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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH

ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH

SOMMAIRE

INTRODUCTION

4

L’AIR D’ETUDE

6

I-

POURQUOI UNE ZONE SENSIBLE ?

7

II-

LE CADRE DE LETUDE

9

LES OBJECTIFS DE L’ETUDE

11

I-

LES OBJECTIFS GENERAUX

12

II-

LE PROCESSUS DACTION

13

LES EXPERTISES THEMATIQUES

14

LE MILIEU NATUREL

16

I-

LA FAIBLESSE TOPOGRAPHIQUE CONTINENTALE ET SOUS-MARINE

17

II-

LES DONNEES DE LA GEOLOGIE ET DE LA PEDOLOGIE

17

III-

UNE MORPHOLOGIE ASSEZ VARIEE DU TRAIT DE COTE

19

IV-

UN CLIMAT MEDITERRANEEN A NUANCE SEMI ARIDE

21

1. Les températures 21

2. Le vent

22

3. Les pluies

22

4. Une hydrologie continentale presque nulle

23

V-

DIFFERENTES FAIBLESSES DU LITTORAL

23

1. Une érosion marine sévère 23

2. Les causes ont avant tout une origine naturelle 26

VI-

SENSIBILITE DU MILIEU NATUREL, SES CONTRAINTES A LAMENAGEMENT ET RECOMMANDATIONS

29

1. Des menaces naturelles

30

2. Un patrimoine archéologique à risque

31

3. Un risque anthropique supplémentaire

31

LE DIAGNOSTIC PAYSAGER

33

I-

INTRODUCTION

34

II-

UN SITE AUSSI RICHE QUE VULNERABLE

36

1. La composante naturelle

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2. La composante agricole

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3. La composante résidentielle

39

4. La composante historique

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LA BIODIVERSI

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I-

LA FLORE

43

1. Groupement de la Steppe de Sparte 43

2. Groupement des Sebkhas

47

3. Conclusion

47

4. Originalité de l’écosystème

48

5. degré de sensibilité

48

INDEX DES ESPECES RECOLTEES

49

II-

LA FAUNE

52

1. L’écosystème

52

2. L’avifaune 52

3. L’herpétofaune 53

4. La faune mammalienne 53

53

5. Les invertébrés

6. Conclusion et recommandations 54

LE MILIEU MARIN

55

I-

L’ENVIRONNEMENT PHYSIQUE MARIN

56

1. Salinités et températures

56

2. Données météo-marines

57

3. Courants

58

4. Morphologie littorale

58

5. Natures des fonds et bathymétrie

59

II-

CARACTERISTIQUES BIOLOGIQUES

60

III-

CONCLUSION

63

IV-

CONCLUSION GENERALE

64

L’ASPECT SOCIO-ECONOMIQUE

65

I-

CADRE GENERAL

66

II-

OCCUPATION ET PRESSION ANTHROPIQUE

66

III-

ZONES DINFLUENCE DU SITE

67

IV-

PROJETS ENGAGES

69

1. Création d’une zone touristique à Sidi Founkhal 69

2. Autres projets touristiques

69

3. Projet de restauration archéologique

69

V-

ELEMENTS DU DIAGNOSTIC

70

LE PATRIMOINE ARCHEOLOGIQUE

71

I-

LE CADRE HISTORIQUE

72

II-

LES RECHERCHES ARCHEOLOGIQUES A BORDJ EL H’SSAR

76

1. Introduction

76

2. Le site antique de Bordj El H’ssar : La Cercina des anciens

76

3. Le port antique de la Cercina

78

4. Le Bordj islamique d’El H’ssar

78

5. Les nécropoles punique et romaine de la zone de Bordj El H’ssar

79

6. La zone non aedificandi entre les hôtels de la côte et Bordj El H’ssar

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7. La zone archéologique de Sidi Founkhal

79

8. Conclusion

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III-

La délimitation archéologique de Bordj El H’ssar

80

IV-

La mise en valeur de Bordj El H’ssar

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V-

Impacts des découvertes archéologiques sur les kerkenniens et les visiteurs de l’archipel

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INTRODUCTION

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Il n’est pas sans intérêt de rappeler que les zones littorales tunisiennes ont depuis toujours exercé un important attrait sur l’homme et sur ses différentes pratiques.

Toujours croissant, ce phénomène n’est malheureusement pas sans incidences sur l’état de nos côtes, et cela même sur celles les plus lointaines et les plus enclavées. Ces incidences relevant d’une occupation de plus en plus soutenue, génèrent le plus souvent des aspects multiples de nuisances qui s’expriment essentiellement en terme de dégradation des ressources naturelles et de déperdition du patrimoine.

Cet état de fait est l’une des principales raisons de la création de l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral dont l’objectif principal est d’empêcher que soit porté préjudice à l’équilibre des milieux côtiers, et de favoriser le renouvellement des ressources naturelles sans pour autant entraver un certain développement économique et culturel qui doit cependant rester aussi bien rationnel que respectueux des potentiels naturels.

Dans ce cadre, l’APAL s’est engagé élaborer un certain nombre d’études de gestion de zones sensibles visant plusieurs sites vulnérables dont principalement ceux de Bin El Oudiane et Ras Rmel à Djerba, Medfoun à Hergla, etc. Le résultat escompté par l’établissement de ces études est de doter chacune des zones écologiquement fragiles de documents et d’outils de maîtrise et de gestion du milieu naturel, et de mettre en place les instruments juridiques nécessaires et suffisants à un emploi cohérent et rationnel des sites décrétés vulnérables et objet d’étude de gestion.

Parmi ces sites, il y a celui de Bordj El H’ssar à Kerkennah qui connaît depuis quelques temps de sérieuses menaces aussi bien d’origine humaine (pression urbaine) que naturelle (avancé de la mer).

Consciente de la situation à Bordj El H’ssar et soucieuse de doter ce site d’un plan de gestion opérationnel pour sa protection dans un cadre juridique adéquat, l’APAL a confié à COMETE Engineering le soin d’élaborer une étude visant la satisfaction de ce dernier objectif ; Ce document en est d’ailleurs le rapport de première phase et consigne les diagnostics thématiques et les variantes d’aménagement.

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L’AIRE D’ETUDE

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I- POURQUOI UNE ZONE SENSIBLE ?

Le périmètre d’intervention relatif à l’étude engagée par l’APAL, concerne une zone située sur le littoral Nord de l’île Charki dans l’archipel de Kerkennah.

La zone de Bordj El H’ssar doit son nom à l’imposant fort se trouvant sur les lieux et qui doit son origine à une période lointaine remontant à l’époque phénicienne. Ce fort n’est cependant pas le seul vestige historique relevé sur place dans la mesure où le périmètre d’étude comprend un site archéologique très important qui est celui de l’ancienne Circina et qui a la particularité de s’étendre aussi bien sur terre que sous la mer ; Ce n’est pas que cette cité ait été originellement construite sous l’eau, mais elle a été naturellement engloutie par la mer sous l’action de l’érosion.

En effet, le phénomène de l’érosion marine constitue le principal problème au sein de la zone d’étude et dans l’archipel d’une manière générale ; Ce qu’il est important de savoir est que le relief des îles est particulièrement plat et que la zone est soumise à des vents fréquents de direction Nord et Nord Ouest. Cet état de fait favorise grandement les effets de l’érosion sur la côte Nord de l’archipel ce qui engendre implacablement l’avancée de la mer (de plusieurs centimètres par an selon les autochtones très inquiets) qui grignote lentement les plages, les falaises et jusqu’aux pieds des constructions.

A ce sujet il faut signaler que la zone de Bordj El H’ssar connaît déjà depuis un certain nombre d’années une urbanisation résidentielle qui se développe parallèlement au rivage seulement à quelques mètres de la ligne de côte. Cette occupation ne fait l’objet d’aucune réglementation (PAU, lotissement…) et compte aujourd’hui un nombre non négligeable de résidences qui s’élèvent parfois à 2 voire 3 niveaux.

Le contexte marin de la zone connaît lui aussi de sérieuses menaces qui sont essentiellement :

Une paupérisation flagrante de la faune marine (essentiellement le poulpe) qui est le résultat de plusieurs effets dont des pratiques de pêches agressives et illicites. Ces pratiques n’agressent pas uniquement les peuplements faunistiques mais sont éventuellement à l’origine d’une importante dégradation de la flore marine qui renferme en ces lieux l’un des plus importants herbiers à posidonies de la région.

L’existence des plates-formes pétrolières au large ; outre le fait qu’elles diminuent de la beauté du paysage, affectent également le sable en lui conférant une couleur grisâtre ; due à son probable mélange avec des substances d’origine goudronneuse (de plus le risque de déversement du pétrole n’est pas à ignorer quoique qu’un plan d’urgence est déjà prévu et prêt à exécution en cas de nécessité).

Les forages pétroliers n’existent d’ailleurs pas uniquement en mer mais nous avons pu remarquer dans la zone terrestre deux autres puits dont l’un se trouve précisément sur le périmètre d’étude (son état d’exploitation reste ignoré)

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Par ailleurs il faut signaler que l’aire d’intervention est comprise entre, à l’Ouest, la zone touristique de Sidi Fradj (et d’ailleurs la seule de l’archipel) et, à l’Est la presqu’île de Founkhal, site magnifique qui malgré son extrême sensibilité, est destiné à accueillir la deuxième station touristique de Kerkennah.

La situation du périmètre d’étude qui se trouve enserré par deux zones touristiques et la beauté du site vulnérabilisent grandement la côte de Bordj El H’ssar, en comptant avec une convoitise certaine soit un terme d’extension touristique, soit en terme de résidences balnéaires.

La proximité de la zone hôtelière de Sidi Fradj ainsi que l’urbanisation environnante

sont également à l’origine d’un autre ordre d’inquiétude vis à vis du périmètre d’étude qui n’est autre que le phénomène de rejet des déchets de construction relevé en plusieurs points et parfois même sur la plage ou non loin d’elle.

Ce type de pollution n’est malheureusement pas le seul constaté dans la zone, dans la mesure où il a pu être relevé plusieurs sites, au Sud et à l’Est de Bordj El H’ssar, qui font fonction de décharges incontrôlées. L’aspect le plus grave dans cette situation est que les points de rejet sont le plus souvent situés sur des milieux humides à savoir les grandes étendues de sebkhas qui forment l’arrière pays du périmètre d’étude et qui contribuent grandement à la sensibilité de tout le site.

A côté des sebkhas, vulnérabilisées par cette pollution, notons que l’aire d’étude

possède également un arrière pays agricole situé essentiellement au Sud Ouest de Bordj El H’ssar.

Ces parcelles sont mal exploitées en raison des techniques archaïques qui y sont employées et à cause de la salinité des sols due à la proximité des terres des sebkhas et à l’avancée de la mer.

N’oublions pas non plus que la zone de Bordj El H’ssar court de sérieux risques dus au phénomène de l’envasement du golfe dûment remarqué ainsi qu’à l’éventualité du déversement du phosphogypse.

Ces constations expriment déjà plus de raisons qu’il n’en faut pour justifier la sensibilité de la zone littorale de Bordj El H'ssar et la nécessité d’élaborer l’étude de gestion de ce site menacé.

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II- LE CADRE D’ETUDE

Le périmètre relatif à l’étude de gestion de zone sensible de Bordj El H’ssar, s’étend sur environ 350 hectares et a pour principales limites :

Au Nord, le contexte marin lequel est d’ailleurs inclus dans la zone d’intervention pour les spécificités sur lesquelles nous reviendrons plus tard ;

Au sud, le tracé de la piste de Bordj El H’ssar ainsi que la délimitation Sud de Sebkhat Founkhal ;

A l’Est la presqu’île de Founkhal qui est d’ailleurs appelée à recevoir une infrastructure hôtelière (l’étude du plan d’aménagement de cette dernière est déjà bien avancée) ;

A l’Ouest, la zone touristique de Sidi Fradj, et plus précisément la limite du «Grand Hôtel ».

Côté rivage, le périmètre d’étude compte environ 5,7 kilomètres de long à vol d’oiseau et 7 kilomètres de ligne de côte. La longueur de la limite intérieure totalise quant à elle 8,5 kilomètres.

La zone d’intervention est administrativement située sur le périmètre communal de Kerkennah et sur les territoires de la délégation de Kerkennah et du gouvernorat de Sfax.

Le site de Bordj El H’ssar se trouve sur l’île Charki de l’archipel de Kerkennah et plus précisément à l’Est du village d’Erramla (chef lieu de l’archipel) ; Cette zone renferme le site de l’ancienne Circina, cité fondée il y a 25 siècles par une princesse phénicienne, qui portait d’ailleurs le même nom.

Les restes de cette cité, que les fouilles exhument tous les jours davantage, polarisent fortement la zone essentiellement par la présence du fort d’El H’ssar, qui contrastant avec le peu de relief de la zone n’en parait que plus imposant.

Le Bordj est le résultat d’une succession d’interventions et d’occupations qui ont ponctué l’histoire de l’archipel, nous retrouverons principalement des interventions d’époque phénicienne, romaine, espagnole turque

La particularité de ce site archéologique est qu’il n’occupe pas uniquement la partie terrestre du périmètre d’étude mais qu’il se prolonge aussi dans sa partie marine : c’est face à l’action du temps et de l’érosion que la mer a englouti une partie du site de Circina.

Cette érosion touchant principalement les côtes septentrionales de l’archipel est due certes à certaines pratiques de l’homme mais surtout à l’action des vents dominants qui frappent les îles du Nord-Ouest et du Nord-Est ; A la fois orientaux et occidentaux, ces vents peuvent atteindre la valeur de 47 m/s.

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Le climat sur les îles se caractérise par ailleurs par des températures le plus souvent clémentes dont la moyenne annuelle est de l’ordre de 15°C. L’humidité atmosphérique est élevée. Les îles reçoivent en moyenne 250 mm de pluies annuellement enregistrées principalement en automne.

Côté mer, on distingue au sein du périmètre d’étude, trois sections de côtes à savoir :

Une plage sablonneuse se développant de la zone touristique de Sidi Fradj jusqu’au Sud du site de Bordj El H’ssar.

Une falaise rocheuse au droit de Bordj El H’ssar.

A nouveau une plage sablonneuse partant d’El Karraba jusqu’à la limite Sud de la presqu’île de Founkhal.

Il faut préciser que les plages, même sablonneuses des îles Kerkennah, sont généralement peu larges et soumises à un important phénomène de marée qui fait varier le niveau de la mer de plusieurs dizaines de mètres en peu de temps.

Concernant l’occupation du sol, nous observons également trois parties distinctes :

Un périmètre situé a l’Ouest de la zone d’étude qui comprend d’une part le site archéologique et d’autre part une urbanisation côtière récente sans cesse grandissante.

Une zone centrale et septentrionale pratiquement déserte de toute occupation humaine, et ponctuée de palmiers.

Un troisième secteur correspondant à la partie interne du périmètre d’intervention et principalement agricole (blé et vignes) avec un arrière pays formé de sebkhas.

L’écosystème marin relatif à la zone de Bordj El H’ssar, démontre un bon maintien des ressources naturelles étayé par la présence de grandes étendues d’herbiers à posidonies situés au large des côtes ; certaines pratiques de pêche (essentiellement le chalutage) sont toutefois à l’origine de dégradations pratiquées au niveau des fonds marins. D’autres techniques de pêche sont pratiquées sur le site mais ne présentent pas de menaces, il s’agit des pêcheries, ou autrement appelés «charfias ».

La grande rareté déplorée sur les îles est le poulpe, très abondant dans la zone il y a quelques années, et pratiquement absent aujourd’hui, il reste l’emblème de l’archipel de Kerkennah.

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LES OBJECTIFS DE L’ETUDE

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C’est en raison de la sensibilité environnementale qui caractérise la zone de Bordj El H’ssar à Kerkennah et des contraintes naturelles et humaines qui y sont relevées que le choix de l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral a pris l’initiative de lancer cette étude parmi d’autres relatives à certaines autres zones vulnérables.

L’intervention souhaitée consiste essentiellement en la préservation du patrimoine écologique présent dans la zone, que ce dernier soit intact ou déjà dégradé et par la même de contrecarrer toutes éventuelles actions dont les impacts sont en mesure de porter préjudice au maintien, précaire, de l’écosystème en question.

Pour ce faire, il est nécessaire de qualifier les risques pesant sur la zone, de les qualifier et d’évaluer l’envergure des menaces, sources éventuelles de la dégradation de ce patrimoine.

L’élaboration du plan de gestion de la zone sensible de Bordj El H’ssar nécessite dès lors deux approches complémentaires qui sont principalement la définition des objectifs généraux devant être atteint par le projet et le processus d’action qui établit la démarche à suivre pour concrétiser les objectifs posés.

I- LES OBJECTIFS GENERAUX :

Les objectifs généraux engagés par l’étude concernent trois contextes qui sont nécessaires à la maîtrise de la zone d’intervention.

La reconnaissance des lieux : pour maîtriser et gérer rationnellement le site, objet de l’étude, il est nécessaire d’en connaître les composantes de la manière la plus précise. Cette reconnaissance est l’objet des expertises thématiques qui seront exposées dans les chapitres qui suivent et où seront analysé un à un chaque contexte relatif à la zone dont le milieu naturel, le milieu marin, etc. Ces bilans se complètent pour cerner intégralement, les caractéristiques du périmètre d’étude.

La protection : c’est la conservation du biotope relevé dans la zone de Bordj El H’ssar à Kerkennah. Cette notion est abordée en terme de :

- Maintien de l’équilibre de l’écosystème.

- Préservation des ressources naturelles.

- Conservation des valeurs environnementales.

- Maintien du cadre écologique et paysager.

L’aménagement : qui n’est pas l’action de placer arbitrairement des structures abritant certaines activités. L’aménagement est l’organisation du contexte spatial de la zone conséquemment à ses caractéristiques et aux potentiels offerts par le site ; C’est également une planification de la pratique du site en terme de fréquentation quantitative.

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II- LE PROCESSUS D’ACTION :

Le processus d’action est la démarche à suivre pour atteindre les objectifs généraux précédemment posés. Cette démarche est une suite logique d’actions à entreprendre pour gérer ce milieu fragile.

Les étapes fondamentales de ce processus, qui sont d’ailleurs des objectifs partiels devant être atteint par l’étude, sont consignées, dans l’ordre, dans ce qui suit :

La conservation qui vise le maintien et la pérennité du biotope de Bordj El H’ssar ainsi que les patrimoines paysager et culturel présents dans le site.

La protection dont la notion se traduit par des propositions d’interdictions de et mise en défens relatives à certaines parties ponctuelles de la zone en vue de leur éviter les conséquences négatives d’un emploi déraisonné.

La réhabilitation qui prend en charge les actions nécessaires à la restitution des patrimoines dégradés quand cela est toutefois possible. Cette mesure, venant en aval, peut permettre de diminuer les effets des éventuels «coups partis ».

La valorisation qui cible certains sites ponctuels au sein de la zone d’étude, et dont l’intérêt a été préalablement établi. Cet intérêt, d’ordre environnemental, paysager ou culturel, fera l’objet d’une considération particulière qui assurera son entretien et sa mise en valeur dans l’objectif d’enrichir la totalité de la zone.

La limitation des risques encourus où il s’agit d’identifier les menaces réelles ou éventuelles pesant sur le site, de signaler leurs conséquences et d’œuvrer pour parer aux nuisances dont elles sont à l’origine.

L’aménagement, pris ici dans le sens de zoning de l’espace en fonction des aptitudes démontrées en tout ou partie de ce dernier.

La vocation : mesure venant en aval des orientations d’aménagement, elle consiste en

terme

l’affectation

des

pratiques

proposées

pour

chaque

partie

de

la

zone

en

d’occupation future.

Le contrôle : qui est l’action d’assurer le bon fonctionnement relatif aux orientations décidées pour le site ; Il s’entend ici comme une surveillance et un outil permettant de rectifier une utilisation non autorisée.

Le suivi : c’est d’une part l’application des actions de contrôle et d’autre part le moyen d’appréciation de l’évolution du milieu face à sa vocation et par l’intermédiaire de campagnes établies dans cet objectif.

La gestion qui consiste en la concrétisation, à court, moyen et long terme, de la politique choisie pour le site, donc de la totalité des étapes du processus d’action ci dessus énumérées : protection, réhabilitation, valorisation, aménagement, entretien, vocation, etc.

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LES EXPERTISES THEMATIQUES

THEMATIQ

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Les points cités lors des paragraphes précédents et faisant référence à la vulnérabilité du site et aux caractéristiques du périmètre d’intervention, reste une matière insuffisante à l’élaboration de l’étude de gestion de la zone sensible de Bordj El H’ssar à Kerkennah.

Pour mener à bien la première phase de cette étude, il est nécessaire d’approcher le site, non seulement en terme de contraintes relevées mais aussi et surtout en terme de bilans diagnostics détaillant chacune des composantes de ce site.

A cette fin, plusieurs expertises ont été établies et représentent autant de couches

d’analyse que de thèmes concernés par ces expertises. La superposition de ces couches donnera lieu à une synthèse qui mettra en valeur l’interaction des composantes diagnostiquées entre elles, les potentialités de la zone et ses aptitudes à un éventuel aménagement.

Il apparaîtra aussi, à travers cette synthèse, la nature de la cohabitation des

composantes sur la même zone ainsi que les impacts des unes sur les autres et les grandes lignes des tendances à l’évolution.

Le bilan diagnostic de la zone d’étude concerne plusieurs thèmes, et vise une connaissance exhaustive et détaillée du site de Bordj El H’ssar mettant en exergue ses principales caractéristiques.

Le milieu naturel pour dresser un bilan relatif à la géologie, la topologie et la géomorphologie de la zone. Il concerne également les données climatiques et le réseau hydrographique.

Le cadre paysager pour relever la qualité des séquences relatives au site et leur intérêt s’il existe.

La biodiversité qui concerne à la fois le cadre végétal et animal et qui se chargera de dresser un bilan du patrimoine existant et des éventuelles dégradations relevées. Des listes détaillées du contenu de ces deux patrimoines accompagneront les bilans.

Le milieu marin pour juger de la qualité de l’écosystème, quantifier et qualifier les ressources halieutiques, faire l’inventaire des richesses de la faune et de la flore aquatiques et enfin relever les aspects de dégradation de ce milieu.

Le contexte socio-économique qui évaluera le rôle joué par le site et les différents impacts directs ou indirects subis par ce dernier, si toutefois ils existent.

Le patrimoine archéologique relevé dans la zone d’étude et qui est appelé à conditionner très fortement le rôle culturel du périmètre après aménagement. Au niveau de l’expertise, il sera principalement décrit la situation des principaux sites leurs contenus et leurs époques d’origine.

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LE MILIEU NATUREL

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A l'image des autres parties du littoral kerkennien, cette côte a une topographie faible et une géologie peu variée. Ce cadre et le climat, méditerranéen à nuance semi-aride, n'ont pas favorisé une hydrologie continentale importante. Du côté de la mer, la région se distingue par la grande faiblesse de son hydrologie et par l'importance de la marée.

Sur le plan géomorphologique, cette côte montre, malgré sa longueur plutôt modeste, une variété indéniable : falaises, côtes rocheuses basses, plages et marais maritimes. Elle est également le siège de différentes formes de dégradation dont notamment l'érosion de la côte. La responsabilité de l'homme, dans une telle évolution, est encore limitée, mais elle risque de devenir lourde, avec le temps, si certaines précautions ne sont pas prises.

I- LA FAIBLESSE DE LA TOPOGRAPHIE CONTINENTALE ET SOUS- MARINE

La topographie qui encadre le rivage montre une succession de petits dos de terrain à surface souvent très régulière et de secteurs très déprimés généralement occupés par des sebkhas aux altitudes très souvent inférieures à 1m et dont la plus étendue est celle de Founkhal.

Cette faiblesse de la topographie se prolonge sous l'eau. Le rivage est devancé par une plate-forme continentale étendue et très peu profonde. L'isobathe de - 2,5 m se trouve parfois à plus de 8 km du rivage.

II- LES DONNEES DE LA GEOLOGIE ET DE LA PEDOLOGIE

Le secteur objet de cette étude a une géologie peu variée. Son ossature est faite, pour l'essentiel, par des argiles gypseuses attribuées à la fin de l'ère tertiaire.

Au-dessus de ces argiles existent des formations quaternaires peu épaisses mais qui jouent un rôle important dans l'évolution de la côte et ont parfois offert des matériaux de construction ou des sols exploités dans l'agriculture.

Les argiles gypseuses se voient le mieux dans les coupes des falaises comme à Bordj El H'ssar. Elles sont aisément reconnaissables grâce à leur richesse en gypse et surtout leur couleur le plus souvent rougeâtre ou rouge-rose. Les publications géologiques les attribuent à l'ère tertiaire et les désignent souvent par l'appellation d'argiles gypseuses mio- pliocènes ou argiles gypseuses pontiennes.

La couverture quaternaire est représentée surtout par une croûte calcaire qui surmonte directement les argiles mio-pliocènes, connue, dans les travaux géologiques, sous l'appellation de croûte saumon à Helix ou aussi croûte villafranchienne. Viennent ensuite des placages de grès marins et éoliens, des colluvions (ou des dépôts colluviaux-alluviaux à colluvio-éoliens) et des sables dunaires meubles.

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La croûte affleure surtout au sommet des petits dos de terrain où elle a souvent été soumise à un défonçage répété suite aux activités agricoles ou à son exploitation comme pierre à bâtir depuis l'époque romaine au moins. Ses débris sont également utilisés dans les murettes des limites des propriétés agricoles.

Sa structure montre deux parties souvent bien individualisées:

Une partie supérieure, épaisse de 0,50 à 0,80 m, qui correspond à une dalle très résistante mais souvent disloquée en gros blocs;

Une partie inférieure plus épaisse (1 à 1,5 m) à cimentation relativement médiocre et qui correspond le plus souvent à un encroûtement pulvérulent riche en nodules et granules calcaires. Ceci va, comme on le verra, favoriser une érosion différentielle fragilisante pour certains tronçons du rivage.

Les grès marins et éoliens sont hérités de la transgression eutyrrhénienne qui a eu lieu il y a environ 125 000 ans et au cours de laquelle le niveau de la mer avait dépassé le niveau actuel d'une dizaine de mètres. Dans le terrain objet de la présente étude ils ne sont pas bien développés et se limitent souvent à de simples placages sur la croûte villafranchienne. Mais dans d'autres parties de l'archipel ils forment parfois de véritables cordons bien marqués dans le paysage et sont souvent exploités par des carrières étendues comme dans les environs de Mellita ou de Abbassia.

Les sols apparaissent à la faveur des formations meubles mais restent toujours peu profonds et très discontinus et appartiennent souvent à des milieux du type sebkha.

De plus, les formations meubles susceptibles d'être exploitées dans l'agriculture sont très peu épaisses. Elles appartiennent en fait à différentes générations héritées de périodes quaternaires ayant connu une certaine efficacité des eaux courantes au cours du Quaternaire. Certaines sont dues à l'action du vent.

Les sols les plus anciens apparaissent au sommet des petits dos de terrain, au-dessus de la croûte saumon. Ils correspondent généralement à un voile limoneux ou argilo-sableux, de couleur rose à rouge et d'épaisseur toujours faible (20 à 50 cm).

C'est dans les parties inférieures des ruptures de pentes (même minimes) ou dans les secteurs que celles-ci dominent directement que des formations meubles liés aux eaux courantes montrent un certain développement offrant les sols les plus épais et expliquent par là même les plus beaux vergers de l'archipel comme dans le secteur de Sidi ez Zorraï et de Sidi Fradj, située en arrière de la côte touristique et de Bordj El H'ssar. Il s'agit en fait de formations colluvio-alluviales, généralement sablo-limono-argileuses de couleur rose-rouge, appartenant à deux générations. L'une est postérieure aux dépôts du cordon littoral eutyrrhénien ; l'autre est encore plus récente et date de l'époque historique puisqu'on y trouve des tessons de poterie antique.

Les derniers dépôts meubles correspondent à des dunes peu épaisses qu'on trouve en différents points entre Bordj El H'ssar et la presqu'île de Founkhal, surtout à la racine de cette dernière et sur les bords des sabkhas.

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1 8 2 1 3 3 3 1 4 4 5 4 6 3 7 1

Cadre géologique:

Légende : 1- points côtés ; 2- petites ruptures de pente ; 3- sables éoliens ; 4- sols de sebkha ; 5- dépôts colluvio-alluviaux à colluvio-éoliens du Quaternaire supérieur ; 6- croûtes villafranchienne et voile limoneux à sa surface ; 7- affleurements des argiles gypseuses mio- pliocènes ; 8- ruines antiques.

III- UNE MORPHOLOGIE ASSEZ VARIEE DU TRAIT DE COTE

La morphologie littorale dépend en gros dans ce secteur, du tracé du trait de côte et de son exposition.

Dans les caps et les segments de côte rectiligne, domine le modelé de côtes rocheuses basses et de falaises. Celles-ci sont les plus caractéristiques dans le segment de Cercina et surtout entre les hôtels et Bordj El H'ssar.

Ici, leur commandement dépasse parfois la dizaine de mètres. Mais si elles sont toujours très marquées dans le paysage c'est surtout grâce à leur couleur rouge-rose, couleur des argiles mio-pliocènes dans lesquelles elles sont taillées.

Au fond des criques, la place est donnée aux formes d'accumulation. Aussi y trouve- t-on des plages de galets ou sableuses. Au Nord-Est de Bordj El H'ssar, ces formes s'appuient à une côte basse rocheuse (taillée dans la croûte calcaire villafranchienne et/ou les placages de grès tyrrhéniens) ou sont relayées vers l'intérieur par des sebkhas ou des schorres.

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Les estrans sableux les plus développés se trouvent dans la petite crique qui sépare les deux petits caps (El Garn Ech Chargui et El Garn El Gharbi) de l'extrémité de la presqu'île de Founkhal, à Ouled El Mir et entre Cercina et Rass Amer et devant le grand hôtel.

et entre Cercina et Rass Amer et devant le grand hôtel. Côte entre le grand hôtel

Côte entre le grand hôtel (en arrière plan) et Bordj El H’ssar :

A gauche : les premières résidences situées à quelques mètres du rivage

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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH

ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH Côte rocheuse basse renfermant des vestiges archéologique En avant

Côte rocheuse basse renfermant des vestiges archéologique En avant plan : la presqu’île de Founkhal

IV- UN CLIMAT MEDITERRANEEN A NUANCE SEMI-ARIDE

Le climat de l'archipel kerkennien n'est qu'une variante du climat méditerranéen. Il est clément par ses températures mais très capricieux par sa pluviométrie.

1- Les températures :

Leur moyenne annuelle se situe autour de 18°8. Janvier et août, respectivement mois le plus froid et mois le plus chaud, ont des températures moyennes de 11°C et de 26°3C.

A partir de mai commence une longue saison chaude qui dure jusqu'à octobre.

Les températures moyennes y sont toujours supérieures à 20° avec des maxima absolus en août et juillet parfois très élevés pouvant dépasser parfois 47°C. De telles températures sont enregistrées surtout lorsque souffle le sirocco.

Les minima, phénomènes de gelée.

enregistrés

en

janvier,

ne

sont

que de

2°3C d'où la

rareté des

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2- Le vent

L'archipel des Kerkennah est un milieu venté ; les situations de calme ne représentent généralement que le cinquième des observations. Les vents dominants viennent respectivement des secteurs septentrionaux (NW à NNE), orientaux et occidentaux et atteignent parfois de grandes vitesses. Celles-ci sont enregistrées surtout de la fin de l'automne au printemps. Le 15 avril 1958 par exemple, a été enregistré un vent de 47 m/s.

1958 par exemple, a été enregistré un vent de 47 m/s. N SFAX N.T.O 29210 GABES
N SFAX N.T.O 29210 GABES N.T.O 29206 DJEBA N.T.O 29153 MEDENINE N.T.O 7971 2 -
N
SFAX
N.T.O 29210
GABES
N.T.O 29206
DJEBA
N.T.O 29153
MEDENINE
N.T.O 7971
2 - 4
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> 10/s
Roses des vents dans les régions qui encadrent l'archipel kerkennien

3- Les pluies

La station d’El Attaya, à l'extrémité Nord-Est de l'archipel, ne reçoit en moyenne que 228 mm d'eau. 53% des chutes sont enregistrés en automne. L'hiver vient en deuxième position avec 28% des pluies annuelles. Le reste tombe essentiellement au printemps. A part quelques orages, l'été est toujours sec.

Ce déficit pluviométrique est partiellement compensé par l'humidité liée à la présence de la mer ; mais les températures élevées et les vents fréquents favorisent une évaporation active et privent le sol d'une partie de son humidité.

Notons aussi que, comme partout en Méditerranée, les pluies sont irrégulières, capricieuses et montrent de grandes variations interannuelles et saisonnières. D'un autre côté, elles n'intéressent qu'un nombre limité de jours (22 jours en moyenne) et surviennent, à l'occasion d'orages brefs et violents, très souvent sous la forme d'averses et de pluies torrentielles.

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4- Une hydrologie continentale presque nulle

La faiblesse de la topographie ne peut évidemment pas favoriser, surtout que la pluviométrie est très indigente, l'existence de cours d'eau importants.

Le ruissellement dominant est du type diffus. Ce n'est que localement, sur les quelques rares petites ruptures de pente, que les eaux arrivent à se concentrer dans de petits ravins. Leurs effets ne doivent pas pour autant être négliger ; lorsqu'elles atteignent le sommet des falaises faites de roches tendres elles activent, parfois de façon sensible, le retrait du trait de côte.

V- DIFFERENTES FAIBLESSES DU LITORAL

1- Une érosion marine sévère

Malgré la faible énergie des eaux qui la baignent cette côte est soumise à une érosion marine nette. Celle-ci affecte aussi bien les falaises que les côtes rocheuses basses et les plages.

les falaises que les côtes rocheuses basses et les plages. Illustration de l’impact de l’érosion au

Illustration de l’impact de l’érosion au niveau de Bordj H’ssar et la zone littorale urbanisée

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Dans les falaises :

L'érosion est la plus active dans les falaises de Bordj El H'ssar taillées essentiellement dans les argiles mio-pliocènes. Elle a déjà entraîné un recul sensible du trait de côte. Les repères sont surtout des vestiges archéologiques. De fait, le recul de la côte a, dans plusieurs situations, permis à la falaise de rattraper des sites qui devaient logiquement se trouver, à l'origine, à un minimum de distance du rivage. Dans certains cas la mer a éventré les structures de tels sites et en a parfois même fait disparaître une grande partie.

Les exemples les plus expressifs existent à la hauteur de Bordj El H'ssar et dans le secteur compris entre les hôtels et Rass Amer. Autour de Bordj El H'ssar, la falaise, haute de 2 à 8 m, est alternativement taillée dans les argiles gypseuses et dans du matériel archéologique de l'antique Cercina.

A en juger par les vestiges qui la devancent et qui appartiennent de nos jours au domaine supra. et infralittoral, elle a reculé depuis l'Antiquité, d'au moins 200 m.

Dans le secteur compris entre les hôtels et Rass Amer, la falaise, moins haute (1m à 3m), est en grande partie taillée dans un faciès sableux tendre des dépôts tyrrhéniens. Elle est devancée par une petite plage. Mais à l'occasion des tempêtes les vagues l'atteignent et y causent un recul menaçant. La preuve est donnée par l'état dans lequel se trouvent les vestiges archéologiques mais aussi les palmiers rattrapés par le trait de côte ou même abattus sur l'estran.

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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH Recul du trait de côte au niveau du rivage

Recul du trait de côte au niveau du rivage situé à l’Ouest de la presqu’île de Founkhal (en arrière plan)

de la presqu’île de Founkhal (en arrière plan) Falaise attaquée par l’érosion au niveau de Bordj

Falaise attaquée par l’érosion au niveau de Bordj H’ssar

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Dans les côtes rocheuses basses :

Les effets de l'érosion sont nets même dans les secteurs rocheux. Plusieurs segments sont soumis à une érosion différentielle favorisée par l'inégale résistance entre la croûte calcaire villafranchienne et les argiles qu'elle surmonte.

Des exemples se trouvent dans le secteur de Sidi Fradj, au Nord-Est de Bordj El H'ssar et sur la côte de la presqu'île de Founkhal.

Dans de pareilles situations l'estran est souvent encombré d'éboulis qui témoignent de l'efficacité du travail des vagues et de l'importance du démantèlement du rivage.

Là où le rivage est taillé uniquement dans des matériaux durs c'est l'érosion biochimique (corrosion) qui l'emporte.

