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Connaissance des Mondes Spirituels

Un guide de découverte spirituelle

AVANT- PROPOS

«Si avec notre cœur nous étions attentifs à une seule question très connue, je suis sûr que tous nos doutes disparaîtraient, comme s’ils n’avaient jamais existé. Ainsi la question qui ronge l’homme à chaque génération est: quel est le sens de notre vie».

Rav Yéhouda Ashlag, Introduction à l’Etude des Dix Sefirot.

Parmi les ouvrages et les notes dont se servait mon maître, Baruch Shalom Alevi Ashlag (RABASH), il y avait un cahier qu’il gardait toujours sur lui. Dans ce cahier il avait consigné ses conversations avec son père, le kabbaliste Yéhouda Lev Alevi Ashlag, Rabbin de Jérusalem, auteur du commentaire du Zohar en 21 tomes, d’un commentaire en 6 tomes sur les livres du ARI (Talmud des dix Sefirot) et bien d’autres ouvrages de Kabbale. Ayant ressenti un malaise au cours de la fête du nouvel an juif en septembre 1991, tard dans la soirée, alité, il me fit venir et me transmit ce cahier en me disant: «Prends ce cahier et étudie le». Le lendemain, au petit jour, mon maître est mort dans mes bras, nous laissant, moi et un grand nombre d’élèves, sans guide dans ce monde.

Il disait «Je rêve de vous apprendre à vous adresser non pas à moi mais au Créateur, à la seule force, à la seule source de tout ce qui existe, à Celui qui peut réellement vous aider, et en attend de vous la demande. De l’aide dans votre recherche du chemin pour vous libérer de la cage de ce monde, de l’aide dans votre élévation spirituelle au-dessus de notre monde, de l’aide dans votre recherche de vous-même, de votre mission, Seul le Créateur vous envoie Lui- même toutes ces aspirations, pourvu que vous Lui prêtiez attention, Il peut vous répondre et vous aider». Dans le présent ouvrage j’ai tenté de rendre quelques-unes des notes de ce cahier, telles que je les ai perçues. Il n’est pas possible de rendre ce qui a été écrit mais uniquement ce qui a été lu, chacun, selon les qualités de son âme, comprenant à sa manière les textes car ils sont le reflet de l’état spirituel de chaque âme, induit par sa relation avec le Monde supérieur.

Rav Michaël Laitman

COMMENT LIRE LE TEXTE

La nécessité de cette explication m’est devenue apparente après avoir reçu des questions de mes étudiants au cours des leçons ou lors de programme radio, ainsi que des lettres que je reçois continuellement de par le monde.

Les difficultés pour parler de la Kabbale et l’étudier résident dans le fait que les mondes spirituels n’ont pas d’égal dans notre monde, et, même si l’objet de leur étude devient compréhensible, ce n’est que temporairement, car il est perçu par la partie spirituelle de notre conscience qui est constamment renouvelée dans l’En-haut. C’est pourquoi des notions déjà assimilées deviennent tout à fait incompréhensibles. En fonction de l’humeur et de l’état spirituel, le texte peut sembler au lecteur soit imprégné de sens profond, soit absolument superficiel.

Il ne faut pas désespérer quand quelque chose qui hier était clair, n'est à nouveau plus compréhensible. Il ne faut pas désespérer quand le texte est hermétique, semble étranger, dénué de logique, etc.

On n’apprend pas la Kabbale pour avoir des connaissances théoriques, mais pour commencer à voir et à ressentir, tandis que l’analyse intérieure et la connaissance des forces spirituelles, de la Lumière, des niveaux spirituels, donneront la connaissance absolue.

Tant que l’homme n’est pas sensible à la Lumière Supérieure, aux éléments spirituels, il ne comprend pas la logique de la construction du système de l’univers, car il n’existe pas, dans notre monde, d’analogue à ce qui est étudié.

Le présent ouvrage sera une aide pour faire seul les premiers pas sur le chemin menant à la perception des forces spirituelles. Ensuite, bien sûr, il ne sera pas possible de continuer sans l’aide d’un maître.

L’ouvrage ne parle que d’une seule chose, de la recherche du chemin qui mène au Créateur. Le lecteur pourra lui-même donner des dénominations ou des numéros à des passages.

Il est recommandé de ne pas lire les mots dans leur sens habituel mais, après avoir pris connaissance d’un paragraphe, d’y songer en l’appliquant à toutes sortes d’exemples de la vie, y compris ses préoccupations personnelles.

Il sera utile également de repenser à une phrase avec insistance et de nombreuses fois, en essayant de s’imprégner des sentiments de l’auteur, de lire lentement, en s’attardant sur l’essence de ce qui est écrit, puis de revenir au début de la phrase.

Cette façon de procéder aidera le lecteur à pénétrer les descriptions au moyen de ses propres sentiments ou bien à ressentir l’absence de sensation, ce qui est également une étape nécessaire au développement spirituel.

L’ouvrage n’est nullement rédigé pour être lu rapidement mais pour induire une perception approfondie de l’approche spontanée personnelle. C’est pourquoi il ne parle que d’une seule chose, de la relation avec le Créateur, il en parle sous différentes formes pour que chacun puisse trouver la phrase, le mot adéquat qui seront à l’origine de l’approfondissement du texte. L’ouvrage décrit à la troisième personne les désirs et les actes trouvant leur origine dans l’égoïsme, cependant, tant que l’homme n’est pas en état de faire la part entre sa conscience et ses désirs dans ses états d’âme, il ressent ces stimulations et ces désirs dus à l’égoïsme comme étant «siens».

La lecture sera réitérée en choisissant des états d’âme différents pour avoir une meilleure connaissance de soi-même, de sa propre approche d’un seul et même passage du texte, ainsi que des angles de vue permettant de l’aborder. Etre en désaccord avec le texte est aussi positif que l’approuver, le principal étant de «vivre» le texte. Un sentiment de désaccord signifiera qu’on en est à un degré préliminaire (Akhoraim, le revers) de connaissance qui nous prépare à la prochaine étape de perception du texte (Panim, face).

C’est uniquement à l’issue d’une lente perception approfondie des états décrits que se développeront les récipients (Kelim) nécessaires pour ressentir les forces supérieures, dans lesquels pourra pénétrer ensuite la Lumière Supérieure qui, au stade initial, se trouve autour de nous, entoure nos âmes, mais demeure imperceptible.

L’ouvrage n’est pas à lire pour avoir des connaissances, non plus que pour se le remémorer. Le lecteur en aucun cas ne doit contrôler ce qu’il a gardé en mémoire après sa lecture; il est bon que tout soit oublié, et que le texte relu semble tout à fait nouveau. Cela signifie que les sensations précédentes sont parvenues à leur plénitude, qu’elles ont disparu en laissant place au travail, à l’assouvissement de nouvelles sensations non éprouvées. Le processus du développement de nouveaux organes permettant d’avoir des sensations est sans cesse renouvelé et s’intensifie dans la sphère spirituelle imperceptible de l’âme.

C’est pourquoi, le principal est de savoir comment le lecteur se sent pendant la lecture et non après.

Les sensations sont ressenties, elles naissent dans le cœur et dans le cerveau selon les besoins du développement ultérieur de l’âme.

Ne vous hâtez pas de terminer ce livre, choisissez les endroits où il vous parle de vous, ce n’est qu’alors qu’il pourra vous aider et devenir un premier guide dans la recherche de votre élévation spirituelle personnelle.

Cet ouvrage a pour but d’aider le lecteur à s’intéresser lui-même au sens de sa venue au monde, à la possibilité de pénétrer les Mondes Spirituels, au but de la création, à ressentir le Créateur, l’éternité, l’infini et l’aider à franchir quelques étapes préliminaires sur ce chemin.

«Si avec notre cœur nous étions attentifs à la question de la nécessité d’étudier la Kabbale, je suis sûr que tous nos doutes disparaîtraient, comme s’ils n’avaient jamais existé. Ainsi la question qui ronge l’homme à chaque génération est : quel est le sens de notre vie?».

Rav Yéhouda Ashlag

1 - PERCEVOIR LE CRÉATEUR

Les générations se succèdent sur terre, et à chacune d’elles, chacun de nous se pose des questions sur le sens de l’existence, particulièrement au cours des guerres, des souffrances collectives ou des séries de malheurs que nous subissons. Pourquoi notre existence, qui nous coûte si cher en joies insignifiantes, nous semble-t-elle un bonheur en l’absence de souffrances?

Il est écrit dans le Traité des Pères «Malgré toi tu fus créé, malgré toi tu es né, malgré toi tu vis et malgré toi tu mouras».

Chaque génération a son lot d’amertumes, et la dernière a eu le sien: parmi nous, certains ont connu la seconde guerre mondiale, les années d’après guerre. Notre génération connaît bien des inquiétudes et souffre, elle est désorganisée, elle se cherche.

La question du sens de l’existence est ressentie avec une acuité particulière. En vérité, il est plus difficile de vivre que de mourir, il n’est pas dit en vain dans le Traité des Pères «Ce n’est pas toi qui décides de vivre».

La nature nous a créés, et nous sommes obligés d’exister avec ces qualités qui sont en nous comme des êtres à demi sensés: sensés uniquement du fait que nous pouvons prendre conscience que nous agissons grâce aux attributs et aux qualités avec lesquels nous avons été créés, et aller à l’encontre de ceci est impossible.

Si nous tombons sous l’empire de notre nature sauvage, où nous conduira-t-elle, elle qui est irrationnelle et nous pousse l’un contre l’autre et pousse des peuples entiers l’un contre l’autre, comme des bêtes sauvages, dans une guerre haineuse au nom de la liberté des instincts? Mais quelque part dans notre inconscient, l’image que nous nous faisons de nous en tant qu’êtres doués de raison n’est pas en accord avec cet état de fait.

S’il existe une Force supérieure qui nous a créée, pourquoi ne la percevons-nous pas? Pourquoi se dissimule-t-elle à nous? Si nous savions ce qu’elle attend de nous, nous ne ferions pas d’erreurs dans la vie et nous ne recevrions pas de souffrances en retour.

Comme la vie serait plus simple si le Créateur ne se dissimulait pas à nous, s’Il était perceptible, visible à chacun de nous!

Nous n’aurions plus de doutes sur Son existence, nous pourrions voir et ressentir Son emprise sur nous-mêmes et sur le monde environnant, prendre conscience

de la raison et du but de notre création, voir les conséquences de nos actes, Sa réaction à leur égard, dans un dialogue préalable avec Lui, faire la Lumière sur nos problèmes, demander de l’aide, rechercher protection et conseil, se plaindre et demander des explications sur Son comportement à notre égard.

Finalement nous pourrions Lui demander conseil pour l’avenir et, comment être en relation constante et en accord avec Lui, opérer des changements sur nous- mêmes pour Lui plaire et pour se sentir bien.

Comme les enfants dès leur naissance perçoivent leur mère (et le Créateur serait perçu de manière non moins proche car l’homme Le percevra comme étant la source de sa naissance, son parent, la raison de son existence et de ses états futurs), dès les «langes» nous pourrions être continuellement en relation avec le Créateur et apprendre à vivre dans la bonne voie, en voyant Sa réaction à nos actes et même à nos intentions.

Il n’y aurait plus besoin de gouvernements, d’écoles, d’éducateurs, tout se résumerait à l’existence simple et belle des peuples au nom d’un but évident de tous, le rapprochement spirituel avec le Créateur visible et perceptible.

Tous les hommes agiraient en référence aux lois spirituelles évidentes, aux lois de l’action des mondes spirituels, aux «commandements» que tous accompliraient naturellement car ils auraient conscience que dans le cas contraire ils se porteraient préjudice. Ainsi par exemple, l’homme ne se jette pas dans le feu ou bien dans le vide, sachant qu’inévitablement il se fera mal.

Si nous pouvions voir le Créateur et Sa toute-puissance sur nous, sur le monde, il ne nous serait pas difficile d’accomplir la tâche la plus difficile en pensant aux bienfaits qu’elle nous apporterait. Par exemple, nous pourrions donner sans arrière pensée tout ce que nous avons à des gens inconnus et éloignés, sans penser à nous ni dans le présent, ni dans le futur car nous verrions la toute- puissance de l’En-haut ainsi que les conséquences bénéfiques de nos actes altruistes et nous aurions conscience à quel point nous dépendons du Créateur.

Il serait si naturel (et cela est contre nature et impossible à notre époque où la toute-puissance du Créateur est cachée) de se donner de toute notre âme au Créateur, de soumettre spontanément à Son pouvoir nos pensées, nos désirs, et d’être tels qu’Il le souhaite, sans se préoccuper de notre personne une seule seconde, s’arracher complètement de nous-mêmes par la pensée, en quelque sorte cesser de se percevoir nous-mêmes, transférer nos sensations vers Lui, essayer d’entrer en Lui, vivre par Ses sensations, Ses pensées et Ses désirs.

D’après ce qui précède, il est clair qu’il ne nous manque qu’une chose dans ce monde, la faculté de ressentir le Créateur.

Ce ressenti devrait être le seul but de l’homme dans le monde, et cette raison mérite que l’homme réunisse tous ses efforts car ressentir le Créateur est son seul salut devant tous les malheurs et la mort spirituelle, pour tendre vers l’éternité spirituelle, sans retour dans ce monde.

La méthodologie qui permet de ressentir le Créateur est la «Kabbale». Ressentir le Créateur signifie avoir la foi. Le mot «foi» est généralement incompris car il est de coutume de considérer qu’avoir la foi signifie cheminer dans les ténèbres sans voir ni ressentir le Créateur. Autrement dit, on comprend ce terme dans un sens diamétralement opposé. Selon la Kabbale, la Lumière du Créateur qui emplit l’homme, la Lumière de la relation avec le Créateur, la sensation de l’union (Ohr Hassadim) correspond à la «Lumière de la Foi» ou, tout simplement, à la foi.

La foi, la Lumière du Créateur, confère à l’homme la sensation d’être en relation avec l’éternité, de comprendre le Créateur, un sentiment de communication claire et complète avec le Créateur, une impression de sécurité absolue, d’éternité, de grandeur et de force. Il est clair, par conséquent, que ce n’est qu’en ayant la foi, autrement dit, en ressentant le Créateur, que nous trouverons notre salut devant les souffrances et la poursuite éreintante des plaisirs éphémères de notre existence temporaire.

Dans tous les cas, la raison de nos malheurs, de notre sentiment d’inutilité, du caractère temporaire de notre existence ne provient que de notre incapacité à ressentir le Créateur. La Kabbale nous invite «Venez contempler la Beauté du Créateur» (littéralement «Goûtez et vous verrez comme le Créateur est bon»). Le but du présent ouvrage est d’aider le lecteur à surmonter quelques étapes préliminaires dans sa recherche du Créateur.

Une fenêtre ouverte sur le cœur

Nous voyons que dès le début de la création du monde, l’humanité a supporté bien des souffrances et des maux pires que la mort. Qui, si ce n’est le Créateur, est la source de ces souffrances plus grandes que la mort? Qui, si ce n’est Lui, nous les envoie?

De toute l’Histoire de l’humanité, combien y a-t-il eu d’hommes prêts à n’importe quelles souffrances pour parvenir à la sagesse suprême et progresser spirituellement, prenant volontairement sur eux les peines et les maux pour éprouver, de manière très infime, une sensation spirituelle et en connaître la

force supérieure, pour s’unir au Créateur et avoir la possibilité d’être Son esclave?

Mais tous ont vécu leur vie sans appel, sans être parvenus à quoi que ce soit, ils ont quitté ce monde tout comme ils y étaient venus, sans rien.

Pourquoi le Créateur n’a-t-il pas répondu à leurs prières, pourquoi s’est-t-Il détourné d’eux, pourquoi a-t-Il ignoré leurs souffrances? Ils avaient l’impression qu’Il les négligeait. Ils ressentaient de manière confuse l’existence d’un but supérieur à l’univers et à tout ce qui s’y passe, d’un but correspondant à cette union totale de l’homme avec le Créateur, et eux, plongés dans les abîmes de leur égoïsme, dans les moments où ils étaient en proie à des malheurs insupportables, sentant que le Créateur les rejetait, brusquement, ils sentaient s’ouvrir dans leur cœur fermé depuis le jour de la création et sensible jusqu’alors uniquement à leurs propres souffrances et à leurs désirs, une fente grâce à laquelle ils parvenaient à ressentir, à travers la paroi brisée de leur cœur, leur union ardente avec Lui.

Les qualités de ces hommes se sont métamorphosées en leur contraire pour devenir comme celles du Créateur, et ils ont commencé eux-mêmes à voir. C’est dans la profondeur de ces souffrances, et seulement en elles, qu’il est possible de prendre conscience du principe d’unité du Créateur, c’est dans cette unité qu’Il réside, et c’est en elle qu’est, dans une certaine mesure, possible l’Union avec Lui.

En éprouvant cette sensation qui emplit leurs blessures, grâce à celles-ci et grâce aux incohérences effroyables qui déchirent leur âme, ce sont ces hommes, tous sans exception, que le Créateur, Lui-même, emplit sans fin d’une douce félicité, à tel point qu’il est impossible de connaître quelque chose de plus parfait, qu’ils leur semblent que les souffrances supportées pour éprouver cette perfection ne sont pas vaines.

La raison du silence du Créateur en réponse aux sollicitations des hommes est que ceux-ci ne se préoccupent que d’aller de l’avant et non à exalter le Créateur. C’est pourquoi ils sont pareils à celui qui verse des larmes sans raison et quitte la vie comme il s’en est venu.

La fin de tout animal est l’oubli, et celui qui n’a pas connu le Créateur est pareil à un animal. Le Créateur s’ouvre uniquement à ceux qui se soucient de Le magnifier. L’unité, le but de la création, se déverse dans le cœur de celui qui magnifie et aime le Créateur, qui affirme sincèrement que le Créateur a tout créé pour lui, et cette unité, ce but ne se fondent pas dans le cœur de celui qui égoïstement se plaint de l’injustice de Celui qui nous gouverne.

L’homme ne connaît qu’une partie du Spirituel avant que celui-ci ne se révèle entièrement à lui.

Tout dépend de la pureté de ses aspirations, et c’est dans la partie du cœur débarrassée de l’égoïsme que se déverse la Lumière spirituelle.

Si l’homme essaie de regarder le monde qui l’entoure et de prendre conscience du niveau de l’humanité, il pourra alors mieux apprécier la création – et si réellement le Créateur existe, comme l’affirment les kabbalistes et qu’Il nous dirige tous et crée pour nous les situations quotidiennes que nous vivons en permanence, alors il n’y rien de plus beau que d’être constamment en relation avec Lui, et le plus près possible. Mais si nous essayons de nous forcer intérieurement pour avoir cette perception, comme le Créateur nous est dissimulé, nous nous sentons comme suspendus en l’air, sans point d’appui. C’est que sans voir, sans ressentir, sans entendre, sans recevoir aucun signal dans nos organes récepteurs, nous travaillons dans une direction unique, nous crions dans le désert.

Pourquoi le Créateur nous a-t-Il créés de telle sorte que nous ne pouvons pas Le ressentir? Par ailleurs, pourquoi doit-Il se dissimuler à nous? Pourquoi, même quand l’homme crie vers Lui, ne répond-t-Il pas, mais préfère agir sur nous de manière cachée derrière le paravent de la nature et du monde qui nous entoure?

Car s’Il voulait nous corriger, autrement dit réparer Son «erreur» dans la création, Il aurait pu le faire déjà depuis longtemps, de manière voilée ou évidente. S’Il se découvrait à nous, nous tous Le verrions et nous L’apprécierions comme nous pouvons apprécier par nos sens et notre intelligence ce dont Il nous a dotés en nous créant, et, sans aucun doute, nous saurions que faire et comment agir dans ce monde qu’Il a créé, semble-t-il, pour nous.

Et qui plus est, dès que l’homme commence à aspirer au Créateur, dès qu’il souhaite Le ressentir, se rapprocher de Lui, il sent que ses aspirations se dérobent.

Pourtant, si le Créateur est à l’origine de toutes nos sensations, pourquoi les enlève-t-Il à celui qui aspire à Lui, et au contraire, lui dresse-t-il toutes sortes d’obstacles dans ses tentatives pour Le découvrir?

Ces tentatives faites par l’homme pour se rapprocher du Créateur, les refus du Créateur en réponse pour aller à la rencontre de l’homme, et les souffrances imposées à ceux qui Le recherchent, peuvent durer des années. L’homme a

parfois l’impression que cette fierté et cet orgueil dont on lui dit qu’il doit s’en débarrasser, sont présents dans le Créateur dans une bien plus grande mesure. L’homme ne reçoit de réponse ni à ses larmes ni à ses appels malgré la miséricorde supposée du Créateur, tout particulièrement envers celui qui Le recherche.

Si nous pouvions changer nous-mêmes quelque chose dans notre vie, cela signifie qu’Il nous a donné le libre arbitre, mais Il ne nous a pas donné les connaissances suffisantes pour éviter les souffrances de notre existence et de notre développement.

Mais, si le libre arbitre n’existe pas, qu’y a-t-il alors de plus cruel que de nous obliger à souffrir en vain pendant des dizaines d’années dans un monde sauvage? On peut continuer ce genre de plaintes à l’infini car, si le Créateur est la raison de notre condition, nous avons alors de quoi critiquer et accuser, c’est ce que fait notre cœur dans bien des situations.

On ne peut dissimuler son cœur au Créateur.

En éprouvant un sentiment d’insatisfaction, sans même penser au Créateur, inconsciemment il L’accuse.

Chacun de nous a raison dans ses affirmations, quel qu’en soit l’objet, car il affirme ce qu’il ressent à un moment précis, au moyen de ses sens et de ce qu’il analyse par son intelligence.

Ceux qui possèdent une grande expérience de la vie savent combien ils ont changé leurs points de vue au fil des années. Nous ne pouvons pas dire que nous avions tort hier et raison aujourd’hui. Car, selon le même principe, nous devons comprendre que notre point de vue d’aujourd’hui n’est pas juste non plus, ce dont nous serons convaincus demain. L’homme fait de ses états spirituels une analyse qu’il considère juste à un moment précis mais qui peut être tout à fait contraire à celle qu’il a déjà faite ou fera.

De la même manière nous ne pouvons pas juger d’autres mondes, de leurs lois, juger de leurs qualités, en prenant pour référence des critères d’aujourd’hui, des critères de notre monde. Nous ne possédons pas l’intelligence spirituelle, les sensations spirituelles, les concepts spirituels, nous ne pouvons, par conséquent, pas porter de jugement sur ce que nous ne connaissons pas et en tirer des conclusions. Ne serait-ce qu’en ce qui concerne notre monde, ne nous méprenons-nous pas constamment?

Peut juger de ce qui appartient à l’En-haut, celui qui possède des attributs de l’En-haut. S’il est également pourvu des attributs de notre monde, il peut même approximativement nous décrire l’univers de l’En-haut. Le kabbaliste est en mesure de le faire, homme de notre monde, créé avec les attributs que chacun de nous possède, aussi de ceux de l’En-haut ce qui lui permet d’en parler.

Le Créateur a donné à certains kabbalistes la possibilité de se dévoiler à un grand nombre de personnes pour aider un plus grand nombre encore à communiquer avec Lui. Les kabbalistes nous expliquent dans une langue comprise de notre intelligence que dans les mondes spirituels, l’En-haut, l’intelligence est construite et agit selon d’autres lois, différentes des nôtres.

La Foi au dessus de la Raison

Il n’y a aucun mur entre notre monde et l’En-haut, les Mondes Spirituels. Mais le fait que, de par leurs attributs, les mondes spirituels soient un «anti-monde», cela les rend imperceptibles à nous, à tel point qu’à notre naissance dans ce monde, autrement dit, en recevant notre sa nature, nous oublions complètement notre anti-état précédent.

L’homme peut naturellement ressentir cet «anti-monde» s’il en acquiert la nature, l’intelligence, les attributs.

La principale loi des mondes spirituels est «l’altruisme absolu»

Comment l’homme peut-il acquérir cette qualité? Les kabbalistes proposent d’effectuer ce bouleversement intérieur par un acte appelé la «foi supérieure à l’intelligence». Notre «bon sens» étant le principal instrument de nos actes, l’homme ne semble pas pouvoir neutraliser complètement ses conclusions et essayer à la place - quand il n’a plus l’appui que lui fournit son «bon sens» comme s’il se tenait sur ses jambes qui seraient suspendues dans le vide - de s’accrocher des deux mains au Créateur. Car l’homme dans cette situation ne dispose pas de l’intelligence qui lui permet de se soustraire aux événements déplaisants, et que le Créateur lui «envoie». Dans une tentative désespérée pour résoudre les problèmes, il reste suspendu en l’air, sans appui ni réponse raisonnable sur ce qui lui arrive.

Mais si l’homme peut, par la pensée, malgré l’approche critique de son intelligence et en se réjouissant de la possibilité qui se présente, saisir des deux mains le Créateur, il peut, au moins un instant, supporter les événements, il en voit alors la beauté et se trouve ainsi dans la vérité authentique et éternelle qui ne fera pas l’objet de changements le lendemain, comme toutes les opinions qu’il a

pu avoir dans le passé, car il est uni à l’Eternel, et ce n’est que par cette vérité qu’il observe tous les événements.

Le mouvement vers l’avant n’est possible que simultanément selon trois lignes parallèles, la ligne droite est appelée la foi, la ligne gauche est appelée la prise de conscience, la compréhension.

Ces deux lignes sont en contradiction car elles s’excluent l’une l’autre. C’est la raison pour laquelle il n’est possible de les équilibrer qu’avec l’aide de la ligne médiane qui est constituée à la fois de la ligne gauche et de la ligne droite; c’est la ligne du comportement spirituel qui fait appel à la raison uniquement en fonction de la profondeur de la foi.

A mesure qu’ils sont formés à partir du Créateur, tous les éléments spirituels se superposent sur Lui, viennent pour ainsi dire s’appliquer sur Lui. Tout ce qui s’est superposé sur le Créateur dans le système de l’univers, n’existe que par rapport aux créations, et tout ce qui est issu de la création primordiale, appelée Malkhout.

Autrement dit tous les mondes et toutes les créations, tout ce qui, à l’exception du Créateur, constitue la création unique, représentent Malkhout qui est la racine, la source de toutes les créations qui, ensuite, se divise en une multitude de petites parties.

Toutes ensemble elles représentent la Chekhina, la Lumière du Créateur, Sa présence, Lui même, qui emplit la Chekhina et correspond au Chokhren. Le temps nécessaire pour remplir complètement toutes les parties de la présence du Créateur est le «temps de la réparation».

C’est le moment où les créations réalisent la réparation de leurs parties Malkhout, chacune pour la partie dont elle est issue, c’est à dire la correction de son âme.

Tant que le Créateur ne pourra pas complètement s’unir aux créations, c’est-à- dire, qu’Il ne se révélera pas dans Sa pleine mesure, «tant que le Chokhren ne se remplira pas de la Chekhina», la condition de la Chekhina (l’origine des âmes) ou bien des créations qui la composent s’appelleront l’exil de la Chekhina, vis à vis du Créateur, (Galout HaChekhina) puisque cette condition exclut la perfection dans les Mondes Spirituels. Dans notre monde, situé au degré le plus bas, dans lequel chacune des créations doit ressentir complètement le Créateur, chacun est, pour l’instant, occupé à suivre sa course permanente pour assouvir ses plaisirs terrestres et suit aveuglément les exigences de son corps.

Cette phase s’appelle «la Chekhina dans la cendre» et quand les plaisirs spirituellement purs sont considérés comme une élucubration et un non-sens, cet état est appelé la «souffrance de la Chekhina».

Toutes les souffrances de l’homme proviennent de ce qu’il est obligé par l’En- haut de rejeter totalement le bon sens et de marcher à l’aveuglette en plaçant sa foi au-dessus de la raison.

Et plus l’homme possède de raison et de connaissances, plus il est fort et intelligent, plus il lui est difficile d’avancer sur le chemin de la foi.

Par conséquent, plus il souffre d’avoir à écarter son bon sens.

Celui qui a choisi plus particulièrement ce chemin de développement spirituel basé sur la raison et la connaissance, maudit dans son cœur la nécessité d’un tel chemin et ne peut pas, par ses propres forces d’auto persuasion, justifier le Créateur, ni en aucun cas être en harmonie avec Lui. Il ne peut pas supporter cet état de fait sans soutien, tant que le Créateur ne lui apportera pas son aide et ne lui dévoilera pas l’ensemble du tableau de la création du système de l’univers.

Si l’homme se sent en condition d’élévation spirituelle, quand tous ses désirs sont orientés uniquement vers le Créateur, c’est le moment adéquat pour s’adonner à la lecture de livres de Kabbale pour essayer de se pénétrer de leur sens profond. Même s’il voit que, malgré ses efforts, il ne comprend rien, il lui faudra néanmoins continuer à étudier et ne pas se laisser aller au désespoir du fait qu'il ne comprend rien.

Les efforts accomplis trouvent leur expression dans les aspirations de l’homme pour atteindre les mystères de la Kabbale, ils correspondent à la prière pour que le Créateur s’ouvre à lui, pour qu’Il comble ses aspirations.

La force de la prière est déterminée par la grandeur des aspirations. Les efforts faits augmentent le désir de recevoir ce à quoi nous aspirons, et la grandeur est déterminée par la souffrance de l’absence de l’objet du désir. Les souffrances elles-mêmes, sans mots, par leur seule sensation dans le cœur sont une prière.

Compte tenu de ce qui précède, on comprend que, après de grands efforts pour parvenir à ce qui est désiré, l’homme est dans un tel état pour prier sincèrement qu’il reçoit ce qu’il attend. Si, pendant ces tentatives de se plonger dans un livre, le cœur ne désire pas se libérer de pensées étrangères, le cerveau ne sera pas non plus en mesure de se concentrer sur l’étude car le cerveau ne travaille que selon le désir du cœur.

Pour que le Créateur reçoive la prière, celle-ci doit venir du fond du cœur, autrement dit, ce n’est que sur elle que doivent être concentrés tous les désirs. C’est la raison pour laquelle l’homme doit des centaines de fois approfondir le texte, sans même rien comprendre pour parvenir à ce désir véritable d’être entendu par le Créateur.

Le vrai désir est tel qu’il ne laisse de place à aucun autre désir quel qu’il soit. L’étude de la Kabbale permet à l’homme d’étudier les actions du Créateur et, par conséquent de se rapprocher de Lui, il devient ainsi progressivement digne de ressentir ce qu’il étudie.

La foi, c’est-à-dire la perception du Créateur, doit être telle que l’homme ait l’impression de se trouver devant le Roi de l’Univers. C’est alors, sans aucun doute, qu’il s’imprègne d’un sentiment d’amour et de crainte. L’homme ne trouve pas le repos tant qu’il n’est pas parvenu à une foi de cette nature, car c’est la seule voie d’accès à la vie spirituelle, celle qui lui permet de ne pas s’enfoncer dans l’égoïsme et de redevenir un réceptacle de plaisirs.

Par ailleurs, la nécessité de ressentir ainsi le Créateur doit être constante jusqu’à ce qu’elle devienne une habitude pour l’homme, tout comme est constante l’attirance pour l’être aimé et ne le laisse pas en paix. Tout l’environnement de l’homme éteint cependant en lui cette nécessité puisque le plaisir tiré de quelque chose diminue aussitôt la douleur induite par la sensation de vide spirituel. C’est la raison pour laquelle en se réjouissant des plaisirs de ce monde, l’homme doit contrôler qu’ils n’éteignent pas le besoin de ressentir le Créateur, et qu’ils ne le privent pas ainsi de sensations spirituelles.

D’une manière générale, la nécessité intérieure de ressentir le Créateur est propre uniquement à l’homme, mais pas à tout homme ayant un aspect extérieur humain. Cette nécessité provient du besoin pour l’homme de comprendre qui il est, de penser à lui et à sa destinée dans ce monde, de réfléchir à la source de son origine. C’est plus particulièrement la quête des réponses aux questions le concernant qui le conduit à la nécessité de rechercher l’origine de sa vie.

2 - LE CHEMIN SPIRITUEL

La nécessité de percevoir le Divin oblige l’homme à percer par toutes sortes d’efforts, les secrets de la nature jusqu’au dernier, en lui-même comme dans l’environnement. Mais seule l’aspiration à saisir le Créateur est vérité car Il est la Source de tout, et -surtout - notre Créateur. C’est pourquoi même si l’homme se trouvait seul au monde ou bien se trouvait dans d’autres mondes, de toutes façons, la recherche de soi-même l’amènerait à la recherche du Créateur.

La perception de l’influence du Créateur sur ses individus se fait selon deux lignes. La ligne droite correspond au Créateur qui nous dirige, indépendamment de nos actes. La ligne gauche correspond au Créateur qui nous dirige en fonction de nos actes, ce qui correspond, en d’autres termes, à la punition pour nos actes mauvais et la récompense pour les bons.

Quand l’homme choisit la ligne droite, il doit se dire que tout ce qui arrive n’a pour origine que les désirs du Créateur, est organisé selon Ses Plans, et que rien ne dépend de l’homme lui-même.

Dans ce cas, il n’a à son compte aucun acte, pas plus qu’aucun mérite, tous ses actes sont contraints sous l’action des aspirations qu’il reçoit de l’extérieur.

C’est la raison pour laquelle l’homme doit remercier le Créateur pour tout ce qu’il reçoit de Lui. En reconnaissant que le Créateur le conduit vers l’éternité, il peut ressentir de l’amour pour Lui. Avancer n’est possible qu’en alliant de manière adéquate les lignes droite et gauche, en choisissant précisément le milieu.

Si l’homme a commencé à avancer d’un point d’origine choisi avec justesse, mais ne sait pas exactement de quelle manière vérifier en permanence son orientation et la corriger, il déviera du juste chemin, à droite ou à gauche. Qui plus est, ayant fait un écart d’un millimètre à peine, même si l’homme poursuit son chemin dans la bonne direction, à chaque pas, son erreur va grandir, et il s’écartera de plus en plus du but.

Jusqu’à sa descente sur les degrés spirituels, notre âme est une partie du Créateur, un point Lui appartenant qui est la «racine de notre âme». Le Créateur place l’âme dans le corps pour que, une fois qu’elle s’y trouve, elle s’élève avec les désirs du corps et s’unisse à nouveau avec le Créateur.

En d’autres termes, notre âme s’installe dans notre corps - ce qui s'appelle la naissance de l’homme - pour que, après avoir vaincu les désirs du corps, et malgré eux elle s’élève, pendant la vie de l'homme en ce monde, au niveau qu’elle possédait avant sa descente dans notre monde.

Après avoir surmonté les désirs du corps, l’âme qui a atteint le niveau spirituel dont elle est descendue, parvient à bien plus de délices qu’à son état initial quand elle s’était séparée du Créateur, et d’un simple point, elle se transforme en un corps spirituel volumineux, 620 fois plus grand que le point initial, avant sa descente dans notre monde. C’est ainsi que dans son état fini, le corps spirituel de l’âme est composé de 620 parties ou organes. Chaque partie ou organe est une loi spirituelle ou acte spirituel (Mitsva). La Lumière du Créateur ou le Créateur lui-même (c’est identique), qui remplit chaque partie de l’âme, s’appelle la «Torah».

