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INITIATION A LA LINGUISTIQUE APPLIQUEE AU FLE

LA DIDACTIQUE DES LANGUES : UN CARREFOUR DE DISCIPLINES

1 DIDACTIQUE DES LANGUES ET DISCIPLINES RESSOURCES

Une définition de la didactique des langues


L’expression Didactique des Langues (DLE) a succédé au milieu des années 70 à
l’ancienne dénomination Pédagogie des langues.
H. Besse « Son domaine peut être provisoirement défini comme l’ensemble des savoirs
et des savoir-faire relatifs à ce qui se passe dans une classe (ou un cours) quand on y
enseigne/apprend une langue que les apprenants ne connaissent pas encore ou mal ».

La DFLE : présentation du problème


Le professeur de français langue étrangère (FLE) recourt à une méthode qui est elle-
même le reflet d’une méthodologie.
Par convention, nous emploierons le terme méthode pour désigner tel ou tel matériel
pédagogique et réserveront le mot méthodologie pour référer à des principes et/ou à des
options théoriques qui sous-tendent l’utilisation dudit matériel.

Méthode traditionnelle :
Objectif : Etendre la culture générale (=culture littéraire), développer les facultés de
raisonnement et d’analyse
Contenus : Vocabulaire très riche, littéraire, toujours « soigné »
Grammaire normative, progression « morpho syntaxique » privilégiant
les formes littéraires
Thèmes culturels (littéraires), moralisateurs
Matériel : textes d’auteurs suivis de questions, leçons de grammaire suivies
d’exercices écrits, notes explicatives et mots du lexique traduits
Techniques : lecture, explication des mots, traduction, exercices d’analyse et
d’accords, thème/version

Méthode directe :
Objectif : « Faire entendre » la langue, amener ensuite l’élève à parler
Contenus : Vocabulaire quotidien, courant
Grammaire descriptive, pointilliste
Thèmes : description de stéréotypes culturels
Matériel : textes fabriqués à des fins d’apprentissage, tableaux grammaticaux suivis
d’exercices écrits, « images-situation » à valeur explicative illustrant les textes
Techniques : on montre les objets de la classe ou des images, exercices d’analyse
grammaticale, importance de la phonétique

Méthodes audio-visuelles situationnelles :


Objectif : parler en situation comme un natif, apprendre ensuite à s’exprimer par écrit
Contenus : Vocabulaire concret, basé sur la fréquence et la rentabilité
Grammaire structurale, distributionnelle, progression basée sur la
rentabilité et la facilité
Thèmes : vie quotidienne des Français
Matériel : dialogues fabriqués, exercices et tableaux structuraux, films fixes ou
figurines au tableau de feutre, bandes enregistrées (correspondant aux films)

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Techniques : importance des moments de la classe : présentation, mémorisation,
exploitation, réemploi ; passage à l’écrit décalé par rapport à l’introduction de l’oral

Approches communicatives :
Objectif : Centrer l’enseignement sur les besoins et les motivations de l’apprenant,
créer une compétence de communication en donnant la maîtrise d’un certain nombre d’actes
de parole et de fonctions du langage
Contenus : Vocabulaire en fonction des nécessités de la communication et des
objectifs envisagés
Grammaire notionnelles, basée sur le sens (sémantique et énonciation) ;
progression fonctionnelle correspondant aux nécessités de la
communication.
Thèmes : liés aux données anthropologiques des civilisations
Matériel : documents déclencheurs de différents types, textes authentiques ou
réalistes : sonores, visuels, scripto-visuels, écrits ; utilisation de documents médiatiques
Techniques : exercices pragmalinguistiques, activités d’animation (jeux de rôles…),
exercices de créativité, résolutions de « tâches », exécution de réalisations concrètes

La DLE reste une discipline en voie de constitution dans un domaine du savoir humain
qui est encore mal connu et mal structuré.

1 DIDACTIQUE DES LANGUES ET SCIENCES DU LANGAGE

Grammaire et linguistique
La linguistique est l’étude scientifique du langage. Elle se fonde sur une démarche
objective, descriptive et explicative de la structure et du fonctionnement des langues
naturelles humaines. Elle se distingue ainsi de la grammaire (descriptive et normative) ; la
philosophie du langage (hypothèses métaphysiques, biologiques, psychologiques sur
l’origine, le fonctionnement, la signification anthropologique possibles du langage).
La linguistique structurale étudie tous les faits de langue, sans se cantonner
exclusivement à ceux relevant du « bon usage » ; aborde la langue parlée, alors que le
grammairien privilégie la langue écrite (que l’on pense aux citations des auteurs classiques
pour justifier telle règle grammaticale) ; étudie la langue en synchronie, c’est-à-dire à un
moment donné, sans se préoccuper de l’évolution qui a pu conduire à cet état (diachronie).
L’hypothèse étant que la langue ainsi étudiée forme un tout structuré dont le fonctionnement
peut s’expliquer de l’intérieur ; dégage des unités linguistiques à différents niveaux, en décrit
la structure et le fonctionnement, montre les liens de hiérarchie, de solidarité et d’opposition
qu’elles entretiennent avec les autres unités du système.

La DFLE et les SDL


Pour P. Martinez (1998), le substantif didactique recouvre « un ensemble de moyens,
techniques et procédés qui concourent à l’appropriation, par un sujet donné, d’éléments
nouveaux de tous ordres, parmi lesquels il faut discerner : des savoirs linguistiques […], c’est-
à-dire les éléments et les règles de fonctionnement de la langue ; des compétences
communicatives, ou savoir-faire, des moyens d’agir sur le réel (manières d’ordonner,
d’approuver, de se présenter, d’informer…) ; une manière d’être, des comportements
culturels, souvent indissociables de la langue, car inscrits dans la langue même : par exemple,

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dans toutes les langues, la ritualisation des échanges prend des traits linguistiques spécifiques
(demande, paroles apparemment inutiles, formes de politesse), correspondant à des valeurs ».

LA DIDACTIQUE DU FRANÇAIS LANGUE ETRANGERE (DFLE) ET LES


LINGUISTIQUES DU SYSTEME DE LA LANGUE

1. LE STRUCTURALISME – DEFINITION ET PRINCIPES


La publication en 1916 du Cours de linguistique générale par les disciples du linguiste
genevois Ferdinand de Saussure marque les débuts du structuralisme.