Ces matériaux qui correspondent à la croûte calcaire villafranchienne ou les placages de grès marins ou éoliens tyrrhéniens sont en effet généralement riches en calcaire. En témoigne le caractère très souvent démantelé des estrans dominés par des mares et lapiès.

Dans les plages :

Ces formes occupent, on l'a vu, une place relativement secondaire. Même dans ces sites où elles sont relativement importantes, on a affaire à des plages très peu épaisses et étroites.

Dans plusieurs cas ce ne sont en effet que des liserés de quelques mètres de large seulement et dont le matériel ne dépasse pas le stade d'un voile de sables qui ne parvient pas toujours à bien masquer les formations géologiques sous-jacentes.

Ce qui explique leur fragilité et leur extrême vulnérabilité aux aménagements. La grande digue a par exemple, en interceptant les apports de la dérive littorale, très vite accéléré l'érosion des plages situées entre l'hôtel Cercina et Rass Amer.

2- Les causes ont avant tout une origine naturelle

Cette érosion de la côte est due à différents facteurs. Les uns sont d'ordre naturel, les autres sont liés à certaines interventions humaines imprévoyantes.

La part de la nature :

La remontée du niveau marin, l'affaissement du sol de l'archipel par subsidence et l'absence de cours d'eau importants susceptibles d'alimenter la côte en sédiments sont à l'origine des principales faiblesses naturelles de cette côte.

L'élévation du niveau marin est un phénomène constaté un peu partout dans le monde. Dans la région des Kerkennah elle est attestée par des repères variés.

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Les repères les plus convaincants sur le terrain sont d'ordre archéologique. Car très souvent les ruines, nombreuses dans l'aire de l'étude, sont sévèrement érodées et partiellement submergés. On sait aussi que l'analyse des enregistrements marégraphiques du port de Sfax, pour ce siècle, ont montré que la variation positive du niveau marin est en cours.

La subsidence du terrain est signalée dans différentes études géologiques.

Pour la période récente elle est attestée par l'importance exceptionnelle des phénomènes de submersion des vestiges archéologiques et les résultats de l'analyse des données marégraphiques.

D'une part, la tranche d'eau qui couvre les ruines est nettement plus épaisse que sur le reste des côtes tunisiennes ; à Bordj El H'ssar elle atteint 2m. D'autre part, l'élévation du niveau marin qu'indiquent les enregistrements marégraphiques du port de Sfax se fait à une vitesse quatre à cinq fois supérieure à celle de la moyenne mondiale.

N Sites archéologiques antiques en cours d'érosion par la mer (flèches) ou submergés (étoile) COMETE
N
Sites archéologiques antiques en cours d'érosion par la mer (flèches)
ou submergés (étoile)
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– KERKENNAH N LÉGENDE 1 2 3 4 Borj El H'ssar Détails de l'avant côte de

Détails de l'avant côte de Bordj El H'ssar où gisent, sous l'eau, d'importants vestiges archéologiques

Légende : 1- falaise ; 2- rides sablo-vaseuses sous-marines ; 3- alignements visibles d'un avion à basse altitude: ils correspondraient, au moins partiellement à des structures archéologiques ; 4- "Hajret El Baou" : structure en maçonnerie qui émerge partiellement par marée basse

La responsabilité de l'homme :

Certes, cette côte est encore peu anthropisée, mais les quelques aménagements ont déjà une contribution indéniable dans l'accélération de l'érosion marine. Ceci apparaît à travers différentes pratiques :

le prélèvement du sable des plages pour la construction. Cette pratique est interdite aujourd'hui. Mais elle était courante et a contribué à ruiner différentes plages de l'archipel ;

l'implantation de certaines constructions à très peu de distance du rivage, voire partiellement sur les plages ou au sommet de falaises. Les illustrations ne manquent pas dans la zone touristique ;

le dérèglement du transit sédimentaire par la création d'obstacles interceptant la dérive littorale. C'est le cas de la digue de Cercina ;

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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH N Borj El H'ssar MÉDITERRANÉE LÉGENDE 16 1 6
N Borj El H'ssar MÉDITERRANÉE LÉGENDE 16 1 6 11 2 7 12 3 8
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La situation autour de la zone touristique ; la partie la plus aménagée de la côte
comprise entre Sidi-Fradj et Founkhal :
MER

Légende : 1- falaises vives ; 2- falaises et côtes rocheuses basses ; 3- plages ; 4- petites plages au pied d'une falaise ; 5- dérives littorales principales ; 6- estrans largement exondés par marée basse ; 7- limites externes de la zone de balancement de la marée ; 8- herbiers à posidonie ; 9- structures archéologiques submergées ; 10- côtes en voie d'érosion ; 11- érosion sévère de la côte ; 12- plages à léger engraissement ; 13- hôtels ; 14- résidences secondaires installées sur des ruines ; 15- digues importantes déréglant le transit sédimentaire ; 16- routes

VI-

SENSIBILITE

DU

MILIEU

NATUREL,

SES

CONTRAINTES

L’AMENAGEMENT ET RECOMMANDATIONS

La côte Sidi Fradj-Founkhal montre donc plusieurs faiblesses naturelles et connaît différentes formes de dégradation. Mais elle est guettée par différentes menaces qui pourraient, avec des aménagements non avertis, conduire à des situations critiques.

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1- Des menaces naturelles :

Ces menaces pouvent être aggravées par des interventions humaines imprévoyantes :

L'érosion marine, la menace sérieuse la plus apparente, risque de devenir de plus en plus préoccupante au cours des prochaines décennies suite à l'accélération prévue de l'élévation du niveau marin surtout si les aménagements que cette côte serait appelée à accueillir n'en tiennent pas compte. N'oublions pas le caractère subsident du sol de l'archipel qui ne pourra qu'accentuer la sensibilité de cette côte.

Pour que cette côte, qui a la chance d'être restée encore à l'abri de l'exploitation minière dont souffrent d'autres littoraux, n'évolue pas vers des situations délicates toute intervention doit y être entourée de plusieurs précautions. Ceci s'applique aussi bien à l'utilisation du rivage qu'aux interventions en vue de le protéger.

Concernant le premier point on pense surtout aux pratiques qui ont déjà contribué à fragiliser la côte et qui n'ont pas toujours disparu malgré l'accord sur leurs méfaits.

o

Le prélèvement de sable sur l'estran et dans les dunes. Il est actuellement interdit, mais il faut un contrôle et une surveillance plus efficaces, les infractions n'ont pas cessé totalement.

o

L'implantation des ouvrages qui perturbent le transit sédimentaire. La digue de Cercina est l'exemple type. Elle est, en partie responsable de l'accélération de l'érosion de la côte située à son abri en direction de Rass Amer.

Concernant la protection, elle risque en effet de s'imposer. Il faudra alors une intervention en fonction de l'état de la côte.

o

Les secteurs déjà aménagés et souffrant de cette érosion doivent faire l'objet de travaux de protection. Mais il faut dans cela tirer profit des expériences menées dans les autres parties du littoral tunisien et favoriser les interventions qui s'intègrent dans le cadre de ce qu'il est convenu d'appeler "défense douce". Les travaux de protection de la côte, faits ici et là ces dernières années, sont parfois isolés et n'ont fait parfois qu'aggraver la situation : murs de soutènement à l'Est de Rass Amer, à l'Est de l'hôtel Cercina, au voisinage de Bordj El H'ssar, etc. Car pour être efficaces les mesures de protection doivent nécessiter une étude du site en question mais aussi de l'ensemble du segment de côte auquel il appartient et avec lequel il a des échanges sédimentaires.

o

Pour les secteurs encore à l'abri des aménagements "le recul stratégique" est le meilleur conseil. Une distance doit être donc toujours gardée par rapport au rivage. Cette distance variera obligatoirement d'un secteur à l'autre. Elle doit tenir compte en particulier des deux phénomènes qui constituent les principales faiblesses de l'archipel (l'élévation du niveau marin et l'affaissement du sol). La bonne délimitation du Domaine Public Maritime (D.P.M) pourrait déjà aider à fixer la distance que les aménagements doivent garder par rapport à la mer et aux sebkhas littorales qui doivent logiquement faire partie de ce domaine.

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La progression de la salinisation est l'autre menace sérieuse à ne pas négliger. Car avec une élévation du niveau marin il faut s'attendre aussi, surtout avec un sol qui s'affaisse, à une progression de la salinisation dans les terres basses meubles qui bordent le rivage. Une annexion partielle des marais maritimes et même des sebkhas par la mer pourrait également se produire. Ces sebkhas sont, on l'a vu, très basses et, déjà avec le niveau marin actuel, inondées plusieurs mois par an surtout à l'occasion de la saison des tempêtes marines et de la pluie.

Aussi, une distance doit-elle être gardée également par rapport aux berges des sebkhas qui, elles aussi, progressent en direction des terres basses qui les bordent.

Par ailleurs, faut-il rappeler enfin que ces milieux humides sont particulièrement sensibles pour leur végétation et les nombreux oiseaux migrateurs qui les visitent. Ils méritent, au moins de ce point vu, d'être préservés.

2- Un patrimoine archéologique à risque

Le patrimoine archéologique est une richesse mais en même temps l'une des formes de sensibilité de cette côte. Le site de Bordj El H'ssar fait l'objet d'une attention particulière. Mais les vestiges de front de mer sont soumis à une destruction continue par la mer, surtout à l'occasion des tempêtes. Les formes de dégradation s'observent aussi dans les sites archéologiques moins étendus comme c'est le cas entre les hôtels et Rass Amer. Enfin, rappelons qu'une partie des vestiges archéologiques se trouve aujourd'hui sous les résidences secondaires.

3- Un risque anthropique supplémentaire :

Le déversement du pétrole :

Outre les problèmes d'ordre naturel et humain évoqués plus haut, une attention doit être accordée au champ pétrolier de Cercina implanté au large de cette côte, à très peu de distance du rivage. Car un déversement accidentel d'hydrocarbures pourrait, compte tenu des données du milieu naturel et humain, se solder par une catastrophe écologique et économique. D'une part, cette côte est directement exposée aux vents dominants et le milieu marin se caractérise par la faible profondeur des eaux et par ses chenaux et courants de marée ; Ceci doit faciliter la pénétration du goudron dans les sédiments de l'avant-côte et leur transfert rapide vers le rivage et menacera faune et flore (notamment les posidonies qui émergent partiellement par marée basse de vives eaux). Enfin, cette côte renferme des aménagements particulièrement sensibles dont en particulier la zone touristique et les pêcheries fixes.

La situation peut se compliquer beaucoup si le déversement se combine avec une houle forte et une marée montante.

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Une étude approfondie doit être consacrée à cette question. Elle doit chercher à mesurer l'impact d'un déversement sur le milieu naturel et humain ainsi que la définition des précautions à prendre pour éviter l'accident et des moyens et techniques à utiliser pour lui faire face si par malchance il se produit. La connaissance des différents profils de détail de l'estran par exemple, doit aider à imaginer le comportement de la matière polluante une fois elle s'échoue sur le rivage.

Les quelques observations faites sur le rivage, dans le cadre de la présente étude, laissent déjà penser que le nettoyage du rivage ne sera pas tâche aisée. Les différents types de profils de l'estran (falaises, estrans rocheux, plages, etc.) témoignent encore une fois de la remarquable fragilité de la côte kerkennienne et indiquent qu'en cas de pollution par les hydrocarbures les opérations de nettoyages ne seront pas aisées sans des techniques bien appropriées au milieu et qu'elles ne seront pas faciles et sans dégâts. D'abord parce que l'estran est souvent rocheux et affecté par de nombreuses irrégularités (formes de corrosion) ce qui n'autorisera pas l'emploi de n'importe quel moyen de nettoyage manuel. Puis parce que les estrans sableux se trouvent souvent au pied de falaises (ce qui posera des problèmes d'accès) et sont minces (ce qui les menacera dans leur existence).

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LE DIAGNOSTIC PAYSAGER

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I- INTRODUCTION

L'archipel des Kerkennah est doté de potentialités paysagères certaines qui ne sont pas mise en valeur en raison de son isolement (au sens large) d'une part et de la dégradation du milieu naturel d'autre part. Cette dernière est du fait de la nature elle-même mais aussi de l'homme dont la pratique de l'espace à travers l'histoire n'a pas toujours respecté l'équilibre de son écosystème naturel.

