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VOIES SPIRITUELLES PROGRESSIVES ET ABRUPTES

LES REVOLUTIONS DU XXème SIECLE

INTRODUCTION

Au seuil du IIIème millénaire, le spectacle de l'ampleur des révolutions scientifiques du


XXème siècle s'offre à nos regards stupéfaits.

Les bouleversements de l'ancienne physique newtonienne, la progressive


dématérialisation de la matière, les révélations de la nature quantique de l'univers
changent notre vision du monde et la nature des liens qui nous unissent à lui.

Le physicien David Bohm (1917-1992) nous a présenté le monde intérieur des variables
cachées, jugé audacieux en 1960 mais actuellement prise au sérieux par plusieurs.

Les œuvres de David Bohm reflètent une vision de la nature spirituelle de la matière.
L'univers révèle la non séparabilité de ses constituants ultimes. Il se présente comme une
réalité monobloc d'un seul tenant : il est, en fait, le corps unique d'un seul et même vivant
en perpétuelle recréation.

L'essor soudain d'un christianisme rénové se présente dès les environs de 1960 avec
Teilhard de Chardin (1891-1955). Dans " Le Phénomène humain ", il expose sa
perception de l'univers comme " Totalité-Une " englobant les humains comme agents
coparticipants à l'évolution. L'ère du christianisme sclérosé appartient au passé.

La libre pensée spirituelle de Krishnamurti (1895-1986) évoque une solidarité parallèle. Il


déclare " le monde est vous-même et vous-même êtes le monde ".

L'essor soudain des œuvres non-dualistes de Sri Nisargadatta (1897-1981) et de son


disciple Ramesh Balsekar né en 1918 sont des évènements méritant notre attention. Ils
préparent l'extraordinaire mutation spirituelle du XXIème siècle.

Les erreurs du passé engendrent une crise grave, à la fois individuelle et collective. Elle
frappe les domaines sociaux, politiques, économiques, psychologiques, religieux. Elle se
manifeste par des violences, des cruautés, des signes d'autodestruction évidents.

Le prestige des anciennes autorités s'est effondré et laisse l'être humain désespérément
seul. Mais cette solitude est un facteur de maturité et de prise de conscience nécessaire.

Entre un Krishnamurti qui intitule son livre " La réalité sans voie " (Pathless Reality) et
notre contemporain Placide Gaboury, auteur d'un essai intitulé " Comment traverser le
Nouvel Age sans se perdre “, l'appel obscur de Voies nouvelles se perçoit.

De nombreux chercheurs sincères s'éveillent à la spiritualité renaissante que leur suggère


une force vive de conscience et d'amour. Beaucoup s'orientent vers l'écoute d'un monde
intérieur dont les témoignages d'antiques sagesses perdues leur donnent une saine
nostalgie.
Mais une foule bigarrée d'aventuriers et de drogués, victimes de difficultés matérielles
mettent à profit le manque de sens critique de gens simples pour fonder de plus en plus de
sectes étranges. Les activités démentielles de celles-ci illustrent dramatiquement l'histoire
contemporaine.

" La maison brûle " déclare Krishnamurti. L'acuité des crises actuelles appelle la
réalisation d'une spiritualité authentique pleinement réceptive aux lumières du monde
intérieur. C'est ce que nous apporte la pratique des " Voies spirituelles " non duelles.

BREVE HISTOIRE DES VOIES SPIRITUELLES NON DUELLES

L'origine des Voies spirituelles Non Duelles se situe dans l'antiquité lointaine de l’Inde.
Parmi les textes les plus connus, il importe de mentionner le "Yoga Vashishta" attribué,
selon la tradition indienne, au maître indien Vashishta précepteur du roi Daratha.

Le "Yoga Vashishta" était la source d'inspiration préférée du célèbre maître indien


Ramana Maharshi (1870-1950) de Tirunamavalai. Celui-ci est considéré comme l'un des
représentants les plus purs de la sagesse indienne "non duelle”. Il en était une incarnation
vivante.

