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Chapitre 1

INTRODUCTION

Ce cours expose les méthodes générales de calcul des sollicitations et des dé-
placements des structures hyperstatiques. Il consacre également une large place
aux problèmes isostatiques jugés nécessaires à la bonne clarté de l'exposé. Les
méthodes particulières classiques sont également présentées afin de donner à
l'étudiant des moyens de calcul pratiques mais aussi rigoureux que possible. Ce
chapitre est consacré à des rappels.

1.1 CLASSIFICATION DES CORPS - NOTION DE POUTRE


Les corps qu'on rencontre et qu'on sera
amené à étudier peuvent être classer en P
fonction de leurs dimensions. On distingue :

a) Les poutres (ou barres) : Σ

Une dimension est beaucoup plus grande dΣ G1


que les deux autres qui sont de même ordre G2
de grandeur.
La poutre est l'élément le plus répandu Figure 1.1
en construction. Les poutres sont associées,
entre elles ou à d'autres types d'éléments
pour constituer des systèmes ou structures.
DEFINITION : une poutre est un solide engendré par une aire plane (Σ) dont le
centre de gravité décrit une courbe G1G2. Le plan P contenant Σ restant normal à
la courbe G1G2 (Figure 1.1).
Section : l'aire Σ est appelée section droite, ou plus simplement section de la
poutre.
Fibre : le volume engendré par un élément dΣ de l'aire Σ est désigné par fibre de
la poutre.
Fibre moyenne : la courbe G1G2 est appelée fibre moyenne ou axe moyen de la
poutre. C'est le lieu géométrique des centres de gravité des sections de la poutre.
2 CALCUL DES STRUCTURES HYPERSTATIQUES

Poutre gauche : c'est une poutre dont la fibre moyenne est une courbe gauche.
Poutre plane : il s'agit d'une poutre dont la fibre moyenne est une courbe plane
(c'est-à-dire contenue dans un plan).
Poutre droite : lorsque la fibre moyenne d'une poutre plane est un segment de
droite, on parle de poutre droite.
Poutre à plan moyen : c'est une poutre possédant un plan de symétrie qui con-
tient la fibre moyenne. Ce plan est désigné par plan moyen.
Les poutres à plan moyen chargées dans ce plan se rencontrent fréquemment
et constituent un des problèmes essentiels traités par la Résistance des Maté-
riaux.
Nous avons supposé la section Σ constante et dans ce cas la poutre est dite à
section constante ou poutre prismatique. Il arrive aussi qu'on soit amené, généra-
lement pour des raisons d'économie, à choisir des sections variables ; on parle
dans ce cas de poutre à section variable.

b) Les plaques, coques et membranes :


Il s'agit de corps dont deux dimensions, de même ordre de grandeur, sont
beaucoup plus grandes que la troisième (Figures 1.2a et 1.2b). Ces types d'élé-
ments ne sont pas traités ici.

c) Les poutres à parois minces ou poutres coques :


Les trois dimensions sont significatives et aucune n'est faible comparative-
ment aux autres (Figure 1.2c).

(a) (b) (c)

Figure 1.2

1.2 SYSTEMES ET CHARGES CONSIDERES


Les systèmes qui seront considérés dans ce cours seront constitués de poutres
isolées ou de poutres reliées les unes aux autres. Les poutres peuvent être assem-
blées de façon rigide (ex. portiques) ou de manière à permettre certaines possibi-
lités de déplacement - degrés de liberté - (ex. systèmes articulés).
Les poutres (ou plus exactement leurs axes moyens), les charges extérieures
et les réactions des appuis des systèmes étudiés dans ce cours seront générale-
ment situées dans un même plan. Dans ce cas, on dit qu'on a affaire à des sys-
tèmes plans.
Les charges qui sollicitent les systèmes comprennent :
- le poids propre (action de la pesanteur),
- les forces et les couples concentrés,
Introduction 3

- les forces et les couples répartis.


Il faut signaler qu'on entend par force concentrée une force répartie sur une
petite surface (ex. action d'une roue).
Par ailleurs, les charges sont supposées être appliquées lentement, de zéro à
leur valeur finale. On dit dans ce cas que les charges sont appliquées statique-
ment.
Enfin, nous supposerons que les charges extérieures sont directement appli-
quées aux fibres moyennes des poutres. Sous cette hypothèse, les poutres peu-
vent être représentées par leurs axes moyens.

1.3 APPUIS DES SYSTEMES PLANS


Les systèmes sont reliés à l'extérieur par des liaisons appelées appuis, et où
apparaissent des réactions qui réagissent à l'action des forces appliquées. Les
réactions et les charges exercées constituent un système de forces en équilibre,
car les constructions que nous considérons sont toujours en équilibre.
La classification des appuis se fait d'après le nombre de degrés de liberté
(ddl) (c'est-à-dire les possibilités de mouvement) qu'ils laissent au système et
d'après la nature des réactions qu'ils peuvent exercer sur lui.

a) L'appui simple (Figure 1.3)


Il a deux degrés de liberté :
- la rotation autour de l'appui,
- la translation parallèlement au support de l'appui.
La réaction est connue par son point d'application (point de contact du sys-
tème avec l'appui) et par sa direction (elle est perpendiculaire au support). Seule
l'intensité reste à déterminer.
En résumé, l'appui simple se caractérise par : 2 degrés de liberté et 1 compo-
sante de réaction. La figure 1.3a montre le principe de fonctionnement de l'appui
simple. Les figures b, c et d indiquent les représentations courantes. La représen-
tation adoptée ici est celle de la figure d.


RA (a) (b) (c) (d)

Figure 1.3 : l'appui simple.

b) L'appui double (Figure 1.4)


Il a un seul degré de liberté, la rotation autour de l'appui. Toute translation
est par contre empêchée.
Dans ce cas, la réaction de l'appui est connue uniquement par son point d'ap-
plication, le point de contact du système avec l'appui (point A) (la ligne d'action
4 CALCUL DES STRUCTURES HYPERSTATIQUES

de la réaction passe par A). La réaction est décomposée suivant deux directions
perpendiculaires et les deux composantes sont à déterminer. L'appui double
présente donc 1 degré de liberté et 2 composantes de réaction.

A

RA

RA
Art. métallique Représentation adoptée
Art. de Freyssinet

Figure 1.4 : l'appui double.

c) L'encastrement (Figure 1.5)


Il n'a aucun degré de liberté. Tout dé-
placement est empêché. La réaction est un →
vecteur pouvant occuper n'importe quelle RA
position du plan. On peut toutefois dé-
composer la réaction en 3 composantes :
- deux composantes suivant deux di- CA
rections perpendiculaires et passant Représentation
par A,
- un couple appliqué en A. Figure 1.5 : l'encastrement
En définitive, l'encastrement se caractérise par : 0 degré de liberté et 3 com-
posantes de réaction.

d) Appui déformable - Appui élastique


Un appui qui peut subir un déplacement dans la direction d'une composante
de réaction est dit déformable (ex. sol compressible).
Si le déplacement est proportionnel à la composante de réaction qui l'a pro-
voqué, l'appui déformable est dit élastique.

1.4 PRINCIPE GENERAL D'ÉQUILIBRE - ÉQUATIONS D’ÉQUILIBRE


Les conditions nécessaires et suffisantes pour qu'un système soit en équilibre
sont :
a) les sommes des projections de toutes les forces sur 3 axes passant par un
point quelconque et non situés dans un même plan doivent être nulles,
b) les sommes des moments par rapport à chacun des trois axes doivent être
nulles.
Pour une construction (structure), la vérification de ces conditions signifie
qu'elle ne peut se déplacer comme un tout (corps rigide), autrement dit elle est en
équilibre.
Introduction 5

Soient oxyz un repère trirectangle et Fx, Fy et Fz les projections sur les axes
ox, oy et oz d'une force quelconque. Les conditions d'équilibre (a) et (b) s'écri-
vent (cas général) :
ΣFx = 0 ΣM / x = 0
ΣF y = 0 ΣM / y = 0 (1.1)
ΣFz = 0 ΣM / z = 0
Les équations (1.1) sont appelées équations d'équilibre de la statique ou six
équations universelles d'équilibre.
Dans le cas d'un système plan, xy par exemple, le système d'équations (1.1)
se réduit à :
ΣFx = 0 ΣFy = 0 ΣM / ∆ = 0 (1.2)

où ∆ est un axe quelconque perpendiculaire au plan xy.


Notons que les équations d'équilibre de la statique sont écrites en travaillant
sur la configuration initiale du système, c'est-à-dire non déformée ; autrement dit
les déformations sont négligées.

1.5 PRINCIPE DE LA COUPE - ÉLEMENTS DE RÉDUCTION


Considérons la poutre chargée représentée à la figure 1.6. Le corps étant en
équilibre sous l'action des charges extérieures et des réactions (supposées con-
nues), chaque partie de ce corps se trouve également en équilibre.

x
Σ

A y B

Figure 1.6
Pratiquons (par l'esprit) une coupe dans la poutre suivant le plan vertical yz,
de manière à avoir deux tronçons. Intéressons-nous par exemple à la partie de
gauche. Le tronçon considéré est en équilibre sous l'action des sollicitations qui
lui sont appliquées, des composantes de réaction de l'appui A et de l'action du
tronçon de droite supprimé.
L'action du tronçon de droite sur le tronçon de gauche peut être remplacée
par : une force résultante R (Rx, Ry et Rz) et un couple résultant C (Cx, Cy et Cz)
agissant au centre de gravité de la section Σ. Les six composantes représentant
l'action de la partie de droite sur la partie de gauche peuvent être déterminées à
l'aide des équations de la statique exprimant l'équilibre de la partie considérée (3
équations d'équilibre de translation et 3 équations d'équilibre de rotation).
R x = ΣFx R y = ΣF y R z = ΣFz
(1.3)
C x = ΣC / x C y = ΣC / y C z = ΣC / z
6 CALCUL DES STRUCTURES HYPERSTATIQUES

Les composantes Rx, Ry, Rz, Cx, Cy et Cz s'appellent éléments de réduction


(réduction de toutes les forces à droite de la section Σ) dans la section Σ de la
poutre considérée. En RDM, on utilise plutôt les notations Nx, Ty, Tz, Mt, My et Mz
qui désignent l'effort normal (Nx), les efforts tranchants (Ty et Tz), le moment de
torsion (Mt) et les moments fléchissants (My et Mz). Les composantes Rx, Ry, Rz,
Cx, Cy, Cz et les grandeurs Nx, Ty, Tz, Mt, My et Mz ne diffèrent que par le signe.
Les composantes Rx, Ry, Rz, Cx, Cy et Cz sont positives si elles sont orientées
dans les sens positifs des axes x, y et z du trièdre direct xyz (Figures 1.7b et 1.7c).
Par contre, pour Nx, Ty, Tz, Mt, My et Mz nous adopterons des conventions de
signes particulières (§ 1.6) pour des raisons pratiques qui apparaîtront plus loin
(Figures 1.7b et 1.7d).
La composante Nx (Rx) agit normalement à la section ; quant aux efforts Ty et
Tz (Ry et Rz), ils s'exercent tangentiellement (transversalement) à la section.
La composante Mt s'appelle moment de torsion (Cx couple de torsion), car il
tord la poutre. Convenons tout de suite de considérer un moment de torsion
comme positif s'il tend à faire tourner la section considérée dans le sens horlo-
gique.

z Rz Cz
x Rx=Nx Cx
Mt=-Cx
y Tz=-Rz Ry=Ty Cy Mz=-Cz
My=Cy
(a) (b) (c) (d)
Figure 1.7
Les deux dernières composantes, My et Mz, sont appelées moments de flexion
(Cy et Cz couples de flexion), car ils fléchissent la poutre. La seule différence
entre les moments et les couples de flexion réside comme on l'a souligné dans la
convention des signes (Figure 1.7). Les couples Cy et Cz sont positifs s'ils sont
orientés dans les sens positifs des axes y et z du trièdre direct xyz. Pour les mo-
ments My et Mz, on a l'habitude de les considérer comme positifs si les centres de
courbure de la poutre fléchie sont du côté des z négatifs pour My et du côté des y
négatifs pour Mz.
Ceci nous amène à préciser les conventions de signes que nous utiliserons.
Mais auparavant, remarquons que dans le cas d'un système plan, xy par exemple,
les éléments de réduction se réduisent à : un moment fléchissant (M = Mz), un
effort tranchant (T = Ty) et un effort normal (N = Nx).
Enfin, il convient de noter que si on avait gardé le tronçon de droite et sup-
primé celui de gauche, on aurait trouvé dans la section des éléments de réduction
de même intensité et de même nature que ceux trouvés en considérant le tronçon
de gauche. Il serait absurde en effet de trouver dans la même section des sollici-
tations différentes selon qu'on la regarde de la gauche ou qu'on la regarde de la
droite.
Introduction 7

1.6 DEFINITIONS ET CONVENTIONS DES SIGNES DE N, T, M


Considérons un système, de préférence plan pour plus de clarté, constitué par
une poutre prismatique (Figure 1.8).

F
α
(Σ)

T M

Figure 1.8

1.6.1 Effort normal


D'après ce qu'on vient de voir (relations 1.3 notamment), l'effort normal N
dans la section Σ est égal à la somme algébrique des projections sur l'axe des x de
toutes les forces (charges extérieures et réactions d'appui) agissant sur le tronçon
à gauche de Σ (*).
N = ΣF cos α (1.4a)
Un effort normal exerçant une traction sur la section étudiée sera considéré
comme positif.

1.6.2 Effort tranchant


L'effort tranchant T dans la section Σ est égal à la somme algébrique des pro-
jections sur l'axe des y de toutes les forces agissant sur la partie de la poutre
située à gauche de la section Σ (*).
T = ΣF sin α (1.4b)
Nous conviendrons de considérer un effort tranchant comme positif s'il a ten-
dance à faire tourner la section Σ dans le sens horlogique.

1.6.3 Moment fléchissant


Le moment fléchissant M dans la section Σ est égal à la somme algébrique
des moments créés dans cette section par toutes les sollicitations agissant sur le
tronçon à gauche de Σ (*).
M = ΣC + ΣFd sin α (1.4c)
où C et d représentent un couple concentré courant et le bras de levier de la com-
posante transversale de la force courante F.

_____________________________________

(*) Nous avons considéré le tronçon à gauche de Σ mais il est bien évident qu'on obtiendrait des
efforts de même intensité et de même nature si on considérait le tronçon situé à droite de la section
étudiée.
8 CALCUL DES STRUCTURES HYPERSTATIQUES

Un moment fléchissant qui provoque des tractions dans les fibres inférieures
d'une poutre horizontale sera considéré positif. Dans le cas des pièces obliques
ou verticales, on peut considérer comme positif un moment qui tend les fibres de
gauche.

1.7 DIAGRAMMES N, T, M
La construction des diagrammes des éléments de réduction constitue une
étape essentielle dans toute étude de RDM. Un diagramme est un graphe qui
indique la valeur (intensité et nature) de la sollicitation considérée dans toutes les
sections du système étudié. Ils sont tracés à partir des relations (1.4).
Les diagrammes des éléments de
réduction permettent de localiser F = 5 2t
les sections les plus sollicitées A 45° C=5tm
(sièges des contraintes les plus
élevées) et servent au dimension- 2m 1m 2m
nement des différents éléments
des structures. 5t
5t 5tm H=5t
Dans la construction des dia-
grammes, les valeurs positives et RA=4t RA=1t
négatives sont portées de part et
d'autre d'un axe-origine. Par ail-
leurs, pour le diagramme du mo- N
© 5t
ment fléchissant, on a pour habi-
tude de porter les ordonnées tou- 4t
jours du côté des fibres tendues. T
Pour éviter tout risque de 1t
mauvaise interprétation des dia-
grammes, il est vivement recom- M
mandé d'ajouter dans chaque aire 2
des diagrammes les précisions 8 7
suivantes :
- diagramme de N : la lettre C
ou T, selon qu'il s'agisse d'un Figure 1.9
effort de compression ou
d'un effort de traction.
- diagramme de T : le sens de la rotation provoquée par l'effort (voir dia-
gramme de T).
- diagramme de M : on peut ajouter un arc pour préciser le sens de la courbure
provoquée par le moment (voir diagramme de M).
Introduction 9

1.8 RELATIONS CONTRAINTES-EFFORTS


Nous avons vu que les éléments
de réduction dans une section repré- z
sentent l'action sur la partie de la Σ
poutre située d'un côté de cette sec-
tion, des forces qui s'exercent sur x
l'autre partie. Ceci ne veut nullement
dire que la section considérée soit σx
soumise à des sollicitations (N - T - M τxz
τxy
- Mt) concentrées en son centre de
gravité (ou ailleurs). A l'intérieur d'un
corps il n'y a pas d'efforts concentrés, y
mais uniquement des contraintes dont
Figure 1.10
la sommation est équivalente aux
éléments de réduction.
Les relations entre les efforts et les contraintes se déduisent facilement (Fi-
gure 1.10).

Nx = ∫σ
Σ
x dΣ Ty = ∫Σ τ xy dΣ Tz = ∫Σ τ xz dΣ (1.5)

Mz = ∫Σ σ x ydΣ My = ∫Σ σ x zdΣ Mt = ∫Σ ( τ xz y + τ xy z )dΣ (1.6)

1.9 RELATIONS DIFFERENTIELLES ENTRE q, T ET M


Considérons par exemple une poutre droite symétrique chargée dans son plan
de symétrie (mais non soumise à une répartition de moments toutefois) et isolons
par deux section (Σ1 et Σ2) un Σ1 Σ2
tronçon dx sur lequel agit une
q
charge répartie transversale q
(Figure 1.11). M M+dM
O
Sur le tronçon dx, les gran- T
T+dT
deurs T et M subissent les va- dx
riations dT et dM. L'équilibre
du tronçon est régi par les
équations de la statique. Figure 1.11

L'équation d'équilibre de translation verticale s'écrit :


Σ Fv = 0 d'où on tire : q = - dT/dx (1.7a)
A partir de l'équation de l'équilibre de rotation, on obtient :
ΣM/o = 0 d'où on tire : T = dM/dx (1.7b)
et d'après (1.7a) :
q = - d2M/dx2 (1.7c)
Les relations (1.7) permettent de tirer quelques enseignements qui facilitent
la construction et le contrôle des diagrammes de T et de M. On peut en déduire
essentiellement :
10 CALCUL DES STRUCTURES HYPERSTATIQUES

1- L'effort tranchant est la tangente de l'angle formé par la tangente au dia-


gramme de M au niveau de la section considérée et l'axe longitudinal de la
poutre. De même, la valeur absolue de la charge répartie représente la tan-
gente de l'angle formé par la tangente au diagramme de T et l'axe longitudi-
nal de la poutre.
2- Là où T est nul, M a une valeur extrémale.
3- Là où T passe par la valeur zéro de façon discontinue, le diagramme de M
perd son allure monotone (voir figure 1.9).
4- Là où T subit un saut mais sans passer par zéro, le diagramme de M présente
un point anguleux (M change de pente).
5- La variation de M sur un tronçon donné est égale à l'aire du diagramme de T
sur ce tronçon.
6- La concavité du diagramme de M est tournée dans le sens contraire de la
charge q.
7- Le diagramme de T doit se refermer (en partant de l'extrémité gauche). Ce
corollaire exprime la nullité de la résultante des forces et permet en même
temps de retrouver les forces localisées.
8- Le diagramme de M d'un système symétrique (géométrie et chargement) est
symétrique tandis que celui de T est antisymétrique.
In tr o d u c t i o n 12

Exercice 1.7 Exercice 1.8


1.10 EXERCICES
Calculer les réactions des systèmes représentés ci-après. F2=2t
1m F1=1t
Remarque : Dans les réponses données, une réaction positive A B A C B
signifie qu'elle est dirigée vers le haut s'il s'agit d'une composante
2m 4m 2m a
verticale et de gauche à droite lorsqu'il s'agit d'une composante b

horizontale. Pour l'effort tranchant, l'effort normal et le moment


fléchissant, les conventions des signes sont celles du § 1.6. Rép. : VA=-0.83 t, VB=2.83 t, HA=-1 t Rép. : VA=-C/(a+b), VB=C/(a+b)

Exercice 1.1 Exercice 1.2


Exercice 1.9 Exercice 1.10

F1=9t q=3t/m
F3=3t C=6tm
A B A B
C=2tm q=2t/m
F=5t
F2=6t A B
A
3m 3.5m 2.5m 1m 4m 4m
2m 3m 1.5m 3m 3m 3m

Rép. : VA = 4.5 t, VB = 1.5 t Rép. : VA = 9 t, VB = 3 t


Rép. : VA=2.6 t, VB=2.4 t Rép. : CA=-21 tm, VA=6 t

Exercice 1.3 Exercice 1.4


Exercice 1.11 Exercice 1.12

F1=6t q=3t/m
A B F2=2t A F=1t
B
2m 4m 2m 6m 2m

Rép. : VA = 3.34 t, VB= 4.66 t Rép. : VA= 8 t, VB = 16 t


5m

Exercice 1.5 Exercice 1.6


q1=4t/m
q2=2t/m
q q=2t/m q=1t/m
C=16tm B
F=33t A A 4
A A B q=3t/m
B 5m 4m 4m

L 4.5m 2.5m 2m

Rép. : CA=-7.5 tm, VA=5 t, HA=-1 t Rép. : VA=5.33 t, VB=0.67 t


Rép. : VA=qL/6, VB=qL/3 Rép. : VA= 1.7 t, VB= 5.8 t

Exercice 1.13 Exercice 1.14


In tr o d u c t i o n 13 In tr o d u c t i o n 14

Exercice 1.21 Exercice 1.22


C=6tm C=6tm
P 6t 2t 9t 3t
A A B A B A D B
B
C D C 6t E
2a 2a a 2a 2m 4m 2m 3m 3.5m 2.5m 1m
l=4m

Rép. : TA+TC(g)=3.33 t Rép. : TA=TC(g)=-TC(d)=-TD(g)=4.5 t


Rép. : VA=-3 t, VB=3 t Rép. : VA=3P/7, VB=4P/7
TC(d)=TB(g)=-2.67 t, TB(d)=TD=2 t TD(d)=TE(g)=-TE(d)=-TB=1.5 t
MC=6.67 tm, MB=4 tm MC=13.5 tm, MD=-2.25 tm, ME=1.5 tm
Exercice 1.15 Exercice 1.16

2t/m Exercice 1.23 Exercice 1.24


1.5t 1t/m 2t 1.5t/m
B A B
A
q=3t/m 6t q=3t/m
2m 4m 2m a=2m a/2 a/2 a A A B
B C C
6m 2m 3m 5m
Rép. : VA=2.83 t, VB=4.67 t Rép. : VA=3.17 t, VB=3.83 t

Rép. : TA=8 t Rép. : TC=TA(g)=-6 t, TA(d)=11.1 t


Tracer les diagrammes de M, T et N des systèmes représentés ci-
TB(g)=-10 t, TB(d)=6 t TB=-3.9 t
après.
Exercice 1.17 Exercice 1.18 Mmax=10.67 tm, MB=-6 tm MA=-18 tm, Mmax=2.5 tm

P P P
A B A D B Exercice 1.25 Exercice 1.26
C D C
P
a a a a 2a a
5t C=2tm q=2t/m C=5tm
A B
E A
D B D E
Rép. : TA=TC(g) =-TD(d)=-TB=P Rép. : MC=-MD=Pa/2
2m 3m 1.5m 3m 3m 3m
TC(d)=TD(g)=0, MC=MD=Pa TA=TC(g)=TD(d)=TB=-TC(d)=-TD(g)=P/2

Exercice 1.19 Exercice 1.20 Rép. : TA=TD(g)=2.6 t Rép. : TA=TB=6 t


TD(d)=TB(g)=2.4 t, TB(d)=TE=0 TD=TC=0
q=3t/m
C
A B A B MD=5.2 tm, MB=ME=-2 tm MA=-31 tm, MB=-14 tm, MD=ME=-5 tm
C D
2a=4m a a b

Rép. : TA=8 t, TC=TB=-4 t Rép. : TA=TB=TD=-C/(a+b)


MC=8 tm MD(g)=-Ca/(a+b), MD(d)=Cb/(a+b)
In tr o d u c t i o n 15 In tr o d u c t i o n 16

Exercice 1.27 Exercice 1.28


q2=20KN/m
P1=40 2 KN P2=30KN
Articulation q1=10KN/m
q P 45° G q4=30KN/m
A D E C F
A B B
C C D q3=12KN/m
a 2a a 2a a 3m
p=10KN/m

Rép. : TA=TC=-TB=qa Rép. : TA=TC(g)=2P/3 5m


B
MA=-qa² TC(d)=TD=TB=-P/3 Mo=15KNm

Mmax=qa²/2 MC=2Pa/3, MD=0, MB=-Pa/3

Exercice 1.29 A
1.5m 3m 1m 1m
Rép. : VA= 10.5 t, VB=18.5 t

F1=10t q1=5t/m F2=6t TA=T1(g)=10.5 t, T1(d)=T2=0.5 t


q2=2t/m
Rép. : HA=-55 KN, VA=135 KN, VB=45 KN, NAE=-135 KN, NEA=-85 KN,
A T3=T4=TB(g)=-9.5 t, TB(d)=9 t
1 2 3 4 B 5 6 NDE=NED=-40 KN, NEG=NGE=NGB=NBG=-45 KN, MAE=83.75 KNm,
C=2 tm T5(g)=6.33 t, T5(d)=0.33 t, T6 =0
1 1 2m 1 1 2m 1 MEA=-41.25 KNm, MED=-71.25 KNm, MEC=-30 KNm, MFC=MFG=-15 KNm,
M1=10.5 tm, M2=11 tm,
MGF=MGB=-60 KNm, MBG=-15 KNm, TAE=55 KN, TEA=-5 KN,
M3=2 tm, M4(g)=-7.5 tm,
TDE=-40 KN, TED=-55 KN, TEC=30 KN, TCE=TCF=TFC=-15 KN,
M4(d)=-5.5 tm, MB=-15 tm,
TFG=TGF=-45 KN, TGB=45 KN, TBG=0.
M5=-0.11 tm
Exercice 1.30
Rép. : VA=-8.625 t, VB=16.625 t
q1=2t/m
D E HA=-13 t, NAD=8.625 t, NDE=3 t,
NEB=-16.625 t,
1m
C q2=1t/m 3m TAC=TCA=13 t, TCD=TDC=3 t
10t
TDE=-8.625 t, TED=-16.625 t

B TEB=-3 t, TBE=0, MCD=MCA=-52 tm,


4m MDE=-MDC=55 tm, MED=MEB=4.5 tm

A
4m

Exercice 1.31
18 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

2.2 EQUATION DIFFERENTIELLE DE LA DEFORMEE


Considérons une poutre horizontale simplement appuyée, fléchie dans le plan
vertical xy (Figure 2.1). Après flexion, l'axe longitudinal AB de la poutre prend la
forme courbe AMB. Cette courbe est appelée déformée ou ligne élastique (ou
élastique tout simplement) de la poutre et peut être décrite par une équation de la
forme y = f(x). Les ordonnées y représentant les flèches subies par les sections
Chapitre 2 (leurs centres de gravité plus exactement) de la pièce.

DÉPLACEMENTS DES POUTRES FLÉCHIES


R

θ

θ A B x

Les poutres considérées sont droites et possèdent un plan de symétrie qui M


contient les charges appliquées. Dans ces conditions, la flexion se fait dans le x dx
plan de symétrie de la pièce considérée.
y
Ce chapitre expose les principales méthodes qui permettent d'obtenir l'équa- Figure 2.1
tion de la déformée.
L'influence de l'effort tranchant sur la courbure de la déformée étant généra-
2.1 IMPORTANCE DES CALCULS DE DEPLACEMENTS lement très faible, elle peut être négligée (nous étudierons plus loin l'influence de
Dans toute étude de structure, outre le calcul des réactions, des éléments de T). Nous admettrons donc que la courbure de la ligne élastique en un point donné
réduction et des contraintes, on fait également des calculs de déplacements. Gé- ne dépend que de la valeur du moment fléchissant en ce point. Dans ce cas, nous
néralement, on fixe pour les déplacements des sections des limites admissibles à utilisons la relation liant la courbure au moment fléchissant obtenue rigoureuse-
ne pas dépasser, tout comme pour les contraintes. Il n'est pas rare même que les ment dans le cas de la flexion pure et qui s'écrit :
conditions de déformabilité soient plus sévères que les conditions de résistance. 1 Mz
= (2.1)
La limitation des déplacements vise avant tout à préserver la fonctionnalité R EI z
de la construction. A titre d'exemple, une trop grande déformabilité des poutres
peut provoquer la fissuration des cloisons légères et engendrer des désordres très D'autre part, on apprend dans les cours de Géométrie Différentielle que la
gênants. courbure en un point M, d'une courbe plane donnée par l'équation explicite y =
f(x), vaut :
D'autre part, lorsque les déplacements sont importants ils peuvent modifier
significativement l'action des charges appliquées (ils engendrent d'autres efforts,
x
d2y
dits effets du second ordre), et dans ce cas il est nécessaire d'en tenir compte. 1 dx 2
=ε 3
(2.2)
Par ailleurs, la résolution des problèmes hyperstatiques, qui constituent l'es- M
y"<0 R dy
sentiel des structures habituelles, fait appel aux calculs de déplacements. [ 1 + ( )2 ] 2
y">0
M
dx
Le déplacement de la section d'une poutre peut être : Le facteur ε vaut ± 1 et a été intro-
- une translation duit pour des raisons que nous évo-
y
- une rotation quons plus loin. Remarquons toutefois
Dans le cas d'une poutre horizontale fléchie dans le plan xy, l'axe des x étant Figure 2.2
que du point de vue mathématique ε
confondu avec l'axe longitudinal de la pièce, les déplacements verticaux des vaut + 1 et le signe de la courbure ne dépend que de la valeur de la dérivée se-
centres de gravité des sections droites, mesurés à partir de l'axe x, sont appelés conde (le dénominateur de l'expression (2.2) étant strictement positif). Ainsi, la
flèches. Les rotations se font autour de l'axe z (axe neutre) et représentent les courbure (ou la dérivée seconde) est positive si la concavité de la courbe est
angles, mesurés en radians, dont tournent les sections droites de la poutre. tournée vers les y positifs et elle est négative quand la concavité est orientée vers
les y négatifs (Figure 2.2).
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 19 20 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

A partir des équations (2.1) et (2.2), on déduit la relation différentielle sui- Nous allons voir dans les paragraphes suivants quelques méthodes parmi les
vante reliant le moment (Mz) et la flèche (y). plus importantes qui permettent d'obtenir l'équation de la ligne élastique d'une
poutre fléchie.
d2y
Mz dx 2 2.3 INTEGRATION DIRECTE DE L'EQUATION DIFFERENTIELLE
=ε 3
(2.3)
EI z dy Lorsque le chargement est simple et la section constante, l'expression analy-
[ 1 + ( )2 ] 2
dx tique du moment n'est pas compliquée et le moment d'inertie demeure constant.
L'intégration de l'équation (2.4b) reste alors aisée et permet d'obtenir facilement
Physiquement, la dérivée première y' = dy/dx représente la pente de la tan- l'équation de la déformée.
gente à la déformée y au point courant M. Dans le cadre de l'hypothèse admise
des petits déplacements, les angles sont très petits et, non seulement on peut La première intégration fournit l'expression de y' (y' = tgθ). Comme on a y' =
confondre la tangente et l'angle (dy/dx = tgθ ≈ θ), mais le terme (dy/dx)2 devient θ, en vertu de l'hypothèse des petits déplacements, on obtient en fait l'expression
négligeable devant l'unité. D'où la simplification de la relation (2.3) : générale de la rotation dont tourne la section courante. L'angle est évidemment
exprimé en radians.
Mz d2y
= ε 2 = εy" (2.4a) Notons par ailleurs que la première intégration fait apparaître une constante.
EI z dx
La deuxième intégration donne l'expression cherchée de la déformée et fait
Notons au passage que dans le cadre des petits déplacements, y' représente apparaître une deuxième constante. Les deux constantes d'intégration s'obtien-
également la rotation de la section Σ d'abscisse x. nent généralement en satisfaisant aux conditions d'appui de la poutre et de conti-
nuité de la déformée. Ces conditions sont désignées habituellement par condi-
La valeur à donner à ε se déduit plus facilement de la dernière expression. Il
tions aux limites.
suffit de comparer les signes de y" et de Mz. La convention de signes adoptée
pour le moment est exactement l'opposée de celle de y" puisqu'on considère un Il faut toujours s'assurer que les expressions obtenues des flèches (y) et des
moment comme positif quand la concavité de la déformée est tournée vers les y rotations (y'), sont continues en tout point de la poutre. En effet, une discontinui-
négatifs. té dans l'expression de y marquerait une interruption dans la poutre tandis qu'une
discontinuité de y' voudrait dire que la poutre se brise en ce point (articulation).
D'où le signe adéquat à prendre :
Les deux situations sont absurdes car la déformée est continue.
d² y M Par contre, l'expression de la courbure (donc y'') peut être discontinue. C'est
= y" = − z ou encore : EI z y" = − M z (2.4b)
dx² EI z ce qui se produit dans les sections où le moment présente une discontinuité (pré-
sence d'un couple concentré) ou bien là où la section varie brusquement (dis-
Compte tenu des relations différentielles reliant q, T et M, on peut en déduire : continuité de Iz).
d3y Ty d4y qy q Considérons l'exemple simple de la
= y ''' = − et = y IV = = (2.5) q
dx 3 EI z dx 4 EI z EI z poutre de section constante chargée
x
uniformément pour illustrer la mé-
Il importe de noter que dans le cas des barres très élancées, les flèches peu- thode (Figure 2.3). l
vent être importantes et l'expression (2.4b) ne fournit plus une bonne approxima- y
L'expression du moment est : Figure 2.3
tion. Il faut alors faire usage de la relation (2.3), sachant que ε vaut -1 pour les
raisons données plus haut. L'utilisation de la définition exacte de la courbure qx 2
Mz = −
introduit deux différences fondamentales par rapport à l'approximation (2.4) : 2
- l'équation différentielle n'est plus linéaire,
L'équation différentielle de l'élastique devient :
- dans le calcul du moment, il faut tenir compte de l'influence des déplace-
ments, ce qui revient à introduire des moments additionnels secondaires d² y x²
(moments du second ordre). EI z =q
dx² 2
D'autre part, la relation (2.1) montre qu'il y a proportionnalité entre la cour-
bure et le moment fléchissant, autrement dit les développements à partir de cette d'où :
équation sont valables uniquement dans le domaine élastique linéaire. Si on sort
de ce domaine, il faut utiliser une relation non linéaire de la forme 1/R = f(M), dy x3 x4
EI z =q +C (a) et EI z y = q + Cx + D (b)
déduite de l'étude du comportement élastoplastique de la pièce considérée. dx 6 24
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 21 22 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

Pour déterminer les constantes d'intégration C et D, il faut écrire deux condi- Pour plus de commodité, on écrit l'équation différentielle de l'élastique sous
tions aux limites. Dans le cas considéré, on peut écrire dans la section d'encas- la forme :
trement deux conditions sur y et y' :
1) en x = l, y = 0 (flèche nulle) EI z y" = − M z P
2) en x = l, y' = 0 (rotation nulle) A B
• 0 ≤ x ≤ a (tronçon 1) : x
Ces conditions, sur y et y', sont des conditions aux limites géométriques alors
que les conditions aux limites sur y" et y''' (donc sur M et T, respectivement) sont M z = Pbx / l a b
l
désignées par conditions aux limites statiques.
Pb 2 y
En utilisant la condition (2), l'équation (a) donne : C = - ql3/6. EI z y 1' = − x + C1
2l Figure 2.4
Et en appliquant la condition (1), on tire de l'équation (b) : D = ql4/8.
Pb 3
D'où les expressions finales de la rotation et de la flèche : EI z y 1 = − x + C 1 x + D1
6l
ql 3 qx 3 • a ≤ x ≤ l (tronçon 2) : Mz = Pa - Pax/l
y' = − + (2.6a)
6 EI z 6 EI z
Pa 2
EI z y '2 = − Pax +
x + C2
ql 4 ql 3 qx 4 2l
y= − + (2.6b)
8 EI z 6 EI z 24 EI z Pa 2 Pa 3
EI z y 2 = − x + x + C 2 x + D2
2 6l
Une rotation est positive si elle se fait dans le sens horlogique alors qu'une
flèche est positive si elle est du côté des y positifs (vers le bas). En faisant x = 0 Les inconnues C1, D1, C2 et D2 sont déterminées à l'aide des deux conditions
dans les expressions (2.6a) et (2.6b), on obtient : aux limites en x = 0 et x = l, et des deux conditions de passage en x = a.
C/EIz = θ0 = ql3/6EIz et D/EIz = f0 = ql4/8EIz 1) en x = 0, y1 = 0 3) en x = a, y1 = y2
2) en x = l, y2 = 0 4) en x = a, y'1 = y'2
autrement dit, C et D sont respectivement la rotation et la flèche de la section
initiale de la poutre, multipliées par la rigidité flexionnelle de la poutre (EIz). La résolution de ce système d'équations donne :

La méthode d'intégration directe devient fastidieuse quand le chargement C1 = Pab(a+2b)/6l, D1 = 0, C2 = Pa(2l2+a2)/6l, D2 = -Pa3/6
et/ou la section présente(nt) des discontinuités. Dans ce cas, l'expression de D'où les expressions finales, donnant les rotations et les flèches :
Mz/EIz change à chaque discontinuité et on doit travailler par tronçon. On effec-
tue sur chaque tronçon une double intégration pour obtenir l'expression de sa • 0≤x≤a
déformée. Mais comme à chaque double intégration on voit apparaître deux
Pb 2 Pab
constantes d'intégration, le total des constantes pour toute la poutre est égal au EI z y 1' = − x + ( a + 2b ) (2.7a)
double du nombre de tronçons existants. 2l 6l