Le relief de l'archipel est plat dans son ensemble, le modelé du terrain correspond à des ondulations du villafranchien continental, affleurant avec ses limons rouges et sa dalle de croûte calcaire; Les parties basses, soit par subsidence soit par érosion, se présentent comme des colluvions caillouteuses et surtout sablo-limoneuses. L'ensemble est surmonté d'une grande forêt plus ou moins dense et continue de palmiers, sillonnée de piste et s'étalant sur tout le territoire de l'archipel. Cette forêt où le palmier (Phoenix dactilyfera) et l'Halfa (Lygeum spartum) en sous-bois dominent la végétation naturelle, constitue la principale composante du paysage de Kerkennah, elle est toutefois entrecoupée tour à tour par des agglomérations et des sebkhas. Les parcelles agricoles sont de petites dimensions et s'étalent souvent entre les palmiers, il s'agit d'une polyculture juxtaposant vergers (oliviers, amandiers, figuiers et vignes) et parcelles céréalières rarement perçues comme une rupture dans le tissu de la forêt.

La mer est la deuxième composante principale du paysage des Kerkennah puisque perçu pratiquement depuis tous points du territoire de l'archipel, sans doute parce que "les îles et îlots sont toujours très peu larges, aucun point n'y est à plus de 5 km du rivage" (Oueslati, 1995).

La ligne de côte est le champ d'un perpétuel conflit entre la mer et la terre qui se manifeste par une érosion plus ou moins prononcée en fonction de l'exposition du rivage. Ce dernier es Au large de cette ligne de côte la mer se distingue par la faible profondeur de ses eaux et un estran plus ou moins large, les pêcheries fixes ou "Ch'rafi" y constituent une spécificité du paysage côtier de Kerkennah.

Le témoin d'une bataille entre une dynamique maritime traduite par le mouvement des vagues et un phénomène important qui est la marée et une roche qui résiste tant bien que mal et dont le comportement se traduit par des falaises échancrées et des éboulis mais aussi par des schorres, des chenaux de marée et des sebkhas.

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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH Forêt de palmier (paysage typique de Kerkennah Empiètement sur

Forêt de palmier (paysage typique de Kerkennah

– KERKENNAH Forêt de palmier (paysage typique de Kerkennah Empiètement sur le DPM COMETE Engineering 35

Empiètement sur le DPM

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II- UN SITE AUSSI RICHE QUE VULNERABLE

La zone d'étude s'étale au Nord-Ouest de l'île Chergui entre Sidi Fradj et la Presqu'île de Founkhal le long d'un espace changeant et varié particulièrement sur la frange littorale. Cet espace, compris entre la forêt de palmiers et la mer, présente une succession d'unités paysagères représentant le paysage de l'île dans ses composantes naturelle, agricole, résidentielle et historique où le palmier reste omniprésent.

En effet, à l'image de l'ensemble de l'archipel, le palmier constitue le principal "motif" paysager présent à travers les différentes unités dont il est le dénominateur commun. Ce palmier plus ou moins dense est variablement mis en valeur entre la presqu'île de Founkhal et ses environs où il exprime (encore) une "nature vierge" soit un bout du paysage originel de l'île, les parcelles agricoles où il semble avoir laissé la place aux cultures au moins en partie et, enfin l'espace résidentiel et touristique où il joue l'arbre d'ornement.

A ce titre, le palmier est un "référent" indéniable dans le paysage du site et de tout l'archipel.

La falaise représente, par ailleurs le deuxième trait commun de cette bande littorale objet de notre étude, elle caractérise la quasi-totalité de sa ligne de côte mis à part une bande d'environ 200 m à l'extrémité Sud, le reste passe rapidement d'une côte rocheuse à une falaise atteignant les 3 m de Haut au niveau de Bordj El H'ssar, elle s'estompe progressivement avec la descente du relief vers la limite Nord où la ligne de côte s'étale en marais maritime à l'Ouest d'une digue permettant le franchissement de la sebkha vers la presqu'île de Founkhal.

Cette falaise montrant, du reste le profil ondulé du terrain, se comporte comme le front de bataille de la terre face aux agressions répétées des vagues en y laissant des roches ce qui explique sa vivacité et par-là, le degré de sensibilité du site.

La mer et la forêt de palmiers constituent la toile de fond de l'espace du site qui se présente ainsi comme une entité homogène de paysage littoral voir insulaire. Cette entité est composée d'unités plus ou moins distinctes traduisant les différents modes de pratique de cet espace et son histoire, ces unités sont:

1- La composante naturelle

Elle s'exprime sur les deux extrémités du site par une forêt de palmiers qui n'y offre pourtant pas les mêmes référents paysagers. Au Nord, elle s'étend autour de la sebkha de Founkhal pour se prolonger le long de sa presqu'île où elle représente le paysage naturel originel de l'île avec un sous-bois dominé par le Sparte ou Halfa (Lygeum spartum) qui est accompagné d'une strate herbacée variée et qui, sur les parties déprimées et aux abords de la sebkha est remplacé par une pelouse de Salicorne (Salicornia radicans) et autres halophytes. Elle est ponctuée de quelques constructions typiques de l'île tel le marabout de Sidi Founkhal.

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Au sud, la forêt est plus dense grâce à l'introduction de l'Acacia mais aussi à une végétation arbustive plus riche profitant de la générosité du sol dans cette partie du site avec, outre le Sparte et le cortège floristique qui l'accompagne (Frankenia thymifolia,

du Lycium et de l'Aloès indicateurs d'un sol

plus riche. Cette forêt comprise entre la zone touristique et un quartier résidentiel, subit les désagréments du voisinage qui profitant de sa densité végétale y déverse clandestinement toutes sortes de déchets et ordures ce qui défigure ce massif en faisant un espace rejeté bien qu'il corresponde à la partie la plus accueillante du rivage représentant la seule plage du site.

Zygophyllum album, Aeluropus littoralis,

),

2- La composante agricole

Elle se concentre principalement autour de Bordj El H'ssar où le palmier a reculé au profit de parcelles de céréales mais aussi de vergers de vignes et de figuiers qui s'étendent autour de quelques demeures éparpillées. Cet espace est fortement marqué, à l'époque où nous le visitions, par des champs fleuris d'adventices des cultures telles que le Silène et surtout l'Oxalis dont la floraison jaune tapisse assez fréquemment les vergers et même les parcelles de céréales.

D'autres parcelles toujours de petites dimensions sont éparpillées à travers la forêt de palmiers notamment à l'Est de sebkha Founkhal en direction de la ville de Erramla où une unité d'élevage bovin témoigne avec la faible dimension des parcelles d'une agriculture archaïque et faiblement rentable.

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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH Plage étroite et attaquée par l’érosion Mur en béton

Plage étroite et attaquée par l’érosion

– KERKENNAH Plage étroite et attaquée par l’érosion Mur en béton au bas de la falaise

Mur en béton au bas de la falaise (action d’un particulier pour arrêter l’érosion marine)

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3- La composante résidentielle

Il s'agit d'un quartier de résidences balnéaires qui s'étend le long de la côte au sud de Bordj El H'ssar et qui semble s'étaler de part et d'autre d'une piste parallèle au rivage et ce au regard des lots de terrain clôturé vraisemblablement en attente de construction. Un de ces lots surplombe la falaise, il est clôturé d'un mur aveugle fermant la vue sur la mer et élevé en bordure de falaise en accentuant sa hauteur ce qui constitue un point noir dans le paysage de ce littoral posant la question de l'homogénéité du tissu balnéaire et sa relation au rivage.

4- La composante historique

Elle se manifeste par le site archéologique de Bordj El H'ssar, l'un des nombreux sites découverts sur le pourtour de l'archipel et qui restituent son histoire.

Le Bordj domine une colline qui a su garder jalousement (jusque-là du moins) une bonne partie des traces de Cercina, l'autre partie a été mise à jour voir dégradée par l'érosion marine et le recul du littoral, elle est aujourd'hui submergée. Des traces de fond de cuves se lisent encore sur l'estran, sur la coupe de la falaise on trouve des parois de citernes. Le site a fait l'objet de travaux de fouilles qui ont permis de découvrir un quartier antique qui s'étend au pied du Bordj qui à son tour a été restauré.

Ces travaux donnent au paysage du site une dimension culturelle lui conférant une valeur de patrimoine.

Au-delà du site archéologique vers le Nord, le paysage oscille entre une garrigue, des parcelles agricoles, des marais maritimes et des clairières où tout était rasé autour d'un puits de champs pétrolier signalé par une machinerie de forage au milieu et fermé d'une clôture grillagée.

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ZONE SENSIBLE BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH Falaise en décomposition Ruines au bord de la falaise

Falaise en décomposition

BORDJ EL H’SSAR – KERKENNAH Falaise en décomposition Ruines au bord de la falaise attaqué par

Ruines au bord de la falaise attaqué par l’érosion

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Les potentialités paysagères du site de Kerkennah ne manquent certainement pas, tellement il est riche de ces composantes historique et naturelle qui manquent, par contre, d'être mises en valeur et soulignées surtout, nous semble-t-il, qu'il suffit d'une petite touche pour restituer au site son charme, du moins c'est la forte impression que nous avons quand nous sommes sur ce site.

Ce dernier inspire l'idée d'une conservation inventive de son paysage, face à une occupation du sol parfois nuisible à l'équilibre du milieu naturel d'une part par le travail de certains terrains littoraux qui de par la nature de ce dernier favorise la déflation et l'érosion éolienne et d'autre part le pastoralisme qui contribue à la dégradation du couvert végétal, face à l'occupation humaine non planifiée mais aussi face aux facteurs de dégradation naturelle.

Il s'agirait principalement de démarrer une dynamique écologique favorable à l'évolution du milieu naturel et une dynamique maritime qui serait favorable à l'engraissement de la falaise.

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LA BIODIVERSITE

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La bande littorale située entre le Grand Hôtel et Founkhal à Kerkennah offre le paysage typique d’une steppe de sparte ou alfa Mahboula (Lygeum spartum) clairsemée de palmiers spontanés (phoenix dactylifera) sur des sols toujours caillouteux, encroûtés, gypseux plus ou moins salés. Des marais marins et des Sebkhas marquent sa limite Nord-Est.

I- LA FLORE

1- Groupement de la steppe de sparte

L’alliance de Lygeion sparti, bien typique à Kerkennah manifeste la présence de marnes gréseuses et permet la distinction de 4 groupements définis, selon l’abondance de l’armoise blanche, du zygophylle blanc, de l’impériale cylindrique ou du jonc maritime, et riches en espèces arides rencontrées dans le centre et le sud tunisien.

a. Groupement à Lygeum spartum– Artemisia herba alba-pituranthos tortuosus

La steppe à Armoise blanche s’étend du Grand hôtel jusqu’à El Karraba, sur des sols lourds gypso-limoneux et le long de la limite méridionale du site.

Le groupe steppique caractéristique est constitué par :

Artemisia herba alba

Pituranthos tortuosus

Thymelea hirsuta

Lycium arabicum

Fagonia cretica

Polygonum equisetiforme

Aloe vera

Plantago albicans

Asphodelus fistulosus

La steppe d’Armoise blanche comporte 2 faciès.

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i- un faciès psammophile à deux variantes :

Variante de plaine (avant Bordj H’ssar)

Hyparrhenia hirta

Asparagus albus

Asparagus stipularis

Erodium laciniatum

Euphorbia terracina

La présence du sel est signalée par :

Atriplex glauca

Atriplex inflata

ii- Un faciès gypsophile

Variante de colline (après Bordj H’ssar)

Salsola oppositifolia

Medicago mirina

Matthiola longipetala

Volutaria lippii

Sueda mollis

Trigonella maritima

L’Armoise blanche y est toujours présente jusqu’au bord de la falaise entre Bordj H'ssar et El Karraba. Les éléments du groupe steppique caractéristique y sont moins fréquents.

La présence du gypse est indiquée par :

Reaumuria verniculata

Zygophyllum album

C’est

la

seule

monopetalum.

station

l’on

peut

Limonistrum monopetalum

Nitraria retusa

trouver

l’espèce

halophile

Limonaistrum

b. Groupement à Lygeum spartum– Zygophyllum album-Frankenia thymifolia

Cette steppe, très étendue sur des terrains bas gypso-salés bas et encroûtés, occupe tout le centre du site limité au Nord par les marais marines entre Karraba et le port de Branka.

