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De la fête religieuse

au Noël commercial
Equipe L
Dossier Thématique
2012-2013

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Sommaire

Introduction……………………………...3

1. Histoire de Noël : des fêtes païennes au Noël d’au-


jourd’hui ………………………….....4

2. Noël : d’une fête religieuse à un évènement internatio-


nal….………………………………6

3. L’évolution économique et sociale de la fête de


Noël…………………………….......10

4. L’évolution de la magie de Noël dans la société à tra-


vers les générations……………………....12

Conclusion……………………………….15

Sources…………………………………16

Livres sur ce thème………………………....17

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Introduction
Le mot Noël est issu du latin « natalis » qui signifie nais-
sance. Cela renvoie effectivement à la naissance de Jésus-Christ.
Pourtant, la fête du 25 décembre existait bien avant le christia-
nisme, elle célébrait alors le solstice d’hiver. Dans cette période
où le froid remplace souvent le soleil, cette fête vient réchauffer
les cœurs et les foyers depuis des millénaires. Au fil des années,
sa signification a évolué, d’une fête païenne à une fête commer-
ciale, elle est aujourd’hui entrée dans les mœurs de nombreux
pays, chrétiens ou non.

Nous verrons donc l’origine de la fête de Noël, son omni-


présence dans le monde, ses implications économiques et so-
ciales ainsi que l’engouement qu’elle provoque et sa symbolique.

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1. Histoire de Noël : des fêtes païennes au
Noël d’aujourd’hui
Le mois de décembre est marqué depuis bien longtemps par de nombreuses
festivités. Aujourd’hui, la fin de l’année est synonyme de fête et de réunion fami-
liale avec Noël. Cette célébration est devenue, au fil des ans, universelle dans le
monde. Ainsi nous allons nous pencher sur l’origine de Noël.

Les festivités du mois de décembre puisent leurs origines dans la Rome an-
tique. Les romains célébraient du 17 au 24 décembre le solstice d’hiver pour rendre
hommage à la nature et au dieu de l’agriculture et du temps : Saturne (dieu de la
mythologie romaine). Le solstice d’hiver est une date très importante puisqu’elle
symbolise le renouveau avec le rallongement des jours. Durant les saturnales, il
était de tradition de décorer les maisons, de s’offrir des cadeaux et de porter des
guirlandes autour du cou. Les fêtes organisées donnaient lieu à de véritables orgies.

Le jour du solstice d’hiver a malencontreusement été fixé le 25 décembre


par un astronome de l’époque, suite aux réformes du calendrier de Jules César.
Ainsi le début des saisons a été fixé avec un retard de quelques jours (le solstice
d’hiver a en réalité lieu le 21 décembre).

Ainsi, le 25 décembre, était alors consacré à la célébration de la renaissance


du Sol Invictus (Soleil Invaincu), qui a été instituée par l’empereur Aurélien, et qui
s’est répandue au IIIème et IVème siècle avant J-C. La fête se concluait par le sa-
crifice d’un taureau et était consacrée au culte de Mithra (dieu de la lumière chez
les orientaux) et d’Apollon (dieu du soleil dans la mythologie romaine). Selon la
tradition, la divinité Mithra serait née un 25 décembre, en jaillissant d’un rocher ou
d’une grotte. Des bergers auraient assisté à cette naissance. De plus Mithra, serait
le fils d’une femme restée vierge.

Noël n’avait alors aucun rapport avec celui que nous connaissons aujour-
d’hui pour les chrétiens : la naissance de Jésus (fils de dieu pour les chrétiens). Les
premiers chrétiens, ne fêtaient d’ailleurs pas cette venue au monde. C’est au IVème
siècle après J-C, que le souhait de certains chrétiens apparait, de célébrer la nais-
sance de leur messie. Pourtant ni le jour, ni l’année de naissance de Jésus ne sont
précisés dans les textes chrétiens. Le 25 décembre aurait alors été fixée par le Pape
Libère en 354, afin de célébrer l’arrivée de Jésus. Cette date coïncide donc avec les
saturnales et la fête du Sol Invictus et aurait été choisie afin de supplanter ces rites
païens. Il est d’ailleurs intéressant de noter quelques similitudes entre la fête du Sol
Invictus et le choix du 25 décembre pour célébrer la naissance de Jésus. En effet, la
divinité Mithra comme dit ci-dessus serait née d’une mère restée vierge, tout
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comme la mère de Jésus. Cependant l’association de la naissance de Jésus, incarnation
de la lumière éternelle pour le christianisme, reste en accord avec le solstice d’hiver
(résurrection du soleil). Cette date commémorative se répand alors progressivement
dans le monde. En 506, le concile d’Agde fait d’ailleurs de Noël une « fête d’obliga-
tion ».

