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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N°184, 3e trimestre 2001

→ C. Rousseau,
Département Homme au travail,
Centre de Lorraine, INRS, Vandœuvre
Intérêts et limites
de l’audit de sécurité

et article propose tout d’abord de positionner l’audit de sécurité par rapport aux autres
ADVANTAGES AND LIMITS
OF THE SAFETY AUDIT
C types d’audits (financier, juridique, social…) et présente rapidement quelques pas-
sages obligés dans la mise en place d’une démarche d’audit.
Puis les résultats de deux études sont exposés. L’objet de ces investigations était de cerner
une réalité de fonctionnement, sans porter de jugement académique et/ou normatif, per-

Tauditshissafetysuch
article firstly situates the
audit with respect to other
as financial, legal or social
mettant ainsi de dégager les intérêts et certaines limites de cet outil.
En conclusion, des recommandations sont faites, concernant notamment la conception des
documents utilisés pendant l’audit et le suivi des propositions formulées au terme de l’au-
dit, afin d’améliorer la cohérence et la crédibilité de l’ensemble de la démarche.
and then goes on to review a number
of essential steps when initiating an
audit.
The results of two studies are then  audit de sécurité  analyse  efficacité
presented.The aim of these studies
was to identify an operating reality
while making no academic and/or
normative judgement, thus highlighting
the advantages and limitations of this
tool.
In conclusion, recommendations are
provided, in particular concerning the
design of the documents used during
the audit and the follow-up of the
proposals made at the end of the audit 1. Position du problème d’autres champs comme le social, la tech-
nique, le juridique, la qualité, la sécurité
to improve both the coherence and (Mikol, 1991).
credibility of the overall approach.
 safety audit  analysis
1.1. L’audit : mot fourre-tout ? Selon Peretti et Vachette (1984), l’audit
 efficiency est « (…) un passage en revue et un entre-
L’audit a envahi toutes les sphères de la tien ou audition, devant aboutir à une éva-
vie : politique, sociale et économique ; du luation ou à une appréciation (…)
Gouvernement (1) à l’association locale en Appliqué à l’entreprise, l’audit devient un
passant par les entreprises, tous ont été ou examen professionnel d’une information,
seront l’objet d’un audit. en vue d’exprimer sur celle-ci une opinion
Gary, (1990), écrit que « la technique de responsable et indépendante, par référen-
l’audit s’applique aujourd’hui à tous les ce à un critère de qualité, cette opinion
domaines de la gestion » et se demande s’il devant accroître l’utilité de l’information ».
s’agit « d’une mode passagère ou d’un véri- Le terme audit vient du latin auditus
table outil d’aide à la prise de décision ». « entendu » et est défini comme « une pro-
Selon Couret, (1987), « Le triomphe de cédure de contrôle de la comptabilité et
l’audit est d’abord médiatique ». de la gestion (d'une entreprise). » (2).