Les constantes inconnues s'obtiennent en exprimant : Pb 3 Pab


EI z y1 = − x + ( a + 2b ) x (2.7b)
- les conditions d'appui de la poutre, 6l 6l
- les conditions de passage aux sections de jonction entre les différents tron-
çons. Ces conditions expriment la continuité de la déformée, donc la conti- • a≤x≤l
nuité de y et de y', Pa 2 Pa
- certaines conditions statiques en des points particuliers. EI z y'2 = − Pax + x + ( 2l 2 + a 2 ) (2.7c)
2l 6l
Ainsi, si l'expression du second membre de l'équation (2.4b) change plusieurs
fois (présence de plusieurs tronçons), la détermination des constantes d'intégra- Pa 2 Pa 3 Pa Pa 3
tion nécessite la résolution d'un système de plusieurs équations (avec autant EI z y2 = − x + x + ( 2l 2 + a 2 )x − (2.7d)
2 6l 6l 6
d'inconnues), d'où un surplus de travail.
Cet exemple, pourtant simple, montre combien l'application de la méthode
Voyons cela sur l'exemple simple de la poutre bi-articulée soumise à une
d'intégration directe devient laborieuse quand la pièce présente des discontinuités
charge concentrée (Figure 2.4).
(de chargement et/ou de section). On va voir dans le paragraphe suivant com-
ment, grâce à de petits aménagements dans l'application de la méthode précé-
dente, on arrive à réduire le travail à effectuer.
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 23 24 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

2.4 METHODE DE CLEBSCH OU DES PARAMETRES INITIAUX C1 = EI z y' 0 = EI z θ 0


Soit la poutre bi-articulée de section constante représentée à la figure 2.5. Les D1 = EI z y 0 = EI z f 0
charges appliquées divisent la poutre en cinq tronçons et une application directe
de la méthode d'intégration conduirait à la détermination de dix constantes d'in- Autrement dit, C1 et D1 représentent respectivement la rotation et la flèche,
tégration. multipliées par la rigidité flexionnelle de la poutre (EIz), de la section initiale.

q
• Tronçon 2 ( a ≤ x ≤ b )
P C
A B
q
x M z = RA x − ( x − a )2
2
RA a
q
b EI z y " = − R A x + ( x − a )2
2
c
x2 q
d EI z y ' = − R A + ( x − a )3 + C2
l 2 3!
y RA 3 q
EI z y = − x + ( x − a ) 4 + C2 x + D2
Figure 2.5 3! 4!
En faisant x = a dans les deux dernières équations, on en déduit que : C2 = C1
La méthode de Clebsch permet, grâce à un artifice de calcul, de réduire les
et D2 = D2.
constantes à deux seulement, et ce quelque soit le nombre de tronçons. D'autre
part, la méthode fournit une expression unique de la déformée, valable pour tous • Tronçon 3 ( b ≤ x ≤ c )
les tronçons. L'expression de la rotation s'obtient naturellement par dérivation de
la fonction de la déformée. 2ème règle : On suppose la charge répartie appliquée sur tout le reste de la
poutre et on applique une charge égale et opposée pour équilibrer la charge ajou-
L'originalité de la méthode vient de sa présentation particulière des calculs. tée (cet artifice permet d'avoir des expressions générales valables sur toute la
L'idée essentielle de la méthode consiste à écrire l'expression du moment sur un longueur de la poutre).
tronçon en ajoutant de nouveaux termes (au moins un terme) à l'expression du
moment sur le tronçon précédent en gardant la même origine des abscisses x q q
M z = RA x − ( x − a )2 + ( x − b )2
(voir règle 1). 2 2
Appliquons cet artifice à l'exemple considéré. Ecrivons pour chaque tronçon q q
l'expression du moment, l'équation différentielle de l'élastique puis effectuons les EI z y " = − R A x + ( x − a )2 − ( x − b )2
2 2
deux dérivations successives.
1ère règle : Elle consiste à placer l'origine des coordonnées x, y au centre de x2 q q
EI z y ' = − R A + ( x − a ) 3 − ( x − b ) 3 + C3
gravité d'une section extrême de la poutre, l'extrémité gauche par exemple. 2 3! 3!
• Tronçon 1 ( 0 ≤ x ≤ a ) : RA 3 q q
EI z y = − x + ( x − a ) 4 − ( x − b ) 4 + C3 x + D3
3! 4! 4!
M z = RA x
En comparant les flèches et les rotations dans la section de jonction x = b, on
EI z y" = − R A x trouve : C3 = C2 et D3 = D2.
• Tronçon 4 ( c ≤ x ≤ d )
x2
EI z y ' = − R A + C1
2 q q
M z = RA x − ( x − a ) 2 + ( x − b ) 2 − P( x − c )
RA 3 2 2
EI z y = − x + C1 x + D1
3! q q
EI z y" = − R A x + ( x − a ) 2 − ( x − b ) 2 + P( x − c )
En faisant x = 0 dans les deux dernières expressions, on obtient : 2 2
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 25 26 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

x2 q q P x≤a x≤b x≤c x ≤d x ≤l


EI z y ' = − R A + ( x − a ) 3 − ( x − b ) 3 + ( x − c ) 2 + C4
2 3! 3! 2 q q
Mz = RAx − ( x − a )2 + ( x − b )2 − P( x − c ) + C( x − d )0
R q q P 2 2
EI z y = − A x 3 + ( x − a ) 4 − ( x − b ) 4 + ( x − c ) 3 + C4 x + D4 q q
3! 4! 4! 3! EIz y" = −RAx + ( x − a )2 − ( x − a )2 + P( x − c )2 − C( x − d )0
2 2
En comparant de nouveau les flèches et les rotations à gauche et à droite de la x2 q q P
section x = c, on montre que : C4 = C3 et D4 = D3. EIz y = EIzθ0 − RA + ( x − a )3
'
− ( x − b )3 + ( x − c )2 − C( x − d )
2 3! 3! 2
R q q P C
• Tronçon 5 ( d ≤ x ≤ l ) EIz y = EIz f0 + EIzθ0 x − A x3 + ( x − a )4 − ( x − b )4 + ( x − c )3 − ( x − d )2
3! 4! 4! 3! 2
3ème règle : On multiplie le couple concentré par (x-d)0 afin de marquer la
section où commence son influence et pour garder aux expressions leur générali- Pour calculer une grandeur (Mz, y", y' ou y) sur un tronçon donné, il faut con-
té. sidérer uniquement les termes à gauche de la limite du tronçon étudié.

q q Dans l'exemple traité, les conditions aux limites s'écrivent : y = 0 en x = 0 et


M z = RA x − ( x − a )2 + ( x − b )2 − P( x − c ) + C( x − d )0 en x = l. La première condition donne f0 = 0 et à partir de la seconde on tire la
2 2
valeur de θ0.
q q
EI z y" = − R A x + ( x − a )2 − ( x − b )2 + P( x − c ) − C( x − d )0
2 2 2.5 METHODE DE LA POUTRE CONJUGUEE

x2 q q P 2.5.1 Principe de la méthode


EI z y' = − R A + ( x − a )3 − ( x − b )3 + ( x − c )2 − C( x − d ) + C5
2 3! 3! 2 Cette méthode est basée sur une analogie entre les allures de la déformée de
R q q P C la poutre considérée et du diagramme des moments fléchissants d'une poutre
EI z y = − A x3 + ( x − a )4 − ( x − b )4 + ( x − c )3 − ( x − d )2 + C5 x + D5 fictive sollicitée par une charge fictive. La méthode est également appelée mé-
3! 4! 4! 3! 2
thode de Mohr, du nom de son auteur, ou encore méthode des poids élastiques.
En comparant encore une fois les rotations et les flèches dans la section de
Pour une poutre fléchie, on a les relations différentielles suivantes :
jonction (x = d), obtenues à l'aide des relations valables sur les tronçons 4 et 5,
on montre que : C5 = C4 et D5 = D4. y" = - Mz/EIz (i) et Mz " = - q (ii)
Ainsi, on démontre qu'il n'y a en définitive que deux constantes d'intégration qui sont identiques du point de vue mathématique.
pour toute la poutre :
Posons :
C1 = C2 = C3 = C4 = C5 = EIzy'0 = EIzθ0
y = Mf et Mz/EIz = qf
D1 = D2 = D3 = D4 = D5 = EIzy0 = EIzf0
Avec ces changements, l'équation (i) s'écrit :
Ces deux constantes caractérisent les déplacements (rotation et flèche) de la
Mf" = - qf (iii)
section initiale de la poutre, d'où leur désignation par paramètres initiaux. Elles
sont déterminées à partir des conditions d'appui de la poutre considérée. Dans un et est exactement semblable à l'équation (ii). La dernière équation obtenue s'in-
appui simple ou double la flèche est nulle, f = 0, tandis que dans un encastrement terprète comme ceci : la déformée de la poutre réelle (y) est donnée par le dia-
on a : f = θ = 0. gramme du moment fléchissant (Mf) d'une poutre fictive, appelée poutre conju-
guée, sollicitée par une charge qf = Mz/EIz.
On peut réduire à quatre le nombre total des équations en adoptant le mode
d'écriture suivant : L'équation (iii) est du second ordre et nécessite par conséquent la détermina-
tion de deux constantes d'intégration pour la connaissance complète de Mf. Les
deux constantes définissent en fait les conditions aux limites de la poutre conju-
guée qui s'obtiennent à partir de celles de la poutre réelle puisqu'on a les corres-
pondances :
y = Mf et y' = Tf
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 27 28 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

Les différents cas de figure de conditions d'appui sont indiqués ci-après. 2.5.2 Exemple d'application
Poutre réelle Poutre conjuguée Reprenons l'exemple de la figure 2.3, déjà traité par la méthode d'intégration
directe.
Le signe du moment de la poutre réelle est négatif puisqu'il fait tendre les fi-
y=0 Mf = 0 bres supérieures (Figure 2.6c). Cela signifie que la charge fictive à appliquer à la
y'≠ 0 Tf ≠ 0
poutre conjuguée doit être dirigée de bas en haut (Figure 2.6d).

y=0 Poutre réelle Poutre conjuguée


Mf = 0 q
y'= 0 Tf = 0
(a) (b)
l

Mf ≠ 0
y≠ 0
Tf ≠ 0
y'≠ 0
(extrémité libre) Mz = -qx²/2 qf = -qx²/2EIz

Mf ≠ 0 (c) (d)
y≠0 Tf ≠ 0 x
x
y'≠ 0
(articulation)
Diagramme du moment Chargement de la p.c.

y=0 Mf = 0
Figure 2.6
y'≠ 0 Tf ≠ 0
(appui intermédiaire) Les composantes de réaction dans la section d'encastrement de la poutre fic-
tive sont :
Ces cas sont illustrés par les deux exemples suivants : 1 ql2 ql3 1 ql 2 3l ql 4
TE = − l =− et ME = l =
3 2EIZ 6EIZ 3 2 EIZ 4 8 EIZ
Poutre réelle
D'où :

ql 3 qx 3 ql 4 ql 3 x qx 4
y' = − + (j) y= − + (jj)
Poutre conjuguée 6 EI z 6 EI z 8 EI z 6 EI z 24 EI z

Les équations (j) et (jj) sont identiques aux expressions (2.6a) et (2.6b) obte-
nues par la méthode d'intégration directe.

Poutre réelle

Poutre conjuguée

Il faut noter que pour respecter les conventions de signes adoptées pour la ro-
tation et la flèche, nous devons considérer que la charge fictive (qf = Mz/EIz) est
dirigée de haut en bas si le moment Mz est positif et vice versa.
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 29 30 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

2.6 FLECHE PROVOQUEE PAR L'EFFORT TRANCHANT 2.6.1 Travail et énergie de déformation
Sous l'effet de l'effort tranchant Ty, la section Σ2 d'abscisse x+dx, subit un La distorsion peut être déterminée en comparant le travail accompli par l'ef-
glissement dy par rapport à la section Σ1 d'abscisse x (Figure 2.7a). fort tranchant au cours de la déformation de l'élément de longueur dx à l'énergie
emmagasinée dans ce même élément.
Σ1 Σ2 Le travail effectué par l'effort tranchant vaut :
1 1
dτ e = ( )T y dy T = T y γ m dx (2.8)
Ty Ty γm x 2 2
γ τxy G1 dyT L'énergie emmagasinée dans une couche bdx d'épaisseur dy (Figure 2.8),
Ty+dTy
G2 avec dy suffisamment petit pour pouvoir admettre que la contrainte ne varie pas,
Ty+dTy
est donnée par :
dy
dx dx dx 1 1
y d 2W = ( )( τ xy bdy )γdx = ( )τ xy bγdxdy (2.9)
(a) (b)
(c) 2 2

Figure 2.7

Les déplacements étant petits, on peut écrire :


dy = γdx (k) Ty+dTy
Ty z
où γ représente la variation que subissent les angles, initialement droits. γ τxy y
dy
D'autre part, en vertu de la loi de Hooke, on a :
γ = τ/G (l)
La dernière expression montre que les déplacements angulaires (γ) et par dx b
conséquent les déplacements linéaires (dy), en raison de la relation (k), sont la y
conséquence des contraintes de cisaillement (Figure 2.7b). On sait en effet qu'à Figure 2.8
l'intérieur des corps il n'y a pas d'efforts concentrés mais uniquement des distri-
butions de contraintes. L'énergie emmagasinée dans tout le tronçon dx s'obtient en considérant toutes
Concernant la distribution des contraintes tangentielles provoquées par l'ef- les couches élémentaires bdxdy, c'est-à-dire en sommant sur toute la section
fort tranchant, on apprend dans le cours de flexion simple qu'elle n'est pas uni- (notée A).
forme sur la section ; ce qui veut dire que la déformation angulaire γ n'est pas 1 dx
constante mais varie d'une couche à l'autre. La variation de γ entraîne un gau- dW =
2 ∫ γτ
A
xy bdxdy =
2 ∫ γτ
A
xy bdy
chissement des sections initialement planes (Figure 2.7c).
Sachant que :
Evaluons le déplacement yT que subit le centre de gravité d'une section cou-
rante par rapport à la position de l'axe de la poutre avant déformation (x). τ xy Ty S *z
γ = et que τ xy =
On a : G bI z
dyT = γmdx où :
où γm représente la distorsion, mesurée par rapport à l'axe non déformé de la - S z* représente le moment statique par rapport à l'axe z de l'aire de la section
poutre, de l'angle droit.
comprise entre la cote y et la fibre inférieure de la section,
- b est largeur de la section à la cote y,
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 31 32 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

il vient : connu. En effet, la variation du moment, Mz(x) - Mz(0), représente l'aire du dia-
gramme de Ty compris entre 0 et x.
dx Ty2 S z*2 dx Ty2 S z*2 Ty2 dx S z*2
dW =
2 ∫ A Gb 2 I z 2
bdy =
2 ∫ A GbI z2
dy =
2GI z2 ∫ h b
dy (2.10) De la relation (2.14), on peut tirer :

d 2 yT κ dTy κ
2
= =− q (2.17)
dx GA dx GA
est une quantité ayant la dimension d'une aire. Elle ne dépend que
I z2 des caractéristiques géométriques de la section et est toujours infé- Cette dernière quantité représente la courbure due à l'effort tranchant. En su-
perposant les courbures provoquées par le moment fléchissant et l'effort tran-
S z*2 rieure à la section (A), d'où sa désignation habituelle par Aréd (sec-

h
b
dy tion réduite).
chant, on obtient l'équation différentielle complète de l'élastique ; qui s'écrit :

d2y Mz κ
2
=− − q (2.18)
On peut poser : dx EI z GA

Si on utilise la méthode de la poutre conjuguée, la charge fictive à considérer


A A S*2
κ=
Aré d
avec κ=
I z2 ∫ z
h b
dy (2.11) est dans ce cas :
Mz κ
Le coefficient κ, appelé facteur de cisaillement, est toujours supérieur à 1. Il qf = + q (2.19)
EI z GA
caractérise la distribution des contraintes tangentielles dues à l'effort tranchant.
Plus la distribution de ces contraintes s'éloigne de la distribution uniforme, plus κ Remarque : A partir de la relation (2.14), on peut tirer la relation :
est grand (il vaut 1.2 pour une section rectangulaire, 1.111 pour une section cir-
culaire et varie généralement de 2 à 3 pour les sections en I). dy T κ
= Ty (2.20)
dx GA
L'expression (2.10) peut s'écrire :
qui permet de faire une observation intéressante. En effet, l'équation (2.20) mon-
Ty2 dx κTy2 tre qu'on n'a pas dyT/dx = 0 dans une section d'encastrement, où Ty est quel-
dW = = dx (2.12) conque. Les approximations obtenues restent toutefois très proches des solutions
2GAré d 2GA
exactes.
En comparant les relations (2.8) et (2.12) on tire :
2.6.2 Exemples d'application
Ty κTy
γm= = (2.13) Exemple 1
GAré d GA
Calculons la flèche à mi-portée d'une poutre bi-articulée sollicitée par une
Le glissement dyT entre les sections Σ1 et Σ2 devient : charge P appliquée en son milieu.
κTy La flèche due au moment, qui l=10h
dy T = γ m dx = dx (2.14) peut être obtenue par particulari- P ν=0.2
GA
sation de la relation (2.7b) ou
Or, Tydx = dMz, donc : (2.7d), vaut : h
1/2 1/2
κ
dy T = dM z (2.15) l Pl 3 b
GA fM ( )= Figure 2.9
2 48 EI z
Le déplacement du centre de gravité de la section d'abscisse x s'obtient en in-
tégrant de 0 à x : Pour la flèche provoquée par T, on a, en vertu de l'équation (2.16) :

κ l l κ P 1 κPl
yT ( x ) − yT ( 0 ) = [ M z ( x ) − M z ( 0 )] (2.16) fT ( ) − fT ( 0 ) = fT ( ) = =
GA 2 2 GA 2 2 4GA
Cette dernière expression est particulièrement indiquée pour le calcul des flè- comme G = E/2(1+ν), il vient :
ches provoquées par l'effort tranchant lorsque le diagramme de ce dernier est
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 33

l l l Pl 3 1.2 Pl 2( 1 + ν )
f( ) = f M ( ) + fT ( ) = +
2 2 2 4 Ebh 3 4 Ebh

d'où :

l Pl 1 2
f( )= ( + 2.88 )
2 4 Ebh h 2
Dans le cas considéré, l =10h, la flèche due à l'effort tranchant est inférieure
à 3% de celle provoquée par le moment.
Exemple 2
Calculons la flèche de l'extrémité libre d'une poutre-console de section rec-
tangulaire (bh) soumise à une charge uniformément répartie (Figure 2.3). La
flèche provoquée par le moment seul s'obtient en faisant x=0 dans l'expression
ql 4
(2.6b), soit : f M = .
8 EI Z

En utilisant une nouvelle fois la relation (2.16) entre 0 et l, on obtient :


κ
yT ( l ) − yT ( 0 ) = [ M z ( l ) − M z ( 0 )]
GA
Or à l'extrémité libre (x=0) le moment est nul et, d'autre part, dans la section
d'encastrement (x = l) la flèche est nulle. L'expression ci-dessus devient alors :
κ
− yT ( 0 ) = M z(l )
GA
Sachant que Mz(l) = - ql2/2, il vient :

κql 2
f T ( 0 ) = yT ( 0 ) =
2GA
L'expression finale de la flèche résultante s'écrit :

ql 4 κql 2 ql 2 3l 2
f = + = ( + 2.88 )
8 EI z 2GA 2 Ebh h 2
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 35 36 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

2.7 EXERCICES Exercice 2.6


Chercher les déformées et les grandeurs indiquées des systèmes représentés fM? fC? θC?
P
ci-après en utilisant la méthode d'intégration directe. C
A B Rép. : fM =pl3/48EI, fC =-pl2a/16EI,
Remarques : M
- sauf indication contraire, M désigne la section à mi-travée et EI la rigidité 1/2 1/2 a θC =-Pl2/16EI
flexionnelle (EIz).
- dans les réponses données, une flèche positive est dirigée vers le bas et une
rotation est positive si elle se fait dans le sens horlogique. Exercice 2.7
fM? fC? θC?
Exercice 2.1 Exercice 2.2 P
A B Rép. : fM =-Pal2/16EI,
M C
q
P fC =Pa2(a+l)/3EI
A B A 1/2 1/2 a
B θC =Pa(3a+2l)/6EI
l l

fM? fB? θB? Exercice 2.8


Rép. : fM = 5ql /384EI 4 3
Rép. : fB = Pl /3EI, θB = Pl /2EI 2
P
Rép. : 0≤x≤a,EIy=13Pa2x/32-Px3/12
A M B
EIy = ql4/24+ql3x/24-qlx3/12 EIy = Plx2/2-Px3/6 (I)
θA =13Pa2/32EI
(2I) (I)
a a a a/2≤x≤3a/2, EIy=Pa3/12+9Pa2x/32-Px3/24
Exercice 2.3 fM? θA? fM =35Pa3/96EI.
fM?
q
Rép. : fM = 5ql4/768EI Chercher les déformées et les grandeurs indiquées des systèmes représentés
B
A
EIy = 7ql3x/360-qlx3/36+qx5/120l ci-après en utilisant la méthode des paramètres initiaux.
l Exercice 2.9

F=2ql
q C=ql² fE? θE?
Exercice 2.4
A B
0≤x≤a, EIy=7qa4/24-qa3x/3+qx4/24
E Rép. : fE =ql4/3EI, θE =5ql3/6EI
q
θA =-qa3/6EI l l l
A B
a≤x≤3a (AB)
a 2a a Exercice 2.10
EIy=5qa4/8-4qa3x/3+qa2x2-qax3/3+qx4/24
fM? θA? fM=-qa4/24EI
P=ql C=ql² fA? θA?
q

Exercice 2.5 q
A B Rép. : fA =25ql4/384EI, θA =-7ql3/48EI

fA? θA? l/2


A (I) (2I) (3I) B l/2
Rép. : fA=181qa4/48EI,
a a a
θA =-65qa3/36EI
D é p l a ce m e n t s d e s p o u t r e s f l é c h i e s 37 38 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

Exercice 2.11 Exercice 2.17 Exercice 2.18


fE? θE?
q P P
E B Rép. : fE =-17ql4/90EI, θE =13ql3/72EI A D B C A D B
A C
a≤x≤l (EA)
l l l l l l l
l 2l
EIy=-17ql4/90+13ql3x/72+qx5/120l
l≤x≤3l (AB), EIy=-17ql4/90+13ql3x/72+qx5/120l-19ql(x-l)3/72-q(x-1)5/120l
fD? θD(g)? θD(d)? fD? θD(g)? θD(d)?
3 2
Rép. : fD=-Pl /4EI, θD(g)=-Pl /4EI Rép. : fD =-Pl3/3EI, θD(g)=-Pl2/6EI,
Exercice 2.12
θD(d) = Pl2/4EI θD(d) =Pl2/2EI
q C=2ql²
E A B F fE? θE? fF?
Exercice 2.19
Rép. : fE =5ql4/8EI, θE =-2ql3/3EI, fF=0
Calculer les flèches provoquées par le moment fléchissant (seul) et l'effort
l l l l
tranchant (seul) au milieu de la poutre de l'exemple d'application n°1 et à l'ex-
trémité libre de la poutre de l'exemple n°2 sachant que :

Exercice 2.13 P = 5 t, q = 2 t/m, h = 50 cm, b = 30 cm, l = 5 m, ν = 0.2 et E = 105 Kg/cm2.

fE? θE? - Poutre bi-articulée avec une force concentrée en son milieu.
P P P Rép. : fM (l/2)=0.417 cm ; fT(l/2)=0.012 cm.
E B avec : P = 3 t, a = 3 m
- Poutre console uniformément chargée (extrémité libre en x = 0).
a a a a EIz = 2 1010 Kgcm2 Rép. : fM (0)=5.00 cm ; fT(0)=0.048 cm.
Rép. : fE =1.35 cm, θE =-0.00675
Exercice 2.14 Exercice 2.20
Traiter les exercices 2.2, 2.6 et 2.7 avec la méthode de la poutre conjuguée. Une poutre-console de section rectangulaire (bh) en acier (E ; G) de longueur
Chercher les déformées et les grandeurs indiquées des systèmes représentés l supporte à son extrémité libre une charge verticale P.
ci-après en utilisant la méthode de la poutre conjuguée. Déterminer l'équation de la déformée en tenant compte de l'influence de l'ef-
fort tranchant.

Exercice 2.15 Exercice 2.16 Calculer la flèche de l'extrémité libre sous l'action de l'effort tranchant seul.
Comparer cette flèche à celle provoquée par le moment de flexion seul.
P C P = 1 t, h = 5 cm, b = 3 cm, l = 1.5 m, E = 21 105 Kg/cm2, G = 8 105 Kg/cm2.
P
B A E B
A
M C y=Pl3/3EI-Pl2x/2EI+Px3/6EI+κPl/GA-κPx/GA
l l l 2l/3 l/3 yM(0)=fM =Pl3/3EI=17.14 cm
yT(0)=fT =κPl/GA=0.015 cm
fM? fC? fE? θE?
Rép. : fM =-Pl3/12EI, fC =3Pl3/4EI Rép. : fE = -2Cl2/81EI, θE=Cl/9EI
4 0 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

Il est représenté par l'aire hachurée (hachures inclinées) du diagramme F-d (Fi-
gure 3.1b).

F F

F1 F1 A
*
Chapitre 3 l dF dτ e dF
F c F
b
LE POTENTIEL INTERNE d τe
δ δ
ET SES APPLICATIONS a d
0
B
δ1
δ1 δ dδ δ1 δ dδ

F1
(a) (b) (c)

Figure 3.1
Remarque : Fdδ représente plus exactement le rectangle "abcd". Autrement
3.1 INTRODUCTION dit, le travail effectué par dF au cours du déplacement dδ, qui est un infiniment
Dans ce chapitre seront examinées les relations qui existent entre les sollicita- petit d'ordre supérieur à 1, est négligé.
tions agissant sur un système et les déplacements qu'elles produisent. Le travail total effectué par la force F1 au cours du déplacement δ1 est obtenu
Les systèmes considérés sont généralement plans (géométrie et chargement) par sommation des travaux élémentaires, c'est-à-dire :
mais les développements théoriques s'appliquent à tous les systèmes, sauf préci- δ1
sion contraire. τe = ∫ 0
Fdδ (3.2)
Pour garder à la théorie toute sa généralité, tout en simplifiant autant que pos-
sible les notations, nous désignerons une sollicitation par F (sollicitation généra- Il est représenté par l'aire délimitée par la courbe F-δ et l'axe des δ jusqu'à δ1.
lisée), que ce soit une force P, un couple C ou une sollicitation globale F (F1, F2, De même, on appelle travail complémentaire élémentaire du déplacement δ
…, Fn) et un déplacement par δ (déplacement généralisé), que ce soit une transla- au cours de l'accroissement de charge dF la quantité :
tion λ (déplacement linéaire) ou une rotation γ (déplacement angulaire).
dτ *e = δdF (3.3)
3.2 TRAVAIL DES FORCES EXTERIEURES ET ENERGIE DE
DEFORMATION Le travail complémentaire total effectué par F1, appliquée graduellement de 0
à F1, au cours du déplacement δ1 est donné par :
3.2.1 Notions de travail et de travail complémentaire F1

Pour fixer les idées, nous considérons le cas d'une barre prismatique soumise
τ *e = ∫
0
δdF (3.4)
à une traction axiale F1 qui produit un allongement δ1 (Figure 3.1a).
C'est l'aire à gauche de la courbe F-δ.
Nous supposons que la force F1 est appliquée graduellement, d'une manière
lente, de façon à ne produire aucune force d'inertie. Dans ces conditions, on dit 3.2.2 Énergie et énergie complémentaire de déformation
que le chargement (force F1 ici) est appliqué statiquement et le déplacement
engendré (ici un allongement) est relié à la force appliquée par une relation re- Considérons un corps soumis à des sollicitations extérieures. Sous l'action
des charges extérieures, le corps se déforme et les efforts internes (contraintes)
présentée par le diagramme "F-δ" de la figure 3.1b.
effectuent un travail qui s'oppose au travail des sollicitations extérieures.
Soit F une valeur intermédiaire et δ l'allongement correspondant. A un ac-
Ce travail interne, changé de signe, est désigné par énergie potentielle de dé-
croissement dF de la charge correspond un allongement supplémentaire dδ. Le
formation (W) (-τi = W).
travail élémentaire produit par F au cours de l'accroissement dδ est défini par :
dτe = Fdδ (3.1)
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 41 4 2 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

Isolons un élément dv = dxdydz du corps considéré. L'énergie élémentaire Et pour la totalité du volume du corps :
emmagasinée dans dv se calcule comme le travail effectué par les forces agissant
sur les faces de l'élément dv. Ainsi, le travail effectué par la force élémentaire
σx.dydz au cours de la variation dεx de la déformation εx, qui produit le déplace-

W * = ε ij dσ ij dv
v
(3.12)

ment ∆dx = dεx.dx, vaut : On a aussi :


dW = σ x . dydz . dε x dx = σ x dε x dv (3.5) σ1
dW0* = εdσ et W0* = ∫
0
εdσ (3.13)

σ
dx 3.3 TRAVAIL ET ENERGIE DANS LE DOMAINE ELASTIQUE
LINEAIRE
σ1 *
dy dW0 a) Travail d'une force
σx

Revenons au cas de la traction d'une barre prismatique du paragraphe 3.2.1.
dW0
dz σ Si la relation entre F et δ est linéaire, domaine d'application de la loi de Hooke
ε (et petits déplacements), c'est-à-dire quand on a à tout moment du chargement la
dx(1+dεx)
ε dε ε1 relation (Figure 3.1c) :
(a) (b) F = kδ (k = constante)
Figure 3.2
le travail total devient :
En considérant toutes les composantes des contraintes et en utilisant la nota- δ1 1
tion indicielle, on obtient pour l'élément dv : τe = ∫0
kδdδ = kδ 12
2
dW = σ ij dε ij dv (3.6) et comme : F1 = kδ1 , il vient :
1
L'énergie emmagasinée dans tout la volume du corps (v) vaut : τ e = F1δ 1 (3.14)
2

W = σ ij dε ij dv
v
(3.7) Le travail total est représenté par l'aire du triangle OAB (Figure 3.1c).

Considérons un diagramme contrainte-déformation unidirectionnel (unidi- Remarquons que dans le cas de l'élasticité linéaire, on a : τ e = τ *e .
mensionnel) (Figure 3.2b).
b) Généralisation
On a :
Si un système en équilibre est soumis à une sollicitation globale F (F1, F2,…
dW0 = σdε (3.8) Fi,…,Fn) et que les points d'application de ces forces subissent des déplacements,
dont les projections sur les directions de ces mêmes sollicitations valent δ1, δ2,…,
Cette quantité a l'unité d'une énergie par unité de volume. L'intégrale : δn, le travail effectué au cours du chargement du système (passage de l'état
ε1 d'équilibre initial à l'état d'équilibre final), vaut :
W0 = ∫ 0
σd ε (3.9)
n

∑Fδ
1
τe = i i (3.15)
est appelée densité de l'énergie de déformation et est représentée par l'aire com- 2 i =1
prise entre la courbe σ-ε et l'axe des ε. Remarquons qu'on a :
Il faut rappeler qu'on suppose que :

W = dW0 dv
v
(3.10)
- le chargement est statique (les mises en charge sont lentes),
- le matériau a un comportement élastique linéaire (loi de Hooke vérifiée),
De même, l'énergie complémentaire élémentaire produite par un accroise- - les déplacements n'affectent pas l'action des charges (hypothèse des petits
ment dσij des contraintes au cours des déplacements produits par les déforma- déplacements, pas d'effets du second ordre).
tions εij correspondantes vaut :

dW * = ε ij dσ ij dv (3.11)
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 43 4 4 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

c) Travail des réactions 3.4 PRINCIPE DE LA CONSERVATION DE L'ENERGIE


Si les appuis sont indéformables, le travail fourni par les réactions au cours De manière générale, quand un corps est soumis à des charges extérieures,
de la déformation du système est nul puisque le déplacement d'un appui double ces charges effectuent un travail extérieur qui se transforme en énergie poten-
ou d'un encastrement dans le sens de la réaction est nul et que le déplacement tielle interne (qui déforme le corps), en énergie cinétique et en chaleur qui se
d'un appui simple est perpendiculaire à la réaction. dissipe lors des frottements.
Dans le cas d'appuis élastiques, les relations (3.14) et (3.15) restent valables Supposons maintenant que :
pour les réactions. a) les charges extérieures sont appliquées statiquement (pas d'énergie cinétique),
b) les frottements dans le corps sont nuls (pas de dissipation d'énergie sous forme
d) Énergie potentielle de déformation
de chaleur) c'est-à-dire que le corps considéré est parfaitement élastique,
Dans le domaine élastique linéaire, la relation contrainte-déformation (σij-εij) c) les frottements dans les appuis sont nuls (pas de dissipation d'énergie),
est linéaire et comme dans le travail, le facteur 1/2 apparaît dans l'expression de alors tout le travail extérieur se transforme en énergie potentielle de déformation,
l'énergie (Figure 3.3). c'est-à-dire qu'on a :
Ainsi, le travail fait par la force σxdydz au cours de la déformation εx qui pro-
voque une variation de longueur ∆dx = εxdx est : τe =W (3.19a)

1 1 Dans ce cas, on dit que le système (corps + appuis + charges) est conservatif
dW = σ x dydzε x dx = σ x ε x dv (3.16) et le travail, ou l'énergie de déformation, puisque τe = W, ne dépend pas de l'or-
2 2
dre dans lequel les forces sont appliquées mais uniquement de leur intensité
Pour toutes les contraintes agissant sur dv en aura (en notation indicielle) finale. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si le travail dépendait de l'ordre d'appli-
1 cation des forces, on pourrait le charger d'une certaine manière et le décharger
dW = σ ij . ε ij dv (3.17) d'une autre manière de façon à réaliser un gain. Après plusieurs cycles, l'énergie
2 ainsi gagnée ferait exploser le corps, ce qui est absurde.
et Si les charges cessent d'agir, l'énergie emmagasinée dans le corps lors du
1
W= ∫
2 v
σ ij ε ij dv (3.18) chargement sera restituée sous forme de travail qui va ramener le corps à son état
initial.
Remarque : Dans le cadre de l'élasticité linéaire on a : W = W*. En plus des hypothèses a), b) et c) ci-dessus nous admettrons dans ce qui suit
que :
σ d) le matériau vérifie la loi de Hooke (matériau élastique linéaire),
dx
e) les déplacements sont suffisamment petits et n'affectent pas l'action des char-
ges (pas d'effets du second ordre).
σx σx Il arrive quelquefois que le système, dans son état initial, c'est-à-dire avant
dy toute application de charges, soit déjà assujetti à des efforts internes et des dé-
formations élastiques. C'est le cas notamment des systèmes hyperstatiques dont
dx(1+εx) les appuis subissent des déplacements (appuis non concordants), des systèmes
ε
hyperstatiques soumis à des effets thermiques, au phénomène de retrait dans les
(a) (b) structures en béton, des effets des défauts de montage, etc.
Figure 3.3
Dans un cas pareil, le système possède déjà à l'état initial une énergie élasti-
que (Wi) emprisonnée dans le corps et qui ne peut se libérer que dans des condi-
tions particulières. Les efforts et les déformations qui seront produits par les
forces extérieures vont s'ajouter aux efforts et aux déformations existants. Dans
ce cas, l'énergie de déformation est égale au travail des forces extérieures qui se
transforme en énergie élastique interne plus l'énergie élastique initiale, d'où :
τ e + Wi = W (3.19b)

Les résultats (3.19) sont parfois désignés par théorème de Clapeyron.