Cependant, au XVIIème siècle, dans les pays réformés, Noël est une fête consi-
dérée comme païenne ou trop catholique et est limitée. En effet, aux Etats-Unis, à Bos-
ton, les Puritains ont interdit la célébration de Noël jusqu’en 1681. Il en est de même en
Angleterre, qui lèvera cet interdit en 1660. Noël, est une fête, qui a continué à se déve-
lopper au fil des années.

Noël est donc une fête chrétienne. Cependant avec la laïcisation de la société,
Noël est un jour férié et une fête familiale et symbolique. La période de Noël est mar-
quée par des vacances scolaires mais aussi par les marchés de Noël qui proposent prin-
cipalement des produits artisanaux et qui tendent à se développer de plus en plus. Il est
commun de passer le 24 décembre en famille autour d’un repas composé principale-
ment de la dinde de Noël et de fruits de mer. Noël est aussi synonyme de décorations,
de sapin et d’échanges de cadeaux avec le personnage du Père Noël. Ce dernier est
d’ailleurs inspiré du saint Nicolas chrétien. Il est chargé d’apporter les cadeaux et est ac-
compagné de tout un folklore (le traineau, les rennes, la hotte remplie de jouets…).
Noël est donc un jour de fête, qui puise son origine dans les fêtes païennes.
Noël, qui est aujourd’hui plus associée à une fête chrétienne ou familiale que païenne,
trouve néanmoins une équivalence dans le judaïsme. En effet, même si les juifs ne célè-
brent pas Noël, ils ont également une fête le 25 décembre : Hanouka (ou fête des lu-
mières) qui se célèbre en famille. La tradition est d’allumer une bougie d’un chandelier à
huit branches chaque soir de la semaine, il est aussi commun de s’échanger un cadeau
chaque jour pendant huit jours. Hanouka est célébré en l’honneur des juifs qui se sont
révoltés face au souverain gréco-syrien de l’époque qui voulait imposer à tous la religion
grecque (au IIème siècle avant J-C) ; et commémore la reconquête du temple de Jérusa-
lem par les juifs, profané par ce même souverain. Le chandelier à huit branches, puise
son origine dans cette victoire, puisqu’il rappelle le miracle qui se serait produit à
l’époque, une petite fiole d’huile, retrouvée dans les ruines du temple de Jérusalem, au-
rait permis d’allumer huit jour durant un chandelier.
Ainsi, nous avons vu que deux des trois religions monothéistes, ont une équivalence de
la fête de Noël. Les musulmans, quant à eux, n’ont pas de célébration équivalente et
n’ont, en principe, pas le droit de célébrer une fête religieuse non-musulmane. Néan-
moins, en France, certaines familles musulmanes fêtent tout de même Noël notamment
pour les enfants. Noël est donc pour ces dernières, une réunion familiale avec éventuel-
lement l’échange de cadeaux.

Ségolène DALIBOT

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2. Noël : de la fête religieuse à un évènement
international
Comment s'y retrouver quand chaque année, à l'approche de Noël, nous voyons
fleurir un peu partout les slogans publicitaires et les articles de presse reprenant les
symboles de Noël qui font rêver enfants mais aussi adultes. Autant de choses qui ten-
dent à estomper le véritable sens de Noël. Initialement, Noël est une fête religieuse qui
célèbre la naissance de Jésus-Christ. Avec la globalisation et la laïcisation de la société,
cette période a pris une ampleur beaucoup plus festive, mais surtout commerciale.

Noël, une fête religieuse qui s’est internationalisée

Aujourd’hui, la tradition a supplanté la religion. Fête païenne qui célébrait le sols-


tice d’hiver, le 25 décembre est officiellement décrété comme étant une fête chrétienne,
célébrant la naissance de Jésus-Christ au IVème siècle par l’Eglise. Cette fête tradition-
nelle était encore une fête purement religieuse jusqu’au début du XXème siècle. Mais
cette dimension religieuse va progressivement s’estomper avec l’importance croissante
de l’enfant au sein de la famille et le développement de l’économie. Ainsi, Noël va au
cours de ce siècle devenir une fête commerciale à dimension familiale. Cela a engendré
une déchristianisation progressive de Noël qui est devenu pour certains, une fête où les
parents célèbrent leurs enfants. Aujourd’hui, au moins deux milliards d’athées et de per-
sonnes de toutes autres confessions religieuses, fêtent Noël dans le monde. La majorité
d’entre eux ne connaissent pas la réelle signification de cette fête.

