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LAÏLA TREMBLAY

Démocratie, pouvoir
et liberté.
385-HE2-LG

Dossier de presse
= 

Travail présenté à
Jonathan Bernard

Cégep Lionel-Groulx
Le 3 mai 2010
TABLE DES MATIÈRES

TABLE DES MATIÈRESǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ..ǥǥǥǥǥǥ2

INTRODUCTIONǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ.ǥǥǥǥǥǥ...3
1.Ê p 




2.Ê ÿ   


3.Ê j 



[.Ê ‘ 

DÉVELOPPEMENT

1. État dǯurgenceǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ.ǥǥ.ǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ.[
1.1 Aide immédiateǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ.ǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ..[
1.2 Rencontre préliminaireǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ...[
1.3 État faibleǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ5
1.[ Corruptionǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ...5
1.5 Stimuler lǯagricultureǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ..6
2. État légitimeǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ..7
2.1 Perte de confiance...ǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ...ǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ.7
2.2 Perte de la légitimitéǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ...7
2.3 Prolongement de lǯétat dǯurgenceǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ...8

DOSSIER DE PRESSE

ARTICLESǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ...9

CONCLUSIONǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ..69

BIBLIOGRAPHIE.....ǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥǥ70

2
INTRODUCTION

Parmi les drames de notre époque, le séisme qui a frappé Haïti est sans doute un des
plus mémorable. Faisant à ce jour 212 000 mort officiel, on estime ce nombre à 300 000.
Défini par une générosité extrême des populations étrangère, lǯaide apporté aura été
presque immédiate. Nourritures, tentes et soins médicaux ont été les priorités pour
permettre la survie du peuple renversé. Évidemment, bien que cette aide dǯurgence a été
nécessaire, il faut penser à un plan de reconstruction à long terme vers une pays équilibré.

Cǯest dans cette optique que plusieurs pays se sont rencontrés à Montréal le 31 mars
dernier. Un plan qui promet leur implication pour un minimum de dix ans pour aider à se
rétablir. Cependant, le premier ministre Jean-MaxBellerive demande de respecter la
souveraineté et dǯêtre le noyau des opérations de reconstruction. Il voudrait que lǯargent
amassé soit donné au gouvernement et non aux ONG. Une question se pose : le
gouvernement a-t-il les capacités et les forces nécessaires pour reconstruire leur pays en
ruine? À cet effet, comment lǯimplication des autres pays pour subvenir aux besoins dǯHaïti
respectera la souveraineté du pays alors que le gouvernement de ce dernier est plus
quǯébranlé. Cǯest à cette question que ce texte tentera de répondre.

Selon moi, Haïti aura besoin des autres pays dans la reconstruction dǯun
gouvernement ainsi quǯune stabilité politique. Il nǯy arrivera pas seul. Dǯune part, parce que
le gouvernement était déjà faible avant le séisme. Ensuite parce que dans la situation, la
stabilité politique est la priorité pour assurer une stabilité sociale. Après une perte de
confiance, il faut agir. Finalement, étant donné que le mandat du président terminera en
janvier 2011, celui-ci perdra toute légitimité et aura de la difficulté à faire respecter ses
décisions.

3
ÉTAT DǯURGENCE

Le 12 janvier dernier, un séisme emmena sous les ruines le pays dǯHaïti. Suite à cette
catastrophe, plusieurs pays envoyèrent de lǯaide immédiate afin de sauver les gens sous les
décombres et les survivants. Plus de 15 jours après le drame, lǯaide massive trouvait des
habitants sous les débris encore vivants. Cette aide dont la priorité était dǯamener à manger,
à boire et des abris a servi à limiter les dégâts contrôlables. Une demande dǯau moins 200
000 tentes et de 10 millions de repas avait été lancé. Sur trois millions dǯhabitants,
seulement 500 000 avait obtenu lǯaide nécessaire en date du 26 janvier1. En addition à ces
gestes, plusieurs dons on été amassé afin de venir en aide à la population haïtienne dans le
besoin. Dans lǯurgence, les pays amis dǯHaïti se sont rencontrés le 25 janvier. Leur discours
a été différent de celui quǯils ont tenu le 31 mars dernier.

Plus précisément, une semaine après le tremblement de terre, le premier ministre


Stephen Harper avait convoqué les pays amisdǯHaïti, les représentants dǯorganisations
internationales, la Banque mondiale, le Fond monétaire international et des organisations
non gouvernementales (ONG) afin de trouver leur position dans lǯaide apporté aux
victimes2. Cette rencontre servait à se préparer pour une conférence plus concrète quelques
mois après (31 mars). Il était question dǯun plan de reconstruction à plusieurs niveaux. Par
exemple, au premier niveau bâtir des édifices qui seraient capables de résister aux
séismes3. Le problème, cǯest que les matériaux sont en bois et que le risque de propagation
dǯincendies est élevé dans un pays qui ne possède pas un système fiable contre ce genre de

1 CARDINAL, François, LACHAPPELLE, Judith, GAGNON, Katia et DUSCHENE, André.


_____« Dix ans pour reconstruire un pays nouveau », c  , mardi 26 janvier 2010, p. A2.
2 NÉRON, Jean-François. « Lǯoccasion dǯêtre créatif », c
 , lundi 25 janvier 2010, p.7.
3 Ibid., p. 7.

[
problème[. Lǯurgence ne veut pas dire impulsivité. Si les gens veulent compter sur une
amélioration du pays, il faut penser chaque geste et évaluer toutes les possibilités5.

Au deuxième niveau, la phrase clé de la réunion était : « [ǥ] respectons la


souveraineté pleine et entière dǯHaïti. 6». Il est difficile dǯhonorer une telle affirmation
puisque le pays en crise possède des problèmes plus profonds que ceux ci haut mentionnés.
Ce nǯest pas quǯune question de reconstruction physique, mais le cas dǯune reconstruction
social et politique. Plusieurs iront jusquǯà dire quǯil ne sǯagit pas dǯune « reconstruction »,
mais plutôt dǯune « construction ». Le professeur spécialisé en relations internationales au
département de science politique de lǯUQAM dit que « ce pays nǯa jamais été vraiment
construit [ǥ] [et que] tout est priorité, tout est urgence [ǥ]7 ». Bien que la volonté dǯHaïti
soit de garder sa souveraineté, plusieurs experts sǯentendent pour dire que cela ne sera pas
possible8. LǯÉtat haïtien est très faible et son passé révélateur. LǯÉtat haïtien est reconnu
pour être souvent inopérant et corrompu. Celui-ci avait déjà de la difficulté à fonctionner
avant le séisme, alors il est difficile de croire quǯil serait capable, sur une période
rapprochée, de gérer la crise dont il est victime9. Il est normal que les pays amis désirent
avoir un « contrôle » sur lǯargent quǯils donneront puisque les recettes du passé avaient été
peu convaincantes. Cǯest ainsi que le terme de « souveraineté-association » pourrait voir
son apparition. Il serait question dǯune gestion partagé puisque le pays nǯa pas démontré la
force de faire tout de lui-même10. Le juge et sociologue réputé LaënnecHurbon ira jusquǯà
dire quǯ « [ǥ] quǯil est impossible [ǥ] de se fier à lui pour gérer la remise sur pied dǯun pays
à genoux.11 ». La raison est que lorsquǯun drame frappe un pays, ce pays, avec lǯaide

[ Ibid., p. 7.
5 Ibid., p. 7.
6 CONOIR, Yvan. « Reconstruction dǯHaïti ȂVers une nouvelle «souveraineté-

association » ? », ________c  , vendredi 29 janvier 2010, p. A9.


7 MARCOUX, Aude Marie. « Haïti : les priorits de la reconstruction», c   , vendredi 22

________janvier 2010.
8 BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume. « Un État sinistré », c  , Perspectives, samedi 30

________janvier 2010, p. C1.


9 CONOIR, Yvan. Op. cit., p. A9.
10 Ibid., p. A9.
11 BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume. Op. cit., p. C1.

5
apportée, tente de revenir à sa prospérité. Cependant, Haïti ne connaissait pas la prospérité
avant le tremblement de terre ce qui oblige un plan dǯamélioration du pays.

En réponse à ces allégations, le premier ministre haïtien répond quǯil améliorera la


pensée quǯont les gens face à Haïti. Il désire améliorer sa persuasion pour amener des
investisseurs étrangers12. Il affirme quǯen échange de lǯaide apporté son gouvernement fera
sa part. Il est souvent dit que ce sont les ONG qui sǯoccupait de faire survivre Haïti13, mais
cela doit changer dans le plan de reconstruction. Par exemple, lǯaide apporté tout de suite
après lǯÉtat dǯurgence ne doit pas faire compétition avec les produits locaux. Lǯagriculture
doit donc être stimulée le plus rapidement possible afin dǯéviter la dépendance dǯHaïti
envers lǯaide humanitaire. Ce problème existait avant le séisme alors quǯon pouvait
constater que le prix du riz local était plus élevé que le coût du riz importé puisque ce
dernier était subventionné par les pays qui lǯexportaient1[. La catastrophe serait la
possibilité de « reconstituer la capacité productive en matière de production rizicole 15». Ils
possédaient déjà des aptitudes en matière dǯagriculture (50% de cultivateurs). Il faut
prioriser cette force afin quǯelle soit la solution aux bidonvilles. Le mauvais fonctionnement
était la conséquence dǯun État très centralisé, ce qui laissait mourir à petit feu les villes et
les campagnes16 dǯoù lǯexpression « République de Port-au-Prince ». Dǯailleurs, M. Bellerive
compte parmi ses trois objectifs principaux décrits à la rencontre du 25 janvier dernier de
décentraliser lǯactivité économique. Il ajoute que lǯaide doit être plus constante dans les
zones agricoles, endroits qui ont acceuilli plusieurs centaines de milliers de déplacés17.

Un autre problème sǯajoute quǯest lǯétat dǯurgence dans lequel les ONG se sont
installés. Lǯurgence amène lǯurgence, mais il faut faire attention à lǯimpulsivité afin dǯéviter
dǯavoir à faire le travail de reconstruction deux fois. Les ONG doivent sǯentendre maintenant

12 CARDINAL, François, LACHAPPELLE, Judith, GAGNON, Katia et DUSCHENE, André. ____Op.


cit., p. A2.
13 BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume. Op. cit., p. C1.
1[ NÉRON, Jean-François. Op. cit., p. 7.
15 MARCOUX, Aude Marie. Op. cit..
16 BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume. Op. cit., p. C1.
17 CÔTÉ-PALUCK, Étienne. «Haïti, trois mois après le séisme Ȃ Retrouver confiance et

_______dignité », c  , 10 avril 2010, p. A1.

6
que la crise de première instance est « terminée »18. Lǯaide apporté doit être réfléchie,
pensée et solidaire. Une stabilité auprès de lǯaide apportera une stabilité aux gens aidés.

ÉTAT LÉGITIME

La force de tout État et la confiance quǯon lui attribue ainsi que sa légitimité. Dans le
cas dǯHaïti, les deux sont ébranlés suite au tremblement de terre. Dǯabord, la confiance a été
perdu par les habitants haïtiens face à son gouvernement suite à sa « réaction lente » à la
suite du séisme. Sa demande dǯaide à la nation a été fait dix jours après le séisme19. Avec
cette baisse de popularité, il est difficile de se faire entendre auprès de ses habitants. De
plus, ce gouvernement avait été élu dans un contexte de corruption et de tricherie. Lǯan
dernier, il y avait eu des fraudes dans une quarantaine de bureaux de vote20. Ces gestes
avaient été dénoncé par lǯopposition et avaient causé une perte de confiance importante.

La confiance a été aussi brimée envers les pays amis puisque la corruption à Haïti ne
donnait pas lǯargent des dons à ses habitants dans le passé. Pour vaincre ce problème, les
amis avaient depuis 3 ans changé leur système de distribution des dons. Ils donnaient 80%
de lǯargent aux ONG contre 20% au gouvernement haïtien21. Jean-MaxBellerive préférerait
que lǯargent soit donné au gouvernement, mais une confiance perdue prend du temps à se
rétablir.

En plus de ce manque de confiance, il y a un problème de légitimité qui devient de


plus en plus évident. Haïti était supposé entrer en élections législatives le 28 février dernier.
Il est clair quǯavec le séisme, ces élections ont été impossibles ce qui les reporte à novembre

18 Ibid., p. A1.

19 CÔTÉ-PALUCK, Étienne. Op. cit., p. A1.


20 MARISSAL, Vincent. « La tutelleǥ sans le nom », c  , 1[ avril 2010, p. A18.
21 Ibid., p. A18

7
prochain22. Cependant, une rumeur dit que ces élections pourraient être encore reportées.
Une des étapes les plus importantes de la reconstruction est une consolidation de la
démocratie. Plusieurs disent quǯHaïti avait fait du chemin, mais lǯépreuve quǯelle doit
traverser est au dessus de ses forces23. Le mandat du président sera terminé le 7 février
2011 en plus du mandat de 10 sénateurs qui sont déjà échus2[. Cela veut dire que lǯÉtat
haïtien nǯa plus beaucoup de représentants élus dans un moment où cette stabilité serait de
mise. Il est difficile de se faire entendre par son peuple dans une crise et encore plus
lorsquǯon nǯa plus de légitimité. Il serait difficile de décentraliser lǯéconomie sǯil y avait
lǯabsence dǯun gouvernement25. Certains pensent quǯune autorité provisoire devrait être
créée pour aider à la reconstruction du système politique26.

Somme toute, avec un problème de confiance et de légitimité, la souveraineté peut


être difficilement respecté en totalité. Dans toutes les étapes de reconstruction, les Haïtiens
doivent être inclus, mais sachant que le gouvernement était déjà faible avant le séisme,
sera-t-il capable encore plus faible de relever ce défi ? Les pays donnant des fonds veulent
bien respecter la souveraineté dǯHaïti, mais ils veulent également surveiller de près les
milliards quǯils ont promis. À la réunion du 31 mars, les représentants des [8 principaux
pays ont promis la somme de 9,9 milliards de dollars en trois ans. La Banque mondiale
annulera la dette de 39 millions dǯHaïti, ce qui porte son « don » à [79 millions de dollars au
pays27. Puisque le gouvernement a de la difficulté, il pourrait y avoir un gouvernement
provisoire par lǯONU comme avec le Cambodge en 1992-199328. De cette façon, la confiance
pourra être rétablie tranquillement. Le plus important est la base : reconstruire un
gouvernement, une stabilité politique ainsi quǯune sécurité.

22 GÉLINEAU, François et NADEAU, Richard. « Défis simultanés », c  , samedi 30


_____janvier 2010, p. PLUS6.
23 Ibid., p. PLUS6.
2[ Ibid., p. PLUS6.
25 GÉLINEAU, François et NADEAU, Richard. Op. cit., PLUS6.
26 BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume. Op. cit., p. C1.
27 LEDUC, Louise. « 10 milliards pour rebâtir », c  , 1 avril 2010, p. A26.
28 BOURGAULT-CÔTÉ, Guillaume. Op. cit.,p. C1.

8
En attendant, lǯÉtat a adopté une nouvelle loi prolongeant lǯétat dǯurgence de 18
mois.Lǯopposition nǯest pas dǯaccord avec cette nouvelle loi, car elle critique que la période
dǯétat dǯurgence sǯétend au-delà du mandat du président. Cette loi sert à permettre de
déplacer des gens et de les reloger, de démolir des établissements,ǥDans lǯopposition, cette
loi fait peur puisquǯelle pourrait mener vers un abus. À cette attaque, M. Bellerive rétorque
que cǯest loin dǯêtre une mesure dictatoriale puisque de toute façon, il ne possède ni armée,
équipements ou infrastructures. Il soutient quǯavec cette nouvelle loi, il aura plus de jeu
sans aller à lǯencontre des anciennes lois en vigueurs29. Les Américains ont encouragés
lǯadoption de cette loi. Cependant, les expulsions quǯelle permet amène une tension à Port-
au-Prince30.

Articles
29 MARISSAL, Vincent. : « Trêve de discussions, cǯest le temps de lǯaction », c  10
_______avril 2010, p. A16.
30 Ibid., p. A16.

9
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Lǯaide de 10 milliards ira à des ONG qui ne font pas de transfert de compétences aux
Haïtiens

Un pays se construit en développant des mécanismes de participation à lǯéconomie


mondiale. Dans cette optique, il nǯy a pas de place pour lǯamitié. Depuis 1801, les pays amis
dǯHaïti ont tout fait pour empêcher le pays de participer à lǯéconomie mondiale. Les
résultats de la réunion du 31 mars 2010 à lǯONU sǯinscrivent dans une succession
dǯobstacles pour maintenir les Haïtiens dans la pauvreté.

