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François Kucab Phénomène de Reswitching et changement qualitatif In: Cahiers d'économie politique, n°1, 1974. pp.

Phénomène de Reswitching et changement qualitatif

In: Cahiers d'économie politique, n°1, 1974. pp. 131-145.

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Kucab François. Phénomène de Reswitching et changement qualitatif. In: Cahiers d'économie politique, n°1, 1974. pp. 131-145.

doi : 10.3406/cep.1974.872 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/cep_0154-8344_1974_num_1_1_872

PHÉNOMÈNE

DE

ET

CHANGEMENT

RESWITCHING

QUALITATIF

I. LE PHENOMENE DU RESWITCHING

Depuis une dizaine d'années, une polémique s'est engagée sur le fait de savoir si, en comparant des systèmes économiques avec la même technologie en équilibre de longue période, une relation inverse monotone pourrait exister entre le taux de rendement net du capital et la valeur du capital par unité de travail (1). Dans le cas néo-classique d'une fonction de production à un seul bien, des valeurs très grandes du stock de capital par unité de travail sont associées à des valeurs très faibles de la productivité marginale physique du bien capital et, en respectant l'hypothèse des prix concurrentiels des facteurs, à des valeurs très petites du taux de rendement net du capital.

Dans une économie à plusieurs fonctions de production sont régulières

pas de période de gestation du capital, la relation, habituellement supposée, existera encore entre d'une part la valeur du capital par unité de travail (exprimée en termes d'une série constante de prix relatifs des biens capitaux) et d'autre part le taux de rendement net. Cependant pour des technologies linéaires, et en tenant compte des périodes de gestation des biens capitaux (2), une telle relation n'a pas lieu d'être.

biens capitaux où les

(« smooth ») et

où il n'existe

Dès lors, quelles implications pouvons-nous en « tirer » ?

Si des comparaisons sont établies entre des économies

utilisant la

même technologie, nous pouvons donc essayer d'expliquer

les différences dans le revenu réel par tête en termes de différences

(1) Pour une revue plus détaillée de cette controverse, voir : Capital and Growth, édité par G.C. Harcourt et N.F. Laing, Penguin modern economic Readings, 1971.

Il est possible également de se reporter à l'article de G.C.

Cambridge Controversies in the Theory of Capital », Journal of Economie Literature, VII, juin 1969, pp. 369-405.

growth »,

Harcourt : « Some

(2) Voir à

ce sujet, D.M.

Nuti :

« Capitalism,

socialism and steady

Economic Journal, LXXX, Mars 1970, pp. 32-57.

132

François KUCAB

dans les inputs par tête (3). Soient deux systèmes économiques ayant la même force de travail homogène et produisant le même bien homogène de consommation à partir de combinaisons différentes de mêmes biens capitaux hétérogènes (y compris les biens en cours). Chaque ensemble étant rattaché à une technique particulière sélectionnée par chaque économie à partir d'une même technologie utilisable. Nous supposerons également que les deux économies sont en équilibre de longue période.

Exprimons les comptes agrégés par unité de travail pour l'économie X :

Ax

L'économieA=W+R£PK.yY= auraWxy +pourRxy ZirelationPKK.ix K.i x: I I -- (2)*(1)'

y soient exprimés en unités du bien de

tel que les termes W et P

consommation homogène. Afin de comparer ces deux économies il est nécessaire que leurs relations soient établies sous forme d'une série constante de prix. Exprimons le système Y en termes des prix de X et comparons ces 2 économies par soustraction :

V

Ay -

Ax

s

«x

?

PK.'x "S y "

Kix>

'"(S)

En utilisant une méthode de nombres-indices de Divisia (4), nous pouvons transformer les relations agrégées :

A = WL + R 2iiiPK.

l-(4)'

sous forme de taux de croissance proportionnels afin d'obtenir :

tel

que : a : =

a-2aiks^w + ?<xi(r + p|C)sO '

RPK.K.

A

et que : P =

WL

A

La relation I (3) montre que l'économie avec la consommation la plus élevée par unité de travail aura identiquement le capital le plus grand par tête mais, en se référant au problème du switching, aucune signification causale ne peut être attachée à ce type de mesures. En particulier, il n'est plus possible d'affirmer en dehors des limites des hypothèses néo-classiques 'ue

(3) Pour un exemple d'étude essayant d'expliquer la différence dans le revenu par tête en termes de différences dans les inputs par tête et de différences dans la technologie, voir : D. Walters, Canadian Income Levels and Growth. An International Perspective, Economic Council of Canada Staff Study n° 23. Ottawa :

Queen's Printer, 1968. (4) F. Divisia, Economique rationnelle, edit. Gaston Doin et Cie, 1928. Exposés d'Economique, vol. 1, Dunod, 1952.