Ramana Maharshi a été le maître de plusieurs instructeurs contemporains tels Sri


Nisargadatta (1897-1981), Sri Poonaji (1911-1998) et Ramesh Balsekar. Ce dernier,
encore vivant en 1998 est né en 1918. Ils sont tous les auteurs de nombreux ouvrages
traduits en plusieurs langues. Ramesh Balsekar dirige des réunions d'études spirituelles
aux U.S.A., en Europe et en Inde.

Nous devons citer le maître indien Sankaracharya né en Inde aux environs du IIème siècle
av. J.C. Il est considéré comme le maître incontestable de la Voie Spirituelle Non Duelle.

Le sage indien contemporain Krishna Menon décédé dans les années 1940, également
connu sous le pseudonyme d'Atmananda fut l'instructeur de notre vénéré ami et
collaborateur le docteur Roger Godel. Ce savant et sage authentique a consacré à Krishna
Menon un ouvrage remarquable intitulé " Socrate et le Sage indien " ou la portée
spirituelle de l'œuvre de Socrate se trouve admirablement exposée. L'essentiel d'une
"maïeutique" socratique s'y trouve développé sous l'aspect d'une "science de
l'accouchement spirituel “. C'est ici qu'il importe de souligner Plotin qui, dans ses célèbres
"Ennéades" exprime le sens profond de la spiritualité non-duelle.

Je m'en voudrais de ne pas signaler l'importante diffusion de des enseignements "non-


duels" réalisés par mes estimés amis et collaborateurs, Alexandra David-Neel et le maître
japonais D.T. Suzuki qui ont honoré la tribune de notre institut entre 1947 et 1960.

Durant quarante années de conférences et d'écrits publiés dans le monde entier, ils ont
donné un rayonnement considérable aux Voies Spirituelles non-duelles. Le maître D.T.
Suzuki dans son livre le "Non Mental" et Madame David Neel dans son "Bouddhisme"
publié à Monaco en 1947 nous ont donné une foule d'informations sur la sagesse non-
duelle encore peu connue en Occident.
QU’EST CE QU'UNE "VOIE SPIRITUELLE ?

Tant que vous n'avez pas découvert que


VOUS ETES ce que vous cherchez, vous ne serez pas pacifié.
Sri Nisargadatta

Une "Voie spirituelle" est un enseignement présentant une façon de vivre ouverte aux
richesses de l’esprit. Ces richesses se manifestent par une attitude de coopération et
d'ouverture relationnelle au monde concret.

Le climat d'une voie spirituelle peut être précisé par une déclaration de Krishna Menon,
un des maîtres contemporains de la spiritualité orientale. Il fait appel à l'équilibre de la
pensée qui doit tenir compte du cœur et doit s'ouvrir à lui. Dans la mesure où la pensée
s'ouvre au cœur, elle lui cède finalement la place de priorité.

De son côté, Krishnamurti déclare fréquemment qu'il existe une intelligence de l’amour.
Une telle déclaration reflète le caractère spécifique des " Voies spirituelles “.

Wei Wu Wei (1897-1986), considéré comme Eveillé contemporain, représentait un aspect


apparemment sévère d'une Voie spirituelle non-duelle, celle du Ch’an taoïsme.

Dans sa préface à la traduction française du livre de Wei Wu Wei intitulé " La voie
négative ", Michel Waldberg écrit : " Ce que nous croyons obtenir à la fin-, nous le
possédons à l'origine; ce que nous nous efforçons de saisir en dehors de nous-même, nous
n'avons aucun moyen de l'appréhender, car ce ne peut être autre chose que NOUS même".

Là se trouve la surprise qu'attend le lecteur, lorsque pour la première fois il lit un ouvrage
consacré à la Voie spirituelle non-duelle. Il apprend que NOUS SOMMES l’Etre non
manifesté, le "noumène" dans SA plénitude mais les déformations d'une éducation fausse
et le poids des mémoires du passé masquent notre nature véritable

Par "Voie spirituelle" nous désignons une prise de conscience non dogmatique consacrée
à l'étude du monde intérieur, de la mémoire. L'exploration des couches multiples de la vie
intérieure et des niveaux de la conscience s'effectue librement soit sous les conseils d'un
guide éclairé, soit par chacun en s'inspirant d'un processus d'attention et d'honnêteté
rigoureuse.