L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 45 4 6 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

3.5 TRAVAIL DE DEFORMATION DES SOLLICITATIONS SIMPLES b) Moment fléchissant


DANS LE CAS DES POUTRES
Nous allons calculer séparément le travail de déformation (énergie de défor-
dx
mation) en fonction des efforts N, M, T et Mt dans une poutre (droite ou courbe)
R
de longueur l. Considérons un tronçon de poutre dx (ds) suffisamment petit pour dϕ
pouvoir admettre que les efforts ne varient pas sur dx. z
a) Effort normal
M dA Mz y
M σx =
dx Iz
y

z (a) (b)
N N dx+∆dx y
Figure 3.5
dA N
σx =
dx A Considérons la couche dAdx. Sous l'effet des contraintes de flexion, la couche
dx+∆dx subit une variation de longueur : ∆dx = εxdx = (σx/E)dx. Compte tenu de la rela-
tion de Navier, il vient :
(a) y (b)
Figure 3.4 Mz y M y
σx = ⇒ ∆dx = z dx
Iz EI z
Sous l'effet des contraintes d'effort normal, le tronçon dx subit une variation
de longueur ∆dx définie par : L'énergie emmagasinée dans la couche dAdx vaut :

∆dx σx 1 1 M y M y 1 M z2 y 2
= ε x ⇒ ∆dx = ε x dx = dx d 2W = (σ x dA) ∆dx = ( z dA) z dx = dAdx
dx E 2 2 Iz EI z 2 EI z2
Comme dans le cas de l'effort normal on a σx = N/A, il vient : En intégrant sur la surface on obtient l'énergie emmagasinée dans le tronçon
∆dx = (N/EA)dx dx :

L'énergie emmagasinée dans le couche dA.dx se calcule comme le travail ef- dx M z2 y 2 2


1 M z dx M z2
fectué par la force σx.dA au cours du déplacement ∆dx, d'où :
dW =
2 ∫ A EI z2
dA =
2 EI z2 ∫
A
y 2 dA =
2 EI z
dx

2
1 1 N N 1 N D'où l'énergie de déformation de la poutre, qui se calcule par intégration
d 2W = ( σ x dA )∆dx = ( dA ) dx = dAdx
2 2 A EA 2 EA 2 sur l :
Remarque : La notation d2W est utilisée pour désigner une quantité plus petite 1 M z2
que l'énergie élémentaire. W=
2 ∫ EI
l z
dx (3.21a)

L'énergie élémentaire emmagasinée dans le tronçon dx s'obtient par intégra-


tion sur l'aire A de la section : Dans le cas d'une flexion gauche, on a une relation similaire à (3.21a) pour
chaque moment fléchissant et pour les deux moments on aura :
dx N2 1 N 2 dx N2
dW = ∫ dA = ∫ dA = dx 1 M2 My
2


2 2 EA 2
2 A EA A 2 EA W= ( z + )dx (3.21b)
2 l EI z EI y
Et pour la totalité de la poutre :
c) Effort tranchant
1 N2
W=
2 ∫ l EA
dx (3.20) D'après la relation (2.12) du chapitre 2, l'énergie emmagasinée dans un tron-
çon dx soumis à un effort tranchant Ty vaut :
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 47 4 8 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

κ y Ty2 σy
dW = dx τyx
2GA
γxy
τyz
Et pour toute la poutre : σx σx
τzy σx dy τxy
1 κ y Ty2 τzx τ

xz
W= dx
2 l GA τxy dx+∆dx τyx γxydx
σz
Si la poutre est soumise à Ty et Tz on aura :
(a) (b) dx

1 κ y Ty2 κ z Tz2

Figure 3.7 (c)
W= ( + )dx
2 l GA GA Le travail de déformation de la force σxdydz au cours du déplacement ∆dx =
d) Moment de torsion εxdx (Figure 3.7b) vaut :
L'angle dont tourne l'une par dϕt 1 1
dW = ( σ x dydz )ε x dx = σ x ε x dxdydz
rapport à l'autre les sections extrê- 2 2
Mt Mt
mes du tronçon dx soumis à un
moment de torsion Mt est donné par Pour l'ensemble des trois contraintes normales, on applique le résultat (3.15),
(Figure 3.6) : d'où :
dx

qM t 1
dW = ( σ x ε x + σ y ε y + σ z ε z )dxdydz
dϕ t = dx Figure 3.6 2
GI P
où εx, εy et εz sont les déformations longitudinales et peuvent être exprimées en
où : fonction des contraintes normales à partir de la loi de Hooke généralisée.
- q est une constante dépendant de la forme et des dimensions de la section, ap- Les déformations provoquées par les contraintes normales et tangentielles
pelée coefficient de torsion (q ≈ 40Ip2/A4). Ce facteur vaut 1 pour la section circu- étant indépendantes, si outre les contraintes normales il y a des contraintes tan-
laire et est supérieur à 1 pour les autres cas. gentielles, il suffit d'ajouter leur effet.
- la quantité C = GIp/q est désignée par rigidité à la torsion (ou rigidité torsion-
nelle). Le travail de la force τxydydz lors du déplacement γxydx (Figure 3.7c) vaut :
L'énergie emmagasinée dans le tronçon dx se calcule comme le travail effec- 1 1
dW = ( τ xy dydz )γ xy dx = τ xy γ xy dxdydz
tué par Mt lors du déplacement dϕt : 2 2
1 qM t2 En présence de toutes les contraintes, il vient :
dW = M t dϕ t = dx
2 2GI P 1
dW = ( σ xε x + σ yε y + σ zε z + τ xyγ xy + τ yzγ yz + τ zxγ zx )dxdydz (3.24)
Et pour l'ensemble de la poutre : 2
L'énergie potentielle de déformation de tout le corps s'obtient par sommation
1 qM t2
W=
2 ∫l GI P
dx (3.23) sur le volume entier :
1
3.6 EXPRESSION GENERALE DE L'ENERGIE POTENTIELLE DE
W= ∫
2 v
( σ x ε x + σ y ε y + σ z ε z + τ xy γ xy + τ yz γ yz + τ zx γ zx )dv (3.25)

DEFORMATION L'expression de W peut être exprimée en fonction des contraintes seulement


ou des déformations uniquement en utilisant les expressions des contraintes en
Isolons à l'intérieur d'un corps élastique un élément dv = dxdydz suffisam-
fonction des déformations données par la loi de Hooke généralisée.
ment petit pour pouvoir admettre que les contraintes ne varient pas sur les facet-
tes de l'élément. Dans le cas d'une poutre soumise aux sollicitations N, M, T et Mt, l'expression
de W s'obtient en ajoutant les expressions (3.20), (3.21), (3.22) et (3.23) :
Calculons l'énergie emmagasinée dans l'élément dv lorsqu'il est soumis à l'en-
semble des contraintes (Figure 3.7a).
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1 M2 1 N2 1 κT 2 1 qM t2 De manière plus générale, si un système supportant la sollicitation F (F1,


W=
2 ∫
l EI
dx +
2 ∫
l EA
dx +
2 ∫ GA
l
dx +
2 ∫
l GI P
dx (3.26) F2,…, Fn), subit un déplacement virtuel qui impose à chaque force (Fi) un dépla-
cement (δi) suivant sa direction, le travail virtuel total effectué au cours du dé-
Notons que cette dernière expression ne découle pas de l'application du prin- placement virtuel s'écrit :
cipe de superposition, qui n'est pas applicable puisque l'énergie n'est pas reliée n
linéairement aux sollicitations. La relation (3.26) s'obtient par sommation des
contributions de chaque sollicitation du fait que le déplacement provoqué par une
τv = ∑Fδ
i =1
i i (3.27c)

des sollicitations ne provoque pas de travail de la part des autres sollicitations


(déplacements indépendants). 3.8 THEOREME DE CASTIGLIANO
Remarque : Si le système comporte "n" barres, la relation (3.26) s'applique à
chacune d'elles. 3.8.1 Première forme du théorème
Considérons un système élastique soumis à une sollicitation F (F1, F2,…, Fn).
3.7 TRAVAIL VIRTUEL Au cours de la mise en charge, le système se déforme et les points d'application
Considérons une particule m soumise à une force F (Figure 3.8). Donnons à des forces subissent les déplacements δ1, δ2,…, δn (δi mesuré suivant la direction
m un déplacement δ suivant la direction ∆. de Fi).
L'énergie W emmagasinée dans le système au cours du chargement peut s'ex-
F primer en fonction des forces ou des déplacements de leur point d'application (§
3.5).
P
α
W = W ( F1 , F2 ,..., Fn ) = W ( δ 1 ,δ 2 ,... , δ n ) (a)
δ
m Donnons à la force Fi un accroisement dFi. Il s'ensuit une variation de l'éner-
δ c
(∆) gie définie par la quantité (∂W/∂Fi)dFi et l'énergie totale, sous F (F1, F2, …, Fn)
et dFi, s'écrit :
(a) (b)
Figure 3.8 ∂W
W+ dFi (b)
Au cours du déplacement de la particule m, la force F effectue un travail égal, ∂Fi
en valeur absolue, au produit de la composante de F agissant dans la direction ∆ Etant donné que le travail des forces ne dépend pas de l'ordre dans lequel el-
par le déplacement δ. les sont appliquées (§ 3.4), appliquons d'abord dFi ensuite la sollicitation globale
F (F1, F2, …, Fn).
τ v = F cos α . δ (3.27a)
La force infinitésimale dFi produit un déplacement dδi infinitésimal aussi, si
Ce travail, d'où le 1/2 a naturellement disparu car la force F avait déjà atteint bien que le travail accompli peut être considéré comme un infiniment petit d'or-
sa valeur finale au moment de l'application du déplacement δ, est appelé travail dre 2 qu'il est légitime de négliger : (1/2) dFidδi ≈ 0.
virtuel de F dans le déplacement virtuel δ. Si les sens du déplacement δ et de la
composante de F suivant la direction de δ sont concordants, le signe du travail Appliquons maintenant la sollicitation globale F (F1, F2, …, Fn). Le travail τe
est positif, dans le cas contraire il est négatif. accompli est égal à W (§ 3.4) : τe = W. En outre, la force dFi, dont le point d'ap-
plication a subi un déplacement δi, produit un travail qui vaut dFiδi.
Considérons maintenant le système élastique simple de la figure 3.8b et im-
posons lui une déformation représentée par la courbe c. Au cours de la déforma- D'où le travail total :
tion, la force P, dont le point d'application se déplace de δ, effectue un travail
τ e + dFi δ i = W + dFi δ i (c)
virtuel de la forme (3.27), avec α = 0 dans le cas présent.
τ v = P .δ (3.27b) En vertu du résultat (3.19), les expressions (b) et (c) sont égales, d'où :
∂W
Précisons qu'on entend par déplacement virtuel tout petit déplacement possi- =δi (3.28)
ble. Petit par rapport aux dimensions du système, donc comparable aux déplace- ∂Fi
ments réels. Possible, c'est-à-dire compatible avec les liaisons extérieures (ap-
C'est la première forme du théorème de Castigliano, qui s'énonce comme suit :
puis) et intérieures du corps. Peu importe la manière utilisée pour produire le
déplacement virtuel.
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Théorème : Dans un système élastique à appuis indéformables (1), la dérivée Exemple 2


de l'énergie de déformation par rapport à l'une des forces agissant sur le sys-
Soit à calculer le déplacement du point d'application de la charge P (on sup-
tème est égale à la projection sur la direction de cette force du déplacement
pose que la rigidité flexionnelle est constante).
élastique de son point d'application.
(1) Pour établir le résultat (3.28), nous avons appliqué dFi et on a admis que cet accrois- P
sent n'influençait aucunement les autres forces. En d'autres termes, nous avons supposé
que les forces F1, F2, …, Fn étaient indépendantes. Les réactions des appuis indéformables Figure 3.10
f
(appuis fixes) ayant un travail nul, même si elles étaient influencées par dFi cela ne chan- l
gerait rien. Par contre, il en va différemment avec des appuis élastiques dont les réactions
dépendent des forces appliquées (donc de dFi) et effectuent un travail. Pour que le résultat
(3.28) reste applicable dans ce cas, il suffit de considérer les appuis élastiques comme l l κ l P 2 l 3 κP 2 l
faisant partie du système et de tenir compte de leur travail. W=
2 EI z ∫
0
( − Px ) 2 dx +
2GA ∫
0
( − P ) 2 dx = +
6 EI z 2GA
Notons aussi que le résultat (3.28) reste valable si le corps possède une éner-
gie initiale ; elle apparaît dans (b) et (c) et se simplifie. D'où :

Pl 3 κPl
Exemples d'application f = +
3 EI z GA
Exemple 1
Exemple 3
Considérons une poutre bi-articulée de
P On veut calculer la rotation de l'extrémité B de la poutre ci-contre.
section constante chargée en son milieu
par une force concentrée P.
La flèche à mi-portée (f) s'obtient par l/2 l/2 C
γB
application directe du résultat (3.28) :
A
B
Figure 3.11
f = ∂W/∂P Figure 3.9
Avec :
1 l C κ l C C 2l κC 2
∫ ( − l x ) dx + 2GA ∫ ( − l )
2 2 2
1 M z2 1 κT y W= dx = +
W=
2 ∫l EI z
dx + ∫
2 l GA
dx 2 EI z 0 0 6 EI z 2GAl

D'où :
1 1/ 2 P l P κ 1/ 2 P l P
W=
2EIz
[
∫0
( x )2 dx +
2 ∫ ( ( l − x ))2 dx ] +
1/ 2 2 2GA
[
∫0
( )2 dx +
2 ∫
1/ 2
( − )2 dx ]
2 γ B
=
∂W
=
Cl
+
κC
∂C 3 EI z GAl

P 2 l 3 κP 2 l 3.8.2 Deuxième forme du théorème


W= +
96 EI z 8 GA Considérons à nouveau un corps élastique soumis à une sollicitation globale
F (F1, F2,…, Fn), et désignons toujours par δ1, δ2,…, δn les déplacements corres-
D'où : pondants des forces (suivant leurs directions respectives).
Pl 3 κPl Comme déjà signalé, l'énergie de déformation peut s'exprimer en fonction des
f = + déplacements des points d'application des forces. Supposons qu'après avoir ap-
48 EI z 4GA
pliqué le sollicitation F (F1, F2,…, Fn), on impose un incrément dδi au déplace-
résultat déjà trouvé par une autre méthode (voir exemple d'application n°1 du § ment δi du point d'application de la force Fi. L'énergie totale s'exprime par :
2.6).
∂W
W+ dδ i (d)
∂δ i
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Considérons maintenant le travail total accompli lors du chargement F1, En vertu de la loi de Hooke on a :
F2,…, Fn et suite à l'application du déplacement dδi au point d'application de Fi.
σ = εE = N/A ⇒ N = εEA
Il s'écrit :
comme ε = δ/l, il vient :
τ e + Fi . dδ i = W + Fi . dδ i (e)
N = δEA/l (c)
En égalant les expressions (d) et (e) on tire :
Et par particularisation : N1 = δ1EA/l1 avec : δ1 = δcosα et l1 = l/cos α, d'où :
∂W
= Fi (3.29) N1 = (δEA cos2α)/l
∂δ i
En remplaçant dans l'équation (b) N1 et N par leur expression, on obtient :
C'est la 2ème forme du théorème de Castigliano, qu'on appelle parfois 1er
théorème de Castigliano ou théorème inverse de Castigliano. EAδ 2
ère ème W= (1 + 2 cos 3 α ) (d)
Remarque : Contrairement à la 1 forme, la 2 forme reste valable même si 2l
les déplacements ne sont pas fonctions linéaires homogènes des forces.
Puis, d'après l'équation (a), il vient :
Théorème : La dérivée de l'énergie de déformation, exprimée en fonction des
déplacements des points sur lesquels agissent des forces extérieures, par rapport EAδ(1+2 cos3α/l)=P
à un de ces déplacements, est égale à la force correspondante, calculée suivant et en vertu de (c), on obtient : N(1+2 cos3α)=P
la direction du déplacement. D'où :

Exemple d'application P
N=
Le système hyperstatique ci-
B C D 1 + 2 cos3 α
contre est constitué de trois barres L'effort N connu, le système devient isostatique et pour calculer N1 il suffit
α α
articulées et est soumis à une force d'écrire une équation d'équilibre de translation ( ΣFx = 0 ou ΣFy = 0 ) .
verticale P. l

On veut déterminer l'effort N 3.9 SIMPLIFICATION DE L'EXPRESSION DE L'ENERGIE


dans la barre verticale AC en appli- POTENTIELLE
quant le 2ème théorème de Castiglia- A
no. Les barres sont du même maté- L'expression (3.26) est rarement utilisée telle quelle et ce, même lorsque les
Figure 3.12a P quatre efforts existent simultanément. On peut presque toujours négliger l'in-
riau (E) et de même section A.
fluence de certains termes.
∂W
Le théorème s'écrit : =P (a) On peut se limiter, avec une bonne approximation, aux termes donnés par les
∂δ sollicitations prépondérantes, c'est-à-dire :
où δ est le déplacement vertical du point d'applica- - M pour les structures planes formées de poutres,
α α - N pour les poutres en treillis articulés,
tion de la force P et représente l'allongement de la
barre verticale AC. Les barres étant articulées, on a A - M et N pour les arcs plans,
: - M et Mt pour les structures spatiales constituées de poutres.
δ1 δ2
α
1 N2 l 1 N2 l 1 N2 l δ
W = AB AB + AC AC + AD AD (b)
2 EA 2 EA 2 EA
Par raison de symétrie on a : NAB = NAD = N1.
Posons aussi NAC = N.(de même que δ1=δ2).
De plus, lAC = l et lAB= lAD = l/cosα. Figure 3.12b

La relation entre les allongements des barres verticale et inclinées (Figure


3.12b) s'écrit : δ1=δcosα
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3.10 UTILISATION D'UNE SOLLICITATION AUXILIAIRE


3.11 SUPERPOSITION DES EFFETS
Le théorème de Castigliano permet de calculer le déplacement du point de la
Lorsque les conditions a, b, c, d et e du § 3.4 sont satisfaites, l'effet total (dé-
structure confondu avec le point d'application d'une force concentrée (P ou C).
placement final), sous la sollicitation complète, est égal à la somme des effets de
Pour calculer le déplacement d'un point quelconque du système projeté sur une
chacune des composantes de la sollicitation totale.
direction quelconque, on applique au point considéré, dans la direction considé-
rée, une force auxiliaire (fictive) qu'on annule à la fin des calculs.
3.11.1 Coefficients d'influence des déplacements
Exemples d'application Soit δij le déplacement de la section i suivant la direction i sous l'action de la
Exemple 1 sollicitation Fj, agissant en j suivant la direction j. Appelons δ iju le déplacement
q
Soit à calculer le déplace- x
de la section i (suivant la direction i) sous l'effet d'une sollicitation unitaire ap-
C
ment angulaire de l'extrémité pliquée en j (suivant la direction j).
libre d'une poutre console de A
l En vertu de la proportionnalité entre les causes et les effets, on peut écrire :
section constante soumise à
une charge répartie uniforme Figure 3.13 δ ij = δ iju . Fj (3.30)
(Figure 3.13). L'influence de T
étant négligeable, on ne tient compte que de M. Sous l'action de la sollicitation complète F (F1, F2,… Fj,…, Fn), le déplace-
ment total de la section i (dans la direction i) noté δiF sera égal à :
Pour calculer la rotation demandée, on applique un couple auxiliaire C en A
afin de pouvoir utiliser le théorème de Castigliano. δ iF = δ i 1 + δ i 2 + ...+δ ij +...+δ in
∂W et en vertu de (3.30) il vient :
γ A = C =0
∂C
2
δ iF = δ iu1 F1 + δ iu2 F2 +...+δ iju Fj + ...+δ in
u
Fn (3.31a)
1 l 1 l qx  1 2
Cql q l 3 2 5

∫ ∫ −( C + ) dx =
2
W= M dx = (C2l + + )
2 
n
0
∑δ
2 EI 0 2 EI 2 EI 3 20 u
ou encore : δ iF = ij . Fj (3.31b)
j =1
∂W 1  ql 3  ∂W ql 3
=  2Cl +  d'où : γ = =
3 
C =0
∂C 2 EI 
A
∂C 6 EI Les coefficients δ iju sont appelés coefficients d'influence des déplacements.

Exemple 2
3.11.2 Coefficients d'influence des sollicitations
On désire connaître la rotation de l'extrémité A d’une poutre bi-articulée Si nous particularisons la relation (3.31a) à chaque section correspondant à
soumise à une force concentrée P (Figure 3.14). un point d'application d'une force, nous obtenons un système de n équations :
P u u
C δ 1 F = δ 11 F1 + δ 12 F2 + ...+δ 1u j F j + ...+δ 1un Fn
A B
..................................................
Figure 3.14 δ iF = δ iu1 F1 + δ iu2 F2 +...+δ iju F j +...+δ in
u
Fn (3.32)
a b
l ..................................................
δ nF = δ un1 F1 + δ un 2 F2 + ...+δ unj F j +...+δ unn Fn
1 a 1 l Si on considère F1, F2, …, Fn comme les inconnues on peut les déduire en ré-
W=
2 EI ∫ 0
( R A x − C ) 2 dx +
2 EI ∫ (R
a
Ax − C − P( x − a )) 2 dx
solvant le système ci-dessus, et on obtient :

∂W Pab F1 = F11δ 1 + F12 δ 2 + ...+ F1 j δ j +...+ F1n δ n


avec : RA = (Pb+C)/l, alors : γ A = C =0 = − ( a + 2b ) .................................................
∂C 6 EIl Fi = Fi 1δ 1 + Fi 2 δ 2 + ...+ Fij δ j + ...+ Fin δ n (3.33)
Le signe "-" indique que la section tourne dans le sens contraire du couple .................................................
auxiliaire C. Fn = Fn1δ 1 + Fn 2 δ 2 +...+ Fnj δ j +...+ Fnn δ n
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Les δi de ce dernier système sont en fait les δiF du système (3.32). Exemples d'application
Les coefficients Fij s'appellent coefficients d'influence des forces. Le coeffi- Exemple 1 P
C
cient Fij représente la sollicitation (par unité de déplacement) qu'on doit appli-
Calculons la flèche au milieu C de
quer en i pour avoir un "déplacement unité" en j. l/2 l/2
la poutre représentée à la figure 3.15
(EI constante).
3.12 METHODE DE MOHR POUR LE CALCUL DES DEPLACEMENTS
Mml 1 l
3.12.1 Cas général
δc = ∫ EI
0
dx =
EI 0
Mmdx
. ∫ M G1
G2 Pl

1 l/ 2 l l
Soient MiF, NiF, TiF et M iFt les efforts produits dans la section courante i par EI 0 ∫
= [ (−Px)(0)dx + (−Px)( − x)dx]
l/ 2 2 ∫
1 l l
la sollicitation globale F (F1, F2, …, Fn). =− ∫
EI l / 2
P.x( − x)dx
2 m
1
m1 = 0
l/2

Désignons par mij, nij, tij et mijt les efforts apparaissant dans la section i sous Soit :
5Pl3
l'action d'une sollicitation unitaire appliquée en j, suivant la direction j. Introdui- δc = Figure 3.15
sons en j, suivant j, une sollicitation fictive ƒj. 48EI

Sous l'action de F et ƒj, on a par superposition des effets :


Exemple 2
M i = M iF + f j . mij
N i = N iF + ƒ j . nij On cherche la rotation de l'extrémi- P
Ti = TiF + ƒ j . t ij té A de la poutre ci-contre (EI cons- A B
tante).
M it = M iF
t
+ ƒ j . mijt l/2 l/2
1 l 1 l / 2 Px x
L'énergie potentielle s'exprime alors par (cas d'une pièce longue) : γA=
EI 0 ∫
Mm.dx = [ ∫
EI 0 2
( 1 − )dx +
l
2 2 l P x M
MiF + ƒ j mij ) N iF + ƒ j nij )

1 l( 1 l(
W=
2 ∫ 0 EI
dx +
2 ∫
0 EA
dx + +
l/2 2
( l − x )( 1 −
l
)dx ]
(3.34) Pl/4
Soit :
1 l ( TiF + ƒ j tij )2 1 l t
( M iF + ƒ j mijt )2
+
2 ∫κ
0 GA
dx +
2 ∫q
0 GI P
dx
Pl 2
γ A = m
16 EI m1=1/2
Pour obtenir le déplacement en j (suivant la direction j), on dérive W par rap-
port à fj puis on pose fj = 0 (puisqu'il s'agit d'une sollicitation auxiliaire), on ob- 1
tient : Figure 3.16
3.12.2 Particularisation de la formule
l MiF mij l NiF nij l TiF tij l MiFt mijt
∫ ∫ ∫ ∫
δ jF = dx + dx + κ dx + q dx (3.35) de Mohr
0 EI 0 EA 0 GA 0 GI P a) Systèmes à âme pleine : méthode de Verechtchagine
Dans ce cas, les déformations dues au moment fléchissant sont généralement
prépondérantes et les déformations provoquées par les autres efforts, T notam-
ment, peuvent être négligées. On peut donc calculer avec une bonne approxima-
tion les déplacements par l'intégrale :
l 1
δ jF = ∫0 EI
M iF mij dx (i)

Remarque : Lorsque la fonction MiFmij/EI n'est pas intégrable analytique-


ment, on remplace l'intégrale ( ∫ ) par une sommation de différences finies (Σ).
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a.1 Cas des pièces droites Si on pose Ω = aire du diagramme du moment fléchissant sous les sollicita-
tions externes et m1 la valeur du diagramme "unitaire" au droit du centre de gra-
Pour calculer l'intégrale (i) on peut M
utiliser une méthode grapho- ds = dx vité de Ω, alors :
EI
analytique. La fonction m, du moment M
G l
fléchissant dû à une sollicitation uni- EI δ jF = Ω . m1 (3.37b)
EI
taire, est linéaire. Cette linéarité du
diagramme m peut être caractérisée x dx Remarque : Si le diagramme linéaire m change de pente, on travaille par in-
par la pente α qu'il fait avec l'axe xG m tervalle, puisque les résultats (3.36) et (3.37) ont été établis pour α constant.
horizontal (Figure 3.17).
α m m1 Exemples d'application
On démontre que : x
l Exemple 1 (Figure 3.15)
l
Mm  M
∫0 EI
dx = m1. Surface de   = m1.S
 EI  Figure 3.17
On a :
où m1 est la valeur du moment fléchis- 1 1 1
δC = Ω .m1 = Ω 1 .m1' + Ω 2 . m1"
sant m calculée au droit du centre de EI EI EI
gravité de l'aire M/EI.
avec :
On a :
1 l Pl 1 l Pl Pl 2 3 Pl 2
l Mm M M Ω = Ω1 + Ω2 = + ( Pl + )= +
∫0 EI ∫
dx = mds , avec ds =
S
EI
dx , S = aire de
EI
22 2 22 2 8 8
l
- Pour 0 ≤ x ≤ on a : m = 0
mais : m = xtgα, alors : 2
l l l
l Mm - Pour ≤ x ≤ l on a : m = −1( x − ) = − x
∫0 EI
dx = ∫
S
tgα xds = tgα xds ∫S
Il vient :
2 2 2

comme :
1 1 3 Pl 2 5l 5 Pl 3
δC = Ω 2 .m1" = soit : δ C =
∫ xds = ∫ xds ⇒ EI EI 8 18 48 EI

S S
xG = xds = S . x G
Exemple 2 (Figure 3.16)
∫ ds S
S
S

On a : Ω = Pl2/8 et m = 1 - x/l
donc :
D'où :
l Mm
∫0 EI
dx = S . tgα . xG or : x G tgα = m1
γ A =
1
Ω .m1 =
1 Pl 2 1
=
Pl 2
EI EI 8 2 16 EI
alors on a bien :
b) Systèmes en treillis articulés (chargés indirectement)
l Mm
∫0 EI
dx = m1 . S (3.36) Les barres du système étant rectilignes, chacune d'elles est soumise à un ef-
fort normal uniquement, de plus cet effort est constant (voir § 6.5). On a donc
a.2 Pièces droites prismatiques pour chaque barre :

La section étant constante, EI peut être sorti de sous le signe intégrale. l N iF nij l dx
l l
∫ 0 EA
dx = N iF nij ∫
0 EA
δ jF =
EI ∫M
0
iF mij dx (3.37a)
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Si la rigidité extentionnelle (EA) est constante, on aura :


l dx N iF nij l
N iF nij ∫0 EA
=
EA
Exemple d'application
On cherche la flèche en C de la structure représentée à la figure (3.18). On
Pour une structure comportant a barres, la formule de Mohr s'écrit : suppose que EA est identique pour toutes les barres.
k =a
N kF n kj l k Pour l'application numérique on prendra : EA = 315105 kg, l = 3 m et P = 30 t.
δ jF = ∑
k =1
E k Ak
(3.38)

où : Barre k E kA k lk NkF nkj NkFnkjlk

a- δjF = déplacement du nœud j dans la direction j sous la sollicitation glo- 1 3 2 −P 2 / 3 −2 2 / 3 4P 2 / 3


bale F,
2 3 P/3 2/3 2P/3
b- NkF = effort normal dans la barre k sous l'action de F,
c- nkj = effort normal dans la barre k sous l'action d'une sollicitation unitaire 3 3 P/3 2/3 2P/3
d- appliquée en j suivant j,
e- Ek = module d'élasticité de la barre k, 4 3 2P/3 1/3 2P/3
f- Ωk = aire de la section de la barre k, 5 3 2 −P 2 / 3 2 /3 −2 P 2 / 3
lk = longueur de la barre k.
6 3 -P/3 -2/3 2P/3
P
6 7 3 0 0 0
8 3 2 −2 P 2 / 3 − 2 /3 4P 2 / 3
l 1 5 7 8
3
9 3 2P/3 1/3 2P/3
A 2 4 9 B
C
Les résultats des calculs sont regroupés dans le tableau ci-dessus. Le dépla-
l l = 3m l
cement demandé s'obtient en divisant la somme de la dernière colonne par la
valeur de EA.
Figure 3.18
k =9 k =9
N kF nkj lk P( 6 2 + 10 )
∑ ∑N
1
g- δ CF = = kF nkj lk = ≈ 6 mm
k =1
E k Ak EA k =1
3 EA

3.13 DEPLACEMENT PRODUIT PAR UNE SOLLICITATION


UNITAIRE

Désignons par δ ujk le déplacement de la section j dans la direction j produit


par une sollicitation unité agissant en k suivant la direction k.
h- Par particularisation de l'expression générale (3.35) nous obtenons :
t t
l mik mij l nik nij l t ik t ij l mik mij
i- δ ujk = ∫
0 EI
dx +
0 EA ∫ dx + κ
0 GA ∫ dx + q
0 GI P ∫
dx

(3.39)
3.14 THEOREME DE BETTI-MAXWELL
Le théorème de Betti-Maxwell se déduit de l'expression (3.39). On remarque
en effet que l'expression n'est pas modifiée si on permutait les indices j et k, c'est-
à-dire :
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 63 6 4 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

δ ujk = δ ukj (3.40) k- • ( mij , nij , t ij , mijt ) les efforts dans la section i du système hyperstati-
que
Théorème : Le déplacement en j produit par une sollicitation unitaire agis-
l- sous l'action d'une sollicitation unitaire appliquée
sant en k est égal au déplacement en k produit par la même sollicitation unitaire
en j.
agissant en j. t
m- • ( M iF , N iF ,T iF , M iF ) les efforts dans la section i du système rendu
Illustration du théorème P F isostatique sous l'action de la sollicitation globale F.
Le sens physique de cet important théo- t
rème, appelé parfois théorème sur la réci- δPP n- • ( m ij , n ij , t ij , m ij ) les efforts dans la section i du système rendu
procité des déplacements, apparaît claire- δPF o- isostatique sous l'action d'une sollicitation uni-
δFF taire
ment sur l'exemple simple suivant.
appliquée en j.
Soit donc le système élastique ci-contre. P
F
Appliquons d'abord une force P puis une Avec les notations ci-dessus, le théorème de Pasternak s'exprime sous l'une
force F. Le travail total est donné par : δFF des deux formes suivantes [obtenues à partir de (3.35)] :
δFP t
1 1 l MiF mij l NiF nij l T t ij l MiFt mij
W1 = Pδ PP + Fδ FF + Pδ PF
2 2
δPP δ jF = ∫
0 EI
dx + ∫
0 EA 0 GA ∫
dx + κ iF dx + ∫0
q
GI P
dx (3.41)

Appliquons maintenant F ensuite la Figure 3.19


ou
force P.
t
1 1 l M iF mij l N iF nij l T iF t ij l M iF mijt
W2 =
2
Fδ FF + Pδ PP + Fδ FP
2
δ jF = ∫ 0 EI
dx + ∫ 0 EA
dx + ∫
0
κ
GA
dx + ∫
0
q
GI P
dx (3.42)

Comme la valeur finale du travail effectué ne dépend pas de l'ordre dans le-
quel les sollicitations ont été appliquées, on a : Démonstration
W1 = W2 ⇔ Pδ PF = Fδ FP (i) Nous raisonnerons sur une poutre continue reposant sur trois appuis et sou-
mise à une force P concentrée en k (Figure 3.20). Nous considérons par ailleurs
De manière générale P et F sont des "efforts généralisés" et δPF et δFP des que le moment fléchissant est prépondérant. Il s'agit de calculer la flèche δjF de la
"déplacements généralisés". Par exemple, P une force et F un couple et par section j.
conséquent δPF le déplacement vertical du point d'application de P provoqué par
le couple F et δFP la rotation de la section d'application du couple F sous l'effet δjK P P 1
A B C
de la force P.
j k RB j
Le théorème de Betti-Maxwell se retrouve en faisant dans l'expression (i) ci-
a) Système hyperstatique c) Système rendu isostatique e) Sollicitation unitaire
dessus P = F = 1.

3.15 CALCUL DES DEPLACEMENTS DES SYSTEMES


HYPERSTATIQUES - THEOREME DE PASTERNAK
Dans le cas des systèmes hyperstatiques, les déplacements peuvent être obte- b) Diagramme MiF d) Diagramme M iF + M iR B f) Diagramme m ij
nus en considérant dans chaque intégrale de la formule de Mohr [(3.35) et
(3.39)], pour l'un des deux éléments de réduction, les efforts correspondant au Figure 3.20
système rendu isostatique.
Désignons par : Le système (a) est équivalent au système (c) donc : MiF = M iF + M iRB

t Pour le système (c), qui est isostatique, on applique la formule de Mohr pour
j- • ( M iF , N iF , TiF , M iF ) les efforts dans la section courante i du système
le calcul de δjF :
hyperstatique sous l'action de la sollicitation globale F.
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 65 6 6 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

l ( M iF + M iRB )m ij l M iF m ij En effet, le déplacement relatif ne dépend que des éléments de réduction


δ jF = ∫ 0 EI
dx = ∫ 0 EI
dx agissant entre les points A et B, de sorte que les liaisons existant en dehors de ce
tronçon ne jouent aucun rôle. Il est donc logique de considérer les liaisons les
On retrouve ainsi l'une des formes du théorème de Pasternak. Le théorème est plus simples, c'est-à-dire l'encastrement en A et une coupure complète en B (ex-
particulièrement indiqué quand il y a plusieurs déplacements à calculer ; on cal- trémité libre). C'est une application particulière du théorème précédent puisque le
cule une seule fois MiF et pour chaque déplacement on calcule mij en considérant tronçon AB (Figure 3.22) dont il est question ici peut être assimilé à une poutre
le système rendu isostatique, c’est-à-dire m ij . bi-encastrée.