Lǯindépendance dǯHaïti a été réalisée parce que Napoléon Bonaparte a refusé le projet de
constitution élaboré en 1801 par Toussaint Louverture. Lǯarticle 3 de cette première
constitution disait que sur le territoire, tous les hommes naissent, vivent et meurent libres
et Français. La constitution de 1801 nǯétait rien dǯautre quǯun projet de souveraineté-
association avec la France qui prévoyait des mécanismes dǯéchanges économiques avec la
métropole. Toussaint Louverture était le premier et le dernier chef dǯÉtat haïtien à avoir eu
une vision qui positionnait le pays pour une participation dans lǯéconomie mondiale.

10
Le refus de Bonaparte est le premier obstacle qui a provoqué en 180[, une guerre qui a
ruiné toutes les chances dǯHaïti. Cette victoire spectaculaire est aussi un fardeau au
développement puisque Haïti est devenu indépendant 50 ans avant la révolution
industrielle avec une imposante dette de guerre. Deuxième obstacle : Les présidents
américains Jefferson, Madison et Monroe nǯont pas reconnu la république haïtienne. Cǯest en
1862 que le gouvernement de Lincoln lǯa fait. Trop tard. Isolé du marché américain, des
développements techniques et des innovations de lǯépoque, Haïti prendra un retard
irrécupérable et ratera le rendez-vous avec la révolution industrielle de 1850 et avec tous
les autres changements structurels qui sǯen suivront.

Troisième obstacle : le pays a connu des crises successives de leadership dont la


conséquence est une absence de vision. Depuis les années 50, Haïti forme des
professionnels quǯelle est incapable dǯintégrer dans des structures économiques et sociales.
Ce sont les pays amis dǯHaïti qui ont profité de lǯexode de ses cerveaux. Ce sont les pays
amis dǯHaïti qui ont organisé lǯexil des gouvernants qui se sont succédé au pouvoir
empêchant ainsi de les juger pour leurs malversations. Les amis ont ainsi régularisé
lǯimpunité et empêché cette société de renforcer ses règles de gouvernance. Résultats : les
Haïtiens votent pour les gens qui leur paraissent les moins menaçants. Ils ont élu des
politiciens sans programme, sans projet de société et sans vision. Ne soyons pas étonnés
que la classe politique haïtienne soit incapable de saisir les opportunités de cette crise pour
développer et structurer lǯéconomie du pays.

Le dernier obstacle au développement dǯHaïti vaut 10 milliards de dollars. Cette somme,


promise lors de la réunion du 31 mars, ira en grande partie à des ONG dont la grande
majorité ne font pas de transfert de compétences aux Haïtiens, ce qui place le pays dans une
situation de dépendance. Des centaines dǯONG sont présentes en Haïti depuis plus de 30 ans
et le pays était encore le plus pauvre de lǯhémisphère Nord. On ne construit pas un pays
avec des petites coopératives de travailleurs, ni en donnant des biscuits achetés en Suisse,
ni avec des ateliers de misère, ni en parrainant des enfants. Ça ne fait que soulager la
conscience de lǯun et nourrir la misère de lǯautre.

Le 31 mars, les amis dǯHaïti ont promis dǯinvestir 10 milliards pour financer la
reconstruction. Et après? Une fois que les Haïtiens seront hébergés, les enfants retournés à
lǯécoleǥ et après? Rien. La stratégie des pays amis dǯHaïti ne prévoit pas de création de
travail pour les Haïtiens et les Haïtiennes ni des mesures pour permettre la production de
biens qui respectent les standards internationaux et ainsi favoriser la participation du pays
à lǯéconomie mondiale.

Haïti nǯa pas besoin dǯamis. Le pays a besoin de partenaires économiques. Il faut des leaders
capables dǯidentifier et de mettre en perspective les atouts du territoire et de développer
les ressources humaines pour concurrencer avec le marché international. Lǯamitié ne
pourra que redonner à Haïti que la place quǯelle occupait avant le 12 janvier, le pays le plus
pauvre de lǯhémisphère nord.

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Les pays amis dǯHaïti tentent de ne pas lǯimpliquer dans lǯéconomie mondiale et ce, depuis
1801. La réunion du 31 mars en est la continuation. Il y eu dǯabord le refus du projet de
constitution par Napoléon Bonaparte qui a causé une guerre et amené des dettes à Haïti.
Ensuite, ce fût les présidents américains Jefferson, Madison et Monroe qui nǯont pas
reconnu la république haïtienne. Cela amène un énorme retard dans le développement du
marché. De plus, le gouvernement haïtien nǯa aucunes visions depuis les années 50. Les
professionnels nǯont pas de structure pour exercer leurs fonctions, donc les pays amis en

12
profitent. Le montant de 10 milliards de dollars a été promis, mais cela ira presque
seulement aux ONG ce qui rendra les haïtiens encore plus dépendants. Il faut des
partenaires qui aideront Haïti à développer son plein potentiel (territoire, ressources
humaines) pour quǯil y ait du vrai changement.

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À défaut d'engagements clairs, la conférence de Montréal s'est conclue cette semaine sur un
consensus répété à tout vent: le gouvernement haïtien est souverain et sera au coeur du
processus de reconstruction. Fort bien. Mais ce gouvernement a-t-il les capacités
nécessaires pour mener l'opération? La communauté internationale peut-elle lui confier ses
milliards sans mot dire? Pas sûr, répondent des experts.

13
Ottawa - Le tout avait des allures de profession de foi. Tour à tour, Lawrence Cannon,
Hillary Clinton et Bernard Kouchner ont juré publiquement lundi au premier ministre
haïtien, Jean-MaxBellerive, que son gouvernement serait la pierre d'assise de la
reconstruction du pays ravagé. Et pour ceux qui auraient raté la conférence de presse, la
déclaration finale de la rencontre établit comme premier principe que les «Haïtiens sont
maîtres de leur avenir».

Convoquée moins de deux semaines après la catastrophe du 12 janvier, la conférence de


Montréal sur Haïti ne pouvait logiquement accoucher d'engagements précis et chiffrés.
L'ampleur des dommages demeure inconnue et les opérations de premiers secours ne sont
pas terminées. «La priorité demeure d'offrir à boire et à manger à la population», a
d'ailleurs rappelé M. Bellerive.

Dans les circonstances, les participants rassemblés rue University ont semblé satisfaits des
progrès enregistrés au cours de la journée. Celle-ci a surtout servi à planifier une rencontre
plus importante des pays donateurs (en mars, à New York), mais elle a tout de même
permis de dégager quelques principes généraux qui guideront le processus de
reconstruction d'Haïti.

Engagement de 10 ans des pays amis, nécessaire efficacité de l'aide et transparence des
résultats, inclusion des Haïtiens dans toutes les étapes de la reconstruction, les intentions
nobles sont légion. Mais il en est une qui soulève des questions: le gouvernement haïtien a-
t-il les capacités nécessaires pour relever le titanesque défi de rebâtir le pays?

«L'État haïtien était déjà défaillant avant le tremblement de terre», juge LaënnecHurbon,
sociologue réputé, directeur de recherche au CNRS et professeur à l'Université Quisqueya
de Port-au-Prince. Il rappelle que le «gouvernement actuel était déjà très contesté, qu'il
gouvernait avec partisanerie». Impossible alors de se fier à lui pour gérer la remise sur pied
d'un pays à genoux, dit-il depuis Paris.

On a bien senti lundi après-midi à Montréal les craintes des bâilleurs de fonds, qui veulent
certes respecter la souveraineté du gouvernement, mais sans pour autant renier leur droit
de regard sur les milliards qui sont promis. Souverain, Haïti, mais surveillé.

C'est pourquoi la déclaration de Montréal fait aussi état du droit des partenaires de la
reconstruction (États, organisations nationales, internationales et régionales, institutions
financières) de «cerner [avec l'État haïtien] les secteurs prioritaires et les responsabilités
qui en découlent».

Selon la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, «la bonne approche à suivre sera
déterminée dans les prochaines semaines». Elle a cité comme exemple l'après-tsunami, «où
le gouvernement de l'Indonésie a travaillé avec la Banque mondiale, les Nations unies et les
pays donateurs».

Autorité provisoire

1[
Directeur de la branche haïtienne du National Democratic Institute, l'ancien politicien et
diplomate québécois Gérard Latulippe ne croit absolument pas que le gouvernement
haïtien puisse agir comme maître d'oeuvre de la reconstruction. «Il n'a plus aucune capacité
à secourir son peuple, à le nourrir, à lui obtenir du travail, à lui fournir des soins de santé,
une éducation décente, à le protéger contre les gangs qui prennent le contrôle de la rue»,
écrivait-il cette semaine dans une lettre ouverte.

Depuis plus d'un an qu'il vit en Haïti et observe la solidité des instances démocratiques, M.
Latulippe estime que, «s'il est vrai de dire que l'État était un peu plus stable depuis
quelques mois, les capacités qu'il avait de livrer les services de l'État étaient très faibles. On
dit souvent que ce sont les ONG qui font vivre Haïti: c'est un problème structurel», affirme-
t-il depuis Washington, où nous l'avons joint cette semaine.

Selon M. Latulippe - qui a évité la mort de peu le 12 janvier - un État aussi faible ne peut pas
gérer toute la reconstruction. D'autant moins quand la légitimité politique du
gouvernement touche à sa fin, des élections étant prévues pour 2010. M. Latulippe milite
donc pour qu'une autorité provisoire soit créée et mène «la reconstruction physique, la
relance de l'économie locale, la mise en place d'une fonction publique efficace et la
reconstruction du système politique».

Une tâche immense qui n'a de chance de réussite que si «le processus [de décision] est
élargi pour inclure des représentants de tous les secteurs de la société haïtienne», dit
Gérard Latulippe en donnant l'exemple québécois des états généraux, où le panel de
discussions est assez large pour donner une légitimité aux consensus dégagés.

Une autorité provisoire, c'est l'un des exemples que retient Jocelyn Coulon, directeur du
Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix du CERIUM. «La catastrophe
actuelle se superpose à une crise politique permanente, dit-il. Malgré de gros efforts de
l'ONU et d'autres partenaires, le système politique est paralysé. Le président est élu
légitimement, mais les premiers ministres n'arrêtent pas de se succéder. La législature ne
fonctionne pas. Dans ces circonstances, on peut se poser la question de la pertinence d'avoir
une autorité provisoire qui pourrait accompagner la reconstruction et rétablir les liens
entre les factions politiques.»

Jocelyn Coulon cite l'exemple du Cambodge, qui a confié à l'ONU en 1992-1993


l'administration du pays, le temps d'opérer la transition politique post-guerre civile. Une
situation semblable pourrait fonctionner en Haïti, dit-il, si la classe politique haïtienne
accepte le principe d'être accompagnée.

Défaillant

«Je ne vois pas comment on pourrait compter sur l'État haïtien tel qu'il est actuellement,
sans qu'il y ait un changement important qui se produise, pour répondre à cette situation
grave», confie LaënnecHurbon. Selon lui, la «reconstruction» du pays doit surtout être une
«refondation». L'idée n'étant pas de faire table rase du passé («il y a une histoire à

15
respecter»), mais de saisir «l'opportunité» du séisme pour repartir sur de nouvelles bases,
notamment politiques.

M. Hurbon cite comme exemple l'abandon, au fil des ans, des villes et des campagnes par un
État haïtien très centralisé. Gérard Latulippe parle du même phénomène résumé par
l'expression «République de Port-au-Prince». «Le gouvernement fait tout son possible pour
éviter d'accorder la moindre autonomie aux collectivités territoriales, dit LaënnecHurbon.
C'est le type de situation qu'il faut changer si on veut réussir à réellement relancer Haïti et
que la population adhère. Sinon, dans cinq ans, nous pourrions bien être au même point
qu'avant le 12 janvier.»

Le sociologue posait donc la question cette semaine dans le quotidien français Le Monde:
«L'aide internationale peut-elle produire des effets positifs durables en s'appuyant sur un
État défaillant? Si l'on admet que les pays donateurs ne doivent pas être des États qui
viennent se substituer à l'État haïtien [...], il faudra, sur la base d'un sursaut de la société
civile et des partis politiques, proposer de mettre en place une représentativité nationale»
qui regrouperait tous les secteurs sociaux, en vue d'un «partenariat avec la communauté
internationale».

Et au coeur de cette structure mixte, encore floue, beaucoup voient l'ONU jouer un rôle
central. «Nous sommes clairement dans une situation où l'État a besoin d'aide», analyse
Carlo Dade, directeur de la Fondation canadienne pour les Amériques (Focal), qui a vécu
cinq ans entre Washington et Port-au-Prince. «Le gouvernement est affaibli, c'est évident.
Or l'expérience nous dit qu'il faut travailler avec lui si on veut des résultats. Il faut lui
donner les ressources, humaines et financières, pour le renforcer et lui permettre de
fonctionner normalement. En même temps, vous avez des centaines d'organisations qui
sont sur place et des dizaines de pays qui veulent aider... Il faut nécessairement quelqu'un
qui s'occupe de la coordination, et c'est clairement l'ONU qui pourrait le faire» sans donner
l'impression de vouloir imposer une tutelle, dit-il. Montréal n'était qu'une ébauche: New
York servira à trouver la structure de gouvernance la plus efficace pour s'assurer que la
reconstruction d'Haïti soit porteuse. Reste d'ici là à trouver cet équilibre entre la
reconnaissance de la souveraineté du gouvernement haïtien et la nécessaire assurance que
la «refondation» du pays permette réellement un pas en avant. Peu importe qui mène la
danse.

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Suite à la conférence de Montréal les experts doutent quǯHaïti ait la capacité de diriger le
projet de reconstruction. En mars à New York, aura lieu une vrai réunion plus précise
puisque lǯampleur des dommages sera mieux connue. Dans toutes les étapes de
reconstruction, les Haïtiens doivent être inclus, mais sachant que le gouvernement était
déjà faible avant le séisme, sera-t-il capable encore plus faible de relever ce défi ? Les pays
donnant des fonds veulent bien respecter la souveraineté dǯHaïti, mais ils veulent
également surveiller de près les milliards quǯils ont promis. Puisque le gouvernement a de
la difficulté, il pourrait y avoir un gouvernement provisoire par lǯONU comme avec le
Cambodge en 1992-1993. Il faut par contre quǯHaïti accepte de se faire aider. Si on veut
relancer Haïti, il faut décentraliser lǯéconomie qui était seulement à Port-au-Prince au
détriment des campagnes et villes voisines.

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Il faut s'engager à long terme, a conclu hier le groupe des "amis d'Haïti", réuni à Montréal
pour planifier la reconstruction d'Haïti. Mais il ne faut pas oublier le court terme: la
situation sur le terrain demeure précaire.

Une douzaine de pays réunis à Montréal hier se sont engagés à travailler pendant au moins
10 ans à la reconstruction d'Haïti, dans le plein respect de sa souveraineté. Mais aucune
somme d'aide n'a été précisée.

La conférence ministérielle d'une journée a permis au Groupe des amis d'Haïti, en


collaboration avec le gouvernement Préval, de coucher sur papier les principes et objectifs
qui les guideront dans la "construction d'un pays nouveau".

Il s'agit d'une première étape majeure avant la conférence internationale élargie, qui aura
lieu au siège social des Nations unies à New York, en mars prochain.

"Nous resterons solidaires d'Haïti à long terme, peut-on lire dans la déclaration finale. Un
engagement initial de 10 ans est essentiel, de même que des efforts concertés, afin de
renforcer les capacités de l'État haïtien."

Aux côtés de six autres représentants ministériels, dont la secrétaire d'État américaine
Hillary Clinton et le ministre français Bernard Kouchner, le ministre canadien Lawrence
Cannon s'est félicité d'avoir réuni les principaux donateurs autour d'une "vision commune",
d'un engagement "initial" de 10 ans.

Le premier ministre haïtien, Jean-MaxBellerive, s'est montré satisfait de la rencontre. Alors


qu'il a reconnu que son pays "demande encore" à la communauté internationale de l'aider,
il a promis que son gouvernement ferait aussi sa part.

M. Bellerive a en effet énuméré avec lucidité trois failles qu'il s'engage à corriger:
l'incapacité du gouvernement à répondre aux crises; la centralisation excessive de l'activité
économique (le séisme a rayé d'un coup 60% du PIB); la difficulté de convaincre les
investisseurs étrangers et la diaspora de revenir au pays.

