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II – DIMENSIONNEMENT : BILAN THERMIQUE D'ÉLÉMENTS DU BÂTIMENT

2.1 Utilité du modèle de confort thermique


L'étude et la prédiction du confort thermique permettent:
- le calcul de bilans énergétiques réels, tenant compte des occupants et de leurs
exigences justifiées,
- le calcul des températures minima et maxima acceptables permettant de
diminuer les besoins en énergie,
- la conception d'habitations offrant déjà un bon confort sans l'intervention des
habitants, et permettant aux occupants d'agir à bon escient pour améliorer leur
confort.

2.2 Consommation énergétique du bâtiment :


Dans les pays industrialisés, les bâtiments consomment une partie importante de l'énergie
utilisée par la société. Cette énergie est utilisée pour de nombreux usages, notamment:
- le chauffage et/ou le refroidissement, pour assurer un climat intérieur
confortable,
- la circulation de fluides tels que l'air (ventilation), l'eau (eau chaude,
chauffage),
- les transports (ascenseurs),
- l'éclairage,
- les communications (téléphone, radio, télévision),
- la production de biens (fabriques, cuisines, couture, etc.).
Dans les climats tempérés et froids, la plus grande part de l'énergie utilisée par un bâtiment
sert au chauffage. Le flux de chaleur généré dans le système de chauffage aboutit
inévitablement à l'extérieur par différentes voies plus ou moins directes.

Dans les climats plus chauds, il peut être nécessaire et en tous cas confortable d'abaisser la
température intérieure des bâtiments. Ce refroidissement et l'assèchement de l'air (sous les
tropiques) peut aussi être un grand consommateur d'énergie.

2.3 Optimisation de la consommation énergétique du bâtiment :


Pour limiter la consommation d'énergie à des valeurs raisonnables, il faut donc pouvoir
prédire les flux d'énergie dans le bâtiment, afin d'agir là où les mesures d'économie d'énergie
seront les plus efficaces.
La connaissance des flux d'énergie à travers d'un bâtiment est nécessaire à la prise de
décisions ou à la planification de travaux, notamment pour les tâches suivantes:
- Tenir compte de tous les critères voulus dans le choix de stratégies possibles
lors de rénovation ou de construction d'ensemble d'immeubles. Parmi les
critères à envisager, il y a non seulement le coût, l'esthétique ou l'habitabilité,
mais aussi la consommation d'énergie ;
- dimensionner correctement les installations énergétiques, en calculant la
puissance de pointe minimum nécessaire;
- prévoir la consommation annuelle et la minimiser en choisissant la variante la
plus économique globalement, tout en tenant compte du confort.
Diminuer la consommation d'énergie primaire en minimisant tous ces flux, en les faisant
passer aux bons endroits et en captant au mieux la chaleur de l'environnement (énergie
solaire, pompes à chaleur) est un problème où la physique a déjà apporté des solutions et qui
continue à être étudié. Les solutions à ce problème particulier peuvent entraîner des
problèmes ailleurs, et en tous cas ont une influence sur les diverses caractéristiques du
bâtiment. De ce fait, il ne faut pas se limiter à des examens sectoriels pour résoudre des

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problèmes dans le bâtiment, mais toujours envisager toutes les conséquences d'une
modification.

2.4 Pertes d’énergie d’un bâtiment :


Les pertes d’énergie d’un bâtiment sont en majorité dues à une enveloppe inadaptée.
L’enveloppe comprend les murs, les sols, le toit, les portes et les fenêtres. La figure ci-après
nous montre d’où provient généralement le transfert de chaleur, à savoir des murs extérieurs
et des espaces mitoyens non-chauffés.

2.5 Isolation thermique d’un bâtiment:


Une bonne isolation est garante d'économies de chauffage et /ou de climatisation tout en
apportant un confort qui permet de se sentir bien chez soi. L'isolation sert à limiter les pertes
thermiques. Le chauffage, lui, sert à compenser ces pertes. S'il n'y avait pas de perte, il n'y
aurait pas besoin de chauffage. La température atteinte lors d'une première belle journée après
la fin de la construction de la maison serait conservée. Malheureusement, ce n'est pas ainsi
que fonctionnent les choses. La chaleur tend à se diffuser afin de s'équilibrer entre l'intérieur
et l'extérieur. C'est pourquoi, à moins de vouloir vivre en ascète, il est nécessaire de chauffer
lorsque les températures chutent. Et, pourquoi pas, de rafraichir lorsqu'au contraire les
températures sont trop élevées.
Problème : produire de la chaleur ou son contraire nécessite de l'énergie... qui n'est pas
gratuite, non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan environnemental.
Solution : améliorer l'isolation des parois. C'est une excellente formule, assez rapidement
amortie.

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2.6 Déperdition thermique d’une paroi
Calculer la déperdition thermique d'une paroi revient à calculer le flux thermique qui la
traverse.

2.6.1 Bilan d’énergie


Il faut tout d’abord définir un système (S) par ses limites dans l’espace et il faut ensuite
établir l’inventaire des différents flux de chaleur qui influent sur l’état du système et qui
peuvent être :

φst : flux de chaleur stocké


φg : flux de chaleur généré
φe : flux de chaleur entrant
φs : flux de chaleur sortant

On applique alors le 1er principe de la thermodynamique pour établir le bilan d’énergie du


système (S) :

2.6.2 Paroi simple

Elle est constituée d’un seul matériau.

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e (m) : épaisseur
S (m2) : surface de la paroi
λ (W.m-1.K-1) : conductivité thermique du matériau
h1 et h2 (W.m-2.K-1) : coefficients d’échanges surfaciques
1/h1 = rs1 et 1/h2 = rs2 (m2.K.W-1) : résistances thermiques surfaciques superficielles
θA1 et θA2 : températures ambiantes des milieux 1 et 2
θs1 et θs2 : températures de surface
φ (W.m-2) : flux thermique surfacique ou densité de flux
Φ (W) : flux thermique ou puissance thermique
E (Wh) : énergie

Résistance thermique surfacique

r= + +

Résistance thermique

R=

Conductance thermique surfacique ou coefficient de transmission thermique

U=

Flux thermique surfacique

φ = U. Δθ

Flux thermique

ϕ = φ. S

Remarque :
En régime stationnaire et en l'absence de sources internes de chaleur, la densité de flux
thermique φ se conserve c'est-à-dire que le flux thermique cédé par le fluide chaud à la paroi
(Qfluide) égale le flux à travers la paroi (φ), égale le flux cédé par la paroi au fluide froid (Qpar).
φint ou ext = hΔθ avec Δθ=θe-θmur(parois)

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2.6.3 Paroi multicouches
Elle est constituée de deux ou plusieurs matériaux.

