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Histoire de Créteil :

préhistoire, histoire,
monuments / par M. Emile
Galtier

Source gallica.bnf.fr / Société de Clermont


Galtier, Emile (1871-1941). Auteur du texte. Histoire de Créteil :
préhistoire, histoire, monuments / par M. Emile Galtier. 1929.

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HISTOIRE DE CRÉTEIL

PRÉHISTOIRE -
HISTOIRE - MONUMENTS
Par M. Ktriile GALTIBH

CRYPTE DE L'ÉGLISE SAINT-CHRISTOPHE

EDITION DU VIEUX SAINT-MAUR


Société d'Histoire et d'Archéologie
Siège Social MAIRIE DE SAINT-MAUR

IIP. MAURICEGOURHAND
67, av. de la République
SAINT - MAUR

1929
HISTOIRE DE CRÉTEIL

PRÉHISTOIRE

Examinons tout d'abord la physiono- de Chennevières rejoignaient la masse


mie géologique de la région et voyons rocheuse de Créteil à travers une région
les transformations qu'elle a subies à tra- plate et lagunaire au centre de laquelle
vers les âges. la Marne s'étendait en des bras multiples
et peu profonds.
C'est de la géographie locale que nous
allons faire ensemble. Peu à peu, les eaux ont emporté la
Comment seprésentent le territoire de
partie soluble des roches qui se sont
eboulées lentement jusqu'au niveau in-
Créteil et la vallée de la Marne ? Nous férieur où nous voyons couler la Marne
voyons, entre la Seine et la Marne, un aujourd'hui.
éperon rocheux sur leauel s'est établi
le village, à l'est une butte de 73 mètres Ce tassement continu, qui a produit
d'altitude, le mont Mesly, à gauche et à des ruptures régulières, ne s'est pas fait
droite, une déclivité et des plaines ou
des îles. en un jour. Ce long travail dela nature
a demandé des milliers d'années. Elle a
Mais cette physionomie n'est pas la été pour les générations qui nous ont pré-
forme primitive de la région. La terre cédé imperceptible, car la durée de la
est comme le visage humain, elle se ride vie humaine ne représente même pas unt
en vieillissant et ces rides profondes
seconde dans l'âge de la terre; âge que
constituent des montagnes, des plaines, d'ailleurs les savants n'ont pu encore dé-
des lits de rivière. terminer.
Lors du creusement du premier tron- A une époque plus ancienne encore,
çon du canal de Bonneuil, une décou- la mer recouvrait le bassin parisien; on
verte importante a modifié les notions en trouve des traces jusqu'à l'altitude de
géologiques acquises sur la région. A 60 mètres. Par conséquent, à ce moment,
quelques mètres au-dessous d'alluvions de tout le territoire de Créteil. seul le
quaternaires, sables, graviers, les puis- mont Mesly. situé à 73 m. 477. émergeait
santes dragues remontèrent d'énormes en partie. Le point sur lequel a été bâti
blocs de calcaire grossier pareil au tra- l'église est à 47 m. 544; il n'a donc émer-
vertin de Champigny. Cette découverte gé que bien plus tard.
inexplicable me frappa et j'en fis part à
deux savants, MM. Paul Lemoine et Tei- A ce moment, la Marne avait deux em-
lhard de Chardin, qui me convoquèrent bouchures: l'une à Charenton, comme
pour examiner les blocs rangés sur les aujourd'hui. l'autre à Villeneuve-Saint-
bords du chenal. Ils furent frappés de la Georges. Celle-ci s'est colmatée petit.à
nature de ces blocs de calcaire et de petit et la Marne, arrêtée par l'arête ro-
leur régularité de rupture et dans un ar- cheuse de Créteil, a pris une direction
ticle donné au savant périodique La Na- curviligne au sortir de La Varenne pour
ture, ils conclurent qu'à une epoque très aller, tout entiere, se jeter dans la Seine
lointaine, les falaises de Champigny et à Charenton.
A l'époque où la Marne n'avaitpas en- de documents écrits, c'est pourquoi l'his-
vagabondait à tra-
core creusé son lit etmarécages, toire n'a pu percer l'obscurité qui règne
vivaient sur ces âges lointains, autrement qu'à la
vers d'immenses animaux aujourd'hui faible lueur des découvertes dont nous
dans la contrée des
disparus dont on a retrouvé les ossements venons de parler.
fossiles: l'élephas primigenius ou mam-
mouth, le rhinocéros tichorhillus, le
grand cerf.
*
LES ROMAINS
* *
Nous allons passer sur l'époque du
bronze et l'époque du fer qui ont suivi
notons que dans les grottes des Eyzies pour en arriver à l'histoire, qui com-
conquête ro-
et ailleurs, l'homme s'est essayé à repro- ence, pour la Gaule, à lafois
Nous
duire ces animaux sur des os ou les pa- maine, aurons cette un guide
rois de certains refuges. écrit, les Commentaires, sur la guerre des
Gaules de Jules César, où l'auteur de la
Mais il est impossible de dire à quelle conquête nous donne de précieux dé-
époque fut habitée la région. M. Camille tails sur les campagnes qu'il poursuivit
Julian, dans son bel ouvrage « De la pour la soumission des divers peuples
Gaule à la France » ne précise pas le gaulois, des dissertations sur le caractère
moment de l'apparition de l'homme sur de ces peuples et sur la situation pros-
le territoire séquanien. On admet que Et dans laquelle se trouvait
père la Gaule.
la plus ancienne période de notre his- ceci nous conduit naturellement à
toire est caractérisée par les armes ou Créteil comme on va le voir.
outils de pierre grossièrementtaillée par
la main de l'homme. On l'appelle le Cependant la campagne contre les Pa-
temps de la pierre ancienne, ou époque rises et la prise de Lutèce ne furent pas
paleolithique. exécutées par Jules César, lui-même,
mais par son lieutenant Labienus ; c'est
L'invention du polissoir a été une ré- pourquoi les Commentaires si précis
volutiondans l'art de l'armement ou de pour tout le reste de la conquêtr.man-
l'outillage. Cette nouvelle époque est dite quent, sur ce point, de netteté et depré-
de la pierre polie ou lléolithzque. cision, parce qu'ils sent un récit de se-
A ces époques lointaines. il est bien
conde main.
certain que des peuplades, trjbus ou fa- Labienus, qui occupait Melun, se porta
milles nombreuses occupaient le sol de
notre pays. On a trouvé un peu partout vers Lutèce par la rive gauche de la Seine
mais il fut arrêté par les marais de l'Orge
des objets en pierre taillée ou polie. Pré- et les hauteurs d'Athis-Mons sur lesquel-
cisément à Créteil, on a signalé de ces les était rangée l'armée du chef des Pa-
sortes de découvertes qui prouvent que rises, Camulogène.
ce coin du Parisis a été une station pré-
historique. Dans l'impossibilité de passer, il ré-
En 1897, M. Caillet a trouvé dans sa trograda vers Melun en s'emparant de
propriété, 195, Grande-Rue, un si'ex tous les bateaux qu'il put trouver, de tous
taillé et pointu du genre dit coup de ceux qui étaient à lamarre comme de
poing. ceux qui faisaient le commerce par eau,
afin de ravitailler Lutèce, puis il revint
Vers 1902, des ouvriers découvrirent sur ses pas, en suivant la rive droite.
au montMesly une hache en pierre em- Suivant une thèse très vraisemblable
manchée.Celle-ci dont on ne connaît pas
la nature devait être en pierre polie. de Jules Quicherat, Labiénus, avec ses
quatre légions (la légion comptait envi-
Un peu plus tard, fut découvert dans ron 6.000 hommes) vint camper dans les
une propriété dominant le Bras du Cha- plaines de Créteil. Il était là protégé par
la
pitre une pierre avec des stries hori- Seine et les marais sur sa gauche, par
zontales indiquant un polissoir. la Marne sur sa droite. <

