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L'art de jouer avec la diplomatie : les chantages de la Corée du Nord

On le connaît aussi sous le nom de royaume ermite. Ce pays communiste d'environ vingt millions
d'habitants perché au nord de la péninsule coréenne attire, depuis qu'il s'est doté de l'arme nucléaire,
l'attention du monde entier. Toutefois, on ne devrait pas trop s'en faire à son sujet.
La République populaire démocratique de Corée (connue sous l'appellation de Corée du Nord) est,
ironiquement, l'un des pays les plus pauvres et les moins démocratiques au monde. Avec une
population languissant sous la pression dictatoriale de Kim Jong-Il, la Corée du Nord n'a que la
propagande pour redorer son image. Mais derrière la vitrine du régime oppressif se cache une réalité
troublante. Famines, malnutrition, absence d'hygiène, hôpitaux dépourvus d'électricité, maladies, camps
de travail, condamnations à mort arbitraires, et j'en passe.
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Japon, vaincu, se retire de la péninsule coréenne. Les
vainqueurs de la guerre (l'URSS et les États-Unis) profitent de l'occasion pour occuper à leur tour ce
bout de territoire. Ils se partagent la péninsule en deux. L'URSS s'approprie le nord et les États-Unis le
sud. Le 10 mai 1948, les premières élections conduisent à l'arrivée au pouvoir de Syngman Rhee,
premier président de la République de Corée (Corée du Sud). Au nord du 38e parallèle (ligne de
démarcation entre le nord et le sud), Staline soutient la mise en place d'un régime communiste, qui
verra le jour le 9 septembre 1948 lors de la proclamation de la République populaire démocratique de
Corée par l'Assemblée populaire suprême. Les troupes américaines ont à peine le temps de se retirer de
la péninsule en 1949 que la Corée du Nord envahit, le 25 juin 1950, son voisin du sud avec l'aide des
troupes soviétiques. Pour éviter une capitulation du sud, les États-Unis interviennent et réussissent à
repousser les troupes nord-coréennes au nord du 38e parallèle. L'armistice signé le 27 juillet 1953 entre
les deux Corées met fin à une guerre outrageuse ayant fait perdre la vie à deux millions de victimes.
Depuis, des troupes américaines surveillent, encore aujourd'hui, la frontière entre les deux Corées.
Notons bien qu'aucun traité de paix n'a été signé.

Démantèlement de l'URSS en 1991 : la Corée du Nord au bord du gouffre

Après la guerre, Kim Il-Sung lance une politique d'industrialisation du pays, animée par la philosophie
du Juche. Cette philosophie isolationniste affirme l'indépendance économique du pays et valorise une
économie d'autosuffisance. Les premières années suivant la guerre sont plutôt prometteuses pour le

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régime communiste; le pays connaît des taux de croissance annuels supérieurs à 10%. Mais cela n'aura
duré guère longtemps. Après le démantèlement du bloc soviétique le 25 décembre 1991, la Corée du
Nord perd son principal allié économique. L'isolationnisme du pays, les inondations de 1995 et la
sécheresse de 1997 ont contribué au déclenchement d'une famine des plus sombres de l'histoire de la
Corée ayant entraîné la mort à plus de trois millions de personnes selon certaines ONG. Lorsqu'il arrive
au pouvoir en 1994, Kim Jong-Il est aux prises avec un pays endeuillé. La mort de Kim Il-Sung a sans
aucun doute marqué un point tournant dans l'histoire du régime. Effrayé à l'idée de voir sa population
entière être engloutie par le fléau de la famine, Kim Jong-Il fait appel à l'aide humanitaire en 1995. En
quatre ans, le régime de Pyongyang a bénéficié d'une aide de plus d'un milliard de dollars. Toutefois,
cette aide humanitaire a, contrairement aux intentions de Pyongyang, ouvert une porte sur le monde.
Porte par laquelle des données en provenance des sociétés occidentales ont pu traverser la couche
isolationniste nord-coréenne. Kim Jong-Il, craignant une recrudescence de dissidents, instaure dès lors
une politique totalitaire de plus en plus rigide. Toute personne soupçonnée de critiquer le régime est
passible d'une peine sévère, allant de l'incarcération à vie à la peine de mort. Mais ces arrestations
arbitraires ayant des chances d'ébranler la confiance que le peuple accorde à son souverain, Kim Jong-Il
doit trouver une solution pour consolider son régime.

