MERCREDI 28 AOÛT 2013 L’EXPRESS-L’IMPARTIAL

CINÉMA

Un amour explosif
FRENETIC

Dans «Grand Central», la réalisatrice Rebecca Zlotowski explore le thème du triangle amoureux dans l’univers des centrales atomiques. PAGE 14

LE MAG

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SPECTACLE Le Valaisan élargit son registre. Dans «Le zapping», seul sur scène, l’imitateur parle aussi avec sa propre voix. La tournée fait halte dans le canton de Neuchâtel.

Lambiel fait une place à Yann
PROPOS RECUEILLIS PAR JOËL JENZER

duit la période du «zapping» aux quarante dernières années. Vous vous êtes aussi mis à l’écriture... Oui, j’ai écrit le spectacle pour le Québec en entier, et aussi «Le zapping», alors qu’il y a dix ans, je n’osais pas écrire une ligne, parce que Meury et Flutsch écrivent mieux que moi. Et, finalement, tu te rends compte que c’est une autre écriture, et tu prends confiance en ce que tu dis.

Pour quelque temps, Yann Lambiel s’éloigne de la politique suisse et du grand spectacle avec orchestre. L’imitateur présente «Le zapping», un show qu’il joue seul sur scène, dans lequel il passe en revue quarante ans d’actualité, touchant tour à tour les domaines du cinéma, de la chanson, du théâtre et se faisant succéder à toute vitesse sur scène des dizaines de personnalités, de Mister Bean à Johnny, sans oublier les voix suisses connues. Avant de présenter ce spectacle pour la première fois en Valais, puis de faire halte à Saint-Aubin, Yann Lambiel raconte sa nouvelle aventure. D’où vous est venue cette idée d’un spectacle si épuré? Ce spectacle s’est fait en plusieurs étapes, il a été un peu un laboratoire. Après «Aux suivants!», un gros show avec des lights, avec orchestre, chapiteau, décor, je me suis demandé ce que je pourrais faire derrière. C’était la période où j’ai arrêté «La soupe», parce que j’étais vraiment fatigué de la politique, et il y avait tous ces nouveaux personnages suisses qui n’étaient pas drôles... Je me suis dit que pour prendre le contre-pied de ce gros show, j’allais faire un spectacle a cappella, tout seul, sans rien. Pour revenir à la base de l’imitation. Au début, mon idée était de coller les uns aux autres des extraits de ces cinquante dernières années, sans intervenir, moi. Le spectacle a-t-il évolué? J’aifaitcespectacle,jel’aijouéàParis.Et j’ai compris qu’il y avait des choses pour lesquelles j’étais bon et d’autres où j’étais peut-être moins bon, et qu’il y avait des choses qui passaient ici et peut-être pas forcément ailleurs... C’était un laboratoire pendant une année. Puis je suis allé au Québec et j’ai eu un déclic: j’ai fait un spectacle où je parlais, moi, et où j’avais une partie imitée. Et les gens m’ont parlé plus de la partie où je parlais que de la partie imitée. Et ça m’a fait prendre conscience qu’il y a tout le côté «Yann» que je n’ai jamais développé, que je pouvais dire un gag sans me cacher derrière Couchepin et que c’était drôle quand

Je voulais faire « un spectacle a cappella, pour revenir à la base de l’imitation.»
YANN LAMBIEL HUMORISTE ET IMITATEUR

Seul sur scène, Yann Lambiel ne sera sans doute pas seul à la Belle Usine dès vendredi. C. RAPPO

même... Du coup, j’ai retravaillé le spectacle en y mettant plus de moi et en ne gardant que les moments forts imités, parce qu’il y avait beaucoup d’imitations courtes et que les gens étaient parfois fatigués à la fin du spectacle. Vous êtes revenu de Paris sans être convaincu par votre passage là-bas. Je me suis rendu compte que la «carrière française», ce n’était pas ça. Mon public est ici, c’est ici que je dois tra-

vailler. Je suis allé voir, j’ai discuté avec des gens, j’ai vu. Ce n’est pas ça que je veux faire. J’habite Morges, il y a le lac Léman, l’été, c’est beau. Est-ce que j’ai envie d’aller habiter dans un petit studio à Paris et jouer devant vingt personnes pendant six mois? Clairement: non! Et j’ai mon gamin ici. Et moi, je ne suis pas un gars de la ville, je suis un gars de Saxon! J’ai pris conscience de ça pendant cette année. Mais au Québec, j’ai pu développer une autre partie de ce que

je sais faire sur scène. Et cela donne quelque chose de différent de ce que je faisais avant: les gens retrouvent tout ce qu’ils aiment, mais avec un plus. Ils retrouvent ce qu’ils viennent chercher, Brélaz, Couchepin, mais tu leur donnes un Mister Bean qu’ils n’avaient jamais vu. La plus belle critique que j’aie eue dernièrement par plusieurs personnes, c’est: «On est venu voir votre spectacle et on est toutes les fois surpris!» Et comme j’ai eu quarante ans cette année, j’ai ré-

Au Québec, vous avez pris un nouveau départ? J’ai ressenti ce que peu d’artistes peuvent ressentir deux fois: le premier succès! Lorsque les gens te découvrent et qu’ils trouvent ça bien... Tu es un peu fragile, mais content que ça marche. Ensuite, quand les gens te connaissent, tu dois défendre ce que tu as acquis, tu ne dois plus décevoir. Au Québec, je me suis retrouvé comme au début de «La soupe»: personne ne te connaît, mais tu as tout le bagage, l’expérience de quinze ans. Je savais comment faire un gag à la radio, j’avais la répartie. Tu as le bagage, et ça change tout. Cela te conforte dans le fait que ce n’est pas dû au hasard et que ça valait la peine de bosser. Et tout cela fait que je suis assez serein, assez content. J’ai l’impression que je peux repartir pour les dix prochaines années.

INFO

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«Le zapping»: Fully, la Belle Usine, 30, 31 août, 5, 6 et 7 septembre à 19h30. Saint-Aubin-Sauges, salle de spectacles, je 26 septembre à 20h (location: Manor-Marin, 032 756 16 99); Le Locle, Casino, je 16 janvier 2014 à 20h30.

CLAUDINE GRISEL À SAINT-URSANNE
EXPOSITION Claudine Grisel à Saint-Ursanne. Depuis plusieurs années, l’artiste de Fleurier se sent portée par une énergie nouvelle, une dimension autre. Fruits de son dialogue avec la transcendance, ou de ce «cadeau de la lumière» comme elle le formule, ses œuvres nous convient à de troublants face à face avec les anges, les guides, les êtres nimbés de lumière. Acryls et huiles, telles que «Vers la ville» (2012, à g,), bronzes d’une bouleversante légèreté, tels que «L’alliance 1» et «Le sauveur VI» (2011, au milieu et à dr.) sont à voir au cloître et au caveau de Saint-Ursanne, jusqu’au 29 septembre. Tous les jours de 10h à 12h et de 14h à 18h.

DBO

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