Ces découvertes nous ramènent à plus Il descendit la Seine jusqu'à l'embou-


de 5.000 ans avant notre ère. Les peu- chure de la Marne et, profitant.d'une nuit
plades de cette époque n'ont point laissé d'orage, ilfit passer son armée sur la rive
gauche- et surprit lés Gaulois dans les accréditée,qùe M. Ràvesat a cru devoir
plaines, de Vitry. Le souvenir de cette les faire figurer au fond du tableau re-
victoire se serait ainsi perpétué dàns ce- présentant le martyre des deux saints
lui 4e cette localité (Viçtoriàcum), qu'il a peint largement pour le maî-
D'après le même auteur, la chapelle tre-autel de l'église. Elles montent en
Notre-Dame dès Mèches Serait la suite toute hâte le chemin qui conduit de la
d'un Temple que les soldats auraient éle- rivière à la croix Tabourit en brandis-
vé, au mLieu de leur camp, à la déesse. sent d'un air menaçant leurs redoutables
Roma. battoirs. Si l'on rapproche ces cricons-
Il n'y a là que des conjectures- Les tances du récit faitpar du Breul. il de-
Romains occupèrent Lutèce et la Gaule vient évident que cette locution: les mas-
pendant près de 500 ans, mais on ne sues de Créteil, était jadis une périphrase
trouve pas à Créteil des traces de leur populaire pour désigner les battoirs des
domination, comme, par exemple, des. blanchisseuses.
monuments dont la solidité a jusqu'ici La tradition rapporte que les saints de
défié le temps. Il est pourtant certain
Créteil étaient nés dans le village, qu'ils
que les Romains n'ont point négligé de ont demeuré à la porte Caillotin, aujour-
mettre en culture les bonnes terres des d'hui rue des Caillotins et qu'ils sont
environs de Paris dont celles de Créteil
faisaient partie. morts à la croix Taboury. Les anciens
plans indiquent au milieu de cette rue
l'emplacement d'une croix dite de Saint-.
LÉS BARBARES Aglibert. L'expression, porte des Caillo-
tins évoque l'idée d'un village fortifié,
L'étymologie du nom de Créteil est de- avec porte de Paris et porte de la Brie.
meurée obscure. Les pentiers documents La rue de la Recette semble tourner au-
écrits rappellent Chrïstoïlum. On serait tour des anciens murs. Tous les villages
tenté d'y voir terre du Christ. Coïnci- des environs de Paris ont été entourés
dence curieuse, l'église est consacrée à de murailles.
saintChristophe, dans le nom duquel on Il est prouvé que les premiers rois mé-
retrouve encore le radical Christ. rovingiens habitèrent Bonneuil. Lothaire
La première fois qu'ilest fait mention
dans l'histoire, du village de Créteil. y possédait un château en 842. En 616,
Clotaire II aurait tenu à Bonneuil une
c'est au neuvième siècle, mais pour un réunion des grands seigneurs de son
tait antérieur. Un moine de l'abbaye de royaume. On croit que Dagobert aurait
Saint-Denis, nommé Usuard, qui vivait été proclamé roi dans une assemblée te-
sousCharles-le-Chauve, a écrit un mar- nue sur le mont Mesly. Tous ces faits
tyrologue dans lequel il dit ceci: « Au prouvent que la région n'était ni inculte,
territoire des Parisi, au village de Cré- ni abandonnée.
teil, furent mis à mort Agoard et Agli-
bert, ainsi aue beaucoup d'autres per- M. l'abbe Dambrine a cru voir dans
sonnes des deux sexes ». On peut repor- deux m-onnaies portant le nom de Créteil
ter ce fait au passage des Huns en 451 l'existence en ce lieu d'un atelier de
et au massacre qu'ils firent des chrétiens monétaires. Je ne partage pas son avis,
dans la presqu'île de Saint-Maur et dans et voici Dourquoi.
Créteil.
Une dénominationsemble garder le On trouve dans la collection des mon-
souvenir de cette incursion des barbares, naies et médailles de la Bibliothèque na-
c'est le nom de l'île Barbière (illsnla Bar- tionale deux triens d'or (ou tiers de sou
barie) comme ele est désignée sur les d'or) portant sur l'avers, ce sul mot.
plus anciens documents. Là, purent cam- Cristoialo et deux au revers PortoIohan-
per, dans cette placeentourée d'eau, les nis sur l'une, Porto Iohannes sur l'autre.
barbares qui traînaient à leur suite 'eurs L'auteur en conclut que l'ouvrier Jean
familles dans d'innombrables chariots. frappait ses pièces à Créteil, à l'endroit
*
* *
dit le Port.
Les massives d<° Créteil. — On prétend Or, en face se trouve de toute antiquité
que les blanchisseuses paiennes ont pris le port de Créteil, propriété de l'Abbaye
une part très active au massacre des de Saint-Maur, fondée en 638. L'âge dé
saints, et, c'est une tradition tellement ces pièces peut remonter au septième ou
huitième siècle. On peut donc penser que
l'Abbaye suzeraine de toute la presqu'île
:
En voici d'autres confirmations
avait, comme les seigneurs de l'époque, En juillet 1594, Henry IV confirme aux
le droit de frapper monnaie et que son habitants de Créteil, Maisons, Charen-
atelier se trouvait au lieu dit le Port de tonnel, et les hameaux dépendant d'iceux
Créteil. Je suis désolé de déposséder la les privilèges et exemptions accordés par
commune voisine et amie d'un lambeau les rois prédécesseurs.
de sa propre histoire pour l'attribuer à
sa riche voisine, Saint-Maur. .Privilèges par lesquels en fournis-
sant par lesdits habitants desdits villa-
ges et hameaux la paille pour la litière
PRIVILÈGES ROYAUX de nos grands chevaux tant que nous se-
rions logés en notre ville de Paris et en
Après la conquête franque, les rois nostre chasteau du bois de Vincennes,
donnèrent à leurs principaux chefs des ils sont affranchis, quittes et exempts de
terres immenses tenues en fiefs. C'est tous ports, péages, passages et travers
ainsi qu'au neuvième siècle, c'est un vi- eux leurs chevaux, charrettes, liarnois

-
comte de Paris, Grimoard, qui était pro- et autres bètes. portant somme de
priétaire de Créteil. Le 24 avril de l'an toutes manières de victuail'es qu'ils por-
900 le roi Charles le Simple confirme la tent vendre en quelque lieu que ce soit,
donation que fit ce vicomte à l'église de fournir et bailler aucuns chevaux,
St-Christophe de 15 manses « avec des pionniers, gens de voiture pour mener
serfs de l'un et de Vautre sexe, terres cul- notre artillerie en nos camps et armées
tivées et incultes, prés, vignes, forêts et et quelque autre part que ce soit. de lo-
serfs, eaux et décours d'eau et tout ce ger aucuns gens de guerre tant de che-
qui en dépend justement et légalement ». val que de pied, de quelque nation qu'ils
Par la suite c'est le Chapitre de Notre- soient, ni de leur fournir et contribuer i
Dame de Paris qui en devint propriétaire aucuns vivres, biens et choses quelcon- "-
et seigneur et qui le resta jusqu'au sei- ques sinon de leur gré et consentement.
zième siècle. Outre lesdits habitants, sont exempts et
affranchis des fournissements et dépens
La charte de Grimoard spécifiait que qui se fournissent par les villages à no-
ces terres seraient exemptes de tous cens tre gendarmerie etant aux garnisons.
et redevances. Faut-il voir là, l'origine Ensemble du taillon, mis sur le plat
des privilèges dont jouissaient les cha- pays de notre royaume pour l'augmen-
noines et les habitants d'être exempts de tation de notre dite gendarmerie et com-
toutes fournitures lorsque le roi séjour- mutation de vivre d'icelle.
nait à Créteil ? Mais ces exemptions leur coûtaient
Or un jour, Louis Vil, surpris, par "a cependant cher.
à
nuit, coucha Créteil et exigea des ha-
bitants le droit de gîte, c'est-à-dire le Le 29 novembre 1616, sur la pétition
couchage et la nourriture pour lui et sa des habitants des villages de Créteil et
suite. Apprenant cette atteinte portée à de Maisons, qu'attendu que les feus rovs
leurs privilèges, les chanoines décidè- leur ont donné plusieurs privilèges avec
rent de témoigner de leur indignation en exemption de toutes sortes de levées de
interrompant le service de l'église métro- deniers tant ordinaires qu'extraordinai-
politaine dont ils fermèrent les portes. res en considération des pailles qu'ils
Le roi dut faire amende honorable. fournissent pour la grande écurie du roi
comme ils ont fait de tout temps et font
*
* # encore à présent et que néanmoins ils
ne jouissent de leurs privilèges, ains
Par la suite, Jean le Bon. en 1351. sont taxés aux tailles, crues ordinaires
Charges VI. en 1381 et presque tous les et extraordinaires et autres levées de
rois à leur suite signèrent des lettres deniers sansavoir ésard auxdites four-
royales par lesquelles les habitants de nitures de pailles qui leur coûtent deux
Créteil étaient dispensés de servir aux fois plus que lesdites levées de deniers
officiers du roi autre chose que la paille ne montent; il plut au roi leur continuer
pour ses chevaux lorsqu'il se trouvait à lesdits privilèges. ou les décharger à
Vincennes, ou aux Carrières. l'avenir des fournitures pour les grands
chevaux de sa majesté et pour emplir sy, Sucv. Bonneui". Chennevières et cam-
les paillasses des pages et palefreniers pèrent dans les Marais de Créteil et les
de la grande écurie revenant bien par fermes.
chaque an à 1.056 livres. le roi les Les habitants fuyaient devant les Lor-
exempte et affranchit de toutes levées de rains qu'une réputation de cruauté pré-
deniers fors et excepté pour la tail'e or- cédait. Laissons ici la parole au curé de
dinaire, taillon et crue du prévost des Créteil qui a fait mention de ces faits
maréchaux. sur les registres de paroisse.
y restèrent cinq mois pendant
Les habitants durent souvent s'adres-
ser au roi pour faire respecter leurs pri-
vilèges et se faire dégrever des imposi-
tions abusives aux tailles.
« Ils

;
lesquels personne n'osait paraître à Cré-
teil à peine d'être volé et maltraité les
lieux demeurèrent déserts et inhabités
pendant 4 mois 1/2 et les villages pro-
Charles VI, dont nous avons cité le ches, de même; et durant ce temps mou-
nom, avait une certaine prédilection rurent, tant de mauvais traitements que
pour Créteil. C'est lui qui avait fait de maladie d'infection 250 personnes de
construire e château du Buisson pour Créteil, tant des principaux habitants
sa jeune maîtresse, Odette de Champdi- qu'autres du lieu, hommes, femmes, pau-
vers. vres, ricues, petits et grands, garçons et
fiEes, serviteurs, servantes, tant à Cré-
Les Anglais et les Armagnacs, les Hu- teil, à Paris et à Saint-Maur et autres
guenots qui ravagèrent ensuite les envi- lieux où ils s'étaient réfugiés. Et toutes
rons de Paris ne durent pas épargner ces armées ne décampèrent qu'à la mi-
Créteil; mais il faut en arriver au xvI" octobre où les troupes de Wittemberg
siècle pour trouver un fait historique vinrent en leur décampement à Créteil,
concernant le village. Le 3 février 1547 où ils campèrent trois jours, tant dans
Jean du Bellay, évêque de Paris, doyen l'église qu'au presbytère et en toutes les
du chapitre de St-^laur-des-Fossés- fit maisons, où ils firent de grands désor-
échange avec le chapitre de Paris de sa dres et ravages épouvantables.
terre de Wissons contre celle de Créteil « Et l'église de la paroisse et la cha-
avec collation à la cure. Les évêques pelle N.-Dame-des-Mèches fut réconciliée
conservèrent par la suite, 'a jouissance et rebénite le 25e jour d'octobre 1652,
de la seigneurie et possédèrent, dans la
rue des Mèches une résidence.
par moi prêtre. licencié es saints décrets,
conseiller et aumônier du roy, curé de
Cette seigneurie comportait le château Créteil, suivant le pouvoir à moi donné
ou grande maison seigneuriale (face à par Monseigneur l'Archevêque de Paris.
l'avenue du Château) et deux fermes « Dieu nous délivre par sa sainte mi-
importantes à droite et à gauche de la séricorde pour jamais, nous et toute la
rue des Mèches dont il reste, comme France de semblables accidents. Amen.
vestige, un vieux pigeonnier du XIve siè- Signé: E. PEILLOT.
cle digne d'être classé parmi les monu-
ments historiques. *
* *

