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France/Monde

nice-matin
Mardi 30 août 2016

Marie-Noëlle Lienemann :
« On change de cycle »
La candidate à la primaire de la gauche propose un projet de relance dans lequel la justice sociale
serait le moteur de la croissance. Et elle espère que François Hollande renoncera à être candidat

E

lle est la première des antiHollande du PS à s’être déclarée candidate à la primaire
de gauche. Marie-Noëlle Lienemann, Mélenchon au féminin,
avance à contre-courant des discours ambiants : sixième semaine
de congés payés, semaine de travail de quatre jours, plan de relance de 35 milliards, Smic à
1 300 puis 1 500 euros net, la sénatrice de Paris et auteur de Merci
pour ce changement !, pamphlet
contre la politique jugée trop libérale de François Hollande, défend
crânement une ligne alternative.
Notre économie peut-elle
supporter les avancées sociales
que vous proposez ?
Le cadre, c’est d’abord la relance.
Le temps de travail est un
deuxième pilier. L’urgence
absolue est une relance de
l’activité. Je propose un plan de
relance de  milliards, dont
la moitié par le pouvoir d’achat,
notamment grâce à l’augmentation
du Smic, des petites retraites et
des jeunes, globalement des plus
modestes, et l’autre moitié par de
grands travaux modernisateurs.
Dans mon projet, la justice
sociale n’est pas seulement
une conséquence, elle devient
un moteur de la croissance. La
question centrale est aujourd’hui
celle de la demande.
Comment financerez-vous
votre plan de relance ?
Pour ne pas creuser les déficits,
une partie de la relance se fera
par l’augmentation immédiate du
Smic à   euros net, dans la
perspective d’aller à   euros à

la fin du quinquennat. Ce n’est
pas démagogique. Hillary Clinton
s’engage sur un Smic à la même
hauteur. Des villes américaines,
comme Seattle, ont déjà leur
Smic à   euros net. Theresa
May, elle aussi, dit en Angleterre
que les ouvriers vont devoir être
mieux payés. On voit bien qu’on
est dans un changement de cycle,
après les politiques d’austérité.
La robotisation de nos industries
ne créera pas de l’emploi
industriel. Cela générera des
richesses supplémentaires, mais
forcément aussi une baisse du
temps de travail. Soit on ne
partagera pas les gains de
productivité et c’est de nouveau
le capital qui en tirera profit. Soit,
comme je le suggère, on partagera
ces gains de productivité en
réduction du temps de travail.
Je propose donc une sixième
semaine de congés payés que les
salariés pourront, s’ils le désirent,
mettre sur un compte d’épargnetemps, et de passer à la semaine
de quatre jours, mais sur la base
de négociations, avec des accords
dans les entreprises pour qu’il n’y
ait pas de surcoût pour elles.
Vous voulez aussi toiletter nos
institutions. De quelle façon ?
Moi, je demande une VIe
République depuis .
Je prône une République
parlementaire où le recours au
référendum soit renforcé.
L’écart qui s’est créé entre les
responsables politiques et
le peuple devient un danger
majeur. Il faut que le peuple
puisse avoir le dernier mot sur
un certain nombre de sujets

l’ont quand même fait passer.

L’ancienne ministre du Logement de François Mitterrand
prône un retour aux fondamentaux de la gauche. (Photo N.-M.)
majeurs. Il faut aussi utiliser le
numérique pour permettre aux
citoyens de participer à une
élaboration sérieuse des lois
en amont. La République
parlementaire ne serait pas pour
autant la IVe République. Je
maintiendrais un Président élu au
suffrage universel. En revanche,
le Parlement serait élu à la
proportionnelle et le Premier
ministre serait choisi par les
parlementaires. Si le successeur
de Jean-Marc Ayrault avait été élu
par l’Assemblée, ce n’est pas
Manuel Valls qui aurait été choisi.
Je suis aussi pour la suppression
du - et des votes bloqués.
Enfin, tout grand traité européen
serait validé par référendum.
On ne peut plus revivre ce que
l’on a vécu, avec des Français
qui ont voté non au traité
constitutionnel et des élus qui

Finalement, qu’est-ce qui vous
distingue des autres candidats
de la gauche antilibérale ?
Je crois être dans une position
d’équilibre. Je suis très critique
sur les institutions européennes,
mais je formule des contrepropositions pour que la France
réoriente l’Union européenne.
Je suis aussi la seule à proposer
une relance keynésienne, et cela
depuis . Mes amis Hamon et
Montebourg, eux, ont soutenu
l’avènement de Valls et cru qu’ils
allaient pouvoir infléchir sa
politique. Je suis par ailleurs très
républicaine et je crois que
Benoît et Arnaud sont peut-être
moins arc-boutés que moi sur les
banlieues, l’éducation populaire,
l’importance des services publics
sur tout le territoire… Enfin,
j’ai toujours plaidé pour le
rassemblement à gauche.
Souhaitez-vous que François
Hollande participe à la primaire ?
Non. J’espère qu’il ne sera pas
candidat parce qu’il rendrait plus
difficile la mobilisation de tous
autour d’un candidat commun.
S’il est présent, Mélenchon ne
voudra jamais s’inscrire dans le
processus de la primaire, et
Montebourg sans doute pas
davantage. Nous vivons
une inversion de cycle. La
mondialisation heureuse ne fait
plus recette. Le chef de l’Etat et le
Premier ministre doivent prendre
la mesure de leurs responsabilités.
Ils ne sont plus légitimes pour
porter l’offensive politique que
la gauche doit reprendre.

