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FR2019

Rapport sur
l’élaboration
d’un code
européen des
affaires
Valérie Gomez-Bassac, parlementaire en mission
auprès du Ministre chargé des affaires européennes
2019

Rapport sur
l’élaboration d’un code
européen des affaires

Valérie Gomez-Bassac, parlementaire en mission auprès du Ministre chargé


des affaires européennes
Table des matières

11 Remerciements

13 Introduction

18 CHAPITRE 1
Le contexte actuel

50 CHAPITRE 2
Consécration d’une analyse pragmatique
dans l’élaboration d’un code européen
des affaires

69 CHAPITRE 3
Les solutions envisageables

100 CHAPITRE 4
La méthode

108 CHAPITRE 5
Perspectives

116 Conclusion

126 Auditions
REMERCIEMENTS
Le présent rapport est la somme Merci également à l’Association
d’heures de travail, de nom- Henri Capitan, la Fondation pour
breuses auditions et de ren- le Droit Continental, la Fondation
contres. Il propose une synthèse Robert Schumann, Europa Nova
aux travaux et réflexions que de ainsi que tous les acteurs de la
nombreux acteurs mènent de- société civile, entreprises, indé-
puis parfois plusieurs années. pendants et syndicats profes-
Ce travail dépasse ma seule per- sionnels qui dès avril 2018 et lors
sonne et a été rendu possible par des Consultations Citoyennes
l’enthousiasme et la convergence sur l’Europe m’ont alertée au sujet
de bonnes volontés de toutes des difficultés du quotidien que
parts. vivent sur le terrain les acteurs
confrontés au manque d’harmo-
Ce rapport n’aurait pas pu être nisation du droit des affaires en
réalisé sans l’implication et l’ap- Europe.
pui bienveillant des équipes du
Secrétariat Général aux Affaires Mes remerciements également
Européennes (SGAE), et en parti- au Premier ministre Edouard Phi-
culier de Sandrine Gaudin, Secré- lippe, à la Ministre auprès du Mi-
taire Générale. nistre de l’Europe et des Affaires
étrangères chargée des Affaires
J’adresse un remerciement aux Européennes, Nathalie Loiseau
services de la Direction de l’Union de m’avoir permis de travailler
Européenne (DUE), aux équipes sur le sujet fondamental de l’har-
des ambassades de France en monisation du droit des affaires
Hongrie, en Allemagne, en Ir- en Europe et de ces outils. Ils ont
lande, en Italie et à la Représen- su voir l’urgence d’un moment
tation Permanente de la France à européen à saisir pour relancer
Bruxelles pour leur engagement la construction européenne par
ainsi que la justesse et la qualité le droit en améliorant le quotidien
de leurs conseils lors de mes en- de centaines de millions d’euro-
tretiens en Europe. péens.

Un remerciement aux services de Enfin, je souhaite saluer l’in-


la Délégation des Affaires Civiles vestissement de mon équipe,
et du Sceaux et en particuliers de messieurs Loris Gaudin, Tarek
Messieurs Thomas Andrieu et Mahraoui, François Volpi, colla-
Julien Rosier pour leur disponi- borateurs parlementaires afin de
bilité et la précision de leurs ana- mener à bien ce rapport et de M.
lyses du Droit. Hugo Lefort, stagaire en info-gra-
phisme.

Valérie Gomez-Bassac
INTRODUCTION

L e dynamisme de l’Union européenne repose pour partie sur l’exis-


tence d’un marché unique commun à tous ses États membres, au
sein duquel citoyens et acteurs économiques jouissent de quatre liber-
tés : libre circulation des personnes, libre circulation des marchan-
dises, libre circulation des services et libre circulation des capitaux.

Ce marché unique a contribué et de mettre en exergue l’intérêt de


contribue à construire la prospé- réfléchir à un Code européen du
rité économique de l’Union. Le droit des affaires comme un ou-
ralentissement de la productivité til pouvant stimuler davantage
observé en Europe au cours de l’économie.
la dernière décennie a contribué
à affaiblir la légitimité de l’Union Le marché unique doit offrir très
européenne, fondée sur une pro- concrètement l’opportunité à
messe de prospérité​[1]​. chaque entreprise européenne,
notamment aux start-ups et aux
L’absence d’harmonisation - no- petites et moyennes entreprises, 13
tamment du droit des affaires d’accéder directement au pre-
- au niveau européen crée iné- mier marché solvable au monde,
vitablement des différences fort de 512 millions d’habitants.
dans les conditions d’exercice S’il s’agit véritablement d’une
de toute activité d’un pays à possibilité d’expansion, force
l’autre. L’existence de barrières est de reconnaître qu’aujourd’hui
juridiques pour l’exercice d’une cette idée de marché écono-
activité est un critère important mique unifié est une chimère
dans l’analyse d’un marché na- pour les agents économiques
tional pour apprécier l’intensité susvisés. En effet, la persistance
concurrentielle qui peut s’opérer du droit national en matière de
entre opérateurs économiques. droit des affaires est de nature
à dissuader les PME de bénéfi-
Certains des éléments de la lettre cier des opportunités du marché
de cadrage du Premier Ministre commun.
seront repris à titre liminaire afin

​Aussiloux, Vincent ; Bénassy-Quéré, Agnès ; Fuest, Clément et Wolff Guntram.


[1]

Tirer le meilleur du marché unique européen. L


​ es notes du Conseil d’analyse écono-
mique, n°38, Février 2017
En dépit de décennies d’inté- n’est pas suffisamment rapide.
gration communautaire, plu- Cependant, si les perspectives
sieurs obstacles demeurent à abordées dans ce rapport ve-
l’internationalisation rapide et naient à être retenues, ce mar-
à la conduite fluide de relations ché économique connaîtrait
d’affaires au sein de l’Union : le une véritable attractivité et en
«droit des affaires», qui consti- conséquence, un développe-
tue l’environnement normatif na- ment, comme en atteste une
turel dans lequel les entreprises étude menée par M. Vincent
doivent évoluer, a fait l’objet d’une Aussilloux, chef du département
harmonisation inégale en fonc- économie-finances de France
tion des domaines concernés, et Stratégie, et qui sera reprise par
n’est en outre pas toujours faci- la suite.
lement accessible. Alors même
que la Commission européenne La sortie en cours du Royaume-
a comme paradigme la codifi- Uni de l’Union européenne pré-
cation depuis 2001, force est sente également une nouvelle
de constater qu’il manque au- opportunité pour renforcer l’in-
14 jourd’hui une impulsion politique tégration en Europe par le droit.
qui permettrait une accessibilité Placer le droit au cœur de la
à la règle. Bien qu’ayant tout de construction européenne et
même consolidé 700 directives consolider l’Union économique
et règlements, le travail entrepris et monétaire en l’adossant à
par le service de la codification un droit des affaires unifié sont
de la Commission n’a pas pleine- des priorités pour redynamiser
ment atteint l’objectif escompté. l’Union européenne.
[2]

L’adoption d’une monnaie com-


Pourtant, toutes les auditions mune a profondément modifié
effectuées convergent vers un la donne, effectuer des transac-
constat. Malgré les difficultés tions dans une monnaie unique,
et crises auxquelles l’Union eu- mais avec des règles différentes
ropéenne est confrontée, le incite les entrepreneurs et les
processus d’intégration est tou- investisseurs à demeurer dans
jours dynamique, l’Union tâche leurs frontières.
de répondre aux besoins de ses
citoyens, mais cette intégration

​Communication de la Commission au Parlement et au Conseil. Codification de


[2]

l’Acquis communautaire. C
​ OM (2001) 645 final, 21 novembre 2001
Le droit européen unifié des af- en ce que l’initiative ne vient pas
faires ne doit pas être perçu d’un ou plusieurs États mais elle
comme une superposition sup- est demandée et lancée par la
plémentaire ou comme un 29​ société civile, à l’image de la
ème (ou 28​ème​) droit[3], mais Fondation pour le droit continen-
comme une sécurisation accrue tal, l’Association Henri Capitant
du cadre réglementaire appli- ou encore Europa Nova notam-
cable aux différents acteurs éco- ment.
nomiques pour encourager la La fondation Robert Schuman
création d’entreprises, d’emplois et son Président, M. Jean-Domi-
et les investissements au sein nique Giuliani sont également
des pays de l’Union européenne. investis sur cette idée d’harmo-
La guerre commerciale et la nisation des règles applicables
concurrence accrues, obligent de au droit des affaires. Il convient
doter l’Union européenne d’ou- de définir le droit des affaires
tils nouveaux pour renforcer sa comme recouvrant notamment,
cohésion tout en donnant aux au sens large, le droit commer-
acteurs économiques des rai- cial, le droit des sociétés, le droit
sons de croire en l’Europe. des contrats, le droit des entre-
prises en difficulté, le droit ban- 15
Au niveau international, l’Union caire, le droit des assurances, le
européenne doit se construire droit des marchés financiers, le
sur un droit européen solide droit de la propriété intellectuelle,
pour faire face aux géants éco- le droit social ou encore le droit
nomiques tels que les Etats-Unis fiscal. Les contours de cette no-
ou la Chine. Le projet d’un droit tion ne sont pas déterminés et
européen des affaires n’est pas cette liste ne saurait donc être
nouveau. Des tentatives avaient exhaustive. Dans tous ces do-
été initiées comme en droit des maines, certaines divergences
contrats, mais sans jamais abou- entre États membres sont la ré-
tir pleinement. Les particularités sultante de choix politiques assu-
nationales et certains groupes més et réaffirmés. Mais d’autres
d’intérêt ont le plus souvent eu n’ont pour seule origine qu’un
raison des négociations menées. développement historiquement
Aujourd’hui, le contexte change indépendant.

​Création de normes supplémentaires applicables en lieu et place des droits na-


[3]

tionaux des États membres de l’Union européenne. Ainsi il n’y en aurait que 28 dans
la perspective où le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord sortirait
effectivement de l’Union européenne
Dans cette diversité de matières Le 26 septembre 2017 à la Sor-
du droit des affaires, l’Union eu- bonne, le Président de la Répu-
ropéenne s’est essentiellement blique française a prononcé un
concentrée sur la protection des discours consacré à l’Europe
consommateurs et, avec la crise durant lequel il a souligné l’impor-
financière, l’Union européenne a tance de l’unification du droit des
fait le choix de s’engager dans affaires en Europe.
un processus d’harmonisation
comptable dans un contexte de “Nous devons encourager la conver-
globalisation financière​[4]​. Pour- gence au sein de toute l’Union en fixant
tant, certaines divergences dans des critères qui rapprochent progres-
les transpositions et l’accumu- sivement nos modèles sociaux et fis-
lation de normes peuvent être caux”.
source de complexités inutiles
constituant autant d’obstacles E. Macron,
Président de la République française
contre-productifs dans un mar-
16 ché unique. Le simple manque
d’accessibilité des règles appli- Cette volonté a été entérinée par
cables suffit à générer des pertes la signature du traité d’Aix-la-
de temps, d’argent et d’oppor- Chapelle. Il est temps aujourd’hui
tunités. Ainsi les textes et déci- de faire de l’Union européenne
sions de justice relatifs au droit un véritable marché unifié en ré-
du commerce sont, à l’image des duisant au strict nécessaire les
autres normes européennes, dif- formes de barrières existantes.
ficilement accessibles. Leur mise Ce n’est qu’ainsi que nous trou-
en oeuvre est alors réservée aux verons un juste équilibre entre
entités qui sont susceptibles de la consécration d’un marché
s’offrir des services juridiques. unique véritablement unifié, un
Comme cela sera développé ul- développement partagé entre
térieurement, l’accessibilité de la États membres mais aussi et
norme s’entend à la fois comme surtout des protections pour les
la facilité à trouver une informa- citoyens, travailleurs et consom-
tion exhaustive et la capacité à mateurs européens à même de
en comprendre chacun de ses redonner une dynamique à notre
termes. nécessaire Union européenne.

​DEMARIA Samira et RIGOT Sandra. Les relations de l’IASB avec l’Europe. ​


[4]

Les normes comptables internationales IFRS, 2018, pp. 22 à 35.


PROPOSITION :
Placer le droit au coeur de la construction européenne et consolider l’Union écono-
mique et monétaire en l’adossant à un droit des affaires unifié sont des priorités
pour redynamiser l’Union européenne.

17
CHAPITRE 1. Le contexte actuel

L a construction européenne repose sur des objectifs partagés


entre États membres de l’Union européenne. Ainsi, l’article 3 de
la version consolidée en vigueur du Traité sur l’Union européenne
dispose notamment que :

« 3. L
​ ’Union établit un marché intérieur. Elle œuvre pour le dévelop-
pement durable de l’Europe fondé sur une croissance économique
équilibrée et sur la stabilité des prix, une économie sociale de mar-
ché hautement compétitive, qui tend au plein emploi et au progrès
social, et un niveau élevé de protection et d’amélioration de la qua-
lité de l’environnement. Elle promeut le progrès scientifique et tech-
nique. Elle combat l’exclusion sociale et les discriminations, et pro-
meut la justice et la protection sociales, l’égalité entre les femmes et
les hommes, la solidarité entre les générations et la protection des
droits de l’enfant. Elle promeut la cohésion économique, sociale et
territoriale, et la solidarité entre les États membres. Elle respecte la
richesse de sa diversité culturelle et linguistique, et veille à la sau-
vegarde et au développement du patrimoine culturel européen. […]

6. L’Union poursuit ses objectifs par des moyens appropriés, en


fonction des compétences qui lui sont attribuées dans les traités. »
L’élaboration d’un outil à l’image des principes de libre circulation
d’un Code européen du droit des des marchandises, des capitaux,
affaires se place dans la pers- des personnes et des services,
pective de contribuer à la promo- il n’est pas suffisamment unifié
tion de la cohésion économique ni en droit ni en fait, en consé-
de l’Union européenne par une quence de dispositions natio-
meilleure lisibilité et accessibili- nales limitant la consécration
té, voire une réelle harmonisation et l’application de ces principes
des dispositions européennes dans l’Union européenne.
en la matière.
Au fil des auditions, une diver-
L’intérêt d’un travail en la ma- gence de conception s’est impo-
tière se place dans un contexte sée entre d’un côté la définition
où, malgré l’établissement d’un du marché intérieur européen 19
marché intérieur européen dé- d’une part et, d’autre part, les at-
claré, celui-ci se trouve au- tentes exprimées par le monde
jourd’hui largement fragmenté socio-économique qui relèvent
en une multitude de marchés davantage de la notion de mar-
économiques nationaux résul- ché unique tel qu’il s’est structu-
tant de l’histoire économique, ré aux Etats-Unis d’Amérique ou
sociale ou encore de la culture encore entre les états membres
de ses membres. de l’Organisation pour l’Harmo-
nisation en Afrique du Droit des
Si le marché intérieur repose sur Affaires (OHADA) notamment.

19
1.1. Les États-Unis : des États fédérés dans un marché économique
unique.

Dans les années 50, une des dif- se développer constamment par
ficultés essentielles qui se posait l’effet de la coutume, de l’usage
aux juristes et économistes amé- et des conventions particulières”.
ricains était de savoir comment Ce Code a été élaboré après une
envisager une unification interna- large consultation de la pratique.
tionale sans réaliser à l’intérieur Ce Code propose des solutions
des États-Unis une unification pratiques et concrètes. Il consti-
interne. Les États-Unis d’Amé- tue un instrument de travail, au
rique sont les premiers à avoir quotidien, pour les entrepre-
codifié les régulations du droit neurs et les commerçants amé-
20 des affaires à l’initiative de l’Ame- ricains. L’objectif de ce texte a été
rican Law Institute en réunissant d’uniformiser le droit en la ma-
des praticiens, des avocats et tière dans différents États, sans
des juges. préjudice des législations des
États. Toutes les études menées
L’ensemble des États américains démontrent que cette harmoni-
a adopté l’Uniform Commercial sation a contribué grandement
Code (UCC) qui est une codifica- à l’attractivité du marché améri-
tion commerciale privée. C’est un cain. Il conviendra donc de souli-
Code de commerce applicable gner que, même dans ce pays de
sur l’ensemble du territoire amé- common law, la voie de la codifi-
ricain. L’article 1-102 dispose que cation a été choisie pour favori-
le Code est destiné à “​permettre ser, avec succès, les transactions
aux pratiques commerciales de commerciales.
1.2. Les actes uniformes de l’OHADA

Le traité créant l’OHADA (Orga- L’expérience de l’OHADA per-


nisation pour l’Harmonisation en met de démontrer que l’inté-
Afrique du Droit des Affaires) a gration économique régionale
été signé le 17 octobre 1993 entre peut contribuer à la création de
seize pays africains. Ce Code a marchés, et que des cadres ju-
eu pour ambition d’adopter des ridiques et réglementaires uni-
actes uniformes, directement formes modernes permettent
applicables dans l’ensemble des aux entreprises de prospérer plus
États membres de l’Afrique Cen- facilement.
trale et Occidentale et aux Co-
mores, et ayant force obligatoire Certains éléments du Secré-
tariat Général des Affaires Eu-
(art. 10 du Traité). Les actes uni-
formes de l’OHADA fournissent ropéennes auprès du Premier
un cadre juridique et réglemen- ministre sur ce sujet seront ici
taire uniforme en matière de repris. Les objectifs identifiés
21
normes comptables, d’arbitrage, étaient d’améliorer et de rationali-
de droit commercial, de sûretés, ser l’environnement juridique des
de droit des sociétés et d’apure- entreprises afin de garantir tant
ment du passif. la sécurité
juridique que judiciaire des acti-
Ce sont des règles simples, vités économiques et de stimu-
modernes et adaptées à l’éco- ler l’investissement pour créer
nomie qui ont vu le jour, alors un nouveau pôle d’investisse-
même qu’il s’agissait d’États ment en Afrique. La France sou-
avec certaines instabilités poli- tient l’OHADA depuis l’origine.
tiques, voire des ​us et coutumes
différents.
1.2. Les actes uniformes de l’OHADA

L’évaluation indépendante réalisée par ECOPA et ECONOMISTI ASSO-


CIATION en décembre 2018 affirme que : “​Si les résultats de cette éva-
luation d’impact montrent que l’accès au financement a principalement
augmenté pour les grandes entreprises, c’est le secteur des petites entre-
prises - le vrai moteur des économies africaines - qui a le plus bénéficié
des améliorations de l’enregistrement des sociétés et des économies de
coûts. Concrètement cela signifie qu’un plus grand nombre d’entrepre-
22 neurs et de petites entreprises dans les 17 pays membres de l’OHADA
ont désormais les moyens d’intégrer le secteur formel, augmentant ainsi
leur potentiel de croissance et de création d’emplois​”​ [5]​.