En fait, on constate que les pratiques


d’audit sont relativement anciennes et un
examen de la littérature montre qu’histori- (1) Ainsi, le Gouvernement, en 1993, créait une com-
mission «Audit de la France » destinée à faire le bilan de
quement, l’audit était réservé au domaine la situation économique et sociale laissée par ses pré-
financier et qu’il s’étend désormais à décesseus (Joras, 1996).
(2) Définition du « Petit Robert », 2000.
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Tcherkawski et Laurent (1991), définis- quelle manière les conditions sont réunies Favaro (1991), distingue trois catégories
sent l’audit comptable comme « ayant pour pour le développement et l’implémenta- d’indicateurs de sécurité : de résultats, de
objectif de garantir la validité des informa- tion d’une politique de sécurité efficace ». risques et de moyens de prévention. Il
tions financières et orienté vers le tiers, les classe l’audit de sécurité dans cette derniè-
actionnaires, le fisc, les banques ». En France, l’audit de sécurité fait partie re catégorie.
Mitonneau (1988), définit l’audit de qua- des pratiques qui se sont développées
lité comme « un examen méthodique et dans le cadre de la loi du 31 décembre
indépendant en vue de déterminer si les 1991 (4), faisant obligation à toute entre- 1.2. La démarche
activités et résultats relatifs à la qualité prise industrielle, commerciale ou de ser- de l’audit sécurité
satisfont aux prédispositions préétablies, et vice d’effectuer une évaluation de ses
si ces dispositions sont mises en œuvre de risques professionnels. Selon Joras (1996), l’audit est une
façon efficace et apte à atteindre les objec- Dans le terme « évaluation », on retrou- démarche spécifique d’investigation et
tifs ». ve le latin « valere » qui veut dire valoir ; il d’évaluation à partir d’un référentiel,
Concernant un autre type d’audit - l’au- s’agit alors de déterminer la valeur, le prix incluant un diagnostic et conduisant éven-
dit social -, il est présenté comme un « exa- ou l’importance de quelque chose tuellement à des recommandations. Par
men méthodique d’une situation et de ses (Arbisio, 1999). investigation, l’auteur entend notamment
éléments (3), l’audit est une démarche « qu’elle se fonde sur des témoignages
d’identification des écarts produits par la Dans l’étude des risques industriels, exprimés oralement ou par écrit (ques-
mise en œuvre du système de pilotage l’évaluation des risques est pour Lagadec tionnaire), sur l’examen de documents
d’une organisation. Il procède par compa- (1979), le troisième niveau d’analyse (5). Il ainsi que sur des observations directes ». Il
raison à des référentiels, explicites et le définit comme faisant appel aux res- définit également l’évaluation comme
connus, relatifs au fonctionnement de sources des sciences économiques et psy- étant « une opération cognitive permanen-
cette organisation, à ses résultats et aux chosociologiques, en vue d’établir des te qui permet constamment de mesurer le
stratégies par lesquelles elle entend seuils d’acceptabilité sociale des différents poids, les enjeux, les impacts, les consé-
exploiter ou surmonter les situations qu’el- risques. quences des écarts entre le prescrit (réfé-
le rencontre pour atteindre ses objectifs rentiel) et le réalisé ».
(…) ». Pérusse et Bilodeau (1996), considèrent
que tous les systèmes d’évaluation fonc- Dans son guide méthodologique sur
Candau (1985), considère « l’audit tionnent de la même façon. Il s’agit en fait l’audit de sécurité (1993), le Comité inter-
comme un contrôle des contrôles, un de mesurer le degré de conformité par national de l’AISS (6), industrie chimique,
moyen de voir si dans les entreprises, rapport à certains standards d’excellence. le définit comme « un examen de la situa-
ceux qui décident disposent des éléments tion d’une entreprise, d’un établissement
nécessaires à la gestion des entreprises ». Selon ces auteurs, le système d’évalua- ou d’une partie d’un établissement dont
tion présuppose trois volets : les conclusions font l’objet d’un compte
De la même façon, G. Leboterf et coll.  la construction d’un modèle. Le système rendu (…). Par une comparaison entre
(1985) présentent plusieurs types de cri- repose sur un modèle normatif, c’est-à- l’existant et l’état de l’art, l’audit permet
tères de comparaison, utilisés notamment dire sur une certaine vision de ce qui d’identifier et d’évaluer les insuffisances en
dans l’audit de formation, et qui relèvent constitue la situation idéale. Dans certains matière de sécurité, de proposer des amé-
tous d’une logique de contrôle. cas le modèle est explicite, dans d’autres liorations et d’esquisser des solutions ».
Ce sont des critères : cas, il est implicite ;
«  de pertinence concernant le bien-  la vérification de ce qui se fait réellement
fondé des décisions dans un champ dans l’entreprise évaluée ; 1.2.1. Le cadre d’analyse de l’audit :
donné de contraintes et de ressources,  la comparaison entre le modèle et l’ob- le référentiel
 de conformité permettant de contrô- servation.
ler l’application de mesures, de règle- Le référentiel est défini par Joras (op.
ments, Pour Robin (1990), l’évaluation tend à se cit.), comme « l’ensemble des prescriptions
 d’efficacité pour apprécier dans quel- rapprocher d’un raisonnement par objec- (normes, objectifs, paradigmes, modèles,
le mesure les résultats correspondent aux tifs et s’accompagne de l’introduction d’in- directives) s’imposant à une organisation
objectifs fixés, dicateurs en tous genres. ou retenu par elle et auxquelles l’auditeur
 d’efficience pour déterminer si les va se référer pour comparer ce qu’il va
résultats l’ont été au moindre coût, constater à ce qui devrait être ».
 de cohérence entre, par exemple, les
pratiques de formation et la politique de Ainsi, Pottier (1989) affirme que « c’est la
(3) Cf. Laisions sociales documents, « L’audit social »,
l’entreprise, la politique de personnel…, n° 44//86, 14 mai 1986. connaissance précise de la distance entre
 d’opportunité pour vérifier si la déci- (4) L’employeur doit évaluer les risques pour la sécurité les objectifs et le présent qui va permettre
et la santé des travailleurs », article L. 230-2 du Code du
sion a été prise au moment opportun ». travail. Cette obligation résulte de la loi 14-14 du de gérer le changement dans sa dimen-
31/12/1991, qui a transposé en droit français la directi- sion technique, mais aussi dans sa dimen-
ve-cadre européenne santé-sécurité de juin 1989.
Dans l’Encyclopaedia of Occupational (5) Pour mémoire, les deux premiers niveaux sont : sion sociologique ».
Health and Safety (1997), Van De - l’identification des risques conduit au moyen de diffé-
rentes méthodes d’investigation à repérer les risques ;
Kerckhove propose de définir l’audit de - l’estimation des risques qui désigne le plus souvent la Dans un article sur la normalisation,