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT^QUALITATIF

133

l'économie avec la consommation et le capital par unité de travail les plus élevés utiliseront un taux net de rendement du capital faible.

Montrons le cas contraire sur la figure I.

capital faible. Montrons le cas contraire sur la figure I. Figure I Pour les besoins de

Figure I

Pour les besoins de l'exposition, seule l'économie X est supposée avoir les mêmes coefficients input-output dans toutes les activités. Cette hypothèse implique que, dans le système X, les prix relatifs des différents biens capitaux sont indépendants du taux net de rendement du capital. L'utilisation des prix relatifs de l'économie X comme une série constante de prix, élimine les effets Wicksell prix.

L'économie X est en équilibre de longue période avec un taux net de rendement plus faible que celui de l'économie Y, mais, en termes d'une série constante de prix relatifs de biens capitaux, elle aura une valeur plus faible du capital par unité de travail et un niveau plus réduit de consommation par travailleur. Cette possibilité existe parce qu'il y a au moins deux taux de rendement net auxquels les différentes techniques employées dans les deux économies seront également profitables.

Supposons l'existence d'une troisième économie Z. Pour une

série constante des prix du système X, il se peut que cette

économie Z

consommation par tête le plus élevé, mais il se peut également que le taux de rendement net du capital soit aussi le plus important. En utilisant la série constante des prix de l'économie Y, le même raisonnement peut être appliqué. Mais nous ne pouvons

capital le plus grand et le niveau de

ait

le stock

de

pas supposer que R

< R

y

x

si A

y

- A

x

=

R

?

xi

(\

-

\) et si A

- Ry ? PK.

K.

- K.

134

François KUCAB

Il ne s'en suit pas nécessairement que si

y

\

z

(c'est-à-dire

x/

un indice chaîne montrant des différences

x\y

x/

égales dans le stock de capital de X à Y et de Y à Z),

Az -

Ay <

Ay -

Ax

parce qu'il n'y a maintenant aucune raison d'argumenter que Ry doit être inférieur à R*. En se référant au diagramme II, nous ne pouvons plus admettre que des comparaisons entre les économies soient possibles.

A
A

Figure II

L'axe vertical est exprimé en terme du bien homogène de consommation. L'axe horizontal représente un indice chaîne de combinaisons (en prix constant) des biens capitaux hétérogènes. La forme standard repose sur l'hypothèse que

Ainsi, il

ne

<

peut plus être supposé que, dans une

Rz

<

Ry

Rya

comparaison entre des systèmes économiques utilisant des techniques issues de la technologie, des différences dans la valeur du capital (en prix constants) par unité de travail « expliquent » des différences dans la valeur (en prix constants) de l'output ou de la consommation par unité de travail.

Le fait que le « reswitching » apparaisse ( ou non) devrait être un phénomène empirique. Cependant, la raison fondamentale de l'apparition du reswitching est que les biens capitaux sont des moyens produits de production.

Cette « notion » de production ou de reproduction des moyens de production nous semble fondamentale, non seulement sur le plan de l'économie thoérique, mais également au niveau de sa projection pratique.

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT QUALITATIF

135

En effet, d'une façon générale, au travers de la multitude des modèles de type néo-classique, le bien capital est assimilé à « un stock disponible donné, prenant la forme de l'accumulation d'un bien composite » (6).

Ce concept d'accumulation n'est utilisable dans sa plénitude que pour des schémas en termes d'équilibre statique. Cependant, il est nécessaire de l'abandonner dans une optique de croissance, ou tout au moins de lui adjoindre un autre élément : le progrès technique. Aussi, il est bien connu que la croissance néo-classique est appréhendée par une relation additionnelle telle que le taux de croissance proportionnel de la production soit égal à un multiple du taux d'accumulation du capital, plus le taux de progrès technique.