Il ressort de l’étude d’impact susvisée que l’OHADA a eu un impact


significatif sur l’accès au financement, l’enregistrement des entre-
prises et les économies de coûts.

​Programme IFC sur le Climat d’Investissement - OHADA (2007-2017). ​Évaluation


[5]

de l’Impact des Réformes OHADA, Actes uniformes sur le Droit Commercial Général,
des Sociétés, des Sûretés, et de l’Apurement du Passif.
1.3. Le marché économique européen fragmenté

Alors que les Pères fondateurs prônaient dans les textes un marché
économique unifié, force est de reconnaître que dans les faits, le pro-
tectionnisme subsiste. L’analyse des différentes causes de cette frag-
mentation est nécessaire afin d’appréhender les solutions.

23

23
1.3.1. Le contexte du Brexit

Cette mission s’est déroulée qu’en l’absence de normes na-


dans le contexte singulier des tionales, ils appliquent la Com-
négociations de sortie de l’Union mon law anglaise et créent des
européenne du Royaume-Uni de normes jurisprudentielles exclu-
Grande-Bretagne et d’Irlande du sivement dans cette situation.
Nord dont la culture juridique En République d’Irlande en re-
de Common Law diffère de la vanche, la Common Law prévaut.
culture juridique continentale en C’est pourquoi il était nécessaire
ce qu’elle s’appuie davantage sur d’avoir des échanges avec des
une tradition jurisprudentielle. Or, acteurs économiques, juridiques
s’il s’agit d’un des quatre États et des représentants du pouvoir
24 membres de l’Union européenne exécutif de ce pays pour mener à
qui s’appuient en tout ou partie bien cette mission.
sur une culture juridique de Com-
mon Law, c’est celui qui est le plus Les acteurs économiques dans
important en des termes démo- leur grande majorité appelaient
graphiques, de capitaux dispo- de leurs vœux à la création d’un
nibles et d’activité économique. Code européen des affaires. Les
Les trois autres États membres entretiens avec ces derniers rap-
de l’Union européenne qui s’ap- pelaient le volume des échanges
puient sur la Common Law sont commerciaux avec le Royaume-
la République d’Irlande, la Répu- Uni de Grande-Bretagne et d’Ir-
blique de Malte et la République lande du Nord, un pays avec
de Chypre. lequel la République d’Irlande par-
Le droit maltais et le droit tage une histoire et une culture
chypriote sont singuliers en ce juridique.
1.3.1. Le contexte du Brexit

Au terme des entretiens et au- pose de spécificités qui s’expri-


ditions, il apparaît que si deux ment soit par des dispositions
cultures juridiques existent constitutionnelles, soit par la
côte à côte au sein de l’Union création d’instances dédiées à
européenne, les pays de tradi- une régulation d’un secteur éco-
tion juridique de Common Law nomique. Ces différences qui
se préparent à coexister avec existaient avant même la création
une influence amoindrie du de l’Union européenne ne sau-
Royaume-Uni. raient être totalement levées, en
particulier en ce qui concerne les 25
Par ailleurs, les acteurs locaux, dispositions constitutionnelles.
économiques et juridiques, appe- Néanmoins, d’autres dispositions
laient à avoir davantage de sécu- - la majorité - sont constitutives
rité juridique, laquelle leur serait de la fragmentation du marché
offerte par une évolution vers une européen, et sont susceptibles
culture juridique civiliste. Néan- d’être levées par l’adoption d’un
moins, chaque État membre dis- Code européen des affaires.
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

L’absence d’harmonisation constitue un frein pour de nombreux ac-


teurs aussi bien au stade de la circulation des biens et services qu’au
niveau de la création de succursales dans le marché commun.

A. L’absence d’harmonisation des droits des États membres

Véritable frein à la compétitivi- une suppression des barrières à


26 té des entreprises européennes, la libre circulation que forment
ainsi qu’à l’attractivité du mar- des législations différentes. Plu-
ché européen, les entreprises sieurs travaux cités ci-après en
européennes et extracommu- attestent.
nautaires souhaitent aujourd’hui
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

“Les entreprises euro- voir vérifier la faisabilité de leurs


1 péennes qui veulent ex- opérations au regard de cinq à
porter ou investir dans dix réglementations nationales
les autres États membres sont différentes. Les entreprises ex-
souvent obligées en pratique de traeuropéennes, notamment
vérifier la validité de leurs condi- américaines, considèrent le mar-
tions générales de vente dans ché européen comme un marché
leurs contrats de distribution de extrêmement coûteux, complexe
leurs projets d’investissement et difficile en raison de la diver-
au regard de vingt-huit législa- gence des législations nationales
tions différentes. Même si elles et préfèrent concentrer leurs ef-
font l’impasse sur les droits des forts sur les marchés asiatiques
plus petits États membres, elles plus faciles d’accès”​. [6]
sont souvent conduites à de-

“À l’exception notable des règles intéressant la concurrence, le


commerce électronique et la propriété industrielle, il ressort de
2
ces travaux que la construction européenne en droit des affaires 27
s’est insuffisamment intéressée à la pratique quotidienne des com-
merçants et entreprises de l’Union européenne et, plus généralement,
de ceux qui ne sont ni banquiers, ni assureurs, ni consommateurs”. ​[7]

3 “Force est de reconnaître


que l’essentiel du droit euro-
lien avec l’économie a été oublié
au niveau de l’échelon européen.
péen des affaires a consis- Politiquement cela peut nourrir
té à transposer de la “corporate des thèses europhobes relatives
governance” avec des années à un droit européen désincar-
de retard [...]. Ce constat accré- né qui ne s’intéresse qu’à une
dite le sujet politique que le droit catégorie d’entreprises. Nous
européen est un droit pour les sommes condamnés à trouver
puissants, pour les grandes en- un équilibre entre les règles exis-
treprises. Il y a toujours eu un lien tantes sauf à abandonner l’idée
entre le droit et l’économie. Ce même de l’Europe”. [8]

[6]
​VOGEL, Louis. ​Pour un Code européen des affaires. D. 2018, 1688
[7]
​Philippe DUPICHOT et Reiner SCHULZE. E ​ n route vers un Code européen des
affaires. JCP éd. Entreprises et affaires, n° 40, 6 octobre 2016, 781.
[8]
​ Audition du Professeur Philippe Dupichot.
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

B. Les conséquences pratiques

L’absence de marché européen unifié présente des risques fra-


gilisant les économies des États-membres, les livrant à la merci
de pratiques de prédation, voire impérialistes. M. Sigmar Gabriel,
Vice-chancelier allemand et Ministre des Affaires étrangères décla-
rait notamment que ​“si nous ne parvenons à déployer une stratégie
commune face à la Chine, elle aura réussi à nous diviser”.​M. Cui Hon-
gjian, du Ministère des affaires européennes chinois, lui répondait en
28 des termes qui ne laissent aucune ambiguïté quant à leur objectif :
“Une Europe unie n’est concevable qu’au plan géographique, pas à ce-
lui de la politique ou de l’économie”. [9]

Dans le cadre du groupe 16+1, parfois en décalage avec ceux


réunissant 16 États d’Europe promus par l’Union européenne,
Centrale et Orientale ainsi que et sont parfois complémentaires
la Chine, cette dernière poursuit des financements qu’elle pro-
la tâche d’étendre son influence pose, notamment dans le do-
économique et politique par des maine des infrastructures. Il faut
investissements massifs. Cette poser le constat selon lequel les
influence économique repose sur autres puissances mondiales ne
des champs d’activité qui sont sont pas en reste en la matière.

​https://www.la-croix.com/Monde/Asie-et-Oceanie/16-1-amis-europeens-Chine-
[9]

conclave-Dubrovnik-20 19-04-10-1201014702&sa=D&ust=1557075104246000&us-
g=AFQjCNGGFBORohqhxJ9It8D0yPN611 QO1A
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

Néanmoins, là encore, l’émer- cipes de subsidiarité et de com-


gence d’un Code européen du pétence partagée ont eu pour
droit des affaires présente un conséquence le développement
intérêt : en développant un mar- d’une législation, de réglementa-
ché unique unifié, les échanges tions et de sur-transpositions qui
intracommunautaires s’en ver- s’érigent comme autant de bar-
raient grandis, et la pression rières au développement d’activi-
extérieure amoindrie en consé- tés économiques et d’entreprises.
quence par le développement Pourtant une harmonisation du
des investissements entre États droit des affaires contribuerait à 29
Membres. résorber les barrières existantes
entre pays au sein du marché
Les auditions et entretiens me- commun en permettant à tous
nés dans le cadre de cette mis- les opérateurs économiques de
sion ont tous permis de souli- bénéficier du marché commun, y
gner les difficultés d’entreprendre compris les PME[10].
entre États membres. Les prin-

​Start-up, PMI et ETI à la conquête du monde, Baromètre 2018, Hors-série du


[10]

magazine Cockpit, Banque Populaire et Pramex, juillet 2018


1.3.2. L’absence de marché unifié européen

Exemples :
1 Une start-up auditionnée sou- que pour le conseil juridique
lignait que dans son domaine, dans chaque pays dans lequel
l’intelligence artificielle employée elle souhaite s’implanter. Ainsi
comme dispositif médical de cette société doit déposer autant
prédiction et de suivi thérapeu- de dossiers qu’il y a de comité
tique, la procédure préalable à d’éthique avec des exigences
la mise sur le marché (AMM) re- parfois similaires, mais pas sys-
30 quiert des essais cliniques dans tématiquement. Des procédures
chacun des États membres avec européennes tenant compte des
des dossiers distincts et des pré- spécificités de chaque État pour-
requis différents, nécessite un raient permettre de simplifier les
lourd investissement tant pour le démarches en les unifiant[11].
financement des essais cliniques

Une société française qui com- afin de savoir quelle est la forme 2
mercialise des ascenseurs sou- juridique la plus appropriée, la
haite s’ouvrir au marché euro- mise en conformité des contrats
péen. Compte tenu des coûts de commercialisation, etc.), elle
engendrés pour s’implanter dans ne limitera son implantation que
un État (les conseils nécessaires dans trois États membres.

​ Voir en ce sens : REFIT – rendre la législation de l’Union européenne plus simple


[11]

et moins coûteuse, https://ec.europa.eu/info/law/law-making-process/evalua-


ting-and-improving-existing-laws/refit-making-eu-law-simpler-and-less-costly_fr
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

Exemples :
3 Pour les entreprises présentes Belloubet, a fait état de chiffres
dans plusieurs États membres, alarmants lors du Conseil des
l’absence d’harmonisation en ministres du 2 novembre 2017 ​: «
droit des entreprises en difficulté la Commission européenne relève
pose de réels problèmes d’adap- que plus de 200 000 entreprises
tation sur les marchés. En effet tombent en faillite chaque année,
selon les législations nationales représentant une perte de 1,7 mil-
soit le créancier, soit le débiteur, lion d’emplois directs par an, dont
est privilégié dans la procédure un quart d’entreprises relevant 31
ce qui crée une incertitude juri- de dossiers d’insolvabilité trans-
dique et un risque difficilement frontalière qui concernent des
appréciable pour l’entreprise, les créanciers et des débiteurs prove-
partenaires et les investisseurs. nant de plus d’un État membre de
La Ministre de la justice, Nicole l’Union européenne ».[12]

​Estelle Lay et Victoria Briand. L’ordonnance du 2 novembre 2017 portant adapta-


[12]

tion du Règlement (UE) n°2015-848 sur les procédures d’insolvabilité : un mariage


entre dispositions européennes et spécificités françaises. h
​ ttps://www.lepetitju-
riste.fr/lordonnance-2-novembre-2017-portant-adaptation-droit-français -regle-
ment-ue-n2015-848-procedures-dinsolvabilite-mariage-entre-dispositions-europeenn​/
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

Ces différents exemples, d’im- partie de l’activité économique


portance inégale, ont vocation et de la création de richesses ne
à montrer les distorsions de disposent pas pour autant des
concurrence et tous les para- moyens financiers ou humains
mètres qui doivent être pris en pour s’étendre sur le marché
compte dès lors qu’il y a un sou- d’un autre pays européen ou
hait de traverser une frontière alors de manière limitée.
dans l’Europe.
En parallèle, la lisibilité des dis-
32 Il apparaît en conséquence que positions législatives fédérales
l’Union européenne ne permet américaines et l’unicité du mar-
dans les faits une ouverture du ché américain sont davantage
marché intérieur qu’aux seules vues comme un outil de dévelop-
entreprises disposant d’une taille pement. Plusieurs entreprises et
suffisamment conséquente et représentants d’entreprises ont
des financements nécessaires évoqué la perspective de procé-
au conseil à l’installation, ou à der à une montée en puissance
l’exportation de biens ou ser- de l’entreprise (scale-up) en pas-
vices. Les Start-ups, TPE, PME sant par le marché américain
et dans une moindre mesure les avant de retourner, éventuelle-
ETI qui représentent la majeure ment, sur le continent européen.
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

Sans évoquer la création d’un de l’office des publications de dé-


droit unique, unifié, se substi- buter un portail pour un accès
tuant aux normes nationales, la aux droits nationaux des États
création successive de normes membres. Néanmoins, le portail
communautaires, qu’il s’agisse N-lex​[14] est méconnu, il ne ren-
de règlements ou encore de di- voie vers les sources de droit
rectives, a créé un effet de su- que de certains États membres,
perposition. Le portail EurLex​ et ne propose pas encore d’ac-
[13]
présente un potentiel de dé- cessibilité ni linguistique, ni des
veloppement conséquent. Les concepts juridiques propres aux
entretiens en France et ailleurs États membres.
en Europe étaient marqués par
une acception commune selon Ainsi plusieurs acteurs ont sou-
laquelle le portail est inefficace levé des contradictions dans les 33
sauf à avoir la référence précise règles juridiques et une perte
du texte recherché. Une évolution de rationalisation dans les
de la plateforme avec une meil- sources juridiques à force de lais-
leure lisibilité par domaine et ma- ser des normes se superposer,
tière du droit lui conférerait une ce qui pose une problématique
pleine utilité. de cohérence du droit.
Il convient de souligner l’initiative

[13]
​https://eur-lex.europa.eu/homepage.html
[14]
​http://eur-lex.europa.eu/n-lex//index_fr
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Il est essentiel de promouvoir des politiques qui soient favorables au


développement économique des entreprises et qui puissent sou-
tenir leur capacité à innover, à se développer et à employer. Nos
entreprises, mais plus particulièrement les PME et les TPE, doivent
être en mesure de conquérir le marché européen. Il est de notre res-
ponsabilité politique de leur en donner les moyens. À cette fin, il appa-
raît nécessaire de développer des outils juridiques, comprenant des
contrats, reconnus dans toute l’Union européenne, pour permettre
aux entreprises d’être plus réactives dans l’Union européenne.