sécurité comme : « (…) une forme d’ana- quantification des probabilités d’occurrences de divers Mignot et Penan (1995), parlent d’un réfé-
scénarios d’accidents.
lyse des risques et d’évaluation dans (6) AISS : Association internationale de la sécurité rentiel normatif comme étant « un
laquelle une investigation systématique sociale. Siège sociale : Case postale 1, CH 1211 Genève ensemble fini de normes décrivant le
22, Suisse.
est menée dans le but de déterminer de savoir-faire de l’entreprise (…) et une
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occasion d’exploiter les compétences de Le guide méthodologique de l’AISS pro- du déroulement de l’audit. Des entretiens
chacun, de les rendre accessibles et utili- pose d’effectuer des audits à intervalles sont systématiquement réalisés avec les
sables pour les autres membres du collec- réguliers ou pour un motif particulier, auditeurs, les audités et la hiérarchie. Une
tif ». comme par exemple, le constat d’insuffi- analyse documentaire des référentiels et
En réalité, comme on le verra dans la sance dans l’application des consignes de des comptes-rendus d’audits est égale-
partie suivante, consacrée à l’analyse de sécurité. Toujours selon ce guide, il est ment effectuée.
pratiques d’audit, le référentiel est, dans préférable de commencer par des inter-
les deux entreprises étudiées, une liste de ventions modestes, limitées dans le temps
questions s’inspirant des consignes for- et d’augmenter progressivement la portée 2.2. Résultats
melles de sécurité, de connaissances ergo- de l’audit. Selon Joras, l’audit est un pro-
nomiques et de pratiques profession- cessus dont le déclenchement est soit 2.2.1. Analyse de six audits
nelles. ponctuel, soit circonstanciel ou bien enco- de chantier
re récurrent, programmé dans un plan
1.2.2. Quelques modalités pratiques d’audit. Ces audits (cf. tableau I, page suivante)
S’agissant des deux entreprises où les sont réalisés par un auditeur interne à l’en-
Nous évoquerons brièvement ici deux pratiques d’audit ont été observées, la treprise, qui peut être soit un contremaître,
questions incontournables se posant lors décision d’auditer résultait soit du respect soit un responsable d’agence. L’équipe
de la mise en place d’un audit, à savoir : d’un « quota » (terme utilisé par les audi- auditée est composée de 2 à 3 personnes :
teurs) à effectuer durant une période don- 1 chef-ouvrier et 1 ou 2 monteurs-électri-
Qui doit être l’auditeur ? née, soit elle était liée à la période de post- ciens ou gaziers, selon la nature du chan-
Le choix de l’auditeur comporte deux formation. tier.
options : soit faire appel à un auditeur
interne, soit solliciter un auditeur externe. Commentaire sur la variation
Concernant l’auditeur interne, Renard des durées d’audits et des phases
(1994), dit qu’il n’y a pas de profil type des
auditeurs internes, sauf à exiger de bonnes
2. Analyse de pratiques de travail auditées
La variation des durées d’audits tient à la
aptitudes à communiquer et une solide d’audit de sécurité fois à la durée du chantier audité et à la
connaissance des techniques d’audit. Le conception, différente entre agences, de la
guide méthodologique de l’AISS (op.cit.) bonne durée d’un audit. Globalement,
liste un certain nombre de qualités regrou- Les résultats de deux études, dont l’ob- lorsque le chantier audité dure longtemps,
pées sous les trois points suivants : com- jet était l’analyse des pratiques d’audit (7), au-delà d’une heure, l’auditeur opte pour
pétence, qualités personnelles et indépen- sont exposés. Le point de vue développé une durée limitée et choisit une phase par-
dance. Parmi les compétences requises, il ici aborde ainsi la question de l’usage de ticulière à auditer. Lors de la formation des
y a le savoir technique, des qualités d’en- l’audit, de ses conditions de réalisation, de auditeurs, la recommandation leur est
cadrement et une expérience dans le l’élaboration et de l’utilisation de docu- d’ailleurs faite de privilégier le choix d’une
domaine de la sécurité. Les qualités per- ments (référentiels, comptes rendus, phase de travail posant des problèmes
sonnelles citées sont l’objectivité, le bon check-list) pendant l’audit. particuliers à l’égard de la sécurité et de
contact, l’intuition, la compréhension et la préparer ainsi l’audit en conséquence.
patience. Enfin, le libre arbitre et l’existen- Cependant, des agences comptabilisent le
ce d’un lien fonctionnel entre auditeur(s) 2.1. Recueil des données nombre d’audits effectués par un auditeur
et audité(s) sont donnés comme partici- à la condition qu’il dure tout le temps du
pant à une indépendance de l’auditeur. Les données de l’étude sont recueillies chantier audité, tandis que d’autres
Selon Marlier (1993), c’est l’audit interne dans deux secteurs d’activités différents : agences adhèrent à la recommandation de
qui est le plus souvent utilisé. Pour lui, l’un de distribution électrique et de gaz, choix faite en formation.
c’est la forme la mieux adaptée aux l’autre de maintenance de moteurs
besoins immédiats de l’entreprise. d’avions. Au total, dix situations d’audits Le référentiel
sont analysées. Il s’agit respectivement de Ce document, donné aux auditeurs au
Dans le cas de l’audit externe, on fait six audits de chantier et de quatre audits cours de la formation dispensée par le ser-
appel à des consultants extérieurs à l’en- de poste de travail. vice du même nom, a théoriquement
treprise. Là aussi, les avis peuvent diverger comme fonction de guider les observa-
sur le profil professionnel de cette person- Nous situant dans une perspective tions pendant l’audit. Il contient les thèmes
ne. Pour certains, mieux vaut privilégier le « d’analyste du travail », l’audit est appré- suivants :
généraliste, pour d’autres il faut faire appel hendé comme une situation de travail à  réactions immédiates,
à des techniciens spécialisés dans un part entière dont l’objet est de produire  organisation du chantier,
domaine (exemple : fonctionnement des une information et/ou d’agir sur une autre  équipements individuel et collectif de
systèmes robotisés). situation de travail du point de vue de son protection : outillage – matériel,
Concernant les entreprises étudiées, les niveau de sécurité.  risques électriques,
auditeurs étaient internes. Pour recueillir les données, les situations  risques gaz,
d’audits sont, soit enregistrées avec des  risques liés à l’environnement,
Périodicité des audits moyens audiovisuels, soit font l’objet de  risques de chutes de hauteur,
Concernant la fréquence des audits, elle prises de notes au cours de l’observation  risques liés à l’utilisation de véhicules
variera en fonction notamment de la natu- et d’engins,
re de l’installation, des risques et du (7) L’article intitulé « L’audit de sécurité : un outil de  risques divers,
prévention entre contrôle et dialogue » [19], traite des
nombre de sites à auditer. résultats d’une de ces études.  manutention.
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TABLEAU I