Variation de la température à travers la paroi en


fonction de la résistance

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Cas général :

2.6.4 Paroi discontinue


Elle est constituée de plusieurs parois simple(s) et composite(s).
Exemples :
- façade avec mur et vitrage.
- cloison de séparation (mur et porte) entre deux pièces d’un appartement...

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Flux thermique à travers la paroi :
Φ1 + Φ2 = Φ
φ1.S1 + φ2.S2 = φ.S
U1.S1.Δθ + U2.S2.Δθ = U.S.Δθ
U1.S1 + U2.S2 = U.S

Résistance thermique surfacique: r


= +

Résistance thermique: R

S= S + S ⟺ = +

Analogie électrique:

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2.6.5 Ponts thermiques
C’est une zone ponctuelle ou linéaire qui, dans l'enveloppe d'un bâtiment, présente une
moindre résistance thermique (jonction de deux parois par exemple).
Exemples : poteau en béton, profilé de soutien de plaques de plafond.

1. Ponts thermiques linéiques :


ψ : coefficient de transmission linéique (W.m-1.K-1)
ℓ : longueur des liaisons (m)
2. Ponts thermiques ponctuels
χ : coefficient de transmission ponctuel (W.K-1)

Φp = (ψ.ℓ + χ). Δθ
Φ =Φ1 + Φ2
Φ’ = Φ + Φp =Φ1 + Φ2 + Φp
U1.S1.Δθ + U2.S2.Δθ + (ψ.ℓ + χ). Δθ = U’.S.Δθ
U1.S1 + U2.S2 + (ψ.ℓ + χ) = U’.S

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2.6.6 Renouvellement d’air
Chaque heure, un certain volume (η en pourcentage) d’air du local est remplacé par de l’air
extérieur.

Énergie perdue :
E (Q) = m.c.Δθ
c : capacité thermique massique de l’air (J.kg-1.K-1)
m : masse d’air du local (kg)
m = ρ.V
V : volume du local (m3)
ρ : masse volumique de l’air (kg.m-3)

Flux perdu :
Φair (P) = E/t = E/3600 = m.c. Δθ/3600 = Φa
Φ’ = Φ + Φp =Φ1 + Φ2 + Φp
Φ’ + Φa = Φ’’

2.6.7 Coefficient volumique de déperdition thermique G


Puissance thermique perdue par 1 m3 du local pour une différence de température de 1°C entre
l’intérieur et l’extérieur du local.

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2.6.8 Condensation sur les parois
2.6.8.1 condensations et point de rosée
L’air d’un local contient toujours de la vapeur d’eau.
La mesure de cette humidité se fait par le degré d’hygrométrie Hr.
Quand la température de surface θs d’une paroi est suffisamment basse, l’eau se condensera
dessus.
(lors de l’échange de chaleur par convection le long des parois l’air se refroidit ; si la
température de surface θs est égale ou inférieur à θr, température du point de rosée, il y aura
condensation, apparition de gouttelettes sous forme de buée, ruissellement...)
Diagramme de Maillier
Inconvénients : moisissures, champignons...
Sur une paroi intérieure, θsi se rapproche d’autant plus de la température intérieure θi que
l’isolation de cette paroi est bonne.
De plus, un renouvellement d’air régulier permet de faire chuter le degré hygrométrique
(ventilation forcée dans les lieux humides : salle de bain, cuisine...).
Exemples : θi = 20°C ; θe = -10°C
- mur avec lame d’air : θsi = 14°C et Hr = 66%
- mur avec 45 mm d’isolant : θsi = 18°C et Hr = 89%

2.6.8.2 ponts thermiques


Les ponts thermiques étant plus froids que le restant de la paroi, les condensations y
apparaîtrons plus tôt.
Même s’il n’y a pas chute en dessous du point de rosée, la différence de température entre les
différentes parties fait que les courants de convection sont plus importants au contact des
surfaces les plus froides.
Il en résulte des dépôts de poussières plus rapides à ces endroits, ce qui se traduit par des
différences de teintes des revêtements.
Ce phénomène se remarque notamment dans les terrasses à corps creux où les emplacements
des nervures se dessinent en teintes foncées.
On évite ces ponts thermiques, dans la mesure du possible, par une isolation supplémentaire.

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2.6.9 Diffusion de vapeur d’eau

p désigne la pression de vapeur d’eau.


Il y a transport de vapeur d’eau
jusqu’à l’équilibre des pressions p.
L’importance du phénomène sera
proportionnelle à l’étanchéité de la cloison.

Les matériaux de construction sont tous plus ou moins poreux à la vapeur d’eau.
L’humidité est la source principale de détériorations dans le bâtiment (salissures,
décollements de revêtement, effritement des enduits, gonflement et gauchissement des bois, et
en cas de gel : fissurations et éclatements de matériaux)

L’air chaud contient plus de vapeur d’eau que l’air froid, la diffusion s’effectue du chaud vers
le froid. La température de la cloison diminue au fur et à mesure de la pénétration de la vapeur
d’eau et il arrive un moment où le point de rosée est atteint (il est d’ailleurs différent de celui
de l’atmosphère libre).
Dans les pores des matériaux la condensation apparaît pour des degrés hygrométriques
inférieurs à 100%. (les pores du béton se saturent d’eau pour Hr = 70%)
Le phénomène ne fait que s’accélérer lorsque l’eau vient remplacer l’air des pores, abaissant
ainsi la résistance thermique de la cloison et par voie de conséquence sa température.
(λair = 0,022 et λeau = 0,59 W.m-1.K-1).

Si de plus, certaines douches de la cloison sont à une température inférieur à 0°C, l’eau gèle,
alors l’accélération du phénomène est encore plus rapide (λglace = 1,94 W.m-1.K-1).

Un climat très froid est moins néfaste qu’un climat soumettant les matériaux à des cycles
journaliers de gel et de dégel alternés, car le phénomène de dégradation des matériaux sera
d’autant plus sensible que le rythme des oscillations (θ > 0 et θ < 0) sera plus rapide.
Pour limiter le phénomène de diffusion de la vapeur d’eau, on utilise des isolants munis de
pare-vapeur. Ce dernier étant placé du côté le plus chaud.

2.6.10 Inertie thermique

Plus un mur est lourd et plus il absorbera de chaleur, et en conséquence sera long à chauffer
en début de période de chauffage.
De même plus il est lourd et plus il est long à se refroidir lorsqu’on arrête le chauffage (apport
interne gratuit).
Cette inertie thermique est indépendante de la résistance thermique R du mur.
Les matériaux isolants, généralement légers, freinent le passage du flux de chaleur, mais se
mettent rapidement en régime de température.

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Les avantages et les inconvénients s’équilibrent en été.
Pour l’hiver, les murs légers ne sont pas un inconvénient grave s’ils sont bien isolés.
Ils conviennent mieux aux locaux chauffés temporairement :
- salle de réunion
- maison de fin de semaine...

T.D série N°1

Pour une paroi simple de surface S = 15,45 m2 qui sépare deux ambiances, l’une intérieure à
la température θi = 20°C et l’autre extérieure à la température θe = -10°C, d’épaisseur eb = 15
cm, constituée de béton de conductivité thermique
λb = 1,75 W.m-1.K-1, dont les coefficients d’échanges superficiels sont respectivement pour
l’intérieur hi = 9,1 W.m-2.K-1 et pour l’extérieur he = 16,7 W.m-2.K-1.
Exprimer littéralement puis calculer :
1) La résistance thermique surfacique r.
2) La résistance thermique R.
3) Le coefficient de transmission thermique U.
4) La densité de flux thermique φ et le flux thermique Φ traversant cette paroi simple.
5) Les températures de surface, respectivement θsi pour l’intérieur et θse pour l’extérieur.
6) L’énergie E en kWh « dépensée » par cette paroi pendant 24 h. E = P x t avec P = Φ
7) Que faut-il faire pour réduire les pertes thermiques à travers cette paroi ?
Il faut augmenter la résistance thermique du paroi.
T.D série N°2
A)
On ajoute à la paroi simple (exo1) une plaque de polystyrène (ep = 4cm, λp = 0,047 W.m-1.K-
1) côté intérieur.
Les températures intérieures et extérieures étant toujours égales à 20°C et -10°C, et les
coefficients d’échanges superficiels hi et he à 9,1 W.m-2.K-1 et 16,7 W.m-2.K-1.
1) Calculer r, R, U, φ, Φ, θsi, θse et l’énergie E dépensée pendant 24 h ainsi que la température
θ1 à l’interface des deux matériaux.
On souhaite réduire d’un tiers la densité de flux thermique traversant cette paroi composite.
2) Calculer la nouvelle épaisseur e’ de l’isolant (λ = 0,047 W.m-1.K-1), après avoir établi la
relation :
e’ = e + (r’ – r).λp, r’ désignant la nouvelle résistance thermique surfacique.

B)
A la paroi multiple (T.D série N°2, A) on ajoute côté intérieur un enduit plâtre (epl = 1 cm, λpl
= 0,35 W.m-1.K-1) et un enduit ciment côté extérieur (ec = 2 cm, λc = 1,15 W.m-1.K-1).
1) Calculer r, R, U, φ, Φ, θsi, θse, et l’énergie dépensée pendant 24 h.
2) Calculer les températures aux interfaces des différents matériaux θ1 (entre plâtre et
polystyrène), θ2 (entre polystyrène et béton) et θ3 entre béton et enduit ciment).
3) Tracer le diagramme des températures à travers la paroi.
(échelle : 1 cm pour 4°C et 1cm pour 2,5 cm d’épaisseur

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TD série N°3
Plancher chauffant
Dans le plancher d’un local de surface S = 16 m2, on a incorporé un système de chauffage
maintenant la température ambiante à 20°C.
Le système de chauffage est constitué d’un tube dans lequel circule de l’eau à température
moyenne supposée constante θe = 40°C.

Le coefficient d’échange surfacique entre la surface du revêtement du plancher et le local est


h = 10W.m-1.K-1.
1) Calculer la densité de flux, φ1, émise vers le haut par le système de chauffage.
2) Calculer la densité de flux, φ2, émise vers le bas par le système de chauffage.
3) En déduire la puissance thermique perdue, la puissance thermique reçue par le local et la
puissance fournie par le système de chauffage.
4) Calculer les températures θs, θ1 et θ2.
On désire limiter les pertes vers le sol de fondation à 10% de la puissance utile.
On supposera ces pertes égales à 0,22 kW.
On conserve le même isolant et la même épaisseur de béton.
5) a- Calculer la nouvelle épaisseur de l’isolant.
b- Calculer la nouvelle puissance fournie par le système de chauffage.

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III- EXEMPLES D’INSTALLATIONS THERMIQUES

3.1 – Introduction :
Les installations thermiques ont pour but de transformer l'énergie finale en une forme
permettant d'assurer les différentes prestations du bâtiment, en particulier le chauffage, l'eau
chaude ainsi que le refroidissement. L'énergie finale comprend l'énergie disponible à l'entrée
du bâtiment, sous toutes ses formes (gaz, électricité, etc.)
Quelle que soit la source d'énergie utilisée, il est nécessaire de disposer d'installations
spécifiques afin de transformer cette dernière en une énergie utile de chauffage ou de
refroidissement, c'est-à-dire en chaleur ou en froid.

3.2 – Installation de chauffage :


Une installation de chauffage comprend un ou plusieurs transformateurs d'énergie finale
principale en chaleur (chaudière, résistance électrique, pompe à chaleur, capteur solaire, etc.),
un réseau de distribution (distribuant soit l'énergie finale, soit la chaleur) et parfois un
accumulateur de chaleur. L'énergie finale auxiliaire sert à faire fonctionner le système. Elle
est souvent différente de l'énergie finale principale. Par exemple, un système à mazout (source
principale d'énergie) a besoin d'électricité pour faire tourner les ventilateurs des brûleurs, les
pompes, et faire fonctionner l'allumage et la régulation. Les principaux flux de chaleur sont
représentés à la Figure 3.1

Figure 3.1: Flux de chaleur dans une installation de chauffage

Le rendement global de l'installation de chauffage est donné par le rapport:

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η = $# (3.1)
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L'énergie utile étant égale à la somme des énergies fournies au transformateur moins les
pertes nettes, on peut donc calculer le rendement global à partir des pertes, en prenant garde
au fait qu'une partie de ces pertes peut être récupérée sous forme de chaleur utile. Par exemple
la cheminée de la chaudière peut contribuer au chauffage du bâtiment si elle passe au travers
du volume chauffé.

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3.2.1 - Besoins d'énergie de chauffage :

3.2.1.1 - Consommation d'énergie finale


L'énergie finale nécessaire au chauffage est généralement supérieure à la chaleur fournie au
bâtiment, calculée à l'aide du bilan thermique. Il faut en effet tenir compte des pertes de
chaleur imputables au système de chauffage, qui comprennent non seulement les pertes de
chaleur du générateur de chaleur et dans le réseau de distribution, mais aussi les effets d'une
régulation imparfaite de la température ou d'une distribution non uniforme de la température.
Pour une période donnée, la consommation d'énergie du système de chauffage, Q, est donnée
par l'équation:

Q + Qr = Qch + Qec + Qt (3.2)

Où Q représente les besoins d'énergie de chauffage du bâtiment;


Qr est la chaleur récupérée sur les auxiliaires, les systèmes de chauffage et
l'environnement;
Qch représente les besoins de chaleur pour le chauffage des locaux;
Qec est la chaleur requise pour préparer l'eau chaude;
Qt représente le total des pertes de chaleur imputables au système de chauffage.

3.3.1.2- Chaleur de préparation de l'eau chaude.


La quantité de chaleur nécessaire pour préparer l'eau chaude est :

Qec = ρ.c.Vec .( θec −θef) (3.3)

où ρ est la masse volumique de l'eau, ρ =1000 kg/m³;


c est la capacité thermique massique de l'eau, c = 4180 J/(kg·K);
Vec est le volume d'eau chaude consommé pendant la période de calcul;
θec est la température de l'eau chaude fournie;
θef est la température de l'eau entrant dans le système de préparation d'eau chaude.

Les pertes de chaleur du système de préparation d'eau chaude doivent être comprises dans
celles du système de chauffage.
Les apports de chaleur du réseau d'eau chaude au bâtiment sont généralement proches des
quantités de chaleur cédées par le bâtiment au réseau d'eau froide et à l'égout, et peuvent donc
être négligés dans le bilan thermique du bâtiment. Ces apports et déperditions doivent être pris
tous deux en considération si l'on désire les prendre en compte.
On compte en moyenne 50 l/jour et par personne pour la consommation d'eau chaude.

3.2.1.3 - Rendement du système de chauffage


Les besoins d'énergie du bâtiment peuvent également être calculés comme suit:

(3.4)

où le rendement du système de chauffage, ηch, est défini par:

(3.5)

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3.2.2 - Pompes à chaleur
Une pompe à chaleur (PAC) est une machine thermique permettant d'utiliser de l'énergie
mécanique (pompes à compresseur) ou thermique (pompes à adsorption) pour soutirer de la
chaleur à basse température d'un milieu (environnement par exemple) dit "source froide" et de
la restituer à une température plus élevée, la rendant utilisable pour les besoins domestiques
(chauffage et eau chaude).
L'intérêt de ces installations réside dans le fait qu'en fournissant une unité d'énergie
mécanique, on peut soutirer deux à trois unités d'énergie thermique (gratuite) d'une source à
basse température et obtenir trois à quatre unités d'énergie thermique (chaleur) à une
température suffisamment élevée pour être utilisée pour le chauffage de locaux (Figure 3.2).
On utilise ainsi moins d'énergie finale pour obtenir l'énergie utile souhaitée.

Phase gazeuse

Phase liquide

Figure 3.2: Schéma de principe d'une pompe à chaleur

3.2.2.1 Principe de fonctionnement d'une pompe à chaleur (PAC)


En principe (Figure 3.2), la PAC comporte un compresseur (mécanique ou à adsorption) qui
comprime un gaz. Ce gaz comprimé s'échauffe et cède sa chaleur dans un échangeur appelé
généralement condenseur. En effet, pour des raisons techniques, le gaz adopté condense en
liquide dans cet endroit, qui présente une température Tc supérieure à la température
d'utilisation Tu. Le liquide tiède est alors détendu dans une vanne de détente (ou capillaire de
détente) et peut être évaporé à une température Te inférieure à la température Tf de la source
froide. La chaleur nécessaire à l'évaporation est prise à la source froide dans l'échangeur de
chaleur appelé évaporateur. Du point de vue technique, une PAC fonctionne exactement
comme un réfrigérateur, avec un fluide (réfrigérant) dont le point d'ébullition sous faible
pression se situe à basse température (ammoniac, fréon, butane).
Par conservation de l'énergie, la somme des puissances fournies (puissance motrice Φm,
chaleur Φf prise dans la source froide et puissance annexe Φa pour les pompes) est égale à la
somme de la puissance utile Φu et des pertes de transformation Φt :

Φm +Φf +Φa =Φu +Φt (3.6)

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Dans la pratique, cependant, on écrit souvent plus simplement (en négligeant les pertes de
transformation Φt et la puissance annexe Φa pour les pompes) :

Φm +Φf =Φu (3.7)

Le cycle thermodynamique d'une telle machine peut être représenté dans un diagramme
température - entropie ou T-S (Figure 3.3).

Figure 3.3: Cycle thermodynamique d'une PAC dans un diagramme T-S

On rappelle que ce genre de diagramme permet de visualiser l'état d'un mélange diphasique; à
droite de la courbe en cloche (courbe de saturation), on se trouve en présence de vapeur, à
gauche, en présence de liquide, alors que sous la courbe se trouve un mélange liquide-vapeur.
Au point 1, le compresseur aspire le réfrigérant (à l'état de vapeur sèche) et le comprime en le
réchauffant; on parle de compression adiabatique, c'est-à-dire sans transfert de chaleur. Au
point 2, la vapeur est introduite dans le condenseur, où elle cède sa chaleur de vaporisation (à
la température Tu) en se condensant. Au point 3, on se trouve en phase exclusivement
liquide.
Le condensat sous pression est alors détendu (point 4) et envoyé dans l'évaporateur. Là, il
absorbe la chaleur gratuite de l'environnement à la température Tf et s'évapore. Pour le
fonctionnement du système en pompe à chaleur, Tc > Tu > Te > Tf.

3.2.2.2 Performance d'une pompe à chaleur


La performance d'une PAC seule est caractérisée par son coefficient de performance (COP)
défini comme le rapport de l'énergie utile (resp. la puissance utile) produite à l'énergie
mécanique (resp. la puissance mécanique) qui lui est fournie.

(3.8)

où Φu est la puissance fournie par la PAC;


Φf est la puissance soutirée (pompée) de l'environnement;
Φm est la puissance mécanique fournie à la PAC.
Le second principe de thermodynamique implique que ce COP ne peut jamais dépasser une
efficacité théorique connue sous le nom d'efficacité de Carnot, εc, définie comme suit :

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(3.9)

Où Tu est la température de la source chaude en K;


Tf est la température de la source froide en K.

Cette efficacité est l'efficacité théorique maximum d'une machine thermique fonctionnant de
façon réversible entre les températures Tu et Tf.
On voit que la quantité de chaleur disponible varie avec le rapport Tf/Tu; plus la température
de la source froide Tf est élevée et plus celle de la source chaude est basse, meilleure en est
l'efficacité du cycle théorique de Carnot (Figure 3.4).
Cette efficacité théorique suppose que le rendement des échangeurs (condenseur +
évaporateur) est égal à 1, et que les pertes au compresseur et au détendeur sont nulles, que le
réfrigérant est un fluide thermodynamique parfait, qu'il n'y a pas de pertes de charge dans le
circuit, etc.
Dans la pratique, ces hypothèses ne sont pas justifiables et on observe différentes pertes qui
ont pour conséquence de diminuer l'efficacité d'une PAC réelle.

Figure 3.4: Efficacité de Carnot εc en fonction de la température de la source chaude


(Tf = 0°C).
Afin de tenir compte de ces différentes pertes, on introduit la notion de "rendement
technique" ηPAC de la PAC, exprimant le rapport entre l'efficacité réelle (COP) et l'efficacité
théorique de Carnot :

(3.10)

En combinant les équations (3.9) et (3.10), il vient finalement :

(3.11)

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Sous ce rendement technique se cachent les pertes dues aux différents composants, mais
également la diminution de l'efficacité de Carnot due à la différence de température nécessaire
au bon fonctionnement des échangeurs. En effet, tout transfert de chaleur nécessite un
gradient de température. En d'autres termes, la température Tf du médium environnant (air,
eau, sol) doit être plus élevée que la température Te du réfrigérant en phase d'évaporation. De
même, la température Tu du fluide à chauffer doit être inférieure à la température du fluide
dans le condenseur Tc.

Tout se passe alors comme si on était en présence d'un cycle de Carnot travaillant entre les
températures Te et Tc et dont l'efficacité ε'c serait de :

(3.12)

Où ΔTc est la différence de température du condenseur


ΔTe est la différence de température de l'évaporateur

Si on pose ΔTc = ΔTe = ΔT, il vient :

(3.13)

(ΔT est petit comparé à Tu)

Exemple:
Les sources froide et chaude d'une PAC fonctionnant selon un cycle idéal sont de 10 et 45°C
respectivement. Déterminez la diminution d'efficacité due à la chute de température
nécessaire aux échangeurs (ΔT=8°C).
L'efficacité théorique maximale serait, selon la formule de Carnot :

(3.14)

Et avec les échangeurs:

(3.15)

Le compresseur constitue une autre source de pertes. Tout d'abord, le rendement de ce dernier
est inférieur à l'unité, mais de plus, pour des raisons de sécurité d'exploitation (i.e. ne pas
aspirer du liquide), une légère surchauffe est prévue avant l'aspiration. Ceci s'accompagne
d'une augmentation de la puissance à dépenser, accompagné cependant d'un accroissement de
la puissance disponible.
En fait, les pertes qui se produisent lors de la compression, se transforment en chaleur et
peuvent ainsi être, en grande partie, récupérées. Cette énergie ne bénéficie cependant pas de
"l'effet multiplicatif" du coefficient de performance; l'énergie mécanique est simplement
dégradée en chaleur.

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 19


Le compresseur constitue une autre source de pertes. Tout d'abord, le rendement de ce dernier
est inférieur à l'unité, mais de plus, pour des raisons de sécurité d'exploitation (i.e. ne pas
aspirer du liquide), une légère surchauffe est prévue avant l'aspiration. Ceci s'accompagne
d'une augmentation de la puissance à dépenser, accompagné cependant d'un accroissement de
la puissance disponible.

En fait, les pertes qui se produisent lors de la compression, se transforment en chaleur et


peuvent ainsi être, en grande partie, récupérées. Cette énergie ne bénéficie cependant pas de
"l'effet multiplicatif" du coefficient de performance; l'énergie mécanique est simplement
dégradée en chaleur.

Le passage du fluide dans la vanne de détente, dont le rôle est d'en réduire la pression, se
traduit également par des pertes irréversibles partiellement récupérables sous forme de
chaleur.

On observe aussi des pertes de charge thermique dans l'ensemble de la tuyauterie composant
la PAC.

En plus, il faut inclure les pertes dues aux appareils auxiliaires tels que pompes et ventilateurs
dont le rôle est de véhiculer la chaleur entre la PAC et le milieu environnant; ces pertes sont,
en valeur relative, loin d'être négligeables, spécialement pour des installations de taille
modeste.

Le cumul de tous ces effets amène à des valeurs concrètes de ce rendement technique de
l'ordre de 40-60%. Dans la pratique, ce dernier est difficilement calculable et est généralement
obtenu expérimentalement.

Cette façon de déterminer l'efficacité d'une PAC en régime stationnaire représente le COP
instantané. A cause des pertes liées au fonctionnement de l'installation (dégivrage et régime
de fonctionnement variable) et aux fluctuations de température, cette valeur n'est jamais
atteinte dans la pratique; il est plus judicieux alors d'utiliser son COP annuel moyen mesuré,
défini comme étant le rapport de l'émission annuelle de chaleur à la somme annuelle de toutes
les énergies payantes fournies à l'installation.
La Table 3.1 donne quelques valeurs indicatives de COP annuel mesuré pour des
installations correctement dimensionnées et exploitées de façon optimale.

Table 3.1: Valeurs indicatives de COP mesuré

En pratique, la température utile des PAC utilisées pour le chauffage est limitée à 50 °C. Les
en fonction des températures au condenseur, Tc, supérieure à Tu et à l'évaporateur, Te,

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 20


inférieure à Tf. Toute chute de température aux échangeurs entraînera donc un COP effectif
inférieur à celui annoncé en catalogue.

3.2.2.3 Considérations pratiques


Des considérations exposées ci-dessus, il ressort que pour avoir un bon fonctionnement, une
PAC nécessite une température de la source froide aussi élevée et constante que possible, et
un faible écart de température entre cette dernière et l'utilisation. On utilise une PAC de
préférence pour du chauffage à basse température (30-50°C).
Diverses sources de chaleur sont utilisables pour une installation. Le choix de la source
dépend essentiellement des circonstances locales (disponibilité) et des restrictions légales
imposées pour certaines sources. On peut utiliser:
- des chaleurs de rejet industrielles
- un cours d'eau ou un lac
- une nappe phréatique
- le sol
- des capteurs solaires
- l'air vicié évacué du bâtiment
- l'air ambiant extérieur
Toutes ces sources présentent généralement une température qui varie au cours du temps, ce
qui entraîne d'une part une variation du COP et d'autre part d'éventuelles périodes de non
fonctionnement de la PAC. En effet, si la source est trop froide, le COP peut être inférieur à 1.
L'exemple typique est l'air extérieur qui peut présenter des conditions de givrage à
l'évaporateur.

3.2.3 – Installations solaires


3.2.3.1 - Le rayonnement solaire
L'énergie produite par les réactions thermonucléaires dans le soleil est rayonnée dans l'espace
sous forme d'ondes électromagnétiques dans un spectre très étalé (des ondes métriques aux
rayons gamma en passant par la lumière visible). La densité de flux d'énergie à la surface
apparente du soleil est de 64 MW (million de Watts) par mètre carré. Cette densité diminue en
fonction directe du carré de la distance. Ainsi, aux confins de l'atmosphère (donc à 150
million de km du soleil), la densité de flux totale vaut en moyenne 1367 W/m²,
essentiellement reçu dans la bande des 0.3 micron (ultraviolet) à 2.5 micron (infrarouge
proche) de longueur d'onde. L'intensité maximale se trouve à 0.55 micron, correspondant à la
couleur verte.
L'absorption et la diffusion atmosphérique a pour effet de diminuer cette intensité d'une
manière générale dans toutes les longueurs d'onde et plus fortement dans certaines bandes
d'absorption moléculaires des composants de l'air illustrées sur la Figure 3.5. Cette figure
montre le spectre du rayonnement solaire en dehors de l'atmosphère et au niveau de la mer,
par ciel serein.

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 21


Figure 3.5: Spectre solaire

La puissance totale du rayonnement solaire reçu par la terre est de 170 000 kWh, mais une
partie de ce rayonnement est directement réfléchie vers l'espace. A la surface de la terre, les
endroits les plus ensoleillés, comme le sud du Sahara reçoivent annuellement 2000 kWh/m².

En région tempérée, on en reçoit encore plus de la moitié. En Suisse, la station la plus


ensoleillée, Zermatt, reçoit annuellement 1480 kWh/m², et la région la moins favorisée,
Lucerne, reçoit tout de même 1109 kWh/m².

3.2.3.2 - Les capteurs solaires


Le rôle d'un capteur solaire ou héliothermique est de transformer l'énergie électromagnétique
du rayonnement solaire en énergie thermique, et ensuite de transmettre cette dernière à un
fluide caloporteur. Concrètement, l'énergie solaire est absorbée par un corps, l'absorbeur,
dans lequel (ou au contact duquel) circule le fluide à échauffer; cela peut être de l'air, de l'eau,
de l'huile ou tout autre fluide. A ce titre, un simple tuyau d'arrosage exposé au soleil constitue
déjà un capteur solaire.

Ce corps (l’absorbeur) doit donc avoir un bon coefficient d'absorption pour le rayonnement
solaire et est, de ce fait, noir à nos yeux et dans le proche infrarouge (en fait dans la bande des
0.4 à 2.5 microns de longueur d'onde). De plus, l'absorbeur doit avoir un bon contact
thermique avec le fluide caloporteur. Autour de l'absorbeur, divers dispositifs sont placés pour
diminuer les pertes de chaleur qui ne seraient pas transmises au fluide et pour augmenter le
niveau de température.

Ayant augmenté sa température, l'absorbeur va également dissiper une partie de son énergie
thermique vers l'extérieur; afin de diminuer ces pertes et d'augmenter le niveau de
température, l'absorbeur est généralement placé dans une enceinte vitrée tel que schématisé
sur la Figure 5.17.

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Le verre, qui ferme cette enceinte, présente cette particularité d'être transparent au
rayonnement solaire mais quasiment opaque à la chaleur (rayonnement infrarouge de grande
longueur d'onde).

Figure 3.6: Schéma de principe d’un capteur solaire plan

Ainsi le rayonnement solaire pénètre dans le capteur et se transforme en chaleur au contact de


l'absorbeur qui s'échauffe. Le rayonnement infrarouge émis par ce dernier, ne peut traverser le
verre. L'énergie se trouve ainsi piégée dans le capteur dont la température s'élève. On parle de
l'effet de serre par analogie aux constructions vitrées utilisées en horticulture pour obtenir par
ce moyen une température plus élevée favorable à la croissance des plantes.

3.2.3.2.1 - Les types de capteurs


Suivant le fluide caloporteur ou la géométrie du capteur, on peut distinguer plusieurs grandes
catégories de capteurs solaires :
- Selon le fluide caloporteur : les capteurs à eau, à air, à huile, à ébullition.
- Suivant la géométrie du capteur: les capteurs plans ou à concentration. Les
capteurs à concentration permettent d'obtenir de hautes températures mais ne
captent que le rayonnement solaire direct (Figure 3.7). Les capteurs plans
atteignent des températures moyennes mais captent la totalité du flux solaire
(Figure 3.8)

Figure 3.7: Capteur à concentration Figure 3.8: Capteur plan

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 23


Les critères principaux au choix d'un capteur peuvent être les suivants :
- Le niveau de température désiré peut-il être fourni dans de bonnes conditions ?
- Est-il possible d'intégrer facilement les capteurs sur le site envisagé (sur un toit
plat, intégré en toiture, posé sur le sol, etc.)?
- Le capteur a-t-il de bonnes performances, soit un bon coefficient d'absorption
global ou coefficient d'échange rayonnement solaire-fluide caloporteur et un
faible facteur de pertes à la température envisagée?
- Les matériaux de l'absorbeur sont-ils compatibles avec le fluide caloporteur?
- Les matériaux de couverture et du boîtier résisteront-ils à l'environnement
prévu?
- La durée de vie estimée est-elle suffisante? Quelles sont les garanties?
- Le prix est-il acceptable?
D'autres propriétés doivent être connues et examinées au niveau de la conception:
- Le capteur résiste-t-il à la pression prévue dans le circuit solaire?
- Les pertes de charge du capteur sont-elles compatibles avec la pompe prévue?
- La capacité thermique du capteur est-elle assez faible?