34
A. Une exigence économique

Certains secteurs économiques pital, de financement du risque,


- comme les biens de consom- ou encore d’abaissement des
mation - sont normés d’un point coûts de fonctionnement des
de vue technique, aujourd’hui il ysociétés.​[15]​
a une impérieuse nécessité que Le surcoût des transactions du
le droit des affaires le soit éga-fait de l’absence d’harmonisation
lement pour que l’Europe soit un provient de différents facteurs :
marché économique unifié. la transposition des contrats en
droit local, le risque juridique, les
L’adoption d’un droit européen coûts liés à la lourdeur de l’im-
des affaires améliorerait l’effi- plantation locale. Des entreprises
cience générale des marchés - et donc des États - tirent profit
européens en termes de concur- de situations qui entament la so-
rence, de coût et d’accès au ca- lidarité européenne :

[15]
​Note et audition de Grégori COLIN, économiste et dirigeant du cabinet G-CEC.
1.3.2. L’absence de marché unifié européen

Une entreprise française qui acheminer par la suite en France


importe des produits chinois afin d’atténuer le coût fiscal de
procède régulièrement à une l’importation.
pré-importation à Malte pour les

“Sandwich hollandais” : les béné- tilles hollandaises (Curaçao) et


fices sont déplacés sous forme bénéficient d’un abattement sur
de charges depuis la filiale lo- le taux d’imposition des béné-
cale jusqu’au siège régional en fices du fait d’un accord particu-
zone fiscale optimisée, les fonds lier entre la Hollande et son État
sont à nouveau facturés par une autonome.
structure située dans les An-

35
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

M. Grégori Collin, économiste, appelle à réglementer au niveau euro-


péen pour harmoniser les normes tout en maintenant une régulation
nationale. Ainsi, si la règle est la même, l’échelle pourrait différer pour
dépasser les contraintes qui demeurent dans chaque pays, notam-
ment sur les questions fiscales ou sociales.

Le droit national français n’ap- unique de 1986 et la mise en


paraît pas pour cet économiste œuvre du Marché unique au 1er
comme un frein juridique aux janvier 1993, les pays de l’Union
36 exportations, mais il entraîne des européenne ont fait d’importants
surcoûts (gestion, reporting, dé- progrès dans l’unification du mar-
clarations multiples) impactant ché intérieur. Ils ont permis de ré-
duire les obstacles au commerce
la compétitivité. Ainsi, selon lui, la
relation que l’État entretient avecinternational d’environ 40% de
les entreprises sur son territoire plus qu’entre les pays de l’OCDE
national génère des surcoûts qui non membres de l’Union euro-
impactent leur compétitivité. péenne. En conséquence, il sou-
ligne que le doublement de l’in-
Des auditions ont été menées tensité de commerce entre pays
avec d’autres économistes, à européens s’est traduit par une
l’instar de M. Vincent Aussilloux, hausse du revenu par habitant de
chef du département Écono- l’ordre de 10%​[16]​.
mie-Finances de France Straté-
gie. Il souligne que depuis l’Acte

​Aussilloux, Bénassy-Quéré, Fuest et Wolff (2017) : Tirer le meilleur du marché unique 


[16]

européen, n​ ote du Conseil d’analyse économique​, N°38.


1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Néanmoins, les marges de pro- cles aux échanges.


grès demeurent importantes : ​le
commerce est 12 fois inférieur Il souligne par ailleurs que si l’on
entre États membres de l’Union se fixe un objectif d’un double-
européenne par rapport au com- ment de l’intensité du commerce
merce entre états fédérés des entre les États membres d’ici
États-Unis d’Amérique sans cor- 2050 afin de réduire l’écart avec
rection de ces facteurs structu- les États américains d’un facteur
rels​[17]​. Depuis le milieu des an- 4 à un facteur 2, on pourrait at-
37
nées 1970, on serait passés d’un tendre une hausse de revenu des
facteur 6 à un facteur 4, soit une européens à hauteur de 14% ​[18]​.
réduction d’un tiers des obsta-

[17]
​ Head, K. et T. Mayer (2002), «Non-Europe : The Magnitude and Causes of Mar-
ket Fragmentation in the EU», ​Review of World Economics, 2(136) : 285-314
[18]
​Y a-t-il encore des gains à l’achèvement du marché unique européen ? Aussil-
loux & Emlinger (2015), ​La Lettre du CEPII​, N°15
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

L’économiste rappelle que lors de la forme de services d’assistan-


la mise en œuvre de la directive ce juridique qui représentent au-
Services, les États membres se tant de coûts supplémentaires
sont livrés à un exercice de re- pour vendre sa prestation sur
censement des réglementations un autre marché de l’Union euro-
nationales spécifiques dans ce péenne. Ce coût supplémentaire
secteur. Ils en ont identifié plus à l’exportation pèse particuliè-
de 3 000 qui représentent autant rement sur les PME, car elles ne
de divergences de réglementa- disposent généralement pas de
38 tion. Dans le cadre de la mise en l’expertise requise en leur sein
œuvre de la directive Services, et qu’elles ne peuvent amortir
seules les réglementations dis- ces coûts que sur un chiffre d’af-
criminatoires à l’encontre des faires relativement limité. Ces
producteurs d’un autre État réglementations nationales spé-
membre ont dû être éliminées. cifiques peuvent correspondre
Toutes les autres réglementa- à des obligations sur les formes
tions nationales spécifiques juridiques autorisées, des limita-
ont pu être maintenues. Afin de tions dans le périmètre des pro-
connaître ces réglementations, fessions, des limitations portant
de les maîtriser et de s’y adapter, sur l’actionnariat ou quant à l’ac-
les entreprises doivent engager cès à la profession, etc.
des dépenses par exemple sous
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Il souligne par ailleurs que de que le surcoût entament le déve-


nombreux services sont régu- loppement de l’activité des PME.
lés par une instance dédiée. La L’absence d’une justice com-
multiplicité de ces régulateurs merciale unifiée au niveau eu-
dont les pratiques, souvent non ropéen et surtout la difficulté de
normées, divergent, constitue faire exercer un pouvoir de po-
autant de freins pour le dévelop- lice dans un autre État membre
pement sur un territoire national que celui où la décision de justice
d’une entreprise étrangère. La ré- a été prise représentent un autre
ciproque est tout aussi valable facteur de fragmentation du mar-
pour les entreprises françaises ché intérieur. Les entreprises au-
souhaitant s’installer dans un ditionnées s’accordent à dire que
autre État membre. En outre, les lorsqu’un chantier qui a lieu par
phénomènes de sur-transposi- exemple en Italie par une entre-
tion constituent un frein financier prise française et qu’une créance 39
supplémentaire pour maîtriser n’est pas payée même après l’ob-
les spécificités nationales, de sur- tention d’un titre exécutoire par le
croît quand la culture juridique lo- tribunal, l’entreprise est dans l’in-
cale diverge. Le risque induit ainsi capacité de la recouvrer.
M. Aussilloux rappelle qu’il n’existe pas de mesure précise de l’impor-
tance relative des quatre sources principales d’obstacles à l’unifica-
tion du marché intérieur, en dehors des obstacles naturels comme
la distance et la langue, notamment parce qu’ils se combinent et
s’amplifient entre eux. Le caractère transversal et général du droit
des sociétés le conduit cependant à penser que son importance est
déterminante et dépasse les autres facteurs. Par ailleurs, au-delà de
freiner le commerce, les divergences en droit des affaires portent
des conséquences négatives au niveau macroéconomique, en par-
ticulier pour les pays qui partagent la monnaie unique.
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Les effets macroéconomiques droit des sociétés et des droits af-


d’un défaut d’intégration du mar- férents rend beaucoup plus com-
ché unique portent tout d’abord pliqué l’investissement dans les
sur un déficit d’innovation, un start-ups d’un autre État membre
déficit de productivité et donc que le pays où le fonds est loca-
un déficit de croissance, de pou- lisé. Si depuis quelques années,
voir d’achat et d’emploi. les fonds de capital-risque inter-
Ces effets sont particulièrement viennent dans plusieurs pays de
visibles dans le domaine du ca- l’UE, le mouvement est récent et
pital-risque qui est pourtant une très progressif. Les fonds de ca-
des sources majeures de redyna- pital-risque européens sont ainsi
misation du tissu productif des de taille beaucoup plus réduite
40
pays avancés : 5 des 10 princi- que les fonds américains puisque
pales capitalisations boursières la profondeur du marché est net-
américaines sont d’anciennes tement inférieure notamment du
start-ups financées par le ca- fait de la segmentation du mar-
pital-risque. Les créations de ché intérieur. Ainsi, les start-ups
start-ups sont en nombre com- qui réussissent sont souvent ap-
parable en Europe et aux États- pelées à faire appel à des fonds
Unis d’Amérique, mais dix ans américains, ce qui passe souvent
après leur date de création, les par une incorporation aux États-
start-ups américaines comptent Unis et un centre de gravité de
en moyenne deux fois plus d’em- l’entreprise qui migre hors d’Eu-
ployés que leurs homologues rope.
européennes ​[19]​. Ce point de vue étayé par M. Aus-
L’accès au financement est un élé- silloux a été largement partagé
ment critique dans la croissance par les représentants des PME et
des entreprises et la diversité du des start-ups.

​Criscuolo C., Gal P. N. et Menon C. (2014), «The Dynamics of Employment


[19]

Growth : New  Evidence from 18 countries», OECD Science, ​Technology and Indus-
try Policy Papers​, N°14, OECD  Publishing.
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Là où les start-ups européennes rentiel et réglementaire. Il aura


à succès ont du mal à se déve- fallu 12 ans pour qu’ils étendent
lopper rapidement à l’échelle eu- leur activité d’un pays à seize
ropéenne en raison des coûts im- États membres de l’UE, là où
portants et des ressources qu’il une start-up américaine se lance
faut mobiliser, les start-ups amé- immédiatement à l’échelle des
ricaines y arrivent en quelques États-Unis et ensuite à l’échelle
mois. Elles peuvent se déployer de l’Europe avec des moyens plus
très rapidement dans la plupart conséquents. Ainsi, Uber est pré-
des pays de l’Union européenne, sent dans la plupart des grandes
car fortes de leur marché intérieur, villes en Europe et domine le mar-
elles mobilisent des fonds im- ché, alors que des concurrents
portants apportés par des fonds comme Heetch ou Chauffeur pri-
de capital-risque eux-mêmes à vé d’origine française sont limités
l’échelle du continent américain. au marché national ou à un ou
Avec ces financements beau- deux autres pays européens.1 41
coup plus importants, elles sont Cette segmentation entraîne des
à même de surmonter les obs- tailles de start-ups et des fonds
tacles liés à 28 législations dif- de capital-risque plus réduits
férentes et prennent donc sou- dans une relation circulaire, ce
vent l’ascendant sur les start-ups qui les contraint à se développer
d’origine européenne. à l’échelle nationale plutôt qu’eu-
À titre d’exemple, une des rares ropéenne. Un boulevard pour les
licornes françaises, Blablacar, start-ups de plus grande taille, ve-
ne se développe que très gra- nant des États-Unis ou d’ailleurs,
duellement, pays européen après est ainsi ouvert pour dominer le
pays européen. En effet, aborder marché européen et éliminer les
chaque pays représente un véri- concurrents européens de plus
table investissement pour maî- petite taille dans un monde du «​
triser l’environnement concur- winner takes almost all​».

1
Eléments rapportés par M. Nicolas Brien, CEO, France Digitale
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Dans le domaine des capitaux C’est un problème majeur en


également, M. Vincent Aussil- union monétaire : pour corriger
loux souligne les difficultés que des déséquilibres courants (dé-
rencontre l’Union européenne séquilibres épargne/investisse-
et quelques perspectives pour ment), l’épargne excédentaire
éviter qu’une crise économique dans un pays doit s’investir dans
à l’image de la dernière n’ait les des actifs de pays en déficit.
mêmes répercussions. Il rap- Si ces investissements ont lieu
pelle que l’épargne abondante dans des actifs productifs, cela
dans certains pays (Allemagne, renforce la capacité d’offre de
42 France) ne s’investit que peu l’économie récipiendaire et cor-
dans les entreprises non-cotées rige le déséquilibre entre épargne
d’autres États membres, car pour et investissement dans ce pays.
les fonds d’investissement et C’est un mécanisme tout à fait
autres véhicules d’épargne l’in- essentiel dans une union moné-
certitude est trop grande sur des taire, mais qui n’a pas fonction-
droits essentiels pour garantir la né en zone euro par manque de
qualité de leur investissement : transparence et de confiance des
droit des entreprises en difficul- investisseurs des pays excéden-
té, droit des investisseurs mino- taires dans l’environnement juri-
ritaires, gouvernance d’entre- dique qui prévaut dans les pays
prise, etc. déficitaires, souligne le chef-éco-
nomiste.
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Le fait que les excédents cou- toute l’Europe là où les projets les
rants allemands ne soient pas in- plus prometteurs se trouvent. En
vestis dans les PME et le secteur favorisant les investissements
productif en Espagne, mais ont croisés dans les actifs productifs
financé des crédits immobiliers des différentes économies de la
bon marché a largement contri- zone euro, un véritable marché
bué à alimenter une bulle immo- unique des capitaux permettrait
bilière. Cette dérive est l’un des l’amortissement des crises lors-
facteurs essentiels de la crise des qu’elles affectent tout particu-
dettes souveraines qui a plongé lièrement un pays ou groupe de
la zone euro dans la récession en pays de la zone. En répartissant
2011-2012​[20]​. Pour que la zone les pertes sur l’ensemble des
euro soit mieux à même de faire acteurs privés de la zone plutôt
face aux prochaines crises finan- qu’en les concentrant sur les ac- 43
cières, le partage des risques via teurs financiers du seul pays af-
le marché des capitaux privés est fecté par la crise, ce mécanisme
essentiel. C’est pourquoi depuis est un puissant amortisseur des
la crise des dettes souveraines, crises. Ce mécanisme a joué un
l’Union européenne s’est engagée rôle déterminant dans le fait que
sur un programme ambitieux de les États-Unis sont sortis beau-
« marché unique des capitaux »2. coup plus rapidement de la crise
L’objectif est d’offrir un environ- que la zone euro, rappelle M. Aus-
nement dans lequel les capitaux silloux.
peuvent librement s’investir dans

[20]
​Voir notamment Giavazzi et Spaventa (2010) : W​ hy the current account may
matter in a  monetary union, lessons from the crisis in the Euro area 
2
​https://www.consilium.europa.eu/fr/policies/capital-markets-union/
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Pour cet économiste, il y a eu freineront les investisseurs étran-


plusieurs avancées dans la gers en raison de l’incertitude et
construction d’un « marché des différences que cela crée.
unique des capitaux » avec
plusieurs initiatives embléma- Seules des règles identiques
tiques comme la directive rela- pourraient fournir une garantie
tive à l’insolvabilité des entre- suffisante pour que les inves-
prises. Cette directive vise une tisseurs étrangers prennent le
harmonisation des différents risque d’investir comme inves-
droits nationaux et représente tisseur minoritaire dans des ac-
en cela une avancée détermi- tifs illiquides comme les PME.
nante. Même si demeureront des diver-
gences dans l’interprétation des
Cependant, comme mentionnée textes par les différentes juridic-
44 plus avant, une directive laisse tions nationales comme il peut
une marge de divergence rela- exister des divergences au sein
tivement importante dans son d’un même pays entre différents
application entre États membres tribunaux, la sécurité juridique
qui conserveront des pratiques apportée par des textes iden-
assez différentes et des clauses tiques serait de nature à réduire
spécifiques. Par ailleurs, le droit substantiellement les obstacles
de l’insolvabilité interagit avec de à l’unification du marché des ca-
nombreux autres domaines du pitaux. L’analyse des barrières
droit des affaires et du droit so- existantes comme frein au com-
cial, créant ainsi de nombreuses merce montre aussi la nécessité
idiosyncrasies nationales qui d’avoir une démarche commune.

Au-delà de l’élaboration d’un Code européen du droit des affaires,


ces échanges ont permis d’illustrer à la fois l’impact économique
attendu d’une harmonisation dans le droit des affaires mais aussi de
certaines évolutions connexes qui contribueraient à une meilleure
stabilité de notre Union européenne.
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

B. Une volonté politique

«All those who, in trying to meet the eco-


nomic challenges set out by the treaty of
Rome, neglected the political dimension
have failed. As long as [those] challen-
ges will be addressed exclusively in an
economic perspective, disregarding their
political angle, we will
run – I am afraid – into «Tous ceux qui ont essayé de régler les
repeated failures.» problèmes économiques que posait le 45
traité de Rome en oubliant le côté poli-
tique de la chose sont allés à un échec
et aussi longtemps qu’on examinera [ces]
problèmes uniquement sur le plan écono-
mique et sans penser à la politique, je le
crains, nous irons à des échecs répétés.»

Paul Henri Spaak,


Discours à la Chambre des Représentants, 14 juin 1961

45
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

Au-delà de l’initiative de la socié- sent rapport atteste également


té civile et de la dynamique fran- de la volonté de définir l’opportu-
co-allemande en la matière, il est nité d’avancer en la matière.
nécessaire que cette ambition
soit portée plus largement par la Le retrait du Royaume-Uni de
classe politique européenne. En Grande-Bretagne et d’Irlande du
France, en réponse à une ques- Nord de l’Union européenne a un
tion écrite parlementaire, Mme impact à plusieurs niveaux. Elle
Nathalie Loiseau, Ministre au- fait écho à une crise de sens, si
près du Ministre de l’Europe et le référendum a abouti, c’est que
des affaires étrangères, char- l’Union européenne n’a pas su
46 gée de l’Europe, avait souligné faire suffisamment sens pour
l’ambition du Gouvernement de les citoyens anglais. L’Union eu-
pousser plus en avant l’harmoni- ropéenne doit donc relever cette
sation de ces éléments juridiques quête de sens, chez les autres ci-
à l’échelle de l’Union européenne toyens européens et saisir cette
sous la forme d’un “​Code euro- opportunité pour se repenser. 77
péen des affaires​ ”, afin de créer % des Irlandais sont optimistes
de nouvelles opportunités de à propos du futur de l’Europe
développement économique, de (contre 55 % en France ou encore
mettre fin aux distorsions de 56 % en moyenne en Europe),
concurrence au sein du mar- 90 % des entrepreneurs irlandais
ché intérieur et enfin de rendre considèrent également que leur
l’Union européenne plus protec- futur dans l’Union européenne
trice des droits de tous les opé- est un atout majeur dans leurs
rateurs économiques​[21]. Ce pré- affaires​[22]​.

