n°9 septembre 2016

On détruit le théâtre
mais on repeint la façade !

C

’est un peu ce que
pourrait dire la majorité municipale si on la
laissait aller au bout de
son projet. Pour les prochaines
journées du patrimoine, il ont en
effet prévu de se poser comme
défenseurs du patrimoine du
XXième en mettant en avant la
nécessaire restauration du
verre églomisé de Pansart,
quand, dans le même temps,
ils défendent devant les tribunaux leur projet de vente
à un promoteur qui se propose de détruire la salle de
spectacle.
Que diront-ils lors de la conférence donnée par la restauratrice le samedi à la médiathèque ? Diront-ils par
exemple qu’ils se sont toujours opposés au classement
du bâtiment quand l’unanimité se
fait chez les historiens d’art spécialistes pour dire que c’est incompréhensible qu’il ne soit pas protégé ? Diront-ils que cette opposition, c’est bien sûr, pour laisser les
coudées franches au promoteur
de détruire la quasi-totalité pour
ne conserver que ce qui est façades et hall d’entrée ? Diront-ils
que le classement aurait attiré,
comme ça a été le cas pour le
théâtre Blossac à Châtellerault
récemment restauré, des crédits
d’état correspondant au moins à
30% des travaux (50 % à Châtellerault !). Rappelleront-ils ce que
cette vente, en fait va coûter aux
poitevins à qui on a fait croire qu’il
s’agissait d’économiser de l’argent

public ? (Un prix de vente ridicule,
4 à 5 fois moins cher que le prix du
marché et une charge qui reste
pour la collectivité avec la restauration du verre, l’entretien du hall,
l‘aménagement d’une micro-salle
d’expo en sous-sol, le tout pour 1
à 2 millions d’euros.)
Mais peut-être que , s’ils ne disent

tant les arts du spectacle à la façon du peintre Chirico. Ce verre
travaillé sur feuilles d’or et d’argent, est le premier décor de ce
qui s’inventait sur scène : il ne
peut être la vitrine des magasins
que le promoteur projette d’installer juste derrière !
Nous ne pouvons accepter que
cette restauration, rappelons-le, nécessaire du
chef d’œuvre de Pansart,
fasse oublier la conservation tout aussi nécessaire
du chef d’œuvre de Lardillier. Quand on projette
de détruire un théâtre,
on ne doit pas pousser le
cynisme jusqu’à se
mettre en scène comme
défenseur du patrimoine
en utilisant de cette manière le grand rendezvous des journées du patrimoine.
Quand on lit qu’on nous promet
de plus de se servir de la façade du
théâtre pour exposer l’opération,
on comprend mieux le contre-sens
municipal sur la nature du verre
églomisé : ce qui intéresse les promoteurs de ce projet, c’est bien de
s’admirer agissant plutôt que de
chercher le sens de ce qu’ils font.
Ils aiment les miroirs. Nous, nous
préférons ce que Pansart promettait à la scène : une culture
vivante.
Jacques Arfeuillère

rien de tout cela, ils écouteront ce
que Monika Neuner, la spécialiste
responsable de la restauration
exposera au public. Et ainsi apprendront-ils peut-être ce qu’ils
ont toujours refusé d’entendre
quand nous essayions de clamer la
valeur patrimoniale de cette salle
de spectacle. D’abord qu’il ferait
bien d’arrêter d’appeler ridiculement miroir ce qui a été conçu
non pas pour s’admirer mais bien
pour servir de sésame aux spectacles vivants donnés dans la
salle : Lardillier a demandé à Robert Pansart de concevoir un
décor visible par les transpaDes infos : http://theatrepoitiers.canalblog.com/
rences de la façade, se déPour envoyer dons pour soutenir notre action en
justice : Collectif de défense de l'ancien théâtre de
ployant sur 90m2 quand on
Poitiers, 16 rue Maillochon 86000 POITIERS.
rentre dans le hall, représen-