Les non-chrétiens voient cet évènement comme une bonne occasion pour se ré-
unir en famille et s’échanger des cadeaux. Cependant, certains sont parfois contraints de
se soumettre à cette tradition d’offrir des cadeaux, pour ne pas décevoir leurs enfants
qui ne différencient pas encore les religions. Il n’est donc pas rare de trouver un sapin
chez des musulmans ou des juifs durant cette période.

La mondialisation a également favorisé cette « vulgarisation » de Noël avec


l’ « intégration » dans la société et dans la culture mondiale de plusieurs pays. Par
exemple, les Chinois connaissent cette fête grâce aux nombreux produits fabriqués et
exportés de ce pays. C’est un moyen pour eux d’entrer dans la culture mondiale. Ainsi,
des pays dans lesquelles la religion chrétienne est très peu répandue comme la Chine, le
Japon ou encore l’Inde, célèbrent aujourd’hui cette fête qui est également devenu un
jour férié. Les symboles de Noël comme le sapin, les bougies, la couronne, le houx, les
cloches, la crèche… sont encore présents aujourd’hui mais sont dépourvus de sens.
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Ainsi, de nos jours, Noël est davantage devenu un moment de rassemblement et
de partage familial qu’un moment de spiritualité. C’est à cette occasion que les familles
géographiquement « éclatées » se réunissent afin de s’échanger des cadeaux après avoir
dégusté le fameux repas de Noël.

Une magie de Noël au cœur de la stratégie commerciale

Affiche publicitaire Coca-Cola représentant pour la première le Père-Noël aux couleurs de la marque

Noël rime avec père noël mais il faut savoir que ce père Noël n’a pas toujours
existé. En effet, c’est au XXème siècle que cette figure emblématique de Noël a détrôné
le personnage préféré des enfants, Saint-Nicolas. La légende dit que dans la nuit du 5 au
6 décembre, Saint-Nicolas passe dans les maisons afin de récompenser les enfants ayant
été sages durant l’année. Ceux qui ne l’ont pas été auront au contraire à faire aux puni-
tions du Père Fouettard qui l’accompagnait. Le Père Noël tel que nous le connaissons
aujourd’hui est issu du mélange de différentes coutumes. Les histoires autour de son
origine sont multiples et différentes d’un pays à l’autre. Cependant, il semblerait qu’il se
soit répandu par l’action de la firme américaine, Coca-Cola, qui en 1931 l’a représenté
dans une de ses publicités aux couleurs de la marque. Ce ne serait qu’à ce moment-là
que le Père Noël est devenu rouge, sa couleur d’origine étant le vert.
Dès lors, le déferlement autour de ce personnage a commencé. Il envahit peu à peu les
grandes enseignes commerciales. Tout un panel de services à caractère commercial s’est
développé autour de lui (prise de photos, ligne téléphonique…).

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La France ne sera touchée par ce phénomène autour du Père Noël qu’à la fin de
la Seconde Guerre Mondiale. La période de croissance économique des Trente Glo-
rieuses (1945-1975) a favorisé son expansion. En effet, l’augmentation du pouvoir
d’achat a entrainé le développement d’une société de consommation. Les commerçants
profitent de cette occasion pour proposer divers produits pour enfants mais aussi pour
adultes, pouvant être offerts le jour de Noël. C’est d’ailleurs notre pays qui a lancé la
tendance du marché de Noël avec le marché annuel de Strasbourg. Ces marchés qui ex-
posent des produits locaux et artisanaux ont attirés bien des touristes et se sont pro-
gressivement étendus sur tout le territoire mais aussi à l’international.