​ Réponse ministérielle, JO Sénat du 3 août 2018 d’Hervé Marseille


[21]

​Six priorités pour le futur de l’Europe - L’Irlande dans l’UE : un futur dynamique,
[22]

IBEC. 2018.
1.3.3. Quel marché européen pour demain ?

L’effet du Brexit ne doit pas faire servent que nous sommes à un


oublier les défis de demain. C’est moment clé de la construction
(sans doute) à 27 que l’Europe de- européenne durant lequel l’Union
vra maintenant forger son destin. européenne doit parler d’une
Le Brexit doit être vu comme une seule voix.
opportunité pour avoir un avenir
économique partagé entre États Le marché unique doit être un des
membres. Cela devrait faciliter objectifs tangibles, réalisables,
le développement d’une culture de l’Union européenne, mais en-
juridique continentale mais aus- core faut-il convenir de normes
si favoriser le développement et de politiques pour y parvenir. A
des relations économiques de cette fin, plusieurs scénarios ont
été proposés[23]. Le livre blanc sur
pays à l’instar de l’Irlande (dont le
principal partenaire économique l’avenir de l’Europe soulève plu-
historique est le Royaume-Uni sieurs niveaux d’intégration dont
de Grande-Bretagne et d’Irlande un qui prévoit qu’un “groupe de 47
du Nord) avec d’autres États pays travaille en collaboration et
membres de l’Union européenne convient d’un “Code de droit des
pour limiter leur dépendance éco-affaires” commun unifiant le droit
nomique et améliorer leur stabi- des sociétés, le droit commercial
lité. et des domaines connexes (...)”.
À la veille du renouvellement de
En outre, en partant du constat la Commission européenne, il
que l’Europe possède le plus est nécessaire de consacrer ces
grand marché unique au monde, idées pour mobiliser tous les
et demeure trop peu attractive États membres derrière un projet
pour les TPE, les PME et les qui donnera corps à un marché
ETI, les décideurs européens ob- unique unifié.

PROPOSITION :
Saisir l’opportunité du renouvellement de la Commission européenne pour por-
ter ce projet à l’agenda européen.

​Livre blanc sur l’avenir de l’Europe, réflexions et scénarios pour l’EU-27 à l’horizon
[23]

2025. Commission européenne (2017) 2025 du 1er mars 2017.


1.3.4. Un marché économique unifié pour qui ?

L’Union européenne s’est, jusqu’à ciers nécessaires pour s’adapter


présent, concentrée notamment aux exigences différenciées des
sur la protection des consom- États membres ciblés. En effet, si
mateurs et sur la réglementa- les grandes entreprises sont sou-
tion des marchés financiers. mises aux mêmes règles que les
Les dispositions existantes, et petites, ce sont essentiellement
qui découlent du Traité de Rome ces premières qui disposent des
s’adressent dans les faits aux outils pour s’adapter. Il est temps
grandes entreprises qui, parado- de permettre aux petites entre-
xalement, ne sont pas celles qui prises de se hisser au même ni-
48 ont besoin d’un droit unifié pour veau que les autres et de faire
s’implanter sur le marché euro- de l’Union européenne le nouvel
péen dès lors qu’elles disposent eldorado économique.
des moyens humains et finan-

“Une réglementation codifiée des relations commerciales entre ac-


teurs économiques permettrait non seulement de maximiser les
chances de sécuriser le cadre réglementaire applicable, mais aussi,
de protéger et d’encourager les échanges transfrontaliers et les in-
vestissements des PME, qui constituent l’essentiel du tissu écono-
mique de l’Union européenne. En d’autres termes, cette technique
serait l’occasion de témoigner du dynamisme et de la qualité des
échanges intracommunautaires afin de relancer la construction eu-
ropéenne” ​[24]​.

​ Bayzelon, P. et Bernard, E. Pour un Code européen des affaires -​Question d’Eu-


[24]

rope n° 418. Fondation Robert Schuman, 23 janvier 2017.


1.3.4. Un marché économique unifié pour qui ?

L’objectif de ce rapport est de taires ou techniques existantes


définir dans quelle mesure il est dans chaque État membre.
possible de proposer des solu-
tions pour que les entreprises - En conséquence, la création d’un
même de petite taille - puissent Code européen du droit des af-
développer leurs activités sur faires constituerait un gain de
le marché européen. Force est temps, de ressources humaines
de reconnaître qu’aujourd’hui, le et financières tout en créant des
droit européen relatif aux activi- opportunités égales entre les
tés économiques ne s’intéresse plus grands groupes et ceux qui
qu’aux entreprises importantes. n’auraient pas pu s’ouvrir sur le
Cela s’illustre notamment par les marché européen.
exigences pour constituer une Partant de ce constat, s’il appa-
Société européenne, les seuils et raît nécessaire de s’intéresser à 49
les conditions pour pouvoir appli- toutes les entreprises, un regard
quer le droit de la concurrence. particulier doit être placé sur les
Les dispositions relatives aux start-ups ainsi qu’aux Petites et
marchés financiers s’adressent Moyennes Entreprises pour dé-
essentiellement aux sociétés finir les outils les plus adéquats
avec offre au public, les mêmes dont ces dernières ont besoin
qui disposent de moyens suffi- pour se développer à l’échelle
sants pour pouvoir s’adapter à communautaire sans rencontrer
toutes les barrières réglemen- de frein majeur.
CHAPITRE 2. La consécration d’une analyse pragmatique
dans l’élaboration d’un Code européen des affaires

L a perspective du développement d’un Code européen du droit


des affaires ne saurait se penser sans considération préalable
des expériences passées. Dans le domaine du droit des affaires,
plusieurs tentatives ont été menées sans succès. Il apparaît donc
nécessaire de prendre en considération ces expériences pour
prendre la pleine mesure de l’opportunité d’un Code européen du
droit des affaires. En outre, il est utile d’interroger ce projet jusque
dans ses termes, et de le définir.

50
2.1. Les leçons à tirer des expériences passées

Ce sont essentiellement des universitaires qui ont tenté d’harmo-


niser certains droits pensant qu’il y avait des attentes de la part
des praticiens. Or, ces avancées proposées étaient trop éloignées
de la pratique et pas attendues à ce moment-là. Chaque Etat étant
alors en cours de réflexion afin de moderniser son droit national des
contrats, la dimension européenne n’était pas encore d’actualité.

51

51
2.1.1 Le droit européen des contrats

L’Association Henri Capitant des où certains civilistes français ont


Amis de la Culture Juridique Fran- commencé à prendre conscience
çaise et la Société de législation qu’un Code européen du droit des
comparée ont adhéré, en 2005, au contrats, voire des obligations,
réseau commun créé et financé était à nos portes et pouvait de-
par le sixième programme-cadre main ou après-demain se substi-
de l’Union européenne, en vue de tuer au vénérable titre III du livre
l’élaboration d’un cadre commun III de notre Code civil. Même si elle
de référence dans le domaine du ne fut pas unanime, la réaction
droit européen des contrats. française fut d’autant plus vive,
Au sein de ce réseau, ces deux me semble-t-il, qu’elle était tardive.
associations ont été chargées Mais elle n’a peut-être pas été sans
d’élaborer une « terminologie effet. Les discours sur l’unification
commune », des « principes di- se font aujourd’hui plus discrets.
recteurs du droit des contrats » et L’adoption prochaine d’un Code
52
de proposer un projet de révision européen des contrats ne semble
des principes du droit européen plus vraiment à l’ordre du jour. La
du contrat, élaborés par la Com- mode est plutôt, du moins offi-
mission Lando. ciellement, à la coordination des
droits, au “pluralisme ordonné”, à
Après des années d’études et de l’harmonisation douce, autrement
recherche, le projet n’a pas vu le dit au soft Law. Ce nouveau dis-
jour. cours, cette apparente évolution
Une étude intéressante de M. le méthodologique, traduit peut-être
Professeur Jamin met en exergue une inflexion stratégique de la part
les raisons de cet échec[25] : “ Et des différentes instances euro-
puis d’un coup, je vous l’ai dit : le péennes”.
déluge de feu, à cet instant précis

Les raisons de cet échec tiennent au “moment”. À l’époque, le sujet


n’intéressait encore que peu de juristes comparatistes situés à la
marge de l’institution doctrinale.
Pour d’autres raisons, “conservatrices”, les juristes sont attachés
au Droit civil, au Code civil, bien souvent perçu comme le socle des
autres branches du droit privé.

​JAMIN, Christophe. Vers un droit européen des contrats ? (réflexion sur une
[25]

double stratégie). Conférence association droit et commerce, Tribunal de com-


merce de Paris, 6 mars 2006. Revue de Jurisprudence Commerciale, Mars / avril
2006- Numéro 2.
2.1.1 Le droit européen des contrats

Ainsi l’évolution attendue n’a pas si nous voulons peser, un peu plus
eu lieu. Le Professeur Jamin for- que par le passé, sur ce droit eu-
mulait déjà une proposition que ropéen des contrats en cours de
nous retenons également à la fin formation”.
de notre étude :
“Dès l’instant qu’il ne s’agit plus de Il s’agissait également d’un projet
substituer, du moins dans l’immé- imposé par une méthode unique-
diat, un droit européen unifié des ment technocratique. De plus, ce
contrats aux différents droits na- projet essayait de conserver les
tionaux, l’avant-projet de réforme dispositions nationales.
du droit français des obligations, Il aurait donc fallu que les prati-
qui a été remis au Garde des ciens portent une initiative prô-
Sceaux le 22 septembre 2005 par nant un éventuel rapprochement 53
un groupe d’une quarantaine d’uni- avec les projets européens, voire
versitaires, devient sinon légitime, avec d’autres Codes qui appar-
du moins envisageable. (...) Il m’ap- tiennent à la tradition civiliste soit
paraît en effet nécessaire, voire un projet assurant une souplesse
urgent, de procéder à la recodifi- qui aurait permis toutes les adap-
cation de notre droit des contrats tations.
2.1.2. Des outils inadaptés

Dans un premier temps, seront exposées les leçons tirées des expé-
riences passées qui ont eu pour ambition de créer des outils com-
muns, harmonisés, avant de présenter dans un second temps le pre-
mier axe impératif : la codification-compilation.

A. La Société européenne

Force est de constater que la So- éléments nécessaires, mais n’est


ciété européenne3 n’a pas résolu pas suffisant.
la question de la mobilité des en-
54
treprises, notamment françaises. De plus les conditions de création
L’avoir envisagé comme premier d’une société européenne sont
élément avant l’extension d’une trop complexes pour s’adresser
dynamique européenne en la à chaque entrepreneur. Dans les
matière a constitué un frein pour faits, elle n’a été conçue que pour
développer la dynamique. Il au- les sociétés importantes avec
rait été préférable de rendre au offre au public. Un capital exigé
préalable les règles européennes de 120 000 euros s’avère dissua-
plus accessibles, voire d’harmo- sif pour les PME. Enfin cette so-
niser certains pans du droit des ciété n’a d’européen que le nom,
affaires pour ensuite offrir des car en réalité, si elle peut exercer
outils “sur-mesure” pour les PME, ses activités dans tous les Etats-
et ce afin que la mobilité des en- membres de l’Union européenne
treprises soit facilitée avant d’oc- dans une forme juridique unique
troyer des outils aux entreprises. et commune à chaque membre,
En effet la forme juridique, seule, elle demeure soumise au droit
ne suffit pas à permettre l’exer- national du pays où elle se déve-
cice d’une activité économique loppe.
dans un autre État. C’est un des

3
Règlement communautaire n°2157/2001 du 8 octobre 2001 entré en vigueur le 8
octobre 2004 en France - Loi Breton 2005-842 du 26 juillet 2005. Il y a environ 2200
sociétés européennes en Europe dont 23 en France
2.1.2. Des outils inadaptés

B. Le projet de “Société privée européenne”

Durant des décennies, l’effort de l’élaboration d’un droit des so-


d’harmonisation du droit des so- ciétés européen alors que le tis-
ciétés dans l’Union européenne a su économique européen était
essentiellement concerné les so- constitué de 90 % de PME qui
ciétés avec offre au public, c’est- représentaient deux tiers des
à-dire les sociétés anonymes. emplois et que les PME étaient
En 2005-2006, lors de ce projet, de plus en plus présentes sur les
le constat était déjà fait que les marchés internationaux.
PME avaient été tenues à l’écart

La Société privée détenait des atouts indéniables[26] : 55


Les associés peuvent être des personnes phy-
siques ou des personnes morales
Peut être constituée ab initio
Le fait européen était défini de façon suffisam-
ment large.

Cependant l’idée n’a pas abouti quence que les États membres
notamment en raison de la tem- ont privilégié une action natio-
poralité politique du projet. La nale plutôt qu’européenne pour
temporalité politique n’était pas en sortir. Les expériences ont
la plus adéquate tandis que dans néanmoins eu le mérite de des-
les prémisses du projet, la crise siner des pistes de réflexion inté-
économique et financière qui al- ressantes qui ont servi d’inspira-
lait s’installer a eu pour consé- tion pour ce rapport.

OUTIN-ADAM Anne et SIMON Joëlle. Le projet de société européenne, discours


[26]

prononcé le 29 novembre 2006 devant le conseil des notaires de l’Union européenne


2.2. Une démarche prudentielle dans le choix des concepts.

Harmoniser le droit des affaires soulève quelques méfiances pour les


raisons explicitées précédemment, mais également du fait de l’exis-
tence de certains freins psychologiques, liés à la résistance au chan-
gement, à la peur de ce qui bouleverse les habitudes. C’est pourquoi
il est nécessaire de mettre en exergue des points de vigilance pour
éviter que cette évolution ne se fasse dans la douleur.

A. Prudence en termes de rayonnement et de sécurité juridique

L’élaboration de normes suprana- Le droit français jouit d’un rayon-


tionales a cette limite que chaque nement international hérité de
56 disposition fait l’objet d’une in- sa diplomatie économique et
tense négociation, sauf à consi- d’influence. Faire disparaître des
dérer que l’ensemble des parties pans entiers du droit français
tirerait, sans condition, un avan- pourrait ne pas être compris par
tage individuel ou collectif à la certains Etats qui se sont, quant
création de cette nouvelle norme. à eux, inspiré de notre Droit. Le
En conséquence, il apparaît né- rapport de la Section du rapport
cessaire de mettre en exergue et des études du Conseil d’Etat
certains principes sur lesquels portant sur l’influence internatio-
une prudence est de mise pour nale du droit français qui a été
préserver des acquis essentiels commandé par M. le Premier
et pour assurer la pérennité de Ministre, Lionel Jospin en 2001,
la sécurité juridique que nous trois ans avant de célébrer le
connaissons et qui est intrin- bicentenaire du Code civil, met
sèque à notre système juridique. en exergue plusieurs enseigne-
ments utiles à cette fin.
2.2. Une démarche prudentielle dans le choix des concepts.

Avoir une considération pour le rayonnement international du droit


français est primordial pour assurer l’adhésion de la communauté
juridique nationale. C’est un enjeu économique également pour notre
pays qui requiert de connaître au préalable l’histoire juridique, ses
zones d’influence, sa capacité à s’enrichir des influences externes, et
les outils dont nous disposons pour assurer son rayonnement tout en
maintenant, selon le terme consacré, sa pureté.

Des acteurs juridiques ont pour juridique, préférer la sécurité ju-


certains d’entre eux émis la ridique d’un ordre établi plutôt
crainte que la logique d’une har- qu’une remise en question trop
monisation poussée à son pa- profonde de notre droit. Néan- 57
roxysme remette en question moins, ces inquiétudes n’ont
certaines institutions françaises, pas été soulevées par le Conseil
à l’image du Conseil d’État, qui d’État qui apparaît en faveur de
a un rôle dans la définition de mesures pour une meilleure li-
la norme législative et régle- sibilité des normes établies au
mentaire d’une part, mais aussi niveau communautaire et d’un
comme juridiction dans l’ordre Code européen du droit des af-
administratif du droit d’autre faires présenté sous l’angle que
part. En conséquence, certains nous avons choisi et tel qu’il vous
acteurs semblent, par culture sera exposé.
2.2. Une démarche prudentielle dans le choix des concepts.