Principes généraux du structuralisme


Le linguiste travaille sur un corpus qui est la manifestation matérielle de la
compétence linguistique d’un ou de plusieurs individus. Le fonctionnement d’une langue
dépend en effet de règles que les locuteurs appliquent individuellement sans avoir une
conscience explicite du système dont elles dépendent.
Pour décrire ce système et en dégager les règles de fonctionnement, le linguiste
observe tout d’abord les comportements linguistiques. En cela, la linguistique est une science
empirique. Mais elle est également une science théorique ; sur la base de ses observations, le
linguiste construit une théorie ou un modèle destinés à expliquer le fonctionnement de la
compétence linguistique. Il doit par conséquent : observer attentivement des manifestations
linguistiques concrètes ; les décrire avec un maximum de détails ; construire, à partir des faits
observés, des hypothèses, règles et lois.
Le linguiste étudie la langue. Son objectif est de faire l’inventaire de ses unités
constitutives et d’en dégager les règles de fonctionnement à différents niveaux de structures
(phonologiques, morphologiques, syntaxiques). La linguistique structurale est toujours
taxinomique.
Pour cela, il faut travailler sur ce qui est commun aux usagers d’une langue donnée. La
langue est sociale et indépendante de l’individu. La parole, au contraire, est la partie
individuelle de la langue. Elle est soumise à diverses variations (régionales, idiosyncrasiques,
etc.). Son étude reste secondaire tant que les règles générales du fonctionnement de la langue
ne sont pas établies et inventoriées.
La langue permet aux individus de transmettre des messages grâce à une unité
psychique, inscrite dans l’inconscient des sujets, que Saussure appelle signe. Le signe
linguistique se compose d’un signifiant (noté Sa), directement perceptible –par l’oreille, par
l’écriture – et d’un signifié (noté Sé), accessible à travers le signifiant, et correspondant à un
concept présent en mémoire. Sa et Sé sont indissociables, l’un ne fonctionne pas sans l’autre.
Le linguiste structuraliste privilégie l’étude synchronique, soit l’état d’une langue à un
moment donné, à l’étude diachronique, soit l’évolution et le devenir de cette langue. En effet,
les sujets parlants ignorent tout des lois d’évolution de leur langue et ils obéissent aux
contraintes des structures linguistiques de leur époque.
La langue est un système. Elle est composée d’unités de différents niveaux (rangs).
Chaque unité est définie par les relations qu’elle entretient avec les autres unités et l’ensemble
du système. Chaque unité se définit par les rapports de hiérarchie, de solidarité et d’opposition
par rapport à toutes les autres unités. « Dans la langue, il n’y a que des différences » disait
Saussure.
Pour certaines écoles relevant du structuralisme, la langue présente un caractère
immanent : elle doit être étudiée pour elle-même. Le système linguistique est un système

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fermé où tous les rapports sont de dépendance interne. Il convient donc d’étudier uniquement
des énoncés. Tout ce qui relève de la situation de communication ou de l’intention du locuteur
est « extralinguistique » et se situe en dehors du domaine de l’analyse structurale.
La langue est envisagée comme un code linguistique, soit un système conventionnel
(admis par tous) de symboles et de règles permettant de produire et de transmettre un message
à un interlocuteur possédant le même code. C’est pour cela que certains linguistes
structuralistes dépassent le principe de l’immanence et considèrent qu’une langue naturelle est
un système de communication par excellence. Le locuteur utilise un système restreint de
signes vocaux – phonèmes -. La combinaison des morphèmes en « mots » engendre des
syntagmes qui se combinent en phrases. Ces linguistes considèrent que la fonction première
de la langue est de permettre la transmission de messages oraux entre les membres d’une
même communauté linguistique.

Aperçu de la méthode de travail en linguistique structurale


Nous nous fondons sur l’analyse distributionnelle. Les différentes unités linguistiques
d’une langue : s’ordonnent successivement sur l’axe syntagmatique ; sont discrètes ; sont en
nombre fini ; entrent dans des systèmes d’oppositions sur l’axe paradigmatique.
L’identification des unités linguistiques se fait grâce au test de commutation qui repose
sur les deux opérations de segmentation et de substitution.
Les phonèmes sont des unités sonores ayant un signifiant mais pas de signifié. Le test
de commutation sur l’axe paradigmatique permet de dégager des unités discrètes. Au terme de
l’analyse, on dégage le nombre de phonèmes d’une langue. Ces phonèmes sont en nombre fini
(autour d’une quarantaine d’unités pour la plupart de langues). La succession des phonèmes
sur l’axe syntagmatique, selon les règles propres de telle ou telle langue, permet de former les
unités de rang supérieur, les morphèmes.
On distingue : les morphèmes lexicaux ou lexèmes, qui ont un sens plein (signifié très
riche) et font partie du lexique de la langue ; morphèmes grammaticaux qui font partie de la
grammaire et ont un signifié très pauvre. Le morphème peut être un mot simple ou un affixe.
Un mot simple peut apparaître seul et fonctionne comme un morphème « libre ». L’affixe, par
définition, n’apparaît jamais seul et a un statut de morphème dépendant ou « lié ». Le test de
commutation permet d’identifier les différents morphèmes. D’autre part, tous ces segments se
retrouvent dans d’autres mots, chacun avec leur sens. Toutes ces unités composant les mots
ont une valeur significative. Ce sont des morphèmes. L’analyse distributionnelle permet
d’isoler et de classer tous les morphèmes constituant un syntagme ou une phrase. La méthode
peut aussi s’appliquer aux unités significatives non minimales, ce qui permet de voir les
substitutions s’opérant entre un morphème et un syntagme.

Si l’arbre est lu de haut en bas, la hiérarchie des constituants de la phrase va de


l’unité supérieure P (P = >Phrase) aux unités plus petites. Si la lecture de l’arbre s’effectue de
bas en haut, elle permet de dégager progressivement les relations syntagmatiques entre les
éléments, c’est-à-dire les groupes d’éléments formant des unités syntaxiques. Ceci établit
qu’une phrase n’est pas une suite linéaire de mots, mais est constituée d’une hiérarchie de
groupes syntaxiques s’emboîtant les uns dans les autres pour former des groupes de plus en
plus étendus convergeant vers l’unité maximale P.

