L’interview autoportrait

pitre
Yann Lambiel fait l’avion au bar des artistes du Théâtre de Beausobre, qui l’a vu éclore. Après bientôt quinze ans de carrière, l’humoriste valaisan a atteint sa vitesse de croisière.

yann lambiel «je suis un grand timide en voie de guérison»
humour Entre deux spectacles, Lambiel nous parle de Yann et vice versa. Sans se prendre au sérieux mais très sérieusement. Séquence émotion.
Photos didier martenet - Texte christian rappaz
En pleine session des Chambres fédérales, comment percevez-vous le climat politique suisse?

I

Je le perçois beaucoup moins bien depuis que je ne suis plus dans La soupe*. Mon nouveau spectacle étant moins lié à l’actualité, je regarde la politique d’un peu plus loin. Cela dit, avec le Gripen et les tribulations de notre président Ueli Maurer ou du conseiller d’Etat Freysinger, il y aurait de quoi faire.
Vous ne vous êtes donc pas éloigné de la politique par manque d’inspiration?

qu’un Brélaz ou un Blocher, on peut créer des personnages. Mais ce n’est pas dans mes projets actuellement.
Vous voulez dire que Yann Lambiel et la politique, c’est fini?

l arrive en trombe, son costume de scène sous le bras. Yann Lambiel, 40 ans le 15 mars dernier, est en retard. Très en retard. Penaud, il confesse avoir zappé notre rendez-vous. Il lui en coûtera une tournée de pizzas et quelques SMS de plates excuses. Dont le dernier: «En plus, tu crois pas, suis coincé derrière le camion-poubelle.» Même absent, l’imitateur préféré des Romands déclenche l’hilarité. Pas étonnant qu’il remplisse chaque soir à ras bord les salles de ce coin de pays. Sans promo. De bouche à oreille, son spectacle, Le zapping, fait un tabac. Un retour aux sources a cappella, loin du grand show de l’été. En décembre, ce sera autour des 4 sans voix, entouré d’un partenaire français, d’un belge et d’un québecois. Rencontre haute en couleur.
L’ILLUSTRÉ 39/13

Non, c’est un choix délibéré. Treize ans d’actu, ça use. La motivation n’était plus la même. J’avais l’impression de tourner en rond. Et en matière d’inspiration, Didier Burkhalter, Alain Berset ou Johann Schneider-Ammann, ce n’est pas tout à fait l’idéal. Il faut vraiment avoir la niaque pour en faire des personnages drôles. Je ne l’avais plus.
Les Christian Lüscher, Céline Amaudruz et autres Yvan Perrin ou Isabelle Moret ne vous inspirent pas?

Non, non, je m’y remettrai un de ces quatre. Mais quand les personnalités sont un peu fades, c’est beaucoup de travail pour les rendre intéressants. Le «fôôôrmidable» d’Adolf Ogi, la Suze de Ruth Dreifuss ou le «bonjour» de Moritz Leuenberger n’existaient pas. Nous avons dû les inventer.
Ah bon, on aurait juré que le «fôôôrmidable» était d’origine!

Non. Quand Ogi le fait, il imite La soupe. Avec le temps, les gens finissent par s’autoparodier.
Et Pascal Couchepin?

Si, bien sûr. Il y a aussi Philippe Nantermod, Myret Zaki et Jean-Christophe Schwaab, qui me fait beaucoup rire. Même s’ils sont moins intéressants vocalement

S’il y a quelqu’un de cultivé, c’est bien lui. Mais il a fait deux fautes de français en début de mandat et on a sauté dessus pour créer son avatar. Comme monteur en chauffage, je n’ai pas le dixième du quart de sa culture et donc, aucune légitimité à faire passer Couchepin pour un bobet. Je dois juste être conscient de ce que je dis et comment je le dis. ▷

38

L’interview autoportrait

C’est quoi, vos limites?

La vulgarité. Je n’aime pas prononcer des mots comme bite, couilles et compagnie. Je préfère les suggérer. Laurent Gerra a eu une période très vulgaire, il en est vite revenu.
Et en matière de moquerie? Marie-Ange Brélaz dit avoir parfois été blessée par certaines de vos pointes à propos de l’obésité de son mari.

connais. A part ça, c’est vrai que c’est un pote, quelqu’un que j’aime beaucoup. Il est assez proche de sa caricature qu’il entretient à fond. Mais autour d’un verre, je découvre un autre homme.
Où en est votre carrière internationale?

douloureux, tellement incompréhensible, tellement révoltant. Peut-être dans quelques années, avec précaution et un angle bien précis. Et encore… Un jour, on m’a demandé de faire un sketch sur la marche blanche. C’est impossible, inimaginable.
On dit que derrière l’artiste se cache un homme moins drôle, presque froid…

D’ici, je ne vois pas de quel sketch elle veut parler, mais j’imagine que cela a pu se produire. J’en suis désolé. Blesser les gens n’a jamais été mon but. J’étais la voix de La soupe et il y a effectivement des trucs qu’on m’a fait dire que je regrette. Des choses un peu gratuites qu’on aurait pu éviter ou tourner différemment. Dans mon spectacle Aux suivants, il y a un texte plus intime, par lequel je fais dire à Daniel Brélaz sa douleur et son mal-être d’être gros. C’est ma façon de lui rendre hommage.
Maintenant qu’il a perdu 43 kilos et qu’il envisage d’en perdre encore une fois autant, il va quitter le spectacle…

J’ai tourné en France, en Belgique, au Québec aussi où je retournerai cette année encore. Les choses se passent plutôt bien. Au Québec, j’étais à l’affiche avec Pierre Richard, Michel Boujenah et Eric Antoine. En France, j’aurais été perçu comme l’insignifiant du programme. Pas au Canada. Là-bas, si tu es Européen, tu es forcément une curiosité. De plus, j’ai écrit un spectacle spécialement pour les Québécois. Je leur ai d’emblée précisé que je n’étais pas Français et que je n’étais pas là pour contrefaire leur accent ou leur dire comment il faut rire. Je ne voulais pas partir avec un handicap. Du coup, je suis vite devenu leur copain…
Peut-on rire de tout?