En s’élevant au degré spirituel suivant, autrement dit en «accomplissant une loi spirituelle» par les aspirations altruistes dont elle fait l’objet au moment où elle s’élève, l’âme reçoit la Torah, c'est-à-dire qu'elle se délecte de la Lumière du Créateur, et du Créateur Lui-même.

Le véritable chemin menant à ce but passe par la ligne médiane qui signifie l’union de trois composantes en un seul et même concept: l’homme, le chemin qu’il doit emprunter, et le Créateur. Les trois éléments de la création sont en effet réunis: l’homme qui aspire à revenir vers son Créateur, le Créateur qui est le but auquel aspire l’homme, et le chemin qui permet à l’homme, pendant qu’il le parcourt, d’atteindre le Créateur.

Ainsi que nous l’avons déjà dit, il n’existe rien d’autre que le Créateur, et nous, nous sommes quelque chose qu’Il a créé, doté du sentiment d’une existence propre. A mesure de sa progression spirituelle, l’homme en prend clairement conscience et le ressent.

Mais toutes nos sensations – «nos», c’est- à -dire que nous les percevons comme nous étant en quelque sorte «personnelles», sont des réactions aux actes divins qu’Il a créées en nous. En fin de compte, nos sensations correspondent à ce qu’Il veut que nous éprouvions.

Toutefois, tant que l’homme n’a pas atteint la connaissance absolue de cette vérité, les trois éléments de la création, lui, son chemin vers le Créateur et le Créateur Lui-même, sont perçus par lui, non comme un seul et même tout, mais comme trois éléments distincts.

Ayant atteint le dernier degré de son développement spirituel, autrement dit, s’étant élevé au degré dont est descendue son âme néanmoins déjà chargée des désirs du corps, l’homme a complète connaissance du Créateur dans son corps spirituel qui s’imprègne de la Kabbale, de toute la Lumière du Créateur, du Créateur lui-même. Les trois éléments autrefois séparés dans les sensations de l’homme - l’homme, son chemin et le Créateur - sont alors réunis en un élément, le corps spirituel empli de Lumière.

C’est la raison pour laquelle, celui qui avance doit sans cesse se contrôler pour progresser dans le bon chemin, pour savoir s’il aspire avec la même force de désir aux trois éléments pendant qu’ils sont encore séparés dans sa perception, avec une force égale, et ceci dès le début du chemin, en les unissant immédiatement en un seul et même tout, comme ils devront lui apparaître à la fin du parcours, et comme ils le sont à ce moment même, ce que l’homme ne perçoit pas du fait de son imperfection.

Si l’homme aspire à l’un des éléments plus qu’à un autre, aussitôt il s’écarte du vrai chemin. La façon la plus facile pour l’homme de contrôler qu’il est sur le bon chemin, est de se demander si ses aspirations ont véritablement pour but de comprendre les attributs du Créateur pour se fondre en Lui?

«Si je ne suis pour moi-même, pour qui le serai-je? Et si je ne suis que pour moi- même - comment le pourrais-je? Car je suis insignifiant». Cette affirmation qui renferme une contradiction illustre le rapport de l’homme et de ses efforts pour atteindre le but auquel il aspire; l’homme doit affirmer que s’il ne s’aide pas lui- même, qui le fera à sa place, et il doit agir selon le principe de la rétribution pour les bonnes actions et de la punition pour les mauvaises, avec la conviction que ses actions ont des conséquences directes, et qu’il construit lui-même son avenir, mais simultanément, il doit se dire en lui-même: «qui suis-je pour m’aider moi- même à me sortir de ma nature sans que personne autour de moi ne puisse m’aider».

La providence du Créateur

Si tout se déroule selon le Plan du Créateur, à quoi bon les efforts de l’homme? En fait, le travail personnel selon le principe de «rétribution - punition», permet à l’homme de prendre conscience que c’est le Créateur qui le dirige et de se hisser au degré de conscience auquel il est clair pour lui que c’est le Créateur qui dirige tout, et que tout est prévu d’avance.

Ce degré est un préalable. Sans y avoir accédé, l’homme ne peut avoir la conviction que tout est dirigé par le Créateur. Avant cela, l’homme n’est pas en

mesure de prendre conscience ni d’agir selon les principes propres à ce degré, et

ce n’est pas de cette façon qu’il faut procéder pour comprendre l’organisation du

monde, autrement dit, l’homme doit agir uniquement selon les lois qu’il perçoit

au degré où il se trouve.

Ce n’est que grâce aux efforts accomplis par l’homme dans son travail selon le principe «rétribution - punition», qu’il accède à la confiance totale du Créateur et peut voir le véritable monde et son organisation. Alors, en voyant que tout dépend du Créateur, il aspire de ses propres forces au Créateur. Il ne faut pas s’éloigner des pensées et des désirs égoïstes et laisser son cœur vide. Ce n’est qu’en le remplissant d’aspirations spirituelles, altruistes, et non égoïstes, que l’on peut remplacer les désirs d’hier en leurs contraires et éliminer son égoïsme.

Celui qui aime le Créateur éprouve immanquablement de la répulsion pour l’égoïsme car il en ressent sur lui-même le mal dans toutes ses manifestations et ne voit pas de quelle manière il peut s’en débarrasser. Il perçoit nettement qu’il n’a pas la force de l’éliminer puisque cet attribut a été donné par le Créateur à ses créatures.

L’homme n’a pas la capacité de se débarrasser lui-même de son égoïsme, mais il

a tellement conscience que cet égoïsme est son ennemi qui le détruit

spirituellement, qu’il le haïra à tel point que le Créateur pourra l’aider à s’en

défaire, qu’il pourra utiliser l’égoïsme au profit de son élévation spirituelle.

Il est dit dans le Talmud «J’ai créé le monde uniquement pour les justes absolus ou pour les pécheurs absolus». Que le monde ait été créé pour les justes, nous pouvons le comprendre, mais pourquoi n’a-t-il pas été créé pour les justes non absolus ou bien pour les pécheurs non absolus, mais est-ce pour les pécheurs absolus, que le Créateur a créé l’univers?

L’homme accepte involontairement la toute-puissance du Créateur en fonction de la perception qu’il a de celle-ci, «bonne» et «magnanime», si elle lui est agréable ou bien désagréable s’il souffre. Autrement dit, notre perception du monde correspond à notre perception du Créateur, bon ou mauvais.

L’homme ressent la toute-puissance du Créateur sur le monde de deux manières:

ou

bien il ressent le Créateur, et alors tout semble beau, ou bien il lui semble que

ce

sont les forces de la nature, et non pas le Créateur, qui régissent le monde.

L’homme comprend par son entendement qu’il n’en est pas ainsi, mais comme ses sens déterminent sa relation avec le monde, et non son entendement, il se sent fautif en prenant conscience de cette opposition.

Comprenant que le Créateur désire le réjouir, ce qui n’est possible qu’en se rapprochant de Lui, l’homme ressent son propre éloignement par rapport au Créateur comme quelque chose de «négatif» et il se sent fautif. Cependant, si l’homme se sent fautif au point que, malgré tout, il crie vers son Créateur pour demander du secours, pour qu’Il s’ouvre à lui et, par-là même, qu’Il lui donne des forces pour sortir de la cage de l’égoïsme et entrer dans le monde spirituel, le Créateur l’aidera immédiatement.

L’homme, notre monde et tous les Mondes Spirituels ont été créés pour connaître de tels états.

En parvenant à l’état de pécheur absolu, l’homme qui a crié vers le Créateur, se hisse au niveau de Juste absolu.

Seul l’homme libéré de sa fatuité et ayant pris conscience de sa faiblesse et de la bassesse de ses aspirations, devient digne de percevoir la magnificence du Créateur.

Plus il importe à l’homme d’être proche du Créateur, plus il Le ressent, plus il est en mesure de rechercher les nuances et les signes de la manifestation du Créateur; l’émerveillement engendre des sentiments dans son cœur et éveille la joie en lui.

C’est pourquoi l’homme voit qu’il n’est pas meilleur que ceux qui l'entourent, qui n’ont pas mérité une telle relation particulière avec le Créateur dont il fait, lui, l’expérience. Ceux qui l’entourent ne soupçonneraient pas une relation réciproque avec le Créateur, ne songeraient pas à ressentir le Créateur ni à prendre conscience du sens de l’existence et de la progression spirituelle.

Mais en même temps, lui, qui a mérité, on ne sait comment, une attention particulière du Créateur qui lui donne la possibilité ne serait-ce que de réfléchir parfois au sens de l’existence et à la relation avec son Créateur et s’il peut avoir conscience du caractère unique et de l’exclusivité de cette relation du Créateur avec lui, il atteint un sentiment de gratitude et de joie infinies. Plus il peut apprécier cette chance toute particulière, plus il peut exprimer sa gratitude envers son Créateur.

Plus il peut percevoir les nuances possibles de ses sentiments en chaque point et à chaque moment de sa relation avec le Créateur, plus il peut apprécier la magnificence du monde spirituel qui s’ouvre à lui, et la magnificence et la puissance du Créateur, plus il s’en réjouit avec d’autant plus d’assurance.

Si on analyse la différence radicale des attributs du Créateur et de la création, il n’est pas difficile de conclure qu’elles ne peuvent coïncider qu’à la condition que l’homme se débarrasse de sa nature d’égoïste absolu et n’ait plus alors d’existence propre, plus rien ne le séparant du Créateur.

Ce n’est qu’en prenant conscience lui-même que, sans vie spirituelle, il meurt (comme meurt un corps privé de vie), et qu’il veut vivre passionnément, que l’homme a la possibilité de pénétrer la vie spirituelle et de s’imprégner de spiritualité.

Accomplir les lois du Créateur

De quelle manière parvenir à un état qui ferait que l’élimination des intérêts personnels et des soucis de sa propre personne ainsi que l’aspiration implacable de s’en remettre au Créateur deviennent le but de l’existence au point que si ce but n’est pas atteint, apparaisse une sensation de mort?

L’accession à un tel état est possible progressivement selon le principe de l’action réciproque: plus l’homme fait d’efforts dans sa quête d’un chemin spirituel, dans l’étude, dans les tentatives d’imiter des éléments spirituels, plus il est convaincu qu’il n’est pas en état de réussir à l’aide de ses propres forces. Plus l’homme étudie les sources importantes de développement spirituel, plus il a la sensation que ce qu’il étudie s’embrouille. Plus il fait d’efforts dans ses tentatives pour se conduire envers ses maîtres et ses amis conformément à ce qu’il a appris, - si vraiment il avance spirituellement -, plus il sent que ses actes sont dictés par son égoïsme absolu.

Ceci s’explique par le principe «il faut frapper le premier»: l’homme ne peut se débarrasser de son égoïsme que s’il voit que cet égoïsme le tue, ne lui permet pas de vivre sa vraie vie, éternelle, pleine des délices de la vie.

La haine vis-à-vis de l’égoïsme lui permettra finalement de s’en libérer.

Le principal est de désirer s’en remettre entièrement au Créateur en ayant conscience de Sa grandeur. (S’en remettre au Créateur signifie se séparer de son «moi» propre). C’est alors que l’homme doit se représenter au nom de quoi il y a lieu de travailler dans ce monde, au nom des valeurs éphémères ou au nom des valeurs éternelles? Car rien d’éternel ne subsiste de ce que nous avons produit, tout passe. Seules sont éternelles les structures spirituelles, ainsi que les pensées, les actes et les sentiments altruistes.

Autrement dit, en s’efforçant par ses pensées, ses désirs et ses efforts de ressembler au Créateur, en fait, l’homme crée par cela même son propre édifice d’éternité. L’homme n’a la possibilité d’avancer sur le chemin en s’en remettant au Créateur que s’il a conscience de la magnificence du Créateur.

Il en est de même dans notre monde, si quelqu’un apparaît grand à nos yeux, nous lui rendons avec plaisir un service et nous considérons que ce n’est pas nous qui avons fait quelque chose pour lui, mais que c’est lui, qui en ayant accepté de prendre quelque chose de nous, nous a témoigné de l’attention et nous a donné bien qu’il ait reçu de nous.

Cet exemple montre que le but intérieur peut modifier l’intention d’un acte mécanique extérieur, prendre ou donner, en son contraire. C’est pourquoi, tout comme l’homme magnifie le Créateur, de la même façon il peut Lui donner ses pensées, ses désirs et ses efforts et il sentira qu’il ne donne pas mais qu’il reçoit du Créateur, qu’il reçoit la possibilité de rendre un service, la possibilité dont ne sont dignes que quelques unités dans chaque génération. Il s’ensuit de ce qui précède que la principale tâche de l’homme est de magnifier son Créateur; Autrement dit, d’acquérir la foi en Sa magnificence et en Sa puissance, c’est la seule possibilité de sortir de la cage de l’égoïsme pour pénétrer les mondes spirituels.

3 - LA TABLE D’HÔTE

Acte 1

Dans une demeure spacieuse bien éclairée, un homme d’allure agréable est occupé en cuisine. Il prépare le repas pour son invité qu’il attend de longue date. Jonglant d’une casserole à une autre, il se souvient des plats dont son invité est si friand. Son anticipation est joyeuse et manifeste. Avec les gestes d’un danseur, il place cinq plats sur la table, auprès de laquelle se trouvent deux chaises à coussin.

Toc, toc, l’invité entre. A sa vue, le visage de l’hôte s’éclaire, et celui-ci l’invite à passer à table. L’invité s’assied, tandis que l’hôte le couve affectueusement du regard. L’invité regarde les bons plats étalés devant lui, et les hume à distance. Il est clair que ce qu’il voit lui plaît, mais il exprime son admiration avec une modération pleine de tact, sans laisser paraître qu’il sait que ces mets lui sont destinés.

L’hôte: Prenez place; sachant combien ils vous plaisent, j’ai préparé ces plats tout spécialement pour vous. Nous savons tous deux à quel point je connais bien vos goûts et habitudes culinaires. Je sais que vous avez faim, je connais votre appétit, aussi ai-je tout préparé exactement comme vous aimez, en quantité idéale afin que vous n’en laissiez pas une miette.

Le narrateur: S’il restait un tant soit peu de nourriture après que l’invité soit repu, alors lui-même et l’hôte seraient tous deux déçus: l’hôte pour avoir présenté à son invité plus qu’il ne pouvait recevoir, et l’invité pour n’avoir pas pu entièrement satisfaire les espoirs de son hôte. L’invité serait également déçu d’être déjà rassasié, alors qu’il reste encore des délices mais plus de place dans son estomac. Cela signifierait que le désir d’en tirer du plaisir n’était pas assez grand.

L’invité, solennel: C’est vrai, vous avez préparé exactement ce que j’aurais aimé voir et manger à ma propre table. Même la quantité est idéale. Je ne saurais en demander plus pour davantage apprécier la vie. Si tout cela était à moi, je goûterais probablement au plaisir divin.

L’hôte: Eh bien mangez tout, et en vous régalant, régalez-moi.

L’invité entame son repas.

L’invité, la bouche pleine et se délectant visiblement, quoique légèrement gêné:

Comment se fait-il que plus je mange, moins j’apprécie la nourriture? Le plaisir que j’en retire chasse la faim, et diminue au fur et à mesure. Plus je me rassasie, et moins j’apprécie mon repas. Et quand je l’ai fini, il ne me reste plus rien que le souvenir du plaisir, et non le plaisir lui-même. Il n’y avait du plaisir que lorsque j’avais faim. Une fois ma faim disparue, le plaisir a fui pareillement. J’ai reçu ce que j’espérais tant, et me voici sans plaisir ni joie. Je ne désire plus rien, et rien ne me met en joie.

L’hôte, un peu irrité: J’ai fait tout ce que je pouvais pour vous satisfaire. Qu’y puis-je si le plaisir acquis s’éloigne de la sensation de ravissement parce que le désir a disparu? Quoi qu’il en soit, vous êtes maintenant pleinement rassasié de tout ce que je vous avais préparé.

L’invité, se défendant: En faisant honneur à tout ce que vous avez préparé pour moi, je ne peux même pas vous remercier, puisque je ne peux plus apprécier l’abondance que vous m’avez offerte. Mon sentiment principal est celui d’avoir reçu de vous sans rien vous avoir donné en contrepartie. Et par conséquent vous me rendez honteux, en me faisant remarquer inconsidérément que c’est vous qui donnez, et que je ne fais que prendre.

L’hôte: Je ne voulais pas vous montrer que c’était vous qui receviez et moi qui donnais. Mais le simple fait de recevoir quelque chose venant de l’extérieur vous

a donné l’impression que vous receviez de ma part, en dépit de ma gentillesse

naturelle qui ne souhaitait rien de plus que vous voir accepter ma nourriture. Je

n’y puis rien changer. Par exemple, j’élève des poissons: peu leur importe qui les nourrit… Et Bob, mon chat, il se moque pas mal de savoir quelle main lui donne

à manger. Mais mon chien Rex, lui, n’accepte pas sa nourriture de quiconque.

Les gens sont ainsi faits et certains reçoivent sans se rendre compte qu’on leur donne, ils prennent, un point c’est tout. Il y en a même qui volent sans remords! Celui qui par contre a développé sa propre perception, perçoit qu’il y a quelqu’un qui donne, ce qui le rend conscient et sait que c’est lui qui prend. Ceci entraîne honte, remords et sensation d’agonie.

L’invité, quelque peu apaisé: Mais comment puis-je faire pour d’une part recevoir du plaisir, et de l’autre ne pas me considérer comme celui qui prend? Comment neutraliser ce sentiment intérieur: «Vous me donnez et moi je prends? » S’il s’agit d’échanger mutuellement et que cela me rende honteux, comment éviter cela? Ou peut-être pourriez-vous faire en sorte que je n’ai pas l’impression de recevoir! Mais cela n’est possible que si j’ignore votre existence (tels les poissons) ou bien si je vous ai perçu mais sans comprendre que vous me donniez (tel le chat) ou bien en tant qu’être humain au développement incomplet.

L’hôte, dont les yeux se plissent sous l’effet de la concentration, et attentif à ses paroles: Je crois entrevoir une solution, après tout. Peut-être pourriez-vous faire un travail sur vous afin de supprimer cette sensation de recevoir?

L’invité, son regard s’éclairant: Ah, je comprends! Vous avez toujours voulu m’accueillir en tant qu’invité. Et bien demain, je reviendrai, et cette fois-ci me comporterai de manière à ce que vous-mêmes, vous vous sentiez non plus comme celui qui offre, mais comme celui qui reçoit. Bien sûr, je serai toujours dans la situation de celui qui reçoit, et mangerai tout ce que vous aurez préparé, mais je me percevrai comme celui qui donne

Acte 2

Le lendemain, dans la même pièce, l’hôte a préparé un nouveau repas, avec exactement les mêmes mets que ceux de la veille. Il s’assoit à table et l’invité entre, affichant sur son visage une expression inhabituelle et quelque peu réservée.

L’hôte, avec un grand sourire, sans avoir remarqué le changement: Je vous attendais. Je suis si heureux de vous voir, je vous en prie asseyez-vous.

L’invité s’assoit et sent poliment la nourriture. Regardant le repas: Tout ça pour moi?

L’hôte: Mais bien sûr! Rien que pour vous! Je serai si heureux si vous vouliez bien accepter tout ceci.

L’invité: Je n’y tiens pas tant que ça.

L’hôte: Allons, ce n’est pas vrai! Vous y tenez et je le sais pertinemment! Pourquoi ne pas en profiter?

L’invité: Je ne peux pas accepter tout ceci de votre part. Cela me met mal à l’aise.

L’hôte: Comment ça, mal à l’aise? Je tiens tant à ce que vous en profitiez pleinement! Pour qui pensez-vous que j’ai cuisiné? Ca me ferait tant plaisir si vous mangiez tout cela.

L’invité: Vous avez peut-être raison, mais je ne veux pas accepter tous ces plats!

L’hôte: Mais en fait, vous ne recevez pas un repas, c’est vous qui me faites une faveur en vous asseyant à ma table et en appréciant ce que j’ai préparé. Après

tout, je n’ai pas préparé tout cela pour vous, mais parce que j’aime que vous le receviez de ma part. Voilà pourquoi le fait que vous consentiez à manger ne serait pas de votre part recevoir, mais une faveur que vous me feriez. Vous recevrez tout cela pour moi! De votre côté, il ne s’agirait pas du tout de prendre, mais au contraire de m’accorder une grande joie. Il en résulte que ce n’est pas vous qui recevez mon repas, mais en fait c’est moi qui en retire un grand plaisir, grâce à vous. C’est vous qui me donnez, et non le contraire.

Le propriétaire des lieux avance de façon implorante le met parfumé devant son invité réticent. Celui-ci le repousse. De nouveau l’hôte le fait glisser vers son invité, et essuie un nouveau refus. Il soupire et tout son être manifeste le désir de voir l’invité accepter la nourriture.

L’invité se met dans la position de celui qui donne et ferait ainsi une faveur à l’hôte.

L’hôte: Je vous en supplie, faites-moi plaisir!

L’invité commence à manger, puis s’arrête pour réfléchir. Il recommence, puis s’interrompt à nouveau. A chaque pause, l’hôte l’encourage à continuer. Une certaine dose de persuasion est nécessaire pour que l’invité poursuive.

L’hôte présente de nouveaux mets à son invité, le suppliant à chaque fois de lui faire plaisir en les acceptant.

L’invité: Si je pouvais être certain que je mange parce que cela vous procure du plaisir et non parce que j’en ai envie, vous deviendrez alors celui qui reçoit et moi celui qui vous fait plaisir. Mais pour cela, je dois être certain de ne manger que dans votre intérêt, et non pas pour le mien.

L’hôte: Absolument, vous ne mangez que pour moi. Après tout, vous vous êtes attablés et n’avez rien goûté avant que je ne vous aie prouvé qu’il ne s’agissait pas uniquement de manger, mais c’est en fait une grande joie que vous me faites. C’est pour me faire plaisir que vous êtes venus.

L’invité: Mais si je devais accepter quelque chose pour laquelle je n’ai initialement pas de désir, quelque chose que vous m’offririez juste pour que je l’accepte, alors je n’apprécierais pas ce don, et vous ne connaîtriez pas le plaisir de me voir accepter facilement votre offre.

Et donc, vous ne pourrez éprouver de plaisir qu’à condition que j’apprécie votre offre.

L’hôte: Je sais exactement combien vous appréciez cette nourriture, combien vous pouvez manger de chaque plat, et c’est en fonction de cela que j’ai préparé ces cinq plats. Après tout, je connais votre désir pour tel ou tel plat, et non pas pour quoi que ce soit d’autre dans votre vie. Le fait de savoir à quel point vous appréciez ce plat fait naître en moi la sensation du plaisir que vous éprouvez. Que vous aimez mes plats fait naître en moi une sensation de plaisir. Ce plaisir obtenu par vous est bien fondé, je n’ai aucun doute là-dessus.

L’invité: Comment puis-je être certain d’apprécier uniquement parce que vous voulez que j’apprécie et que vous avez préparé tout cela pour moi? Comment être certain que je ne devrais pas refuser, et qu’en recevant de votre part, c’est en fait moi qui vous fait plaisir?

L’hôte: Très simple! Parce que vous avez totalement refusé mes plats, et que ce n’est qu’après vous être assuré que vous le faisiez pour me rendre service que vous avez fini par accepter. Après tout, à chaque bouchée, vous aurez l’impression que vous la prendrez pour moi, vous ressentirez la joie que vous m’apportez.

L’invité: Si je pense, à chaque fois que je reçois que je le fais pour vous - sinon je refuserais de prendre, et si je combine cette intention au don que vous me faites, alors toute honte disparaît et je deviens fier de vous faire plaisir.

L’hôte: Alors mangez tout! Vous le désirez, et ainsi vous ne saurez me faire plus plaisir!

L’invité: (mangeant avec plaisir et terminant chaque plat jusqu’au dernier, mais toujours insatisfait au bout du compte): Voilà, j’ai tout mangé et suis repu. Il ne reste plus rien à apprécier. Mon plaisir a disparu, car je n’ai plus faim. A présent, je ne peux rendre heureux ni vous ni moi. Que faire, désormais?

L’hôte: Je ne sais pas. Vous m’avez procuré un immense plaisir en voulant bien recevoir quelque chose venant de ma part. Que puis-je faire d’autre pour vous, de sorte que vous appréciez encore et encore? Comment pourrez-vous vouloir encore manger, si vous avez déjà tout mangé? Que faire pour avoir à nouveau de l’appétit?

L’invité: C’est juste, mon désir d’avoir du plaisir s’est transformé en un désir de vous donner, et si désormais je ne peux pas ressentir du plaisir, alors comment vous procurer du plaisir? Après tout, je ne peux pas m’ouvrir l’appétit pour un autre repas de cinq plats.

L’hôte: Je n’ai d’ailleurs rien préparé de plus que vous ne désiriez. De mon côté, j’ai fait tout ce qu’il fallait. Votre problème est le suivant: «Comment ne pas cesser d’en vouloir davantage, lorsque que je reçois de plus en plus?»

L’invité: Mais si le plaisir ne comble pas la faim, ce n’est pas perçu comme du plaisir. La sensation de plaisir découle de la satisfaction du besoin. Si je n’avais pas eu faim, je n’aurais pas pu apprécier la nourriture, et ainsi vous donner. Comment avoir un désir permanent et, en recevant à nouveau du plaisir, vous maintenir constamment dans la joie?

L’hôte: Pour cela, il vous faut une source de désir différente, et un moyen de satisfaction différent. En utilisant votre appétit pour la nourriture et le plaisir qui en dérive, vous les avez tous deux épuisés.

L’invité: J’y suis! Le problème, c’est que je me suis empêché d’éprouver de la joie, jusqu’au moment où je suis arrivé à vous percevoir, le bienfaiteur. J’ai opposé un refus tel, que même entièrement déployé devant moi, je ne pouvais accepter le repas, à cause de la honte. Celle-ci était si forte que j’ai préféré demeurer affamé plutôt que de me sentir honteux d’en être le bénéficiaire.

L’hôte: Et une fois convaincu que vous ne receviez pas pour vous-mêmes, vous avez commencé à le faire par égard pour moi. Grâce à cela, vous avez apprécié à la fois la nourriture et le plaisir que vous me faisiez. Voici pourquoi la nourriture devrait être conforme à votre désir. Après tout, si vous ne tirez pas plaisir du repas, quel plaisir pourrez-vous m’apporter?

L’invité: Mais, sachant que vous m’appréciez, recevoir dans votre intérêt ne suffit pas. Si mon plaisir provient de votre joie, alors ce n’est pas la nourriture qui est la source de mon plaisir, mais vous! Il faut que je ressente votre joie.

L’hôte: Je suis tout à fait d’accord.

L’invité: Oui, mais de quoi mon plaisir dépend-il? Il dépend de vous, vous à qui je fais plaisir. Ce qui signifie que mon plaisir dépend de l’intensité du désir de vous donner, c’est-à-dire de l’étendue par laquelle je perçois votre grandeur.

L’hôte: Alors que puis-je faire?

L’invité: Si je vous connaissais mieux, si je vous percevais plus intimement, et si vous étiez vraiment important, alors votre grandeur et votre toute-puissance m’auraient été révélées. Ainsi, non seulement j’aurais eu plaisir à vous procurer satisfaction, mais également j’aurais été pleinement conscient de la personne à

qui j’ai fait plaisir. Et donc mon plaisir eût été proportionnel à la révélation de votre grandeur.

L’hôte: Cela dépend de moi?

L’invité: Ecoutez, si je donne, il est important que je sache combien et à qui je donne. Si c’est à des êtres chers, comme mes enfants, alors le désir que j’ai de leur donner se mesure à l’étendue de l’amour que j’ai pour eux, car ainsi je me fais plaisir. Si par contre une personne dans la rue frappe à ma porte, je lui donnerai quelque chose par sympathie pour elle, parce que je perçois sa peine, ou parce que j’espère que si je venais moi-même à être dans la misère, quelqu’un m’aiderait aussi.

L’hôte: Ce principe sous-tend tout le concept du bien-être social. Les gens ont réalisé que sans assistance mutuelle, ils souffriraient tous, c’est-à-dire qu’à leur tour ils souffriraient, s’ils étaient dans le besoin. L’égoïsme force l’homme à donner, mais ce n’est pas un vrai don. C’est simplement pour lui une assurance de son futur.

L’invité: Je pense que ce type de don ne devrait même pas être pris en compte. Toute notre générosité n’est rien d’autre qu’une réception camouflée, la satisfaction de soi-même et de celle des êtres chers.

L’hôte: Mais alors, comment puis-je vous procurer un plaisir supérieur à celui trouvé dans le repas?

L’invité: Ca ne dépend pas de vous, mais de moi. Si la personne venant chez moi était non pas quelqu’un de normal, mais une personnalité très importante, j’en tirerais davantage de plaisir qu’avec une personne ordinaire. C’est donc que le plaisir ne dépend pas de la nourriture, mais de la personne qui l’a préparé pour vous!

L’hôte: Alors que puis-je faire pour gagner davantage votre respect?

L’invité: Parce que je reçois, non dans mon intérêt mais dans le vôtre - autrement dit parce que c’est moi qui vous donne, plus j’ai de respect pour vous et plus de plaisir j’en tirerai, étant bien conscient de la personne à qui je donne.

L’hôte: Alors que dois-je faire pour que vous m’estimiez davantage?

L’invité: Parlez-moi de vous, montrez-moi qui vous êtes! Alors je pourrai tirer du plaisir non seulement du repas, mais aussi du fait que je connais la personne qui me l’offre, la personne avec qui je suis en contact. La plus infime portion de

nourriture reçue d’une grande personnalité équivaudra à une quantité de plaisir bien plus grande. Le plaisir croît en fonction de la considération que j’ai de votre personne.

L’hôte: Ce qui signifie que pour que ce plaisir grandisse, il convient que je m’ouvre davantage et que vous sachiez m’apprécier.

L’invité: Exactement! Voilà ce qui crée en moi un nouvel appétit. Le désir de vous donner grandit proportionnellement à votre grandeur, et non par volonté d’éviter cette sensation de honte qui m’interdit de satisfaire ma faim.

L’hôte: De cette façon, vous vous mettez à percevoir non pas la faim, mais ma grandeur, et le désir de me faire plaisir. Ainsi, vous commencez à répondre non pas à votre appétit (ce n’est pas cela qui vous a amené chez moi), mais à ma grandeur et au désir de me faire plaisir?

L’invité: Et qu’y a-t-il de mal à cela? Je peux tirer bien davantage de plaisir de la nourriture pour ce qu’elle représente en elle-même, en ajoutant à la faim un second désir, celui de vous donner.

L’hôte: Cela également je dois y pourvoir.

L’invité: Non, car le désir et sa satisfaction, je les crée en moi. Pour cela je n’ai besoin que d’une chose: vous connaître. Révélez-vous à moi et je créerai en moi un très fort désir de vous donner et tirerai plaisir du don, et non de la suppression d’un sentiment de honte.

L’hôte: Quel bénéfice en tirerez-vous, hormis celui d’un plaisir augmenté?

L’invité, (indiquant clairement que c’est là le point crucial): Il y a un autre avantage majeur: si je crée en moi un nouveau désir, distinct du caractère inhérent à la faim, je deviens maître de ce désir. Je peux toujours l’augmenter, le remplir de plaisir, et toujours vous donner en recevant du plaisir.

L’hôte: Le fait d’y répondre, tout comme avec la faim, ne le fera-t-il pas disparaître?

L’invité: Non, car je peux toujours créer en moi une plus grande image de votre personne. De nouvelles aspirations en vue de vous donner émergeront constamment, et en recevant de vous, je réaliserai ces désirs. Ce processus peut se poursuivre indéfiniment.

L’hôte: De quoi cela dépend-il?

L’invité: De la découverte constante de nouvelles vertus ainsi que de votre grandeur.

L’hôte: Ce qui signifie que, pour qu’un plaisir ayant pour source ses propres désirs demeure constant, de sorte que l’appétit ne cesse, même si l’on reçoit un plaisir égoïste, mais au contraire augmente grâce à cette réception, il convient de créer une nouvelle faim: le désir de ressentir, de percevoir celui qui donne.

L’invité: Oui, en plus de recevoir le plaisir (les mets), on devine la grandeur du donneur. La découverte de l’hôte et des mets devient la même. Le plaisir en soi fait prendre conscience de celui qui donne, que le donneur, la nourriture ainsi que les attributs du donneur ne font qu’un.

L’hôte: Il s’avère que depuis le début, ce que vous souhaitiez inconsciemment c’était la révélation de celui qui donne. En fait, pour vous, il ne s’agit de rien d’autre que de se satisfaire.

L’invité: Au départ, je ne comprenais même pas que je voulais cela. Tout ce que je voyais, c’était la nourriture, pensant que c’était cela que je désirais.

L’hôte: Je l’ai fait exprès! De sorte que vous développiez progressivement votre propre volonté que vous étiez censé créer de vous-mêmes, et afin que vous l’assouvissiez de vous-mêmes. Ce qui veut dire que vous avez pris simultanément le rôle de l’invité et de l’hôte.

L’invité: Pourquoi tout fonctionne-il donc ainsi?

L’hôte: Dans le but de vous amener à la plénitude. Afin que vous désiriez toute chose dans sa totalité et que vous atteigniez une satisfaction maximale. Afin que vous vous délectiez de chaque désir et que le plaisir ne soit en aucun cas limité.

L’invité: Mais pourquoi ne le savais-je pas dès le début? Après tout, tout ce que j’ai vu autour de moi étaient des objets de mon désir, sans même penser un instant que tout ce que je voulais réellement pendant tout ce temps, c’était vous.

L’hôte: Cela est conçu spécialement pour que, partant d’une situation dans laquelle vous ne me perceviez pas, de vous-mêmes vous veniez à moi et créez ce désir intérieur.

L’invité, stupéfait: Mais si j’ai créé ce désir en moi, où êtes-vous dans cette histoire?

L’hôte: C’est moi qui, au départ, ai créé en vous un simple désir égoïste. Je le développe en vous entourant constamment de nouveaux objets de délice.

L’invité: Mais dans quel but?

L’hôte: Afin de vous convaincre qu’aucune poursuite de quelque plaisir que ce soit ne saurait vous satisfaire.

L’invité: Je peux le comprendre. Au moment même où j’obtiens ce que je veux, le plaisir perçu disparaît immédiatement, et de nouveau j’aspire à quelque chose d’autre, soit de plus grand soit de totalement différent. Et je me retrouve dans une quête permanente au plaisir, sans jamais pouvoir vraiment l’atteindre, parce qu’à l’instant où je mets la main dessus, il disparaît.

L’hôte: Voilà précisément la raison pour laquelle vous développez votre perception du Moi et prenez conscience de la futilité de ce type d’existence.