Décoration, spots publicitaires, promotions, les enseignes ne manquent pas


d’idées en ces périodes de fêtes. Tout est mis en œuvre pour que les enfants y croient et
que les parents leurs fassent plaisir. D’ailleurs, leurs publicités autour des jouets et
autres articles pouvant être offerts se fait dès le mois d’octobre et les articles sont mis
en rayon de plus en plus tôt. Les spots télévisés sont volontairement diffusés durant les
programmes télévisés destinés aux plus jeunes. Un élément supplémentaire qui prouve
que cette fête n’est plus religieuse. En effet, les enfants issus de familles athées, musul-
manes, juives, hindous, ou ayant de toute autres croyances religieuses, ne sont pas laissés
de côtés. Eux aussi sont entrainés dans ce mouvement commercial qui revient souvent
chère aux familles. Pourtant, le budget croissant attribué chaque année par les français à
cette occasion, suggère que la stratégie commerciale adoptée est efficace. Il semblerait
que les français veuillent se faire plaisir après avoir passé une année économiquement
difficile. Ainsi, le budget global (incluant cadeaux et repas) de Noël est passé de 606 €
par foyer en 2011 à 639 € en 2012, montant non négligeable en cette période dite de
crise.

Des présents de plus en plus sophistiqués

A l’époque, les enfants recevaient des fruits comme cadeaux de Noël. Jusqu'à la
première moitié du XXème siècle, l'orange était à l’honneur. En effet, ce fruit était un
symbole du pouvoir, de l’aristocratie et donc du luxe. Les enfants chantaient de porte
en porte dans les villages afin de recevoir des fruits, des sucreries et des pièces. Peu à
peu, les types de présents ont évolué. On est passé de simples fruits à des jouets artisa-
naux puis à des jouets de plus en plus sophistiqués. Aujourd’hui, on vit à l’ère des tech-
nologies et les cadeaux de Noël suivent la tendance avec des cadeaux de Noël forte-
ment influencés par ces évolutions technologiques.

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Les créateurs ne manquent pas d’imagination et incluent la technologie partout.
Aujourd’hui, les enfants n’attendent pas de simples poupées ou voitures miniatures
pour Noël mais plutôt des poupées qui parlent et marchent et des voitures télécom-
mandées. D’autre part, les jeux immatériels tendent à supplanter les jouets. En effet, de-
puis le début du XXIème siècle, le secteur des jeux vidéo a connu une croissance consi-
dérable. Il existe des consoles et jeux vidéo pour tous types de personne et pour tous
les âges.
Aujourd’hui, si le budget est important on ne manque pas d’idées de cadeaux. La vente
des Smartphones, tablettes tactiles, e-books, lecteurs mp3, Smartbox… explose pendant
cette période qui est une aubaine pour les commerçants. Ces derniers doivent d’ailleurs
constamment s’adapter aux évolutions du marché et de la demande. Internet est une
des preuves de leur adaptation. En effet, quasiment toutes les grandes enseignes détien-
nent un site de vente en ligne afin de vendre plus rapidement et en plus grand nombre.
Pour intensifier ce phénomène d’achat en ligne, certains n’hésitent pas à organiser des
ventes flash ou de proposer des prix bien inférieurs aux prix dans le commerce. Noël,
une fête religieuse qui s’est internationalisée.

Ainsi, nous avons vu que Noël est à l’origine une fête religieuse et qu’au cours
des siècles, tout un mouvement commercial s’est mis en place autour de celle-ci, pre-
nant le dessus sur sa symbolique.

Sandrine PEROUMAL RADJA

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3. L’évolution économique et sociale de la fête
de Noël
Noël est, au-delà de la dimension religieuse, un jour de fête traditionnellement
célébré avec des cadeaux. Cependant, les cadeaux trouvés sous le sapin résultent-ils
d’un échange marchand ou d’un don ? L’étude de l’évolution économique et sociale de
Noël va nous permettre de mieux comprendre l’importance et la signification du don.

L’évolution des jouets et du budget en période de Noël

Le budget accordé aux cadeaux pour la fête de Noël a connu une réelle évolu-
tion. Au début du XXème siècle, la part du budget allouée aux cadeaux étaient de 1%
du budget mensuel d’un ménage. En 2010, il a atteint des sommets avec 8,5% bien que
redescendu depuis à environ 5%.

Parallèlement à cette évolution, le type de jouets à également changé. Jusqu’au


début du XXème siècle, les familles les plus modestes offraient une orange aux enfants
pour Noël. Ces derniers se réjouissaient de ce cadeau qui prouvait l’affection qui leurs
étaient portées. En effet, à cette époque l’orange est considéré comme un fruit rare. Au
fil du temps, le chocolat et autres friandise l’ont remplacé. Aujourd’hui, on compte, par
enfant le jour de noël une moyenne de 8,4 cadeaux. Pour exemple, en 2010, 61 millions
de jeux ont été vendu en France pour la période de Noël. Ainsi, le budget et le genre de
cadeaux ne sont plus les même qu’au début du siècle dernier.