LA FRONDE Voici un document qui confirme nos


Sous laFronde, en1652, levillage assertions.
devait connaître l'épreuve la plus sé-
rieuse de son histoire. Les troupes du Etat sommaire des misères de la cam-
prince de Condé et celles du duc de pagne et besoins des pauvres, aux envi-
Wurtemberg, allemandes et lorraines, rons. de Paris des 20, 22. 24 et 25 octo-
vinrent à Grosbois. tandis que les trou- bre 1652.
pes royales étaient sur les hauteurs de
Villeneuve-St-Georges. Au moment où En ce qui est des églises, l'on a trouvé
l'on pouvait s'attendre à une bataille, les vitres cassées, les bancs rompus, les
Turenne fit repasser la Seine, à ses sol- Tabernacles ouverts, les saints ciboires
dats sur un pont de bateaux fait avec emportés, les ornements pillés. et plu-
toutes les portes et les fenêtres qu'il sieurs ont servi de corps de garde.
avait pu trouver. Dès lors les troupes Les lieux, villages et hameaux déserts
lorraines avancèrent et occupèrent Bois- et destitués de pasteurs.
Les rues et voisinages infectés de cha- entassée. Du 8 juin au 12 décembre 1652.
le curé de la Varenne St-Hilaire enterra
rognes, puanteurs et de corps morts ex- 156 personnes; 54 de Sucy, 25 de Chen-
posés.
nevieres, 35 de la Varenne et 42 de Cré-
Les maisons sans portes, fenêtres, cloi- teil. Ce furent sans contredit les plus
sonnage et plusieurs sans couvert et tou- sombres jours de l'histoire de la paroisse
tes réduites en cloaques et estables. de Créteil.
Toutes les femmes et filles en fuite et Les dégâts matériels avaient dû être
les habitants restés sans meubles. usten- importants car, j'ai trouvé aux Archives
siles, vivres et destitués de tout secours Nationales, que le 26 décembre 1652, le
spirituel et temporel. curé et les habitants empruntent 600 li-
Mais, surtout les malades, languissants, vres, à un notable du lieu, Jehan de
moribonds et mourants, sans pain, vian- Vienne, pour réparations à effectuer à
de, remèdes, feu, lits, linge, couettes et
sans prêtres, médecin, chirurgien, ni au- l'église et au Dresbvtère. Déjà, en 1649,
lors de la vieille Froide, les fermes
cun pour les soulager. avaient été pillées, les récoltes anéanties
Les uns ont vécu d'eau et d'herbes sur pied.
pendant quinze jours.
Pour les besoins de la population des
campagnes on installa des magasins où
de Paris on trouve :
Dans les délibérations de l'Hôtel Dieu

la bienfaisance publique apporta linge, « Cedit jour (11 janvier 1649) sur la
vêtements, couvertures, choses nécessai- proposition faite à la-Compagnie par Jean
res au culte. de Bièvre (?) (Vienne) demeurant à la
ferme de l'Hôtel-Dieu sise à Créteil. que
« La piété de Mme de Bretonvi'liers. ayant fait venir en cette ville quantité
nous a donné sa maison pour magasin, de cent cinq moutons dudit Créteil, pour
qui est à la pointe de l'Ile et la plus com- les échapper de l'invasion des gens de
mode de Paris, pour nos envois et pour
la charge des bateaux. » (Ile Saint-Louis) guerre, lesquels moutons il a offert lais- 4
La misère de ce temps suscita la voca-
ser audict Hostel-Dieu pour la somme
de huit cents livres, ce que la compa-
tion d* St-Vincent-de-Paul. gnie a accepté. »
Ces faits douloureux sont confirmés Le curé dont nous venons de parler,
par les registres mortuaires de Saint- Etienne Peillot de La Garde était à Cré-
Maur et par le chapitre que j'ai consa- teil depuis 1642, il y fut inhumé le 9 jan-
cré àce sujet dans mon Histoire des Pa- vier 1667. Il est l'auteur des poésies que
roisses de Saint-Maur. j'ai publiées dans le Bulletin du Vieux
« C'est au Port de Créteil — ai-je Saint-Maur d'avril 1928. Il eut pour suc-
écrit — dans les cinq ou six maisons qui cesseur. un parent, neveu sans doute.
s'y trouvaient que la majeure partie des Messire Louis Peillot de La Garde, qui
habitants de Créteil s'était réfugiée et mourut le 21 septembre 1693.
Le Village
Jetons unregard particulier sur l'ag-
glomération que constituait le village.
Les maisons s'étaientalignées le long de
-
Jeandieu, note sur les registres d'état ci-
vil qu'en 1807 on récolta dans les an-
ciens marais du blé plus beau que par-
la route de Champagne-en s'éleignant de tout ailleurs.
plus en plus du carrefour de l'église, la L'évêque de. Paris seigneur de la plus
partie la plus ancienne de Créteil. grande partie de Créteil avait la haute
Sous l'ancien régime, les rues avaient moyenne et basse justice. Il avait son
des noms, les maisons n'avaient pas de carcan sur la p:ace de l'église.
:
numéro. On les différenciait par des en-
seignes. On trouvait ainsi à Créteil Mais d'autres seigneurs se partageaient
le territoire.'C'est ainsi que-les moines
La maison du carrefour de l'église où et. plus tard les chanoines de St-Maur
pend la Herse, la maison du Dauphin, avaient une ferme et des terres à Mesly.
Grande-rue de Créteil, une maison près L'Hôtel Dieu avait deux fermes (grande
l'église, servant,d'hostellerie et ayant ferme à gauche, petite ferme à droite),
pour enseigne Saint-Christophe. dans la rue des Mèches et les terrains qui
appartiennent encore aujourd'hui à l'As-
Dans unacte de donation du 11 dé- sistance publique. Ces possessions lui ve-
cembre 1-545,nous trouvons une « mai- naient de donations et d'acquisitions suc-
son à Créteil au carrefour dudit lieu de- cessives.
.vant le carquant où soufoit pendre
pour Enseigne « LaTeste de Bœuf ». Je vais les passer rapidement en re-
vue.Malheureusement l'incendie des Ar-
Le village, sous l'ancien régime, n'a chives de l'archevêché de Paris et de
jamais eu plus de 500 habitants en y cel'es de l'Assistance publique, en 1871,
comprenant même ceux de l'écart de a fait disparaître des documents pré-
Mesly et des fermes. En 1709, on y cieux pour l'histoire des paroisses et en
comptait 120 feux, en 1745, 111; en 1726 particulier, de Créteil.
on' évaluait la population à 498 habi-
tants. A la fin du 14e siècle,Miles BaiCet,
conseiller et maître des comptes du roi
Voici comme terme de comparaison le
dénombrement des paroisses voisines
Ormesson, 38 feux; iBoissy-St-Léger. 43;
: possédait les deux fermes se faisant face
dans la rue des Mèches.
Bonneuil, 27-; Champigny, 154 ; Chen- Le 8 janvier 1404. il les vend moyen-
nevières. 78 ; Sucy, 149 ; St-Maur, 93 ; nant 7.000 livres tournois à Marie La
La Varenne, 17. Guérine, femme d'Etienne Laisné, ser-
La paroisse était un pays de culture.
La vigne couvrait les pentes, :e reste
:
gent d'armes, écuyer. Ces fermes sont
ainsi décrites
était en terre labourée. Vers la Seine Un hôtel avec colombier et ses dépen-
-s'étendaient de grands marais qui ont dances et -3 quartiers de vignes et jar-
été en grande partie asséchés au com- dins; un autre grand hôte' situé en fare
mencement du xixe siècle. Le maire du premier avec colombier, pressoir,
granges, bergeries et jardins, contenant pour un clos fermé de murailles d'une
environ 6 arpents aboutissant par der- contenance de 3 arpents et d'un fief
appelé le fief de Longueil, contenant
6 arpents ci-dessus désigné;
rière au chemin qui va au Mesche, un
hôtel et un jardin contigus au clos de
20 arpents
de Saussaie en la rivière de Marne; .en-
4 arpents de terre pour 5.500 livres.

