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Par respect pour les générations futures, l’Etat n’a pas le droit de laisser la

Senelec saborder la transition énergétique au Sénégal

En décembre 2010, le Sénégal avait une capacité de production d’électricité de 686,5 Mw, dont seuls
70% environ étaient disponibles. Parallèlement, la Senelec voyait sa clientèle augmenter chaque année
de 8%, ce qui correspond à une augmentation annuelle du besoin énergétique de 50 Mw environ ou de
128 GWh. De ce fait, le parc de production disponible en décembre 2013 pour la Senelec devrait donc
normalement être de 800 Mw. Et là, sans parler du gap de 2010, qui était presque de 300 Mw, vérifiable
dans toutes les villes du Sénégal, que nous continuons aujourd’hui encore à traîner avec nous.

Juste une photographie de la situation actuelle de l’électricité du pays pour montrer l’urgence, dans
laquelle nous nous trouvons, et qui devait nous pousser à enfin amorcer une transition énergétique au
lieu de perdre notre temps dans des argumentations tarifaires incohérentes concernant les énergies
renouvelables.
L’objectif principal du Sénégal devrait être aujourd’hui d’augmenter au maximum son indépendance
énergétique en développant considérablement la part des énergies renouvelables, surtout le solaire,
dans son mix-énergétique et non continuer à dépenser 10% du Pib pour acheter des énergies fossiles.
Nonobstant les conditions quelque peu floues dans lesquelles les agréments pour les centrales à
énergies renouvelables ont été attribués, l’Etat se devait de rectifier les erreurs et non livrer tous les
potentiels producteurs à la merci de la Senelec qui n’a aucune compétence en la matière. C’est très
dommage que le fruit de plusieurs années de recherches des producteurs réellement engagés dans le
développement des énergies vertes, et ils constituaient sûrement la majorité parmi les 72 sociétés
agréées, soit destiné aux oubliettes.
Ainsi la Senelec, avec l’aval de l’Etat sénégalais, a pu dérouler une vraie stratégie de discrimination
envers ses «concurrents» producteurs d’énergie verte, en leur dictant un prix du kWh de 65 F Cfa. Et
l’argument de base très souvent servi, est le prix de 68 F Cfa que Kepco avec sa centrale à charbon de
300 Mw, promet de respecter pendant 20 ans. Seulement en 2017, quand cette centrale sera mise en
marche, 75% de sa production seront absorbés par l’augmentation naturelle du nombre de clients
comme mentionné ci-haut, à moins qu’on ne ralentisse le branchement des usagers en prétextant le
manque de compteurs, comme c’est le cas dans tous les quartiers périphériques de toutes les villes du
Sénégal. D’autre part, on semble totalement faire fi des importations chinoises de charbon, qui
augmentent considérablement et qui risquent très certainement d’influer à la hausse sur les prix
mondiaux. Et d’ailleurs, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas aligner le prix du courant des centrales à
énergies renouvelables sur celui de la centrale à fuel lourd de Tobene, Taïba Ndiaye, dont le prix du
kWh sera, très certainement, supérieur à 100 F Cfa.
Pour sécuriser l’approvisionnement énergétique du pays, l’attention devrait être plus portée sur la
diversification des sources, l’utilisation des ressources disponibles sur place, mais aussi et surtout sur
la qualité des systèmes à énergies renouvelables à installer au lieu de se focaliser sur le prix d’achat
du kWh comme c’est le cas actuellement. Après ce semblant d’appel d’offres que la Senelec vient
d’organiser, bien que cette prérogative revienne de droit à la commission de régulation du secteur de
l’électricité, nous risquons de subir les conséquences d’une concurrence malsaine, caractérisée par la
mise en place de solutions économiquement rentables pour le promoteur mais techniquement non
performantes et même nuisibles pour le pays. Il aurait été plus juste envers tous les promoteurs agréés
de limiter le nombre de centrale par promoteur à une seule, de limiter la puissance de chaque centrale
à 5 Mw, de fixer un prix de rachat compensatoire équitable, dépendant de la source utilisée, d’exiger de
combiner chaque centrale avec un système de stockage d’énergie pour assurer une injection
permanente sur le réseau et de donner à tous un délai par exemple de 18 mois pour réaliser sa centrale
ou perdre son agrément. Tout en veillant à avoir une bonne décentralisation des sites. Cette approche
permettrait au bout du compte, d’établir un benchemarking très instructif pour les stratégies
énergétiques futures à adopter. Et là, même si chaque promoteur réalisait sa centrale, ce qui est peu
probable, la Senelec disposerait d’une puissance supplémentaire de 350 Mw.
Une transition énergétique, axée sur une orientation de chaque région sur les ressources disponibles
sur place, constituera un atout de grande importance dans la réduction de la dépendance du pays par
rapport aux sources fossiles et dans le renforcement de la souveraineté énergétique. Contrairement
aux centrales thermiques actuelles de la Senelec, qui nécessitent de fortes subventions de l’Etat, les
centrales à énergies renouvelables ménageront considérablement les caisses de l’Etat. Seulement,
comme tout ce qui touche aux énergies renouvelables dans ce pays, elles traînent avec elles une
mauvaise image, due en grande partie à un manque d’information, d’expérience et de communication
sur leur durabilité économique. Et l’Etat devrait ici, sur la base d’une vision claire, développer un concept
efficace pour augmenter la confiance et la prise de conscience, attirer les investisseurs et permettre
l’émergence d’un marché durable. Ceci entraînerait le développement d’une capacité locale, le
développement de nouvelles technologies basées sur les énergies renouvelables, la production
d’équipements adaptés à nos réalités sociales et environnementales, et last but not least, la réduction
des coûts du kWh.
Très souvent, les détracteurs des énergies renouvelables nous citent les problèmes d’intermittence
pour discréditer ces formes d’énergie. Il est évident que l’énergie éolienne comme l’énergie solaire, sont
des «systèmes» volatiles et ne sont pas disponibles 24 heures sur 24. Cependant, les solutions et/ou
les technologies permettant de dissiper ces problèmes de stabilité sont existantes, éprouvées et
largement à la portée des ingénieurs sénégalais. Comme quoi cet argument est depuis longtemps
dépassé. Ailleurs dans le monde, on a vu un pays comme la Norvège, qui déjà en 2011, arrivait à
satisfaire la demande énergétique de sa population avec 65% d’énergies renouvelables, sans qu’il n’y
ait eu de problèmes d’instabilité dans le réseau.Et puis, ici chez nous, à titre d’exemple, pourquoi ne
transformerions-nous pas nos bassins de rétention en systèmes de stockage des énergies
renouvelables, en les équipant de systèmes de pompage et de générateurs hydro-électriques. Le
surplus par exemple, de l’énergie solaire, pourrait ainsi durant la journée, être stocké et le soir injecté
dans le réseau. En plus, ce serait une opportunité de rendre utiles ces lacs artificiels qui aujourd’hui
constituent un danger pour la quiétude de beaucoup de riverains.
Une bonne transition énergétique permettra d’utiliser à bon escient le levier que constituent les énergies
renouvelables pour développer de nouvelles technologies et solutions économiques durables avec
comme corollaire moins de pollution, une industrialisation accentuée, plus d’emplois et une meilleure
qualité de vie. Rien que le fait de voir les bergers de Dahra Djolof verser chaque jour des centaines de
litres de lait dans la nature, par manque de chambres froides pour la conservation, fait très mal. Et
pendant ce temps, le consommateur paie à Dakar plus de 1 000 F Cfa pour le litre de lait frais.
Il est bien vrai que le Sénégal dispose de lois qui autorisent l’injection du courant des ER dans le réseau,
mais dans l’application c’est à du stand-by qu’on assiste depuis plus de 2 ans. Le monopoliste qu’est la
Senelec ne fait rien pour faciliter l’accès au réseau à ces fournisseurs de courant «vert», alors qu’une
coopération saine et juste serait plus que fructueuse pour lui. Même avec un prix d’achat du kWh de
100 F Cfa, la Senelec gagnerait plus de 50% en revendant cette énergie aux usagers professionnels
qui paient environ 150 F Cfa pour le kWh et l’Etat y gagnerait en voyant ses subventions annuelles,
actuellement autour de 100 milliards de francs Cfa, diminuées.
Afin de rendre les énergies renouvelables plus compétitives et de sécuriser les investissements dans
ce domaine, l’Etat, à travers la Commission de régulation du secteur de l’électricité, doit :
Fixer un prix attractif de rachat garanti de l’électricité (feed-in tarifs) avec une durée permettant aux
promoteurs de rentabiliser leurs investissements.
Mettre en place un cadre réglementaire qui régit l’accès au réseau.
Associer les acteurs privés dans l’élaboration de politique ou stratégie de développement des énergies
renouvelables.
Elaborer des normes qui facilitent l’implémentation d’applications de l’énergie solaire ou éolienne dans
des domaines comme le bâtiment, le transport, l’agrobusiness.
Déterminer les centrales indispensables au réseau et demander à la Senelec de les mettre en stand-by
pour couvrir des périodes de faible ensoleillement ou sans vent.
Toutes ces mesures n’auront bien sûr aucun impact, s’ils ne vont de pair avec une diminution
considérable de la consommation superflue d’électricité et un développement systématique de
l’efficience énergétique.
L’enjeu du moment est de développer les énergies renouvelables, qui sont aujourd’hui incontournables
pour notre souveraineté, pour enfin placer le Sénégal sur la rampe de l’émergence et de lui garantir une
durabilité écologique et économique. Osons espérer que cette Weltanschauung sera partagée par les
décideurs politiques, surtout par celui qui définit la politique de la Nation.

El Hadji DIOP
TERRA Technologies -le renouvelable au service du durable-
EH.Diop@t-online.de
www.terra-newtech.com

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