Le nouveau groupe steppique caractéristique comprend :

Zygophyllum album

Reaumuria vermiculata

Lygeum spartum

Limonium pruinosum

Limonium tunetanum

Frankenia thymifolia

Aeluropus littoralis

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Le groupe steppique de l’Armoise blanche a pratiquement disparu ; tout au plus peut- on trouver par endroits des touffes de Thymelea hirsuta et Pituanthos tortuosus.

Ce milieu à Zygophyllum album, quoique pâturé, demeure impropre aux cultures.

c. Groupement à Imperata cylindrica – Echiochilon fruticosum

Ce groupement est caractéristique des sols sablonneux éoliens à proximité de la mer. Le sparte étant absent ou très rare, c’est Pituranthos tortuosus qui indiquerait la faible présence de gypse. Il couvre la partie centrale de la corne de Branka et s’étend à l’arrière pays jusqu’à sabkhet Founkhal.

Il est dès lors évident que le groupe psammophile est le plus important.

Echiochilon fruticosum

Imperata cylindrica

Helianthemum sessiliflorum

Retama retam

Thymelea hirsuta

Polygonum equisetiforme

Plantago albicans

Senecio gallicus (annuel)

Aristida tunetana

Atractylis serratuloides

Helichrysum fontanesii

Le sable éolien se trouve à l’état stabilisé car Retama retam y est très rare et comporte à une faible profondeur, un horizon aquifère peu chargé en sel indiqué par la présence d’Imperata cylindrica.

Ce groupement sert actuellement au pâturage, mais on pourrait y planter des oliviers avec succès.

d. Groupement à Juncus maritimus – Thymelea hirsuta

Le sol sablonneux peu salé s’étend en bordure du marais marin situé entre la corne de Branka et le pont à l’extrémité de sebkhat Founkhal

Il est colonisé par :

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Des espèces psammophiles

o

Thymelea hirsuta (très abondant)

o

Echiochilon fructicosum

o

Helianthemum sessiliflorum

o

Retama retam

o

Imperata cylindrica (très rare)

Des espèces psammophiles et halophiles

o

Juncus maritimus

o

Juncus acutus

o

Scirpus holoschoenus (jusqu’à 2 m de haut)

Des espèces gypsophiles

o

Lygeum spartum (rare)

o

Pituranthos tortuosus

o

Zygophyllum album

La vocation de ce groupement est très limitée.

e.

Flore adventice steppique

Il s’agit d’un groupe nitrophile qui se trouve autour des agglomérations, le long des pistes, dans les lieux fréquentés par l’homme et les animaux.

Mesembryanthemum cristallinum

Peganum harmala

Calendula aegyptiaca

Aizoon canariense

Asphodelus fistulosus

Asphodelus tenuifolius

Matthiola longipetala

Volutaria lippii

Vella annua

Senecio gallicus

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2- Groupements des Sebkhas

L’alliance du Salicornion fruticosae trouvée à Kerkennah comporte 3 groupements halophiles succulents répartis en mosaïque, et réduits chacun à l’espèce principale qui le caractérise.

Groupement à Salicornia futicosa

Groupement à Arthrocnemum indicum

Groupement à Halocnemum strobulaceum

Cette mosaïque à l’état éparpillé se localise à la périphérie de Sabkhet Founkhal, le centre étant vide. Par contre, elle est bien fournie, voire dense dans les marais marins entre El Karraba et Founkhal.

3- Conclusion

L’étude de la végétation du périmètre d’étude permet de dégager les suggestions suivantes concernant :

1. le parcours

Le sol gypso-salé étant impropre aux cultures, la vocation essentielle de cette zone sensible est le pâturage, les palmiers et la nappe de sparte généralement en bon état permettent de retenir le sol et les espèces recensées sont dans leur majorité bien broutées.

2. l’agriculture

Certaines cultures de figuier et de vigne, installées sur les terrains où se développe le groupement à Artemisia herba alba, Pituranthos tortuosus et Hyparrhenia hirta offrent un rendement médiocre entre le Grand Hôtel et Bordj El H’ssar.

Cependant on pourrait installer des oliviers sur le sol profond indiqué par le groupement à Imperata Cylindrica et Echiochilon fruticosum, dans la corne sablonneuse et l’arrière pays correspondant.

3. la sparterie

L’utilisation de l’alfa «mahboula » dans la sparterie ou artisanat de tressage pose le problème de son arrachage abusif qui fait périr rapidement les touffes et risque, à moyen terme, d’accélérer l’érosion du sol et amaigrir le parcours. Si le contrôle de l’arrachage du sparte s’avère difficile, un aménagement rationnel de la nappe s’imposera suite à une mise en défens (système de rotation où chaque parcelle ouverte servira à la fois pour la cueillette du sparte et pour le package).

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4. le tourisme

Pour profiter du calme absolu qui règne sur l’île et créer le dépaysement souhaité par les visiteurs, l’aménagement de la zone, comme site de promenade le long des marais et à l’intérieur de Sabkhet Founkhal, prend tout son intérêt si l’on songe au futur complexe hôtelier prévu à Founkhal.

4- Originalité de l’écosystème

L’écosystème du site est composé d’une combinaison de Dattier- sparte et paraît être dans à l’état d’équilibre stable pour le moment. Mais ce biotope insulaire bien typique à Kerkennah et qui revêt un caractère steppique accusé, reste potentiellement vulnérable et devra être surveillé en permanence.

Parmi les plantes rares que l’on y rencontre, il y’a deux espèces Tunétanes (propres à la Tunisie) à savoir : Aristida tunetana et Limonium tunetanum. On y retrouve aussi la Lilacée naturalisée dans le bassin méditerranéen et utilisée en pharmacopée. Il s’agit de l’Aloe vera qui se trouve chez nous cantonné à Kerkennah et à Djerba. Le patrimoine génétique de cette espèce médiane très rare, devra être préservé au sein de la future collection botanique dont l’installation est proposée sur le site.

5- Degrés de sensibilité

l’on distingue 4 zones plus ou moins vulnérables sur le site d’étude.

Les steppes arborée, zone centrale pratiquement fermée par la présence de palmiers assez denses et d’une strates sous-jacente vigoureuse. Ce périmètre en bon état reste peu vulnérable à condition d’y interdire l’extraction de la seve qui décime les palmiers et l’arrachage du palmier et du sparte pour divers usages. Il possède en outre une double vocation soit pastorale de la steppe à Lygeum spartum et Zygophyllum album, soit agricole par introduction de l’olivier dans la steppe à Imperata cylindrica et Echiochilon fruticosum, si une mise en valeur est envisagée.

Une steppe littorale plus ou moins large, parallèle au rivage entre Bordj H’ssar et le port de Branka, elle est complètement ouverte et est vulnérabilisée par l’absence de palmiers. Le couvert végétal, sur sol médiocre est souvent venté, reste très bas et clairsemé. Ce périmètre se trouve dans un état de vulnérabilité réel, conséquence d’une dégradation variée d’origine (intempéries, érosions, défrichements, pollutions) et doit rester sous surveillance.

Une steppe anthropisée située de part et d’autre de Bordj H’ssar, ayant cédé la place, par endroits à un habitat anarchique et une agriculture extensive, sous les vestiges de quelques palmiers très éparpillés. Quant à l’environnement, si les parcelles agricoles sont stabilisées par un nouvel équilibre cultures – mauvais herbes, la flore steppique se trouve perturbée et serait soumise à une dégradation progressives infligée par les habitants et les estivants, ce qui lui confère déjà une vulnérabilité croissante.

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Dans les sebkhas et surtout celle de Founkhal, le sol très salé, souvent inondé est plus ou moins dénudé et présente un Salicornion très maigre puisque réduit à trois espèces en petites touffes très espacées (ce même Salicornion est relativement plus dense et vigoureux dans les marais marins). La progression de la salinité du à la marée haute, la pollution parles déchets, la multiplicité des pistes sont autant de menaces qui ont rendu ce milieu humide très vulnérable, empêchant ainsi l’installation d’un Salicornion et d’une avifaune variés.

INDEX DES ESPECES RECOLTEES

Les espèces soulignées d’un trait sont les mauvaises herbes très communes en Tunisie (ne sont pas citées dans le texte). Des indications relatives aux usages pastoraux (P), médicinaux (M) et divers (D) sont données dans cet index latin – français – arabe. La nomenclature arabe concerne uniquement le nom du genre).

     

Nom en

Usage

Nom des espèces en latin

Nom en français

arabe

M

Aotonis dentata Del.

Goutte de Sang

ﺔﻠﺠﺣ ﻦﻴﻋ

P

Aeluropus littoralis Gouan

Patte de Chat

شﺮﻜﻋ

M.D

Aizoon canariense L.

Aizoon des canaries

ﺰﻄﻟا

P

Aloe vera L.

Aloés vrai

رﺎﺒﺻّ

P.M.D

Aristida tunetana Coss.

Aristide de Tunisie

نﺎﻴﻠﺴﻟا

D

Artemisia herba alba Asso.

Armoire blanche

ﺢﻴﺷ

P.M

Arthrocnemum indicum (Willd.) Moq.

Arthrocène glanque

لﺎﺴﻏ

P

Asparagus albus L.

Asperge blanche

مﻮﻜﺳ

P

Asparagus stipularis Forsk.

Asperge hérissée

مﻮﻜﺳ

P

Asphodelus fistulosus L.

Asphodèle fistuleuse

قاوﺮﺑ

P.D

Asphodelus tenuifolius Cavan

Petite Asphodèle

قاوﺮﺑ

P

Atractylis serratuloides Sieb.

Atractyle Serratule

ﺮﺼﻟاّ

P

Atriplex glauca L.

Arroche glavque

ﻒﻄﻗ

M

Atriplex inflata Muell

Arroche à fruits vésiculeux

ﻒﻄﻗ

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Atriplex portulacoides L.

Arroche Pourpier

ﻒﻄﻗ

Bryonia dioica Jacq.

Bryone dioique

نﻮﺑﺮﻄﻟا

P.M

Calendula aegyptiaca Pers.

Souci d’Egypte

ﺮّﻴﻤﺟ

P

Chenopodium murale L.

Ansérine des murs

ﺔﻣﻮﺟﻻ

P.M

Chrysanthmum coronarium L.

Chrysanthème couronné

ناﻮﺤﻗا

M

Coronilla scorpioides L.Koch.

Chronille scorpioide

ةﺮﻘﺒﻟا صﺮﺧ

P.M

Diplotaxis erucoides L.D.C.

Diplotaxis Fause Roquette

ﺮﻴﺟﺮﺟ

P.M

Diplotaxis muralis L. D.C

Diplotaxis des murs

ﺮﻴﺟﺮﺟ

P

Echiochilon fruticosum Desf.

Fausse vijérine

ﺔﻣﺪﻳ

P

Emex spinosus L. Capd.

Emex épineux

ةﻮﻴّﻠﺣ

P

Erodium laciniatum Cavan.

Bec de grue

ﺮّﻴﻤﻃ

M

Euphorbia terracina L.

Euphorbe de Terracine

ﺔﻨﻴﺒﻟ

P.D

Fagonia cretica L.

Fagonie de Crète

رﻮﺸﻤﺷ

P.D

Franskenia thymifolia Desf.

Frankenia à feuilles de Thym

ﺔﻔﻴﻌﻀﻟا

M

Fumaria parviflora Lamk.

Funeterre à petites fleurs

ﺔﻐﺑﺪﻟا

D

Halocnemum strobulaceum (Pall.) Rieb.

Halocène à petites cônes

ﺚﻴﻠﺜﻟا

P.M

Helianthemum sessiliflorum (Desf.) Murb.

Hélianthène à fleurs sessiles

لﺎﻌﺸﻟا

P

Helichrysum fontanesii Bonn et Barr.

Immortelle de Desfontaines

ةﺪﻟﺎﺨﻟا

P

Hyparrhenia hirta L. Stapf.

Hyparrhénia hérissé

سﻮﺒﻴﺳ

P.D

Imperata cylindrica L. Beauv.

Impériale cylindrique

ﻒﻈﻋ

D

Juncus acutus L.

Jonc aigu

ةرﺎﻤﺻ

D

Juncus maritimus Lamk.

Jonc maritime

ةرﺎﻤﺻ

PMD

Lavandula multifida L.

Lavande à feuilles découpées

ﺔﻣاﺰﺧ

P.M

Limoniastrum monopetalum L. Boiss

Limoniastrum monopetale

ءﺎﺘﻳﺰﻟا

D

Limonium pruinosum L. Kuntze

Limonium pruineuse

ﻦﺨﺸآ

D

Limonium tunetanum Barr. Maire

Limonium de Tunisie

ﻦﺨﺸآ

P

Lobularia lybica Webb.