2° Le Tonnellier, avocat au parlement,


viron 300 arpents de terre tenus tant en pour une grande maison avec cour, jar-
fief qu'en censive ; deux gords à pes- din, potager et deux petites maisons en-
chier. clavées dans le potager, ayant entrée
dans la rue des Mesches, du parc atte-
Celle-ci les transmit, par testament en nant à ladite maison, d'une contenance
date du 25 août 1428, à sa sœur Cathe- de 30 arpents et de 3 arpents de terre
rine La Guérine, mais en en laissant hors des murs du parc, pour la somme
l'usufruit à son mari, sa vie durant. de 16.000 livres.
Ces biens appartinrent ensuite à Adam 3° L'Hôtel Dieu, pour une ferme et tou-
de Cambray, premier président du par- tes
lement de Paris et enfin à l'Hôtel-Dieu geries, ses dépendances, cours, estables, ber-
partie. granges, colombier, une petite
en maison située rue des Mesches, 195 ar-
au XVIIe siècle, Claude de Roche- pents de terre labourable, 2 arpents de
chouard, chevalier seigneur de Tonnay- vigne, 11 arpents de pré,censive les droits de
l'Ormoye. les droits de
Charente, comte de Vivonne, en avait la arpents sur 550
propriété comme seul héritier de Aimé de terre et sur les maisons sises
de Rochechouard et de Madeleine Man- au terroir de Créteil et de Maisons, pour
got et les vendit à Elisabeth Dumaistre. 20.000 livres.
Mais les 13 août et 22 septembre 1672, Pierre Margeret habitait le château
eut lieu l'adjudication sur folle enchère des archevêques. Il mourut le 2 octobre
comme l'indiquait une pierre tom-
faite par ladite Elisabeth du Maistre qui 1692, située
avait acquis ces biens moyenant 54.000 bale dans l'église, mais qui a dis-
livres. A cette nouvelle adjudication en paru- Il état chevalier, comte palatin,
:
la Chambre du Parlement furent déclarés conseiller du roi en ses conseils, grand
adjudicataires audiencier de France, seigneur de Pon-
taut, Longueil et autres lieux, c'est-à-dire
1° Pierre Margeret, conseiller secré- des fiefs situés à Créteil et ainsi dési-
taire du roi, grand audiencier de France gnés.
T i Église
e

Puisque nous venons de parler de Saint-Germain-des-Prés; c'est la partie


l'église, entrons et visitons-la. C'est une la plus ancienne. Ce porche s'ouvre pai
des plus anciennes et des plus intéres- line porte en plein cintre le long de la-
santes de la région. Le clocher est bâti ruelle se rencontrent des colonnes enga-
sur le porche comme dans l'église de gées surmontées de chapiteaux romans.

ÉGLISE SAINT-CHRISTOPHE DE CRÉTEIL

Le clocher a deux étages et supporte un piteaux sont à crochet et de style gothi-


toit en batière, c'est-à-dire à deux pans. que.
C'est une construction de style de transi- On y voyait, autrefois, des pierres
tion entre le roman et le gothique. tombales et des épitaphes qui ont dis-
A l'intérieur, l'édifice est de plan rec-
paru. On y admire encore une fort belle
chaire, délicatement scuJptée, dans le
tangulaire. Il se compose d'une nef et de goût du dix-huitième siècle, portant en
deux bas-côtés, divisés en 6 travées par relief un saint Christophe, patron de
de forts piliers circulaires dont les cha- l'église, et les deux martyrs, armés de
pied en cap. Par la pureté de ses lignes, servait de table d'autel, l'armoire où l'on
de son dessin autant que par son ancien- cachait les vases sacrés et la piscine
neté, cette chaire mérite d'être c'assée aux ablutions.
dans la liste des monuments historiques.
Je la signale à la municipalité qui donne Les reliques des saints martyrs sont
des preuves de son respect de tout ce dans des châsses exposées dans l'Eglise.
qui touche à l'histoire du vieux village, Cette translation figure en ces termes
en faisant restaurer l'antique clocher de aux registres d'état civil deCréteil:
l'église, à M. le Curé Bégin, pasteur dé-
voué et éclairé .dont le zèle augmente Le mardi 21 avril 1807, six heures
tous les jours le patrimoine matériel et du soir, les châsses de Saint-Agoard et
moral de la paroisse. Saint-Aglibert ont été scellées, après
avoir enfermé les authentiques (sic) le
Cette chaire a été donnée à l'église procès-verbal de la cérémonie dans la
Saint-Christophe par Messire Alexandre- châsse de Saint-Agoard.
Julien Clément, chevalier, conseiller en
la cour du Parlement, qui avait une ha- Le temps estoit très froid.
bitation de campagne à Cré-eil. Un act" JEANDIEU, maire.
du 24 mars 1708. spécifie que « le curé
et marguillier de la paroisse s'engagent,
chaque fois qu'on prêchera, à faire dire NOTA. — La cassette renfermant les
un De Profundis pour :'Ùme de Messire ossements des Saints Martyrs ci-dessus
Clément, écuyer, premier valet de cham- nommés et de leurs compagnons a été
bre de Mme la duchesse de Bourgogne, aussi scellée, le même jour et de suite
pour le don d'une chaire venue de bois déposée dans la cave qui se trouve sous
sculpturé (sic) estimé 150 livres, pour le chœur de l'Eglise.
prescher et l'avoir fait mettre et pos?r à
sa place à ses frais ». Factum est illud scriptum
ad memoriam hujns cere-
Cette famille Clément s'est illustrée moniœ conservandam.
dans la personne de deux de ses en- JEANDJEr.
fants, nés tous deux à Créteil. qui ont
laissé un nom dans l'histoire. Le premier Maire de-Créteil.
fut Athanase-Alexandre, né le G septem-
bre 1716. mort en 1793. Jurisconsulte et
littérateur, il est surtout connu s-jus le
nom de Clément de Boissy. Le second est
--«D») --
Augustin-Jean-Charles, né le 8 septem-
bre 1717, mort en-1804. Ilse fit prêtre,
fut même évêaue de Versailles en 1797, Puisque nous sommes sur la partie
et a laissé des ouvrages canoniques et un religieuse de notre sujet, disons truc
Journal, correspondance et voyages en dans la plaine où. selon la tradition, les
Italie et en Espagne. Romains auraient campé, se trouvait
une chapelle dite Notre-Dame-des-.\Iè-
ches, dirigée par une confrérie. Il s'y
faisait pas mal de pèlerinages, ce qui
* * était pour cette confrérie d'un grand
rapport, de telle sorte que la commu-
nauté des habitants et même des parti-
L'Eglise possède une crypte du XIT culiers lui empruntaient de l'argent. On
siècle, à laquelle on accède par un esca- trouve, en effet, le 13 mai 1G95. un acte
lier pratiqué à la hauteur du maître- d'assemblée des habitants de Créteil par
autel. Cette crypte est sans doute d'ori- lequel ils empruntent à la confrérie No-
gine plus ancienne et a dû être refaite tre-Dame-des-Mèches, la somme de trois
lors de l'érection de l'Eglise actuelle. cents livres pour le paiement des tailles.
Les collecteurs des tailles de la paroisse
Elle est de forme rectangulaire et di- avaient imposé pour l'année 1694, Jean
visée en trois travées. On y voit encore Dedibon, fermier de M. Le Tonnelier, a *
le sarcophage en pierre où reposaient Mesly. sous l'obligation des habitants
les restes des saints martyrs et qui qu'ils seraient solidaires du contribuable
et n'ayant pu se fare payer, par opposi- président en sa cour de Parlement de
tion formée par ledit Le Tonnelier, l'en- Bordeaux, seigneur des fiefs de Longueil
semble des habitants contractaient le et de Champs-sur-Marne, sis au dit Cré-
prêt en question. teil et propriétaire de la censive qui a
appartenu à l'Eglise St-Germain-:'Auxer-
L'origine de cette chapelle estincer- rois sur 550 arpents de terre. (L'arpent
était de 51 ou 52 ares) soit 286 hectares
taine. On sait seulement qu'elle était environ.
desservie uar les chanoines de St-Ger-
main-l'Auxerrois, qui possédaient égale- Cette chapelle fut fermée à la dévolu-
ment la ferme des Mèches et la majeure tion. Elle tombait en ruines lorsqu'elle
partie des terres de la plaine, 550 ar- fut démolie ily a quelques dizaines
pents. Nous ignorons le temps où ils d'années. La cloche est aujourd'hui dans
durent aliéner ces terres et passer à le clocher de l'Eg'ise paroissiale. A la
l'Eglise de Créteil, la desserte de la cha- suppression du culte, dans la chapelle.
pelle. Le 4 juillet 1616, nous trouvons pendant la période révolutionnaire, la
une transaction entre Paul de Gondy statue de la Vierge qu'on y révérait fut
évèque de Paris et M.Mangot conseiller solennellement transportée dans l'Eglise
du roi. en son Conseil d'Etat, premier paroissiale, le 5 juin 1791.