2. LES APPORTS DU STRUCTURALISME A LA DFLE

Le méthodologue privilégie la notion de structure qui, en tant qu’agencement interne des


unités linguistique, lui fournit un matériau fiable pour la conception et l’exploitation du cours.

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Il puise ce qui lui paraît le plus pertinent dans les théories et les modèles qui sont à sa
disposition.
Les orientations de la linguistique appliquée à la pédagogie des langues
La langue est un système de signes vocaux dont la fonction principale est d’être
un outil de communication entre les membres d’une communauté donnée.
Partant de ce principe, les dialogues constituent l’unité de base des MAV. Les élèves
sont les témoins d’échanges linguistiques dans la langue cible. Les personnages de la méthode
sont toujours plongés dans des situations de la vie réelle (la scène se passe à la maison, au
bureau, à l’école, à la poste, à la boulangerie…). Le dialogue est présenté grâce à un
enregistrement et à une succession d’images sur film fixe ou diapositives. L’image aide les
élèves à interpréter la situation et à faire le lien avec la séquence sonore correspondante
présentée par le truchement du magnétophone. Les diverses séquences d’une leçon audio-
visuelle correspondent à un balisage précis. La progression des MAV est bien calibrée et va du
plus simple vers le plus compliqué. Elle se fonde notamment sur le français fondamental.
L’élève construit peu à peu sa compétence linguistique de manière déductive par un jeu
d’essais erreurs qui va se raréfiant. En effet, le professeur lui soumet des structures
linguistiques que l’élève s’approprie graduellement. Les concepteurs de méthodes évitent
soigneusement tout recours à la traduction.
Les partisans des MAV recommandent donc de privilégier au maximum
l’apprentissage de l’oral et de bien former l’oreille de l’élève aux spécificités sonores de la
L2. Ce sont les débuts de la méthode verbo-tonale d’intégration phonétique qui donne
effectivement de bons. Le passage à l’écrit ne sera entrepris qu’au bout de quelques dizaines
d’heures, quand la surdité phonologique de l’élève aura été entamée et qu’il sera plus à l’aise
pour se mouvoir dans le paysage sonore de la langue étudiée.

Les années 60 marquent la très grande vogue des exercices structuraux. Leur
principe est de présenter tel phénomène grammatical non pas de façon isolée, mais à
l’intérieur d’une phrase complète à l’intérieur de laquelle il se réalise naturellement.
L’importance du contexte est ainsi soulignée. Il existe de nombreuses variantes d’exercices
structuraux : répétition, simple ou avec addition d’un ou de plusieurs éléments ; substitution,
celle-ci peut porter sur des mots ou des groupes de mots plus ou moins longs ; transformation,
celle-ci permet de passer d’une structure simple à une structure complexe, ou le contraire.
Les exercices structuraux sont basés sur une procédure ternaire stimulus – réponse
– renforcement. Il y a là un risque de conditionnement. Ces exercices favorisent le contexte
linguistique mais paraissent artificiels et peu vraisemblables, d’où un risque de démotivation
et de rejet. Les comportements verbaux des apprenants sont très différents de leurs
comportements verbaux naturels.

LA DIDACTIQUE DU FRANÇAIS LANGUE ETRANGERE ET LES


LINGUISTIQUES DE LA COMMUNICATION

1. LINGUISTIQUE ET COMMUNICATION

Le paysage linguistique se modifie profondément dans le courant des années 60. La


fonction centrale du langage est la fonction de communication. Celle-ci permet à un locuteur
A de transmettre un fait d’expérience à un locuteur B en utilisant des unités sémiologiques du
code de la langue. Le schéma de Jakobson (1963) est très représentatif de cette époque.
L’émetteur ou destinateur envoie le message ; le récepteur ou destinataire réceptionne le
message ; le message est l’objet de la communication. Il est constitué par le contenu des
informations transmises ; le canal est la voie de communication du message ; le code est un

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ensemble de signes et de règles de combinaisons de ces signes ; le destinataire identifie le
système de signes (opération de décodage) si son répertoire est commun avec celui du
destinateur.
Le référent est constitué par le contexte, la situation, les objets réels auxquels
renvoie le message. Les signes d’un code sont arbitraires et il faut les apprendre. Mais ils
renvoient à des réalités vécues, imaginaires ou conceptuelles.
L’apport de Jakobson à ce modèle est la mise en évidence de six fonctions,
chacune étant centrée sur un élément :
- la fonction référentielle (appelée aussi cognitive ou dénotative) est centrée
sur le référent.
- La fonction expressive (ou émotive) est centrée sur l’émetteur.
- La fonction conative (venant du mot latin signifiant « faire un effort ») est
centrée sur le récepteur dont il faut attirer l’attention car il doit se sentir
directement concerné par le message.
- La fonction phatique (venant d’un mot grec signifiant « parler ») est centrée
sur le canal. Elle permet de conserver le contact physique (ou
psychologique) avec le destinataire.
- La fonction métalinguistique concerne le code. Elle permet de définir des
termes ignorés du récepteur.
- La fonction poétique est centrée sur le message. C’est une fonction liée à la
vision esthétique que l’on a de la langue (poésie, discours oratoire).

L’émergence de la sociolinguistique
Les travaux des sociolinguistes américains furent très vite diffusés en France,
notamment en raison des liens qui unissaient A. Martinet, chef de file de la linguistique
fonctionnelle française, et W. Labov, figure de proue de la sociolinguistique américaine.
Cette discipline ne se présente pas comme un tout cohérent ; elle n’est pas unifiée du
tout et n’est pas unifiable.