DESCRIPTIFS DES AUDITS DE CHANTIER


DESCRIPTIONS OF WORK SITE AUDITS
NATURE ÉLECTRICITÉ ÉLECTRICITÉ ÉLECTRICITÉ GAZ GAZ GAZ
DU CHANTIER

ACTIVITÉ Remplacement Branchement Modification Branchement Branchement, Suppression


branchement aéro branchement réseau branchement,
aérien souterrain raccordement reconstruction
extension
DURÉE DE 1 h 30 1h 3h 1 h 30 2 h 15 1 h 30
L’AUDIT

SITE Maison rurale Façade Parking urbain De chaque Bas côté Trottoir dans
maison urbaine côté rue de route rurale lotissement
dans lotissement
FONCTION DE Contremaître Chef d’agence Contremaître Chef d’agence Contremaître Contremaître
L’AUDITEUR exploitation exploitation principal clientèle exploitation
PHASE Pose du câble Installation du Totalité Totalité Totalité Totalité
AUDITÉE en façade chantier et du chantier du chantier du chantier du chantier
passage câbles
CONDITIONS - - Pluvieux - Pluvieux Pluvieux et venteux
MÉTÉO

INCIDENTS - Arrêt chantier Contrainte - - -


(diamètre temporelle forte
fourreau petit) (client)

TABLEAU II
A chaque thème correspondent des
questions comme par exemple : « les dis- RUBRIQUES DU COMPTE RENDU
positions pour éviter les courts-circuits HEADINGS OF THE REVIEW
sont-elles impliquées ? », « ce chantier peut-
il engendrer des risques pour les tiers ? ». On compte les six rubriques suivantes :