LA RÉVOLUTION

Les faits historiques re'atifsCréteil


à par paroisses et à lui présenter leurs
sont peu nombreux: les peuples heureux plaintes. Chacune d'eles envoya donc
n'ont pas d'histoire. Nous venons d'évo- au roi son cahier des plaintes et doléan-
quer la vie de ses habitants sous la do- ces. Ces cahiers ont été plus tard pu-
mination des seigneurs de l'ancien ré- bliés.
gime. Voici la Hévolution, le nouveau
régime. De quoi se plaignaient les habitants
de Créteil, tous cultivateurs? Des impôts
La Révolution est le point culminant trop lourds et surtout des vexations
de la lutte du tiers Etat pour conquérir mises à les lever, des capitaineries de
la liberté. Au treizième siècle, par la chasse comme très nuisibles aux pro-
disparition du servage le peuple avait priétés, d'autant plus, disaient-ils, qu'il
obtenu sa personnalité, peut-on dire. La existe sur ce territoire trente remises,
Révolution est un grand mouvement formant environ 30 arpents; des inon-
d'émancipation politique et sociale. Elle dations de la Seine et de la Marne qui
ne fit pas grand bruit à Créteil où cepen- détruisent les récoltes des meilleurs
dant se firent sentir les convulsions de terrains; ils demandaient que tous les
la capitale. privilèges de colombier soient suppri-
més.
Le roi Louis XVI avait été amené à
convoquer les Etats généraux en 1789. La nuit du 4 août supprima tous les
Il invita tous les habitants à se réunir privilèges et leur donna satisfaction.
La, Coiistituiuante invita les prêtres à leurs fenêtres. Ensuite la garde nationale
prêter le serment à la Constitution. en ordre estvenue dans le chœur, la Mu-
Beaucoup adhérèrent. Le dimanche 23 nicipalité et le clergé au centre, M. Gen-
dret, curé de ladite paroisse, a entonné
janvier le curé Jean-Baptiste Gendret et le Te Deum qui a été chanté, accompa-
Martin Vassel, vicaire, s'y conformèrent gné par la musique militaire, en actions
dans l'Eglise en présence des autorités de grâces de l'heureux événement de la
municipales,M. Piot, maire. Constitution, acceptée et signée par le
Roy. La Municipalité, au centre de la
Le 3 septembre 1791, la Constituante troupe, est sortie dans le même ordre et
a été reconduite chez M. le Maire au son
vota la première constitution qu'ait eue des instruments militaires et du peuple
la France. A cette occasion, des réjouis- qui l'acompagnaient.
sances furent organisées dans toutes les Le soir, tous les citoyens ont illuminé.
communes. Voici comment se passa Un bal champêtre offert par la Municipa-
cette fête à Créteil. lité offrait par le grand nombre des ci-
toyens des deux sexes et de tout âge ras-
L'an mil sept cent quatre-vingt-onze, semblés, par les illuminations en guir-
à l'issue des vêpres en vertu de la loi du lande et les arbres touffus qui le couvrait
15 septembre, présent mois, relative à la le spectacle vraiment digne de la fête na-
publication solennelle de la constitution tionale. à laquelle un jour si solennel
et conformément à l'arrêté du directoire avait donné lieu.
du district de Bourg-la-iReine, qui fixe à Et ont signé.
ce jour la publication de l'acte consti-
tutionnel de la France; se sont assemblés
en l'Eglise les habitants de la paroisse de *<
Créteil, conformément à la convocation
qui leur en avait été faite la veille au son
de la caisse dans toutes les rues et places
accoutumées dudit lieu. Et encore ceiour- Les décrets de 1790 avaient supprimé
d'hui, au prosne de la messe paroissiale, les paroisses en tant qu'organismes admi-
afin qu'aucun citoyen n'en puisse préten- nistratifs et créé les communes dans les
dre cause d'ignorance. La garde nationale limites de celles-ci Des élections munici-
pales eurent lieu tous les ans. Le premier
sous les armes avec le drapeau s'est ren- maire révolutionnaire de Créteil fut
due chez M. le Maire où la Municipalité
était assemblée; une députafion de ladite Louis-Simon Piot, marchand boucher,
garde est entrée avertir la municipalité pour 1791, puis — et je suis heureux de
que la troupe l'attendait pour se rendre combler ici une lacune au moyen des do-
à l'église, et de suite ont pris leur mar- cuments que j'ai retrouvés aux Archives
che. La municipalité précédée, accompa- Nationales — ce fut Chalouvrier pour
gnée et suivie de la garde nationale sont 1792. puis Maliverné pour 1793.
entré dans l'église dans le même ordre, la
municipalité a été se placer dans le
chœur, la troupe est restée sous les armes ***
et en ordre dans la nef. Ensuite M. le
Maire a chargé le procureur de la Com-
Après la proclamation de la Républi-
mune de faire en son nom, en présence
des officiers municipaux, des notables, du que, 2 septembre 1792. et l'exécution du
clergé et du peuple, la lecture de la Cons- roi Louis XVI, 21 janvier 1793, le gouver-
titution française, lequel est monté en nement révolutionnaire se trouva en pré-
chaire pour en faire la publication après sence des plus grandes difficultés: pénu-
laquelle la musique militaire a exécuté rie des vivres, disette et famine même
des airs analogues (sic) à un si beau jour sur certains points et invasion étrangère.
entr'autres le refrain Ça i/ra. Ensuite, M. Son énergie vint à bout de tout.
le Maire a fait annoncer à tous les ci- Même à Créteil, pays de grande cul-
toyens que pour honorer cejour à jamais ture, le blé était rare et bien souvent ré-
mémorable dans tous les cœurs des Fran- quisitionné; les fermiers avaient ordre
çais, la municipalité invitait tous les frè- d'approvisionner le marché de Charenton
res de mettre des illuminations ce soir à et devant les menaces ou les violences.
ils avaient toutes les peines du monde à sans congé et ont vendu l'armement et
garder la semence qui leur était nécesr- rêquipement: fusil, sabre,. gibérne: qui
saire. leur avaient été fournis par la municipa-
lité. Il le prie de les faire conduire au
Le 30 octobre 1793, le maire Maliverné district qui leur délivrera de nouveaux
écrit aux autorités du district: « Les gens
in'assaillènt tous les jours pour avoir du
blé-ou du pain; il y a peu de personnes
dans notre commune qui ne meurent de
faim ou de besoin. Moi qui vous parle, à
rendre.
ordres de route ou de s'assurer de la per-
sonne de ceux qui refuseraient de s'y