Lobulaire de Lybie

ﺶﻨﺣ ﻦﻴﻋ

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P

Lotus creticus L.

Lotier de Crète

ءﺎﻄﻴﺨﻟا

P.M

Lycium arabicum Boiss.

Lyciet d’Arabie

ﺞﺳﻮﻋ

P.D

Lygeum spartum D.C.

Sparte ou Faux Alfa

ﻎﻨﺳ

P

Matthiola longipetala (Vent) D.C.

Matthiole à longs jétales

ةرﺎﻘﺷ

P.M

Medicago minima Grufb.

Luzerne minime

ﻞﻔﻨﻟا

D

Mesembryanthemum cristallinum L.

Ficoïde glacial

لﻮﺳﺎﻏ

P

Muricaria prostrocta Desf. Desv.

Muricaire couchée

ﺔﻴﻟﺎﺒﺣ

P.M

Nitraria retusa Forsk. Asch.

Nitrarie à feuilles rétuses

قدﺮﻏ

M

Peganum harmola L.

Peganum harmel

ﻞﻣﺮﺣ

P.M

Pituranthos tortuosus Coss. Maire

Pituranthos tortueux

حاﺰﻗ

M.D

Phoenix dactylifera L.

Dattier commun

ﻞﺨﻧ

PM

Plantago albicans L.

Plantain blanchâtre

دﺎﺑﺰﻟا

M

Polygonum equisetiforme S. et Sm.

Renouée à forme de Prêle

بﺎﻇﺮﻗ

P

Reaumuria vermiculata L.

Réaumuria vermiculaire

ىﺪﻨﻟا مأ

P.M.D

Retama retam Forsk. Webb.

Rétama rétam

ﻢﺗر

D

Salicornia fruticosa L.

Salicorne ligneuse

يﺮﻳﺮﺨﻟا

D

Salsola oppositifolia Desf.

Salsola à feuilles opposées

ةﺮﻳﺮﺻ

D

Scirpus holoschoenus L.

Scirpe jonciforme

رﺎﻤﺻ

M

Senecio gallicus L.

Séneçon de France

شﻮّﻠﻟ

PM

Silene colorata Poir.

Silène colorée

ﺔﻘﻴﺑد

P

Sonchus oeraceus L.

Laiteron potager

فﺎﻔﺗ

PM

Sueda mollis Desf. Del.

Soude molle

ةداﻮﺴﻟا

PMD

Thymelea hirsuta L. Endl.

Passerine hérissée

نﺎﻨﺜﻣ

P

Trigonella maritime Del.

Trigonelle maritime

ﺔﺒﻠﺣ

P

Vella annua L.

Velle annuelle

ﺰآﺮآ

M

Volutaria lippii D.C

Volutaria de lip

راّﺮﻣ

M.D

Zygophyllum album L.

Zygphylle blanc

ﺔﺒﻳﺮﻗﻮﺑ

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II- LA FAUNE

La situation de la Tunisie à un carrefour entre la zone saharienne, la zone tempérée, le bassin oriental et le bassin occidental de la Méditerranée, la grande variété du milieu physique, ses contrastes géographiques et climatiques, expliquent en grande partie la diversité et la richesse de sa faune. De nombreux groupes de cette faune sont cependant partout en régression.

Cette régression ou parfois la disparition d'espèces est, le plus souvent, la conséquence de la dégradation des biotopes soumis souvent à une forte anthropisation et aux diverses actions destructrices de l'homme (capture, massacre, pollution et dégradation des biotopes).

1- L’écosystème

L’archipel de Kerkennah appartient au domaine de la steppe salée où la végétation comporte dans les dépressions : Zygophyllum album, Limoniastrum guyonianum, Frankenia thymifolia, Rhus tripartitum et autres herbacées annuelles. Sur les hautes terres pousse le palmier non cultivé et les oliviers sont cultivés sur l’île depuis le 5ème siècle.

L’exploitation par les systèmes de culture basés sur les céréales et l’olivier, ou par le pâturage est extensive; Cependant vue la fragilité du milieu naturel les habitats de la faune naturelle subissent une pression qui dépasse leur potentialité naturelle.

2- L’Avifaune

Les oiseaux sont des indicateurs sensibles sur la richesse biologique et l'état de l'environnement. Leur extraordinaire opportunisme face à l’apparition de conditions favorables même accidentelles et localisées, donne bien la preuve que la protection des oiseaux doit d'abord passer par celle du milieu.

Les espèces caractéristiques des zones étudiées appartiennent aux zones intertidales, aux dépressions salées et aux forêts de feuillus ou aux pinèdes.

Zones intertidales

Les zones intertidales accueillent la plus grande concentration de limicoles Elles connaissent de très graves problèmes de pollution. Elles subissent également une très forte pression humaine.

Kerkennah

L'archipel, notamment l'île de Gremdi, abrite actuellement la plus grande concentration tunisienne de Grands Cormorans hivernants. Devenus assez rares dans les autres sites d'hivernage traditionnels (lac de Tunis, Golfe de Gabès, etc.). Par ailleurs, l'archipel offre des habitats propices à l'hivernage de beaucoup de laro-limicoles, d'échassiers et de canards: Sterne, Caspienne, Mouette, Mélanocéphale, Grue cendrée, Tadorne de Belon, Tadorne Casarca. Parmi les nicheurs de Kerkennah, citons la Courvite isabelle.

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3- L’herpétofaune

Si les reptiles n'ont pas une valeur économique au même titre que les poissons, certains oiseaux ou les mammifères, leur rôle dans la limitation des densités des ravageurs des cultures et des vecteurs de maladies pour l’homme est non seulement important, mais indispensable.

L’herpétofaune des zones étudiées comprend de nombreuses espèces remarquables

telle :

Le Caméléon actuellement menacé à cause son emploi comme remède traditionnel dans différentes régions du pays.

Chalcides chalcides est inféodée aux milieux herbacés ouverts et ensoleillés des lits d'oueds, des bordures des étangs et des sebkhas, ainsi que ceux des clairières et des sous-bois dégradés.

Eryx jaculus seule espèce de Boïdées en Tunisie est signalée à Kerkennah. Cette espèce, sans glandes venimeuses, est nocturne. Elle chasse à l'affût les oiseaux, les lézards et les rongeurs dont elle emprunte les terriers.

Acanthodactylus blanci Cette espèce endémique de la Tunisie est inféodée aux biotopes sableux des dunes côtières, fixées le plus souvent par Retama raetam, Juniperus oxycedrus et Atriplex.

4- La faune mammalienne

La faune mammalienne des zones étudiées est nombreuse et diversifiée. Elle englobe :

Des Chiroptères (Chauves-souris). Les chauves-souris ont très peu d'ennemis naturels et leurs populations ne sont pas menacées. Les facteurs de risque sont essentiellement d’ordre anthropique. Actuellement, dans les cavernes et les grottes les chauves-souris sont de plus en plus dérangées par l'homme. Par ailleurs, l'utilisation, de plus en plus accrue, de pesticides constitue une autre menace pour les chauves-souris.

Parmi les Lagomorphes, Le lièvre (Lepus capensis) peuple tout le continent ainsi que l’archipel de Kerkennah.

5- Les invertébrés

Parmi l’ensemble de la faune les invertébrés constituent le groupe le moins bien connu sur le plan de l’inventaire et de ses fonctions écologiques. Les études disponibles concernent certains groupes dont l’impact sur les agrosystèmes ou sur la santé humaine, constitue les objectifs principaux. Des groupes zoologiques importants comme les Nématodes, les Oligochètes, les Araignées, les Myriapodes ne peuvent être traités faute d’informations les concernant.

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Gastéropodes terrestres : La faune malacologique de la Tunisie est relativement riche et diversifiée (27 espèces répertoriées dans le Nord) dont certaines sont collectées et exportées.

Les Scorpionides : les scorpions présentent une vaste répartition géographique. Ils sont des prédateurs voraces, chassant la nuit et se nourrissent de proies vivantes. Leur régime est essentiellement à base d’insectes.

Faune liée à la pollution : Culex pipien, Culex theileri, Culiseta longeareolata, Uranotaenia unguiculata et Aedes caspius.

6- Conclusion et recommandations :

Dans tous les cas étudiés, l'anthropisation et l'action destructrice de l'homme constituent les menaces les plus importantes que rencontrent les habitats de la faune terrestre. La sauvegarde des taxons rares, des endémiques et la lutte contre leur raréfaction est indispensable. Ces espèces nécessitent l'application de la loi qui les protège et la conservation de leurs biotopes.

Cependant, la rareté d'une espèce ou la faible densité d'une population ne signifie pas toujours qu'elles soient en danger. Certains taxons sont naturellement rares ou peu reproductifs. Il faut par conséquent :

Bien connaître et étudier la faune avant de proposer un plan d'action et d'intervenir pour la protéger.

Préserver les écosystèmes fragiles et limiter l'impact de l'homme sur le milieu naturel.

Inciter le citoyen à protéger davantage l'environnement et lutter contre la pollution, les incendies, la dégradation du milieu (approche participative).

Lancer des études d'impact sur les populations animales notamment les Reptiles et les oiseaux sont indispensables avant la réalisation de tout projet industriel ou touristique, notamment dans les zones côtières fragiles et à équilibre précaire.

Mieux contrôler l’état de pollution des effluents déversés dans la nature.

Mieux contrôler la pollution par les engrais chimiques, les pesticides et les herbicides qui détruisent aussi bien la faune que la flore peut être par une meilleure gestion des systèmes agricoles et un appel plus grand aux luttes intégrées.

Eviter la réduction de la diversité des paysages naturels sous l'effet de la pratique de la monoculture, destructrice des habitats.

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LE MILIEU MARIN

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La particularité des îles Kerkennah réside dans la présence d’un écosystème climacique d’herbiers à posidonies qui les ceinturent sur un vaste périmètre, ceci étant dû à la faible profondeur des eaux et à des conditions exceptionnelles qui ont permis à ces herbiers de s’étendre en forme de cordons sur des dizaines de kilomètres. La zone étudiée se situe sur la côte Nord de l’île Chergui, qui est avec l’île Gharbi la plus grande des îles formant l’archipel des Kerkennah, les autres îles étant plutôt des îlots peu étendus en superficie.

Les conditions climatiques au niveau des îles Kerkennah sont différentes de celles du Nord de la Tunisie, et se rapprochent plutôt de celles du Golfe de Gabès qu’elles bordent au Nord, au niveau de la ville de Sfax.

La zone des îles Kerkennah est donc à la limite des climats tempérés chauds méditerranéens et subtropicaux sahariens, plus au Sud.

Les températures montrent un maximum en août de 33ºC et un minimum en janvier

de 4ºC.

La moyenne annuelle des précipitations est faible et se situe à 250mm/an. L’automne contribue pour 50% à la pluviosité, l’hiver à 30% et le printemps à 18%. La pluviométrie en été est négligeable (2%) et la pluie y est un phénomène accidentel.

I- L’ENVIRONNEMENT PHYSIQUE MARIN

1- Salinités et températures

Les salinités sont les plus faibles en surface (37,65 pour mille.) qu’en profondeur (38,2 pour mille) en hiver. Cependant, la salinité de surface peut montrer des variations dues à l’onde de marée.

Il faut noter aussi que la salinité augmente dans les zones bordant les sebkhas côtières, atteignant parfois 45 pour mille.

Au printemps, la salinité de surface sur la côte Nord-Est (40 pour mille.) est supérieure à celle de la côte Sud-Est (38 pour mille.).

En automne, les salinités de surface sont comprises entre 37,2 pour mille. et 37,6 pour mille. Elles augmentent du Nord de l’archipel vers le Sud. Ces salinités se rapprochent de celles de l’hiver.

Concernant les températures des eaux marines, la situation générale se caractérise par l’arrivée d’eau relativement froide, empruntent les chenaux de la Louza et d’eau plus chaude venant par les chenaux situés entre Sfax et Kerkennah.

Les températures moyennes de l’eau en hiver sont de 14,5ºC. Au printemps, elles atteignent 24ºC et en automne, elles se situent à 21,7ºC.