18
"La situation (d'avant le séisme du 12 janvier) n'était pas acceptable pour la population", a
reconnu M. Bellerive. "Pourquoi tant d'efforts n'ont pas abouti à un développement
d'Haïti?" a-t-il demandé.

Les pourparlers se sont déroulés toute la journée derrière les portes closes du siège social
de l'Organisation de l'aviation civile internationale, au centre-ville de Montréal. Avec l'aide
de l'ONU et des organisations non gouvernementales, qui ont dressé un portrait détaillé de
la situation sur le terrain, les délégués ont réussi à cerner six "principes" et trois "objectifs
stratégiques" qui les guideront dans la suite des choses.

En gros, les donateurs promettent de travailler en toute transparence dans la répartition et


la gestion des ressources, d'inclure les Haïtiens dans les efforts de relance et, surtout, de
respecter la souveraineté d'Haïti.

"Ce n'est pas pour les occuper, a indiqué le ministre Kouchner, ce n'est pas pour les diriger,
c'est pour leur donner, sous leur direction, suffisamment d'espoir, de transformation, de
réalisation et peut-être de gouvernance. Avec eux, pour eux."

De leur côté, les organisations non gouvernementales qui avaient été invitées par le
gouvernement canadien à participer à la rencontre et à dresser un état des lieux ont
réclamé l'annulation de la dette d'Haïti.

Si les organismes prêteurs, comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international,


ont accueilli cette demande avec la plus grande prudence, la secrétaire d'État Hillary Clinton
s'est montrée favorable à un tel geste. "C'est une pièce très importante du casse-tête", a-t-
elle déclaré (voir autre texte).

L'urgence de la situation, deux semaines après la terrible secousse qui a dévasté le pays, a
aussi incité les quatorze pays et quatre organisations internationales présentes à cette
"conférence préparatoire" à dresser une courte liste de besoins humanitaires immédiats.

Le coordonnateur des secours d'urgence, le secrétaire général adjoint de l'ONU John


Holmes, a rendu un état de la situation assez large. Il a notamment évoqué les besoins
urgents en tentes (200 000) et en repas prêts à manger (plus de 10 millions).

Il a qualifié le tout d'"urgent", soulignant que l'effort humanitaire n'a rejoint à ce jour que
500 000 des 3 millions de personnes dans le besoin.

"L'enjeu est maintenant d'approvisionner la population avec des plats prêts à manger pour
les deux à trois prochaines semaines", a précisé M. Holmes, avant de demander à tous les
pays disposant de tels stocks de nourriture de communiquer avec le Programme
alimentaire mondial "pour offrir tout ce que vous pouvez".

Par ailleurs, la question de l'agriculture a été évoquée par Hillary Clinton, au sortir de la
présentation du représentant de l'ONU. En marge d'une rencontre bilatérale avec le
premier ministre canadien, Stephen Harper, la secrétaire d'État a souligné que "l'agriculture

19
n'obtient pas l'attention qu'elle mérite". "Nous voulons travailler avec le Canada sur cette
question", a-t-elle ajouté. Mais combien tout cela coûtera aux pays donateurs? Il est
prématuré de poser la question, car nous n'avons pas d'évaluation détaillée des travaux
nécessaires, a répondu M. Bellerive. "Aujourd'hui il n'y a pas eu de formulation de demande
spécifique par rapport au financement de projets qui auraient été déposés sur la table", a-t-
il indiqué.

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La première étape en matière dǯaide envers Haïti a eu lieu le 25 janvier au siège social de
lǯOrganisation de lǯaviation civile international à Montréal. Cette conférence est préliminaire
à celle qui aura lieu au mois de mars prochain avec des plans et objectifs plus concrets et
clairs. Les pays aidant Haïti sǯengagent à apporter leur aide pour un minimum de dix ans.
Malgré ses objectifs, le besoin présent dǯaide est quand même à prioriser. Le peuple a
besoin de 200 000 tentes et de 10 millions de repas, car pour lǯinstant seulement 500 000
Haïtiens ont pu profiter de lǯaide sur 3 millions. En échange de lǯaide apportée, le premier
ministre Haïtien Jean-MaxBellerive se dirige vers trois modifications du fonctionnement de
son pays. Dǯabord, être capable de répondre aux crises, ensuite étendre les revenus reliés à
lǯactivité économique (le produit intérieur brut sǯest vu descendre de 60% suite au séisme).
Finalement, améliorer sa persuasion pour amener des investisseurs étrangers.

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Haïti, à la suite du séisme du 12 janvier dernier, les destructions matérielles et


immatérielles sont à peine mesurables. [...] Pis encore, le fonctionnement constitutionnel du
gouvernement est en partie enrayé: les élections de février 2010 pour le renouvellement au
complet de la Chambre des députés et du tiers du Sénat ne sont plus possibles, le mandat du
président prend fin en 2010. Désormais, le gouvernement ne pourra opérer qu'à l'intérieur
d'un cadre extraordinaire d'arrangement politique, en dehors de l'ordre constitutionnel
ordinaire, en attendant que des élections redeviennent possibles. Ce qui ne le sera
vraisemblablement pas en 2010. À la fin de l'année 2010, c'est le vide politique.

Au-delà des pertes humaines et matérielles, c'est la continuité et la légitimité du


gouvernement, la souveraineté de l'État et l'avenir indépendant d'Haïti qui semblent s'être
momentanément en partie effondrés.

C'est tout cela qu'il faudra reconstruire: des communautés locales et une nation intégrative,
des réseaux de communication sociale et des centres de culture, des institutions politiques
et la souveraineté fragilisée de l'État, en plus des infrastructures et structures. Bref,
reconstruction s'entend construction d'une autre société. Qui peut construire cette société
nouvelle et a la légitimité pour le faire? Évidemment, le peuple haïtien unifié, soutenu par la
solidarité internationale.

Principes et orientations

- DEVOIR de la solidarité internationale pour la reconstruction, fondé sur le principe de la


fraternité universelle et l'éthique de conviction que rien de ce qui est humain ne peut être
étranger à un être humain.

- DROIT du peuple haïtien de définir en toute indépendance la politique de reconstruction,


par l'intermédiaire de ses représentants politiques légitimes et de ses institutions et
organisations sociales représentatives.

21
- OBLIGATION pratique de la cogestion dans la mise en oeuvre de la politique de
reconstruction, en raison du rôle de coproducteur que doivent jouer les autorités nationales
et les délégations internationales.

- NÉCESSITÉ d'adopter une démarche inclusive, capable de réunir et de mobiliser toutes les
catégories et tous les groupes sociaux, tous les groupes d'intérêts, selon la devise «L'union
fait la force»!

- IMPORTANCE vitale d'en finir avec le système d'exclusion sociale qui produit sans cesse
des mounandeyò - monde en dehors de l'attention de l'État - et d'opter résolument pour
une politique d'intégration nationale.

- OCCASION exceptionnelle de réunir Haïtiens de l'intérieur et Haïtiens de la diaspora dans


une même communauté nationale, par une citoyenneté de rang égal. La diaspora, réserve
d'Haïti, doit être prise en compte pour la définition de la politique de reconstruction et la
mise en oeuvre de cette politique.

Politiques et priorités

Dans le cas d'Haïti dévastée, il ne peut s'agir seulement, ni d'abord, de reconstruction


technique d'infrastructures et de structures. Il s'agit fondamentalement de reconstruction
politique et sociale orientant la reconstruction économique et technique. Ce serait gaspiller
l'aide internationale et toute la solidarité citoyenne partout mobilisée à tous les niveaux, si
l'on se contentait de refaire une copie neuve sur papier vélin de la société d'avant le séisme.

Dans cette perspective, il ne suffit point de déclarer dans des discours politiquement
corrects qu'on reconnaît et respecte la souveraineté d'Haïti. Il faut le montrer dans la
pratique et les formes d'aide. C'est d'autant plus nécessaire que l'État haïtien, fragilisé avant
le séisme, s'est quasiment effondré après le séisme. Ainsi blessé presque à mort, il est
devenu une proie facile pour tous les États forts tentés de se conduire en redresseurs
d'États fragiles.

L'extrême fragilisation du gouvernement et de l'État pourrait faire croire à certains qu'Haïti


n'a plus les moyens de s'autogouverner dans le court terme. Tel n'est pas notre point de
vue. Le peuple haïtien n'a besoin d'aucun «consortium» de pays amis pour gérer la crise à sa
place, ce qui mettrait entre parenthèses provisoires la souveraineté sinistrée d'Haïti. Donc,
ni protectorat déclaré, ni tutelle déguisée! Ni non plus gouvernement par décret
présidentiel!

Gouvernement d'exception

Dans une situation exceptionnelle, qui fait sortir de l'ordre constitutionnel, il faut oser
inventer des solutions exceptionnelles alternatives. La situation actuelle d'exception
commande un gouvernement d'exception; elle exige un gouvernement d'union nationale
faisant appel à toutes les forces vives du pays pour l'invention de solutions créatives au
danger sans précédent de naufrage national. Gouvernement d'union nationale aussi pour

22
renforcer la capacité des autorités légitimes de résister aux pressions inévitables de ceux
qui tiennent les cordons de la bourse. Presque par réflexe, les donateurs des moyens
techniques et financiers seront fortement tentés d'ajouter à ces dons matériels visibles des
directives politiques discrètes, les deux étant présentés comme un package pour
gouvernance.

La perspective de reconstruction politique et sociale commande une approche qui fasse


place et droit à l'autoconstruction et aux communautés locales. Les populations ont une
tradition et un savoir-faire en matière de construction d'habitat familial. On ne part pas
d'une table rase. Dans tous les domaines, économie informelle et médecine traditionnelle,
construction de réseaux d'entraide et création d'«oeuvres de culture», capacité de résilience
dans l'adversité et automobilisation pour le changement, le peuple haïtien s'est depuis
toujours montré d'une grande inventivité, dans le marronnage et l'insurrection contre
l'esclavage colonial, dans les konbit de travail agricole, les coopératives de production et les
mutuelles de solidarité, dans la lutte armée contre l'occupation étasunienne (1915-193[) et
la lutte pacifique contre les dictatures locales mises en place ou soutenues par des
puissances étrangères.

Peuple inventif qu'une certaine aide internationale tend à «zombifier» et à transformer en


assistés. Il faut absolument éviter que l'aide internationale massive nécessaire à la
reconstruction d'Haïti devienne une assistance à la production durable d'assistés dans un
État durablement dépendant. L'expertise technologique de passage de l'assistance
internationale ne doit pas pousser de côté les compétences locales établies.

La même perspective commande aussi priorité à la production agricole et à la souveraineté


alimentaire. Haïti est un pays presque sans industrie, un pays de cultivateurs à plus de 50 %
tenus en dehors de l'attention et des services de l'État. Ce monde en dehors a pourtant
nourri longtemps la ville et chez lui se développent depuis l'an 2000 des expériences
innovatrices d'économie sociale solidaire.

C'est à partir de ce monde qui a les deux pieds sur la terre nourricière qu'il faut penser la
reconstruction et planifier le relèvement du pays, résoudre les problèmes de souveraineté
alimentaire, de création d'emplois, de décentralisation gouvernementale, de
déconcentration urbaine, de relocalisation des populations déplacées... La solution du
problème des bidonvilles passe par le développement local de la campagne. Mais, comment
y arriver sans une solution rapide aux problèmes d'absence de cadastre, d'incertitude des
titres de propriété paysanne et «bidon-urbaine», d'absence d'actes civils établissant
juridiquement la citoyenneté de beaucoup d'Haïtiens qui naissent et meurent sous les yeux
d'un État aveugle! Il y a d'autres questions à traiter dans la perspective de reconstruction
nationale. Les camps de réfugiés dressés dans l'urgence doivent être pensés comme des
réponses provisoires, en attendant que soit définie une politique de relocalisation
permanente dans des villages aménagés selon les normes de l'urbanisme moderne. À noter
que, pour les gens qui reviendront sur leurs lieux d'habitation, il faudra s'attaquer aux
problèmes de cadastre en milieu urbain, pour qu'ils puissent les retrouver et avoir accès à
des droits. Une telle politique ne peut être rationnellement élaborée sans qu'elle soit

23
articulée à des politiques de transport en commun, de production agricole et de
commercialisation, de formation universitaire, professionnelle et technique.

Pour donner toutes les chances de réussite à cette entreprise colossale et complexe de
reconstruction nationale, une mesure immédiate d'accompagnement est absolument
nécessaire: la remise de la dette d'Haïti.

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Évidemment, plusieurs personnes sont mortes lors du séisme, mais au delà de ça, le
gouvernement sǯest fissuré. Lorsquǯon parle de reconstruction, on parle de reconstruction
politique et social ou celle dǯune société. Il faut agir en respectant la souveraineté dǯHaïti
dans le plan de reconstruction, même si ça peut être tentant pour des États forts de vouloir
ajouter des directives politiques à leurs dons. Il ne faut pas reconstruire le pays, mais plutôt
les aider à « autoconstruire » leur pays. Ils possédaient déjà des aptitudes en matière
dǯagriculture (50% de cultivateurs). Il faut prioriser cette force afin quǯelle soit la solution
aux bidonvilles.

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Le passage à Montréal la semaine dernière, le premier ministre d'Haïti, Jean-MaxBellerive, a


dit ce que tout le monde souhaitait entendre: respectons la souveraineté pleine et entière
d'Haïti. Les ministres des Affaires étrangères présents ont déclaré ce qu'il était convenu de
dire: que la communauté internationale était là pour appuyer et non se substituer à l'État
haïtien. Et les Haïtiens de Port-au-Prince comme d'ici vont faire semblant de croire qu'ils
vont tous pouvoir se relever comme avant, sans changer les règles d'un jeu de pouvoirs et
de direction d'un État historiquement inégal, inefficace, imparfait et corrompu.

Dans cet apparent jeu de dupes, une lecture réaliste des enjeux relatifs aux déboursements
des centaines de millions - voire de milliards - de dollars de la reconstruction dans les six
mois à cinq ans à venir impose de tenir un autre langage. L'État haïtien n'est ni «fragile», ni
«failli», ni capable. Il est tout simplement très, très faible, sans pouvoir de contrôle réel et
intègre sur la gestion des immenses investissements à venir, et sans beaucoup de
ressources pour éviter rapidement mille dérives arrivistes, affairistes et politiciennes sur la
gestion des engagements financiers à venir de la communauté internationale.

Bilan négatif

25
Il faut être un bon samaritain pour croire que le malade peut se relever rapidement sans
une assistance extérieure «robuste» et sérieusement coordonnée. Si le «modèle afghan» de
relèvement, depuis 2001, source d'une corruption et d'une inefficacité sans nom, est à
proscrire; si le modèle d'administration temporaire des Nations unies est à éviter, parce
que Haïti, République deux fois centenaire, n'est pas un «non-État» comme l'étaient le
Kosovo (1999) ou le Timor-Leste (2000) avant leur mise sous tutelle onusienne, force est
de constater qu'Haïti n'est certainement pas à court terme l'État capable d'absorber et
gérer de manière efficace et efficiente les futurs investissements massifs de la communauté
internationale en Haïti.

Le premier ministre Bellerive ne tenait pas un autre discours en dressant le bilan négatif
des milliards de dollars investis par la coopération internationale dans son pays par le
passé.

Double langage

La déclaration de Montréal de ce 25 janvier est un vrai modèle de double langage. Il est plus
que légitime de prôner «l'appropriation», puisque seuls les Haïtiens seront maîtres de leur
destin. Un gouvernement légal et légitime doit assurer la gestion stratégique de son destin
politique et économique. La suite est plus ambiguë. Pour «adhérer aux principes de
l'efficacité de l'aide», travailler sous la «coordination clé des Nations unies» et assurer la
«responsabilisation et la transparence [...], particulièrement au chapitre de la répartition et
de la gestion des ressources» et adopter des «mécanismes solides de suivi et d'évaluation»,
il devient clair que si la gestion stratégique des opérations demeure la responsabilité
régalienne du gouvernement haïtien, le mode de gouvernance de la gestion de l'assistance
internationale pour le déploiement de cette dernière doit relever d'un modèle qui oscillera
entre une mise en oeuvre opérationnelle et un suivi tactique sous tutelle étroite des
bailleurs les plus importants. Certains vont jusqu'à préconiser «de verser pendant cinq
années une contribution financière, dont le bon usage serait contrôlé par une commission
mixte - donateurs et bénéficiaires» (Régis Debray, Le Monde, 20 janvier 2010).