Le don, un acte fort pour les Amérindiens

Le « potlatch », qui vient du chinook « donner », est une


cérémonie au cours de laquelle les populations du Canada et du
nord-ouest des Etats-Unis échangeaient des cadeaux. Les chefs
de tribus devaient prouver leur prestige en offrant une multi-
tude de présents à l’autre tribu. Cette cérémonie était basée sur
la réciprocité. En effet, le contre-don était obligatoire, question
d’honneur et afin d’éviter toutes guerres privées. Le contre-don
devait avoir une valeur supérieure au don reçu. Nous avons
donc vu que le potlatch est synonyme de démesure et d’excès
lorsque le contre-don intervient.

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Nous pouvons définir le potlatch comme une lutte de générosité avec une obligation de
donner, de recevoir, et de rendre. Selon Marcel Mauss, le don est par conséquent un
acte social, puisque les objets offerts sont la matérialisation du lien social. Le bonheur
de soi passerait par le bonheur des autres. Aujourd’hui, le potlatch est devenu un con-
cept anthropologique qui désigne une lutte, permettant d’acquérir un certain rang so-
cial, une importance politique et religieuse grâce au don et au contre-don.

Une relation ambigüe entre le don et Noël

La notion de don existe-t-elle encore aujourd’hui et plus particulièrement à


Noël ? L’échange de cadeaux à Noël est régi par de nombreuses règles. Ainsi, Caplow,
un sociologue, a mis en évidence que le cadeau offert met en évidence l’importance de
la relation entre le donneur et le receveur. Caplow et Mauss s’accordent sur le fait que le
don installe une hiérarchie entre les individus. En effet, selon la théorie la plus classique,
il est normal de ne pas offrir le même cadeau à son enfant qu’à son neveu. Ce dernier
doit recevoir un cadeau d’une valeur inférieure, c’est une règle. De même, pour les deux
sociologues, il existe un rapport entre le lien social et le don. Offrir des cadeaux à Noël
permet de montrer l’importance de l’autre, l’affection qui lui ait porté. Il permet de lier,
renforcer, ressouder les liens entre les individus.
Pour l’anthropologue Gérald Berthoud, « la période de Noël, qui est très chargée
cérémoniellement, possède une certaine intensité rituelle. Même si nous vivons fonda-
mentalement dans une société marchande, il y a dans cet échange de cadeaux quelque
chose qui est de l’ordre du don et qui est universel dans son principe : ils créent, main-
tiennent et consolident des liens ; ils constituent en quelque sorte une matrice du social.
» Ainsi Noël correspondrait toujours à un événement marqué par les dons.
De plus, le contre-don existe toujours : une personne qui reçoit un cadeau va par poli-
tesse en offrir un à l’offreur, sous peine de ne plus recevoir de cadeau de la part de l’of-
freur.
En revanche, si nous reprenons la définition du don selon Mauss, nous pouvons
pensez que le don est « détourné ». Prenons l’exemple des listes de cadeaux que les en-
fants écrivent au père noël. Ils espèrent recevoir ce qu’ils ont demandé. Ainsi d’une cer-
taine manière, ils essayent de contrôler les cadeaux qu’ils vont recevoir. Pourtant, le don
à proprement parler ne suppose pas que le receveur ait le choix, il ne doit pas connaître
la nature du cadeau. Le don suppose que le receveur accepte le cadeau et reconnaisse sa
valeur.

Au fil des siècles les traditions, les coutumes et règles concernant les dons ce sont
progressivement modifiées. Pourtant Noël reste un événement marqué par les dons de
chacun et il est un symbole important, du fait que la dimension sociale surpasse la di-
mension économique. Noël est à la fois une réussite pour l’industrie du jouet, d’un
point de vue financier, et pour les ménages, d’un point de vue social.