Dans le questionnement, on constate la 1 - Le ou les risques dominants du chantier.


présence de deux niveaux de références 2 - L’analyse des risques avec comme sous-rubriques :
implicites : un niveau normatif et un  risques maîtrisés,
niveau plus analytique, dépendant de l’ex-  transgression des règles,
pertise de l’auditeur. Cette coexistence  pratiques dangereuses,
 conditions dangereuses,
renvoie à une double logique : une  mise en œuvre des matériels,
logique de contrôle et une logique de  respect des règles de l’art.
compréhension.
3 - La vérification de l’outillage-véhicule.
Dans les faits, l’observation des pra-
4 - Les autres observations.
tiques d’audit et les entretiens rendent
compte du faible usage du référentiel pour 5 - Les observations des audités.
les deux raisons suivantes :
 il est trop dense, 6 - Les propositions d’actions de prévention.
 aucune logique d’usage ne se dégage
du document.

Ce document n’étant pas utilisé, c’est le


compte rendu qui tend à occuper la fonc-  Le registre d’expression verbale : la prévention, plus rarement la seule sécu-
tion de guidage lors de l’audit. C’est ainsi  De quoi parle l’auditeur ? rité.
que certaines formulations issues du  A qui s’adresse-t-il ?
compte rendu sont reprises par l’auditeur Les analyses des pratiques des auditeurs
comme par exemple : « quels sont les  Le registre d’expression comporte- permettent de dégager les caractéristiques
risques pour vous deux ? », « quel est le mentale : suivantes :
risque dominant ? ».  Qu’observe-t-il ?  les auditeurs parlent plus de l’activité
 Quelles actions réalise-t-il ? que des risques,
Analyse des pratiques d’auditeurs  ils s’adressent un peu plus au chef-
A partir des enregistrements audiovi- Un comptage de ces pratiques montre ouvrier qu’au monteur ou gazier,
suels, ces pratiques ont été identifiées et que les interventions verbales et compor-  ils observent surtout les opérations en
regroupées dans deux registres d’expres- tementales concernent le plus souvent cours ; les aspects concernant l’ensemble
sion : l’activité, parfois l’activité en rapport avec du chantier sont peu pris en compte,
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 la fonction de l’auditeur induit des 2.2.2. Analyse de quatre audits le référentiel n’est pas utilisé pendant l’au-
différences dans la relation auditeur-audi- de postes dit du poste de travail, en partie proba-
tés ; les contremaîtres sont plus proches blement parce qu’il comprend de nom-
d’un rôle de collègue. Les audits portent sur les postes sui- breux points à lister (au total, 11 pages
vants : la cave de rangement de modules, recto-verso). La logique présente dans ce
Dans le registre des expressions com- un poste de remontage de modules, un document est celle du constat.
portementales, en particulier concernant banc d’essais et un poste d’ajustage. A la différence de l’audit de chantier,
les actions, on note une différence relative L’audit dure en moyenne 20 minutes ; il l’action d’auditer s’inscrit ici dans un dis-
à la fonction de l’auditeur quant aux est effectué par une seule personne. La positif qui comprend les trois étapes sui-
actions effectuées. Concrètement, les audi- dimension relationnelle présente dans les vantes (cf. fig. 2) :
teurs hiérarchiques prennent plus systé- audits de chantier est donc absente ici.
matiquement des notes lors de l’audit mais Lors de la formation des auditeurs, dis- 1. l'action d’auditer : l’opérateur/audi-
participent moins au déroulement du pensée par le secrétaire du Comité d’hy- teur remplit la check-list au poste de tra-
chantier que les auditeurs-contremaîtres. giène, sécurité et conditions de travail vail,
Ceux-ci approchent par exemple des (CHSCT), les consignes suivantes sont 2. la rédaction collective de la fiche de
outils (de travail) à l’équipe auditée à la données : suivi : l’auditeur, sa hiérarchie et un repré-
demande du chef ouvrier ou de leur  réalisation de l’audit dans le mois sui- sentant des moyens techniques remplis-
propre initiative. Il arrive aussi que l’équi- vant la formation, sent la fiche de suivi qui est en fait un
pe auditée sollicite l’avis de l’auditeur-  audit effectué par l’opérateur du échéancier des actions à réaliser,
contremaître pour un mode opératoire. poste concerné, 3. la restitution des conclusions de l’au-
 « simplicité » de poste à auditer, dit au CHSCT, les solutions retenues
Ainsi, compte tenu d’une relation de tra-  réalisation sur place de l’audit, devant être systématiquement explicitées.
vail de proximité et d’une meilleure  faire usage de la check-list,
connaissance des difficultés de réalisation  pas d’autocensure sur les solutions à Les pratiques d’audit
des activités, les auditeurs-contremaîtres proposer au terme de l’audit. L’observation des pratiques d’audit
sont globalement plus indulgents pendant montre que la check-list structure l’audit.
l’audit et lors de la rédaction du compte Ainsi, comme on peut le constater, l’au- En effet, l’auditeur suit l’ordre des ques-
rendu. Ce formulaire constitue par la suite diteur et l’audité sont une seule et même tions qui sont par exemple : existe-t-il un
la seule trace de l’audit. personne, à la différence de l’audit de risque de heurt ou de chute de personne
chantier. pour accéder au poste ? Existe-t-il un
Le compte rendu : mode d’usage risque d’écrasement dû à un effet d’en-
Le compte rendu (cf. tableau II) est rempli Le référentiel traînement par des éléments mécaniques ?
soit pendant l’audit, soit à la fin de l’audit Le référentiel est un document standard
avec l’équipe auditée. (guide détaillé d’observation des situa- La check-list présente l’intérêt de passer
Systématiquement, les sous-rubriques tions de travail de la RNUR (8)). De la en revue un nombre défini de risques (au