3.2.3.2.2- Performances des capteurs solaires


Rappelons que le capteur a pour but de transformer le rayonnement solaire en chaleur et de
transmettre cette chaleur au fluide caloporteur.
Les flux d'énergie présents dans un capteur sont représentés à la Figure 3.9. Le flux d'énergie
solaire (Φs) est en partie réfléchi par la couverture transparente et en partie réfléchi par la
surface absorbante (Φr). Le solde (énergie résiduel) est absorbé et transformé en chaleur. Cette
chaleur est transmise au fluide caloporteur contenu dans l'absorbeur, qui en perd une partie
par l'avant (Φp) et par l'arrière (Φb). L'énergie absorbée échauffe aussi le capteur. Si sa
capacité thermique est grande, il faudra plus de temps pour l'échauffer, donc l'installation
fonctionnera plus tard après l'apparition du soleil que si la capacité est petite. De plus, la
quantité de chaleur contenue dans le capteur lorsque l'installation solaire s'arrête est perdue.
Pour améliorer leurs performances, pratiquement tous les capteurs héliothermiques ont une
faible inertie, et l'approximation quasi stationnaire utilisée ici se justifie. Par conservation de
l'énergie et en régime stationnaire, on obtient l'énergie utile à la sortie du capteur Φu :

Φu =Φs −Φr −Φp − Φb (3.16)

Le rapport entre le flux solaire transformé en chaleur par l'absorbeur et le flux solaire incident
est le coefficient d'absorption α du capteur ou rendement optique. Ce coefficient dépend de
l'angle d'incidence i. Ce coefficient vaut αo à incidence normale et αdiff pour un flux solaire
diffus, provenant de toutes les directions du ciel. Les pertes thermiques Φp + Φb sont
inévitables, mais on peut en diminuer l'importance en prenant une ou plusieurs des mesures
suivantes:
- faire opérer le capteur à la température la plus basse possible ;
- diminuer la surface de l'absorbeur par rapport à la surface de captage (capteurs
à concentration) ;
- isoler avec un matériau convenable la face arrière et les côtés de l'absorbeur ;
- diminuer les pertes au travers de la couverture en doublant celle ci ou en
utilisant un revêtement sélectif sur l'absorbeur et/ou la couverture ;
- faire le vide d'air autour de l'absorbeur (capteurs à vide).
En première approximation, on peut décrire le flux de pertes par:

(3.17)

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 24


où K est le facteur de pertes, qui augmente un peu avec la température moyenne du capteur Tc,
Te la température de l'air extérieur et A la surface utile.

Figure 3.9: Les flux d'énergie dans un capteur plan

On peut donc décrire la puissance transmise au fluide caloporteur par mètre carré de surface
utile de captage par :

(3.18)

où qs est l'intensité du flux solaire incident [W/m²]. Dans cette équation, toutes les variables
dépendent du temps.

En divisant l'équation (3.18) par la densité de flux du rayonnement solaire, on obtient


l'équation donnant le rendement instantané du capteur, si l'on admet que l'inertie de celui-ci
est négligeable:
(3.19)

(3.20)

est une variable météorologique si l'on admet que la température du capteur est constante. La
Figure 3.10 présente les courbes de rendement de quelques capteurs. On notera que:
- Le rendement diminue avec x, donc avec la température du capteur. Il y a
intérêt à faire fonctionner les capteurs solaires à la plus basse température
possible, compatible avec l'utilisation de la chaleur. Par exemple, il est plus
rentable de chauffer l'eau chaude pour des douches à 40°C que de la chauffer à
100°C pour la mélanger ensuite avec de l'eau froide.
- A basse température, l'absorbeur nu sélectif a un meilleur rendement que les
autres capteurs, alors qu'à très haute température, seul le capteur évacué a un
rendement acceptable. Sachant que le prix des capteurs augmente avec leur
complexité (l'absorbeur nu est le meilleur marché, vient ensuite le capteur plan,

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 25


puis le capteur évacué), il est important d'adapter le capteur à l'utilisation
prévue: absorbeurs nus pour le chauffage des piscines ou de l'eau chaude,
capteur plan pour l'eau chaude sanitaire et l'eau industrielle à température
moyenne, et capteur évacué ou à concentration pour les hautes températures.

Figure 3.10: Courbe de rendement de quelques capteurs

3.2.3.3 - Installations solaires


Il a été vu au paragraphe précédent que bien qu'étant fondamentalement simple, le bon
fonctionnement d'un système solaire nécessite quelques précautions. Un autre problème
inhérent à l'utilisation de l'énergie solaire est sa disponibilité temporelle; grossièrement
exprimé, le soleil fournit le moins d'énergie précisément lorsque les besoins thermiques sont
les plus grands, c'est-à-dire pendant les mois d'hiver, lors des jours de mauvais temps, et en
soirée. Il faut donc avoir recours à des capacités de stockage capables de restituer cette
chaleur avec un certain déphasage. Si techniquement il est possible de couvrir la totalité des
besoins annuels en chaleur par une installation composée de capteurs solaires et
d'accumulateurs uniquement, il n'en va pas de même du point de vue économique. Pour pallier
à ce handicap, on a donc généralement recours à des systèmes combinés avec une autre source
d'appoint. Une installation solaire se présente pratiquement toujours selon la Figure 3.11: des
transformations de forme d'énergie ont lieu au captage. L'accumulation sert à adapter l'offre à
la demande, l'appoint doit couvrir le manque d'offre éventuel, et la régulation (R) doit gérer le
tout de façon que l'installation solaire fournisse le maximum d'énergie utile possible et que les
flux d'énergie aillent toujours dans le sens des flèches. Les lignes pointillées montrent les
relations des éléments du système avec la régulation (R).

Figure 3.11: Schéma de principe d'une installation solaire

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3.2.3.4 – Exemples d’Installation solaire

3.2.3.4.1 - Chauffe-eau solaire


Le chauffe-eau solaire est le système actif à conversion directe du rayonnement solaire en
chaleur utile le plus répandu au monde. Il a maintenant fait les preuves de sa rentabilité
économique et de sa fiabilité, à conditions qu'un certain nombre de règles de
dimensionnement et de mise en œuvre décrites dans les ouvrages spécialisés, soient
respectées.