Il importe donc, demain comme aujourd'hui, d'inventer de nouveaux modes de


gouvernance de l'aide en Haïti. Une partie de la solution pourrait résider dans le
développement d'un modèle innovateur de «souveraineté-association», mot qui en fera
sourire certains, entre des gouvernements soucieux d'action concrète et un gouvernement
trop faible pour assumer de manière intégrale une souveraineté pleine et entière.
L'association reposerait sur un modèle de cogestion temporaire de fonctions
administratives, institutionnelles et administratives particulières.

Certaines concessions partielles de souveraineté (espace aérien ou maritime géré par les É.-
U.) facilitent déjà la sécurisation et une logistique humanitaire d'envergure. Sans absoudre
la souveraineté de l'État sur les corps et entités constituées, l'on peut parfaitement imaginer
le déploiement d'«équipes d'intervention civiles en cas de catastrophes» pour remplacer
(première phase), reconstituer et reconstruire (deuxième phase), puis renforcer (troisième
phase) certaines des fonctions de l'État les plus touchées par la catastrophe: ministères de

26
première ligne, corps et administrations spécialisés, ceci sous la forme d'équipes
internationales conséquentes, envoyées et soutenues par le groupe des Amis d'Haïti.

Ami fidèle, partenaire efficace et reconnu, associé dans le relèvement et la reconstruction de


plusieurs entités de l'État haïtien, le Canada dispose à cet égard de plusieurs atouts, à
Montréal, au Québec comme au Canada, pour déployer des unités spécialisées de ce type à
court et à moyen termes, pour participer à la mise en oeuvre de ce nouveau continuum de
«remplacement, reconstitution-reconstruction et renforcement» qui présidera aux
destinées du pays comme de Port-au-Prince dans les mois et années à venir.

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À la suite de son passage à Montréal, le premier ministre Haïtien Jean-MaxBellerive a


dit quǯHaïti gardera sa souveraineté complète. À leur défense, les ministres des Affaires
étrangères ont dit quǯils nǯallaient quǯassister à la reconstruction. Or, même si Haïti veut sa
souveraineté, il faut comprendre que le pays est trop affaibli pour ce faire. Il pourrait exister
une « souveraineté-association ». Ce nouveau modèle équilibrerait les gouvernements
capables de passer à lǯaction ainsi que celui en besoin. Par exemple, la gestion des eaux et
des airs par les Etats-Unis a déjà facilité et sécurisé lǯaide.

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Bien calme de la commune de Tabarre, non loin de l'aéroport de Port-au-Prince. Ils refont la
toiture d'un édifice modeste de 10 mètres carrés à la lueur de quelques ampoules
branchées sur une génératrice. Le sol est jonché de ciment mouillé qu'ils remontent
patiemment sur l'armature du toit déjà partiellement coffré.

Les Haïtiens ont repris rapidement leurs activités après le séisme du 12 janvier, tout au
moins celles qu'on pouvait encore envisager. D'ailleurs, les marchands (en fait, ce sont
surtout des marchandes) dont les étals bordent les rues de la capitale étaient déjà à pied
d'œuvre deux jours après le séisme.

28
On croise régulièrement dans la plupart des quartiers de la capitale, à l'abri des regards
indiscrets, des travailleurs de la construction ayant visiblement recours aux techniques et
matériaux d'avant-séisme. Et ce, malgré le décret gouvernemental imposant un moratoire
sur tout projet de construction en Haïti.

«Ils nous ont demandé de trouver des abris provisoires, comme des tentes, mais nous n'en
avons toujours pas, explique Messejour Joseph, propriétaire de ce bâtiment en construction
de Tabarre, qui nie travailler de nuit pour éviter les regards indiscrets de la mairie locale. Je
ne crois pas que ce type de catastrophe va revenir très rapidement. C'est pour cela que nous
construisons encore comme avant.»

Le déploiement de l'aide

L'ONU, le gouvernement haïtien, les gouvernements étrangers, plus de 700 organisations


non gouvernementales inscrites auprès de l'ONU et nombre d'autres faisant cavalier seul se
sont déployés depuis le 12 janvier dans les zones touchées par le séisme.

L'urgence a rapidement pris le dessus sur l'organisation systématique. «Pendant un temps,


juste après une crise, il a fallu que le travail soit fait et moins se soucier des systèmes en
place, parce qu'il y avait des besoins très pressants», résume la porte-parole du Programme
alimentaire mondial (PAM), Anne Poulsen.

«Au début, il fallait organiser une distribution généralisée, poursuit-elle en réponse aux
critiques faites au sujet de la distribution massive de riz. On se dirige maintenant vers une
vision à plus long terme, une vision de reconstruction d'un pays qui fasse en sorte que les
Haïtiens puissent se nourrir eux-mêmes.»

La prise en compte du contexte

Bien qu'appuyant le principe d'une telle distribution généralisée dans les jours qui ont suivi
le désastre, Yolette Étienne, ancienne directrice du bureau d'OXFAM-Angleterre en Haïti
soulève certains bémols. «D'un côté, l'État présentait ses demandes et de l'autre, la plupart
des ONG faisaient ce qu'elles voulaient. Prenons l'exemple de ces abris provisoires. Tout le
monde a été dépassé par la situation et il y a eu un problème de coordination au niveau de
l'État lui-même. L'instance chargée de la protection civile a été complètement marginalisée
et certains autres représentants de l'État ont agi à sa place auprès des Nations unies. Par
ailleurs, le gouvernement haïtien a réclamé des tentes, mais les ONG ne voulaient pas les
distribuer parce qu'elles étaient convaincues qu'il fallait des bâches qu'elles ont l'habitude
de distribuer. Seules ces ONG avaient les ressources financières nécessaires et ce sont des
bâches qu'elles ont l'habitude de distribuer dans les grands terrains de déplacés en
Afrique.»

Ce sont donc celles-ci qui ont été distribuées plus massivement que des tentes; puis les gens
ont acheté ou coupé du bois pour les consolider. Or on sait que la déforestation est un
facteur aggravant des nombreuses inondations dans le pays; la végétation permet la
rétention d'eau et la saison des pluies débute ce mois-ci.

29
«C'est bien certain que l'aide humanitaire ne se gère pas comme l'aide au développement,
ajoute Mme Étienne, qui a quitté son poste le 31 mars dernier (départ prévu en janvier...)
pour se joindre à une autre organisation. Dans un pays aussi dégradé qu'Haïti, les enjeux
entourant les interventions d'aide humanitaire et celles de l'aide au développement sont
étroitement liées.»

«Cette catastrophe s'est greffée à une crise plus structurelle. Dans le cas d'Haïti, il faut
profiter de cette situation d'urgence pour instaurer des changements. Dans bien des cas, on
comprend mal la situation.»

Ce manque de connaissances culturelles et sociales du terrain limite la portée de l'aide


humanitaire. À titre d'exemple, le transfert des connaissances et de matériel à la suite des
opérations n'est pas encore prévu. Les militaires canadiens ont par exemple remis sur pied
l'aéroport caduc de Jacmel, mais ils sont partis, un mois plus tard, presque aussi rapidement
qu'ils sont arrivés, emportant avec eux les radars et les lumières qui éclairaient la piste de
nuit. Ceci diminue considérablement l'accessibilité à la ville de Jacmel, tant pour les
organisations humanitaires que pour les projets de développement économique qu'elle
veut attirer.

«La mentalité d'assisté existait déjà et tend malheureusement à se renforcer avec le


désastre du 12 janvier. Pour la combattre, il faut prendre des dispositions permettant de
construire ce pays autrement; il faut fournir à la population les structures nécessaires pour
la création d'emplois qui garantissent sa dignité», confirme Chavannes Jean Baptiste, chef
du Mouvement paysan national du congrès de Papaye (MPNKP), qui compte 200 000
membres. Il souligne le faible soutien reçu encore à ce jour dans les zones agricoles qui ont
accueilli des centaines de milliers de déplacés.

Guypsy Michel, directeur régional du CECI, estime lui aussi qu'on peut «penser l'urgence
avec une vision de développement, on peut trouver un équilibre» entre l'humanitaire et le
long terme. Il ne faut pas «s'installer dans l'urgence».

Quant aux autorités, «il ne faut pas prendre le prétexte de la corruption pour les ignorer»,
même si «les étrangers n'ont pas forcément tort quand ils pointent la corruption» de l'État.
L'État en crise de crédibilité La grande perte de confiance envers le président René Préval
après le séisme ne prendrait pas d'ailleurs ancrage uniquement dans les difficultés
organisationnelles de son gouvernement à la suite du séisme.

«On s'est aperçu très vite que le gouvernement était "hors service", se rappelle
LænecHurbon, directeur de recherche du CNRS de Paris et professeur à l'Université Kiskeya
de Port-au-Prince. Il y avait [dans les premiers jours] une absence totale de communication
avec le pouvoir. Les gens se sont repliés sur eux-mêmes et sur la solidarité spontanée.»

Les Haïtiens savaient bien que leur État n'avait pas la capacité de faire face à ce genre de
situation. Et le président ne s'est adressé à la nation que de dix jours après ce séisme, que
les Haïtiens ont surnommé «goudou-goudou» en raison du bruit qu'il a généré. «Jusqu'à

30
présent, la population lui en veut, il s'agit d'une perte de popularité semblable à celle du
président Bush après l'ouragan Katrina.»

René Préval s'est déplacé pendant les dernières semaines dans de nombreuses capitales
pour chercher le financement nécessaire à son plan de reconstruction, mais il a été absent
des camps et des zones touchées. Bien qu'il ait affirmé mercredi au Devoir que la
conférence de New York terminée, il orientait désormais ses priorités vers la population
touchée, le mal semble être fait. On semble retourner aux vieilles habitudes de non-respect
des normes et des règlements dans la population: construction sans permis, dans des
endroits non propices, comme à Tabarre. Reste à voir s'il sera possible pour un
gouvernement si impopulaire de mobiliser la société haïtienne dans la mise en oeuvre de
son plan de reconstruction.

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Lǯaide apportée était une aide qui ne tenait pas compte du système déjà en place
puisquǯil agissait en urgence. Ensuite, les ONG ne sǯentendent pas et cela rend leur aide

31
inefficace puisquǯelles ne connaissent pas bien Haïti. Il y a également un manque dǯaide
dans les zones agricoles, endroits qui ont accueilli plusieurs centaines de milliers de
déplacés. Il ne faut pas que lǯaide sǯinstalle dans lǯurgence. La popularité de lǯÉtat haïtien a
diminué auprès de ses habitants puisque sa demande dǯaide à la nation a été fait dix jours
après le séisme. Il faut voir si avec cette baisse de popularité lǯÉtat pourra faire entendre
son plan de reconstruction et lǯinstaller.

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( )‘ 3*#-.+#.-3;.A c  $9"#$%%&$

Haïti a été effacé ou presque de nos écrans radars. La tragédie de la Perle noire des Antilles
a été emportée par le tremblement de terre chilien, la pédophilie catholique et les cendres

32
islandaises. Pourtant, il y a toujours 1,3 million de sans-abri, alors que la saison des
cyclones s'annonce et que la capitale demeure encore un tas de décombres non fonctionnel.

Le pays et son avenir vivent aujourd'hui une période charnière déterminante, le moment
des choix qui orienteront la «reconstruction» ou la «construction» du pays. Ces choix sont
d'autant plus compliqués qu'ils doivent s'élaborer et être mis en oeuvre alors que persiste
la crise humanitaire qui exige des solutions d'urgence. Or il y a souvent dans des solutions
temporaires d'urgence des facteurs qui conduisent à transformer le passager en état
permanent. Ainsi, les centaines de milliers de personnes qui se sont réfugiées dans les
régions rurales, dont souvent elles sont originaires, doivent-elles être relogées en fonction
d'un retour futur dans la capitale ou d'une installation permanente? Les communautés
d'accueil possèdent-elles les capacités d'accueillir ces réfugiés sans taxer exagérément des
populations qui vivent un état de survie précaire?

Soucieuse de désengorger physiquement et humainement Port-au-Prince, la communauté


internationale, avec le gouvernement haïtien, doit-elle mettre sur pied un programme de
reconstruction de la capitale qui en refera une ville qui attire comme un aimant toutes les
misères du pays à la recherche d'un maigre boulot, d'une petite activité ou d'une rapine
tentante? Comment assurer la stabilité et la sécurité des nouveaux quartiers qui se forment
à la périphérie de la capitale si, avec le déplacement, on ne propose pas une offre
significative de logements, de services et d'emplois? Comment désengorger les bidonvilles
qui minent Port-au-Prince comme un cancer sans se contenter de déplacer de quelques
dizaines de kilomètres les mêmes bidonvilles pourris? Une question qui prend tout son sens
et son poids quand on pense à la déclaration du premier ministre Bellerive: «Moi, je n'ai pas
de ressources budgétaires et quasiment aucun contrôle sur les compétences d'un État:
qu'est-ce que vous voulez que je décentralise?»

Voilà tout le sens de la question: faut-il reconstruire Haïti ou construire Haïti? Une question
dont le corollaire est: faut-il recréer la même société?

Dans la majorité des pays victimes de séismes d'envergure, la reconstruction des


infrastructures et le relogement des victimes réussissent généralement à faire retrouver au
pays son ancienne prospérité et peuvent même devenir un facteur d'une nouvelle
croissance économique. Ce fut le cas en Indonésie à la suite du tsunami, une opération
facilitée par l'existence d'un gouvernement structuré et d'une société civile engagée dans la
reconstruction. Ou encore dans la ville d'Armenia, en Colombie, à la suite du tremblement
de terre de 1999, que les experts considèrent comme un modèle de restauration.

Or en Haïti, malgré les centaines d'ONG, d'organisations caritatives et quelques faibles


syndicats, il n'existe pas de véritable société civile structurée et pas plus de gouvernement.

Ce que l'on sait, c'est que, peu importe le choix qu'on fera, celui de la réparation ou de la
refondation, on redonnera un peu de vie à un pays qui demeurera désespérément pauvre,
sans espoir à court terme de développement industriel et qui risquera de retomber dans les
mêmes travers et les mêmes culs-de-sac. C'est donc l'organisation de la société, sa vie, qu'il
faut tenter de réinventer en reconstruisant.

33
Et cela passe obligatoirement par l'éducation. La question se pose avec acuité ces jours-ci,
au moment où on tente de retourner les enfants à l'école. Le retour des enfants à l'école
représente un facteur important de normalité, de stabilisation et de sécurité. Mais les
retourner dans quelles écoles et reconstruire quel système d'éducation? Si on redonne vie
au passé, on remet sur pied une des causes principales du drame haïtien, on redonne vie à
un bordel total. En fait, il n'existe pas de système d'éducation en Haïti et le ministère de
l'Éducation est qualifié de ministère «fantôme». L'éducation en Haïti est une foire
d'empoigne où se concurrencent écoles caritatives, établissements de prosélytisme
religieux et entrepreneurs souvent sans scrupules et toujours sans compétence. Seulement
20 % des écoles primaires ou secondaires relèvent de l'État et elles sont, matériellement,
les moins bien nanties. Reconstruire ces écoles, ce serait reconstruire des commerces et
non pas des établissements de savoir.

Dans ces écoles qu'on veut reconstruire, 25 % des enseignants du primaire n'ont jamais
fréquenté l'école secondaire et 15 % seulement possèdent un diplôme. On ne forme que
300 enseignants qualifiés chaque année alors qu'il en faudrait plusieurs milliers. Le résultat
est calamiteux. Haïti possède le plus bas taux de scolarisation, de diplômés du primaire et
d'alphabétisation de l'hémisphère. Et aussi le plus haut taux de décrochage avant l'école
secondaire.

Voilà où est l'avenir. Profiter de cette occasion unique pour doter Haïti d'un véritable
système public d'éducation. Reconstruire les classes, certes, mais refonder tout le
fonctionnement de l'éducation. Les bailleurs de fonds ne devraient pas hésiter à en faire
une condition incontournable à leur aide, quitte à froisser la souvent trop commode
souveraineté nationale.

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3[

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Dǯautre tragédies comme le tremblements de terre chilien, la pédophilie catholique


et lǯéruption du volcan dǯIsland ont remplacé le drame haïtien. Faut-il reconstruire ou
construire Haïti? Après un drame, si on se fit à la tendance, les pays sinistrés retrouvent
souvent leur prospérité avec lǯaide apportée. Par exemple, un modèle à suivre est la ville
dǯArmeni en Colombie. Le problème avec Haïti cǯest quǯil nǯy a pas de structure tant du côté
social que du côté gouvernemental. Haïti risque de revenir au point de départ. Il faut donc
faire lǯorganisation de la société et ça passe dǯabord par lǯéducation. Cependant, lǯÉtat ne
sǯoccupe pas du système de lǯéducation et seulement 20% des écoles (secondaires et
primaires) sont gérées par celui-ci. 25% des enseignants dans ces écoles nǯont pas fini leur
secondaire. Dǯautres problèmes sǯadditionnent à ce dernier comme un très bas taux de
scolarisation ainsi que dǯalphabétisation. Il ne faut pas construire des écoles, mais
construire une structure et un nouveau fonctionnement.

