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NO T ICE HISTORIQU E. XUJ

11 paroit que les habitants primitifs de l'Espagne, de temps immémorial , for moient
différentes p euplades séparées dont chacune se gouvernoit par ses propres lois, ce qui fait
dire a Strabon I qu'ils n'auroien t p oint été vaincus par les Tyriens, les Celtes, et les Car th a-
ginois, s'ils se fussent réunis et n 'eu ssen t formé qu'un seul état. Les Grecs et les Romains les
divisoient en deux par ties ; l'une composée de ceux auxquels ils donnoient le nom d 'Jberes
et qui h abitoient le midi de l'Esp agne, 1' autre de Celtes qui occupoient tout l'occident et
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le nord 2 : ces deux p euples furent connus depuis sous le non1 collectif de Celtiberes dén o- :J

mination que Diodore de Sicile 3 attribue au traité d'allian ce qui eut lieu en tre les lberes 1
et les Celtes, par leq \1el ils réuniren t leurs intérets et leurs noms4. ¡
Je ne ch erch erai po.int d'ou vinren t ces deux p euples, si les Celtes 5 passerent le~
Pyrénées comme le prét~ndent les au teurs frall<;ais et italiens, si les lberes v.inren t d'Asie
p eupler l'Esp agne 6, ou si ce fut de l'Espagn e q u'ils se répandiren t dans l'Asie7 : on s'accorde
généralem ent a croire, et cela doit nous suffire: q ue ces deux p euples étoient les principaux
h abitan ts de l'Espagn e a l'ép oque de la fondation des premier es colonies p h éniciennes.
Les lb eres, ch ez lesquels ces colo nies s'établirent d' abord , se trou vant confondus avec les
nouveaux h abitán ts, en adopter en t les coutumes, et pe~dire n t bientót leur caractere na-
tional , si bien que du temps de Strabon. on n e reconnoissoit plus aucune trace de leurs
_ mceurs E._rimitives :· il n' en fut pas de m eme des Celtibeí·es, et au u·es peuples du nord , dont
le meme Strabon Iait une p e1nture semblanle a cene que Ia.clte ra!t aes anciens Germains :
illes r eprésente comme eles peuples a de1ni-sauvages, h abitan t les montagnes, d'ou ils sor- "

toient p our courir au pillage. Leur h abillement étoit une saie n oire 8 faite d'u ne laine
gr ossiere; une étoffe tissu e de p oil d'ani~aux enveloppoit leurs cuisses, et descendoit sur leurs
jambes : semblabies aux an ciens Germains, ils n e connoissoient q ue deux manieres d'exister ,
se r eposer ou combattre 9. Leurs armes étoien t conformes a l'agiljté de leur corps, et a la vie
qu'ils men oien t : c'étoient de petits bouclier.s échancrés, garnis de cuirs, etsusp endus par des
courroies, mais cl'une solidité a l'épreuve des coups les plus rucles , et tels que, présen tés
de tous les cótés par un bras agile, ils paroient a.isément les traits; des casques surmontés
( t) Strabon, lib. ill, p. 109. on peut aussi bien encendre les anciens habitants de l'Espagne
(2) Pyrene Celsa nimbosci verticis arce que ses premiers conquérants. V oyez dom Martin, Histoire eles
Divisos Celtis late spectabat Iberos. Sil. , lib. III, v. 417. Gaules, pag. 273.
(3) D iodore de Sicile, lib. IV. (6) Gette opiniou n'est soutenue que par Josephe, Antiquit.,
Celtm sociati nomen Iberis. Sil. I tal. lib. ID, v. 34o. lib. 2., cap. 7, etpar Varron, historien instruitil est vra.i, mais tres
Nos Celtis genitos etexlberis. Mart.,lib. IV, ep. SS, v.8. inexact et erroné clans ses origines.
(4) L'Espagne })Orta. meme long-temps _le no m de Celtibérie, jus- (7) L'opinion la plus vra.isemblable est celle de Strabon et cl'A-
qu'a ce que les nombreuses colonies étra.ngeres eussent restreint bydene, cité par luí, lib. XV,p. 687. Eusebe,prcep. evang. , lib. IX,
cette dénomination aquatre grands cantons situés dans le nord et cap. 41. D enys P e1·iegete, a-peu-pres contempora.in de Vanon, et
l'occident. C'est ainsi que Strabon la nomme, lib. ill, p. 102. D io- plus véádic¡ue que luí, lib. V, 697· Socrate, Bist. eccl. ,lib. I, c. 20.
dore comprend sous ce nom la Bétique et la Lusitanie, lib. V. Voyez, a ce sujet, dom :M:artin, p. S46.
(5) . . . .. Profugique a. gente vetustá (8) Le sagum , également en usage chez les Gaulois. C'étoit
Gallorum Celtmmiscentes nomenlberis. Luc.,lib.IV;v.9. une espece de chlrunyde qui s'agraffoit sw· la poitrine. Appien
L'origine des Celtes, leurs conquetes, leur puissance, ont été l'éter- ajoute qu'íls agitoient leur longue chevelure pour fa.ire peur a l'en-
nel examen des savants, et l'Espagne est presque toujours comprise nemi; et selon Tacite, ils to1·tilloient lew·s cheveux, et avoient le
avec la Gaule dans lew· systeme. L es auteurs fran~ais distinguen e teint basané. Appien, Iber. p. 280.
deux invasions différentes des Gaulois en Espagneimais da.ns l'é- (9) Quelques uns d'entre les Vettons, peuples de la Lusita.nie,
numération c1u'ils font des Cynetes, des Igletes, et autres peuples, étonnés de voir des centurions romains se promener sans ríen
l. g