L’ethnographie de la communication
Ce courant interactionniste nord-américain d’inspiration anthropologique apparaît au
début des années 60 à partir des travaux de J. Gumperz et D. Hymes. L’objectif est de
constituer la communication en système culturel. Le domaine de recherches concerne l’étude
comparative des comportements communicatifs dans diverses sociétés. Elle met à
contribution la linguistique, l’ethnologie et la sociologie. L’unité d’analyse n’est pas la phrase,
mais l’acte de parole. Pour observer et décrire cette situation de communication, le chercheur
a besoin d’une grille inventoriant un arsenal de catégories déterminées à l’avance. C’est le
modèle SPEAKING que Hymes propose en 1967.
S = Setting (cadres) : physique (temps et lieu) et psychologique
P = Participants : Destinateur, destinataire, autres actants présents, avec leurs
caractéristiques socio-culturelles
E = Ends (finalités) : but ou intention de l’activité de communication, son résultat
A = Acts (actes) : thèmes et forme du message
K = Key (tonalité) : « ton » sur lequel se déroule l’activité de langage (sérieux,
détendu…)
I = Insrumentalities (moyens de communication) : canaux (direct, indirect), et codes
(visuel, proxémique)
N = Norms (habitudes, normes) : d’interaction et d’interprétation selon les
présupposés socio-culturels
G = Genre : conversation, conférence, récit…

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L’ambition est de montrer toutes les facettes du savoir que les interactants mettent en
œuvre pour que la communication s’établisse et se poursuive avec succès. Ce savoir
est appelé par Hymes compétence de communication. Elle inclut la compétence de
Chomsky (la « grammaire intériorisée » du locuteur).

Statut et rôle des interlocuteurs pendant l’interaction


L’interaction entre deux individus doit satisfaire à plusieurs conditions pour que la
communication soit un succès. Les locuteurs doivent :
- avoir en commun un certain nombre de valeurs et de croyances ;
- accepter un certain nombre de normes communes ;
- s’engager dans l’échange en le gérant de telle sorte que l’interaction se
poursuive avec un minimum de risques.
Pour Goffman, les interactants sont en fait des acteurs qui exhibent une image d’aux
mêmes. Ils font out pour ne pas perdre la face. Le statut d’une personne dépend d’un
ensemble de positions sociales : âge, sexe, métier, position familiale, religieuse, politique…
constituant autant d’attributs sociaux. Telle relation active tel statut. Le rôle est l’ensemble des
modèles culturels associés à un statut donné. On distingue des rôles institutionnels, qui sont
stables et des rôles discursifs, qui sont occasionnels et dépendent de la situation d’interaction.

L’importance du contexte et de la situation pour le locuteur


Le contexte est pour le linguiste l’environnement d’une unité linguistique données :
phonème, morphème, mot, phrase. Mais ce terme est souvent appliqué à tout l’environnement
non linguistique (extralinguistique). Il renvoie alors au contexte situationnel, social ou
culturel. La situation est à l’origine un terme qui désigne tout ce qui est extralinguistique
(cadre spatio-temporel). C’est l’équivalent du contexte situationnel.

2. LES LINGUISTIQUES DE LA COMMUNICATION

L’énonciation et la pragmatique
L’énonciation est d’inspiration néo-structuraliste européenne. Elle est marquée par les
travaux de Jakobson et de Benveniste. Ce dernier la définit comme « la mise en
fonctionnement de la langue par un acte individuel d’utilisation »
La pragmatique s’inscrit dans une tradition anglo-saxonne issue des travaux
d’Austin, de Searle et de Grice. On peut distinguer 4 orientations principales de recherches :
- la théorie des actes de langage ;
- l’étude du « non dit » (présupposés, sous-entendus) ;
- l’argumentation ;
- l’analyse conversationnelle.

L’analyse du discours et l’analyse conversationnelle


Vers la fin des années 70 apparaissent deux autres courants linguistiques : l’analyse du
discours et l’analyse conversationnelle.
Ces deux courants ont en commun :
- de s’intéresser au discours oral et plus spécifiquement à l’analyse des
conversations naturelles ;
- d’analyser l’organisation séquentielle des conversations en s’intéressant aux
principes, normes et règles qui en assurent la cohérence ;
- de faire référence à une logique des actions.

Ces deux approches diffèrent :

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- de par leur domaine de référence. L’analyse de discours relève de la
linguistique formelle à laquelle elle emprunte sa méthodologie et son
épistémologie. L’analyse conversationnelle se réclame de la sociologie de
Goffman et Sacks (ethnométhodologie) ;
- l’analyse du discours se fonde sur une syntaxe du discours déterminée par des
catégories ou unités discursives qui se succèdent selon un ensemble de règles.
L’analyse conversationnelle s’intéresse aux règles de séquentielle permettant
aux participants d’un échange d’ajuster leurs tours de parole ;
- l’épistémologie de l’analyse de discours est hypothétique-déductive, celle de
l’analyse conversationnelle est empirique et inductive.

3. LA DFLE ET LES LINGUISTIQUES DE LA COMMUNICATION


DFLE ET PSYCHOLOGIE

La compétence de communication
Hymes désigne sous ce nom « la connaissance des règles psychologiques, culturelles
et sociales qui commandent l’utilisation de la parole dans un cadre social ». La compétence
communicative [C] est le point de convergence de quatre éléments (1/ moyens de la parole –
moyens verbaux mis en œuvre - ; 2/ voix – capacité des locuteurs, savoir + maîtrise,
compétence linguistique + compétence individuelle - ; 3/ attitudes, valeurs, croyances et
opinions du groupe étudié ; 4/ économie de la parole – normes interactionnelles + conduites
sociales attendues-).
S. Moirand a donné une présentation « didactisée » de la compétence de
communication : Connaissance et appropriation :
 Composante linguistique, les modèles :
- phonétiques
- lexicaux
- grammaticaux
- textuels
 Composante discursive : des différents types de discours et de leur organisation en
fonction des paramètres de communication dans lesquels ils sont produits et
interprétés
 Composante référentielle : des domaines d’expérience et des objets du monde et de
leurs relations
 Composante socioculturelle :
- des règles sociales et des normes d’interaction entre les individus et les
institutions
- de l’histoire culturelle et des relations entre les objets sociaux

La prise en compte de l’énonciation


Parler est une activité tellement banale qu’on oublie que cet acte suppose
d’effectuer en amont toute une série d’opérations de type logique.
Une situation d’énonciation suppose un énonciateur et un co-énonciateur.
L’énonciateur prend en charge l’énoncé à un moment donné et dans un lieu donné. La formule
MOI – ICI – MAINTENANT sert de repère à l’énoncé.
Le signifié (Sé) des mots renvoyant au cadre de l’énonciation contient une variable qui
en est l’auteur. Autrement dit, ces mots n’ont de sens qu’en rapport avec les circonstances de
l’énonciation.