Ces considérations à part, le développement d’une norme supranatio-


nale complémentaire du droit national peut être envisagé de plusieurs
façons :
- La création d’un 29e (28e si ou de construction du droit simi-
le Royaume-Uni se retire de l’UE) laire. Néanmoins, cela générerait
droit optionnel comprenant un davantage de complexité, et on
statut dédié aux entreprises eu- peut craindre un recours moindre
ropéennes qui serait employable au dispositif tout en accentuant
dans chaque Etat membre de les écarts entre Etats membres,
l’UE par des néo-entreprises ou à rebours de l’objectif initial du
58 vers laquelle pourraient transi- dispositif. Il est donc davantage
ter des entreprises déjà établies. intéressant de privilégier l’unifi-
Cela supposerait que les normes cation du marché unique.
soient dès leur définition suffi-
samment attractives pour être - La création d’un droit qui ne
employées. s’appliquerait qu’aux entreprises
créées à compter d’une cer-
- Le développement d’un droit taine date, ce qui supposerait de
européen des affaires à géomé- conserver plusieurs normes cor-
trie variable, développé par des respondant à chaque statut (le
accords entre pays. De prime ou les nouveaux, européens ainsi
abord, cela apparaît être une so- que tous les statuts nationaux)
lution de facilité pour permettre qui sont potentiellement contra-
des harmonisations dans tout ou dictoires. Cette organisation per-
partie des matières du droit des mettrait qu’à terme, toutes les
affaires entre des pays qui sont entreprises soient, naturellement,
dans une situation économique européennes.

58
2.2. Une démarche prudentielle dans le choix des concepts.

L’adoption de directives euro- contradictoires, est également à


péennes, qui donneraient corps craindre.
au Code européen du droit des
affaires, requiert néanmoins de Se pose ainsi la question de la
les transposer dans les droits lisibilité des droits nationaux ou
nationaux. Ainsi, le risque de de la volonté politique des états
surtransposition existe et il n’est membres.
pas possible de le limiter sans L’objectif des déplacements me-
donner corps à une remise en nés dans le cadre de ce rapport
question de la souveraineté des est précisément de définir les
États membres. C’est pourquoi besoins ressentis par différents
il est nécessaire d’impliquer les États membres qui se trouvent
États membres dans la dyna- dans des situations économique,
mique de création du projet. Dans sociale et culturelle différentes
le même ordre d’idée, le risque tout en prenant connaissance 59
d’une retranscription qui produit des raisons qui ont mené à
des normes divergentes, voire l’échec les tentatives antérieures.

B. Prudence en termes de terminologie

La terminologie employée dans la définition de la mission porte sur


« l’élaboration d’un Code européen des affaires ». Néanmoins, les
auditions menées ont permis de mettre à jour des conceptions diffé-
rentes sur le terme de « Code » ainsi que sur celui des « Affaires ». En
conséquence la formulation « Code européen des Affaires » requiert
d’être définie et d’être interrogée en chacun de ses termes.
O LO G IE
TERMIN Le “Code” : une qualification
appropriée

En l’absence de Code, qui aurait déjà permis dans un premier temps


de compiler les seuls textes en vigueur, la réglementation européenne
finit par devenir inaccessible. L’image de l’Europe en pâtit en ce que
l’Union européenne apparaît comme complexe, distante, loin des
réalités des citoyens ou des entreprises. Cela contribue à une re-
mise en cause de la légitimité même des textes européens. En corol-
laire, la codification apparaît comme un outil contribuant à alimenter
le sentiment d’appartenance à une aire géographique et culturelle.

L’emploi du mot « Code » renvoie dotés de Codes, l’alliance d’États


à des acceptions et attentes dif- que constitue l’Union européenne
férentes d’un acteur à l’autre. Le a simplement rendu publiques
60 Professeur Rémy Cabrillac de ses normes sans rassemble-
l’Université de Montpellier dans ment thématique. L’auteur sou-
son ouvrage intitulé « Les codi- ligne que deux méthodes de co-
fications »4 précise que la co- dification s’opposent entre d’une
dification naît d’une volonté de part la codification-compilation,
sécurisation juridique appuyée qui correspond à un simple ras-
par le pouvoir politique dans un semblement de textes existants
contexte de développement de adjoints d’une mise en forme et
normes dont la finalité technique la codification-modification, qui
première est la rationalisation du opère une modification plus ou
droit et dont la finalité sociale est moins importante de ces textes
l’instauration d’un nouvel ordre rassemblés. Ces deux méthodes
social appuyé par une unification peuvent être complémentaires
sociale et une unification géogra- et la codification-modification
phique. Il apparaît que la création sur des pans de droit alors iden-
d’un Code fait sens dans une so- tifiés peut en conséquence sur-
ciété établie, dans un État. Ainsi venir au terme d’une codifica-
si les États membres de l’Union tion-compilation.
européenne se sont pour certains

4
CABRILLAC, Rémy, « un Code européen des affaires, une chance pour la construc-
tion européenne », Recueil Dalloz, n°21, 13 juin 2019
Le “Code” : une qualification appropriée

Il ressort des auditions menées qu’il serait souhaitable de poursuivre


le travail mené par l’Association Henri Capitant et la Fondation du
droit continental selon la méthode que nous expliquerons ci-dessous,
mais, dans le même temps de créer un véritable droit européen de
la distribution qui se substituerait aux droits nationaux. Si nous
choisissons de citer le droit de la distribution, c’est à titre d’exemple.
Il serait sans doute opportun d’envisager cette harmonisation dans
les droits récents (relatifs notamment aux nouvelles technologies) ou
plus globalement dans des droits qui ne soulèveraient pas d’opposi-
tion de principe tout en “libérant” les échanges.

La codification telle que définie par la Commission européenne en 61


2001 consiste à :
Le “Code” : une qualification appropriée

“simplifier le cadre législatif exis- consiste donc à retravailler le


tant et le rendre plus accessible. texte consolidé en vue d’obtenir
Pour codifier la législation, il un nouvel acte juridique unique
convient tout d’abord de la conso- cohérent et complet remplaçant
lider. Selon les conclusions du formellement l’acte de base et
Conseil européen d’Édimbourg, l’ensemble de ses modifications.
la consolidation consiste à re- Ce processus comprend la sup-
grouper des fragments épars de pression de toutes les disposi-
législation relative à une ques- tions obsolètes, l’harmonisation
tion donnée sans affecter la va- de la terminologie utilisée dans
lidité de ces fragments et sans le nouvel acte et la reformulation
que cette opération ait d’effets de ses considérants. C’est ce
juridiques. Il s’agit donc d’un pro- processus qui permet de réduire
cessus mécanique par lequel les le volume de la législation tout
dispositions de l’acte de base en conservant sa substance.
régissant un domaine particulier Selon le point 2 du projet d’ac-
et toutes ses modifications sont cord interinstitutionnel qui de-
regroupées, sans aucun examen vrait être adopté avant la fin de
62 ou modification du texte et sans l’année 2001, une refonte est
les considérants. Le texte conso- un nouvel acte juridique qui in-
lidé qui en résulte n’est que pour tègre, dans un texte unique, à la
information et n’a pas de valeur fois les modifications de fond
juridique. La consolidation du qu’il apporte à l’acte précédent
droit communautaire est actuel- et les dispositions de ce dernier
lement effectuée par l’Office des qui restent inchangées, le nou-
publications (OPOCE) et fournit vel acte juridique remplaçant
la matière première de sa codifi- et abrogeant l’acte précédent.
cation. Par conséquent, elle joue Le nouvel acte juridique revient
un rôle indispensable aux fins de donc à codifier l’acte de base
la codification de l’acquis. préexistant et l’ensemble de ses
Selon le point 1 de l’accord inte- modifications, mais il prévoit des
rinstitutionnel du 20 décembre modifications de la législation,
1994, on entend par codification qui ne sont pas possibles dans
la procédure qui vise à abroger le cas d’une codification. Sauf in-
les actes faisant l’objet de la dication contraire de la présente
codification et à les remplacer communication, les refontes ne
par un acte unique qui ne com- font pas partie de son champ
porte aucune modification de d’application. »[27]
la substance desdits actes. Elle

62
​Commission européenne. Communication de la commission au parlement et au
[27]

conseil. Codification de l’acquis communautaire. COM (2001) 645 final 21/11/2001.


Le “Code” : une qualification appropriée

Le portail EurLex constitue un guichet unique des normes prises


au niveau européen. Néanmoins, il est relativement peu dynamique
en ce que des textes partiellement amendés après leur adoption ne
semblent pas modifiés. En conséquence, il est difficile de savoir quels
textes sont en vigueur en tout ou partie. De surcroît, les normes sont
relativement peu accessibles en ce qu’elles ne sont pas regroupées
dans des matières de droit, ni en Code. L’accessibilité de ces normes
qui vivent, évoluent, à chaque stade de leur transformation est égale-
ment intéressante au-delà des seuls textes consolidés. Ces éléments
sont des points forts de Légifrance qui pourraient trouver une utilité
certaine au niveau européen.

Quand la codification se limite à tion telle qu’entendue au niveau


un seul texte d’origine, il est fait européen, une méthode peut être
mention d’une codification verti- employée dans un domaine du
cale. Dans d’autres cas, la codi- droit et l’autre méthode pourrait
fication européenne a pour objet l’être dans un autre domaine. On
plusieurs textes de base, il s’agit en retient que le Code peut être
alors d’une codification horizon- un outil de sécurisation juridique, 63
tale. d’unification sociale et de lisibilité
Les différentes versions codi- des normes créées. Au-delà de
fiées s’accompagnent d’annexes ces considérations juridiques, à
reprenant les directives abrogées un moment où l’euroscepticisme
avec une liste de leurs modifica- domine la codification montrerait
tions successives et fournissant que l’Europe n’est pas en panne.
un tableau de correspondance L’Europe manque de projets
entre les anciens et les nouveaux concrets, de symboles auxquels
articles. Il est clair que le para- rattacher notre identité euro-
digme au niveau communautaire péenne. Le Code participe à une
est la codification. Il s’agit d’un citoyenneté européenne.
travail utile et nécessaire qui doit
être mieux appuyé par un soutien Une codification du droit euro-
politique clair[28]. En s’appuyant péen des affaires nous permet-
des définitions du Pr Cabrillac et trait de venir à ce qui fait l’essence
de l’état des lieux de la codifica- de notre système juridique[29].

[28]​
LECOURT, Benoit. Pour un code européen des sociétés. D. 2018. 805 :
“Si ce travail n’avait pas été réalisé, la réglementation serait totalement inaccessible : (en droit des sociétés) aux onze
directives d’origine, s’ajouteraient, et en ne retenant que les textes importants, dix-huit directives modificatrices, soit un
total de vingt-neuf directives ! Aujourd’hui, il n’existe désormais que six directives sociétaires , auxquelles viennent s’ajou-
ter quelques directives modificatrices”.
[29]​
Voir page 64
PROPOSITION :
- La codification afin d’assurer l’attractivité économique de l’Europe : n’importe
quel ressortissant extracommunautaire pourrait traiter avec un partenaire de
n’importe quel Etat membre de l’Union européenne sur la base d’un droit unique.

- Le
64 terme de Code est vivement conseillé, car il est unanimement admis et crée
une sécurité juridique qu’un autre vocable ne saurait créer. Néanmoins, une
transparence totale du projet de codification est nécessaire, pour éviter tout
frein inutile qui serait posé par ceux qui craignent une codification-modification,
là où il est prévu une codification-compilation.

- Le terme codification n’exclut pas en complément d’une version “papier” de


favoriser la création d’une plateforme numérique dynamique à l’image de Lé-
gifrance, avec les spécificités européennes, notamment linguistiques.

64
Cette idée de codification est un projet de la société civile soutenu par la Caisse
[29]​

des dépôts et Consignations, le Conseil National des Barreaux, le Conseil Supérieur


de Notariat, la Fondation Robert Schuman, le Think tank Europa nova, la fondation
allemande Mercator et l’association AUDE.
O LO G IE
TERMIN L’acception du terme “affaires”

Le terme des « affaires » soulève et notamment les activités por-


différentes interrogations. La tées par certaines associations.
multiplicité des significations que Le périmètre du contenu du droit
peut prendre le terme « affaire » des affaires n’est pas arrêté par
- notamment dans le domaine une définition légale mais par un
judiciaire - et ses dérivés « af- usage qui diverge en fonction des
fairiste » portent une dimension situations. En effet, au-delà des
péjorative. De surcroît, culturelle- domaines communément ad-
ment l’emploi du terme “affaire” mis et qui ont été évoqués dans
omet des activités au sens d’une ce rapport à plusieurs reprises, il
activité économique telle que serait possible d’y inclure notam-
65
définie par l’Union européenne ment le droit de l’environnement
qui peut quant à elle inclure ou encore le droit des marchés
l’économie sociale et solidaire publics.

Si durant les auditions la notion de “Code européen du droit des en-


treprises” a été envisagée, elle ne semble pas judicieuse, car elle vise
davantage l’agent économique que son activité ce qui semble réduc-
teur.
L’acception du terme “affaires”

En conséquence, l’emploi du Poucet et Pistre, aff. C. 159/91)


terme « activité économique » et celles impliquant l’exercice de
apparaît plus en phase avec la prérogatives « typiquement de
multiplicité des champs concer- puissance publique » (CJCE 19
nés, la différence entre les ac- Janvier 1994, C- 364/92).
teurs cibles et les différents do-
maines du droit. Mais surtout, il C’est pourquoi à la terminologie
s’agit d’une notion utilisée par la « Code européen des affaires » il
Cour de Justice de l’Union euro- apparaît intéressant de préférer
66
péenne qui est communément celle d’un « Code européen des
admise[30]. Selon la jurisprudence activités économiques ». Dans
européenne, seules deux catégo- celui-ci, il est possible de mettre
ries d’activités ne se prêtent pas en avant différentes matières du
à la qualification d’« activités éco- droit des affaires et d’y intégrer
nomiques » : celles exclusivement tous les agents économiques,
sociales (CJCE 17 février 1993, quel que soit leur statut juridique.

Le choix des matières du droit s’avère plus ardu dans la perspective


d’une codification-modification. Néanmoins, il est possible d’effec-
tuer a minima des codifications-compilations dans l’intégralité des
champs concernés.

CJCE, 23 avril 1991, Höfner et Elser contre Macroton, C-41/90 ; CJCE, 10 janvier
[30]​

2006, Cassa di Risparmio di Firenze e. a., C-222/04,


L’acception du terme “affaires”

Certains domaines du droit ap- maines du droit suivants, même


paraissent comme politiquement si ce sont pour certains, des do-
sensibles. En conséquence, si maines où les dispositions exis-
la perspective d’une codifica- tantes sont rares voire inexis-
tion-modification devait être re- tantes :
tenue ou valorisée, il apparaît
utile de dresser une liste des do-
- Droit du marché
maines du droit sur lesquels il
- Droit du commerce électronique
existe une marge de manœuvre
- Droit des sociétés
pour une évolution, celles qui ne
- Droit des sûretés
devraient pas être effectuées en
- Droit de l’exécution
priorité et celles qui sont trop
- Droit des entreprises en difficulté
sensibles pour évoluer dans une
- Droit bancaire
temporalité trop courte.
- Droit des assurances
- Droit des marchés financiers
Ainsi, pourraient faire l’objet d’une
- Droit de la propriété intellectuelle
codification-compilation les do-

Dans le cadre d’une codification-modification, nous pourrions envisa-


ger des avancées significatives dans les domaines suivants :

- Droit de la propriété intellectuelle


- Droit de la distribution

67
L’acception du terme “affaires”

Ou encore sur des sujets plus jusqu’à présent à l’appréciation


ciblés, à l’image du statut des des États membres. Enfin, une
agents commerciaux, qui re- modification du droit social appa-
lèvent d’une directive ancienne raît complexe politiquement pour
retranscrite de façon trop diffé- des raisons sociales et d’hétéro-
68 rente entre les États membres généité économique. L’harmo-
pour être utile. nisation du droit dans ces deux
derniers domaines ne pourrait
Il est nécessaire de relever que être envisagée qu’à long terme
le droit fiscal ne pourrait évoluer mais ils ne doivent pas être oc-
dans un premier temps du fait cultés car cette avancée est vi-
des divergences de structura- vement attendue par certains ac-
tion des économies nationales teurs économiques.
et de modèle économique laissé

PROPOSITION :
Une fois le terme de “Code” retenu, il convient de lui juxtaposer la notion “d’acti-
vité économique” pour sa dimension européenne et fonctionnelle.
CHAPITRE 3. Les solutions envisageables

L es questions de l’opportunité de la création d’un Code européen


des activités économiques, d’une part, et de l’intérêt qu’il repré-
senterait étant levées, ce travail a vocation à être complété par des
solutions. Afin de proposer des réponses concrètes qui soient réa-
lisables, ce rapport fait état aussi bien des limites qui se présente-
ront que des perspectives qui sont employables pour les surmonter.