L’invité: Mais, au moment où vous m’exposerez l’image de ce qui se passe, je comprendrai le but de toute cette manœuvre!

L’hôte: Cette raison ne vous est révélée que lorsque vous êtes totalement convaincus du manque de sens de votre vie égoïste, et que vous prenez conscience de la nécessité de se conduire autrement. Il vous faut connaître votre racine ainsi que le sens de votre vie.

L’invité: Mais cela dure depuis des milliers d’années. Quand est-ce que cela cessera?

L’hôte: Rien n’est créé inutilement. Tout ce qui existe n’est là que dans le seul but d’amener l’individu à connaître un autre mode d’existence. Ce processus est lent, car chaque petit désir doit émerger et être reconnu comme indigne d’être appliqué dans sa forme initiale.

L’invité: Et de tels désirs sont nombreux?

L’hôte: Très nombreux! En proportion directe avec le plaisir que vous recevrez dans le futur. Mais le plaisir tiré d’un repas reçu ne change pas. Vous ne pouvez manger plus d’un repas par jour. Le volume de votre estomac est invariable. Par conséquent, la part que je vous offre et que vous recevez ne varie pas. Mais en dînant à ma table dans le but de me faire plaisir, cette démarche crée en vous une nouvelle volonté et un nouveau plaisir, distinct du plaisir lié à la nourriture. Ce plaisir se mesure en taille et en puissance, c’est-à-dire en quantité et en qualité,

en fonction de la quantité de plaisir que vous avez obtenu en dînant à ma table pour me faire plaisir.

L’invité: Comment alors augmenter mon désir de recevoir du plaisir dans votre propre intérêt?

L’hôte: Cela dépend de l’appréciation et du respect que vous avez pour moi, de l’estime que vous avez pour moi.

L’invité: Alors comment augmenter l’estime que je vous porte?

L’hôte: Pour cela il vous suffit de me connaître davantage. De me voir dans chacune de mes actions. De m’observer et d’être convaincu de ma grandeur. Convaincu de ma toute-puissance, de ma compassion et de ma gentillesse.

L’invité: Eh bien alors dévoilez-vous!

L’hôte: Si votre requête émane d’un désir de me donner, alors je me révèlerai. Mais si votre désir provient d’un désir d’autosatisfaction à l’idée de me voir, non seulement je m’abstiendrai de me manifester, mais je m’isolerai de vous encore plus profondément.

L’invité: Pourquoi? Quelle que soit la manière dont je reçois de vous, est-ce que ça ne revient pas au même, pour vous? Après tout, vous voulez que j’ai du plaisir? Pourquoi vous cacher?

L’hôte: Si je me dévoile entièrement, vous percevrez tant de plaisir à l’idée de l’éternité de ma toute-puissance et de ma grandeur que vous serez incapable d’accepter ce plaisir dans mon propre intérêt. Cette pensée ne vous traversera même pas l’esprit, et vous vous sentirez accablés de honte par la suite. De plus, parce que le plaisir sera perpétuel, cela éliminera votre désir, comme nous l’avons précédemment montré, et vous laissera vide de tout désir.

L’invité, (réalisant enfin): C’est donc pour ça que vous vous dérobiez à moi, pour m’aider! Et moi qui pensais que c’était parce que vous ne vouliez pas que je vous connaisse.

L’hôte: Mon plus grand désir est que vous me voyiez et soyez à mes côtés. Mais qu’y puis-je si alors, vous n’arrivez pas à ressentir de plaisir… ne serait-ce pas la même chose que mourir?

L’invité: Mais si je ne suis pas conscient de votre personne, comment puis-je alors progresser? Tout dépend de combien vous vous révélez à moi.

L’hôte: Effectivement, seule la perception de ma présence crée en vous la capacité de grandir et de recevoir. Sans cette perception, vous ingurgitez tout et cessez immédiatement d’éprouver du plaisir. Voilà pourquoi, lorsque j’apparais devant vous, vous éprouvez de la honte, le sentiment de celui qui donne, un désir de recevoir les mêmes attributs que le donneur.

L’invité: Eh bien révélez-vous à moi au plus vite.

L’hôte: Je le ferais, dans la mesure où vous en bénéficiez, car j’ai toujours voulu me révéler à vous. Après tout, si je me cache c’est volontairement, afin de créer pour vous les conditions d’une liberté de choix, afin que vous agissiez et choisissiez de penser malgré ma présence, sans la moindre pression de la part de l’hôte.

L’invité: Et comment donc vous révélez-vous à moi?

L’hôte: Je le fais lentement et progressivement. Chaque niveau de révélation s’appelle un Monde. Du niveau le plus caché à celui le plus dévoilé.

Fin

Il s’ensuit que notre objectif principal est d’élever à nos yeux l’importance du Créateur, c’est-à-dire, acquérir le foi dans Sa magnificence. Nous devons ainsi procéder car c’est notre unique possibilité de sortir de la prison de l’égoïsme et d’accéder aux Mondes Supérieurs.

Comme il est indiqué dans la fable, si l’homme éprouve des difficultés d’aller au- dessus de ses forces quand il veut emprunter la voie de la foi en cessant de se préoccuper de lui-même, c’est qu’il a l’impression d’être comme séparé du restant du monde, comme suspendu dans le vide, sans appui, et qu’il laisse son entourage, sa famille et ses amis pour se fondre dans le Créateur.

La seule raison de cette impression, est l’absence de foi en le Créateur, autrement dit l’homme ne perçoit pas son Créateur, Sa Présence et Sa toute-puissance, en d’autres termes, il est dépourvu de foi.

Dès qu’il commence à ressentir la Présence du Créateur, il est déjà prêt à s’en remettre totalement à Lui et à Le suivre les yeux fermés, il est prêt à s’unir complètement à Lui, au mépris du bon sens. Le but essentiel de l’homme est de ressentir la Présence du Créateur.

Orienter son énergie, ses pensées vers la perception du Créateur valent la peine car, dès lors, l’homme cherche de toute son âme à s’unir à Lui. Toutes les pensées, les activités, les désirs et le temps de l’homme devraient être tournés vers ce but et vers la perception du Créateur. Cet effort aboutit à ce que nous nommons la foi.

Il est possible d’accélérer ce processus si l’homme accorde une certaine importance à ce but. Et plus celui-ci est important à ses yeux, plus il peut atteindre à la foi, autrement dit, ressentir le Créateur.

Plus il ressent le Créateur, plus cette sensation croît jusqu’à devenir constante en lui. La chance (Mazal en hébreu), est quelque chose qui est déterminée par la Providence, quelque chose sur laquelle l’homme n’a pas la capacité d’influer de quelque façon que ce soit. Par contre, l’homme a l’obligation, de l’En-Haut, d’essayer lui-même de parvenir à modifier sa propre nature, ensuite, après avoir jaugé les efforts de l’homme, le Créateur modifie celle-ci Lui-même et l’élève au- dessus du monde.

Avant que l’homme ne fasse quelque effort que ce soit, il ne doit en aucune façon compter sur les Forces Supérieures, sur la chance non plus, mais uniquement sur une attention particulière venant de l’En-Haut, il doit entreprendre sa tâche en ayant à l’esprit que s’il ne la remplit pas, il ne pourra pas arriver à ce qu’il veut. Après avoir terminé sa tâche, son étude ou tout autre effort, il doit considérer ce à quoi il est parvenu du fait de ses efforts et conclure que même s’il n’avait rien fait, de toute façon, cela aurait été la même chose car tout était déjà pensé par le Créateur.

C’est pourquoi celui qui souhaite prendre conscience de qui le dirige véritablement, se doit, dès le début de son chemin et dans toutes les situations de la vie, d’essayer d’allier ces deux contradictions.

Par exemple, le matin, l’homme est obligé de commencer sa journée habituelle par l’étude et le travail, après avoir éliminé de son esprit le fait que c’est le Créateur qui dirige le monde et chacun de nous. Il doit travailler comme si le résultat final ne dépendait que de lui seul.

A la fin de son travail, il ne doit cependant en aucun cas se permettre de s’imaginer que ce qu’il est parvenu à faire est le résultat de ses efforts. Au contraire, il doit reconnaître que même s’il était resté couché toute la journée, il serait de toute façon parvenu à la même chose car ce résultat était déjà dans les desseins du Créateur.

Tous nos actes peuvent être divisés en bons, neutres et mauvais. Le travail de l’homme en accomplissant des actes neutres, consiste à les élever au niveau de bons actes en alliant leur réalisation mentale à la conscience que c’est le Créateur qui dirige tout.

Par exemple, un malade comprenant très bien que sa guérison dépend entièrement du Créateur, est obligé de recevoir d’un médecin réputé pour son art, prendre un médicament éprouvé et connu et il doit croire que seul l’art du médecin l’aidera à surmonter sa maladie. Mais ayant pris les médicaments prescrits par le médecin, après sa guérison, l’homme doit croire que sans le médecin il serait en bonne santé avec l’aide du Créateur.

Et au lieu d’être reconnaissant envers le médecin, il se doit de remercier le Créateur; c’est ainsi que l’homme transforme un acte neutre en acte spirituel. S’il agit ainsi dans tous ses actes neutres, il «spiritualise» progressivement toutes ses pensées.

Les exemples cités et les explications sont nécessaires car ces questions sont une pierre d’achoppement sur le chemin de l’élévation spirituelle et, de surcroît, l’homme qui croit connaître les principes de l’organisation du monde s’efforce d’augmenter artificiellement l’intensité de sa foi en la toute-puissance du Créateur, et au lieu de travailler sur lui-même, pour éviter les efforts, pour démontrer sa foi ou tout simplement par paresse, avant de se mettre au travail décide que tout relève du pouvoir du Créateur, et que par conséquent tous les efforts sont vains!

Il peut même, après avoir fermé les yeux, dans une foi aveugle, en éludant les questions relatives à la foi, se priver de la possibilité d’avancer spirituellement.

Il est dit «Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front». Toutefois, après avoir gagné quelque chose par son labeur, l’homme a des difficultés à reconnaître que le résultat ne dépendait pas de son travail ni de ses capacités mais que c’est le Créateur qui a tout fait à sa place.

Et «à la sueur de son front» il doit renforcer en lui la foi en la toute-puissance du Créateur.

C’est précisément dans les efforts et les tentatives faites pour allier les contradictions apparentes de la toute-puissance des Lois du Créateur, (contradictions qui n’existent que du fait de la cécité de l’homme), et grâce à l’antagonisme des principes opposés, et donc incompréhensibles, qui guident les actes exigés de lui, et grâce au questionnement ainsi induit, que grandit celui qui a compris ces contradictions, et qu’il reçoit de nouvelles sensations spirituelles.

4 - ANNIHILER NOS INTÉRÊTS PERSONNELS

Ce qui a précédé la création se résume à l’existence d’un Créateur unique. Le commencement de la création réside en ceci que le Créateur a séparé de Lui- même un point pour lui donner plus tard des attributs différents des Siens. Ceci est l’essence même de la création car en dotant ce point d’égoïsme, le Créateur l’a comme «chassé» hors de Lui-même.

Ce point est notre «moi». Comme il n’existe ni lieu ni distance, le point perçoit son éloignement par rapport à ses attributs originels comme la «dissimulation du Créateur», autrement dit, il n’a pas conscience de cet éloignement, entre eux il y a les ténèbres créées par l’égoïsme de ce point.

L’abîme profond ainsi créé est ressenti par le point comme terriblement vertigineux si le Créateur souhaite le rapprocher de Lui. Si le Créateur ne souhaite pas le rapprochement de ce point, celui-ci ne ressent aucun abîme, et, d’une manière générale, il ne perçoit ni l’abîme, ni la distance par rapport au Créateur, ni le Créateur, il ne peut que les imaginer.

L’abîme de ténèbres que perçoit le point, se matérialise sous la forme des souffrances habituelles que nous causent les difficultés matérielles ou les maladies, les enfants et la famille.

Enfin, tout ce qu’a créé le Créateur autour du point il l’a fait pour qu’au moyen de cet environnement, Il puisse avoir une action sur le point. De quelle manière et dans quel but?

Pour montrer à l’homme que pour s’épargner des souffrances, il faut qu’il se débarrasse de son égoïsme, le Créateur crée par le biais du monde environnant, c’est-à-dire les enfants, le travail, les dettes, les maladies, les désagréments familiaux, un tel état de perception de la souffrance au point que la vie semble un poids insupportable du fait des intérêts personnels visant à atteindre quelque chose, et il apparaît un seul désir, ne plus rien vouloir, autrement dit, n’avoir plus aucun intérêt, fuir tout désir égoïste car il engendre des souffrances.

Il ne reste à l’homme qu’une seule issue, demander au Créateur d’être débarrassé de cet égoïsme qui l’oblige à se battre pour surmonter tous ses désagréments et qui par conséquent lui cause des souffrances.

Dans la Préface à «L’Etude des dix Sefirot» (paragraphe 2), Yéhouda Ashlag écrit «Si avec notre cœur nous étions attentifs à la question de la nécessité d’étudier la Kabbale, je suis sûr que tous nos doutes disparaîtraient, comme s’ils n’avaient

jamais existé».

C’est pourquoi la question posée par l’homme du fond de son cœur, et non pas de son intelligence ou de son érudition, autrement dit la question criée du plus profond de lui, pourquoi son existence, quel sens a-t-elle, (quel sens ont ses souffrances qui sont bien supérieures à ses plaisirs), pourquoi la vie quand la mort semble une issue facile et un salut, pourquoi la vie au cours de laquelle, si on fait un simple calcul, les souffrances dépassent de loin les plaisirs, durant laquelle il n’y a pas de fin aux tourbillons de la souffrance jusqu’à ce que, totalement sans force et vidés, nous la quittions.

Qui en fin de compte y prend plaisir ou à qui est-ce que je fais plaisir ou qu’est ce que j’attends de cette existence? Bien qu’inconsciemment chacun de nous soit hanté par cette question, parfois elle surgit de manière inattendue jusqu’à nous troubler l’esprit et à nous laisser sans force pour entreprendre quoi que ce soit, elle nous préoccupe et nous précipite dans l’abîme sombre de la désolation et de la prise de conscience de notre propre insignifiance.

Dans l’attente d’avoir la chance de trouver une solution connue et ensuite continuer d’exister comme hier, on se laisse aller au gré du courant de l’existence sans y songer tout particulièrement.

Ce questionnement douloureux nous est envoyé pour réfléchir et comprendre progressivement que nos souffrances proviennent de ce que nous recherchons notre intérêt personnel dans tous nos actes, que notre égoïsme, qui constitue notre être le plus profond, nous oblige à agir au nom de notre «bien-être» jamais satisfait puisque sans cesse à la poursuite de l’assouvissement d’un nouveau désir.

Mais s’il se débarrassait de son intérêt personnel, il serait aussitôt libre de toutes les affres de son être et il percevrait tout ce qui l’entoure sans douleur ni souffrance.

Le moyen pour sortir de l’esclavage de l’égoïsme peut être trouvé dans la Kabbale.

Le Créateur l’a spécialement créée comme un pont entre Lui et nous, entre Lui et le point dans notre cœur, notre monde avec ses souffrances, pour amener chacun de nous à la sensation de la nécessité de se débarrasser de son égoïsme, raison de toutes nos souffrances. Mettre un terme aux souffrances et ressentir le Créateur, source de plaisir, n’est possible que si l’homme ressent véritablement le désir de se débarrasser de son égoïsme.

Les désirs dans les mondes spirituels correspondent aux actions, car les désirs vrais et entiers conduisent immédiatement à l’action.

En nous faisant aller jusqu’au point où notre seul désir est de cesser de souffrir, le Créateur nous amène Lui-même à prendre la décision de nous débarrasser définitivement de l’intérêt personnel que nous investissons dans toutes les situations de l’existence, ce qui n’est possible qu’en l’absence de tout intérêt personnel et de tout égoïsme dans les situations de la vie qui se présentent à lui.

Où est le libre arbitre de l’homme, son droit de choisir, quel chemin emprunter et que choisir dans la vie? Le Créateur lui-même pousse l’homme à prendre une décision précise. Par le fait même qu’Il le met dans une situation pleine de souffrances, au point que la mort semble plus douce que ces souffrances.

Mais le Créateur ne permet pas de mettre un terme à son existence et de fuir ainsi les souffrances, et dans une situation remplie de souffrances insupportables, soudain, comme un rayon de soleil à travers un nuage, il apparaît comme clair à l’homme que la seule solution possible, ce n’est pas la mort, ce n’est pas la fuite, mais c’est l’élimination de ses intérêts personnels. Cette solution est la seule qui conduise au repos des souffrances insupportables.

Il va de soi que le libre arbitre ne préside pas à ce choix, c’est par force que l’homme choisit puisqu’il est placé devant l’obligation de fuir les souffrances. Le choix et la liberté de choix résident en ceci que dès que l’homme sort quelque peu de son état d’abattement, il doit mettre en application la décision prise, et tout en s’y attachant, se mettre à la recherche active d’une façon de sortir de l’état douloureux qu’il vient d’expérimenter, pour que le but de toutes ses pensées soit «orienté vers le Créateur», la vie «pour soi» n’apportant que des souffrances. Ce travail permanent et le contrôle de ses pensées s’appellent le «travail de purification».

La souffrance ressentie du fait de l’intérêt personnel, moteur des situations de la vie doit être si intense qu’elle oblige l’homme à être prêt à «se contenter d’un morceau de pain, d’une gorgée d’eau, à dormir sur le sol nu» pour extirper de lui son égoïsme, son intérêt personnel à vivre.

Si intérieurement il est parvenu à un tel état qu’il se sent heureux, il entre dans la sphère spirituelle qui s’appelle «le monde futur» (Olam Haba). Autrement dit, si les souffrances ont obligé l’homme à prendre la décision définitive de renoncer à son égoïsme pour son propre bien et pour qu’ensuite, par des efforts personnels, en gardant constamment à l’esprit les souffrances d’autrefois, en entretenant et

en renforçant cette décision, il atteigne alors à un état tel que le but de tous ses actes consiste uniquement à en tirer un bienfait pour le Créateur.

Pour lui-même, il craindra même de penser à son profit et à son bienfait personnel au-delà de ceux qui lui sont nécessaires dans la crainte de ressentir à nouveau ces souffrances insupportables qui apparaissent dès la manifestation du moindre intérêt personnel.

Et cet état fait que s’il pouvait, il extirperait cet intérêt complètement de lui- même, de ses prières, même pour ce qui est le plus nécessaire, tant et si bien qu’il réussirait à se détourner totalement de ses besoins personnels.

Habitué alors à un tel mode de pensée dans la vie quotidienne, dans ses relations, dans sa famille, au travail, dans toutes les affaires du monde, sans se distinguer de quelque manière que ce soit extérieurement de ceux qui l’entourent, alors que dans son for intérieur, comme une habitude, une seconde nature, il n’a plus d’intérêts personnels. De ce point, il peut passer à la seconde partie de sa vie spirituelle, il peut se délecter du fait que par ses actes il fait plaisir au Créateur. Son plaisir n’est pas son plaisir mais celui éprouvé par le Créateur car il a «éliminé» en lui absolument tous ses besoins en plaisir personnel.

Ce plaisir du Créateur est infini dans le temps et immense en grandeur car il n’est pas limité par les besoins personnels de l’homme qui voit alors la bonté et la magnificence du Créateur en ce qu’Il lui a donné la possibilité d’atteindre au bonheur de s’unir en un amour éternel à Lui.

Laissez la Kabbale être votre guide

Pour parvenir à ce but de la création, l’homme emprunte un chemin constitué de deux étapes successives: la première est celle des souffrances et des expériences difficiles tant que l’égoïsme subsiste; la seconde, après que l’homme ait achevé la première partie de son chemin et extrait de son corps tous les désirs personnels, consiste à ce qu’il oriente toutes ses pensées vers son Créateur ce qui lui permet de commencer une nouvelle vie remplie de plaisirs spirituels et de calme éternel, ce qui était le projet du Créateur au début de la Création.

Il n’est pas obligatoire de s’abstenir absolument de tout, au point de se contenter d’un morceau de pain, d’une gorgée d’eau et de dormir à même le sol et ainsi apprendre à son corps à se défaire de son égoïsme. A la place de l'élimination forcée des désirs corporels, la Kabbale nous a été donnée, plus précisément, la Lumière de la Kabbale, qui peut aider l’homme à se débarrasser de la source de ses malheurs, de son égoïsme.

Autrement dit, une force indéfinie, appelée la Lumière de la Kabbale, peut donner à l’homme la force de se hisser hors du carcan de ses intérêts corporels. La force spirituelle contenue dans la Kabbale agit sur l’homme uniquement s’il croit qu’elle l’aidera, qu’elle lui est nécessaire pour vivre et non mourir dans des souffrances insupportables, autrement dit, croire que l’étude le conduira au but, et qu’il recevra la rétribution qu’il attend de l’étude de la Kabbale, la libération de ses désirs égoïstes.

Comme l’homme éprouve une nécessité véritablement vitale de se libérer, il en recherche mentalement et en permanence le moyen et, pendant l’étude de la Kabbale, il souhaite trouver la façon dont il peut sortir de la cage de ses propres intérêts. La foi de l’homme en la Kabbale est d’autant plus grande que son sentiment de nécessité d’étudier et de recherche est grand.

Si toutes ses pensées sont en permanence occupées uniquement à la recherche de l’élimination de son égoïsme, on peut considérer que sa foi est complète, ce qui ne peut être le cas que s’il a le sentiment qu’il est pire qu’un mort s’il ne peut effectivement pas sortir de cet état, car les souffrances engendrées par ses intérêts personnels sont immenses.

Ce n’est que si l’homme cherche obstinément son salut que la Lumière de la Kabbale l’aide, qu’une force spirituelle lui est donnée capable «d’extraire» de lui son «moi» propre. C’est alors qu’il se sent libre.

Pour celui qui n’éprouve pas cette nécessité d’une manière générale ou en particulier, la Lumière de la Kabbale devient ténèbres, et plus il étudie, plus il tombe dans l’égoïsme car il n’utilise pas la Kabbale selon sa fonction.

C’est pourquoi, en abordant l’étude de la Kabbale, en ouvrant un des écrits du RASHBI, du ARI, de Yéhouda Ashlag (Baal HaSoulam) ou du RABASH, nous nous engageons à recevoir du Créateur la force de la foi en la rétribution, à trouver au terme de notre étude le moyen de changer, de devenir dignes que le Créateur nous change, que notre foi en la rétribution tant attendue grandisse, à acquérir la confiance et même à trouver dans notre égoïsme la possibilité de recevoir d’En-Haut ce cadeau qu’est notre transformation en un état spirituel opposé.

Même celui qui n’a pas connu toutes les souffrances qui obligent à renoncer totalement à ses intérêts personnels, la Kabbale l’aidera de toute façon, et au lieu des souffrances induites par l’égoïsme, il connaîtra une autre façon de parcourir son chemin.

5 - LE BUT DE L’ÉTUDE DE LA KABBALE

Dans la lutte avec notre obstination originelle qui se manifeste par l’absence de désir de renoncer à notre égoïsme et avec notre propension à oublier les souffrances qu’il nous cause, la Lumière qui émane des écrits kabbalistiques nous aide.

La réparation est la force agissante grâce à la prière que le Créateur perçoit dans le cœur de l’homme.

L’authentique prière et sa réponse, le salut, ne sont possibles qu’à la condition que l’homme accomplisse des véritables efforts, fasse tout ce qu’il lui soit possible, en quantité et, plus particulièrement, en qualité.

L’aspiration à trouver son salut doit être telle que l’on concentrera sa pensée et son attention pendant l’étude pour trouver ce qui est nécessaire à son salut dans la Kabbale, dans ses lettres et dans son sens profond, là où l’homme se cherche lui-même et cherche ce qui lui parle, cherche ce qui est dit sur la façon d’extraire de lui-même son «moi».

C’est pourquoi si les souffrances n’ont pas encore «acculé» l’homme comme un animal sauvage effrayé dans un coin de sa cage, s’il subsiste encore dans les replis de son cœur un désir de plaisir, autrement dit, qu’il n’a pas pris conscience, encore pleinement, et que les souffrances ne lui ont pas fait comprendre que l’égoïsme est son seul ennemi, l’homme ne peut pas fournir tous les efforts, ne peut pas trouver dans la Kabbale les forces et le chemin pour sortir de l’emprisonnement de son égoïsme et c’est pourquoi il ne parvient pas à se libérer.

Bien qu’au début de l’étude l’homme soit bien décidé à étudier la Kabbale dans ce but, pendant l’étude, cette pensée le quitte malgré lui car les désirs, comme nous l’avons déjà dit, déterminent nos pensées, et le cerveau, notre raison, comme un instrument auxiliaire, ne recherchent que la satisfaction de nos désirs.

La différence entre l’étude de la Kabbale de celle d’autres systèmes, réside en ceci qu’en étudiant la Kabbale il est plus facile de trouver cette force qui aide l’homme à sortir de son égoïsme. Car en étudiant la Kabbale, l’homme étudie directement la description des actions du Créateur, les attributs du Créateur, ses propres attributs et leur différence par rapport aux attributs spirituels, l’objectif du Créateur dans la création et les moyens de redresser son «moi».

Celui qui étudie la Kabbale pour en tirer des connaissances peut l’étudier dans sa simple expression, mais celui qui étudie la Kabbale pour effectuer sa réparation l’étudiera de préférence à l’aide d’un professeur.

La Kabbale est la science relative au système de nos racines spirituelles qui émanent de l’En-haut selon des règles strictes, qui s’unissent et aboutissent à l’unique et suprême objectif «la connaissance du Créateur par les créations qui se trouvent dans ce monde».

La Kabbale, autrement dit la connaissance du Créateur, se compose de deux parties: ce qui est énoncé dans les écrits des kabbalistes, c’est-à-dire de ceux qui ont une connaissance du Créateur, et ce qui n’est connu que de ceux qui sont dotés de «récipients» spirituels, dont les aspirations sont altruistes, dans lesquels ils peuvent recevoir, tout comme dans un récipient, les sensations spirituelles, autrement dit, percevoir le Créateur.

Bien que chacun puisse faire l’acquisition d’ouvrages de Kabbale, seul celui qui a travaillé pour développer des aspirations spirituelles altruistes a la faculté de comprendre et d’appréhender ce qui y est énoncé, mais il ne peut pas transmettre ses sensations à celui qui n’a pas acquis d’attributs altruistes.

Si après chaque élévation spirituelle, l’homme s’abaisse à nouveau vers des désirs impurs, les bons désirs qui existaient en lui pendant sa progression spirituelle s’unissent aux impurs. L’accumulation des désirs impurs augmentera progressivement, et il en est ainsi tant que l’homme pourra constamment rester dans un état spirituel de désirs exclusivement purs.

Quand l’homme a terminé son travail et a mis à découvert tous ses désirs, il reçoit de l’En-Haut une telle force de Lumière qu’il est débarrassé de la coquille de notre monde et réside en permanence dans des mondes spirituels, ce dont ne se doute pas son entourage.

Le côté droit ou la ligne droite correspond à un état se caractérisant par le fait que le Créateur a toujours raison aux yeux de l’homme qui justifie la toute- puissance du Créateur. Cet état se nomme la «foi». Dès les premières tentatives de développement spirituel et d’élévation, l’homme doit essayer d’agir comme s’il était parvenu à une foi totale en son Créateur.

Il doit se représenter dans son esprit qu’il Le ressent de tout son corps, que le Créateur dirige le monde avec une absolue bonté, et que l’ensemble du monde ne reçoit de Lui que du bien. Si, tout en considérant sa condition, l’homme s’aperçoit qu’il est privé de tout ce qu’il désire, et qu’en regardant autour de lui il peut se convaincre des souffrances de l’ensemble de l’univers, il doit malgré tout

se dire que ce qu’il perçoit est un tableau dénaturé du monde qu’il voit à travers le prisme de son égoïsme, et qu’il verra le véritable tableau quand il parviendra à l’état d’altruiste absolu, quand il verra que le Créateur dirige le monde aux fins d’amener les créations à une délectation totale.

Cet état qui fait que l’homme a une foi en la bonté absolue du Créateur plus grande que ce qu’il voit et ressent, se nomme «la foi placée au-dessus de la raison».

6 - LE PROGRÈS SPIRITUEL

L’homme n’est pas en mesure d’évaluer le véritable degré où il se trouve et de déterminer s’il est en train de vivre un état d’élévation spirituelle ou, au contraire, de chute spirituelle. Il peut se sentir dans une phase de chute spirituelle mais, c’est justement le moment où le Créateur lui montre Sa véritable nature, lui fait découvrir que sans plaisir personnel, il n’est pas capable de faire quoi que ce soit sans sombrer dans la mélancolie, dans la dépression ou la colère, car son corps ne reçoit pas suffisamment de plaisir de cette vie.

En fait, il s’agit d’une élévation spirituelle car l’homme à ce moment précis est plus proche de la vérité qu’il ne l’était auparavant quand il se sentait tout simplement bien, comme un enfant, dans ce monde.

C’est pourquoi il est dit: «celui qui accroît ses connaissances accroît ses peines». Quand l’homme pense qu’il s’élève spirituellement, peut-être se leurre- t-il et éprouve-t-il un plaisir personnel et de l’autosatisfaction.

Seul celui qui perçoit le Créateur et Sa toute puissance sur les créatures peut véritablement savoir à quel degré de progression il se trouve. Compte tenu de ce qui précède, il n’est pas difficile de comprendre que plus l’homme progresse en travaillant sur lui-même dans ses tentatives pour corriger son égoïsme, plus il fait d’efforts, plus chaque tentative, chaque jour passé, chaque page tournée le font douter de la possibilité de parvenir à un résultat quelconque.

Plus l’homme se désespère dans ses tentatives, plus il exige alors du Créateur de le sortir de ce gouffre noir (de l’obscurité des désirs de son corps) dans lequel il se trouve.

Il en est ainsi tant que l’homme n’a pas essayé tout ce qui est en son pouvoir et ne s’est pas convaincu qu’il n’est pas en mesure de s’aider lui-même, que c’est le Créateur, Lui seul qui crée tous ces obstacles pour que l’homme soit obligé de se tourner vers Lui pour Lui demander secours, pour qu’il veuille trouver le lien qui l’unit à Lui.

C’est la raison pour laquelle la demande doit provenir du fond du cœur, ce qui n’est pas possible tant que l’homme n’a pas épuisé pas toutes ses possibilités et qu’il ne s’est pas convaincu qu’il est sans force.

Ce n’est qu’alors qu’il est capable de formuler sa demande qui provient du plus profond de son être, demande qui devient son seul désir, puisqu’il est convaincu que seul un miracle d’En-Haut peut le sauver de son plus grand ennemi, son propre «moi». C’est seulement à cette prière que répond le Créateur qui change

le cœur égoïste de l’homme en cœur spirituel, «son cœur de pierre en cœur de chair».

Tant que le Créateur ne lui aura pas fait effectuer un retour vers Lui, plus l’homme avancera, plus il deviendra mauvais à ses propres yeux.

Mais en fait, il en avait toujours été ainsi. Simplement, avec l’acquisition d’une certaine compréhension des attributs des mondes spirituels, il ressent de plus en plus combien il en est à l’opposé par ses désirs.

L’homme risque d’être en proie à la fatigue et au désespoir nés de ses tentatives de maîtriser son corps par ses propres moyens. Cela peut le conduire à la conviction qu’il ne voit pas comment s’en sortir. Il peut néanmoins, par la force de l’esprit, en ayant conscience de la véritable raison de ses différents ressentis, créer en lui une humeur optimiste et joyeuse.

Il montrera ainsi qu’il croit en la juste organisation du monde, en l’omnipotence et en la bonté du Créateur. Il deviendra alors spirituellement capable de percevoir la Lumière du Créateur, car il aura construit toute sa relation concernant la foi en l’élevant au-dessus de la raison.

Il n’y a pas, dans l’existence, de moment de progression spirituelle plus précieux que lorsque l’être sent qu’il a épuisé toutes ses forces, quand après avoir fait tout ce qu’il pouvait imaginer, il n’est pas parvenu à ce qu’il souhaitait. C’est seulement à cet instant-là qu’il peut crier vers le Créateur du plus profond de lui- même car il est totalement convaincu que tous ses efforts ne l’aideront plus en rien.

S’il n’a pas épuisé toutes ses forces dans la recherche d’une issue, l’homme peut encore penser qu’il parviendra par lui-même à obtenir ce qu’il souhaite. Dans ce cas, son égoïsme reprend le dessus et l’homme ne peut pas se leurrer et implorer sincèrement du secours dans sa prière. L’homme, conscient de son égoïsme sait qu’il redoublera ses efforts en vain.

Ce n’est qu’une fois convaincu qu’il est le plus faible de tous les êtres dans la lutte contre son égoïsme que l’homme parvient à prendre conscience de sa faiblesse et de son insignifiance. Il est alors prêt à s’incliner et à prier le Créateur.

La foi en l’unité du Créateur

La foi en l’unité du Créateur signifie que l’homme ressent de tout son être le monde dans sa totalité, notamment lui-même, comme un instrument entre les mains du Créateur. Au contraire, si l’homme considère qu’il est également

capable d’une manière ou d’une autre d’influer sur les événements, cela s’appelle croire aux forces multiples de la nature, et non pas en un Créateur seul et unique.

C’est pourquoi, en détruisant son propre «moi», l’homme se met en harmonie avec le véritable monde dans lequel, à l’exception de la volonté du Créateur unique, rien n’existe. Mais si l’homme n’est pas parvenu à un tel degré, il n’a pas le droit de considérer qu’il n’existe que le Créateur dans ce monde, et de se croiser les bras.

Parvenir au degré où l’on a la sensation que rien n’existe au monde à part le Créateur n’est possible que par un travail assidu et par un développement intérieur d’aspirations correspondantes. Ce n’est qu’après avoir ressenti, dans toutes les sensations vécues, une union véritable avec le Créateur, autrement dit au niveau des mondes, que l’homme atteint l’Unité du Créateur, et à ce moment, bien sûr, il agit en conformité avec cette véritable réalité.

Avant de parvenir à ce degré, il doit agir conformément au niveau auquel il se trouve, et non pas à celui qu’il ne peut que s’imaginer dans ses fantasmes. Le véritable travail sur soi-même consiste pour l’homme à avoir la conviction que tout dépend de ses propres forces au début du travail mais que ce à quoi il est parvenu grâce à ses efforts, il l’aurait de toute façon obtenu sans ceux-ci, puisque depuis son début la création s’est développée selon les plans du Créateur, selon Son plan de création. L’homme ne doit penser ainsi qu’après avoir fait tout ce qui dépendait de lui.

L’homme ne peut pas comprendre de lui-même les attributs spirituels que sont l’altruisme absolu et l’amour, son entendement n’est pas en mesure de prendre conscience de l’existence d’une telle approche dans le monde car l’homme tire obligatoirement un avantage personnel de tout ce qu’il fait, autrement il ne pourrait pas faire un seul geste.