Les actes de langage

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La théorie des actes de langage est à l’origine de la pragmatique linguistique. Elle a été
élaborée par deux philosophes du langage, Austin et Searle. Le postulat des actes de langage
est dire, c’est faire. Armengaud observe que la théorie des actes de langage « est une étude
systématique des relations entre les signes et leurs interprètes. Il s’agit de savoir ce que font
les interprètes-usagers, quels actes ils accomplissent par l’usage de certains signes. »
Dans l’optique des AL, le message est un moyen d’agir sur le destinataire, en fonction
de la situation de communication, de certaines normes (culturelles, sociales) et des relations
entre les interlocuteurs. Certains actes sont directs, d’autres sont indirects.
Un acte de langage a une valeur : locutoire, illocutoire, perlocutoire. Searle établit une
taxonomie des actes illocutoires et distingue cinq types différents : 1. Représentatifs, 2.
Directifs, 3. Commissifs, 4. Expressifs, 5. Déclaratifs.
Les actes de communication des années 80 sont entièrement tournés vers la
compétence de communication. Ils rejètent l’approche structuraliste. Ils ont pour objectif de
permettre aux apprenants non plus de forger des phrases mais de comprendre et de produire
des discours. Les actes de langage deviennent la référence comme unité minimale
d’enseignement.

LES APPORTS DE LA PSYCHOLOGIE A LA DIDACTIQUE DU FRANÇAIS


LANGUE ETRANGERE

1. LES COURANTS PSYCHOLOGIQUES ANTERIEURS AU COGNITIVISME

La DFLE scientifique qui émerge au tout début des années 60 est influencée par les
théories psychologiques dominantes à l’époque que sont le béhaviorisme (théorie du
comportement) et le gestaltisme (théorie de la forme).

Le béhaviorisme
Le béhaviorisme apparu aux Etats-Unis au début du XXème siècle domine toute la
psychologie jusqu’à la fin des années 50. Le principe de base de cette école est de se limiter
aux choses qui peuvent être observées et de formuler des lois concernant ces choses
uniquement. Les observables objectifs apparaissant dans l’univers matériel constituent des
comportements qui sont l’objet même de l’étude béhavioriste. Le langage est lui-même
considéré comme un comportement et analysé comme tel.
Le béhaviorisme stipule que l’individu est influencé par son environnement. Un
événement défini de l’environnement appelé stimulus (S) produit, provoque ou déclenche la
réponse ®. Cette réponse est un comportement. Les phénomènes psychologiques peuvent
s’expliquer à partir de comportements réflexes de type S – R.
Skinner réinterprète le principe de l’apprentissage par essais et erreurs et la loi de
l’effet. Il insiste sur le renforcement qui doit suivre immédiatement toute réponse. Le
renforcement s’effectue par la triade stimulus – réponse – corrigé. Le renforcement est
également dû aux paroles d’encouragement du professeur. La satisfaction que ressent l’élève
auprès une bonne réponse le conduit à adapter son comportement à d’autres réponses
possibles dans des contextes différents. La privation de récompense (de félicitation) en cas de
réponse erronée l’amène à persévérer dans ses efforts pour être à nouveau gratifié par des
encouragements.
Skinner ne s’intéresse qu’à l’aspect extérieur du comportement verbal. Il rejette
délibérément toute référence à la signification ou à l’intention du sujet parlant. Il considère
inutile de définir des unités linguistiques. Skinner a une conception très mécaniste de
l’apprentissage. Il insiste sur la formation d’habitudes. Il s’est fait le champion de
l’enseignement programmé. La matière enseignée se fait par courtes étapes. Chaque étape

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donne une nouvelle information et amène l’élève à produire une réponse. L’étape suivante
indique à l’élève la réponse qu’il fallait fournir. Cette vérification correspond au
renforcement. Pour que ce dernier soit efficace, l’élève est orienté pour fournir la bonne
réponse. La progression est de ce fait très balisée et très lente. On comprend que les exercices
structuraux constituent un aspect fondamental de l’apprentissage d’une L2.

Les MAO apparaissent aux Etats-Unis pendant la Deuxième Guerre Mondiale. Ces
méthodes déferlent en France dès la fin des années 50. Elles se fondent sur une étude
contrastive entre la L1 et la L2 et prennent en compte les aspects liés à la culture. Elles sont
dominées par les conceptions béhavioristes de l’apprentissage. Girard (1974) en recense 17
points :
« 1. La langue parlée avant la langue écrite.
2. Mémorisation des phrases fondamentales (basic sentences) de la conversation.
3. Pattern practice pour créer des habitudes linguistiques.
4. Acquisition du système des sons par la pratique.
5. Limiter le contenu lexical, surtout au début.
6. Enseignement des « problèmes »
7. Décalage entre oral et écrit
8. Prévoir une progression dans l’enseignement des différents patterns.
9. Pratique de la langue plutôt que traduction.
10. Enseigner une langue authentique
11. Favoriser la pratique plutôt que la théorie
12. Aider l’élève à formuler ses interventions
13. Vitesse et style de la langue authentique doivent caractériser le « produit fini » dans toute
intervention d’élève.
14. renforcement immédiat, en indiquant tout de suite à l’élève si sa réponse était correcte,
suivant les principes béhavioristes de Thorndike et Skinner.
15. Créer une attitude sympathie pour la culture étrangère suivant les recommandations de W.
Lambert.
16. Enseigner le contenu culturel de la langue étrangère tel qu’il apparaît dans le ou les pays
où cette langue est parlée.
17. Penser à enseigner efficacement plutôt qu’à plaire ou à distraire. (« Ce principe part du
fait que les classes les plus amusantes ne sont pas toujours les plus efficaces. ») ».