Mais la candidature solitaire
de Jean-Luc Mélenchon ne
plombe-t-elle pas par avance
la primaire de la gauche ?
Si François Hollande n’est pas
candidat, les cartes peuvent être
rebrassées. Si Hollande n’y va
pas, les électeurs de Mélenchon
s’interrogeront. Et, à partir de là,
peut-être que Mélenchon
s’interrogera lui aussi…
On vous a peu entendue
sur le burkini. Votre avis ?
Il faut arrêter de passer son
temps à parler de religion.
Quand vous pensez qu’on a des
problèmes de tourisme et qu’on
ne trouve rien de mieux que de
palabrer des jours et des nuits
sur des histoires de burkini sur les
plages… Les Français en ont assez
que la religion envahisse l’espace
public, ils n’ont pas l’intention de
céder aux diktats des islamistes,
mais je refuse cette espèce de
face-à-face entre les provocations
islamistes et les ripostes tout
aussi provocatrices d’une partie
de la droite et de l’extrême
droite. Pour l’heure, je demande
l’application de la loi sur la burqa
et la neutralité des services
publics. Commençons déjà par
bien appliquer la loi, sans tomber
dans la démagogie électorale.
Pendant ce temps-là, on ne parle
pas du nombre de policiers et
gendarmes, c’est-à-dire de la
lutte efficace contre les risques
terroristes dans notre pays. Notre
République ne sera forte que si
elle est plus égalitaire et apporte
du progrès collectif.
PROPOS RECUEILLIS
PAR THIERRY PRUDHON

Réseaux sociaux et technologie contre la
Présidentielle  : pour Manuel Valls
« Sarkozy est une menace considérable » pauvreté: le pape reçoit le boss de Facebook
Le Premier ministre Manuel Valls a fustigé, hier, la
« menace considérable »
que représente selon lui
l’ancien président Nicolas
Sarkozy, qui « impose »
son agenda à la droite et
qui « s’assoit sur les grands
principes de la Constitution ».
Lors du meeting de rentrée de la majorité à Colomiers, près de Toulouse, il
a également averti la gauche sur « la surenchère des
diviseurs » et dit refuser
de laisser la France « entre
les mains des populistes et
des démagogues » lors de

la présidentielle de .
« Comme toujours, Nicolas
Sarkozy enfonce des portes
ouvertes ! », a protesté M.
Valls, énumérant : « Oui, la
dette est un problème, oui,
les impôts doivent baisser,
oui, il faut que les entreprises soient plus compétitives, oui, il y a le
chômage... ». « Mais, alors,
pourquoi n’a-t-il rien
fait ? », a-t-il interrogé, assurant que « les solutions
efficaces, justes, modernes,
c’est la gauche qui les a mises en œuvre ».
A propos du candidat à la
primaire de la droite, il a

regretté que ce soit « toujours le tout pour les riches : baisses d’impôts pour
eux, transmission des patrimoines, suppression de
l’ISF... ».
Mais M. Valls n’a pas épargné sa gauche, qu’elle soit
au sein ou hors du PS dans
ce discours de plus d’une
demi-heure. Fustigeant la
« surenchère des diviseurs », « les contre-projets », « les critiques »,
« les attaques outrancières
parfois intolérables », il a
estimé que « si nous partons divisés, nous perdrons
à coup sûr ».

Le pape François a reçu, hier, le jeune créateur
milliardaire de Facebook, Mark Zuckerberg,
ainsi que son épouse Priscilla Chan, pour discuter de la manière d’aider les plus pauvres,
a annoncé le Vatican dans un communiqué.
Tous trois ont discuté des moyens d’« utiliser
la technologie des communications pour soulager la pauvreté, encourager la culture de la
rencontre, faire parvenir un message d’espoir, plus particulièrement aux personnes les
plus défavorisées », est-il précisé dans ce
bref communiqué.
Mark Zuckerberg a également rencontré, en
début d’après-midi, le chef du gouvernement
Matteo Renzi avec lequel il a dit, sur Facebook,
s’être entretenu de la manière dont « la technologie aide à créer des emplois et la croissance
en Italie ». Il a ensuite donné une conférence
dans une prestigieuse université romaine, répondant aux questions des étudiants.
Dans un message en janvier à l’occasion de

Mark Zuckerberg a rencontré le pape,
hier à Rome, pour tenter de définir comment réseaux sociaux et technologie
peuvent venir en aide aux plus dému(Photo AFP)
nis.
la 50e Journée mondiale des communications
sociales, le pape François avait cependant
prêché pour un « bon usage de la communication » qui « aide à sortir des cercles vicieux
des condamnations et des vengeances ».