Une telle capacité n’est donnée à l’homme que d’En-Haut, et seul celui qui en est doté peut le comprendre. Mais si cette capacité est donnée à l’homme de l’En- Haut, pourquoi faire des efforts pour y parvenir? Les efforts faits n’apporteront rien par eux-mêmes tant que le Créateur n’aidera pas l’homme et ne lui donnera pas d’En-Haut de nouveaux attributs, une nouvelle nature. L’homme doit exprimer «d’En-Bas» une prière, une demande, un désir pour que le Créateur transforme ses attributs. Ce n’est que si le désir est véritablement fort que le Créateur peut lui répondre.

C’est justement pour développer en lui un désir fort pour obtenir une réponse du Créateur, que l’homme doit faire beaucoup d’efforts. C’est dans la tentative d’atteindre le but par ses propres moyens que l’homme prend conscience qu’il

n’a en lui-même ni le désir ni la capacité d’atteindre ce but. C’est alors que l’homme éprouve le besoin authentique de prier le Créateur de le libérer de ses attributs et de lui en donner de nouveaux: une âme.

Ce n’est cependant pas possible sans que l’homme ne mette toutes ses forces dans ses tentatives et que lui-même ne se convainque qu’elles sont infructueuses. Ce n’est qu’à son cri du plus profond de son cœur que le Créateur répond.

Cette demande à l’aide pour changer ses sentiments, l’homme ne peut la formuler qu’après s’être convaincu qu’aucun de ses désirs, aucune des cellules de son corps ne sont prêts à ce que leur nature soit modifiée pour s’abandonner au Créateur sans condition aucune, autrement dit, qu’à ce moment précis il est autant l’esclave de sa nature qu’il désire devenir l’esclave de l’altruisme.

C’est uniquement en prenant conscience qu’il n’y a aucun espoir que son corps accepte une telle transformation, que l’homme peut crier vers le Créateur pour demander sincèrement de l’aide du fond du cœur, et c’est alors que le Créateur reçoit sa demande et y répond en transformant son égoïsme en son contraire, l’altruisme; l’homme se rapproche alors du Créateur.

Si l’homme songe à ce que lui apportent tous ses efforts personnels pour obtenir beaucoup de choses dans ce monde, il arrive à la conclusion qu’il n’est pas si difficile de travailler à essayer de se transformer, car bon gré mal gré il doit travailler, et qu’est ce qu’il lui reste à la fin de ses jours de tous ses efforts?

Celui qui est parvenu à transformer ses attributs sent en lui le plaisir de ses efforts spirituels car il voit au nom de quoi il travaille, et c’est pourquoi les efforts par eux-mêmes sont perçus non pas comme étant pénibles mais comme joyeux, et plus ils sont importants, plus l’homme les accomplit avec gaieté et ressent immédiatement une immense rétribution éternelle pour chacun d’eux.

Il existe des exemples dans notre monde qui montrent que l’enthousiasme élimine la difficulté devant des efforts importants: si on porte beaucoup d’estime à quelqu’un et, qu’à nos yeux, il est le plus grand de ce monde, pour lui, tout ce que vous êtes en mesure de faire, vous le ferez avec la joie d’avoir eu cette possibilité, et tout effort vous semblera, au contraire, un plaisir à l’instar de ce qu’éprouve celui qui aime danser ou faire des efforts physiques et pour qui les mouvements ne sont pas un travail mais un plaisir.

Celui qui prend conscience et ressent la magnificence du Créateur n’a donc pas d’autres sensations que la joie à la moindre occasion de faire quelque de chose de plaisant pour Lui, et ce qui était ressenti auparavant comme de l’esclavage se transforme en fait en liberté totalement empreinte de plaisir.

Si l’homme sent des obstacles dans sa progression spirituelle et doit faire des efforts surnaturels dans ses tentatives pour progresser spirituellement, cela signifie qu’à ses yeux, c’est-à-dire dans ses sensations, le Créateur n’est pas revêtu de grandeur, mais qu’il s’est mis à poursuivre progressivement d’autres buts. En se tournant vers d’autres buts, il ne reçoit aucun appui du Créateur, car il s’en éloigne encore plus.

Dans le processus d’aspiration vers le Créateur, l’homme ne reçoit pas immédiatement un soutien moral de Lui.

S’il ressentait aussitôt l’inspiration et le plaisir lié à ses efforts, son égoïsme, bien entendu, se réjouirait de cet état, et l’homme continuerait ses efforts dans le but de recevoir du plaisir.

Il n’aurait plus alors aucune possibilité de sortir du cadre de sa nature égoïste et d’atteindre à l’altruisme pur, car il aurait vu que le travail spirituel sur soi-même comporte des plaisirs bien plus grands que tout autre chose.

7- NOS PERCEPTIONS

Si l’homme s’adonne à une activité quelconque, il commence progressivement à acquérir une finesse particulière dans la perception des éléments sur lesquels il travaille. C’est pourquoi il n’existe rien dans ce monde que l’homme ne puisse commencer à percevoir grâce à ses habitudes même si, au début, il est privé de toute perception affinée de ces éléments.

La différence entre le Créateur et nous réside dans la perception ou la compréhension des choses: nous nous percevons nous-mêmes et nous percevons les objets séparément, il y a celui qui perçoit, et il y a l’objet perçu, celui qui comprend, et ce qui est compris.

Pour percevoir quoi que ce soit, il faut un certain contact entre celui qui perçoit et l’objet de la perception, quelque chose de commun pendant le processus de perception. L’homme comprend tout ce qui l’entoure uniquement au moyen de ses sensations, et ce qu’il ressent est compris par lui comme une information authentique et fiable.

Partant de cette condition qu’il n’existe rien dans la création outre le Créateur et Ses créations, on peut dire que le tableau et les sensations perçus par chacun de nous sont la manifestation du Créateur à notre conscience et, à chaque degré d’élévation spirituelle, cette vision est de plus en plus authentique jusqu’à ce qu’au degré suprême d’élévation, l’homme ait accès à la connaissance du Créateur.

C’est pourquoi tous les mondes, tout ce que nous percevons en dehors de nous, n’existent que par rapport à nous, êtres dotés de telle ou telle capacité de percevoir.

Si un homme ne ressent pas le Créateur et Sa toute-puissance, c’est comme s’il était dans les «ténèbres».

Bien qu’il se trouve dans les ténèbres, il ne peut pour autant pas affirmer que le soleil n’existe pas dans la nature car ses sensations sont subjectives, il ne perçoit le monde qui l’entoure que par rapport à lui-même.

Si l’homme prend conscience que le fait de nier le Créateur et Sa toute-puissance est une impression totalement subjective et changeante, par un effort de volonté avec l’aide de livres et de maîtres, même à partir de ce degré il peut commencer à s’élever et à s’apercevoir que ces ténèbres sont spécialement créées pour lui par le Créateur, pour qu’il ait besoin de Son aide et soit obligé de se rapprocher de Lui.

Ces conditions sont spécialement créées par le Créateur pour celui qui veut se rapprocher de Lui. Il faut savoir que c’est justement en s’élevant au-dessus des ténèbres que l’homme procure de la joie à son Créateur car plus les ténèbres d’où s’élève l’homme sont épaisses, plus il peut avoir conscience de la grandeur du Créateur et dûment évaluer son nouveau degré spirituel.

En ayant une sensation de ténèbres, de dissimulation de la toute-puissance du Créateur et d’absence de foi en Lui, il ne reste plus rien d’autre à l’homme à part faire un effort de volonté et d’essayer à l’aide d’un livre, d’un professeur, de chercher un chemin pour sortir de cet état, jusqu’à ce qu’il perçoive un faible rayon de Lumière, autrement dit jusqu’à ce qu’il ressente le Créateur, et puisse, en se renforçant par des pensées constamment dirigées vers le Créateur, s’extraire de l’ombre pour s’élever vers la Lumière.

Si l’homme prend conscience que cette sensation de ténèbres est nécessaire pour sa progression et, par conséquent, souhaitable, car envoyée par le Créateur, il se réjouit de cet état, de ce que le Créateur a créé en lui ces sensations d’ombre, autrement dit de ténèbres incomplètes dans lesquelles il a encore la possibilité d’apercevoir une Source de Lumière.

Si l’homme n’utilise pas cette possibilité et n’essaie pas d’aller vers la Lumière, le Créateur se cache totalement à lui, les ténèbres les plus noires l’envahissent.

Il éprouve une sensation de totale absence du Créateur et de sa toute-puissance, et il ne peut même plus s’imaginer comment il avait pu vivre auparavant dans des buts spirituels au mépris de la réalité et sa raison. Cette sensation de ténèbres totales continue tant que le Créateur ne l’éclaire pas d’un petit rayon de Lumière.

8 - LA STRUCTURE DE LA SPIRITUALITÉ

Les désirs de l’homme sont appelés «récipients» dans lesquels il peut recevoir la Lumière spirituelle ou plaisir. Ces désirs doivent être, de par leur nature, semblables aux attributs de la Lumière du Créateur, dans le cas contraire, la Lumière ne peut pas les pénétrer selon le principe de Concordance de Forme des Eléments Spirituels:

L’approche ou l’éloignement ou l’imprégnation mutuelle et l’union ne se produisent que selon la loi de la similitude des attributs.

Le Créateur voudra donner à une personne qui le désire – de retourner vers le Créateur.

C’est pourquoi l’homme pourra purifier son cœur, ou récipient de l’égoïsme dans la même mesure que son cœur se remplira de la perception du Créateur, selon la loi de la concordance des attributs de la Lumière et du récipient.

Quel que soit le degré où se trouve l’homme, il peut commencer à s’élever s’il garde à l’esprit que parmi tous les états possibles qui peuvent être créés pour lui par le Créateur, des plus élevés aux plus bas, le Créateur a choisi justement celui du moment présent comme le plus propice pour sa progression spirituelle future.

Autrement dit, il ne peut pas y avoir pour l’homme de degré meilleur et plus utile pour lui que cet état d’esprit, cette humeur et ces circonstances extérieures dans lesquels il est plongé, même s’ils lui paraissent les plus décadents et les plus désespérés.

En prenant conscience de cela, l’homme se réjouit et reçoit la possibilité de se tourner vers le Créateur pour Lui demander de l’aide et Le remercier tout en se trouvant dans l’état le plus bas et le plus désespéré.

Porte le nom de «spirituel» ce qui est immuable, ne disparaît pas de la création même quand le but est réalisé. L’égoïsme quant à lui, autrement dit, tous les désirs originels de l’homme, porte le nom de matière puisqu’il disparaît quand est opérée une réparation.

Notre essence restera ce qu’elle jusqu’à l’achèvement de la réparation sauf si nous en changeons la forme. Si nous désirs sont réparés et deviennent altruistes, alors mêmes nos qualités négatives intrinsèques nous permettront de comprendre le Créateur.

L’existence d’un «lieu» spirituel n’est pas lié à un espace quelconque, il dépend des attributs de l’élément spirituel. C’est pourquoi tous ceux qui parviennent à un certain degré par l’amélioration de leurs attributs spirituels voient et perçoivent la même chose.

L’échelle du Créateur à 125 degrés. Ceux-ci se divisent en cinq mondes spirituels nommés:

Le Monde d’Adam Kadmon Le Monde d’Atsilout Le Monde de Briya Le Monde Yetsira Le Monde d’Assiya.

Chaque niveau est une perception différente du Créateur en fonction des propriétés propres de chaque étape. C’est pourquoi ceux qui ont atteint les attributs d’un niveau spécifique voient la Kabbale et le Créateur sous un nouvel angle. Toute personne qui atteint un niveau précis de spiritualité reçoit la même perception que toute autre personne se trouvant au même degré.

C’est pourquoi on peut comprendre que lorsque les kabbalistes écrivent:

«Abraham a dit à Isaac», ils se trouvent tout simplement au même niveau où se trouvait Abraham et ils comprennent ce qu’Abraham doit dire à Isaac car ils se situent eux-mêmes au même degré qu’Abraham.

Au cours de sa vie le Rav Yéhouda Ashlag a atteint tous les 125 degrés. De cet endroit, il nous a dicté la Kabbale, permettant à notre génération d’en bénéficier. De ce degré il a écrit ses commentaires du Zohar, le principal texte de Kabbale.

Tous ces 125 degrés existent objectivement, tous ceux qui les perçoivent voient la même chose, tel les personnes habitant notre monde, celles-ci voient les mêmes pays.

Dès que l’homme éprouve le plus petit désir altruiste, il entreprend un chemin jalonné d’envols et de chutes spirituels: Ou bien il est prêt à se fondre complètement dans le Créateur, ou bien il est dépourvu de pensées spirituelles et, d’une manière générale, toute pensée d’élévation spirituelle lui échappe et lui semble étrangère.

C’est comme une mère qui apprend à marcher à son enfant: elle le tient par la main, il sent son soutien et, tout à coup, elle se met en retrait et le lâche. L’enfant se sent alors délaissé - bon gré mal gré, il doit faire un pas en avant en direction de sa mère, et c’est seulement ainsi qu’il pourra apprendre à se déplacer lui- même.

L’homme croit que le Créateur l’a délaissé, en fait, Il attend de lui qu’il marche tout seul.

La Lumière supérieure se caractérise par un calme absolu. «Calme» dans les mondes spirituels, signifie absence de modification des désirs. Tous les actes et les mouvements dans les mondes spirituels (altruistes) et dans notre monde intérieur (d’égoïsme) aboutissent à la transformation d’un ancien désir en désir nouveau, et si celui-ci est resté inchangé, rien de nouveau ne s’est produit, il n’y a pas eu de mouvement.

Le désir peut être en permanence très fort, faire l’objet de tourments et ne pas laisser de répit à l’homme, s’il est constant dans sa force, cela signifie qu’il n’y a pas de mouvement.

Le calme absolu de la Lumière Supérieure sous-entend le désir permanent, immuable du Créateur de nous réjouir. Cette Lumière nous pénètre, mais comme ce point qui est en nous, que nous appelons notre «moi» est ancré dans l’écorce de notre égoïsme, nous ne nous réjouissons pas de la Lumière dans laquelle nous «baignons».

Plaisirs temporaires

Les plaisirs de ce monde peuvent être répartis en plusieurs catégories: ceux qui sont considérés comme prestigieux par notre société (la richesse, la célébrité), ceux qui sont naturels (la famille), criminels (le plaisir au dépend de la vie d’autrui), délictueux (le plaisir au dépend des biens d’autrui), amoureux, etc. Tous sont socialement compris bien qu’une partie d’entre eux soit réprimée ou condamnée.

Il existe un type de plaisir qui n’est accepté par aucune société, qui suscite toujours des protestations et contre lequel aucun moyen n’est épargné bien qu’il ne porte probablement pas grand préjudice à la société. Il concerne les toxicomanes qui, en principe, sont des personnes peu exigeantes, sans prétentions, plongées dans leur plaisir. Pourquoi ne leur est-il pas permis, comme aux autres personnes, de s’adonner à leur plaisir inoffensif pour la société? La réponse est que ces faux plaisirs nous détournent du vrai but. Ils font que nous nous oublions et nous poussent à passer toute notre vie à les poursuivre comme si nous étions abrutis.

Est-ce que les choses qui nous attirent ne sont pas tout autant mensongères? Elles nous détournent, elles aussi, de notre véritable mission, et nous consacrons notre

vie à leur poursuite. Nous passons notre temps à la recherche d’un nouveau plaisir, les modes, les standards, les appareils de la vie quotidienne changent sans cesse pour que ne tarissent pas les sources attrayantes de nouveaux plaisirs, sinon nous vivrions une vie dépourvue de plaisir.

Dès que nous avons atteint ce à quoi nous aspirions, nous nous appliquons à nous trouver un autre objectif, car ce que nous venons d’atteindre a déjà perdu sa valeur à nos yeux.

Sans l’espoir d’un nouveau plaisir, sans recherche et la course poursuite, nous perdons le désir d’exister. Les modes, tout ce que nous recherchons ne sont-ils pas une forme de drogue?

En quoi les plaisirs tirés de la drogue diffèrent-ils des plaisirs tirés des choses matérielles de ce monde?

Les drogues sont interdites parce qu’elles permettent à l’homme de fuir la réalité, le mettent dans un état où il ne ressent plus les coups de la vie qui sont la conséquence d’absence de ressenti de plaisir par notre égoïsme. Ces coups sont un moyen pour nous aider à faire notre réparation: au sein des populations, seules quelques unités en viennent à la religion, à la Kabbale.

Si étrange que cela paraisse, nous ne nous tournons vers le Créateur que lorsque le malheur nous frappe, la souffrance secoue l’être humain. Pourtant, nous devrions nous détourner du Créateur quand tout va mal.

La drogue est un vecteur illusoire de plaisir, elle est donc interdite. Celui qui s’y adonne est dans un état de plaisir trompeur, dans l’illusion du plaisir qui lui ôte la possibilité de progresser spirituellement. Inconsciemment, la drogue est considérée par notre société comme la déviation la plus dangereuse bien qu’elle ne soit pas dangereuse pour ceux qui entourent les toxicomanes.

9 - UN APPEL Á L’AIDE

La seule chose créée par le Créateur, c’est notre égoïsme, et si l’homme en annule l’action, il ressent le Créateur, et son égoïsme disparaît, tout comme au début de la création.

Le travail sur soi-même doit être effectué tant dans le sentiment de sa propre insignifiance par rapport au Créateur, que tant dans la fierté que l’homme est un maillon essentiel de la Création (s’il remplit son rôle, sinon il est juste un animal).

Il s’ensuit respectivement de ces états contradictoires deux prières au Créateur: la prière pour demander de l’aide et celle exprimant les remerciements pour la possibilités d’élévation spirituelle.

Le principal moyen pour l’homme de progresser, c’est la prière adressée au Créateur pour qu’Il renforce son désir de s’élever spirituellement, pour qu’Il lui donne les forces nécessaires pour vaincre la crainte du futur et, s’il agit en ne se conformant pas aux lois de l’égoïsme, pour qu’Il renforce en lui la foi en la grandeur et en la force du Créateur, en Son Unité, et qu’Il lui donne également des forces pour étouffer en lui les élans permanents qui le poussent à agir selon sa propre raison.

Certains entreprennent d’approfondir leurs intentions (Kavanot) pendant les prières, les demandes ou lors de l’accomplissement d’actes quelconques.

Le Créateur n’entend pas ce qui est prononcé par les lèvres, Il lit nos sentiments dans le cœur de chacun.

Inutile de s’appliquer à bien prononcer des phrases vides pour le cœur et des mots incompréhensibles, de lire dans les livres de prières kabbalistiques des signes ou des Kavanot incompréhensibles. La seule chose qui soit demandée à l’homme c’est d’aspirer au Créateur, d’avoir pleinement conscience de ses désirs et de demander au Créateur de les transformer, et ne jamais cesser le dialogue avec Lui.

10 - CONTRECARRER LE DÉSIR DE SATISFACTION PERSONNELLE

L’ouïe correspond à la «Foi» car si l’homme souhaite prendre l’ouie comme vérité, il doit y croire. La vue, quant à elle, correspond aux «Connaissances» car il n’y a pas besoin de croire ce qui est dit, il faut simplement voir de ses propres yeux. Tant que l’homme ne reçoit pas d’En-Haut l’altruisme au lieu de l’égoïsme,

il

ne peut pas voir car il percevra ce qu’il voit à travers le prisme de son égoïsme,

et

il lui sera encore plus difficile d’en sortir.

C’est la raison pour laquelle au début il faut suivre son chemin à l’aveuglette, être au-dessus de ce que nous dicte notre égoïsme et après avoir acquis la foi, commencer à comprendre, à prendre conscience des connaissances spirituelles.

Pour transformer l’égoïsme en altruisme, la raison en foi, il faut avoir une juste représentation de la grandeur, de la majesté du spirituel en comparaison de l’existence matérielle, éphémère, prendre conscience que s’inquiéter, consacrer toute son existence à l’homme n’a pas de sens.

Autrement dit, il est tellement plus avantageux de servir le Créateur, plus agréable de faire quelque chose pour le Créateur que pour ce corps insignifiant, égoïste, qui de toute façon ne peut pas être rassasié, sa seule gratitude consistant à permettre à l’homme de ressentir une sensation agréable l’espace d’un instant.

Lorsque nous comparons le corps humain au Créateur, nous devons décider

pour qui nous voulons travailler, quel type d’esclave nous voulons devenir. Il n’y

a pas d’autre choix. Plus nous comprenons notre propre insignifiance, plus il nous est facile de choisir le Créateur.

Le désir de recevoir a 4 aspects: non animé, végétal, animal et être parlant

Le monde non animé est parfait de par sa nature. La sensation de perfection qui est ressentie par la masse croyante provient de la Lumière Environnante qui brille au loin, et cette Lumière lointaine brille pour eux bien qu’ils soient opposés de par leurs attributs au Créateur.

Le fait quel’homme n’ait besoin de rien en est la démonstration. Ses désirs ne sont pas différents de ses semblables, autrement dit, il ne souhaite pas et ne peut pas faire de mouvements spirituels personnels.

La nature spirituelle qui possède ces qualités est dite non animée car son mouvement est un mouvement d’ensemble. Il n’y a pas d’autres voies pour

l’homme que de commencer à observer les commandements au niveau non animé.

L’homme qui souhaite continuer à croître, grandir spirituellement, avoir des mouvements spirituels personnels, indépendamment de l’opinion, des habitudes, de l’éducation sociale, qui souhaite en finir avec la dépendance qu’elle engendrent, refuse de se soumettre aveuglément à l’éducation.

La décision d’en finir avec les automatismes gestuels est le prélude à l’apparition de l’embryon d’un nouvel état végétal spirituel. Mais comme la graine qui doit se désagréger dans la terre pour grandir, l’homme doit cesser complètement de ressentir toute vie spirituelle dans l’existence non animée des masses, au point qu’il ressente cette vie non animée comme une mort. Cette sensation correspond à sa prière.

Pour s’élever au degré «végétal», avec des mouvements spirituels personnels, il faut réaliser un travail sur soi-même, à commencer par le «labourage» de la terre non animée. Il n’est possible de progresser spirituellement qu’en s’opposant au désir de satisfaction personnelle.

L’homme qui souhaite tendre vers le Créateur contrôle en permanence ses désirs et décide des plaisirs à prendre. Du fait que le Créateur souhaite le satisfaire, il doit accepter parmi les plaisirs uniquement ceux qu’il peut accepter pour faire plaisir au Créateur et inversement.

Le langage de la Kabbale décrit ce processus: la force de la volonté, l’écran qui se trouve dans l’esprit (Pé de Roch), calcule, soupèse quelle quantité de plaisir accepter pour le Créateur, pour Lui faire plaisir, dans la mesure précise de l’amour à l’égard du Créateur et l’homme reçoit cette quantité. Mais il n’accepte pas la quantité de plaisir qu’il ne peut pas prendre par amour pour le Créateur par crainte de Le peiner.

Dans ce cas, tous les actes de l’homme sont guidés par son aspiration à être agréable au Créateur, non pas par son aspiration à se rapprocher ou par crainte de s’éloigner, ceci étant également une aspiration égoïste, mais par amour désintéressé, par désir de faire plaisir ou par crainte de peiner.

Les véritables sentiments, la joie, la peine, le plaisir, la peur, etc., nous les ressentons dans notre corps tout entier, et non pas dans une de ses parties. C’est la raison pour laquelle l’homme qui souhaite contrôler ses désirs doit ressentir si tout son corps est en harmonie avec ce qu’il pense.

Par exemple quand il dit une prière: est-ce que toutes ses pensées, ses désirs, ses organes sont bien en harmonie avec ce que récitent ses lèvres; est-ce que tout se passe «automatiquement»? Ne néglige-t-il pas une partie de ce qu’il prononce parce qu’il est gêné de percevoir un désaccord dans son corps et le malaise qu’il entraîne; comprend-il quel avantage lui apporteront les demandes formulées automatiquement en lisant son livre de prières?

Cela vaut la peine de demander à son cœur ce qu’il voudrait prononcer au cours de la prière.

Une prière n’est pas ce que prononcent machinalement des lèvres mais ce que souhaitent tout le corps et la raison.

C’est pourquoi il est dit que la «prière est le travail du cœur» quand le cœur est en harmonie absolue avec ce que prononcent les lèvres.

Ce n’est que lorsque, par le travail de son corps, l’homme ressent une réaction lui permettant de penser qu’aucun organe ne souhaite se débarrasser de l’égoïsme et encore moins en faire la demande au Créateur, c’est alors que la prière demandant le secours de l’exil spirituel sera formulée.

L’homme doit aspirer à ce que la raison de ses actions soit en harmonie avec l’action purement mécanique visant à répondre au désir du Créateur. Tout comme il n’en comprend pas la raison, n’en voit pas les conséquences avantageuses immédiates, tout comme, en accomplissant les commandements, son corps agit comme un robot, comme l’a dit le Créateur, l’observation de Sa Volonté a pour seule raison «le souhait du Créateur».

Une telle approche s’appelle «pour le Créateur en Son nom». Il est très facile de vérifier la raison pour laquelle l’homme accomplit des actes: si la raison est «pour faire plaisir au Créateur», le corps ne peut pas faire un seul mouvement. Si la raison est un avantage personnel dans ce monde ou dans le monde futur, plus l’homme pense à la rétribution, plus il apparaît d’énergie à accomplir et à faire des ajouts de toutes sortes dans l’accomplissement des actions.

D’après ce qui précède, il est clair que c’est l’intention (Kavana), qui détermine la qualité des actes, et l’exagération quantitative n’a aucune action sur la qualité de l’accomplissement des actes. Tout ce dont les peuples font l’objet se déroule avec, en toile de fond, l’action des forces spirituelles. Nous observons sur notre Terre au cours des siècles la relation de cause à effet des forces spirituelles.

Est appelé «kabbaliste» celui qui sans attendre les conséquences des événements voit à l’avance les conséquences de tels ou tels événements et, par conséquent, peut en deviner et en empêcher les conséquences fâcheuses.

Comme notre monde est le siège des conséquences des actions des forces spirituelles, et que l’arène de leurs actions se situe au-dessus de nos sensations, seul le kabbaliste peut d’avance, avant leur manifestation dans notre monde, voir et prévenir les événements.

Mais tous ces événements étant envoyés pour notre réparation, sans laquelle nous ne pourrons pas atteindre le but de la création, personne, à part nous- mêmes, ne peut nous aider.

Le Créateur nous envoie non pas des souffrances mais des moyens qui incitent à la réparation de notre progression. Le kabbaliste n’est pas un magicien qui fait des miracles. Son rôle parmi nous réside dans son aide globale pour élever le niveau de la création humaine jusqu’à la prise de conscience de la nécessité d’une réparation personnelle.

Le kabbaliste aide aussi personnellement chacun de ceux qui le souhaitent.

L’homme n’a aucun pouvoir sur son cœur, qu’il soit fort, intelligent, doué. C’est pourquoi la seule chose qu’il puisse faire, c’est d’accomplir machinalement le bien et de demander au Créateur de lui donner un autre cœur. (Par le terme «cœur» nous désignons tous les désirs de l’homme).

Tout ce qui est demandé à l’homme, c’est un intense désir et que ce désir soit unique et non pas un parmi d’autres, parce que le désir ressenti par l’homme dans son cœur correspond justement à la prière.

Un désir fort et entier ne laisse pas de place pour les autres. L’homme ne peut créer en lui un désir fort que s’il fait des efforts tous les jours, toutes les heures. En ayant bien conscience qu’il se trouve loin du but et qu’il n’étudie la Kabbale que dans le but d’en tirer un profit personnel.

Malgré les arguments possibles et imaginables du corps: la fatigue, la nécessité de s’accorder du temps pour quand il le faudra, le Créateur agira de l’En-Haut tout comme lorsqu’Il l’a placé dans cette situation, que depuis qu’il a commencé à étudier la Kabbale, c’est devenu pire, que les autres ont plus de chance que lui dans l’étude, et des accusations sans fin, des reproches et des appels à la raison, tant de la part du corps que de la part de la famille.

C’est précisément en surmontant ces difficultés que l’homme construit en lui ses vrais désirs. Surmonter ces désirs n’est possible que d’une seule façon, comme le conseille la Kabbale, il faut «tenir tête à l’égoïsme».

Autrement dit, ne pas donner suite à leur manifestation ou bien adopter le raisonnement de grands hommes qui ont déjà pénétré les mondes spirituels et savent effectivement comment réagir. Le processus d’accroissement de l’égoïsme de notre cœur est induit par notre progression spirituelle car une petite partie supplémentaire de notre égoïsme nous est dévoilée à mesure que nous progressons pour que nous puissions demander avec plus de force au Créateur de nous aider dans notre retour.

Le Créateur S’ouvre alors à l’homme à tel point que l’homme ressent la grandeur du Créateur et se soumet à Lui, il n’éprouve déjà plus de tentations corporelles, c’est ce que l’on appelle la transformation du «cœur de pierre» qui ne perçoit que ses propres sensations en «cœur de chair» qui est à l’écoute d’autrui.

11 - MOUVEMENT ET DÉVELOPPEMENT INTÉRIEURS

Dans notre monde, l’homme progresse en utilisant ses organes de locomotion, ses jambes. Quand il a atteint son but, il utilise ses organes de préhension, les mains.

Les organes spirituels sont opposés aux nôtres: L’homme progresse sur les degrés de l’échelle si, en pleine connaissance de cause, il n’utilise pas cet appui que représente le bon sens.

La création a pour but de faire le délice de l’homme. Pourquoi le Créateur nous fait-il emprunter un chemin si douloureux pour parvenir à ce but? Essayons de trouver une réponse.

Tout d’abord, l’homme a été créé parfait par le Créateur

Le témoignage de cette perfection c’est la tranquillité car le mouvement est l’effet d’un manque, ou par la tentative d’obtenir quelque chose de désiré.

L’homme aime donc la quiétude mais il est prêt à sacrifier sa tranquillité pour se débarrasser du tourment engendré par un manque substantiel, par exemple, de nourriture, de chaleur, etc.

Les sensations de manque de ce qui lui est nécessaire poussent l’homme à agir. Plus la souffrance est grande du fait du manque de l’objet du désir, plus l’homme sera prompt à faire des efforts encore plus importants pour parvenir à ses fins.

C’est la raison pour laquelle, le Créateur lui fait ressentir des souffrances du fait du manque de spiritualité, ce qui incite l’homme à faire des efforts. Après être parvenu à la spiritualité, le but de la création, il pourra se délecter.

Ceux qui souhaitent progresser spirituellement ne ressentent pas les souffrances dues à leur égoïsme comme une punition, ils y voient la manifestation du désir du Créateur de les aider, une bénédiction et non une malédiction.

Ce n’est qu’après avoir avancé dans sa progression spirituelle que l’homme comprendra cette délectation dont il souffrait de l’absence jusqu’alors. La différence entre le matériel et le spirituel réside dans le fait que le manque de jouissance matérielle fait souffrir l’homme. Le manque de jouissance spirituelle ne le fait pas souffrir. Pour amener l’homme à des jouissances spirituelles, le Créateur lui envoie des sensations de souffrance du fait de leur manque.

Ensuite, la jouissance matérielle ne fait pas parvenir l’homme à la sensation de plénitude infinie telle qu’elle est ressentie dans la plus petite jouissance spirituelle. Dès que l’homme commence à sentir le goût du spirituel, il y a aussitôt danger qu’il en perçoive les sensations de manière égoïste, autrement dit qu’il s’éloigne encore plus du spirituel.

La raison en est que l’homme entreprend de s’intéresser au spirituel quand il en a ressenti une jouissance plus grande que celle qu’il avait expérimentée dans sa vie matérielle. Par conséquent, il ne juge pas utile d’acquérir la base de la spiritualité, la foi, car il sent bien que cela vaut la peine de s’intéresser au spirituel pour en tirer un avantage personnel. Le Créateur n’agit ainsi qu’avec celui qui débute pour l’attirer et ensuite lui faire faire un retour. C’est comme une mère qui apprend à son enfant à marcher: plus il est capable d’avancer tout seul, plus elle s’éloigne de lui.

Chacun de nous croit qu’il sait mieux ce qu’il lui faut faire pour son intérêt. Ce sentiment vient du fait que du point de vue égoïste de son «moi» l’homme ne se perçoit que de lui-même, et personne d’autre que lui-même. C’est pourquoi il se croit le plus sage car il ne connaît que ses propres désirs à chaque moment de sa vie.

Le Créateur a mis en place l’organisation de notre monde selon les règles matérielles précises de la nature. Aucun subterfuge ne sera d’aucune utilité à l’homme qui bravera ces règles: celui qui se jette d’une montagne s’écrase, sans oxygène, il étouffe, etc.

Le Créateur a fixé ces lois de manière claire et nette pour que nous comprenions que pour vivre, il faut faire des efforts et être prudent. Dans les mondes spirituels où l’homme ne sent pas les conséquences de ses actes et où les règles de survie lui sont inconnues, il doit comprendre dès le début du chemin que la loi la plus importante incontournable, à l’instar des lois naturelles de notre monde, est celle de l’interdiction de se fixer le plaisir comme objectif.

Ce qui détermine le profit ou le préjudice dans la vie spirituelle, ce n’est pas la jouissance mais l’altruisme, le don sans retour.

La Lumière qui émane du Créateur, est perçue par nous comme une immense jouissance. Comprendre le Créateur (ce qui est pareil puisque nous ne percevons pas le Créateur mais la Lumière qui nous En parvient) est le but de la création.

La foi est une force qui permet de ressentir de l’assurance dans la possibilité d’accéder à la vie spirituelle, de sortir d’un état de mort spirituelle. La nécessité

d’avoir la foi se ressent dans la mesure où l’homme sent qu’il est spirituellement mort.

La prière correspond aux efforts faits par l'homme, et en premier lieu, aux efforts de son cœur pour percevoir le Créateur et Lui demander de lui donner de l’assurance pour accéder à une vie spirituelle authentique.

Le travail, les efforts, la prière ne sont possibles que si l’homme a la sensation que le Créateur se dissimule à lui. La véritable prière de l’homme, c’est de demander au Créateur de lui donner les forces lui permettant d’aller à l’encontre de son égoïsme les yeux fermés, sans qu’Il se dévoile, c’est la plus grande rétribution puisque le degré de spiritualité est déterminé par le degré d’aspiration à donner de manière désintéressée.

Quand l’homme éprouve de l’assurance dans ses forces altruistes, il peut commencer à se délecter pour faire plaisir au Créateur. Le désir du Créateur étant de faire plaisir à l’homme, la coïncidence des désirs les rapproche tous deux.

Outre le délice de recevoir la Lumière du Créateur, il éprouve le délice de se trouver au niveau du Créateur, du fait qu’il est uni à la Perfection même. Cette délectation est le but de la création.

L’égoïsme étant naturel chez nous, il préside à tous les niveaux de la nature, aux niveaux moléculaire, hormonal, animal, jusqu’aux systèmes les plus complexes de notre raison et de notre subconscient, y compris nos désirs altruistes, et l’homme n’est pas du tout capable de lui résister de manière consciente.