69
3.1. Le rejet de la possibilité de substituer un Code européen des ac-
tivités économiques aux droits nationaux

L’Union européenne n’est pas question la souveraineté des


une simple alliance d’États, elle États ou de balayer les droits na-
dispose d’instances suprana- tionaux. Ainsi, il est nécessaire
70 tionales avec des compétences de prendre en considération le
propres. Sa structuration a long- contexte dans lequel serait créé
temps été employée par certains le Code européen des activités
dirigeants à des fins populistes. économiques, tout en consa-
Néanmoins, un des principes crant les principes mêmes de
structurant cette Union demeure l’Union européenne, pour faire
la subsidiarité. Dans ce contexte, de ce projet, un succès[31].
il ne s’agit pas de remettre en

Pour un Code européen des affaires, Question d’Europe n° 418¸ Fondation Robert
[31]​

Schuman, Janvier 2017


3.1.1 L’importance des droits nationaux

La création d’un Code européen en mesure de s’imposer comme


des activités économiques ne une solution, tout en garantissant
peut se faire sans prendre en ce qui fait aussi sa richesse et sa
considération le contexte dans raison d’être : sa diversité.
lequel il opèrerait. L’Union eu-
ropéenne est mise à mal par En conséquence, il apparaît très
le développement de tensions délicat de substituer un Code
d’ordre géopolitique au profit de européen des activités écono-
puissances extérieures. Le déve- miques aux droits nationaux,
loppement de ces tensions fait qui ferait loi sans transposition
le lit de mouvements politiques et qui méconnaîtrait les spécifi-
qui se renforcent en s’opposant. cités culturelles ou usuelles des
L’Union européenne est donc différents pays. Au-delà de cette
dans une situation où elle doit se considération, si ce Code euro- 71
renouveler et se réaffirmer dans péen des activités économiques
un contexte d’opposition crois- se substituait en la matière aux
sante. Si les oppositions sociales droits nationaux, l’impact écono-
croissent, il n’en demeure pas mique immédiat serait trop déli-
moins que l’Union européenne cat en ce que certaines matières
requiert une nouvelle dynamique du droit pourraient se voir profon-
pour se relancer. Elle doit être dément transformées.

Ainsi, il apparaît préférable de préparer un droit européen des activi-


tés économiques de manière progressive en deux étapes.
3.1.2. Une codification à droit constant

Les textes européens, lorsqu’ils La codification européenne réali-


font l’objet de modifications sée est partielle et bien souvent
deviennent illisibles[32] même elle ne concerne pas les textes
si, comme nous l’avons vu pré- européens d’une autre nature
cédemment les institutions eu- tels que les règlements et les re-
72 ropéennes poursuivent leurs commandations. Elle intervient
efforts en la matière. La codifi- souvent tardivement lorsque la
cation des directives présente un directive a fait l’objet de plusieurs
intérêt même si une fois transpo- modifications.
sées dans les droits nationaux
elles ont vocation à disparaître. De plus, les versions consolidées
Cependant il convient de rappeler publiées par la Commission eu-
que le droit national doit être lu ropéenne sur la plateforme Eur-
à la lumière du droit européen[33]. Lex sont sans valeur juridique[34].

[32]
LECOURT, Benoit. Pour un Code européen des sociétés. D. 2018, 805 :
“(...) La troisième directive de 1978 sur les fusions internes fut modifiée par deux directives simplifiant le régime
de ces opérations, l’une de novembre 2007, l’autre de septembre 2009. Or, avant la version codifiée réalisée en
2011, les nouvelles dispositions ne figuraient pas parmi les règles contenues dans la troisième directive. Pour
les connaître, il fallait se référer simultanément aux trois textes”.
[33]
CJCE, arrêt Marleasing SA / Commercial Internacional de Alimentacion SA du 13
novembre 1990 - C106/89
[34]
http://eur-lex.europa.eu/content:legis/avis_consolidation.html?locale=fr :
«Les textes consolidés ont uniquement une valeur documentaire, et les institutions déclinent toute respon-
sabilité quant à leur contenu. Il importe de noter que ces textes n’ont pas de valeur juridique. En matière
juridique, il y a lieu de se reporter aux textes publiés au JO» (EUR-LEX)
3.2. Un droit européen des activités économiques en deux étapes

Il convient de prendre acte des Pour cette raison, le premier im-


échecs des tentatives précé- pératif est l’accessibilité à la règle
dentes d’avancer au niveau euro- par le biais d’un codification-com-
péen sur ce sujet et de l’histoire pilation avant de s’intéresser à
de ces échecs pour faire de ce une éventuelle codification-codi-
projet un succès. fication et voir quels outils pra-
À cette fin, il convient de définir tiques pourraient être envisagés 73
un objectif simple et partagé : la pour l’entreprise.
mobilité de toute catégorie d’en-
treprise.
3.2.1. La première étape : la codification-compilation

La codification-compilation permettrait de constituer un socle


normatif accessible permettant de parfaire l’acquis européen. La
Commission européenne a fait officiellement état de la nécessité
d’un Code européen des affaires, dans son Livre Blanc sur l’avenir de
l’Europe : “les entreprises de toutes tailles à exercer facilement leurs
activités au-delà des frontières”.[35]

A. La codification à droit constant

L’association Henri Capitant, péenne permettrait aux profanes,


avec le soutien de l’Association qui sont les premiers usagers de
74 pour le Droit Continental, du Bar- ces droits – les entreprises et en
reau de Paris et du Conseil Na- particulier les plus petites d’entre
tional des Barreaux a dressé un elles – d’y avoir recours plus ai-
inventaire de la construction eu- sément. Il s’agirait d’une codifica-
ropéenne en droit des affaires[36]. tion-compilation rassemblant les
Ce recueil met en exergue les règlements, les directives et les
différentes matières du droit recommandations par matière.
des affaires, hormis le droit de La codification des règlements
la distribution, qui semble faire serait utile d’autant plus qu’ils
défaut, en dépit d’un intérêt cer- ne sont pas transposés. La codi-
tain. Dans un souci de lisibilité et fication des directives faciliterait
d’accès au droit, la création d’un leur accessibilité et celle des re-
recueil des normes européennes commandations permettrait de
établies, traduites dans les lan- mieux comprendre l’objectif des
gues officielles de l’Union euro- directives.

[35]
Livre Blanc sur l’avenir de l’Europe, Réflexions et scénarios pour l’UE 27 à l’h orizon
2025, Commission européenne, COM (2017) 2025, 1er mars 2017, p. 21.
Lire également : BELANGER, Laure. Un code européen des affaires, le droit au coeur de
la consolidation de l’Europe. JCP éd. G., n° 16 du 17 avril 2017, 455.
[36]
La construction européenne en droit des affaires : acquis et perspectives. LGDJ,
2016.
3.2.1. La première étape : la codification-compilation

De surcroît, cette codifica- linguistique, à moins d’un volon-


tion-compilation pourrait être tarisme d’un État en la matière. Il
enrichie des transpositions (et apparaît donc nécessaire de com-
le cas échéant, les surtranspo- piler les normes européennes
sitions) par les États membres et les normes nationales qui en
pour permettre leur accessibilité découlent. Ces normes doivent
linguistique et culturelle. Autre- être accessibles dans un même
ment, une évolution du portail espace, être ordonnées de façon
N-Lex pour permettre une acces- lisible, en particulier eu égard
sibilité linguistique et culturelle à ses évolutions récurrentes et
des normes nationales serait à être traduites dans les langues
forte valeur ajoutée. Il convient officielles de l’Union européenne.
à terme de rendre interconnec- Ces premières étapes seraient
tés les portails Eur-Lex et N-Lex un levier considérable pour amé-
et de permettre de sélectionner liorer pour l’accessibilité de la
deux États-membres (ou plus) norme. Néanmoins, l’accessibili- 75
pour une accessibilité totale des té de la norme serait complète si
normes les notions juridiques soulevées
lors des transpositions étaient
En effet, l’accessibilité des par ailleurs vulgarisées. En effet,
normes se pose également sur à titre d’exemple, le concept de
un plan linguistique. Les textes “bonne foi” employé en France
européens sont traduits dans ne trouve pas d’équivalent dans
les langues des États membres. certains États membres. En
Néanmoins, la transposition, ou, conséquence, il apparaît utile que
le cas échéant, les surtranspo- certains concepts dont la traduc-
sitions, dans les législations et tion seule ne reflèterait pas l’em-
réglementations nationales ne ploi culturel, d’usage du terme,
sont pas accessibles sur le plan puissent être vulgarisés.
3.2.1. La première étape : la codification-compilation

Enfin, l’accessibilité des juris- meilleure visibilité des réglementa-


prudences éventuelles est tout tions nécessaires pour envisager
aussi nécessaire et permet de un cadre européen à la vie des af-
compléter la compréhension du faires, au quotidien”.[37]
droit tel que créé dans les états
membres, et notamment la di- La communication de la com-
mension culturelle qui peut diffé- mission au Parlement européen
rer. et au conseil en date du 21 no-
vembre 2001 intitulé “Codifica-
Ce sont des objectifs de cohé- tion de l’acquis communautaire”
76 rence et de simplicité qui sont ici dispose qu’une codification sys-
recherchés. La codification s’ins- tématique et complète rendrait
crit dans une volonté de sécuri- l’acquis communautaire plus
té juridique. Toute modification transparent, lisible et simple et
ultérieure à venir permettrait de renforcerait la sécurité juridique
modifier ipso facto le texte d’ori- tant pour le citoyen européen que
gine. Le Code obligerait à une co- pour les milieux d’affaires.
dification régulière. Eur-Lex[38] est un outil intéres-
Ce “Code européen des affaires, sant, mais pas suffisant. Cette
consolidant les règles déjà exis- codification à droit constant n’a
tantes en un seul document struc- pas vocation à innover, mais à
turé et compréhensible, permet- rassembler les textes épars, et
trait non seulement un panorama de répartir leur contenu sur des
du droit existant, mais surtout une matières de droit.

[37]
Pour un Code européen des affaires. Question d’Europe n° 418. Fondation Robert
Schuman, 23 janvier 2017.
[38]
EUR-Lex est un site web permettant “l’accès au droit de l’Union européenne”. Les
informations sont disponibles publiquement et gratuitement dans l’ensemble des lan-
gues officielles de l’Union européenne. Cependant les recherches restent difficiles à
effectuer, ce site manque de clarté et de lisibilité.
3.2.1. La première étape : la codification-compilation

Effectuer ce travail d’am- économiques ainsi que les pans


pleur permettrait de mettre en de droit, par matière, qui sont
exergue les lacunes éventuelles susceptibles d’évoluer au niveau
du droit européen des activités communautaire.[39]

Ainsi ce n’est qu’à titre subsidiaire qu’une modification du droit serait


envisagée. Elle devrait se justifier par la constatation de lacunes du
droit ou de contradictions du droit. 77

À titre d’exemple, la législation concernant les fusions de sociétés différentes d’un


[39]

État à l’autre est source de difficultés lorsque deux sociétés implantées dans deux
Etats différents souhaitent fusionner pour des raisons économiques ou pour assurer
leur position dans un marché concurrentiel.
PROPOSITION :
- Réaliser à l’échelle européenne une œuvre d’unification juridique en consoli-
dant l’acquis européen par un travail d’inventaire afin de rendre plus lisible le
droit des activités économiques pour les petites et moyennes entreprises, les
commerçants, les artisans et le secteur de l’économie sociale et solidaire.
78
- S’inspirer de Légifrance qui est une base de données ayant fait ses preuves
afin de faire ce travail de codification. Il s’agirait d’une plateforme accessible
par tous.

- Conférer une valeur juridique au recueil des normes européennes.

- Identifier sur la base des travaux d’une codification-compilation, quels pans du


Code européen des activités économiques peuvent faire l’objet d’une modifica-
tion (suppression, transformation, ajout).

78
3.2.1. La première étape : la codification-compilation

B. La structuration du Code européen des activités économiques

Il convient de classer les thématiques selon un ordre logique qui


pourrait suivre celui de la vie de l’entreprise : droit du marché (droit
de la concurrence et droit de la distribution), droit du commerce élec-
tronique, droit commercial général, droit des sociétés, droit de l’exé- 79
cution, droit bancaire, droit des assurances, droit financier, droit de la
propriété intellectuelle, droit social, droit fiscal, droit des entreprises
en difficulté.

PROPOSITION :
Découper le Code en Livres, chaque Livre reprenant une thématique du droit des
activités économiques. Chaque Livre ferait lui également l’objet de subdivision
en fonction des matières.
3.2.2. La seconde étape : une approche pragmatique pour une élaboration
fonctionnelle d’un Code européen des activités économiques

L’objectif est de proposer “une consolidation de l’existant, la création


de règles nouvelles, ou encore l’abrogation de règles nationales qui
80
feront doublon”[40]. À cette fin, dans un second temps, deux axes de
travail peuvent être suivis simultanément.

BELANGER, Laura. Un code européen des affaires, le droit au cœur de la consolida-


[40]

tion de l’Europe. JCP éd. G, 2017, 455, p. 790


3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

Si la Société européenne n’a pas termes, il convient de compléter


solutionné l’enjeu de la mobilité la démarche codification-compi-
d’entreprise, c’est parce qu’elle a lation par une codification-modi-
été pensée comme une première fication.
étape alors qu’elle aurait dû être
pensée comme un outil. Il faut Dans un premier temps, seront
d’abord définir le socle de règles exposées les leçons tirées des 81
de manière harmonisée pour que expériences passées avant de
la mobilité des entreprises soit présenter dans un second temps
facilitée avant d’octroyer des ou- le premier axe impératif : la codi-
tils aux entreprises. En d’autres fication-modification.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

A. une approche bottom-up

En effet la codification-com- sur les besoins de l’agent écono-


pilation est un premier outil mique, entendu dans sa signifi-
au service de la lisibilité et en cation la plus large, comprenant
conséquence de l’accessibilité toute entité exerçant une activité
du droit européen des activités économique.
économiques.
Néanmoins, la distance entre les Ce travail pratique requiert d’iden-
82 cultures juridiques nationales et tifier les étapes de vie d’une en-
européennes peut malgré tout treprise nécessaires pour com-
subsister. Afin d’y répondre, une mercialiser des biens ou des
approche pratique apparaît plus services ou s’installer dans un
utile aux entreprises que d’enta- espace communautaire extra-
mer une modification profonde national. L’identification de ces
des différentes matières du droit étapes a vocation à permettre
des activités économiques : l’or- la création d’outils, comme des
ganisation des matières du droit contrats, répondant aux diffé-
comme autant d’étapes de la vie rentes attentes. Ces outils seront
d’une entreprise. ainsi fonction de l’activité écono-
Par conséquent, il apparaît utile mique et des besoins de l’entre-
d’entamer un travail centré sur prise.
l’entreprise ou plus précisément
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

Cette étape répond à une lo- l’entrepreneur qui ne dispose pas


gique “bottom-up” qui consiste à d’un service juridique et n’en a
mettre en avant la possibilité du pas les moyens.
développement d’une législation
par le monde entrepreneurial et Il convient également d’aborder
des praticiens du droit. Ce procé- ces propositions sans occulter la
dé a pour ambition de rendre plus tentative échouée de la création
accessibles et plus explicites les de la société privée européenne
textes et les décisions de justice étudiée précédemment afin de
applicables aux entreprises. Il leur donner des chances de suc-
s’agit de faciliter le quotidien de cès plus conséquentes.

83
B. Un package européen pour l’entreprise

Si la forme juridique unifiée (des européenne. Une société vérita-


statuts types) n’est pas une condi- blement européenne, reconnue
tion suffisante pour être mobile dans tous les Etats membres,
sur le marché, en revanche, elle impliquerait les mêmes droits et
sera un réel atout. Cependant, il obligations pour les dirigeants,
est paradoxal qu’une entreprise actionnaires et tiers. Elle per-
puisse choisir, en toute liberté, de mettrait également de finir de
s’établir dans l’Etat membre de convaincre le chef d’entreprise
son choix, mais qu’une fois ins- qui, par ce biais, profiterait d’éco-
tallée, elle ait toutes les difficul- nomies d’échelle par la création
tés - s’il s’agit d’une PME - pour de contrats rattachés à cette
être mobile au sein de l’Union forme.

