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École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses Les peintures dans le manuscrit des

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Paschou Christine. Les peintures dans le manuscrit des évangiles. Bibliothèque nationale, grec 115 . In: École pratique des hautes études, Section des sciences religieuses. Annuaire 1956-1957. 1955. pp. 93-95;

Document généré le 16/06/2016

1955. pp. 93-95 ; http://www.persee.fr/doc/ephe_0000-0002_1955_num_68_64_20292 Document généré le 16/06/2016

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LES PEINTURES DANS LE MANUSCRIT DES ÉVANGILES1

BIBLIOTHÈQUE NATIONALE, GREC 115

par Mrae Christine PASCHOU

Le manuscrit de la Bibliothèque nationale Grec 115 est un évangé-- liaire du Xe siècle orné de nombreuses peintures, fort originales mais- en grande • partie très endommagées. Ces images apparaissent sur~ toutes les pages, ou presque, qui correspondent au texte de

Matthieu et de

du tout. Bien que le cycle de la passion de l'évangile de Matthieu, ainsi que les miniatures de l'évangile de ■ Jean soient très effacés, nous avons pu faire une étude iconographique et stylistique assez complète de tout ce qui subsiste des peintures du Grec 115. Notre premier soin a été d'établir le cycle complet des miniatures et d'en < reconnaître les sujets. En voici la liste :

Jean. , Les deux autres évangiles n'ont pas été illustrés

Evangile de Matthieu :

Premier rêve de Joseph. — Les mages demandent à' voir le Christ. — Les mages devant Hérode. — Adoration . des mages. — Rentrée de l'Egypte, troisième rêve de Joseph. — Saint Jean-Baptiste seul au désert. — Baptême. — Jésus dans le désert. — Le Christ commence son enseignement. — La guérison du- lépreux. — Guérison de la. belle-mère de Pierre. — Apaisement des eaux. — Les deux démoniaques. — Matthieu le douanier. — L'hémoroïsse. — Guérison de l'aveugle et du démoniaque. — La main desséchée. — Le démoniaque sourd et aveugle. — Première multiplication des pains. — Le Christ et saint Pierre marchant sur les eaux. — Guérison de l'aveugle et femme Chananéenne. — Guérison de plusieurs malades. — Deuxième

multiplication des pains. — L'interpellation de Cesarée. — Transfiguration. — Le lunatique. — Le Christ bénissant les enfants. —

Christ raconte la parabole des ouvriers. — Le Christ parle à ses disciples sur le Royaume des Cieux. — ■ Les deux aveugles. — Les apôtres amenant un âne pour l'entrée à Jérusalem. — Entrée à Jérusalem. — Le Christ guérit les boiteux et les aveugles. — Le figuier, desséché.

Le

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— L'interpellation des prêtres. — Préparation- des Pâques. — La Cène. — Prière au Mont des Oliviers. — Trahison de Judas et Arrestation de Jésus. — Le Christ devant Kaïaphe. — Le Christ devant les prêtres. — Reniement de Pierre. — Crucifiement. — Descente de la croix. — Saintes femmes devant le sépulcre.

Evangile de Jean :

Prédication de Jean. — Scènes en rapport avec la prédication de Jean. — Le Christ invite Nathanael. — Le Christ parle à Nathanael ou à Philippe. — Le mariage à Cana. — Le Christ chasse. les marchands du Temple. — Le Christ déclare qu'il peut détruite le Temple de Salomon et le reconstruire en trois jours. — Le Christ parle à, Nicodème. — Demande de purification. — Jésus et la Samaritaine. — A propos de Basilique. — La guérison du paralytique. — La promenade sur la mer. — Le Christ et la pécheresse. — La résurrection de Lazare. — Le repas chez Lazare. — La Cène.

Ce cycle une fois établi nous l'avons comparé à d'autres cycles d'illustrations évangéliques dans les manuscrits, et ailleurs. Nous avons procédé ensuite à une analyse de l'iconographie des peintures du Grec 115 et essayé d'élucider son origine et son rayon d'action. Ces études iconographiques ont porté sur l'ensemble des miniatures et des monuments depuis le vie jusqu'au1 xive siècle. Nous avons pu constater ainsi :

1° Une parenté iconographique des miniatures du Grec 115 avec les manuscrits et les monuments antérieurs au Xe siècle (époque préiconoclaste et IXe siècle) [évangiles de Sinope et de Rossano; Paris, Grec 510, certains ivoires, etc.].

2° Une absence d'images narratives et dramatiques qui suivraient le détail du récit : on se contente des personnages principaux et des accessoires indispensables. D'autre part, les sujets ne sont pas traités en épisodes successifs. Cela distingue nettement le Grec 115 de. certains évangiles plus tardifs, du xne au xive siècle (Par. 74^ Laur. VI-23, etc.).

L'étude du style a permis de mieux situer nos miniatures. L'originalité de leur art leur assigne une place spéciale parmi les illustrations des évangiles byzantins; Ce qui- caractérise ces miniatures du Xe siècle c'est leur parenté

avec des • œuvres très antérieures, par exemple, dans la façon de comprendre et d'interpréter l'art antique. La prépondérance des figures juvéniles aux visages ronds, certaines particularités de la structure de l'image (variations d'échelle, peintures développées ea profondeur), la rareté du paysage et des éléments architecturaux, sont les traits les plus saillants de son art. Or ces caracteristiques.se retrouvent dans les mss du VIe siècle, comme la Genèse de Vienne, l'é\angile de Rossano et au ixe siècle, dans les psautiers à illustrations marginales (Psautier Chloudov, Pantocrator 61) et dans certains autres mss (Paris Grec 510; Paris Grec 923). Un autre trait distingue le Grec 115 des mss byzantins postérieurs au Xe siècle, c'est l'absence du décor ornemental et l'emploi de couleurs peu éclatantes. Le peintre du Grec 115 n'a pas cherché

la somptuosité des gammes si caractéristique de la peinture byzantine : les tons sont francs et purs sans aucun éclat et parfois ternes. La gamme rappelle les peintures de la fin de l'Antiquité ou copiées sur des modèles de ce genre tels le Nicandre et le Dioskoride de

certain point la Cotton

Bible du Brit. Mus. qu'on- croit avoir été illustrée à Alexandrie, au

vie siècle. Les peintres du Grec 115 se séparent sur ce point — comme pour l'iconographie et certains caractères de style — des

œuvres byzantines contemporaines et reflètent un art non seulement

aussi étranger à la tradition

constantinopolitaine prépondérante. C'est ce- qui fait le principal

intérêt de ce manuscrit illustré et le rend précieux, malgré l'état déplorable de beaucoup de ses peintures.

la Bibliothèque nationale et jusqu'à un

plus ancien que le

Xe siècle, mais