C’est pourquoi celui qui souhaite se soustraire à l’empire de l’égoïsme est obligé dans tout ce qui est lié à sa progression spirituelle, d’agir contre les désirs de son corps et de sa raison, même s’il n’y voit aucun avantage personnel, sinon il ne pourra jamais aller au-delà des limites de notre monde.

Ce principe s’énonce ainsi en Kabbale «il faut frapper le premier».

Le Créateur aide l’homme en le dotant de sa nature, en faisant en sorte que son corps veuille travailler spirituellement, c’est ce qui s’appelle effectuer un retour (Téchouva).

Le processus de transformation de l’égoïsme en altruisme se déroule ainsi: le désir de se délecter créé par le Créateur, l’égoïsme, le point noir au niveau duquel s’est produit la restriction (Tsimtsoum), raison de l’éloignement de

l’homme par rapport à la Lumière, fait l’objet d’une réparation qui s’appelle écran (Massakh) à l’aide duquel l’égoïsme devient altruisme.

Comment un tel miracle peut-il se produire? Nous ne sommes pas en mesure de le comprendre tant que nous ne l’expérimentons pas en nous car il nous semble tout à fait exclu de pouvoir changer une loi fondamentale de la nature pour que nous puissions soudain agir là où nous n’avons rien pu faire par nos efforts personnels.

L’homme découvre en fin de compte que son comportement ne s’est pas transformé et qu’il ne peut rien donner au Créateur car le Créateur est parfait et souhaite seulement remplir l’homme de perfection.

En échange de l’infini délice que lui procure le Créateur, l’homme ne peut rien donner sauf la pensée accompagnant la réalisation de ses actes qui est dédiée au plaisir du Créateur.

Cette pensée n’est pas dédiée au Créateur non plus mais est orientée pour le bien de l’homme puisqu’elle lui permet d’éprouver des délices immenses sans honte du fait qu’il soit parvenu à un degré de similitude avec le Créateur en devenant altruiste et donc qu’il peut recevoir sans fin car ce n’est pas à des fins personnelles.

L’homme est capable de s’obliger à faire des choses physiques mais, en revanche, il n’est pas en mesure de modifier ses désirs, de faire quelque chose qui ne serait pas orienté vers un plaisir personnel. Il n’est pas dit en vain par les kabbalistes que «la prière sans intention correcte est comme un corps sans âme» car les actes concernent le corps, et la pensée l’âme.

Si l’homme n’a pas encore rectifié sa pensée (réparé son âme) qui le fait agir (fait agir son corps), l’acte est spirituellement mort. Tous les éléments de ce monde renferment un aspect général et individuel. La masse croyante est qualifiée de générale, de spirituellement non animée (Domem), qui indique l’absence de mouvement spirituel personnel, le besoin intérieur qui induit le mouvement ne se faisant pas sentir.

C’est pourquoi ses éléments ne connaissent pas une croissance individuelle, mais générale en conformité avec ce qui leur est dicté de l’En-haut. C’est pourquoi les masses sont toujours convaincues de leur bon droit et de leur perfection.

La croissance spirituelle (Tsoméakh) signifie que chaque élément fait l’objet d’une croissance, d’un mouvement personnel intérieur. Cet élément correspond à l’homme - Adam selon la définition de la Bible «l’homme est un arbre dans un

champ». La croissance spirituelle impliquant obligatoirement l’aspiration au mouvement, et le mouvement ne pouvant être induit que par la sensation d’un manque, «l’homme» ressent en permanence les manques qui l’obligeront à rechercher le moyen de croître.

S’il s’arrête à un niveau quelconque de sa progression spirituelle, il est abaissé pour l’inciter à avancer plutôt que de rester sur place.

S’il s’élève à nouveau, il se retrouve alors non pas au niveau précédant mais à un autre bien supérieur.

C’est ainsi que l’homme ou bien s’élève ou bien tombe, il ne peut pas rester sur place car c’est un état que «l’homme» ne connaît pas. Seuls ceux qui font partie de la masse restent sur place, ne peuvent pas tomber de leur niveau, et n’ont jamais la sensation de chute.

Si on divise mentalement l’espace par une ligne horizontale, le monde spirituel se situera au-dessus de la ligne et le monde égoïste en dessous. Au-dessus de cette ligne peut se trouver celui qui préfère agir nonobstant sa raison, même s’il a la possibilité de tout connaître et tout voir, il souhaite croire, en toute confiance, (emprunter le chemin de la foi – la foi au dessus de la raison) et aspirer au spirituel (à l’altruisme au lieu de l’égoïsme).

Les degrés spirituels sont définis par le degré d’altruisme. En fonction de ses attributs et de ses qualités, l’homme se trouve sur tel ou tel degré spirituel auquel correspondent ses attributs. Ressentir le Créateur est possible quand on est au- dessus de la ligne, et plus on est au-dessus de la ligne, plus le ressenti est fort.

La notion de «au-dessus» et «au-dessous» est déterminée par l’écran qui reflète la délectation égoïste provenant de la Lumière du Créateur et perçue par l’homme. La Lumière au-dessus de la ligne s’appelle la Torah. La ligne qui sépare notre monde des mondes spirituels, est appelée l’écran, ou Barrière (Makhsom).

Ceux qui traversent cette barrière ne retombent plus au niveau de notre monde. Sous la ligne se situe l’empire de l’égoïsme, au-dessus de la ligne, l'empire de l’altruisme.

Avancer vers le plaisir altruiste

«Atsilout» correspond au monde où l’on ressent totalement le Créateur et où l’on est uni à Lui. L’homme s’élève constamment jusqu’au monde d’Atsilout en acquérant des attributs propres à l’altruisme. Après avoir atteint le monde

d’Atsilout, autrement dit après avoir acquis tous les attributs caractéristiques du «don sans réserve», l’homme est sur le degré le plus bas du monde d’Atsilout et commence à avoir la capacité de recevoir dans une intention orientée vers le Créateur.

Si jusqu’alors il avait acquis des attributs supplémentaires altruistes, il commence désormais à réparer l’essence même de son être (et non à le détruire). Au moyen de ses nouveaux attributs altruistes, il n’annihile pas son désir de se délecter, il rectifie (répare) le but de l’intention qui le guide.

En transformant progressivement son égoïsme en altruisme, l’homme s’élève d’autant jusqu’à ce qu’il reçoive tout ce qu’il doit recevoir selon l’origine de son âme (Shoreshe Neshama) qui est à l’origine une partie du dernier degré (Malkhout) du monde d’Atsilout, mais qui, du fait de la transformation opérée, s’élève jusqu’à l’union totale avec le Créateur et reçoit ainsi 620 fois plus qu’en s’incarnant dans un corps humain.

La Lumière dans son ensemble, tous les délices que le Créateur souhaite donner aux créatures constituent «l’âme générale» de toutes les créations ou bien la Chekhina. La Lumière prédéterminée pour chacun de nous (l’âme de chacun de nous) correspond à une partie de l’âme générale. Chacun doit recevoir cette partie à mesure qu’il transforme ses désirs.

L’homme ne peut percevoir le Créateur (son âme) qu’à la condition de transformer son désir d’éprouver du plaisir.

Ce désir s’appelle «récipient» de l’âme (Kli). Autrement dit, l’âme est constituée d’un récipient et de la Lumière qui émane du Créateur.

Si l’homme a complètement transformé son récipient égoïste en récipient altruiste, ce récipient se fond parfaitement avec la Lumière car il en a acquis les qualités.

L’homme devient ainsi l’égal du Créateur, se fond totalement en Lui de par ses qualités. L’homme ressent ainsi tout ce qui se trouve dans la Lumière qui l’emplit.

Il n’existe pas dans notre langue de mots qui permettraient de décrire cet état. C’est pourquoi on dit que le total de tous les plaisirs dans le monde constitue l’étincelle du feu éternel du plaisir que l’âme reçoit quand elle se fond dans le Créateur.

On ne peut progresser sur les degrés de l’échelle spirituelle que selon la loi de la ligne médiane (Kav Emtsaï). Le principe de cette ligne peut être succinctement caractérisé ainsi: «est riche celui qui est heureux de ce qu’il possède».

Ce qu’il comprend de la Kabbale lui est suffisant, le principal pour lui étant de pouvoir de cette façon répondre au désir du Créateur en ayant de surcroît le sentiment d’avoir répondu au désir du Créateur dans toutes ses finesses, et il est heureux comme si le meilleur destin du monde lui avait été réservé.

L’homme éprouve cette sensation s’il place le Créateur au-dessus de lui, s’il en fait le Roi de l’Univers. Il est heureux de ce que parmi des milliards, le Créateur l’ait choisi lui indiquant par des livres et des maîtres ce qu’Il attend de lui.

Cette approche spirituelle correspond au désir de donner (Hafetz Hessed). Dans le cas présent, les attributs de l’homme coïncident avec les attributs de l’objet spirituel qui s’appelle «Bina».

Ce n’est pas en cela que réside la perfection de l’homme car l’homme qui n’utilise pas son intention pour effectuer ce travail s’appelle «pauvre en connaissances» (Ani be daat) car il ne sait rien de la relation de ses actions et de leurs conséquences spirituelles, autrement dit, il agit inconsciemment, sans comprendre ce qu’il fait, il est mû uniquement par la foi.

C’est pourquoi l’homme se doit de faire beaucoup d’efforts pour agir spirituellement en connaissance de cause, pour sentir que sa pensée doit être «dirigée vers le Créateur». Il commence à avoir la sensation de ne pas s’élever, mais au contraire, à chaque acte, il a l’impression qu’il est de plus en plus éloigné de sa véritable intention de faire plaisir au Créateur, du degré où le Créateur souhaite lui faire plaisir.

L’homme doit alors recevoir les connaissances qui lui permettront comme auparavant d’être heureux de sentir sa perfection. C’est à cette situation que correspond la ligne médiane (Kav Emtsaï). Progressivement, en acquérant d’autres connaissances, en faisant croître sa ligne gauche (Kav Smole) il s’achemine vers la perfection totale.

Expliquons encore une fois en quoi consiste le travail de la ligne médiane. L’homme doit commencer sa progression spirituelle à partir de la ligne droite, par un sentiment de perfection spirituelle, de contentement de son sort, par le désir de répondre sans retour et de manière désintéressée aux désirs du Créateur.

La part de plaisir dans sa recherche spirituelle lui suffit car il croit qu’il est guidé personnellement par le Créateur, que le Créateur désire qu’il éprouve ces sensations dans sa recherche spirituelle.

Quoi qu’il éprouve, ces sensations émanent du Créateur. Il est heureux uniquement en ayant le sentiment d’être guidé spirituellement et d’être parfait. Il a conscience de sa perfection et en remercie le Créateur.

Il manque dans ce processus la ligne gauche selon laquelle l’homme doit vérifier sa situation (Héshbone Néféshe). Ce travail intérieur est opposé au travail de la ligne droite dont l’essence réside dans le spirituel et le Créateur indépendamment de l’homme et son ressenti. Quand l’homme commence à contrôler sa véritable nature, le sérieux de sa relation avec le spirituel, son degré de perfection, il prend alors conscience qu’il est enfoncé dans un égoïsme mesquin et qu’il n’est pas capable de faire plaisir à autrui, au Créateur.

Plus il découvre le mal, plus il aura conscience de ce mal, plus il s’efforcera de l’éliminer, plus il devra faire d’efforts pour le surmonter et demander de l’aide dans ses prières car il verra qu’au moyen de ses propres forces il n’est pas en mesure de faire quoi que ce soit.

Deux lignes opposées sont présentes dans l’homme: la droite qui fait qu’il a la sensation que tout est au pouvoir du Créateur et, par conséquent, parfait, avec pour corollaire le fait qu’il ne désire rien, il est heureux.

La ligne gauche qui induit en lui la sensation qu’il n’a aucun lien avec le spirituel, qu’il n'est parvenu à rien, qu’il habite toujours, comme auparavant, sa coquille d’égoïsme et ne demande pas d’aide au Créateur pour se sortir de cette situation.

Après avoir pris conscience du mal en lui, et que malgré tout, il fait fi de son bon sens qui le persuade de l’inutilité de son travail pour transformer son égoïsme, il remercie le Créateur de ce qu’il éprouve et pense qu’il a atteint la perfection, il est donc heureux comme il l’était avant de se contrôler, puis il progresse selon la ligne médiane.

Il est nécessaire de procéder à un contrôle en permanence, de ne pas abuser de l’autocritique correspondant à la ligne gauche pour être en harmonie constamment avec la ligne médiane. Ce n’est qu’alors que l’homme progresse spirituellement des «deux jambes».

Il existe deux niveaux (ne pas confondre avec les 4 niveaux des désirs: non animé, végétal, animal, doué de la parole) de développement chez l’être humain:

l’animal et l’homme. Celui de l’animal, nous en avons l’exemple dans le monde animal, tels les animaux naissent, tels ils continuent de vivre sans se développer. Ce dont ils sont dotés à leur naissance suffit à toute leur existence.

Il en est de même pour l’homme qui possède les mêmes caractéristiques, tel il était quand il a été éduqué à apprendre à observer les règles de son environnement, tel il demeure, et avec le même entendement il les met en pratique, tous les ajouts ne sont que quantitatifs.

La nature humaine est construite pour évoluer tout à fait autrement: l’homme naît égoïste et quand il s’en aperçoit, il peut chercher à se transformer.

Si l’homme désire effectivement avoir le bonheur que le Créateur se dévoile à lui, alors:

1. Ce désir doit être en lui plus fort que tous les autres au point de ne plus ressentir ceux-ci. De plus, ce désir doit être constant en lui: le Créateur étant éternel, Ses désirs sont immuables. L’homme qui souhaite s’approcher du Créateur doit également posséder cet attribut, autrement dit, son désir doit être constant et ne pas changer en fonction des circonstances.

2. Il doit éprouver des désirs altruistes pour «dédier» ses pensées et ses désirs au

Créateur, jusqu’à ce qu’il bénéficie de la Lumière de la Foi qui confère de

l’assurance à l’homme. Ce qui correspond au niveau de Hessed ou Katnout, jusqu’à ce qu’il reçoive la lumière de la foi qui lui donnera l'assurance.

3. La connaissance absolue et parfaite du Créateur doit se mériter. Le résultat des

actions de l’homme dépendra de son niveau spirituel, si la Lumière du Créateur brille, il n’y a pas de différences entre les degrés puisque l’homme reçoit du Créateur simultanément le récipient de l’âme et la Lumière de l’âme. C’est pourquoi la connaissance acquise est perçue comme parfaite.

Habituellement, l’homme vit en parfaite harmonie avec son corps: le corps lui dicte ses désirs et ses efforts sont payés par le plaisir ressenti. Le plaisir est de nature spirituelle, toutefois, dans notre monde, il doit être liée à un support matériel: il doit s’incarner dans une enveloppe matérielle (la nourriture, le sexe, la musique, etc.), pour que l’homme puisse éprouver cette sensation de délectation dans son enveloppe matérielle. A l’intérieur de nous, dans nos sensations intérieures, nous éprouvons simplement un plaisir, mais nous ne pouvons pas le séparer entièrement de son support.

Les gens se distinguent selon le type de vecteur de plaisirs. Le plaisir est spirituel bien que nous le ressentions dans notre cerveau sous la forme d’impulsions électriques. En principe, en excitant notre cerveau par des signaux électriques, il est possible de reproduire les sensations de tous les plaisirs. Comme nous sommes déjà habitués à les éprouver sous la forme de certains vecteurs, le plaisir pur et simple s’accompagnera de la sensation de son vecteur, l’homme entendra des sons, percevra le goût d’un mets, etc.

Il est clair que l’homme et son corps sont au service l’un de l’autre: l’homme rétribue les efforts du corps, son travail, sous la forme de plaisir.

C’est pourquoi si l’homme voit que son corps est d’accord pour travailler, cela signifie que celui-ci perçoit la récompense qui est désignée par le terme générique «plaisir». Fuir des sensations désagréables est aussi une forme de plaisir. Ceci est un signe manifeste que l’acte accompli est de nature égoïste.

Au contraire, si l’homme voit que son corps résiste et demande: «Pourquoi travailler?», cela signifie qu’il ne voit pas de plaisir plus grand que le moment présent, ou du moins qu’il est suffisant pour surmonter son aspiration à la tranquillité, il ne voit pas les avantages d’un changement de son état.

Si l’homme désire prendre ses distances vis à vis des calculs de son corps et s’il se met en quête d’améliorer la condition de son âme, son corps ne pourra bien entendu pas faire le plus petit mouvement sans avoir la perception des avantages évidents qu’il peut en tirer. L’homme n’a pas la capacité d’obliger le corps à travailler.

C’est pourquoi il ne reste qu’une seule chose, demander au Créateur de l’aide pour progresser. Le Créateur ne changera pas le corps de l’homme, Il ne changera pas les lois de la nature et ne fera pas de miracles.

En réponse à une véritable demande - prière, le Créateur donnera à l’homme l’âme, la force pour agir selon les lois de la Vérité.

Tous les plaisirs sont comparables et relatifs, les hommes ne peuvent pas être heureux tous de manière égale car l’égoïsme concerne non seulement le plaisir ressenti par l’homme pris individuellement, mais également de ce que ne possède pas autrui.

C’est la raison pour laquelle il n’est pas possible de construire une société juste basée sur une exploitation correcte de l’égoïsme. L’inconsistance des utopies basées sur ce principe est démontrée par toutes les utopies de l’humanité: dans

les sociétés antiques, dans les anciens états satellites de l’URSS, dans les tentatives de construction du socialisme.

Il n’est pas possible de faire plaisir à chacun dans une société égoïste: l’homme se compare toujours aux autres, c’est un phénomène manifeste dans les petites agglomérations par exemple.

Il est évident que si l’homme respecte toutes les prescriptions de la Kabbale mais ne perçoit pas les limites de son corps, il n’a pas besoin de recevoir une âme, une force de progression spirituelle. Il ressentira le plaisir uniquement si les désirs sont indépendants de ceux éprouvés par le corps. Ils seront considérés comme «altruistes» (Ashpa’ah).

La Kabbale décrit la structure des racines spirituelles qui sont organisées les unes par rapport aux autres selon des lois immuables, qui s’unissent pour montrer leur but suprême – «la connaissance du Créateur par les créatures de ce monde».

La terminologie kabbalistique est toujours liée aux éléments spirituels ou à leurs actions. Par conséquent, il n’est possible de l’étudier qu’en prenant en considération le processus de la création du monde.

La Kabbale explique, et celui qui étudie le comprend de lui-même, que le temps n’existe pas et qu’en lieu et place du temps, il y a des chaînes de causes et leurs conséquences qui, à leur tour, deviennent les causes des conséquences suivantes, la naissance de nouvelles actions ou d’éléments.

En principe, dans notre monde, nous lions la notion de temps à la sensation de processus de cause à effet intérieur. Même la science affirme que le temps, tout comme l’espace sont des notions relatives. Le lieu ou l’espace correspond au désir d’éprouver du plaisir. L’action est un plaisir ou le refus d’un plaisir.

«Au commencement», autrement dit avant le début de la création, il n’y avait que le Créateur. Lui-même, nous ne pouvons pas L’appeler par un autre terme car tout nom suppose la connaissance de l’entité désignée, et comme nous ne savons de Lui que le fait qu’Il nous a créé, nous ne pouvons que L’appeler le Créateur, l’Eternel, etc.

La Lumière émane du Créateur, c’est le désir du Créateur de donner naissance à une créature et de lui donner la sensation d’éprouver du plaisir. Ce n’est que d’après cette Lumière qui émane du Créateur que nous pouvons avoir une idée de Lui.

Plus précisément, la sensation de Lumière nous permet d’avoir une idée non pas du Créateur mais des sensations qu’Il souhaite faire naître en nous. Nous disons donc de Lui qu’Il souhaite nous procurer du plaisir.

Ce plaisir ne se situe pas dans la Lumière mais naît en nous à partir de l’action de la Lumière sur les «organes de nos sens spirituels», comme par exemple, la viande en elle-même n’a pas de goût, ce n’est qu’en mettant celle-ci en contact avec notre organe sensoriel que nous éprouvons une sensation de plaisir.

Toute action, spirituelle comme physique, est constituée d’une pensée et de l’action elle-même qui incarne cette pensée.

Le dessein du Créateur est de procurer du plaisir à sa création, et, conformément à ce principe, Il procure du plaisir.

Cette action s’appelle «donner dans le but de donner». Il s’agit d’une action simple car le but et l’action coïncident.

Les créations sont égoïstes, autrement dit, l’homme ne peut pas avoir d’autre but que d’éprouver du plaisir. Pour cela, l’homme peut agir de deux manières: soit recevoir, soit donner pour recevoir ce qu’il veut, autrement dit bien que physiquement il donne, il ne poursuit jamais qu’un seul but: celui de recevoir.

Si l’action est réalisée dans la même direction que le but, c’est-à-dire que l’action se fait dans le but de recevoir, il s’agira d’une «action simple». Si le mouvement se fait selon le principe de «donner», mais que le but est de recevoir, et dans notre monde il ne peut pas y avoir d’autre but que celui de recevoir, cette action est qualifiée de complexe, car le but et le mouvement ne sont pas en harmonie, les intentions ne concordent pas.

Nous ne sommes pas en mesure de nous représenter les désirs et leur champ d’action en dehors de l’espace, c’est pourquoi il ne reste rien d’autre à faire que de se représenter le Créateur comme une force spirituelle qui emplit l’espace.

Il est dit dans la Kabbale que le Créateur a créé l’homme par un calcul simple, et que l’homme a compliqué ce calcul.

Plus l’homme s’élève sur l’échelle spirituelle, plus les lois de la création sont simples car les principales catégories de base sont simples.

L’homme ne percevant pas les Racines de la création de manière directe mais comme des conséquences lointaines, il voit les lois de la création de notre monde

comme

l’extrême.

constituées

de

conditions

et

de

limites

qu’il

juge

embrouillées

à

La Lumière voilée, l’influence des auteurs au cours de leur travail sur le texte transparaissant dans les ouvrages kabbalistiques, font qu’il est important, en étudiant leurs textes, d’avoir une intention juste: pour quelle raison l’homme étudie-t-il? Est-ce pour ressentir le Créateur?

De même, pendant l’étude, il faut demander d’avoir l’intelligence et la compréhension qu’avait l’auteur et demander d’être en relation avec lui, s’adresser à lui. C’est pourquoi il est important de ne pas s’éparpiller dans nos lectures sur les mondes spirituels pour éviter d’être influencé par des auteurs qui ne sont pas en harmonie avec les lois et les notions essentielles.

L’homme qui souhaite posséder des connaissances spirituelles doit adopter, dans sa vie quotidienne, un certain emploi du temps: se dégager de l’influence des points de vue d’autrui, des nouvelles inutiles, d’ouvrages pouvant avoir une influence nocive.

Quand cela est nécessaire, au travail, au cours de ses études, il entretiendra des relations avec autrui, sans montrer qu’il s’enferme en lui-même en contrôlant en permanence l’objet de ses pensées. L’objet des pensées de l’homme doit être orienté vers le travail, le reste du temps, vers le but de sa vie.

Atteindre le but dépend plus de la qualité de l’effort, que de la quantité: un homme peut lire des livres pendant des heures, un autre, pour des raisons professionnelles ou familiales ne peut consacrer qu’une heure par jour à l’étude.

L’effort se mesure uniquement par rapport au temps libre, dans quelle mesure l’homme souffre-t-il de ne pas pouvoir consacrer plus de temps au spirituel. Le résultat dépend directement de l’intensité de l’intention, de ce que l’homme souhaite au juste tirer de son étude et du travail sur lui-même, effectué pendant son temps libre.

Il existe deux façons de nourrir un enfant: de force, sans qu’il éprouve de plaisir, mais il mange cependant, cela lui donne des forces et la possibilité de grandir. Cette façon d’élever spirituellement un homme s’appelle en Kabbale «grâce à l’En-Haut».

Si «l’enfant» qui désire grandir spirituellement souhaite prendre lui-même la nourriture spirituelle puisqu’il en ressent la nécessité (il a pris conscience de ce désir et il s’est délecté de la Lumière), non seulement il grandira bon gré mal gré

spirituellement, douloureusement, dans la souffrance, mais il éprouvera du plaisir dans le processus même de cette vie, des connaissances spirituelles acquises.

Le sentiment aigu qui est ressenti par l’homme qui prend conscience du bien et du mal s’appelle en Kabbale processus «d’alimentation»: comme la mère soulève son enfant pour le mettre sur son sein pour le nourrir, de même, le kabbaliste reçoit la Lumière des éléments spirituels et prend conscience et ressent avec acuité l’abîme qui sépare le bien du mal.

Ensuite, comme la mère éloigne son enfant de son sein, le kabbaliste perd son lien avec l’En-Haut et la limite précise entre le bien et le mal disparaît dans son esprit. Ce processus se produit pour qu’il demande au Créateur de lui donner la capacité lui permettant de ressentir (Kelim) le bien et le mal comme dans l’En- haut.

L’égoïsme tout comme l’altruisme sont donnés à l’homme de l’En-haut. La différence réside en ceci que l’homme est systématiquement doté de désirs égoïstes, il n’acquiert des désirs altruistes que s’il en formule instamment la prière.

Pour commencer, l’homme doit parvenir au degré qui correspond à la notion de «faire plaisir au Créateur» malgré ses désirs égoïstes (la progression sur les échelons des mondes de BY’A (Briya, Yetsira, Assia) que lui donne le Créateur, ensuite, il doit chercher comment il peut réjouir le Créateur.

Il s’aperçoit alors que ce n’est qu’en se réjouissant qu’il peut faire plaisir au Créateur. Ceci s’appelle recevoir dans le but de donner - le niveau du monde d’«Atsilout».

La maîtrise des différentes forces d’intensité du désir de donner sans retour au Créateur correspond aux degrés des mondes «BY’A» (Briya, Yetsira, Assia). La maîtrise de la force de recevoir le plaisir procuré par le Créateur pour son plaisir correspond au niveau du monde d’«Atsilout».

Le «Beit Midrash» (maison d’étude) correspond au lieu où l’on apprend à exiger (lidroshe) du Créateur (exiger des forces spirituelles) et où l’on apprend à exiger de ressentir le but de la création, de ressentir le Créateur.

Comme nous (c’est-à-dire notre corps, notre égoïsme) aspirons naturellement à ce qui est plus grand et plus fort que nous, nous demandons au Créateur qu’Il se dévoile à nous pour que nous voyions dans Sa Lumière notre véritable

insignifiance et Sa véritable grandeur et que nous puissions aller vers Lui, mus par une véritable force comme vers ce qui est plus fort et plus grand que nous.

Le principal pour l’homme, c’est d’avoir conscience de l’importance de ce qu’il fait. Par exemple, les gens aisés travaillent dur, et d’autres les envient. Si le prestige de la richesse disparaissait, on cesserait de les envier, être aisé n’aurait plus de sens, les stimuli incitant à travailler disparaîtraient. Le principal pour l’homme est d’acquérir le sentiment que l’essentiel est de percevoir le Créateur.

Jamais l’homme ne pourra accéder au spirituel sans efforts car ses efforts constituent le récipient servant à recevoir la Lumière.

Jusqu’aux réparations opérées par le ARI, il était relativement plus facile d’accéder au spirituel qu’après son époque. Après que le ARI ait ouvert la voie permettant l’accès au spirituel, il est devenu plus difficile de se soustraire aux plaisirs de notre monde.

Avant le ARI, les voies de la spiritualité étaient ouvertes, la Lumière de l’En- Haut ne se déversait pas de manière profuse. Le ARI a révélé la source de Lumière, mais il est devenu plus difficile à l’homme de combattre son égoïsme devenu plus fort et plus subtil.

Cela peut s’illustrer à l’aide de l’exemple suivant: avant le ARI 100 unités de connaissances étaient données, et il était possible, par le travail et les efforts correspondant à une unité, de recevoir une unité de connaissance. Aujourd’hui, après les réparations que le ARI a opérées dans le monde, il est possible de recevoir pour une unité d’efforts 100 unités de connaissances, mais il est incomparablement plus difficile de réaliser les efforts en question en 1 unité.

Le Rav Yéhouda Ashlag, le «Baal HaSoulam» a également effectué une réparation du monde pour que l’homme ne se leurre pas sur sa perfection, et pour qu’il soit obligé d’emprunter la voie de la foi en les connaissances spirituelles. Bien que la voie soit devenue plus compréhensible, les générations ne sont néanmoins pas capables de faire les efforts qualitatifs et quantitatifs que pouvaient faire les générations précédentes bien que cela corresponde comme jamais à la prise de conscience de leurs défauts par les hommes.

Ces générations ne placent pas le spirituel au niveau requis dans leur conscience par rapport au matériel comme le faisaient les générations précédentes qui étaient massivement prêtes à tout pour progresser spirituellement. A l’heure actuelle on ne compte vraiment que quelques unités de ce genre.

Le Baal Shem Tov a procédé à une grande réparation dans ce monde. Les masses ont même pu un moment ressentir davantage le spirituel dans le monde, et il fut temporairement plus facile de parvenir au spirituel pour ceux qui le souhaitaient. Pour choisir des élèves dignes de son groupe de kabbalistes, le Baal Shem Tov avait mis en place un «Admorout», une sorte de division de la société juive, la masse était divisée en plusieurs parties, chaque partie ayant son guide kabbaliste.

Ces guides (Admorim) choisissaient ceux qui étaient dignes d’étudier la Kabbale dans leurs classes (Hédère) et ils les formaient pour constituer les futures générations de kabbalistes, des guides des masses. L’influence de la réparation réalisée par le Baal Shem Tov est passée, et les guides de notre génération ne sont pas tous des kabbalistes (qui ont la perception du Créateur). Après la disparition du «Baal HaSoulam», notre monde se trouve dans une phase de chute spirituelle qui précède obligatoirement une ascension.

Avoir l’impression d’être une créature signifie se sentir séparé du Créateur. Du fait de notre nature égoïste, nous nous éloignons instinctivement et naturellement de ce qui nous cause des souffrances, le Créateur utilise ce principe pour nous amener vers le bien: il rend caduc le plaisir du monde matériel qui nous entoure et nous procure le plaisir d’accomplir des actes exclusivement altruistes. C’est un chemin douloureux.

12 - SUPPRIMER L’ÉGOÏSME

Le chemin de la Kabbale est différent des autres chemins: malgré les plaisirs de notre monde, la foi dans le but de la création, placée au-dessus de la raison, autrement dit malgré les affirmations de notre corps et de notre raison, nous donne la possibilité de sortir de notre égoïsme, de notre amour-propre et commencer alors à ressentir de l’amour pour le Créateur et sentir la réciprocité de cet amour. C’est un chemin de tranquillité et de joies et de foi en ce que ce chemin long est, en fait, exempt des affres de la souffrance.

Le chemin de progression spirituelle sous l’action de la Lumière environnante (Or Makif) correspond à l’homme qui n’a pas encore la possibilité de recevoir la Lumière à l’intérieur de lui-même (Or Pnimi).

Ce chemin est qualifié de naturel, au moyen de souffrances (Derekh Bito), c’est celui qu’emprunte l’humanité.

Le chemin de progression spirituelle individuelle s’entreprend au moyen de la relation personnelle avec le Créateur, de son travail selon les trois lignes. Ce chemin s’appelle le «chemin de la Kabbale» (Derekh Kabbalah, Derekh Ahichéna) et il est bien plus court que le chemin des souffrances.

Il est difficile de concevoir que les souffrances obligent à croire. Le principal est que l’homme croit que les fruits de son travail dépendent uniquement de ses efforts, autrement dit, il doit croire qu’il est guidé par le principe de la rétribution et de la punition.

La rétribution consiste en ce que le Créateur donne à l’homme de bonnes pensées et de bons désirs. L’homme doit recevoir la foi également de ses amis d’études et des livres.

Mais après avoir commencé à ressentir en lui-même la foi, à percevoir le Créateur, il doit se dire que cela lui a été donné par le Créateur. La puissance supérieure spirituelle est un remède, un élixir de vie ou de mort. C’est un élixir de vie si elle donne la force et le désir de travailler, et un élixir de mort si l’homme se dit que tout ce qui sera réalisé le sera par l’En haut, sans effort.

Le principal dans l’effort est de maintenir son aspiration spirituelle, donnée de l’En-haut. Au début du chemin, des sensations spirituelles sont données à l’homme pour qu’il s’élève puis arrive le temps du travail, des efforts pour qu’il se maintienne à niveau par ses propres forces.

Prendre conscience du prix de l’élévation spirituelle accordée est de la plus grande importance. Dès que l’homme commence à négliger ce qu’il reçoit en éprouvant un plaisir personnel, il commence à quitter ce degré. Tout ce qui se trouve sous l’emprise de l’égoïsme se situe dans le point central de la création (Nékouda Emtzaït).

Tout ce qui ne désire pas le plaisir personnel se situe au-dessus de ce point. C’est pourquoi la ligne de descente de la Lumière (Kav) frôle la ligne médiane (pour animer la création de manière impalpable) ou ne la frôle pas (ne remplit pas la création de la Lumière du Créateur).

Il est dit que celui qui veut s’élever spirituellement est aidé par ce qui lui donne une âme, la Lumière, une partie du Créateur. L’homme commence à percevoir alors qu’il est une partie du Créateur.

Comment la Lumière du Créateur a-t-elle engendré le désir de recevoir, de se délecter de Lui (la Lumière façonne le récipient). Prenons un exemple: dans notre monde, si nous rendons à un homme les honneurs auxquels il n’aspirait pas auparavant et que nous les lui enlevons, il souhaitera continuer à ressentir les plaisirs que lui procuraient ces honneurs. Cette aspiration à retrouver les plaisirs dont il a le souvenir s’appelle «récipient» (Kli). La Lumière fait ainsi progressivement grandir en lui le récipient pour le plaisir (procuré par la Lumière).

Abraham a demandé au Créateur «comment puis-je savoir que tu sauveras mes descendants?» (Comment puis-je être sûr que mes enfants pourront sortir de l’égoïsme au moyen de la Kabbale. Qu’ont-ils besoin de la Lumière s’ils n’y aspirent pas?)

Le Créateur a répondu - «ils recevront l’impression d’être esclaves de leur égoïsme qu’ils compareront avec l’impression procurée par la Lumière». En faisant des efforts pour maîtriser ses désirs, l’homme doit prendre conscience que son corps ne comprend pas les notions de temps et que, par conséquent, n’a la sensation ni du passé, ni du futur, mais seulement du présent.

Par exemple, il faut faire un dernier effort pendant encore cinq minutes pour ensuite mériter de se reposer, quand le corps résiste c’est qu’il ne perçoit pas l’avantage du repos futur.

Si l’homme évoque les plaisirs ressentis après un dur labeur, le corps ne donne pas pour autant les forces de réaliser ce travail, par exemple, s’il a été rémunéré d’avance, il n’éprouve plus de désir de travailler sans faire un effort sur lui- même.

Il ne faut donc pas remettre à plus tard la lutte avec le corps, chaque instant, dans

le présent, il faut exercer une force d’opposition par des pensées orientées vers le

spirituel.