l'heure où je vous écris, il est, 2 heures


après-midi, ni.moi, ni mes enfants n'ont *<
* mangé- depuisprès, de 24 heures. Nous
avons trois boulangers dans notre com- Puis on fait des réquisitions de che-
mune- qui ne peuvent avoir du bled nulle vaux pour l'armée.
part. s
Le 2 vendémiaire an II de la Républi-
.'t que une et indivisible, réquisition est en-
* * voyée à la veuve Cathelin de Créteil d'a-
voir à conduire à la caserne du Bourg-
l'Egalité, dans le délai de 48 heures, à
Four faire face à l'invasion, on décréta peine d'être regardée comme contre-ré-
des levées .en masse et l'on fit appel aux volutionnaire ei arrêtée comme telle, un
volontaires. Quelques citoyens de Créteil ch'eval. Le maire demande que ledit che-
s'enrôlèrent et furent armés et équipés
parles soins de la municipalité. Cet élan
val soit rendu à sa propriétaire pour son
commerce de coquetière, pour la culture
avait -été général, malheureusement les de ses terres et pour le transport des sub-
volontaires se montrèrent assez mauvais sistances. Ce cheval est d'ailleurs re-
soldats et ils désertèrent en masse. connu impropre à tout service militaire.
Le 16 novembre 1792, le procureur Une autre réquisition du même genre
syndic du .district de Bourg-la-Reine est adressée à la veuve Bailly qui sollicite
écrit au mairepour lui signaler que les de garder son cheval pour la çulture et
volontaires de sa commune sont revenus pour le transport des matériaux néces-

COLOMBIER ET VIEILLE FERME DE CHÉTEIL


saires à la construction d'un moulin moins faites (sic) pour le créateur que-
qu'elle a fait 'entreprendre sur la Marne. pour.flatter l'orgueil de la créature.
Cete lettre est du 13 juin 1793 et nous Considérant qu'une République n'a
apprend donc que le moulin dit de Vil- besoin que d'avoir du fer et des bras.
lettre ou Moulin Brûlé datait de cette
époque. A délibéré unanimement que ce sac,
Il y avait .également à Créteil d'autres contenant environ 21 marcs de cette ville
moulins très anciens, situés sur le Bras nature serait déposé sur l'autel de la
du Chapitre, au bas de la rue du Port, le
patrie, puissent les tyrans coalisés voir
moulin neuf, au bas de la rue du Moulin,
dans notre mépris pour l'objet de leurs
le moulin vieux. adorations une opposition constante dans
leurs principes et la certitude qu'ils ne
En 1817, un de ces moulins était de- parviendront jamais à détruire une Ré-
venu une filature de coton. Le nouveau publique fondée sur la raison et la jus-
dictionnaire historique desenvirons de tice. Nous reconnaissons chers légis-
Paris, par Dufey, 1825, dit, en effet, que lateurs que c'est à vos travaux que nous
MM. Grammagnac et Hannequaud possè- devons cette liberté et cette égalité et
dent à Créteil de' très belles filatures de que nous avons tous juré de soutenir
coton. au péril de notre vie comme de vrais
frères républicain (sic).
Un de ces moulins brûla on octobre
1842, l'incendie était si important que MALIVERNE,
les poirmiers de toutes les communes vpi- maire de la commune de Créteil.
sines — Saint-Maur notamment — con-
tribuèrent à son extinction.
*
**<
Les malheurs de la patrie exaspéraient
les passions contre les ennemis de l'inté-
Les difficultés de trouver du bronze et rieur, les prêtres et les aristocrates. Les
du numéraire n'étaient pas moindres. membres du clergé se refusaient à prê-
Pour fabriquer des canons, les cloches ter le nouveau serment, considéré par
des églises allèrent à la fonte sauf une eux comme contraire à la constitution
conservée pour l'exercice du culte. de l'Eglise. Beaucoup d'entre eux émi-
Les autorités municipales furent solli-
grerent pour ne pas aller en prison ou
guillotine.
à la Le curé et le maire de
citées de faire sur l'autel de la Patrie le Créteil passèrent en Angleterre avec un
sacrifice de toutes les matières d'or et notable habitant, Duport, qui avait été
d'argent des églises; c'est ce qu'on ap- représentant du peuple et même prési-
pela le don patriotique; voici la lettre dent de la Constituante. Une perquisi-
très curieuse qui accompagnait l'envoi tion fut faite à son domicile à Paris, ruc,
de la commune de Créteil : St-Louis-au-Marais, 79 (Turenne) et à sa
maison de campagne à Créteil, la ferme
du Colombier.Son vieux père, Duport
(François-Mathieu), conseiller de la
Créteil, ce 23 brumaire l'an 2 de la R. F. Grande Chambre du Parlement de Paris,
âgé de 76 ans et sa mère Marie-Made-
une et indivisible, leineCabanis, âgée de 56 ans, furent ar-
rêtés pour avoir dissimulé deux sacs
Citoyens législateurs, d'argent et avoir été trouvés en posses-
sion de deux cachets d'argent armoriés
La commune de Créteil considérant et de lettres de leur fils. La femme, arrê-
que les métaux précieux furent toujours tée à Créteil était regardée « comme très
le principe de tous les crimes, suspecte et très aristocrate ». Elle mou-
rut pendant sa détention, mais son mari
Considérant que le culte de l'Etre su- fut condamné à mort le 1er floréal an II
preme n'a pas besoin de ces ustensiles et guillotiné.
DE L'EMPIRE A NOS JOURS