« transgression des règles » et « pratiques même façon que pour l’audit de chantier, total 41) mais a l’inconvénient de limiter
dangereuses » centrées sur les opérateurs l’auditeur aux seuls risques identifiés par
de façon négative, ne sont pas rensei- (8) ex-Régie nationale des usines Renault. le document.
gnées, tandis que celles à l’avantage des
opérateurs, comme « risques maîtrisés » ou
élargissant le propos à l’environnement de Référentiel Auditeur
Fig. 1. L’audit de chantier -
travail, telles que « conditions dange- une relation à construire
reuses » sont complétées. Work site safety audit –
a relationship to be constructed
Ce constat laisse à penser que la
conception à dominante comportementale
de la prévention, véhiculée par les intitu-
lés « transgression des règles » et « pra-
tiques dangereuses », n’emporte pas l’ad- Compte rendu Audités
hésion des auditeurs. Des reformulations
gagneraient sans doute en efficacité.
Fig. 2. L’audit de sécurité d’un poste de travail
Pour conclure, une synthèse schéma- - Work station safety audit
tique de ce type d’audit est proposée
(fig. 1), caractérisée ici comme une rela-
tion à construire, intégrant : Référentiel AUDIT DE Compte rendu,
 un document de guidage (le référen- SÉCURITÉ check-list…
Utilisation d'un
tiel), Auditeur/
référentiel :
 des acteurs (les auditeurs et les audi- Audité
Guide de questions Fiche de suivi
tés), à (se) poser
 un document de traçabilité (le compte
rendu). SITUATION Restitution
DE TRAVAIL au CHSCT
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A la différence des audits de chantier, documents utilisés pendant l’audit. té à exploiter les rapports est évoquée par
l’absence d’interlocuteur pendant l’audit Rappelons que le référentiel doit guider, Henry et Monkam-Daverat (1998), qui
fait que la discussion autour de l’existence encadrer l’observation durant l’audit tandis rappellent que « l’essentiel d’une mission
de certains risques n’a pas lieu et que l’au- que le compte rendu ou la check-list réside en fin de compte dans l’exploitation
diteur s’en tient à des risques assez direc- devrait restituer l’essentiel de l’action d’au- du rapport et dans les mesures qui doivent
tement observables, de natures matérielle dit. A ce propos, un point mérite d’être être proposées et mises en œuvre par les
et technique. souligné qui est, pour reprendre les mots services opérationnels ».
de Mispelblom Beyer (1999), que « ces
Concernant la conception des risques écrits servent de support à des prises de De même, Marlier (op. cit.), souligne
véhiculée à travers la check-list, elle est parole et que ces écrits (…) changent le que « Le rapport d’audit terminé n’est que
associée aux conditions d’exécution des statut de la parole qui, de privée, devient le début d’actions tout aussi importantes
activités et pas aux comportements indivi- publique, et qui du bas, peut remonter en que l’audit lui-même, puisqu’elles concer-
duels. haut ». Ainsi, certains de ces documents nent la mise en application des recom-
sont à lire dans cette perspective de mandations formulées ». Ainsi, un des
D’une certaine façon, l’action d’auditer paroles qui circulent sur des écrits et quel- écueils à éviter est que l’audit ne soit
revient ici à pérenniser un dispositif d’ob- quefois de symptômes à déchiffrer, qu’une procédure très lourde à gérer, don-
servation permanente des postes de tra- comme par exemple des expressions de nant l’impression de participer à l’inflation
vail. Toutefois, il convient de s’interroger résistance « à dire » ou encore des mani- d’une gestion bureaucratique des ques-
sur l’évolution d’une pratique d’audit festations de « ras-le-bol » à remplir cer- tions relatives à l’hygiène et la sécurité.
conduisant à la raréfaction progressive des taines rubriques ou fiches entières.
risques les plus manifestes et induisant de De notre point de vue, l’efficacité opti-
ce fait un faux sentiment de sécurité. Dans un objectif d’amélioration de la male des audits analysés ne se trouve pas
Aussi, devrait-il être envisagé une évolu- pratique d’audit et plus particulièrement tant dans la capacité de l’outil à identifier
tion méthodologique permettant d’identi- de l’usage des documents (référentiel, les risques que dans la fonction de régula-
fier des risques sporadiques, par exemple compte rendu et check-list), il paraît sou- teur social qu’ils assurent via une forme de
lors de situation de coactivité, de récupé- haitable d’articuler le contenu au moment reconnaissance professionnelle. Cette
ration d’incidents… de leur élaboration. reconnaissance se traduit tant lors des
En effet, dans les deux entreprises étu- audits de chantier durant lesquels les audi-
La check-list diées, les documents n’ont pas été pensés teurs reprennent contact avec les pro-
La check-list utilisée pendant l’audit avec cette recherche de cohérence et force blèmes de terrain, échangent des points
s’inspire directement de l’aide-mémoire est de constater que le compte rendu et la de vue avec les audités sur des méthodes
d’ergonomie conçu par la Régie nationale check-list sont des résumés des référen- de travail, que lors des audits de postes de
des usines Renault. Il s’agit d’une liste de tiels. Ainsi, n’est-il pas surprenant de voir travail, durant lesquels date est prise et le
risques (risques de heurt et chute de per- les auditeurs « se dispenser » de la version plus souvent tenue pour solutionner les
sonnel, risques d’écrasement, d’éclate- longue, d’autant plus qu’ils ne sont audi- problèmes.
ment…) à laquelle on doit répondre par teurs qu’occasionnellement. Ce retour rapide donné aux opérateurs
oui/non/ne sait pas. Là aussi, la check-list contribue ainsi à améliorer la qualité des
sert de guidage à l’auditeur. relations de travail.

