouvelle loi Tanzanienne : décentralisation et
planification environnementale par les communautés
villageoises
 3 difficultés initiales pour la cartographie du terroir
dans le cadre du projet REMP (VEMP):
 Un important décalage existe entre le terroir villageois
officiellement attribué lors de la période Ujamaa et le
terroir actuellement utilisé par les populations Warufiji.
 Le village recouvre une réalité sociologique plus
complexe qui est celle d’un regroupement plus ou
moins lâche de groupes familiaux.
 l’absence d’information cartographique utilisable pour
la région du Rufiji.
Succès
 Processus de planification environnementale qui laisse le temps au
temps (5 ans), qui s’ appuie sur les institutions locales (comité
villageois de l’environnement) qui adhèrent volontairement suite à
un processus d’identification de la demande véritable
 Le processus (le dialogue) est plus important que les produits (le
plan de gestion, la carte) qui doivent de toute façon être
régulièrement mis à jour.
 Inclusion des savoirs locaux par la co-construction (analyses
paysagères réalisées sur le terrain par une équipe composée d’un
géographe, d’un botaniste, d’un écologiste et d’habitants du
village): recherche de consensus sur les réserves, usages, etc… 
Plans de gestion différenciés en fonction de la situation foncière et
sociologique initiale du village
 Enregistrement officiel des zones auprès de l’administration
nationale= reconnaissance des pratiques traditionnelles
 Dans un contexte de décalage entre le droit foncier coutumier et la
loi étatique, une représentation de l’organisation de l’espace
villageois, en stimulant une négociation entre les différents acteurs,
contribue à clarifier la situation foncière.
 Primé Nations Unies (Equator prize) en 2004: 30000$ aux
villageois pour la mise en œuvre des plans.
Limites
 Cartes très figées, peu informatives, peu de repères,
sémiologie limitée…
 Pouvoir juridique et symbolique de la carte… représentation
topocentrique de l’espace (assets?) vs représentation
géométrique occidentale qui figée l’organisation spatiale
Lecture plus anthropologique: répartition spatiale des
différents groupes sociaux, des règles d’attribution des
terres et de GRN, de l’utilisation économique des espaces
et de leur valeur spirituelle
 Volonté réelle de l’Etat de renforcer les CL? Risque que les
populations soient lésées (exemple de réserve de chasse
confiée à un privé lorsqu’elle est devenue rentable sous
gestion villageoise)
S’assurer d’une volonté politique de l’État de renforcer et
de sécuriser les acquis de cette gestion décentralisée.
Counter-mapping en
Tanzanie
Hodgson et Schroeder, 2002
Enjeu

 Travaux récents célèbrent le potentiel


du counter-mapping, cad cartographie
contre les pouvoirs dominants pour
faire avancer des objectifs de
développement local. Mais quelles en
sont les limites?
Succès
 Revue de littérature sur le Counter-mapping (CM)
 Analyse d’une diversité des initiatives locales pilotées par une ONG
religieuse (foncier), des compagnies d’écotourisme (faune), l’Autorité
des Parcs Nationaux (buffer autour du parc), et des OCB pour les
droits des éleveurs pastoraux (réserve pastorale).
 Malgré que les objectifs de CM soient partiellement atteints, ce
n’est pas une solution miracle. Il ressort 4 catégories de limites:
 une série de dilemmes politiques inhérents aux efforts de
conservation, impliquant la territorialisation, la privatisation,
l’intégration et l’indigénisation ;
 des problèmes liés à l’adéquation de la théorie et de la pratique de
l’engagement politique à l’échelle des communautés ;
 le besoin de combiner la cartographie à des stratégies légales et
politiques plus larges ;
 et des questions critiques concernant les organisations et acteurs
« externes » tels que les bailleurs, l’Etat, et les privés.
 Mais aussi
 La carte devient le territoire, aide à construire la communauté (ou à
la diminuer – « nous, les Masai, ne vivons pas dans une île »)
Limites

 Pas d’analyse des succès du CM…


 Pas de méthode proposée pour faire
mieux…à nous de le faire (pour se faire re-
critiquer!)

 La critique est aisée mais l’art est difficile!


(Mais la critique est nécessaire)
« Il n’y a pas de projet
participatif idéal, seulement
des tentatives de construire
des pratiques participatives
plus robustes et plus
diverses »

Breinhart, 2001