35
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La communauté internationale a immédiatement réagi à la catastrophe du 12 janvier en


faisant part de sa vive " émotion " et en décidant de débloquer des moyens matériels et
humains exceptionnels. Les pays du Nord, Etats-Unis en tête, ont multiplié les déclarations
d'" amitié " envers le pays sinistré, le plus pauvre de l'hémisphère occidental, mais aussi la
première République libre de l'Amérique coloniale et esclavagiste. 8     
  8 rectifie M. William Clinton, rapporteur spécial pour la Mission des Nations
unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah) depuis 2009 - celui que l'humour créole
surnomme déjà le "     ", " l'incontournable " du " problème haïtien ". Car si
l'Organisation des Nations unies se présente comme l'instance la plus légitime pour diriger
la coordination de l'aide, les Etats-Unis ont rapidement pris les rênes des opérations. Quatre
mille six cents hommes sur le terrain, dix mille cinq cents en mer pour les appuyer, 167
millions de dollars d'aide (118 millions d'euros) ont été déployés par le puissant voisin.

Le président BarackObama ne pouvait laisser l'occasion d'affirmer sa solidarité dans le


drame. Ni celle de renouer avec l'image d'un interventionnisme basé sur l'assistance plutôt
que sur l'affrontement armé. Au-delà de l'émotion du peuple américain et de son dirigeant
pour une tragédie qui se déroule à moins d'un millier de kilomètres de ses côtes, l'urgence
humanitaire représente l'opportunité pour M. Obama de marquer une rupture avec la ligne
gouvernementale de ses prédécesseurs, qui avait considérablement terni l'image des Etats-
Unis dans l'opinion internationale : la gestion calamiteuse du désastre engendré par le
cyclone Katrina et, en politique étrangère, l'invasion militaire de l'Afghanistan et de l'Irak,
fondées sur des mensonges d'Etat avérés et justifiés par une doctrine de guerre contre l'"
axe du Mal ".

Cette prise en main des opérations a néanmoins provoqué la protestation d'un certain
nombre d'acteurs, officiels ou organisations non gouvernementales (ONG), dont le travail
d'urgence a été compliqué par la centralisation des décisions, notamment de l'autorité
aéroportuaire de Port-au-Prince, sous administration américaine. Elle suscite également
des inquiétudes de la part de plusieurs observateurs de la région qui craignent une nouvelle
démonstration de la " doctrine Monroe ", par laquelle l' " Oncle Sam " s'octroie depuis 1823
le droit d'intervenir sur l'ensemble du continent.

Le déploiement militaire massif rappelle en effet de sombres heures de l'histoire. Celles de


l'invasion et de l'occupation armée de l'île, entre 1915 et 193[, par la " première nation
libre ", au nom de la démocratie ; celle du renversement du président Jean-Bertrand
Aristide, en 199[, par une junte militaire, dont les liens avec l'administration du président
George Bush n'est pas éclaircie ; son rétablissement au pouvoir, en 1996, par
l'administration de M. Clinton, puis de nouveau sa destitution en 200[ lors d'un nouveau
débarquement armé décidé par Washington (avec la collaboration de Paris).

36
M. Obama a promis une nouvelle fois au peuple haïtien que "        
          ". Mais son pays aura du mal à faire oublier sa
responsabilité dans l'instabilité politique chronique dans laquelle est plongée Haïti depuis
son indépendance.

Responsabilité qu'il partage avec d'autres pays qui n'hésitent pas à se proclamer " amis "
d'Haïti et solidaires de son malheur. Le ministre français des affaires étrangères Bernard
Kouchner invoque un engagement envers le peuple haïtien 8     
  8 Rapproché ? En mettant en déroute, en 180[, l'armée napoléonienne, Haïti
a été en retour isolé par les empires esclavagistes afin que sa révolution ne s'étende pas au-
delà de ses frontières. Le pays a ensuite dû rembourser à Paris une dette impayable (150
millions de francs-or réclamés en 1825, équivalents à 15 milliards d'euros actuels) pour
prix de la reconnaissance de son indépendance et du renoncement à une nouvelle invasion.

L'affront du pays révolté à la grandeur de l'ancien empire pourrait expliquer que, de toute
son histoire, jamais un chef d'Etat français n'ait mis le pied sur le sol Haïtien. Cela n'a (peut-
être) pas échappé à M. Nicolas Sarkozy qui a immédiatement demandé à prendre part à
l'opération montée par Washington et s'est engagé à se rendre en visite dans l'île au
printemps. En profitera-t-il pour remettre en cause le durcissement des règles d'obtention
du droit d'asile, l'augmentation drastique des expulsions qui concerne un grand nombre
d'Haïtiens, principalement dans les départements des Antilles et de Guyane ? Selon le
Collectif Haïti de France, sur les cinquante mille migrants reconduits à la frontière en 2007,
la moitié l'ont été à partir des départements et territoires d'outre-mer ; 67 % des personnes
expulsées de la Guadeloupe étaient de nationalité haïtienne.

L'amitié franco-haïtienne s'était également manifestée d'une étrange façon, lorsque la


France accorda le refuge, en 1986, au dictateur Jean Claude Duvalier, chassé par son peuple
après une dictature sanglante inaugurée par son père François et qui dura presque trente
ans (1). Duvalier fils s'exila avec une fortune évaluée à 900 millions de dollars extraite des
caisses de l'Etat haïtien, soit une somme alors supérieure à la dette externe du pays. Malgré
les demandes répétées, il ne fut jamais livré à la justice de son pays. La famille Duvalier
avait pourtant détourné à son profit 80 % de l'aide économique versée à Haïti, mais
constituait en ce temps une précieuse alliée pour ses amis Occidentaux dans la lutte contre
le " péril communiste".

Il serait aussi avisé de relativiser la bienveillance du Canada, qui a pour sa part favorisé
l'accueil des haïtiens diplômés, privant de ses cadres le pays qui souffre certainement le
plus de la fuite des cerveaux et des compétences, et où le manque d'éducation est un
problème majeur.

Au vu de cette histoire d'amitié pour le moins houleuse, la reconstruction devrait être


placée en priorité aux mains d'organisations supranationales. Alors que la position de
l'Union européenne se fait attendre, le directeur général du Fonds monétaire international
(FMI), M. Dominique Strauss-Kahn a d'ores et déjà avancé l'idée d'un immense plan
Marshall (2) destiné à financer sur le long terme la reconstruction de l'Etat détruit, et

37
annoncé - pour cinq ans, en... attendant mieux - l'annulation de la dette extérieure haïtienne,
dont le FMI détient 80 % avec la Banque mondiale.

Là encore, la " générosité " des bailleurs de fonds ne saurait occulter que ce sont ces mêmes
institutions financières internationales qui, en échange d'allègements de la dette contractée
sous la dictature, imposèrent dans les années 1990 des " plans d'ajustements structurels " à
Haïti. Ceux-ci ont miné les fondements de l'économie agricole et des services publics,
poussant des millions d'Haïtiens vers les bidonvilles de la capitale et les usines de sous-
traitance multinationales, permettant le " dumping " des produits agricoles américains et
menant à une crise alimentaire sans précédant dont témoignèrent les émeutes de la faim en
2008.

Quand bien même le FMI tente de regagner une crédibilité dans sa mission de
développement des pays pauvres, il est difficile de ne pas éprouver d'inquiétude lorsque
son directeur réaffirme qu'il 8       !    8 dans ses 8     
 8.

Une conférence internationale sur l'aide à Haïti se tiendra en mars, à New York, au siège de
l'ONU, afin de coordonner les efforts immédiats pour faire face aux suites du séisme et
préparer l'action à long terme ont décidé, le 26 janvier, réunis à Montréal, les " pays amis " -
Etats-Unis, Union européenne, France, Espagne, Japon, Brésil, mais aussi... Banque
interaméricaine de développement, Banque mondiale, FMI ! A cette occasion, le premier
ministre haïtien Jean-MaxBellerive a remercié tous ceux qui sont venus en aide à ses
compatriotes, en citant notamment Cuba et le Venezuela, alors que ces deux pays, qui ont
dénoncé la présence militaire américaine en Haïti, n'avaient pas été invités à la conférence.

Le plan de reconstruction attise déjà de nombreuses convoitises du côté des firmes privées.
Le groupe International Peace Operations Association(IPAO), qui associe des entreprises
spécialisées dans la réponse aux catastrophes et aux situations de guerre, a déjà offert ses
services pour appuyer l'effort de reconstruction. Parmi ces firmes figure Triple Canopy,
société militaire privée (SMP) présente en Irak et en Afghanistan     Le Monde
diplomatique     "#$# 8 %   &       8. Dès le 1[ janvier, la
HeritageFoundation, l'un des plus influents " think-tank " conservateurs des Etats-Unis,
écrivait sur son site : 8       '         
&  () &             *  ()  
           &  () 
         '   +   
   (3) 8

Plusieurs fois évoquée lors des troubles politiques qui secouèrent l'île, la mise sous tutelle
internationale n'avait jamais été acceptée par un peuple qui s'est libéré seul de ses chaînes
et a trop expérimenté les trahisons. Lors de la réunion de Montréal, pour faire taire
inquiétudes et critiques, le premier ministre Jean-MaxBellerive a dû affirmer haut et fort
que l'Etat haïtien jouerait un rôle central de coordination dans la distribution de l'aide 8
             ([ 8

38
Ironie de l'histoire, le festival de littérature internationale " Etonnants voyageurs ", qui
devait commencer le jour du drame et réunir une cinquantaine d'écrivains à Port-au-Prince,
s'intitulait " Le monde au miroir d'Haïti, Haïti au miroir du monde ". Depuis ce jour, le
monde se regarde dans la tragédie haïtienne et les nations puissantes tentent de
recomposer leur image dans le reflet haïtien.

Note(s) :

(1)Ê Près de soixante mille opposants au régime ont été assassinés.


(2) Le plan Marshall, lancé par les Etats-Unis après la seconde guerre mondiale,
avait financé la reconstruction de l'Europe de l'Ouest.
(3) Cité par la journaliste canadienne Naomi Klein, le texte, devenu
compromettant, a été retiré quelques jours après sa mise en ligne. Moins de deux
semaines après l'ouragan Katrina, la HeritageFoundation avait formulé trente-
deux propositions libérales pour reconstruire la Nouvelle Orléans, qui
impliquaient l'arrêt des projets de logements publics, la création d'une immense
zone franche et la révision du droit du travail pour en supprimer l'obligation d'un
salaire minimum des employés.
([) Agence France Presse, 26 janvier 2010.

39
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Haïti fut la première République libre de lǯAmérique coloniale et esclavagiste. Les


Etats-Unis ont agit rapidement à la suite du séisme. [ 600 hommes, 10 500 en mer et 167
millions de dollars. Cǯest une « belle » occasion pour le [[e président des États-Unis de
purifier lǯimage de son pays. Malgré le fait que son pays veut aider, celui-ci était une des
sources de lǯinstabilité politique dǯHaïti. Même scénario avec la France qui avait acceptée
que le dictateur Jean Claude Duvalier se refuge chez eux après une dictature, débutée par
son père, dǯune durée de 30 ans. Monsieur Duvalier avait été expulsé par la communauté
Haïtienne et avait volé 900 millions de dollars ce qui est supérieur à la dette dǯHaïti. Le
peuple voulait son rapatriement afin quǯil fasse front à la justice Haïtienne. Le Canada,
quant à lui, a ouvert se portes aux Haïtiens diplômés, alors que leurs compétences serait
beaucoup plus utile là-bas. Ensuite, le Fonds Monétaire International (FMI) est prêt à
annuler la dette (80%). Cependant, cǯest le FMI qui avait imposé un plan dǯajustement
structurel en 1990 contre lǯallègement de dette, ce qui avait mené plusieurs Haïtiens aux
bidonvilles et usines de sous-traitance multinationales. Le premier ministre Haïtien Jean-
MaxBellerive dit que son État serait le maître de la coordination de la distribution de lǯaide
en gardant à part entière sa souveraineté. Trop souvent, le peuple sǯest fait trahir. Cǯest la
première fois quǯils acceptent lǯaide internationale.

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Au moment du tremblement de terre du 12 janvier, Haïti se préparait à tenir des élections


législatives. Prévues pour le 28 février, elles devaient être suivies quelques mois plus tard
de l'élection présidentielle. Plusieurs observateurs internationaux avaient signalé que ces
scrutins allaient fournir l'occasion de démontrer que la démocratie haïtienne pouvait
maintenant voler de ses propres ailes.

Personne ne s'imaginait qu'elle allait être confrontée à un tout autre test, celui de se relever
d'une catastrophe naturelle sans précédent.Quel sera l'effet de ce séisme sur l'évolution du
processus démocratique émergent en Haïti? Les avis sont partagés sur cette question. Une
chose semble claire cependant. Après l'urgence viendra la reconstruction. Et une
reconstruction viable en Haïti passe par la consolidation de la démocratie.

La situation actuelle en Haïti est exceptionnelle. L'ampleur du désastre est telle qu'il est
plutôt difficile de reprocher au gouvernement d'avoir eu de la difficulté à réagir avec
rapidité et cohérence au lendemain du tremblement de terre. À un moment donné, les
équipes d'urgence quitteront Haïti et les travaux de reconstruction débuteront. Tout est à
refaire. Et comme si cela n'était pas assez, l'instabilité politique dans ce pays a miné avec le
temps la confiance de la population envers la classe politique.

Une fois l'urgence passée, les Haïtiens devront donc s'atteler à deux tâches colossales:
consolider un processus démocratique fragile, difficilement restauré lors des élections de
2006, et reconstruire pour l'essentiel les infrastructures de leur pays. Ces deux tâches
devront être relevées simultanément.

Le défi est de taille et les embûches sont nombreuses. D'un point de vue constitutionnel, le
mandat des 99 représentants de la Chambre des députés et de 10 des 30 sénateurs viendra
à échéance dans les prochains mois, après quoi il ne restera plus que 20 sénateurs en guise

[1
de législature. Il en va de même pour le mandat de la totalité des élus régionaux. Pour sa
part, le mandat du président expirera le 7 février 2011. C'est donc dire que d'ici quelques
mois, l'État haïtien sera presque entièrement dépouillé de représentants élus.

Cette situation rend difficile l'exercice d'un leadership fort et légitime. Sans Parlement, le
gouvernement dirigera seul, isolé par l'absence de mécanismes de représentation
populaire. Le déploiement de l'effort de reconstruction est susceptible d'être entravé par
cette situation. On a beaucoup évoqué par exemple l'idée que cette reconstruction devait
passer par la décentralisation, le développement régional et la participation citoyenne. Or,
comment mettre en pratique ce développement régional en l'absence d'autorités
gouvernementales régionales légitimes et dotées de ressources suffisantes? Comment
inclure les citoyens dans ce processus et restaurer la confiance envers la démocratie sans
mécanismes de représentation adéquats?

Il est évidemment irréaliste de croire qu'il soit possible et nécessaire de tenir toutes ces
élections (présidentiel, législatives et locales) rapidement.Le pragmatisme s'impose dans
l'immédiat. Mais c'est au nom de ce même pragmatisme, en ayant à l'esprit l'objectif d'une
reconstruction viable d'Haïti qu'il faudra consolider et relancer le processus électoral dans
ce pays.

Il convient sans doute que le leadership du gouvernement actuel soit réaffirmé durant
l'actuelle situation d'urgence que traverse Haïti. Mais il faut aussi commencer à prévoir dès
maintenant les moyens qui seront mis en place pour relancer le processus démocratique
lorsque s'amorcera la phase de reconstruction du pays.

Les Haïtiens devront participer de plain-pied aux débats qui façonneront l'avenir de leur
pays. Seul un processus électoral clair et transparent permettra à la population haïtienne de
faire entendre sa voix et de confier à des représentants qui jouiront de sa confiance le
mandat de rebâtir leur pays dans le sens de ses intérêts. Voilà pourquoi la reconstruction
d'Haïti passe par la consolidation des assises démocratiques et du processus électoral dans
ce pays.