La recherche intérieure est aidée par la pratique de diverses techniques d'expressions


corporelles inspirées par une rééducation créatrice considérant l'unité du corps et de
l’esprit.

La spiritualité implique la prise de conscience du rôle destructeur de notre égoïsme et


nécessite son dépassement. Elle comporte l'harmonie entre le cerveau, le cœur et les
mains, mais elle attire l'attention sur les limitations qu'impose l'activité neuronale du
cerveau dans la fabrication des images et de l’égo.
La "Voie spirituelle " implique l'honnêteté, la non-violence, le détachement, l'art de voir et
d’écouter... Elle exclut la violence, la colère, la cruauté, l'exploitation, les abus
alimentaires et sexuels, l'avarice, l'orgueil, le mensonge.

La qualité de l'enseignant ou guide est le facteur le plus important de la relation


enseignant/élève. Les signes distinctifs de l'authenticité d'un guide sont la pureté, le
désintéressement, l'humilité, la pleine connaissance de lui-même et surtout l'ouverture au
monde intérieur.

Au cours du début, la. Voie spirituelle est simple. Elle le sera toujours. L'élève est informé
de l'erreur d'une identification excessive au corps physique. Ce dernier n'est qu'un
instrument dont une approche correcte ouvre des possibilités de conscience et d’amour.
L'univers a plusieurs dimensions ou niveaux d'énergie : le physique, le psychique et
surtout le spirituel. Celui-ci est le plus réel. Le psychique est principalement formé par les
champs de mémoires.

L'aboutissement des voies spirituelles nous ouvre à la priorité de la lumière fondamentale


et impersonnelle. En elle se révèle 1’intelligence d'un amour infini. La vision ne passe pas
par le cerveau. A certains égards nous LA sommes mais nous l'ignorons encore suite à
l'agitation mentale.

Les voies spirituelles sont réparties sous de multiples formes organisées ou libres. Les
Yogas comme le Yoga-Zen de May Char Chair à Montréal, le Tai Chi, les techniques du
Zen ou des Arts martiaux répondent aux suggestions d'un centre psychique de la région
ombilicale appelé le " Hara " Le Comte Von Durckheim y a consacré un ouvrage.

Rappelons que les instructeurs Zen déclarent "qu'un mouvement pensé est un mouvement
raté”. La pratique de l'attention non-mentale aide le Hara à se libérer des automatismes
corrompus de la pensée. Ceux-ci sont responsables de nos erreurs de jugement et de nos
maladresses.

Les médiations individuelles ou collectives telles la méditation transcendantale, le Japa ou


répétition de "mantras" à heures fixes, telles que le "Aum" figurent parmi un ensemble de
techniques proposé par les voies spirituelles ordinaires. Celles-ci font également appel à la
pratique de la respiration complète, l'omnipnétration de la lumière, la perception intuitive
de l'Unité universelle.

Les "Voies spirituelles " enseignent le caractère illusoire de notre isolement physique ainsi
que la non-séparabilité des êtres et des choses. La peau n'est qu'une séparation optique
dont le mental crée de fausses identifications.

Finalement, les énergies psychiques et physiques n'ont pas la réalité que notre vision
surfacielle leur accorde. L'apparente substantialité des modes psychiques et physiques
résulte de l'interaction réciproque des observateurs et des phénomènes observés dans un
processus anthropique d'interaction mutuelle évoqué par la J.A. Wheeler1.
                                                            
1
 (1) Cité par Zohar dans le " Moi quantique " Ed. du Rocher.
 