Vous rigolez ou bien? Il sera sans doute moins essoufflé mais il aura toujours la même voix, le même accent, la même couleur politique et beaucoup de choses à dire.
Ça vous arrive d’être méchant?

Seulement si tu n’as aucun scrupule à être méchant et à blesser les gens. Sinon, il y a des sujets intraitables. Comment rire de la mort d’Adeline ou de Marie? C’est tellement

Froid signifierait distant, voire hautain. Je dirai plutôt réservé ascendant introverti. A la vérité, je suis un grand timide. Je ne rentre toujours pas seul dans un bistrot. Mais je progresse. Je suis même en voie de guérison. Après quinze ans, j’arrive à mettre l’artiste en lumière. Mais l’homme, le papa de Maxime, le mari de Sonia, est effectivement un citoyen lambda, un mec normal, banal, pas vraiment drôle, qui fait du bateau sur le lac de temps en temps. Au souper de la classe, j’en chante volontiers une, mais ce n’est pas moi qui fais rire. Je n’ai jamais été un boute-en-train. J’aime faire rire sur scène, mais je me vois davantage comme artiste de music-hall que comme comique. _
* Emission satirique de la Radio suisse romande qui s’est arrêtée en juin 2012.

Ce n’est pas à moi de le dire, mais je ne le crois pas. Ce n’est pas dans ma nature en tout cas. Mon job est d’être insolent, pas d’être méchant. J’adore dire des horreurs avec le sourire mais les gens savent que c’est pour rire, pas pour faire mal.
Il est vrai que comparé à un Stéphane Guillon ou un Gaspard Proust, vous êtes plutôt soft. Trop, peut-être…

«Je peux faire Blocher tout en ne l’aimant pas»
et Valls sont plus drôles que Burkhalter, Berset et Schneider-Ammann? Détrompezvous. Les guignols rament autant que nous pour en tirer quelque chose d’un peu marrant. En fait, je ne vois qu’une différence. Comme les politiciens français apprennent leur job sur les bancs de l’ENA, ils savent mieux balader les journalistes et embrouiller le peuple. Surtout, ils ont cette incroyable faculté de parler des heures en ne disant rien. Je suis jaloux. A la prochaine occasion, je prends des cours.
Ça sert à quoi d’imiter les politiciens, c’est quoi le message?

cherchent le plus souvent à nous enfumer. Tu peux le démontrer par un sketch ou une simple métaphore. Accessoirement, c’est une façon d’intéresser les jeunes à un domaine qui n’est pas forcément intéressant au départ. Moi, à 20 ans, je ne connaissais pas le nom du président de la Confédération. Aujourd’hui, je connais même le nom et le profil du prochain. Après Ueli Maurer, nous aurons heureusement droit à une personnalité charismatique et drôle: Didier Burkhalter!
Ça ne vous gêne pas de rendre sympathiques et donc de faire la promo de politiciens qui ne le sont pas toujours, Blocher ou Freysinger par exemple?

▶ Xxxxx, Nim veratue facillut aliquatin volorper suscilis dia.

La mission d’un humoriste consiste-t-elle à mettre le public mal à l’aise? Pas pour moi. Je suis convaincu que les gens n’aiment pas la méchanceté. Personnellement, s’ils sortent de mon spectacle avec la banane, si j’ai réussi à leur faire oublier leurs soucis pendant deux heures, j’ai atteint mon but. Choquer ou dire comment voter ou qui est gentil et qui ne l’est pas ne m’intéresse pas. Je m’en fous de tout ça.
Vous avez moins de grain à moudre que vos homologues français, sans doute. Chez eux, la politique est moins aseptisée, moins monotone…

Mon monde

Vous êtes sûr? On parle toujours de la France, mais que s’y passe-t-il de plus que chez nous? C’est toujours pareil. T’es de gauche, t’es gentil, t’es de droite, t’es méchant et ils se tapent sur la gueule. Comme ici. Vous croyez sincèrement que Hollande, Ayrault
40 L’ILLUSTRÉ 39/13

Il n’y en a pas. Surtout ne pas se prendre au sérieux. Si tu tombes dans le militantisme comme cela s’est parfois produit à La soupe, t’es plus drôle. Ce qui m’amuse, c’est de vulgariser et de simplifier des trucs que personne ne comprend. Les politiciens

On vous dit très proche de Christian Constantin. Au point qu’il vous soutiendrait financièrement…

Ouh là là… Jamais d’affaires de pognon avec Cricri! Je suis Valaisan, je sais, je le

Photos: xxxxxxxxxxxxx

Pas du tout. Parce que chacun prend ce qu’il veut. Celui qui n’aime pas Freysinger rira peut-être du sketch, mais n’aimera toujours pas Freysinger. De même que je peux très bien faire Blocher tout en ne l’aimant pas. Je ne crois pas que quelqu’un va adhérer ou voter UDC parce qu’il a entendu un sketch de Lambiel. Par l’humour, on peut avoir de la sympathie pour la caricature de Blocher ou de Freysinger, mais pas pour les hommes qui se cachent derrière.

En 3 mots...
Bore digna accum alis nisit olor onsequis?

Ure mod essi bla feummolorem volore magna faccumm odolortisim quis dolese cor si enim zzriureet incinci llaore faccum quam, sed min henim dolobor susci eugue dolobortie

L’ILLUSTRÉ 39/13

41

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful