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Proiect cofinanţat din Fondul Social European prin Programul Operaţional Sectorial Dezvoltarea Resurselor Umane 2007-2013

Investeşte în oameni!

Formarea profesională a cadrelor didactice


din învăţământul preuniversitar
pentru noi oportunităţi de dezvoltare în carieră

LE LEXIQUE ET LES
RELATIONS SÉMANTIQUES
Mariana-Steluţa COCULESCU

Program de conversie profesională la nivel postuniversitar


pentru cadrele didactice din învăţământul preuniversitar

Specializarea FRANCEZĂ
Forma de învăţământ ID - semestrul III

2011
Le lexique et les relations sémantiques

Mariana-Steluţa COCULESCU

2011
© 2011 Acest manual a fost elaborat în cadrul "Proiectului pentru
Învăţământul Rural", proiect co-finanţat de către Banca Mondială,
Guvernul României şi comunităţile locale.

Nici o parte a acestei lucrări nu poate fi reprodusă fără acordul


scris al Ministerului Educaţiei, Cercetării, Tineretului şi Sportului.

ISBN 973-0-04103-2
Table des matières

TABLE DES MATIERES

Unité d’apprentissage Titre Page

Introduction 6

1 Les concepts fondamentaux 7

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 1 7


1.1 Le signe 8
1.1.1 Le signe en sémiotique 8
1.1.2 Le signe linguistique 10
1.1.3 Communication linguistique et non linguistique 12
1.2 Qu’est-ce qu’une langue ? 13
1.3 Compétence et performance 13
1.3.1 La compétence 13
1.3.2 La performance 14
1.4 Parole et discours 14
1.4.1 La parole et la langue 14
1.4.2 Qu’est-ce que le discours ? 14
Test d’autoévaluation 15
1.5 Enonciation et énoncé 15
1.5.1 Enoncer, énoncé, énonciation 15
1.5.2 Le concept et les caractéristiques de l’énonciation 16
1.5.3 Les outils linguistiques de l’énonciation 16
1.5.4 Phrase et énoncé 16
1.5.5 Les éléments de l’énoncé 17
Les clés du test d’autoévaluation 17
Test de contrôle 1 18
Références bibliographiques 18

2 Le lexique et le vocabulaire 19

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 2 19


2.1 La lexicologie 20
2.2 Définitions 20
2.3 Types de mots et types de morphèmes 21
2.3.1 Les mots monomorphématiques 21
2.3.2 Les mots dérivés et les mots fléchis 22
2.3.3 Les différents types de morphèmes 22
2.4 Le lexique 23
2.4.1 Le lexique et les différentes parties du discours 24
2.4.2 Le lexique et la grammaire 25
2.5 Le lexique et le vocabulaire 26

1
Table des matières

2.5.1 Le vocabulaire individuel 26

Test d’autoévaluation 27
2.5.2 Le lexique commun, le lexique total 28
Les clés du test d’autoévaluation 29
Test de contrôle 2 30
Références bibliographiques 30

3 La lexicographie : les dictionnaires 31

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 3 31


3.1 La lexicographie 32
3.2 Les différents types de dictionnaires 32
3.3 Le fonctionnement et la présentation du dictionnaire de langue 33
3.4 Les articles de dictionnaire 34
3.5 La présentation de quelques dictionnaires actuels 35
Test d’autoévaluation 38
Les clés du test d’autoévaluation 40
Test de contrôle 3 40
Références bibliographiques 41

4 La formation des mots : la dérivation préfixale 42

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 4 42


4.1 La typologie de la formation des mots 43
4.2 La dérivation affixale 44
4.2.1 Le radical et la base 44
4.2.2 Les affixes et les désinences 44
4.3. La dérivation préfixale 45
4.3.1 Le préfixe et la forme de la base 45
4.3.2 Le préfixe et la grammaire de la base 45
4.3.3 Le préfixe et le sens de la base 46
4.3.4 Le fonctionnement des préfixes 46
4.3.5 Le sens des préfixes 47
Test d’autoévaluation 48
Les clés du test d’autoévaluation 51
Test de contrôle 4 52
Références bibliographiques 53

5 La formation des mots : la dérivation suffixale 54

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 5 54


5.1 La suffixation 55
5.1.1 Le suffixe et la forme de la base 55
5.1.2 Le suffixe et la grammaire de la base 56
5.1.3 Le suffixe et le sens de la base 57
5.2 Le suffixe 58
5.2.1 Les suffixes nominaux 58
Test d’autoévaluation I 60

2
Table des matières

5.2.2 Les suffixes adjectivaux 61


5.2.3 Les suffixes verbaux 62

Test d’autoévaluation II 62
5.2.4 Les suffixes adverbiaux 63
Les clés du test d’autoévaluation I 64
Les clés du test d’autoévaluation II 64
Test de contrôle 5 65
Références bibliographiques 66

6 La formation des mots: la dérivation parasynthétique, régressive, impropre 67

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 6 67


6.1 La dérivation parasynthétique 68
6.1.1 Les verbes formés par la dérivation parasynthétique 69
6.1.2 Les noms formés par la dérivation parasynthétique 70
6.1.3 Les adjectifs formés par la dérivation parasynthétique 70
6.2 La dérivation régressive 71
Test d’autoévaluation 72
6.3 La dérivation impropre 72
Les clés du test d’autoévaluation 74
Test de contrôle 6 74
Références bibliographiques 75

7 La formation des mots: la composition 76

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 7 76


7.1 La formation des mots par la composition 77
7.2 La composition française 77
7.3 La composition savante 82
7.4 Les plus fréquents éléments des mots composés savants 82
Test d’autoévaluation 85
Les clés du test d’autoévaluation 86
Test de contrôle 7 87
Références bibliographiques 87

8 La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts 88

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 8 88


8.1 Les emprunts 89
8.1.1 Les emprunts aux langues anciennes 89
8.1.2 Les emprunts aux langues romanes 91
8.1.3 Les emprunts aux langues germaniques 91
8.1.4 Les emprunts aux langues slaves 94
8.1.5 Les emprunts aux langues orientales 94
8.2 La siglaison 95
Test d’autoévaluation 96
8.3 L’abréviation 97
Les clés du test d’autoévaluation 98

3
Table des matières

Test de contrôle 8 99
Références bibliographiques 100

9 Les éléments constitutifs du sens lexical 101

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 9 101


9.1 Le sème 102
9.2 La typologie des sèmes 104
9.3 Le classème 106
9.4 Le sémème 107
9.5 L’archisémème 107
Test d’autoévaluation 109
9.6 La dénotation et la connotation 109
9.7 Le champ sémantique 110
Les clés du test d’autoévaluation 112
Test de contrôle 9 112
Références bibliographiques 113

10 Relations lexicales : la synonymie 114

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 10 114


10.1 Les relations de sens 115
10.2 La synonymie 115
10.3 La synonymie relative 116
10.3.1 Les synonymes dénotatifs 117
10.3.2 Les synonymes connotatifs 117
10.4 La synonymie partielle 119
Test d’autoévaluation 121
10.5 Le fonctionnement de quelques synonymes 122
Clés du test d’autoévaluation 123
Test de contrôle 10 124
Références bibliographiques 125

11 Relations lexicales : l’antonymie 126

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 11 126


11.1 L’antonymie 127
11.2 La classification des antonymes 129
11.2.1 Les antonymes componentiels 129
11.2.2 Les antonymes logiques 131
11.3 Traits inhérents et traits contextuels 133
Test d’autoévaluation 134
11.4 Les antonymes d’inversion 135
11.5 Les antonymes converses 135
11.6 Antonymie et incompatibilité 135
Les clés du test d’autoévaluation 136
Test de contrôle 11 137
Références bibliographiques 138

4
Table des matières

12 Relations lexicales : la polysémie 139

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 12 139


12.1 La polysémie 140

12.2 Les types de polysémies 142


12.2.1 La polysémie nominale 142
12.2.2. La polysémie verbale 143
Test d’autoévaluation 145
12.2.3 La polysémie adjective 145
Les clés du test d’autoévaluation 147
Test de contrôle 12 148
Références bibliographiques 150

13 Relations lexicales : l’hyperonymie, l’hyponymie 151

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 13 151


13.1 La définition des relations d’hypo-hypéronymie 152
13.2 Les critères de repérage des hypo-hypéronymes 152
13.3 La structure hiérarchique d’hypo-hypéronymie 153
Test d’autoévaluation 155
13.4 La méronymie 156
13.5 Les structures discursives spécifiques aux hypo-hypéronymes 156
Les clés du test d’autoévaluation 157
Test de contrôle 13 158
Références bibliographiques 160

14 Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie 161

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 14 161


14.1 L’homonymie 162
14.1.1 La distinction homonymie /vs/ polysémie 162
14.1.2 Types d’homonymies 162
14.2 La paronymie 163
Test d’autoévaluation 164
14.3 L’autonymie 165
Les clés du test d’autoévaluation 167
Test de contrôle 14 167
Références bibliographiques 170

Bibliographie 171

5
Introduction

INTRODUCTION

Le module de Langue française contemporaine, Le lexique et les


relations sémantiques, s’adresse aux étudiants de la deuxième
année qui ont parcouru les modules La Morphologie et La
Syntaxe.

Son objectif est de mettre à votre portée des contenus lexicaux


concernant le fonctionnement correct de la langue et l’appropriation
du discours au contexte de son emploi. Les exercices de
compréhension et d’expression écrite vous permettront l’acquisition
d’une langue correcte, souple et expressive.

Le module comprend quatorze unités d’apprentissage dont chacune


commence par la présentation des objectifs.

Des Tests d’autoévaluation sont insérés dans chaque unité


d’apprentissage. Les espaces blancs prévus à l’intérieur de ces
tests sont réservés à votre intervention écrite. Pour vérifier vos
réponses, vous devez consulter la rubrique Clés du test
d’autoévaluation.

A la fin des unités, les rubriques Idées à retenir vous aideront à


faire le point sur les connaissances acquises.

Toutes les unités d’apprentissage comportent, à la fin, un Test de


contrôle. Des instructions concernant la transmission des tests de
contrôle (étudiant ↔ tuteur) figurent en tête de chaque test. Vous y
trouverez aussi des indications concernant le nombre de points que
vous pouvez accumuler.

L’évaluation de vos compétences, dans le domaine de la langue


française contemporaine, comporte deux volets: le contrôle continu
et l’épreuve administrée lors de l’examen semestriel. Dans la note
finale, le contrôle continu compte pour 40%. Le poids réservé à
l’épreuve écrite dispensée à la fin du semestre est de 60%.

Bon travail !

6
Les concepts fondamentaux

Unité d’apprentissage 1

LES CONCEPTS FONDAMENTAUX

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 1 ................................................................. 7
1.1 Le signe ............................................................................................................. 8
1.1.1 Le signe en sémiotique .................................................................... 8
1.1.2 Le signe linguistique ....................................................................... 10
1.1.3 Communication linguistique et non linguistique .............................. 12
1.2 Qu’est-ce qu’une langue ? ............................................................................... 13
1.3 Compétence et performance ........................................................................... 13
1.3.1 La compétence ............................................................................... 13
1.3.2 La performance .............................................................................. 14
1.4 Parole et discours ............................................................................................ 14
1.4.1 La parole et la langue ..................................................................... 14
1.4.2 Qu’est-ce que le discours ? ............................................................ 14
Test d’autoévaluation ............................................................................................. 15
1.5 Enonciation et énoncé ..................................................................................... 15
1.5.1 Enoncer, énoncé, énonciation ........................................................ 15
1.5.2 Le concept et les caractéristiques de l’énonciation ........................ 16
1.5.3 Les outils linguistiques de l’énonciation .......................................... 16
1.5.4 Phrase et énoncé ........................................................................... 16
1.5.5 Les éléments de l’énoncé ............................................................... 17
Les clés du test d’autoévaluation ........................................................................... 17
Test de contrôle 1 ................................................................................................... 18
Références bibliographiques ................................................................................. 18

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 1

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des concepts fondamentaux, vous serez capables de :

• Comprendre les concepts fondamentaux de la linguistique : le signe, le langage, la


langue ; la parole, le discours ; l’énoncé et l’énonciation.
• Faire la distinction entre : le signe, le symbole, le signal et l’indice.
• Reconnaître les caractéristiques du signe linguistique.
• Comprendre les concepts de compétence et de performance.
• Identifier les caractéristiques de l’énonciation.

7
Les concepts fondamentaux

1.1 Le signe
Avant d’aborder l’étude morphologique et sémantique du lexique, il
nous semble indispensable de définir les notions fondamentales
utilisées en linguistique.

Le signe, au sens large, désigne un élément X qui représente un


autre élément Y et lui sert de substitut. Parfois, les signes sont
isolés, sans rapports spécifiques avec d’autres signes, mais le plus
souvent les signes coexistent et entretiennent des rapports
spécifiques entre eux. Ils constituent des systèmes de signes.

Le système suppose qu’à un niveau et à une classe donnée il


existe entre les termes de l’ensemble des relations si étroites que la
modification d’un de ces termes entraîne nécessairement une
modification du système tout entier.

Aujourd’hui, le concept de signe fait l’objet d’une utilisation de deux


grands domaines : la sémiotique (ou sémiologie) et la linguistique.

1.1.1 Le signe en sémiotique


La sémiotique, science qui étudie tous les procédés ou systèmes
de communication et de signification, est fondée sur trois concepts
fondamentaux :

 le concept de code ;
 le concept de signe ;
 le concept de système.

Le signe représente Pour la sémiologie, tout langage au sens large est un code qui
une relation à trois repose sur l’organisation en système d’un ensemble de signes.
termes entre : Dans ce sens, on peut parler de divers codes d’expression : le code
- le signe
- l’objet représenté
verbal, le code non verbal (mimique, geste, posture, etc.), etc.
- l’effet produit La peinture, la musique, le cinéma, à leur tour, peuvent être
analysés comme systèmes de signes.

Selon le philosophe et logicien américain Charles Sanders Pierce


(1839-1914), la science du signe étudie une relation à trois termes
entre : le signe, l’objet représenté (auquel le signe se substitue) et
l’effet que le signe produit.

Dans le vocabulaire technique de la sémiologie, un signe est une


entité composée de deux éléments solidaires :

 une forme, élément perceptible par les organes sensoriels,


 un sens, élément perceptible par l’esprit.

8
Les concepts fondamentaux

Dans l’ensemble de signes, on peut distinguer :


 les symboles,
 les icônes,
 les indices et
 les signaux.

 Le symbole c’est le signe qui renvoie à son objet par une


convention : dans le code de la route, le feu vert est signe que le
passage est libre et le feu rouge signifie que le passage est interdit;
ces signes, qui ne renvoient à la liberté de passage que par
convention, seront donc considérés comme des symboles. Les
mots d’une langue peuvent également être considérés comme des
symboles.

On peut remarquer que le code routier utilise des symboles


reconnus dans toutes les cultures du monde contemporain :
- un Z sur un panneau routier annonce un double virage,
- un dessin de cuiller et fourchette entrecroisées annoncent un
restaurant,
- un sapin et un petit toit sont le symbole d’une aire de repos,
- un lit, c’est l’annonce d’un hôtel.

 L’icône c’est le signe qui procède par la mise en évidence de


propriétés identiques à celles de l’objet représenté: une tache bleue
pour la couleur bleue, une tache verte pour la couleur verte.

 L’indice c’est un signe qui signifie du fait de sa proximité ou de


son analogie avec l’objet représenté : le symptôme(la fièvre) est
l’indice d’une maladie (la grippe). Le ciel d’orage noir et menaçant
n'a pas l'intention de communiquer avec le météorologiste, mais il
est cependant l'indice d'une pluie possible. La fumée est l'indice du
feu, les larmes l'indice de la douleur, les boutons sur la peau l'indice
d’une maladie, etc. L’indice peut être défini comme un fait
immédiatement perceptible, qui fait connaître quelque chose à
propos d'un autre fait qui ne l'est pas.

 Le signal
Contrairement aux indices non intentionnels, il y a des signes qui
impliquent une volonté de communication. Dans ce cas, on parle de
signaux. Par exemple, la canne blanche est le signal que la
personne qui la porte est non-voyante, la croix verte est le signal
des pharmacies, le feu vert le signal du passage libre, le clin d’œil
le signal de la complicité, etc.

Pour schématiser et clarifier ces notions, nous vous invitons à


consulter le tableau suivant, de la figure 1.1 (selon Christian Baylon
et Paul Favre, 1999).

9
Les concepts fondamentaux

Figure 1.1

Dans cet univers des signes, le signe linguistique est un signe


particulier. Le langage humain est un langage incomparablement
plus riche, plus souple et plus efficace que n’importe quel autre
langage.

1.1.2 Le signe linguistique


Le signe linguistique doit sa première formalisation au linguiste
Ferdinand de Saussure (Cours de linguistique générale, 1916).
Celui-ci propose une définition du signe comme résultat de la
combinaison de deux éléments indissociables appelés
respectivement signifiant et signifié.

Les deux éléments  Le signifiant (ou la forme) est l’image acoustique du mot ou du
indissociables du morphème; il est une suite de phonèmes et non de sons.
signe :  Le signifié (ou le contenu) est le concept associé. Par exemple,
- le signifiant on opposera toujours le concept arbre au référent arbre, objet du
- le signifié
monde réel.

Produit de l'association d'une image acoustique et d'un concept, le


signe linguistique est donc une représentation mentale, une entité
psychique et non physique.

A la conception dyadique du signe linguistique, d’essence


saussurienne, on préfère aujourd’hui une conception triadique,
selon laquelle il y a une triple relation entre :

 sens (référence),
 signe et
 chose (ou état de choses).

Pour comprendre ces notions, nous vous proposons de regarder


attentivement l’image de la figure 1.2., reproduite par Mme M.
Tuţescu, d’après S. Ullman:

10
Les concepts fondamentaux

Sens

symbolise se rapporte à

Une triple relation Nom Chose


entre : représente
- le sens (rapport fictif)
- le signe
- la chose Figure 1.2 (S.Ullman,1959 :22, in M. Tutescu,1974 :21)

Le signe linguistique exprime, d’une part, un rapport entre un


concept et une image acoustique ou scripturale et d’autre part, il
renvoie à un objet de la réalité (ou à un état de choses), tout en
étant un substitut autonome de la réalité à laquelle il renvoie.

Dans ce dernier rapport, le signe assure sa fonction référentielle (la


référence). La référence n’est pas faite à un objet réel, mais à un
objet de pensée : c’est le concept qui réalise une relation médiate
entre l’expression linguistique et la chose.

A la différence des autres systèmes, les langues naturelles sont


doublement articulées.

Définition On définit une langue naturelle comme un système de signes


vocaux doublement articulés: unités distinctives, les phonèmes, et
On définit une langue unités significatives, les morphèmes ; cela, afin de les opposer à
naturelle comme un d’autres systèmes de communication humains (comme la musique)
système de signes ou animaux (comme le langage des abeilles).
vocaux doublement
articulés : La combinaison des formes acoustiques et des formes de sens
- unités significatives s’appelle « la double articulation du langage » :
(les morphèmes)
- unités distinctives  la première articulation, c’est ce qu’on saisit en premier : les
(les phonèmes).
unités signifiantes, unités pourvues de sens. Les unités de cette
première articulation sont généralement appelées morphèmes. Un
morphème est la plus petite unité ayant une signification dans la
langue.
Par exemple : et, en, enfant, lit, maison, etc.
Un mot peut être formé d’un morphème (jardin, table, homme, etc.),
de deux morphèmes (enfant-in, jardin-age, etc.) et aussi de
plusieurs morphèmes (in-juste-ment, anti-constitution(n)-elle-ment,
etc.).

 la deuxième articulation est l’agencement des unités minimales


appelées phonèmes et qui n’ont pas de sens. Ces unités ont pour
fonction de distinguer entre elles les unités de première articulation.
Par exemple, les mots monomorphématiques raison et saison se
distinguent par les phonèmes [R] et [S].

11
Les concepts fondamentaux

Le signe linguistique possède des propriétés essentielles :

 Il présente deux faces indissociables. Pour représenter ce


caractère, Saussure utilise la métaphore de la feuille de papier: tout
comme on ne peut en découper le recto sans en même temps en
découper le verso, on ne peut séparer le signifiant du signifié.

 Il est arbitraire. La relation entre le signifiant et le signifié est de


type conventionnel. Elle n'est motivée par aucune relation
nécessaire de cause à effet. Elle possède cependant un caractère
contraignant. A partir du moment où l'on s'est entendu pour appeler
un cheval un cheval, on est contraint d'utiliser ce mot pour se faire
comprendre. Il n'est pas possible de le remplacer, de sa propre
initiative, par le mot poisson. Même dans le cas de certaines
onomatopées qui reproduisent des bruits de la réalité, la diversité
tant historique que géographique des signes utilisés témoigne de
cet arbitraire. Le cocorico gaulois devient kikiriki chez les Italiens,
cucurigu chez les Roumains.

 Il est linéaire. Le signifiant, dans la mesure où il s'inscrit dans le


temps, présente un caractère linéaire. Ce caractère linéaire est dû à
la nature orale du langage : il est pratiquement impossible de
prononcer simultanément deux sons, deux syllabes ou deux mots.
Le langage se manifeste oralement et se déroule dans le temps.
Cette linéarité se manifeste aussi dans la transcription alphabétique
qui se déroule dans l’espace. Les éléments se présentent donc
successivement à la différence d'autres signes sémiotiques, comme
un panneau du code de la route, dont les différents symboles
constitutifs peuvent être lus indépendamment d'un ordre prescrit.

1.1.3 Communication linguistique et non linguistique


On vient de constater que parallèlement au langage des hommes, il
existe de nombreux autres systèmes de communication non
linguistiques. Les systèmes de symboles ou les systèmes de signes
arbitraires en font partie.

La carte routière est un bon exemple des systèmes de symboles :


chaque élément a sa représentation symbolique, les petits avions
symbolisent des aérodromes, les petites touffes d'herbe des marais,
les croix des cimetières, etc. Le code de la route – dans lequel les
panneaux circulaires signifient une injonction, les panneaux
rectangulaires une information, les panneaux triangulaires un
danger – forme également un système de communication non
linguistique.

En effet, la notion de système implique la présence de signes


stables d'un message à l'autre qui se définissent fonctionnellement
par leur opposition les uns aux autres.

12
Les concepts fondamentaux

1.2 Qu’est-ce qu’une langue ?


Le mot langue a de nombreux emplois en linguistique.
Dans son sens courant, la langue est un langage commun à un
groupe social, à une communauté linguistique. C'est le moyen de
mise en oeuvre du langage, cette faculté d'expression et de
communication verbales entre les hommes. La langue c’est le
social, c’est la cristallisation des expériences du groupe.

Ferdinand de Saussure distingue à l'intérieur du langage d'un côté


l'ensemble des phénomènes liés de près ou de loin à son utilisation,
qu'il regroupera sous le nom de parole et, de l'autre, l' objet du
linguiste, c'est-à-dire l'aspect de ces phénomènes sur lequel le
linguiste doit se pencher: Saussure l'appelle la langue.

La langue est vue comme un phénomène social, comme un fait


collectif: C'est en fait un produit social de la faculté de langage et un
ensemble de conventions que le corps social adopte pour permettre
l’exercice de cette faculté par les individus.

La parole, quant à elle, est individuelle.

Le concept de langue, au centre de la linguistique structurale, est


concurrencé par celui de parole ou de discours. Après avoir
privilégié l’étude de la langue, la linguistique se tourne vers une
étude qui tient compte du sujet de l’énonciation ainsi que de la
situation de communication.

1.3 Compétence et performance


Les concepts de compétence et de performance sont
fondamentaux en linguistique. Introduits par le linguiste américain
Noam Chomsky, ils sont la base de la linguistique générative.

1.3.1 La compétence
La compétence désigne la connaissance implicite qu'un sujet
parlant possède sur sa langue. Cette connaissance implique la
faculté de comprendre et de produire, à partir d'un nombre fini de
règles, l'ensemble infini des phrases grammaticales d'une langue
(cet ensemble comprenant des phrases que le locuteur n'a jamais
entendues). Cette connaissance implique également la capacité de
distinguer les énoncés bien formés de ceux qui ne le sont pas, les
phrases ambiguës ou les phrases inacceptables. Analysons les
énoncés suivants (dont certains sont déjà célèbres en linguistique) :
1. Le chat est sur le paillasson.
2. Pierre ne bat pas Marie dans le jardin.

3. D'incolores idées vertes dorment furieusement.


4. Moi vouloir toi.

13
Les concepts fondamentaux

Le locuteur percevra (1) comme une phrase bien formée, (2)


comme une phrase ambiguë (on ne sait pas, hors contexte, sur
quoi porte la négation : Pierre ne bat pas du tout Marie, ou bien Il la
bat mais non pas dans le jardin), (3) comme une phrase
grammaticale, bien formée, mais incompréhensible, et (4) comme
une phrase mal formée (violant les règles morphosyntaxiques) mais
compréhensible.

1.3.2 La performance

Le concept de performance, assez proche du concept saussurien


de parole, désigne la mise en oeuvre effective de la compétence
linguistique dans des actes de parole qui sont chaque fois
différents. L’étude de la compétence, l’étude grammaticale, est
considérée comme prioritaire par rapport à l’étude de la
performance. Une phrase grammaticale et acceptable au niveau de
la compétence pourra néanmoins être jugée difficilement
acceptable au niveau de la performance si elle est trop longue, si
elle exige de trop gros efforts de mémorisation, etc. La performance
s'avère donc plus limitée que la compétence.

1.4 Parole et discours

Pour décrire les phénomènes linguistiques, le français dispose de


plusieurs mots: langage, langue, parole, discours. Il est clair
qu'aucun de ces mots n'a de sens fixe en soi : chaque école
linguistique leur donne un sens différent. La linguistique doit sans
cesse repenser et redéfinir ces termes très généraux.

1.4.1 La parole et la langue


Dans l'opposition fondamentale langue/parole décrite par Ferdinand
de Saussure, la parole apparaît comme un fait individuel, alors que
la langue serait de l'ordre du social. La parole peut être définie
comme l'exploitation individuelle et concrète de la langue par un ou
des individus, à un moment et en un lieu donnés.
Mais l'exploitation individuelle de la langue est par essence
momentanée et instable, donc elle ne peut constituer l’objet d'une
science.

1.4.2 Qu'est-ce que le discours?


Certains linguistes remplacent le terme de parole par celui de
discours. Selon eux, le terme parole semble ne référer qu'à l'usage
oral et non à l’écrit. Dans le cadre de l'opposition langue/discours, le
terme discours a le même sens que celui de parole: il renvoie à
l’usage effectif du langage tel qu'il se réalise dans une situation
énonciative.
Il existe une interaction entre langue et discours. En effet, la langue,
contrairement au discours, n'offre pas de visibilité directe : on ne
peut avoir accès à la langue qu'à travers ses manifestations
concrètes en discours. L’observation de ces manifestations est par

14
Les concepts fondamentaux

ailleurs le seul fondement de l'existence de la langue. Inversement,


le discours n'est possible que parce que le système de la langue le
produit.

Cette interaction montre bien également qu'une évolution au niveau


du discours peut entraîner à terme un changement dans le système
de la langue.

Test d’autoévaluation
Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique
Clés du test d’autoévaluation.

Vrai ou Faux ?
V F
Les signes constituent des systèmes de signes. □ □
Le code de la route est un système de signes. □ □
L’indice a l’intention de communiquer quelque chose. □ □
La fumée est un symbole. □ □
La canne blanche est un symptôme. □ □
Le signe linguistique est formé de deux éléments indissociables : □ □
le signifiant et le signifié.
Le signe linguistique exprime un triple rapport entre le nom (le signe), le sens (le □ □
référent) et la chose (ou état de choses).
Les langues naturelles sont doublement articulées. □ □
La parole est un fait collectif. □ □
La langue n’est pas un phénomène social. □ □

1.5 Enonciation et énoncé

1.5.1 Enoncer, énoncé, énonciation


Par le mot énoncé, forme de participe passé du verbe énoncer, on
désigne un produit, le résultat d'un acte. Par le mot énonciation,
construit à partir de la forme active du même verbe, on désigne le
processus même qui a pour aboutissement l'énoncé.
Ce processus est unique: il n'est pas susceptible d'être reproduit
comme l’énoncé. S'il est reproduit, cela se réalise dans des
conditions nouvelles d'énonciation.
L'énonciation est donc ce qui rattache l'énoncé à la réalité : aux
sources d’émission, à l’espace, mais aussi au temps.

15
Les concepts fondamentaux

1.5.2 Concept et caractéristiques de l'énonciation

Au sens strict, l’énonciation désigne l'acte même d’énoncer. Pour


l’étudier, on doit prendre en compte un grand nombre de
paramètres:

 la personne de l’énonciateur, source de l’énonciation ;


 la personne de l’énonciataire, destinataire de l’énonciation ;
 l’acte de langage dans lequel l’énonciation se trouve engagée ;
 les conditions sociales, historiques, qui l'entourent ;
 le lieu où se produit l’énonciation ;
 le moment de la production de l’énonciation, etc.

1.5.3 Les outils linguistiques de l’énonciation


Toutes les langues disposent d'un certain nombre de termes, de
tournures, qui renvoient à l'énonciation.
Les pronoms je et tu, par exemple. Ils ne peuvent pas s'analyser
en dehors de la situation d'énonciation.
En même temps de nombreux adverbes de lieu, de temps, comme
ici, maintenant, qui situent l'énonciation dans la réalité, ont un peu
la même fonction.

De manière générale, tous les mots qui aident à mettre en relation


l'énoncé avec la réalité pourront être qualifiés d'embrayeurs (ce mot
est une traduction du mot anglais shifters).

Certains mots mettent l’accent sur l'aspect subjectif de


l'énonciation: par exemple, des termes affectifs comme lorsque l'on
appelle quelqu'un chéri, ou des termes exprimant une forme de
jugement ou d'évaluation, comme les adjectifs délicieux, horrible,
décevant...

Tous ces mots donnent d'une manière ou d'une autre des


renseignements sur l'énonciation.

1.5.4 Phrase et énoncé


La phrase apparaît comme une unité abstraite, hors contexte, une
suite de mots organisés conformément à la syntaxe. Elle peut être
réalisée par de multiples occurrences, chaque fois qu'elle est prise
en charge par un énonciateur: on parle alors d'un énoncé, qui est la
réalisation d'une phrase dans une situation déterminée.

Soit la phrase :
Veuillez attacher votre ceinture.
Cette phrase se réalise en un énoncé différent dans chaque
situation particulière d'énonciation. Chaque fois que cette séquence
est prononcée par une hôtesse ou un steward, ou encore par un
policier qui contrôle votre véhicule, un énoncé différent de cette
même phrase est produit, dans la mesure où les circonstances de
l'énonciation sont différentes.

16
Les concepts fondamentaux

1.5.5 Les éléments de l'énoncé


L'énoncé peut se présenter selon diverses modalités. On distingue
généralement des énoncés déclaratifs, interrogatifs et injonctifs.

Selon la modalité déclarative, le locuteur assume son énoncé


comme vrai.
Si je dis : Le chat est sur le paillasson, je dis par là même que je
considère mon énoncé comme vrai.

En modalité interrogative (Pierre vient-il ?), le locuteur suspend son


jugement et attend la réponse de l'interlocuteur.

En modalité injonctive (Viens !), le locuteur essaie d'agir sur son


interlocuteur (le déterminer à faire quelque chose) pour inscrire son
énoncé dans la réalité.

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 1, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

 Les concepts fondamentaux en linguistique sont des outils indispensables dans


l’étude du lexique et des relations sémantiques d’une langue.
 La langue est un système de signes. Le signe linguistique est analysé comme une
unité biplane (constituée d’un signifiant et d’un signifié), ou comme une unité qui
rend compte d’une triple relation entre sens(ou référence), signe et chose(ou état
de choses).
 Les langues naturelles sont des systèmes de signes doublement articulées (en
unités ayant un sens - paragraphe, phrase, syntagme, mot, morphème - et en
unités n’ayant pas de sens - les phonèmes).
 Le langage existe chaque fois qu’il y a un système de signes destiné à transmettre
une information.
 Les distinctions : langue/parole/discours rendent compte de l’opposition :
collectif/individuel ; général/particulier.
 L’énoncé, en tant que produit de l’acte individuel d’énonciation, porte les marques
de ses conditions de production : il est ancré dans le contexte qui le génère et qu’il
construit au fur et à mesure qu’il évolue.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

V, V, F, F, F, V, V, V, F, F

17
Les concepts fondamentaux

Test de contrôle 1

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 1.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de
repérage et de réemploi des concepts fondamentaux de la linguistique qui y sont
recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de
marquer votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page
de votre copie. N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes
supposés le recevoir, après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Présentez les caractéristiques du signe en sémantique.


(2 points)
2. Présentez les caractéristiques du signe en linguistique.
(2 points)
3. Faites la différence entre la performance et la compétence.
(2 points)
4. Quelles sont les différences entre la langue et le discours ?
(2 points)
5. Développez dans un paragraphe les caractéristiques de l’énonciation.
(2 points)
Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 1. Essayez de
les rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des
exemples de votre choix.

Références bibliographiques
1. Baylon, Ch., Fabre, P., Initiation à la linguistique. Cours et applications corrigés,
Nathan Université, Paris, 1999, p. 5.

2. Cocula, B., Peyroutet, C., Didactique de l’expression, de la théorie à la pratique,


Librairie Delagrave, Paris, 1978, p. 9-60.

3. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français


contemporain, Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001, p. 9-25.

4. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et


morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 9-12.

5. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 7-47.

6. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du


vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 13-30.

7. Siouffi, G., Raemdonck, D. Van, 100 fiches pour comprendre la linguistique,


Bréal, Rosny, 1999, p. 28-52, 74-116.
8. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 7-40.

18
Le lexique et le vocabulaire

Unité d’apprentissage 2

LE LEXIQUE ET LE VOCABULAIRE

Sommaire page

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 2 ............................................................... 19


2.1 La lexicologie .................................................................................................... 20
2.2 Définitions ......................................................................................................... 20
2.3 Types de mots et types de morphèmes ............................................................ 21
2.3.1 Les mots monomorphématiques ..................................................... 21
2.3.2 Les mots dérivés et les mots fléchis ................................................ 22
2.3.3 Les différents types de morphèmes ................................................ 22
2.4 Le lexique ......................................................................................................... 23
2.4.1 Le lexique et les différentes parties du discours.................................. 24
2.4.2 Le lexique et la grammaire .................................................................. 25
2.5 Le lexique et le vocabulaire .............................................................................. 26
2.5.1 Le vocabulaire individuel ................................................................. 26
Test d’autoévaluation .............................................................................................. 27
2.5.2 Le lexique commun, le lexique total ................................................ 28
Les clés du test d’autoévaluation ............................................................................ 29
Test de contrôle 2 ................................................................................................... 30
Références bibliographiques .................................................................................. 30

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 2

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des notions comme le lexique et le vocabulaire, vous serez capables de :

• Maîtriser et utiliser correctement les concepts théoriques de la lexicologie.


• Identifier les classes de mots et les types de morphèmes.
• Distinguer les différents domaines d’étude : le lexique, les parties du discours, la
grammaire.
• Faire la distinction entre le lexique d’une langue et le vocabulaire d’un locuteur.

19
Le lexique et le vocabulaire

2.1 La lexicologie
 La lexicologie est une branche de la linguistique qui étudie les
unités lexicales, (les mots d'une langue) et s'intéresse à la forme et
au sens des mots. Le lexique est situé au carrefour des autres
Branches de la secteurs de la linguistique :
linguistique :
- la lexicologie  La phonologie, qui est la science qui étudie les phonèmes non en
- la phonologie eux-mêmes, mais quant à leur fonction dans la langue.
- la morphologie
- la syntaxe  La morphologie, qui est l’étude de la formation des mots et des
- la sémantique variations de forme qu'ils subissent dans la phrase. Elle s’intéresse
donc à la forme des mots.

 La syntaxe, qui est l’étude des relations entre les formes


élémentaires du discours et qui s’intéresse à leurs propriétés
combinatoires.

 La sémantique, qui est l’étude du langage considéré du point de


vue du sens. Elle s’intéresse donc à la signification des unités de
sens.

Le lexique ne forme pas un système au sens strict, mais constitue


un ensemble ouvert et non autonome.

2.2 Définitions

• Le lexique désigne conventionnellement l'ensemble des mots au


moyen desquels les membres d'une communauté linguistique
communiquent entre eux. Cette définition du lexique prend en
compte le mot, en tant qu'élément de base de l'ensemble.

• Le mot est donc une unité lexicale ayant une structure phonique
et graphique stable, que l'on apprend à reconnaître et à reproduire.
L’identité d’un mot est constitué de trois éléments : une forme, un
sens et une catégorie grammaticale.

• Le morphème est le signe linguistique minimal ; par exemple, le


mot dédouanage s’analyse en trois morphèmes : dé-douan-age.

• La lexie est un groupe de morphèmes intégré constituant une


unité de signification. La lexie peut être simple, formée d’un seul
morphème (fume) ou composée, formée de plusieurs morphèmes
(fumerions) ; elle peut être formée de mots dérivés (fumeur) ou de
mots composés (fume-cigarette).

Selon leur structure, les mots peuvent avoir un seul morphème


(fille, maison, moustique...), plusieurs morphèmes (fill-ette, in-sépar-
able...), ou peuvent être formés de deux ou plusieurs unités

20
Le lexique et le vocabulaire

lexicales qui ont une certaine autonomie dans la langue (à pas de


loup, à vol d’oiseaux, etc.).
En fait, on peut dire que le lexique regroupe des unités qui se
distribuent sur plusieurs niveaux:
 le niveau des morphèmes;
 le niveau des mots;
 le niveau des expressions.
Chaque unité linguistique entre dans la composition d'une unité
supérieure où elle fonctionne comme intégrant, et cette intégration
permet de produire un nombre incalculable de signes avec un
nombre restreint d'unités.

2.3 Types de mots et types de morphèmes

2.3.1 Mots monomorphématiques


Quand le mot est formé d'un seul morphème, il est un mot
monomorphématique ou un mot simple:
fille, garçon, abeille, beau, timide.

Le morphème est défini comme la plus petite unité de signification


de la langue. Par exemple, fille [fij] est un morphème qui est
segmentable en phonèmes /f/-/i/ -/j/, unités qui de par leur
combinaison contribuent à la signification, mais ne sont pas, en
elles-mêmes, porteuses d'un sens. Il est important de noter qu'un
mot monomorphématique peut comporter une ou plusieurs
syllabes:
fille [fij], garçon [gar-son], timide [ti-mid]

Il y a des morphèmes qui ne contiennent qu'un seul phonème. C'est


Le morphème est le cas, par exemple, de la préposition à [a], du pronom y [i] ou de
défini comme la l'article élidé l’ [l]. Puisque ces unités ont un sens, elles sont en
plus petite unité de même temps des phonèmes et des morphèmes.
signification de la
langue Le morphème constitue une unité linguistique, parce qu'il existe des
procédures pour l'isoler. Mais il n'en va pas de même du mot, qui
peut être défini comme la forme linguistique la plus petite qui ait une
autonomie.

Le phonème, quant à lui, n’a pas d’autonomie. Beaucoup de


morphèmes ne se rencontrent jamais à l'état libre et ont besoin
d'entrer en combinaison avec un autre morphème. Par exemple, le
morphème -eur que l'on trouve dans instituteur, le morphème re-
que l'on trouve dans refaire, etc.

Un morphème autonome acquiert donc le statut de mot, de même


qu'un phonème qui présente un sens constitue un morphème. Par
exemple, la conjonction et [e] est un phonème, un morphème et un
mot (monomorphématique).

21
Le lexique et le vocabulaire

2.3.2 Les mots dérivés et les mots fléchis

Une très grande partie des mots (environ 75 %) du lexique de la


langue française est composée de deux ou de plusieurs
morphèmes. Selon le type de morphème, on peut distinguer les
mots dérivés (type travailleur) des mots fléchis (type écrivons).

La commutation permet de segmenter les mots en morphèmes.


Le mot travailleur, par exemple, s'analyse en deux morphèmes :
[travaj]-[œR]. Le mot écrivons s'analyse en [écriv]-[õ]. Chacun des
segments ainsi dégagés est porteur d'un sens. Une partie de mot
peut constituer un morphème et donc, peut être remplacée par un
autre élément, donc commuter avec lui :
travail - eur
- euse
- er, etc.

La commutation doit obligatoirement être pratiquée sur les deux


parties du mot:
travail-eur
chant-
march-
dans-
camp-, etc.
Les parties des mots ainsi isolés sont des morphèmes si elles
présentent un sens. Le morphème -eur dans travailleur, chanteur,
marcheur, danseur, campeur, etc. désigne l'agent de l'action, celui
qui chante, marche, etc. Mais dans blancheur, fraîcheur, grandeur,
largeur, etc., la commutation permet d'isoler une même forme -eur,
mais ce morphème, au lieu de signifier l'agent de l'action, désigne
la qualité de ce qui est blanc, frais, grand, etc. On est donc en
présence de deux morphèmes homonymes : deux formes de
prononciation identique, -eur, mais de sens différent.

2.3.3 Les différents types de morphèmes


Généralement, on divise les morphèmes en deux grandes classes:
• les morphèmes lexicaux ou lexèmes;
• les morphèmes grammaticaux ou grammèmes.

Les morphèmes lexicaux permettent au mot d'avoir une autonomie


sémantique, tandis que les morphèmes grammaticaux insèrent le
mot dans des séries et indiquent, souvent, ses relations avec
d'autres éléments de la phrase. Ainsi, dans le mot dérivé chanteur,
chant- est un morphème lexical qui permet de distinguer le mot des
autres mots de la même série : danseur, marcheur, voleur,
campeur. Le morphème -eur est aussi un morphème lexical,
indiquant l’agent de l’action. Le mot fléchi danserons se décompose
en dans-, morphème lexical exprimant l'idée de « danser », -er-,
morphème grammatical, exprimant l'idée du futur, et -ons, autre
morphème grammatical, exprimant l'idée de la première personne
du pluriel.

22
Le lexique et le vocabulaire

Les morphèmes grammaticaux interviennent dans l'organisation


grammaticale de la phrase. A l’intérieur des morphèmes
grammaticaux on peut distinguer deux types principaux :

 les morphèmes dérivationnels. Certains morphèmes


Les deux grandes grammaticaux, ajoutés à une base, composée d’au moins un
classes de morphème lexical, permettent la création de mots nouveaux. Les
morphèmes : morphèmes, essentiellement des préfixes et des suffixes, sont
- lexicaux appelés morphèmes dérivationnels ; ils forment l’objet d’étude de la
- grammaticaux
morphologie dérivationnelle.

 les morphèmes flexionnels. Les autres morphèmes


grammaticaux sont des marques grammaticales et ils forment
l’objet d’étude de la morphologie flexionnelle.

Dans ce sens on peut identifier des marques morphosyntaxiques


(nombre, genre, personne, temps et mode) ou des mots-outils qui
marquent les relations entre mots et groupes de mots dans la
structure phrastique (prépositions et conjonctions) ou qui assurent
Les morphèmes l'actualisation d'une autre partie du discours (les déterminants).
grammaticaux sont :
- dérivationnels Les morphèmes grammaticaux qui véhiculent les notions de genre,
- flexionnels de nombre, de personne, de temps ou de mode, on les appelle des
morphèmes flexionnels. Ils servent à transmettre des notions
générales souvent axées sur la situation d'énonciation,
contrairement aux morphèmes lexicaux qui véhiculent des concepts
ayant leur spécificité propre.

Les morphèmes lexicaux sont extrêmement nombreux. Leur liste


est ouverte dans la mesure où elle accueille régulièrement de
nouvelles unités. Les morphèmes grammaticaux sont en nombre
restreint. Leur liste est fermée, et on arrive à les répertorier.

Pour conclure, nous dirons qu’on peut distinguer quatre sortes de


morphèmes :

 les lexèmes libres (les noms propres),


 les lexèmes liés (qui figurent dans des lexies complexes: march-
dans marcher),
 les grammèmes libres (les prépositions),
 les grammèmes liés (les flexions).

2.4 Le lexique
L’ensemble des mots d’une langue constitue son lexique. Cet
ensemble n’est pas du tout clos et se sépare en divers sous-
ensembles :

• Lexique général et lexique de spécialité


Le lexique général est commun à tous les locuteurs. Les lexiques
de spécialité sont liés à un domaine spécifique : science (physique,

23
Le lexique et le vocabulaire

chimie), technique (informatique), métier (menuiserie), activité


(jardinage) etc.

• Variations du lexique général


Le lexique d’une langue varie partiellement selon trois facteurs
principaux : le temps, l’espace, le registre:

 la variation dans le temps, c’est la variation diachronique. On


peut facilement constater que le lexique du français contemporain
n’est plus identique à celui des périodes précédentes. Il y a des
mots anciens qui disparaissent et des mots nouveaux qui
apparaissent.

 la variation dans l’espace, c’est la variation diatopique. Selon les


régions, il y a des mots spécifiques qu’on ne rencontre pas ailleurs ;

 la variation liée aux registres, c’est la variation diastratique. On


distingue donc plusieurs strates horizontales : familières, littéraires,
argotiques, etc.

2.4.1 Le lexique et les différentes parties du discours


Le lexique se répartit en classes fonctionnelles traditionnellement
appelées « parties du discours ». Elles concernent la nature du mot,
qui s'oppose à sa fonction. Par exemple, chat fait partie de la
classe des noms et a la fonction de sujet dans Le chat ronronne.

Le lexique se
En général, la classification grammaticale distingue huit catégories
répartit en classes différentes :
fonctionnelles
traditionnellement 1. verbes (aimer, chanter, lire, prendre) ;
appelées «parties 2. noms ou substantifs (enfant, femme, maison, amour, haine) ;
du discours ». 3. déterminants (le, une, ce, mon, nos, deux, plusieurs...) ;
4. adjectifs (beau, pauvre, intelligent, petit, mauvais...) ;
5. pronoms (je, il, celui, ceux, le mien, la mienne, nulle...) ;
6. adverbes (lentement, vite, peu, beaucoup, vaguement...) ;
7. prépositions (à, de, vers, pour, depuis...) ;
8. conjonctions (et, mais, quand, parce que...).
D'après certaines grammaires, les interjections (ah!, oh!, eh!...)
forment la 9e catégorie grammaticale.

Chaque classe (ou partie du discours) peut à son tour se subdiviser


en sous-classes (ex.: déterminants articles, déterminants
démonstratifs, déterminants possessifs, déterminants indéfinis et
cardinaux, etc.). Cette classification est valable pour de très
nombreuses langues.

Une partie du discours est une classe d'équivalences qui rassemble


les mots en catégories fonctionnant de façon identique. Les règles
grammaticales s'appliquent ensuite de façon générale à ces
classes. La classification des mots en parties du discours s'établit
selon des critères morphologiques, sémantiques et syntaxiques.

24
Le lexique et le vocabulaire

Le substantif et le verbe, par exemple, s'opposent déjà par leurs


morphèmes flexionnels (genre et nombre pour le substantif,
personne, temps et mode pour le verbe). Ces deux classes
s'opposent aussi par leur fonctionnement syntaxique. Le substantif
est régi par le verbe, alors que le verbe ne l'est par rien. Le
substantif et le verbe sont différents aussi du point de vue
sémantique. Le premier renvoie à un être, individu ou chose, alors
que le verbe dénote une action, un événement ou un état.

2.4.2 Le lexique et la grammaire

Le lexique est très couramment opposé à la grammaire. Selon cette


perspective, il s’agit en quelque sorte de deux domaines
complémentaires : la grammaire fournit les règles qui permettent de
combiner les mots et les groupes de mots pour former des phrases
et le lexique représente l'ensemble des unités qui constituent son
matériau de base.

Cependant, cette distinction n'est pas toujours simple: la frontière


tracée entre ces deux domaines complémentaires est fragile. Les
grammaires répertorient des listes de mots (les prépositions, les
pronoms, par ex.) dont elles s'attachent à décrire le fonctionnement
et dans les dictionnaires on rencontre couramment des indications
sur le genre des mots, leur accord et leur place dans la phrase.

On peut observer que dans les unités lexicales comme jolie,


maisons, travaillerons, une partie appartient au domaine de la
grammaire (formation du féminin, du pluriel, conjugaison verbale) ;
et dans des mots comme étrange et étrangement, la grammaire
reconnaîtra un segment final qui est à l'origine d'un changement de
catégorie.

Soulignons encore une différence entre le lexique et la grammaire.


Les règles de grammaire d’une langue étant en nombre limité, la
plupart des usagers parviennent à les maîtriser. Ils n'ont aucun mal
à reconnaître une phrase incorrecte d'une phrase correcte. En
revanche, aucun usager n'est capable de maîtriser le lexique de sa
langue, parce que celui-ci est formé d'un nombre d'unités
incalculable.

Du point de vue de l'apprentissage de la langue, on constate que


les connaissances grammaticales sont acquises assez tôt une fois
pour toutes, alors que les connaissances lexicales ne cessent de
s’enrichir au cours de la vie de l'usager.

25
Le lexique et le vocabulaire

2.5 Le lexique et le vocabulaire

Les linguistes distinguent souvent le lexique du vocabulaire.

Le lexique d'une Le lexique d'une langue doit être considéré, avant tout, comme une
langue est entité théorique. C'est l'ensemble des mots qu'une langue met à la
l'ensemble des mots disposition des locuteurs.
que cette langue met
à la disposition des
locuteurs.
Nous avons vu plus haut qu’à côté des termes généraux,
susceptibles d'être utilisés par la plupart des usagers, le lexique
d’une langue naturelle contient toujours un grand nombre de termes
de spécialité. Les termes d’astrologie, de linguistique, de médecine,
etc., ne peuvent fonctionner que parmi les spécialistes de ces
sciences.

On peut donc faire une distinction entre :

- les termes généraux (connus et utilisés par la plupart des


usagers),
- les termes spéciaux (qui ne sont employés que par des groupes
restreints de spécialistes).

Dans ce dernier cas, les linguistes parlent souvent de « langue


technique» ou de «jargon de métier ou de profession ».
Le vocabulaire est
envisagé comme Le vocabulaire est, pour sa part, souvent envisagé comme
l'ensemble des mots l'ensemble des mots utilisés par un locuteur donné dans une
utilisés par un réalisation orale ou écrite. Selon cette perspective, le lexique est
locuteur donné dans une réalité de langue à laquelle on ne peut accéder que par la
une réalisation orale connaissance des vocabulaires particuliers qui sont une réalité de
ou écrite. discours.

2.5.1 Le vocabulaire individuel

Chaque locuteur a un vocabulaire (composante lexicale de son


idiolecte) qui est unique, aussi bien par la nature que par la quantité
des mots connus. Cette unicité tient de l’histoire de l’individu, des
influences différentes, de son origine géographique et de son
origine sociale.

On a pu observer que le vocabulaire individuel est relativement


réduit; il semblerait que, selon le niveau socioculturel des individus,
le vocabulaire varie pour une langue de civilisation entre 3 000 et
40 000 mots.

Les termes dont un individu donné se sert généralement


appartiennent à plusieurs catégories différentes: des mots du
langage soutenu, des mots du langage familier ou quotidien, des
mots d'argot, des mots triviaux, des mots grossiers, voire obscènes,
des mots techniques...

26
Le lexique et le vocabulaire

Le vocabulaire individuel contient deux sortes de vocables :

 le « vocabulaire actif », que le locuteur emploie habituellement ;


 le « vocabulaire passif », constitué de mots que le locuteur ne
connaît que passivement.

Certains mots ne lui sont intelligibles que par le contexte ou par les
circonstances extralinguistiques dans lesquelles ils sont employés.

Le vocabulaire individuel d’une personne résulte de l'acquisition des


mots rencontrés durant son existence. Les mots acquis ne sont pas
connus dans toutes leurs acceptions, ils subissent les limites de
l’expérience individuelle. Les seules acceptions retenues sont celles
qui correspondent à ce que l'individu a vécu.

Le vocabulaire individuel n'est ni constant ni limité: bien au


contraire, il est fluctuant. Au cours de sa vie, le locuteur perd
certains mots et surtout il en apprend d'autres. Le nombre des
termes qu'il sait interpréter varie donc plus ou moins au long des
années et le sens de certains termes change au fur et à mesure
que la signification conventionnelle qui les affecte varie elle-même.

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique
Clés du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Segmentez la phrase suivante en éléments (forme écrite) :

Vous redécouvririez ce pays étonnant.


…………………………………………………………………………………………………

2. Segmentez les mots ci-dessous en éléments :

désensibilisation …………………………………………………………………………….
holocauste ……….. …………………………………………………………………………
mégalithe .……………………………………………………………………………………

27
Le lexique et le vocabulaire

2.5.2 Le lexique commun, le lexique total


Notons encore que certains linguistes font la différence entre le
lexique commun et le lexique total.

Le lexique commun d'un état de langue donné est formé par tous
les mots communs à tous les usagers, autrement dit par
l'intersection des idiolectes, c’est-à-dire des vocabulaires
individuels.

Le lexique total est constitué par tous les mots employés par tous
les usagers, c'est-à-dire par la réunion des vocabulaires individuels.
Le lexique total est un ensemble théorique et idéal dans la mesure
où aucun dictionnaire, aucun linguiste n'est capable de le décrire et
de le dénombrer.

Chaque usager d’une langue donnée peut s’apercevoir qu’il


comprend mieux les gens de sa région, de son âge, de son milieu
socioprofessionnel que les autres.
On peut donc envisager à l’intérieur du lexique total quatre types de
sous-lexiques :

 ceux des langues régionales ;


 ceux des langues sociales ;
 ceux des langues thématiques ;
 ceux des langues des générations.

Les mots ne sont pas tous utilisés avec la même fréquence et, de
ce point de vue, on a découvert que le vocabulaire se divise en
deux types de mots :

 ceux de haute fréquence et


 ceux de basse fréquence.

Les linguistes ont procédé à la constitution d’un corpus de textes


oraux enregistrés, à partir duquel ils ont inventorié un grand nombre
de termes.
Ils ont constaté que certains mots n’apparaissent qu’une seule fois,
d’autres deux, trois, quatre fois ; d’autres vingt fois et plus. Il existe
donc un certain nombre de mots (environ mille en français
contemporain) qui s’emploient constamment. Tous les locuteurs
s’en servent tout le temps.
Parmi ces mots, qui ont souvent reçu la dénomination de « mots
fréquents », ce sont les mots grammaticaux qui atteignent les plus
hautes fréquences ; puis les verbes et enfin les adjectifs et les
noms.

28
Le lexique et le vocabulaire

Idées à retenir


Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 2, vous
devez retenir quelques idées fondamentales :
 La lexicologie a pour tâche d’établir la liste des unités qui constituent le lexique
et de décrire les relations entre ces unités.
 Les unités d’analyse lexicale sont le mot, le morphème, la lexie (simple ou
complexe).
 Les mots peuvent avoir un seul morphème (mots monomorphématiques) ou
plusieurs morphèmes.
 Selon le type de morphème (lexical ou grammatical), on peut distinguer les
mots dérivés et les mots fléchis.
 Le lexique d’une langue donnée est constitué par l’ensemble des mots de
cette langue et se divise en deux sous-ensembles : le lexique général
(commun à tous les locuteurs) et le lexique de spécialité (appartenant aux
domaines et métiers).
 Le lexique général connaît des variations diachroniques (dans le temps),
diatopiques (dans l’espace) et diastratiques (registres de langue).
 Le lexique est réservé à la langue et relève de la compétence des locuteurs,
des potentialités lexicales d’une langue naturelle.
 Le vocabulaire est réservé au discours et relève de la performance individuelle
des locuteurs ; c’est l’actualisation des potentialités de la langue à travers le
discours.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1.
Vous + ez 2e personne du pluriel
re- « de nouveau » (valeur itérative)
dé- valeur privative
couvr- « couvrir »
-ir- « futur »
-i- « passé »
ce « démonstratif »
pays « pays »
étonn- « étonner »
-ant formateur adjectif

Il y a donc dans cette phrase des mots dérivés et des mots fléchis.

redécouvririez est dérivé du verbe couvrir, par l’adjonction de deux préfixes re- et dé-
est en même temps fléchi par les terminaisons verbales qui indiquent
la conjugaison -ir + -i- futur + passé font ensemble le conditionnel
présent, (appelé aussi le futur dans le passé) et aussi par la
terminaison –ez qui indique la IIe personne du pluriel.

29
Le lexique et le vocabulaire

ce est un mot monomorphématique, formé d’un seul morphème et d’une


seule syllabe.
pays est aussi un mot monomorphématique ; formé d’un seul morphème
mais ayant deux syllabes.

2.
désensibilisation dé + sens + ibil + is + ation
holocauste holo- « tout » (come dans hologramme)
-cau(s)te « brûler » (comme dans caustique)
mégalithe méga « grand »
lithe « pierre »

Test de contrôle 2

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 2.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de
repérage et de réemploi des notions comme le lexique et le vocabulaire qui y sont
recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de
marquer votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page
de votre copie. N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes
supposés le recevoir, après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Selon les éléments qui les définissent, présentez les types de mots et les types de
morphèmes. (4 points)
2. Qu’est-ce que le lexique d’une langue ? (3 points)
3. Faites la différence entre le vocabulaire et le lexique. (3 points)

Références bibliographiques

1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français


contemporain, Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001, p. 9-25.

2. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et


morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 9-12, 124.

3. Mortureux, M. F., La lexicologie entre langue et discours, Editions Sedes, Paris,


1997, p. 9-185.

4. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 7-47.

5. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du


vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 13-55.

6. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,


Bucureşti, 1974, p. 7-40.

30
La lexicographie : les dictionnaires

Unité d’apprentissage 3

LA LEXICOGRAPHIE : LES DICTIONNAIRES

Sommaire page

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 3 ............................................................... 31


3.1 La lexicographie ................................................................................................ 32
3.2 Les différents types de dictionnaires ................................................................. 32
3.3 Le fonctionnement et la présentation du dictionnaire de langue ....................... 33
3.4 Les articles de dictionnaire ............................................................................... 34
3.5 La présentation de quelques dictionnaires actuels ........................................... 35
Test d’autoévaluation .............................................................................................. 38
Les clés du test d’autoévaluation ............................................................................ 40
Test de contrôle 3 ................................................................................................... 40
Références bibliographiques .................................................................................. 41

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 3

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des concepts fondamentaux, vous serez capables de :

• Connaître le domaine d’étude de la lexicographie.


• Identifier les différents types de dictionnaires.
• Utiliser les dictionnaires de langue.
• Reconnaître la structure d’un article de dictionnaire.

31
La lexicographie : les dictionnaires

3.1 La lexicographie

La lexicographie peut se définir comme le domaine qui met en


œuvre des techniques pour l’élaboration des dictionnaires. Mais elle
propose en même temps une réflexion sur les méthodes qu’exige
cette élaboration. La lexicographie est donc à la fois une pratique et
une science.

Le dictionnaire est un objet qu’on a l’habitude de consulter pour


chercher les définitions des mots et divers renseignements sur des
choses plus ou moins ignorées.

Les dictionnaires sont des objets linguistiques, ils parlent de la


langue à l’aide de la langue ; mais ils sont en même temps des
objets culturels de référence pour toute communauté nationale.
L’objectif des dictionnaires est essentiellement pédagogique et
didactique ; ils doivent satisfaire le besoin d’information de l’usager.

3.2 Les différents types de dictionnaires

Tous les dictionnaires présentent des caractères communs (visée


didactique, ordre alphabétique…), mais la pratique du dictionnaire
met en évidence l’existence de plusieurs types de dictionnaires.

Certains chercheurs proposent une typologie fondée sur trois


critères (Niklas-Salminen, A., 1997 : 95).

Les dictionnaires bilingues et les dictionnaires monolingues. Si la


Types de langue source diffère de la langue cible, les dictionnaires sont
dictionnaires : bilingues ou plurilingues. Ces dictionnaires, dont le rôle est d’être un
- bilingues et instrument de traduction, impliquent la connaissance par le lecteur
monolingues
soit de la langue source, soit de la langue cible. Si les mots que l’on
- extensifs et
intensifs
doit définir appartiennent à la même langue que la définition, les
- encyclopédiques dictionnaires sont unilingues ou monolingues. Il est intéressant de
et de langue noter que les premiers dictionnaires étaient bilingues.

Les dictionnaires extensifs et les dictionnaires intensifs. C’est la


densité de la nomenclature qui entre en jeu. Un dictionnaire est
extensif s’il vise à traiter globalement de tous les mots d’une langue
ou, plutôt, de tous les mots répertoriables dans le cadre du matériel
retenu. Un dictionnaire est intensif quand il vise à décrire seulement
un domaine technique ou scientifique limité.

Les dictionnaires de choses et les dictionnaires de mots. On dit


aussi « dictionnaire encyclopédique » et « dictionnaire de langue ».
Dans ce cas, la distinction porte sur la nature des informations
données.

L’encyclopédie donne des renseignements sur la chose désignée


par le mot : son utilisation, son origine, sa place dans la culture de la
communauté, etc. Certaines encyclopédies abandonnent l’ordre

32
La lexicographie : les dictionnaires

alphabétique de présentation pour une configuration méthodique


des connaissances par matières.

Très souvent, la description encyclopédique recourt à l’iconographie


pour donner à voir le référent ; c’est pourquoi les cartes, photos et
planches y occupent une place primordiale. La nomenclature de ce
type de dictionnaire est essentiellement nominale.

En ce qui concerne le dictionnaire de langue, il énumère les


particularités linguistiques du signe. Il donne des informations sur la
nature et le genre grammatical des mots, leur forme graphique et
sonore, leur étymologie, leur signification, leurs valeurs expressives,
leur mode d’emploi, leur degré de spécialisation ou leur
appartenance aux différents niveaux de langue, etc.

Le dictionnaire de langue est normalement un dictionnaire général


qui présente l’ensemble des mots d’une langue. Sa nomenclature
inclut donc toutes les parties du discours, à l’exception des noms
propres. Il y a aussi des dictionnaires de langue spécialisés :
dictionnaires de synonymes, dictionnaires des difficultés de langue,
dictionnaires des mots nouveaux, dictionnaires de citations, etc.

3.3 Le fonctionnement et la présentation du dictionnaire de langue


Le dictionnaire unilingue fonctionne un peu comme un dictionnaire
bilingue dans la mesure où son utilisateur va de l’inconnu au connu.
Il fournit dans ses définitions une sorte de traduction des mots par
des paraphrases synonymiques. Il s’agit d’un objet qui permet aussi
une communication transculturelle à l’intérieur d’une même
communauté linguistique.

Le lexicographe est amené à indiquer les conditions d’emplois des


différents mots en fonction des niveaux de langue : voiture est le
mot de la langue parlée ou écrite, bagnole relève de la langue
familière, etc. Il est donc conduit à définir une norme linguistique par
rapport à laquelle les autres termes sont repérés par une marque
sociolinguistique : familier, argotique, populaire, littéraire ou
historique.

La suite de mots appelée « nomenclature » constitue l’architecture


formelle du dictionnaire et fait partie de sa « macrostructure ». La
nomenclature varie d’un dictionnaire à l’autre :

 le Petit Robert : plus de 60 000 mots ;


 le Dictionnaire du Français au collège : 40 000 mots ;
 le Dictionnaire de la Langue française. Lexis : 76 000 mots ;
 le Grand Larousse de la Langue française : 70 000 mots ;
 le Trésor de la Langue française : 100 000 mots.

33
La lexicographie : les dictionnaires

3.4 Les articles de dictionnaire

L’article de dictionnaire est une suite ordonnée de phrases, chacune


comportant une ou plusieurs informations. Quand on parle de
l’organisation de chaque article, on parle de la « microstructure » du
dictionnaire.
Nous vous proposons de voir, en guise d’exemple, l’organisation de
l’article construit autour de l’entrée pauvre.

  
PAUVRE [povr(2)]. adj. et n. ; (fém.) PAUVRESSE [povrєs]

(XVIe ; povre [adj. et n.], 1050 ; 1788, au fém. ; lat. en belles filles » (MAUROIS). ♦ 4° Qui est insuffisant,

pauper). I. Adj. ♦ 1° (Employé comme attribut, ou fournit ou produit trop peu. Terre pauvre. V.
 épithète après le nom). Qui manque du nécessaire Maigre, stérile. Minerai, gisement pauvre. « Langue un
ou n’a que le strict nécessaire; qui n’a pas peu pauvre », disait cet excellent Heredia à qui je présentai
suffisamment d’argent, de moyens, pour subvenir à mon premier livre » (GIDE). ♦ 5° (v. 1350 ; en
ses besoins. V. Fauche (fam.), indigent, fonction d’épithète, avant le subst.). Qui inspire de
nécessiteux. Être pauvre (cf. être dans le besoin, la pitié. V. Malheureux, pitoyable. Un pauvre
n’avoir pas le sou, pas un rond (fam.), être sans un malheureux. Ayez pitié d’un pauvre aveugle ! la pauvre
(pop.). Il est devenu pauvre. V. Appauvri, ruiné. Très bête. Un pauvre sourire : triste, force. Pauvre France ! –
pauvre, pauvre comme Job. V. Misérable, Spécialt. « Quand nous disons : « Ce pauvre Untel », tout
miséreux. La femme pauvre, de Léon Bloy. « Si jadis  le monde comprend qu’il est passé de vie à trépas » (A.
l’Eglise fut pauvre, depuis le dernier échelon HERMANT). – (En s’adressant à quelqu’un)
jusqu’au premier, c’est que la chrétienté était « Pauvres maris ! voilà comme on vous traite » (MOL.).
indigente comme elle. » (CHATEAUB.). Les pays « Lorsqu’on est très malheureux, on parle aux autres
pauvres. V. Sous-développé. ♦ 2° (Choses). Qui a hommes en leur disant « mon pauvre ami », ou « mon
l’apparence de la pauvreté, l’annonce. Pauvre maison. pauvre monsieur », comme s’ils étaient eux-mêmes à
 Un air pauvre et souffreteux. ♦ 3° PAUVRE DE : qui plaindre » (DUHAM.). Loc. « Pauvre de moi ! disait-il.
n’a guère de. V. Dénué, dépourvu, privé. Vx. Maintenant je n’ai plus qu’a mourir » (DUD.). – Subst.
Pauvre d’argent. – Mod. Fig. « Pauvre de talent et de Le pauvre, il n’a vraiment pas de chance ! Mon pauvre, ma
ressources » (DIDER.). Fam. Pauvre d’esprit. PAUVRE pauvre, exprime la commisération. 6° Pitoyable,
EN. « La brigade trouvait le village pauvre en estaminets et lamentable. C’est un pauvre type. 7° Loc. Pauvre hère*.

 Le mot ou l’adresse qui forme l’entrée contient déjà une


information sur l’orthographe du mot.

 La prononciation du mot hors contexte est présentée sous la


forme d’une transcription, par exemple, en Alphabet Phonétique
International (API).

 La catégorisation grammaticale informe sur les traits syntaxiques


fondamentaux des mots définis. Elle précise l’appartenance du mot
à une partie du discours : nom, prénom, verbe, article, adjectif,
adverbe, conjonction, préposition, interjection. La partie du discours
est suivie de l’indication de la sous-classe de cette même partie du
discours : les noms peuvent être masculins ou féminins, les verbes
sont tantôt transitifs, tantôt intransitifs, tantôt les deux, l’article peut
être défini, indéfini ou partitif, etc.

 La quatrième mention de l’article est constituée par l’étymologie


du mot. On indique soit l’origine supposée, l’étymon du mot d’entrée

34
La lexicographie : les dictionnaires

(fille ; XIe s.; lat. filia), soit les éléments constitutifs qui sont à l’origine
du terme (casse-tête : 1690, « vin fort »; de casser, et tête ;
froideur : XIIe s.; dérivé de froid). Dans le premier cas, la langue
source est indiquée : latin, grec, anglais, etc. Dans le deuxième cas,
la procédure de formation est marquée : dérivé de, composé de (ou
simplement de). La datation, c’est-à-dire le moment de l’apparition
du terme dans les textes écrits, est très souvent jointe à
l’étymologie.

 La définition contient une suite de paraphrases. Chaque phrase


correspond à une acception du mot. Ces acceptions peuvent être
organisées selon plusieurs schémas différents. Assez souvent,
l’emploi dominant actuel est présenté en premier. Les lexicographes
donnent aussi des indications concernant le réseau des relations
lexicales du mot. Les synonymes et les antonymes y sont
mentionnés.

 Les emplois sont illustrés par des exemples qui présentent le mot
en situation dans des phrases ou syntagmes. En effet, le mot du
dictionnaire n’a d’existence réelle qu’inséré dans une phrase. Les
exemples, qui sont souvent tirés des œuvres littéraires ou forgés par
un sujet natif de la langue, sont extrêmement importants parce qu’ils
fournissent des informations concernant les traits syntaxiques ou
sémantiques du mot d’entrée à l’aide des termes concurrents.

 Les expressions stéréotypées sont considérées comme des


termes uniques. Elles peuvent à leur tour recevoir des définitions
sous la forme de paraphrases.

 Les sens fonctionnels, c’est-à-dire les significations particulières


du terme dans une langue technique ou scientifique déterminée,
constituent aussi des sous-entrées. Chaque sous-entrée technique
et scientifique est suivie alors de la paraphrase synonymique qui
définit cette acception particulière.

3.5 La présentation de quelques dictionnaires actuels


Nous vous proposons maintenant de découvrir ensemble les
caractéristiques de quelques dictionnaires français :

 Le Littré ou Dictionnaire de la Langue française (1re éd. 1863-


1873) d’Emile Littré. Sa forme plus condensée s’appelle Dictionnaire
de la Langue française abrégé du dictionnaire de Littré (1990).

35
La lexicographie : les dictionnaires

Figure 3.1

Ce dictionnaire, s’inspirant des principes de la linguistique du XIXe


siècle, privilégie l’évolution du mot et l’étymologie. Ses citations sont
presque exclusivement empruntées à la langue classique.
Actuellement, cet ouvrage est plutôt considéré comme un
« monument culturel » que comme un instrument de connaissance
de la langue contemporaine.

 Les Robert, qui sont à la fois descriptifs, historiques et


analogiques, se divisent en plusieurs ouvrages :

- Le Grand Robert de la Langue française (2e éd. 1985 en 9 vol.,


Paris, Le Robert; 1re éd. 1953 en 6 vol.),
- Le Petit Robert (3e éd. 1994, 1re éd. 1967),
- Le Dictionnaire du Français primordial ou Micro-Robert (1974) et
- Le Robert méthodique (1982).

Figure 3.2

La nomenclature du Petit Robert, de plus de 60 000 mots, est très


variée. En dehors des termes les plus utilisés de la langue, elle
comprend des mots scientifiques ou techniques, des mots régionaux
répandus et les néologismes acceptés dans la langue. La plupart de
ses exemples, littéraires, sont empruntés aux auteurs des XIXe et
XXe siècles.

36
La lexicographie : les dictionnaires

 Le Dictionnaire de la Langue française. Lexis (Larousse, 1975,


puis 1987) est réalisé sous la direction de J. Dubois.

Figure 3.3

La spécificité de cet ouvrage se trouve dans la pratique de la


méthode des regroupements (appel à la notion de champ
sémantique pour réunir dérivés et composés autour du « terme
vedette » choisi pour entrée). En raison de cette organisation, l’ordre
alphabétique ne peut pas être tout le temps respecté et ainsi
l’ouvrage est contraint de recourir à un système de renvois.

A la fin de l’ouvrage, un « dictionnaire grammatical » met en lumière


les phénomènes morphologiques, syntaxiques ou orthographiques
les plus importants de la langue française.

Le Lexis présente systématiquement les synonymes et les


antonymes des mots d’entrée. Le lexique recensé par ce
dictionnaire est relativement vaste (76 000 termes). Il intègre le
vocabulaire usuel du français contemporain, le vocabulaire moderne
des sciences et techniques, des syntagmes figés, certains mots
dialectaux, des néologismes, etc. Il retient aussi des mots,
acceptions et exemples du français classique et littéraire ainsi que
quelques noms propres et sigles qui ont donné lieu à des
dérivations.
L’étymologie du terme, sa date d’apparition, sa prononciation
(transcription en API) sont précisées. Enfin, des informations sur les
registres de langue dont les mots font partie complètent les
explications linguistiques de ce dictionnaire.

37
La lexicographie : les dictionnaires

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique
Clés du test d’autoévaluation.

Vrai ou Faux ?
V F
Les dictionnaires sont des objets linguistiques culturels. □ □
Le dictionnaire de langue est plurilingue. □ □

Le mot ou l’adresse qui forme l’entrée contient déjà une information sur □ □
l’orthographe du mot.
Un dictionnaire de langue n’indique pas la catégorie grammaticale du mot. □ □
Le Grand Robert a 15 volumes. □ □
Le Petit Robert contient 100.000 entrées. □ □

 Le Grand Larousse de la Langue Française (7 vol., 1971-1978)


est à la fois un dictionnaire de langue et une encyclopédie générale
de grammaire et de linguistique.

Figure 3.4

La figure 3.4 vous permet de découvrir la collection « Grand


Larousse ».
Cet ouvrage décrit le vocabulaire général de grammaire et de
linguistique, les vocabulaires techniques, et littéraires des écrivains
des XIXe et XXe siècles ; les termes étrangers adoptés par le
français y figurent aussi. Tous les registres de la langue y figurent.
Sa nomenclature comprend plus de 70 000 termes.
La classification des emplois domine. L’étymologie, la prononciation
(transcrite en alphabet phonétique international) et la catégorie
grammaticale du mot, ainsi que ses synonymes et ses antonymes
sont mis en lumière.

38
La lexicographie : les dictionnaires

Les exemples sont tirés soit du langage parlé, soit de la langue


littéraire. Le GLLF est souvent considéré comme un « dictionnaire
de phrases », parce que le classement des sens d’un terme est lié à
la distribution de ce terme dans la phrase.

Enfin, le GLLF est aussi une encyclopédie de la grammaire et de la


linguistique. Il développe les tendances actuelles de la linguistique.

 Le Trésor de la Langue française (6 vol., Klincksieck, 1968-1994,


15 vol. prévus) une œuvre ambitieuse qui représente le plus
important modèle du lexique dans l’histoire des dictionnaires de
langue française.

A côté des mots littéraires, sa nomenclature (100 000 mots)


comprend des termes techniques, scientifiques, régionaux,
argotiques, historiques, etc. Les noms de pays et de peuples ainsi
que leurs dérivés sont également présentés.

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 3, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

 La lexicographie est le domaine qui met en œuvre des techniques pour


l’élaboration des dictionnaires.
 Les dictionnaires sont des objets linguistiques et culturels.
 Il existe plusieurs types de dictionnaires :
 bilingues et monolingues
 extensifs et intensifs
 encyclopédiques et de langue.
 L’article de dictionnaire est une suite ordonnée de phrases, une
« microstructure » comportant des informations sur le mot indiqué.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

V, F, V, F, F, F

39
La lexicographie : les dictionnaires

Test de contrôle 3

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 3.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire les unités 1, 2, 3 et de faire les exercices de
repérage et de réemploi des éléments de lexique et de vocabulaire de la langue française
qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions suivantes:


a) Qu’est-ce que la lexicologie ?
b) Quelle est la structure d’un article de dictionnaire ?
(2 points)
Vous allez trouver toutes ces explications dans les unités d’apprentissage 3. Essayez de
les rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples
de votre choix.

2. Segmentez la phrase suivante en éléments :

Une telle résolution est impensable, insoutenable.


(2 points)

3. Proposez une segmentation en morphèmes pour les mots suivants :

irresponsable, autoroute, aérodrome, parachute


(2 points)

4. Cherchez dans le dictionnaire Petit Robert l’article de dictionnaire impression.


Retrouvez la structure de l’article et l’organisation des informations transmises sur ce mot.
Aidez-vous des indications aux pages 28 et 29.
(2 points)

5. Analysez les informations transmises sur le verbe rendre dans les dictionnaires Le Petit
Robert et Larousse. Faites remarquer les différences.
(2 points)

40
La lexicographie : les dictionnaires

Références bibliographiques
1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français contemporain,
Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001, p. 9-32.

2. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 94-110.

3. Robert, P., Le Petit Robert 1. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue


française, Le Robert, Paris, 1992.

4. *****, Grand Larousse en 10 volumes, Larousse, Paris, 1990.

41
La formation des mots : la dérivation préfixale

Unité d’apprentissage 4

LA FORMATION DES MOTS : LA DERIVATION PREFIXALE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 4 42
4.1 La typologie de la formation des mots 43
4.2 La dérivation affixale 44
4.2.1 Le radical et la base 44
4.2.2 Les affixes et les désinences 44
4.3. La dérivation préfixale 45
4.3.1 Le préfixe et la forme de la base 45
4.3.2 Le préfixe et la grammaire de la base 45
4.3.3 Le préfixe et le sens de la base 46
4.3.4 Le fonctionnement des préfixes 46
4.3.5 Le sens des préfixes 47
Test d’autoévaluation 48
Les clés du test d’autoévaluation 51
Test de contrôle 4 51
Références bibliographiques 53

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 4

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi de la dérivation préfixale, vous serez capables de :

• Connaître le procédé de formation des mots par la dérivation.


• Distinguer la dérivation lexicale de la dérivation grammaticale.
• Connaître les formes de dérivation affixale : par préfixation et par suffixation.
• Distinguer les bases et les affixes, les affixes et les désinences.
• Identifier les préfixes, leur sens et leur fonctionnement.

42
La formation des mots : la dérivation préfixale

4.1 Typologie des procédés de formation des mots


Nous avons précisé plus haut (Unité d’apprentissage 2) qu’une très
grande partie des mots du lexique de la langue française est
composée de deux ou plusieurs morphèmes. Nous avons aussi
réalisé la distinction des mots dérivés (type travailleur) des mots
fléchis (type écrivons). Dans les mots dérivés nous avons identifié
les morphèmes lexicaux ou lexèmes, instruments de la formation
des mots par la dérivation.
Nous allons maintenant étudier les procédés de formation des mots
en français contemporain, illustrées dans la figure 4.1. :

Formation des mots

Dérivation Composition

Dérivation Dérivation Composition Composition


affixale non affixale « populaire » « savante »

Préfixation Suffixation

Figure 4.1

 La dérivation et la composition :
Ce sont les deux grandes voies de la formation de mots : la
première forme un mot à partir d’un autre, en y ajoutant
éventuellement un ou plusieurs affixes (sécher → séchoir); la
seconde forme un mot en assemblant plusieurs mots (sèche-
cheveux, pince à linge).

 Dérivation affixale et non affixale :


La dérivation affixale se fait avec les affixes (large> largeur,
juste>injuste), et la dérivation non affixale, ou conversion, consiste à
dériver un mot d'un autre par changement de catégorie, sans
affixation (orange N > orange Adj).

 Suffixation et préfixation :
Le mot largeur est dérivé de large par suffixation. Le mot injuste est
dérivé de juste par préfixation. Généralement, la suffixation modifie
la catégorie grammaticale de la base alors que la préfixation la
conserve.

 Composition « populaire» et composition «savante» :


La première est faite avec des mots français (presse-citron, râpe à
fromage), et la seconde utilise des mots empruntés au grec (miso-
gyne) et au latin (fratri-cide).

43
La formation des mots : la dérivation préfixale

4.2 La dérivation affixale

La dérivation affixale est le procédé qui consiste à former des mots


en assemblant un mot et un ou plusieurs affixes.
Un mot dérivé est donc formé par l’adjonction d’un ou plusieurs
affixes (préfixes et suffixes) soudés à une base. Les préfixes et les
Les affixes : suffixes sont les marques de la dérivation. La base est l’élément qui
- les préfixes reste d’un mot dérivé si on lui enlève ses affixes.
- les suffixes
Par exemple, dans les mots:
irremplaçable
anticonstitutionnellement
il y a des bases, des préfixes et des suffixes.
ir-remplaç-able
anti-constitution(n)-elle-ment.
Les affixes ir- et anti- s’appellent préfixes, car ils précèdent la base.
Les affixes -able et -elle et -ment sont des suffixes qui se mettent
après la base ; chaque suffixe indique un sens et une catégorie
grammaticale :
-elle → féminin pour un nom
-ment → adverbe de manière.

4.2.1 Le radical et la base


Ces deux termes ont des sens différents.

Le radical est le segment restant d’un mot dérivé ou fléchi sans les
affixes et /ou les désinences :
 le radical de toussoter est touss- (touss-ot-er)
(on a enlevé le suffixe -ot et la désinence -er)
 le radical de dépénalisation est pén- (dé-pén-al-is-ation)
(on a enlevé le préfixe dé-, les suffixes -al, -is, -ation)
Le radical est donc un élément, un morphème.

La base d’un mot dérivé est le mot dont il dérive.


 la base de toussoter est le verbe tousser ;
 la base de réception est le verbe recevoir ;
 la base de dépénaliser est le verbe pénaliser ;
 la base de pénaliser est l’adjectif pénal ;
 la base de pénal est le nom peine.

4.2.2 Les affixes et les désinences

Les affixes (préfixes et suffixes) sont les instruments de la dérivation


affixale (création de mots nouveaux par l’adjonction des affixes).

Les désinences, appelées aussi affixes flexionnels, rendent compte


de la morphologie flexionnelle, du côté de la morphosyntaxe. La
morphologie flexionnelle comprend :

44
La formation des mots : la dérivation préfixale

 la flexion nominale, variations de forme du substantif et de


l’adjectif en genre et en nombre, et aussi,
 la flexion verbale (variations des formes du verbe, concernant le
mode, le temps, la personne, le nombre et le genre).

4.3 La dérivation préfixale

Dans ce type de formation par préfixation, l’affixe est préposé à la


base (à sa gauche).
La base peut être :
 un substantif : jeu → enjeu ;
 un adjectif : connu → inconnu ;
 un verbe : dormir → endormir ;
 un adverbe : tôt → bientôt ;
demain → après-demain.

4.3.1 Le préfixe et la forme de la base

Le préfixe n’altère pas la base, celle-ci conserve sa forme :


estimer → sous-estimer ;
avis → préavis ;
actif → inactif.
.
4.3.2 Le préfixe et la grammaire de la base
Le préfixe n’a pas la propriété générale de modifier la classe
grammaticale de la base.
 substantif → substantif :
tension → hypertension, hypotension
natalité → dénatalité, surnatalité ;
 adjectif → adjectif :
moral → amoral, immoral ;
 verbe → verbe :
charger → décharger, surcharger
dire → médire, redire ;
Le préfixe n’indique pas la classe grammaticale du mot préfixé : le
même préfixe peut entrer dans la formation des substantifs ou des
verbes, etc.

Par exemple, le préfixe contre entre dans la formation :

 des noms : contre-attaque


contre-champ
contre coup
contrefaçon ;

 des verbes : contrebattre


contrefaire
contredire
contrevenir.

45
La formation des mots : la dérivation préfixale

Le préfixe sous (sou-) entre dans la formation:

 des substantifs: sous-alimentation


sous-catégorie
sous-lieutenant
sous-verre ;

 des adjectifs: sous développé


souterrain
soutenable ;

 des verbes : sous-entendre


sous-louer
soutenir
soutirer.

4.3.3 Le préfixe et le sens de la base


Le rôle des préfixes n’est pas grammatical, comme on vient de le
voir, mais sémantique : ils modifient le sens de la base. Un même
préfixe ajoute la même idée à tous les mots auxquels ils
s’incorporent :
 hyper : implique la notion d’intensité, de caractère excessif :
hypertension : tension au-dessus de la normale
hypermarché : marché plus grand que normal
hyperchic : chic au-dessus du normal ;
 a : implique la notion d’absence, d’éloignement :
amoral : qui ignore les principes de la morale
a-typique : qui ignore les caractéristiques du typique ;
 dé : implique la notion de séparation, d’enlèvement :
décharger : enlever une charge
dénouer : défaire, séparer ce qui a été noué
défaire : séparer ce qui était ensemble.

4.3.4 Le fonctionnement des préfixes


Les préfixes fonctionnent avec différentes valeurs :
 valeur adverbiale :
avant-poste « poste placé en avant » ;
contresens « sens à l’opposé » (subst.) ;
bien-pensant « qui pense bien » ;
bicentenaire « centenaire deux fois » (adj.) ;
antidater « dater par avance » ;
surnager « nager au-dessus » (v.).
 valeur prépositionnelle :
antithèse « thèse contre la thèse » ;
paratonnerre « instrument contre le tonnerre » (subst.) ;
extrafin « plus que fin » ;
ultraviolet « au-delà du violet » (adj.) ;
écrêter « ôter la crête » ;
engranger « mettre en grange » (v.).

46
La formation des mots : la dérivation préfixale

4.3.5. Le sens des préfixes

Les préfixes modifient le plus souvent le sens de la base en vertu de


leur signification propre. Ils peuvent marquer le lieu (en-, im-, sur-) la
négation (a-, in-), le contraire (anté-, anti-). Ils peuvent être
polysémiques, synonymes, antonymes.

a) La polysémie des préfixes


Le même préfixe peut prendre des sens variés – à un signifiant
correspondent plusieurs signifiés – et permettre la création de
dérivés sémantiquement orientés selon tel ou tel sens de ce préfixe.

Des dérivés Ainsi le préfixe contre- sert à indiquer les notions d’opposition :
sémantiquement contre-attaque, contrebattre
orientés selon les contrechamp, contre-épreuve ;
sens des préfixes ou de voisinage :
contre-aller, contremarque
contre plaqué, contresigner.

Le préfixe r- (et variantes re-, ré-, ra-) sert à indiquer les noms
d’actions qui se répètent :
rattraper, réarmer
rebonjour, redorer ;
ou en sens inverse :
réaction, rebond
renvoyer, retourner ;
ou entièrement accomplies :
ramasser, recouvrir
replier, remplir.

Le préfixe bis- peut signifier :


« deux fois » : biscuit, ou
« double » : bissexué ;

Le préfixe extra- signifie :


« en dehors de » : extraordinaire, ou
« au plus haut degré » : extra-brut ;

Le préfixe per- signifie :


« à travers » : perlingual, ou
« complètement » : permutable, etc.
Les variations de sens des préfixes sont nombreuses surtout chez
les préfixes les plus employés.

b) La synonymie des préfixes


Des dérivés Des préfixes différents peuvent avoir le même sens et permettre la
différemment création de dérivés différemment préfixés qui intègrent ce sens. A
préfixés intégrant
un même signifié vont correspondre deux signifiants ou d’avantage.
un même sens
Les préfixes négatifs a-, an-, dé-, dés-, dis-, in- et les variantes mal-
mé-, mes- et non- sont synonymes, indiquant tous le sens négatif
par rapport à la base:
a-, an- : atonal, anaphrodisiaque

47
La formation des mots : la dérivation préfixale

dé-, dés-, dis- : découvrir, désaccord, discrédit


in- et variantes : inapte, illogique, impolitesse, irréel
mal-, mé-, mes- : malaisé, méconnaissance, mésentente
non- : non-agression.

De même les préfixes hyper-, super-, sur-, supra- qui signifient « au-
dessus » ou les préfixes bi-, bis-, di- qui dénotent la dualité, etc. :
hyper- : hypernerveux
super-, sur- : superpuissance, surabondant
supra- : supranational
bi- et bis- : bilatéral, bisannuel

La synonymie des préfixes, comme leur polysémie, contribue à


rendre souvent peu claire leur signification.

c) L’ antonymie des préfixes


Un certain nombre de préfixes sont antonymes, exprimant des
significations opposées l’une à l’autre. Si ces rapports d’antonymie
ce produisent souvent à l’intérieur des couples, les préfixes peuvent
opposer leurs signifiés par un nombre supérieur de signifiants.
Les préfixes Ainsi : anté-, anti- et pré- « avant » / post- « après » :
antonymes antédiluvien, antidater, préavis / postopératoire,
anti-, para-, « contre » / pro- « pour » :
antiparasite, parachute / profrançais,
hyper-, super-, sur- «au-dessus»; hypo-, infra-, sous- «au-
dessous»:
hyperglycémie, supergrand, survêtement / hypotension,
infrarouge, sous-couche
Ces préfixes antonymes permettent la création des mots
antonymes:
antidater / postdater ;
préopératoire / postopératoire;
antifrançais / profrançais ;
hyperglycémie / hypoglycémie ;
survêtement / sous-vêtement.

Test d’autoévaluation
Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. A l’aide des préfixes in- (im-, il-) et dé- ou des-, formez les antonymes des mots
suivants (mots de sens contraire) :

patient……………… moral………………… ranger……………… considéré………………


juste………………… raisonner……………. respectueux………. offensif…………………
lisible……………….. raisonné…………….. garni……………….. organisation…………...
honneur……………. raisonnable…………. logique…………….. commode………………

48
La formation des mots : la dérivation préfixale

espoir……………… rationnel…………….. obéissant………….. habituer…………………


légal……………….. colorer……………….. digne………………. habituel…………………
réaliste…………….. lettré………………….. considérer………… mortel…………………..

2. Segmentez les mots suivants en préfixe + base :

impénétrable………………………………….. maladroit………………………………………
incomplet……………………………………… malveillant…………………………………….
inimitable……………………………………… malpropre……………………………………..
irrécusable……………………………………. méfiant………………………………………...
irrésolu………………………………………… méconnu………………………………………
déplaisant……………………………………... asocial…………………………………………
désaxé…………………………………………. apolitique……………………………………..
déloyal…………………………………………. atypique……………………………………….

3. Avec les 5 préfixes : im-, dé-, mal-, mé-, a-, formez, à votre tour, trois mots dérivés par
préfixation. Faites une phrase avec un mot dérivé de chaque série.

…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………

Comme les suffixes, les préfixes opèrent sur une base pour
construire une signification nouvelle. La liste suivante comprend une
partie des préfixes de la langue française, avec l’indication de la
nouvelle signification (A. Niklas-Salminen, 1997: 61-63):

 Absence :
moral → amoral
normal → anormal
 Rapprochement :
joindre → adjoindre
courir → accourir
 Avant :
dater → antidater
position → antéposition
 Contre :
alcoolique → antialcoolique
 Deux :
mensuel → bimensuel
latéral → bilatéral
 Ensemble :
propriétaire → copropriétaire
auteur → coauteur
 Opposition :
signer → contresigner
dire → contredire

49
La formation des mots : la dérivation préfixale

 Eloignement, à l’intérieur, mis en état :


lever → enlever
porter → emporter, importer
prison → emprisonner
dimanche → endimancher
 Ancien :
mari → ex-mari
femme → ex-femme
président → ex-président
 Différent :
sexuel → hétérosexuel
hétéroclite, hétérogène
 Semblable :
sexuel → homosexuel
homologue
 Intensité excessive :
vite → hypervite
tension → hypertension
 A l’intérieur :
nucléaire → intranucléaire,
veineux → intraveineux
 Négatif, mauvais, inexact :
aise → malaise
habile → malhabile
dire → maudire
formation → malformation
 Nouveau, récent :
néologisme
 Protection :
chute → parachute
tonnerre → paratonnerre
 Nombreux :
copie → polycopie
technique → polytechnique
 Avant, devant :
molaire → prémolaire
monition → prémonition
nuptial → prénuptial
 Répétition :
dire → redire
venir → revenir
 Intensif :
efficace → superefficace
doué → surdoué
 Trois :
corne → tricorne
dimensionnel → tridimensionnel
latéral → trilatéral

50
La formation des mots : la dérivation préfixale

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 4, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :
• La dérivation grammaticale est le procédé d’adjonction des affixes grammaticaux
qui rendent compte de la flexion grammaticale des mots du discours ;
• La dérivation lexicale est le procédé d’adjonction des affixes lexicaux (ou lexèmes)
qui conduisent à la formation de mots nouveaux dans la langue ;
• Les affixes se distinguent de la base (élément stable, noyau porteur du sens lexical
de base) à laquelle ils viennent s’adjoindre ;
• Il y a deux types d’affixes :
 les préfixes, qui précèdent la base (on les place à la gauche) ;
 les suffixes, qui suivent la base (on les place à la droite).

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1. impatient immoral déranger déconsidéré


injuste déraisonner irrespectueux inoffensif
illisible déraisonné dégarni désorganisation
déshonneur irraisonnable illogique incommode
désespoir irrationnel désobéissant déshabituer
illégal décolorer indigne inhabituel
irréaliste illettré déconsidérer immortel

2. im-pénétrable mal-adroit
in-complet mal-veillant
in-imitable mal-propre
ir-récusable mé-fiant
ir-résolu mé-connu
dé-plaisant a-social
dés-axé a-politique
dé-loyal a-typique

3. immatériel dégoûtant malhabile mécontent asexué


immanquable déséquilibré malsain mésavenant arythmique
immangeable détourné malheureux médisant amoral

51
La formation des mots : la dérivation préfixale

Test de contrôle 4

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 4.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi de la dérivation préfixale qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !
1. Répondez aux questions suivantes:
a) Quels sont les procédés de dérivation affixale de formation de mots ?
b) Précisez le sens des termes suivants : affixe, désinence, base, radical.
(2 points)
Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 4. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.

2. Remarquez que certaines bases se combinent avec plusieurs préfixes. Séparez les
préfixes de leurs bases et dites leurs sens :

• inconnu, méconnu
…………………………………………………………………………………………………
• immoral, amoral
…………………………………………………………………………………………………
• impropre, malpropre
…………………………………………………………………………………………………
• défiant, méfiant
…………………………………………………………………………………………………
• médisant, maldisant
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)
3. Trouvez à partir de cinq substantifs simples des substantifs préfixés avec Ie préfixe
négatif non. Faites des phrases avec les noms ainsi obtenus.

…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

52
La formation des mots : la dérivation préfixale

4. Segmentez ces mots en préfixe + base :


• impropre, immangeable, inconnu, immanquable, insensé, indomptable, immobile ;
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
• malhabile, malpropre, malvenu, malhonnête ;
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

• amoral, asexué, arythmique, atypique ;


…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
• dégoûtant, déséquilibré, déloyal ;
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

• mécontent, médisant.
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

5. A partir des mots suivants, formez des mots dérivés avec des préfixes négatifs. Mettez
ensuite dans des phrases les mots ainsi obtenus :

connu …………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
avoué …………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
acceptable ……………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
vendu …………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

Références bibliographiques
1. Béchade, H. D., Phonétique et morphologie du français contemporain, PUF, Paris,
1992, p. 93-112.
2. Cuniţă, A., La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain,
Editura Didactică şi Pedagogică, Bucureşti, 1980, p. 5-13, 149-191.
3. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 40-99.
4. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 101-167.
5. Mortureux, M. F., La lexicologie entre langue et discours, Editions Sedes, Paris,
1997, p. 41-99.
6. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 52-68.

53
La formation des mots : la dérivation suffixale

Unité d’apprentissage 5

LA FORMATION DES MOTS : LA DERIVATION SUFFIXALE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 5 54
5.1 La suffixation 55
5.1.1 Le suffixe et la forme de la base 55
5.1.2 Le suffixe et la grammaire de la base 56
5.1.3 Le suffixe et le sens de la base 57
5.2 Le suffixe 58
5.2.1 Les suffixes nominaux 58
Test d’autoévaluation I 60
5.2.2 Les suffixes adjectivaux 61
5.2.3 Les suffixes verbaux 62
Test d’autoévaluation II 62
5.2.4 Les suffixes adverbiaux 63
Les clés du test d’autoévaluation I 64
Les clés du test d’autoévaluation II 64
Test de contrôle 5 65
Références bibliographiques 66

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 5

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des suffixes, ainsi que de mécanisme de dérivation suffixale, vous serez
capables de:

• Connaître les mots dérivés par suffixation.


• Distinguer dans un mot dérivé la base et le suffixe.
• Identifier les suffixes nominaux et le procédé de création des noms à partir des
bases nominales, verbales ou adjectivales.
• Identifier les suffixes adjectivaux, verbaux et adverbiaux qui servent à créer des
adjectifs, verbes ou adverbes à partir des bases nominales, verbales,
adjectivales, pronominales.

54
La formation des mots : la dérivation suffixale

5.1 La suffixation

Nous avons constaté à plusieurs reprises qu’un mot dérivé est


formé par l’adjonction d’un ou plusieurs affixes soudés à une base.
Les affixes se divisent en préfixes, qui se placent avant la base et
en suffixes, qui se trouvent après la base.

Dans le type de formation par suffixation, l’affixe appelé suffixe est


postposé à la base (à sa droite). La base peut être un substantif, un
adjectif ou un verbe. Le suffixe permet la création :
 de substantifs : village → village-ois
 d’adjectifs : peur → peur-eux
 de verbes : bon → bon-ifier
 d’adverbes : solide → solide-ment.

A l’inverse de ce qu’on observe dans la préfixation, la base du


suffixé peut être altérée et le suffixe est susceptible de prendre des
fonctions grammaticales. Tout comme le préfixe, il intervient sur le
sens de la base. Quant à sa productivité, elle est variable.

5.1.1 Le suffixe et la forme de la base

• le suffixe peut s’adjoindre à un mot simple :


plomb : plomb-age
budget : budget-aire
plan : plan-ifier
forte : forte-ment.
• le suffixe peut se substituer à une terminaison (-e muet,
désinence d’infinitif etc.) :
cerise : ceris-ier
légende : légend-aire
observer : observ-atoire
jouer : jou-able
féminisme : fémin-iste.
• le suffixe peut produire des altérations de la base :

 prononciation de la consonne finale de la base, avec


redoublement dans certains cas :
bâton [bαtõ] → bâtonnet [bαtone]
cent [sã] → centaine [sãtεn]
rond [rõ] → rondeur [rõdœr].
 réaménagement de la base, en intercalant un -t- entre la fin
vocalique de la base et le suffixe commençant par une voyelle :
bijou-t-ier, sur bijou, d’après potier sur pot
café-t-ière sur café, d’après sorbetière sur sorbet
roi-t-elet, sur roi, d’après enfantelet sur enfant
 réorganisation étymologique de la base :
salière, (sur lat. sal), nominalisation de sel
titulaire, (sur lat. titulus), adjectivation de titre.