L’homme étant égoïste à 100 %, il ne recherche pas de lui-même la relation avec le Créateur. Il ne peut le vouloir que s’il est sûr d’en tirer un bien pour lui.

Autrement dit, non seulement l’homme perçoit son mal et comprend que seul le Créateur peut l’aider, mais cela ne lui donne toutefois pas la force de s’adresser au Créateur. Il lui est nécessaire de prendre conscience que c’est dans le rapprochement avec le Créateur que se trouve son salut.

La Kabbale nous propose son chemin au lieu du chemin des souffrances. Le

temps change les conditions: il y a deux millénaires, seules quelques personnes étaient en relation avec le Créateur, comme à l’époque de Rabbi Shimon.

A l’époque du ARI et de Moïse Haim Luzzato, quelques petits groupes

s’adonnaient à la Kabbale, puis des dizaines de groupes à celle du Baal Shem Tov

et encore plus à celle du Baal HaSoulam.

A l’heure actuelle, la barrière qui sépare la Kabbale des masses a pratiquement

disparu, et il n’y a pour ainsi dire pas d’opposition à son égard ou si peu. Dans la génération future, des centaines de personnes se fixeront pour but de ressentir le

Créateur. De plus, si auparavant, seuls des gens particulièrement forts psychologiquement pouvaient établir un lien avec le Créateur, à notre époque même les débutants, sans avoir étudié au préalable (et dans le courant de la génération future, même les enfants) pourront parvenir à une relation avec le Créateur sans préparation, en étudiant la Kabbale sous une direction adéquate.

L’homme n’a pas la capacité de différencier le bien du mal, ce qui est bon pour lui, ce qui lui est nocif. Seul le Créateur peut l’aider en lui dessillant les yeux. L’homme peut alors voir tout ce qui est exprimé par la phrase «Choisis la vie».

Tant que l’homme ne sera pas convaincu de la nécessité vitale d’une relation constante avec le Créateur, le Créateur ne lui ouvrira pas les yeux pour qu’il Lui demande miséricorde.

Parmi les sensations spirituelles d’un kabbaliste, une partie (AHA’P) appartient au degré inférieur de son état futur. L’homme perçoit davantage son état spirituel élevé non pas comme empreint de Lumière, mais comme vide, non attrayant, car il ne reçoit rien du Degré Supérieur.

Bien que ce Degré Supérieur soit empli de Lumière, le degré inférieur perçoit ce qui émane du degré Supérieur d’après ses propres attributs, et comme ceux-ci ne lui permettent pas d’être prêt à recevoir cette Lumière, il ne la perçoit pas.

Le Créateur étant caché, chacun de nous fait des efforts inouïs pour parvenir à un niveau de vie acceptable dans notre société en se conformant aveuglément aux réprimandes intérieures, aux chuchotements constants de son égoïsme. Cependant, nous sommes Ses instruments et nous nous empressons de suivre Ses indications pour ne pas qu’Il nous inflige des souffrances pour nous stimuler. Nous nous résignons de force puis nous nous conformons de gré à Sa volonté.

Notre égoïsme est en nous, il a tellement d’emprise sur nous que nous le considérons comme une seconde nature, comme notre désir.

Il imprègne toutes les cellules de notre corps, nous obligeant à apprécier toutes nos sensations en fonction de ses désirs, à compter avec ses impératifs.

L’homme n’a même pas idée qu’il peut se défaire de l’influence de l’égoïsme, se purifier, se débarrasser de cette forme égoïste, semblable à son corps qui le pénètre, et qui est habillée de sa chair. Le Créateur permet à l’homme d’éprouver des désirs altruistes après que celui-ci s’est purifié de ses désirs égoïstes.

En attendant, il se trouve à l’intérieur de nous un être égoïste, et nous n’imaginons pas quel bienfait cela serait pour nous de l’éliminer. Au contraire, les pensées et les désirs altruistes nous semblent inacceptables, naïfs, peu sérieux, inapplicables dans le cadre de notre société, sans parler de l’univers.

Il en est ainsi uniquement parce que nos pensées et nos désirs sont sous l’empire de l’égoïsme.

Pour avoir une idée objective de ce qui lui arrive, l’homme doit s’efforcer de ressentir son égoïsme comme quelque chose d’étranger, comme son ennemi qui se fait passer pour son ami et pour lui-même (nous nous identifions même à ses désirs), il doit aspirer à le ressentir comme quelque chose d’étranger qui est en lui selon la volonté du Créateur. Les actions de l’homme correspondent à la prise de conscience du mal.

Cette prise de conscience n’est cependant possible que dans la mesure où l’homme a foi en l’existence du Créateur, en la Lumière du Créateur car il comprend tout par comparaison, en ressentant les contraires.

C’est pourquoi au lieu de s’adonner à la recherche de ce serpent malfaisant qui est en nous, mieux vaut porter nos efforts pour essayer de ressentir la Lumière du Créateur. Toute la création, sauf nous, est régie par les règles de l’altruisme.

Seul l’homme et le monde environnant (notre monde, Olam Hazeh) ont été créés avec des attributs opposés, égoïstes. Si nous voyions le Créateur et tous les mondes spirituels, nous découvririons aussitôt combien notre monde est microscopique en comparaison des autres mondes et que c’est seulement dans le petit pois qu’est notre monde qu’agissent les lois de l’égoïsme.

Pourquoi le Créateur s’est-Il dissimulé après nous avoir placés dans ce monde empli de ténèbres, d’incertitude et de malheurs?

En nous créant, le Créateur s’est posé pour but que nous existions éternellement avec Lui, mais nous devons y parvenir par nos propres efforts pour ne pas éprouver de honte de recevoir un plaisir absolu éternel non mérité. Le Créateur a donc créé un monde opposé au Sien en le dotant d’attributs opposés aux Siens, correspondant à l’aspiration au plaisir personnel, à l’égoïsme, et nous l’a donné.

Dès que l’homme ressent en lui ces attributs, il apparaît dans ce monde, il cesse immédiatement de ressentir le Créateur. Cette dissimulation du Créateur est faite, notamment, pour provoquer en nous l’illusion du libre arbitre dans le choix entre notre monde et celui du Créateur.

Si malgré cet égoïsme, nous percevions le Créateur, nous préférerions naturellement sans aucun doute le monde du Créateur, celui qui nous procure du plaisir sans les souffrances.

Le libre arbitre n’existe que si l’homme ne ressent pas le Créateur. Si dès sa naissance, l’homme expérimente l’action absolue et étouffante de l’égoïsme à tel point qu’il l’associe à lui-même, comment peut-il décider en toute liberté, indépendamment de l’égoïsme, de ce qu’il préfère? Comment le Créateur crée-t- il des circonstances neutres pour que l’homme puisse choisir? Et, en général, en quoi avons-nous la possibilité de choisir si notre monde n’est que souffrances et mort et que le monde du Créateur est empli de plaisirs et d’éternité, que reste t-il à l’homme?

Afin de créer pour nous les conditions de la liberté de choix, le Créateur:

1. Se révèle épisodiquement à l’homme pour lui permettre d’avoir conscience de la sensation de grandeur et d’apaisement que procure la perception des forces supérieures;

2. Nous a donné la Kabbale dont l’étude, si l’homme désire vraiment sortir de son état et percevoir le Créateur, provoque une luminescence spirituelle latente.

Toutes les parties de la Kabbale n’ont pas la même force pour faire scintiller la subtile Lumière Environnante (Or Makif). L’excitation la plus forte est induite par l’étude de la Kabbale car la Kabbale étudie les structures spirituelles qui irradient cette Lumière sur l’homme. L’homme est donc ainsi placé devant le choix:

étudier ou non la Kabbale et faire des efforts pour cela.

Le lien de l’homme avec le Créateur, à commencer par notre niveau, du plus bas jusqu’au plus élevé où se situe le Créateur lui-même, peut-être comparé aux degrés d’une échelle.

Tous les degrés de l’échelle spirituelle se situent dans les mondes spirituels. Le Créateur se situe au degré le plus élevé et notre monde se situe au degré le plus bas. L’homme se trouve sous le degré le plus bas de l’échelle spirituelle car son niveau originel fait d’égoïsme n’est pas lié au dernier degré de l’échelle qui n’est pourtant pas complètement altruiste.

La sensation de l’existence d’un degré plus élevé est possible si les attributs de l’homme coïncident avec ce degré, et la force de cette sensation sera proportionnelle à la coïncidence entre les attributs de l’homme et ceux du degré. La possibilité d’avoir la sensation du degré supérieur est conditionnée par le fait que tous les degrés spirituels ne sont pas disposés de manière successive du bas vers le haut, ils sont imbriqués: la moitié inférieure de la partie supérieure se trouve dans la partie supérieure du degré inférieur (AHAP d’En Haut tombe dans le GE inférieur).

C’est pourquoi il y a en nous une partie de la partie inférieure du dernier degré, mais ordinairement nous ne la percevons pas.

Le degré le plus élevé au-dessus de nous est appelé le Créateur car il est justement pour nous le Créateur, nous donne naissance, nous anime et nous guide. Comme nous ne percevons pas ce degré, nous affirmons que le Créateur n’existe pas.

Si l’homme se trouve à un niveau tel qu’il perçoit la toute-puissance du Créateur sur toutes les créations de notre monde, il n’a plus de libre-arbitre, de foi car il voit clairement une seule vérité, une seule force, un seul désir qui régit tout et tous.

Le désir du Créateur consiste à donner à l’homme le libre arbitre, il est donc nécessaire qu’Il se dissimule.

Ce n’est que si le Créateur est dissimulé que l’on peut affirmer que l’homme aspire de manière désintéressée à se fondre en Lui, à agir pour faire plaisir au Créateur en Son nom

Notre travail sur nous-mêmes n’est possible que si le Créateur est dissimulé car, dès que le Créateur se révèle à nous, nous devenons automatiquement ses esclaves, nous sommes totalement sous l’emprise de Sa magnificence et de Sa force, et il n’est pas possible de distinguer les authentiques desseins de l’homme.

Pour donner à l’homme la liberté d’agir, le Créateur doit se dissimuler.

Pour lui donner la possibilité de s’arracher à l’esclavage qu’est sa soumission aveugle à l’égoïsme, le Créateur doit se dévoiler car l’homme ne se soumet qu’à deux forces dans ce monde: au pouvoir de l’égoïsme, du corps ou au pouvoir du Créateur, de l’altruisme.

Une succession des processus est par conséquent nécessaire: la dissimulation du Créateur par rapport à l’homme, l’homme ne perçoit que lui-même et les forces égoïstes qui le dominent, et le dévoilement du Créateur, l’homme perçoit le pouvoir des forces spirituelles.

Pour que l’homme qui est sous l’empire de l’égoïsme puisse avoir la sensation de l’Elément Supérieur (le Créateur) le plus proche, son Créateur, Celui-ci lui donne la possibilité de comparer une partie de ses attributs, c’est-à-dire qu’Il confère à l’égoïsme une partie de Ses attributs altruistes.

Si jusqu’alors l’homme n’avait pas la sensation de l’existence du degré supérieur, car le degré supérieur avait dissimulé son altruisme sous de l’égoïsme, du fait que ce degré s'est abaissé au niveau de l’homme, celui-ci peut le percevoir.

Les attributs du degré supérieur étant perçus par l’homme comme égoïstes, il a le sentiment que le spirituel n’est pas attrayant, inspirant, apaisant.

L’homme a alors la possibilité de faire preuve de libre arbitre et de se dire, au mépris de ces impressions, que le manque de plaisir, de goût qu’il ressent dans le spirituel, dans la Kabbale est la conséquence de ce que le monde supérieur lui est dissimulé pour son bien car il n’est pas encore doté des attributs spirituels nécessaires qui permettraient d’éprouver des plaisirs spirituels, l’égoïsme ayant emprise sur ses désirs.

C’est plus particulièrement dans les phases de chute et de sensation de vide que l’on trouve des forces en soi (par des prières adressées au Créateur, par l’étude, par les bonnes actions), et il est alors essentiel pour le débutant de se conforter dans l’affirmation que cette phase lui est spécialement occasionnée pour qu’il la surmonte.

Le fait qu’il ne perçoive ni plaisir ni vie dans ses aspirations spirituelles est délibérément provoqué pour qu’il puisse se dire qu’il n’éprouve pas de plaisir dans le spirituel parce qu’il ne possède pas de qualités altruistes adéquates et que les véritables qualités des mondes spirituels lui sont donc cachées.

L’homme doit donc toujours garder à l’esprit qu’au début de son chemin, avoir une perception des mondes spirituels a pour corollaire un sentiment de vide spirituel.

Si l’homme est en mesure d’affirmer que les mondes spirituels lui sont dissimulés en raison de l’antagonisme de leurs attributs respectifs, et qu’il demande de l’aide pour réparer son égoïsme en élevant sa prière - «MAN», les mondes spirituels se dévoilent à lui partiellement (son AHA’P) en montrant ses véritables attributs qu’il dissimulait sous l’égoïsme et le plaisir en découlant.

Ses attributs se caractérisant dès lors par l’altruisme, l’homme a la capacité de percevoir la grandeur et le plaisir inhérents aux mondes spirituels.

En élevant aux yeux de l’homme Ses attributs altruistes, les Mondes Spirituels élèvent l’homme jusqu’à la moitié du degré immédiatement supérieur (Il élève GE inférieur avec son propre AHA’P).

Cette phase spirituelle de l’homme s’appelle petit niveau spirituel, «enfance» (Katnout). Les Mondes Spirituels élèvent l’homme à eux, à leur niveau, en lui permettant de voir Sa grandeur - la grandeur des attributs altruistes.

L’homme, en voyant la grandeur du spirituel par rapport à celle du matériel, s’élève spirituellement au-dessus de notre monde. Indépendamment de la volonté de l’homme, la sensation du spirituel transforme les attributs égoïstes de celui-ci en altruistes, en attributs spirituels.

Pour que l’homme puisse posséder totalement le premier degré supérieur, les mondes spirituels s’ouvrent à lui totalement, dévoilent tous ses attributs spirituels qui le font grandir (Gadlout).

L’homme perçoit alors les Mondes Spirituels comme un guide unique et parfait et parvient à la connaissance du but de la création et de son organisation, il voit

clairement qu’il lui faut agir selon ce qu’énonce la Kabbale et dès lors sa raison l’y oblige.

Connaître le Créateur implique pour l’homme une contradiction entre la foi et la connaissance, entre les lignes droite et gauche: doté d’attributs altruistes, (qui correspondent aux récipients de don en phase dite de l’enfance - Katnout) l’homme souhaiterait cheminer uniquement au moyen de la foi en la toute- puissance du Créateur car c’est un signe de désintéressement mais le fait que le Créateur a dévoilé Sa grandeur (Gadlout), la magnificence du monde supérieur, l’en empêche. L’homme est alors prêt à mépriser les connaissances reçues. La prière de l’homme pour progresser à l’aveuglette en ayant foi en la grandeur du Créateur et non en ayant conscience de Sa force et de Sa grandeur et en utilisant sa raison en proportion de sa foi oblige le Créateur à réduire Son dévoilement.

L’action de l’homme qui oblige l’En-Haut à restreindre le dévoilement de Sa Toute-puissance, Sa Lumière (Or Hokhma) est désignée par le terme «écran de Hirik»: l’homme diminue l’intensité du dévoilement de l’Intelligence supérieure, de la ligne gauche jusqu’au niveau lui permettant de l’équilibrer avec sa foi, sa ligne droite.

La juste proportion obtenue entre la foi et la connaissance s’appelle «l’équilibre spirituel», la ligne médiane.

L’homme définit lui-même cet état qu’il souhaite obtenir.

Dans ce cas, l’homme existe déjà comme élément spirituel car il y a en lui une juste proportion de foi et de raison correspondant à la «ligne médiane» qui lui permet de parvenir à la perfection.

Cette partie de connaissance, de dévoilement, (de ligne gauche) que l’homme peut utiliser en fonction de l’intensité de sa foi, (en fonction de sa ligne droite), en plaçant sa foi au-dessus de sa raison au moyen de la ligne médiane vient s’ajouter aux attributs spirituels qu’il a déjà acquis lors de la phase Katnout. Le niveau spirituel atteint s’appelle alors la phase Gadlout - niveau de plénitude.

Quand l’homme sera parvenu au niveau spirituel de plénitude, il se trouvera, grâce à ses attributs, en état d’égalité par rapport au premier degré, le plus bas de l’échelle spirituelle.

Comme nous l’avons déjà mentionné, tous les degrés de l’échelle sont imbriqués l’un dans l’autre, ils sont mutuellement empreints de leurs attributs respectifs. En parvenant au premier degré complet, l’homme peut par conséquent trouver en

lui une partie du degré supérieur et, selon le même principe progresser vers le but de la création, pour parvenir à l’union totale avec le Créateur, au degré le plus élevé.

La progression spirituelle consiste à ce que chaque homme, dès qu'il décèle un accroissement du mal en lui, demande au Créateur de lui donner des forces pour le maîtriser. Il reçoit des forces sous la forme d’une Lumière spirituelle plus intense jusqu’à ce qu’il atteigne le véritable niveau originel de son âme – après la réparation de tout son égoïsme devenu complètement empli de Lumière.

La quête du Créateur

Quand des pensées étrangères viennent à l’esprit de l’homme, celui-ci considère qu’elles le gênent dans sa progression vers le spirituel car elles l’affaiblissent, accaparent son intelligence et remplissent son cœur de mesquins désirs, il cesse de croire que la vraie vie est contenue dans la Kabbale.

Après avoir surmonté cet état malgré tout, il parvient à la Lumière supérieure qui l’aide à s’élever encore plus. Les pensées étrangères sont un moyen pour l’homme de progresser. Il n’est possible de surmonter les pensées parasites qu’avec l’aide du Créateur car l’homme ne peut travailler sur lui-même que s’il y voit un avantage personnel, quelle qu’en soit la forme.

Notre corps, notre cœur, notre raison ne comprennent pas quel avantage peut leur apporter l’altruisme aussi, dès que l’homme veut faire le moindre geste altruiste, il n’a pas la force d’agir ni par la raison, ni par le cœur, ni par le corps. Il ne lui reste plus qu’une seule chose, demander de l’aide au Créateur. Il est alors contraint de s’approcher du Créateur jusqu’à ce qu’il se fonde totalement en Lui.

L’homme n’a pas le droit de se plaindre de n’avoir pas été doté de suffisamment d’intelligence, de force ou de courage à la naissance ou bien de ce qu’il est dépourvu d’attributs que possèdent d’autres personnes car, s’il ne suit pas le bon chemin, ce sont des attributs qui ne serviront à rien.

Il est possible qu’il devienne un grand savant, s’il ne parvient pas à la relation avec le Créateur, il ne remplira pas sa fonction, à l’instar de nombreuses personnes.

L’essentiel est de parvenir au niveau de juste, car ce n’est qu’à ce moment que l’homme peut utiliser toutes ses aptitudes à bon escient et ne pas dépenser en vain ses forces. Au contraire, même les forces les plus infimes, les facultés qui lui

sont données par le Créateur, l’homme peut les mettre en valeur en les dédiant au but suprême.

Si l’homme connaît une période d’abattement spirituel, il est inutile de le persuader de prendre courage, de lui dire des paroles pleines de sagesse, rien de ce qu’il entendra ne l’aidera. Les récits de ce que d’autres ont pu endurer, ressentir, leurs conseils, rien ne le relèvera car, tout simplement, il n’a plus la foi en quoi que ce soit, encore moins en ce à quoi sont arrivés d’autres!

Si l’homme se souvient de ses dialogues intérieurs quand il était dans une période de progression spirituelle, quand il était plein de vie et non spirituellement mort comme au moment présent, s’il se souvient de ses aspirations, de ses acquis spirituels, il pourra alors reprendre des forces.

S’il se souvient qu’il avait la foi, qu’il plaçait cette foi au-dessus de sa raison et s’il se concentre sur ses souvenirs personnels, il pourra sortir de son état de mort spirituelle. L’homme doit s’appuyer sur ses propres souvenirs, sa propre expérience, c’est la seule chose qui puisse l’aider à sortir de la torpeur spirituelle.

Le travail de l’homme qui s’est élevé à un certain degré spirituel consiste à procéder à une sélection dans ses sensations de plaisir et à faire en sorte que la partie de ces plaisirs qui ne peut pas être équilibrée par la foi soit jetée au loin. En Kabbale, cette partie de plaisir que l’homme reçoit pour faire le délice de son Créateur aux fins de renforcer sa foi ne s’appelle pas autrement que «nourriture».

Si l’homme n’est pas en mesure de se contrôler et désire avaler toute la nourriture, il est ce que la Kabbale qualifie de «ivre» (d’un excédent de plaisir), il perd tout et se retrouve sans rien, ce que la Kabbale qualifie de «pauvre».

Dans la vie, l’homme se voit expliquer ce qu’il a le droit et ce qu’il n’a pas le droit de faire, et s’il n’applique pas les instructions, il reçoit une punition.

Si l’homme n’anticipe pas la douleur et la souffrance auxquelles il s’expose en transgressant la loi, il enfreindra celle-ci, si bien entendu, il éprouve du plaisir à cette enfreinte. Il sera ensuite puni pour qu’il sache qu’il ne faut pas agir ainsi à l’avenir.

Par exemple, il existe une loi qui interdit de voler de l’argent. Si un homme aspire à l’argent et qu’il a l’occasion d’en voler, même s’il sait qu’il peut être puni pour vol, il n’est pas en mesure d’évaluer toutes les souffrances dues à la punition. Il décidera donc que le plaisir de posséder l’argent est bien plus grand que les souffrances dues au châtiment.

Quand il connaîtra les souffrances dues au châtiment, il verra qu’elles sont bien plus grandes qu’il le supposait et bien plus grandes même que le plaisir procuré par le vol. Il observera alors la loi.

A sa libération, on lui dira que le châtiment sera bien plus grand s’il recommence, car l’homme oublie les souffrances qu’il a endurées.

Quand il voudra voler à nouveau, il se rappellera que les souffrances seront bien plus élevées pour ce second vol, le choix lui est ainsi offert de s’empêcher de voler ou non.

Cet exemple sommaire parmi d’autres de la vie quotidienne que le lecteur pourra lui-même trouver dans son entourage montre que les souffrances conduisent l’homme à emprunter un chemin que les désirs de son égoïsme lui auraient interdit de choisir car il est bien plus facile de voler que de peiner pour gagner sa vie, plus facile de se reposer que de penser et de travailler, il est plus agréable de prendre du plaisir que de souffrir.

Si l’homme a choisi d’étudier la Kabbale, il doit savoir que ces initiatives sont créées pour son bien. Autrement dit, il doit comprendre que son égoïsme est gagnant. Personne en ce monde n’est capable de s’engager dans un travail absolument altruiste, non rémunéré par de l’argent, par des honneurs, par des plaisirs, par des promesses pour le futur.

L’homme est encore moins capable de travailler sans voir les conséquences de son travail, ses résultats, sans surveiller ce qu’il produit, ce qu’il donne à autrui, ce que reçoit autrui, sans voir pour qui il travaille, autrement dit, encore moins capable de faire des efforts dans le vide.

Naturellement, notre raison et notre corps égoïstes opposent de la résistance à cet état de fait car ils ont été créés par le Créateur pour se délecter.

Seules les souffrances perçues par l’homme dans son environnement, induites par la perte complète du goût et du plus petit infime plaisir que cela peut procurer, par la totale conviction qu’il n’est pas en état de tirer de plaisir de quoi que ce soit (sous n’importe quelle forme: tranquillité, joies, etc.), obligent l’homme à désirer et à agir avec «altruisme» dans l’espoir de trouver son salut en empruntant ce nouveau chemin.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’altruisme car le but de ses actes réside dans son bien- être et son salut, l’homme s’est néanmoins rapproché de l’altruisme auquel il viendra progressivement sous l’action de la Lumière contenue dans ses actes.

En agissant avec altruisme pour soi-même, en donnant pour recevoir, l’homme commence à percevoir la Lumière dissimulée dans ses actes, le plaisir, et cette Lumière est de nature à réparer l’homme.

Dans la nature, nous pouvons observer la chose suivante: des pluies torrentielles se déversent sur la terre mais pas dans les endroits où il faut, par exemple au lieu des champs, dans le désert, ce qui sera parfaitement inutile; par contre de petites précipitations par endroits permettront des récoltes de fruits abondantes.

Pour reprendre cette image, l’homme peut étudier des textes sacrés sans s’arrêter, et ne jamais voir les fruits de son étude, c’est-à-dire la connaissance du Créateur ou bien au contraire, loin de faire autant d’efforts il fera une récolte extraordinaire en étudiant juste ce qui est nécessaire.

Il en est de même avec l’étude de la Kabbale, si elle est dédiée à la recherche du Créateur et non à l’acquisition de connaissances, les bienfaits vivifiants se déverseront là où il faut car ils ont été donnés à cette fin.

Si l’homme étudie pour accumuler des connaissances ou bien, ce qui est encore pire, pour montrer son intelligence et s’en enorgueillir, même la Kabbale ne donnera aucun fruit, elle pourra seulement montrer à l’homme le but à se fixer pour étudier, celui-ci fera ensuite des efforts personnels pour continuer.

L’homme qui étudie la Kabbale concentre en permanence sa pensée car l’ensemble de son travail consiste justement à imposer une bonne orientation à ses pensées et à ses actes pour qu’ils forment un seul et même tout avec le but suprême de la création, d’autant plus qu’il n’existe pas de moyen plus fort pour se rapprocher du spirituel que la Kabbale.

«L’Egypte» dans la Kabbale est la personnification de l’empire de notre égoïsme (c’est pourquoi «Mitsraïm» provient des mots «Mits – Ra» - l'essence du mal), «Amalec» est une tribu qui a combattu Israël (des mots «Isra-Yashar» - droit et «El» - Créateur, autrement dit ceux qui veulent se tourner vers le Créateur), et la personnification de notre égoïsme qui en aucun cas ne souhaite que nous lui échappions.

L’égoïsme se manifeste dans les sensations (il les assaille) de l’homme qui souhaite sortir de l’exil qu’est son égoïsme «égyptien». Amalec survient dès le début de son chemin.

C’est à certains élus que le Créateur fait ressentir un accroissement de leur égoïsme et il leur donne le désir de Le connaître, Il envoie Amalec à Israël pour

que celui-ci éprouve le besoin de se rapprocher du Créateur et non pas seulement celui de s’améliorer, par exemple de faire preuve tout simplement de «bonté».

Ces élus commencent alors à éprouver de grandes difficultés pour s’améliorer, leur désir d’étudier, d’une très grande force naguère, disparaît, leurs corps s’alourdissent au moment d’accomplir le moindre geste. La lutte avec le corps correspond en principe au fait que le corps (la raison, notre «moi») souhaite comprendre qui est le Créateur, où aller et dans quel but, et savoir si chacun de ses efforts sera récompensé.

Ni notre raison, ni notre corps ne fournissent l’énergie et la motivation pour faire quoi que ce soit sans justification, et c’est à juste titre car n’est-il pas stupide de faire quelque chose sans savoir d’avance à quelle fin?

Il n’y a pas d’autre moyen de sortir de notre nature, pour pénétrer dans l’anti- monde spirituel, que d’acquérir une autre raison et d’autres désirs correspondant à cet anti-monde. Ceux-ci sont opposés aux nôtres, car tout ce que nous connaissons, tout ce que nous ressentons, tout ce qui constitue le tableau de ce que nous appelons «notre monde», correspond à des notions dictées par notre raison et notre cœur égoïste.

Ce n’est qu’après les avoir transformés en leur contraire, après avoir transformé la raison en foi et le prendre en donner, que nous pouvons pénétrer les mondes spirituels.

Comme nous ne sommes dotés que des instruments avec lesquels nous avons été créés, notre raison et notre égoïsme, notre raison étant au service de notre égoïsme, ce n’est que de l’extérieur, que du Créateur, que nous pouvons recevoir d’autres instruments pour transformer notre raison et nos sens.

C’est pourquoi Il nous attire vers Lui tout en nous montrant que nous ne sommes pas en mesure de nous refaire par nous-mêmes. Bon gré mal gré, nous devons chercher le lien avec notre Créateur, c’est le gage de notre salut spirituel.

L’homme ne doit pas demander au Créateur d’avoir la possibilité de Le ressentir, d’assister à des miracles, ce qui lui permettrait de lutter contre son propre moi, pour que cela lui donne des forces au lieu d’éprouver une foi aveugle en la grandeur du spirituel.

La Kabbale l’avertit par l’exemple suivant: aussitôt après la sortie d’Egypte, Amalec assaille l’homme, et c’est seulement en levant les bras et en demandant la force de la foi que Moïse en est vainqueur.

Notre progression spirituelle nous permet de recevoir en permanence une part de raison supérieure allant grandissant à chaque degré gravi.

Nous devons sans cesse accroître la force de notre foi pour qu’elle soit supérieure à notre raison sinon nous retombons sous l’emprise de notre égoïsme, et il en est ainsi tant que nous ne nous faisons pas un seul et même tout avec le Créateur.

C’est alors que nous parvenons à la connaissance absolue, à la perception maximale de la Lumière (Or Hokhma) sans gradation aucune, ainsi qu’il est dit «que la Lumière soit et la Lumière fut» ou bien comme le formule la Kabbale «au commencement de la création, tout n’était que Lumière». Cela signifie que lorsque la Lumière brille pour tous sans distinction de niveau, tout est absolument clair, il n’y a ni commencement, ni fin, aucune nuance, tout est parfaitement compréhensible.

13 - LE CHEMIN DE LA KABBALE

Le chemin de la Kabbale est une période difficile, un changement radical de l’approche de la vie, une recherche de soi, de sa nature, une définition précise de l’orientation à donner à ses désirs, une perception juste de la motivation à l’origine des actions, des efforts faits pour surmonter les désirs du corps et les exigences de la raison, une parfaite conscience de son égoïsme, une longue période de souffrances dans la recherche de l’assouvissement des désirs, de déception devant l’impossibilité de trouver une «substance pour remplir» ses aspirations, la conscience que la véritable fuite pour s’éloigner de la source des souffrances, de l’égoïsme, réside dans l’altruisme des pensées, une sensation de douceur à la pensée du Créateur au point de ne plus désirer que penser à Lui.

Ce n’est qu’après avoir traversé toutes ces périodes préliminaires de développement spirituel qui correspondent au chemin de la Kabbale, que l’homme comprend la Kabbale, cette Lumière Supérieure qui brille pour lui de plus en plus à mesure de sa progression sur les degrés de l’échelle spirituelle qui le mènent à l’union totale avec le Créateur.

Notre chemin est composé de deux parties: le chemin de la Kabbale et la Lumière de la Kabbale.

Le chemin de la Kabbale correspond à la période de la préparation de nouvelles pensées et de nouveaux désirs au cours de laquelle l’homme éprouve des souffrances. Après ce passage, après ce couloir qui mène au Créateur, l’homme pénètre les mondes spirituels, le Royaume de la Lumière, il atteint le but de la création, la Kabbale, il ressent totalement le Créateur.

Par génération du déluge, on entend la «période de travail qui se fait dans le cœur», par la génération des bâtisseurs de la tour de Babel, celle «du travail effectué au moyen de la raison». Nous désirons tous éprouver du plaisir dès le premier instant de notre vie jusqu’au dernier.

La différence entre chacun de nous réside en fait dans la forme sous laquelle l’homme désire recevoir le plaisir, celui-ci étant spirituel dans son essence même. Ce n’est que notre écorce externe qui nous donne l’illusion de sa matérialité.

Nous aspirons inconsciemment à changer l’écorce externe (le vêtement) de notre plaisir en espérant le ressentir dans la Lumière pure du Créateur.

Les «écorces» du plaisir auquel aspirent les hommes étant différentes, nous leur attribuons des dénominations différentes. Certaines formes de plaisir sont

considérées comme «normales», acceptables, par exemple, l’amour pour les enfants, la nourriture, la chaleur, etc. certaines ne sont pas acceptées par la société, par exemple la drogue, et obligent le plus souvent l’homme à cacher qu’il s’y adonne.

L’humanité toute entière accepte tacitement l’utilisation de son égoïsme sans gêne aucune dans les limites conventionnelles. Il est à noter que les limites de l’utilisation par chacun de son égoïsme et la mode des meilleures «écorces» changent à mesure que la société se développe.

Et chacun de nous, en fonction de son âge, c’est-à-dire sous l’action naturelle du Créateur change ses «écorces» au moyen desquelles il satisfait ses besoins en plaisir.

La mue, le changement d’écorce est parfois visible chez un individu. Par exemple, une petite fille a du plaisir à jouer avec sa poupée, mais elle n’aimera pas s’occuper d’un vrai bébé; sa mère, elle, n’éprouvera aucun plaisir à jouer à la poupée, elle pourra cependant convaincre sa fille d’aimer s’occuper d’un bébé.

La petite fille pense, pour autant que sa compréhension du monde le lui permette, qu’il n’est pas facile pour sa mère de s’occuper de son enfant, qu’elle n’en retire aucun plaisir.

Le raisonnement de l’enfant est compréhensible car elle n’est pas encore à l’âge où elle peut trouver du plaisir dans de vrais objets, mais elle le trouve dans des jouets, autrement dit dans le factice.

Nous aspirons tous au plaisir que nous donne le Créateur. Nous ne pouvons que Le désirer et percevoir la vie à travers notre désir. Nous ne sommes pas différents en cela de nos âmes avant leur descente dans notre monde et leur incarnation, non plus qu’après toutes leurs migrations une fois revenues au Créateur.

Nous sommes ainsi faits - nous aspirons au plaisir de recevoir la Lumière qui émane de Lui, c’est immuable.

Tout ce qui nous est demandé, ce pour quoi nous a créés le Créateur, c’est que nous changions «l’écorce» externe de nos plaisirs, que la poupée devienne un véritable enfant et que nous en éprouvions du plaisir.

Comme un enfant pendant l’allaitement, l’homme ne souhaite recevoir que ce qu’il veut. Il accepte de faire des efforts s’il est sûr qu’au bout du compte, il éprouvera du plaisir.

Si l’homme souhaite travailler sur lui-même, en étudiant la Kabbale, son corps aussitôt demande: pour quelle raison fais-tu cela?

Il peut être fait quatre réponses à ce discours:

1. Pour agacer autrui, le plus mauvais but car il signifie aspirer à causer des souffrances à autrui.

2. Pour devenir un grand érudit, avoir des fonctions importantes, les honneurs, de l’argent, faire un mariage réussi, ce but est meilleur que le précédent car des gens peuvent en bénéficier, c’est ce cas de figure qui correspond au «travail pour les autres» car ceux-ci le payent.

3. Pour que seul le Créateur ait connaissance de son étude et de son travail sur lui-même, non pour que les hommes le sachent, non pour recevoir les honneurs des hommes mais pour que le Créateur l’élève. Cela s’appelle travailler pour le Créateur car une récompense est attendue du Créateur.