[2
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Avant le séisme, Haïti avait préparé des élections pour un président, ce qui illustre
que le peuple se développait une démocratie. Cependant, suite à la tragédie il est impossible
de continuer ces élections et, peu à peu, le mandat des députés et des sénateurs viendra à
échéance. Ceux-ci ont le rôle de représenter la population. Le mandat du président se
termine en février 2011, ce qui enlèvera toute légitimité au pouvoir et rendra plus difficile
le leadership. Les Haïtiens doivent être à part entière dans le projet de reconstruction
politique et social en participant aux débats qui dessine leur avenir dǯÉtat.

[3
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New York - Les représentants des pays donateurs, de même que ceux du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale, se sont réunis hier au siège des Nations unies, à
New York, pour faire le point sur leur effort commun dans l'aide apportée à Haïti et pour
s'engager dans la reconstruction durable de ce petit pays ravagé. Cette fois sera-t-elle la
bonne?

Réunis à l'ONU, hier, les représentants des [8 principaux pays qui soutiennent
financièrement Haïti ont promis un total de 9,9 milliards de dollars pour les trois
prochaines années, dont [00 millions additionnels venus du Canada.

C'est ce qu'a annoncé le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, au terme d'une réunion
éclair d'une seule journée qui avait toutes les allures d'un téléthon, chacun y allant de ses
promesses respectives.

"Au nom du peuple haïtien, merci encore, a lancé René Préval, président d'Haïti. J'appelle
mes compatriotes à bien comprendre l'effort fait par la communauté internationale et notre
responsabilité d'y répondre vite et bien."

"La communauté internationale a fait sa part, les Haïtiens doivent maintenant faire la leur",
a ajouté M. Préval, qui a notamment exhorté les investisseurs privés d'Haïti et de la
diaspora à se manifester.

[[
Au cours des 18 prochains mois, Haïti devrait déjà recevoir un total de 5,3 milliards, "ce qui
excède de beaucoup les 3,9 milliards que réclamait Haïti à court terme", a fait remarquer
Hillary Clinton, secrétaire d'État américaine.

La reconstruction, a signalé Mme Clinton, "reposera sur les valeurs établies à la conférence
de Montréal en janvier", soit une reconstruction "coordonnée, orientée vers les résultats et
la reddition de comptes et inclusive (de l'État haïtien)".

Mais comment s'assurer que tout l'argent promis sera effectivement versé, contrairement à
ce qui se passe le plus souvent? À cela, Mme Clinton a répondu qu'il sera possible de le
vérifier sur un site web qui détaillera les engagements de chaque pays, y compris,
évidemment, la contribution américaine de 1,15 milliard.

Tout en annonçant une contribution supplémentaire de [00 millions, Lawrence Cannon,


ministre des Affaires étrangères du Canada, a pour sa part signalé que les Haïtiens
semblaient avoir bien pris acte "de la nécessité d'un vrai changement en Haïti".

L'argent est sur la table, la solidarité mondiale est palpable et "maintenant, nous attendons
les résultats", a-t-il dit.

La Banque mondiale a d'emblée donné le ton à la journée en promettant 250 millions de


dollars supplémentaires à Haïti et en annonçant l'annulation de sa dette, qui se chiffre à 39
millions. Cela portera le total des sommes qu'elle accordera au pays à [79 millions de
dollars d'ici au mois de juin 2011.

Une question de "conscience et de moralité"

Avant le séisme, a signalé Hillary Clinton, Haïti allait dans la bonne direction. Sa croissance
économique était de 3% l'an dernier, et deux grands hôtels s'y étaient même installés.

Aider Haïti à se relever, dit-elle, est "une question de conscience et de moralité", mais c'est
aussi s'assurer que ses problèmes ne débordent pas de ses frontières.

Plusieurs fois au cours de la journée, de nombreux dignitaires - notamment Bill Clinton,


représentant spécial du secrétaire général de l'ONU pour Haïti - ont noté que l'aide
internationale à Haïti est l'histoire d'un échec. "Les organisations non gouvernementales
ont fait un travail magnifique dans les dernières années, mais chacun de son côté", a-t-il dit,
pressant les ONG à respecter leur promesse de travailler cette fois de façon concertée et
"conformément au plan haïtien".

Seulement, il a été très peu question du "plan haïtien", hier. Le président René Préval en a
parlé en termes très généraux, insistant sur le fait que l'éducation devait en être la pierre
d'assise. Jean-MaxBellerive, premier ministre d'Haïti, a souligné, lui, l'importance d'établir
"une culture de transparence et de reddition de comptes qui rende la corruption
impraticable".

[5
Forte délégation canadienne

Le Canada était largement représenté à la conférence d'hier: on y a vu la gouverneure


générale, Michaëlle Jean, les ministres canadiens Bev Oda et Lawrence Cannon, le maire de
Montréal, Gérald Tremblay, présent à titre de vice-président pour l'Amérique de
l'organisme Cités et gouvernements locaux unis. Ce dernier a d'ailleurs été applaudi par les
délégués de l'ONU lorsqu'il a insisté sur la nécessité de mesures flexibles qui permettent
aux villes haïtiennes - et pas seulement Port-au-Prince - d'avoir leur mot à dire dans la
renaissance haïtienne.

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À la réunion du 31 mars, les représentants des [8 principaux pays ont promis la


somme de 9,9 milliards de dollars en trois ans. Ce budget dépasse les attentes dǯHaïti. Grace
à un site internet, il sera possible de voir les parts et les actions de chaque pays participants.
La Banque mondiale annulera la dette de 39 millions dǯHaïti, ce qui porte son « don » à [79
millions de dollars au pays. Pour assurer le succès de la reconstruction, il faut que les ONG
travaillent ensemble au lieu de travailler chacun de leur côté.

[6
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La reconstruction d'Haïti ne sera pas une tâche facile. Les besoins du pays étaient déjà
immenses avant la catastrophe, il est difficile d'imaginer la situation maintenant. L'urgence
d'agir est encore plus grande! Mais comment prioriser, comment décider ce qui doit être
fait?

Et comment éviter les erreurs, par exemple en fixant des priorités qui ne tiendraient pas
compte du cas particulier d'Haïti ou qui n'envisageraient pas la reconstruction dans une
perspective durable?

Voici cinq erreurs à éviter, selon les experts interrogés par lesaffaires.com :

1. Ne pas impliquer les Haïtiens

La pire erreur des représentants qui se réuniront à Montréal serait d'imposer des décisions
qui auraient été prises ailleurs, sans consultation, sans tenir compte de ce que pourrait

[7
vouloir faire les Haïtiens. «Ils doivent éviter la tentation qui est très facile, vu l'incapacité
démontrée par les Haïtiens à bien gérer leur pays, d'être tentés d'adopter la voie
unilatérale, un semblant de consultation sans vraiment consulter. Il faut donc non
seulement consulter, mais il faut associer intimement les Haïtiens disponibles et disposés, à
tout ce qui sera entrepris», selon Daniel Holly, professeur spécialisé en relations
internationales au département de science politique de l'UQAM.

Sinon, selon cet expert membre de la communauté haïtienne, «c'est une greffe qui va se
faire sur un pays qui n'aura rien eu à dire.»

Le directeur général par intérim d'Oxfam Québec, Michel Verret, ajoute que bien que le
Canada, les États-Unis, le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et les
gouvernements amis d'Haïti voudront jouer un rôle, ceux-ci devront s'entendre pour
écouter et faire valoir les priorités des Haïtiens. Aider dans le conseil pour la
reconstruction, mais ne pas faire à leur place. «Je serais très sensible au fait qu'on dit à un
peuple: assoyez-vous, regardez nous faire et après ça on vous donnera le tout clé en main. »

2. Ne pas s'engager à long terme

M. Verret qui, au moment de l'entrevue, ne savait pas encore si la Coalition humanitaire, un


réseau canadien d'ONG, allait participer à la réunion du 25 janvier, affirme que s'il avait un
message à lancer, ce serait le suivant : «On prend des engagements aujourd'hui, mais il
faudra se rappeler demain qu'on a pris ces engagements.»

Quarante ans d'expérience en aide humanitaire font dire à Michel Verret qu'il faut éviter
que ce tremblement de terre ne fasse que passer à l'histoire. «On a beaucoup vu des gens
promettre beaucoup, parce que l'attention était là et parce qu'il y avait tout le côté tragique.
Petit à petit, les efforts s'éloignent. L'exemple de tout ce qui est fait comme promesses lors
des crises alimentaires en Afrique est criant, affirme-t-il. À moment donné on aura tout
promis, on aura été d'accord sur ceci, sur cela, mais on finira par trouver que la conjoncture
est plus complexe, que les Haïtiens sont capables de se débrouiller seul et on aura peut-être
des hésitations à mettre les sommes qu'on avaient promises.»

Daniel Holly partage cet avis : il ne faut pas penser que tout sera terminé dans 10 ans, grâce
aux 10 milliards $ d'aide internationale qui seront peut-être octroyés. L'ampleur de la tâche
en Haïti est telle qu'il ne faudrait pas se donner une limite temporelle trop courte.

3. Ne pas penser qu'on peut miser sur le reste du pays

Michel Verret, qui a réalisé plusieurs voyages en Haïti, affirme qu'un tremblement de terre à
Port-au-Prince signifie que l'ensemble de la gestion du pays est touché. «Tout est centralisé
à Port-au-Prince en termes de pouvoir décisionnel. Alors si la structure du gouvernement
s'effondre à Port-au-Prince, cela signifie que tout y passe. Même chose avec la sécurité
civile, les banques...»

[8
Il ne faut pas penser que les infrastructures des régions épargnées par le séisme sont
suffisamment fortes pour s'y appuyer au cours de la reconstruction du pays.

«On a qu'à penser au gâchis environnemental en Haïti ou au drame qu'a connu la ville des
Gonaïves au moment des quatre cyclones qui ont frappé le pays», soutient M. Holly. «Tout
ceci a eu lieu précisément parce que les campagnes sont laissées à elles-mêmes. Il n'y a pas
vraiment de grandes infrastructures. Par exemple, la plus grande partie du pays n'est pas
électrifiée.»

[. Ne pas envisager la situation comme une possibilité de renouveau

Le travailleur humanitaire estime qu'il ne faudrait pas oublier de profiter de l'occasion pour
penser au renouveau d'Haïti et ainsi englober un grand nombre de préoccupations qui
existaient déjà.

«L'urgence, la crise, c'est aussi l'opportunité», soutient M. Verret. «Dans cette


reconstruction, il faudrait s'assurer de mettre en place les moyens qui permettront au
gouvernement haïtien et à sa population d'envisager positivement la décennie suivante,
voire les 50 prochaines années. »

«Les Américains ont convaincu certains de leurs alliés de reconstruire l'Allemagne après la
Deuxième guerre mondiale en envoyant des fonds massifs : c'était le Plan Marshall», note
Stéphane J. Pallage, directeur du Département des sciences économiques de l'École des
sciences de la gestion de l'UQAM. «C'est ce que vivra probablement Haïti dans une
proportion un peu moindre... Mais il y a là une possibilité de repartir à zéro, sur
d'excellentes bases.»

5. Ne pas rebâtir Haïti dans une perspective régionale

Daniel Holly stipule que cette reconstruction ne peut se faire que solidairement, tant avec
son voisin la République dominicaine qu'avec la communauté caribéenne (CARICOM). Il ne
faudrait pas envisager la remise sur pied d'Haïti sans une perspective d'intégration
économique régionale du pays.

«Si on doit penser la reconstruction d'Haïti en termes d'intégration dans le sous-ensemble


régional au plan économique, il faudrait éviter de définir la spécificité de la participation
haïtienne qui ferait d'Haïti le parent pauvre, comme ça été fait historiquement lors du
déploiement de l'industrie sucrière dans les Caraïbes», note l'expert en relations
internationales.

[9
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Dans la reconstruction dǯHaïti, il y a des erreurs à éviter pour permettre la durabilité


du projet. Dǯabord, il faut inclure les Haïtiens. Ensuite, il faut que les promesses soient
respectées et ce, même après le départ des caméras. Haïti a la chance dans son malheur de
repartir à zéro. Ils vivront un peu ce quǯà vécu lǯAllemagne après la deuxième guerre

50
mondiale, mais à plus petite échelle. Le plan Marshall était un envoi de fonds massifs par les
Américains pour que ces alliés reconstruisent lǯAllemagne.

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Devant l'ampleur de la catastrophe et la spécificité conjoncturelle haïtienne, les priorités en


matière de reconstruction sont évidemment multiples. Que privilégier?

Les coûts seront énormes. Réunis en rencontre de travail en République dominicaine, des
représentants internationaux, dont le ministre d'État des Affaires étrangères du Canada,
Peter Trent, ont estimé que le coût de la reconstruction d'Haïti pourrait s'élever à plus de
10 milliards $ sur cinq ans.

51
Daniel Holly, professeur spécialisé en relations internationales au département de science
politique de l'UQAM estime qu'il faut plutôt parler de construction... «Ce pays n'a jamais été
vraiment construit, affirme-t-il. En Haïti, tout est priorité, tout est urgence. Par où
commencer? En fait, il faut commencer par tout.»

Lesaffaires.com a demandé l'avis de deux experts de la situation haïtienne, sur ce qu'ils


considèrent primordial pour reconstruire Haïti à long terme.

1. Remettre l'appareil d'État sur pied

Plusieurs cadres supérieurs de la fonction publique ont probablement perdu la vie au


moment du tremblement de terre. «Il y aura une faiblesse dans l'appareil de l'État en
termes de cadres disponibles, affirme Daniel Holly, professeur spécialisé en relations
internationales au département de science politique de l'UQAM. «L'un des objectifs devrait
être un programme accéléré de mise à niveau pour les fonctionnaires qui sont en place et
qui ont survécu. Également, des programmes de formation à moyen terme, pour faire en
sorte que la fonction publique dispose du personnel compétent nécessaire.»

Dans la foulée, Daniel Holly, membre de la communauté haïtienne, estime que les faiblesses
institutionnelles au niveau de l'administration publique devraient être prises en compte
pour s'assurer qu'au bout du compte, «cette administration publique, après avoir atteint un
certain niveau de compétence, soit effectivement le bras d'exécution des politiques définies
à la fois par l'aide internationale et par l'État haïtien». Selon lui, il est difficile d'imaginer de
faire tourner l'appareil d'État en Haïti avec le personnel en place et d'imaginer qu'une
administration publique compétente et efficace puisse fonctionner à court terme ou à
moyen terme.

«Il faut s'assurer qu'on donne au gouvernement une capacité démocratique et des moyens
d'intervenir et que les Haïtiens soient au plus fort de la mêlée en termes de partie
prenante», affirme le directeur général par intérim d'Oxfam Québec, Michel Verret.

2. Loger et nourrir la population

Après la phase «urgence de première ligne», c'est-à-dire sauver des vies, il faut donner le
minimum au peuple pour le maintenir en vie et s'assurer qu'il se redresse (soins, eau,
nourriture, abri, structures sanitaires minimales), note M. Verret.

D'autant plus que la saison des pluies arrive à grands pas et qu'en raison du déboisement
du pays, la ville de Port-au-Prince est fréquemment inondée. Il est donc urgent de procurer
des logements au 1,5 million de gens qui sont dans les rues, selon M. Holly.

Selon Michel Verret, on ne peut pas demander aux Haïtiens de vivre sous la tente pour les
quatre prochaines années pendant qu'on réfléchit à un plan de reconstruction. «Il y a une
transition qu'il faudra en mettre place rapidement pour que les conditions s'améliorent,
que la vie redevienne plus décente et qu'elle continue.»

52
3. Redonner l'accès au crédit et à l'emploi

Autre priorité, organiser un système de crédit qui servira à restaurer le secteur commercial,
car le peuple haïtien ne peut s'en remettre indéfiniment à l'aide humanitaire pour assurer
son approvisionnement. Et que faire des commerçants qui ont tout perdu et qui sont
probablement endettés?, demande Daniel Holly. «Faut-il subventionner les banques
haïtiennes détentrices de ces créances pour qu'elles les annulent et leur donner les moyens
d'accorder des lignes de crédit pour facilité la réouverture des maisons de commerce?»,
demande l'expert en relations internationales.

«En même temps, pensez aux provinces qui dépendaient de Port-au-Prince pour les
directives administratives, pour les questions bancaires et de crédit. La tâche est colossale.»

Avec les paysans déstabilisés devant la saison des récoltes qui commencera bientôt et les
gens de Port-au-Prince qui n'ont plus de travail puisque leur commerce s'est effondré, il y a
un énorme manque à gagner en termes de création d'emploi. Michel Verret espère que les
efforts de reconstruction se feront dans un esprit de création d'emploi.