Il serait illusoire de s'imaginer que ce genre de formulation ne possède de signification que dans un domaine strictement théorique. En fait, les phases historiques de la croissance de la quasi- totalité des pays européens, élaborées par un auteur comme Rostow dans un ouvrage trop connu, peuvent se réduire à deux grandes périodes : l'une d'accumulation, l'autre de progrès technique ; le passage étant assimilé au « Take-off » qui d'ailleurs n'a jamais été vérifié statistiquement.

L'impossibilité logique d'utiliser le bien capital comme un input non productible n'apparaît pas d'une manière « évidente » dans la théorie néo-classique à cause du rôle joué par l'accumulation du capital.

L'accumulation n'est pas un facteur de production qui serait ajouté au progrès technique pour expliquer la croissance. L'accumulation ne précède pas le progrès technique comme dans l'analyse traditionnelle ; elle suit le progrès technique. Ce sont les améliorations techniques (parfois importées) qui permettent pour une économie de dégager un « surplus » au-delà de la consommation et de l'investissement nécessaires à la reproduction. Ce « surplus » de production peut ainsi être accumulé et réintroduit par la suite de l'économie, sous forme d'équipements et d'outillages nouveaux plus efficients, par l'intermédiaire d'investissements additifs.

engagée depuis

plusieurs périodes, d'établir une distinction entre accumulation du capital et changement technique.

Les difficultés que la théorie néo-classique éprouve pour analyser les phénomènes de croissance reposent sur l'importance particulière attribuée au concept de capital.

Il est donc impossible, pour une économie

(6) R.M. Solow : A contribution to the theory of Economic growth, Quarterly Journal of Economics, LXX, février 1956, pp. 65-94.

136

François KUCAB

Si le capital se présentait comme un véritable facteur primaire de production, il aurait une origine propre, comparable à celle du travail. Il serait donc possible de proposer une explication de la genèse du capital et du progrès technique, mais la structure interne des modèles traditionnels nous y soustrait. Aucune recherche des origines du capital n'est souhaitable à ce niveau, afin de préserver les structures fondamentales de l'école néo-classique. Ces problèmes ont été volontairement négligés et même re jetés en dehors du contexte traditionnel.

Toutes les formulations de type néo-classique contiennent une erreur fondamentale. Elles sont incapables de tenir compte du fait que l'input capital correspond à un bien intermédiaire de production, et, est produit avec une « efficacité » toujours plus grande dans un système économique soumis aux effets du progrès technique.

Bien que le phénomène de reswitching soit l'une des approches critiques aux formulations mécanistes néo-classiques, une autre optique peut être proposée. En effet, l'invalidité de la distinction entre l'accumulation du capital et le progrès technique, nécessaire pour expliquer les différences temporelles et spatiales entre les outputs par unité de travail, peut être vérifiée indépendamment des problèmes d'agrégation.

Ainsi, le fait

que le bien capital soit un moyen (produit) de

production représente le phénomène critique devant être intégré dans une analyse comparative entre la consommation, l'output et les « sources de croissance », quel que soit le système économique.

IL LE PROBLEME DU CHANGEMENT QUALITATIF

Jusqu'en

ce point de l'analyse, nous n'avons établi aucune

distinction entre les statuts quantitatif et qualitatif des biens

capitaux, les deux étant identifiés de la même façon.

Les mesures néo-classiques négligent le fait que le capital est un bien intermédiaire, produit par le système économique. En outre, sur le plan du progrès technique, l'inout « capital » et

l'output

mêmes unités, il en résulte que la capacité toujours croissante de l'économie à produire des biens capitaux n'est pas prise en

« capital »

ne pouvant être mesurés logiquement

dans

les

compte.

Existerait-il alors une « approche » permettant de respecter

et de valoriser cet état

Pour appréhender la nature intermédiaire du bien « capital », pour mesurer le « capital » comme input, différemment du capital

de fait ?

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT QUALITATIF

137

comme output, pour tenir compte de l'efficience toujours croissante de l'économie à produire l'output et le nouveau bien capital, et à reproduire le capital existant, il est nécessaire que l'input capital, évalué en termes traditionnels, soit réduit par le changement technologique (7).

Ce qu'il importe de remarquer c'est que dans le temps, les inputs du bien capital conservent leurs caractéristiques physiques inchangées ; or c'est une situation irréaliste.

Dans le cas d'une économie changeant ses techniques de production en réponse à des variations du taux de rendement net, différentes techniques sont susceptibles d'impliquer des biens capitaux différents ayant chacun leurs propres caractéristiques physiques. Dans le cas dynamique, le changement technique peut apparaître comme de nouveaux biens capitaux possédant de nouvelles caractéristiques physiques. En fait, c'est ce dernier phénomène qui révèle l'importance de la dépréciation par obsolescence (8).

Dans un modèle à variations temporelles, le prix des anciens biens capitaux diminue comparativemnet au prix des nouveaux biens capitaux ; en effet, l'introduction de ces nouveaux biens capitaux associés aux nouvelles techniques nécessite que des taux élevés de salaires réels soient payés au travail associé aux anciens biens capitaux. Il en résulte une diminution dans le flux des rendements du capital gagné par les anciens biens capitaux. Afin de préserver la position concurrentielle du système et l'utilisation des anciens biens capitaux, leurs prix doivent diminuer.

Considérons de nouveau une économie à un seul bien. Le stock de capital dans un tel système sera composé de différents « vintages » de biens capitaux. Dans une situation d'équilibre stable, l'âge moyen du stock de capital est constant, et il doit exister une série de prix relatifs de ces biens capitaux permettant de calculer la valeur du stock net de capital. Dans un équilibre de croissance stable, le taux de croissance du stock net de capital (évalué en prix constants) sera égal au taux de croissance de l'output, lui-même étant égal simultanément au taux de croissance de l'input de travail homogène et au taux de progrès technique neutre de type Harrod.

L'identité d'Euler peut se présenter de la façon suivante pour

une

économie

à

un

bien :

Q m WL +

R lI

P^IV.

K.I -

lI

pk.I P.Ix.

K.I

H-(1)

(7) Ce point essentiel est développé par L.M. Read : « The measure of total

I,

n° 2,

appropriate

mai

to wage-price guidelines », Canadian Journal of

248-58.

1968, pp.

factor productivity

Economics,

(8) H. Hotelling : « A general mathematical theory of depreciation », Journal of the American Statistical Association, vol. 20, 1925, pp. 340-353.

138

François KUCAB

Fj^ Kj représente la même valeur du ie composant « vintage »

du stock de capital ; ? F> K. étant la valeur du stock net du

capital, et l'expression :

-' 2 pkj ?K Kj est la valeur de la «

dépréciation par obsolescence » tel que pk: soit le taux proportionnel de changement (dû à la dépréciation) du prix du i° vintage du bien capital ; tous les prix relatifs étant exprimés en termes du dernier bien produit.

Ainsi, quand l'inflation nominale est continue, pkt sera négatif si le progrès technique provoque la dépréciation par obsolescence.

du portefeuille (9) parmi les vintages des biens

L'équilibre

capitaux nécessite, pour des rendements d'une période, que :

eQ
P

+

R, (1 +

tel que

produit physique marginal du vintage i ; pKt représentant le

taux proportionnel de changement du prix relatif du vintage i et

être

R est le taux réel de l'intérêt. L'expression ci-dessus peut transformée de la manière suivante :

PK; soit le prix relatif du vintage i ; e Q / e Kj soit le

1

+

R-

ou : R P

= ^--

+ pkP

Ki

eK.

'

Kj

C'est-à-dire que le rendement net du bien capital du ie vintage est égal à son produit physique marginal moins la perte du capital due à la « dépréciation par obsolescence ». Pour l'ensemble des biens capitaux du F vintage, les rendements nets auront pour expression :

=

eQ

Pour l'ensemble des vintages, les rendements nets deviendront :

eQ

R?l

«1962,pp.A (9)277-293simplifiedpp.Voir77-91; H.et; ModeletForMarkowitzPortfoliotofoliofor TheoryPortfolioSelection,: « PortfolioandAnalysisN.CapitalYork,selection»,JohnMarkets,Management», WileyThe Mac-GrawJournaland Science,Sons,ofHill,1959.Finance,janvier1970.W. Sharpe:1963,mars

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT QUALITATIF

139

Les rendements bruts totaux du capital seront donc :

ï

i

o iv

Cette expression étant assimilable à l'identité 11(1).