Exemple d'application 3.17 FORMULES DE BRESSE


Soit à calculer la flèche à mi-portée du Considérons deux sections quelconques A et B d'une poutre à plan moyen
A q
système représenté ci-contre (EI constante). chargée dans son plan. Connaissant les composantes du déplacement de A [UA
(translation selon x), VA (translation selon y), γA (rotation dans le plan xy)], ainsi
Appliquons une première fois le théorème
que les éléments de réduction courants, on se propose de calculer les composan-
de Castigliano pour calculer la réaction R de
tes du déplacement de B (Figure 3.23).
l'appui A (Figure 3.21). l

δ A = ∂W / ∂R = 0 q
y(v)
1
l( MiF ∂MiF l l ∂MiF
∫ ∫M
B(xB,yB)
δA = dx = iF dx x B Fx=1
0 EI ∂R EI 0 ∂R ds
R
Figure 3.21 γA i(x,y) Fy=1
l qx 2
∂M iF l ϕ
EIδ A =
0 ∫ M iF
0 2∂R
dx =
)xdx ∫ ( Rx − A(xA,yA)
UA
Rl 3 ql 4 3ql
EIδ A =( − )=0⇒ R= γ>0 x(u)
VA
3 8 8
(a) (b)
Appliquons mintenant le théorème de Pasternak pour calculer la flèche δM en Figure 3.23
x = l/2.
l En vertu du théorème complémentaire, le problème revient à calculer les
l
δM =
EI ∫M 0
iF m iM dx composantes du déplacement de l'extrémité libre B du tronçon AB dont l'extrémi-
té A subit les déplacements UA, VA et γA.
avec : Dans le calcul des composantes du déplacement de B, on peut distinguer l'in-
3ql q l l l fluence des composantes UA, VA et γA et l'influence des charges.
M iF = x − x 2 et miM = 0 pour 0 ≤ x ≤ , miM = − x pour ≤ x ≤ l
8 2 2 2 2 a) Contribution des composantes UA, VA et γA
l 4 • La translation de composantes UA et VA est reproduite intégralement en tout
1 3ql q l ql
il vient : δ M =
EI ∫
l/2
(
8
x − x 2 )( − x )dx =
2 2 192 EI point de AB donc :

Le résultat peut être retrouvé en utilisant une des méthodes du chapitre 2, la U A → U' B = U A
méthode d'intégration directe par exemple en prenant pour la réaction de l'appui V A → V' B = V A
simple la valeur trouvée ci-dessus.
• La rotation γA est également reproduite sur toute la longueur AB, donc :
3.16 THEOREME COMPLEMENTAIRE B γA → γ'B = γA
Théorème : Dans un système quelconque, le De plus, la rotation d'ensemble γA est accompagnée d'une translation dont les
déplacement "relatif" d'un point B par rapport →

à un point A peut s'obtenir en appliquant la composantes sont les composantes d'un vecteur L défini par :
sollicitation unitaire à l'extrémité B du tronçon A → → → → →
isolé AB supposé encastré en A et libre en B. B L=γ A z Λ AB avec : z ( 0 ,0 ,1 ) et AB ( x B − x A , y B − y A , 0 )

Figure 3.22
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 67 6 8 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

D'où : BM − x) B NiF sinϕ B TiF cosϕ


iF ( xB
→ → →
VB = VA + γ A( xB − xA ) +

A EI
ds +
∫A EA
ds −
∫κ
A GA
ds
L = γ A( yB − y A ) x + γ A( xB − x A ) y
B M iF
Donc la rotation γA produit aussi : γ B =γ A + ∫
A EI
ds

U" B = −γ A ( yB − y A ) ou encore :
V" B = γ A ( x B − x A ) B M iF ( y B − y ) B N iF B TiF
En résumé on a :
U B = U A −γ A( yB − y A )− ∫ A EI
ds + ∫ A EA
dx + ∫ κ GA dy
A

U A U A − γ A ( y B − y A ) suivant x B M iF ( x B − x ) B N iF B TiF
 
V A ⇒ V A + γ A ( x B − x A ) suivant y
VB = V A + γ A ( x B − x A ) + ∫ A EI
ds + ∫ A EA
dy − ∫ κ GA dx
A
γ γ
 A  A B M iF
b) Contribution des charges
γ B =γ A + ∫
A EI
ds

Si l'influence de N et de T est négligeable, les expressions ci-dessus se simpli-


Appliquons successivement les sollicitations unitaires C = 1, Fx = 1 et Fy = 1
fient :
(Figure 3.23b).
B M iF ( y B − y )
• Les éléments de réduction dans la section courante i, sous l'action de C = 1,
sont :
U B = U A −γ A( yB − y A )− ∫ A EI
ds

m = 1, n = 0 et t = 0 ; d'où : B M iF ( x B − x )
B M iF
VB = V A + γ A ( x B − x A ) + ∫ A EI
ds
γ B = ∫ EI
ds
B M iF

A
γ B =γ A + ds
• Action de Fx = 1 : m = - (yB - y), n = cosϕ et t = sinϕ ; d'où : A EI

B M iF ( y B − y ) B N iF cos ϕ B TiF sin ϕ Exemple d'application


UB =− ∫ A EI
ds + ∫ A EA
ds + ∫κ
A GA
ds
Déterminer les moments aux appuis de la poutre continue représentée à la fi-
Remarquons que : ds.cosϕ = dx et ds.sinϕ = dy ; alors : gure 3.24 sachant que l'appui (1) subit un affaissement de 5 mm.
B M iF ( y B − y ) B N iF T B A.N. : I = 3 000 cm4, E = 2 106 kg/cm2.
UB =− ∫ A EI
ds + ∫ A EA
dx + ∫κ iF dy
A GA Afin d'obtenir des résultats applicables dans le cas général, nous supposons
que la poutre considérée est chargée. Nous admettrons par ailleurs que l'in-
• Action de Fy = 1 : m = (xB - x), n = cos(π/2 - ϕ) = sinϕ fluence de T peut être négligée.
et t = -sin(π/2 -ϕ) = - cosϕ ; d'où :
B M iF ( x B − x ) B N iF sin ϕ B TiF cos ϕ (0) (1) (2) (3) (4)
VB = ∫ A EI
ds + ∫A EA
ds − ∫κ A GA
ds
l1=5m l2=4m l3=4m l4=5m
ou encore :
B M iF ( x B − x ) B N iF B TiF (i-1) (i) (i+1) Figure 3.24
VB = ∫ A EI
ds + ∫A EA
dy − ∫ κ GA dx
A
li li+1
Les expressions finales de U B, VB et γB s'obtiennent par superposition des
deux contributions examinées. Particularisons l'expression de VB ci-dessus à deux travées successives d'une
poutre continue droite. On obtient :
BM (y − y) BN cosϕ B TiF sinϕ
U B = U A − γ A ( yB − y A ) − ∫A
iF B
EI
ds + ∫
A
iF
EA
ds + ∫κ
A GA
ds
L e p o t e n ti e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a ti o n s 69 7 0 C A LCU L D ES STRU C TU R ES H Y PER S TATIQU ES

li M iF ( li − x ) où :
Vi − Vi −1 = γ i −1 li + ∫ 0 ( EI )i
dx
- Si représente l'aire du diagramme du moment des charges extérieures agis-
sant sur la travée li supposée isostatique,
li + 1 M iF ( li +1 − x )
Vi +1 − Vi = γ i li +1 + ∫ 0 ( EI )i +1
dx - Zi est la distance de l'appui (i-1) au centre de gravité de l'aire Si,
Z i +1 représente la distance de l'appui (i+1) au centre de gravité de l'aire Si+1.
d'où : Avec les égalités ci-dessus l'équation (c) donne :

Vi − Vi −1 M iF ( li − x ) Mi −1li Mi li Mi li +1 M l
li
+ + + i +1 i +1 =
li
= γ i −1 + ∫
0 li ( EI )i
dx (a) 6 ( EI )i 3( EI )i 3( EI )i +1 6( EI )i +1
  1 1   Vi −1 Vi +1    Si Zi S Z i +1 
Vi +1 − Vi li + 1 M iF ( li +1 − x ) = − Vi  +  − +  −  + i +1 
li +1
=γ i + ∫ 0 li +1 ( EI )i +1
dx (b)   li li +1   li li +1    li ( EI )i li +1( EI )i +1 

C'est l'équation générale, dite des trois moments, qui permet de calculer les
Puis, en faisant (a) - (b) et en remarquant que : moments aux appuis des poutres continues ; elle s'applique pour chaque appui
li M iF intermédiaire. On verra dans le chapitre consacré aux poutres continues comment
γ i −1 − γ i = − ∫0 ( EI )i
dx établir cette formule d'une autre manière.
Si EI est constante sur toute la longueur de la poutre, l'expression précédente
on obtient : devient :
 1 1  V V  1 li MiF x li +1 MiF 1 li +1 MiF x Mi −1li + 2 Mi ( li + li +1 ) + Mi +1li +1 =
Vi  +  −  i −1 + i +1  = −
 li li +1   li li +1  li ∫0 ( EI )i
dx − ∫ 0 ( EI )i +1
dx +
li +1 ∫
0 ( EI )i +1
dx (c)

Décomposons le moment final en la somme du moment des charges agissant   1 1   Vi −1 Vi +1    Si Zi Si +l Z i +1 


= -6 EI Vi  +  − +  − 6 + 
sur les travées supposées isostatiques (MF) et des moments aux appuis (Mi) (Fi-   li li +1   li li +1    li li +1 
gure 3.25).
En particularisant l'équation trouvée au cas qui nous intéresse, pas de charges
Si Si+1
extérieures et un seul déplacement d'appui, on trouve le système ci-après :
i-1 i i+1
i-1 i i+1
+
18 M 1 + 4 M 2 = 8 .1 tm 2
G1 G2  2
Mi+1 MF 4 M 1 + 16 M 2 + 4 M 3 = −4.5 tm
Mi-1
Mi
Zi Zi+1 4 M + 18 M = 0
 2 3

Figure 3.25 On tire :

Supposons que EI est constante sur chaque travée. M 1 = 0 .55 tm, M 2 = −0 .44 tm, M 3 = 0 .10 tm ( M 0 = M 4 = 0 ) .

1 li MiF x 1 li 1  Mi − 1 + 2 M i 2 

li ∫ 0 ( EI )i
dx = −
li ( EI )i ∫ 0
MiF xdx = −
li ( EI )i  Si Zi +
 6
li 

li + 1 MiF 1 li + 1 1  M + Mi + 1 
− ∫0 ( EI )i +1
dx = −
( EI )i + 1 ∫ 0
MiF dx = −
( EI )i +1 
Si + 1 + i
2
li +1 

1 li +1 MiF x 1 li +1

li +1 ∫0 ( EI )i +1
dx =
li +1( EI )i +1 ∫ 0
MiF xdx =

1  M + 2 Mi +1 2 
=−
li +1( EI )i +1 
(
Si +1 li +1 − Zi +1 + i
6
li +1

)
L e p o te n t i e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a t i o n s 71 72 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exercice 3.6
3.18 EXERCICES q
Déterminer les expressions de la flèche et
Signes : Dans les réponses données, un déplacement vertical est positif vers le
de la rotation de l'extrémité libre.
bas, un déplacement horizontal est positif vers la droite et une rotation est posi- l/2 l/2
tive si la section tourne dans le sens horlogique. Une réaction verticale est posi- Rép. : f = (41/384).(ql4/EI) ; θ = (7/48)ql3
tive si elle est dirigée vers le haut alors qu'une réaction horizontale est positive si
elle agit vers la droite. Un moment fléchissant positif agit dans le sens horlogi-
que. Exercice 3.7
Exercice 3.1 Calculer la flèche de l'extrémité C de
la poutre ci-contre, compte tenu de M et P=100Kg
Calculer la flèche à mi-portée, compte A B
tenu de M (fM) et de T (fT). Comparer l'in- P=1t de T. Comparer les flèches provoquées C
A B par les deux efforts.
fluence des deux efforts. l a
A. N. : Section rectangulaire (S=bh), h = 2m 2m A. N. : Section rectangulaire (S=bh),
30 cm, b = 20 cm, ν = 0.15, E = 105 Kg/cm2 l = 4 m, a = 1 m, h = l/12, b = 20 cm, ν = 0.2, E = 3 105 Kg/cm2 et κ = 1.2.
et κ = 1.2. Rép. : fM = 9 mm ; fT = 0.18 mm
3 -3
Rép. : fM = Pl /48EI = 0.29 cm ; fT = κPl/4GS = 4.6 10 cm
Exercice 3.8 P=30t
4
Exercice 3.2 Calculer le déplacement ver-
P=200Kg tical du nœud C. Les barres du a 1 5 8
Calculer la flèche de l'extrémité libre. 3 7
système ont toutes la même
Comparer les contributions de M et de T. A B
rigidité extensionnelle ES. 2 6 9
2m
A. N. : Utiliser les données de l'exercice C
A. N: a = 3 m, ES = 315 105 Kg.
précédent. a a a
Rép. : fC = 6 mm
Rép. : fM = Pl3/3EI = 0.118 cm ; fT = kPl/GS = 1.1 10-3 cm

Calculer les grandeurs indiquées des systèmes ci-après. Quand elle n'est pas
Exercice 3.3
précisée, la rigidité flexionnelle est supposée constante.
C
Déterminer l'expression de la rotation A B Exercice 3.9
de l'appui B, compte tenu de M et de T.
l
Rép. : θB = Cl/3EI + κC/GSl q=4t/m
C=4tm
A C fD? θB?
B
D Rép. : fD = 16/EI tm3 ;
Exercice 3.4 a a a=2m
θB = 8/3EI tm2
Déterminer la rotation de la section A de la poutre de l'exercice 1 en considé-
rant uniquement l'effort dominant.
Rép. : θA = Pl2/16EI = 2.25 10-3 Exercice 3.10

Exercice 3.5 P P fA?


Calculer la flèche à mi-portée de la poutre de l'exercice 2 en considérant uni- A Rép. : fA =31Pl3/81EI
2l/3 l/3
quement l'effort prépondérant.
Rép. : f = 5Pl3/48EI = 7.4 10-3 cm
L e p o te n t i e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a t i o n s 73 74 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exercice 3.11 Exercice 3.12 Exercice 3.15

2a
Le système ci-contre, constitué de
a
2a a P deux câbles (AB et AC), est soumis à
A B C
P P
une force verticale P (les câbles sont de
30° même nature et de même section).
45°
a
A h=3m Déterminer les composantes hori-
zontale et verticale du déplacement du
2P
point A (ES = 8 106 kg).
4a A Rép. : δVA = 0.0374 cm ;
4a P=1t
δHA =-1.4 10-3 cm

Exercice 3.16
Calculer le déplacement du point A dans la di-
V H V H rection de la force P, du système ci-contre (les
δ A? δ A? θA? δ A? δ A? θA?
barres b et c sont dans un même plan horizontal).
3 3
32 Pa 8 Pa 10 Pa 3 On négligera les effets directs de l'effort tran-
c
Rép. : δ VA = ; δ HA = − Rép.: δ VA = − ;
3 EI EI EI chant. La section est circulaire de diamètre 2R, le
module d'élasticité est E et le coefficient de Poisson P
6 Pa 2 59 Pa 3 13 Pa 2 ν.
θA =− δ HA = ;θ A = a A
EI 3 EI 2 EI b
Rép. :

P a 3 b 3 a 2b cR 2
Exercice 3.13 Exercice 3.14 δ HA = ( + + + ( a 2 + b 2 )c +
EI 3 3 1+ν 4)
2a
P D
2I
Exercice 3.17
a La poutre courbe ci-contre
a un rayon de courbure R, un
A P module d'élasticité E et un
moment d'inertie I (par rap- R
I I h
port à un axe perpendiculaire
4a à la fibre moyenne) constants. θ
P
Elle est soumise à une force
δHD? δVA? δHA? θA? horizontale P appliquée à son A
extrémité libre A.
A B
Calculer les composantes horizontale et verticale du déplacement du point A,
l compte tenu de M uniquement.

Ph 2 6 EIa 3 35 Pa 3 πPR 3 2 PR 3
Rép. : δ H Rép. : δ VA = ; δ HA = − Rép. : δ HA = − ; δ VA = −
D = ( 2h + l ) 2 EI EI
6 EI EI 3 EI
3 Pa 2
θA =−
2 EI
L e p o te n t i e l i n t e r n e e t s e s a p p l i c a t i o n s 75 76 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exercice 3.18 Exercice 3.21


Une poutre console, de lon- R B?
gueur l et de section S=bh cons- C=Pl A B
tante, est chargée comme indiqué à 3 Pa
P Rép. : R B =
la figure ci-contre. l a
2l
1) déterminer les expressions de
la rotation et de la flèche de la P
l
poutre en utilisant la méthode d'in-
tégration directe, Exercice 3.22
2) calculer la rotation et la flèche de l'extrémité libre et préciser le sens de P
chacun des 2 déplacements,
3) calculer la flèche de l'extrémité libre provoquée par l'effort tranchant seul, RHA ?
1.25m
4) calculer la rotation et la flèche de l'extrémité libre en utilisant le théorème Rép. : RHA = 0.94P
de Castigliano, 1.25m
Autres données : κ = 1.2, = 0.2 et l = 10h.
A B
Rép. :
3.75m 3.75m
P P Pl 3 Pl 2
y' = ( l − x )2 ; y = ( x − l )3 ; f M = − ; θM = ;
2 EI 6 EI 6 EI 2 EI
κPl f Exercice 3.23 Exercice 3.24
fT = ; M = 69 .4
GS fT
q=2t/m P=2t P=10t
A q=1t/m

Exercice 3.19 2I I

Soit la poutre représentée à la figure P1 P2 P1


5m
ci-contre. I I
Déterminer le rapport entre P1 et P2 h=5m
pour que la flèche à mi-travée soit égale A F=5t
l l=2m l=2m l
à celle de chaque extrémité. 2I
2m
Rép. : 22P1 = 5P2
B
B

Déterminer les réactions demandées des systèmes ci-après. 4m 2m l=4m

Exercice 3.20
RB? RVA? RHA?
q
R A? M B? l ∂M iF l qx 2
A
Rép. : R B = 3.08 t Rép. : EIδ A = ∫M
0
iF
∂R
dx = ∫ ( Rx −
0 2
) xdx
B
3ql ql 2
l
Rép. : R A = ; MB = −
8 8
78 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

Considérons une structure isostatique (Figure 4.2a). Supprimons la liaison


simple en B et remplaçons-la par une réaction verticale ( R Bv ). La structure de-
vient un système libre (mécanisme) pouvant tourner autour de A. Le système de
forces constitué des charges appliquées et de la réaction R Bv doit empêcher la
rotation autour de A. Cette condition - équilibre de rotation autour de A - permet
Chapitre 4 de calculer R Bv , qui a une valeur particulière. On peut procéder de la même ma-
nière avec l’appui A et déterminer les composantes horizontale et verticale de la
réaction en A en exprimant l’équilibre de translation horizontale et l’équilibre de
CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES rotation autour de B. Cet exemple montre que, s’agissant d’une structure isostati-
RELATIVES AUX SYSTÈMES que, les conditions d’équilibre rendent les réactions déterminées et que ces der-
nières ont des valeurs particulières.
HYPERSTATIQUES
A B B B
A A

(a) (b) (c)

Figure 4.2

4.1 INTRODUCTION Considérons maintenant le système de la figure 4.2b qui a été obtenu en ajou-
tant une liaison de moment à l’appui double afin d’empêcher toute rotation de la
On a vu que dans le cas des systèmes isostatiques, les composantes de réac- section extrême A. La nouvelle structure a donc une liaison surabondante par
tion et les éléments de réduction dans n'importe quelle section se calculent au rapport à une structure isostatique. On dit qu’elle est une fois hyperstatique.
moyen des équations d'équilibre de la statique seules. Il importe de bien noter
qu’un système dont les réactions peuvent être connues à partir des équations de Etant donnée une structure hyperstatique, si on supprime toutes les liaisons
la statique mais que ces dernières ne permettent pas de déterminer les efforts M, surabondantes et qu’on les remplace par les réactions correspondantes, on obtient
N, T dans toutes les sections, n’est pas un système isostatique (voir § 4.2). Ce cas un système isostatique qui reste en équilibre même si on donne des valeurs arbi-
est illustré par les exemples de la figure 4.1. traires aux réactions introduites. Dans ce cas, les équations d’équilibre de la
statique ne permettent pas de déterminer les réactions. On doit d’abord calculer
les réactions des liaisons surabondantes à l’aide de conditions autres que celles
régissant l’équilibre du système. Ensuite, on détermine les réactions dans les
liaisons restantes du système rendu isostatique à l’aide des conditions
d’équilibre.
a) Arc bi-articulé
avec tirant Dans le cas de la figure 4.2b par exemple, le système peut être rendu isostati-
que en supprimant la liaison simple en B. La réaction R Bv sera calculée à partir
b) Cadre fermé
simplement appuyé de la condition de déplacement exprimant que la flèche au point B du système
Figure 4.1 rendu isostatique, où R Bv est considérée comme une force extérieure (Figure
4.2c), doit être nulle : δ vB = 0.
Dans une structure isostatique, les liaisons sont strictement suffisantes (en
nombre et en nature) pour assurer son équilibre et empêcher tout déplacement On voit donc que pour un système hyperstatique la détermination des réac-
rigide de la structure (c’est-à-dire un mouvement comme corps rigide). Les con- tions et des éléments de réduction n'est plus possible au moyen des équations
ditions d’équilibre - entre les réactions et les charges appliquées - suffisent par d'équilibre seules. Le nombre d’inconnues - composantes de réaction et/ou ef-
ailleurs à déterminer les réactions apparaissant dans les appuis. On dit dans ce forts internes - est dans ce cas supérieur au nombre d’équations (linéairement
cas que la structure (isostatique) est statiquement déterminée. Et il n’y a qu’un indépendantes) fournies par les conditions d’équilibre de la statique.
seul et unique groupe de réactions capable d’équilibrer les charges appliquées (la
solution est unique). Le nombre supérieur des inconnues provient comme on l’a vu du fait qu’un
système hyperstatique possède des liaisons surabondantes, c’est-à-dire qui sont
en plus par rapport à un système isostatique. Il est donc nécessaire, pour résoudre
C o n s i d é r a ti o n s g é n é r a l e s r e l a t i v e s a u x s y s t è m e s h y p e r s t a t i q u e s 79 80 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

le système, de faire intervenir d'autres conditions afin d’obtenir le nombre


d'équations qui sont nécessaires à sa détermination complète.
Ces conditions complémentaires peuvent être obtenues en exprimant la
continuité de la déformée du système (on tient compte des déformations du sys-
tème).

4.2 LIAISONS SURABONDANTES


(a) (b) (c)
On appelle liaisons surabondantes, les liaisons qu'il faudrait supprimer à un
système hyperstatique pour obtenir une structure isostatique (géométriquement
stable, qui ne soit pas libre). Leur nombre représente le degré d'hyperstaticité du
système.
On peut classer les liaisons surabondantes en deux groupes : les liaisons su-
rabondantes extérieures et les liaisons surabondantes intérieures. Les liaisons
surabondantes extérieures sont celles qui se trouvent dans les appuis (Figure
4.3a).
(d) (e) (f)

(a) (b) (c)

Figure 4.3

Les liaisons surabondantes intérieures sont celles qui proviennent de la con- (g) (h)
ception intérieure du système (Figure 4.3b). Généralement, les structures hypers-
tatiques ont des liaisons surabondantes tant à l'extérieur qu'à l'intérieur (Figure
4.3c).
Figure 4.4
4.3 CALCUL DU DEGRE D'HYPERSTATICITE
Comme il a été mentionné, le nombre de liaisons surabondantes constitue le
degré d'hyperstaticité de la structure. Il existe plusieurs méthodes pour détermi- 4.3.2 Méthode des contours fermés
ner le degré d'hyperstaticité (noté H) ; nous en examinerons deux. Appelons :

4.3.1 Méthode de la suppression des liaisons - "c" le nombre de contours de la structure


- "a" le nombre d'articulations (y compris les appuis doubles)
La méthode consiste à supprimer des liaisons jusqu'à ce que la structure de- - "s" le nombre d'appuis simples
vienne isostatique indéformable (s'assurer qu'aucune barre ou partie du système
ne constitue un mécanisme). Le nombre de liaisons supprimées représente le Le degré d'hyperstaticité est donné par :
degré d'hyperstaticité (voir exemples figure 4.4).
H = 3c - a - 2s
C o n s i d é r a ti o n s g é n é r a l e s r e l a t i v e s a u x s y s t è m e s h y p e r s t a t i q u e s 81 82 C ALC UL D ES S TR UCTU R E S H YPE R STATIQU E S

Cas des poutres en treillis chargées indirectement Cette méthode est essentiellement caractérisée par la création de coupures qui
libèrent chacune une liaison surabondante. Chaque liaison supprimée est ensuite
H = b + l - 2n
remplacée par une force qui joue le même rôle qu'elle.
• b + l - 2n < 0 ⇒ système déformable
• b + l - 2n = 0 ⇒ système isostatique 4.4.2 Méthode des déplacements (ou des déformations)
• b + l - 2n > 0 ⇒ système hyperstatique Avec cette méthode, on prend comme inconnues les déplacements générali-
avec : sés (rotations et translations) subis par les nœuds de la structure. Le nombre
- "b" nombre de barres d'inconnues de cette méthode est égal au nombre de déplacements généralisés
- "l" nombre de liaisons dans les appuis (encastrement = 3 ; appui double = 2; possibles des nœuds (les degrés de liberté de la structure), qui est généralement
appui simple = 1) différent du degré d'hyperstaticité.
- "n" nombre de nœuds Les équations supplémentaires sont obtenues en exprimant les conditions
d'équilibre statique de la structure déformée.
4.4 METHODES FONDAMENTALES DE CALCUL DES STRUCTURES
HYPERSTATIQUES On verra plus loin que cette méthode est caractérisée par le blocage des
nœuds de la structure.
Nous avons vu précédemment que pour déterminer les réactions et les élé-
ments de réduction des systèmes hyperstatiques, il fallait des équations supplé- Conclusion :
mentaires, qui sont obtenues à partir des conditions de continuité de la déformée
de la structure ou à partir des conditions d'équilibre statique de la structure dé- La méthode des déplacements est généralement plus intéressante quand le
formée. degré d'hyperstaticité devient important. La méthode des forces est efficace
quand le nombre de liaisons surabondantes (degré d’hyperstaticité) n'est pas très
Dans le cadre de l'hypothèse des petites déformations, les efforts sont indé- élevé. Mais en définitive le choix d'une méthode dépend plus des affinités et des
pendants des déformations dans les structures isostatiques, alors que pour les aptitudes de chacun.
systèmes hyperstatiques les efforts sont fonctions aussi bien des charges que des
déformations de la structure (voir § 3.17, exemple de la poutre continue soumise
au seul déplacement de l’un de ses appuis).
En raison de l'interdépendance entre les efforts et les déformations (donc les
déplacements), il en résulte deux possibilités générales d'aborder le calcul des
structures hyperstatiques, c'est-à-dire soit en s'intéressant aux efforts (dans les
liaisons surabondantes) (méthode des forces), soit en s'intéressant aux déplace-
ments (méthode des déplacements).

4.4.1 Méthode des forces


Elle est parfois appelée méthode des efforts ou méthode des sollicitations.
Avec cette méthode, on prend comme inconnues les forces dans les liaisons
surabondantes. Les liaisons surabondantes sont supprimées et remplacées par des
forces inconnues qu'il faut chercher en premier lieu. La structure initiale (hypers-
tatique) est transformée en une structure isostatique soumise aux charges exté-
rieures de départ et aux forces introduites (les inconnues hyperstatiques).
Les équations supplémentaires qui permettent de déterminer les forces incon-
nues sont obtenues en exprimant la "continuité" de la structure déformée dans les
liaisons supprimées (surabondantes).
Comme il y a plusieurs possibilités de rendre isostatique un système hypers-
tatique, il en résulte plusieurs façons de mettre le problème en équations. Pour la
simplification des calculs, il y a intérêt à considérer les liaisons surabondantes
qui rendent les équations générales de continuité aussi simples que possible.
84 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H YP E R S T A T IQ U E S

∂W
=0 (5.1)'
∂X i
Le théorème découle de celui de Castigliano (1ère forme). Ce résultat est évi-
dent dans le cas d'une inconnue hyperstatique externe (c'est-à-dire une réaction),
puisque le déplacement est nul dans la direction de la réaction. Nous reviendrons
plus loin sur la signification de ce résultat [(5.1)'] dans le cas d'une inconnue
Chapitre 5 hyperstatique interne.
Le théorème de Menabrea signifie que les forces hyperstatiques prennent des
CALCUL DES SYSTÈMES PLANS PAR LA valeurs qui rendent minimale l'énergie potentielle interne exprimée en fonction
MÉTHODE DES FORCES des sollicitations, dont les forces hyperstatiques, appliquées au système considé-
ré.
Ainsi, pour chaque inconnue hyperstatique Xi le théorème de Menabrea four-
nit une équation (de continuité). La résolution du système d’équations ainsi ob-
tenu permet de trouver les inconnues hyperstatiques et de résoudre le problème
qui devient isostatique.
Dans le cas d’un système linéaire L plan dont les éléments de réduction sont
5.1 SYSTEME CONCORDANT - MANQUE DE CONCORDANCE désignés par M, N et T (Mt=0), l’expression générale de W (voir chapitre 3) est
de la forme :
DÉFINITION : On dit qu’un système hyperstatique est concordant quant à
ses appuis, ou encore que les appuis d’un système hyperstatique sont concor-
1 M2 1 N2 1 T2
dants, lorsque les composantes de réaction sont toutes nulles en l’absence de
sollicitations extérieures (Figure 5.1a).
W=
2 ∫
L
EI
ds +
2 ∫ EA ds
L
+
2∫
L
κ
GA
ds

Si le système est constitué de plusieurs barres (poutres) Li l’intégrale est


étendue à chacune d’elles :
Manque de concordance 1 M2 N2 T2
∑∫
1
∑ ∫ EA ds + 2 ∑ ∫ κ GA ds
1
W= ds +
a) Système concordant 2 i
EI 2 i i
b) Système non concordant Li Li Li
Figure 5.1
Si la flexion est prépondérante par rapport aux autres sollicitations,
Dans le cas contraire - Figure 5.1b - les appuis sont dits non concordants (les l’expression de l’énergie se réduit au premier terme :
composantes de réaction ne sont pas toutes nulles).
1 M2
Le manque de concordance d’un appui est représenté par le déplacement li-
W=
2 ∑∫ i
EI
ds
Li
néaire ou angulaire qu’il subit depuis sa position concordante jusqu’à sa position
réelle. Même lorsque le symbole de la sommation n’est pas porté, pour simplifier
l'écriture des expressions, on sait que l’intégration est étendue à la totalité du
5.2 THEOREME DE MENABREA système, donc à toutes ses parties.
THÉORÈME : La dérivée partielle de l’énergie potentielle interne (W) d’un Pour des systèmes plans constitués de barres droites articulées (treillis) avec
système par rapport à une inconnue hyperstatique externe ou par rapport à la des charges appliquées aux nœuds (treillis chargés indirectement), l’énergie est
valeur commune de deux inconnues hyperstatiques internes Xi dégagées par une donnée par :
coupure, est égale au manque de concordance correspondant ci.
1 N2
∑ ∫ EA dx = 2 ∑ N ∫ EA
∂W 1 2 dx
= ci (5.1) W= i
∂X i 2 i i
Li Li

Dans le cas d’un système concordant cette dérivée est toujours nulle, soit : Et si la rigidité extensionnelle EA est constante sur chaque barre, il vient :
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 85 86 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H YP E R S T A T IQ U E S

1 N i2 Li On peut montrer que chacune de ces équations peut se mettre sous la forme
W=
2 ∑ ( EA ) i
ci-après, connue sous le nom de formule de Müller - Breslau (ou de Bertrand De
i Fonviolant),
n
∂W
5.3 PRINCIPE DE LA METHODE DES FORCES
Pour calculer un système hyperstatique d’ordre n (H = n), on le transforme en ∂X j
= 0, ⇔ ∑X δ
i =1
i
u
ji + δ jF = 0 j = 1, 2, ...,n (5.2)

un système isostatique en supprimant les n liaisons surabondantes. Cela revient à


et le système des n équations de continuité peut se mettre sous la forme explicite
pratiquer n coupures, une par inconnue hyperstatique. Pour que le système isos-
suivante :
tatique soit équivalent au système initial, il faut remplacer chaque liaison sup-
primée par la force qui lui correspondant (Figure 5.2).  δ 11u u u
X 1 + δ 12 X 2 + ...+ δ 1n X n + δ 1F = 0
 u u u
P P X1  δ 21 X 1 + δ 22 X 2 + ...+ δ 2n X n + δ 2F = 0
 (5.3)
 .......................................................
X2  δ u X + δ u X + ...+ δ u X + δ = 0
 n1 1 n2 2 nn n nF

h ou sous la forme matricielle :

[δ ]{ X } = {−δ
u
F } (5.4)

(a) (b) Les équations du système (5.3) [ou (5.4)] sont appelées équations canoniques
de la méthode des forces.
l/2 l/2

Figure 5.2 5.4.1 Démonstration de la formule de Müller - Breslau


Considérons un système plan. Soient MiF, NiF et TiF les éléments de réduction
Les inconnues hyperstatiques X1 et X2 de l’exemple considéré sont obtenues dans la section courante i du système de base sous l’action de la sollicitation
en utilisant l’équation (5.1)’ ci-dessus. Le système d’équations s’écrit : globale F(F1, F2, ..., Fj, ...). Si on note par mij, nij, et tij les éléments de réduction
dans la même section i sous l’action d’une sollicitation unitaire appliquée dans la
 ∂W
 ∂X = 0 section j (du système de base), alors la contribution de l’inconnue hyperstatique
 1 Xj aux éléments de réduction s’écrit :
 (a)
 ∂W Xj mij pour le moment fléchissant ; Xj nij pour l’effort normal et Xj tij pour l’effort
 ∂X = 0 tranchant.
 2
Les éléments de réduction qui apparaissent en i sous l’action conjuguée de la
Le système isostatique obtenu par suppression des liaisons surabondantes sollicitation globale F et des inconnues hyperstatiques X1, X2, ..., Xn, s’obtiennent
(Figure 5.2b) est désigné par système de base, système fondamental ou encore par superposition :
système principal.
n
Une fois l’hyperstaticité levée, c’est-à-dire lorsqu’on a déterminé les incon-
nues hyperstatiques, la construction des diagrammes M, N, T revient à tracer les
M iF + ∑X j mij
j =1
diagrammes d’un système isostatique (en l’occurrence le système de base) sou- n
mis - simultanément - aux charges données (la sollicitation globale F) et aux
forces calculées (X1, X2, ... Xn). L’application du principe de superposition (voir §
N iF + ∑X
j =1
j nij

5.4.1) simplifie quelque peu ce travail. n


TiF + ∑X j t ij
5.4 EQUATIONS DE CONTINUITE j =1

Pour un système concordant d’ordre n, on aura un système de n équations : L’expression de l’énergie potentielle s’écrit alors :
∂W ∂W ∂W ∂W
= 0, = 0, ..., = 0, ..., =0
∂X 1 ∂X 2 ∂X j ∂X n
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 87 88 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H YP E R S T A T IQ U E S

n n n u u
δ 11 X 1 + δ 12 X 2 + δ 1F = 0
1
(MiF + ∑X m ) j ij
2

1
(NiF + ∑X n ) j ij
2

1
(TiF + ∑X t ) j ij
2

δ u21 X 1 + δ 22
u
X 2 + δ 2F = 0
∫ ∫ ∫
j =1 j =1 j =1
W= ds + ds + κ ds
2 EI 2 EA 2 GA u
L L L Les coefficients δ 11 et δ u21 sont obtenus en appliquant au système de base la
∂W u
sollicitation unitaire X1=1 tandis que δ 12 et δ u22 s’obtiennent sous l’effet de la
L’équation de continuité relative à la coupure k, c’est-à-dire = 0 , s’écrit:
∂X k seule sollicitation X2=1. Quant aux déplacements δ1F et δ2F, ils se calculent sous
l’effet des charges extérieures (ici la force P) appliquées au système isostatique
n n n

∑X m )m ∑X n )n ∑X t )t
de base. Les diagrammes permettant le calcul de ces coefficients (cas où l'in-
(MiF + j ij ik (NiF + j ij ik (TiF + j ij ik fluence de M est prépondérante) sont montrés à la figure 5.3.
∫ ∫ ∫
j =1 j =1 j =1
ds + ds + κ ds=0
EI EA GA Pl/2
L L L
n n l P

MiF mik NiF nik T t


∑ X j mijmik ∑ X j nijnik
X1=1
∫ ∫ ∫ ∫ ∫
j =1 j =1
ds + ds + κ iF ik ds+ ds + ds + X2=1
EI EA GA EI EA
L L L L L
n

∑X t t j ij ik mil mi2 MiF


j =1
+ κ ds = 0
GA
L
(a) (b) (c)
h l
n  mij mik nij nik t ij t ik 
δ kF + ∑ Xj
 ∫
EI
ds+
EA
ds+ κ ∫GA 
ds = 0 ∫ Figure 5.3 : Diagrammes des moments M et m
j=1 L L L 
soit : On trouve, avec h=l=a :
n
a3 a3 4a 3 Pa 3 29Pa 3
∑X
j=1
u
j δ kj + δ kF = 0 u
δ11 =
3EI
u
δ12 = δ u21 =
2EI
δ u22 =
3EI
δ1F = -
4EI
δ 2F = -
48EI
La figure 5.4 montre la signification de ces coefficients.
5.4.2 Signification et calcul des coefficients
u u
La signification et le calcul des coefficients δ iju et δ iF ont été exposés dans le
δ 11 δ 12
P δ1F
δ u21 δ u22
chapitre 3. Les coefficients δ iju sont les coefficients d’influence définis dans ce
X1=1
même chapitre 3. Leur matrice δu est appelée matrice de souplesse. X2=1 δ2F

Le coefficient général δiF représente le déplacement de la section i du sys-


tème de base (dans la direction i, qui est aussi la direction de l’inconnue hypers-
tatique Xi) sous l’effet des charges appliquées (données) (F).

5.5 EXEMPLES D’APPLICATION (a) (b) (c)


Exemple 1 : inconnues hyperstatiques externes.
Soit à résoudre le portique de la figure 5.2. Pour les calculs, on considère
Figure 5.4 : Signification des coefficients δ
h=l=a.
Les équations canoniques du système s’écrivent : Et à partir des équations du système on tire :
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 89 90 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H YP E R S T A T IQ U E S

9 22 2h3 l2(12h + l ) h2 u
X1 = P et X 2 = P u
δ11 = u
; δ12 = δu21 = 0 ; δu22 = u
; δ13 = δu31 = − ; δ23 = δu32 = 0 ;
56 56 3EI 24EI EI
Les diagrammes M, N, T peuvent être construits maintenant (Figure 5.5). (4h + l) qh4 qh3l qh3
δu33 = ; δ1F =- ; δ2F = ; δ3F =
2EI 8EI 12EI 6EI
34
1
6 l/2 X2=1
X1 X1=1 l/2

X2 X3 X3=1
9
11 22 mi1=m1 mi3=m3
mi2=m2

M(xPa/56) N(xP/56) T(xP/56)

h h
(a) (b) (c)
3 34 9
(a) (b) (c)

Figure 5.5 : Diagrammes M, N, T


MiF Figure 5.7 : Diagrammes des
moments M et m
Exemple 2 : inconnues hyperstatiques internes (Figure 5.6). (d)

X2 qh2/2
q X1 X1

2EI
X3 X2 X3 En prenant h = l, il vient :

u 2h3 u 13h3 u h2
h EI EI δ 11 = ; δ 12 = δ u21 = δ u23 = δ u32 = 0 ; δ u22 = ; δ 13 = δ u31 = − ;
3 EI 24 EI EI
5h qh4 qh4 qh3
δ u33 = ; δ 1F = − ;δ 2F = ;δ 3F =
(a) (b) 2 EI 8 EI 12 EI 6 EI

l/2 l/2 La résolution du système d’équations donne :


l
91 2 1
Figure 5.6 X1 = qh = 0.22 qh ; X 2 = qh = 0.15 qh ; X 3 = − qh 2 = −0.02 qh 2
416 13 48

Les équations canoniques du système s’écrivent : Le signe moins (–) devant X3, signifie que le sens réel de ce moment est
contraire au sens choisi arbitrairement.
u u u
δ 11 X 1 + δ 12 X 2 + δ 13 X 3 + δ 1F = 0
5.6 CONTROLE DES RESULTATS
δ u21 X 1 + δ 22
u u
X 2 + δ 23 X 3 + δ 2F = 0
δ u31 X 1 + δ 32
u u
X 2 + δ 33 X 3 + δ 3F = 0 Le contrôle des résultats peut se faire à trois niveaux : sur les coefficients δiju
et δiF ; sur les diagrammes M, N, T et sur les déplacements.
A partir des diagrammes de la figure 5.7, on calcule les coefficients du sys-
tème obtenu.
5.6.1 Vérification des coefficients
Considérons un système hyperstatique d’ordre n. Pour alléger les expres-
sions, nous supposons que l’influence des efforts normal et tranchant est négli-
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 91 92 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H YP E R S T A T IQ U E S

geable. Soit mit le moment (par unité de force) dans la section courante i du sys- sera amené à vérifier le calcul des différents coefficients ainsi que les diagram-
tème de base sous l’effet de : X1=1, X2=1, ..., Xn=1 ; c’est-à-dire : mes MiF et mik si on a utilisé la méthode de Verescheaguine.
mit = mi1 + mi2 + ... + min Exemple

en vertu du principe de superposition. Vérifions les coefficients de la matrice δu du cas traité dans l'exemple 2. Pour
les besoins de l'application numérique on prend h=3 m. Le premier membre de
a) Somme des coefficients de chaque ligne de la matrice δ u l'équation (5.6) vaut :
Considérons la kième ligne (équation relative à la coupure k). k =n j =n
29 h3 2h2 5h 177
j =n j =n
mik .mij mik .mi1 mik .mi2 mik .min
∑ ∑δ u
kj = − + =
24 EI EI 2 EI 8 EI
∑δ ∑∫ ∫ ∫ ∫
u k =1 j =1
kj = ds = ds + ds+ ... + ds
j =1 j =1 L
EI EI EI EI Le diagramme mit nécessaire au calcul du second membre de l'équation (5.6)
L L L
mik mik mik . mit est représenté à la figure 5.8. Le calcul de l'intégrale de Mohr donne :
= ∫ EI
(mi1 + mi2 +...+min )ds = ∫ EI
(mit )ds = ∫ EI
ds
mit2 1 39 1 1 1 125 1 57
L L L
∫ EI ds = 2 EI ( 8 + +
3 24
)+ ( + +
EI 24 24 4
)
Soit : L

j=n 1 63 1 468 531 177


mik . mit = ( )+ ( )= =

j =1
δ ukj = ∫ EI
ds (5.5) 2EI 12 EI 24 24 EI 8 EI
L

La longueur L désigne la longueur totale du système (toutes les barres s’il en 1.0
2.5
comporte plusieurs). 0.5

b) Somme des coefficients de la matrice δ u


k =n j =n k =n k =n
mik mik . mit
∑∑
k =1 j =1
δ ukj = ∑∫
k =1 L
EI
(mi1 + mi2 + ...+min )ds = ∑∫ k =1 L
EI
ds
h=3 m
mit

Figure 5.8 : Diagramme mit,


mit mit2
= ∫L
EI
(mi1 + mi2 +...+min )ds = ∫
L
EI
ds sous l'action simultanée de
X1=1, X2=1 et X3=1
0.5 3.5
Soit : l/2=1.5 m 1.5 m
k =n j =n
mit2
∑ ∑δ
k =1 j =1
u
kj = ∫ EI
ds (5.6)
L
5.6.2 Vérification des diagrammes
c) Somme des coefficients δiF La vérification de l’équilibre des nœuds et de parties entières de la structure
k =n k =n étudiée, à partir des diagrammes des efforts, fournit un bon moyen de contrôler
MiF .mik MiF MiF .mit
∑δ
k =1
kF = ∑∫
k =1 L
EI
ds = ∫ EI (m +m + ... +m )ds = ∫
i1 i2 in
EI
ds (5.7) les résultats obtenus. Chaque nœud ou partie de la structure isolé par des coupu-
res, doit être en équilibre sous l’action des forces qui lui sont directement appli-
L L
quées et des efforts internes (M, N, T)
Aussi, avant de passer à la résolution du système d’équations, il est prudent agissant aux lèvres des coupures et 6Pa/56
de procéder aux vérifications indiquées. En pratique, on trace le diagramme mit et qu’on lit directement sur les diagram-
on applique la relation (5.6). Si le résultat donné par cette dernière est identique à mes à contrôler. 9P/56
la somme de tous les termes de la matrice δu, on peut passer à l’étape suivante de 34P/56
l’étude. Dans le cas contraire, on procède au contrôle de chaque ligne de la ma- 6Pa/56
9P/56
trice selon l’expression (5.5) et des coefficients δiF d’après la relation (5.7). On Exemple

34P/56

Figure 5.9 : Vérification de


l'équilibre d'un nœud
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 93

On veut vérifier l'équilibre du nœud de la structure considérée dans l'exemple


1 précédent. La figure 5.9 représente le nœud avec les efforts agissant sur les
sections coupées et dont les valeurs sont lues directement sur les diagrammes des
efforts de la figure 5.5. On peut constater que les efforts agissant sur le nœud
vérifient les trois équations d'équilibre de la statique.

