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REPUBLIQUE D’HATI ECOLE DE DROIT ET DES SCIENCES ECONOMIQUES DES GONAIVES COMITE DE GRADUATION DE

REPUBLIQUE D’HATI

ECOLE DE DROIT ET DES SCIENCES ECONOMIQUES DES GONAIVES COMITE DE GRADUATION DE LA PROMOTION ROBERT BLANC (2007-2011)

LETTRE OUVERTE AUX MEMBRES DU RECTORAT DE L‟UNIVERSITE D‟ETAT D‟HAITI

Messieurs les membres du Conseil Exécutif de l‟Université d‟Etat d‟Haïti,

Nous, signataires, de la présente, étudiantes et étudiants finissants de la quatrième année de l‟Ecole de Droit et des Sciences Economiques des Gonaïves, de la promotion sortante Robert BLANC, avons pris lecture d‟une note, pour le moins surprenante, publiée sur le site de « ALTER PRESSE », relatant une prise de position du Conseil Exécutif de l‟Université d‟Etat d‟Haïti et portant la signature du recteur Jean-Vernet HENRY. En effet, on y lit entre autre ce qui suit :

« Le Conseil Exécutif de l‟Université d‟Etat d‟Haïti ( C.E.U.E.H ) condamne avec fermeté la présence de l‟ancien président à vie Jean-Claude DUVALIER comme invité d‟honneur à une cérémonie de graduation d‟une promotion de finissants de l‟Ecole de Droit, des Sciences Economiques et de Gestion ( E.D.S.E.G ) des Gonaïves ( nord ) » ( sic ).

De plus, ajoute ladite note, la direction de cette unité d‟enseignement relevant de l‟U.E.H est convoquée pour le 28 Décembre à 11 heures par devant le Conseil Exécutif, suivant une lettre du (C.E.U.E.H) datée du 19 décembre et adressée à la direction de cette école. (sic)

Le comble, le recteur Vernet HENRY, signataire de la lettre, toujours selon „‟ ALTER PRESSE „‟, fait remarquer qu‟il est inconcevable qu‟une école de droit ait cautionné la participation de ce « personnage » à une telle cérémonie. Il rappelle également les démêlés judiciaires actuels de l‟ancien Président inculpé pour des faits à lui reprochés sur plainte de certains citoyens ; que ce choix, selon lui est une grave offense à la philosophie, aux valeurs et idéaux gestionnaires de cette école qui relève de l‟Université d‟Etat d‟Haïti, gardienne et protectrice des libertés publiques ».

Usant de notre droit de réponse, d‟autant que le Rectorat, encore moins le recteur, n‟a ni droit ni qualité de nous indiquer l‟orientation de notre choix, nous saisissons cette occasion pour attirer votre attention sur les points suivants qui nous ont servi de motivations dans le choix de l‟ancien président Jean-Claude DUVALIER, comme parrain de notre promotion et qui, à nos yeux, quoique vous pensiez, quoique vous disiez, force l‟admiration et le respect. D‟entrée de jeu, mentionnons qu‟aucune disposition constitutionnelle, aucun texte de loi ne dresse le profil de la personnalité que les étudiants devront choisir comme parrain,- ceci étant laissé entièrement à notre discrétion en tant qu‟étudiantes et étudiants.

Le droit positif haïtien issu de la famille juridique romano-germanique, consacre, en matière pénale, le principe sacro-saint de la présomption d‟innocence. Il est donc inutile de vous réjouir du fait que notre parrain choisi soit l‟objet d‟une inculpation au cabinet d‟instruction, comme vous vous plaisez à l‟écrire en grande lettre dans votre note. Sachez une fois pour toutes qu‟il est présumé innocent, tant que la justice n‟aura pas rendu à son encontre un jugement de condamnation.

Parmi tous les dirigeants qui se sont succédés à la tête de l‟Etat au cours de ces quarante dernières années, l‟ancien président Jean-Claude DUVALIER est l‟un des rares sinon le seul chef d‟Etat à avoir toujours souscrit au respect scrupuleux des fortes valeurs nationales, le seul à n‟avoir jamais démérité des héros de 1804 et, par-dessus tout, à avoir remis intact le legs sacré de l‟indépendance et de la souveraineté nationale à son départ, le 7 Février 1986. La mémoire collective se rappelle vingt cinq ans après, au souvenir du climat de sécurité, de cohésion sociale, de travail, de joie de vivre et des nombreuses réalisations que d‟autres après lui se sont évertués à détruire systématiquement. Et ceci, pour nous, compense largement les fautes et errements auxquels, il avait pu se laisser aller. L‟erreur est humaine !

Nous, filles et fils de la cité de l‟indépendance, nés sur la terre gonaivienne située dans le Haut Artibonite sacré, sommes plus que fiers de l‟avoir choisi et avons été honorés de sa présence comme parrain de notre promotion. En comparant le pays qu‟il nous avait laissé avec celui d‟aujourd‟hui détruit, avili et meurtri par la faute de ses détracteurs, de ceux qui l‟avaient combattu hier, Dieu et l‟Histoire lui rendent déjà justice. N‟est-il pas vrai que les grands hommes d‟Etat n‟ont que Dieu et l‟Histoire pour juges !