A l'aide de certaines transformations, l'identité II (1) peut

prendre la

forme (10) :

q-[Te+ ? (f +

*)kj]

s

= t

II - (2)

Dans cette formulation, ki représente le taux de croissance du

vintage, pki est défini comme le taux de changement proportionnel du prix relatif du ie vintage, p ki/pki correspond au taux de changement proportionnel du taux de changement proportionnel du f vintage, quand celui-ci devient le i + Ie vintage ; enfin t

(variable temporelle) représente le taux de changement technique au sens néo-classique. Le terme t en termes de variation correspond donc seulement à une variation quantitative soit de l'output, soit du stock de capital. Ainsi la conception néo-classique du progrès technique est de type « Output-augmenting » ou « Capital augmenting ».

i*

Précisons la signification de la distinction. Dans un système en croissance stable, la quantité du bien capital du V vintage

augmentera au taux

de vingt ans sera constante. Le « processus » se définit de la manière suivante : une centaine de machines ont dû être construites il y a vingt ans ; de même, cent dix machines ont dû être fabriquées il y a dix-neuf ans. Aujourd'hui, le nombre de machines étant âgées de vingt ans passera de cent à cent dix unités, c'est-à- dire qu'il y a un taux de croissance de dix pour cent. Le taux de croissance /F&, doit être interprété d'une façon similaire. Le taux de croissance p ki/pki « traite » de toute accélération ou décélération de la diminution de la valeur du bien capital. En effet, le bien capital du f vintage est soumis aux changements dans le taux de la « dépréciation par obsolescence » occasionnés par une variation du taux de progrès technique de type Harrod. Dans un équilibre d'état stable, pk. retpkj/pkj se réduisent

q. Par exemple, la quantité du bien capital âgé

à zéro et l'identité II (2) devient :

q-[Ye+ S

(

Ô+

S) k.]

=Yw = t

II -(3)

(10) Y,

Ô, et £ représentent respectivement la part du revenu du travail, du

rendement des agents naturels et du rendement brut du capital dans le Produit

National.

140

François KUCAB

Ue fois encore, cette formulation contient une erreur fondamentale, elle ne tient pas compte que « l'input capital », qui correspond à un bien intermédiaire de production, est produit avec une efficience toujours plus grande dans un système économique soumis aux effets du progrès technique.

Nous savons qu'en utilisant des fonctions de production pour

expliquer les améliorations dans les modèles à biens capitaux et

dans

les outputs, il est impossible de tenir compte

du fait que,

lorsque des outputs représentent aussi des inputs, « toute chose » qui améliore les outputs doit améliorer simultanément les inputs et réciproquement. Cette incapacité provient de la globalisation du progrès technique qui est exprimé sous forme de variations quantitatives et seulement quantitatives. Que le changement technologique soit de type capital ou output-augmenting, l'approche néoclassique n'établit jamais de différenciation dans l'efficience des facteurs de production, c'est-à-dire qu'elle ne peut concevoir un accroissement de 1'output sans une augmentation de la quantité des biens capitaux (le travail étant supposé constant dans ce cas).

capitaux, c'est

admettre la possibilité d'un accroissement de la production sans augmentation quantitative directe du capital (le travail étant toujours constant). C'est au travers de cette correspondance qu'est suscitée la notion d'efficience et d'amélioration qualitative du capital. Mesurer l'efficience spécifique d'un bien capital d'un vintage donné revient donc à « déflater » du taux de croissance de ce bien le taux global de progrès technique de toute l'économie. Dans ces conditions, le taux de croissance du bien capital, ajusté à l'efficience croissante avec laquelle ^économie produit ce bien, est défini par une simple relation : k-t tel que k = 1/K. dK/dt, et t définit un nouveau type de progrès technique différent de la conception néo-classique.

Dans cette optique, la finalité du système économique n'est plus la production engendrant linéairement la consommation, la finalité est la reproduction des facteurs (non primaires) de production. Dès lors, le problème n'est plus de déterminer un taux optimal de croissance de l'output, mais de rechercher le taux de croissance (reproduction) des biens intermédiaires.

En respectant ces conditions, l'identité II (3) peut être établie de la façon suivante :

Supposer une efficience (variable) des biens

q-nre+

II est nécessaire de rechercher la nature de ce nouveau type

de progrès technique. Une analyse exhaustive montrerait que dans

de

Mrs Robinson, qu'elle définit pour une économie de longue période

ce cas, le concept de capital

correspond

au « capital

réel »

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT QUALITATIF

141

de la manière suivante : « nous pouvons diviser la valeur du stock

de capital par le salaire en heures-hommes

et on obtient la

quantité de capital en termes de travail daté (11). Ainsi, J (le capital réel) = K/W/P, et son taux de changement est ; = k-(w-p). En tenant compte de l'identité II-(4), il implique k-t = k-(w-p), c'est-à- dire F = w-p. La signification économique de cette dernière égalité est que le taux de progrès technique de ce type est égal au taux de salaire réel.

D'une manière similaire r+7 = r+w-p, c'est-à-dire que le taux de changement du prix du bien capital est égal au taux de changement du taux de salaire réel. Il serait également possible de montrer que k-t = k-(q-l), c'est-à-dire que le taux de croissance ajusté du capital est égal au taux de croissance de la force de travail.

Dans cette analyse, le caractère intermédiaire des inputs du bien capital est rigoureusement pris en compte par le progrès technique considéré.

|, PK* K£ ; le taux de prix constant est

La valeur du stock net de capital est Kx = croissance du stock net de capital évalué en défini par la relation :

la valeur de la dépréciation est

D

=

2 pkj PK

i

IC

Le taux de croissance de la dépréciation correspond à :

pic/pk.I

D

pk.I F>IV

D

K.I (pk.I +

5

pkj PK

i

I

pk.fi.ICI l\.

I

2 pk. f£

i

K.

'

Kj

'

Le taux de croissance de l'input de travail homogène est /. Si ces taux de croissance proportionnels sont pondérés par leur part relative et diminués du taux de croissance de l'output, nous obtiendrons :

q-

t

e+

i ô-

= t

||. (5)

(11) Dans The Accumulation of Capital, p. 121, Mrs. J. Robinson définit le capital

suivante :

en

son

équivaut à :

réel dans une économie

« Nous pouvons

heures, hommes

Ainsi, J

j

en équilibre de longue période

du

la façon

stock de capital par le

de

diviser la valeur des biens

salaire

et on obtient la quantité de capital en termes

réel) = K/W/P,

et

taux de

de travail daté. »

(le

capital

changement

= k — (w — p) qui est égal à k — (q —■1) = 1.

142

François KUCAB

comme 2 ô

=

R5 PK. K, —

, et

^.

=

^ l Ki — ~ —

, l'expression

I -(5)

réduit à:q-[Te+?(6+ £.) k.] = t

Cette expression est analogue à l'identité II-(3).

Une fois encore, cette formulation néo-classique est erronée car elle ne tient pas compte de l'efficience avec laquelle les biens capitaux sont reproduits. Les mêmes remarques se rapportent à la mesure du changement technique en termes de prix. Dans un état d'équilibre stable :

et en conséquence, le taux (néo-classique) du changement technique

se

réduit à : T (q - 1) = t

ainsi, la mesure

Harrod) se ramène à : q-l = F, comme déterminée précédemment. Des mesures sectorielles du changement technique peuvent être construites. Dans ce but, il faudrait se référer au taux de croissance du stock net de capital et de la dépréciation dans les secteurs de la consommation et des biens capitaux.

type Robinson-

du changement

technique (de

Il est nécessaire de se rappeler que q qui est relatif à Qi/Q0 ou, d'une façon générale, à l'indice Laspeyres : £P0Qi/£PoQo, peut en fait être mesuré. Un problème existe cependant quand Qi est physiquement différent de Qo.

Dans l'analyse sur le changement qualitatif, il a été établi qu'en présence d'un changement dans les caractéristiques physiques des

les

biens, un

prix des modèles se « recouvrent ».

informations suivantes pour chaque

indice de prix de

possédons

les

ces biens peut être construit

i

si

Si

nous

couple de deux périodes : t

Modèle A

PrixQuantités

\

p

Ao

QA0

(

Prix

R,

 

Modèle B

<

o

 

f Quantités

QL

O prix est Pbi/Pb0 tel

D'une façon commune, l'indice

des

l'indice des prix constants des deux modèles devrait être :

P

B1

CL

1

que

PAoooQA

+ PB

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT QUALITATIF

143

C'est

à partir

de

cette base

que la mesure

de

q peut être

déterminée.

 

Dans

le

cas

d'une

économie n'utilisant pas le

changement

technique,

mais le

« switching » d'une

technique à une autre,

à

cause des variations du taux de

rendement

net,

en

un

point

de

switching, les prix relatifs de tous les modèles associés aux

différentes techniques

seront utilisables.