Enfin, l’après audit est intégré dans un


dispositif d’interaction (rédaction de la
3. Conclusions : Toutefois, le risque à long terme d’une
pratique d’audit, quelle que soit l’entrepri-
fiche de suivi et restitution au CHSCT) fonctions et efficacité se où elle a lieu, est qu’elle devienne un
induisant un engagement contractuel,
dans lequel tout le monde joue effective-
de l’audit de sécurité rituel dont plus personne ne voit le sens,
ni l’intérêt.
ment le jeu : les auditeurs, les moyens Un garde-fou à cette dérive, finalement
techniques indispensables le plus souvent assez naturelle, est d’avoir le souci
pour réaliser les aménagements deman- En tant qu’outil de gestion de la sécuri- constant d’articuler cette pratique de ges-
dés, la hiérarchie des unités auditées et té (9), l’audit permet d’identifier des tion de la sécurité (10) avec d’autres,
également le responsable du service, très risques d’accident et de mettre en visibili- comme par exemple les analyses d’acci-
scrupuleux sur le respect des échéances. té des problèmes d’aménagement de dents, d’incidents...
postes de travail. Pourtant sa fonction d’ai-
Au terme de cette analyse de deux types de à la décision, que nous considérons
de pratiques d’audit, nous qualifierons comme une des principales caractéris-
l’audit comme étant une construction sin- tiques d’un outil de gestion, paraît sous- (9) Abord De Chatillon (1995, [21]), définit les outils de
gulière d’un moyen d’identifier les points utilisée. gestion de sécurité comme « l’ensemble des manifesta-
tions régulières, plus ou moins formelles, hiérar-
forts et les faiblesses d’une unité plus ou chiques ou spontanées auxquelles on reconnait un
moins bien circonscrite, pouvant aller du En effet, les analyses précédentes mon- objectif plus ou moins explicite de diminution du
nombre ou de la gravité des accidents du travail (AT) ».
poste de travail au système de manage- trent que les informations recueillies dans A titre d’illustration, on peut citer par exemple les auto-
ment de la sécurité. Par ailleurs, on retien- les comptes-rendus ou check-list sont diagnostics faits par la CRAM des Pays-de-Loire.
Ce sont des questionnaires, très pragmatiques, d’éva-
dra que la variété des audits tient moins assez rarement synthétisées dans des pers- luation a priori des riques d’AT et de maladies profes-
aux caractéristiques techniques des situa- pectives d’actions à long terme, pouvant sionnelles.
(10) La gestion de la sécurité est « l’ensemble des actes
tions auditées qu’à l’auditeur (sa formation « alimenter » par exemple des Plans de pré- de membres d’une organisation qui visente à empêcher,
initiale, sa fonction par rapport aux audi- vention annuels, comme cela est souvent diminuer ou faire disparaître, directement ou indirecte-
ment, intentionnellement ou non intentionnellement,
tés et ses qualités relationnelles) et aux présenté par les entreprises. Cette difficul- la survenue d’un accident » [21].
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Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail - N° 184, 3e trimestre 2001