2- Nous exprimons ici notre réprobation contre le fait que vous, membres du Rectorat, avez osé convoquer les membres de la Direction de l‟Ecole pour répondre d‟un acte que nous autres, étudiantes et étudiants, majeurs, vaccinés et responsables, avons délibérément et consciemment posé, après mures réflexions et usant l‟un de nos droits les plus fondamentaux : celui de choisir librement. Ainsi nous avons fait montre de notre capacité de discernement, de questionnement et fait ce choix qui vous prend à la gorge justement pour avoir été bafoués au cours de ces vingt-cinq dernières années par des dirigeants trop peu soucieux de l‟intérêt national et qui s‟érigent en plus en donneurs de leçons. Il eut été peut être souhaitable pour vous, que notre choix fut porté sur vos propres modèles, ceux-là qui, dans un passé récent, ont livré notre pays aux mains des étrangers, ont demandé l‟embargo, ont sans aucun gêne appelé à l‟intervention, ont permis qu‟une armée étrangère vienne souiller le sol sacré d‟Haïti, dans le but de régler un conflit entre Haïtiens, entre les tenants d‟une même famille. Vous, qui aviez supporté, sans mot dire, les dérives d‟un pouvoir rétrograde et barbare. Vous, qui vous êtes fait complices de crimes odieux en applaudissant des deux mains le supplice du collier. O éternels « conzés » de l‟Histoire, destructeurs de notre nation que jadis, notre bien aimé empereur, Jean-Jacques DESSALINES le grand, pourchassait ! Ces « conzés » de l‟Histoire, disons-nous, auteurs du drame de Pont Rouge. Vous avez interdit de citer son nom pendant quarante ans ! C‟est seulement quarante ans après, Lysius Félicité SALOMON JEUNE osait en la Cathédrale des Cayes, malgré la censure imposée par des “Conzés” de l‟époque, rendre un vibrant hommage au père fondateur. Vingt cinq ans après, nous étudiantes et étudiants de l‟école de droit et des sciences économiques des Gonaïves, avons tenu à notre façon rendre hommage à l‟ancien président Jean- Claude DUVALIER.

Nous savons que cela déplairait à certains “Conzés” !

Le Rectorat de l‟Université d‟Etat d‟Haïti, institution prestigieuse, a connu dans le temps, précisément sous le gouvernement de ce „‟ personnage „‟ comme vous l‟avez écrit, des recteurs d‟une autre dimension : Léonce VIAUD, Raoul PIERRE- LOUIS, René PIQUION, Jean-Baptiste ROMAIN pour ne citer que ceux-là. Des hommes de grande culture, prestigieux, de haute moralité qui faisaient honneur à notre intelligentsia, partout dans le monde et à notre société. Ils ont dirigé cette Institution à une époque où l‟on était encore sensible aux valeurs intellectuelles, civiques et très soucieux de la bonne formation académique des jeunes.

Vous oubliez déjà que c‟est sous le gouvernement de ce « personnage » que l‟équivalence était accordée aux diplômés haïtiens tant en Droit qu‟en Médecine et dans les autres disciplines ? Vous avez une idée aujourd‟hui du niveau du diplôme que vous nous offrez ! En vous assurant que vos propres enfants aient accès aux Universités étrangères… Et comme cela, continuera la perpétuation de deux sociétés en Haïti : les fils de nantis et ceux des démunis ! Les intelligents et les « analphabètes pa bête », les fils et petits fils des membres du conseil et les fils de ceux-là dont les pères sont restés en Afrique ! Voilà ce que vous prônez ! Et c‟est ce que vous reprochez à Duvalier, pour reprendre le terme de l‟un de vos paires : « d‟avoir popularisé l‟Université » qui devrait être réservée aux enfants des nantis! Messieurs, après cette dégringolade de nos valeurs à laquelle vous avez participé au cours de ces vingt cinq dernières années, si vous êtes des croyants, allez faire pénitence et demandez pardon au Très Haut d‟avoir participé à cette destruction physiquement et par le mensonge ! Et surtout l‟hypocrisie… Vous êtes radicalement mal placés pour porter un jugement de valeur…

Nous, jeunes universitaires de la cité de l‟indépendance, conscients de la situation dégradante de notre pays, sommes désormais appelés à rejoindre dans la course, toutes celles et tous ceux qui luttent inlassablement pour l‟établissement d‟un état de droit en Haïti. Nous nous donnons pour mission de renverser l‟ordre des choses au bénéfice des uns et des autres, sans parti pris aucun, en dehors du cercle néfaste de la division prôné malheureusement par certains de nos compatriotes et particulièrement certains ainés dont la face cachée n‟a jamais été révélée au grand jour et qu‟on devrait commencer à identifier pour le grand public !

Ce n‟est que récemment, à la faveur d‟une polémique sur l‟installation d‟une bibliothèque à Mirebalais qui porte le nom de feu Madame Max Adolphe qu‟on a pu faire tomber le masque de l‟un d‟entre vous qui pourtant criait au sacrilège, par la voix de sa femme ! Celui-là qui siège avec vous au conseil, qui convoque, qui signe des communiqués pour jeter l‟anathème sur l‟ancien président à vie a été élevé et éduqué par cette même Mme Max Adolphe grâce à qui il siège aujourd‟hui au conseil de l‟Université d‟Etat d‟Haïti… Alors de grâce ! Ne nous obligez pas à dire à chacun de vous qui vous êtes !

Monsieur le Recteur, messieurs les membres du Conseil exécutif de l‟Université d‟Etat d‟Haïti, puissiez vous vous ressaisir et rejoindre les hommes et les femmes

de bonne volonté pour que s‟accomplisse la grande réconciliation nationale, indispensable et incontournable, si vous accordez vraiment de l‟importance à ce petit coin de terre qui est notre, que nos vaillants ancêtres nous ont légué au prix de nombreux sacrifices.

Fait aux Gonaïves, le 17 Janvier 2012

Pour le Comité :

ancêtres nous ont légué au prix de nombreux sacrifices. Fait aux Gona ï ves, le 17