Le gestaltisme
La théorie de la forme, souvent désignée par son appellation allemande gestaltthéorie,
s’est développée en Allemagne entre les deux guerres. L’individu n’assimile pas les
informations passivement ; il est actif et structure les situations en construisant des formes.
Dans tout acte mental, le sens émerge de la perception de la totalité de la situation.
Le SGAV s’est particulièrement intéressé à la théorie de la forme et aux phénomènes
de perception. La perception est au cœur de la méthode verbo-tonale d’intégration phonétique
qui fait partie intégrante de la méthodologie SGAV. R. Renard conclut en observant : « Tout
ceci souligne le caractère global de l’audition, la complexité du phénomène au niveau du
cerveau, et, d’une manière générale, l’aspect incontrôlé, inconscient du processus perceptif »
(1979).
La perception est une activité complexe combinant trois caractères : dynamique,
productif et prédictif. Le sujet qui perçoit génère des activités cognitives qui sont :
- globalisantes, car elles prennent en compte l’environnement comme système
relationnel.

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- anticipatrices, car l’environnement présente des régularités qui sont mieux
reconnues au fur et à mesure que l’expérience du sujet se développe.
- structurantes, le sujet élaborant progressivement un nouveau système de
formes.

Dès la fin des années 50, les thèses béhavioristes relatives au langage sont vivement
contestées. Le gestaltisme s’essouffle également. La psychologie est fortement influencée par
la théorie de l’information. Ce qui passe dans la « boîte noire » est de plus en plus souvent
envisagé comme une sorte de traitement de l’information. Le langage n’échappe pas à ces
analyses.

2. L’AVENEMENT DE LA COGNITION

La cognition, selon l’acception courante, est le processus d’acquisition de


connaissances. L’apprentissage est essentiellement une activité de traitement de l’information,
celle-ci pouvant être sensorielle, cognitive, sociale ou affective. Ces connaissances peuvent
être de trois ordres :
- les connaissances déclaratives correspondent aux savoirs ;
- les connaissances procédurales correspondent aux savoir-faire ;
- les connaissances conditionnelles correspondent aux savoir-être.

S’intéresser à la façon dont l’apprenant accède à la connaissance et gère ses différents


savoirs conduit également l’enseignant à aborder les stratégies assurant la réussite dans
certaines tâches d’apprentissage. Les stratégies sont des démarches conscientes mises en
œuvre par l’élève afin de faciliter l’acquisition, le stockage (ce qui ne garantit pas le rappel) et
la récupération (exacte ou erronée) de telle ou telle information.

Les sciences cognitives


La cognition peut être définie par l’ensemble des activités qui découlent du
fonctionnement cérébral chez l’homme et chez l’animal : sensori-motricité, perception,
langage, apprentissage, mémoire, représentation des connaissances, décision et raisonnement,
planification, coordination motrice… Les sciences cognitives, ou sciences de la cognition, -
ces dénominations sont apparues au milieu des années 70 – ont pour objet de décrire,
d’expliquer et éventuellement de stimuler les principales dispositions et capacités de l’esprit
humain.
Les résultats obtenus se fondent sur des faits observables qu’il est possible de vérifier
et de reproduire à partir de procédures rigoureusement codifiées. Les investigations portent
toujours sur un aspect très local et très spécialisé du fonctionnement cognitif.
Les sciences cognitives sont nées dans les années 50-60, dans un contexte très
fortement marqué par la naissance de l’informatique et la théorie du traitement formel de
l’information. La plupart des modèles du traitement de l’information se présentent sous
formes d’étapes de traitement traitées chronologiquement. Certains modèles préconisent un
traitement sériel où chaque étape doit être terminée avant de passer à l’étape suivante.
D’autres considèrent que l’information circule dans les deux sens.
Le registre sensoriel d’information permet le stockage très bref de l’information dans
sa forme sensorielle, c’est-à-dire originelle. L’attention joue le rôle de filtre et constitue une
étape de sélection. Le filtre détermine la quantité d’information pouvant être reconnue à un
moment donné et l’étape de sélection limite la quantité de matériel qui peut être entrée dans la
mémoire. La mémoire à court terme (MCT) est celle qui est activée pendant le traitement de
l’information, d’où le nom de mémoire de travail. Ses capacités de stockage et de rétention

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sont très limitées en l’absence d’attention volontaire envers son contenu. La mémoire à long
terme (MLT) a une capacité sans limite et préserve l’information de quelques minutes à une
vie entière. La qualité de la réponse dépend de la comparaison entre l’information traitée en
MCT avec les connaissances inscrites en MLT.
Toutes les étapes jusqu’à la sélection des formes reconnues sont l’œuvre de processus ou
traitements de bas niveau (ascendants). Ces derniers sont automatisés et très rapides. Ils ne
mobilisent pas les ressources de l’attention, leur coût cognitif est donc négligeable. Il s’ensuit
que plusieurs traitements de bas niveau peuvent fonctionner en parallèle : codage
phonologique, segmentation syntaxique, accès lexical. Les capacités attentionnelles
concernant l’interprétation du message nécessitent l’intervention de traitements de haut
niveau qui démarrent avec le traitement des informations disponibles en mémoire de travail
qui sont traitées. Ces traitements descendants sont également automatisés et très rapides. Ils
sont fonction des connaissances du sujet et des finalités de la tâche. Ils peuvent parfois faire
l’objet d’un contrôle.
La MLT n’est pas un système unitaire mais se compose de différents sous-systèmes.
 La mémoire déclarative dite encore propositionnelle, fait référence à la
connaissance que nous possédons sur des faits, des choses, des items. Elle se
subdivise en deux grands systèmes : La mémoire sémantique qui contient
l’information nécessaire à l’utilisation du langage. La mémoire épisodique est un
stock d’événements et d’expériences personnels.
 La mémoire non déclarative, également appelée procédurale (implicite) se définit
par notre connaissance sur la façon de faire des activités. Elle contient un grand
nombre d’habiletés perceptivo-motrices et cognitives.
Deux grandes approches caractérisent les sciences cognitives : le cognitivisme et le
connexionnisme. Il existe plusieurs modèles issus de ces approches.