Krishnamurti désigne le noumène comme une "autreté" (en anglais otherness). Aux yeux
de l'Eveillé, la réalité nouménale est libérée de tous les attributs familiers que lui confèrent
les concepts. Elle est une plénitude d'un autre Amour et d'une autre conscience qui sont
autres que les mémoires résiduelles du passé. Telles sont les raisons pour lesquels il est
déclaré que l'Eveil est l'Etat Vierge- par excellence.

ILLUSION DE L'EGO

Les découvertes récentes de la neurophysiologie du cerveau prouvent irréfutablement les


limitations de l'activité neuronale président à la construction de l'image de l'égo et
démontrent son caractère illusoire :

Dans une étude, basée sur une documentation scientifique récente, lé sémanticien Gérard
Tiry déclare : " Les formes avec lesquelles nous construisons notre monde sont celles avec
lesquelles nous construisons notre égo dont la position peut paraître intenable au regard de
notre nouvelle compréhension... Il nous a été permis d'échapper à 1’'illusion; il était
nécessaire que cette faculté de conscience existe et se développe chez l'homme, qui
dispose d'un appareil neuronal prodigieux, pour lui rappeler que les images de soi et du
monde sont des interprétations de son égo. Il nous a été ainsi réservé la possibilité de ne
pas être trompés par les facultés dont nous disposons et de contempler au-delà de la
projection de notre ombre sur le soi "

Dans l'esprit des voies nouvelles, l'immensité universelle emprunte son existence à un "
noumène ", ou "réalité en soi " Il est le suprême Sujet, intemporel, non-né et
omnipénétrant. Il englobe la multiplicité des phénomènes’. Ceux-ci sont considérés
comme un jeu (Lila) formant les milliards d'objets que les ignorants croient séparés. Les
activités du Jeu cosmique englobent le monde des êtres humains, les animaux, les
végétaux, les objets inanimés, rochers, océans, planètes, galaxies, énergie des espaces
interplanétaires et intergalactiques.

Cette totalité est une plénitude "monobloc" d'un seul tenant. La nouvelle astrophysique et
la récente cosmobiologie la considèrent comme le "corps d'un seul vivant”. Sa réalité
essentielle est le noumène dans toutes ses dimensions, ainsi que le déclare Ramesh
Balsekar dans « Experiencing the teachings ».

Les énergies de conscience, quoiqu'indissociables et consubstantielles à la plénitude du


"noumène" expriment spontanément leurs potentiels de division et d’expansion. Le " Jeu
divin " s'exprime sans intention ni but, sous l'aspect de millions et de milliards d'êtres
humains. Ceux-ci naissent, s'épanouissent et meurent. L'univers apparent est né. Les
humains engendrent des champs d'énergies indestructibles et cumulatives.

Les mémoires sont constamment enregistrées sous formes de champs constituant


l'inconscient collectif de l'humanité évoqué par Jung.

Dans cet océan psychique le psychisme des humains capte le contenu des échos du passé.
Krishnamurti l'appelle l'égo de l’humanité. Il en dénonce l'action paralysante d'une force
qui fut une aide partielle. Cependant, la pesanteur de celle ci finit par bloquer la mutation
créatrice entraînant le dépassement de l’égo.

Afin d'éviter une confusion inévitable dans le domaine préalable à l'Eveil; nous suggérons
la division arbitraire de deux étapes dans le cheminement vers l'Eveil intérieur. Nous les
proposons en dépit du fait que pour l'Eveillé, il n'existe aucune étape. La technique
d'expression utilisée doit provisoirement tenir compte des, limites du langage verbal et de
l'ouverture de l'état d'écoute que réalise l'étudiant débutant. Nous utilisons pour lui le
terme d'ouverture et pour l'humain réalisé le terme d’Eveillé. Cet Eveil implique une
absence totale d’égo.

Aucun problème actuel, aussi brûlant soit-il dans les domaines matériels ou
psychologiques, n'atteint pour être résolu l'intensité d'attention requise pour résoudre
adéquatement le "lâcher-prise" intérieur.