Figure 3.12: Schéma de principe d'un chauffe-eau solaire de conception simple

Dans sa conception la plus simple, le chauffe-eau solaire schématisé à la Figure 3.12


comprend:
- Le capteur solaire proprement dit. Celui-ci transforme le rayonnement solaire
en chaleur.
- Le stock ou accumulateur de chaleur. Les besoins en eau chaude peuvent aussi
bien se présenter lorsqu'il y a du soleil que lorsqu'il n'y en a pas (de nuit, ou par
temps couvert). Un accumulateur de chaleur sous forme de réservoir d'eau
chaude est donc nécessaire. Il joue un rôle de tampon, permettant d'adapter les
apports d'énergie par le soleil aux besoins en eau chaude de l'utilisateur.
- Le circuit de transfert de la chaleur; deux conduites principales relient le
capteur au stock thermique. Une pompe de circulation permet l'entraînement du
fluide caloporteur, un mélange d'eau et d'antigel permettant de passer l'hiver
sans risque de dégâts. Le transfert de chaleur au stock se fait par l'intermédiaire
d'un échangeur, généralement un serpentin hélicoïdal.

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- Un corps de chauffe auxiliaire (résistance électrique, échangeur de chaleur
couplé à une chaudière) installé dans la partie supérieure de l'accumulateur,
permet de suppléer à un trop faible ensoleillement ou de satisfaire une forte
demande occasionnelle en chaleur.
- Le module de régulation électronique qui n'enclenche la pompe de circulation
que lorsque le capteur est à température plus élevée que l'eau contenue dans la
partie inférieure du stock.

Lorsque le stock peut être placé au-dessus du niveau des capteurs, il est possible de se passer
de la pompe de circulation et de la régulation, à condition que la longueur des conduites aller
et retour n'excède pas quelques mètres (Figure 3.13). Par temps ensoleillé, le liquide
caloporteur se met à circuler sous l'effet de sa différence de densité entre la partie chaude du
circuit (le capteur) et la partie plus froide. On parle alors de chauffe-eau à thermosiphon.

Figure 3.13: Chauffe-eau solaire à thermosiphon. La distance minimum entre le haut des
capteurs et le bas de l'accumulateur est comprise entre 30 et 80 cm.

3.2.3.4.2 - Chauffage de piscines


Le chauffage de piscines en plein air est l'une des applications adéquates de l'énergie solaire:
l'offre coïncide avec la demande. Le bassin tient aussi le rôle de capteur passif d'énergie
solaire et d'accumulateur de chaleur.
De plus, point n'est besoin de haute température pour tempérer l'eau d'une piscine entre 20 et
25°C. Il suffit que les capteurs fournissent de l'eau à température à peine supérieure à 30°C, ce
qui permet des rendements excellents avec des capteurs tout à fait ordinaires.
Une piscine chauffée à l'énergie solaire et couverte la nuit pour diminuer les pertes par
évaporation peut totalement se passer de chauffage complémentaire au mazout ou à
l'électricité.
L'eau de la piscine peut directement circuler dans les capteurs si ceux-ci sont en matière
plastique.

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 28


Avec des capteurs métalliques, il faut prévoir un échangeur de chaleur séparant le circuit
d'eau chlorée et corrosive de la piscine du circuit d'eau des capteurs. Cet inconvénient est
généralement compensé par une plus grande durabilité.

3.2.3.4.3-Chauffage de locaux
Dans une bonne partie de l'Europe, l'ensoleillement est beaucoup plus faible en hiver qu'en
été, notamment à cause du brouillard. De ce fait, le chauffage de locaux à l'aide de capteurs
solaires ne se justifie économiquement que si les capteurs sont utilisés aussi en été d'une
manière ou d'une autre. C'est le cas en particulier dans les types d'installations suivantes.

3.2.3.4.3.1 - Stockage saisonnier


La chaleur solaire captée en été est accumulée dans un stock de grandes dimensions pour être
restituée en hiver. Ce type d'installation est économiquement justifiable si sa dimension est
importante (grands bâtiments ou bâtiments groupés). En climat tempéré, le stockage
saisonnier est la seule solution utilisable pour couvrir une grande partie (voire la totalité) des
besoins en chaleur par l'énergie solaire.

3.2.3.4.3.2 - Couplage avec un chauffage de piscine


La surface de capteurs relativement importante chauffant une piscine l'été peut être utilisée
l'hiver pour contribuer au chauffage ou à la préparation d'eau chaude. Dans ce cas, les
capteurs doivent présenter de bonnes performances (absorbeurs sélectifs ou capteurs vitrés).

T.D N°4

Chaudières et pompes à chaleur


1. Quelle quantité d'énergie faut-il annuellement pour chauffe l'eau chaude consommée par
une personne ?
2. Une petite chaudière à mazout moderne présente les caractéristiques mesurées suivantes:
Température des fumées: 220°C, température ambiante dans la chaufferie: 20°C,
concentration de gaz carbonique dans les fumées: 8%. Quel est son rendement de
combustion?
Est-il suffisant?
3. Cette chaudière présente des pertes en fonctionnement égales à 5% de sa puissance
nominale, et ses pertes de maintien en température représentent 3% de sa puissance nominale.
Quel est le rendement de la chaudière ηch?
4. Cette chaudière a une puissance de 30 kW et consomme 3000 l de mazout par an. Quel est
son rendement annuel si elle n'est utilisée que pour le chauffage d'un bâtiment à Lausanne?
5. Une pompe à chaleur a un rendement technique ηPAC de 50%. Quel sera son COP si on
l'utilise pour chauffer de l'eau de chauffage à 30°C en puisant la chaleur dans la nappe
phréatique (10°C). Que devient-il si on désire produire de l'eau chaude (55°C) en puisant la
chaleur dans l'air extérieur (0°C) ?

Installations solaires
6. Trois capteurs présentent les caractéristiques suivantes:

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 29


Lequel choisissez-vous pour chauffer une piscine (25°C), de l'eau chaude (50°C) et pour une
application industrielle à 100°C?
7. A quelle température doivent pouvoir résister les matériaux des capteurs mentionnés ci-
dessus et les conduites de raccordement? En d'autres termes; quelle est la température
maximale que peuvent atteindre, en été, les trois capteurs ci-dessus ?

Laboratoire de Thermique appliquée/ESP Antsiranana Page 30