Sur un plan pratique, les prix relatifs ne seront pas des prix d'équilibre de longue période, comme ils peuvent l'être dans la littérature qui analyse le phénomène de « reswitching ». Les normes employées dans les comptes nationaux seront appliquées quand des renseignements, autres que les prix (exemple la part du marché) et se rapportant aux différents modèles, peuvent être utilisés. Quand aucun renseignement de ce type n'est utilisable, ou lorsqu'un nouveau modèle supplante entièrement l'ancien, il est nécessaire de « construire » ces informations.

Deux méthodes sont utilisables. L'une d'elles se présente sous forme d'indice hédonique des prix ; dans ce cas, le prix du nouveau modèle de la période choisie doit être comparé au prix de l'ancien modèle, et la pondération en prix des caractéristiques du nouveau modèle est déterminée sur la base de l'information contenue dans le modèle ancien.

Si nous possédons l'information suivante pour deux périodes :

Modèle A

( Prix

) '~^

(

Quantités

p \

^

/

p^

( Quantité;

144

caractéristiques

du

modèle

A.

L'indice-prix

^v,

constantsde nombres-indices.Cependant/ soit"a0 =iAJipourca ^ol'utilisationl'ensembleca

tel queW/desde l'indice-quantitécetteAmodèles\Xméthodeégal àsusciteévalué:

François KUCAB

sera

donc :

desen problèmesprix

Il faut remarquer que si les caractéristiques des modèles ont changé (et pas simplement leur combinaison), l'approche par l'indice des prix doit être bannie (12). Il est également nécessaire d'apporter le plus grand soin dans la recherche d'informations supplémentaires, nécessaires à la comparaison des coûts unitaires de production de deux modèles fabriqués à la même période. Ainsi, si les quantités d'inputs, pour produire le nouveau modèle dans la même période que l'ancien modèle, doivent être déterminées, les prix des inputs de la période de base devront donc être utilisés pour évaluer le prix (de la période de base) du nouveau modèle.

Si nous possédons les informations suivantes pour tout couple

de périodes :

(I

Modèle A < | Quantité Q

PAA

Prix

t

W o L.A

=

QA

P.,K K.A

Q^

+ <R0 o - pk0) o "

t

représentent respectivement

les quantités de travail," de capital et les inputs

nécessaires pour produire le modèle B dans la période U ; il en résulte que le prix estimé du modèle B dans la période U est égal au vecteur caractéristique de l'input multiplié par les pjix de l'in-

et

l'indice-quantités (exprimé en prix constants) des modèles devrait

put de

intermédiaires

En

outre, si

°bo

\

°

°

la période U.

L'indice des prix est

donc PB

/

Bo

»

w0

°l

W0

LB0

30

LA

+

0

<Ro -Pk )

PKo KBo

°l

PK

o

KA

+

P

PM

0

C

MB

>B0

MA

A partir de cet élément,

il est possible de construire le coût

estimé pour produire le modèle A durant la période ti ; cependant, des problèmes de nombre-indices seront suscités.

(12) Une excellente analyse des indices prix est fournie par R.J. Gordon, « Recent developments in the measurement of price indexes for fixed capital goods ». Cet article fut présenté à la Business and Économie Statistics Section of the American Statistical Association, Detroit, Décembre 1970.

PHÉNOMÈNE DE RESWITCHING ET CHANGEMENT QUALITATIF

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Comme le prix estimé d'un modèle à partir des

que celui déterminé à partir

des coûts de production, ils doivent en principe être identiques. Il est parfois supposé que l'évaluation par les coûts de production est incapable de tenir compte des améliorations « gratuites » dans la qualité des biens capitaux. Dans ce cas, les profits gagnés en déséquilibre, quand les nouveaux biens capitaux sont introduits, sont incorporés aux mesures de l'input du capital.

caractéristiques

physiques

doit être

le même

Il apparaît que

dans cette « optique »

la mesure des

inputs

du bien capital en termes d'output élimine toute forme de changement technique. D'une façon générale, les mesures utilisées dans les comptes nationaux pour « saisir » le changement qualitatif sont correctes. Cependant un point important doit être respecté : quelles que soient les mesures (en prix constants) de l'input du bien capital employées pour évaluer le changement technique, les procédures en terme de travail doivent être utilisées. Il en résulte que les concepts et les mesures néo-classiques sont erronés pour définir et mesurer le changement technique.

François KUCAB.

Décembre 1973.