Ainsi que l'écrit Ken Wilber : " La pratique spirituelle réelle n'est pas quelque chose que
nous faisons une demi-heure par jour. Ce n'est pas quelque chose que nous faisons une
matinée ou une fois par semaine le samedi. La pratique spirituelle n'est pas une activité
parmi d'autres activités. Elle est le fondement de toutes les autres activités, leur source et
leur mise en valeur. C'est une consécration prioritaire à la Réalité Transcendantale, vécue,
respirée, intuitionnée et pratiquée 24 heures sur 24 quotidiennement ". ( NO Boundary, p.
160, éd. Shambhala U.S.A.)

Pour être révélateurs de leur lumière, les textes de cet essai doivent être écoutés par
l'intelligence du cœur. Celle-ci libèrent le méditant des chaînes de son égo.

En un instant inattendu surgira l'éclair d'une présence ineffable qu'il est sacrilège de
commenter. Seul, le Silence est éloquence adéquate à cet évènement.

Ainsi que le déclare Ramana Maharshi " l'Etre est hors d'atteinte de la pensée ; il est saisi
par le cœur. Mieux encore : il est le cœur : l'essence intime du cœur. Concevoir l'Etre, ce
n'est pas le chercher hors de soi, c'est être par le cœur, c'est demeurer tel dans le cœur "
(Etudes sur Ramana Maharshi, ed. A. Maisonneuve, Paris, 1942).

Le transfert de la conscience dans le cœur révèle l'intelligence secrète de l'amour. Cette


intelligence opère spontanément une radiographie du monde matériel transpénétrant
l'apparente impénétrabilité des surfaces extérieures. Elle pénètre dans les profondeurs du
monde intérieur qui en forme la substance.

La vision du monde intérieur est plus réelle et complète que celle de mille yeux
physiques. Cette vue pénétrante nous révèle que, sans le savoir, nous avons toujours vu le
monde à l'envers. Tous les sages ont, de tous temps, déclaré que la vision intérieure ne
passe pas par le cerveau.

Le physicien David Bohm a fait une grande révolution en déclarant en 1980 qu'un
"renversement complet de la procédure habituelle doit se faire : au lieu de dériver le subtil
comme une force abstraite du tangible, nous dérivons le tangible comme une force
abstraite du subtil .
Cette déclaration revêt une importance fondamentale pour l'avenir de la nouvelle
physique.

Le plus surprenant consiste à découvrir que le monde intérieur est formé de champs dont
l'espace quasiment nul est de l'ordre du milliardième du milliardième de mm. Ceci confère
à la matière qui nous constitue une impression de volume énorme. Il en résulte que nous
serions artificiellement gonflés par rapport à la source d'où nous émanons. Les maîtres
bouddhistes de la " Vue Juste " l'ont toujours enseigné. Les Eveillés de l'Advaîta
également.

La tradition déclare " la forme est le vide et le vide est la forme ". Ce vide désigne
l'absence de toute qualité connue mais non un néant. Au contraire, lui seul est substantiel.
Là se trouve le grand renversement de la nouvelle physique.

Il est confirmé de façon inattendue par la relation d'une expérience de Krishnamurti.


Celui-ci écrit dans "Carnets " p. 59 et 115 ed. du Rocher : "Tout à coup, dans ce vaste
silence, survient ce qui était l’être solide, inépuisable. Solide, sans poids, sans dimension,
il était là et plus rien d'autre n'existait... Ces mots-là, ni aucun autre, ne pourraient
communiquer cette présence... Elle était elle-même totalement et rien d'autre, la somme de
toutes choses, l'essence ".
Cette force qui était une bénédiction était avec nous. Elle était d'une solidité énorme,
impénétrable. Aucune matière ne pourrait être d'une telle solidité ".

Signalons ici la fréquence des déclarations d'Eveillés évoquant également la solidité ou


l'aspect de roc monobloc du noumène contrastant avec celui de rêve attribué au monde
matériel.

PROGRESSION OU REALISATION SOUDAINE

S'agit-il d'un processus horizontal de progression par étapes ou bien de la verticalité


intemporelle de l'Eveil authentique commentées par les sages ?