PROPOSITION :
- une forme juridique unanimement reconnue qui permettra d’avoir accès à des
contrats types facilitant les transactions sur le marché selon des règles com-
munes.
- Identifier les besoins des entreprises à chaque étape de leur vie pour propo-
ser des outils dédiés correspondant à chaque étape et organiser la lecture des
livres du Code européen des activités économiques en conséquence.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

C. Une forme juridique adéquate


L’ objectif de cette forme juridique aux fusions transfrontalières ou
serait de mettre à disposition au transfert de siège puisqu’elle
des PME un véhicule juridique traiterait également de la créa-
leur permettant de se déplacer tion des sociétés.
au sein de l’Union européenne et La possibilité d’exercer une acti-
84 de s’organiser selon des règles vité économique sous une appel-
communes. Cette structure ré- lation européenne constituerait
pondrait aux lacunes de la So- également un avantage impor-
ciété européenne qui n’est pas tant en termes de reconnais-
adaptée aux PME. Elle irait plus sance et d’efficacité :
loin que les directives relatives
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

- Un modèle, la Société par ac- en ont fait un statut attractif. Il


tions simplifiée (SAS) : il est utile serait à ce titre utile de proposer
de se pencher sur le cas des So- une Société par actions simpli-
ciétés par actions simplifiées, les fiée européenne, une SASE[41],
SAS, pour la place de la liberté ou selon une appellation qui sera
contractuelle tant dans leur créa- jugée, au gré des négociations,
tion que dans leur fonctionne- plus appropriée. L’intérêt essen-
ment, mais également pour leur tiel serait de faire prévaloir l’auto-
souplesse. La SAS, dans son mo- nomie de la volonté pour que ce
dèle à la française, offre une réelle soit avant tout un outil contrac-
souplesse juridique pour les dis- tuel. Cette forme juridique per- 85
positions contractuelles entre les mettrait d’atteindre plus facile-
actionnaires. L’ensemble de ces ment l’ambition de favoriser les
éléments explique l’attractivité en investissements étrangers dans
France de cette forme juridique. Il le capital-investissement d’au-
serait donc possible de s’inspirer tant plus qu’elle est bien adaptée
de la forme juridique française, pour les joint-ventures ou encore
non pour ce qu’elle vient de notre aux intérêts minoritaires.
pays, mais pour les raisons qui

BELANGER, Laura. Un code européen des affaires, le droit au cœur de la consolida-


[41]

tion de l’Europe. JCP éd. G, 2017, 455, p. 790


3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

- Caractéristiques de la SASE : les essentiel de prévoir des règles


modes de constitution, le capital de gouvernance souples. Par
social, le siège social, l’immatricu- exemple faciliter le fonctionne-
lation, les assemblées générales, ment de l’entreprise avec la pos-
la responsabilité des dirigeants sibilité d’assister aux réunions
doivent être déterminés par des par visioconférence. Ces disposi-
dispositions européennes. Les tions pourraient être consacrées
références au droit national de- par l’adoption d’un règlement au-
vant rester l’exception. Il sera tonome et sui generis.
86
- Objectifs de la SASE : cette sentiel que la forme adoptée soit
forme juridique pourrait être pro- simple d’accès et souple dans
posée aux PME indépendantes son fonctionnement tout en ga-
ou des PME qui appartiennent rantissant la protection des mi-
à un groupe européen. Il est es- neurs, des salariés et des tiers.

- À dimension européenne : il s’adresser aux PME) soit “destiné


faudrait retenir une conception aux activités comportant un fait
dynamique du fait européen, européen au sens large, à savoir
telle qu’elle avait été retenue à soit deux partenaires ressortis-
l’époque pour la Société privée sants de deux Etats membres ou
européenne exposée précédem- plus, soit simplement une activité
ment. Le CESE suggérait que le économique existante ou en pro-
statut (à l’époque dans le cadre jet à l’échelle européenne, c’est-à-
des discussions autour de la So- dire dépassant le cadre d’un seul
ciété européenne qui aurait pu État membre”.

PROPOSITION :
Offrir aux PME et TPE une forme juridique (SASE) reconnue dans tous les Etats
membres qui permettrait de développer la compétitivité des agents écono-
miques et leur dynamisme par une appellation communément admise.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

D. Autres contrats attachés à la forme juridique

Les entreprises ont besoin d’une neur lui permettant de poursuivre


forme juridique souple ainsi que ou non son activité dans l’État sé-
d’un bail (qui sera appréhendé de lectionné en fonction de la réus-
manière plus souple que le bail site de l’implantation de son en-
commercial que connaît le droit treprise.
français). Le contrat de bail pro-
posé devra être souple afin de D’autres contrats devront être 87
faciliter la mobilité. Idéalement envisagés : contrat d’assurance,
d’une durée de deux ans recon- contrat de vente, garantie de
ductible avec des conditions de paiement (hypothèque euro-
résiliation souples pour le pre- péenne), etc.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

Des modèles pourraient égale- Le district est un modèle d’orga-


ment être étudiés comme les nisation souple et peu encadré
88 districts et réseaux d’entreprise reposant sur le territoire. Le ré-
en Italie qui sont devenus des seau est un instrument règle-
spécificités du tissu écono- menté se basant sur l’objet social
mique national très axé sur les commun et le regroupement par
PME. filière dont les districts peuvent
se servir[42].

Sur les modalités d’utilisation du contrat de réseau, l’initiative du groupe Gucci (Ke-
[42]

ring) est intéressante puisque le contrat de réseau a été utilisé en défense de la filière,
notamment de la production de la grande entreprise qui dépend de ses fournisseurs
et sous-traitants. Gucci a ainsi poussé ses fournisseurs à se regrouper : 3 réseaux
d’entreprises ont ainsi été institués, avec le soutien de la Confindustria (équivalent
du Medef) locale, concernant 24 PME qui facturent dans leur ensemble 76M€ et
emploient 635 personnes. Les fournisseurs, dans le cadre du contrat de réseau, se
sont engagés contractuellement à collaborer en termes d’efficacité productive, d’in-
novation technologique et organisationnelle, et de standards de qualité et de sécurité.
Gucci a un rôle de sponsor du réseau (orientation et échanges de bonnes pratiques)
et de consultant organisationnel et financier mais ne fait pas partie du réseau. Selon
le vice-président de Gucci, Micaela Le Divelec Lemmi, le groupe ne peut pas se per-
mettre de perdre les métiers d’excellence de sa filière, notamment en Toscane où
elle compte 60 fournisseurs et des dizaines de sous-traitants, qui emploient 7.000
personnes (sur les 45.000 qui alimentent toute la filière productive de Gucci en Italie).
C’est l’objectif du pacte de filière sur lequel s’appuie le groupe depuis 2009.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

Dès lors qu’un agent économique tement avec des représentants


opterait pour cette structure, il de chaque État membre. Ainsi, ce
disposerait d’un ensemble d’ou- travail permettrait de proposer
tils juridiques - c’est-à-dire de aux entrepreneurs des solutions
contrats - nécessaires à l’exer- juridiques complètes pour la
cice de son activité. Cette forme création d’une structure portant 89
juridique, et les contrats y affé- une activité économique, tout en
rents, seraient construits conjoin- demeurant à droit constant.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

En effet, une entreprise d’un nouvelles incertitudes pour le


pays souhaitant s’installer dans chef d’entreprise qui devra s’inter-
un pays tiers peut alors faire le roger afin de savoir s’il convient
choix d’employer soit le droit en d’appliquer le droit national ou le
vigueur sur le pays tiers, soit l’ou- package européen proposé.
til européen susmentionné dont
90 l’emploi est rendu plus aisé par Néanmoins, afin d’inciter les
le travail de codification et de li- entreprises à opter pour cette
sibilité et par sa déclinaison dans forme juridique, il apparaît utile
l’ensemble des États membres. de proposer un avantage fiscal
Il s’agit d’une option pour le chef à compter du moment où l’entre-
d’entreprise. Certes un régime prise a effectué son installation,
optionnel présente des limites ou selon les termes de la négo-
avec le risque que cette option ciation, à l’issue des premières
soit perçue comme un régime exportations.
supplémentaire ou comme de
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

Cet avantage fiscal attaché à la entreprises de certains pays avec


nature de la structure permet- lesquels les relations diploma-
trait d’accélérer la diffusion de tiques ne sont pas aussi enga-
ce statut et en conséquence gées qu’elles l’ont été au moment
l’activité économique dans les de leur intégration dans l’Union
États membres de l’Union euro- européenne, pourraient trouver
péenne, dynamisant ainsi le mar- particulièrement intéressant la
ché national et européen. perspective de développer une
activité économique dans l’Union
Ce statut pourrait être particu- européenne, et ce statut, qui ap- 91
lièrement attractif pour les TPE, porte un vrai changement dans
les PME voire certaines ETI et la la vie de l’entreprise. En consé-
diffusion de ce statut pourrait en quence, le rapport à l’Europe des
conséquence aboutir à une har- entrepreneurs se verrait changé
monisation à terme. Constatant et l’Union pourrait aboutir à un
l’avantage du statut européen, les nouveau degré d’intégration.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

Afin de potentialiser ces perspec- envisagée lors de nos réflexions,


tives, il serait également judi- il ne nous semble pas souhai-
cieux de permettre aux sociétés table. Un registre européen se
déjà établies d’adopter ce statut substituant aux registres natio-
juridique européen à moindre naux n’est pas une idée rece-
92 coût. Constatant la capacité d’in- vable, car les teneurs de registres
fluence des grands groupes par n’effectuent pas seulement une
leur rôle sur le stock d’emplois tâche technique de centralisation
dans les États membres, les inté- des données, mais un contrôle
grer à la démarche apparaît parti- juridique de la régularité de l’ins-
culièrement intéressant. cription de ces données ce qui
dépend au moins pour partie de
Si l’idée d’un registre européen du l’application des droits internes
commerce et des sociétés a été des États membres.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

De même créer un registre eu- les démarches et en proposant


ropéen aux côtés des registres des solutions numériques adap-
nationaux aurait pour seule uti- tées cependant ces objectifs ne
lité que d’être une base de don- doivent pas aller à l’encontre des
nées permettant la diffusion impératifs de sécurité juridique
d’informations et ce, en engen- et de transparence économique,
drant des coûts conséquents. gages d’équité entre les diffé- 93
Certes, il est unanimement ad- rents systèmes nationaux et par
mis qu’il est primordial d’aider les conséquent de développement
créateurs de PME en simplifiant économique.[43]

Note du Conseil National des greffiers des tribunaux de commerce. Harmonisation


[43]

du droit européen des affaires et simplification de la vie des entreprises, 2 mai 2019.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

En ce qui concerne le Registre du Once-Only Principle) lancé par


commerce et des sociétés, l’ob- la Commission en janvier 2017
jectif tenant à concilier la déma- qui repose sur le principe selon
térialisation intégrale de l’accès lequel toute personne ou entre-
au registre et la sécurité juri- prise ne devrait fournir une même
94 dique tenant au contrôle et à la information qu’une seule fois aux
valeur juridique de l’information administrations publiques, quel
a été atteint. Selon le Conseil Na-que soit le pays d’origine.
tional des greffiers des tribunaux Ainsi a été mis en place un sys-
de commerce, il reste une évolu- tème d’interconnexion des re-
tion décisive à accomplir, celle degistres du commerce et des
l’amélioration de l’interconnexion sociétés ou BRISS (Business Re-
des registres de l’Union euro- gisters Interconnection System).
péenne[44]. C’est une plateforme en ligne
consultable par une entreprise
Plusieurs outils européens [45]
ou une administration fiscale eu-
vecteurs d’harmonisation ont été ropéenne afin d’obtenir des infor-
adoptés, dont la dernière étape mations sur une entreprise étran-
qui a abouti avec le projet “une gère ou une filiale par le biais d’un
fois pour toutes” (TOOP : The numéro d’identification unique.

[44]
Livre vert de la Commission européenne de 2009 et résolution du Parlement euro-
péen adoptée le 7 septembre 2010.
[45]
Directive 2012/17/E du Parlement européen et du Conseil de l’Union européenne du
13 juin 2012 organise la communication électronique entre les registres de chaque
État membre et permet la transmission aux utilisateurs. Le règlement 1015/848/UE
sur les procédures d’insolvabilité, publié au JOUE du 5 juin 2015 a prévu la création
dans chaque État membre d’un registre national d’insolvabilité dans lequel sont pu-
bliées des informations concernant les procédures.
3.2.2.1. Premier axe : une analyse des besoins de l’entreprise pour
une adoption d’outils adaptés

PROPOSITION :
- Développer et aider à la généralisation de l’interconnexion entre les différents
registres des États membres.

- Assurer l’interconnexion entre les ressources numériques légales européennes


et les bases de données juridiques des États-membres, et leur accessibilité lin-
guistique et culturelle en ce qui concerne les concepts juridiques spécifiques.

95
3.2.2.2. Second axe : une codification-modification adaptée aux
besoins réels de l’entreprise

Force est de reconnaître que les de ce que doit être le droit euro-
pères fondateurs ont souhai- péen des activités économiques,
té (et ont créé) un espace éco- mais il s’agit d’un droit répressif.
nomique unifié alors que les Le droit européen doit aussi être
règles de droit communautaire un vecteur de protection. Plus
ne l’étaient pas. Le droit écono- globalement, il est nécessaire
mique européen est un droit de d’harmoniser des règles qui au-
96 l’élite, inaccessible pour beau- ront vocation à dynamiser le
coup. Pourtant le droit est un ou- marché tout en protégeant nos
til qui cimente la construction eu- concitoyens.
ropéenne. Il est urgent d’en faire
un droit pour les citoyens et les L’objet de notre rapport est d’éla-
entreprises. borer un droit constructif, un
droit au service des citoyens,
À titre d’exemple, le droit de la des personnes physiques et per-
concurrence est la quintessence sonnes morales.
3.2.2.2. Second axe : une codification-modification adaptée aux
besoins réels de l’entreprise

Le premier axe de codifica- Les règles de droit ont un effet


tion-compilation aura permis de incitatif sur les entreprises, car
déceler les contradictions pou- elles permettent d’aligner les so-
vant exister entre certains textes. lutions juridiques dans un espace
L’élaboration d’un Code révèlera donné. Toute harmonisation ju-
ipso facto une démarche de re- ridique dans un espace donné,
fonte ou de création. En effet dans une zone homogène, per-
apparaîtront des contradictions, met de réduire les coûts de façon
des incohérences, des lacunes significative[46]. Pour M. Deffains,
sur lesquelles il conviendra dès lors que les règles de droit se-
d’agir. L’essentiel de ce travail raient harmonisées cela permet- 97
est de promouvoir davantage de trait de développer les échanges
convergence des droits natio- commerciaux au sein de l’Union
naux. européenne d’environ 35%.
En effet, un droit harmonisé fa-
cilitera le commerce et permet- Cette harmonisation de certains
tra aux PME d’avoir accès à pans du droit est possible dès
des opportunités de business. lors que les droits fondamentaux
Il s’agit d’une étape permettant ne sont pas concernés.
la prévisibilité du droit qui est Ainsi, dans le même temps, un
gage de confiance et de sécuri- deuxième axe peut être travaillé
té juridique tant pour les acteurs sur l’harmonisation d’un droit de
économiques que du côté des la distribution et de la consom-
bénéficiaires. Partager le même mation (hors protection des
droit c’est créer et accepter une consommateurs, déjà travaillée
véritable communauté. au niveau européen).

[46]
Audition de M. Bruno Deffains, Professeur en économie.
3.2.2.2. Second axe : une codification-modification adaptée aux
besoins réels de l’entreprise

Le droit de la distribution et le haitée. Cette évolution serait dé-


droit de la consommation in- terminante pour une entreprise
téressent au premier chef les car lorsqu’elle prospecte, dans la
entreprises. À titre d’exemple le majorité des situations, elle aura
droit de la franchise en Europe recours à des agents commer-
c’est 28 droits différents. Quant ciaux.
au droit de la consommation,
il ne s’agit pas de revenir sur le Dans le numérique, la codifica-
98 droit de la protection, mais sur la tion-modification est envisa-
partie relative aux relations com- geable car il s’agit d’un droit en
merciales : les règles de publici- construction qui ne soulève pas
té, les contrats de vente, le droit d’oppositions de principe. L’Union
de l’après-vente. Soit les sujets européenne ne doit pas man-
facilitant la circulation des biens quer les prochaines étapes de la
et des services dans un espace révolution numérique. “Les en-
harmonisé. De même, lors du tra- treprises numériques souffrent
vail de codification-compilation, de la segmentation du marché,
les contradictions du droit lors d’une insécurité concernant l’uti-
de retranscription ou les simpli- lisation et l’échange des données
fications mises en exergue de- et du faible développement du
vront être traitées. Ainsi en est-il capital-risque”[47]. L’harmonisa-
d’une directive ancienne relative tion des pratiques nationales ai-
au statut d’agent commercial qui derait les start-up à émerger et à
doit être revue, puisqu’elle n’a pas croître plus rapidement à l’échelle
donné lieu à l’harmonisation sou- européenne.

Colin, N., Landier, A. Mohnen, P. et Perrot, A. Economie numérique. Note du CAE,


[47]

n° 26, octobre 2015.