Pour Monteau (1997), « (…) le rituel Par ailleurs, une autre limite, de nature bli dans sa capacité à fournir des informa-
d’audit reste un moyen privilégié de réac- juridique celle-ci, contribue à ce que les tions pertinentes sur la réalité du travail.
tiver l’existence du référentiel, de confor- entreprises ne recherchent pas systémati-
ter la valeur sécurité et d’apaiser l’anxiété quement à apprécier l’efficacité des En définitive, nous rappellerons que
de la hiérarchie pour laquelle l’accident méthodes d’évaluation des risques dont dans le domaine de la prévention des
devient souvent une véritable épée de l’audit n’est qu’une illustration. risques professionnels comme dans les
Damoclès (fréquence faible, gravité impré- autres domaines de gestion de l’entreprise,
visible). Cet usage n’exclut évidemment Comme le souligne le juriste Meyer la relation de confiance est une condition
pas que l’audit puisse conserver en partie (2000), « Depuis la loi du 31/12/1991, indispensable à une circulation satisfaisan-
son utilité originelle ». l’évaluation des risques fait partie des prin- te des paroles sur le travail.
cipes généraux de prévention que l’em-
Concernant les conditions de l’efficacité ployeur est tenu de respecter au titre de A ce titre, et sous les conditions tech-
des audits, plusieurs auteurs présentent la l’obligation de sécurité. Malheureusement, niques et déontologiques évoquées, l’au-
mise en place d’une politique sécurité en l’absence de décrets venant réglemen- dit contribue à améliorer les communica-
comme préalable à l’usage d’audit dans les ter la mise en œuvre de l’évaluation, sa tions sur les pratiques professionnelles, et
entreprises. Ainsi Monteau (1989), parle non-application ne peut entraîner de sanc- constitue alors une des pratiques de pré-
de l’audit comme un des éléments d’une tions. Ce qui amoindrit sa portée ». vention à encourager.
politique de prévention qu’il caractérise
par les trois principes directeurs suivants : Par ailleurs, lors de débats sur l’audit de
 un objectif à définir, sécurité, une des craintes régulièrement
 une répartition des responsabilités, exprimées est que les audités montrent
 un système de contrôle et de renfor- seulement ce qu’ils veulent bien rendre
cement à mettre en place. visible à l’entreprise. Toujours selon ce
point de vue, les audits seraient en
Lors des analyses dans les deux entre- quelque sorte biaisés, voire « truqués ».
prises, on a noté que malgré une politique
de sécurité existante, l’absence de coordi- A cette éventuelle restriction, nous sou-
nation entre les services s’occupant de haiterions préciser que s’il existe des pra-
qualité et de sécurité conduit souvent à tiques de contrôle strict, associées à une
des mises en concurrence d’outils discré- absence de communication, l’intérêt des
ditant finalement leur intérêt et efficacité audits, comme celui de la plupart des
auprès des salariés. outils de gestion de la sécurité, sera affai- ■

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INSTITUT NATIONAL DE RECHERCHE ET DE SÉCURITÉ - 30, rue Olivier-Noyer, 75680 Paris cedex 14
Tiré à part de Cahiers de notes documentaires - Hygiène et sécurité du travail, 3e trimestre 2001, n° 184 - ND 2156 - 1200 ex.
N° CPPAP 804/AD/PC/DC du 14-03-85. Directeur de la publication : J.-L. MARIÉ. ISSN 0007-9952 - ISBN 2-7389-1048-3
Imprimerie de Montligeon - 61400 La Chapelle Montligeon