Le cognitivisme
Le cognitivisme est apparu au début des années 60. Il conçoit la cognition comme un
calcul sur des représentations internes ou mentales.
Il existe deux sortes de représentations. Elles peuvent être physiques quand l’objet est
perçu ou mentales quand l’objet est pensé présentant plusieurs caractéristiques :
- elles ne sont pas directement accessibles à l’observation ;
- elles correspondent à des structures porteuses d’informations ;
- elles sont disponibles en mémoire à long terme et coïncident avec
une connaissance
- quand un processus activateur les mobilise, elles passent en
mémoire de travail.
Les représentations sont des constructions qui dépendent des circonstances. Par
conséquent, elles sont précaires car tout changement dans la situation peut provoquer leur
modification, transitoires : elles sont remplacées par d’autre représentations une fois la tâche
achevée.
Les modèles cognitivistes sont fondés sur les principes de modularité et de traitement
sériel de l’information. Pour Fodor (1983), l’équipement cognitif est constitué de structures
modulaires étroitement spécialisées dans le traitement, du début à la fin du processus, d’un
type déterminé d’information : chaque module ainsi défini ne peut traiter qu’un seul type
d’information, principe connu sous le nom d’encapsulation.

Le connexionnisme
Le connexionnisme émerge vers la fin des années 70. Il se présente comme un
ensemble de méthodes de simulation et de modélisation de toute une variété de processus

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cognitifs ou neurocognitifs dans les domaines de la perception, de la reconnaissance et de
l’apprentissage. Ces modèles sont basés sur des mémoires décrites comme de vastes réseaux
d’unités de traitement en inter-connexion totale ou partielle. Ces modèles sont également
appelés neuromimétiques ou de réseaux de neurones. Sera réputée connexionniste, au sens
très large, toute approche qui souscrit à trois critères fondamentaux :
- utilisation de réseaux non spécifiques d’unités et de voies générales plutôt
que de « chemins » réservés.
- Définition de la structure activée en fonction des caractéristiques des entrées.
- Acquisition de « connaissances » sous forme d’apprentissages, de
familiarisations, et d’émergence fonctionnelle de réseaux spécifiés
réutilisables dans les mêmes conditions.
Différences fondamentales entre les deux conceptions de l’étude de la cognition :
- Traitement sériel pour le symbolisme ; pour le connexionnisme, il y a
traitement parallèle.
- Modularité pour le cognitivisme ; réseau distribué pour le connexionnisme.
- Computationnisme pour le cognitivisme ; niveau sub-symbolique pour le
connexionnisme.

La psycholinguistique
La psycholinguistique étudie les processus cognitifs à l’œuvre dans le traitement du
langage : perception, production, compréhension, acquisition). L’émergence de cette
discipline à la fin des années 50 est due à la triple influence :
- de la grammaire générative et transformationnelle de Chomsky dont les
propositions peuvent être succinctement résumées en cinq points exposés par
Gadet :
1. Existence d’un système inné d’acquisition du langage
2. Existence d’une structure de surface qui est la structure
grammaticale actuellement utilisée par le locuteur
3. Référence à une structure profonde conçue comme organisatrice de
la production de sens.
4. Les universaux linguistiques sont les éléments communs à tous les
langages, il s’agit en particulier de la phonologie et de la syntaxe.
5. La grammaire transformationnelle permet aux éléments de discours
d’être transformés en significations
- de la biologie du langage ;
- de la psychologie cognitive.

La perception du langage
La parole entendue présente plusieurs propriétés :
- c’est un signal sonore continu ;
- c’est un signal sonore présentant une extrême variabilité en fonction
du sexe de l’émetteur, de son âge, de son origine géographique.
Malgré cette hétérogénéité de surface, l’auditeur extrait des unités
significatives ;
- L’identification d’un mot prononcé n’est possible qu’à la fin de la
séquence de sons qui le composent ;
- Comprendre une phrase suppose que l’on effectue une mise en
relation entre le sens des mots et les relations syntaxiques qu’ils
entretiennent.

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Keller propose un modèle général de la réception du langage, où la place est donnée au
contexte pragmatique – importance des facteurs non verbaux lors de l’échange communicatif.
1/ L’étape de la perception concerne chaque modalité avec une perception passive des
indices dans les registres d’information sensorielle et une perception catégorielle.
La catégorisation ne présente que des avantages, comme le mentionne S. Reed
(1999) :
- elle réduit la complexité de l’environnement.
- c’est un moyen d’identification des objets du monde.
- elle permet de décider ce qui constitue une action appropriée.
- elle permet de relier des classes d’objets et d’événements.
2/ L’étape de compréhension se compose de trois ensembles de processus au moins,
qui fonctionnent en parallèle :
- le processus de compréhension lexicale permet d’identifier le sens
des différents mots composant l’énoncé ;
- le processus de compréhension syntaxique et morphologique assure
la correspondance grammaticale entre les différents termes de
l’énoncé ;
- le processus de compréhension prosodique identifie les éléments
d’emphase et de mode de communication sous-jacente à l’énoncé.

La production du langage
Parler est une activité tellement naturelle qu’elle semble banale. Tout individu produit
spontanément et sans effort apparent des mots et des phrases dotés de signification, destinées
à se faire comprendre par ses interlocuteurs. Ceci reflète la nature automatisée des processus
de base du traitement du langage. Nous ne sommes absolument pas conscients de la façon
dont nous procédons.
Il est possible d’envisager la production du langage (ou plutôt la parole) comme une
série d’étapes de traitement de l’information linguistique.
Le fonctionnement de la production parolière est décrit par différents modèles
psycholinguistiques. Les chercheurs s’accordent pour considérer qu’elle se déroule en trois
étapes : une préparation conceptuelle pré-verbale suivie d’une planification verbale
conduisant à l’articulation. Il y a cependant divergence quant aux étapes du traitement de
l’information langagière. Selon les modèles, elle est traitée :
- de façon sérielle : des modules spécialisés s’emboîtant les uns dans les autres
selon une organisation strictement hiérarchique traitent chaque étape. L’étape
suivante ne débute que lorsque la précédente a été achevée ;
- en cascade : des modules fonctionnent en parallèle et délivrent des éléments
d’informations à d’autres modules situés en aval, même quand ils n’ont pas fini
de traiter celle dont ils sont en charge ;
- en parallèle : les différents aspects de l’information sont traités en même temps
et de façon interactive par les différentes composantes du système formant un
gigantesque réseau.
La première étape, dite de préparation conceptuelle, est pré-linguistique. La deuxième
étape correspond à la planification linguistique. L’étape articulatoire est d’une grande
complexité. Le sujet doit respecter toutes les lois phonologiques et prosodiques imposées par
son système linguistique. Deux autres composantes jouent également un rôle crucial lors de
cette étape :
- la variation idiosyncrasique : chaque individu a ses propres habitudes
articulatoires et prosodiques ;
- le contexte situationnel : il influence globalement la production articulatoire.