55
La formation des mots : la dérivation suffixale

5.1.2 Le suffixe et la grammaire de la base

Au contraire du préfixe, le suffixe a souvent des fonctions


grammaticales et affecte la classe grammaticale de la base ou sa
catégorie grammaticale :

1. Le suffixe et la classe grammaticale de la base


Le suffixe peut
avoir des fonctions Le suffixe entraîne fréquemment dans une autre classe
grammaticales grammaticale la base qu’il vient de compléter.

a) sur des bases verbales, peuvent être formés :


 des substantifs :
admirer → admir-ation
blesser → bless-ure
trahir→ trah-ison.
 des adjectifs :
accepter → accept-able
charmer → charm-eur
penser → pens-if.

b) sur des bases substantivales, peuvent être formés :


 des verbes :
nid → nid-ifier
pacte → pact-iser.
 des adjectifs :
crainte → craint-if
mensonge → mensonge-er
piéton → piéton-ière
spectre → spectr-al.

c) sur des bases adjectivales, peuvent être formés :


 des verbes :
dur → dur-cir
légal → légal-iser
solide →solid-ifier.
 des substantifs :
banal → banal-ité
courbe → courb-ure
épais → épaiss-eur
triste → trist-esse.
 des adverbes :
avide → avide-ment
hardi → hardi-ment
posé → posé-ment.

Mais le changement de classe grammaticale n’est pas


systématique, un suffixe peut servir à créer :
 un verbe à partir d’un verbe :
chanter → chant-onner
siffler → siffl-oter.

56
La formation des mots : la dérivation suffixale

 un substantif à partir d’un substantif :


calcul → calcul-ette
garage → garag-iste
orange → orange-ade
 un adjectif à partir d’un adjectif :
haut → haut-ain
bleu → bleu-âtre
rouge → rouge-aud.

2. Le suffixe et la catégorie grammaticale de la base


Le suffixe est également susceptible de marquer la catégorie
grammaticale. Il est apte à préciser le genre, masculin ou féminin :
• soit qu’il se présente sous une forme unique pour chaque genre :
 masculin : avec -ement :
encourager → un encourag-ement
traiter → un trait-ement.
 féminin : avec –ade :
braver → une brav-ade
empoigner→ une empoign-ade.
• soit qu’il se présente sous une double forme, pour masculin et
pour féminin :
-et/-ette, pour des substantifs ou des adjectifs:
coffre → coffret
amour → amourette
propre → propret, proprette.

Certains suffixes peuvent indiquer aussi bien un genre que l’autre .


• pour les substantifs :
-eur : buter → un but-eur
grand → une grandeur.
• pour les adjectifs :
-able : jeter → jet-able
-ible : convertir→ convert-ible
-iste : race → rac-iste.

Le suffixe peut également indiquer l’aspect du verbe :


• aspect fréquentatif avec -oter :
piano → pian-oter
tousser → touss-oter.
• valeur factitive avec –ifier :
clair → clar-ifier
os → oss-ifier.

5.1.3 Le suffixe et le sens de la base


Les suffixes modifient sans l’annuler le sens de la base en y
ajoutant un sens particulier.

• Adjonction des suffixes à la base nominale et changement de


sens :

 idée collective :

57
La formation des mots : la dérivation suffixale

-ade → citronnade, colonnade, cotonnade


-age → feuillage, outillage, plumage
-aie → chênaie, hêtraie, saulaie
-ain,-aine → quatrain, sizain, dizaine, huitaine.
 valeur plus ou moins dépréciative :
-ace, -asse → populace, paperasse,
-aille→ ferraille, pierraille.
 idée diminutive :
-eau, -elle → cuisseau, pommeau ; ruelle, tourelle
-et, -ette → livret, muret ; pendulette, tablette
-elet, -elette → porcelet, agnelet ; femmelette, tartelette
-in, -ine → fagotin; bottine, figurine
-ot, -otte → ballot, cageot, îlot ; menotte.

• Les bases verbales et adjectivales voient aussi leurs sens


modifiés par la suffixation :
 valeur dépréciative donnée par les suffixes verbaux :
-ailler → criailler, traînailler
-asser → pleuvasser, rêvasser
-ocher → flanocher, lavocher.
 valeur diminutive donnée par les suffixes adjectivaux :
-elet → aigrelet, rondelet
-et → clairet, gentillet
-ichon → maigrichon, pâlichon.

• Le suffixe peut également permettre la création de dérivés


sémantiquement spécialisés :
 le suffixe -atrice : noms de machines :
calculer → calculatrice
perforer → perforatrice
 le suffixe -iste : noms de métiers :
maquette → maquettiste
prothèse → prothésiste.
Dans de tels cas, les suffixes sont donc des instruments de création
de mots dans un domaine spécifique (lexique spécialisé).

5.2 Les suffixes

A partir de bases généralement nominales, verbales et adjectivales,


la dérivation suffixale est susceptible de construire des noms, des
verbes, des adjectifs et des adverbes.
Nous allons examiner une partie des différents types de suffixes qui
caractérisent la langue française.

5.2.1 Les suffixes nominaux

Les suffixes nominaux servent à créer des noms à partir des bases
verbales, nominales ou adjectivales.

58
La formation des mots : la dérivation suffixale

Ce procédé appelé la nominalisation permet plus de concision et


de densité et donne en peu de temps une grande quantité
d’informations.

Les suffixes nominaux peuvent véhiculer des sens très


différents (Niklas-Salminen A., 1997 : 56-58) :

 action, résultat de l’action (bases : verbe, nom) :


embrasser → embrass-ade
trouver → trouv-aille
sigle → sigl-aison
index → index-ation
os → ossa-ture
 qualité, propriété, fonction (bases : adjectif, nom, verbe) :
bon, bonne → bon-té
courtois, -e → courtois-ie
débrouillard, -e → débrouillard-ise
assistant → assistan-at
diriger → dirig-isme
 opinion, attitude (bases : nom, adjectif)
commun → commun-isme
 partisan d’une opinion ou d’une attitude (bases : nom, adjectif) :
social → social-iste
 agent d’une action (bases : verbe, nom) :
Les suffixes coiffer → coiff-eur
nominaux peuvent danser → dans-euse
véhiculer des sens route → rout-ier
très différents lait → lait-ière
céramique → céram-iste
 instrument, machine, objet fonctionnel (bases : verbe, nom) :
arroser → arros-oir
baigner → baign-oire
plafond → plafonn-ier
café → cafe-tière
 arbre (ou végétal) producteur (bases : nom) :
pomme → pomm-ier
fraise → frais-ier
 lieu de fabrication, d’exercice, de vente (bases : verbe, nom) :
fumer → fum-oir
brunir → bruniss-oir
teinture → teintur-erie
 état (bases : nom) :
esclave → esclav-age
 collectifs (bases : nom, verbe) :
colonne → colonn-ade
rosier → rose-raie
fer → ferr-aille
manger : mange-aille
 contenu, mesure (bases : nom) :
assiette → assiett-ée
matin → matin-ée.

59
La formation des mots : la dérivation suffixale

 péjoratifs (bases : verbe, nom) :


cumuler → cumul-ard
laver → lav-asse
vin-asse
 diminutifs (bases : nom) :
lion →lion-ceau
balcon → balconn-et
île → îl-ot
 habitants d’une région ou d’une ville (bases : nom) :
rom-ain, -e
tex-an, -e
angl-ais
 âge, anniversaire (bases : numéro) :
centen-aire.

Test d’autoévaluation I

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique
Clés du test d’autoévaluation I.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Dans les phrases suivantes, relevez des mots devenus des noms à la suite d’une
substantivation. Indiquez leur nature d’origine.

• Cette voiture, d’un réel confort, permet de joindre l’utile à l’agréable.


……………………………………………………………………………………………………..
• Finis tes devoirs avant le dîner.
…………………………………………………………………………………………………….
• L’important, c’est la rose.
……………………………………………………………………………………………………..
• La situation était grave et chacun était sur le qui-vive.
……………………………………………………………………………………………………..
• Un lâcher de ballons ouvrit les festivités.
……………………………………………………………………………………………………..
• L’essentiel est de découvrir les tenants et les aboutissants de cette affaire.
……………………………………………………………………………………………………..
• Devant le ridicule de la situation, elle esquissa un sourire moqueur.
……………………………………………………………………………………………………..
• Voici un aperçu des faits qui se sont déroulés après le coucher du soleil.
……………………………………………………………………………………………………..
• Dans le calme de la nuit, il ne percevait que le frou-frou du vent dans les feuilles.
……………………………………………………………………………………………………..

60
La formation des mots : la dérivation suffixale

2. Procédez à la nominalisation des subordonnées suivantes.

Je suis convaincu… • que le climat de ce pays est rude ……………………………


• que leur arrivée est imminente………………………………………..
• que les deux documents sont semblables…………………………...
• que la décoration de ce théâtre est luxueuse……………………….
• que son raisonnement sera abstrait………………………………….
• qu’elle est agile…………………………………………………..........
• que cette vieille dame est seule………………………………………
• que son travail est assidu……………………………………………...
• que cet ouvrier est habile………………………………………..........
• que son discours sera concis et très clair……………………………

3. A partir de ces titres de journaux, rédigez des phrases complètes :

• Vol d’une camionnette au marché de gros.


……………………………………………………………………………………………………..
• Récente création d’un nouveau département en Croatie.
……………………………………………………………………………………………………..
• Accroissement de la tension à Bagdad.
……………………………………………………………………………………………………..
• Collision entre deux poids lourds : deux morts et un blessé grave.
……………………………………………………………………………………………………..
• Proclamation de l’indépendance de la Bosnie.
……………………………………………………………………………………………………..

5.2.2 Les suffixes adjectivaux


Ces suffixes servent à créer des adjectifs à partir des bases
adjectivales, nominales et verbales. Les suffixes adjectivaux
peuvent avoir les sens suivants :
 propriété, relation (base : adjectif, nom, verbe):
haut, -e → haut-ain
événement → événemen-tiel
mensonge → mensong-er
Dante → dant-esque
mentir → ment-eur
durer → durat-if
 intensif (base : adjectif) :
riche → rich-issime
 possibilité (bases : verbe) :
lire → lis-ible
manger → mange-able
 indication du rang, multiplicatif (bases : numéro) :
deux → deux-ième
quatre → quadr-uple

61
La formation des mots : la dérivation suffixale

5.2.3 Les suffixes verbaux

A l’aide de ces suffixes on forme des verbes à partir des bases


nominales, adjectivales, verbales et même pronominales. Ils
peuvent indiquer :
 l’action (bases : nom) :
tyran → tyrann-iser

 l’action ou état (bases : adjectif, pronom) :


rouge → rouge-oyer
tu → tut-oyer
vous → vou-voyer
 ils peuvent être fréquentatifs, diminutifs, péjoratifs (bases :
verbe) :
voler → vol-eter
pleurer → pleur-nicher
vivre → viv-oter

Test d’autoévaluation II

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique Clés
du test d’autoévaluation II.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Après avoir dégagé les règles de formation de l’adjectif dérivé, donnez les formes du
nom propre susceptible de correspondre aux adjectifs :

napoléonien……………… racinien……………. voltairien………….. canadien………….…..


indien…………………….. autrichien………….. norvégien…………. bohémien……………..
athénien…………………. algérien……………. iranien…………….. londonien……………..
saharien…………………. italien……………… chilien……………... brésilien……………….
alsacien………………….. prussien…………… égyptien…………… martien………………..

2. Découvrez le nom qui est à la base :


Modèle : chapeauter ← chapeau
sauter ← saut

• des verbes suivants :


bazarder………………………………………………………………………………………
plafonner……………………………………………………………………………………..

• des noms suivants :


tabatière……………………………………………………………………………………....
bijoutier……………………………………………………………………………………….
secouriste…………………………………………………………………………………….

62
La formation des mots : la dérivation suffixale

• des adjectifs suivants :


printanier……………………………………………………………………………………...
automnal………………………………………………………………………………………
hivernal………………………………………………………………………………………..
estival………………………………………………………………………………………….

5.2.4 Les suffixes adverbiaux


En français, il n’existe que deux suffixes adverbiaux :
 le suffixe -ons (-on), qui n’est plus productif :
à recul-ons
à tât-ons
à califourch-on
 et le suffixe -ment (-amment, -emment), qui est productif :
petit, -e → petite-ment
grand, -e → grande-ment
vif, vive → vive-ment.
Ce suffixe s’ajoute le plus souvent à des adjectifs, comme dans les
exemples précédents. Dans ce cas, c’est la forme du féminin qui
est à la base de la suffixation. Les adjectifs en -ant et -ent, dont le
féminin était autrefois semblable au masculin, forment des
adverbes en -amment et -emment :
abondant → abond-amment
brillant → brill-amment
décent → déc-emment.
Parfois le suffixe –ment est ajouté après un nom employé comme
interjection :
diable ! → diable-ment
bigre ! → bigre-ment
vache → vache-ment.
Quasiment, formé de l’adverbe quasi, est souvent condamné par
les puristes.

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 1, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

• La dérivation suffixale ou suffixation se réalise par l’adjonction des suffixes soudés


à une base.
• Ces mots dérivés appartiennent à des classes syntaxiques différentes : noms,
adjectifs, verbes, adverbes.
• La dérivation suffixale est donc nominale, adjectivale, verbale, adverbiale.
• La base, à son tour, est aussi verbale, ou substantivale, ou adjectivale.
• Les suffixes nominaux déterminent des changements de sens : idée collective,
valeurs plus ou moins dépréciatives, idée diminutive.

63
La formation des mots : la dérivation suffixale

Les clés du test d’autoévaluation I

Corrigés

1. • l’utile, l’agréable dérivés d’adjectifs


• le devoir, le dîner dérivés de verbes
• l’important dérivé d’adjectif
• le qui-vive dérivé de locution
• un lâcher dérivé de verbe
• l’essentiel dérivé d’adjectif
les tenants et les aboutissants dérivés de participes présents
• le ridicule dérivé d’adjectif
un souvenir dérivé de verbe
• un aperçu dérivé de participe passé
le coucher dérivé de verbe
• le calme dérivé d’adjectif
le frou-frou dérivé d’onomatopée

2. • de la rudesse de ce climat
• de l’imminence de leur arrivée
• de la ressemblance (similitude) des deux documents
• du luxe de cette décoration
• de l’abstraction de son raisonnement
• de son agilité
• de la solitude de cette dame
• de l’assiduité de son travail
• de l’habileté de cet ouvrier
• de la concision et de la clarté de son discours

3. • Une camionnette a été volée au marché de gros.


• Un nouveau département a été récemment crée en Croatie.
• La tension s’accroît à Bagdad.
• Deux camions étant entrés en collision, deux personnes sont mortes, et une autre
a été grièvement blessée.
• L’indépendance de la Bosnie est proclamée.

Les clés du test d’autoévaluation II

Corrigés

1. Napoléon, Racine, Voltaire, Canada, Inde, Autriche, Norvège, Bohémien,


Athènes, Algérie, Iran, Londres, Sahara, Italie, Chili, Brésil, Alsace, Prussie, Egypte,
Mars.

2. bazarder ← bazar ; plafonner ← plafon.


tabatière ← tabac ; bijoutier ← bijou ; secouriste ← secours.
printanier ← printemps ; automnal ← automne ; hivernal ← hiver ; estival ← été.

64
La formation des mots : la dérivation suffixale

Test de contrôle 5

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 5.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de
repérage et de réemploi de la dérivation suffixale qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de
marquer votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page
de votre copie. N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes
supposés le recevoir, après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions suivantes:


a) Présentez la formation des adjectifs par la suffixation. Donnez des exemples de
votre choix.
b) Présentez la formation des verbes à partir des bases nominales, adjectivales,
verbales et pronominales : donnez des exemples de votre choix.
(2 points)

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 5. Essayez de
les rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des
exemples de votre choix.

2. Avec les suffixes -ier, -ien, -iste, formez le plus grand nombre de mots qui désignent
une profession.
(2 points)

3. Un mot change de sens en changeant de suffixe. Quelle différence de sens y a-t-il


entre ces mots ? Mettez-les dans des phrases pour faire sortir leur sens :
Modèle : justesse : Il a failli avoir un accident, mais la voiture l’a évité de justesse.
justice : L’indépendance de la justice est une condition obligatoire.

alternance alternative
machinerie machination
original originel
journalier journaliste
respectable respectueux
(2 points)

4. Formez des verbes en ajoutant au radical des mots en italique les suffixes -ifier, -
iser,
-oyer :

traiter brutalement transformer en cristaux


rendre bon faire la fête
additionner d’alcool rendre doux
faire des flammes rendre solide
rendre divers frapper de la foudre
rendre humain exprimer par symbole
rendre précis
(2 points)

65
La formation des mots : la dérivation suffixale

5. Transformez les phrases suivantes en titres de journaux :

• Le président de l’Afrique du Sud a gracié les deux condamnés.


…………………………………………………………………………..…………………….
• Un détenu s’est évadé en emmenant deux otages.
……………………………………………………………..…………………………………..
• Les pourparlers entre les deux pays n’ont pas abouti.
……………………………………………………………..…………………………………..
• En vue des prochaines élections, le ministre de l’Intérieur a découpé le territoire en
nouvelles circonscriptions.
……………………………………………………………..…………………………………..
• Les deux ministres des Affaires étrangères se sont entretenus du Proche-Orient.
……………………………………………………………...………………………………….
(2 points)

Références bibliographiques
1. Béchade, H. D., Phonétique et morphologie du français contemporain, PUF, Paris,
1992, p. 112-134.
2. Cuniţă, A., La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain,
Editura Didactică şi Pedagogică, Bucureşti, 1980, p. 13-145.
3. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 41-99.
4. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 101-167.
5. Mortureux, M. F., La lexicologie entre langue et discours, Editions Sedes, Paris,
1997, p. 41-99.
6. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 52-71.

66
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

Unité d’apprentissage 6

LA FORMATION DES MOTS : LA DERIVATION PARASYNTHETIQUE,


REGRESSIVE, IMPROPRE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 6 67
6.1 La dérivation parasynthétique 68
6.1.1 Les verbes formés par la dérivation parasynthétique 69
6.1.2 Les noms formés par la dérivation parasynthétique 70
6.1.3 Les adjectifs formés par la dérivation parasynthétique 70
6.2 La dérivation régressive 71
Test d’autoévaluation 72
6.3 La dérivation impropre 72
Les clés du test d’autoévaluation 74
Test de contrôle 6 74
Références bibliographiques 75

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 6

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des concepts fondamentaux, vous serez capables de :

• Compléter vos connaissances sur la formation des mots.


• Comprendre la formation des mots par la dérivation parasynthétique.
• Distinguer le mécanisme de la dérivation régressive.
• Comprendre la transformation des mots par le changement de la catégorie
grammaticale, qui constitue le cas de la dérivation impropre.

67
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

6.1 La dérivation parasynthétique


La dérivation parasynthétique implique la combinaison des deux
types de dérivation analysés: la dérivation suffixale et la dérivation
préfixale. Sur le plan de la forme cette combinaison se traduit par la
présence simultanée d’un suffixe – opérateur du changement de la
classe syntaxique – et d’un préfixe – élément qui remplit la fonction
d’aspectivation, de « modification notionnelle de la substance
linguistique ». La présence simultanée de ces deux éléments peut
être interprétée aussi comme l’expression d’un opérateur à formant
discontinu, dont chaque partie constitutive joue un rôle précis.
(Cuniţă, A., 1980, p. 137)

La dérivation suffixale, dérivation de type paradigmatique est un


processus transformationnel dont le spécifique réside dans le
changement de la classe grammaticale du morphème lexical de
base. L’élément qui réalise le changement de la classe
grammaticale du morphème lexical de base, c’est l’opérateur
suffixal.

La dérivation préfixale, dérivation de type syntagmatique est aussi


un processus transformationnel, mais il n’implique pas le
changement de la classe grammaticale du morphème lexical de
base .Le processus sur lequel repose la dérivation syntagmatique
consiste avant tout dans la contraction d’une séquence phrastique
en un morphème lexical.

Observez les transformations suivantes !

Elle va […] tout bien empaqueter, enrubanner […] (N. Sarraute, Entre la vie et la mort)

em- + paquet + -er


aspectivant : fonction grammaticalisante :
réalisateur catégoriseur verbal =
de la opérateur de la
localisation transformation d’un nom en
spatiale verbe par la factivisation

Voyez, il s’amollit, il a cessé de s’agiter.

a- + mol + -ir
aspectivant : catégoriseur
introducteur de grammatical,
la modalité opérateur du
aspective changement de la
« devenir » classe syntaxique

(Cuniţă A., 1980: 137)

Figure 6.1

68
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

Parmi les mots qui possèdent à la fois un préfixe et un suffixe, on


peut identifier deux cas différents, car le mode de dérivation n’est
pas tout à fait le même pour les uns et les autres.

 enrager, impérissable
Les étapes de formation de ces dérivés parasynthétiques sont les
suivantes :
0. étape initiale : base → rage : substantif
1. suffixation rager : dérivé verbal
2. préfixation enrager : dérivé verbal.

 embourgeoiser, imbattable
0. étape initiale : base → bourgeois : substantif
2. suffixation + préfixation embourgeoiser:dérivé verbal.

L’étape numéro 1 a été éliminée, les deux opérations de suffixation


et de préfixation étant réalisées à la fois.
Le procédé de dérivation parasynthétique est à la base de la
formation des verbes, des noms ou des adjectifs.

6.1.1 Les verbes formés par dérivation parasynthétique


Les verbes obtenus par la dérivation parasynthétique peuvent avoir
pour morphème lexical de base soit un adjectif soit un nom.

Les suffixes, responsables de la transformation de la catégorie


grammaticale (adjectif → verbe et nom → verbe), sont les suffixes
-er (pour les verbes de Ier groupe) ou -ir (pour les verbes de IIe ou IIIe
groupe). Les préfixes employés sont : a-, é-, dé-, r(e)-. Ils expriment
des modalités différentes : négative, répétitive, localisation spatiale :

• a- … -er
Ces affixes (préfixes et suffixes) peuvent s’ajouter :
 à un adjectif :
friand → affriander
long → (s’)allonger
grave → (s’)aggraver
fou → (s’)affoler
 à un nom
parent → s’apparenter
genou → s’agenouiller
coude → s’accouder
dos → s’adosser

• a- … -ir
Le morphème lexical de base est généralement un adjectif :
souple → s’assouplir
rond → s’arrondir
tendre → s’attendrir
grand → s’agrandir.

69
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

Une série de verbes parasynthétiques est formée à partir des noms :


lune → alunir
terre → atterrir
mer → amerrir

• en - / em-….. -er
Ces verbes peuvent se former à partir :
 d’un nom :
rage → enrager
bourgeois → s’embourgeoiser
canaille → s’encanailler
 d’un adjectif
pire → s’empirer

• en - / em-…..-ir
Le morphème lexical de base est surtout de nature adjectivale :
beau → embellir
laid → enlaidir
noble → ennoblir
• dé- … -er
Ce couple d’affixes exprime le modalité négative. Le morphème
lexical de base peut être :
 un adjectif : pareil → dépareiller
 un nom : poussière → dépoussiérer

6.1.2 Les noms formés par dérivation parasynthétique


On retrouve peu de noms issus de ce type de formation. Ce sont
surtout des noms d’action ou des noms d’agent :
 noms d’action :
herbe → désherbage
laine → délainage
phase → déphasage
pièce → empiècement
 noms d’agent : apiéceur
épulpeur

6.1.3 Les adjectifs formés par dérivation parasynthétique

Voici quelques couples d’affixes qui peuvent opérer ce processus de


dérivation sont :
• é- … -é : honte → éhonté
flanc → efflanqué
frein → effréné
Ces adjectifs sont formés à partir d’une base nominale :
• in- … -able opèrent à partir des bases verbales:
toucher → intouchable
soupçonner → insoupçonnable
soutenir → insoutenable

70
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

surmonter → insurmontable
manquer → immanquable
• intra- … -ique :
dermique → intradermique
musculaire → intramusculaire
atomique → intra-atomique, etc.
• anti- … -ique :
alcool → antialcoolique

6.2 La dérivation régressive

La dérivation régressive ou inverse consiste à tirer un mot plus


simple d’un mot plus long. C’est aussi le cas de la formation de
noms par la suppression du suffixe verbal :
accorder → accord
coûter → coût
galoper → galop
refuser → refus
soupirer → soupir
adresser → adresse
attaquer → attaque
visiter → visite
La dérivation régressive élimine parfois un suffixe nominal :
aristocratie → aristocrate
diplomatique → diplomate
On peut aussi éliminer un e muet final :
médecine → médecin
châtaigne → châtain
violette → violet

Parfois, la réduction est déterminée pour des raisons d’ordre


phonétique :
mathématique → math
matin → mat
professeur → prof
publicité → pub
faculté → fac
adolescents → ados
transatlantique → transat
laboratoire → labo

Dans le cas des noms composés d’éléments gréco-latins


l’abréviation se réalise par l’élimination du deuxième terme
constitutif du mot :
radiophonie → radio
stéréophonie → stéréo
stylographe → stylo
géographie → géo
microphone → micro.

71
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique
Clés du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Remplacez les structures ci-dessus par des verbes synthétiques :

• mettre la moisson en grange


…………………………………………………………………………………………………
• inscrire son frère sur les rôles de l’armée
…………………………………………………………………………………………………
• inscrire une commande sur un registre
…………………………………………………………………………………………………
• serrer quelqu’un entre ses bras
…………………………………………………………………………………………………

2. Formez des phrases avec les dérivés parasynthétiques des mots suivants :

• robe………………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………
• soleil…………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
• os…………………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………
• peste…………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
• orgueil.………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
• beau/bel……………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
• triste………………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………

6.3 La dérivation impropre

La dérivation impropre porte ce nom car, en fait, il n’y a pas


d’opérateur spécifique responsable de cette transformation lexicale.
La dérivation impropre signifie qu’un mot change de catégorie
grammaticale sans changer de forme. Mais ce changement suppose
en même temps un changement de sens :

boire (verbe) → le boire (nom)


manger (verbe) → le manger (nom)

72
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

On peut obtenir, par la dérivation impropre, les catégories


suivantes :
• des noms, qui proviennent :

 des noms propres :


une guillotine (du nom de l’inventeur) ;
une poubelle (du nom du préfet de police qui a imposé
cet objet) ;
 des pronoms : un rien, un quelque chose, le moi, le ça ;
 des adjectifs : le vrai, le faux, le clair, une blonde, une brune
 des verbes :
- à l’infinitif : le rire, le sourire, le boire, le manger, l’aller ;
- au participe : le militant, les assiégés, l’accusé;
 des prépositions : le pour, le contre ;
 des adverbes : le bien, le pire, le pourquoi, le comment ;
 des conjonctions : des si, des oui, des non, des mais.

• des adjectifs qui proviennent :


 des noms: les yeux marron
un côté province
 des adverbes: un homme bien.

• des adverbes qui proviennent :


 des adjectifs: parler fort, parler bas,
chanter juste, chanter faux,
voir clair.
 des prépositions : il faut faire avec
je suis pour
je suis contre.

• des interjections créées à partir :


 de noms propres : Seigneur ! Marie !
 de noms communs : attention ! merde !
 d’adjectif : bon !
 de pronoms : ça !
 de verbes : allons ! allez ! voyons !

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 6, vous devez retenir
quelques idées fondamentales :
• La dérivation parasynthétique implique la combinaison des deux types de
dérivation, préfixale et suffixale.
• Le procédé de la dérivation parasynthétique est à la base de la formation des
verbes, des noms et des adjectifs.
• La dérivation régressive ou inverse consiste à tirer un mot plus simple d’un mot plus
long.
• La dérivation impropre signifie qu’un mot, sans changer de forme, change
seulement de catégorie grammaticale (et aussi de sens).

73
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1. engranger la moisson
enrôler son frère dans l’armée
enregistrer une commande
embrasser quelqu’un

2. enrober
ensoleiller
désosser
empester
s’enorgueillir
embellir
attrister

Test de contrôle 6

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 6.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi de la dérivation parasynthétique, régressive, impropre qui y sont
recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions:

a) Qu’est-ce que la dérivation parasynthétique ?


b) Quel est le mécanisme de la dérivation régressive ?
(2 points)

2. Par le procédé de la dérivation impropre, formez des noms à partir des verbes
suivants :

devoir …………………………………………………………………………………………
repentir ………………………………………………………………………………………
rire …………………………………………………………………………………………….
envelopper …………………………………………………………………………………..
(2 points)

74
La formation des mots : la dérivation parasynthétique, régressive, impropre

3. Faites des phrases avec les verbes provenant des adjectifs suivants :

jaune → …………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………..
grand → …………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………..
rouge → …………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………..
blanc → ….………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………..
(2 points)
4. Mettez dans des phrases les mots suivants, issus de la dérivation régressive :

ados…………………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
prof………………………………………………………………………….…………………
…………………………………………………………………………………………………
fac………………………………………………………………………….…………………
…………………………………………………………………………………………………
pub………………………………………………………………………….…………………
…………………………………………………………………………………………………
labo……...………………………………………………………………….…………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)
5. Relevez tous les dérivés dans ce texte :

L’ampleur de la manifestation a montré la sensibilité des enseignants aux attaques contre


l’école publique. Que tant de gens viennent passer un dimanche sous la pluie pour la
défense d’une idée apporte un cinglant démenti aux propos désabusés sur l’égoïsme et
l’incivisme de nos contemporains.
Le Monde, février 1994
(2 points)

Références bibliographiques

1. Béchade, H. D., Phonétique et morphologie du français contemporain, PUF, Paris,


1992, p. 134-139.
2. Cuniţă, A., La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain,
Editura Didactică şi Pedagogică, Bucureşti, 1980, p. 137-149.
3. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 63-73.
4. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 117-131.
5. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 63-71.

75
La formation des mots : la composition

Unité d’apprentissage 7

LA FORMATION DES MOTS : LA COMPOSITION

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 7 76
7.1 La formation des mots par la composition 77
7.2 La composition française 77
7.3 La composition savante 82
7.4 Les plus fréquents éléments des mots composés savants 82
Test d’autoévaluation 85
Les clés du test d’autoévaluation 86
Test de contrôle 7 87
Références bibliographiques 87

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 7

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage, de


formation et d’emploi des noms composés, vous serez capables de :

• Comprendre le mécanisme de formation des mots par composition.


• Faire la différence entre les mots dérivés et les mots composés.
• Faire la différence entre les mots composés et les locutions.
• Comprendre l’évolution de la composition : populaire, française et savante.
• Identifier les mots composés selon les catégories grammaticales auxquelles ils
appartiennent : noms, adjectifs, verbes, mots invariables, locutions.

76
La formation des mots : la composition

7.1 La formation des mots par la composition

Parmi les unités lexicales de la langue française nous avons


identifié :
 des mots simples (formés d’un seul morphème) qui ne peuvent
pas être décomposés en unités significatives plus petites et
 des mots dérivés et fléchis (formés de deux ou plusieurs
morphèmes) dont l’un seulement des éléments constitutifs est
susceptible d’être employé de façon autonome dans l’énoncé.

Mais il existe encore une catégorie d’unités composées :


arc-en-ciel
pomme de terre
La composition peut aigre-doux
être définie comme la qu’en dira-t-on
juxtaposition de deux au fur et à mesure.
éléments qui peuvent Dans ces exemples, les éléments qui forment le mot nouveau sont
servir de base à des chacun susceptibles d’une existence lexicale autonome.
dérivés.
La composition, procédé de formation de nouvelles unités lexicales,
peut être définie comme la juxtaposition de deux éléments qui
peuvent servir de base à des dérivés.

Les linguistes font la distinction entre :


• les mots composés, les unités à deux termes, (principalement
nominales mais aussi adjectivales et verbales) et les unités à
trois termes (qui sont uniquement nominales) et
• les locutions, unités figées complexes, comportant plus de
trois éléments (appartenant aux autres parties du discours :
adverbes, prépositions, conjonctions, interjections).

Remarquons encore que les éléments utilisés dans la composition


sont susceptibles d’être employés de façon autonome dans la
langue.

On distinguera aussi la composition française (fondée sur l’emploi


d’éléments tirés du lexique français) et la composition savante ou
gréco-latine (fondée sur l’emploi d’éléments lexicaux grecs ou
latins).

7.2 La composition française

Les mots composés peuvent comporter des mots français qui


existent aussi de façon autonome. Dans ce cas, on parle aussi de
« composition populaire ».
Les éléments assemblés dans un mot composé forment une unité
de sens nouvelle, dont la signification dépasse celle des éléments
pris isolément.

77
La formation des mots : la composition

Dans la structure des composés français peuvent entrer divers


éléments.
Les noms composés a) Les noms composés :

• nom + nom :
aide-comptable : comptable qui est un aide
guerre éclair : guerre qui est un éclair
assurance tous risques : assurance contre tous les
risques
auteur-compositeur : auteur et compositeur
porte-fenêtre : fenêtre qui est une porte
wagon-restaurant : wagon qui est restaurant.

• nom + préposition + nom ou verbe à l’infinitif :


campagne de publicité : campagne pour la publicité
pomme de terre : pomme qui pousse de terre
boîte aux lettres : boîte qui sert à déposer les lettres
clair de lune : clair qui est le reflet de la lune
machine à écrire : machine pour écrire
machine à calculer : machine pour le calcul.

• adjectif + nom :
bas-fond : fond bas
basse-cour : cour basse
belle-fille : fille belle
bon sens : sens bon
rond-point : point rond.

• nom + adjective :
amour-propre : amour propre
bande dessinée : bande qui est dessinée
fait divers : fait qui est divers
sang-froid : sang froid
cerf-volant : cerf qui vole.

• préposition ou adverbe + nom ou verbe :


pourboire : pour boire
arrière-boutique : l’arrière de la boutique
sans gêne : qui n’a pas de gêne
quasi-unanimité : unanimité approximative
sous-préfet : qui tient lieu de préfet, qui le remplace.

• verbe + nom :
brise-glace : qui brise la glace
cache-nez : qui cache le nez
casse-noisette : qui casse les noisettes
porte-bonheur : qui porte bonheur
tire-bouchon : qui tire les bouchons.

• verbe + adjectif ou adverbe ou pronom :

78
La formation des mots : la composition

gagne-petit : qui gagne peu


songe-creux : qui songe creux
passe-partout : qui peut passer partout
fait-tout : qui fait tout.

• verbe + verbe (les deux à l’infinitif) :


laisser-aller : laisser aller
savoir-faire : savoir faire
savoir-vivre : savoir vivre.

• diverses expressions lexicalisées :


rendez-vous : convention et lieu de rencontre
va-et-vient : qui va et qui vient
rien du tout : qui ne vaut rien.
Les adjectifs
b) Les adjectifs composés :
composés
• adjectif + adjectif :
aigre-doux : aigre et doux
sourd-muet : sourd et muet
franco-belge : français et belge
médico-social : médical et social.

• adjectif adverbial + participe passé ou présent :


mal logé : qui est logé mal
nouveau-né : nouvellement né
clairvoyant : qui voit clairement
bien-pensant : qui pense bien
malentendant : qui entend mal.

• adjectif de couleur + nom :


rouge-brique : rouge, couleur de la brique
vert bouteille : vert, comme la bouteille de verre
jaune citron : jaune comme le citron
vert-olive : vert comme l’olive.

Les verbes c) verbes composés :


composés
• nom + verbes liés :
bouleverser : verser en boule
colporter : porter sur le cou
maintenir : tenir avec la main
saupoudrer : poudrer avec du sel.

• verbe + nom sans article, non liés :


avoir besoin : sentir la nécessité
avoir coutume : avoir l’habitude
avoir raison : avoir la raison pour soi.

• verbe + nom avec article, non liés :


avoir de l’esprit : faire des saillies

79
La formation des mots : la composition

faire du mal : porter un tort


prendre la parole : se mettre à parler.

• verbe + adjectif substantivé :


avoir chaud : ressentir la chaleur
être froid : manifester de la froideur
sentir bon : avoir une bonne odeur.

• pronom adverbial en + verbe :


s’en prendre à : s’attaquer à
s’en aller : partir.

d) Les mots invariables composés :

Des adverbes, des prépositions, des conjonctions, des interjections


entrent dans la composition des locutions :

 locutions adverbiales :

• adverbe + adverbe :
ci-dessous, ci-dessus
ici-bas
là-dedans, là-dessous, là-dessus.

• préposition + adverbe :
avant-hier, après-demain
de près, de loin
en avant, en arrière
en outré, par ailleurs.

• préposition + substantif :
à côté, à part
d’abord, en effet
entre-temps, sans doute.

• préposition + adjectif :
à découvert
à présent
de nouveau, d’ordinaire
en haut, en bas, en vain.

• adjectif + nom :
autre part, nulle part
bon gré, mal gré
bon marché
quelque part.

• nom + préposition + nom :


coup sur coup
côté à côté

80
La formation des mots : la composition

face à face
mot à mot
tête à tête.

• préposition + verbe à l’infinitif + son complément :


à cloche-pied
à tue-tête
d’arrache-pied.

 locutions prépositives:

• préposition + préposition :
d’après, d’entre
hors de, près de
jusqu’à
par devant

• nom + préposition ou préposition + nom + préposition :


face à, faute de, grâce à
à cause de, en faveur de, par rapport à.

 locutions conjonctives :

• préposition + que (ce que) :


avant que, depuis que, pendant que
à ce que, de ce que, parce que, jusqu’à ce que.

• adverbe + que :
alors que, aussitôt que, bien que
encore que, tant que.

• préposition + nom + que :


à condition que
à mesure que
au point que
du moment que
sans prétexte que.

• forme verbale (infinitif + participe) + que :


à supposer que
attendre que, excepté que
soit que, suivant que, vu que.

 locutions interjectives :

• diverses formes invariables :


Ah ça! Ah, mais! Eh bien! Donc! Oh là là!

• nom + adjectif :
Bon sang!
Juste ciel!
Ma parole!

81
La formation des mots : la composition

Au diable!
Par exemple!

• des phrases verbales figées :


Dieu me pardonne!
Dites donc!

7.3 La composition savante


Le français favorise la composition des mots empruntés aux langues
anciennes. On appelle ce procédé de formation « composition
savante »; les composés savants sont souvent créés depuis le
Moyen Âge, par la fusion de bases grecques ou latines.

 Mots empruntés directement au grec :

archéologie (arkhaios « ancien », logos « science »),


astrologie (astron « astre », logos « science »),
démocratie (démos « peuple », kratos « autorité »),
hippodrome (hippos « cheval », dromos « course »),
pseudonyme (pseudos « faux », onoma « nom »),
théologie (théos « dieu », logos « science »).

 Mots empruntés directement au latin :

agricole (ager « champ », colere « cultiver »),


carnivore (caro « chair », vorare « dévorer »),
conifère (conus « cône », ferre « porter »),
homicide (homo « homme », caedere « tuer »),
omnipotent (omnis « tout », potens « puissant »).

 Mots qui viennent du grec par le latin :

bibliothèque (lat. bibliotheca sur le grec bibliothêkê de biblion


« livre » et thêkê « armoire »),
géométrie (lat. geometria sur le grec geômetria de gê « terre »
et metreîn « mesurer »).

7.4 Les plus fréquents éléments des mots composés savants


Nous vous présentons les plus fréquents éléments qui forment des
mots composés savants, d’origine latine et d’origine grecque. Pour
compléter vos connaissances, nous vous conseillons de consulter
l’ouvrage de Mr. H. Béchade, Phonétique et morphologie du français
contemporain. Vous y trouverez les listes des noms composés
savants et leurs origines. Dans ce qui suit, nous vous présentons
quelques uns de ces exemples :

82
La formation des mots : la composition

a) origine latine

Eléments Sens Exemples


agri- champ agricole
calori- chaleur calorifère
centi- centième centilitre
-cide qui tue insecticide
-cole qui concerne la culture, l’élevage de vinicole, avicole
-culteur qui cultive motoculteur
-forme qui a la forme de cruciforme
-fuge qui fuit ou qui fait fuir centrifuge, vermifuge
maxi- très grand maxi-bouteille
milli- millième millimètre
mini- très petit minisatellite
multi- nombreux, plusieurs multimédia
omni- tout omnipraticien
pédi-, -pède pied pédicure, palmipède
pluri- plusieurs pluriculturel
radio- rayon radioactif
uni- un unidimensionnel

b) origine grecque

Eléments Sens Exemples


agro- champ agroalimentaire
anthropo-, homme anthropocentrique,
-anthrope, homme philanthrope,
-anthropie homme misanthropie
archéo- ancien archéo-gaulliste
auto- de, par soi-même autosuffisance
bio-, -bie vie biopsie, aérobie
cardio-, -carde, cœur cardiovasculaire, myocarde,
-cardie tachycardie
céphalo-, -céphale tête céphalopodes, brachycéphale
chromato-, chromo- couleur chromatogène,
, chromosome,
-chrome polychrome
chrono- temps chronographe
cinema(to)- mouvement cinémathèque, cinématographe
cosmo-, -cosme monde cosmodrome, microcosme
-crate, -cratie qui domine, domination bureaucrate, médiocratie
crypto- caché cryptocommuniste
cyclo-, -cycle cercle cyclomoteur, tricycle
dactylo-, -dactyle doigt dactylographe, ptérodactyle
démo- peuple démographie
-drome course autodrome
electro- électricité électro-acoustique
-game, -gamie mariage cryptogame, polygamie
géno-, -gène race, qui engendre genocide, allogène, pathogène
géo- terre géostationnaire
-gramme lettre, mesure de poids télégramme, kilogramme

83
La formation des mots : la composition

Eléments Sens Exemples


grapho-, écrit graphologie
-graphie écrit photographie
-hecto cent hectoliter
hélio- soleil héliomarin
hétéro- autre hétérosexuel
homéo- semblable homéopathie
hydro- eau hydrothérapie
-iatre, -iatrie médecin(e) psychiatre, gériatrie
leuc(o)- blanc leucémie, leucocyte
lipo- graisse liposuccion
litho-, -lithe pierre lithosphère, aérolithe
logo-, -logue, discours, savant logorrhée, cardiologue
-logie science égyptologie
macro- grand macrocontexte
-mane, -manie fou de, folie héroïnomane, monomanie
méga-, mégalo- très grand mégatonne, mégalomane
micro- petit micro-ordinateur
mono- seul monomoteur
morpho-, -morphe forme morphologie, anthropomorphe
nécro- mort nécrophage
néo- nouveau néologisme
neuro-, névro- nerf neurovégétatif, névropathie
-nome, -nomie loi gastronome, autonomie
-onyme, -onymie nom homonyme, toponymie
ophtalmo- œil ophtalmologie
pan- tout panafricain
péd(o)- enfant pédiatrie, pédophilie
phago-, -phage qui mange, consommation phagocyte, anthropophage
phil(o)-, -phile qui aime, amour philologie
-phobe, -phobie qui déteste, aversion claustrophobie
-phonie téléphone, francophonie
photo- lumière photocopie
poly- nombreux polycopie
psych(o-) âme psychiatre, psychodrame
pyro- feu pyromane
scaph-, -scaphe barque scaphandre, bathyscaphe
-scope, -scopie qui regarde, examen stéthoscope, radioscopie
techno-, -technie, science technocrate, pyrotechnie,
-technique polytechnique
-thérapie traitement thalassothérapie
topo-, -tope lieu toponymie, isotope
typo-, -type caractère typologie, stéréotype

84
La formation des mots : la composition

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Vérifiez vos résultats en consultant la rubrique
Clés du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Cherchez quelques unités composées qui comportent le mot mot en les classant par
catégorie grammaticale :

noms : ………………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
adverbes : ……………………...…………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
verbes : ……………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
phrases : ……………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

2. Indiquez la structure de ces composés savants. Identifiez aussi les éléments qui les
composent :

• Héliotrope………………………………………………………………………………….
• Pithécanthrope…………………………………………………………………………….
• Métropole…………………………………………………………………………………..
• Pétrole……………………………………………………………………………………
• Isotherme…………………………………………………………….…………………..

Mélancolie…………………………………………………………………………………..

3. Indiquez le genre des noms composés suivants :

• chou-fleur………………………………………………………………………………….
• pâte à choux………………………………………………………………………………
• fleur de lys…………………………………………………………………………………
• abat-jour……………………………………………………………………………………
• porte-avion…………………………………………………………………………………
• porte-fenêtre………………………………………………………………………………
• grand-mère………………………………………………………………………………
• grand-père…………………………………………………………………………………
• basse-cour…………………………………………………………………………………
• laisser-aller…………………………………………………………………………………

85
La formation des mots : la composition

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 7, vous devez retenir
quelques idées fondamentales:

• la composition est le procédé par lequel on forme de mots nouveaux par la


combinaison des bases entre elles ;
• les bases peuvent être d’origine française et le procédé de formation s’appelle
composition française ;
• les bases peuvent être d’origine grecque ou latine et le procédé de formation
s’appelle composition savante ;
• les linguistes distinguent aussi les mots composés et les locutions, unités figées
complexes, comportant plus de trois éléments appartenant aux parties du discours
invariables.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés
1. a) noms:
nom + nom → mot-clé, mot valise
nom + adjectif → mots croisés
adjectif + nom → gros mot, grands mots
nom + de + nom → jeu de mots
mot d’enfant

b) adverbes:
au bas mot
en un mot
mot à mot
mot pour mot
sans mot dire

c) verbes:
avoir des mots avec quelqu’un
en toucher un mot (à quelqu’un)
prendre quelqu’un au mot
avoir le dernier mot
avoir son mot à dire
avoir un mot sur le bout de la langue
chercher ses mots
ne pas souffler mot

d) phrases: c’est mon dernier mot


je n’ai pas encore dit mon dernier mot

86
La formation des mots : la composition

2. • hélio « soleil » + trope « se tourne »


• pithéc « singe » + anthrope « homme »

• métro « mère » + pole « ville »


• pétr « pierre » + ole « huile »
• iso « même » + terme « chaleur »
• mélan « noir » + colie « bile »

3. M ; F ; F ; M ; M ; F ; F ; M ; F ; M.

Test de contrôle 7

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 7.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi de la composition qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Présentez le mécanisme de formation des mots par composition.


(2 points)
2. Définissez les types de formation des mots par composition et donnez des exemples de
votre choix. (2 points)
3. Présentez la structure des noms composés.
(2 points)
4. Présentez la structure des verbes composés.
(2 points)
5. Présentez la structure des adjectifs et des mots invariables composés.
(2 points)

Références bibliographiques

1. Béchade, H. D., Phonétique et morphologie du français contemporain, PUF, Paris,


1992, p. 157-175.
2. Cuniţă, A., La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain,
Editura Didactică şi Pedagogică, Bucureşti, 1980, p. 225-235.
3. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 66-73.
4. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 113-117; 167-187.
5. Mortureux, M. F., La lexicologie entre langue et discours, Editions Sedes, Paris,
1997, p. 45-59.
6. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 71-79.

87
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

Unité d’apprentissage 8

LA FORMATION DES MOTS : L’ABREVIATION, LA SIGLAISON, LES


EMPRUNTS

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 8 88
8.1 Les emprunts 89
8.1.1 Les emprunts aux langues anciennes 89
8.1.2 Les emprunts aux langues romanes 91
8.1.3 Les emprunts aux langues germaniques 91
8.1.4 Les emprunts aux langues slaves 94
8.1.5 Les emprunts aux langues orientales 94
8.2 La siglaison 95
Test d’autoévaluation 96
8.3 L’abréviation 97
Les clés du test d’autoévaluation 98
Test de contrôle 8 99
Références bibliographiques 100

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 8

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi de l’abréviation, de la siglaison et des emprunts, vous serez capables de :

• Comprendre les mécanismes de formation des mots en français.


• Distinguer les procédés de formation des mots par expansion syntagmatique et
les procédés de formation par contraction.
• Comprendre le mécanisme de formation des mots par abréviation.
• Reconnaître les sigles et leur formation en français contemporain.
• Identifier les mots empruntés aux diverses langues : anciennes, modernes,
européennes, asiatiques, etc.

88
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

8.1 Les emprunts

Le français se sert aussi de trois autres procédés qui contribuent à la


création lexicale : l’abréviation, la siglaison, les emprunts.

L’emprunt est un autre procédé d’enrichissement d’une langue. Il


consiste à faire apparaître dans un système linguistique un mot
provenant d’une autre langue, contrairement aux procédés de
formation étudiés plus haut (la dérivation, la composition,
l’abréviation, la siglaison), qui font recours aux éléments déjà
existants dans la langue.

L’emprunt fait surgir des éléments nouveaux sans recourir à des


éléments lexicaux préexistants dans la langue. Les emprunts se font
avec les langues en contact intellectuel, commercial, diplomatique,
culturel, etc.

En français, les emprunts ont eu pour origine les langues anciennes,


dont le latin a fourni le plus grand nombre de mots. Les éléments
latins n’ont jamais cessé d’être introduits, ils constituent la plus grande
partie du vocabulaire savant français. Le recours au grec s’est fait soit
directement, soit à travers le latin.

Parmi les langues modernes, l’italien a fourni le plus grand nombre de


mots, à partir du XIVe siècle et surtout au XVIe siècle. Il est suivi de
l’anglais, l’espagnol, l’arabe, l’allemand, le portugais.

Quant à l’anglais, les emprunts antérieurs au XVIIIe siècle sont rares.


Aujourd’hui, l’anglais fournit au français le plus grand nombre de
mots, le plus souvent sans intégration morphologique ou phonétique.

Ce phénomène, répandu avec la mondialisation, est dû au prestige de


la civilisation anglo-américaine. Les mots anglais pénètrent dans le
domaine informatique, des affaires, du commerce, du politique, du
spectacle, musique, danse, cinéma, du journalisme, du sport, etc.

8.1.1 Les emprunts aux langues anciennes


a. Emprunts au grec

Ces mots, pris directement au grec ou par l’intermédiaire du latin,


relèvent surtout du vocabulaire spécialisé : religion, littérature,
science :

- ange, apôtre, baptiser, blasphémer, diable, église, idole, prophète,


- bibliothèque, dialecte, dialogue, épithète, grammaire, période,
poème, synonyme,
- arithmétique, arthrite, géographie, géométrie, logistique, migraine,
symptôme.

89
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

b. Emprunts au latin

Ils intéressent tous les domaines de la vie, surtout intellectuelle :

- abdiquer, absurde, accepter, admiration, animal, animer, autorité,


calculer,
- cancer, charité, civil, condamner, décerner, détestable, dévotion,
disciple,
- dissuader, distinct, élection, éliminer, esprit, facilité, fatal, faveur,
- ignorer, insidieux, instrument, intelligence, irriter, judiciaire, justice,
malédiction,
- médiocrité, monstrueux, narrer, négociation, nocif, onéreux, opinion,
opprimer,
- patience, persuader, prudent, religion, résumer, sacrifier, scénique,
spolier,
- tempérer, torride, ulcérer, usurpation, vénérer, vérité, voluptueux.

Le latin fournit au français des doublets, série de deux mots de même


origine, mais empruntés à des époques différentes, selon l’évolution.

Les lexicographes relèvent pour le français, environ 800 doublets de


substantifs, d’adjectifs et de verbes. Les plus nombreux sont les
doublets substantifs et adjectifs.

Les doublets contiennent :

• une forme intégrée au français à partir du latin populaire et qui


a évolué avec le français populaire ;

• une forme savante, forme-calque, qui n’a pas subi l’altération


phonétique sous l’influence du français :

Dans les tableaux suivants vous trouverez quelques exemples des


doublets qui fonctionnent en français contemporain. Nous vous
conseillons de consulter l’ouvrage de H. Béchade (1992), pour
compléter vos connaissances.

Substantif
Etymon latin Mot populaire français Mot savant français
advocatum avoué avocat
examen essaim examen
fabricam forge fabrique
hospitalem hôtel hôpital
legalitatem loyauté légalité
officinam usine officine
potionem poison potion
praedicatorem prêcheur prédicateur
rationem raison ration
securitatem sûreté sécurité

90
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

Adjectif
Etymon latin Mot populaire français Mot savant français
acrem aigre acre
directum droit direct
fragilem frêle fragile
gravem grief grave
integrum entier intègre
legalem loyal légal
mobilem meuble mobile
nativum naïf natif
rigidum raide rigide
strictum étroit strict

Verbes
Etymon latin Mot populaire français Mot savant français
auscultare écouter ausculter
designare dessiner désigner
dotare douer doter
implicare employer impliquer
liberare livrer libérer
masticare mâcher mastiquer
navigare nager naviguer
pensare peser penser
recuperare recouvrer récupérer
replicare replier répliquer

8.1.2 Les emprunts aux langues romanes


a. L’italien
Les emprunts :
Les emprunts à l’italien se retrouvent dans le lexique de la vie active :
- à l’italien - le domaine militaire :
alerte arsenal
bastion canon
cartouche embuscade
soldat
- le domaine maritime :
boussole escale
frégate galère
gondole pilote
- le domaine architectural :
arcade balcon
balustre corniche
corridor coupole
façade frise
- le domaine musical, particulièrement enrichi au XVIIIe siècle:
adagio arpège
cantate fugue
mandoline opéra
solfège ténor

91
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

b. L’espagnol
- à l’espagnol Les mots empruntés à l’espagnol concernent :
- le domaine militaire :
adjudant bandoulière
camarade casque
guérilla
- le domaine maritime :
canot embarcadère
flottille hamac
récif
- le domaine musical :
castagnettes fandango
guitare romance
sarabande sérénade
- le monde exotique :
cacao caïman
chocolat cigare
créole tabac
tomate

- au portugais c. Le portugais
Les emprunts au portugais se retrouvent dans le lexique exotique :

acajou bambou
banane bayadère
caste mandarin
pagode

8.1.3 Les emprunts aux langues germaniques

- à l’anglais a. L’anglais ; les emprunts à l’anglais appartiennent :


- au domaine maritime :
brick cabine
dock drague
ferry paquebot
tonnage
- au domaine politique :
budget comité
congrès leader
meeting session
vote
- au domaine sportif :
boxe golf
handicap jockey
match record
sport
- au domaine industriel, spécialement ferroviaire :
ballast express
rail tramway
tunnel wagon

92
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

Au XXe siècle, ce sont surtout des termes technologiques qui


- à l’anglo-américain s’installent en nombre, mais tous les domaines sont concernés : sport,
commerce, spectacle, vie courante, etc. Ils proviennent pour
l’essentiel de l’anglo-américain, dans les domaines suivants :

- domaine technologique :
laser monitoring
off-shore panel
portable radôme
tuner
- domaine sportif :
handball jogging
open raft
squash stock-car
supporter training
- domaine commercial :
cash-flow discount
factoring leasing
mailing management
package
- domaine du spectacle :
cameraman flash-back
hit-parade off
one man show play-back
show-business star
- domaine de la vie courante :
brushing caddie
club-house fast-food
play-boy poster
spray

b. L’allemand
Ces mots intéressent surtout le domaine militaire au XVIIe siècle :
- à l’allemand bivouac blinder
halte havresac
obus sabre
mais concernent également la vie courante :
bismuth cale (« coin »)
chenapan coche
espiègle huguenot
nouilles zinc

Au XVIIIe siècle, les apports, moins nombreux, affectent des


domaines variés :
blockhaus choucroute
kirsch valse
vampire vasistas
vermouth

A l’époque moderne et contemporaine, XIXe – XXe siècles, le flux se


maintient faiblement sans dominante thématique nette :

93
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

chope frichti
képi landau (XIXe)
bunker ersatz
kitsch putsch (XXe)

c. Le Néerlandais et les langues scandinaves


De nombreux termes de marine se sont introduits en ancien et moyen
français (du XIIIe au XIXe siècle) :
amarrer dune
- au néerlandais babord digue
- aux langues matelot tribord
scandinaves bière blague
blocus (XIV « maison », sens actuel XVIIe)
e

Les langues scandinaves ont fourni des mots qui ont principalement
trait à la mer :
cingler crique
fjord flotte
quille vague

8.1.4 Les emprunts aux langues slaves

- au russe Au premier rang se situent les mots d’origine russe qui évoquent des
réalités de ce pays, empruntés du XVIIe au XIXe siècle :
isba pogrom
pope steppe
troïka vodka

Au XXe siècle, surtout dans sa fin, on observe une recrudescence de


ces apports russes :
apparatchik bolchevik
datcha goulag
nomenklatura perestroïka
spoutnik

8.1.5 Les emprunts aux langues orientales


a. L’arabe
- à l’arabe
L’arabe fournit le plus gros nombre de mots empruntés en dehors de
l’Europe, cela dès l’ancien français au XIIIe siècle. On en compte un
peu moins de 300. Parmi les plus anciens de ces mots, beaucoup
relèvent du domaine spécifique des sciences :
alchimie alcool
algèbre azimut
chiffre zéro
ou du commerce :
ambre café (par l’ital.)
coton douane (par l’ital.)
gaze magasin (par le prov.)
moka satin

94
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

Mais ils proviennent aussi d’horizons très divers – vie quotidienne,


armée, animaux, etc. :
almanach amiral
calibre carafe (de l’ital. empr. à l’esp.)
gazelle jupe
mat (échecs) tasse

b. L’hébreu
Il a donné quelques mots essentiellement du domaine religieux
(traduction des livres saints) :
cabale chérubin
éden jubilé
manne séraphin
tohu-bohu

- au persan c. Le persan
Les apports, qui apparaissent dès l’époque médiévale, sont peu
abondants :
bazar caravane
caravansérail casaque
chacal derviche
taffetas

- au turc d. Le turc
Les emprunts se sont introduits en faible nombre dès le Moyen Age,
mais surtout à partir de la Renaissance :
caviar (par l’ital.) cravache (par l’all.)
divan kiosque
laquais pacha
sultan turban

8.2 La siglaison
La siglaison consiste à ne retenir que les lettres ou syllabes initiales
des mots composés. Ce procédé affecte surtout les ensembles
lexicaux de plus de deux éléments, toujours selon le principe
d’économie. Les sigles désignent des associations, des pays, des
organismes, des instruments, etc.

Organismes : ONU : Organisation des Nations Unies


CGC : Confédération Générale des Cadres
MEN : Ministère de l’Education Nationale
OMS : Organisation Mondiale de la Santé
SAMU : Service d’Aide Médicale d’Urgence
FMI : Fonds Monétaire Internationale.

Pays : CH : Confédération Helvétique


EAU : Emirats Arabes Unis
UE : Union Européenne.

95
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

Objets, instruments :
RER : Réseau Electrique Régional
OVNI : Objet Volant Non Identifié
QCM : Questionnaire à Choix Multiple
RMI : Revenu Minimum d’Insertion
SMIC : Salaire Minimum Interprofessionnel de Croissance.

Les sigles totalement entrés dans l’usage donnent souvent naissance


à la création de mots dérivés par suffixation :
CGT → cégétiste
ENA → énarque
CAPES → capésien, capésienne
SMIC → smicard
RMI → érémiste.

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Que signifient les sigles suivants ?

URSS ………………………………………………………………………………
IUFM ……………………………………………………………………………….
PDG ………………………………………………………………………………..
OTAN ………………………………………………………………………………

2. Rangez les mots suivants en 2 colonnes selon l’origine grecque ou latine :

géographie, intelligence, instrument, opinion, arithmétique, diable, église, esprit,


symptôme, négociation, grammaire, religion, poème, élection

……………………… ………………………
……………………… ………………………
……………………… ………………………
……………………… ………………………
……………………… ………………………
……………………… ………………………
……………………… ………………………

3. Donnez trois exemples d’adjectifs populaires et savants, ayant la même origine et


mettez-les dans des phrases :
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

96
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

4. Donnez trois exemples de verbes populaires et savants ayant la même origine et


mettez-les dans des phrases :

…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

8.3 L’abréviation
L’abréviation, ainsi que la siglaison ont pour principal objet de
raccourcir des mots.

« La tendance à l’expansion syntagmatique est contrecarrée dans la


langue par la tendance à la contraction des séquences lexicales, qui
se réduisent constamment à l’unité mot. Il s’agit d’une intervention
consciente, peut-être même délibérée, des locuteurs, qui agissent
sous l’influence de la loi de l’économie dans le volume des mots
véhiculés au cours de la communication. » (Cuniţă, A., 1980 : 225)

L’abréviation peut avoir un caractère phonétique ou syntaxique.

a) l’abréviation de caractère phonétique :

• la coupure phonétique peut tomber après une consonne :


matin → mat
mathématiques → math
professeur → prof
publicité → pub
faculté → fac
transatlantique → transat.

• ou bien après une voyelle :


adolescent → ado
aristocrate → aristo.

En effet, les abréviations en « o » sont très nombreuses :


laboratoire → labo
américain → améro
socialiste → socialo
hôpital → hosto.

b) la réduction en vertu du principe syntaxique s’opère au niveau des


composés et des locutions complexes :
• les noms composés d’éléments gréco-latins se réduisent
souvent au premier élément :
stylographe → stylo
géographie → géo
microphone → micro
pseudonyme → pseudo
cinématographe → cinéma ou ciné.

97
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

• les noms composés d’éléments appartenant au vocabulaire


commun français se réduisent aussi :
timbre-poste → timbre
répétition générale → générale
journal quotidien → quotidien.

L’abréviation qui concerne le début du mot s’appelle aphérèse :


(auto-)bus, (ca-)pitaine, (auto-)stop

L’abréviation qui concerne la fin du mot s’appelle apocope :


amphi(-théâtre), exam(-en), impecc(-able)
mégalo(-mane), sécu(-rité), super(-marché).

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 8, vous devez retenir
quelques idées fondamentales :

• L’abréviation et la siglaison ont pour principal objet de raccourcir les mots.


• L’abréviation peut concerner le début du mot (aphérèse) ou la fin du mot (apocope).
• La siglaison consiste à ne retenir que les lettres ou les syllabes initiales des mots
composés ; les sigles désignent des associations, des pays, des organismes, etc.
• Les emprunts enrichissent la langue ; ce procédé consiste à faire apparaître dans
un système linguistique un mot provenant d’une autre langue.
• Les emprunts anciens proviennent des langues romanes, germaniques, arabes.
• Les emprunts contemporains proviennent surtout de l’anglo-américain, sous l’effet
de la mondialisation et du prestige de la civilisation anglo-américaine.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1. Union des Républiques Socialistes Soviétiques


Institut Universitaire de Formation de Maîtres
Président Directeur Général
Organisation du Traité de l’Atlantique du Nord
2. grecque : géographie, arithmétique, diable, église, symptôme, grammaire, poème
latine : intelligence, instrument, opinion, religion, esprit, négociation, élection
3. droit → direct
loyal → légal
raide → rigide
4. écouter → ausculter
mâcher → mastiquer
nager → naviguer

98
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

Test de contrôle 8

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 8.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi de l’abréviation, de la siglaison et des emprunts, qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions suivantes:

a) Expliquez les mécanismes de formation des mots nouveaux par l’abréviation et la


siglaison.
b) Quels sont les emprunts populaires et savants du latin ?
(2 points)

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 8. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.

2. Indiquez le genre des noms composés suivants:

monte-charge ………………………… amour-propre …………………………


couvre-chef …………………………… sang-froid ……………………………..
laisser passer ………………………… cerf-volant …………………………….
savoir-vivre …………………………… bon sens ………………………………
savoir-faire …………………………… porte-bonheur …………………………

(2 points)

3. Cherchez des unités composées qui comportent le mot sang et classez-les par
catégorie grammaticale.
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
(2 points)

4. Faites des phrases avec 6 mots (noms et verbes) savants français, empruntés au latin.
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
(2 points)

99
La formation des mots : l’abréviation, la siglaison, les emprunts

5. Faites 6 phrases, dans le domaine technique, du spectacle, des mass-média, en


utilisant des mots empruntés à l’anglo-américain.
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
(2 points)

Références bibliographiques
1. Béchade, H. D., Phonétique et morphologie du français contemporain, PUF, Paris,
1992, p. 157-175.
2. Cuniţă, A., La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain,
Editura Didactică şi Pedagogică, Bucureşti, 1980, p. 225-235.
3. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 68-73.
4. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 101-104.
5. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 79-89.
6. Pottier, B., Présentation de la linguistique. Fondement d’une théorie, Klincksieck,
Paris, 1967.

100
Les éléments constitutifs du sens lexical

Unité d’apprentissage 9

LES ELEMENTS CONSTITUTIFS DU SENS LEXICAL

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 9 101
9.1 Le sème 102
9.2 La typologie des sèmes 104
9.3 Le classème 106
9.4 Le sémème 107
9.5 L’archisémème 107
Test d’autoévaluation 109
9.6 La dénotation et la connotation 109
9.7 Le champ sémantique 110
Les clés du test d’autoévaluation 112
Test de contrôle 9 112
Références bibliographiques 113

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 9

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des éléments constitutifs du sens lexical, vous serez capables de :

• Comprendre la méthode d’analyse appelée analyse sémique.


• Distinguer l’unité minimale de sens, le marqueur sémique, le sème.
• Comprendre la composition du sémème, faisceau de sèmes, ensemble
complexe qui réalise le sens du lexème.
• Identifier la typologie des sèmes.
• Comprendre la composition du classème, ensemble de sèmes génériques.
• Comprendre la composition du lexème (champ lexical), ensemble
superordonné de sémèmes.

101
Les éléments constitutifs du sens lexical

9.1 Le sème

Dans tous les domaines de la linguistique, les linguistes cherchent à


isoler et identifier l’unité minimale d’analyse. Pour identifier cet
élément constitutif minimal, il faut recourir aux opérations de
segmentation et d’opposition. Nous avons vu plus haut que l’unité
minimale dans l’analyse du lexique est le lexème.

En phonologie on a découvert le phonème, trait minimal et pertinent,


suite au découpage de la chaîne sonore en éléments distinctifs et
pertinents et à l’application du critère des oppositions fonctionnelles
(par exemple, l’opposition entre deux consonnes, l’une sourde et
l’autre sonore : p/b, conduit à l’opposition entre deux lexèmes
par/bar).

En sémantique, De la même façon, les linguistes posent l’existence d’une unité


science qui étudie le minimale de sens, qu’on appelle « marque sémique », « marqueur
sens des mots, le sémique » ou « sème ». En sémantique, science qui étudie le sens
trait sémantique des mots, le trait sémantique minimal est donc le sème. L’analyse
minimal est le sème.
componentielle appliquée au sens est une méthode nommée
analyse sémique. Elle consiste dans la découverte des unités
constitutives du sens, à partir des plus simples invariants,
universaux sémiques, jusqu’aux unités plus complexes.

Pour comprendre le fonctionnement de cette méthode, nous


reprenons l’exemple de Mme M. Tuţescu (1974 : 43). L’auteur du
« Précis de sémantique française » donne la liste suivante :

A B C
 homme ~ femme ~ enfant
 taureau ~ vache ~ veau
 coq ~ poule ~ poulet
 canard ~ cane ~ caneton
 étalon ~ jument ~ poulain
 bélier ~ brebis ~ agneau

La signification de ces suites pouvait être réduite à un axe commun,


formé de trois facteurs généraux :
« mâle » ~ « femelle » ~ « petit ».

On observe donc que tous les lexèmes de la colonne A – homme,


taureau, coq, canard, étalon, bélier – ont en commun le trait
sémantique « mâle ».

Par contre, les lexèmes de la colonne B – femme, vache, poule,


cane, jument, brebis – ont le trait sémantique « femelle ».

La troisième colonne, C, comprend des lexèmes – enfant, veau,


poulet, caneton, poulain, agneau – dont le sens est caractérisé par
le marqueur sémantique « petit ».

102
Les éléments constitutifs du sens lexical

Par conséquent, la signification de chaque mot repose sur un


faisceau de traits (marqueurs sémiques ou sèmes) :

homme : « mâle », « humain », « adulte »


femme : « femelle », « humain », « adulte »
enfant : « petit », « humain », « non-adulte »
taureau : « mâle », « bovin », « adulte »
vache : « femelle », « bovin », « adulte »
veau : « petit », « bovin » « non-adulte »

Donc, les invariants « humain », « mâle », « adulte » sont des


sèmes, éléments constitutifs du sens du lexème « homme ».

Les sèmes sont des universaux substantiels et leur nombre est très
grand. Ils correspondent aux universaux conceptuels comme :

« action »
« état »
« couleur »
Les sèmes sont des « qualité »
éléments essentiels « dimension »
des sens des signes « manière »
du système lexical « but »
« cause »
« conséquence »
« animé »
« humain »
« mâle »
« femelle »
« animal »
« oiseau »
« objet »
« bâtiment »
« espace »
« temps », etc.

Ayant rapport au monde référentiel, ces traits sémiques sont


considérés comme des indices référentiels.

La méthode d’analyse sémique, procédant à la décomposition des


lexèmes en sèmes, fournit aussi les éléments essentiels pour la
comparaison – et la définition par opposition – des sens des signes
du système lexical.

A l’aide de six sèmes, le linguiste Bernard Pottier a décomposé le


sens des mots formant le micro-système lexical porteur du signifié
« siège ».
Nous allons observer comment chaque lexème est marqué par la
présence de certains sèmes et l’absence de certains autres.

103
Les éléments constitutifs du sens lexical

S6
S1 S2 S3 S4 S5
« en
Lexèmes « pour « sur « pour une « avec « avec
manière
s’asseoir » pied(s) » personne » dossier » bras »
rigide »
chaise + + + + – +
fauteuil + + + + + +
tabouret + + + – – +
canapé + + – + + +
pouf + – + – – –

En guise de conclusion, nous dirons que le sème est donc l’unité


minimale, ultime de la signification, unité sur le plan du contenu, tout
comme le lexème correspond à l’unité du plan de l’expression.
Le sème ne se réalise jamais comme unité autonome, mais à
l’intérieur d’un ensemble complexe, le sémème, défini comme un
faisceau de sèmes de différents types.

9.2 La typologie des sèmes


Nous allons distinguer les types de sèmes oppositionnels suivants :

• sèmes relationnels / sèmes substantiels

Le sème relationnel, selon B. Pottier, est un trait minimal dont


l’ensemble correspond à ce que, dans la tradition grammaticale, on
désigne par la catégorie grammaticale : genre, nombre, personne, et
autres.
Le sème substantiel est un trait lexical exprimant des traits
définitoires : instrument, artefact, etc.
Les sèmes substantiels se divisent à leur tour en deux sous-types :

• sèmes génériques / sèmes spécifiques

Les sèmes génériques sont communs à tous les sémèmes


constitutifs d’un ensemble. Ils se divisent à leur tour en sèmes :
 micro génériques
 méso génériques
 macro génériques .

Pour illustrer nos explications, nous vous proposons de suivre


l’analyse de l’exemple présenté par Teodora Cristea
(2001 : 41).

Le lexème violon contient les sèmes suivants :


[– animé], [+ matériel], [+ dénombrable] = sèmes macro génériques ;
[+ artefact], [+ instrument de musique] = sèmes méso génériques ;
[+ à cordes frottées] = sèmes micro génériques..

Nous constatons que les sèmes macro génériques sont communs à


tout un ensemble d’objets qui sont [– animé], [+ matériel],

104
Les éléments constitutifs du sens lexical

[+dénombrable], alors que les sèmes micro génériques servent à


distinguer des objets ayant beaucoup de sèmes communs ; le violon
et le piano ayant les mêmes traits macro et méso génériques, se
distinguent par leurs sèmes micro génériques.

Le schéma suivant, de la figure 9.2., rend compte, selon Teodora


Cristea (2001 : 42), des sèmes macro génériques pour la classe des
noms communs.

Nom [+ commun]
[+ dénombrable] [– dénombrable]

[+ vivant (sexué)] [– vivant (chose)]

[+ animé] [– animé] [+ concret] [– concret]

[+ humain] [– humain]

[+ collectif] [– collectif] [+ collectif] [– collectif] [+ collectif] [– collectif] [+ collectif] [– collectif]

foule voyageur meute chien forêt arbre liasse billet sable peur

Figure 9.2.

Les sèmes spécifiques


Notons aussi que si l’ensemble des sèmes génériques forme le
classème, les sèmes spécifiques différencient les sémèmes
appartenant à une même classe. Le linguiste B. Pottier (1974 : 330-
331) explique que le sème générique (élément du classème) permet
le rapprochement des unités voisines, par référence à une classe
plus générale. Par contre, le sème spécifique, vient opposer deux
sémèmes voisins, par une caractéristique propre. C’est grâce à ces
sèmes spécifiques, exprimant la manière dont on manie les cordes,
qu’on distingue le piano (« cordes frappées ») du clavecin (« cordes
pincées »).

• sèmes inhérents / sèmes afférents

Les sèmes inhérents sont distinctifs et vrais en tout contexte


linguistique et pragmatique ; les sèmes afférents, par contre, ne sont
pas distinctifs. On les considère comme des sèmes marginaux,
étant de nature essentiellement contextuelle. Le contexte joue un
rôle essentiel dans l’interprétation du contenu sémantique, étant
marqué par des normes de nature sociale. Le contexte, par les traits
afférents qu’il sélectionne, influence le sens des lexèmes.

105
Les éléments constitutifs du sens lexical

Par exemple, les noms des saisons de l’année, en dehors de leurs


traits inhérents, possèdent des traits afférents, selon les contextes
de leurs emplois : printemps « jeune âge »
automne « maturité, déclin »
hiver « vieillesse ».

Sur la base des travaux de B. Pottier, on peut résumer ainsi les


principales distinctions :

Sèmes

dénotatifs connotatifs (virtuels)

spécifiques génériques
Figure 9.3

La distinction sèmes dénotatifs/sèmes connotatifs reprend


l’opposition classique dénotation/connotation. Les sèmes dénotatifs
sont acceptés par l’ensemble de la communauté linguistique, et
déterminent la référence de façon stable, tandis que les sèmes
connotatifs ont un caractère instable, virtuel, individuel.

9.3 Le classème
Les classèmes sont des unités sémiques minimales, dues à
l’environnement dans lequel les morphèmes lexicaux apparaissent.
Ce sont des traits sémiques combinatoires, des sèmes contextuels.
Les classèmes sont fournis par des distinctions du type :

« +mâle »
« +personne »
« –mâle »
« animé »
« +mâle »
« –personne » (« animal »)
« –mâle »

« +objet matériel »

« inanimé »

« –objet matériel »

Figure 9.4

Par exemple, le contenu sémique des verbes penser, lire, écrire,


rire, dire, rêver renferme le classème « +personne ».

106
Les éléments constitutifs du sens lexical

Les verbes comme manger, dormir sont marqués par le classème


« +animé », avec des deux variantes : « +personne »,
« –personne ».

La classe des verbes sélectionne le classème « transitivité », avec


ses deux sous-ensembles [± transitif]. Les lexèmes comme manger,
lire, écrire, voir, entendre, etc. ont le classème « +transitif », alors
que les lexèmes comme marcher, arriver, protester sont marqués
par le classème « –transitif ».

9.4 Le sémème
Le sémème est l’ensemble des sèmes et classèmes formant le sens
d’un lexème ; il est le sens global d’un mot. Prenons les cas
suivants, expliqués par Mme Mariana Tuţescu (1974 : 56) :

Le lexème chaise est un sémème formé de sèmes :


Le lexème, unité
lexicale, est aussi un
(s1) « objet » +
sémème, unité de (s2) « en matière rigide » +
sens (ensemble de (s3) « pour s’asseoir » +
sèmes). (s4) « sur pied(s) » +
(s5) « pour une personne » +
(s6) « avec dossier » +
(s7) « sans bras ». +

Le lexème savoir est un sémème formé des sèmes suivants :


(s1) « action » +
(s2) « d’appréhender par l’esprit » +
(s3) « être en mesure de pratiquer, d’exécuter, grâce à des
connaissances théoriques » +
(s4) « auxiliaire avoir », +
(s5) « résultatif » +
(s6) « duratif » +
(s7) « sujet humain ». +

9.5 L’archisémème
L’archisémème est un trait sémique généralisateur, renfermant
l’ensemble des sèmes communs à plusieurs sémèmes. Dans la
série des sémèmes-lexies « fauteuil », « chaise », « tabouret »,
« canapé », « pouf », on distingue la présence du sémème
« siège ».
Toute « chaise », tout « fauteuil » est un « siège », mais l’inverse ne
se vérifie pas.
« Siège » est donc à la fois un mot de la langue (un lexème), mais
aussi un faisceau de spécifications, un archisémème.

107
Les éléments constitutifs du sens lexical

Nous vous proposons maintenant l’analyse d’un autre exemple :

Le lexème prendre Le verbe prendre est un archisémème, car il constitue le trait


est un archisémème. sémique commun aux verbes suivants :

1. arracher, enlever :
Prendre quelque chose des mains de quelqu’un
2. sortir, tirer :
Prendre son stylo dans son sac
3. emporter :
Prendre un parapluie pour sortir
« Prenez ce qu’il nous faut pour un voyage de quinze jours et
suivez-moi. » (Dumas)
4. retirer :
Prendre de l’argent à la banque
5. acheter :
N’oublie pas de prendre le pain !
6. accueillir :
Maison qui prend des pensionnaires
7. recueillir :
Tous ces verbes qui Taxi qui prend un client
partagent certains 8. emmener :
sèmes avec le verbe Il a bien compris que les cousins le prendraient chez eux.
prendre sont les 9. assumer :
synonymes partiels Nous prenons volontiers sur nous certaines fautes.
du verbe prendre.
10. couvrir :
Je prends sur mon compte la responsabilité de cette décision.
11. considérer :
Prenons cet exemple !
12. mesurer :
Prenez votre température.
« Pierre se penchait pour prendre son pouls. » (Maupassant)
13. épouser :
Prendre un amant, une maîtresse
« Quand les Orientaux prennent femme, ils ne voient qu’après
la noce le visage de leur fiancée. » (Musset)
14. embaucher :
On ne prend plus personne à l’usine.
15. confondre :
Prendre une personne pour une autre
« Que de fois ils nous est arrivé de prendre Jules (de
Goncourt) pour Edmond ! » (Gautier)
16. absorber :
Prendre de l’eau
Prendre de la nourriture
17. consommer :
Prendre son café
Prendre un verre, un pot
18. avaler :
Prendre un remède, un cachet, un médicament

108
Les éléments constitutifs du sens lexical

19. demander, exiger :


Combien prend-il ? quel est son prix ?
Combien ne prendriez-vous pour mon logement ?
20. recevoir, supporter :
Prendre des coups
Il a pris le ballon en pleine figure.
21. enlever, conquérir :
Prendre une forteresse, une place, une ville
22. s’engager (dans) :
Prendre un chemin
Prendre le chemin de…
23. écrire :
Prendre la plume
24. embarquer :
Prendre la mer
25. vieillir :
Prendre de l’âge, etc.

Vous trouverez tous ces exemples et explications dans l’article de


dictionnaire prendre du Petit Robert.

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.

Vrai ou Faux ?
V F
Le sème, ou marque sémique, est l’unité minimale d’analyse du sens. □ □
Les sèmes substantiels se divisent en deux catégories : sèmes génériques et □ □
sèmes spécifiques.
Les sèmes macro-génériques du lexème « maison » sont [+ animé], [– matériel], □ □
[+ dénombrable].
Les sèmes connotatifs sont objectifs. □ □
Les sèmes dénotatifs sont subjectifs et rendent compte de l’imagination et des □ □
sentiments.

9.6 Dénotation / connotation


La dénotation est le rapport établi entre le signe et l’objet réel
désigné (le référent) ; la connotation, quant à elle, désigne le
processus de la production de sens sur le plan du discours ; elle
opère avec des signes occurrences.

109
Les éléments constitutifs du sens lexical

Pour mieux comprendre ces deux types de signification, prenons


La dénotation deux exemples : les termes orange et université. Si nous cherchons
renvoie au sens
dans le dictionnaire leurs significations, nous y retrouvons la plus
objectif du terme.
objective, la plus rigoureuse, la plus neutre. Cette signification
La connotation résulte aussi d’un consensus de la communauté de langue, qui
renvoie au sens tombe d’accord sur ce sens objectif minimal, appelé sens dénoté ou
subjectif du terme. signifié(s) de dénotation.

Mais les deux termes ci-dessus, en dehors de ce sens objectif sont


chargés des significations suggérées, subjectives, secondes par
rapport au sens dénotatif. Et ce sont les connotations ; on parle de
sens connoté ou de signifié(s) de connotation.

Quels sont les sens dénotés et connotés des termes orange et


université ?

Orange : - sens dénoté : fruit comestible de l’oranger ;


- sens connoté : ce fruit symbolise le soleil, le sud, les
pays de la Méditerranée, l’évasion, le voyage en Italie, la
jeunesse, etc.

Université : - sens dénoté : groupe de facultés ou d’unités


d’enseignement et de recherche qui donnent
l’enseignement supérieur ;
- sens connoté : L’Université peut symboliser l’élite, le
sérieux, l’humanisme, la liberté ou, au contraire la perte
de temps, l’anarchie, l’agitation d’adolescents prolongés,
etc.

Si le sens dénotatif repose sur le consensus, le sens connotatif est


source des divergences importantes à l’intérieur de la communauté
de langue. C’est que le sens dénoté correspond à l’aspect cognitif
du signifié et le sens connoté à des aspects affectifs ; il renvoie au
contexte socioculturel et psychologique, à la mentalité et à l’univers
de croyance de la communauté linguistique.

9.7 Le champ sémantique


On définit les champs sémantiques comme l’association d’un
champ notionnel et d’un champ lexical. C’est un sous-ensemble du
lexique, qui fait correspondre à une notion (ex. : les sentiments, la
couleur, le mobilier etc.) un groupe de termes.

Par exemple, le champ sémantique des sentiments fera


correspondre au champ notionnel « sentiments » le champ lexical
comprenant les mots :
haine, amour, jalousie, passion, ennui, etc.

Il faut faire la différence entre les champs sémantiques et :

110
Les éléments constitutifs du sens lexical

 les séries étymologiques ou morphologiques (familles de mots),


dont les termes sont unis par une liaison formelle et non par un
concept, comme :
vie, vivant, viveur, vivace, etc.
coiffe, coiffer, coiffeur, coiffeuse, coiffure, décoiffer, recoiffer, …

 les champs associatifs qui regroupent tous les mots gravitant


autour d’une notion donnée. Par exemple, la série : sang, mort,
mourir, blessé, bombe, se battre, victoire, perdre, combat etc. est
réunie autour du thème guerre.

Ou bien, les mots gravitant autour de la notion « gloire » :


vedette, réussir, arriver, briller, percer, célèbre, légendaire,
bonheur, victoire, triomphe, succès, star, etc.

Les champs associatifs réunissent des termes appartenant à des


parties du discours différentes (noms, adjectifs, verbes) alors que
les champs sémantiques ne comprennent que des mots appartenant
à la même partie du discours (en général des substantifs).

Rappelons dans ce sens la série :


chaise, fauteuil, canapé, tabouret, banc, pouf, qui constitue un
champ sémantique, associant un ensemble de termes du lexique
(champ lexical) à une notion particulière (champ notionnel) : siège.

Il faut préciser que certains mots peuvent figurer dans plusieurs


champs sémantiques à la fois, en raison de leur polysémie
(possédant plusieurs significations).
Ainsi, le terme fraise peut figurer dans les champs notionnels :
 des fruits : confiture de fraises ;
 des outils : faire fonctionner la fraise ;
 des habits : le roi portait une fraise.

Certains termes peuvent être empruntés d’un champ à l’autre. Le


champ lexical des termes de couleur comprend plusieurs termes
empruntés à celui des fruits (citron, marron), des fleurs (rose,
violette, lilas), des animaux (chamois, fauve).

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 9, vous devez retenir
quelques idées fondamentales :

• En sémantique, science qui étudie le sens des mots, le trait minimal qui comporte
un sens est le sème.
• Chaque lexème contient un faisceau de sèmes.
• Les sèmes se repartissent en deux grandes catégories : sèmes relationnels (qui
désignent la catégorie grammaticale) et les sèmes substantiels (qui expriment les
traits définitoires des lexèmes).

111
Les éléments constitutifs du sens lexical

• A leur tour, les sèmes substantiels se divisent en deux sous-types : sèmes


génériques et sèmes spécifiques.
• Les sèmes sont sélectionnés ou non par le contexte de leur emploi ; c’est pour cela
qu’on peut identifier les sèmes inhérents (distinctifs et vrais en tout contexte) et les
sèmes afférents (sèmes marginaux, de nature contextuelle) ou bien les sèmes
dénotatifs (objectifs) et les sèmes connotatifs (subjectifs).
• Le champ sémantique est un sous-ensemble du lexique qui fait correspondre un
groupe de termes à une notion.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

V, V, F, F, F

Test de contrôle 9

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 9.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi des éléments constitutifs du sens lexical qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions:

a) Quelle est l’unité minimale de sens dans la sémantique ?


b) Présentez la typologie des sèmes selon les divers critères.
(2 points)
Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 9. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.

2. Faites quatre phrases avec les sémèmes-lexies de l’archisémème chaise.


…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

112
Les éléments constitutifs du sens lexical

3. Faites des phrases avec les verbes qui partagent des traits sémiques avec le verbe
prendre et qui figurent dans nos explications :
arracher ………………………………………………………………………………………
épouser ………………………………………………………………………………………
embaucher …………………………………………………………………………………..
avaler …………………………………………………………………………………………
(2 points)
4. Même exercice :

recevoir ……………………………………………………………………………………….
s’engager …………………………………………………………………………………….
vieillir..………………………………………………………………………………………..
demander …………………………………………………………………………………….
(2 points)
5. Selon ce modèle, cherchez dans le dictionnaire quatre sens différents (synonymes
partiels) du verbe rendre. Faites des phrases avec ces verbes :

…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

Références bibliographiques
1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français
contemporain, Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001, p. 11-57.
2. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 99-121.
3. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 9-30.
4. Mortureux, M. F., La lexicologie entre langue et discours, Editions Sedes, Paris,
1997, p. 59-90.
5. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 89-94 ; 128-137.
6. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du
vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 13-31.
7. Pottier, B., Présentation de la linguistique. Fondement d’une théorie, Klincksieck,
Paris, 1967.
8. Pottier, B., Linguistique générale. Théorie et description, Presses Universitaires de
France, Paris, 1974.
9. Pottier, B., Sémantique générale, Presses Universitaires de France, Paris, 1992.
10. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 7-90.

113
Relations lexicales : la synonymie

Unité d’apprentissage 10

RELATIONS LEXICALES : LA SYNONYMIE


_______________________________________________________________________________

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 10 114
10.1 Les relations de sens 115
10.2 La synonymie 115
10.3 La synonymie relative 116
10.3.1 Les synonymes dénotatifs 117
10.3.2 Les synonymes connotatifs 117
10.4 La synonymie partielle 119
Test d’autoévaluation 121
10.5 Le fonctionnement de quelques synonymes 122
Clés du test d’autoévaluation 123
Test de contrôle 10 124
Références bibliographiques 125

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 10

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des synonymes, vous serez capables de :

• Constater l’existence des relations de sens entre les unités lexicales.


• Identifier les relations de synonymie qui impliquent une identité de sens entre
les unités lexicales (l’existence des sèmes communs).
• Distinguer les types de synonymes en langue : relatifs et partiels.
• Comprendre le fonctionnement des synonymes dénotatifs et connotatifs.
• Identifier les sens des synonymes connotatifs à caractère socio-culturel.

114
Relations lexicales : la synonymie

10.1 Les relations lexicales

Entre les unités lexicales et de signification il y a des relations de


sens. Par exemple, dans le champ lexical des sentiments, les mots
amour, haine, passion entretiennent entre eux des relations de sens.
Si amour et passion sont proches et, dans certains contextes,
interchangeables, donc synonymes, les mots amour et haine sont
opposés, liés par une relation dite d’antonymie.

Par conséquent, les traits sémiques rapprochent ou opposent les


mots, en vertu des relations sémiques qui fonctionnent entre eux.

Certains signes entretiennent entre eux des relations d’identité


(synonymie), ou bien d’opposition (antonymie) ou d’implication
sémantique (hyponymie/hyperonymie), d’autres offrent plusieurs
significations (polysémie). On peut également rencontrer des signes
qui se ressemblent au niveau formel (homonymie, paronymie).
Toutes ces relations sont le plus souvent définies en contexte.

10.2 La synonymie

La synonymie désigne la relation que deux ou plusieurs formes


différentes (deux ou plusieurs signifiants) ayant le même sens (un
seul signifié) entretiennent entre elles. Pour établir une relation de
synonymie, on utilise la procédure de substitution ; on remplace un
mot par un autre, dans un même contexte. Si le sens n’en est pas
modifié, ces mots, appartenant à la même catégorie grammaticale,
sont synonymes.

Exemple : forte et épicée


La sauce est forte.
La sauce est épicée.

La synonymie Mais ces deux mots, comme beaucoup d’autres, peuvent avoir une
désigne la relation acception identique dans certains contextes, alors que dans
que deux ou d’autres, ils sont divergents.
plusieurs formes Cette femme est forte. (correct)
différentes (deux
Cette femme est épicée. (incorrect)
ou plusieurs
signifiants) ayant
le même sens (un Nous distinguons donc tout de suite des types de synonymes :
seul signifié)  synonymes absolus, qui sont substituables dans n’importe quel
entretiennent entre contexte ;
elles.  synonymes approximatifs ou partiels, substituables seulement
dans certains contextes particuliers.

Beaucoup de linguistes considèrent que la synonymie absolue


n’existe pas ; de toute façon elle est très restreinte. Ils sont rares les
cas où des lexèmes différents renvoient au même réfèrent (ex :
ictère et hépatite).

115
Relations lexicales : la synonymie

En même temps il faut distinguer :


 la synonymie en langue, presque toujours relative et partielle et
 la synonymie en discours, où les traits différentiels des lexèmes
synonymes sont neutralisés.

Le schéma de la figure 10.1 (T. Cristea, 2001 : 114) rend compte


des types de synonymes :

Synonymes

en langue en discours
(mentalisation des traits différentiels
en vertu de l’existence d’un trait
sémique commun)
relatifs partiels

Figure 10.1

10.3 La synonymie relative


La synonymie relative suppose l’existence d’un noyau sémique
commun et des traits différentiels. Ces traits relèvent soit de la
nature du dénoté (dénotatif) soit des caractéristiques socio-
culturelles ou subjectives (connotatifs). Pour comprendre leur
classification consultez la figure 10.2. (T. Cristea, 2001 :114)

Synonymes relatifs

dénotatifs connotatifs (énonciatifs)

socio-culturels subjectifs

diastratiques diatopiques diachroniques axiologiques affectifs

Figure 10.1

116
Relations lexicales : la synonymie

10.3.1 Les synonymes dénotatifs

Ce sont des lexèmes ou sémèmes (composés d’un ou plusieurs


sème(s)) qui peuvent être interchangeables dans certains contextes.
Cette interchangeabilité est possible grâce à un ou plusieurs
sème(s) inhérent(s) commun(s).
Exemple : Voler « s’approprier la propriété d’autrui »
Dévaliser « voler à quelqu’un tout ce qu’il a sur lui »
Dérober « s’emparer furtivement de ce qui appartient à
autrui »
Subtiliser « dérober adroitement »
Des voleurs l’ont volé / dépouillé / dévalisé dans le train.
On lui a volé / dérobé / subtilisé / son portefeuille.
(T. Cristea, 2001 : 115)

10.3.2 Les synonymes connotatifs


Ces synonymes peuvent être socio-culturels, axiologiques
(évaluation positive ou négative) ou affectifs (expression des
sentiments).

A. Les synonymes connotatifs de nature socio-culturelle


Ils peuvent être de plusieurs types.

1. Synonymes diastratiques
Les synonymes diastratiques correspondent à la diversification du
français selon les niveaux de langue, les registres et les variétés en
fonction de la situation de communication.

On distingue plusieurs niveaux et registres de langue :


 le français soutenu, cultivé, littéraire
 le français standard, courant
 le français familier, très familier
 le français populaire
 le français argotique.

On y ajoute aussi les différentes langues de spécialité : le français


technique et scientifique, le français administratif, juridique, etc.

Selon le niveau de langue, on peut dire :


migraine et céphalée
voiture et bagnole
sel et chlorure de sodium
fille et gonzesse
ennuyeux et emmerdant.

Le premier terme de chaque couple est considéré comme neutre et


le second, selon les circonstances, est considéré comme familier,
populaire, vulgaire, scientifique ou littéraire.

On peut dire, selon les circonstances :

117
Relations lexicales : la synonymie

Yves est ivre


soûl
enivré
bourré
cuit
pété
plein
sourd

Pour rendre l’idée de mourir, on peut recourir à des expressions


variées, selon le registre de langue :

français courant : mourir (s’en aller, partir, s’endormir) ;


français soutenu : rendre l’âme,
rendre le dernier soupir,
Les registres de paraître devant Dieu,
langue s’éteindre,
expirer,
trépasser,
décéder.
français familier : partir les pieds devant,
avaler son bulletin,
avaler son extrait de naissance,
casser sa pipe,
passer l’arme à gauche, etc.
français populaire : crever,
claquer,
claboter.

2. Synonymes diatopiques
Ils indiquent les différences de nature géographique. Par exemple,
pour les numéraux soixante-dix, quatre-vingts, quatre-vingt-dix, on
emploie en Belgique et en Suisse Romande les termes septante,
octante, nonante.

3. Synonymes diachroniques
Ce sont les mots sortis de l’usage, vieillis, qui ont été remplacés par
des lexèmes nouveaux. Par exemple le verbe fermer remplace le
verbe clore qu’on ne retrouve que dans quelques expressions : à
huis clos, trouver la porte close, etc.

B. Les synonymes énonciatifs subjectifs

Ces synonymes expriment le jugement porté par l’énonciateur sur


une personne, un objet ou un état de choses, sur son attitude
affective, ses émotions, ses sentiments.
Cette attitude peut être de nature axiologique (appréciative,
valorisante ou dépréciative, dévalorisante) ou affective.

118
Relations lexicales : la synonymie

La série synonymique pour enfant rend compte de l’évaluation


subjective :

Chérubin : « nom qu’on donne à un enfant joli et frais ».


Garnement : « enfant turbulent, insupportable ».
Polisson : « enfant espiègle, désobéissant ».
Vaurien : « mauvais sujet, petit voyou ».
Morveux : « garçon, fille très jeune qui se donne des airs
d’importance ».

Parmi les synonymes affectifs citons les termes d’affection, d’amitié


ou d’amour : mon cœur, mon petit, mon chou, mon (petit) lapin, ma
biche, ma poule, mon poulet, ma puce, etc.

10.4 La synonymie partielle


La synonymie est partielle lorsque les termes ne sont substituables
que dans certains contextes. La restriction de la substitution peut
intervenir en fonction du niveau (registre) de langue.

Dans le registre administratif on ne peut pas introduire une


expression familière.
Le témoin ne peut pas déposer en faveur de l’accusé, il est
décédé.
*Le témoin ne peut pas déposer en faveur de l’accusé, il a
cassé sa pipe.
Dans ce contexte socio-linguistique, décéder et casser sa pipe ne
sont pas substituables
.
La synonymie est Décéder ou s’éteindre ou s’endormir remplacent le mot mourir. Ces
dite partielle lorsque euphémismes dont on se sert pour désigner une réalité fâcheuse
les termes ne sont forment un facteur privilégié de création des synonymes.
substituables que
dans certains Un autre exemple :
contextes. handicapé / infirme
aveugle / non voyant.

Mentionnons aussi le cas de certains lexèmes qui forment des


suites semi-figées.
Par exemple :
lieu / endroit / place

lieu de naissance
lieu de destination / de départ
le lieu du travail
en haut lieu
lieu de débauche

regagner / reprendre / perdre sa place


ne pas tenir en place

être cloué sur place

119
Relations lexicales : la synonymie

remettre quelqu’un à sa place


avoir sa place (au soleil)

mais :

les gens de l’endroit


être de l’endroit

Remarquons aussi des associations stéréotypées, lorsque des


séries de synonymes ne peuvent pas se substituer dans n’importe
quel contexte.
Ainsi :
un esclave est affranchi
un prisonnier est libéré

nous abrégeons nos vacances


nous raccourcissons nos vêtements

une forte gelée


une robuste santé
un vigoureux coup de poing.

On dit :
rompre le pain
rompre le silence
casser le sucre
casser le pied
casser la croûte.

On ne peut pas dire *casser le pain, ni *rompre le pied.

On dit :
une ferme résolution
un soin scrupuleux
une attention soutenue
une ignorance crasse.

Les adjectifs soulignés ont en commun le sème « intensité », mais la


sélection se réalise en fonction de son environnement linguistique
(contexte syntagmatique).

120
Relations lexicales : la synonymie

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Remplacez les mots en italique par des synonymes :

Pierre a ajourné son travail pour plus tard. ……………………………………….…….


Il est défendu de fumer dans l’avion. ……………………………………….……………
Le président a répondu à toutes ces accusations. …………………………………….
Tu crois qu’il a toujours raison ? ……………………………………….…………………

2. Classez par ordre d’intensité croissante les termes proposés. Faites des phrases avec
ces mots :

heureux, satisfait, content, ravi

1. ………………………………………………………………………………………………
2. ………………………………………………………………………………………………
3. ………………………………………………………………………………………………
4. ………………………………………………………………………………………………

félicitation, compliment, louange, éloge

1. ………………………………………………………………………………………………
2. ………………………………………………………………………………………………
3. ………………………………………………………………………………………………
4. ………………………………………………………………………………………………

3. Remplacez les points de suspension par celui des mots mis entre parenthèses qui
vous semblera le plus propre :

(collègue/confrère)
1. Le professeur réunit ses ……..……………………………….. .
2. Le médecin m’a recommandé à l’un de ses ………………… .

(capable/susceptible)
1. Ce lit est ……………………...... d’être transformé en fauteuil.
2. Seriez-vous …………………………….. de traduire ce texte ?

(imagé/illustré)
1. Je cherche un éditeur pour un récit d’aventures …….…….. .
2. Le style de votre récit n’est pas assez ……………..……….. .

121
Relations lexicales : la synonymie

4. Remplacez les points de suspension par l’un des synonymes suivants : célébrité,
notoriété, popularité, renommée, réputation :

1. La publicité a donné à ce fait divers une ……………... qu’il ne méritait pas.


2. Ce maire a une grande ……………... dans sa commune.
3. Vous me faites une étrange……………... .
4. Certains artistes n’ont atteint ……………... qu’après la mort.
5. La ……………... de nos vins et de nos fromages a franchi les océans.

10.5 Le fonctionnement de quelques synonymes


Pour une meilleure illustration des relations de synonymie, nous
reprenons les exemples suivants, présentés par Mme Mariana
Tuţescu. Vous pouvez compléter vos connaissances en consultant
son ouvrage Précis de sémantique française (p.109-110) :

 La synonymie entre les sens des lexèmes sommet et cime est


due à la présence du sémème commun :
« partie la plus élevée d’un arbre, d’un montagne ».