5.6.3 Vérification des déplacements


On peut appliquer la vérification aux déplacements connus, principalement
ceux qui sont nuls. Le calcul doit être effectué à partir des efforts trouvés (no-
tamment le diagramme final du moment).

5.7 SIGNIFICATION DES EQUATIONS DE CONTINUITE


Comme le montrent les deux exemples traités, chaque équation de continuité
exprime que le déplacement relatif des lèvres de la coupure libérant l’inconnue
hyperstatique considérée est égal au manque de concordance correspondant.
Dans le cas d’un système concordant, ce déplacement (relatif) est nul. Quand il
s'agit d'une inconnue hyperstatique externe, le déplacement relatif est en fait le
déplacement réel.
Calcul des systèmes plans par la méthode des forces 95
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 96

Exercice 5.7 Exercice 5.8


5.8 EXERCICES
Tracer les diagrammes de M, de N et de T des systèmes suivants. q=1t/m 15.3tm
Exercice 5.1 Exercice 5.2 B C
2EI
P=2t EI P
P=ql 1m
P 4m
B C q B C e=0.5m EI
EI 2EI D
8m EI
2EI 2EI
4m

l 2l EI EI
EI
A B A

1m 4m 1m 4m

A A D

l/2 l/2 l l Exercice 5.9 Exercice 5.10

q=2t/m P=2t 2P
Exercice 5.3 Exercice 5.4
B C E 60° B C
2EI I2
q q=2t/m
A B B D F EI EI I1 I1
D A 3m L
EI EI
A F=5t A
a EI D
2m
P 5t 2m
2EI 2L
D
2EI
a 2m
4m 2m
C C E
A.N. : P=12t, L=4m, I1=10-
3 4
a 2a 2m 4m 2m m,
I2=8I1 et E=2.1 106 kg/cm2.
Exercice 5.5 Exercice 5.6
Exercice 5.11 Exercice 5.12
q=300 kg/m B C
q=2t/m
B 2EI P=1t P
A B D A B
2EI
A EI 2EI 2EI D
2m
EI 6m EI EI
EI
P=800 kg
EI EI l
1m l
C A D
5m
8m C C E

l/2 l l=5m l
C a l c u l d e s s y s t è m e s p l a n s p a r l a m é t h o d e d e s fo r c e s 97

Réponses :
Exercice 5.1 : MA = 3Pl/56, MB=-6Pl/56, RCH=-9P/56, RCV=22P/56.
Exercice 5.2 : Inconnues hyperstatiques au milieu du système : XM=0.29ql2,
XN=-0.53ql, XT=-0.81ql. Réactions : MA=-0.85ql2, RAH=-1.47ql,
RAV=0.2ql, MD=-0.55ql2, RDH=-0.53ql, RDV=0.8ql.
Exercice 5.3 : RAV= -(2P+qa)/3, RCV=(P+3qa)/2, RDV=(P+5qa)/6,
MBA=-a(2P+qa)/3, MBC=Pa, MBD=a(P-qa)/3.
Exercice 5.4 : RCH=0.24t, RCV=4.17t, REH=1.63t, REV=4.17t.
Exercice 5.5 : RCH=-540.5kg, RCV=569.0kg, RAH=-259.5kg, RAV=931.0kg,
MA=-926.5kgm, MBA=MBC=-21.5 kgm.
Exercice 5.6 : Inconnues hyperstatiques au milieu du système : XM=0, XN=0.5t
XT=-0.34t. Moments : MA=MD=-1.65tm, MBA=MBC=1.35tm,
MCB=MCD=-1.35tm.
Exercice 5.7 : Inconnues hyperstatiques au milieu du système : XM=0.94tm,
XN=-0.45t, XT=0. Réactions : MA=MB=0.69 tm, RAH=-RBH=0.45t,
RAV=RBV=5t.
Exercice 5.8 : Inconnues hyperstatiques externes en D : RDH=-0.6t, RDv=3.6t.
Moments : MA=1.5tm, MBA=-3.3tm, MBC=12.0tm,
MCB=MCD=-2.4tm.
Exercice 5.9 : RDV=4.35t, RAH=-5.0t, RAV=5.65t, MA=-10.59tm,
MBA=MBC=4.41tm, MCB=11tm, MCD=15tm, MCE=-4tm.
Exercice 5.10 : RDH=-2.63t, RDV=3.53t, RAH=-12.0t, RAV=17.25t,
MA=-19.76tm, MBA=MBC=17.72tm, MCB=MCD=-10.52tm.
Exercice 5.11 : RDH=3P/8, RDV=-3P/8, MD=Pl/8, RCH=-3P/8, RCV=11P/8,
MC=-Pl/8, MBA=-Pl/2, MBC=Pl/4, MBD=-Pl/4.
Exercice 5.12 : RAV=-0.426t, RCH=0.266t, RCV=5.852t, REH=-0.266t,
REV=4.574t, MBA=-2.13tm, MBC=-1.33tm, MBD=-3.46tm
MDB=MDE=-1.33tm.,
Signes : Pour le moment fléchissant et les composantes de réactions, les
conventions utilisées sont les suivantes : . un moment est positif s'il fait tendre
les fibres intérieures (inférieures) ; . une réaction verticale (RV) est positive si elle
agit vers le haut alors qu'une réaction horizontale (RH)est positive quand elle est
dirigée vers la droite. Pour les inconnues hyperstatiques (XN et XT), on utilise les
conventions habituelles de N et T.
1 00 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

les moments fléchissants qui la sollicitent sont plus faibles. La comparaison est
encore plus nettement à l’avantage de la poutre continue par rapport à une poutre
isostatique unique de même longueur. Dans une poutre continue, les appuis in-
termédiaires contribuent à réduire et à mieux répartir sur toute la poutre le mo-
ment fléchissant (qui est la sollicitation prépondérante). Cette observation reste
valable pour les déplacements qui sont nettement moins importants dans le cas
des poutres continues. Ces dernières présentent par ailleurs une plus grande rigi-
Chapitre 6 dité et résistent de ce fait mieux à l’action dynamique.
Les charges considérées ici sont supposées être appliquées statiquement. El-
LES POUTRES CONTINUES les sont constituées de charges transversales (voire inclinées), concentrées ou
Application de la méthode des forces réparties, et de couples.
Contrairement aux poutres isostatiques, les poutres continues, comme tous
les systèmes hyperstatiques, sont très sensibles aux déplacements des appuis. Ce
phénomène a déjà été mis en exergue dans un exemple d’application des formu-
les de Bresse traitant une poutre continue soumise au seul effet de l’affaissement
d’un de ses appuis.
Lorsque des tassements d’appuis sont à craindre, les poutres isostatiques sont
A- POUTRES CONTINUES A ÂME PLEINE mieux indiquées. Si pour quelque raison que ce soit des appuis intermédiaires
sont nécessaires, on ajoute à la poutre continue des articulations judicieusement
6.1 INTRODUCTION placées de manière à la rendre isostatique et annuler ainsi sa sensibilité aux af-
faissements des appuis susceptibles de se produire.
Les poutres continues sont des structures qu'on rencontre très fréquemment
dans les constructions courantes. Ce type de poutre - poutre reposant sur plusieurs appuis et rendue isostatique
par l’ajout de rotules - est désigné par poutre Gerber. Elles sont obtenues en
On appelle poutre continue une poutre reposant sur plusieurs appuis. Il s’agit
ajoutant autant d’articulations qu’il y a d’appuis intermédiaires. Pour s’assurer
généralement d’appuis simples, à l’exception d’un seul qui est un appui double et
que la structure obtenue est bien isostatique et qu’il n’y a ni tronçon déformable
dont le rôle consiste à assurer la stabilité géométrique de la poutre, comme em-
(tronçon libre constituant un mécanisme) ni tronçon hyperstatique, il suffit de
pêcher la translation horizontale dans le cas de la figure 6.1. L’appui double peut
respecter la règle suivante : pas plus de deux articulations entre deux appuis, ni
être placé à une extrémité ou, plus généralement, être un appui intermédiaire.
plus de deux appuis entre deux articulations. A titre d’exemple, la figure 6.2
montre les deux façons possibles d’obtenir une poutre type Gerber dans le cas de
deux appuis intermédiaires.

0 1 k n (a)
l1 lk ln

Figure 6.1 : Poutre continue avec le mode (b)


de numérotation des travées

Les extrémités d’une poutre continue peuvent très bien comporter des porte- Figure 6.2 : Exemples de poutres Gerber
à-faux ou être encastrées. Le traitement de ces cas particuliers est abordé plus
loin. L’influence du moment fléchissant sur les déformations étant prépondérante
Les poutres continues sont des systèmes hyperstatiques puisqu’elles présen- dans les poutres continues, c’est la seule sollicitation dont il sera tenu compte
tent des liaisons surabondantes (toutes les liaisons en plus de ce que doit compor- lors du calcul des déplacements que nous serons amenés à effectuer.
ter une poutre isostatique). Dans le cas d’une poutre sans encastrements, le nom-
bre de liaisons surabondantes, donc le degré d’hyperstaticité, est égal au nombre
d’appuis intermédiaires.
Comparativement à une série de poutres bi-articulées dont le nombre est égal
à celui des travées d’une poutre continue, cette dernière est plus économique car
A- Poutres continues à âme pleine 101 1 02 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

6.2 APPLICATION DIRECTE DE LA METHODE DES FORCES 6.3 FORMULE DES TROIS MOMENTS
Considérons une poutre
6.3.1 Etablissement de la formule
continue horizontale sans
encastrements (Figure 6.3a). (a) Considérons une poutre continue sans encastrements à n travées (Figure 6.4).
L'application directe et intui- Son degré d'hyperstaticité est égal à n-1.
tive de la méthode des forces 0 1 2 3
l1 l2 l3
conduit à considérer comme
inconnues hyperstatiques les
réactions (verticales) des (b)
0 1 k-1 k k+1 n
appuis intermédiaires. X1 X2
l1 lk lk+1 ln
Le système de base obte-
nu par suppression des liai- Figure 6.4
sons verticales des appuis (c)
intermédiaires est une poutre X1=1 Prenons pour inconnues hyperstatiques les moments fléchissants agissant au
simplement appuyée (Figure droit de chaque appui intermédiaire. Pour ce faire, on procède à des coupures de
6.3b). Dans ce cas, le calcul manière à supprimer la liaison de moment au niveau de chaque appui. S’agissant
des moments unitaires msk d’inconnues hyperstatiques internes, chaque coupure libère deux inconnues (des
(Figure 6.3c et 6.3d) et du (d) moments) égales est opposées.
moment provoqué par les X2=1
charges extérieures MsF, En pratique, cela revient à introduire une articulation au-dessus de chaque
appui intermédiaire (Figure 6.5a). Pour remplacer les liaisons supprimer, on
nécessaires au calcul des Figure 6.3
applique aux lèvres de chacune des coupures deux couples égaux et opposés
coefficients δ iju et δ jF , ne (M1, M2, …, Mn-1) (Figure 6.5b).
présente aucune difficulté.
Cependant, ce choix n’est pas intéressant car il implique des calculs fasti- (a)
dieux à cause notamment du fait que les moments msk et MsF sont généralement
différents de zéro sur toute la longueur de la poutre. De la sorte, les éléments de
X1=Ml Xk-1=Mk-1 Xk=Mk Xk+1=Mk+1 Xn-1=Mn-1
la matrice de souplesse [ δu] et du vecteur déplacement [δF] sont tous non nuls.
(b)
Ceci n’est pas la seule raison ; il en existe une autre plus déterminante. Cha-
que colonne de la matrice [ δu] représente les déplacements (flèches s’il s’agit 0 1 k-1 k k+1 n-1 n
d’une poutre horizontale) des points d’application des inconnues hyperstatiques
provoqués par une sollicitation unitaire. Pour une poutre comportant plusieurs Figure 6.5 : Système statique de base
appuis intermédiaires, deux colonnes successives de [ δu] auront des valeurs très
proches et seront comparables. De ce fait, la matrice [ δu] devient pratiquement Le système statique de base ainsi obtenu présente une propriété remarquable.
singulière et conduit à des solutions très imprécises lors de la résolution du sys- En effet, on remarque que si on charge une travée, les autres ne subissent aucune
tème d’équations canoniques. Aussi, on opte pour un autre choix des inconnues influence. Ce résultat signifie que le système principal se comporte comme une
hyperstatiques de manière à contourner cette difficulté et à réduire les calculs. succession de poutres simplement appuyées obtenues par séparation des n tra-
vées (Figure 6.6).

M1 M1 Mk-1 Mk-1 Mk Mk Mk+1 Mk+1 Mn-1 Mn-1

M M M M M M M M M M

Figure 6.6
A- Poutres continues à âme pleine 103 1 04 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Pour calculer les moments inconnus aux appuis, on applique le théorème de Considérons par exemple l'équation de continuité k (relative à la coupure k).
Menabrea pour chacun d’eux : Elle s’écrit :
∂W ∂W ∂W ∂W δ uk1 M1 + δ uk 2 M2 +...+δ ukk −1 Mk −1 + δ ukk Mk + δ ukk +1 Mk +1+...+δ ukn−1 Mn−1 + δ kF = ck (6.1)
= c1 , = c2 , ... = ck , ... = cn − 1
∂M1 ∂M 2 ∂M k ∂M n − 1
On voit apparaître dans l’équation les coefficients δ ukj avec j = 1, 2, … , n-1
où les ci représentent les manques de concordance des appuis. Ils sont nuls dans
et δkF. Si nous ne tenons compte que du moment fléchissant, qui est la sollicita-
le cas des systèmes concordants. Les équations du système ci-dessus peuvent se
tion prépondérante, ces coefficients s’obtiennent par les intégrales suivantes :
mettre sous la forme connue de Müller-Breslau. L’équation courante relative à
l’inconnue Mk s’écrit : L msk msj L M sF m sk
∂W
n-1
δ ukj = ∫0 EI
dx (a) δ kF = ∫
0 EI
dx (b) (6.2)

∂M k
= ck ⇔ ∑ δ uki Mi + δ kF = ck n
i=1
L = longueur totale = ∑l i
En développant l’expression précédente, le système des "n-1" équations de i=1
continuité prend la forme :
où msk (mk) et msj (mj) sont les moments fléchissants produits dans la section
u u
δ 11 M1 + δ 12 M 2 +...+δ 1un −1 M n −1 + δ 1 F = c1 courante s du système fondamental par les couples unitaires Mk=1 et Mj=1 agis-
............................................................ sant en k et en j, respectivement (Figure 6.8). MsF étant le moment fléchissant
u u u
δ k 1 M 1 + δ k 2 M 2 +...+δ kn −1 M n −1 + δ kF = c k dans la section courante du système de base sous l’action des charges extérieures
.............................................................. (F).
δ un −11 M 1 + δ un −12 M 2 +...+δ n −1n −1 M n −1 + δ n −1 F = cn −1
Mk=1
Chacune des équations exprime la condition de continuité de la poutre dé- k-1 k k+1
(a)
formée au-dessus d'un appui. L’équation k par exemple, exprime que la rotation
relative entre les lèvres de la coupure au-
dessus de l'appui k est égale au manque de Tangente
concordance correspondant. Dans le cas d’un d 1
(θ k ) lk lk+1
système concordant cette rotation relative est Mj=1
g
nulle ; ou encore que la rotation à gauche ( θ g ) (θ k ) j-1 j j+1
k k (b)
est égale à la rotation à droite ( θ dk
) ; ce qui
signifie aussi qu'en chaque point (appui par Figure 6.7
exemple) il n'y a qu'une tangente car la ligne 1
lj lj+1
élastique (la déformée) est continue (Figure 6.7). 4m
u et δ Figure 6.8 : Diagrammes msk et msj
Signification des coefficients δ ij iF
On constate que chaque couple unitaire produit un moment fléchissant uni-
u et δ
Les coefficients δ ij iF représentent les rotations relatives des lèvres de quement sur les deux travées situées de part et d'autre de l'appui où il est appli-
la section coupée i du système de base. Les premières sont des rotations par unité qué. Pour que les moments dans la section courante s produits par Mk=1 et Mj=1
de couple. soient simultanément différents de zéro, il faut que les indices k et j ne diffèrent
u est la rotation relative des lèvres de la section i du système de base, pas de plus d'une unité. On en déduit que les coefficients δ ukj sont nuls dès que k
• δ ij
diffère de j de plus d'une unité. Ainsi, dans l'équation (6.1) seuls les coefficients
sous l’effet d’un couple unitaire appliqué aux lèvres de la coupure j (les sections
δ uk −1 k , δ ukk et δ uk k +1 sont différents de zéro.
i et j se trouvant dans le cas présent au dessus des appuis intermédiaires i et j).
• δ iF est la rotation relative des lèvres de la section i du système de base, Compte tenu de ce résultat, l'équation générale de continuité (6.1) se simpli-
fie et devient :
sous l’effet des charges extérieures (notées F).
δ uk k -1 M k −1 + δ uk k M k + δ ukk +1 M k +1 + δ kF = ck (6.3)
A- Poutres continues à âme pleine 105 1 06 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

ou encore : d'où :

δ uk k -1 M k −1 + δ uk k M k + δ ukk +1 M k +1 = ck − δ kF (6.4) lk x  x  dx 1 lk x( l k − x )

On remarque que trois moments fléchissants interviennent dans cette équa-


δ ukk −1 = ∫ 0
1 − 
lk 
=
l k  ( EI )k l k2 ∫0 ( EI )k
dx (6.5)’

tion, d'où son nom de "formule des trois moments". Si (EI)k est constante sur lk, on obtient :
6.3.2 Calcul des coefficients de la formule des trois moments lk
δ ukk −1 =
Il reste à calculer les coefficients intervenant dans l'équation (6.4). Considé- 6( EI )k
rons une poutre continue sans encastrement comportant n travées. Les diagram-
Ce dernier résultat - cas avec (EI)k constante sur la travée lk - s'obtient plus
mes unitaires permettant le calcul des coefficients δ ukk − 1 , δ ukk et δ ukk + 1 sont rapidement avec la méthode graphique ; il vient :
représentés à la figure 6.9.
1 1   1 lk
δ ukk −1 =  .1. lk    =
( EI )k  2   3  6 ( EI )k
Mk-1=1
(a)
k-2 k-1 k Si la rigidité flexionnelle varie sur chaque travée, on calcule les coefficients
analytiquement comme on l'a fait pour δ ukk −1 .

Pour le reste des calculs nous supposons que EI est constante sur chaque tra-
1
lk-1 lk vée.

Mk=1
• Calcul de δ ukk (méthode graphique)
k-1 k k+1
(b) 1 1  2 1 1  2 lk lk +1
δ ukk =  .1. lk    +  .1. lk +1    = + (6.6)
( EI )k  2   3  ( EI )k +1 2   3  3( EI )k 3( EI )k +1

1 • Calcul de δ ukk +1 (méthode graphique)


lk lk+1
1 1  1 l k +1
δ uk k +1 =  .1. l k +1    = (6.7)
( EI )k +1 2   3  6 ( EI )k +1
Mk+1=1
k k+1 k+2
(c) • Calcul de δ kF
Par définition, voir relation 6.2 (a) :
1 n li msk M sF lk msk M sF lk + 1 m sk M sF
lk+1 lk+2
δ kF = ∑∫
i =1
0 ( EI )i
dx = ∫
0 ( EI )k
dx + ∫0 ( EI )k +1
dx (6.8)
Figure 6.9 : Diagrammes unitaires msk-1, msk et msk+1
Seules les deux intégrales sur lk et lk+1 subsistent puisque msk est nul en de-
• Calcul de δ ukk −1 : hors de ces travées. Soit :

L n li lk
δ kF = Rkg ( F ) + Rkd ( F ) (6.9)
msk msk −1 msk msk −1 msk msk −1
δ ukk −1 = ∫
0 EI
dx = ∑∫
i=1
o ( EI )i
dx = ∫
0 ( EI )k
(6.5)
- Rkg ( F ) = rotation de la section k (au-dessus de l'appui k) du système statique
de base sous l'effet des charges extérieures agissant sur la travée lk.
avec :
x x - Rkd ( F ) = rotation de la section k du système statique de base sous l'effet des
msk −1 = 1 − et msk =
lk lk charges appliquées sur la travée lk+1.
A- Poutres continues à âme pleine 107 1 08 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

• Calcul pratique de δ kF 1 1
δ kF = Ωk z k + Ω k + 1 z k +1 (6.11)
ère l k ( EI )k l k +1 ( EI )k +1
1 méthode
Considérons les travées lk et lk+1 (du système isostatique de base) adjacentes - Ωk est l’aire du diagramme MsF sur la travée lk.
à l'appui considéré k. Les deux travées constituent deux poutres simplement - Ωk+1 est l’aire du diagramme MsF sur la travée lk+1.
appuyées comme on l’a vu. - zk distance de l’appui “ k-1 ” au centre de gravité de Ωk.
Le diagramme des moments fléchissants de chaque poutre sous les charges - z k +1 distance de l’appui “ k+1 ” au centre de gravité de Ωk+1.
extérieures peut être aisément obtenu. Selon la méthode de la poutre conjuguée,
utilisée pour le calcul des déplacements des systèmes isostatiques (voir chapitre • Calcul de ck
2), si on charge (fictivement) les poutres par leurs diagrammes des moments Le manque de concordance d’un appui est représenté par le déplacement li-
respectifs divisés par la rigidité flexionnelle (qf=MsF/EI), alors R kg ( F ) et néaire ou angulaire qu’il subit depuis sa position concordante jusqu’à sa position
réelle. Dans le cas présent, les manques de concordance à introduire sont des
R kd ( F ) constituent la réaction en k de la poutre de gauche et la réaction en k de la
déplacements angulaires et la position concordante correspond à la position hori-
poutre de droite, respectivement (Figure 6.10). zontale.
MsF/EI Les manques de concordance proviennent des dénivellations ∆ que peuvent
subir les appuis (Figure 6.11). Comme nous travaillons dans le cadre des petits
k-1 k k+1 déplacements, les dénivellations sont suffisamment petites et de ce fait les angles
de discontinuité (Figure 6.11c) peuvent être confondus avec leurs tangentes.
lk lk+1 g( F ) d( F )
R R
k k
k-1 k k+1
a) Diagramme MsF b) Poutres conjuguées (a)

∆k-1 ∆k+1 α β
Figure 6.10
∆k (c)
2ème méthode
(b)
Sachant que le moment msk vaut “ x/lk ” sur la travée lk et “ 1-x/lk+1 ” sur la (a) Position concordante.
travée lk+1, l’équation (6.8) devient : (b) Position réelle.
lk lk+1
lk M sF x lk + 1 M sF x
δ kF = ∫
0 l k ( EI )k
dx + ∫0 ( EI )k +1
(1−
l k +1
)dx
Figure 6.11
1 lk xM sF 1 lk + 1 ( l k +1 − x ) M sF
=
lk ∫
0 ( EI )k
dx +
l k +1 ∫ 0 ( EI )k +1
dx Le manque de concordance est donné par :
ck = α + β = tgα + tgβ = (∆k- ∆k-1)/lk + (∆k- ∆k+1)/lk+1
La première intégrale représente le moment statique du diagramme
“ MsF/(EI)k ” sur la travée lk par rapport à l’appui “ k-1 ” alors que la deuxième = (∆k- ∆k-1)/lk - (∆k+1- ∆k)/lk+1 (6.12)
donne le moment statique du diagramme “ MsF/(EI)k+1 ” sur la travée lk+1 par
Les dénivellations sont comptées positivement vers le bas.
rapport à l’appui k+1. L’équation précédente peut s’écrire :
En introduisant dans l'équation des trois moments (6.4) les valeurs trouvées
S S k +1 des différents coefficients on obtient :
δ kF = k + (6.10)
lk l k +1

où S k et S k +1 sont les moments statiques définis plus haut.

Dans le cas où la rigidité flexionnelle est constante sur chaque travée,


l’expression précédente prend la forme :
A- Poutres continues à âme pleine 109 1 10 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

lk m sk msk −1  lk 2
msk lk + 1 2
msk  On peut remplacer le second membre par la réaction fictive agissant en k :
M k −1 ∫0 ( EI )k
dx + M k 

∫ 0 ( EI )k
dx + ∫0
dx  +
( EI )k +1  RkF = Rkg ( F ) + Rkd ( F ) . Cette réaction est positive si elle est dirigée de bas en haut.

lk + 1 msk msk +1 On écrit l'équation des trois moments pour chaque appui intermédiaire.
+ M k +1 ∫0 ( EI )k +1
dx = (6.13)
6.3.3 Points particuliers
∆ − ∆ k − 1 ∆ k +1 − ∆ k lk msk M sF lk + 1 msk M sF
= k
lk

l k +1
− ∫
0 ( EI )k
dx − ∫
0 ( EI )k +1
dx 1) Présence d'un encastrement : on remplace l'encastrement par une poutre
adjacente dont on fera tendre la longueur vers zéro en appliquant la formule des
trois moments.
ou encore :
2) Présence d'un porte-à-faux (console) : la console sera remplacée par ses
M k −1 x( lk − x )
lk  1 lk x 2 1 lk +1 ( lk +1 − x )2  effets, pour l'application de la formule des trois moments.
lk2 ∫0 ( EI )k
dx + M k  2
 lk 0 ( EI )k
dx + 2∫
lk +1 0 ( EI )k +1
dx  +
 ∫ 3) Couple concentré en un appui intermédiaire : on peut soit le diviser entre
les deux travées adjacentes, soit le reporter sur l'une des deux.
k +1 − x ) ∆ − ∆ k −1 ∆ k + 1 − ∆ k
M l k + 1 x( l
+ 2k +1
lk +1 0 ∫
( EI )k +1
dx = k
lk

lk +1
(6.13)’
6.3.4 Calcul des éléments de réduction
1 lk xM sF 1 lk + 1 ( lk +1 − x ) M sF

lk ∫ 0 ( EI )k
dx −
lk +1 ∫0 ( EI )k +1
dx 1) Réaction de l’appui k
- Action des moments aux appuis seuls (Figure 6.12).
Ces expressions sont valables dans le cas général.
M k −1 − M k
Cas particuliers Rkg( M ) = ; Mk-1 Mk Mk+1
lk
1) Chaque travée a sa rigidité flexionnelle constante. k
M k +1 − M k
R kd( M ) = k-1 k+1
lk  l l  l k +1 l k +1 R
g
R
d
M k −1 + 2 M k  k + k +1  + M k + 1 = k( M ) k( M )
( EI )k  ( EI )k ( EI )k +1  ( EI )k +1 lk lk+1
- Action des forces extérieures :
 ∆ − ∆ k −1 ∆ k +1 − ∆ k  6 lk
= 6 k
 lk

l k +1
−
 l k ( EI )k
∫ 0
M sF xdx (6.14) Rk ( F ) = R kg( F ) + R kd( F ) Figure 6.12

6 lk + 1 d'où :

l k +1 ( EI )k +1 0 ∫
M sF ( l k +1 − x )dx
M k −1 − M k M k +1 − M k
Rk = Rk ( F ) + + (6.17)
2) Rigidité flexionnelle constante sur toute la poutre. lk l k +1
M k −1 l k + 2 M k ( l k + l k +1 ) + M k +1 l k +1 = 2) Moment fléchissant
 ∆ − ∆ k −1 ∆ k +1 − ∆ k  6 lk Le diagramme final est obtenu par superposition des diagrammes (des travées
= 6 EI  k
 lk

l k +1
−
 lk
∫ 0
M sF xdx (6.15)
isostatiques) des charges extérieures et des moments appliqués aux appuis. Cher-
chons l’expression du moment fléchissant dans la section courante de la travée lk
6 l

k +1
− M sF ( l k +1 − x )dx (d’abscisse x par rapport à l’appui k-1).
l k +1 0
Chaque travée lk du système de base se comporte comme une poutre bi-
3) Le système est concordant et EI est constante sur toute la poutre. articulée sollicitée, en plus des charges extérieures, par deux couples Mk-1 et Mk
M k − 1 l k + 2 M k ( l k + l k + 1 ) + M k + 1 l k +1 = appliqués à ses appuis. Si on désigne par M s( F ) le moment produit dans la sec-
lk lk + 1 (6.16) tion courante de lk par les charges extérieures qui lui sont appliquées, alors
6 6
=−
lk ∫ 0
M sF xdx −
l k +1 ∫
0
M sF ( l k +1 − x )dx l’expression générale du moment fléchissant s’écrit :
x
M s = M s( F ) + M k − 1 + ( M k − M k − 1 ) (6.18)
lk
A- Poutres continues à âme pleine 111 1 12 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

3) Effort tranchant
B- POUTRES EN TREILLIS ARTICULES
L’expression de l'effort tranchant dans la section courante d’abscisse x
s’obtient en dérivant par rapport à x l'expression du moment. Désignons par 6.5 SYSTEMES ISOSTATIQUES PLANS EN TREILLIS ARTICULES
Ts( F ) l’effort tranchant dû aux charges extérieures ; il vient :
6.5.1 Définitions
M − M k −1
Ts = Ts( F ) + k (6.19) a) Système en treillis articulé
lk
On appelle système en treillis articulé (système réticulé ou plus brièvement treil-
lis) un ensemble de pièces droites ou courbes, appelées barres, liées les unes aux
6.3.5 Exemple d'application q autres (en leurs extrémités) par des articulations. Les points d'assemblage des
Considérons une poutre à (a) barres sont appelés nœuds.
trois travées égales et à inertie
constante soumise à une charge 0 1 2 3 Membrure supérieure
l1=l l2=l l3=l
uniforme q (Figure 6.13a).
M1 M2 Montant Diagonale
La poutre est deux fois hy-
perstatique mais compte tenu de (b)
Membrure inférieure
la symétrie, il n’y a qu’une seule
inconnue. On écrit une fois M1=1 Figure 6.14 : Poutre isostatique
l’équation des trois moments,
pour k=1. (c) ms1 b) Système plan en treillis articulé
M0 = M3 = 0 Lorsque les axes des barres et les charges appliquées sont situés dans un
1
M2=1 même plan, on parle alors de système plan.
et M 1 = M2 = M
(d) ms2 c) Système chargé indirectement
Equation des trois moments
(appui 1) : On dit qu'un système en treillis est chargé indirectement, si toutes les forces
1 extérieures sont appliquées exclusivement aux nœuds.
M 0 l0 + 2 M 1 ( l1 + l 2 ) + M 2 l 2 = (e) Ms(F) Si les charges sont appliquées en des points quelconques et notamment en des
( )
= −6 EI R1g ( F ) + R1d ( F )
ql2/8
endroits des barres autres que les nœuds, on parle alors de système chargé direc-
tement.
5 Ml = −6 EI ( 2 R );
g( F )
1 ql2/10
d) Système isostatique
(f) Ms(M)
R1g ( F ) = R1d ( F ) Si les équations de la statique suffisent à elles seules à la détermination com-
5 Ml = −12 EI R1g ( F ) plète du système, c'est-à-dire qu'elles permettent de calculer les réactions et les
efforts en tout point du système, le système considéré est dit isostatique. Dans le
1  2 ql 2  ql 3 ql2 /10
cas contraire, le système et dit hyperstatique.
R1g ( F ) =  l =
2 EI  3 8  24 EI (g) Ms
ql2/40 6.5.2 Treillis chargés indirectement
2 2ql2/25
ql
⇒ M =− , M est dirigé Seuls les treillis isostatiques plans, chargés indirectement, seront envisagés
10 0.4ql 0.5ql
dans le sens opposé du sens dans ce chapitre.
(h) Ts
choisi arbitrairement. a) Théorème :
Les figures 6.13g et 6.13h 0.6ql
Lorsqu'un système plan en treillis articulé, constitué de barres droites, est
montrent les diagrammes de M chargé indirectement, chaque barre du système n'est soumise qu'à un effort nor-
et de T. Figure 6.13 mal constant.
A- Poutres continues à âme pleine 113 1 14 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Considérons une barre du treillis. Le système étant en équilibre, chaque barre 6.5.3 Méthodes de calcul
le constituant l'est aussi. La barre étant articulée, ses extrémités ne sont le siège
On peut diviser les méthodes de calcul des systèmes en treillis articulés isos-
d'aucun moment. Les seules sollicitations qu'elle supporte sont les systèmes de
tatiques en deux catégories : les méthodes analytiques et les méthodes graphi-
forces concentrées aux extrémités.
R1 ques. La méthode graphique la plus répandue est celle de Cremona (tracé de
Chaque système de forces admet Cremona). Elle consiste à construire le polygone des forces en chaque nœud. Les
une résultante. Les résultantes (R1 et méthodes analytiques les plus usuelles sont la méthode des nœuds et la méthode
R2) doivent obligatoirement être éga- des sections. Les trois méthodes citées seront présentées.
les et opposées pour que l'équilibre
Il faut souligner que, indépendamment de la méthode utilisée, on doit tou-
puisse se réaliser. En définitive, la
jours commencer par le calcul des réactions.
barre n'est soumise qu'à un effort
normal constant pouvant être une a) Méthode des nœuds
R2
traction ou une compression.
Principe : La méthode consiste à isoler le nœud considéré par des coupures
b) Condition d'isostaticité libérant les efforts dans les barres et à projeter toutes les forces, efforts normaux
Figure 6.15 : Barre d'un treillis et forces extérieures, agissant sur le nœud suivant deux axes perpendiculaires.
Les barres n'étant soumises qu'à
chargé indirectement
des efforts normaux, en chaque nœud On doit obligatoirement entamer les calculs par un nœud auquel n'aboutissent
du treillis il y a un système de forces que deux barres (2 inconnues, 2 équations). Puis on passe à un nœud qui ne pré-
en équilibre. L'équilibre d'un système y sente pas plus de deux inconnues.
agissant sur une particule, un nœud F1
par exemple, est vérifié si la résul- Exemple d'application
x
tante est nulle ou si les projections F1
suivant 2 directions perpendiculaires P/2 P P/2
y
(x et y par exemple), sont nulles (ΣFx C 4 E 8 F
= 0, ΣFy = 0). Fn α
3 7 9 x
Fi h 1 5
Si n désigne le nombre de nœuds A 2 6 B
Figure 6.16 : Nœud d'un treillis D G
(les appuis sont aussi des nœuds, n = chargé indirectement
10 pour le système de la figure 6.14), l l l l
le nombre d'équations d’équilibre de la statique qu'on peut écrire est égal à 2n.
Soient b le nombre de barres et l le nombre de liaisons dans les appuis. La Figure 6.18 : Poutre isostatique
condition d'isostaticité s'écrit :
• Nœud A
2n = b+l (6.20)
N1 Le choix du sens des efforts dans les barres est arbi-
Il faut cependant préciser que la condition (6.20) peut s'avérer insuffisante à traire. Le sens choisi correspond à la traction ; le calcul
prouver l'isostaticité d'un treillis ; le système doit en outre être géométriquement montrera pour chaque barre la nature exacte de l'effort
invariable. qu'elle porte.
N2
Une règle simple dite règle A Σ F x = 0 ⇒ N2 = 0
de la maille triangulaire per-
met de vérifier si le système est ΣFy = 0 ⇒N1 = -P (le signe "-" indique que la
RA=P barre 1 est soumise à une compression).
isostatique et stable. Cette règle
s'énonce comme suit : si, par-
tant d'une maille triangulaire, Figure 6.17 : Système vérifiant
on arrive à reconstituer le sys- la condition 6.20 mais instable
tème en ajoutant 2 barres à la
fois, alors le système est isostatique stable.
A- Poutres continues à âme pleine 115 1 16 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

• Nœud C La figure 6.19 ci-après montre la nature de l'effort dans les barres étudiées.
ΣFx = 0 ⇒ N3 cosα + N4 = 0 P
N4 P/2 P/2
α ΣFy = 0 ⇒ P - N3 sinα = 0
N3 d'où :
P
N3 = (traction) P P
N1=P sin α
Figure 6.19 : Représentation de la nature des efforts
P
et N 4 = − (compression)
tgα Convention :
• Nœud D - Flèches vers les nœuds = compression
- Flèches vers le centre = traction
- 0 = effort nul
N3=P/sinα
N5 ΣFx = 0 ⇒ N 6 = N 3 cos α = b) Méthode des sections (ou de Ritter)
P
= (traction) Principe : La méthode consiste à pratiquer dans le système une coupe ne
tgα rencontrant pas plus de 3 barres (sauf dans des cas précis) non concourantes, de
N2=0 α
N6 ΣFy = 0 ⇒ N 5 = − N 3 sin α = façon à séparer le treillis en deux parties. Pour trouver l'effort dans une des
D barres, on écrit l'équation d'équilibre de rotation de l'une des deux parties par
= − P (compression)
rapport au point d'intersection des autres barres (Figure 6.20).
ΣM/A = 0 ⇒ N5 = …
• Nœud E 6
ΣM/B = 0 ⇒ N4 = … B 5
P
ΣFx = 0 ⇔ + N8 + N7 cos α = 0 ΣM/C = 0 ⇒ N6 = … 4 C
P/2 tgα (partie de droite) A
N4=P/tgα E
N8 P Figure 6.20
α ΣFy = 0 ⇒ N7 = (traction) NB : Le point d'in-
2 sin α tersection des barres par
3 P rapport auquel on calcule les moments n'est pas nécessairement un nœud du
⇒ N8 = − (compression)
2 tgα système (d'où l'intérêt à travailler graphiquement).
N7
N5=P Cas particuliers
1) Deux barres coupées sont parallèles (point d'intersection rejeté à l'infini)
• Nœud F (Figure 6.21)

3 P
ΣFx = 0 ⇒ N8 ' = − (compression) K H
P 2 tgα
N8=(3/2)P/tgα
N8' ΣFy = 0 ⇒ N9 = − P (compression)
F A
L J

Figure 6.21 : Poutre en N

N9
L'effort NKH est obtenu à partir de l'équation ΣM/J = 0 et l'effort NLJ dans la
barre LJ s'obtient à partir de : ΣM/K = 0. Pour calculer NKJ, on utilise une équa-
tion d'équilibre de translation, ΣFy = 0 par exemple ; ou bien une équation
d'équilibre de rotation par rapport à un appui, ΣM/A = 0 par exemple.
A- Poutres continues à âme pleine 117 1 18 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

2) Plus de trois barres coupées : la méthode de Ritter peur être appliquée à 1 Z'
condition que les barres coupées soient toutes convergentes sauf une. sin α = = , d'où : Z' = 4 5 m
5 4

I et : N 6 = −5.59 t
(a)
6 9
3 Pour calculer les efforts dans les barres 1, 2 et 3 on écrit les équations d'équi-
libre de translation en A et C. On peut également appliquer la méthode de Ritter.
2 5 8
1
4 7
(a)
I Nature des efforts

Figure 6.22 : Poutre en K

La coupe a-a (Figure 6.22) présente trois barres concourantes 4-5, 5-6 et 6-9 Remarque : Dans la pratique, les bras de leviers peuvent être mesurés graphi-
en 6 et l'équation ΣM/6=0 donne l'effort N47. L'effort N47 connu, on fait la coupe quement ce qui présente l'avantage de faciliter le travail.
I-I et il n'y a plus que trois efforts inconnus.
Intérêt de la méthode des sections : elle permet de calculer directement l'ef-
fort de n'importe quelle barre et constitue de ce fait un excellent moyen de vérifi- c) Méthode de Cremona (tracé de Cremona)
cation des résultats obtenus par les autres méthodes. Principe : La méthode consiste à tracer le polygone d'équilibre des forces
appliquées à chaque nœud. Tous les nœuds étant en équilibre, les polygones sont
Exemple d'application nécessairement fermés.
Pour pouvoir appliquer la méthode, il est nécessaire que le système possède au
2t
moins un nœud auquel n'aboutissent que deux barres.
Les étapes de la méthode :
3t 6 3t 1m
Z' 1) On représente le système dans une échelle des longueurs.
i 7
Z
2 5 2) On calcule les réactions puis on numérote :
1m
3
A α α B a) Les intervalles entre les forces extérieures en tournant dans un sens, le
1 4
j
sens horlogique par exemple.
c
b) Les intervalles du réseau (domaines intérieurs délimités par les barres).
2m 2m 2m 2m

RA RB Ainsi, chaque barre se trouve caractérisée par deux chiffres désignant les
Figure 6.23 intervalles (domaines) adjacents.
3) On construit le polygone des forces extérieures, dans une échelle des for-
8
Réactions : R A = R B = t=4t ces choisie ; ce polygone est fermé puisque les forces extérieures sont équilibrées
2 par les réactions (équilibre global). On précise le sens des forces par des flèches.
ΣM/i = 0 ⇔ 2RA – N4 = 0 ⇒ N4 = 8 t (traction) 4) On trace ensuite le polygone des forces agissant sur chaque nœud (forces
ΣM/A = 0 ⇔ 2x3t + ZN5 = 0, extérieures et efforts dans les barres) en commençant par un nœud auquel abou-
4 3t tissent seulement deux barres puis on passe à un nœud n'ayant que deux efforts
avec : Z = m i inconnus.
5
N5 N.B. : Les directions des efforts sont connues (orientations des barres) et leurs
3 sens et intensité sont obtenus en fermant chaque polygone.
⇒ N5 = − 5t N4
2
RA=4t
ΣM/j = 0 ⇔ Z'N6 – 2x3t + 4RB = 0 2m
⇒ Z'N6 = -10 tm
A- Poutres continues à âme pleine 119 1 20 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exemple d'application 4- Construction des polygones des forces agissant sur chaque nœud.
Soit à calculer les efforts dans les barres de la poutre représentée à la figure a) Nœud A : Les efforts intervenant sont : N16, N65 et F51. Cette dernière
6.24 déjà calculée par la méthode de Ritter. force étant connue et représentée sur le polygone des forces extérieures.
Notons que seul le point 6 est indéterminé.
2t
(3)
E
2 3
3t 3t
C G 1
8 9 l (6)
1 4
6 7 10 11 2
A B
D F 6
(2) 5
l l l l (4) 3
7
RA=4t 5 RB=4t 8
(4)
Figure 6.24 (5) 4

La résolution du problème se fait selon les étapes ci-après.


0- On représente la structure dans une échelle des longueurs (Figure 6.24). Figure 6.26

1- Numérotation des domaines extérieurs (délimités par les forces appli- A partir du point 1 on trace une parallèle à la barre AC (N16) et à partir de 5
quées et les réactions) : 1, 2, 3, 4 et 5 (sens horlogique, Figure 6.24). on mène une parallèle à AD (N65). L'intersection des deux parallèles détermine le
2- Numérotation des domaines intérieurs (mailles) : 6, 7, 8, 9, 10, 11 (de point 6 cherché. Pour connaître le sens des efforts N16 et N65, on ferme le poly-
gauche à droite). On pouvait choisir des lettres à la place des chiffres gone en partant de l'effort connu, F51 (schémas ci-dessous).
(Figure 6.24).
1
On peut maintenant numéroter chaque effort (extérieur ou interne), avant de (compresion)
N16
passer à l'étape suivante. Chaque effort est caractérisé par les deux chiffres des A (traction)
domaines qui sont adjacents à sa direction. Les efforts internes agissant sur les N65
nœuds sont numérotés en tournant dans le sens horlogique (Figure 6.25).
F51
6 5
F23=2t

E N39
Les flèches obtenues en fermant le polygone (des efforts agissant sur le nœud
N82 A) indiquent la nature de chaque effort.
F12=3t F34=3t
N98
C N28 b) On passe ensuite au nœud D où seuls les efforts dans les barres DF et
N61 N87 DC sont inconnus.
N16 N76 Efforts intervenant : N56 (connu puisque N65 est connu), N67 et N75. Dans ce
A N67
cas également, seul le point 7 est indéterminé.
N65 N56 D N75 F
A partir de 6 on mène une parallèle à DC (N67) et à partir de 5 on trace une
F51=4t F45=4t
Figure 6.25 parallèle à DF (horizontale) (N75). L'intersection des deux parallèles se fait au
point 6, donc le point 7 est confondu avec 6. Le polygone des forces en D (N56,
3- On trace le polygone des forces extérieures (forces appliquées et réac- N67 et N75) se limite au segment 5-7 ; donc l'effort N67 = 0 (voir schémas ci-
tions). Ce polygone est représenté par le segment vertical : 1-2-3-4-5-1 dessous).
(Figure 6.26).
A- Poutres continues à âme pleine 121 1 22 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

8
a
6 N56 5 N56 (traction)
7 N76 D N75 (traction) 7

5
6
c) Point C : Efforts intervenant : N61, F12, N28, N87 et N76 (N67 = N76 = 0). 2
Seul le point 8 reste à trouver.
4 4'
A partir du point 2 on trace une parallèle à CE (N28) ; puis à partir de 7 on 1 3
a
mène une parallèle à CF (N87). L'intersection des deux parallèles détermine la
position du point 8. On ferme ensuite le polygone pour déterminer le sens des Figure 6.27 : Ferme type Polonceau
efforts inconnus (N87 et N28) (N61→F12→N28→N87 et N76) (schémas ci-après).
Ayant amorcé le Cremona en 1, en arrivant en 4 on se trouve en présence de
F12
3 efforts inconnus (N45, N46 et N44'). La coupe a-a' permet de calculer directement
1
l'effort N44' (Σ M/8=0) ; après quoi on poursuit normalement le tracé de Cremona.
N28
C 2) Barres ne travaillant pas (N=0)
N61
2 N87 Dans l'exemple ci-contre, cinq
6 P
barres ne travaillent pas (N=0) ;
N76
7 néanmoins, elles sont nécessaires
8 car elle contribuent à :
- assurer l'indéformabilité et
l'isostaticité du système ;
- réduire les longueurs de Figure 6.28 : Poutre avec plusieurs
flambement ; barres non sollicitées
- faciliter les dispositions
constructives.
Remarques :
1) Utilisation combinée du tracé de Cremona et de la méthode de Ritter
Lors d'un tracé de Cremona, on ne peut pas franchir les nœuds auxquels aboutis-
sent plus de deux barres dont les efforts sont inconnus. La méthode de Ritter
permet de franchir ces nœuds. Il suffit d'effectuer une ou plusieurs coupes don-
nant les valeurs des efforts dans les barres "surabondantes". Ce cas se présente
fréquemment dans les fermes dites "Polonceau" (Figure 6.27).
A- Poutres continues à âme pleine 123 1 24 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

6.4 EXERCICES Exercice 6.5


Calculer les moments aux appuis et les réactions et tracer les diagrammes du
moment fléchissant et de l'effort tranchant des poutres continues ci-dessous. P=2t C=4tm
q=6t/m

Exercice 6.1
(0) (2) EI=Cte
(1)
P=2t q=1t/m C=4tm
1m 3m 2m
(1) EI=Cte
(2) (3)

3m 3m 5m 2m Exercice 6.6

q P=ql/2
Exercice 6.2
EI=Cte
(1) (2) (3)
q=1t/m C=3tm q=1t/m
l l/2 l/2

EI=Cte
(0) (1) (2)
2m 3m 3m 2m
Exercice 6.7

Exercice 6.3 P=ql

q q EI=Cte
P=5t (1) (2) (3) (4)
l l/2 l/2 1

EI=Cte
(1) (2) (3) (4)
Exercice 6.8
8m 6m 4m 2m

F2=4.8t
F1=2.375t
Exercice 6.4 1.5t/m
2.8t/m 1.5t/m 2.8t/m

P=12t A B C D E
q=4.5t/m 1m 2m
q=2t/m

3I 2I I 3m 7m 5m 1m
(0) (1) (2) (3)
12m 4m 4m 4m
La section de la poutre, de forme rectangulaire (bxh), varie d'un tronçon à l'autre
comme suit : SAB=20x55 cm2, SBC=25x60 cm2, SCD=25x50 cm2, SDE=25x40 cm2.
A- Poutres continues à âme pleine 125 1 26 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exercie 6.9 Réponses :


Exercice 6.1 : M1=-1.6 tm, M2=-1.3 tm, M3=-4.0 tm,
5t/m F1=5t F2=10t
2t/m R1=1.049 t, R2=2.912 t, R3=3.039 t.
EI=Cte Exercice 6.2 : M0=-2.0 tm, M1g=-0.5 tm, M1d=-2.5 tm, M2=-2.0 tm,
(1) (2) (3) R0=2.5 t, R1=-2t, R2=3.5t.
4m 3m 3m 2m
Exercice 6.3 : M1=0.27 tm, M2=-0.54 tm, M3=2.16 tm,
R1=-0.10 t, R2=0.55 t, R3=-3.49 t, R4=8.04 t.
Exercie 6.10
Exercice 6.4 : M1=-25.6 tm, M2=-5.5 tm, M3=-6.2 tm,
q
R0=9.9 t, R1=22.6 t, R2=12.3 t, R3=9.2 t.
Exercice 6.5 : M0=-2.0 tm, M1g=1.3 tm, M1d=-2.7 tm, M2=-1.7 tm,
(1) (2) (3) (4) EI=Cte
R0=3.11 t, R1=5.39 t, R2=5.50 t.
l l l a
Exercice 6.6 : M1=-17ql2/192, M2=-14ql2/192, M3=-11ql2/192,
R1=99ql/192, R2=93ql/192, R3=45ql/192.
Exercice 6.11
Exercice 6.7 : M1=117ql2/72, M2=-4ql2/72,
P=10t q=3t/m q=4t/m R1=-51ql/72, R2=15ql/72.
Exercice 6.8 : MB=-11.5 tm, MC=-10.9 tm, MD=-1.4 tm,
(0) (1) (2) (3) EI=Cte RB=16.761 t, RC=19.327 t, RD=8.737 t.
4.5m 4.5m 6m 12m
Exercice 6.9 : M1=-7.35 tm, M2=-5.31 tm, M3=-20.00 tm,
R1=10.51 t, R2=15.54 t, R3=20.95 t.
Exercice 6.12
Exercice 6.10 : M1=qa2/52, M2=-2qa2/52, R3=7qa2/52, R4=-28qa/52.
P=0.5t R1=-3qa/52, R2=12qa/52, R3=-42qa/52, R4=85qa/52.
q=0.2t/m (B)

(A) Exercice 6.11: M0=0, M1=548.4 kgm, M2=-443.0 kgm, M4=98.4 kgm,

x1
R0=4.00 t, R1=11.10 t, R2=34.95 t , R3=25.95 t.

15m Exercice 6.12 : x1=3 m, MA=-1125 kgm, MTmax=729 kgm (x=4.42 m),
MB=3600 kgm, RA=884.1 kg, RB=2 615.9 kg,

Soit la poutre représentée ci-dessus dont la rigidité fléxionnelle est constante γB=0.003726 rd, f=2.96 cm, Menc=578 kgm.
et vaut 1200 tm2. Signes : Les poutres considérées étant toutes horizontales, un moment positif
1) Quelle valeur faut-il donner à x1 pour que les moments en A et B soient signifie que les fibres inférieures sont tendues, et inversement. Une réaction
égaux. verticale positive est orientée vers le haut. Pour les déplacements, une rotation
est positive si la section tourne dans le sens horlogique alors qu'une flèche est
2) Prenons x1=4 m. On demande de : positive quand le déplacement se fait vers le bas.
2.1) tracer les diagrammes de M et de T,
2.2) calculer la rotation de la section B, 6.5.4 Exercices
2.3) calculer la flèche de l'extrémité libre de la poutre.
Exercice 6.13 : Poutre en K.
3) La même poutre est libre de toute charge mais son appui B subit un
affaissement de 20 mm. Calculer le moment qui apparaît dans l'encastrement.
A- Poutres continues à âme pleine 127 1 28 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

F1=6t F2=3t F12 P=20t


3 4 5 6 5' 4' D
2 N26
a N41 N54 N65
1 2 4m
1 7 8 9 9' 8' 5 6m
4 N45 6
N14 N53
a
N34C 3 E
A N43 B
10 11 12 13 12' 11'
a a a a a a=2m a a 4m 4m 4m

Déterminer les efforts dans les barres suivantes: 5-6 ; 5-9 ; 6-9 ; 9-13 ; 12-13.
Rép. :
Rép. : N56=-5.44 t, N59=-0.19 t, N69=0.26 t, N913=-0.26 t, N1213=5.44 t.
On trace :

1 ) Parallèle à AD (14) à partir de 1  14 → N 14 (compresion)


Exercice 6.14  ⇒ ( 4 ), sens 
2 ) Parallèle à AC (43) à partir de 3 43 → N 43 (traction)
Calculer les efforts dans les barres.

3 ) Parallèle à CD (45) à partir de 4  45 → N 45 (traction)


13
2t  ⇒ ( 5 ), sens 
4) Parallèle à CE (53) à partir de 3  53 → N 53 (traction)
3m 10 11 12

9
2t (3)

3m 5 6 8
4 7 1

1 2 3

5 "14"
2m 4m 2m (4)
3

Rép. : N1=N12=-1.5 t, N2=N3=-N11=-2.5 t, N4=-N8=2.7 t, N5=-0.75 t, N6=1.25 t,


N7=N10=N13=0, N9=-0.5 t.
4 2

Exercice 6.15 (2)


(1)
Calculer les efforts dans les barres à l'aide du tracé de Cremona.

F12 P=20t
D N26

N41 N54 N65


1 2 4m
5 6m
4 N45 6
N14 N53
N34C 3 E
A N
A- Poutres continues à âme pleine 129 1 30 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exercice 6.17
Déterminer les efforts dans les montants 1, 2 et 3 ainsi que l'expression géné-
rale donnant l'effort Nm dans le montant courant m.

m
3 2 1 α

P P P P P P P
a a a a a a a

Rép. : N1=0, N2=-P/2, N3=-P, Nm=-P(m-1)/2.

Exercice 6.16
Déterminer les efforts dans les barres numérotées de 1 à 3.

a
P

1 2

3
30°

Rép. : N1=3.86P, N2=2.45P, N3=-4.46P.


A- Poutres continues à âme pleine 131 1 32 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Ainsi dans l'exemple cité, les équations de continuité s'écrivent :


6.6 SYSTÈMES HYPERSTATIQUES EN TREILLIS ARTICULES
Nous allons maintenant appliquer la méthode générale des forces au calcul δ u u
11 X 1 + δ 12 X 2 + δ 1 F = 0
des systèmes hyperstatiques en treillis articulés.  u
δ 21 X 1 + δ u22 X 2 + δ 2 F = 0
Nous avons vu que le degré d'yperstaticité est égal à :
Les coefficients δ iju et δ iF se calculent par les formules vues précédemment
H = b + l − 2n
c'est-à-dire :
b = nombre de barres
l = nombre de liaisons b b
n ki n kj N kF n ki
n = nombre de nœuds
δ iju = ∑ ∫ ( EA )
k = 1 lk k
dx δ iF = ∑ ∫ ( EA )
k = 1 lk k
dx

L'hyperstaticité peut être interne, s'il y a des barres surabondantes (on parlera
dans ce cas d'inconnues hyperstatiques intérieures) ; externe, s'il y a des liaisons Si EA est constante pour chaque barre, il vient :
surabondantes aux appuis (inconnues hyperstatiques extérieures). Souvent les b
nki nkj b

∑ ( EA ) ∑ ( EA )
N kF nki
systèmes hyperstatiques comportent des inconnues hyperstatiques des deux ty- δ iju = lk δ iF = lk
pes. k =1 k k =1 k

Pour calculer un système hyperstatique de degré H, il faut effectuer un nom- où :


bre équivalent (H) de coupures judicieusement choisies, soit en enlevant certains
appuis, soit en sectionnant des barres sans les supprimer, soit en combinant les b = nombre de barres
deux (suppression d'appuis + sectionnement de quelques barres), de façon à lk = longueur de la barre k
obtenir un système isostatique de base géométriquement stable.
6.6.2 Poutre en treillis avec montants et diagonales croisées
6.6.1 Poutre continue en treillis articulé

k-1 k k+1
r 1 n=H

m+1
s

m-1

m
A B
Figure 6.30

Figure 6.29 Chacun des n panneaux du système comporte une diagonale surabondante.
Le système fondamental (isostatique) s'obtient en effectuant des coupures dans
Les seules inconnues hyperstatiques de la poutre représentée ci-dessus pro- les n diagonales surabondantes.
viennent des appuis simples surabondants. Les efforts N1(X1), …, Nk-1, Nk, Nk+1, …, Nn dans les diagonales sectionnées
En appliquant la méthode des forces on commence par choisir un système s'obtiennent à partir des équations générales. Le système d'équations s'écrit :
fondamental par suppression des liaisons surabondantes.
δ 11
u u
N1 + δ 12 N 2 +...+δ 1uk −1 N k −1 + δ 1uk N k + δ 1uk +1 N k +1 +...+δ 1nn Nn + δ 1F = 0
Un premier système fondamental est obtenu par suppression des deux appuis 
intermédiaires ; on obtient ainsi une poutre isostatique et les deux réactions sup- ................................................................................................
primées seront déterminées par application de la méthode des forces.  u u u u u u
δ k 1 N1 + δ k 2 N2 +...+δ kk −1 N k −1 + δ kk N k + δ kk +1 N k +1 +...+δ kn N n + δ kF = 0
Nous pouvons également transformer la poutre en un ensemble de trois pou- ................................................................................................

tres isostatiques en sectionnant les barres r et s. Il faut noter que les barres r et s δ u N + δ u N +...+δ u N + δ u N + δ u N +...+δ u N + δ = 0
sont coupées et non supprimées. Les efforts normaux dans les barres r et s cons-  n1 1 n2 2 nk −1 k −1 nk k nk +1 k +1 nn n nF
tituent les inconnues hyperstatiques. Intéressons-nous à la kème équation (relative à la diagonale k).
Les équations de continuité s'écrivent de façon unique quelque soit le sys- δ uk 1 N 1 + δ uk 2 N 2 +...+δ ukk −1 N k −1 + δ ukk N k + δ ukk +1 N k +1 +...+δ ukn N n + δ kF = 0
tème fondamental choisi.
A- Poutres continues à âme pleine 133 1 34 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Le coefficient général δ uki est donné par : n m + 1k . n m + 1k + 1


δ ukk +1 = l m+ 1
( EA )m+1
b
nrk . nri
δ uki = ∑ ( EA ) r
lr nmk = effort dans le montant m sous l'action des sollicitations unitaires appli-
r =1 quées aux lèvres de la coupure de la diagonale k.
nrk = effort dans la barre courante r sous l'action du couple de forces unitaires nmk-1 = effort dans le montant m sous l'action des sollicitations unitaires ap-
appliquées aux lèvres de la coupure de la diagonale k. pliquées aux lèvres de la coupure de la diagonale k-1.
nri = effort dans la barre courante r sous l'action du couple de forces unitaires nm+1 k = effort dans le montant m+1 sous l'action des sollicitations unitaires
appliquées aux lèvres de la coupure de la diagonale i. appliquées aux lèvres de la coupure de la diagonale k.
On montre aisément que les forces unitaires appliquées aux lèvres d'une coupure nm-1 k+1 = effort dans le montant m-1 sous l'action des sollicitations unitaires
quelconque n'introduisent des efforts que dans les six barres appartenant au pan- appliquées aux lèvres de la coupure de la diagonale k+1.
neau correspondant.
Pour δ ukk , il y a les six barres des panneaux correspondant qui interviennent.
Nk-1=1
1 Effort normal total
m
m-1

1 H

(a)
N k = N kF + ∑X n
i =1
i ki

Nk=1
6.6.3 Exemple d'application
1
m+1

1
m

P a P
(b)
4
(EA) = identique pour
Nk+1=1 toutes les barres
a/2 1 3 3' 1'
1
m+1

2 2'
1 H = b + l - 2n
= 7 + 4 - 10 = 1
(c) a a

Figure 6.31

Ainsi le coefficient δ uki sera nul dès que k diffère de i de plus d'une unité.
Nous avons deux possibilités de rendre isostatique le système, soit en coupant
L'équation générale de continuité s'écrit donc : la barre 4 soit en enlevant l'appui intermédiaire.
1ère méthode : on supprime l'appui intermédiaire.
δ ukk −1 N k −1 + δ ukk N k + δ ukk +1 + δ kF = 0
Trois efforts normaux apparaissent dans cette équation d'où son nom de for-
mule des trois N.

Les coefficients δ uk ,k −1 , δ ukk et δ ukk +1 sont obtenus à partir des expressions


simples suivantes :
b 2
n mk . n mk −1
∑ ( EA )
nrk
δ ukk −1 = lm δ ukk = lr (6 termes ≠ 0)
( EA )m r =1 r
A- Poutres continues à âme pleine 135 1 36 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

P P
B 4
y
1 3
A
x
2
Système fondamental (S.F.) RA=P RA'=P

• Nœud A

N1F ΣFy = 0 ⇔ N 1 F / 2 + P = 0
P P ⇒ N 1F = -P 2
45° ΣFx = 0 ⇔ N 2 F + N 1 F / 2 = 0
N2F
⇒ N 2 F = − N 1F / 2 = P
P

Par symétrie on a : N 1F = N 1' F et N 2 F = N 2' F


X1
Système équivalent (S.E.) • Nœud B
Equation de continuité :
P
u
δ 11 X 1 + δ 1F = 0 B N4F ΣFy = 0 ⇔ − P + ( P 2 ) / 2 − N3F / 2 = 0

avec : 90°
45° ⇒ N3F = 0

7 7
ΣFx = 0 ⇔ −( P 2 ) / 2 + N 4 F = 0
nk21 1
u
δ 11 = ∑∫
k =1 lk
( EA )k
dx =
EA k = 1 ∑
nk21lk
P 2
N3F
⇒ N 4F = − P

et : Par symétrie N3F = N3'F = 0


7 7
N kF n k 1 1
∑∫ ∑N
b) Efforts nki (i=1)
δ 1F = dx = kF .nk 1 .lk
k =1
( EA )k EA k =1 • Nœud A
Calcul des efforts dans les barres. B
a) Efforts NkF 1 1/2
RA = n11
Appliquons la méthode des nœuds. 2 1 3
45°
2
1
A R = A n21
A' 2
X1=1
A- Poutres continues à âme pleine 137 1 38 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

u
2 Les coefficients δ 11 et δ 1F s'obtiennent par sommation sur les colonnes cor-
ΣFy = 0 ⇒ n11 =
2 respondantes. Les sommes obtenues sont ensuite divisées par EA.
1
ΣFx = 0 ⇒ n 21 =− L'équation de continuité s'écrit alors :
2
N.B.: n11 = n1'1 et n21 = n2'1 (par symétrie) 1 a 1
(2 2 + 3 )X1 − aP( 2 + 2 ) = 0
EA 2 EA

2( 2 + 2 )
• Nœud B d'où : X 1 = P X 1 = 1.172 P
2 2+ 3
L'effort total Nk dans la barre k s'obtient par addition des efforts dus à F (sol-
n41
45°
ΣFy = 0 ⇒ n 31 = − 2 / 2 licitation globale externe) et aux inconnues Xi.
90°

2 n31
ΣFx = 0 ⇔ (
2
/ 2 + n 31 / 2 + n 41 = 0
N k = N kF + ∑n
i =1
ki . X i
2
2
⇒ n 41 = 1 Il est pratique d'ajouter les deux dernières colonnes du tableau comme indi-
qué.

2ème méthode : on effectue une coupure dans la barre 4 (Figure 6.32).


Les résultats obtenus sont résumés dans le tableau ci-après.

4
Nk=NkF+
Barre k lk (EA)k NkF nki Nkp.nki.lk n2kilk nki.Xi
nkiXi
1 3 3' 1'
1 a/ 2 EA −P 2 2 /2 −aP 2 2 a 2 4 0.828P -0.586P
2 2'

2 a " P -1/2 -aP/2 a/4 -0.586P 0.414P


(a) S.F.
P P
3 a/ 2 " 0 - 2 /2 0 a 2 4 -0.828P -0.828P
X1
4 a " -P 1 aP a 1.172P 0.172P

1' a/ 2 " −P 2 2 /2 −aP 2 2 a 2 4


(b) S.E.
2' a " P -1/2 -aP/2 a/4 Figure 6.32
u
L'équation de continuité ne change pas : δ 11 X1 + δ 1F = 0
3' a/ 2 " 0 - 2 /2 0 a 2 4
u
a( 2 2 + 3)
Pour déterminer les coefficients δ 11 et δ 1 F il faut calculer les efforts dans les
∑ −aP( 2 + 2 )
2 barres sous l'action de la sollicitation unité X1=1 et des forces P (sollicitation
générale externe).
A- Poutres continues à âme pleine 139 1 40 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

a) Efforts NkF (effort dans chaque barre sous l'action des charges extérieures).
B B'
X1=1 X1=1
P P
(a)

A C A'

HA'=0

RA=1/2 RC=1 RA'=1/2

R=P/2 R=P R=P/2


X1=1 X1=1
Figure 6.33 (b)

1 3' 1'
- La barre 4 qui est sectionnée n'intervient pas dans ce cas. 3
- On a deux systèmes isostatiques symétriques. 2 1 1 2'

1/2 1/2 1/2 1/2

Figure 6.34

N1F
1 3
45°
2
N2F
P/2 P/2 P/2 • Nœud A

ΣFy = 0 ⇒ N 1 F = − P / 2 et par symétrie N1F = N3F ΣFy = 0 ⇒ n11 = 2 2 , ΣFx = 0 ⇒ n 21 = −1 / 2

ΣFx = 0 ⇒ N 2 F = P / 2 P
1
 N = N 3 F = N 1' F = N 3' F = − P / 2
En résumé, on a :  1 F 1 3
n11
 N 2 F = N 2' F = P / 2
A 1 A 45°
2
b) Efforts nki n21

1/2 1/2 1/2

• Nœud B
A- Poutres continues à âme pleine 141 1 42 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

2 1 n
B 1 ΣFx = 0 ⇔ −( ) + 1 + 31 = 0 2' a " P/2 -1/2 -aP/4 a/4
45° 2 2 2
90°
⇒ n 31 = − 2 / 2 3' a/ 2 " −P / 2
- 2 /2 aP 2 4 a 2 4
2 n31
En utilisant la symétrie on peut résumer les a(2 2 + 3)
2
efforts : ∑ -aP/2 2

2 1
n11 = n1' 1 = , n 21 = n 2' 1 = −
2 2 u
δ 11 et δ1F étant connus, on peut calculer X1
2
n 31 = n 3' 1 =− , n 41 = 1
2 P
X1 = , X 1 = 0 .172 P
2 2 +3
On peut vérifier que les efforts dans les barres sont exactement ceux trouvés
avec la première méthode.

6.6.6 Exercice
Calculer les efforts dans les barres de la poutre représentée.

5
1 9
3 8 l
6

A 2 7 10 B

P P
l l l

Nk=MkF
Barre k lk (EA)k NkF nki NkF.nki.lk n2kilk nki.Xi
+nkiXi
Solution
1 EA −P / 2 −aP 2 4 0.121P -0.586P
a/ 2 2 /2 a 2 4

2 a " P/2 -1/2 -aP/4 a/4 -0.086P 0.414P

3 " −P / 2 a 2 4 -0.121P -0.828P


a/ 2 - 2 /2
aP 2 / 4

4 a " 0 1 0 a 0.172P 0.172P

1' " −P / 2 −aP 2 4 a 2 4


a/ 2 2 /2
A- Poutres continues à âme pleine 143 1 44 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

• Nœud C

y N4F
ΣFy = 0 ⇒ N 3 F = P
x ΣFx = 0 ⇒ N 4 F = − P
P 2 N3F
S.F.

• Nœud D
X2

P
N6F
ΣFy = 0 ⇒ N 6 F = 0
X1
ΣFx = 0 ⇒ N 7 F = P
P S.E. P P 45°
N7F
Equations canoniques du système :
P
u u
δ 11 X1 + δ 12 X 2 + δ 1F = 0
δ u21 X 1 + δ u22 X 2 + δ 2 F = 0 • Nœud E
1- Efforts NkF
P
ΣFx = 0 ⇒ N 9 F = − P / 2
C 4 E 45°
ΣFy = 0 ⇒ N 8 F = P
0 N9F
1 6 1 N1F N8F
3 8

A B 45°
2 7 10
D F N2F • Nœud F
P P P
RA=P RB=P P
ΣFx = 0 ⇒ N 10 F = P

P N10F N.B.: N5F = 0, car la barre est coupée.


• Nœud A

ΣFy = 0 ⇒ N 1 F = − P / 2 2- Efforts nk1


ΣFx = 0 ⇒ N 2 F = P
C 4 E

1 6 1
3 8

A 2 7 10 B X1=1
RAX=1
D F
P P
A- Poutres continues à âme pleine 145 1 46 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Réactions : 3- Efforts nk2


ΣFx = 0 ⇒ R Ax = 1
C 4 E
ΣM / A = 0 ⇒ R By = 0 5
X2=1
et : ΣFy = 0 ⇒ R Ay = 0 3 8
6
• Nœud A A 7 B
D F
n11 ΣFy = 0 ⇒ n11 = 0
ΣFx = 0 ⇒ n 21 = 1 Réactions :
45°
1 ΣFx = 0 ⇒ R Ax = 0
n21 et par symétrie
ΣM / A = 0 ⇒ R By = 0
n 91 = 0 ; n101 = 1
ΣF y = 0 ⇒ R Ay = 0
N.B. : n51 = 0, car la barre 5 est coupée.
Seules les barres du panneau central supportent des efforts différents de 0
(déjà montré précédemment).
• Nœud C
n12 = n22 = n 92 = n102 = 0

n41 • Nœud C

ΣFx = 0 ⇒ n 41 = 0
n42
0 ΣFy = 0 ⇒ n 31 = 0 45°
n31 ΣFx = 0 ⇒ n 42 = −1 / 2
1
0 ΣFy = 0 ⇒ n 32 = −1 / 2
n32
• Nœud D
ΣFy = 0 ⇒ n61 = 0 • Nœud D
0
n61 ΣFx = 0 ⇒ n71 = 1
1
1 45° n71 2 n62
ΣFy = 0 ⇒ n62 = 1

• Nœud F
0 ΣFx = 0 ⇒ n72 = −1 / 2
n72

n81
• Nœud F
ΣFy = 0 ⇒ n 81 = 0
1 n101 ΣFx = 0 ⇒ n101 = 1 1
n82 ΣFy = 0 ⇒ n 82 = −1 / 2

On vérifie que n102 = 0


1 45° 0
2
A- Poutres continues à âme pleine 147

Calcul des coefficients


10
n k21 l k
∑ ( EA )
u 3l
δ 11 = =
k =1 k EA
10
nk 1 . nk 2
∑ ( EA )
u l
δ 12 = δ u21 = lk = −
k =1 k 2 EA
10
n k22 l k 2l ( 1 + 2 )
δ u22 = ∑ ( EA )
1 k
=
EA
10
N kF . n k 1

3 Pl
δ 1F = lk =
1
( EA )k EA
10
N kF . n k 2

Pl 2
δ 2F = lk = −
1
EA EA

Après simplification, les équations canoniques s'écrivent :

 1 
 3 − 
 2   X 1  =  −3 P 
1    
− 2( 1 + 2 )   X 2   P 2 
 2 

d'où :
X 1 = −0 .964 P et X 2 = 0 .152 P
Efforts dans les barres
L'effort total dans la barre k vaut :
2
N k = N kF + ∑n
i =1
ki . X i

ou encore :
N k = N kF + n k 1 . X 1 + n k 2 . X 2 (Voir tableau)
1 50 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

7.2 CLASSIFICATION DES STRUCTURES


La méthode étant basée sur les déplacements des nœuds, les structures consi-
dérées sont classées en fonction des possibilités de déplacement de leurs nœuds.
On distingue deux catégories :

a) Les structures à nœuds fixes ou à nœuds invariables (Figure 7.2)


Chapitre 7
Dans de telles structures, les nœuds ne peuvent subir que des rotations.
METHODE DES ROTATIONS

7.1 INTRODUCTION (a) (b)


Figure 7.2
Bien qu’ayant un caractère général, comme la méthode des forces, la mé-
thode des rotations (des déplacements ou des déformations) est cependant surtout Notons que la dérive (c’est-à-dire la translation) des nœuds d'un système peut
utilisée pour le calcul des structures constituées de barres, généralement droites. être empêchée soit par la nature même du système (notamment le type d'appuis)
Des barres droites assemblées en leurs extrémités (nœuds) forment des struc- soit par une symétrie de la géométrie et du chargement du système.
tures appelées portiques (Figure 7.1).
b) Les structures à nœuds déplaçables (Figure 7.3)
Ce sont des structures dont les nœuds ou certains nœuds subissent des tran-
slations en plus des rotations.

(a) (b)
Figure 7.1

Les portiques ont un comportement essentiellement flexionnel, c'est-à-dire (a) (b)


que la flexion est prépondérante. On peut de ce fait négliger les déformations Figure 7.3
provoquées par l'effort normal et l'effort tranchant.
Une structure est à nœuds déplaçables si le système articulé, obtenu par rem-
Les structures auxquelles on s'intéresse ici sont planes et chargées dans leur placement de tous les nœuds et de tous les encastrements d'appui par des articu-
plan. lations, constitue un système instable (mécanisme).
D'une façon générale, la méthode des déplacements est utilisée lorsque le de- Le nombre de translations possibles pour les nœuds représente le nombre de
gré d'hyperstaticité est élevé. Notons aussi qu'elle s'applique parfaitement aux degrés de liberté (ddl) du système articulé. Le nombre de ddl correspond au
poutres continues ; dans ce cas, les appuis intermédiaires constituent les nœuds nombre de liaisons supplémentaires qu'il faut ajouter à la structure articulée
de la structure. instable pour qu'elle devienne immobile (stable), du point de vue translation.
Le nombre de translations indépendantes possibles d'un système vaut :
Kt = 2n – (b+l)
Méthod e des rotations 151 1 52 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Avec : 2) Afin d'obtenir un système équivalent à la structure initiale, on applique des


n = nombre de nœuds et d'appuis. déplacements (inconnus) correspondant aux liaisons ajoutées (Figure 7.6).
b = nombre de barres (une console n'est pas comptée comme une barre).
l = nombre de liaisons aux appuis du système articulé.
w1 w2
(3)
δ
7.3 PRINCIPE DE LA METHODE
(3) (2)

Figure 7.6

Kt=1 Kt=2 Kt=3

Les inconnues du problème dans le cas considéré sont :


(a) (b) (c)
X1 = w1 (rotation du nœud 1)
X2 = w2 (rotation du nœud 2)
X3 = δ (translation horizontale des nœuds 1 et 2, la variation de longueur de la
barre 1-2 étant négligée).
3) Pour obtenir les déplacements inconnus (X1, X2, X3) on écrit qu'il y a équilibre
Kt=1 Kt=2 des réactions (moments ou forces) apparaissant dans chaque liaison ajoutée sous
l’effet des forces extérieures et des déplacements imposés. Soit :
R1 = Σ des moments réactifs dans l'encastrement (1) = 0
(d) (e)
R2 = Σ des moments réactifs dans l'encastrement (2) = 0 (7.1)
Figure 7.4 : Exemples de calcul de Kt R3 = Σ des réactions dans la liaison (3) = 0
La méthode consiste à déterminer les déplacements (rotations et translations) Il importe de noter que le système de base obtenu selon l'étape 1 est toujours
des nœuds de la structure ; puis, en raison de l'interdépendance qui existe entre constitué de barres dont chacune a soit ses deux extrémités encastrées soit une
les déformations et les efforts, on détermine les efforts (moment, effort tranchant extrémité encastrée et l'autre appuyée simplement ou doublement (Figures 7.7 et
et effort normal). Le principe de la méthode est décrit par les trois étapes suivan-
tes.
1) On ajoute des liaisons aux nœuds de la structure initiale pour obtenir un sys-
tème dont les nœuds n'ont aucune possibilité de déplacement (rotation ou transla-
tion). Le système ainsi obtenu est appelé système statique de base (Figure 7.5b).

(a) (b)
Figure 7.7

7.8).
(a) Système initial
(b) Système de base

Figure 7.5
Méthod e des rotations 153 1 54 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

On a : MA wA(wA>0)

Mx = MA + RAx
A x B
EIy" = -MA - RAx
RA l
EIy' = -MAx - RA x2/2 + C
EIy = -MAx2/2 - RAx3/6 + Cx + D y Figure 7.9
(a) (b)
avec :
C = EIθ0 = EIwA et D = EIf0 = EI.0 = 0
Figure 7.8 donc :
EIy' = -MAx - RAx2/2 + EIwA
Pour terminer, on retient que la méthode des déplacements est caractérisée EIy = -MAx2/2 - RAx3/6 + EIwAx
par :
Conditions à l'extrémité B
1) Le blocage des nœuds.
En B (x = l), on a : θB = 0 et yB = 0
2) Un seul système de base possible, donc une façon unique de mettre le pro-
blème en équations (de ce fait, la méthode est particulièrement indiquée pour le D'où :
calcul automatique).
0 = -MAl - RA l2/2 + EIwA
3) Des liaisons ajoutées spéciales ; en effet,
0 = -MAl2/2 - RAl3/6 + EIwAl
• Les encastrements ajoutés supportent uniquement des moments et peuvent
ou encore :
par conséquent subir des translations.
• Les liaisons de translation supportent seulement des forces suivant la liaison  l 2   M A   EIw A   4 EIw A
ajoutée. l     M A =

 2 2  = ⇒ l
7.4 SOLLICITATION DES BARRES DROITES HYPERSTATIQUES l l 3     
R = −
6 EIw A
(↓)
 
 2 6   R A   EIlw A  
A
l2
Comme nous venons de le voir, le système de base est constitué de barres qui
peuvent être : On peut maintenant calculer RB et MB.
- encastrées aux deux extrémités
- encastrées d'un côté et appuyées de l'autre 4 EIw A 6 EIw A 2 EIw A
M B = M A + R Al = − =−
Ces barres sont sollicitées par : l l l
- les déplacements appliqués 6 EIw A
- les charges extérieures RA + RB = 0 ⇒ RB = (↑)
l2
Le calcul de ces poutres peut être effectué par l’une des méthodes exposées
précédemment comme la méthode des paramètres initiaux, la méthode des forces Application : Rotation unitaire (wA = 1)
ou encore la formule des 3 moments ou toute autre méthode.
4 EI 2 EI 6 EI 6 EI
MA = ;MB = − ; R A = − 2 ( ↓ ) ; RB = 2 ( ↑ )
7.4.1 Barres soumises à des déplacements d'appuis l l l l
Examinons à titre d’exemple le cas de la poutre encastrée à ses deux extrémi- b) Méthode des forces (Figure 7.10)
tés soumise à une rotation de l’un de ses appuis (Figure 7.9).
δ 11
u
M A + δ 12
u
M B + δ 1F = 1
a) Méthode des paramètres initiaux  u
δ 21 M A + δ 22
u
M B + δ 2F = 0
On veut calculer les réactions. Soient RA, MA, RB et MB les composantes des
réactions aux appuis A et B qui apparaissent sous l'action de wA. δ1F = δ2F = 0 (pas de charges extérieures).
Méthod e des rotations 155 1 56 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Les coefficients du système ci-dessus sont calculés à partir des figures 7.10c Tableau 7.1
et 7.10d.
w=1 w=1
1 1 2 l l
δ 11
u
= . .l .1. = ; δ 22
u
=
EI 2 3 3 EI 3 EI
l l
1 1 1 l
δ 12
u
= δ 21
u
= . .l .1. = 6EI/l² 2EI/l
6EI/l² 4EI/l
EI 2 3 6 EI
d'où :
4EI/l 6EI/l² 2EI/l 6EI/l²

 l l   M A  1   4 EI
 3 EI     M A =
6 EI    =   ⇒ l δ=1
 l l 
     M = − 2 EI
3 EI   M B  0  
B δ=1
 6 EI  
l l l
6EI/l²
6EI/l² 12EI/l3 12EI/l3
wA=1

A B (a) 12EI/l3 12EI/l3


6EI/l² 6EI/l²
l

δ=1
MA MB
wA=1
(b) l δ=1
l
3EI/l3 2
3EI/l
3EI/l3
Figure 7.10 3
MA=1 3EI/l
3EI/l3
3EI/l²
(c)
w=1 w=1

1
l l
MB=1 3EI/l
3EI/l²
(d) 3EI/l2

3EI/l²
3EI/l² 3EI/l

1
δ=1

Le tableau 7.1 donne les réactions, les moments et les déformées des diffé- δ=1
rents cas de figure. l
l
3EI/l2
3
7.4.2 Barres soumises à des charges 3EI/l
3EI/l3
Les calculs peuvent être menés par les méthodes exposées dans les chapitres
précédents. Les diagrammes des moments et les réactions des cas de charge les 3EI/l3
3EI/l3 3EI/l2
plus courants sont regroupés dans le tableau 7.2.
Méthod e des rotations 157 1 58 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Tableau 7.2 7.5 NOMBRE D’INCONNUES – EQUATIONS D’ÉQUILIBRE

q q
7.5.1 Nombre d’inconnues (K)
Le nombre d’inconnues de la méthode est égal au nombre de déplacements
l possibles (rotations Kr et translations Kt) des nœuds de la structure considérée.
ql²/8
ql²/12 ql²/12 K = Kr+Kt
5ql/8 - Kr = nombre de rotations - égal au nombre de nœuds de la structure (les ap-
ql/2 ql/2 9ql²/8
l
3ql/8 puis n’étant pas comptés comme nœuds).
ql²/24 5l/8 3l/8 - Kt = nombre de déplacements linéaires indépendants (voir § 7.2).
- K représente le nombre de liaisons (encastrements ou butées de translation)
a b a b ajoutées pour immobiliser les nœuds de la structure initiale.
P P
7.5.2 Equations d’équilibre

Pab²/l² Pab(a+2b)/2l²
Chaque équation exprime l’équilibre des réactions apparaissant dans une liai-
Pa²b²/l²
son ajoutée. Dans chaque liaison (i) introduite, la résultante des réactions, en-
2Pa²b²/l 3 Pa²b(2a+3b)/2l3
gendrées par les forces extérieures (RiF) et par les déplacements appliqués (Rij),
doit être nulle.
P(3a+b)b²/l3 P(a+3b)a²/l3 Pb(a²+2ab+2l²)/2l3 P(2a+3b)a²/2l3 Ainsi, dans l’exemple de la figure 7.11 ci-dessous les équations à partir des-
quelles seront tirés les déplacements inconnus (X1, X2 et X3) s’écrivent :
P P
R1 = R11 + R12 + R13 + R1F = 0
l/2 l/2 l/2 l/2 R2 = R21 + R22 + R23 + R2F = 0 (7.2)
Pl/8 Pl/8 R3 = R31 + R32 + R33 + R3F = 0
6Pl/32
X1
Avec : X2
(3) X3
R11 = réaction (moment réactif) (2)
P/2 11P/16 5P/16 (1)
P/2 apparaissant dans la liaison ajoutée
Pl/8 5Pl/32 1 (encastrement) sous l’action du
déplacement appliqué X1 (rotation). Figure 7.11
a b a b
R12 = réaction (moment) appa-
C C raissant dans la liaison 1 sous
l’action du déplacement X2.
Ca(3a-2l)/l²
6abC/l3 3C(l²-b²)/2l3 R31 = réaction (force horizontale) apparaissant dans la liaison 3 (liaison de
translation) sous l’action du déplacement X1.

6abC/l3 Et de manière générale :


Cb(2l-3b)/l² C(l²-3b²)/2l² 3C(l²-b²)/2l3
RiF = réaction qui apparaît dans la liaison ajoutée i sous l’action de la sollici-
l/2 l/2 l/2 l/2 tation globale F (c’est-à-dire les charges appliquées).

C C Rij = réaction dans la liaison i, dont la nature est déterminée par celle de la
liaison, sous l’action du déplacement Xj.
3C/2l C/4 9C/8l En vertu du principe de superposition des effets nous pouvons écrire :
C/2 7C/16
Rij = riju X j (7.3)
C/4 C/2 3C/2l C/8 9C/16 9C/8l
Méthod e des rotations 159 1 60 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

où : L’équation canonique du système s’écrit :


• Xj est le déplacement inconnu appliqué. r11u X 1 + R1F = 0
• riju est la réaction dans la liaison i sous l’action d’un déplacement unitaire,
u
Calcul du coefficient de réaction r11 (moment de ré-
rotation ou translation selon la nature de la liaison j, appliqué à la liaison j.
action unitaire) : u
Ainsi, pour une structure à n inconnues (n déplacements inconnus des
r11
nœuds), le système d’équations s’écrit : u
On indique r11 dans le sens de la rotation X1 appli-
u
r11 u
X 1 + r12 X 2 + ... + r1un X n + R1F = 0 quée à l’encastrement élastique ajouté (figure ci-contre).
............................................................
riu1 X 1 + riu2 X 2 + ... + rinu X n + RiF = 0 (7.4) Diagramme unitaire :
............................................................
X1=1
rnu1 X 1 + rnu2 X 2 + ... + rnn
u
X n + R nF = 0 X1=1 3EI/l²
6EI/h²
4EI/h
Ou encore sous forme condensée :
n 3EI/l 3EI/l²

∑j =1
riju X j + RiF + 0 i = 1, …, n (7.5)
m1
Sous forme matricielle le système d’équations canoniques s’écrit :
6EI/h²
[r u ][X ] = [− RF ] 2EI/h

[r u ] est appelée matrice de rigidité. Le coefficient u


r11 est calculé de façon à réaliser l’équilibre au nœud du dia-
gramme m1.
7.6 EXEMPLES D’APPLICATION
Equation d’équilibre :
Exemple 1
u
r11
P
Soit à calculer le portique ci-contre. 3 EI 4 EI
3EI/l u
+ − r11 =0
(EI) = Cte = 2 1010 kgcm² l h
l/2=2m l/2 P = 100 kg u 3 4
⇒ r11 = ( + )EI
l h
h=3m Degré d’hyperstaticité : K = 1 + 0 = 0
4EI/h

Le coefficient R1F (réaction de charge) est calculé de la même manière que


u
X1 X2 r11 .
X1 P P

Système de base
Méthod e des rotations 161 1 62 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Diagramme de la charge appliquée : Le diagramme des charges ne change pas.


L’action de la charge est limitée à la travée sur laquelle elle est appliquée.
75kgm
6Pl/32 P
R1F

6Pl/32 31.25kg
68.75kg 62.5kgm
11P/16 5Pl/32
5P/16
MF MF

48kgm

Le sens de R1F est donné par celui choisi pour X1. L’équation d’équilibre du Le diagramme final des moments (M)
nœud déterminera le signe correct. s’obtient par superposition des diagrammes M1
Equation d’équilibre : et MF. On note que l’équilibre de rotation du 76kgm
nœud est satisfait.
6 Pl 6
R1 F + = 0 ⇒ R1 F = − Pl Les réactions aux appuis de système donné M
32 32 peuvent s’obtenir en reportant les réactions des
L’inconnue X1, peut être calculée maintenant : diagrammes M1 et MF aux appuis réels qui les
supportent.
24kgm
3
Pl
3 4 6 18
X 1 ( + )EI − Pl = 0 ⇒ X 1 = P P
l h 32 3 4 B 24kg RHB=24kg
( + )EI
l h
31.25kg 6.75kg
A.N : h = 300 cm et l = 400 cm m RVB=38kg
9 −5
X1 = 10 = rotation (en radian) du nœud rigide du système donné.
5
Pour passer du diagramme unitaire m1 au diagramme réel M1, on multiplie le RHA=24kg
24kg A
premier par X1. 68.75kg
6.75kg
6.75kg RVA=62kg
24kg *) Si X1 était négative on aurait in- A partir des réactions et des charges extérieures, on trace les diagrammes de
48kgm versé le diagramme et le sens des réac- N et de T.
tions.
27kgm 6.75kg

62kg
24kg
38kg
M1
24kg
24kgm N T

62kg
24kg
Méthod e des rotations 163 1 64 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exemple 2 8EI/l
ru22 R1F R2F
q=2t/ml
ql²/12
8EI/l
2EI 2EI r u
= 20EI/l R1F = 0 R2F = -ql²/12
22
K=2+0=2
EI l=4m
EI 4EI/l

S.D.
La résolution du système donne :
4 4 12
l l=4m X1 = − , X2 = = , ( EI ) en tm²
21EI 7 EI 21EI

X2 Diagrammes réels :
X1
Equations canoniques : Les diagrammes m1 et m2 sont multipliés par X1 et X2, respectivement.

r11
u u
X 1 + r12 X 2 + R1 F = 0
 u 8/21 24/21
r22 X 1 + r22
u
X 2 + R2F = 0
S.F. 12/21

4/21 4/21 12/21 12/21

24/21

Diagrammes unitaires (a et b) et diagramme des charges (c) : M1 M2

2/21 6/21

1 Le diagramme final du moment fléchissant s’obtient par superposition des


8EI/l 4EI/l diagrammes M1, M2 et MF.
1 4EI/l

4EI/l 32
4EI/l 20 68
4EI/l
8EI/l 8EI/l 4
12
34
a) m1 b) m2
2EI/l ql²/12=56/21 2EI/l M(1/21)

ru11 ru12
8EI/l 4EI/l
ql²/24=28/21 2 6

ru11 = 12EI/l
ru12 = ru21 = 4EI/l
Effort tranchant et effort normal ; on détermine d’abord les réactions
4EI/l d’appuis.
c) MF
Méthod e des rotations 165 1 66 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Diagrammes unitaires : On peut vérifier sur la figure ci-


contre que les équilibres de transla- q=2t/ml
tions sont satisfaits : 2/14
3/4EI 3/4EI 3/4EI
∑ Fv = 0 31/7
3/8EI 3/8EI
3/4EI ∑ Fh = 0
3/4EI 3/4EI
(réactions en t)
1/14 3/14

3/8EI (1) 3/8EI (2) (i)


Exemple 3 2/7 27/7

Sous les charges extérieures :


(2EI) Le système a trois inconnues, K = 2 + 1,
les deux déplacements angulaires des nœuds
rigides (X1 et X2) et un déplacement linéaire
q (EI) (EI) l
ql/2=4 ql/2=4 (X3).

(F)
l
Pour passer des réactions unitaires aux réactions réelles on multiplie les réac- (a)
tions (1) et (2) par X1 et X2, respectivement.

1/7 3/7 3/7 Les trois équations canoniques du système s’écrivent :


1/14

3/14
r11u u
X 1 + r12 u
X 2 + r13 X 3 + R1 F = 0
1/7 3/7 3/7  u u u
r21 X 1 + r22 X 2 + r23 X 3 + R 2 F = 0
 u u u
r31 X 1 + r32 X 2 + r33 X 3 + R3 F = 0
1/14 (I) 3/14 (II)
X2
X1
X3
Il faut maintenant superposer les réactions (I), (II) et (F).

2/7 La dernière phase consiste à


3/14 transmettre les réactions des encas-
1/14
trements élastiques (nœuds rigides) S.F.

27/7 31/7 aux appuis réels, c’est-à-dire aux


encastrements.
(efforts en t) 2/14
1/14 3/14 N.B. : En raison de la nature de X3 qui est un déplacement linéaire, les coeffi-
31/7 cients ru13, ru23, ru31, ru32 et R3F sont des forces et ru33 une force/unité de longueur.
Quant aux autres coefficients (ru11, ru12, ru21, ru22, R1F et R2F) ce sont des mo-
Pour pouvoir calculer l’effort normal en ments.
(réactions en t)
un point quelconque du système, il suffit 1/14 3/14
d’ajouter au schéma ci-contre les charges
2/7 27/7
extérieures.
Méthod e des rotations 167 1 68 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Diagrammes unitaires et des charges extérieures ru13

12EI/l² 1 ru23
1 8EI/l
6EI/l² 12EI/l²
4EI/l 4EI/l ru13 = -6EI/l²
12EI/l²
ru23 = -6EI/l²
4EI/l 6EI/l² 6EI/l² 6EI/l²
4EI/l
8EI/l 12EI/l²

m1
m2
R1F

2EI/l 2EI/l R2F

4EI/l² R1F = ql²/12


6EI/l²
R2F =0
ql²/12
3
12EI/l3 12EI/l 6EI/l² ql²/12 ql/2

6EI/l²
ru31 ru32
ql²/24
m3 MF
∑Fh = 0 ⇒ ∑Fh = 0 ⇒
ru31 = -6EI/l² ru32 = -6EI/l²
6EI/l²
6EI/l²
ql²/12 ql/2
12EI/l3 12EI/l3

6EI/l² 6EI/l²
Calcul des coefficients de réaction
ru33 R3F
ru11 ru12
8EI/l 4EI/l

ru11 = 12EI/l q
ru12 = 4EI/l ru33 =24EI/l3
R3F=ql/2-ql=-ql/2

4EI/l

12EI/l² 12EI/l² ql/2

8EI/l
4EI/l ru21 ru22 La résolution du système d’équations, donne :

3 ql 3 29 ql 3 60 ql 4
ru21 = 4EI/l ru22 = 12EI/l
4EI/l
X1 = , X2 = , X3 =
2496 EI 2496 EI 2496 EI
Méthod e des rotations 169 1 70 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Diagrammes réels Diagrammes N et T


116 On commence par calculer les réactions transversales de chaque barre suppo-
6 sée isostatique est chargée par des moments aux appuis (lus directement sur le
6
diagramme final de M) et les charges extérieures qui lui sont directement appli-
58 58 quées.
12
192ql/1248
M1(ql²/1248) M2(ql²/1248)
192ql/1248
70ql²/1248 122ql²/1248
3 29 273ql/1248 273ql/1248

9ql/1248 87ql/1248
q q

180 180 ql²/12

975ql/1248 273ql/1248
ql²/24 281ql²/1248 151ql²/1248
M3(ql²/1248) q
(a) (b)
MF
On trace ensuite le diagramme de T (en considérant chaque barre séparément
ql²/12 puis celui de N en vérifiant l’équilibre de translation aux nœuds.
180 180
360ql/1248 360ql/1248 624ql/1248
273 273
192 C
Diagramme (final) des moments et réactions aux encastrements.
273

122 T(ql/1248) T C
N(ql/1248)
70

A B
975 192 192

M(ql²/1248)
Vérification :
On vérifie l’équilibre de rotation et de translation de chaque nœud.
281 151 a) Equilibre de rotation
H H
R A = 975 ql / 1248 R B = 273 ql / 1248

70ql²/1248 122ql²/1248

70ql²/124 122ql²/1248

∑M=0 ∑M=0
Méthod e des rotations 171 1 72 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

b) Equilibre de translation Pour l’étape 6, on tiendra compte des trois observations suivantes :
- Les coefficients rujj sont toujours strictement supérieurs à zéro.
192

273 273
- Les coefficients ruij sont différents de zéro seulement quand i et j sont des
nœuds voisins (liés par la barre ij).
192
- ruij = ruji
ql/1248
Les efforts normaux sont obtenus à partir des conditions d’équilibre de tran-
slation de chaque barre isolée par des coupes.
273 273

∑Fh=0, ∑Fv=0 ∑Fh=0, ∑Fv=0


192 192

7.7 CALCUL DES EFFORTS INTERNES


Comme on vient de le voir, le diagramme final des moments fléchissants est
obtenu par superposition des diagrammes dus aux charges extérieures et aux
déplacements appliqués. Les diagrammes unitaires sont multipliés par les valeurs
algébriques des déplacements correspondants puis superposés au diagramme
sous les charges extérieures.
Les efforts tranchants et normaux peuvent être calculés en considérant cha-
que barre comme une poutre isostatique (bi-articulée) soumise aux charges exté-
rieures qui lui sont appliquées et à des moments d’appuis donnés par le dia-
gramme final des moments fléchissants.

7.8 VERIFICATION DES RESULTATS


La vérification consiste essentiellement à s’assurer de l’équilibre, de transla-
tion et de rotation, de chaque nœud et de parties entières de la structure.

7.9 LES ETAPES DE LA METHODE


L’application de la méthode des rotations peut se résumer aux étapes élémen-
taires suivantes :
1- déterminer le nombre d’inconnues
2- représenter le système statique de base
3- porter les charges extérieures et les déplacements (inconnus) appliquées
4- écrire le système d’équations
5- tracer les diagrammes unitaires et celui (ou ceux) des charges extérieures
6- calculer les coefficients de réaction (ruij, RiF)
7- résoudre le système d’équations pour obtenir les déplacements des nœuds
8- passer des diagrammes unitaires aux diagrammes réels en multipliant chaque
diagramme par le déplacement (avec son signe) qui lui correspond
9- tracer le diagramme final des moments par superposition des diagrammes
obtenus à l’étape 8 et du diagramme sous les charges extérieures
10- calculer les efforts N et T comme indiqué au paragraphe (7.7) puis tracer
leurs diagrammes.
Calcul des systèmes plans par la méthode des forces 173
C a l c u l d e s s y s tè m e s p l a n s p a r l a m é th o d e d e s f o r c e s 174

Exercice 7.5
7.10 EXERCICES
Tracer les diagrammes de M, de N et de T des systèmes suivants. q=8t/ml
B EI C E

Exercice 7.1 Exercice 7.2 l


EI EI
P q=1t/ml
A C A B
EI EI D A D
2m
EI l=6m l
EI l P=4t

2m
Exercice 7.6 Exercice 7.7
B C
l/2 l/2 6m 4m B C B C
2EI EI P

Exercice 7.3 6m EI EI 6m EI EI

q=1t/ml
B C
A D A D
EI E
8m 8m

6m EI EI
Exercice 7.8
A D
D B C
6m 4m I2
P=20t
Exercice 7.4
4.5m I1

q=2t/ml q
A
A B EI D F
2.5m 6m

12m
EI EI A.N. : EI1=64 106 kgm², EI2=43 106 kgm².

C E
6m 12m 6m
C a l c u l d e s s y s tè m e s p l a n s p a r l a m é th o d e d e s f o r c e s 175

Exercice 7.9

l
q=2t/ml
B D F
EI

2l EI EI

A E

2l l=5m

Exercice 7.10

P=1000 daN
q=600 daN/ml
B 2EI C E 2EI F

4m EI EI

A D

5m 2m 3m

A.N. : I = 1, E = Cte.
1 78 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

dans l'exécution pratique de la méthode, le calcul des rotations n'est pas explicité,
on travaille directement sur les moments agissant aux extrémités des barres.

Convention des signes :


Vu le caractère systématique de la méthode, on adopte M>0 M<0
pour le moment fléchissant une convention différente de
Chapitre 8 celle de la RDM. Un moment sera considéré comme positif
s'il tend à provoquer une rotation dans le sens trigonomé- Figure 8.1
MÉTHODE DE CROSS trique (Figure 8.1).

8.2 REPARTITION ENTRE LES BARRES D'UN MOMENT APPLIQUE


A UN NŒUD COMMUN
Considérons un nœud (A) (qui ne subit pas de translation) auquel aboutissent
n barres qui sont encastrées ou articulées à leur autre extrémité et appliquons lui
un couple MA (Figure 8.2).
Les portiques peuvent être avantageusement calculés par ce qu'on appelle la
méthode de Cross, du nom de son auteur Hardy Cross (USA, 1930). Cette mé- Sous l'action de MA, le nœud A tourne d'un
thode est en fait une version améliorée, sur le plan des calculs, qui sont plus angle ωA. Le moment repris par chacune des 1
barres est proportionnel à la rotation ωA et peut 2
simples, de la méthode des déplacements. Si les méthodes des forces et des dé-
placements sont exactes du point de vue résistance des matériaux (RDM), la s'écrire : MA
méthode de Cross est approximative même du point de vue; l'approximation est
MAi = -KAiωA (8.1)
toutefois acceptable, l'erreur étant de l'ordre de 5%. A
KAi étant une constante appelée facteur de 4
Conçue principalement pour le calcul des systèmes dits à nœuds fixes (sys-
rigidité de la barre Ai. C'est le moment fléchis-
tèmes dont les nœuds subissent uniquement des rotations), la méthode a été gé-
sant (en valeur absolue) à l'extrémité A de la
néralisée aux systèmes à nœuds déplaçables, c’est-à-dire pouvant subir aussi bien
barre Ai sous l'action d'une rotation unitaire 3
des rotations que des translations.
appliquée en A (ωA=1). Notons que le signe
La méthode de Cross a suscité l'intérêt de nombreux auteurs qui se sont atta- moins devant le deuxième membre de (8.1)
chés à la perfectionner en simplifiant davantage les calculs et en développant de montre que les moments de reprise s'opposent
Figure 8.2
nouvelles méthodes de calcul pour les systèmes à nœuds déplaçables, où la mé- au moment appliqué (MA).
thode originale de Cross était assez fastidieuse.
Le nœud étant en équilibre, les moments de reprise doivent équilibrer le mo-
ment appliqué MA, c’est-à-dire qu'on a :
8.1 PRINCIPE DE LA METHODE
n
La méthode mise au point par Cross est inspirée du procédé mathématique de
résolution par approximations successives des systèmes linéaires. Pour bien
MA + ∑M
i =1
Ai
=0
montrer le principe de la méthode, on raisonnera sur le cas des systèmes à nœuds
fixes. compte tenu de (8.1), on tire :
On suppose qu'à l'état initial les nœuds de la structure sont bloqués et ne peu- MA
vent subir aucune rotation. Après application des charges, on libère successive- ωA = n
ment chacun des nœuds qu'on laisse tourner, puis on le bloque à nouveau avant
de passer au nœud suivant.
∑K
i =1
Ai

Ces opérations sont répétées jusqu'à ce que la libération des nœuds ne provo- L'équation (8.1) s'écrit alors :
que plus de rotation. Cela signifie alors que l'état d'équilibre est atteint.
K Ai
Comme à chaque étape du calcul il n'y a qu'un seul nœud libre, il en résulte M Ai = − MA
n


qu'à chaque étape il n'y a qu'une seule inconnue, la rotation du nœud libéré. Ain-
K Ai
si, le système d'équations d'équilibre propre à la méthode générale, se résume à
i =1
une seule équation à une inconnue dont la résolution est immédiate. Notons que
Méthod e des rotations 179 1 80 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Posons : Lorsque E, I et S sont constants, les expressions précédentes deviennent :


K Ai L 1 L 1
C Ai = (8.2) a=c= + b= −
n 3 EI LGS 6 EI LGS
∑K
i =1
Ai
Si on néglige la déformation due à l'effort tranchant, les deux dernières for-
mules se réduisent à :
CAi est appelé coefficient de répartition de la barre Ai.
L L
a=c= b=
Remarques 3 EI 6 EI
1) on peut vérifier que : ∑CAi = 1.
8.3.2 Facteurs de rigidité et de transmission
2) Cij ≠ Cji en général.
Ces facteurs s'expriment en fonction des coefficients a, b et c. On distingue
Les couples de reprise s'expriment alors par : deux types de barre : bi-encastrée ou encastrée à l'une des extrémités (nœud A) et
articulée à l'autre.
M iA = −C Ai M A (8.3)
1) Barre AB encastrée aux deux extrémités
La rotation ωA provoque également une transmission de couples aux extrémi-
tés des barres. Les couples transmis sont proportionnels aux moments de reprise c b
K AB = λ AB =
et sont donnés par : ac − b² c
(8.5)
a b
M iA = λ Ai M Ai (8.4) K BA = λ BA =
ac − b² a
La constante λAi est appelée facteur de transmission du nœud A vers le nœud i.
2) Barre AB encastrée en A et articulée en B
On notera que pour des barres comme Ak, qui est articulée à son autre extré-
mité, le facteur de transmission est nul puisque MkA = 0. 1
K AB = λ AB = 0
c
b (8.6)
8.3 FACTEURS DE RIGIDITE – FACTEURS DE TRANSMISSION 1 λ BA =
K BA = a
Ces coefficients ne dépendent que des caractéristiques géométriques (S, I, L) c
et mécaniques (E, G) de la barre considérée (voir méthode des déplacements). Dans le cas où la barre est de section constante, de même nature, et si on né-
glige l'influence de T on a :
8.3.1 Coefficients de souplesse d'une barre
4 EI
Soit une poutre bi-articulée AB de longueur L, de section S et de modules K AB = K BA = A B
L (a)
d'élasticité E et G. On appelle coefficients de souplesse ou caractéristiques mé- 1) (8.7)
1
caniques de la poutre AB, les coefficients suivants : λ AB = λ BA =
2
L L
x 2 dx 1 dx

a = γ uAA = ( 1 −
o
) +
L EI L2 ∫ κ GS
0 3 EI
(b)
A B

K AB = K BA =
L L 2) L (8.8)
x 2 dx 1 dx 1 Figure 8.3
c = γ uBB = (

0
) +
L EI L2 ∫
0
κ
GS
λ AB = 0 , λ BA =
2
Afin d'alléger l'exposé, nous ne considérerons que le cas des barres prismati-
L L
x x dx 1 dx ques (influence de T négligeable) ; le raisonnement est évidemment valable pour
∫ ∫
u
b =γ BA
= (1 − ) − κ les autres cas.
L L EI L2 GS
0 0
Méthod e des rotations 181 1 82 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

8.3.3 Exemple 8.4 SYSTEMES A NŒUDS FIXES


Soit à calculer les coefficients CAi et λAi de la structure représentée à la figure
8.4.1 Exposé de la méthode
8.4. On a :
Afin de fixer les idées nous raisonnerons sur la structure représentée à la fi-
K Ai gure 8.5.
C Ai = 4

∑K
j =1
Aj
B C E
Fi-
4(3EI) 12EI 4(2EI) 8EI
K A1 = = K A2 = =
L L L L
3(5EI) 15EI 4(EI) 4EI Figure 8.5
K A3 = = K A4 = =
L L L L
D

1 A
L ; 3EI
Supposons que les nœuds B et C ont été bloqués (verrouillés) avant l'applica-
tion des charges. Les barres sont donc bi-encastrées (barres AB, BC et CD) ou
4 A 2 Figure 8.4 encastrée et articulée (barre CE) et peuvent être considérées séparément.
L ; EI L ; 2EI
L ;5EI Dans ce cas, les moments aux extrémités de chaque barre, dus aux charges
extérieures, peuvent être calculés par l'une des méthodes exposées dans les cha-
pitres précédents.
3
Ces moments, désignés par M , sont appelés moments d'encastrement parfait
4

∑K
39EI ou plus simplement moments d'encastrement. Ainsi, aux appuis on a les mo-
et Aj =
L ments :
j =1

M AB en A, M DC en D , M EC = 0 en E
12 8 15 4
d’où : C A1 = C A2 = C A3 = C A4 =
39 39 39 39 et aux nœuds :

De plus : M B = M BA + M BC en B , M C = M CB + M CD + M CE en C

1 Du point de vue mécanique, bloquer les nœuds B et C revient à appliquer à


λ A1 = λ A2 = λ A4 = et λ A3 = 0 ces nœuds des moments, dits de fixation ou de blocage, qui valent "-MB" et
2
"-MC", respectivement.
Pour parvenir à l'état final réel, il faut que tous les nœuds soient débloqués
(libres). Au lieu de déverrouiller tous les nœuds simultanément, avec la méthode
de Cross on libère un nœud à la fois.
Commençons par débloquer le nœud B par exemple qui va pouvoir tourner.
Effectuer cette opération de déverrouillage, équivaut à appliquer un moment
M(1)B = MB en B. Les nœuds A et C étant toujours bloqués, le couple M(1)B sera
réparti entre les barres BA et BC selon la relation (8.3).
Méthod e des rotations 183 1 84 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

On obtient : Or : CCB + CCD + CCE = 1 ; donc on a bien M = 0.


r( 1 )
M BA = −C BA M B
(1) r( 1 )
M BC = −C BC M B
(1) Nous avons ainsi accompli un tour complet des nœuds c’est-à-dire que nous
avons réalisé la première itération (1er cycle), d'où le (1) porté en puissance.
Quant aux moments transmis, ils sont donnés par la formule (8.4). On notera également que le moment en B est désormais différent de zéro
r( 1 ) (1) r( 1 ) puisque on a :
t( 1 ) M BA MB t( 1 ) M BC M B( 1 )
M AB = = −C BA M CB = = −C BC r( 1 ) (1)
2 2 2 2 t( 1 ) M CB MC
M BC = = −CCB
Faisons maintenant le bilan des moments agissant en B avant de le bloquer à 2 2
nouveau. Le moment résultant en B vaut : Ce moment sera noté M (2)
et représente le nouveau moment de libération du
B
nœud B.
M= M BA + M BC − M B(1) + M B(1) r(1)
+ M BA r(1)
+ M BC
On bloque ensuite le nœud C (en équilibre maintenant) et on entame la 2ème
M=
r(1)
M BA + M BC + M BA
r(1)
+ M BC =
(1)
MB
(1)
− C BA M B
(1)
− C BC M B itération (2ème cycle) en procédant comme lors de la 1ère itération.
Débloquer B revient à appliquer un moment de libération valant M(2)B. On
M = M B(1) (1 − C BA − C BC ) calcule à nouveau les moments répartis et les moments transmis, etc.
Comme : CBA + CBC = 1, il en résulte M = 0, c’est-à-dire que le nœud B est Au bout de 3 ou 4 itérations, les moments de fixation (ou de libération) de-
en équilibre. On fixe maintenant le nœud B dans sa position d'équilibre, sans viennent négligeables et on peut alors arrêter les opérations. Cela signifie qu'on
devoir appliquer un moment de fixation puisque le moment résultant est nul. peut libérer les nœuds sans qu'il y ait modification sensible des moments existant
aux nœuds. L'équilibre est atteint.
Avant de libérer le nœud suivant, en l’occurrence le nœud C, il convient de
préciser son moment de fixation. En effet, aux moments d'encastrement initiaux Le moment final à l'extrémité d'une barre sera la somme algébrique de tous
est venu s'ajouter le couple transmis
t( 1 )
M CB ; donc le couple de blocage vaut : les moments correspondant à cette extrémité c’est-à-dire :
- le moment d'encastrement parfait,
F t(1) t(1) - les moments répartis,
M C = − M C − M CB = −(M CB + M CD + M CE + M CB ) - les moments transmis.
avec : Par exemple, le moment MCB agissant à l'extrémité C de la barre CB vaut :
(1) r( 1 ) r( 2 ) t( 1 ) t( 2 )
t( 1 ) MB M CB = M CB + M CB + M CB + ... + M BC + M BC + ... (8.9)
M CB = −C BC
2
Nous libérons le nœud C en lui appliquant un moment de libération qui vaut : 8.4.2 Les étapes de la méthode
M(1)C = MFC et qui sera réparti comme suit : Pour résumer ce qui a été exposé, on retient que la méthode de Cross s'appli-
r( 1 ) (1) r( 1 ) (1) r( 1 ) (1) que de la façon suivante :
M CB = −CCB M C M CD = −CCD M C M CE = −CCE M C
a) on calcule les facteurs de répartition ;
Les couples transmis correspondants valent :
b) on bloque tous les nœuds et on calcule les moments d'encastrement sous
r( 1 ) r( 1 ) (1) l'action des charges extérieures ;
t( 1 ) M CB M C( 1 ) t( 1 ) M CD MC t( 1 )
M BC = = −C CB ; M DC = = −CCD ; M EC = 0 c) on calcule les moments de fixation (ou de blocage) ;
2 2 2 2
Le nœud C est maintenant en équilibre comme on peut le constater en faisant d) on libère un nœud, de préférence celui qui possède le moment de fixation
le bilan des moments. le plus élevé en valeur absolue et on calcule les moments répartis ;
t(1) (1) (1) r(1) r(1) r(1) e) on calcule pour chacune des barres le couple qui est transmis à l'autre ex-
M = M CB + M CD + M CE + M CB − M C + M C + M CB + M CD + M CE trémité ;
(1) r(1) r(1) r(1) (1) (1) (1) (1) f) le nœud libéré étant en équilibre, ou le bloque à nouveau avant de libérer le
M = M C + M CB + M CD + M CE = M C − CCB M C − CCD M C − CCE M C
nœud suivant.
(1)
M = M C (1 − CCB − CCD − CCE )
Méthod e des rotations 185 1 86 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

8.4.3 Procédé pratique d'exécution de la méthode de Cross 8.4.4 Calcul des éléments de réduction
Vu le caractère systématique de la méthode, il est commode d'effectuer les • Moment fléchissant
calculs sous forme de tableau (voir tableau page suivante).
Les moments aux extrémités étant connus, chaque barre est à considérer iso-
Les trois premières lignes du tableau comportent les nœuds (1ère ligne), les lément et isostatique. Elle sera soumise aux charges extérieures qui lui sont di-
barres (2ème ligne) et les coefficients de répartition changés de signe (3ème ligne). rectement appliquées et aux moments calculés de Cross (faire attention au signe).
Le signe moins est ajouté pour éviter le risque de l'oublier lors du calcul des
Le diagramme final des moments de la structure est constitué par les dia-
couples répartis. Ces 3 lignes restent identiques quel que soit le type de charge-
grammes de l'ensemble des barres (considérées chacune séparément).
ment.
• Effort tranchant
La 4ème ligne comporte les moments d'encastrement aux extrémités de chaque
barre. Désignons par TFx l'effort tranchant dans la section courante d'abscisse x de la
barre AB (de longueur L) supposée isostatique sous l'action des charges qui lui
Dans le reste du tableau on distingue :
sont directement appliquées. Alors l'effort tranchant total est donné par :
a) les 2 premières colonnes de gauche
- dans la 1ère colonne on indique le numéro du nœud libéré, F M AB + M BA
Tx = Tx + (8.10)
- dans la deuxième colonne on porte la valeur (avec son signe) du moment L
de libération correspondant. MAB et MBA sont les moments de Cross (c’est-à-dire avec la convention de signes
b) le reste des colonnes de la méthode de Cross). Avec la convention classique de la résistance des maté-
Elles comportent les couples de reprise et les couples transmis. Chaque li- riaux, l'expression devient :
gne de cette partie du tableau correspond à la libération d'un nœud.
M BA − M AB
On arrête les calculs lorsqu'on constate que les couples de libération sont né- T x = T xF + (8.11)
gligeables. L
Chaque fois qu'un nœud a été libéré, on trace un trait horizontal traversant • Effort normal
toutes les colonnes relatives aux barres aboutissant à ce nœud (trait discontinu Les efforts tranchants dans les différentes barres étant connus, les efforts
dans le tableau). Cette trace horizontale signifie qu'à cet instant le nœud en ques- normaux s'obtiennent en vérifiant les conditions d'équilibre de translation de
tion est en équilibre (ΣM = 0). chaque nœud.
Le tableau se termine par une ligne des totaux. On porte dans chaque case la
Noeud (ou appui) A B C D E
somme algébrique de tous les couples qui y ont été inscrits. Cette somme repré-
sente le moment réel (avec le signe de Cross) agissant à l'extrémité considérée. Barre (ou extrémité) AB BA BC CB CD CE DE EC

Remarques : Coef. de répartition x (-) -CBA -CBC -CCB -CCD -CCE


- la ligne des barres est en fait la ligne des "extrémités des barres" (4 barres = 8 Mot. d’encastrement parfait M AB
M BA M BC M CB M CD M CE M CD 0
extrémités dans l'exemple considéré).
- la dernière colonne n'est pas nécessaire dans le cas qui nous a servi d'exemple Noeud Moment de libéra-
puisqu'il s'agit d'une articulation (M = 0). Libéré tion
- les coefficients de répartition CAB, CDE et CEC ne sont pas nécessaires car il (1)
s'agit d'appuis et non de nœuds. B M B = M BA + M BC

Moments aux extrémités


des barres

Tableau d’exécution de la méthode de Cross.