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Les gestes articulatoires donnent naissance à une onde sonore, très variable selon le
locuteur, perçue puis interprétée par l’interlocuteur.

La compréhension du discours
Plusieurs étapes jalonnent le circuit de la communication mettant en scène un sujet
parlant qui espère que son propos sera compris par le sujet écoutant.
Un énoncé est un message contenant deux sortes d’informations bien distinctes et traitées
différemment sur le plan psychologique :
- une information de surface constituant la forme du message et pouvant être
décrite objectivement en se fondant sur les structures syntaxiques et
grammaticales ;
- une information sémantique, véhiculée par la précédente et véhiculant du sens.
Le sens doit être construit par le sujet écoutant. C’est toujours une interprétation de
l’énoncé. Le processus d’inférence permet à l’auditeur d’inférer le sens voulu par le locuteur
en fonction du sens linguistique ainsi que du contexte. Une inférence est définie par D.
Sperber comme un processus qui part de prémisses et aboutit à une conclusion qui peut
fonctionner de façon consciente mais le plus souvent opère de façon automatique et
inconsciente. Le contexte fait également intervenir des connaissances d’arrière-plan, des
connaissances générales, des connaissances culturelles inscrites dans la mémoire déclarative.
Ces connaissances sont d’ordre :
- sociolinguistique, sur la situation de communication ;
- socio-psychologique, sur le producteur du message ;
- discursif, sur le type de discours concerné ;
- linguistique, sur le code utilisé ;
- référentiel, sur la thématique invoquée ;
- culturel, sur la communauté à laquelle appartient le producteur du message.
Les processus de compréhension sont décrits selon deux modèles différents.

• Le modèle sémasiologique
Ce modèle part de la forme vers le sens. Il reflète une conception modulariste du
traitement de l’information. Il comporte plusieurs étapes :
- phase de discrimination ;
- phase de segmentation ;
- phase d’interprétation ;
- phase de synthèse.
C’est donc la perception des formes qui est valorisée dans ce modèle. L’auditeur accède
au sens et le construit de façon linéaire, au fur et à mesure du déroulement du message et de
l’arrivée des informations successives contenues dans le message. L’être humain intervient
activement lors des phases successives pour reconnaître et identifier des formes auxquelles il
attribue un sens.

• Le modèle onomasiologique
Dans ce modèle, les processus de compréhension vont du sens vers les formes. Ce modèle
est d’inspiration connexionniste. Toute une série d’informations sont traitées en parallèle à
différents niveaux. Il s’ensuit qu’elles sont traitées à la fois simultanément et successivement.
Cette étape essentielle autorise le maintien de l’information, son analyse, d’éventuelles
modifications et son classement. Le traitement des informations dans le système nerveux
central se ferait selon deux modes qui se différencient, notamment, par leur vitesse : un
traitement rapide, analogique, auquel nous n’avons pas accès, et un traitement plus lent

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cognitif, qui parce que nous avons conscience des informations qu’il traite, semble être
caractéristique du fonctionnement du cerveau humain.
Chez l’adulte, au cours de la veille, les deux modes, analogique et cognitif, sont en
oscillation permanente. C’est par ces deux modes que le système nerveux central perçoit les
informations, leur donne un sens et les mémorise. L’intelligence dépendrait de trois critères :
- la vitesse et la quantité d’informations qui peuvent être traitées en mode analogique ;
- le temps pendant lequel le mode cognitif peut se maintenir ;
- les conditions qui contrôlent les oscillations entre le mode analogique et le mode
cognitif. » (1998).

Dans une situation d’écoute, l’auditeur mobilise son expérience, ses connaissances et a
des attentes (en fonction du thème de la conversation, de ce qu’il sait de son interlocuteur, des
circonstances de la rencontre). Ces attentes induisent un certain degré de prédictibilité.

• La fonction d’ancrage
Ce sont des points facilement accessibles qui permettent à l’auditeur de s’ancrer, de se
positionner. La fonction d’ancrage s’effectue à l’arrêt. Cette pause est nécessaire car l’auditeur
doit consulter l’information acquise qui se trouve dans sa mémoire à long terme.
• La fonction de repérage
Elle complète l’information de la fonction d’ancrage grâce à des explorations rapides
et nombreuses (scanning) qui vont permettre à l’auditeur de retenir des hypothèses qui seront
comparées à ses attentes perceptives, ses connaissances linguistiques et son horizon d’attente.
• La fonction de déclenchement
Le déclenchement est le résultat de toutes les forces qui s’exercent dans le système de
traitement de l’auditeur à un moment donné : celles provenant de son écoute orientée, celles
qui sont exercées de façon simultanée par les fonctions d’ancrage et de repérage. Leur
conjugaison donne naissance à ce que Lhote appelle le « Produit fini », c’est-à-dire à la
compréhension plus ou moins réussie de l’énoncé.

1/ L’auditeur établit des hypothèses sur le contenu du message :


- en se fondant sur ses connaissances générales et ses connaissances circonstancielles
en relation avec la situation de communication en cours ;
- et sur les informations qu’il tire de ce message au fur et à mesure de son
déroulement.

2/ Parallèlement, l’auditeur établit des hypothèses formelles fondées sur ses connaissances
des structures des signifiants de la langue au fur et à mesure que le message est entendu :
- structures phonématiques des signifiants lexicaux,
- structures syntaxiques.
3/ Ensuite, l’auditeur procède à la vérification des ses hypothèses. Elle s’opère par une
prise d’indices permettant de confirmer ou d’infirmer ses attentes formelles et sémantiques,
sollicitées ici de manière pratiquement simultanée.
L’opération de prise d’indices s’effectue en fonction :
- des hypothèses formelles qui balisent en quelque sorte le champ de la signification ;
- aux multiples redondances d’indices que présente le contenu du message par
rapport aux hypothèses à vérifier.

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