On aura donc synonymie dans les exemples :


le sommet d’un arbre ≡ la cime d’un arbre
l’air pur des sommets ≡ l’air pur des cimes
les sommets neigeux de la montagne ≡ les cimes neigeuses de
la montagne

Par contre, dans les contextes suivants, sommet ne peut plus être
substitué par cime :

On dit : Le sommet de l’échelle sociale


mais non : *La cime de l’échelle sociale

On dit :Etre au sommet du pouvoir


de la gloire
des honneurs
Les trois sommets d’un triangle
Le sommet d’un angle, d’un cône
Une conférence au sommet
Le sommet des chefs d’état

 Les lexèmes fleuve et rivière sont synonymes (donc


interchangeable) dans les syntagmes suivants :

Les cours d’un fleuve / d ’une rivière


La source d’un fleuve / d’une rivière
Les méandres d’un fleuve / d’une rivière
Le lit d’un fleuve / d’une rivière
Un fleuve / une rivière qui arrose / baigne la plaine.

122
Relations lexicales : la synonymie

Mais : Le fleuve d’êtres humains. (correct)


*La rivière d’êtres humains. (incorrect)

On dit : Un fleuve de boue / de lave / de glace / de sang.


Un roman fleuve

La synonymie partielle, qui bloque certains termes dans certains


contextes, interdisant un emploi, peut conduire à la création des
séquences semi-figées.

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 10, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

• La synonymie désigne la relation que deux ou plusieurs formes différentes (deux ou


plusieurs signifiants) ayant le même sens (un seul signifié) entretiennent entre elles.
• Nous distinguons tout d’abord les synonymes absolus (qui sont substituables dans
n’importe quel contexte) et les synonymes approximatifs, ou partiels (qui sont
substituables seulement dans certains contextes particulières).
• On distingue en même temps la synonymie en langue (presque toujours relative et
partielle) et la synonymie en discours (où les traits différentiels des synonymes sont
neutralisés).
• Les synonymes se laissent identifier comme synonymes dénotatifs
(interchangeables dans certains contextes) ou comme synonymes connotatifs : de
nature socio-culturelle, axiologique (évaluation positive ou négative) ou affective
(expression des sentiments).

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1. remettre, retarder ; interdire ; riposter, répliquer ; penser, imaginer, supposer.

2. 3,2,4,1.
3,2,1,4.

3. 1. collègue ; 2. confrère
1. capable ; 2. susceptible
1. imagé ; 2. illustré

4. notoriété, popularité, réputation, célébrité, renommée.

123
Relations lexicales : la synonymie

Test de contrôle 10

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 10.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi des synonymes qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions suivantes :


a) Expliquez les relations de synonymie entre les lexèmes.
b) Qu’est-ce que la synonymie totale ? Et la synonymie partielle ?
(2 points)

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 10. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.

2. Mettez dans des phrases les synonymes suivants en tenant compte du degré
d’intensité :

plaisant …………………………………………………………………………….…………
amusant ..………………………………………………………………………….…………
drôle …………………………………………………………………………….……………
hilarant …………………………………………………………………………….…………
(1 point)

3. Mettez dans des phrases des synonymes suivants, en tenant compte des registres de
langue (vulgaire, familier, courant, soutenu) :

un mec …………………………………………………………………………….…………
un gars …………………………………………………………………………….…………
un type …………………………………………………………………………….…………
un homme …………………………………………………………………………….…….
un masseur …………………………………………………………………………….……
(1 point)

4. Faites des phrases avec les trois synonymes :

travail (valeur neutre) ……………………………………………………………………….


…………………………………………………………………………………………………
corvée (valeur péjorative)……………………………………………………………...……
…………………………………………………………………………………………………
tâche (valeur méliorative)…………………………………………………………………...
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

124
Relations lexicales : la synonymie

5. Classez par ordre d’intensité croissante les termes suivants :

détresse, découragement, désespoir, désarroi


…………………………………………………………………………………………………
persister, s’obstiner, continuer, persévérer
…………………………………………………………………………………………………
compétence, capacité, génie, talent, aptitude
…………………………………………………………………………………………………
extraordinaire, étrange, bizarre, original, extravagant, farfelu
…………………………………………………………………………………………………
drôle, divertissant, comique, plaisant, hilarant, amusant.
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

6. En vous inspirant de l’actualité politique, économique et sociale, utilisez dans une


phrase chacun des mots suivants de façon à montrer leur différence d’emploi :

conversations, entretiens, conférences, pourparlers


…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
expulser, congédier, exclure, licencier, exiler, renvoyer
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
la popularité, la réputation, la renommée, la célébrité
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
le métier, la carrière, la charge, le poste
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

Références bibliographiques
1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français
contemporain, Editura Fundaţiei România de mâine, Bucureşti, 2001, p. 110-130.
2. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 107-124.
3. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 54-58.
4. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 110-113.
5. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du
vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 99.
6. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 108-115.

125
Relations lexicales : l’antonymie

Unité d’apprentissage 11

RELATIONS LEXICALES : L’ANTONYMIE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 11 126
11.1 L’antonymie 127
11.2 La classification des antonymes 129
11.2.1 Les antonymes componentiels 129
11.2.2 Les antonymes logiques 131
11.3 Traits inhérents et traits contextuels 133
Test d’autoévaluation 134
11.4 Les antonymes d’inversion 135
11.5 Les antonymes converses 135
11.6 Antonymie et incompatibilité 135
Les clés du test d’autoévaluation 136
Test de contrôle 11 137
Références bibliographiques 138

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 11

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des antonymes, vous serez capables de :

• Comprendre le fonctionnement de la relation d’opposition entre les lexèmes


dont les sèmes sont contraires.
• Repérer les antonymes, en langue et en discours.
• Distinguer les différents types d’antonymes.
• Maîtriser l’emploi des couples antonymiques.
• Maîtriser l’emploi des antonymes graduables.

126
Relations lexicales : l’antonymie

11.1 L’antonymie

L’antonymie apparaît, d’une certaine façon, comme le contraire de la


synonymie :

« Antonyme » est l’antonyme de « synonyme ».

L’antonymie désigne une relation entre deux termes de sens


L’antonymie désigne
contraire et exprime une classe de relations logiques opposée à la
une relation entre synonymie.
deux termes de sens
contraire et exprime Deux mots appartenant à la même partie du discours et ayant en
une classe de commun une partie de leur sémème sont couramment dits
relations logiques contraires lorsqu’ils entretiennent entre eux l’une des relations
opposée à la suivantes (J. Picoche, 1997 : 101 – 103) :
synonymie. • celle de réciprocité
• celle de complémentarité
• celle d’antonymie.

 Les relations de réciprocité


Ce type de relation peut se transcrire ainsi :

A ne peut exister sans B, ni B sans A.

Par exemple, les couples de verbes :


vendre – acheter
prêter – emprunter

Vendre ne peut exister sans acheter, ni acheter sans vendre.


Prêter ne peut exister sans emprunter, ni emprunter sans acheter.

X vend à Y signifie Y achète à X


X prête à Y signifie Y emprunte à X

Donc, A et B s’excluent mutuellement, car, au cours de la même


transaction, X est soit vendeur (ou prêteur) soit acheteur (ou
emprunteur), renvoyant Y dans la position contraire.

La même relation d’exclusion réciproque se constate dans la classe


des nominaux :
mari et femme
A ne peut être à la fois le mari et la femme de B, mais :
A est le mari de B
B est la femme de A

Nous constatons que ces couples d’opposition peuvent être


neutralisés par un mot unique, exprimant à lui seul la réciprocité de
la relation.

127
Relations lexicales : l’antonymie

Exemple : pour prêter / emprunter (un appartement) on peut utiliser


le verbe louer.
A loue un appartement à B.

Mais on ne peut pas préciser si c’est A ou B qui remet à l’autre les


clés et une quittance, ou bien le prix de son loyer.

Pour mari / femme on peut utiliser le terme les époux qui exprime à
lui seul la réciprocité de cette relation conjugale.

Ou bien, le verbe réciproque épouser :


Paul a épousé Marie, implique automatiquement que:
Marie a épousé Paul.

 Les relations de complémentarité :


Prenons l’exemple suivant : « vivant » / « mort ».

Si on affirme :
X est A (vivant),
on affirme automatiquement la négation du contraire :
X n’est pas B (mort).
Les termes A et B, vivant et mort, se trouvent dans une relation de
complémentarité, qui est la forme binaire de l’incompatibilité.

La complémentarité s’établit donc entre des paires de lexèmes


caractérisés par le fait que la négation de l’un implique l’affirmation
de l’autre, de même que l’affirmation de l’un implique la négation de
l’autre.

Exemple: « marié » / « célibataire »:


Joseph n’est pas marié, implique : Joseph est célibataire.
Joseph est marié, implique : Joseph n’est pas célibataire.

Ou bien : « mâle » / « femelle »:


Cette souris est un mâle, implique automatiquement :
Cette souris n’est pas une femelle,

tout comme :
Cet éléphant n’est pas un mâle, implique automatiquement :
Cet éléphant est une femelle.

L’incompatibilité peut aussi comprendre plusieurs termes, par


exemple les grades dans une hiérarchie :
lieutenant / colonel / général
X est A (lieutenant) ; X n’est pas B (colonel) ni C (général).

Ou bien, dans des ensembles qui sont ordonnés cycliquement,


c’est-à-dire qui n’ont pas d’éléments extrêmes, chaque élément de
l’ensemble étant ordonné entre deux éléments du même ensemble.

128
Relations lexicales : l’antonymie

Par exemple :
 les saisons de l’année :
printemps / été / automne / hiver.
 les jours de la semaine :
lundi / mardi / mercredi / jeudi / vendredi / samedi / dimanche.

Tous ces éléments sont mutuellement exclusifs.

On retrouve la même relation d’incompatibilité dans les


questionnaires à remplir qui présentent le choix entre des termes
complémentaires ou incompatibles.

 Les relations d’antonymie

Pour beaucoup de linguistes, dont M. Tuţescu (1974: 116)


« l’antonymie est la relation – généralement binaire – de
complémentarité entre les emplois des lexies dont les sèmes
nucléaires sont contraires. Pour qu’il y ait antonymie, il faut que les
sémèmes des deux lexies oppositives présentent des traits
différentiels, et aussi, pour mettre ceux-ci en évidence, des traits
communs ».

11.2 La classification des antonymes


La classification des antonymes prend en compte divers critères,
d’ordre logique, sémantique et morpho-lexicaux (procédés de
formation). Nous allons évoquer la classification proposée par Mme
Mariana Tuţescu qui considère qu’il existe deux types d’antonymies:
• l’antonymie componentielle
• l’antonymie logique.

11.2.1 Les antonymes componentiels


Les antonymes componentiels peuvent être, à leur tour, des
antonymes grammaticaux et des antonymes lexicaux.

Les antonymes a) Les antonymes grammaticaux sont formés à l’aide des préfixes,
componentiels par le procédé de dérivation par la préfixation. Les préfixes les plus
peuvent être : fréquents qui créent des antonymes de la base par le procédé de
- grammaticaux dérivation sont :
- lexicaux. im-, in-, a-, dis-, dé(s)-, mal-, etc.
possible ≠ impossible
juste ≠ injuste
humain ≠ inhumain
pesanteur ≠ apesanteur
continu ≠ discontinu
orienté ≠ désorienté
accord ≠ désaccord
raisonnable ≠ déraisonnable
faire ≠ défaire

129
Relations lexicales : l’antonymie

sain ≠ malsain
honnête ≠ malhonnête
propre ≠ malpropre.

Ou bien, des constituants monomorphématiques : non, mal, etc.,


peuvent préfixer un lexème et produire ainsi un antonyme :

conformiste / non-conformiste
potable / non potable
bien portant / mal portant
à propos / mal à propos.

Toutes les lexies formées à l’aide d’un préfixe de sens négatif ne


sont pas des antonymes des lexies bases de la transformation.
Par exemple :
disposé signifie « arrangé »,
« placé » ou bien
« favorable à », mais
indisposé signifie « affecté d’une indisposition »

daigner signifie « consentir à », mais


dédaigner signifie « considérer avec dédain »

b) Les antonymes lexicaux


Ces antonymes peuvent être :
 absolus, ils s’excluent toujours :
présent et absent ;
blanc et noir ;
devant et derrière ;
vieillesse et jeunesse ;
s’endormir et se réveiller.
 partiels, où les unités lexicales ne s’opposent que dans
certains contextes.

Par exemple, libertin s’oppose, selon les cas, à :


- chaste
- religieux
- croyant.

Ou bien le lexème « lâche » peut avoir les séries antonymiques :


lâche / serré (pour un col ou une ceinture)
lâche / brave (pour « courageux » ou sens moral).
Le col n’est pas lâche, il est serré.
Le gars n’est pas lâche, il est brave.

Le lexème « vieux » peut avoir les sèmes antonymiques :


vieux / neuf (pour les choses)
vieux / jeune (pour les êtres).
Cet immeuble n’est pas vieux, il est neuf.
Cet homme n’est pas vieux, il est jeune.

130
Relations lexicales : l’antonymie

Le lexème « tort » est l’antonyme de « raison » :


tort / raison
avoir raison / avoir tort

Mais le lexème « raison » signifie aussi « intelligence », « esprit »,


« argument », « cause », etc. et dans ces cas, il n’a plus pour
antonyme le lexème « tort ».

11.2.2 Les antonymes logiques

Les antonymes logiques se rangent selon l’opposition :


positif /vs/ négatif.

Mais cette opposition n’est pas toujours binaire : il existe entre les
L’opposition logique deux termes contraires une gamme désignant divers degrés de la
des termes peut être : qualité ou de l’intensité des actions.
- binaire
- graduable Prenons les couples contraires :
grand / petit
large / étroit
riche / pauvre
beau / laid
bon / mauvais
chaud / froid
amour / haine.
Ils définissent les extrêmes d’une échelle de gradation implicite et
autorisent l’existence de degrés intermédiaires.

Notons bien que les termes unis par une relation d’opposition sont
ceux où la prédication de l’un des termes du couple implique la
prédication de la négation de l’autre et la prédication de la négation
de l’un implique la prédication de l’autre :
« X est présent » implique « X n’est pas absent »
« X n’est pas présent » implique « X est absent ».

Par contre, avec les termes graduables, la prédication de l’un


implique la prédication de la négation de l’autre, mais l’inverse ne se
vérifie pas, car la négation de l’un n’implique pas nécessairement la
prédication de l’autre :
« X est chaud » implique « X n’est pas froid »
mais « X n’est pas froid » n’implique pas « X est chaud », car X peut
être « tiède ».

L’antonyme non graduable est propre surtout à la catégorie


nominale, mais l’antonyme graduable est propre surtout aux
adjectifs évaluatifs, en raison de leur caractère flou, imprégné de
subjectivité.

131
Relations lexicales : l’antonymie

Un adjectif graduable situe l’objet sur une échelle qui place la qualité
du degré le plus faible au degré le plus fort.
Dans le cadre de l’échelle intensive, les séries s’organisent par
couples autour d’une paire considérée comme fondamentale.

Dans la catégorie sémique [température], le couple fondamental est


chaud / froid :

tiède / frais
chaud / froid
brulant / glacial

Dans la série dominée par la catégorie [qualité] le couple


fondamental est bien / mauvais :

médiocre
bon / mauvais
excellent / exécrable

(T. Cristea, 135-136, 2001)

Selon T. Cristea (2001 : 132), les adjectifs graduels ne sont


interprétables que par rapport à un repère, qui peut être explicite ou
implicite.

Le repère implicite a un caractère normé: il est admis tel quel du


point de vue social et subjectif.

Par exemple, quand on dit :


poids lourd / léger, la catégorie lourd exprime ce qui est perçu
par le sujet ou par la collectivité comme ayant un poids au-dessus
de la moyenne, léger, quant à lui, est perçu comme ayant un poids
inférieur à la norme objective ou subjective.

Le repère peut être explicité par des constructions spéciales :


X est P pour un…
Marc est trop intelligent pour un garçon de son âge.

La gradation, elle aussi peut être explicite si on emploie un


adverbe :
 de comparaison (plus, moins, aussi) :
Marc est plus grand que son frère.
Marc est plus jolie que Monique.

 de degré : - faible : peu, médiocrement


- moyen : assez, peu
- haut : très, fort
- global : complètement, entièrement

Paul est peu connu.


Marie est fort intelligente.

132
Relations lexicales : l’antonymie

Jacques est complètement fou.


Je suis médiocrement satisfait de mon voyage.

Les adjectifs évaluatifs ont une disposition symétrique sur l’axe de


l’opposition qui les relie. Ce sont les adjectifs qui expriment :
 la dimension spatiale : grand / petit
éloigné / proche
haut / bas, etc.
 la quantité: large / étroit
épais / mince
lourd / léger, etc.
 la sensation : chaud / froid, etc.

11.3 Traits inhérents et traits contextuels

L’antonymie est régie par un trait sémantique, inhérent ou


contextuel. Voici quelques traits inhérents qui peuvent constituer la
base des relations d’antonymie :

A. Noms, verbes et adverbes :

 « qualité » : beauté / laideur


vite / lentement
 « quantité »: court / long
peu / beaucoup
majorité / minorité
 « évaluatif » : vérité / mensonge
avoir raison / avoir tort
grâce à Dieu / hélas
 « état » : dormir / veiller
sommeil / veille
 « changement d’état » : embellir / enlaidir
 « sentiment » : amour / haine
aimer / haïr
 « action » : monter / descendre
 « changement d’action » : s’arrêter / se mettre en marche
 « relations spatiales » : entrée / sortie
présent / absent
en bas / en haut
 « relations temporelles » : commencement / fin
avant / après
tôt / tard
toujours / jamais.

B. L’adjectif et ses dérivés :

 la « verticalité » : haut / bas


 la « horizontalité » : étroit / large
court / long

 les « dimensions générales » : petit / grand

133
Relations lexicales : l’antonymie

maigre / gras
 la « durée » : bref / long
brièveté / longueur
 le « poids » : lourd / léger
 l’ « âge » : jeune / vieux
jeunesse / vieillesse
 l’ « état » : heureux / malheureux

L’antonymie est régie par le trait sémique contextuel.

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Pour vérifier vos résultats, consultez la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Trouvez les antonymes des mots suivants, puis classez-les selon leur mode de
formation :

vrai ……………………………………………………………………………………………
décidé ………………………………………………………………………………………..
docile …………………………………………………………………………………………
favorable ……………………………………………………………………………………..
scrupuleux ……………………………………………………………………………………
facile ………………………………………………………………………………………….

2. Complétez les points par les antonymes des mots en italique :

• Les enseignants ne se permettent aucune indulgence envers les étudiants, au


contraire, ils font preuve d’une grande ………………. .
• Mon père travaille nuit et …………… à son projet.
• Dans le Sahara, il y a des extrêmes : il fait chaud le jour et il fait ………… la nuit.
• Je n’aime pas le bruit des villes, je préfère le ………………….. des campagnes.

3. Complétez les points par les antonymes des mots en italique :

• Achète en foire et ……………………à la maison.


• Beauté passe, bonté……………………………….
• Tel qui rit vendredi, dimanche…………………….
• Il faut rendre le bien pour………………………….

134
Relations lexicales : l’antonymie

11.4 Les antonymes d’inversion


R. Martin (in T. Cristea, 2001 : 134) distingue plusieurs types
d’antonymes d’inversion :

 antonymes d’inversion positionnels: spatiaux, temporels,


notionnels :
à gauche / a droite
devant / derrière
inférieur / supérieur
cause / conséquence, etc.

 antonymes d’orientation inverse :


aller / venir
monter / descendre
entrer / sortir
aimer / haïr
sympathie / antipathie, etc.

11.5 Les antonymes converses


Les antonymes converses sont des prédicats à deux places
interchangeables :
R (x, y) = R (y, x)

X est le mari de Y = Y est la femme de X


X est le professeur de Y = Y est l’élève de X
X est supérieur à Y = Y est inférieur à X
X est derrière Y = Y est devant X
X précède Y = Y suit X
X est la cause de Y = Y est la conséquence de X.

11.6 Antonymie et incompatibilité

Les antonymes peuvent exprimer des notions incompatibles (ex. :


chaud/froid) qui en principe ne peuvent pas coexister dans la même
phrase.
Mais, dans certaines conditions discursives, les antonymes peuvent
s’additionner, comme dans certaines unités figées :
un mort vivant, un clair obscur, un chaud et froid, etc.

Parfois, le contexte du discours, l’appropriation de l’expression à la


réalité, déterminent la succession des antonymes qui s’accumulent :

Paul est entré en vitesse, pour sortir tout de suite.


Pierre monte et descend l’escalier dix foi par jour.

Ajoutons encore le cas de la différenciation du domaine auquel ces


mots s’appliquent : Il est présent (il est là),
mais : il est absent (il n’est pas attentif).

135
Relations lexicales : l’antonymie


Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 11, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

• L’antonymie désigne une relation entre deux termes de sens contraire et exprime
une classe de relations logiques opposées à la synonymie.
• Deux mots appartenant à la même partie du discours sont dits contraires s’ils
entretiennent des relations de réciprocité, de complémentarité, d’antonymie.
• La relation de réciprocité signifie : A ne peut exister sans B, ni B sans A.
• La relation de complémentarité veut dire : X est A ; X n’est pas B.
• Les termes A et B sont donc complémentaires, forme binaire de l’incompatibilité.
• L’antonymie peut être componentielle et logique.
• Les antonymes componentiels peuvent être des antonymes grammaticaux et des
antonymes lexicaux.
• Les antonymes logiques se rangent selon l’opposition positif /vs/ négatif. Mais,
souvent, il existe entre les deux termes contraires une gamme désignant divers
degrés de la qualité ou de l’intensité des actions.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1.  formation avec préfixe :


docile / indocile
favorable / défavorable
facile / difficile

 antonyme réalisé par un mot d’une autre famille :


vrai / faux
décidé / irrésolu

 antonyme réalisé par une autre expression :


scrupuleux / peu scrupuleux, sans soin, etc.

2. exigence
jour
froid
silence, calme

3. vends
reste
pleurera
le mal

136
Relations lexicales : l’antonymie

Test de contrôle 11

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 11.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi de l’antonymie qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions:


a) Expliquez le fonctionnement de la relation d’opposition entre les lexèmes dont les
sèmes sont contraires.
b) Expliquez le fonctionnement des antonymes logiques.

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 11. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.
(2 points)

2. Complétez les proverbes suivants par les antonymes des mots en italique :

Il faut être dehors ou ………………………. .


Tôt ou ………………..de près ou ……………, le fort du ………………… a besoin.
Plus fait douceur que …………………… .
Paresseux en jeunesse, mendiant en ………………… .
Longue langue, …………………….. main.
(2 points)
3. Mettez dans des phrases les couples d’antonymes :

sale/propre …………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
riche/pauvre ……………………………………..…………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
hypertension/hypotension ………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………
aérobie/anaérobie …………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)
4. En vous aidant, au besoin, d’un dictionnaire, associez chaque mot du groupe A à son
antonyme du groupe B :

Modèle : pessimiste / optimiste

A
opulent, pessimiste, misanthrope, taciturne, expansif, disséminer, transparent,
s’étioler, artificiel, succint.

137
Relations lexicales : l’antonymie

B
s’épanouir, bavard, long, grouper, misérable, réservé, optimiste, naturel,
philanthrope, opaque.
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
(2 points)
5. Même exercice :

A.
flâner, harceler, désaccord, frêle, inconvénient, silencieux, collectif, svelte,
désœuvrement, servitude.

B.
individuel, union, massif, se hâter, bruyant, robuste, activité, avantage, liberté,
calmer.
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
……………………………………… ………………………………………
(2 points)

Références bibliographiques
1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français
contemporain, Editura Fundaţiei România de mâine, Bucureşti, 2001, p. 130-146.
2. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 108-124.
3. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 58-60.
4. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 110-113.
5. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du
vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 102.
6. Pottier, B., Présentation de la linguistique. Fondement d’une théorie, Klincksieck,
Paris, 1967.
7. Pottier, B., Sémantique générale, PUF, Paris, 1992.
8. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 115-122.

138
Relations lexicales : la polysémie

Unité d’apprentissage 12

RELATIONS LEXICALES : LA POLYSEMIE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 12 139
12.1 La polysémie 140
12.2 Les types de polysémies 142
12.2.1 La polysémie nominale 142
12.2.2. La polysémie verbale 143
Test d’autoévaluation 145
12.2.3 La polysémie adjective 145
Les clés du test d’autoévaluation 147
Test de contrôle 12 148
Références bibliographiques 150

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 12

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des polysèmes, vous serez capables de:

• Comprendre la dynamique des sèmes qui, par leur mobilité sont responsables du
phénomène de polysémie.
• Distinguer les types de polysèmes : de nature substantivale, de nature verbale
ou de nature adjectivale.
• Comprendre les mécanismes de formation des polysèmes, ainsi que les relations
entre les sémèmes: pluralité de sens ou pluralité d’acceptions.
• Distinguer la polysémie de l’homonymie.

139
Relations lexicales : la polysémie

12.1 La polysémie
La polysémie est un terme utilisé pour décrire le fait qu’une unité
lexicale correspond à deux ou plusieurs significations :
Ainsi la lexie terme signifie: → fin
→ but
La plupart des mots sont polysémiques, mais il existe aussi un petit
nombre de mots monosémiques (qui ont une seule signification):
avoine, orchidée, estompe, ordinateur, etc.

On désigne par polysémie le fait qu’une même entrée


lexicographique recouvre des sens différents :
terme a → signifiant a — signifié 1
— signifié 2
Dans la conception polysémique, le mot est une unité de la langue,
de la compétence, qui sélectionne son sens à travers la performance
des locuteurs, impliquant des variations de sens selon ses
environnements (le contexte de son emploi).

Les mots polysémiques contiennent un noyau sémique commun et


des sèmes marginaux qui les différencient.

Les mots Prenons l’exemple suivant :


polysémiques guide = signifié 1 « personne » : [+ animé], [+ humain], [+ personne],
contiennent un [+ dont le but est de donner des renseignements utiles]
noyau sémique = signifié 2 « livre » : [– animé], [+ fabriqué], [+ en papier],
commun et des [+ dont le but est de donner des renseignements utiles].
sèmes marginaux
qui les Nous observons qu’autour d’un sème commun [dont le but est de
différencient.
donner des renseignements utiles] il y a des sèmes différents :
[personne] [livre].

Voici les deux significations du lexème bois (T. Cristea, 2001) :

1. « Espace de terrain couvert d’arbres » :


bois de chaînes
clairière d’un bois
se promener dans les bois.

2. « Matière ligneuse et compacte des arbres » :


bois sec
bois mort
bois vert
couper / scier / fendre du bois.

Les significations 1 et 2 ont en commun le sème [arbre] et comme


éléments différenciateurs les sèmes [espace] / vs / [matière].

140
Relations lexicales : la polysémie

Pour compléter vos connaissances, nous vous suggérons de


consulter l’ouvrage de Mme M. Tuţescu, Précis de sémantique
française (p. 104-108).

Vous y trouverez les exemples de polysèmes suivants:


couverture : « de lit »
« de livre »
« assurance ».
Mon père fait son lit et reborde les couvertures.
Ce livre a une couverture cartonnée.
La couverture sociale est faible dans ce pays.

état : « d’âme »
« civil »
« français, roumain, suisse, etc. »
« national ».
Son état d’âme est plutôt pessimiste.
Etat civil: célibataire.
L’Etat roumain doit combattre la corruption.

Observez aussi les exemples suivants:

jeter → 1. lancer
2. se débarrasser de, mettre au rebut
Pierre jette le ballon dans le filet.
Marie jette la lettre à la poubelle.

petite → 1. de peu de volume ou de surface


2. très jeune
3. de peu d’importance
4. aimé du locuteur (valeur hypocoristique)
C’est une petite maison.
C’est une petite fille de 3 ans.
C’est une petite affaire.
Viens voir, ma petite !

glace → 1. eau congelée


2. miroir
3. vitre à châssis mobile d’une voiture
4. rafraîchissement fait de crème parfumée et
congelée
Le lac est recouvert d’une couche de glace.
Le navire est pris dans les glaces.
Pierre nous a réservé un accueil de glace.
Nous avons visité la Galeries des Glaces de Versailles.
Le chauffeur baisse et lève les glaces de la voiture pour
s’amuser.
Mon père nous a acheté des cornets de glace.

141
Relations lexicales : la polysémie

12.2 Les types de polysémies

Une première distinction s’établit entre la polysémie des parties du


discours :
 des noms
 des verbes
 des adjectifs.

Une deuxième distinction a pour critère le nombre de sèmes


recouvert par le même signifiant. On arrive ainsi à opposer les
emplois, les acceptions et les sens, les trois catégories se
distinguant des homonymes (cf. F. Rastier, 1987 : 65).

 Les emplois diffèrent par au moins un sème afférent en contexte.


convoi signifie → 1. suite de véhicules
→ 2. suite de voitures de chemin de fer.

 Les acceptions diffèrent par au moins un sème afférent


socialement normé.

minute signifie → 1. soixantième partie d’une heure


→ 2. court espace de temps.

 Les sens diffèrent par au moins un sème inhérent :


blaireau signifie → 1. mammifère carnivore
→ 2. pinceau utilisé pour se raser.

Les homonymes diffèrent par tous leurs sèmes spécifiques


inhérents.
Un exemple classique d’homonymie est le nom
cuisinière → 1. personne qui a pour fonction de faire la
cuisine
→ 2. fourneau de cuisine servant à chauffer, à
cuire les aliments
La cuisinière est malade.
La cuisinière est émaillée.

12.2.1 La polysémie nominale


La polysémie nominale se manifeste par la pluralité d’acceptions et
la pluralité de sens.

1. La pluralité d’acceptions
Les polysèmes nominaux fonctionnent selon deux mécanismes :

• effacement des sèmes spécifiques :


éclairage → 1. Action, manière d’éclairer la voie publique, les
locaux, par une lumière artificielle :
Eclairage au gaz électrique

→ 2. Distribution de la lumière, naturelle ou artificielle

142
Relations lexicales : la polysémie

Le mauvais éclairage des couloirs


L’acception 1 a effacé le sème naturelle présent dans l’acception 2.

• addition de sèmes spécifiques :

gaz → 1. Tout corps qui se présente à l’état de fluide expansible et


compressible (état gazeux) dans les conditions de température
normale.
Gaz comprimé
Gaz raréfié
Gaz plus lourd que l’air

→ 2. Corps gazeux utilisable pour le chauffage, l’éclairage.


Payez la note de gaz.
Le sème [+ utilisable] de 2 restreint le sens du lexème gaz.

2. La pluralité de sens
Ce mécanisme suppose en même temps un effacement et une
addition de sèmes.

douche → 1. Projection d’eau en jet ou en pluie qui arrose le corps


et produit une action hygiénique ou thérapeutique.
Marcel prend sa douche tous les matins.

→ 2. (fig. et fac.) Violente réprimande.


Marcel va recevoir une bonne douche.
Dans le sens 1 on efface le sème [+ matériel] et on additionne au
sens 2 les sèmes [– matériel] [+ moral].

12.2.2 La polysémie verbale

Pour mieux comprendre ces phénomènes, nous vous conseillons de


consulter l’ouvrage de T. Cristea (2001).
L’auteur explique que la polysémie verbale peut être interne (le
sémème du verbe est modifié) ou externe (le sémème verbal reste
intact et les modifications concernent les actants, sujet ou objet du
verbe).

1. La polysémie interne, à son tour, peut être :

La polysémie a) polysémie d’acceptions


verbale peut être : garer → 1. Garer un véhicule : le rentrer dans un garage ou dans un
- interne endroit aménagé, ou le ranger à l’écart de la circulation.
- externe Garer sa voiture au bord du trottoir.

→ 2. Garer quelque chose : le mettre en lieu sûr.


Garer sa fortune (fam.)
Garer les meubles, sauver son bien.

Dans la deuxième acception, on a effacé les sèmes spécifiques de


nature spatiale [endroit aménagé] ou [véhicule].

143
Relations lexicales : la polysémie

b) polysémie verbale de sens (effacement et addition de sèmes) :


trancher → 1. Couper en séparant d’un seul coup
Trancher la tête à quelqu’un
Trancher un nœud
→ 2. Terminer par une décision, un choix, résoudre en
terminant.
Trancher une question
Trancher une difficulté
Le sème effacé est /couper/ et les sèmes ajoutés sont /terminer/,
/résoudre/.
Les sèmes communs sont /action/, /rapidité/.