Nul ne peut l'affirmer à priori. Seul le méditant peut le savoir avec certitude. Et nul ne
peut ni ne doit le juger

Le désir de juger indique un désordre conceptuel de l'égo avide d'évaluations ou de


comparaisons insensées dans un tel domaine.

Néanmoins, il est clair que si le corps n'est pas seulement entretenu par obéissance à ses
niveaux biologiques mais s'il est alimenté par les sources psychologiques suivantes :
désirs de continuité et volontés diverses de l'égo, suggestions d'affirmation de la
personnalité en vue d'acquisition ou d'expansion dans le temps, si les processus habituels
de la mémoire et d'autoprotection ne sont pas éteints, si des traces de l'égo sont encore
actives, le méditant est encore enfermé dans l'horizontalité d'une ouverture progressive
dans le temps. Il peut encore osciller entre des périodes d'angoisses et des joies de transes
extatiques mais les premières diminueront progressivement pour laisser la place aux
secondes.
En revanche, s'il ne subsiste plus la moindre trace de l'égo et que l'impersonnalité est
complète l'Eveil explose instantanément dans une verticalité intemporelle et lumineuse.
Cette réalisation ne résulte pas d'un acte du méditant mais la priorité absolue du noumène
ou Sujet suprême.

Le passage de l'horizontalité à la plénitude de la verticalité ne peut être que soudain et


instantané. Krishnamurti déclare que les éléments connus de l'horizontalité n'ont aucun
lien ni contact avec l'Inconnu de la verticalité, celui-ci étant dans la plénitude de l'état
vierge. L'énergie avec laquelle il s'exprime ici n'a d'autre but que d'arracher
l'endormissement des foules.

Ainsi que l'enseignent les maîtres tels Ramesh Balsekar, lors de l'Eveil le corps joue le
rôle d'un témoin impersonnel. ou s'exprime le plus haut sommet de sa fonction
d'instrument. Balsekar ajoute avec une pointe d'humour qu'en prenant la parole au nom du
noumène et s'adressant à son "moi-phénoménal" il lui déclarait : "sois calme et sache que
Je suis divin. Ce n'est que lorsque le "moi" phénoménal est absent que le "je nouménal
peut être présent.

Ayant renoncé à l'univers extérieur et à ce corps, j'expérimente le MOI SUPREME,


à travers une soudaine sagesse, qui s'est éveillée spontanément.
Comme les vagues, l'eau et l'écume ne diffèrent pas de l'eau qu'elles forment, ainsi
l'univers a surgi spontanément du MOI SUPREME qui n'est pas différent de LUI)
(Roi Janaka trad. R. Balsekar)

Je suis dans la béatitude d'une immensité sans limite, solide comme un roc
Je ne suis jamais sorti de CELA
Shri Nisargadatta

Bibliographie

R. Balsekar Experiencing the Teachings, Advaita Press 90277


G. Bateson Vers une écologie de l'esprit éd. Seuil, Paris, 1984
D. Bohm La plénitude de l'Univers, éd. Le Rocher Paris 1985
Briggs et Peat L'univers miroir, Laffont - Paris 1986.
F. Capra Le tao de la physique, Tchou Paris 1979
L. Dossey Space, Time and Medecine Boston, Shambala 1982
R. Fouéré Krishnamurti, Courrier du Livre 1986
Hsi-Yun Le mental Cosmique, Adyar Paris 1951
Krishnamurti Carnets, éd. Le Rocher
Nicolescu Nous, la particule et le monde. éd. Mail, Paris 1985
R. Linssen Spiritualité quantique, éd. Mortagne, Montréal 1994
Univers corps d'un seul Vivant, éd. Altess Paris 1995
R. Sheldrake La mémoire de l'univers. éd. Rocher Paris 1988
D.T. Suzuki Le NON-MENTAL, Courrier du Livre, Paris 1970
G. Tiry Apprentissage du Réel, éd. L'Harmattan, 1998
D. Zohar Le moi quantique, éd. Rocher Paris 1994
Wei Wu Wei All else is bondage, University Press, Hong-Kong, 1961