Emma SABBAGH
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4. L’évolution de la magie de Noël dans la
société à travers les générations
Depuis le début des années 90, le concept de l’enfant-roi se concrétise dans les
sociétés occidentales, et devient l’enfant-tyran lorsqu’il est poussé à l’extrême. L’enfant-
roi est le fils de la génération des soixante-huitards, qui à la fois reporte sur ses enfants
les libertés pour lesquelles elle s’est battue, et les place sur un piédestal. L’enfant-roi
pousse ses parents à bout, cherche et teste les limites, l’adulte. On peut répertorier ses
principaux symptômes, qui sont notamment l’intolérance à la frustration, un sentiment
permanent d’insatisfaction, de toute-puissance, l’irrespect des parents et des adultes en
général… L’enfant-tyran ajoute à cela des refus d’obéissance, des colères parfois accom-
pagnées de menaces, voire de coups. Ces symptômes reflètent bien la société actuelle, et
la tendance que nous avons à ne plus nous fixer de limites, ou du moins à toujours ten-
ter de les dépasser. L’enfant-roi reste cependant un cas extrême, tous les enfants nés de-
puis le début des années 90 n’en sont pas. Mais le comportement général des parents
vis-à-vis de leurs enfants a évolué ces vingt dernières années. En effet, on observe une
tendance globale à plus les gâter, à accorder une grande importance à leurs loisirs, par-
fois aux dépens des corvées, voire des devoirs. Aujourd’hui, plus de la moitié des déci-
sions d’achat d’un couple sont motivés par leurs enfants.

Ce penchant est évidemment accentué en période de Noël. On assiste en effet


depuis plusieurs années à une vraie frénésie de cadeaux destinés aux enfants, mais aussi
aux adultes, à cette occasion. C’est d’ailleurs l’un des principaux facteurs de l’impatience
éprouvée à l’approche de cette fête. Noël est pourtant à l’origine une fête religieuse et
familiale, les présents étaient communément des oranges et avaient un rôle symbolique
avant tout. Calvin Cooldidge (30ème président des Etats-Unis) a dit « Noël n’est pas un
jour ni une saison, c’est un état d’esprit ». Cet esprit renvoie à un message de paix, de
tolérance et de fraternité, et caractérise l’ambiance si particulière que l’on associe à
Noël. Cette atmosphère est bien souvent caricaturée dans les téléfilms diffusés à cette
époque, où la bonne humeur collective permet aux personnages principaux de réaliser
des miracles, simplement parce que « l’esprit de Noël » est présent. A en croire ces
films, à Noël, tous les mendiants reçoivent de l’aide des « bons citoyens », et l’humeur
générale rend tout le monde heureux. Mais cet esprit existe-t-il réellement ? Il est indé-
niable que les rues n’ont pas le même aspect à Noël, les décorations lumineuses, les
marchés de Noël, l’odeur des marrons chauds, les familles qui sortent faire leurs
achats… Noël se promène à tous les coins de rues bien avant le 25 décembre. Mais
toute cette féérie ne représente-t-elle pas plus la magie de Noël que son esprit ? L’esprit
de Noël est en effet issu du côté religieux de la fête, qui tend aujourd’hui à disparaître.
En revanche, la magie de Noël est cultivée, non seulement par les médias, mais aussi par
les familles, qui entretiennent le mythe du Père Noël auprès de leurs enfants le plus
longtemps possible.
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Les cadeaux que reçoivent les enfants à Noël sont évidemment un élément essen-
tiel à cette magie. Le soir du réveillon, les enfants vont se coucher, impatients de
découvrir ce que le Père Noël aura déposé le lendemain matin au pied de leur sa-
pin. Et les parents, attendris par cette impatience enfantine, offrent chaque année
un peu plus de jouets.

