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LES POLITIQUES VISANT A LUTTER CONTRE L’EXCLUSION SONT ELLES

VOUEES A L’ECHEC ?

Entrée en matière : En 1974, René Lenoir publiait un livre « Les exclus : un français sur
dix » qui mettait en avant la réalité de l’exclusion encore mal perçue à l’époque. Il est vrai
qu’on comptait alors « seulement » 600000 chômeurs soit 2,7 % de la population active.

Aujourd’hui, ce phénomène est malheureusement pérenne et on compte environ 2 700 000


chômeurs recensés soit 9,3 % de la population active (9,7 % avec les DOM)

Mais le chômage n’est pas la seule cause de l’exclusion et on peut être tout à la fois
« employé » et exclu ou à la marge de la société, à l’exemple de ce qui se passe dans les pays
anglo-saxons tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni, qui prétendent avoir atteint le quasi
plein emploi alors que le nombre des exclus y est croissant.

Dimension du sujet (historique-géo) : La dimension historique n’est pas incontournable eu


égard à l’intitulé du sujet mais on pourra cependant faire référence à des évolutions. Il
conviendrait de rappeler que le phénomène concerne la plupart des pays occidentaux
développés.

Définitions : Etre exclu signifie ne pas avoir accès à ce qu’offre la société, décalage d’autant
plus grand qu’on se situe dans un contexte où l’image d’un individu et son rapport à la société
est très liée à ce qu’il « représente » socialement.

« Vouées à l’échec » renvoie, bien que fort heureusement posé sous la forme interrogative, à
un phénomène qui serait inéluctable et qui devrait donc se produire fatalement. Ce sera à
discuter.

Problème posé, idée générale : On constate un paradoxe entre la montée de l’exclusion qui
tend à s’installer dans la durée pour certaines catégories de personnes et l’existence de
politiques publiques de protection et d’insertion. Il faudra cependant relativiser l’importance
de ces dernières et surtout leur efficacité, dans une société qui génère naturellement de
l’exclusion. Il faudra enfin prendre la mesure du risque que cette situation fait courir à nos
sociétés car c’est leur cohésion qui s’en trouve menacée.

***

Annonce de plan : Les efforts relatifs consentis depuis de nombreuses années en faveur
des populations les plus fragiles, n’ont pas empêché la progression des exclusions dans
notre société. Ce phénomène, inhérent à notre mode de développement, constitue un
risque majeur qui menace les fondements même de la démocratie.

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Phrase titre I / : La mise en place des différents « filets de protection » n’a pas empêché la
progression du phénomène.

« Chapeau » 2 sous-parties (A et B) : Pour lutter contre l’exclusion qui touche toutes les
sociétés, des politiques publiques ont été élaborées. Leur importance doit cependant être
mesurée à l’aune de la progression globale de la richesse dans nos sociétés et le constat de
leur relative inefficacité doit malheureusement être dressé.

Phrase titre 1ère sous-partie (I/A/) et annonce structure sous-partie : Notre société s’est
donné pour objectif de « bannir la misère » sous toutes ses formes.

Développement I/A/ : La pauvreté est une réalité ancienne et qui pouvait paraître naturelle
dans des organisations sociales fondées sur le principe d’inégalité. Les principes de la
Déclaration des Droits de l’Homme ont remis en cause un tel postulat et le préambule de la
Constitution de 1946 en est l’illustration. « Tout être humain (…) a le droit d’obtenir de la
collectivité des moyens convenables d’existence » Cette affirmation théorique a pu être
confortée par la période des « trente glorieuses » qui a donné les moyens à notre société de se
doter d’un système assurant un minimum vital aux plus faibles. Mais dès la fin des années
soixante-dix, la crise économique a fait apparaître le phénomène de la « nouvelle pauvreté »
qui a mis fin à la croyance en une croissance continue et harmonieuse dans les pays
développés.

On a ainsi assisté à l’émergence « des exclusions » dont les causes et les manifestations sont
multiples. Est tout d’abord et bien évidemment posée la question de l’emploi et on sait que
certaines populations sont plus touchées que d’autres, les femmes, les jeunes, les moins
qualifiés et les populations étrangères notamment. Plus les périodes de chômage sont longues,
plus les populations concernées sont fragilisées et éloignées de la perspective d’une
réinsertion possible.

Mais l’exclusion concerne aussi le logement, la santé, le droit à l’éducation … En janvier


2002, la première enquête menée auprès des sans-abri par l'Insee établit à 86 000 le nombre
de personnes dormant en centre d'hébergement ou abri de fortune, soit 63 500 adultes,
accompagnés de 16 000 enfants, dont un grand nombre en bas âge, auxquels l'Insee a ajouté
les 6 500 étrangers hébergés dans les Centres d'accueil pour demandeurs d'asile. Chiffre au
demeurant difficile à établir dans la mesure où la population de sans domicile fixe est par
nature mobile au plan géographique. Si la majorité des sans-abri est au chômage (40 %),
inactifs ou dans l'impossibilité légale de travailler — les étrangers représentent près de 30 %
des sans-abri — un tiers d'entre eux possède un emploi, mais qui ne lui permet pas d'accéder
au logement.

Selon une étude de l’Insee sur la pauvreté qui vient de paraître (octobre 2010 - données 2008),
près d’un ménage français sur huit se situe sous le seuil de pauvreté, avec moins de 950 euros
de revenu par mois. Les familles monoparentales sont les plus touchées. Ces chiffres reflètent
juste une stabilisation de la pauvreté en France. C’est donc 13 % de la population qui est
concernée.

Conclusion partielle + transition : Le phénomène de l'exclusion a donc pris une ampleur


considérable, puisque les études du Centre d'études et de recherche sur les coûts mettent en
avant la vulnérabilité de cinq millions de personnes en précarité professionnelle et de sept
millions de personnes en situation sociale fragile. En outre, douze millions de personnes
perçoivent les aides minimales garanties par la loi en fonction de leur état. Pourtant et
paradoxalement, les dispositifs de secours n’ont jamais été aussi importants.

*
Phrase titre 2ème sous-partie (I/B) et annonce structure sous-partie : Les « filets de
protection » élaborés sont importants même s’il faut toutefois faire le constat de la stagnation
du « pouvoir d’achat » des minima sociaux.

Développement I/B/ : Les dispositifs de lutte contre l’exclusion sont importants.

L’Etat a mis en place depuis de nombreuses années des dispositifs pour tenter de lutter contre
la précarité, la pauvreté et l’exclusion sociale. Sans prétendre à l’exhaustivité :

1. Les minima sociaux. En 2009, un peu plus de 3 millions de personnes sont allocataires de
minima sociaux, mais 6 millions de personnes (en incluant les ayants droits : enfants,
conjoints des bénéficiaires) au total en vivent. L’allocation de solidarité spécifique (ASS),
instituée en 1984, est une allocation chômage s’adressant aux chômeurs ayant épuisé leurs
droits à l’assurance chômage. L’allocation aux adultes handicapés (AAH), instituée en 1975,
s’adresse aux personnes handicapées ne pouvant prétendre ni à un avantage vieillesse ni à une
rente d’accident du travail. Les allocations du minimum vieillesse (ASV et ASPA) Le revenu
de solidarité active (RSA) en vigueur depuis le 1er juin 2009 en France métropolitaine,
remplace le revenu minimum d’insertion (RMI), l’allocation de parent isolé (API) et les
dispositifs associés d’intéressement à la reprise d’activité. Le RSA apporte également un
complément de revenu à des travailleurs pauvres qui n’auraient pas pu bénéficier de ces aides.
Son financement est assuré par l’Etat et les départements …/…

2. La couverture maladie universelle (CMU) et l’aide médicale d’Etat (AME) C’est la « Loi
d'orientation relative à la lutte contre les exclusions » du 29 juillet 1998 qui est à l’origine de
la CMU effective en 2000. La CMU n’est pas un minimum social mais, tout comme les
minima sociaux, elle est un des piliers de la lutte contre l’exclusion. Son objectif est de
permettre l’accès aux soins des plus démunis et à toute personne n’ayant pas d’assurance
maladie. La CMU dépend du régime général de l’assurance maladie de la Sécurité sociale.
Elle compte plus de quatre millions de bénéficiaires. L’aide médicale d’Etat est un dispositif
d’accès aux soins gratuit dont peuvent bénéficier les étrangers en situation irrégulière résidant
sur le territoire français depuis plus de trois mois mais n’ayant droit à aucun régime de
Sécurité sociale. L’AME est accordée pour un an et n’est pas renouvelée automatiquement …/

3. La loi du 29 juillet 1998 d’orientation relative à la lutte contre les exclusions. Elle a trois
objectifs, garantir l'accès aux droits fondamentaux, (droit à l’emploi : ex. développement du
programme TRACE (Trajet d'accès à l'emploi) pour les jeunes en difficulté, droit au
logement, droit à la santé : ex. création de la CMU, droit à la citoyenneté : ex. modification du
code électoral, possibilité de voter sans adresse fixe), prévenir et mieux agir contre les
exclusions.

4. Autres mesures de politiques d’insertion et de lutte contre les exclusions : la lutte contre le
surendettement, l’accès à l’éducation, le logement social, le renforcement du dispositif
d’accueil, l’hébergement d’urgence, le plan grand froid, le SAMU social qui contribuent
également à la lutte contre l’exclusion.

Mais il est très important de souligner que cet effort a tendance à stagner depuis le milieu des
années quatre-vingt. Et les chiffres sont très révélateurs de la réalité de l’effort consenti par la
solidarité nationale, puisqu’en pourcentage du PIB, les sommes consacrées aux minima
sociaux (vu ci-dessus) sont passées de 0,3 % du PIB en 1970 à 0,9 % en 2008 (17 mds euros),
ce qui reste très « raisonnable » A titre de comparaison, noter par exemple qu'entre 1996 et
2004 le niveau de vie médian a progressé de 12 %, c'est-à-dire 1.4 % en moyenne par an.

Conclusion partielle + transition : Bien que des efforts aient été fournis, encore qu’à
relativiser, on ne peut que constater qu’ils n’ont pas permis, même de réduire la progression
du nombre de personnes en situation de précarité. Il faut en conclure que cet effort est
insuffisant et surtout que l’exclusion est finalement une donnée incontournable de toutes les
sociétés.

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Phrase titre II/ et « Chapeau » 2 sous-parties (A et B) » : En réalité, les sociétés génèrent


l’exclusion et l’amplitude sans cesse croissante du décalage entre les exclus et le reste de la
société présente un risque majeur pour l’ensemble de la collectivité.

Phrase titre 1ère sous-partie (II/A/) et annonce structure sous-partie : Le mode de


développement de la société est lui même facteur d’exclusion.

Développement II/A/ : La richesse croissante de notre société mise en perspective avec la


progression du nombre des exclus constitue un paradoxe difficile à expliquer.

Il existe donc sans nul doute des facteurs liés à notre mode de développement et l’exclusion
ne doit plus être considérée comme le résultat d’une crise conjoncturelle mais bien comme le
produit permanent de notre propre développement. L’exemple en est le maintien d’un fort
taux de chômage en période de croissance qui traduit ainsi la recherche de combinaisons
productives toujours économes en main d’œuvre, notamment peu qualifiée, dans une société
dite « de loisirs » qui n’en a que le nom, alors qu’on sait que seule l’activité est synonyme de
reconnaissance sociale.

D’où la légitimité d’un système de protection sociale qui vient corriger les effets négatifs
qu’engendre inéluctablement le fonctionnement d’une économie de marché. Pour illustrer
notre propos, on ne peut tout à la fois souhaiter la globalisation des économies et soutenir que
ceux qui restent au bord du chemin en raison de la mise en place de ces politiques ne doivent
pas bénéficier de la solidarité nationale.

La complexification de nos sociétés est un autre facteur explicatif de la mise à l’écart de tous
ceux qui ne peuvent s’adapter aux évolutions techniques, sociales et administratives.

La dilution des solidarités de proximité (développer la question de l’urbanisation) a également


contribué à l’apparition de l’exclusion des populations isolées.

Le rejet d’un système perçu comme inaccessible par certains conduit également à l’exclusion
qui est parfois un choix de vie.

Conclusion partielle + transition : Cette « relégation » est intolérable dans une société
moderne non seulement parce qu’elle présente des risques non négligeables pour la société
elle-même mais aussi au plan moral.

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Phrase titre 2ème sous-partie (II/B/) et annonce structure sous-partie : Cette situation
présente des risques non négligeables pour l’ensemble de la société. Elle est surtout
moralement insupportable.

Développement II/B/ : On est passé de la notion de « société duale » à la notion de « fracture


sociale », évolution qui traduit bien l’idée que les ruptures induites par l’évolution de notre
société sont de plus en plus marquées et que dès lors, le risque de l’explosion sociale est réel.

Ce dernier s’est d’ailleurs déjà manifesté par des violences dont les facteurs explicatifs sont
nombreux mais parmi lesquels le sentiment diffus de l’exclusion n’est pas totalement
étranger.

Il est donc nécessaire de mettre en garde contre ceux qui estiment nécessaire une régulation
« maximale » des minima sociaux et qui s’opposent à toute revalorisation qui se heurterait aux
contraintes budgétaires mais aussi à la concurrence avec les bas salaires et le SMIC et aux
activités à temps partiel faiblement rémunérées ( ce qu’on appelle la « désincitation au
travail » ou encore « les trappes à inactivité » ) D’où l’instauration du RSA.

Cette tentation est d’autant plus grande que le poids croissant des inégalités pèse lourdement
dans le budget de la Nation et sur la compétitivité de notre économie et le déséquilibre des
comptes sociaux pourrait aboutir à la remise en cause d’un certain nombre de dispositifs
sociaux certes insatisfaisants comme on l’a dit mais dont la disparition pourrait avoir des
effets désastreux.

Mais à l’inverse, il faut également se garder de ceux qui estiment qu’il faut désormais
accepter cette rupture du lien social et la fatalité de l’exclusion et qui, régulièrement,
souhaitent que soit élaboré un « statut du chômeur » Ceci présente un danger car conduit de
fait à justifier l’idée que le principe de l’égalité des chances n’existe plus et qu’on accepte
désormais l’idée que l’exclusion est un phénomène inéluctable, ce qui est moralement et
sociologiquement une régression. Au surplus, on observe une tendance à la transmission des
handicaps sociaux entre générations qui rend d’autant plus nécessaire la détermination à lutter
contre ces phénomènes. Entamer le débat sur le RSA « jeunes » désormais mis en place.

Conclusion partielle : L’amoralité de l’acceptation d’une exclusion structurelle est évidente.


Les politiques publiques doivent donc être préservées et l’effort peut être réalisé si on se
réfère à son niveau actuel.

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Conclusion et ouverture : La question sociale a changé de nature passant de la lutte contre


les inégalités à celle contre la grande pauvreté. La crise qui s’est accompagnée d’une dilution
du lien social est à l’origine d’une situation qui devient explosive. La relative inefficacité des
dispositifs de lutte contre l’exclusion mis en place s’explique sans doute par le mode
d’organisation et de développement de notre société qui la génère. Il est donc nécessaire, non
seulement de maintenir l’existant, mais sans doute d’accentuer encore un effort dont on a vu
qu’il n’était pas si prononcé qu’on veut bien le dire ou le faire croire à l’opinion publique.

Un ouvrage à conseiller sur le sujet : Le rapport de l’observatoire national de la pauvreté et


de l’exclusion sociale qui paraît chaque année à la documentation française.