4. Pour que les fruits du travail accompli soient dédiés au Créateur sans retour aucun. L’égoïsme demande alors: «quel profit vas-tu en tirer?» L’homme n’a rien à répondre, il va à l’encontre de sa raison et de ses sentiments, autrement dit, il est au-dessus de sa raison et de ses sentiments.

Le travail de l’homme consiste à écarter sa raison et ses sentiments de la critique et de la vérification du degré où il se trouve pour faire confiance totalement au Créateur et concentrer tous ses efforts pour que ses pensées et ses sentiments soient en permanence orientés vers le Créateur et la grandeur spirituelle. En réponse à toutes les sollicitations de la voix de sa raison avec les arguments que celle-ci avance sur la nécessité de s’occuper de toutes sortes de problèmes de la vie quotidienne, l’homme accomplit tout ce qui lui est demandé, mais toutes ses pensées et tous ses désirs sont orientés vers le bien du Créateur.

Cet homme ne désire pas entendre les critiques de sa voix intérieure. Il est comme suspendu en l’air sans point d’appui raisonnable, cette situation s’appelle être au-«dessus de sa raison et de ses sentiments» (Lemala mi Adaat).

Plus l’homme éprouve de plaisir à posséder quelque chose, plus cette chose lui est chère, plus grande est la peur de la perdre.

Comment l’homme peut-il parvenir à la prise de conscience et au sentiment de l’importance du spirituel s’il ne les a jamais éprouvés? Il peut y arriver en faisant

des efforts justement pendant ses moments de vide spirituel, quand il s’inquiète de n’éprouver aucune émotion vis à vis de la magnificence spirituelle, d’être très éloigné du Créateur, de ne pas pouvoir changer.

Les efforts que fait l’homme dans ce cas, efforts appelés «travail quotidien», font naître en lui l’impression d’essentiel liée aux sensations spirituelles, ce qui correspond au samedi (Shabbat), période où il n’a pas besoin de travailler sur lui- même (c’est même interdit), mais où il doit seulement observer le samedi pour ne pas perdre ce cadeau du Créateur.

On sait que si l’homme est personnellement impliqué dans quelque chose, il ne peut plus en juger objectivement, quoi qu’il arrive. C’est pourquoi si on dit sans ambages à un homme qu’il ne se conduit pas bien, il ne sera jamais d’accord car cela lui est plus facile que de le reconnaître, et parce qu’il est sûr qu’il agit bien.

Si l’homme s’engage donc à agir comme il lui est demandé, il découvre peu à peu que la vérité n’est pas dans ses actes et ses pensées passées mais dans ce qui lui est conseillé.

Le but du Créateur étant de procurer du plaisir aux créations (telles que nous sommes, toutes les autres n’ont été créées par Lui que dans un but auxiliaire), tant que l’homme ne ressent pas la perfection dans la délectation et peut trouver en elle une insuffisance (en qualité, en intensité, dans sa durée, etc.), cela signifie qu’il n’a pas atteint le but de la création.

Pour se délecter, se conformer au but de la création, il faut auparavant réparer le désir d’éprouver du plaisir, et ceci parce que le Créateur le souhaite.

L’homme ne doit pas se concentrer sur la recherche du plaisir. Dès qu’il aura effectué sa réparation, il aura immédiatement la sensation de celui-ci, il doit simplement procéder à sa réparation, nos récipients.

Cette situation est identique à celle d’un homme souhaitant acheter un appartement. Il ne doit pas penser à la manière dont il va emménager, mais comment il va le payer, comment il va gagner l’argent car c’est uniquement quand il aura l’argent qu’il pourra acheter l’appartement.

Tous les efforts doivent donc être faits dans le but d’obtenir de l’argent et non un appartement. Il en est de même pour la connaissance des mondes spirituels. Tous les efforts doivent être concentrés sur la création des conditions pour recevoir la Lumière, et non pas pour bénéficier de la Lumière elle-même, autrement dit pour créer des pensées et des désirs altruistes. C’est alors que le plaisir spirituel se fera sentir.

L’humanité est constamment dans l’erreur et n’en tire guère de leçons. L’accumulation des souffrances se fait néanmoins dans l’âme universelle et non dans les corps périssables, ceci est un aspect positif du progrès qu'elle connaît.

Par conséquent, aucune souffrance ne disparaît. Au cours d’une incarnation ultérieure dans ce monde, elle amène le corps humain à créer les conditions pour chercher un moyen de se débarrasser des souffrances en s’élevant spirituellement.

Par rapport à nous, les Mondes Spirituels peuvent être à juste titre nommés «anti-mondes» car dans notre monde toutes les lois de la nature sont construites sur l’égoïsme, l’aspiration à saisir et à comprendre.

Les Mondes Spirituels, eux, se caractérisent par leur altruisme absolu, par l’aspiration à donner et à croire. Ces deux pôles sont tellement opposés qu’il n’y a aucune similitude entre les deux.

Ainsi toutes nos tentatives de se représenter ce qui s’y passe ne nous en donnera aucune idée, la plus petite soit-elle. Ce n’est qu’en transformant les désirs de nos cœurs, le «prendre» en «donner» et celui de «comprendre» en «croire» au mépris de l’intelligence, que nous pourrons percevoir les mondes spirituels.

Ces deux désirs sont liés, bien que le désir de saisir se trouve dans le cœur et que le désir de comprendre dans le cerveau. Ils ont tous deux l’égoïsme pour base.

Il est dit en Kabbale que la naissance d’un élément spirituel se fait dans l’ordre suivant: «le père fait sortir la mère» pour mettre au monde un fils: la perfection «fait sortir» la raison hors de son analyse du monde environnant pour la remplacer par une nouvelle, spirituelle, indépendante des désirs et, par conséquent, authentiquement objective.

La foi en le Créateur est simplement insuffisante. Mais ce n’est pas tout, notre foi doit être dédiée au Créateur et non à notre propre bien-être. N’est digne du nom de prière que la demande formulée au Créateur dans le but de susciter en Lui le désir d’aider celui qui prie à ressentir la grandeur et la magnificence du Créateur.

Ce n’est qu’à l’appel de ce désir que réagit le Créateur en élevant l’homme dans les mondes spirituels et en lui dévoilant toute Sa grandeur; c’est alors que des forces sont données à l’homme pour l’élever au-dessus de sa nature.

Une fois rempli de la Lumière du Créateur qui donne la force de s’opposer à sa nature égoïste, l’homme a la sensation qu’il est parvenu à l’éternité car rien ne peut plus changer en lui et jamais il ne revient à l’égoïsme, il vit hors de la dimension du temps dans le monde spirituel. Il y a équilibre dans la perception du présent et du futur, l’homme a le sentiment d’avoir atteint l’éternité.

Le désir de recevoir du plaisir

Notre Créateur est absolument immuable, et nous, ses créations, aspirons à la sérénité, à recevoir ce que nous désirons. Le Créateur a créé deux forces pour notre développement: l’une qui nous fait reculer, autrement dit les souffrances qui nous obligent à fuir notre état, une deuxième qui nous attire, qui nous fait aller de l’avant vers le plaisir.

Ces deux forces conjuguées simultanément, pas séparément, peuvent nous faire bouger, nous obliger à agir. En aucun cas l’homme ne doit se plaindre que le Créateur l’a créé paresseux, qu’Il l’a doté d’une nature qui fait qu’il lui est difficile de bouger.

Au contraire, un paresseux n’aspire pas sans raison et de manière impulsive, aux petites choses de la vie, il évalue longuement les situations, se demande s’il faut faire des efforts pour obtenir ce qui l’attire. L’homme ne fuit pas immédiatement les souffrances, il évalue pour quelle raison et dans quel but il souffre, il en tire des leçons pour éviter que, dans le futur, elles l’obligent à agir et à bouger, ce qui lui est pénible.

L’homme aimerait utiliser son égoïsme dans toutes les circonstances de la vie, son entourage ne le lui permet pas. Toutes nos lois sociales sont construites aux fins de trouver un terrain d’entente mutuel permettant l’utilisation de l’égoïsme de chacun en portant le moins de préjudice à autrui.

Dans tous les cas de figure, nous voulons toujours tirer le maximum: le vendeur aimerait être payé sans remettre la marchandise pour autant, l’acheteur aimerait avoir la marchandise gratuitement. Les patrons rêvent d’employer de la main d’œuvre à titre gracieux, les employés voudraient percevoir un salaire sans travailler.

Nos désirs peuvent se mesurer à l’intensité des souffrances causées par l’absence de ce que nous souhaitons: plus grande est la souffrance provoquée par le manque de l’objet souhaité, plus grand est par conséquent le désir de le posséder.

Il est dit que «C’est le désir du Créateur de vivre dans les créatures d’En-bas», créer ces conditions est le but de la création et notre rôle.

L’idolâtrie (Avoda Zara) est une inclination à suivre les désirs égoïstes du corps, à l’opposé du travail spirituel (Avodat Hashem, Avodat haKodesh), qui correspond à la poursuite de désirs ou d’objectifs altruistes.

«L’union spirituelle» consiste à comparer les attributs de deux éléments spirituels. «L’amour spirituel» signifie la recherche de l’union complète. Comme il s’agit de l’union de deux attributs opposés, de l’homme et du Créateur, pour contrôler s’il s’agit d’amour ou de soumission, l’homme doit se demander s’il a en lui le désir de revenir sous l’emprise de ses désirs. S’il se pose cette question, c’est un signe qu’il aime véritablement le Créateur L’harmonie entre les attributs témoigne de la joie du Créateur d’être uni à la créature, et l’homme éprouve de la joie à donner au Créateur.

Le retour (Teshouva) signifie que l’homme dans ce monde et au cours de son existence reviendra au degré spirituel auquel se situait son âme au moment de sa création (l’état du premier Adam avant le péché originel).

Il y a deux organes qui permettent d’agir, deux principes d’action en l’homme, l’intelligence et le cœur, la pensée et le désir. L’homme doit travailler à transformer leurs principes égoïstes pour les rendre altruistes.

Nous ressentons tous nos plaisirs dans le cœur. Si l’homme sent qu’il peut rejeter tout plaisir terrestre et si un plaisir lui est réservé à lui personnellement, il mérite de se délecter véritablement car, dans ce cas, il n’utilise plus son égoïsme.

L’intelligence n’éprouve pas de plaisir à comprendre ce qu’elle fait. Si l’homme peut réaliser quelque chose sans comprendre, et avoir la foi pour lutter contre ce que lui dicte sa raison, il avance alors en plaçant sa foi «au-dessus de sa raison». Cela signifie qu’il a éliminé son égoïsme et peut agir selon la raison du Créateur, non selon sa propre intelligence.

La Lumière du Créateur pénètre l’ensemble de la création et notamment notre monde bien que nous ne la percevions aucunement.

Cette Lumière est nommée «Lumière qui anime la création». Grâce à cette Lumière, la création, les mondes existent sinon, la vie s’arrêterait, et aussi la matière dont ils sont constitués.

Cette Lumière transparaît par le biais de toutes sortes d’éléments matériels et des phénomènes de notre monde. Tout ce qui nous entoure et nous-mêmes ne sommes rien d’autre que la Lumière du Créateur.

Elle est présente dans la Kabbale, dans la matière et dans la créature jusqu’à la plus grossière. La différence n’est perceptible que de nous qui ne voyons que les écorces extérieures, le vêtement de la Lumière. En fait, une Force agit dans toutes les créations, la Lumière du Créateur.

La plupart des hommes n’ont la perception que du vêtement extérieur de la Lumière du Créateur. Il y a des hommes qui ne ressentent la Lumière du Créateur que dans la Kabbale.

Il y a des hommes qui ressentent la Lumière du Créateur dans tout ce qui les entoure, qui ont le sentiment que tout est Lumière émanant du Créateur et emplissant le moindre espace.

Le Créateur a décidé de créer l’homme dans notre monde pour que des profondeurs de son état originel, il puisse s’élever spirituellement jusqu’au niveau du Créateur, devenir identique au Créateur. Le Créateur a par conséquent créé l’égoïsme, le désir de se délecter. Cette sensation d’égoïsme est appelée la création originelle.

Le Créateur étant Lumière, naturellement, la création originelle fut emplie de Lumière - délectation. Cela signifie qu’au commencement de la création, la Lumière - délectation emplissait l’espace - égoïsme créé, elle l’emplissait complètement jusqu’à satiété.

Le Créateur a restreint ensuite l'émanation de la Lumière, Il l’a dissimulée et, à sa place, dans la création, dans le désir de se délecter, dans l’égoïsme, est apparue la douleur, le vide, les ténèbres, la tristesse, tout ce que l’on peut imaginer quand on ressent l’absence de quelque chose.

Pour maintenir en l’homme une aspiration minimale à la vie, pour qu’il ne mette pas un terme à sa vie en raison du manque éprouvé, le Créateur lui donne le désir de se délecter d’une petite part de Lumière (Ner Dakik), habillée des divers éléments de notre monde auxquels par conséquent nous aspirons.

Inconsciemment et automatiquement nous sommes en permanence à la recherche de la Lumière du Créateur. Nous sommes les esclaves de cette aspiration naturelle. L’homme doit croire que la dissimulation du Créateur, que la sensation de désolation en l’absence de plaisir sont spécialement créés par le Créateur pour le bien de l’homme car si la Lumière emplit l’égoïsme, l’homme

n’aurait pas de libre arbitre pour agir indépendamment puisqu’il serait l’esclave du plaisir qui l’emplit.

C’est seulement éloigné de la Lumière du Créateur, quand l’homme ressent Sa dissimulation, quand il se sent absolument indépendant qu’il a la possibilité de prendre des décisions et d’agir en toute autonomie.

Cette autonomie, elle aussi, se manifeste uniquement quand:

1. L’homme n’a plus l’impression d’être soumis à l’influence du Créateur et,

2. Il peut agir indépendamment des désirs de son corps.

Cette possibilité nous est offerte dans nos conditions terrestres, celles dans lesquelles nous vivons.

Chaque individu doit croire que rien ni personne au monde n’existe à part le Créateur.

L’homme est fait de la sensation personnelle de son «moi» justement en raison de l’égoïsme de son ressenti, et s’il se débarrassait de ce trait caractéristique, de cet attribut, il redeviendrait une partie du Créateur.

L’homme doit croire que la dissimulation du Créateur n’est ressentie que par lui, dans sa perception personnelle, qu’elle n’a pour but que son bien. C’est pourquoi, tant que l’homme n’est pas prêt à connaître la vérité, il doit croire que celle-ci n’est pas telle qu’il la ressent dans sa perception.

Cette vérité ne peut être comprise que progressivement par l’homme à mesure qu’il progresse vers la perfection. Tout le travail que l’homme effectue n’est possible que si le plaisir procuré par le spirituel lui est dissimulé pour que, malgré la dissimulation du Créateur, il puisse se dire qu’il ressent du dégoût pour le spirituel parce que le Créateur le souhaite ainsi, mais qu’en fait, il n’existe rien de plus parfait.

Si l’homme, malgré la sensation de ténèbres, d’abattement et de vide, malgré les arguments de sa raison, peut aspirer à la recherche du ressenti du Créateur, au rapprochement spirituel, cela signifie qu’il avance en plaçant sa «foi au-dessus de sa raison» et de ses sentiments selon le principe le Créateur se révèle alors à lui, car l’homme ne recherche et n’attend que cela dans tous les états qu’il expérimente.

Un véritable désir de ressentir le Créateur naît alors en l’homme, condition nécessaire pour que le Créateur se dévoile.

La force de la foi en la possibilité de ressentir le Créateur se mesure à l’impression de chute vertigineuse qui oblige l’homme à crier vers le Créateur.

L’homme doit comprendre que s’il n’est pas encore prêt à ressentir le Créateur, bon gré mal gré, il se délecte égoïstement de cette sensation de chute étrangère à ce monde.

C’est la raison pour laquelle l’homme doit demander au Créateur:

1. De faire en sorte qu’il soit prêt à éprouver le plaisir spirituel;

2. A ce que le Créateur lui donne des forces pour continuer à placer sa foi au-dessus de sa raison malgré le dévoilement du Créateur.

Ces deux types d’obstacles créés par les forces impures (les Klipot) présentes en nous sont: leur forme et leur alimentation (Yenikat Klipot). Quand l’homme ne ressent aucun goût pour l’étude et le travail à effectuer sur lui et qu’il se force à aller de l’avant, l’enveloppe trouve toutes sortes de défauts à la recherche spirituelle.

L’homme a l’impression que le spirituel est vide. Les klipot peuvent donc «créer des obstacles» à l’homme dans son étude qui font qu’il ne perçoit pas la grandeur du spirituel. Cette sensation est appelée le phénomène du «Créateur dans la cendre» (Chekhinta be Afra).

Si l’homme, par la force de l’esprit, continue à aller de l’avant et commence à percevoir le goût du travail sur soi-même, la Klipa commence à «se nourrir» des fruits de sa réussite spirituelle, autrement dit, ce que l’homme a gagné (le plaisir du spirituel).

La Klipa cherche à se l’approprier en mettant dans l’idée de l’homme qu’il doit continuer à travailler non pas parce que tel est le désir du Créateur, mais parce qu’il peut en tirer un plaisir personnel. Si l’homme cède à ces pensées, le plaisir satisfait son égoïsme. Ce phénomène est appelé «la nourriture» des Klipot. Dans ce cas, l’homme doit demander au Créateur qu’Il lui vienne en aide pour maîtriser ces pensées séduisantes.

Conclusion: au début, l’homme doit demander au Créateur de ressentir le plaisir procuré par la Kabbale, ensuite, de ne pas nourrir son égoïsme avec ce plaisir. Les protestations du corps à l’encontre du travail spirituel en l’absence de plaisir et de certitude d’être récompensé dans le futur sont désignées par l’expression «mauvaise langue».

Pour fuir la tentation, l’homme doit faire le sourd à l’appel du corps et faire l’aveugle, s’imaginer la Lumière Supérieure même s’il ne la voit pas. Le Créateur lui ouvre ensuite les yeux et l’ouïe pour qu’il puisse alors voir Sa Lumière et entendre ce que lui dit le Créateur.

Les efforts que fait l’homme dans quelque geste que ce soit pour approcher le spirituel s’engrangent peu à peu à tel point qu’ils deviennent suffisants pour former un récipient (Kli) ou un vêtement (Levoushe) pour recevoir en eux la Lumière du Créateur, l’âme de l’homme.

14 - DÉCOUVERTE ET DISSIMULATION

Outre la Lumière du Créateur et l’homme créé par cette Lumière, au sein de celle-ci et pouvant la ressentir plus ou moins intensément en fonction de la similitude de ses attributs avec ceux de la Lumière, il n’existe rien d’autre. Si les attributs de l’homme et de la lumière ne sont pas similaires, l’homme ne perçoit aucunement la Lumière, autrement dit le Créateur.

Au début l’homme est placé sous l’empire total de l’égoïsme, ces conditions sont appelées «notre monde». C’est en faisant des efforts que l’homme peut progressivement faire grandir en lui le désir et la nécessité de ressentir le Créateur (le récipient de la Lumière du Créateur) et commencer à Le ressentir.

Les efforts de l’homme résident en ceci qu’il doit essayer de toutes ses forces de se réparer et, après s’être convaincu de son impuissance, élever vers le Créateur une prière pour Lui demander de l’aider pour se débarrasser de son égoïsme et pour s’unir à Lui.

Ce processus peut durer des mois, des années s’il a lieu sous la direction d’un maître kabbaliste ou bien plusieurs vies de réincarnations (Guilgoulim) si l’homme en fait l’expérience tout seul, au moyen de souffrances.

Seuls les efforts faits dans le sens requis créent le récipient de l’âme à l’intérieur de laquelle le Créateur se révèle à l’homme. En Kabbale, les raisons des actes de l’homme sont appelées «pères» et les conséquences sont des «fils» (les actes spirituels justes).

«Malgré toi tu es né»: c’est le Créateur qui t’oblige à naître spirituellement (à recevoir une âme, la Lumière du Créateur) au moyen de souffrances, et il dépend de toi de faire le chemin de manière indépendante par la Kabbale.

«Malgré toi tu vis»: si malgré toi tu agis (vis), (pas égoïstement), tu recevras la vie spirituelle éternelle qui ne peut qu’être appelée «vie».

«Malgré toi tu meurs»: si tu ne veux pas mourir spirituellement ou être spirituellement mort (sans âme - Lumière du Créateur) tu dois agir malgré toi.

Le travail selon la ligne médiane de l’âme commence à partir de la ligne droite: la Lumière blanche de l’égoïsme, la Lumière de la Sagesse (Or Hokhma) montre le pouvoir de l’égoïsme (Aviout) descend à sa place car il est interdit de l’utiliser (restriction, Tsimtsoum).

Dans la langue de nos cinq sens: du fait que la Lumière met à nu notre égoïsme pour montrer sa mesure, nous avons le sentiment qu’il n’y a pas d’acte plus méprisable que de travailler à des fins personnelles. Nous n’avons cependant pas encore de forces pour travailler avec altruisme, pour donner sans réserve. La ligne gauche est par conséquent nécessaire: elle correspond à la Lumière droite qui donne à l’homme des désirs et des forces altruistes.

Les organes des sens spirituels par analogie avec nos cinq sens (vue, ouie, odorat, goût, toucher) fonctionnent dans un but précis que nous définissons nous- mêmes. Sous l’action de la Lumière de la Kabbale, l’homme prend conscience qu’il n’a pas intérêt à utiliser ses cinq sens dans un but personnel, que ce n’est pas la peine d’encourager son égoïsme.

L’absence de désir de se délecter qui met en éveil ces cinq sens mène à l’absence d’énergie pour accomplir quelque mouvement que ce soit, à la passivité, à l’inertie; l’homme n’a pas encore conscience de ce que représente le fait de travailler pour donner sans réserve, de ce que sont les actes altruistes.

L’action d’un autre attribut spirituel est par conséquent nécessaire, celui de la «Lumière rouge», la ligne gauche («Malkhout Memoutekette be Bina»), pour que les désirs de se délecter soient en harmonie avec le travail altruiste (attributs de Bina). En recevant de l’énergie pour se mouvoir spirituellement avec altruisme, l’homme commence à agir sur la combinaison des attributs des lignes droite et gauche.

Il en résulte qu’il reçoit la Lumière du Créateur qui emplit ses nouveaux désirs (la ligne médiane), la délectation de la perfection. Si l’homme souhaite authentiquement recevoir la force de la foi, de l’altruisme, il peut ensuite recevoir l’intelligence supérieure.

Le principe d’abnégation vis à vis des plaisirs, choisi par telle ou telle des religions de notre monde, et le principe de délectation, choisi par une autre proviennent des forces impures (égoïstes, Klipot, écorces) des lignes droite et gauche de la progression spirituelle.

C’est la raison pour laquelle les passages de la Kabbale qui parlent des limites que s’impose l’homme signifient qu’il s’agit d’un stade préliminaire du travail sur soi, de la tentative de se détourner par ses propres moyens de l’intention d’éprouver du plaisir à des fins personnelles.

On voit clairement les racines des croyances, des mouvements, des groupes, des philosophies religieuses dans les diverses Klipot (écorces) qui entourent les lignes

spirituelles pures gauche et droite qui se nourrissent par l’action de saisir - retenir (Ahiza) ou de nourrir (Yénika).

C’est dans la ligne médiane que réside le but du travail, dans l’élévation jusqu’à l’infini, autrement dit, jusqu’à la plénitude de la satisfaction procurée par le Créateur, au-delà des limites imposées par nos attributs.

Dans la terminologie spirituelle, les désirs sont désignés par le terme «endroit». L’absence de désir est appelée «absence d’endroit». Tout comme dans notre monde l’homme dirait qu’il n’a plus de place (d’endroit) dans l’estomac parce qu’il n’éprouve plus le désir de manger.

L’endroit spirituel, le désir de ressentir le Créateur, est appelé «récipient» (Kli) de son âme ou Chekhina. Ce récipient sert à recevoir la Lumière du Créateur, le dévoilement du Créateur qui est appelé l’âme de l’homme. Le Créateur est, Lui, appelé «Chokhen».

Tous nos désirs étant empreints d’égoïsme (désir de recevoir), la Lumière du Créateur se cache. A mesure que l’égoïsme disparaît de nos désirs, l’endroit se purifie. Un désir non réparé est appelé «égoïsme», comme il y en a beaucoup, ils sont appelés «les peuples du monde». Un désir réparé est appelé «Israël».

La Lumière du Créateur se dévoile dans «l’endroit» qui s’est libéré, dans le désir réparé, le Créateur agit sans se dévoiler. Le processus de dévoilement du Créateur au fur et à mesure de la réparation de l’homme, la purification, pureté rituelle de nos désirs, de nos endroits, de nos récipients est perçue par nous comme une Lumière. En fait, il n’y a aucun mouvement, mais pareil à la prise de photos, la Lumière se révèle progressivement à nos sensations.

Comme nous percevons non pas la Lumière par elle-même mais son action sur nos «récipients», nous appelons le Créateur par le terme désignant Son dévoilement, la Chekhina, et nous ne pouvons parler de Lui qu’au moyen du ressenti qu’Il veille en nous. Le dévoilement du Créateur est appelé «Chekhina».

Si le Créateur se dissimule, on dit que «la Chekhina est en exil», que «le Créateur est caché». Si l’homme a mérité que le Créateur se dévoile, ce processus est appelé «le retour d’exil».

Le degré de dévoilement du Créateur à l’homme est appelé «âme» (Néshama).

Dès qu’un homme est en mesure de conférer de l’altruisme à l’un de ses désirs, il ressent en lui le Créateur.

C’est pourquoi on dit que l’âme de l’homme est une partie du Créateur.

Une fois la réparation achevée, le Créateur emplira tous nos désirs, autrement dit, Il se dévoilera à nous dans la mesure où Il souhaitera se dévoiler aux créatures, ce qui est à l’origine de la création de nos désirs par Lui.

La Chekhina est la somme de toutes les âmes individuelles. Chaque âme est une partie dévoilée du Créateur dans son ensemble. Le dévoilement du Créateur est appelé le désir de faire plaisir à la création, et l’homme parvenu à ce degré de connaissance Le ressent ainsi.

La raison à l’origine du désir du Créateur de nous créer pour que nous nous délections nous est inconnue. C’est une question qui concerne un processus ayant ses sources avant la création.

Nous ne pouvons comprendre que le maximum de ce qui nous est dévoilé, autrement dit, à partir du moment de notre développement.

Le degré originel à partir duquel nous percevons la création, c’est la sensation de plaisir qui émane du Créateur. C’est pourquoi nous disons que le but de la création est constitué par le «désir du Créateur de procurer du plaisir aux créatures qui Le perçoivent».

Toutes les questions concernant ce qui est situé au-dessus de ce degré dépassent notre entendement. L’homme doit avoir en permanence à l’esprit que tous ses concepts et ses dénominations proviennent uniquement de sa conception personnelle du monde.

Notre désir d’éprouver du plaisir est la seule chose en nous.

Toutes les possibilités de notre corps, ses capacités, sa raison, notre progrès, tout cela est au service de notre seul désir d’éprouver du plaisir de tout ce que nous produisons, inventons, recherchons, que nous considérons comme nécessaire, à la mode, indispensable, respectable, etc., et tout cela n’existe que pour que nous puissions éprouver du plaisir en permanence où que nous soyons.

Nous ne pouvons pas nous plaindre de notre désir infiniment varié d’éprouver du plaisir. Le Créateur n’avait qu’un seul désir, que nous nous sentions autonomes (pleins de désirs) et que nous agissions en toute indépendance en nous laissant aller à notre «instinct pour choisir le plaisir maximum».

Le choix du plaisir maximum se fait en unissant toutes nos capacités intellectuelles, inconscientes, physiques, morales et bien d’autres, à notre mémoire à tous les niveaux, aux possibilités supérieures de notre raison.

Un exemple simple; l’homme aime l’argent mais sous la menace il est prêt à donner toutes ses richesses à un voleur. Il transforme donc un désir, celui de richesse, en un autre, plus grand, celui de rester en vie.

Il n’est pas possible à l’homme de faire un mouvement s’il n’est pas sûr d’en tirer un profit immédiat. Le gain peut revêtir toutes sortes de formes, le principal étant que le plaisir final soit plus grand que celui du moment présent, c’est ce qui fait se mouvoir l’homme.

Qu’importe que l’homme éprouve du plaisir à être égoïste, (à recevoir) plutôt qu’à être altruiste, (à donner). La gêne à utiliser son égoïsme est déterminée par le sentiment de honte que celui-ci provoque obligatoirement chez celui qui reçoit. Cependant si l’homme reçoit pour faire plaisir à celui qui donne, il n’éprouve plus de honte, son plaisir est complet.

La première créature spirituelle, nommée «l’âme collective» ou «premier homme» n’a pas été en mesure d’effectuer une telle transformation dans ses pensées quand le Créateur lui a procuré un plaisir immense, elle s’est divisée en 600 000 parties (âmes).

Chaque partie, chaque âme s’est «chargée» d’égoïsme qu’elle doit réparer et, comme toutes les autres parties, elle se fondra à nouveau dans «l’âme collective réparée». Cette phase de «l’âme collective» est nommée la réparation finale (Gmar Tikoun).

On peut emprunter, par analogie, l’exemple suivant à notre monde. Un homme peut se retenir de voler une petite somme d’argent, d’un plaisir peu important par peur du châtiment ou par honte, mais si le plaisir est supérieur aux forces que cet homme peut lui opposer, il ne pourra pas s’abstenir.

C’est pourquoi, en divisant l’âme en plusieurs parties, et chaque partie en une multitude de stades consécutifs de travail sous diverses formes en corps humains, réincarnations, et chaque degré de l’homme en de nombreuses ascensions et descentes dans le désir de changer sa nature, le Créateur a réuni pour nous les conditions du libre arbitre pour vaincre notre égoïsme.

Si l’homme éprouve de l’amour pour le Créateur, il doit aussitôt se demander si son sentiment n’est pas égoïste. Ce n’est que lorsque l’amour et la crainte sont alliés que l’homme aspire de manière parfaite au Créateur.

L’homme qui aspire à la connaissance spirituelle mais ne ressent pas le Créateur, est spirituellement troublé. Bien qu’il lui soit donné d’En-Haut d’aspirer à connaître le Créateur, il n’est de toute façon pas prêt à avancer dans ce sens tant que ne lui sera pas inspiré le désir qui le poussera et lui permettra de comprendre qu’il en est ainsi de tout son ressenti et des circonstances de sa vie parce qu’elles sont empreintes du désir du Créateur d’attirer l’attention de l’homme vers Lui et de l’inciter à aller à Sa rencontre. C’est alors qu’il ressent le Créateur dans tout ce qu’il l’entoure personnellement.

Nous percevons le monde de manière exclusivement individuelle et nous avons notre interprétation de tout ce qui s’y passe. Le principe «autant de têtes autant d’avis» illustre bien la nature unique de chacun de nous.

En étant à l’écoute de ses sentiments, l’homme peut commencer à dialoguer avec le Créateur selon le principe de «l’homme est l’ombre du Créateur», autrement dit tout comme «l’ombre évolue selon les mouvements de l’homme», tous les mouvements de l’ombre ne font que répéter les mouvements de l’homme, de la même façon, les mouvements intérieurs de l’homme, ses désirs, ses aspirations, ses sensations, sa nature spirituelle, son regard sur le monde, répètent les mouvements, autrement dit les désirs, du Créateur à l’égard de l’homme.

Si l’homme ressent brusquement le besoin de percevoir le Créateur, il doit aussitôt avoir bien conscience que ce n’est pas le résultat de son action personnelle, mais que le Créateur s’est avancé vers lui et souhaite que l’homme se sente attiré par Lui.

Au début du chemin, le Créateur s’adresse à l’homme en éveillant en lui de la nostalgie pour le spirituel et des souffrances. Cependant, à chaque fois qu’il est donné à l’homme de se sentir attiré, le Créateur attend de lui la même réaction.

Autrement dit, si l’homme comprend qu’il aspire à ressentir le Créateur avec la même intensité que Celui-ci aspire à le ressentir, il essaiera de développer en lui ce désir et de le faire croître, il progressera ainsi vers le Créateur pour enfin se lier à Lui par le biais de ses désirs et de ses attributs.

Toutefois, comme au début du chemin l’homme ne ressent encore rien, ne comprend pas le Créateur, après quelques tentatives infructueuses pour progresser vers le Créateur, il lui semble qu’il est seul, que le Créateur le dédaigne.

Au lieu de redoubler d’efforts, l’homme se met alors à accuser le Créateur et se fâche en oubliant totalement que le Créateur désire tout autant que lui le rapprochement et qu’à cette fin Il lui a donné l’aspiration à s’élever.

Tant que l’homme n’éprouve pas une foi totale en le Créateur unique, il revient inévitablement aux mêmes erreurs jusqu’à ce qu'il rassemble tous ses efforts pour être convaincu que son attirance pour l’En-Haut lui vient de l’En-Haut, et que le Créateur reçoive l’énergie suffisante de l’homme pour qu’Il S’ouvre à lui et lui montre l’authentique tableau des mondes et de lui-même.

L’homme ne peut s’unir entièrement au Créateur que si toutes ses aspirations sont joyeusement orientées vers le Créateur. C’est ce que signifie l’expression «de tout cœur».

Si l’homme est en mesure d’étouffer complètement en lui tous ses désirs égoïstes et d’avoir toujours de la joie dans le cœur, il crée les conditions pour emplir son cœur de la Lumière du Créateur.

Le principal dans le travail de l’homme, c’est de parvenir à une sensation de plaisir en faisant quelque chose qui soit agréable au Créateur car tout ce qu’il fait dans un but personnel l’éloigne du Créateur. C’est pourquoi tous les efforts doivent toujours être faits dans le but d’être agréable au Créateur, d’être plein de douceur dans ses pensées et ses sentiments pour Lui.

Quand l’homme se sent complètement vide, c’est le moment adéquat pour rechercher la grandeur du Créateur et un appui en Lui. Plus il se sentira vide et abandonné, plus la majesté du Créateur lui apparaîtra dans toute sa splendeur, plus il pourra s’élever en demandant au Créateur de le faire aspirer au spirituel, de lui dévoiler Sa grandeur, et ceci dans le seul but de lui donner des forces pour avancer.

C’est à ce moment que l’homme a besoin du Créateur, de Son aide mais sa raison lui dicte tout à fait le contraire. L’homme éprouve un sentiment de vide précisément pour qu’il l’emplisse de la sensation de la grandeur du Créateur, c’est-à-dire de la «foi».

Est juste celui qui:

1. Reconnaît l’action du Créateur dans tout ce qu’il ressent, en bien comme en mal, malgré les sensations perçues par son corps, son cœur et sa raison. En cherchant une raison à toutes les sensations que lui envoie le Créateur, il fait un pas vers Lui, un pas selon la «ligne droite».

2. En aucun cas ne ferme les yeux sur sa véritable situation ni sur ses sensations, pour aussi désagréables qu’elles soient et, même s’il ne comprend pas leur raison d’être, n’essaie pas de les atténuer. En agissant ainsi, il suit le chemin de «la ligne gauche».