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Ces données concernant les aspects hydrologiques autour des îles Kerkennah peuvent s’expliquer en partie par le bilan négatif que connaît la mer entre évaporation de l’eau et précipitations. En effet, l’évaporation étant de 1400mm/an et les précipitations de 250mm/an, la différence entre les deux est de 1150mm/an. La mer pélagienne où sont situées les îles Kerkennah est donc une mer très déficitaire comparée à la Méditerranée occidentale ou orientale.

2- Données météo-marines

Dans l’ensemble, les vents sont faibles pour la région (2 à 8 m/s) et dépassent rarement 13 m/s en hiver; Cependant, il existe une grande instabilité saisonnière.

Les périodes calmes sont longues atteignant le tiers du temps en pourcentage et cela pour toutes les saisons considérées.

Les vents qui atteignent l’archipel des Kerkennah sont ceux qui soufflent à partir de la côte sahélienne et ceux qui soufflent du large.

De janvier à avril (période hivernale), les vents dominants viennent des secteurs Ouest et Nord-Ouest.

De mai à juillet, les vents de Nord-Ouest se renforcent au dépend de ceux soufflant de l’Ouest. D’août à septembre, les vents les plus fréquents sont ceux des secteurs Nord et Nord-Ouest, suivis de ceux d’Ouest.

Au mois d’octobre, ce sont les vents d’Est et du Sud-Est qui prédominent. Ainsi, 9 à 10 mois sur l’année, ce sont les vents Nord-Ouest et Ouest qui sont les plus importants.

N SFAX N.T.O 29210 GABES N.T.O 29206 DJEBA N.T.O 29153 MEDENINE N.T.O 7971 2 -
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La rose des vents au niveau des îles Kerkennah
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Ces vents, outre les vents soufflant en automne des secteurs Est et Sud, sont à l’origine de houles significatives. Les houles qui atteignent le secteur étudié sont engendrées par les vents du 4è. Quadrant.

Ainsi, entre novembre et avril, la zone de Ras Founkhal est soumise aux houles d’Ouest. Le secteur est aussi sous l’emprise des houles venant du Nord-Ouest, fréquentes de mai à juillet. Les houles du Nord-Est peuvent aussi l’atteindre quoique dans ce cas leur amortissement par le fond et les herbiers de posidonies commence très loin du trait de côte.

3- Courants

Les principaux courants perceptibles dans la zone sont ceux dus à la houle et à la marée, les courants généraux du bassin oriental de la Méditerranée passant trop au large pour avoir un effet hydrodynamique sur le secteur étudié. Les courants de houle induisent une dérive littorale longeant la façade Nord-Ouest de l’île Chergui vers le canal d’El Kantara. Les courants de marée sont fortement ressentis aux niveaux des chenaux de la Louza et de Sfax. Ils portent vers le Sud au cours du jusant, et au Nord au cours du flot.

La marée est à peine perceptible sur la plupart des côtes méditerranéennes, mais la zone des îles Kerkennah, de Sfax, du Golfe de Gabes, échappe à cette règle et montre des oscillations périodiques du niveau marin.

Selon les saisons, la marée est semi-diurne (solstice d’hiver) ou mixte (équinoxe de printemps). La vitesse des courants de marée est de l’ordre de la dizaine de cm/s en période de vive-eau, alors qu’elle peut être de l’ordre du mètre dans le canal d’El Kantara et dans les “oueds” sous-marins situés face à la côte Sud-Est de l’île Chergui (plus de 1m/s dans les “oueds” et plus de 2m/s dans la passe d’El Kantara).

4- Morphologie littorale

Les îles Kerkennah se caractérisent par une côte très découpée sur la façade Nord- Ouest de l’île Chergui, en particulier, par opposition à un tracé plus régulier de la façade Sud-Est. Au niveau de l’île Chergui, et en allant de Sidi Fradj à Ras Founkhal, la côte montre trois types de paysages: des falaises, des plages et des sebkhas.

Le site de Sidi Fradj présente une alternance de petites falaises calcaires et de côtes rocheuses basses, auxquelles fait suite une plage vers l’Est. Ce site comprend une zone hôtelière et la plage est utilisée par les estivants.

Au niveau de Bordj El H'ssar, vestige de l’antique Cercina, les falaises sont de nature argileuse et atteignent les hauteurs de 3 m et plus. Leur base présente une grève à galets largement découverte à marée basse et qui montre en continuité des sédiments sableux. Cette zone comprend de nombreuses résidences secondaires.

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Plus à l’Est, le littoral est caractérisé par la présence de côtes basses inférieures à 2 m jusqu’au niveau de la sebkha, à la base de Ras Founkhal. Sur la façade Ouest de celui-ci réapparaît alors un paysage dominé par des microfalaises calcaires en continuité avec la plage située à la pointe de Ras Foukhal. Il faut noter d’ores et déjà que l’érosion marine est déjà avancée au niveau de Bordj El H'ssar et qu’elle est sensible au niveau de la base de Ras Founkhal.

5- Natures de fonds et bathymétrie

De manière générale, les sables purs et peu vaseux forment une bande étroite autour des îles Kerkennah. Ils correspondent aux sables littoraux dépourvus de végétation. Ils tapissent également le fond des chenaux de la Louza et de Sfax. Cependant, le sédiment le plus répandu du platier des Kerkennah est constitué de sables vaseux. Ce sédiment est le substrat des prairies mixtes de cymodocées et caulerpes, et des herbiers de posidonies.

Plus profondément, on rencontre des vases sableuses, à la bordure des herbiers de posidonies et dans la pelouse profonde à Caulerpes. Le platier des Kerkennah proprement dit est une vaste plate-forme de profondeur comprise entre 2 et 3 mètres. Aux abords des îles Kerkennah, le plateau est caractérisé par une succession de dépressions appelées “bhiras” ayant une profondeur maximale de 5 m au Nord Ouest et de 3 m au Sud Est, interrompues par des cordons de sables à Caulerpes (“dhars”) et de cordons de posidonies (“tsirs”).

Les cordons de posidonies, à peine submergés aux basses-mers de vive-eau, sont entaillés de différents chenaux atteignant 5 à 12 m de profondeur.

Plusieurs “bhiras” existent autour des îles Kerkennah dont les plus importantes sont:

Bhiret El Gremdi et Bhiret El Abassia (côte Sud-Est de l’île Chergui), Bhiret Sefnou, Bhiret Sidi Fradj (côte Nord Ouest de l’île Chergui).

La bhira de Sidi Fradj se trouve au large de Sidi Fradj et de Bordj El H'ssar et elle est ouverte sur le chenal Sfax-Kerkennah.

Du fait de leur proximité au continent (dont elles auraient fait partie, il y a 18000 ans) les îles Kerkennah présentent des fonds marins très peu profonds.

Ainsi, il faut s’éloigner parfois à 30 Kilomètres, sinon à 50 kilomètres pour rencontrer des profondeurs situées entre 10 et 20 m, notamment vers l’Est des îles.

Vers le Nord-Ouest du secteur étudié, on ne rencontre que des fonds situés entre 2,5 et 5 m, jusqu’à la rencontre de la côte sahélienne.

Vers le Nord du secteur étudié, les fonds sont aussi peu profonds et l’isobathe 10 m ne peut être sondé qu’à plus de 55 Km, face à la Chebba.

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II- CARACTERISTIQUES BIOLOGIQUES

Au niveau sous-marin, le platier des Kerkennah est en majeure partie colonisé par les phanérogames marines Posidonia oceanica et Cymodocea nodosa, associées à l’algue verte Caulerpa prolifera. Les feuilles des cymodocées et des posidonies jouent un rôle essentiel dans le mouvement et la rétention des sédiments.

Au niveau des rhizomes des posidonies, s’amoncelle rapidement un sédiment grossier et elles réagissent à cet ennoyage progressif par la croissance verticale de ces rhizomes: il en résulte de véritables structures surélevées par rapport au fond, les extrémités des feuilles ne sont plus qu’à quelques centimètres de la surface. C’est le cas notamment des cordons de posidonies situées à moins de 5m de profondeur parallèlement et perpendiculairement à la côte des îles Kerkennah.

Dans la zone étudiée, de 0 à 3-4m de profondeur en moyenne, on observe une pelouse mixte de cymodocées et caulerpes. Cette pelouse mixte peu montrer des cordons de posidonies individualisés.

L’herbier de posidonies, sous forme de vastes prairies associées à quelques caulerpes, se situe à partir de 4 m jusqu’à 20-25 m de profondeur. Au-delà, s’étend une prairie à caulerpes jusqu’à 35-45 m sur les fonds vaso-sableux.

A partir du rivage, on rencontre une bande qui est découverte plus ou moins

largement au moment des basses mers et dépourvue de végétation. Cette zone qualifiée d’intertidale et correspondant à la zone de balancement des marées, montre dans son horizon supérieur, des dépôts de feuilles de cymodocées qui forment des banquettes surtout en automne.

Celles-ci abritent des arthropodes en abondance, et en particulier des isopodes. Au niveau de Bordj El H'ssar, caractérisé par une plage de cailloutis, on peut noter la présence de Gammarus marinus et Sphaeroma serratum. Les sites rocheux renferment au niveau des anfractuosités des crustacés amphipodes, ainsi que des gasteropodes comme l’espèce Monodonta turbinata (Sidi Fradj).

La zone intertidale est le siège d’une riche faune de mollusques gasteropodes et bivalves, de vers polychètes des genres Nereis, Perinereis, Spirographis (notamment au printemps).

A la suite de la zone intertidale sableuse ou sablo-vaseuse débute la pelouse à

Cymodocea nodosa. Les mollusques associés à cette pelouse sont représentés essentiellement

par des Bivalves (Abra alba, Alba pellucida, Bornia sebetia, Loripinus fragilis, espèces vasicoles tolérantes). En outre, peuvent être localement dominantes Loripes lacteus et Megaxinus ungiculinus. Quoique moins fréquentes et abondantes, on peut aussi observer dans le secteur Venerupis aurea et Pina nobilis. Les gastéropodes sont représentés de manière uniforme par les espèces Bittium reticulatum, Thericium vulgatum et Conus mediterraneus.

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Cette pelouse est suivie vers le large par une pelouse mixte à cymodocées et caulerpes. On y rencontre généralement l’algue Padina pavonia, l’espèce Halimeda tuna ou des algues brunes du genre Cystoseira. Concernant Halimeda tuna, cette algue verte peut former à elle seule des tapis monospécifiques sur d’assez grandes surfaces.Les mollusques gasteropodes associés à cette pelouse mixte à cymodocées et caulerpes sont représentés abondamment par Jujubinus gravinae, Diodora italica, Alvania cimex, Alvania montagui, Turboella radiata, Turboella dolium, Rissoa Auriscalpium, ainsi que les espèces ubiquistes telles que Bittium reticulatum et Thericium vulgatum. On y rencontre aussi Neverita josphina, Sphaeronassa mutabilis ainsi que Conus mediterraneus et Hinia ferussaci. Les bivalves vivant au sein de cette pelouse sont représentés surtout par les espèces Pavicardium exiguum, considéré comme un indicateur de pollution, Megaxinus unguiculinus ainsi que dans une moindre mesure Glans trapezia.

Les peuplements de l’herbier à posidonies montrent aussi une richesse en gastéropodes au niveau des frondaisons, tels que les trochidés photophiles Jujubinus striatus, Jujubinus gravinae; et d'autres espèces comme Tricolia pullus, Rissoa variabilis, Alvania cimex, Alvania montagui, Archimediella decipiens, Hinia Ferussaci, Smaragdia viridis. Les bivalves associés à l’herbier sont représentés par Megaxinus ungiculinus et Ctena decussata, dominants ponctuellement, ainsi que Glans trapezia, espèce rattachée à l’herbier.

Dans le voisinage immédiat de l'herbier, l'endofaune du sédiment est caractérisée aussi par la présence de Venus verrucosa et Venericardia antiquata. A la base des fondaisons des posidonies, la moule Modiolus barbatus, et la petite huitre Pinctada radiata, sont répandues. Les gastéropodes sont représentés par des espèces à large spectre écologique comme Bittium reticulatum Tericium vulgatum, Conus mediterraneus. En dehors des herbiers de cymodocées et de posidonies, la richesse spécifique diminue.

Il faut signaler enfin que les feuilles des cymodocées et des posidonies sont le siège d’organisme épiphytes du groupe des bryozoaires. La végétation algale épiphyte caractéristique des feuilles de posidonies est représentée par des algues rouges calcifiées du groupe des mélobesiées, très abondantes.

Au niveau des sédiments où