2. La polysémie externe, à son tour, peut être :

a) la polysémie externe d’acceptions :


polluer → 1. Dégrader l’atmosphère en répandant des matières
toxiques.
Les gaz d’échappement polluent l’atmosphère.
→ 2. Dégrader l’atmosphère de quelque manière que ce
soit.
Les slogans polluent l’atmosphère.
Dans cet exemple, on a modifié les sèmes spécifiques du sujet.
Dans 1 le sujet est [+ matériel] ; dans 2 le sujet est [– matériel].

b) la polysémie externe de sens :

Pour comprendre nos explications, nous soumettons à votre


attention un exemple proposé par T. Cristea (2001: 65).

Analysons le verbe suivant :

Transmettre

Ce verbe suppose les actants suivants :

• un sujet : /Source/
• un objet direct : /Objet de la transmission/
• un objet indirect : /But/ ou /Destinataire/ ou /Espace/

Transmettre un héritage à quelqu’un (« léguer »)


Transmettre son autorité, son pouvoir (« déléguer »)
Transmettre un message à quelqu’un (« faire parvenir »)
Transmettre une information, une nouvelle (« communiquer »)
Transmettre une maladie (« contaminer »)
Transmettre le son, l’électricité, le mouvement (« conduire »).

144
Relations lexicales : la polysémie

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Vérifiez vos résultats en consultant la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Indiquez quatre emplois différents du verbe polysémique fixer. Faites des phrases avec
toutes ces acceptions.
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

2. Employez chacun des noms suivants dans des phrases différentes qui montreront des
sens différents :

le bois …………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………….
la légende …………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………….
la taille …………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………….
la glace ………………………………………………………………………………………..
………………………………………………………………………………………………….
une côte ………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

12.2.3 La polysémie adjective


Tout comme dans le cas du verbe, les combinaisons possibles des
adjectifs se laissent analyser selon les distinctions polysémie interne
/vs/ externe, polysémie d’acceptions polysémie de sens.

1. La polysémie interne
La polysémie
adjective peut être : a) polysémie d’acceptions :
- interne malade → 1. dont la santé est altérée
- externe Il est gravement malade.
Avoir la poitrine malade.

→ 2. qui est très inquiet


Malade d’inquiétude

On a effacé le sème [+ physiologique] de 1 pour obtenir l’acception 2


du polysème adjectif.

145
Relations lexicales : la polysémie

b) polysémie de sens :
malade → 1. T’es pas un peu malade ?
→ 2. La reliure de ce livre est bien malade.
Une économie malade
Un monde bien malade
En effaçant le trait [+ humain], on le remplace par les traits
[– humain] [+ matériel] ou [– matériel] [+ social].

2. La polysémie externe

Examinons de près l’adjectif pauvre qui peut avoir les emplois


suivants :
1. qui manque du nécessaire qui n’a que le strict nécessaire :
Les paysans étaient pauvres autrefois.
2. pour les choses ; qui a l’apparence de la pauvreté :
Cette maison est pauvre, mais très propre.
3. pauvre de: qui n’a guère :
Le style de cet écrivain est très pauvre.
4. qui est insuffisant, fournit trop peu :
La végétation de cette région est très pauvre.
5. qui inspire de la pitié :
Pauvre Michel, quitté par sa femme !
6. pitoyable, lamentable :
Pauvre mendiant, on le voit toujours devant l’église.

Dans 1, 5 et 6, le contexte est un nom [+ humain] ;


dans 2, un nom [+ concret] [- animé] ;
dans 3, [- concret] [+ abstrait] ;
dans 4, [+ concret], [+ végétal] ;

L’adjectif polysème « noir » a beaucoup d’emplois centrés sur l’idée


négative.
noir → 1. acceptions descriptives :
• « sombre, plongé dans l’obscurité » :
Un couloir noir

2. acceptions dépréciatives :
• « triste, funeste » :
Des idées noires
Humour noir
De noirs pressentiments

• « hostile » :
Jeter un regard noir sur quelqu’un.
Une noire inquiétude.

• « marqué par le mal » :


Messe noire
Magie noire
Roman noir

146
Relations lexicales : la polysémie

Film noir

• « illégal » :
Travail noir
Marché noir
Caisse noire.
Pour compléter vos connaissances, nous vous conseillons de
consulter l’ouvrage de T. Cristea, Structures signifiantes et relations
sémantiques, 2001 : 69.

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 12, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

• La polysémie signifie qu’une même et seule unité lexicale correspond à deux ou


plusieurs significations.
• La plupart des mots sont polysémiques, mais il existe aussi un petit nombre de
mots monosémiques.
• Selon le critère de la catégorie grammaticale du mot, on distingue des polysèmes :
 nominaux
 verbaux
 adjectivaux
• Selon le critère du rapport quantitatif existant entre les sèmes des sémèmes
recouverts par le même signifiant, on distingue :
 les emplois
 les acceptions
 les sens.
• La polysémie nominale se manifeste par la pluralité d’acceptions et par la pluralité
de sens.
• La polysémie verbale peut être interne ou externe.
• La polysémie adjective peut être, elle aussi, interne ou externe.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1. • fixer quelqu’un: le regarder fixement


• fixer quelque chose au mur : faire tenir quelque chose au mur
• fixer un rendez-vous à quelqu’un : décider la date d’un rendez-vous
• se fixer dans une région : s’établir dans une région

147
Relations lexicales : la polysémie

2. • Il se promène dans le bois.


Il ramasse du bois sec.

• La légende de Tristan et Yseult date du Moyen Âge.


Regardez la légende pour comprendre la carte de ce pays.

• Marie a la taille fine, elle est mince.


Cette voiture, de grande taille, est plus pratique.

• Pierre mange de la glace au chocolat.


Hélène se regarde dans la glace.

• La côte d’Emeraude a des plages magnifiques.


Jules est tombé, il s’est cassé la côte.

Test de contrôle 12

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 12.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi des relations lexicales de polysémie qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions suivantes:


a) Présentez les caractéristiques de la polysémie verbale.
b) Expliquez le fonctionnement de la polysémie adjective.
(2 points)

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 12. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.

2. Cherchez le double sens des noms suivants. Mettez-les dans des phrases pour faire
ressortir ces sens :

ordre …………………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………………..
accent ……………………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………………..
cas …………………………………………………………………………………………………..
………………………………………………………………………………………………………..
terme ………………………………………………………………………………………………..
………………………………………………………………………………………………………..
direction …………………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………………..

148
Relations lexicales : la polysémie

conduite …………………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………………..
constitution ………………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………………..
intérêt ………………………………………………………………………………………………..
………………………………………………………………………………………………………..
assistance …………………………………………………………………………………………..
………………………………………………………………………………………………………..
correction ……………………………………………………………………………………………
………………………………………………………………………………………………………..
(2 points)

3. Même consigne pour les verbes suivants :

filer ……………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
gagner ……………………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………………
se rendre …………………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………………
tirer ……………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
composer …………………………………………………………………………………………….
…………………………………………………………………………………………………………
souffler ……………………………………………………………………………………………….
………………………………………………………………………………………………………...
ordonner ……………………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………………
trouver ………………………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………………
remonter ……………………………………………………………………………………………..
…………………………………………………………………………………………………………
nommer ………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
(2 points)

4. Mettez en évidence les différents sens des mots en italique, en les remplaçant chaque
fois par un synonyme :

a. • Le journaliste a terminé son article pour l’édition du soir.


………………………………………………………………………………………………
• Les élèves ont dû souligner tous les articles dans leur dictée.
………………………………………………………………………………………………
• Ce magasin pratique des prix intéressants sur certains articles.
………………………………………………………………………………………………

b. • Dimanche, les jeunes se réunissent sur la place.


………………………………………………………………………………………………
• Ma valise tient très peu de place.
………………………………………………………………………………………………

149
Relations lexicales : la polysémie

• Il vaut mieux retenir votre place 10 jours avant le voyage.


………………………………………………………………………………………………
• Il faut accorder la première place au vainqueur du tournoi sportif.
………………………………………………………………………………………………

c. • Résumez ce texte en dix lignes.


………………………………………………………………………………………………
• Il a pris sa meilleure ligne pour aller à la pêche.
………………………………………………………………………………………………
• Air France dessert la ligne Paris-Dakar.
………………………………………………………………………………………………
• Tracez une ligne qui relie les points A et B.
………………………………………………………………………………………………
(3 points)

5. Cherchez dans le dictionnaire deux noms qui présentent chacun une pluralité de sens,
étant polysèmes. Mettez-les dans des phrases pour faire ressortir leurs sens.

…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
(1 point)

Références bibliographiques
1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français
contemporain, Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001, p. 60-99.
2. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 108-124.
3. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 65-77.
4. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 120-127.
5. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du
vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 76-88, 169-170.
6. Rastier, F., Sémantique interprétative, PUF, Paris, 1987, p. 60-80.
7. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 104-108.

150
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

Unité d’apprentissage 13

RELATIONS LEXICALES : L’HYPERONYMIE, L’HYPONYMIE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 13 151
13.1 La définition des relations d’hypo-hypéronymie 152
13.2 Les critères de repérage des hypo-hypéronymes 152
13.3 La structure hiérarchique d’hypo-hypéronymie 153
Test d’autoévaluation 155
13.4 La méronymie 156
13.5 Les structures discursives spécifiques aux hypo-hypéronymes 156
Les clés du test d’autoévaluation 157
Test de contrôle 13 158
Références bibliographiques 160

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 13

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi des concepts fondamentaux, vous serez capables de :

• Comprendre la structuration hiérarchique du vocabulaire.


• Distinguer les relations d’hypéronymie, d’hyponymie et de méronymie.
• Comprendre les relations entre les co-hyponymes.
• Utiliser les relations hypo-hypéronymiques dans des structures discursives.

151
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

13.1 La définition des relations d’hypo-hypéronymie

Un autre type de relation entre les mots associe un terme plus


spécifique à un terme plus général, et réciproquement, un terme
plus général à un terme spécifique.

La plupart des mots (surtout les noms communs et les verbes) ne


s’appliquent pas à un référent unique, mais à une classe de
référents, en général à plusieurs.
La rélation d’hypo- Par exemple lilas appartient à la classe de fleurs. Ayant le même
hypéronymie référent, lilas et fleur sont en quelque sorte des synonymes, bien
associe un terme plus
que fleur soit plus général.
spécifique à un terme
plus général, et Ce sont des relations réciproques, désignant les relations:
réciproquement, un - du genre à l’espèce – hypéronymie et
terme plus général à - de l’espèce au genre – hyponymie.
un terme spécifique
Ainsi :
- fleur est un hypéronyme de : tulipe,
lilas,
rose,
œillet,
chrysanthème, etc.
- animal est un hypéronyme de : chien,
chat,
renard,
loup,
écureuil, etc.
Les noms des fleurs ainsi que les noms des animaux ci-dessus sont
des hyponymes par rapport à fleur et respectivement animal.

Remarquons bien que la série des mots hyponymes des espèces


s’appellent co-hyponymes.

Ainsi, tulipe,
lilas,
rose, etc. sont des co-hyponymes, comme la série des
espèces d’animal : chat,
chien,
loup, etc.

13.2 Les critères de repérage des hypo-hypéronymes


Le critère de repérage c’est qu’un terme hypéronyme peut dans tout
contexte remplacer n’importe lequel de ses hyponymes, alors que
l’inverse n’est pas vrai.
Quand on dit :
Marie cueille des roses,
on peut toujours dire :
Marie cueille des fleurs.

152
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

Mais l’inverse ne se vérifie pas, Marie peut toujours cueillir des


fleurs, mais ces fleurs peuvent être des lilas, des tulipes, etc.

On peut toujours dire :


Pierre a un chat chez lui.
Pierre a un animal chez lui.
Mais si on dit :
Pierre a un animal chez lui.
son animal n’est pas obligatoirement un chat, il peut être un chien.
Pierre a un chien chez lui.
n’est donc pas toujours vrai.

Voici encore des exemples :


hypéronyme: oiseau
co-hyponyme : moineau,
corbeau,
rossignol,
alouette,
vautour,
rouge-gorge.

hypéronyme : fruit
co-hyponymes : pomme,
poire,
banane,
orange,
pêche,
abricot.

hypéronyme : meuble
co-hyponymes : table,
armoire,
chaise,
lit,
buffet,
étagère.

13.3 La structure hiérarchique d’hypo-hypéronymie


La relation hypo-hypéronymie impose donc une structure
hiérarchique dans le domaine du vocabulaire.
Cette structuration hiérarchique pouvait être représentée sous une
forme arborescente.
Dans ce sens, nous vous conseillons de regarder les schémas des
figures 13.1, 13.2, 13.3 (cf. T. Cristea, 2001 : 100).

153
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

fleur

rose œillet tulipe

églantine œillet œillet tulipe tulipe tulipe


mignardise panaché flamboyante panachée perroquet

Figure 13.1

La structuration hiérarchique peut passer à un niveau supérieur : la


rose est une fleur et la fleur est, à son tour, une plante (du végétal).

plante

fleur

rose

Figure 13.2

Pour les verbes, on peut établir de la même façon des hiérarchies,


tout en ajoutant, pour les niveaux inférieurs, des sèmes spécifiques
différenciateurs.
Exemple : de hypéronyme:

diviser

couper

découper diviser dépecer disséquer débiter hacher trancher

Figure 13.3

154
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

Découper « diviser en morceaux, en coupant »


Dépecer « couper en morceaux »
Disséquer « diviser méthodiquement les parties d’une plante, d’un
corps »
Débiter « couper en morceaux »
Hacher « couper en menus morceaux »
Trancher « couper en séparant d’un seul coup »

Dans la figure 13.4 vous trouverez les hyponymes du verbe


hypéronyme demander, selon T. Cristea, 2001 : 102.

demander

revendiquer solliciter exiger réclamer mendier

H + avec force H + impérative- H+ H + en H+ humblement


ment avec déférence insistant

Figure 13.4

Des sèmes hypo-hypéronymiques peuvent se construire avec toutes


les parties du discours :

nom : OISEAU : moineau, grive, merle


verbe : COUPER : hacher, trancher, tailler
adjectif : JAUNE : citron, jaune paille.

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Vérifiez vos résultats en consultant la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

1. Trouvez les hyponymes de l’hyperonyme pluie.

…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………

155
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

2. Enumérez six hyponymes pour l’hyperonyme main. Mettez ces formes dans des
phrases.
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………

3. Enumérez cinq hyponymes de l’hyperonyme le couvert. Mettez ces formes dans des
phrases.
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………………

13.4 La méronymie
Notons encore un cas particulier de relation sémantique entre le tout
et la partie. Organisée sous forme hiérarchique, comme les hypo-
hypéronymes, la relation le tout – la partie est désignée par le terme
de méronymie (cf. T. Cristea, 2001: 105).

corps

tête cou buste tronc bras hanche jambe

avant-bras main

Figure 13.5

13.5 Les structures discursives spécifiques aux hypo-hypéronymes


Les hyponymes et leur hypéronymes peuvent entrer dans des
structures discursives telles :

• les définitions :
La tulipe est une fleur.

• les énumérations :
Au marché on peut acheter des légumes : carottes, navets,
pommes de terre, asperges, etc.

156
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

• les exemplifications :
Il y avait toutes sortes d’articles de toilette : brosse à dent, dentifrice,
savon, déodorant, shampooing, etc.

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 13, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :

• La relation d’hypo-hypéronymie est une relation qui associe un terme plus


spécifique à un terme plus général et réciproquement, un terme plus général à un
terme spécifique.
• L’hypéronymie est une relation qui relie le genre à l’espèce.
• L’hyponymie est la relation qui relie l’espèce au genre.
• Le critère de repérage dans ces relations est qu’un terme hypéronyme peut, dans
tout contexte, remplacer n’importe lequel de ces hyponymes, alors que l’inverse
n’est pas vrai.
• La relation hypo-hypéronymique introduit une structure hiérarchique dans le
domaine du vocabulaire ; cette structuration peut être représentée sous une forme
arborescente.
• La relation le tout – la partie est désignée par le terme de méronymie.
• Les hyponymes et leurs hypéronymes peuvent entrer dans des structures
discursives telles que les définitions, les énumérations, les exemplifications.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés

1. averse
brume
crachin
orage.

2. Main : bras, antébras, coude, paume, doigts, poignet.

3. assiettes, verres, couteau, fourchettes, cuillères.

157
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

Test de contrôle 13

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 5.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi de l’hypéronymie et de l’hyponymie qui y sont recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions :


a) Expliquez le fonctionnement de la relation de hypo-hypéronymie.
b) Présentez sous forme arborescente la structuration hiérarchique des noms
(2 exemples) et des verbes (2 exemples).

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 13. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.
(2 points)
2. Faites des phrases avec les hyponymes de l’hypéronyme football :
arbitre
……….……………………………………………………………………………………………..
but
……….……………………………………………………………………………………………..
corner
……….……………………………………………………………………………………………..
handicap
……….……………………………………………………………………………………………..
match
……….……………………………………………………………………………………………..
score
……….……………………………………………………………………………………………..
footballeur
……….……………………………………………………………………………………………..
reprise
……….……………………………………………………………………………………………..
(2 points)
3. Pour l’hyperonyme couleur voici des hyponymes qui sont : noms (7), adjectifs (7). Faites
des phrases avec eux :
azur
……….……………………………………………………………………………………………..
bouteille
……….……………………………………………………………………………………………..
bronze
……….……………………………………………………………………………………………..
ciel
……….……………………………………………………………………………………………..

158
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

jade
……….……………………………………………………………………………………………..
lavande
……….……………………………………………………………………………………………..
olive
……….……………………………………………………………………………………………..
rouge
……….……………………………………………………………………………………………..
blanc
……….……………………………………………………………………………………………..
noir
……….……………………………………………………………………………………………..
jaune
……….……………………………………………………………………………………………..
gris
……….……………………………………………………………………………………………..
mauve
……….……………………………………………………………………………………………..
vert.
……….……………………………………………………………………………………………..
(2 points)
4. Donnez les définitions de ces hyponymes (moyens de transport) :

train
……….……………………………………………………………………………………………..
voiture
……….……………………………………………………………………………………………..
barque
……….……………………………………………………………………………………………..
bateau
……….……………………………………………………………………………………………..
avion
……….……………………………………………………………………………………………..
charrette
……….……………………………………………………………………………………………..
diligence
……….……………………………………………………………………………………………..
motocyclette
……….……………………………………………………………………………………………..
vélo
……….……………………………………………………………………………………………..
carriole
……….……………………………………………………………………………………………..
(2 points)

159
Relations lexicales : l’hypéronymie, l’hyponymie

Références bibliographiques

1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français


contemporain, Editura Fundaţiei România de mâine, Bucureşti, 2001, p. 99-110.
2. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 108-123.
3. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 49-54, 60-65.
4. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 118-120.
5. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du
vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 99.
6. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 100-101.

160
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

Unité d’apprentissage 14

RELATIONS LEXICALES : L’HOMONYMIE, LA PARONYMIE,


L’AUTONYMIE

Sommaire page
Les objectifs de l’unité d’apprentissage 14 161
14.1 L’homonymie 162
14.1.1 La distinction homonymie /vs/ polysémie 162
14.1.2 Types d’homonymies 162
14.2 La paronymie 163
Test d’autoévaluation 164
14.3 L’autonymie 165
Les clés du test d’autoévaluation 167
Test de contrôle 14 167
Références bibliographiques 170

Les objectifs de l’unité d’apprentissage 14

Quand vous aurez parcouru ce chapitre et effectué les exercices de repérage et


d’emploi de l’homonymie, de la paronymie et de l’autonymie, vous serez capables de :

• Comprendre le mécanisme de formation des homonymes ;


• Distinguer l’homonymie et la polysémie ;
• Comprendre le fonctionnement des paronymes ;
• Distinguer les unités lexicales en mention autonymique.

161
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

14.1 L’homonymie

14.1.1 La distinction homonymie /vs/ polysémie


Nous avons vu plus haut que dans la polysémie, un même mot
présente différents sens liés entre eux.
la mine signifie → 1. « le gisement »
→ 2. « la mine de crayon »
Le gisement contient du minerai.
La mine du crayon est un petit bâton de graphite qui est un minerai.

Dans l’homonymie, il y a toujours une même forme lexicale qui a


des significations distinctes, qui ne sont pas liées entre elles.

L’homonymie Prenons cet autre exemple :


signifie la relation le mot la mine signifie: « l’aspect du visage »
entre des termes et aussi la mine : « la carrière, le gisement »
dont le signifiant est Il n’y a pas de rapport entre ces deux mots ; on dit que nous
identique. sommes en présence de deux mots différents ayant la même
forme : ce sont des homonymes.

L’homonymie signifie donc la relation entre des termes dont le


signifiant est identique. On dit que deux termes sont homonymes
s’ils ont un même signifiant et des signifiés différents.

14.1.2 Types d’homonymes


Parmi les homonymes on distingue :

• les homophones, dont la prononciation est identique :

Les termes therme [ tεrm ]


homonymes ont : terme
- un même signifiant
- des signifiés compte [ kõt ]
différents. comte
conte

coq [ k2k ]
coque
coke

voie [ vwа ]
voix

fois [ ƒwа ]
foi
foie

• les homographes, dont la graphie est identique :

162
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

parent (nom)
parent (6e personne du verbe parer)
On le traite de parent pauvre.
Les enfants parent l’arbre de Noël.

couvent (nom)
couvent (6e personne du verbe couver)
C’est un couvent de moines.
Parfois, les parents couvent leurs enfants.

Certains homonymes peuvent être tout à la fois homophones et


homographes :

terme (fin)
terme (mot)
Il a mené cette action à bon terme.
Pour expliquer tout cela, il a utilisé un terme très technique.

fraise (fruit)
fraise (outil de coupe)
fraise (collerette empesée et plissée)

Dans tous les cas, ces mots présentent des sens différents et sans
lien : l’homonymie suppose une absence totale de relation
sémantique :

terme a → signifiant a → signifié a


terme b → signifiant b → signifié b
signifiant a = signifiant b
signifié a ≠ signifié b

Selon la conception traditionnelle, les homonymes (même forme,


signification différente) se différencient par l’étymologie. Ce qui
explique qu’ils donnent lieu, dans le dictionnaire, à des entrées
multiples, formant des articles séparés.
1. Louer v. tr. (lat. laudare)
1. Adresser des louanges
2. Louer v. tr. (lat. locare)
1. Donner en location
2. Prendre en location

Par contre, les mots polysémiques présentent des subdivisions


d’acceptions, dans le cadre d’une seule entrée.

Eclair, nom de éclairer


I. 1. Lumière intense, brève, sinueuse.
2. Par anal. Lumière vive, de courte durée.
3. Fig. Bref moment.
II. Pâtisserie.

163
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

14.2 La paronymie

Comme l’homonymie, la paronymie est une relation qui concerne le


signifiant : elle s’établit entre des mots sémantiquement différents,
mais presque homonymes.

Un paronyme (du grec para : « à côté, près de », et : « mot ») est un


mot qui est proche d’un autre par sa forme et sa sonorité, mais
différent par le sens.
Exemple : éruption et irruption

La paronymie est source de confusions fréquentes. On se fie à la


ressemblance phonétique de deux mots, et on prend l’un pour
l’autre. On observe que ce type de faute tend à se généraliser
aujourd’hui.

Notons aussi d’autres exemples :


collision / collusion
allocation / allocution
percepteur / précepteur
recouvrer / recouvrir
conjoncture / conjecture

Bien qu’ils aient un sens très différent, certains mots se ressemblent


par leur forme. Cette ressemblance peut être due :

 à un radical commun :
opposition / apposition
assentiment / ressentiment

 à une formation similaire :


épigramme,
épitaphe,
épigraphe.
Ces trois mots sont formés de la même racine grecque épi qui
signifie « sur, au-dessus ».

Mais, le plus souvent, cette ressemblance est due au hasard. Ainsi,


entre éliminer et élimer il n’y a aucun rapport, pas plus qu’entre
amateur et animateur. Ils se rapprochent seulement par une
similitude de son.

164
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

Test d’autoévaluation

Pour bien gérer ce test, il est indispensable que vous suiviez un certain nombre de
démarches théoriques et appliquées. Vérifiez vos résultats en consultant la rubrique Clés
du test d’autoévaluation.
Attention ! Les pointillés vous permettent d’insérer vos réponses dans le test.

Paronymes

1. Pour chacun des mots qui suivent, trois définitions vous sont proposées : quelle est la
bonne ? Quels sont les paronymes qui correspondent aux deux définitions que vous avez
éliminée ?

1. Une lésion, est-ce :


a) un corps d’armée
b) une relation, un lieu
c) une blessure, une plaie ?
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
2. Dédire, est-ce :
a) démontrer par le raisonnement
b) désavouer, démentir
c) offrir, consacrer ?
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
3. Une collation, est-ce :
a) une alliance provisoire dans un intérêt commun
b) un choc, un accident
c) un repas léger ?
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………

2. Trouvez les paronymes des mots suivants, organisez-les par couples :

affection ………………………………………………………………………………………
confirmation ………………………………………………………………………………….
excès …………………………………………………………………………………………
incapable …………………………………………………………………………………….
conjecture ……………………………………………………………………………………
éclipse ………………………………………………………………………………………..
alléger ………………………………………………………………………………………..
disparition …………………………………………………………………………………….
subvention ……………………………………………………………………………………
gradation ……………………………………………………………………………………..

165
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

14.3 L’autonymie
L’autonymie ne concerne pas la relation d’un signe avec un autre
signe, mais seulement l’usage très particulier d’un signe considéré
isolément. Un signe autonyme n’est pas utilisé pour renvoyer aux
référents, mais il est à lui-même son propre référent. Il renvoie à lui-
même.
Un signe autonyme L’autonymie est possible grâce à la propriété de la langue dite « de
n’est pas utilisé pour réflexivité », par laquelle elle parle d’elle-même. Elle réalise en
renvoyer aux référents, même temps la fonction métalinguistique du langage.
mais il est à lui-même Table est un nom féminin.
son propre référent. Il
Chevaux est un pluriel irrégulier.
renvoie à lui-même.

Dans ces cas, les mots table et chevaux sont mentionnés, sont en
mention, non en usage.

Distinguons les différences :


Cet enfant est turbulent.
Enfant est un substantif et turbulent est un adjectif

Dans le premier exemple, les mots enfant et turbulent sont en usage


et ont un référent extralinguistique auquel ils renvoient.
Dans le deuxième exemple, les mots enfant et turbulent n’ont pas le
même comportement. Ils sont en mention et n’ont pas de référent
extralinguistique.
Notons aussi quelques particularités des mots dans l’usage
autonymique :

• les substantifs perdent leur déterminant et tout signe peut être


utilisé comme sujet de la phrase :
Lire est un verbe.
Enfant est un mot monomorphématique.

• en mention autonymique, les formes perdent leur classe


grammaticale d’origine, elles se transforment toutes en noms
propres masculins, singuliers.
Anticonstitutionnellement est très long.
Et est une conjonction.

• les mots en mention autonymique sont signalés par des indices


supplémentaires, surtout dans le cadre écrit : italique, gras,
guillemets.
Enfant peut être masculin ou féminin.
Ecrire est un verbe transitif.

• à l’oral, l’expression utilisée de façon métonymique est délimitée


par une pause ou une intonation spécifique.

166
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

 Idées à retenir

Après avoir étudié avec beaucoup d’attention l’unité d’apprentissage 14, vous devez
retenir quelques idées fondamentales :
• L’homonymie signifie la relation entre des termes qui sont distincts sémantiquement
et identiques graphiquement. On dit donc que deux termes sont homonymes s’ils
ont un même signifiant et des signifiés différents.
• On distingue aussi :
 les homophones, dont la prononciation est identique (malgré l’orthographe
différente) ;
 les homographes, dont la graphie est identique (malgré la forme sonore
différente).
• Mais il y a aussi des homonymes qui sont à la fois homophones et homographes.
• Un paronyme est un mot qui est proche d’un autre mot par sa forme et par sa
sonorité, mais différent par le sens.
• L’autonyme ne concerne pas la relation d’un signe avec un autre signe, mais
seulement l’usage très particulier d’un signe pris isolément : c’est un signe qui
renvoie à lui même.

Les clés du test d’autoévaluation

Corrigés
1. 1:c
a = légion
b = liaison

2:b
a = déduire
b = dédier

3:c
a = coalition
b = collision

2. affection – affectation
éclipse – ellipse
confirmation – conformation
alléger – alléguer
excès – accès
disparition – disparité
incapable – implacable
subvention – subversion
conjecture – conjoncture
gradation – graduation

167
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

Test de contrôle 14

Ce test est administré à l’issue de l’unité d’apprentissage 14.


Pour réaliser ce test, il est conseillé de relire l’unité et de faire les exercices de repérage et
de réemploi des relations lexicales d’homonymie, de paronymie et d’autonymie qui y sont
recommandés.
Ne manquez pas de transmettre ce test à votre tuteur. A cet effet, il convient de marquer
votre nom, votre prénom et votre adresse personnelle sur la première page de votre copie.
N’oubliez pas de mentionner aussi le numéro du test. Vous êtes supposés le recevoir,
après correction, avec les commentaires de votre tuteur.
Bon travail !

1. Répondez aux questions suivantes :


a) Quelles distinctions faites-vous entre la polysémie et l’homonymie ?
b) Qu’est-ce que la paronymie ?
c) Présentez l’usage autonymique des mots ; illustrez avec des exemples de votre choix.
(3 points)

Vous allez trouver toutes ces explications dans l’unité d’apprentissage 14. Essayez de les
rendre d’une manière claire et cohérente. Illustrez vos explications par des exemples de
votre choix.

2. Pour chacun des mots qui suivent, trois définitions vous sont proposées : quelle est la
bonne ? Quels sont les paronymes qui correspondent aux deux définitions que vous avez
éliminées ?

1. Exalter, est-ce :

a) être transporté d’une joie extrême


b) émettre un souffle
c) élever au-dessus de l’ordinaire ?
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………

2. Extorquer, est-ce :

a) voler quelqu’un
b) obtenir par la menace
c) accompagner et protéger ?
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………

3. Immanent, est-ce :
a) qui est au-dessus du niveau commun
b) qui va se produire dans très peu de temps
c) qui est contenu dans la nature même d’un être ?

168
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
……………………………………………………………………………………………
(3 points)

3. Mettez dans des phrases les couples paronymiques suivants :

adjurer / abjurer
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

biographie / bibliographie
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

stimuler / simuler
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

démocratie / démographie
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

géologie / généalogie
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

psychologie / physiologie
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………

indolent / insolent
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

4. Faites 10 phrases avec 5 noms et 5 verbes en usage autonymique.

…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
…………………………………………………………………………………………………
(2 points)

169
Relations lexicales : l’homonymie, la paronymie, l’autonymie

Références bibliographiques
1. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français
contemporain, Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001, p. 57-60.
2. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand
Colin, Paris, 1990, p. 106-112.
3. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et
morphologie, Dunod, Paris, 1998, p. 65-78.
4. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997, p. 118-128.
5. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du
vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992, p. 71-74, 100-169.
6. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,
Bucureşti, 1974, p. 101-104.

170
Bibliographie

BIBLIOGRAPHIE
1. Baylon, Ch., Fabre, P., Initiation à la linguistique. Cours et applications corrigés,
Nathan Université, Paris, 1999.

2. Béchade, H. D., Phonétique et morphologie du français contemporain, PUF, Paris,


1992.

3. Cocula, B., Peyroutet, C., Didactique de l’expression de la théorie à la pratique,


Librairie Delagrave, Paris, 1978.

4. Cristea, T., Structures signifiantes et relations sémantiques en français


contemporain, Editura Fundaţiei România de Mâine, Bucureşti, 2001.

5. Cuniţă, A., La formation des mots. La dérivation lexicale en français contemporain,


Editura Didactică şi Pedagogică, Bucureşti, 1980.

6. Gardes-Tamine, J., La grammaire. 1. Phonologie, morphologie, lexicologie, Armand


Colin, Paris, 1990.

7. Lehmann, A., Martin-Berthet, F., Introduction à la lexicologie. Sémantique et


morphologie, Dunod, Paris, 1998.

8. Mortureux, M. F., La lexicologie entre langue et discours, Editions Sedes, Paris,


1997.

9. Niklas-Salminen, A., La lexicologie, Armand Colin, Paris, 1997.

10. Picoche, J., Précis de lexicologie française. L’étude et l’enseignement du


vocabulaire, Nathan Université, Paris, 1977, 1992.

11. Pottier, B., Présentation de la linguistique. Fondement d’une théorie, Klincksieck,


Paris, 1967.

12. Pottier, B., Linguistique générale. Théorie et description, PUF, Paris, 1974.

13. Pottier, B., Sémantique générale, PUF, Paris, 1992.

14. Robert, P., Le Petit Robert 1. Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue


française, Le Robert, Paris, 1992.

15. Rastier, F., Sémantique interprétative, PUF, Paris, 1987.

16. Siouffi, G., Roemdonck, D. Van, 100 fiches pour comprendre la linguistique, Bréal,
Rosny, 1999.

17. Tuţescu, M., Précis de sémantique française, Editura Didactică şi Pedagogică,


Bucureşti, 1974.

18. *****, Grand Larousse en 10 volumes, Larousse, Paris, 1990.

171
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