La perfection sur le chemin de la progression spirituelle, c’est le mouvement que fait l’homme pour avancer constamment, en passant alternativement par ces deux phases.

Le juste absolu est celui qui reconnaît l’action du Créateur dans tout ce qui lui arrive, à lui-même et à l’ensemble de la création.

Autrement dit, c’est celui qui est parvenu à avoir une perception des choses excluant ses désirs égoïstes, qui s’est détaché de ceux-ci et qui n’aspire qu’à faire plaisir.

L’homme ne peut alors se sentir moralement abattu car toutes les situations sont perçues par lui comme un bienfait, et tout est toujours pour le mieux, quoi qu’il en soit.

Ceci n’étant cependant pas le but du Créateur mais plutôt que les créations se délectent au moyen de leurs sensations, l’accession au niveau de juste n’est pas la finalité de l’homme. C’est la raison pour laquelle après avoir atteint le niveau de juste, l’homme doit à nouveau faire renaître en lui cet égoïsme étouffé par lui en accédant au niveau de juste.

Son égoïsme retrouvé, le juste l’allie au désir qu’il a acquis de faire plaisir au Créateur. Il ne peut alors que donner sans réserve et non recevoir du plaisir par le biais de ses désirs retrouvés et faire ainsi la joie du Créateur.

C’est ainsi que se conduit l’altruiste de notre monde qui s’efforce de faire le bien puisqu’il est né avec cette inclination qu’il n’a pas reçue du Créateur en récompense de son travail sur lui-même. Il semble ne rien vouloir pour lui, son égoïsme a été créé de telle façon qu’il éprouve du plaisir à donner à autrui, il se comporte ainsi pour satisfaire son égoïsme, il ne peut pas agir autrement.

Cette situation est semblable à celle dans laquelle nous nous trouvons lorsque nous sommes invités chez des amis: plus nous mangeons avec appétit et plaisir ce qui nous est proposé, plus nous faisons plaisir à celui qui donne, mais si nous n’avons pas faim, nous ne pouvons pas faire plaisir à nos hôtes.

Tout plaisir éprouvé fait naître en nous un sentiment de honte, par conséquent, si nous repoussons ce qui nous est offert un certain nombre de fois, en finissant par accepter, nous créons en nous l’impression que faisons obligeance à notre hôte, le sentiment de honte disparaît, et le plaisir est éprouvé dans toute sa plénitude.

Le leurre est absent des sensations spirituelles, le juste aspire au plaisir. En gravissant les degrés de la rectitude, il repousse les plaisirs égoïstes avec l’aide du Créateur qui transforme son égoïsme en altruisme, par conséquent, faire plaisir au Créateur est véritablement la seule aspiration du juste.

En prenant conscience que le Créateur ne se délecte que du plaisir éprouvés par ses créatures et qui a pour source Sa délectation, aucunement diminuée, ni dissipée par un sentiment de honte, le juste doit alors utiliser son égoïsme, mais cette fois dans le but de se délecter pour faire plaisir au Créateur.

En fin de compte, le Créateur et l’homme sont en parfaite harmonie dans leurs intentions et leurs actes: chacun aspire à faire plaisir à l’autre et s’en délecte. Il n’y a aucune limite à ce plaisir, au contraire, plus le plaisir est grand, plus le niveau spirituel est élevé. L’union se produit avec le Créateur ensuite, c’est-à- dire, le plaisir d’avoir atteint une force, une grandeur sans limites en faisant abstraction totalement de soi.

Le niveau de juste n’est par conséquent pas suffisant pour réaliser le but de la création. Le plaisir que tire l’homme de la Lumière émanant du Créateur, ne correspond qu’à une phase, à un niveau nécessaire à la réparation de ses intentions, «des raisons qui lui font rechercher le plaisir».

L’accession au niveau de juste ne lui permet que de se débarrasser du sentiment de honte qu’éveille en lui le plaisir que lui procure le Créateur. Si l’égoïsme est la nature de l’homme de «notre» monde, une notion courante, la loi universelle de la matière, et l’altruisme une notion utopique, il est perçu dans un sens diamétralement opposé par ceux qui se situent sur les degrés du monde spirituel.

La difficulté vient de ce que le Créateur se dissimule. L’homme n’éprouve de plaisir que dans la satisfaction de ses désirs, ce qui est un mal selon la Kabbale. L’homme ne comprend pas pourquoi il en est ainsi puisqu’il ne peut éprouver aucun plaisir dans les souffrances et, à plus forte raison, croire que c’est un bien pour lui.

A chaque action, à chaque pensée, l’homme fait une quantité de calculs. Plus il

est proche du monde spirituel (Makhsom) plus tout se complique, plus une vérité

se confirme: «un grand nombre de pensées assaillent le cœur de l’homme, mais seul le conseil du Créateur peut les résoudre».

L’homme qui souhaite s’élever spirituellement, (autrement dit acquérir les attributs spirituels, les attributs du Créateur), diffère de l’homme (qui du fait de son éducation), qui répond aux désirs du Créateur pour être récompensé. En effet, dans le second cas, l’homme croit qu’il y a récompense et punition, c’est pour cette raison qu’il se conforme aux souhaits du Créateur.

Le Créateur, dans ce cas, est pour lui comme un donneur d’ouvrage, Il rétribue, et l’homme est comme un travailleur pour lequel c’est le salaire, et non l’employeur, qui importe: la rétribution sous la forme de plaisir ou la punition sous la forme de souffrances dans ce monde ou dans le monde futur. Ce mécanisme lui donne la force d’observer les commandements, il ne se demande pas pourquoi il se soumet à la volonté de son Créateur puisqu’il croit en la récompense.

En revanche, celui qui veut répondre aux désirs du Créateur sans en attendre une rétribution se pose constamment la question de savoir pourquoi il agit ainsi, car si c’est le désir du Créateur qu’il agisse selon Sa volonté, quelle en est l’utilité puisqu’Il est parfait? Que Lui apportent les actions de l’homme? A Lui comme à l’homme?

L’homme commence alors à analyser quels bienfaits il reçoit en accomplissant les désirs du Créateur. Peu à peu il prend conscience que ce faisant, la rétribution consiste en sa propre réparation jusqu’à ce qu’il reçoive sa Néshama (âme) d’En- Haut, autrement dit la Lumière du Créateur.

Il est dit dans la Kabbale que pour «les pécheurs l’égoïsme est un obstacle insignifiant, semblable à un fil, et que pour les justes, c’est une montagne très haute».

La Kabbale ne décrivant qu’un seul et même homme dont les attributs, les pensées et les désirs sont désignés par différentes dénominations de notre monde.

Les termes de «pécheur» et de «juste» sous-entendent les états d’un seul et même homme. Le terme dissimulation ne signifie pas seulement la dissimulation du Créateur, mais également celle de l’essence même de l’homme. Nous ne nous connaissons pas nous-mêmes, nos véritables qualités, elles ne se dévoilent que dans la mesure où nous pouvons les réparer. (L’homme est comparable à un sac de déchets: plus il fouille en lui, plus il trouve de malpropreté et de puanteur en stagnation).

C’est la raison pour laquelle le Créateur montre à celui qui est au commencement du chemin, le pécheur, que son égoïsme n’est pas aussi insurmontable pour qu’il ne soit pas découragé.

Ceux qui sont sur le chemin de la progression spirituelle, selon le degré de force qu’ils ont acquis pour résister à leur égoïsme et pour percevoir l’importance de leur réparation, le Créateur leur montre leur mauvais penchant dans toute sa véritable mesure.

Aux justes, autrement dit à ceux qui souhaitent être des justes, le Créateur dévoile l’ampleur de leur égoïsme qui leur apparaît comme une montagne insurmontable.

A mesure que l’homme progresse, son mauvais penchant lui est dévoilé de plus

en plus selon la mesure dans laquelle il peut le réparer. Par conséquent, celui qui découvre en lui quelque chose de mauvais, doit se rappeler que s’il en a pris conscience, cela signifie qu’il pourra s’en sortir, c’est à dire qu’il ne se laissera pas aller à l’abattement et demandera au Créateur de le réparer.

Par exemple, quand l’homme a commencé un travail sur lui-même, il a éprouvé dans tous les plaisirs du monde environnant dans une proportion correspondant

à seulement 10 grammes de plaisir, il pouvait donc les négliger. Ensuite, le

Créateur lui donne la possibilité d’éprouver l’équivalent de 15 grammes de

plaisir.

Le travail commence car l’homme se sent plus bas du fait de l’accroissement du goût au plaisir (du fait de la sensation d’aspirer à des plaisirs qui ne le tentaient pas naguère), et plus faible (de par la différence entre la force d’attraction vers le plaisir et la force de résistance).

Dans cette situation, l’homme se rend à l’évidence que cela provient de l’ajout par le Créateur d’une proportion de plaisir correspondant à 5 grammes supplémentaires. Ensuite, il essaie de réussir seul, mais en voyant qu’il ne peut pas, il s’adresse au Créateur. Après avoir reçu les forces lui permettant de se délecter de 15 grammes, 5 grammes de plus lui sont envoyés et il se sent à nouveau plus faible et diminué.

Transformer l’égoïsme en altruisme

Celui qui souhaite ressentir le goût de la vraie vie doit par conséquent prêter une attention toute particulière au point spirituel qu’il a dans le cœur.

Ce point est présent dans le cœur de chacun, habituellement aucun signe ne permet de déceler sa présence, et l’homme ne le sent pas.

Dans ce cas, c’est un «point noir». Ce point est une partie de l’âme, comme un fœtus. Ce point se caractérise par son altruisme car il correspond à la graine du futur récipient de l’âme et de sa Lumière, à une partie du Créateur, il est cependant dissimulé à l’homme au stade initial, cette phase du point se nomme Galout (l’exil) de la Chekhina (la Présence du Créateur) du fait que l’homme n’y prête pas attention. Cet état de l’âme s’appelle un «point».

Si l’homme élève ce point au-dessus de son «moi», au-dessus de sa tête, comme

les signes au-dessus des lettres, en lui faisant une couronne et non de la cendre sur la tête, ce point déverse de la Lumière dans son corps, et de potentiel il devient alors une source de forces pour l’élévation spirituelle de l’homme.

C’est pourquoi, au lieu de toutes les demandes d’aide que nous adressons au Créateur, notre seule prière doit être celle demandant la prise de conscience de l’importance de ressentir le Créateur permettant ainsi notre réparation pour Le satisfaire.

La possibilité de réaliser de bonnes actions (altruistes) n’est pas un moyen mais une récompense pour celui qui souhaite ressembler au Créateur.

Le processus de sortie de l’homme hors de son égoïsme pour entrer dans le monde spirituel est décrit dans la Bible par la sortie d’Egypte. L’apparition de désirs altruistes chez l’homme est désignée par l’expression «la sortie d’Egypte».

Les désirs altruistes signifient que l’homme préfère emprunter le chemin de la foi

et non de la connaissance, il n’est possible de sortir de l’égoïsme que sous l’action

de la perception du spirituel, de la Lumière de la connaissance en franchissant la

Yam Souf (Mer Rouge) en surmontant la frontière entre les deux mondes.

Le Créateur fait ce miracle, il donne à l’homme la Lumière de la Sagesse avant que l’homme ne dispose du récipient adéquat pour recevoir cette Lumière de Sagesse (Ohr Hokhma). L’homme franchit la frontière (Makhsom) à l’aide de la Lumière, ensuite le miracle s’achève, et une fois entré dans le monde spirituel, l’homme ne revient plus au niveau de notre monde.

A l’étape suivante, l’homme doit lui-même acquérir un récipient lui permettant

de recevoir la Lumière de Sagesse. C’est le chemin difficile de la progression dans le désert spirituel tant que l’on ne parvient pas à recevoir la Lumière du

Créateur sur le «Mont Sinaï».

L’observation des commandements se fait au moyen de la force de la foi placée au-dessus de la connaissance, l’homme plaçant alors ses pensées et ses désirs au- dessous de la foi, l’état de petitesse (Katnout), c’est-à-dire, Malkhout dans ce cas, évoque uniquement le centre ou Keter («couronne»). A ce niveau minimal, les forces impures (égoïstes) de l’homme ne peuvent pas surmonter son égoïsme car l’homme a placé sa foi au-dessus de la connaissance et de sa perception.

Ce stade est dit état de «petitesse» car dépourvu de forces pour lutter contre l’égoïsme, l’homme n’en tient tout simplement pas compte. C’est comme si n’ayant plus de forces pour prendre une petite quantité de nourriture l’homme refusait l’ensemble de la portion proposée.

Le lien avec la Kabbale, avec la Lumière du Créateur ne peut être établi que si l’homme peut recevoir en lui cette Lumière, autrement dit s’il peut travailler avec altruisme sur son égoïsme. C’est dans la mesure où l’homme a réparé son égoïsme pour le transformer en altruisme que la Lumière du Créateur entre dans les récipients.

Ce stade du récipient spirituel après la réparation (l’égoïsme a été réparé, il est devenu récipient) de l’homme porte le nom de «grandeur» (Gadlout), Malkhout descend de Keter au niveau duquel l’homme peut s’opposer au désir d’éprouver du plaisir personnel et recevoir dans un but autre que pour sa propre satisfaction.

Recevoir la Lumière du Créateur dans sa totalité, percevoir le Créateur en entier, se fondre complètement en Lui n’est possible qu’en mettant son égoïsme entièrement au service de l’altruisme. Ceci correspond à «la réparation finale». C’est le but de la création.

Toutes nos perceptions sont foncièrement subjectives, et le tableau du monde que nous percevons dépend de notre intériorité, de notre état d’âme, de notre état physique, de notre humeur, etc. Dans le domaine spirituel, ce qui est ressenti est la réalité car l’homme perçoit la réalité présente du degré spirituel où il se situe.

Notre perception du moment correspond à notre monde. Le monde futur est ce que nous allons percevoir le moment suivant. Le temps n’existe pas, il n’y a que changement de perception. Si l’homme perçoit tout par sa foi placée au-dessus de la connaissance, il vit complètement dans le futur.

Dans la vie quotidienne, l’homme qui mène une affaire fait systématiquement le bilan de son travail et des bénéfices réalisés. S’il voit que ses dépenses et ses efforts ne sont pas justifiés, autrement dit que les bénéfices sont inférieurs aux

dépenses, il met fin à son affaire et en ouvre une nouvelle car il se représente la perspective du bénéfice.

En aucun cas il ne se leurre, il compte avec précision les bénéfices à réaliser sous forme d’argent, d’honneurs, de gloire, de tranquillité, etc., selon ce qu’il souhaite.

Pourquoi l’homme, de la même façon, ne fait-il pas le bilan général de sa propre vie, admettons une fois par an, de ce pour quoi a-t-il vécu? S’il entreprend de progresser spirituellement, il commence à se poser des questions à tous les instants.

Notre monde est le monde du mensonge.

C’est pourquoi le corps ne veut pas de ces questions car il ne peut pas y trouver de réponse. Effectivement, que peut-il répondre à l’homme à l’issue de l’année ou à l’issue de sa vie?

Tout est passé: et le bien et le mal, et que lui reste-t-il? Pourquoi l’homme a-t-il travaillé pour son corps? Il n’y a pas de réponse car il n’y a pas «de rémunération pour le vécu». Le corps ne permet donc pas de poser ce genre de questions.

En revanche, le spirituel qui correspond à la Vérité, et dont la récompense est éternelle, pose à l’homme sans cesse la question de son bénéfice spirituel pour éveiller l’homme à un bénéfice encore plus important pour ses efforts, pour qu’il se répare encore plus et perçoive encore plus de récompense.

Pourquoi le Créateur donne-t-Il à l’homme des occupations fallacieuses au cours de sa vie dans ce monde? Le processus de création d’un récipient spirituel est d’une très grande complexité et par conséquent long. L’homme doit passer dans sa perception toute la palette de l’égoïsme, pour en avoir la perception dans toute sa plénitude, dans toute sa bassesse, pour permettre de se délecter de tous les plaisirs fallacieux jusqu’aux plus bas.

Ce travail d’accumulation de l’expérience ne se fait pas au cours d’une seule vie dans ce monde. Toutes les informations qui s’accumulent dans notre âme y sont présentes le moment voulu.

Jusqu’à ce moment, le processus d’accumulation est dissimulé à l’homme, il ne perçoit son état que dans le présent. Notre raison d’être étant de désirer nous délecter, le Créateur donne la «vie», un «mensonge», à ceux qui ne sont pas encore mûrs pour progresser spirituellement pour qu’ils aient des forces pour vivre.

Il y a la Lumière, vecteur de la réparation des désirs-récipients et la Lumière, vecteur de la connaissance et du plaisir. En fait, il s’agit de la même Lumière, celle du Créateur, mais l’homme se sert de celle qu’il souhaite utiliser dans un but spirituel.

«Choisis le bien». Le premier stade du travail effectué pour la réparation est la «prise de conscience du mal» car dès que l’homme est convaincu que l’égoïsme est son pire ennemi, il le hait et l’abandonne. C’est une situation insupportable.

Autrement dit, il n’est pas nécessaire de fuir le mal, il faut avoir conscience de ce qu’est le mal ensuite, instinctivement, nous fuyons ce qui nous est nuisible. La prise de conscience de ce qu’est le mal se fait justement sous l’action de bonnes actions, autrement dit en étudiant la Kabbale car ce faisant l’homme commence à aspirer à la perfection spirituelle et prend conscience de ce qui l’empêche de vivre.

La «dissimulation» du Créateur à l’homme, ressentie comme une souffrance, le doute que le Créateur dirige tout, l’incertitude, les pensées parasites, tout ceci est désigné par le terme «nuit».

La «révélation» du Créateur à l’homme, est ressentie comme un plaisir, la certitude que c’est Lui qui dirige tout, le sentiment d’appartenir à l’éternité, la compréhension des lois de la nature, tout ceci s’appelle «jour».

Quand le Créateur lui est dissimulé, l’homme doit travailler pour acquérir la foi en ce que ce niveau est pour son bien car à tous les niveaux, le Créateur ne fait que le mieux et le plus utile pour l’homme.

Si l’homme était prêt à recevoir la Lumière du Créateur sans préjudice pour lui, le Créateur se révélerait à lui sans aucun doute.

Comme l’homme n’a pas la force de maîtriser les plaisirs qu’il ressent, le Créateur ne peut pas ajouter cet immense plaisir qui provient de sa Lumière, dont l’homme deviendrait aussitôt esclave et ne pourrait plus jamais se défaire du joug de son égoïsme et par conséquent s’éloigner du Créateur.

Le prix et la beauté des choses, des objets, des événements sont redéfinis par chaque génération par la majorité. C’est pourquoi il n’existe pas de standard absolu, la majorité dans chaque peuple et dans chaque génération dicte son standard, tous s’efforcent de le suivre. C’est la raison des nouvelles modes et des nouveaux objets d’imitation.

C’est également la raison pour laquelle il est si difficile de progresser sur le chemin spirituel, la majorité ne considérant pas cela comme un but prestigieux, comme par exemple, suivre une nouvelle mode.

Mais la connaissance des mondes spirituels est-elle vraiment importante? Objectivement, le spirituel est très important mais pour que nous ne l’abîmions pas, un moyen appelé la «dissimulation» a été créé, pour que nous ne percevions pas la magnificence des mondes spirituels.

L’homme ne peut que croire que ressentir le Créateur est essentiel, mais ce n’est pas ressenti comme tel par la majorité des hommes pour qui la compréhension des mondes spirituels importe peu, cela correspond à la présence du Créateur dans la cendre.

Il est manifeste au plus grand nombre que ce sont des personnes d’un niveau spirituel assez bas qui déterminent pour tous les étalons de la beauté, les priorités, les critères de comportement malgré cela, les lois sociales et autres normes changent celles-ci constamment, ce qui montre l’inconséquence de celles qui les dictent et le caractère fallacieux de ces standards.

15 - UNE CORRECTION SPIRITUELLE PROGRESSIVE

La foi placée au-dessus de la raison donne à l’homme la possibilité de déterminer par la raison justement, quel est son pire ennemi, qui l’empêche d’aller vers le bien. C’est dans la mesure où l’homme a la certitude, au mépris de sa raison, de l’existence des plaisirs spirituels qu’il ressent et prend conscience du mal.

Rien d’autre n’existe objectivement hormis le Créateur, (cette notion correspond au niveau le plus élevé dans la perception kabbalistique) avant d’accéder à ce niveau, l’homme en a la perception tout en étant dans ce monde également.

Au cours du processus d’acquisition des connaissances on apprend qu’il existe:

1)

le Créateur;

2)

la Première création;

3)

les créations;

4)

le plaisir que le Créateur souhaite procurer à Ses créations.

La séquence des éléments se déroule naturellement non pas dans le temps, mais selon le principe de «cause à effet». Il y a le Créateur. Le Créateur souhaite créer l’homme pour qu’il éprouve du plaisir. Le Créateur crée le désir d’éprouver le plaisir qu’Il souhaite donner. L’homme prend le plaisir et s’en délecte dans l’absolu car il reçoit ce qu’il désire.

Cette première création s’appelle «Malkhout». Le plaisir total de Malkhout s’appelle le «monde de l’éternité» car «Malkhout» se délecte en permanence de la Lumière du Créateur qui l’emplit complètement. En ressentant le Créateur simultanément au plaisir, Son désir de donner du plaisir, Malkhout s’efforce de Lui être semblable. Cela conduit «Malkhout» à rejeter la Lumière.

Cette action de «Malkhout» s’appelle la restriction (la restriction de la réception de la Lumière- Tsimtsoum). «Malkhout» peut devenir semblable au Créateur en éprouvant du plaisir orienté vers le Créateur car c’est ce qu’Il désire.

Dans ce cas, sa capacité de recevoir se transforme en capacité de donner du plaisir au Créateur par sa propre volonté.

«Malkhout vidée» se divise en parties, les âmes qui chacune séparément procèdent à la réparation de leur égoïsme.

Les micros portions de «Malkhout» privées de la Lumière du Créateur se trouvent dans ce que nous nommons «notre monde». Au cours de leurs passages successifs en ce monde, ces parties, les âmes sortent du désir de recevoir du plaisir pour elles-mêmes et acquièrent le désir de «procurer du plaisir».

La force qui aide l’âme à sortir des désirs de l’égoïsme est qualifiée de «messie» Machiakh. Les niveaux de la réparation spirituelle progressive correspondent aux mondes spirituels, à leurs niveaux intrinsèques, aux Sefirot.

L’achèvement de la réparation correspond au retour à l’état initial, d’avant la restriction, à la phase consistant à éprouver du plaisir non pas pour soi même mais pour le Créateur. Cette phase s’appelle «la réparation finale».

Toutes les questions que se pose l’homme sur le but de la création, le but de ses efforts, sur l’utilité ses actes, puisque de toute façon le Créateur fera selon Son plan et Ses désirs, pourquoi donc exige-t-il quelque chose de l’homme? , etc., sont envoyées à l’homme par le Créateur. Se pose une autre question, pourquoi tout ceci?

Si ces questions renforçaient l’homme dans sa quête du spirituel, elles auraient un sens. Mais le débutant est assailli par des pensées sur les difficultés, sur le désespoir, sur l’inutilité de sa quête.

Il n’existe pas d’autre force ni d’autre désir que celui de l’union avec le Créateur, tout est créé par le Créateur pour que nous découvrions le but de la création, notamment, bien sûr, par le biais des questions, des pensées et des forces «qui dérangent» et qui s’opposent à notre progression vers Lui.

Le Créateur a mis un grand nombre de barrières sur le chemin de la progression spirituelle de Ses élus pour qu’ils acquièrent un sentiment de crainte de ne jamais atteindre le but, qu’il restera toujours au même niveau s’il n’a pas la sensation de la grandeur du Créateur qui soumet son cœur à l’altruisme.

L’homme doit comprendre que seul le Créateur peut lui ouvrir les yeux et le cœur pour ressentir la magnificence du spirituel. Les questions «parasites» assaillent l’homme pour qu’il en sente bien la nécessité.

Le débutant se tient souvent le raisonnement suivant: si le Créateur le voulait, Il se révélerait à moi. Et s’Il se révélait à moi, aussitôt je (mon corps, mon dictateur d’aujourd’hui) serais d’accord automatiquement pour transformer mon égoïsme en altruisme, et mon dictateur serait le Créateur.

«Je ne veux pas avoir à faire le choix de mes actes, mais si je le dois, alors le Créateur a raison, le mieux pour moi est de ne pas penser à mon intérêt, ce n’est qu’alors que je gagne véritablement, toujours. Mais je ne peux pas me transformer moi-même. Que le Créateur le fasse! C’est Lui qui m’a créé ainsi, Lui seul peut réparer ce qu’Il a créé».

Bien sûr, le Créateur peut donner à l’homme le désir du spirituel ce qui s’appelle «l’inspiration d’En-Haut» mais l’homme alors travaille pour son propre plaisir, sans libre arbitre, sous l’emprise du désir égoïste de se faire plaisir.

On dit de ce travail qu’il se fait «non pour le Créateur». Le but du Créateur est que l’homme lui-même, en ayant recours à son propre libre arbitre, choisisse le bon chemin dans la vie en approuvant ainsi les actions du Créateur dans ce monde, ce qu’il n’est possible de concevoir que dans les conditions d’une totale indépendance vis à vis de l’égoïsme, quels que soient les plaisirs personnels éprouvés.

C’est pourquoi le Créateur a créé comme condition à la progression spirituelle la foi en Lui et en Sa justice. La tâche de l’homme doit alors se résumer:

1. A avoir la conviction que c’est le Créateur qui dirige le monde;

2. A prendre conscience que malgré le peu d’importance de la foi à nos yeux, le

Créateur a choisi pour nous ce chemin;

3. Etre certain qu’il faut choisir le chemin du «donner» et non du «recevoir»;

4. Penser que c’est le Créateur qui approuve le travail que nous Lui dédions indépendamment de l’aspect qu’il revêt à nos yeux;

5. Suivre les deux formes de foi «au-dessus de la raison» dans notre progression

spirituelle:

a)

l’homme choisit le chemin de la foi placée au-dessus de la raison car il n’a pas d’autre possibilité,

b)

même s’il reçoit des connaissances et qu’il ne doit déjà plus croire et placer sa foi au-dessus de la raison, de toute façon il choisit de placer sa foi au- dessus de la raison;

6.

Avoir conscience que si l’homme travaille dans les limites de son égoïsme, les

fruits de tous les succès qu’il espère cueillir dans son imaginaire, ne serviront qu’à son propre bien tandis qu’en aimant le Créateur, l’homme donne tous les

bienfaits, tous les fruits de ses efforts à autrui;

7. Remercier le Créateur pour le passé car c’est de celui-ci que dépend le futur.

En fonction de la façon dont l’homme apprécie son passé et en exprime sa gratitude au Créateur, de la même façon, il apprécie ce qu’il a reçu d’En-Haut et peut conserver l’aide reçue d’En-Haut;

8.

Faire le principal travail en avançant selon la ligne droite, autrement dit, en

ayant une sensation de perfection. L’homme est alors heureux même du plus petit lien avec le spirituel qu’il a noué, il est heureux de ce qu’il a eu le mérite aux yeux du Créateur de recevoir les forces et le désir de faire ne serait-ce que quelque chose au niveau spirituel;

9. Avancer selon la ligne gauche, il suffit de 30 minutes par jour pour faire un

bilan personnel permettant de déceler si l’on éprouve plus d’amour pour le Créateur que pour soi. Après avoir pris conscience de ses défauts l’homme doit demander par la prière au Créateur de le rapprocher de Lui par le chemin de

Vérité, justement en alliant les deux lignes.

Dans son travail, l’homme doit concentrer ses pensées et ses désirs pour:

1. Connaître les voies du Créateur et les secrets de la Kabbale pour que les

connaissances acquises l’aident à répondre aux désirs du Créateur. C’est le but essentiel de l’existence de l’homme

2. Essayer de réparer totalement son âme, retrouver ses racines, le Créateur;

3. Essayer de ressentir le Créateur, se fondre en Lui dans la prise de conscience

de Sa perfection.

Il est dit du Créateur qu’Il est à l’état de calme absolu. De la même façon, l’homme parvient à cet état en réalisant le but de la création. Il est clair que le calme ne peut être perçu que s’il est précédé du mouvement, d’efforts, de travail. Comme cela signifie le «calme spirituel», il est évident que le travail est également de nature spirituelle.

Le travail spirituel consiste à aspirer à faire plaisir au Créateur.

Tout notre travail s’effectue uniquement pour que notre corps s’y oppose car il ne voit pas d’avantage pour lui, ne comprend pas le sens du travail altruiste et ne ressent pas la récompense.

L’homme doit en principe faire de grands efforts pour résister aux plaintes justifiées du corps, que de temps passé à essayer de progresser spirituellement, et en échange de quoi? Qui a déjà réussi? Est-ce le souhait du Créateur que l’homme peine autant? Que montre l’expérience personnelle? La santé permet- elle de se moquer ainsi du corps? Et la famille, les enfants qui grandissent.

Si le Créateur le veut, tout comme Il attire l’homme à la Kabbale, Il peut le conduire sur Son chemin, car n’est ce pas Lui qui dirige tout? Toutes les

exigences que fait sentir le corps ou bien les plaintes formulées par les proches sont absolument fondées. Il n’y a rien à y répondre, et il ne faut pas d’ailleurs.

Car si l’homme souhaite surmonter les désirs de son corps, il doit tout simplement ne pas leur prêter attention et se dire: «le corps a raison, ses conclusions sont logiques, ses plaintes sont fondées (elles trouvent souvent leur

expression dans les paroles des proches d’ailleurs», il est inutile de revenir sur ce principe). Mais comment se soustraire aux exigences de ce corps, ce qui signifie

se soustraire aux désirs et par conséquent agir en référence à la foi et non au bon sens? C’est dans ce monde-ci que la raison est considérée comme logique.

Dans les Mondes Spirituels, bien que l’homme ne les comprenne pas, puisqu’il n’est pas doté de la raison ni de la vision permettant de les appréhender, «tout est régit par d’autres lois qui lui semblent étranges et sans base tangible, les lois de la toute-puissance du Créateur et de la soumission volontaire de l’esprit et des sens à Sa force et donc de la foi totale en Son aide malgré les récriminations du corps».

Ce travail de l’homme sur lui-même est désigné par l’expression «donner sans retour», autrement dit agir de manière altruiste, tout donner simplement par pur désir de donner, niveau correspondant à la «petitesse» la «ligne droite». Le plaisir éprouvé du fait de la similitude avec le Créateur que confère le travail effectué (donner sans retour, comme le Créateur), est désigné par l’expression «Lumière de la foi ou de la miséricorde» ou Ohr Hassadim.

Si l’homme essaie d’agir ainsi, le Créateur s’ouvre à lui en faisant percevoir la

magnificence et de la toute-puissance du Créateur. La foi laisse place à la connaissance, le corps commence à ressentir l’importance du Créateur et il est prêt à tout pour le Créateur, car cette sensation d’importance, le consentement

du Créateur à accepter quelque chose de l’homme est perçu comme un plaisir.

A

ce stade, l’homme sent qu’à nouveau il est mené par le corps, que ce n’est pas

la

magnificence du Créateur mais le plaisir et la certitude de pouvoir travailler

pour le Créateur qui déterminent ses actes. Autrement dit, il retombe sous l’emprise de l’égoïsme et de ses intérêts personnels.

C’est justement cette phase de totale absence de la sensation du Créateur qui permet à l’homme d’affirmer qu’il agit de manière altruiste et spirituelle, dans le but de faire plaisir au Créateur. Le dévoilement du Créateur est appelé la ligne gauche, la «Lumière de la sagesse».

Le dévoilement du Créateur induit par conséquent la nécessité d’imposer des limites rigoureuses à la recherche de la connaissance de l’organisation du monde

et de la sensation de magnificence de façon à équilibrer la foi et la raison dans une proportion permettant de ne pas retomber sous l’emprise de l’égoïsme.

En ajoutant au niveau de l’enfance encore un peu d’égoïsme, et en avançant comme s’il en était au degré de l’enfance, l’homme par cet équilibre de la ligne droite et d’une petite quantité de la ligne gauche crée en quelque sorte une ligne médiane.

La partie de la ligne gauche dans la ligne médiane définit la hauteur du degré spirituel de l’homme. Cela correspond à la notion d’adulte.

La progression ultérieure jusqu’au «degré supérieur», le dernier, où l’homme et le Créateur se fondent totalement dans l’harmonie de leurs attributs et de leurs désirs, se produit par une augmentation progressive, en alternance, de la ligne droite puis de la ligne gauche et par leur équilibre à chacun des degrés de l’échelle spirituelle. La ligne droite correspond pour l’homme au bonheur sans raison particulière, à la seule pensée que Dieu est présent dans ce monde. Rien d’autre ne lui est nécessaire pour être heureux.

Cet état est désigné par les termes «heureux de ce que l’on possède». Si rien ne peut troubler cet état, celui-ci est alors qualifié de parfait.

Si l’homme cherche à vérifier son état spirituel, il s’aperçoit qu’il ne s’est pas rapproché du Créateur. Comme il sait déjà d’avance qu’il n’est pas en mesure de se réparer lui-même, il demande au Créateur de le faire. La Lumière du Créateur qui aide l’homme à surmonter l’égoïsme du corps (désir de recevoir) est appelée «âme».

Le moyen de vérifier avec authenticité si nous agissons avec égoïsme ou avec altruisme est de déterminer si nous sommes prêts à dédaigner le plaisir, la rémunération malgré l’immense désir de se délecter des fruits de notre travail.

Ce n’est que dans ce cas que l’homme peut affirmer avec plaisir qu’il agit en se tournant vers le Créateur et non vers lui-même.

L’ensemble du chemin de la progression spirituelle est un refus constant d’éprouver de d’intenses plaisirs: au début des plaisirs de ce monde, ensuite des vrais plaisirs spirituels, percevoir le Créateur.

Pour donner à l’homme la possibilité d’entreprendre ce travail, le Créateur se dissimule. Cette dissimulation doit par conséquent être considérée comme une partie de notre réparation, et il faut Lui demander de s’ouvrir à nous car ce n’est

qu’ainsi qu’on peut Le percevoir sans que nous en subissions de dommages, Il se révèle alors à nous.

Si le plaisir de percevoir le Créateur était ressenti par l’homme, alors qu’il n’est qu’à un degré initial d’égoïsme, il n’aurait jamais la force de se séparer de Lui, de demander au Créateur de lui donner la force de ne pas se délecter. Comme les papillons de nuit qui sont attirés par la Lumière et en meurent, l’homme brûlerait au feu du plaisir mais il ne pourrait pas s’en séparer.

Chacun de nous a éprouvé au moins une fois dans sa vie son impuissance à résister à un grand plaisir, et tout en ayant honte de nous, nous savons que nous ne pouvons pas nous retenir si le plaisir est plus grand que la volonté, que la conscience du mal.

Le Créateur nous étant dissimulé, nous pouvons agir sans «nous vendre» au plaisir, par la force de la fo