Audience à la
fin du mois !
C’est le 29 septembre que sera examinée
par la cour d’appel du tribunal administratif de Bordeaux, la demande d’annulation de la vente du théâtre historique de
Poitiers. Une date déterminante : il faut
savoir que la vente n’est toujours pas
signée, que les jeux ne sont donc pas
faits, que le théâtre historique peut encore échapper à l‘appétit des promoteurs qui veulent faire de Poitiers une
ville gentrifiée et pétrifiée. Si les juges
décident l’annulation, tout redevient
possible et ce sera le moment, avant que
la majorité municipale pense à recommencer la même erreur, de porter le
projet alternatif d’un théâtre ouvert au
cœur la ville.
Là, on aura besoin de tout le monde :
cette mobilisation de 4 ans, qui a recueilli
8000 signatures pour demander l’annulation de la vente, qui a vu des milliers de
personnes se succéder devant le théâtre
pour les différents rendez-vous proposés
par le collectif, doit reprendre toute la
vigueur nécessaire pour convaincre que
tout le monde a intérêt à revoir des
spectacles dans la bâtiment construit par
Lardillier. A côté de la scène nationale du
TAP, nous avons montré qu’il y a le besoin, urgent, d’une salle qui permettent
aux compagnies locales de théâtre et de
danse, aux groupes de musique de répéter et de diffuser. Cela peut se faire à
moindre coût pour peu qu’on rapproche
bénévoles et acteurs culturels pour construire la cohérence nécessaire. C’est le
chantier du collectif pour cette année qui
s’ouvre. C’est le rendez-vous proposé à
la population qui est invitée à apporter
son concours en réfléchissant le projet
avec nous, voire en le soutenant par une
souscription.
Le 29, le Collectif sera à Bordeaux pour
entendre la justice. Il reviendra sur le
terrain le soir même pour continuer la
lutte.
Jacques Arfeuillère

Rendezvous
dimanche 18
septembre
Rendez-vous le dimanche 18
septembre, devant la façade, place Leclerc, à l’occasion des journées du patrimoine, avec le collectif de
défense du théâtre de Poitiers. En effet, on ne pouvait
pas ne pas être présent. On
l’est donc, cette année encore, comme on l’a été les
trois années précédentes.
Parce que les journées du
patrimoine, c’est fait pour
montrer, pour révéler, pour
célébrer des éléments remarquables de notre cadre
de vie. Le théâtre historique
de Poitiers fait partie de ces
éléments remarquables. Ces
journées, c’est fait pour
mieux les faire connaître, en
faire des éléments de partage, pour fabriquer, côté
culture, un peu de lien social.
Alors l’idée
d’ouvrir les
portes pendant
un week-end,
de montrer un
peu mieux que
d’habitude,
voire de montrer ce qui est
habituellement
caché, est pour
nous une excellente idée. Sauf
que, dans le cas
qui nous occupe, c’est aussi
une gageure,
une sacrée gageure ! Car ce
théâtre que

bien des acteurs culturels
rêveraient de voir ouvert, ce
théâtre est fermé, depuis
près de 4 ans ! Fermé parce
qu’on veut le vendre pour
en faire des commerces et
des appartements de luxe et
donc, pour ce faire, parce
qu’on veut le détruire !
Eh bien, nous, le collectif de
défense du théâtre, nous
allons, cet après-midi du
dimanche 18, entre 15 h et
17h, essayer malgré la porte
close, de vous le montrer, de
le raconter et de le faire aimer. Parce que ce théâtre, si
on le connaît, si on sait son
histoire, si on reconnaît sa
valeur patrimoniale, si on
sait sa valeur culturelle, on
ne peut accepter qu’il soit
détruit.
Jacques Arfeuillère

Imprimé à 3000 exemplaires Directeur de publication : Jacques Arfeuillère. Rédacteurs : J. Arfeuillère. Maquette : S.Lenhard +
photo p.2. Photo page 1 Laurent Prysmicki, La gazette du théâtre, 16 rue Maillochon, 86000 Poitiers.
Septembre 2016

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