[. Relancer l'agriculture

À moyen terme, la relance de l'agriculture est primordiale, notamment de la production


rizicole. Pour ce faire, Daniel Holly suggère que les organisations internationales qui
règlement le commerce international autorisent le gouvernement haïtien à imposer des
quotas d'importation ou des barrières tarifaires à l'entrée du pays, afin de permettre
pendant un certain temps de reconstituer la capacité productive en matière de production
rizicole. Cela permettrait de diminuer à terme des coûts de production du riz en Haïti qui
sont actuellement trop élevés pour concurrencer le riz importé.

«Haïti est incapable d'assurer l'approvisionnement alimentaire de sa population. Elle


dépend de plus de 50% des importations en provenance de la République dominicaine et
d'ailleurs. Alors on ne peut pas définir la relance de l'économie haïtienne de façon à ce que
cette dépendance perdure», soutient M. Holly.

5. Assurer la coordination des efforts de reconstruction

L'un des principaux défis lorsqu'il est question d'aide internationale et de reconstruction
qui impliquent plusieurs bailleurs de fonds et intervenants est d'assurer la coordination de
la démarche de chacun afin d'éviter les redondances, les projets désarticulés et même, les
aberrations.

«La coordination sera un exercice de tous les jours et de patience. Il est primordial de
s'assurer que tout est coordonné, que chacun joue son rôle sans empiéter sur l'autre, mais
en complémentarité», affirme Michel Verret.

En prévision de la conférence internationale du 25 janvier, celui qui a fait plusieurs


missions en Haïti au fil des ans, paraphrase son confrère Robert Fox, directeur général

53
d'Oxfam Canada : «On ne peut pas bâtir Haïti sans les Haïtiens et mettre de côté le fait qu'il y
a des organisations [ONG] qui sont en Haïti depuis 25-30 ans et qui ont tissé des liens avec
les Haïtiens.»

Une conférence internationale

Montréal sera l'hôte d'une importante réunion qui traitera de la reconstruction d'Haïti lors
de laquelle se réuniront les représentants de 11 pays «amis d'Haïti», des Nations unies et
des institutions financières telles que la Banque mondiale, le 25 janvier.

L'objectif de cette rencontre diplomatique est de préparer le terrain pour une réunion
internationale sur la reconstruction d'Haïti qui aura lieu dans les prochaines semaines,
probablement en République dominicaine.

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Le coût de la reconstruction dǯHaïti pourrait être de 10 milliards de dollars sur cinq


ans. On ne parle pas de reconstruction, mais plutôt de construction. Le plus important est

5[
de mettre de remettre lǯappareil dǯÉtat sur pied. Ensuite, dans lǯimmédiat il faut nourrie et
loger les Haïtiens. Il faudrait aussi organiser un système de crédit pour rebâtir le côté
commercial afin que les Haïtiens aient un brin dǯindépendance. Il faut aussi prioriser
lǯagriculture. Finalement, il faut que toute la reconstruction soit coordonnée pour assurer
son efficacité.

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55
Port-au-Prince - Situation chaotique dans les rues de la capitale, plan d'urgence de plusieurs
milliards de dollars, engagement de la diaspora, élections et relations entre gouvernement
et ONG, notre chroniqueur a fait le tour de ces questions, jeudi matin, lors d'une longue
entrevue avec le premier ministre d'Haïti, Jean-MaxBellerive, à sa résidence officielle de
Port-au-Prince.

Jeudi matin, dans le jardin de la Primature, le premier ministre haïtien, Jean-MaxBellerive,


et la ministre canadienne responsable de l'ACDI, Bev Oda, annoncent quelques millions
pour un hôpital.

Juste quelques mètres derrière, la résidence officielle extrêmement fissurée, une poutre de
soutènement bien en vue pour retenir une partie de la devanture de la grande maison.

"Nous sommes ici pour servir Haïti et nous discutons avec le gouvernement de la meilleure
façon de le faire", dit Mme Oda en réponse à un journaliste haïtien.

Cette réponse, et la réponse du Canada à l'ONU la semaine dernière (un ajout de [00
millions et l'appui à une commission mixte gouvernement haïtien-communauté
internationale), marque tout un changement de cap.

Il y a quelques semaines à peine, tout juste après le tremblement de terre, un collaborateur


de Mme Oda a indiqué à La Presse qu'Ottawa préfère passer par les ONG pour le
financement parce qu'on ne fait pas confiance aux autorités haïtiennes. Ce sentiment était
largement partagé dans la communauté internationale, si bien que depuis trois ans, 80% de
l'aide à Haïti était versée aux ONG et seulement 20% au gouvernement.

Cette tendance vient d'être inversée, ce qui réjouit le premier ministre Bellerive, qui
souligne que ce modèle a été proposé par la communauté internationale.

"La solidarité internationale, ça ne dure jamais longtemps, dit M. Bellerive dans une longue
entrevue à La Presse dans les jardins de sa maison. Nous avons besoin d'un plan et tout
tourne autour d'une agence de développement (gouvernementale).

"La société civile et les ONG ne sont pas heureuses puisque l'argent passera par le
gouvernement alors qu'avant, c'était par elles, reprend-il. C'est pour ça que l'on ressort les
histoires de corruption et de dictature maintenant. Mais depuis trois ans, 80% de l'argent
passait par les ONG et seulement 20% par l'État. Pourtant, nous n'avons pas vu
d'amélioration notable pour le peuple haïtien. S'il y a effectivement corruption, le
gouvernement ne peut être responsable de plus de 20%!"

Il s'agit d'une victoire pour le gouvernement haïtien, certes, mais parmi les pays donateurs,
les inquiétudes quant à la corruption et au manque de transparence ne s'effaceront pas du
jour au lendemain. Cela fait des décennies que la communauté internationale pompe en
vain de l'argent dans ce pays.

56
La meilleure garantie de transparence, affirme M. Bellerive, passe par le gouvernement
haïtien, qui travaillera pendant les 18 prochains mois avec la communauté internationale.

"Je dis aux Canadiens: gardez les yeux ouverts, ce sera transparent. Il est plus transparent
de donner aux gouvernements qu'à des organisations qui n'ont pas de comptes à rendre."

Les ONG sont pleines de bonne volonté, mais elles ne rendent pas toujours service, ajoute-t-
il.

"Certaines ONG recevaient autant d'argent que moi (au gouvernement), sans avoir de
comptes à rendre. Elles pouvaient, par exemple, ouvrir 300 écoles sans se consulter et sans
nous consulter pour connaître nos besoins et nous nous retrouvons avec ces écoles après et
avec les salaires à payer."

Ces propos risquent d'être reçus très durement parmi les ONG, mais on ne pourra pas
accuser Jean-MaxBellerive de pratiquer la langue de bois.

Même chose lorsqu'il parle de la diaspora, déjà irritée par ses propos des dernières
semaines.

À la conférence de Montréal, fin janvier, Jean-MaxBellerive lui avait lancé un premier appel.
Cet appel a-t-il été entendu?

"Oui, mais comme je le pensais, dit-il. La diaspora veut "sauver Haïti", mais je souhaiterais
qu'elle s'engage dans ce sauvetage. Elle en a la capacité, les moyens et la formation. On
réfléchit beaucoup dans la diaspora, on discute. Je n'ai rien contre la réflexion, mais j'ai
besoin d'action. Mon attente est un peu déçue en ce sens"

Selon Jean-MaxBellerive, les membres de la diaspora critiquent beaucoup le gouvernement,


"qui ne comprend pas la diaspora", mais ses membres ne sont pas toujours prêts à faire le
sacrifice de revenir en Haïti.

"Si Haïti était le Canada, ces gens n'auraient pas quitté Haïti! S'il leur faut les grands hôtels
et les grosses maisons et ce qu'ils ont ailleurs, ils ne reviendront pas."

Aucune tentation dictatoriale

En plus de récupérer la part du lion de l'aide internationale, le gouvernement haïtien vient


aussi de faire adopter une loi prolongeant de 18 mois et renforçant les mesures d'urgence.

Cette loi crée aussi la commission intérimaire mixte (gouvernement haïtien-communauté


internationale) qui dirigera pendant 18 mois le plan de reconstruction de 10 milliards.

Cette loi d'urgence permet, notamment, au gouvernement de déplacer des gens et de les
reloger ailleurs, d'ordonner la fermeture ou la démolition d'établissements, d'immeubles ou
ouvrages, de passer des contrats et de décaisser des fonds rapidement, d'obliger les radios à

57
diffuser des messages, etc. Elle donne techniquement un droit de veto au président, admet
son premier ministre.

Le peuple dans la rue, dans son immense majorité, n'a aucune idée de ce que contient cette
loi (ou même de son existence, d'ailleurs), mais au sein de l'opposition, on craint les dérives
autoritaires, jamais très loin dans l'imaginaire haïtien.

Pas le choix, rétorque Jean-MaxBellerive. Aux grandes catastrophes, les grands moyens.

"Jamais un pays n'a été aussi durement touché par une catastrophe que le nôtre, qui est en
plus le pays le plus pauvre des Amériques. Ça prend des mesures d'exception. Mais parler
de dérive dictatoriale, c'est absurde. Nous n'avons aucune tentation totalitaire et puis, de
toute façon, nous n'en n'aurions pas les moyens. Nous n'avons pas d'armée, pas
d'équipement, pas d'infrastructures."

La priorité absolue dans les prochains jours, ajoute le premier ministre, c'est de déplacer les
populations les plus à risque dans les camps de fortune de la capitale. Avant les pluies,
attendues dès la semaine prochaine (quoiqu'il pleut déjà régulièrement en fin de soirée).

Avec la loi d'urgence, l'État pourra chasser les réfugiés de certains camps particulièrement
précaires.

Le déblaiement, le ramassage et, ultérieurement, la reconstruction viendront plus tard.

"Nous avons besoin de la loi d'urgence, insiste M. Bellerive. Un exemple: en ce moment, la


loi dit que l'État doit obtenir la permission du propriétaire d'une maison avant d'entrer sur
son terrain. Bien souvent, les propriétaires sont morts ou vivent à l'étranger. Il va pourtant
falloir démolir ces maisons dangereuses."

Des élections dans ce chaos?

La crainte des opposants (aussi nombreux que divisés, ici!) est accentuée par le fait que la
tenue d'élections présidentielles en novembre est improbable dans les circonstances, selon
plusieurs.

Si le scénario de l'annulation des élections se concrétise, le président Préval (qui termine


son deuxième et dernier mandat) pourrait rester et gouverner par décret, ce que prévoit la
loi.

Ces craintes sont infondées, réplique le premier ministre (dont le mandat se termine aussi
avec le départ du président qui l'a nommé).

"Nous devons avoir des élections, les législatives et les présidentielles en même temps, fin
novembre ou début décembre. C'est la position du gouvernement", dit-il.

58
(À l'origine, les législatives devaient avoir lieu en février, mais elles ont été annulées pour
des raisons évidentes. Les présidentielles sont prévues pour novembre.)

La grande question est de savoir s'il est possible - voire souhaitable - de tenir des élections
dans un chaos semblable.

Dans un rapport à paraître, l'ONU en arrivera apparemment à la conclusion qu'il est


possible d'organiser un scrutin.

En circulant dans les rues de Port-au-Prince, on imagine mal comment l'État réussira à faire
le recensement nécessaire à la tenue d'élections, mais quant à la faisabilité du scrutin lui-
même, les experts en la matière font valoir qu'Haïti n'est pas plus chaotique que
l'Afghanistan ou que l'Irak, où ont eu lieu des élections.

Les Haïtiens interrogés sur la pertinence et la nécessité de tenir des élections maintenant
ont tous la même réaction, que résume ici Ralph, jeune homme qui accompagne La Presse
ces jours-ci: "Des élections? Est-ce que l'on n'a pas des choses plus urgentes à faire?"

Cela dit, s'il n'y a pas d'élections, le président Préval reste en poste, une perspective qui
n'enthousiasme pas beaucoup plus les Haïtiens.

Et le premier ministre Bellerive, plutôt bien coté par les gouvernements étrangers, serait-il
prêt à prolonger son séjour au pouvoir?

"Je ne veux pas fermer cette porte maintenant, mais je ne pense pas vraiment à ça pour le
moment", répond-il.

 !    ,    -   

Encadré(s) :

L'ÉTAT DU PAYS EN CHIFFRES, TROIS MOIS PLUS TARD

212 000

Nombre de morts (officiellement)

300 000

Nombre de morts (officieusement). Le premier ministre Bellerive estime que le nombre de


morts pourrait atteindre ce total effarant.

"On trouve encore régulièrement des morts dans le ramassage des débris, mais ils ne sont
pas comptabilisés. Ce serait trop difficile. Comme on n'a même pas encore vraiment
commencé le ramassage, c'est certain qu'il en reste encore beaucoup. Plus tous les morts
enterrés dans les jardins privés ou jetés dans les fosses communes."

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600 000

Nombre estimé de personnes sans-abri à Port-au-Prince à la suite du séisme.

1,5 million

Nombre de réfugiés dans les camps.

10 milliards

Argent promis par la communauté internationale (pour le moment, mais ce n'est pas tout),
dont 80% passera par le gouvernement haïtien. Du total, [00 millions proviennent du
Canada, tel qu'annoncé lors de la conférence de l'ONU, la semaine dernière

Bilan

Bilan de la Croix-Rouge internationale après trois mois: 150 000 enfants vaccinés, 16
millions de messages textes de sensibilisation et de promotion de campagnes sanitaires et
médicales envoyés, distribution d'assistance humanitaire d'urgence à 5000 à 10 000
personnes par jour

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La ministre canadienne responsable de lǯACDI, Ben Oda, souligne que lǯargent donné
sera donné aux ONG plutôt quǯaux autorités haïtiennes puisquǯelle ne leur fait pas confiance
(corruption). Cette tendance est dǯailleurs utilisée depuis 3 ans (80% aux ONG et 20% au
gouvernement). Les gens nǯont pas encore confiance. Jean-MaxBellerive préférerait que
lǯargent soit donné au gouvernement. Une nouvelle loi (durée de 18 mois) a été adopté par
le gouvernement pour pouvoir le permettre de déplacer des gens et de les reloger, de
démolir des établissements,ǥ Dans lǯopposition, cette loi fait peur puisquǯelle pourrait
mener vers un abus de leur part. À cette attaque, M. Bellerive rétorque que cǯest loin dǯêtre
une mesure dictatoriale puisque de toute façon, il ne possède ni armée, équipements ou
infrastructures. Il soutient quǯavec cette nouvelle loi, il aura plus de jeu sans aller à
lǯencontre des anciennes lois en vigueurs. Plusieurs ont commencé les questionnements à
propos des élections, mais les haïtiens ont bien dǯautres chats à fouetter.

61
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PORT-AU-PRINCE - On le savait, on l'a bien constaté dans les jours suivant le tremblement
de terre et c'est encore plus vrai aujourd'hui, trois mois plus tard: c'est Washington qui
dirige et dirigera Haïti.

On entend beaucoup de mensonges et de demi-vérités à propos d'Haïti dans les cercles de la


communauté internationale, mais la plus grande supercherie est de continuer de parler de
la souveraineté d'Haïti et de son gouvernement.

La présence américaine est moins spectaculaire trois mois après le séisme, la plupart des
Marines ont quitté Port-au-Prince, mais en coulisse, le département d'État (dirigé par
Hillary Clinton, femme de l'émissaire de l'ONU pour Haïti, Bill) s'active pour avoir les
coudées franches.

Un plan de reconstruction de plus de 10 milliards de dollars sur 15 ans, cela représente de


belles occasions d'affaires pour les entreprises américaines. En plus, les Américains veulent
construire une success-story en Haïti.

Mais il faut d'abord un cadre légal et politique.

Le cadre légal, il a passé la dernière étape, hier au Sénat, avec l'adoption d'un projet de loi
prolongeant de 18 mois l'état d'urgence. Cette loi donne au gouvernement haïtien (avec les
membres de la communauté internationale nommés au sein d'une commission intérimaire)
des pouvoirs extraordinaires, comme passer des contrats sans appel d'offres, fermer des
camps et expulser ses habitants, réquisitionner des immeubles ou des terrains.

L'adoption de ce projet de loi a été fortement encouragée par Washington. Il donne les
moyens d'aller vite, sans avoir trop de comptes à rendre.

Déjà, l'expulsion de sinistrés bat son plein depuis trois jours à Port-au-Prince, faisant
monter de plusieurs crans la tension en ville.