La Terreur s'achève, la paix intérieure village de Créteil. Lors de l'investisse-


revient, mais la France va se donner un ment de Paris, en 1870, son territoire
maître qui la précipitera dans les fut le théâtre d'une bataille, épisode de
malheurs des guerres avec presque tous celle qui se déroulait de Choisy-le-Roi à
les peuples de l'Europe. Les drapeaux Bry-sur-Marne. Le 17 septembre 1870.
se couvriront de gloire mais le pays sera une brigade de la division de Ducrot
pour longtemps appauvri d'hommes et avait défendu aprement le Mont-Mesly
d'argent. Créteil, comme toutes les au- pour empêcher les Allemands de traver-
tres communes de l'Est eut à supporter ser la Marne dans leur marche sur Ver-
l'occupation par les armées impériales sailles. Mais le combat le plus sanglant
Ou coalisées en 1814 et 1815. Ce fut une qui se soit déroulé à Créteil fut celui du
nouvelle épreuve. 30 novembre 1870, diversion de la ba-
taille de Champigny, pour empêcher les
*< renforts allemands de se porter au. nord
de la route de Troyes.
Vers 1808, le maréchal Serrurier, gou
verneur des Invalides devint acquéreur
- La brigade du général Ladreit de La
de l'ancienne résidence des Archevêques Charrière, campée dans le bois de Vin-
cennes, se mit en marche vers le plateau
du Maréchal »
de Paris et de l'enclos « dit les allées
qui est devenu l'avenue
de la République. C'est là qu'avaient
de Gravelle et traversa la Marne sur un
pont de bateaux jeté au-dessous de Cré-
lieu, avec sa permission, la fête patro- teil. EIL trouva toutes les maisons barri-
nale et les exercices de tir. Ces allées cadées, puis s'étant portée vers le Mont
figurent déjà sur un plan de 1757. Le Mesly elle l'enleva dans un irrésistible
château passa dans la famille des Cau- assaut. Malheureusement le général reçut
mont la Force, puis à Monseigneur Dar- deux blessures, une à la main droite,
boy, l'archevêque de Paris, fusillé par l'autre à la cuisse gauche dont il mourut
la commune. le lendemain.
* Les habitants avaient du quitter le
** village — encore une fois — et se réfu-
Le 19 septembre 1828, le roi Charles X, gier à Paris, où malgré le dévouement
rentrant à Paris, traversa Créteil. Le de leurs édiles, ils supportèrent les ri-
maire Monsieur de Joly lui adressa une gueurs du froid et de la faim et les dan-
harangue et lui fit offrir des fleurs, pris gers du bombardement.
le soir eut lieu un grand bal gratuitor-
ganisé par la municipalité.
Le général Pajol habitait Ct etdl en **
1836.

* *
Un événement mémorable va faire re-
a
La derniere épreuve commune à toute
la France été la grande guerre de 1914
à 1918. au cours de laquelle Créteil
bondir l'histoire uniforme et terne du a vu tomber bon nombre de ses enfants.
Depuislongtemps le calme champêtre Robert, aux.mêmes heures. Avec ses
qu'on ygoûte, les bords ombragés de la 1.136 hectares de terrains propres à
Marne avaient attiré les amants de la bâtir, elle est promise au plus grand
nature. Au temps des romantiques, une avenir si des autorités intelligentes et
colonie de poètes, parmi lesquels Victor actives veulent bien seconsacrer à se-
Hugo qui a chanté les lavandières de conder son essor. La majeure partie de
Créteil, d'écrivains comme Alphonse son territoire est encore aux mains de
Karr et de peintres, se donnaient ren-
dez-vous autour du bassin du Port de
Créteil et surtout au Petit Cochon de
cultivateurs qui semblent avoir pris
pour devise celle des armes de la ville
Labore fideqiûe « Par le Travail et la
:
lait où ils ont laissé des traces de leur Confiance ».
passage. Le peintre Stella y a peint une C'est de la terre que vient la richesse la
truie avec ses petits. plus noble et la plus utile au genre hu-
Victor Hugo. dans ses Chansons des- main, ce sont les agriculteurs qui prati- -
Rues et des Bois, consacre un chapitre quent le mieux ces traditions de vertu
aux Choses écrites à Créteil dans lequel familiale et de labeur qui ont fait le
il conte son idylle avec une jeunelavan- fonds de la solide race française et la
dière. Il nous donne suffisamment de richesse du pays!
détails pour nous permettre de conjec-
turer qu'il habitait, fort probablement *
au Petit Cochon de Lait. * *
Sachez qu'hier de ma lucarne,
J'ai vu, j'ai couvert de clins d'yeux, Créteil n'est plus aujourd'hui le vil-
Une fille qui dans la Marne lage suburbain du dix-neuvième siècle.
Lavait des torchons radieux C'est une ville coquette, bien dessinée,
Près d'un vieuxpont, dans les saulées, qui se développe de jour en jour selon
Elle lavait, allait, venait, les lois de l'hygiène et de l'urbanisme 'W
L'aube et la brise étaient mêlées les plus modernes.
, A la grâce de son bonnet.
Je quittai ma chambre d'auberge Lorsque le plus grand Paris étendra
En souriant comme un bandit, ses bras tentaculaires vers la banlieue
Et je "descendis sur. la berge
Qu'une herbe glissante verdit.
Une colonie de jeunes artistes y fonda
-
il songera sans doute aux vastes espaces
libres qui l'entourenL-. Alors, Créteil
deviendra une ville nouvelle aux voies
vers 1907, une sorte de Créteilphalanstère dé- larges et bien comprises aux maisons
nommé « L'Abbaye de saines et aérées. Mais alors, fini le calme
», situé champêtre qu'on y goûte, les champs
71, rue du Moulin.
sans bornes qu'on y cultive et les lar-
ges horizons qu'on y admire;c'est la loi
* * inéluctable, c'est le progrès, c'est l'ave-
'Créteil n'a pas suivi le développement nir. Déjà le peiit village rural déborde
rapide des contrées voisines parce que de son cadre primitif, s'étend sur des
les communications faciles avec la capi- lotissements tout récents, son ascension
tale lui ont toujours fait défaut. Jusqu'à a commencé.
une date peu reculée dont les anciens En attendant que disparaissent les té-
se souviennent peut-être encore, on ve- moins de la vie de nos pères, ces masu-
nait à Créteil par la voiture diligence res vieillotes.où ils ont vécu, aimé et
partant de Paris, MarchéSt-J ean, n" 16 peiné pendant des siècles de servitude,
et desservant Brie-Comte-Robert. En puis de liberté relative, goûtons, le char-
1829, il en coûtait 1 fr. pour venir ici, me. exquis des vieilles pierres et le par-
avec départs de Paris à 7 heures du ma- fum des lointains souvenirs, secret lan-
tin et 4 heures du soir, et de Brie-Comte- gage des choses mortes. -