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Pneumologie La bronchoscopie peut déceler des cancers qui échappent à l’IRM (ci-contre, bourgeonnement cancéreux
Pneumologie
La bronchoscopie peut déceler des cancers qui
échappent à l’IRM (ci-contre, bourgeonnement
cancéreux d’une grosse bronche).
Cancer du poumon :
des progrès méconnus
Sans doute le cancer bronchopulmonaire est-il de sombre pronostic, mais ce n’est
pas une raison pour ignorer de très réels progrès, qui se traduisent par un nombre non
négligeable de succès thérapeutiques. Une condition pour donner toutes ses chances
au patient : raccourcir le délai entre la première consultation et la décision thérapeutique.
A. POL/CNRI

O n compte environ 25 000

cancers bronchopulmo-

meurs (et les fumeuses) commencent à fumer de plus en plus tôt. Or, les goudrons du tabac sont d’autant plus nocifs qu’ils agissent tôt. A ta- bagisme total égal, mieux vaut une consommation plus intense, mais plus tardive (à partir de 25 ans par exemple) qu’une consommation moins forte mais plus précoce (dès 15 ans, comme c’est de plus en plus souvent le cas, chez les jeunes filles comme chez les jeunes hommes). Ce même phénomène tend à faire baisser l’âge de survenue de ce can- cer, actuellement d’environ 60 ans.

Du point de vue histologique,

le cancer du poumon est toujours, dans 80 % des cas, « non à petites cel- lules ». Il s’agit le plus souvent d’un cancer épidermoïde, parfois d’un adé- nocarcinome (surtout chez la femme). Deux nouvelles classes sont d’indi- vidualisation récente : cancers basa- loïdes et cancers neuro-endocrines à grandes cellules.

Le diagnostic précoce devrait

d’ici quelque temps bénéficier de nouvelles techniques, et notamment celle de l’endoscopie en auto-fluo- rescence. Ce procédé repose sur le fait que les cellules bronchiques nor- males sont fluores-

centes à l’illumina- tion laser, et que les cellules cancéreuses perdent cette fluores- cence. Cet examen pourrait aussi per- mettre le repérage de lésions précancé- reuses, ou faciliter la surveillance post-thé- rapeutique et le dé- pistage de récidives. Scintigraphie et tomographie à émis- sion de positons ap- porteront aussi des informations com- plémentaires sur le type de tumeur. Mais il ne faut pas attendre de mi- racle. En réalité, les plus grands progrès à espérer dans l’im-

naires par an en France. Et

ces cancers font chaque année près de 23 000 morts. Tout en imposant des efforts de prévention renouve- lés, ce sombre pronostic ne doit pas masquer certains progrès, et l’utilité d’un diagnotic plus précoce. Ces cancers étaient le thème principal du 3 e congrès de Pneumologie de langue française, qui s’est récemment tenu à Paris.

Un cancer plus féminin et plus jeune

Le cancer primitif du poumon reste à 80 % un cancer de l’homme. Cependant, alors que son incidence commence à se stabiliser, sinon à dé- croître, dans le sexe masculin, elle ex- plose littéralement depuis dix ans dans le sexe féminin, où le cancer du poumon est aujourd’hui le troi- sième en nombre de décès (après ceux du sein et de l’intestin). Et les habitudes de consommation actuelles risquent d’accentuer cet ac- cès des femmes à la parité : les fu-

La simple radio du thorax doit être demandée au moindre soupçon (ici, cancer bronchopulmonaire droit avec ganglions hilaires).

N° 56 – 1999 – A.I.M.

médiat sont conditionnés par le rac- courcissement des délais entre les premiers symptômes et le début du traitement.

Trop de retard au diagnostic

Selon une étude publiée dans Tho- rax en 1997 par l’équipe de Tenon (B. Milleron et coll.), la longueur moyenne de l’intervalle entre le premier symptôme (ou le dépistage radiologique dans les formes

asymptomatiques) et la décision thérapeutique est de 155 jours, cinq mois. Sans doute la consultation n’est-elle pas immédiate, mais il ne s’écoule pas moins de 88 jours entre la première consultation et la déci- sion thérapeutique ! Pour réduire le délai, les auteurs proposent une action d’information du public et un effort de formation des médecins généralistes. Car cha-

cun d’entre eux voit en moyenne un cancer bronchopulmonaire tous les trois ans.

Une banale radio du thorax

Le message – pas vraiment

neuf, sans doute, mais à répéter sans cesse – est simple : tout symptôme respiratoire ou général traînant (toux, épisode infectieux respira- toire, fièvre inexpliquée) survenant chez un fumeur doit faire craindre un cancer du poumon.

Le premier geste est alors de

demander une simple radio du tho- rax (face-profil). A la moindre ano- malie, le deuxième geste est de de- mander une fibroscopie bronchique.

Il arrive que la fibroscopie soit demandée d’emblée – c’est une er- reur, sauf devant une hémoptysie. Il arrive aussi qu’on demande un scan- ner devant une anomalie du cliché standard – erreur là encore : le scan- ner peut très bien rater certains petits cancers, que la fibroscopie reconnaî-

tra. Le seul autre élément complé- mentaire éventuellement utile est l’examen ORL.

Dès que le soupçon de cancer

est confirmé, il importe d’adresser au plus vite le patient à un centre spé- cialisé.

Des traitements plus efficaces qu’on ne pense

L’exérèse chirurgicale reste le

traitement le plus efficace des can- cers bronchiques non à petites cel- lules. Malheureusement, seuls 25 % sont opérables (survie à 5 ans :

40 %). 50 % sont inopérables mais

localisés, et 25 % sont déjà métasta- tiques au moment du diagnostic. Au total, la survie à 5 ans est faible : 10

à 15 % selon les séries. Mais ce mauvais chiffre ne doit pas masquer les progrès : depuis une dizaine d’années, le pronostic de ces cancers s’est lentement amé- lioré, grâce notamment aux nouvaux protocoles de chimiothérapie. En fait, comme le remarque le Pr Brambilla, cette amélioration correspond, en nombre de patients sauvés, aux spectaculaires progrès effectués dans la maladie de Hodgkin, qui ne

touche, il est vrai, que 1 200 à 1 500 malades par an.

Enfin, le pronostic des formes

à petites cellules est un peu meilleur. Selon une étude américaine

(A. Turrisi et al., N Engl J Med 1999 ; 340 : 265-71), une association radio- chimiothérapique permet d’obtenir

23 % de survie à 5 ans dans les

formes limitées à un hémithorax.

Dr Frank Stora

Source :

Conférence de presse du 3 e congrès de Pneumologie de langue française (Paris), avec notamment le Dr Mille- ron (Paris) et le Pr Brambilla (Grenoble).