L'administration américaine insiste par ailleurs pour que le gouvernement haïtien adopte
une loi interdisant aux fournisseurs d'augmenter leurs prix de façon déraisonnable.

62
L'administration américaine planche par ailleurs sur un plan énergétique majeur, incluant
la construction de lignes de transmission, la rénovation de barrages et la distribution de
propane (pour remplacer le charbon).

L'énergie, c'est le pouvoir, de nos jours. Le président du Venezuela, Hugo Chavez, s'est fait
bien des amis en Amérique du Sud en distribuant son pétrole en vertu de généreuses
ententes, notamment ici. Justement, une grève au Venezuela a provoqué ces derniers jours
une pénurie d'essence à Port-au-Prince.

L'administration américaine, à couteaux tirés avec Hugo Chavez, ne tolérera pas une telle
situation.

"Gardez les yeux ouverts", suggérait en entrevue le premier ministre Jean-MaxBellerive aux
Canadiens qui craignent la corruption et le fiasco financier de l'aide internationale en Haïti.

En effet, nous aurions tout intérêt à garder les yeux grands ouverts. Doublement intérêt,
même.

D'abord pour nous assurer que nos millions (centaines de millions) serviront les Haïtiens,
et non pas le régime et ses amis.

En ce sens, les partis de l'opposition à Ottawa feraient oeuvre utile en réclamant du


gouvernement Harper la création d'une commission non partisane chargée, pour les
prochaines années, de suivre l'argent à la trace. Et de faire rapport périodiquement des
progrès (ou des dérapages) en Haïti. Rien n'empêche de créer une telle commission, avec ou
sans le gouvernement, d'ailleurs.

La vigilance est d'autant plus de mise qu'Haïti entre dans une période électorale instable. À
cause du tremblement de terre, les élections législatives de février ont été remises. Elles
pourraient être tenues en même temps que la présidentielle, prévue en novembre (mais qui
pourrait être repoussée de quelques semaines).

De plus, le Parlement sera dissous en mai, ce qui fait que le président Préval, loi d'urgence
en poche, pourra gouverner par décret.

La moindre des choses, puisque nous donnerons des centaines de millions à Haïti, c'est de
nous assurer que nous ne cautionnons pas un gouvernement antidémocratique, même si
celui-ci opère avec la bénédiction de Washington et la complicité tacite de la communauté
internationale.

Ce gouvernement, tout le monde le sait, n'est pas au-dessus de tout soupçon. L'an dernier,
lors des élections sénatoriales, l'opposition a dénoncé des fraudes dans une quarantaine de
bureaux de vote. L'affaire a finalement été étouffée par la Commission électorale provisoire,
la même qui est toujours en place aujourd'hui et qui doit décider de la date des prochaines
élections.

63
Le président Préval ne peut se représenter, mais avec les milliards de l'aide internationale
et une opposition complètement désorganisée, comment garantir qu'il ne retournera pas la
situation au profit de son successeur?

Notre deuxième intérêt, c'est de veiller à ce que nous ne ramassions pas que les miettes
laissées par les États-Unis dans un pays où nous devrions avoir une longueur d'avance
naturelle.

Pour le moment, on ne sent pas un grand empressement de la part d'Ottawa.

La ministre responsable de l'ACDI, Bev Oda, était à Port-au-Prince la semaine dernière, mais
elle a surtout annoncé un projet d'hôpital qui était prévu avant le tremblement de terre.

Le projet de siège temporaire du gouvernement (12 millions de dollars) annoncé en grande


pompe lors de la visite de Stephen Harper, en février, s'est quelque peu dégonflé depuis.

Le Canada devait payer pour des installations temporaires à Croix-des-Bouquets (environ


25 km à l'est de Port-au-Prince), mais les ministres haïtiens, apparemment, ne voulaient pas
aller si loin de la capitale.

Plan B, donc: le Canada construira plutôt des sièges temporaires pour les ministères de
l'Agriculture et de la Santé.

Des cabanes pour deux ministères, c'est bien modeste à côté des projets pharaoniques
développés à Washington.

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Trois mois après le séisme, cǯest Washington qui dirige et dirigera Haïti. Il y a eu
lǯadoption dǯun projet de loi prolongeant de 18 mois lǯétat dǯurgence. Les Américains ont
encouragés lǯadoption de cette loi. Les expulsions quǯelle permet amène une tension à Port-
au-Prince. Une grève a eu lieu à cet endroit privant dǯessence les habitants. Les élections, à
cause du tremblement de terre, ont été reportées en novembre, mais certaines rumeurs
disent quǯelles le seraient encore. Lǯan dernier, il y avait eu des fraudes dans une
quarantaine de bureaux de vote (dénoncées par lǯopposition).

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De la construction de bâtiments à l'épreuve des séismes à l'annulation de la dette


extérieure, la Conférence ministérielle préparatoire sur Haïti, qui se déroule aujourd'hui à
Montréal, se penchera sur plusieurs propositions pour permettre au pays dévasté de se
remettre debout, plus fort et pour longtemps, souhaite Ottawa.

"La Conférence marque une première étape critique sur la longue route du redressement
[...] Nous devons nous entendre sur des principes et des objectifs communs en ce qui a trait
aux responsabilités et aux engagements à long terme. Ce plan nous permettra de préparer
une conférence internationale fructueuse sur la reconstruction d'Haïti dans les mois à
venir."

C'est en ces mots que le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a
décrit, hier, les résultats qu'il attend des premières discussions entre les délégués de la
quinzaine de pays membres du Groupe des amis d'Haïti ainsi que les représentants
d'organisations internationales comme les Nations unies, la Banque mondiale et le Fonds
monétaire international. Seront aussi présentes de nombreuses organisations non
gouvernementales (ONG) qui émettront des recommandations aux délégués des autorités
politiques et financières. Parmi elles, Oxfam-Québec a déjà établi sa liste.

"L'annulation de la dette extérieure est l'une des cinq priorités pour la reconstruction
d'Haïti", lance le directeur général par intérim de l'organisation, Michel Verret. "Comment
ce pays-là peut rembourser une dette, même les intérêts d'une dette? demande-t-il. La
conférence, c'est l'occasion d'être créatif."

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Le dg signale aussi que des efforts importants devront être consentis pour restructurer et
soutenir l'agriculture. "L'arrivée massive d'aide alimentaire ne doit pas casser les prix des
produits locaux, donne-t-il en exemple. À plus long terme, il croit que le modèle d'affaires
devra être revu. Le riz produit dans la région des Gonaïves, pourtant en Haïti, coûte plus
cher que celui importé parce que sa culture est subventionnée par les pays exportateurs",
illustre-t-il encore.

Accélérer la reprise

Dans sa liste, Oxfam inclut également la nécessité que les régions les plus démunies
bénéficient des appuis financiers pour accélérer la reprise économique et que la
reconstruction des bâtiments respecte les normes antisismiques.

À ce chapitre, la Croix-Rouge, autre ONG présente à la rencontre, compte faire part de son
expertise. "C'est sûr qu'il faut reconstruire mieux. Et on a l'expérience. Après le tsunami de
200[ qui a frappé l'Indonésie, les maisons ont été reconstruites pour résister aux
tremblements de terre", explique la porte-parole Myriam Marotte.

Pas tout en bois...

En ce qui a trait à cet aspect de la reconstruction, Bernard McNamara, d'Architectes de


l'urgence Canada, souligne que son organisme, bien qu'il ne soit pas invité à prendre la
parole à la rencontre d'aujourd'hui, émettra des recommandations sur des façons de faire
adaptées à Haïti.

"On ne peut pas faire n'importe quoi, comme on ne peut pas faire nécessairement la même
chose en région qu'à Port-au-Prince", soulève-t-il, faisant référence à l'idée émise par
certains dans la dernière semaine de construire pour tous des maisons en bois, plus
résistantes aux séismes.

"Construire une habitation en bois, ça peut faire dans un endroit isolé en campagne, mais
j'imagine mal un quartier entier construit avec ce matériau. Oui, la charpente est plus légère
que le béton utilisé, mais imaginez les problèmes de propagation d'incendies qu'il y aurait
sans service adéquat de lutte contre les incendies. C'est changer un problème pour un autre.
Toute solution apportée doit répondre à l'environnement du pays. Il faut éviter les solutions
faciles. Ça demande une réflexion sérieuse", avertit l'architecte.

La Conférence se déroule toute la journée au siège social de l'Organisation de l'aviation


civile internationale. Parmi les personnalités attendues seront présents le premier ministre
d'Haïti, Jean-MaxBellerive, la secrétaire d'État des États-Unis, Hillary Clinton, et le ministre
français des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner.

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Une des cinq priorités pour la reconstruction dǯHaïti est lǯannulation de sa dette
extérieure Il faut faire attention à lǯagriculture. Même avec lǯaide humanitaire qui amène de
la nourriture (oui maintenant parce que cǯest urgent), il faut laisser la place tranquillement
au Haïtien et leurs produits locaux. Les bâtiments doivent être rebâti avec des normes
antisismiques et il faut commencer par les campagnes négligées avant le séisme. Un peu
comme après le Tsunami qui avait frappé lǯIndonésie. Il faudra aussi éviter de reconstruire
tout en bois (bien que les coûts de transport soient moins élevés) car les risques dǯincendie
augmenteraient.

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Le séisme dévastateur qui a frappé Haïti a donné lieu à un déversement massif d'aide
internationale. La priorité était de sauver des vies, autrement dit d'acheminer de l'eau, des
vivres, des abris, des médicaments et d'autres fournitures essentielles aux victimes. Ces
premières interventions d'urgence devront être appuyées par une chaîne logistique
permanente qui devra fonctionner pendant de nombreux mois.

Toutefois, alors même que nous sommes en train de stabiliser les interventions
humanitaires, nous devons commencer à mettre en place l'acheminement des services
essentiels et la reconstruction. C'est pourquoi le moment est opportun pour tirer les
enseignements de l'expérience passée. En dépit de cinq missions de maintien de la paix et
de milliards de dollars d'aide, les indicateurs du développement humain en Haïti demeurent
parmi les pires de la planète.

Nous savons pourtant qu'une amélioration est possible.

Avant les ouragans de 2008, puis à nouveau avant le séisme survenu durant le mois, Haïti
avait bien progressé, comme en témoignent le bon aboutissement d'élections paisiblement

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menées, la stabilisation de l'insécurité chronique, l'amélioration de la perception des
recettes et l'accroissement des investissements.

Pour tirer profit de ces avancées, il faudra un engagement à long terme afin d'assurer la
reconstruction en Haïti. Une fois que les caméras auront quitté le pays, comme elles
commencent déjà à le faire, les bailleurs de fonds ne doivent pas leur emboîter le pas. Par le
passé, en effet, la lassitude qu'inspirait la situation du pays constituait un obstacle au
développement au moins aussi important que les catastrophes naturelles. [...]

L'expérience passée

Haïti ne saurait être reconstruite par des étrangers bien intentionnés. Les bailleurs de fonds
doivent travailler de concert avec le gouvernement et le peuple haïtien, tandis que les
pouvoirs publics et le Parlement doivent tracer la voie à suivre et s'engager à travailler la
main dans la main.

L'aide des donateurs à la reconstruction doit être apportée sous forme de dons. Un volume
plus important de capitaux doit être alloué par le biais du budget national afin que ces fonds
puissent être rattachés aux objectifs du pays et servir à développer les capacités nationales,
même si les premières phases de reconstruction reposent sur les interventions des
partenaires régionaux et internationaux. [...]

Nous pouvons appuyer la transition de l'aide humanitaire à la reconstruction au moyen de


programmes de travail rétribué en vivres ou en espèces afin que les Haïtiens soient
rémunérés pour déblayer et reconstruire les infrastructures et planter des arbres. Des
projets communautaires peuvent être engagés afin de relancer les petites exploitations
agricoles qui, avec le temps, commenceront à produire avant de prendre le relais des
programmes d'aide alimentaire. Avec un investissement modéré en fournitures et en
équipements, Haïti peut recréer des entreprises de construction qui fourniront des emplois.

Régulièrement frappé par des catastrophes naturelles, Haïti est victime de sa situation
géographique. Pourtant, cette même situation pourrait aussi devenir une ouverture
stratégique. Situé à quelque 900 km des États-Unis d'Amérique, le pays présente un énorme
potentiel. Il a accès au marché américain en vertu de la loi HOPE II et pourrait développer
les secteurs du vêtement et de l'agriculture, et créer ainsi des emplois. Haïti peut également
promouvoir le secteur privé en instaurant un climat propice à l'investissement et en
reconstruisant les réseaux de distribution électrique ainsi que les infrastructures routières
et portuaires.

Sécuriser le développement

De tels succès ont déjà été remportés. La Société financière internationale, notre
intervenant auprès du secteur privé, a investi chez Digicel, favorisant ainsi une expansion
de la couverture de téléphonie mobile. Une zone de libre-échange à proximité de la
frontière avec la République dominicaine a attiré des entreprises américaines de vêtement,

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ce qui a entraîné la création de milliers d'emplois. D'autres zones de ce type pourraient être
mises en place ou développées.

Les téléspectateurs ont vu, et ils comprennent maintenant à quel point l'État haïtien était
démuni. Il ne s'agit pas simplement du manque d'équipements lourds pour déblayer les
gravats, mais aussi de l'insuffisance de policiers et de magistrats, et d'un État sans grandes
capacités ou moyens financiers pour assurer la protection de la population ou lui apporter
les services essentiels.

Nous devons «sécuriser le développement», c'est-à-dire lui donner une assise suffisante
pour rompre le cycle de la vulnérabilité, de la pauvreté et de la violence. Une fois que seront
instaurés la stabilité politique, la sécurité et un gouvernement doté des moyens nécessaires,
l'investissement et le développement pourront progresser. [...]

Les Haïtiens ne veulent pas être des victimes, pas plus que nous ne le souhaiterions nous-
mêmes. Avec un solide leadership haïtien et une aide régionale et internationale
coordonnée, uniforme et efficace, nous pouvons transformer le sensationnalisme de
quelques jours d'actualités en des décennies d'exemples de réussites.

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Après le séisme qui a frappé Haïti, les autres pays se sont précipités afin dǯamener
leur aide aux habitants. Dǯune part pour sauver les blessés, dǯautre part pour amener des
vivres. Cette opération va durer plusieurs mois, mais nǯaura pas dǯeffet à long terme. Il faut
un plan pour reconstruire Haïti qui implique un engagement à long terme des autres pays. Il
faut que le peuple Haïtien soit tout autant impliqué dans sa reconstruction afin dǯétablir ses
propres objectifs de développement. À lǯaide de dons, le budget national pourra grossir et
pour encourager les Haïtiens, il seront « payés » pour reconstruire, planter des arbres,ǥ en

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argent ou en vivres. De cette façon, ils peuvent recréer des entreprises de construction. Ils
sont situés géographiquement dǯune façon stratégique puisquǯils ne sont quǯà 900 km des
Etats-Unis. Ainsi, dans le plan de reconstruction, ils pourraient développer le textile et
lǯagriculture pour créer des emplois. Cependant, le plus important est la base : reconstruire
un gouvernement, une stabilité politique ainsi quǯune sécurité.







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En guise de conclusion, il semble évident que la société haïtienne ne possède pas un
gouvernement assez solide pour gérer la crise quǯelle traverse. Je crois que cette analyse a
su démontrer quǯHaïti est encore trop faible pour être maître de tout lǯargent que les autres
pays lui verseront pendant les 10 prochaines années. Dans le passé, Haïti aura déçu par sa
corruption ce qui enleva la confiance. De plus, la fin de la légitimité du gouvernement est un
autre signe que les pays amis devraient sǯassocier ou codiriger le pays puisque le leadership
peut être très difficile seul.

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Pour toutes ces raisons, il est clair quǯHaïti a besoin dǯaide pour reconstruire son
gouvernement, ses infrastructures ou plutôt construire ce qui nǯexistait pas avant le séisme.
Maintenant que dǯautres drames ont volés la une des journaux, il faut que les pays amis
continuent de suivre leur plan de façon constante et comme tuteur.

Néanmoins, malgré le fait que lǯargent devrait être géré par les ONG, ceux-ci doivent
inclurent les haïtiens dans leur plan et également sǯunir au lieu de faire des projets
parallèles qui nǯavanceraient à rien. Je suis impressionné par tout le travail qui aura à faire
et jǯespère que tout se fera en bonne et due forme afin que le drame se transforme en
exemple. Haïti, le pays qui est né de ses décombresǥ

 
* ‘3

BOISROND, Frédéric. « Pas besoin dǯamis », c  , 6 avril 2010, p. A22.

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73
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7[