L'armement nucléaire, pivot du régime

On ignore encore aujourd'hui les raisons principales ayant amené la Corée du Nord à se doter de l'arme
nucléaire. Ce dossier politique est toujours sujet à des interprétations diverses. Je propose néanmoins
d'avancer ici quelques propositions. En 1994, le président américain Bill Clinton lance un
avertissement à la Corée du Nord. Bill Clinton propose à Pyongyang d'abandonner son programme
nucléaire, en échange d'une aide économique substantielle. Depuis ce jour, la Corée du Nord oscille
entre provocations et chantages. Dès que la communauté internationale propose de lui offrir une aide à
condition qu'elle abandonne ses ambitions nucléaires, la Corée du Nord va se confesser auprès des
Nations Unies et fait semblant de se plier aux pressions extérieures. Pendant que les regards de la
communauté internationale se détournent de la Corée vers d'autres enjeux géopolitiques, Pyongyang en
profite pour faire avancer son programme nucléaire. Bref, la Corée du Nord se comporte comme un
petit enfant mal élevé qui, sitôt l'attention de ses parents détournée de lui, s'amuse à commettre des
bêtises. Mais depuis 2006, la Corée du Nord ne peut plus être perçue comme un simple enfant mal

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élevé. Alors qu'elle procède à son premier essai nucléaire, l'Asie du Nord-Est ne peut dès lors plus
demeurer indifférente à l'endroit des gestes du royaume ermite. Mais comment en est-on arrivé là?

La mollesse de l'ONU et de la communauté internationale

On est à même de se demander si la Corée du Nord aurait eu les mêmes chances de se doter de l'arme
nucléaire si la communauté internationale avait été, dès le départ, beaucoup plus ferme à l'endroit des
gestes provocateurs de Pyongyang. En effet, force est d'admettre que l'ONU et la communauté
internationale ont en vain tenté de changer la mentalité du régime communiste stalinien à l'aide de
mots. Or ces mots, au lieu de faire taire Pyongyang, n'ont fait que renforcer l'orgueil du pays. Voyant la
communauté internationale qualifier ses gestes de provocateurs, menaçants pour la stabilité régionale,
la Corée du Nord a dès lors senti qu'elle pouvait avoir une influence sur le reste du monde. Le 26 mars
2010, la Corée du Nord s'en prend à sa voisine du sud en torpillant la corvette Cheonan. À la suite de
cet attentat, Pyongyang a menacé de réagir militairement à toute condamnation de la communauté
internationale. Là encore, le régime terroriste a joué avec les mots. Le torpillage d'une corvette sud-
coréenne n'est-il pas, en soi, un acte de provocation militaire? Néanmoins, l'ONU est une fois de plus
demeurée aveugle. Malgré les preuves indubitables, issues d'enquêtes internationales, du torpillage de
la corvette Cheonan par un navire nord-coréen, l'ONU s'est contentée de condamner l'attentat, sans
pour autant l'imputer à la Corée du Nord. La raison d'une telle omission repose en partie sur le refus de
la Chine de condamner son alliée. Mais à quoi bon? La Chine, avec sa croissance économique
spectaculaire est, sur le plan économique, l'un des pays les plus capitalistes au monde. Son soutien à la
Corée du Nord serait-il un moyen symbolique de réaffirmer son idéologie communiste? Quoiqu'il en
soit, il est grand temps que la communauté internationale délaisse son petit jeu diplomatique avec la
dynastie des Kim et opte pour des mesures effectives à l'endroit de Pyongyang. Après tout, le
déclenchement d'une guerre par la Corée du Nord sera synonyme de fin pour le pays du matin calme.