Méthod e des rotations 187 1 88 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

8.4.5 Exemple d'application Noeud (ou appui) 4 1 2 5 3

On veut résoudre le portique représenté par la méthode de Cross. La charge Barre (ou extrémité) 41 14 12 21 23 25 52 32
répartie vaut 1 t/ml. Coef. de répartition -0.25 -0.75 -0.50 -0.333 -0.167
x (-1)
Mot. d’encastrement
q 0.0 00 3.0 -3.0 0.0 0.0 0.0 0.0
(tm)
1 2 3
Nœud Mot de
libéré libér. (tm)
Figure 8.6 1 3 - 0.375 -0.75 -2.25 -1.125
6m
m 2 -4.125 1.031 2.063 1.375 0.688 0.344 0.688

4 5

6m 4m 1 1.031 - 0.129 -0.258 -0.773 -0.387

2 -0.387 0.097 0.194 0.129 0.065 0.033 0.065


Les facteurs de rigidité valent :
1 0.097 - 0.012 -0.024 -0.073 -0.036
K 12 = K 21 = 3 ; K 23 = K 32 = 2 ; K 14 = K 41 = K 25 = K 52 = 1
2 -0.036 0.009 0.018 0.012 0.006 0.003 0.006
Solution :
Mots aux extrémités
a) Facteurs de répartition - 0.516 -1.032 1.041 -2.273 1.516 0.759 0.380 0.759
des barres

K14 1 K12 3 Diagrammes M, N et T


C14 = = = 0.25, C12 = = = 0.75, et C14 + C12 = 1
K14 + K12 4 K14 + K12 4
Pour les diagrammes de M et de T, on étudie chaque barre séparément, sup-
K 23 2 K 21 3 posée isostatique et chargée par les sollicitations extérieures qui lui sont directe-
C 23 = = = 0.333, C 21 = = = 0.50 ment appliquées et par des moments aux extrémités obtenus par la méthode de
K 21 + K 23 + K 25 6 K 21 + K 23 + K 25 6
Cross (dernière ligne du tableau de Cross). Les efforts normaux dans les barres
K 25 1 sont obtenus à partir des conditions d'équilibre de translation horizontale et verti-
C 25 = = = 0.167 et C21 + C 23 + C25 = 1 cale des nœuds 1 et 2.
K 21 + K 23 + K 25 6

N.B. : Tous les coefficients de transmission valent 1/2. 2.28

b) Moments d'encastrement parfait. 1.52

Seule la travée 12 est chargée. Avec la convention de Cross on a : 1.03

qL² 0.76
M 12 = − M 21 = = 3 tm
12 0.76
M(tm)
Les autres moments sont nuls.
Le reste des calculs est montré dans le tableau de la page suivante. La der-
nière ligne donne les moments recherchés aux extrémités des barres. 0.52 0.38
Méthod e des rotations 189 1 90 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

A partir des équations (b) on obtient :


2.79
d d
0.57
M ij − λ ji M ji
0.26 C θi = (c)
C
K ij ( 1 − λij λ ji )
0.07
Si la barre ij est de rigidité constante, donc λij = λji = 0.5, il vient :
C C d 1 d
T(t) N(t) M ij − M
4 2 ji
3.21 θi = (c')
3 K ij
0.26 0.19 2.79 3.78
Pour une barre ij encastrée en i et articulée en j on a :
Figure 8.8
M ij = M ij + K ijθ i et M ji = 0
8.4.6 Vérifications
D’où :
Au cours des calculs il est nécessaire d'effectuer les vérifications suivantes :
d
d M ij
a) S'assurer que la somme des coefficients de reprise de chaque nœud vaut M ij = M ij - M ij = K ijθ i et θi =
bien "1". K ij
b) Vérifier que le moment de libération est bien équilibré par la somme des Application :
couples de reprise.
Vérifions la rotation du nœud 1 de l’exemple traité. En considérant la barre
Les diagrammes peuvent être contrôlés en s’assurant que : 12 on trouve en 1 :
c) L'équilibre de rotation, et éventuellement l'équilibre de translation, s'il n'a
d 1 d 1
pas été vérifié lors du calcul des efforts normaux, de chaque nœud sont vérifiés. M 12 − M 21 ( 1.041 − 3.000 ) − ( −2.273 − ( −3.000 ))
4 2 4 2
Il y a lieu de noter que la condition d’équilibre de rotation des nœuds a été déjà θ1 = = = −1.032
utilisée pour la répartition des moments, il s’agit ici de s’assurer qu’il n’y a pas 3 K 12 3 3
eu d’erreur par la suite.
Si on considère la barre 14 on trouve :
d) Les barres qui aboutissent au même nœud subissent la même rotation. En
raison de la rigidité des nœuds, toutes les barres concourant en un nœud tournent d 1 d 1
M 14 − M (-1.032 − 0.000 ) − ( −0.516 − 0.000 )
d’un même angle. Les moments aux extrémités des barres étant connus (tableau 4 2 41 = 4 2
θ1 = = −1.032
de Cross), les rotations des nœuds peuvent être déterminées. 3 K 14 3 1
Considérons une barre ij et désignons par θi et θj les rotations des extrémités, Le signe moins indique que le nœud tourne dans le sens inverse au sens posi-
donc des nœuds i et j. tif de Cross, c’est-à-dire qu’il tourne dans le sens horlogique.
Le moment à l’extrémité i par exemple s’écrit, dans le cas d’une barre bi-
encastrée :
M ij = M ij + K ijθ i + λ ji K jiθ j (a1)

De même, on a en j :

M ji =M ji + K jiθ j + λ ij K ij θ i (a2)

Des équations (a) on tire :

M ijd = M ij − M ij = − K ij θi + λ ji K ji θ j
(b)
M dji = M ji − M ji = K ji θ j + λij K ij θi
Méthod e des rotations 191 1 92 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exemples d’application Barre AB :


q=600 kg/m
ql ²
M AB = + = 800
P 12
B E ql ² MAB MBA
C
2EI
M BA =− = −800 l=5m
2EI 12
q 2,00m 3,00m
4,00m
Barre CE :
I I 3
P=10 kg
3
P = 10 kg M EC = 0
C E
q = 600 kg/m MCE Pa.b
M CE = ( b + a 2 ) = 960 kg .m
A D a=2m b=3m l²

5,00 m 5,00 m
Nœuds A B C D E
1) Raideurs des barres : Barres AB BA BC CB CD CE DC EC
I 2I Coefficient de
R AB = ; R BC = répartition Cij -0.3846 -0.6153 -0.4211 -0.2622 -0.3158
4 5 pris en (-)
I 3 2I 3I
RCD = ; RCE = . = Moments
4 4 5 10
d’encastrement 800 -800 0 0 0 960 0 0
2) Coefficients de répartition des barres : parfait Mij

1er Cycle
R BA 14 
C BA = = ≅ 0.3846  B bloqué
R BA + R BC 1 4 + 2 5  MB(1)=-800
 MB=MB(1)
R BC 25
C BC = = ≅ 0.6154  C bloqué
R BC + R BA 2 5 + 1 4  MC(1)=1206.12
 MC=MC(1)

Vérification : ΣCij=1 ; CBA+CBC = 0.3846 + 0.6153 = 0.9999 ≅ 1 C débloqué -253.95 -507.90 -317.45 -380.89 -158.73 0

RCB 25  2ème Cycle


C CB = = ≅ 0.4210 
RCB + RCD + RCE 2 5 + 1 4 + 3 10 B bloqué
 MB=MB(2)
MB(2)=-253.95
RCD 14 
C CD = = ≅ 0.2632 B débloqué +48.83 +97.67 +156.26 +78.13
RCD + RCB + RCE 1 4 + 2 5 + 3 10 
RCE 3 10  C bloqué
MC(2)=78.13
C CE = = ≅ 0.3158  MC=MC(2)
RCE + RCD + RCB 3 10 + 1 4 + 2 5  C débloqué -16.45 -32.90 -20.56 -24.67 -10.28
CCB+CCD+CCE = 1 ; 0.4210 + 0.2632 + 0.3158 = 1 3ème Cycle
B bloqué
MB(3)=-16.45
MB=MB(3)

B débloqué 3.16 6.33 10.12 5.06


C bloqué
MC(3)=5.06
MC=MC(3)

C débloqué -1.07 -2.13 -1.33 -1.60 -0.67 0

3) Calcul des moments d’encastrement parfaits :


Méthod e des rotations 193 1 94 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

B bloqué
MB(4)=-1.07
MB=MB(4) A B
B débloqué 0.20 0.41 0.66 0.33

4ème Cycle 1600


387,91
C bloqué 1006 387,91 _
MC(4)=0.33
MC=MC(4) A B
C débloqué -0.07 -0.14 -0.09 -0.10 -0.04 0 707,22

Σ 1006 -387.91 387.74 -213.43 -339.43 552.74 -169.72 0

q=600 kg/m

Trace du diagramme de M ql²/8=1200

387,74 P 1600
213,43
B C 552,74 E
387,91
339,43
387,91
A
2,00 m 3,00 m
+
4,00 m q 492,78

2,00 m 2,00 m
169,72
1006
A D

5,00 m 5,00 m

Diagramme de M le long de AB Diagramme de M le long de CE


Méthod e des rotations 195 1 96 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Diagramme de M sur toute la structure


552,74
3
P=10 552,74
387,74
C E 213,43
387,91
552,74 332,43

552,74 _
868,36
C E 492,78
331,64

3
P=10 196,72
1006
C E

+
2,00 m 3,00 m
1200
552,74

868,36

M le long de BC M le long de DC

387,74 213,43 169,72 339,43

B C D C

339,43
387,74
213,43
_ _
B C D C
+

169,72
1 98 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Outre le problème de la recherche de la position la plus défavorable, les char-


ges mobiles peuvent provoquer une action dynamique résultant de vibrations ou
de chocs. Ce problème ne sera pas traité ici.
Hormis dans des cas très simples, la recherche de la position critique du
chargement est une opération assez complexe. Considérons à titre d’exemple une
poutre bi-articulée. Si la poutre est soumise à une force unique (Figure 9.2a), il
Chapitre 9 est évident que le moment maximum par exemple apparaît à mi-portée quand la
force est placée en cette même section. Dans le cas d’un chargement constitué de
LIGNES D’INFLUENCE deux forces (Figure 9.2b), la position de ce dernier qui provoque le plus grand
moment dans la poutre n’est déjà plus évidente. Même quand la section est fixée,
la recherche de la position qui provoque le plus fort moment en cette section
nécessite de longs calculs.

P P1 P2
A C B
a
9.1 INTRODUCTION x l/2-x l/2 l

Jusqu’à présent nous avons étudié des structures soumises à des charges im-
mobiles. Mais il existe de nombreux cas où les constructions supportent des (a) (b)
charges mobiles. L’exemple le plus commun est celui des ponts. Le chargement Figure 9.2
mobile étant dans ce cas représenté par l’action de la circulation des véhicules et
des trains. Comme autre exemple, citons les ponts roulants qu’on rencontre dans Le problème complexe de la recherche de la position critique d’un charge-
les ateliers de fabrication. Le chariot, qui déplace des pièces d’un point à un autre ment mobile peut être grandement simplifié par l’utilisation des lignes
de l’atelier, se meut sur des rails fixés à des poutres. d’influence que nous allons définir d’abord puis examiner leurs propriétés dans
les paragraphes qui suivent.
La figure 1 montre un exemple de chargement mobile, en l’occurrence le sys-
tème Bc. Les distances entre les roues sont fixes et le chargement, représenté
9.2 DEFINITIONS
dans le cas présent par un système de six forces concentrées, se déplace comme
un tout. Les lignes d’influence montrent graphiquement comment varient les diverses
grandeurs qu’on rencontre habituellement, tous les effets élastiques auxquels
6t 12t 12t 6t 12t 12t s’intéresse la résistance des matériaux, sous l’influence d’une charge constante
1 2 3 4 5 6 qui se déplace sur la structure.
4,5m 1,5m 4,5m 4,5m 1,5m La grandeur ou effet élastique peut être :
- une contrainte en un point précis ;
- le déplacement (rotation - translation) d’une section donnée ;
Figure 9.1 - une composante de réaction d’un appui ;
- un élément de réduction dans une section donnée.
Quand une charge (chargement) est mobile, c’est-à-dire pouvant occuper
n’importe quelle position sur la poutre, la question qui vient immédiatement à La charge mobile est habituellement une force verticale unité, vu qu’en géné-
l’esprit est de savoir, pour une grandeur donnée, quelle est la position de la ral on s’intéresse à l’action des charges verticales sur les constructions. Elle peut
charge (chargement) qui provoque la plus grande valeur de la grandeur étudiée. cependant être un couple, une force horizontale, une discontinuité de la section,
Cette grandeur peut être un effet élastique quelconque : déplacement d’une sec- un manque de concordance, etc.
tion, réaction d’un appui, moment dans une section, etc. Il s’agit donc de trouver Considérons par exemple une poutre-console de longueur l sur laquelle cir-
la positon de la charge (chargement) qui provoque l’effet maximum et la section cule une force P (Figure 9.3a) et intéressons-nous au moment d’encastrement.
où il se produit (section la plus dangereuse). C’est le problème majeur des char-
gements mobiles. Il faut noter que la position du chargement qui provoque le
plus grand effet pour une grandeur donnée (par exemple le moment fléchissant)
ne l’est pas en général pour une autre grandeur (l’effort tranchant par exemple) et
que ce qui intéresse l’ingénieur en définitive, c’est la position qui provoque les
contraintes les plus importantes.
Méthod e des rotations 199 2 00 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

P En vertu du principe de superposition, la structure étant élastique, on peut


A toujours écrire :
B
(a) x E = C.f(e,c) (9.1)
l
f(e,c) désignant ici la fonction d’influence de l’effet E produit par la cause C. Le
a diagramme de l’effet E montre par chaque ordonnée la valeur de cet effet dans la
l.i.MB Figure 9.3 section correspondante sous l’action de la cause C, immobile, appliquée en c
(b)
l (Figure 9.4c). Le diagramme est obtenu en portant en ordonnées les valeurs de
c
b l’effet E à l’aplomb de chaque section.
Le diagramme d’influence donne l’ordonnée par laquelle il faut multiplier la
Pl cause C pour avoir l’effet E dans la section fixe d’abscisse e (Figure 9.4d). Le
(c)
diagramme s’obtient en portant la valeur de l’effet E à l’aplomb de chaque posi-
tion de la cause C prise égale à l’unité.
Le moment d’encastrement est donné par l’expression :
9.3 UTILISATION DES LIGNES D’INFLUENCE
MB = - P(l-x) (a)
Les lignes d’influence permettent de calculer assez facilement les effets élas-
En faisant varier x de 0 à l, on constate la variation de MB en fonction de la tiques produits par les chargements les plus divers. Elles sont plus particulière-
position de P sur la poutre. Le facteur « - (l-x) » de l’équation (a) par lequel la ment utiles dans la recherche des valeurs extrêmes de ces effets et des positions
force P est multipliée pour avoir le moment en B est appelé fonction d’influence du chargement qui les provoquent.
(parfois coefficient d’influence) de MB. La ligne représentative de cette fonction -
représentée par la droite ab de la figure 9.3b - est appelée ligne d’influence de Reprenons l’exemple de la poutre-console et considérons un chargement
M B. composé de trois charges concentrées dont les distances mutuelles (d1 et d2) sont
invariables (Figure 9.5a). Signalons qu’un système de forces mobiles concen-
Le diagramme oab (Figure 9.3b) est désigné par diagramme d’influence de trées pouvant se déplacer en maintenant fixes les distances entre les points
M B. d’application des forces est appelé convoi.
Différence entre ligne d’influence et ligne représentative d’une grandeur D’après la définition du diagramme d’influence et en vertu du principe de su-
perposition, le moment en B sous l’action du système de forces vaut :
Le diagramme d’influence, délimité par la ligne d’influence et la droite re-
père (droite ob de la figure 9.3b), ne doit pas être confondu avec le diagramme 3
du moment fléchissant de la poutre, qui est pour sa part délimité par une droite M B = −( P1 y 1 + P2 y 2 + P3 y 3 ) = − ∑P y i i (a)
repère et la ligne représentative de l’effort considéré (Figure 9.3c). i =1

Considérons une structure élastique et intéressons-nous à l’effet élastique E P1 P2 P3


produit par une cause mobile C (Figure 9.4a). (a) A B
d1 d2
A E C B A E C B
l
e (variable) e (fixe)

c (fixe) c (variable)

(b) l y1
(a) (b) y2 y3
ye

Figure 9.5
Ligne représentative de E Ligne d'influence de E
(c) (d) Comme les valeurs du coefficient d’influence (ordonnées du diagramme
Figure 9.4 d’influence) augmentent quand on se rapproche de l’extrémité libre, on conclue
que la valeur extrême du moment d’encastrement s’obtient en plaçant le charge-
ment de manière à faire coïncider la force P1 avec l’extrémité libre de la poutre.
Méthod e des rotations 201 2 02 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Les lignes d’influence sont d’une utilité autrement plus grande dans les cas
complexes. Elles peuvent être également utilisées dans l’étude de l’action des
charges réparties. Si la poutre précédente est soumise à une charge répartie uni-
forme partielle comme indiqué à la figure 9.6a, le moment qu’elle produit dans
P1 P1 Pn
l’encastrement se calcule en assimilant la charge répartie à une série de forces
élémentaires qdx. (a)
x1
x2

qdx
y1 y2 S
A yn
(a) B (b)
d
Figure 9.7

l La connaissance de la ligne d’influence d’un effet élastique E permet de cal-


S y
(b) culer la valeur de cet effet sous l’action de la sollicitation globale en généralisant
les relations (a) et (b) précédentes :
Figure 9.6
n x2

d E= ∑ Pi y i +
∫ q.ydx (9.2)


M B = − q .ydx
0
(a) i =1 x1

9.4 LIGNE D’INFLUENCE D’UN DEPLACEMENT


Soit :
d d 9.4.1 Méthode basée sur le théorème de Betti-Maxwell


0

M B = − q. ydx = −q ydx = −qS
0
Le problème est de tracer la ligne d’influence du déplacement d’une section i
d’abscisse xi = e (constante). Il s’agit donc de calculer le déplacement subi par la
section étudiée sous l’action d’une force verticale unité qui se déplace sur la
où S est l’aire du diagramme d’influence se trouvant sous la charge répartie (Fi-
structure considérée.
gure 9.6b). Ce résultat peut être utilisé pour calculer le moment quelle que soit la
partie de la poutre chargée. Il permet entre autres de déduire que la position criti- La méthode intuitive, directe, consiste à construire la ligne d’influence point
que consiste à placer la charge le plus proche possible de l’extrémité libre. par point, en plaçant la charge unitaire en diverses positions et en déterminant le
D’autres utilisations des lignes d’influence, comme le calcul des réactions, seront déplacement provoqué dans la section i. Cette méthode, tout à fait générale,
montrées plus loin. pouvant s’appliquer quel que soit l’effet élastique et la structure étudiés, est ce-
pendant assez fastidieuse à l’exception des cas très simples.
Généralisation Le théorème de Betti-Maxwell, dont l’une des formes les plus usitées ex-
Soit une structure élastique soumise à un système de forces concentrées P1, prime que le déplacement provoqué dans la section i par une charge concentrée
P2, ..., Pn et une densité de charge q répartie sur un tronçon "d " compris entre les unité agissant dans la section j est égal au déplacement apparaissant en j lorsque
sections d’abscisses x1 et x2, respectivement (Figure 9.7a). u u
la même charge est appliquée en i, c’est-à-dire δ ij = δ ji , fournit une méthode
plus simple.
Méthod e des rotations 203 2 04 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Pour fixer les idées, considérons l’exemple de la figure 9.8.


1

1 1 (a) A B
i j x
j i
e e l

x x
(b) f3
f1 f2
(b) (a)
Figure 9.8
Chercher la ligne d’influence du déplacement δ, en l’occurrence la flèche de P P P
la section i, revient à calculer δ uix en faisant varier x de zéro à l (0≤x≤l). Or (c) A B
u u u l/4 l/4
d’après le théorème de Betti-Maxwell δ ix = δ xi . δ xi représentant le déplace-
ment de la section courante d’abscisse x sous l’effet d’une charge unité fixe ap- l
pliquée en i ; on voit que si x varie de 0 à l, on obtient la déformée de la poutre
sous l’action de la force unité agissant en i. Figure 9.9
En conclusion, la ligne d’influence du déplacement est donnée par la ligne Cette déformée est donnée par :
représentative de ce même déplacement sous l’effet d’une charge unitaire appli-
quée en i. Ainsi, pour tracer la ligne d’influence du déplacement vertical d’une u 1 3 2 3
δ xA = ( x − 3l x + 2l ) (a)
section i, il suffit de tracer la déformée de la structure sous l’action d’une force EI
verticale unité appliquée à la section i. L’expression obtenue, fonction d’influence, n’est pas une fonction linéaire de
Le tracé des lignes d’influence des déplacements se trouve ainsi simplifié x. La ligne d’influence est une parabole cubique (Figure 9.9b).
puisqu’il est ramené à la recherche de déformées. Par conséquent tous les résul- En guise d’application, calculons la flèche fA provoquée par le chargement de
tats concernant les déplacements, comme le théorème de Pasternak pour le calcul la figure 9.9c. Les déplacements étant petits, la flèche cherchée peut s’obtenir par
des déplacements des systèmes hyperstatiques, peuvent être utilisés.
superposition des effets de chacune des forces du chargement.
9.4.2 Exemple d’application f A = Pf 1 + Pf 2 + Pf 3 = P( f 1 + f 2 + f 3 )
Reprenons l’exemple de la poutre-console, supposée de rigidité flexionnelle Les flèches f1, f2 et f3 s’obtiennent par particularisation de l’expression (a)
constante. précédente. Il vient :
On veut tracer la ligne d’influence de la flèche δ de l’extrémité libre A.
Pl 3 81 5 Pl 3 249 Pl 3
D’après les résultats du paragraphe précédent, le problème revient à déterminer fA = (2+ + )= ( 128 + 81 + 40 ) =
la déformée de la poutre sous l’action d’une force verticale unité appliquée en A EI 64 8 64 EI 64 EI
(Figure 9.9a).
9.5 SYSTEMES ISOSTATIQUES

9.5.1 Méthodes de détermination des lignes d’influence

a) Méthode directe
Elle consiste en règle générale à chercher l’expression analytique de l’effet
élastique étudié dans la section considérée sous l’effet d’une charge unité. La
position de la charge est considérée comme la variable de l’expression cherchée,
c’est-à-dire l’équation de la ligne d’influence de l’effet élastique étudié dans la
section considérée. La ligne d’influence est tracée à partir des valeurs obtenues
(coefficients d’influence) pour plusieurs positions de la cause (charge).
Méthod e des rotations 205 2 06 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

En verra plus loin que le tracé des lignes d’influence peut être grandement
simplifié dans de nombreux cas. Par exemple, l’effet élastique est souvent une P=1
A B
fonction linéaire de la position (abscisse) de la cause. Dans ce cas, la ligne (a)
d’influence est une droite, ou plusieurs segments de droite, qu’on peut construire
à raison de 2 points par segment. Par ailleurs, les conditions de fixation de la x l-x
structure donnent souvent des indications précieuses qui facilitent le tracé. a

l y
b) Méthode cinématique (b) S
o
Elle permet d’obtenir directement la forme exacte de la ligne d’influence. La b
détermination d’une seule ordonnée suffit pour avoir l’échelle correcte du dia-
gramme d’influence. l
y' S'
(c) o
La méthode est basée sur le théorème des travaux virtuels. Pour obtenir la li-
gne d’influence d’une grandeur - R, M, N, T - on supprime la liaison lui corres- P1 P2 Pn
pondant et on la remplace par une inconnue (ou 2 inconnues égales et opposées A B
(d)
s’il s’agit d’une liaison interne). Avec la suppression d’une liaison, externe ou
interne, le système isostatique devient alors un mécanisme à un degré de liberté,
pouvant se déplacer sans se déformer (comme un corps indéformable). q
(e) A B
On applique ensuite au mécanisme un déplacement virtuel, c’est-à-dire très
petit et compatible avec les liaisons restantes. La configuration obtenue repré-
sente la ligne d’influence cherchée. L’échelle réelle du diagramme s’obtient en
Figure 9.10
calculant l’ordonnée d’un point.
Pour une charge concentrée P, les réactions en A et B s’obtiennent en multi-
9.5.2 Ligne d’influence d’une réaction d’appui pliant les coefficients d’influence correspondants, y et y’, respectivement, par P
Les lignes d’influence offre un moyen assez simple de calcul ou de vérifica- (Figures 9.10b et c). Dans le cas d’un système de plusieurs forces concentrées P1,
tion des réactions. Considérons la poutre bi-articulée de la figure 9.10a. P2, ..., Pn (Figure 9.10d), on a :
n n
Les réactions RA et RB sont données par :
(l − x ) x
RA = ∑P y
i =1
i i
et RB = ∑P yi =1
i
'
i

R A = 1. et R B = 1. (a)
l l Si la poutre supporte une charge q uniformément répartie sur un tronçon (Fi-
(l − x ) x gure 9.10e), la réaction d’un appui est obtenue en multipliant par q l’aire du
où et sont les coefficients d’influence de RA et RB, respectivement. Ils diagramme d’influence de la réaction considérée délimitée par le tronçon char-
l l gé ;
sont représentés graphiquement par les lignes d’influence ao (Figure 3.10b) et ob
(Figure 9.10c). RA = qS et RB = qS’
Par exemple, dans le cas d’une charge q répartie sur la moitié gauche de la
poutre on trouve :
1 l 1 3ql 1 l 1 ql
RA = q (1+ ) = et RB = q =
2 2B 2 8 222 8
En observant que les coefficients d’influence sont numériquement égaux aux
réactions apparaissant dans les appuis sous une charge unité, on peut déduire une
méthode très simple de construction des lignes d’influence. Considérons par
exemple la poutre de la figure 9.11a et intéressons-nous à la ligne d’influence de
la réaction en A. Quand la charge mobile, supposée dirigée vers le bas, est sur A,
la réaction en cet appui vaut 1, la force étant reprise en totalité par cet appui.
Lorsque la charge se trouve en B ou C, la réaction en A est nulle pour la même
Méthod e des rotations 207 2 08 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

raison invoquée précédemment. Sachant par ailleurs que la réaction est une fonc-
tion linéaire de x (position de la charge par rapport à une extrémité de la poutre), P=1
on trace aisément la ligne d’influence qui est composée de segments de droite A B
passant par les ordonnées 1 en A et 0 en B et C. L’unique façon de construire la (a)
ligne d’influence de RA est celle indiquée à la figure 9.11b.
a x l-x b
Pour la ligne d’influence de RB, elle passe par 0 en A, 1 en B et 0 à nouveau
en C (Figure 9.11c). Le même procédé est utilisé pour tracer la ligne d’influence j
de la réaction de l’appui C (Figure 9.11d).
δ y
A B C (b)
(a)
k
RA

Figure 9.12
(b) 1 +
L’équation des travaux virtuels s’écrit :
y
(c) R A δ − 1. y = 0 ⇒ R A =
+ 1 δ
où δ est le déplacement du point d’application de la réaction RA. La droite jk
(Figure 9.12b) donne la forme exacte de la ligne d’influence de la réaction. Pour
+
(d) _ avoir l’échelle correcte, il suffit de prendre δ = 1. La méthode est d’un grand
service dans le cas de structures complexes. Considérons la poutre cantilever de
la figure 9.13a.
Figure 9.11
A B C D
On notera que la somme des ordonnées des lignes d’influence des réactions (a)
de la poutre est égale à 1 quelle que soit la section considérée (équilibre de tran-
slation verticale). Cette condition offre un moyen de contrôle des diagrammes
d’influence obtenus. Si par exemple en une section quelconque cette somme est
différente de 1 ou que son signe est tel que la charge unité n’est pas équilibrée, + 1
c’est qu’il y a erreur. Cette méthode est d’une grande utilité dans le calcul des (b)
réactions des poutres isostatiques complexes avec plusieurs charges (poutres _
cantilevers notamment).
Figure 9.13
Méthode cinématique
Pour construire la ligne d’influence de la réaction de l’appui B par exemple,
Elle rappelle beaucoup la méthode précédente. Considérons la poutre bi- on supprime l’appui et on donne à la section B un déplacement unité positif (vers
articulée de la figure 9.12a. Pour tracer la ligne d’influence de la réaction de le haut). La nouvelle configuration de la poutre ainsi obtenue définit la ligne
l’appui A, on supprime la liaison et on la remplace par une force verticale RA puis d’influence cherchée (Figure 9.13b). De la même manière, on trace les lignes
on donne un déplacement vertical au mécanisme obtenu qui peut tourner autour d’influence des autres réactions.
de l’appui B (Figure 9.12b).
Méthod e des rotations 209 2 10 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Exemples d’application 3) Calcul des moments d’encastrement parfaits :


Barre AB :
q=600 kg/m
P ql ²
B E M AB = + = 800
C 12
2EI 2EI MBA
ql ² MAB
q
M BA =− = −800 l=5m
2,00m 3,00m 12
4,00m I I
3
P = 10 kg
Barre CE :
3
P=10 kg
q = 600 kg/m M EC = 0
C E
A D MCE Pa.b
M CE = ( b + a 2 ) = 960 kg .m
5,00 m 5,00 m a=2m b=3m l²

1) Raideurs des barres :


I 2I
R AB = ; R BC =
4 5
I 3 2I 3I
RCD = ; RCE = . =
4 4 5 10
2) Coefficients de répartition des barres :
R BA 14 
C BA = = ≅ 0.3846 
R BA + R BC 1 4 + 2 5 

R BC 25
C BC = = ≅ 0.6154 
R BC + R BA 2 5 + 1 4 

Vérification : ΣCij=1 ; CBA+CBC = 0.3846 + 0.6153 = 0.9999 ≅ 1

RCB 25 
C CB = = ≅ 0.4210 
RCB + RCD + RCE 2 5 + 1 4 + 3 10 
RCD 14 
C CD = = ≅ 0.2632
RCD + RCB + RCE 1 4 + 2 5 + 3 10 
RCE 3 10 
C CE = = ≅ 0.3158 
RCE + RCD + RCB 3 10 + 1 4 + 2 5 
CCB+CCD+CCE = 1 ; 0.4210 + 0.2632 + 0.3158 = 1
Méthod e des rotations 211 2 12 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Nœuds A B C D E Trace du diagramme de M


Barres AB BA BC CB CD CE DC EC P
387,74 213,43
B C 552,74 E
Coefficient de
répartition Cij -0.3846 -0.6153 -0.4211 -0.2622 -0.3158
pris en (-) 339,43
387,91
Moments 2,00 m 3,00 m
d’encastrement 800 -800 0 0 0 960 0 0 4,00 m q
parfait Mij

1er Cycle
169,72
1006
B bloqué A D
MB(1)=-800
MB=MB(1)
5,00 m 5,00 m
C bloqué
MC(1)=1206.12
MC=MC(1)

C débloqué -253.95 -507.90 -317.45 -380.89 -158.73 0

2ème Cycle Diagramme de M le long de AB


B bloqué
MB(2)=-253.95
MB=MB(2) A B
B débloqué +48.83 +97.67 +156.26 +78.13
C bloqué 1600
MC(2)=78.13
MC=MC(2)
387,91
1006 387,91 _
C débloqué -16.45 -32.90 -20.56 -24.67 -10.28
A B
3ème Cycle 707,22
B bloqué
MB(3)=-16.45
MB=MB(3)

B débloqué 3.16 6.33 10.12 5.06 q=600 kg/m


C bloqué
MC(3)=5.06 +
MC=MC(3)

C débloqué -1.07 -2.13 -1.33 -1.60 -0.67 0 ql²/8=1200


B bloqué
MB(4)=-1.07 1600
MB=MB(4)
387,91
B débloqué 0.20 0.41 0.66 0.33

4ème Cycle A
+
C bloqué 492,78
MC(4)=0.33
MC=MC(4)

C débloqué -0.07 -0.14 -0.09 -0.10 -0.04 0 2,00 m 2,00 m

Σ 1006 -387.91 387.74 -213.43 -339.43 552.74 -169.72 0


Méthod e des rotations 213 2 14 C A L C U L D E S S T R U C T U R E S H Y P E R S T A T IQ U E S

Diagramme de M le long de CE Diagramme de M sur toute la structure

387,74 552,74
552,74
3