Mais les présents ne s’arrêtent pas au geste des parents envers leurs enfants.
En effet, les cadeaux s’échangent aujourd’hui au niveau de la famille élargie.
Oncles, grands-parents, cousins, frères, et même amis s’offrent mutuellement des
présents à Noël, si bien que cette fête ressemble de plus en plus à une orgie de ca-
deaux plutôt qu’à la fête religieuse et familiale qu’elle était à l’origine. Cela devient
donc un coût vraiment important pour les foyers, et nécessite beaucoup de temps
pour trouver au moins un cadeau à chacun. La joie de Noël est donc bien souvent
précédée de semaines de calvaires, passées à arpenter les magasins surchargés, dé-
pensant des sommes bien souvent supérieures au budget initialement prévu. En
effet, selon une étude du Centre de Recherche et d’Information des Organisations
de Consommateurs (CRIOC) réalisée en 2010 en Belgique, les consommateurs dé-
penseraient environ 130 euros par personne pour Noël (80€ en cadeaux, 50€ pour
le repas). En grandissant l’ « obligation » d’acheter des cadeaux fait petit à petit
disparaître la magie de Noël et le mythe qui l’accompagne. En effet, nombre
d’adultes angoissent à l’approche de Noël, et n’ont qu’une hâte, que ce soit « enfin
fini ! ». Il est pourtant certain que le soir du réveillon, et au matin du 25 décembre,
la plupart d’entre eux est heureuse du moment qu’apporte Noël, mais l’année sui-
vante, lorsque le mois de décembre arrivera, ils se rappelleront du supplice précé-
dant Noël plus que du réveillon en lui-même. De plus, le plaisir même de recevoir
s’estompe. Les cadeaux arrivant en masse, il est difficile d’imaginer qu’ils plaisent
tous à leur destinataire. On peut d’ailleurs observer ce phénomène à travers l’aug-
mentation des reventes de cadeaux qui se font juste après Noël. Les sites de vente
sur internet comme eBay ou Priceminister l’ont d’ailleurs bien compris, comme le
montre cette pub, que l’on pouvait apercevoir de toutes parts aux mois de dé-
cembre et janvier.

Ainsi, la symbolique religieuse de Noël disparaît petit à petit, pour donner à


cette fête une dimension de plus en plus commerciale. La magie de Noël reste
pourtant intacte pour les enfants qui croient au Père Noël et reçoivent en ce jour
des cadeaux, sans qu’ils n’aient à dire merci. Cependant, cette magie semble mou-

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rir avec le mythe, et Noël devenir une obligation au moins autant qu’un plaisir. Les
parents continuent à faire des cadeaux excessivement chers à leurs enfants, même
bien après que le mythe du Père Noël soit tombé, ce qui peut mener à une géné-
ration trop gâtée, incapable de supporter la frustration, un symptôme de l’enfant-
roi généralisé.

Mahé GERARD

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Conclusion
La fête de Noël n’est donc plus réellement une fête reli-
gieuse. C’est avant tout l’aspect familial que célèbrent les foyers
à la fin du mois de décembre. En effet, si l’obligation d’offrir
des cadeaux à tous les membres de la famille peut à la fois peser
d’un point de vue budgétaire et demander beaucoup de temps et
d’implication, le repas de Noël, où toute la famille est réunie,
reste primordiale dans l’esprit des populations. Ainsi, malgré
l’aspect très commercial de cette fête, il semble qu’elle soit desti-
née à perdurer encore de nombreuses décennies, et à continuer
de véhiculer l’esprit si particulier que l’on attache aux fêtes de
fin d’année.

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Sources
 http://fr.wikipedia.org/wiki/No%C3%ABl

 http://www.linternaute.com/histoire/magazine/dossier/06/noel/25-decembre.shtml

 http://www.fete-pratique.com/article-80.html

 http://rcg.org/fr/brochures/ttooc-fr.html

 http://www.cadeaux-avenue.com/cadeau-noel/religions_noel.html

 http://fr.wikipedia.org/wiki/Mithra

 http://www.futura-sciences.com/fr/definition/t/univers-1/d/solstice-dhiver_5115/

 http://www.joyeux-noel.com/hanouka.html

 http://www.lemagfemmes.com/religion-juive/Hanouka-la-fete-des-lumieres.html

 http://www.reponseatout.com/reponse-conso/noel-2012-d-8765/noel-2012-les-francais-
prevoient-de-depenser-639--a108677

 http://sitecoles.formiris.org/?WebZoneID=590&ArticleID=2248

 http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/decryptage/20121220.OBS3307/noel-un-rituel-
familial-riche-en-symboles.html

 http://www.franceinfo.fr/societe/histoires-d-info/noel-est-la-fete-preferee-des-francais-
842391-2012-12-23

 http://www.alternatives-economiques.fr/page.php?
controller=article&action=htmlimpression&id_article=45948&id_parution=884

 http://lectures.revues.org/520

 http://1libertaire.free.fr/DonetExces.html

 http://suite101.fr/article/lorange-de-noel-souvenirs-denfance-des-annees-1947-
a21399#axzz2OgqzLvjX

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Livres sur ce thème
 Histoire du Père Noël — Nadine CRETIN
 Ethnologie de Noel. Une fête paradoxale — Martyne Perrot
 Mythologie chrétienne : Fêtes, rites et mythes du Moyen Âge — Philippe Walter
 Essai sur le don — Marcel Mauss

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