3.2.2.2. Second axe : une codification-modification adaptée aux
besoins réels de l’entreprise

En effet, contrairement à d’autres nications est un exemple de codi-


matières du droit des activi- fication réussie. Ce travail a per-
tés économiques, à l’image du mis de réunir toutes les directives
droit fiscal ou du droit social tout en donnant une orientation
et du droit des assurances[48], politique en termes d’infrastruc-
certaines matières pourraient tures, d’investissement, ou en-
être harmonisées rapidement core de concurrence. Il a été ef- 99
et facilement sans occasionner fectué en associant les États, les
d’oppositions de principe. Ainsi régulateurs et les entreprises.
une codification-modification est L’objectif était de faire du droit un
envisageable à moyen terme. Le atout concurrentiel.
Code européen des télécommu-

«Suite aux auditions menées dans le secteur des assurances, il semblerait qu’un
[48]

Code européen dans ce domaine ne soit pas une urgence. En effet il faudrait avant tout
unifier le Code des assurances, le Code de la mutualité et le Code de la Sécurité sociale.
De plus le projet de d’un Code européen des assurances n’a pas eu l’effet escompté»
CHAPITRE 4. La méthode

P lusieurs solutions sont envisageables pour donner corps à un


Code européen des activités économiques. Néanmoins, ces so-
lutions ne sauraient être développées sans une prise en considéra-
tion des dynamiques à l’œuvre dans ce type de projet d’une part, et
à l’échelle européenne d’autre part. De surcroît, considérant la mo-
bilisation de la société civile, en France comme dans d’autres Etats
membres de l’Union européenne, certains pays ont entamé une ré-
flexion sur ce sujet et d’autres non. Si elle n’est pas suffisante à elle
seule, la dynamique franco-allemande est nécessaire pour porter
des projets au niveau européen. Les entretiens menés à Berlin ont
permis de mettre en exergue leurs attentes en la matière. Néan-
moins, la mobilisation de tous les Etats membres est de mise pour
transformer les attentes des entrepreneurs européens en réalisa-
tion tangible. Les entretiens dans les autres capitales européennes
ont permis de percevoir l’intérêt des acteurs locaux pour ce projet,
qui doit se faire avec eux.
4.1. La mise en place de commissions de spécialistes à l’échelle de
l’Union européenne

L’échelle européenne permet d’assurer l’unité du droit dans le mar-


ché unique. Un projet de cette ampleur requiert de s’entourer de spé-
cialistes. À cette fin, des propositions concrètes peuvent être faites
pour éviter toute zone d’ombre.

101

101
4.1.1. Trois commissions et un comité de coordination

Afin de mettre en œuvre les propositions faites, il est proposé de


créer des groupes d’experts. Ce comité et ces commissions ne pour-
ront voir le jour que sous l’impulsion des chefs d’Etat. Il ne peut s’agir
que d’une décision politique.

A. Le comité de coordination

Ce comité a vocation à coordon- des parties prenantes et visent à


ner les trois commissions. Son garantir la neutralité de la règle
indépendance doit être garantie. de droit et son efficacité” [49].
C’est pour cette raison que l’ac- Les instruments mondiaux ont
teur essentiel nous semble de- aussi des influences sur les ins-
voir être UNIDROIT. truments européens[50]. C’est
102
L’intérêt de la participation d’UNI- pourquoi ce comité aurait voca-
DROIT à ces travaux c’est que tion à déterminer le périmètre
cette Organisation réunit, entre du droit des activités écono-
autres, tous les pays de l’Union miques entrant dans la codifica-
européenne. tion-compilation ou dans la co-
UNIDROIT est une organisation dification-modification, le Plan
intergouvernementale compo- du Code, la séparation des livres
sée de 63 États membres des et des matières, la méthode gé-
cinq continents. Elle est spé- nérale du travail entre les trois
cialisée dans l’harmonisation et commissions, le calendrier pré-
la modernisation des règles de visionnel.
droit privé au niveau mondial par
des traités internationaux. Doit également être présent dans
“Les méthodes de travail portent cette commission le service ju-
une attention particulière à la re- ridique de la Commission qui
présentation des différents sys- œuvre déjà depuis deux décen-
tèmes juridiques, à la recherche nies sur la codification du droit
de consensus et à la participation européen.

[49]
Note rédigée par Madame le Professeur Anna VENEZIANO, Secrétaire générale
adjointe d’UNIDROIT. L’Institut international pour l’unification du droit privé - UNI-
DROIT, Une organisation à vocation globale de rédaction de règles harmonisées de
droit privé.
[50]
Exemple : le critère de “diligence requise” de la Convention UNIDROIT de 1995 sur
les biens culturels volés ou illicitement exportés repris comme norme contraignante
par la Directive 2014/60/UE relative à la restitution de biens culturels ayant quitté illi-
citement le territoire d’un État membre.
4.1.1. Trois commissions et un comité de coordination

B. Trois commissions

La première : il s’agirait d’un et la Fondation du droit conti-


groupe d’experts qui réalise- nental, qui pourraient également
rait une simple compilation des faire partie de ses membres. L’of-
textes européens existants. fice des publications de l’Union
Groupe d’experts qui pourrait européenne doit également avoir
s’appuyer sur les travaux réalisés un rôle actif dans cette commis-
par l’association Henri Capitant sion.

La seconde : interviendrait sur devraient réunir des universi-


la partie codification-modifica- taires (juristes et économistes),
tion afin d’élaborer des textes mais également des praticiens,
103
comblant les lacunes de la légis- et des acteurs du monde de l’en-
lation européenne. Ces experts treprise.

La troisième : une commission serait tout aussi utile d’y intégrer


afin de créer les contrats adap- des représentants de la chambre
tés à la forme juridique adoptée. de commerce internationale et
S’il est intéressant d’associer les d’UNIDROIT afin de tirer profit de
universitaires et les praticiens, il leur expérience.

PROPOSITION :
- Créer un comité de coordination ayant vocation à répartir le travail entre les
trois commissions et d’établir le tableau de bord pour chacune d’entre elles.

- Impliquer UNIDROIT à ces travaux d’ampleur est souhaitable, car il est de la


mission de cette organisation d’élaborer des instruments conceptuellement
neutres visant à l’efficacité fonctionnelle.
4.1.2 Quelle disposition européenne pour un droit européen des
activités économiques ?

Dans un souci d’efficience, de Dans la perspective où ces propo-


rapidité et de sécurité juridique, sitions ne seraient pas retenues,
il convient de procéder à l’adop- il serait alors sans doute plus
tion de ces outils par voie de rè- judicieux d’adopter la voie de la
glement. En effet, une adoption convention multilatérale ou bila-
par ce moyen permettrait une térale. Cela permettrait à deux ou
application générale, uniforme plusieurs États qui le souhaitent
et immédiate. Mais force est de d’adopter un socle de règles et
reconnaître que la règle de l’una- d’outils communs afin de faciliter
104 nimité sera un obstacle essentiel. les échanges entre ces derniers,
Néanmoins, les propositions ef- en permettant aux entreprises de
fectuées dans ce rapport d’étape développer leurs activités.
devraient être de nature à per-
mettre une base de travail facili- Les entreprises doivent être ac-
tatrice. teurs de ce processus, bien que
la responsabilité continue d’in-
L’emploi d’une directive pourrait comber pleinement aux respon-
être envisagé, mais il présente le sables politiques, garants des in-
risque de retranscriptions diffé- térêts de toutes les composantes
rentes et en conséquence d’ac- de notre Union européenne.
centuer le syndrome initial soule-
vé d’illisibilité.
4.1.3 Une codification à droit constant prônant un régime supplétif

Il est sans doute difficile d’avoir proposés demeurent optionnels,


une réponse unique sur toutes mais dès lors que l’option a été
les matières du droit des activités levée, le droit applicable sera obli-
économiques telles qu’elles ont gatoire.
été listées précédemment. Ce-
pendant dans un premier temps Il sera en effet nécessaire de 105
il semble important que ce Code rendre la règle obligatoire afin
et les différents instruments d’assurer une sécurité juridique.

PROPOSITION :
Envisager un Code du droit européen des activités économiques à droit
constant et supplétif.
4.2. Une impulsion franco-allemande

Au fil des auditions à travers différents États membres de l’Union eu-


ropéenne, il a été constaté que l’Allemagne et la France sont favo-
rables à une plus grande harmonisation du droit des activités éco-
nomiques[51]. Néanmoins, si les États membres faisaient montre de
leurs réticences pour un tel projet, ils voient désormais davantage
l’intérêt qu’il peut présenter.

Un accord bilatéral, en particulier les chances d’adoption de ces


avec l’Allemagne, dans la conti- quelques mesures.
nuité des engagements pris
entre nos deux pays à Aix-la- L’objectif d’un Code européen
106 Chapelle pour donner une nou- des affaires, ou d’un Code des
velle dynamique aux relations activités économiques n’a pour
entre les deux États moteurs seule vocation que de fédérer
de l’Union européenne apparaît davantage les États membres
impératif pour parvenir à un ac- et de donner corps à un mar-
cord européen plus large, mais ché unifié. Enfin, l’adoption d’ac-
il n’est pas suffisant[52]. En effet, cords bilatéraux en la matière
l’adoption d’un accord de cette constituerait un échec et serait
nature avec ce seul pays serait un symptôme d’une incapacité
de nature à soulever des craintes de négociations multilatérales
supplémentaires de la part sur un sujet pourtant relative-
d’autres États membres qui ne ment consensuel entre les États
pourraient le valoriser. En consé- membres où des auditions ont
quence, un travail préalable avec été menées dans le cadre de ce
d’autres États membres semble rapport.
nécessaire pour potentialiser

[51]
DAMMAN, Reinhard par PORTMANN, Anne (ITW). Le couple franco-allemand, mo-
teur du Code européen du droit des affaires. La lettre des juristes d’affaires, n°1341,
pp. 4 à 5
[52]
Article 20 du traité d’Aix la Chapelle :
(1) Les deux États approfondissent l’intégration de leurs économies afin d’instituer
une zone économique franco-allemande favorise l’harmonisation bilatérale de leurs
législations, notamment dans le domaine du droit des affaires, et coordonne de fa-
çon régulière les politiques économiques entre la République française et la Répu-
blique fédérale d’Allemagne afin de favoriser la convergence entre les deux Etats et
d’améliorer la compétitivité de leurs économies.
(2) Les deux États instituent un “Conseil franco-allemand d’experts économiques”
composé de dix experts indépendants afin de présenter aux deux gouvernements
des recommandations sur leur action économique.
PROPOSITION :
Cette démarche d’harmonisation de certains pans du droit et de construction
d’outils communs doit être collective. Elle doit répondre aux besoins des PME
de tous les Etats membres. Il faudrait que ce soit une initiative du Conseil euro-
107
péen, c’est-à-dire des gouvernements.

107
CHAPITRE 5. Les perspectives

L ’Union européenne doit se concentrer sur les domaines dans


lesquels elle peut apporter une réelle valeur ajoutée aux Etats
européens et donc à leurs entreprises. Trois grands sujets méritent
d’être discutés par-delà une approche globale afin d’initier certaines
réflexions. Les services consacrent une bonne partie de notre éco-
nomie et plus généralement de l’économie européenne. De la même
façon, l’absence de statut unifié concernant les associations et le
secteur de l’économie sociale et solidaire rend ce sujet particuliè-
rement sensible pour cette question. Enfin, les enjeux fiscaux et
sociaux ont été régulièrement soulevés comme devant être traités
en dernier, une fois les autres éléments stabilités. Cette partie vient
108 donc proposer quelques éléments de réflexion sur ces sujets.
5.1. Les services

La part prépondérante des ser- Les services génèrent plus des


vices dans la création de valeur deux tiers du PIB mondial, em-
ajoutée de notre pays et celle des ployant le plus de travailleurs et
exportations de services dans créant le plus de nouveaux em-
le PIB national est supérieure à plois.
celles des autres États membres.
Aujourd’hui une entreprise sur C’est dans le secteur des services
deux et huit emplois sur dix se que se trouvent les obstacles les
créent dans les services (audi- plus importants. Ils sont beau-
tion du Groupement des Profes- coup plus difficiles à éliminer, car
sions de Services). il n’est pas question de supprimer
Une attention particulière doit toute réglementation dans des
être portée sur le secteur des secteurs aussi sensibles que la
services. L’Union européenne ex- santé, les professions juridiques
porte plus de 900 milliards d’eu- ou encore dans le secteur de 109
ros en valeur de services par an. la comptabilité. De la même fa-
L’Union européenne doit donc çon, dans des secteurs comme
maintenir un marché de services l’énergie, le transport ferroviaire,
ouvert. Cependant, encore plus les télécommunications, l’assu-
particulièrement dans ce secteur, rance, les services bancaires, les
la transparence et la prévisibilité marchés restent fragmentés[53].
doivent être de mises. En intro-
duisant des restrictions régle-
mentaires, un État réduit sa capa-
cité à attirer des investissements
étrangers.

Aussilloux, Vincent ; Bénassy-Quéré, Agnès ; Fuest, Clément et Wolff Guntram.


[53]

Tirer le meilleur du marché unique européen. Les notes du Conseil d’analyse écono-
mique, n° 38, Février 2017.
5.1. Les services

Dans d’autres secteurs de ser- législatif européen sur les mar-


vices, les réglementations et chés publics où les entreprises
procédures nationales consti- répondant à un appel d’offres se
tuent les principaux obstacles contentent dorénavant de remplir
au développement des entre- un formulaire unique en ligne.
prises sur d’autres marchés eu-
110
ropéens. La lourdeur administra- Les pièces justificatives n’étant
tive conduit même à favoriser demandées qu’aux entreprises
des opérateurs historiques au dé- sélectionnées. Cependant ces
triment d’entreprises innovantes. efforts restent encore insuffi-
Certes des progrès ont été réali- sants.
sés notamment avec le paquet

PROPOSITION :
Dans le secteur des services, examiner et analyser les régulations en se référant
aux meilleures pratiques afin de réduire les obstacles.
5.1. Les services

La directive “services” n’a pas eu taire, ce qui crée des situations


l’effet escompté. Alors même paralysantes en termes de dy-
que le contenu des textes exis- namique et ce sans parler des
tants promeut l’unification du services réglementés ou du
marché, le blocage vient des poids des Ordres qui constituent
détails. Chaque droit national autant d’entraves à la libre circu-
a ajouté à l’acquis communau- lation.

PROPOSITION :
Un système réglementaire unifié, ayant pour finalité la suppression de toute
entrave aux échanges, conçu pour les services augmentera l’attrait de l’industrie
des services.
111

Pour faire de ce Code une réali- nécessaire d’assurer une chro-


té, il est nécessaire de fixer des nologie des discussions et de
ambitions raisonnables avec l’implémentation qui tienne
surtout des objectifs réalisables, compte également des diver-
tenant compte des échecs du gences entre États-membres.
passé. En conséquence, il est

111
5.2 Les associations et l’économie sociale et solidaire

a) Les associations
Il serait sans doute utile de s’in- ciétés civiles et les associations.
terroger sur l’immatriculation des Dans d’autres, les associations
associations. En effet le secteur ne sont soumises à aucune obli-
associatif représente un pan gation en termes d’enregistre-
significatif de l’économie euro- ment et de mise à jour de leur
112 péenne, pourtant il échappe aux situation juridique et financière.
mesures mises en œuvre visant Si en France certaines asso-
à mieux connaître les flux finan- ciations sont répertoriées dans
ciers et à favoriser la transpa- un registre de publicité légale,
rence. Les États membres ont, d’autres ne font l’objet d’aucune
à ce sujet, des exigences dif- inscription. De plus, aucun statut
férentes. Dans certains d’entre européen d’association n’existe à
eux, il existe un registre des per- l’heure actuelle. Une avancée est
sonnes morales qui regroupe les donc souhaitable
sociétés commerciales, les so-
5.2 Les associations et l’économie sociale et solidaire

b) Les mutuelles
Elles emploient 350 000 per- leur imposant des règles indiffé-
sonnes en Europe et fournissent renciées.
des services sociaux et soins
de santé à 340 millions de ci- Force est de reconnaître qu’il
toyens européens. Or la diversité s’agit d’une iniquité de traitement
des formes de mutuelles exis- voire d’une concurrence déloyale
tant dans les Etats-membres ou entre les acteurs économiques
l’absence de reconnaissance de des différents États membres et 113
ce statut rend difficile le dévelop- entre les entreprises, les associa-
pement transfrontalier de leurs tions et les mutuelles qui parfois
activités. De plus les directives interviennent dans le même sec-
européennes tendent à ignorer teur d’activité.
les spécificités des mutuelles en

PROPOSITION :
Généraliser l’immatriculation des associations ayant une activité économique à
un registre central qui pourrait être le registre de commerce.
5.3 La convergence sociale et fiscale

Une véritable convergence fiscale en France ce n’était pas unique-


et sociale, si elle est souhaitable, ment dû à un fort taux d’imposi-
ne pourrait se faire qu’à terme. tion, mais de l’incertitude encou-
Tous les entrepreneurs rencon- rue en terme social, notamment
trés sont unanimes sur ce point. en cas de litige.
Ils estiment que les distorsions Sous l’angle social il est temps de
fiscales et sociales sont des en- réfléchir à l’échelle européenne
traves à la concurrence. sur les prélèvements sociaux et
En Irlande, un chef d’entreprise les prestations attenantes no-
insistait sur le fait que si les en- tamment celles pour les activités
treprises ne s’implantaient pas transfrontalières.

PROPOSITION :
Créer un organisme de collecte des prélèvements sociaux pour les transfron-
taliers. Dans un premier temps, à titre expérimental, en commençant par ceux
qui travaillent dans les SASE. Ces prélèvements viendraient abonder une caisse
commune européenne avec des droits définis au niveau européen. Leur défini-
tion devra faire l’objet d’une discussion approfondie entre les États-membres,
dans la continuité du Socle Européen des Droits Sociaux, pour s’assurer qu’elle
permette des garanties suffisantes aux citoyens, sans mettre en péril le modèle
social d’aucun État-membres. Ainsi, les travailleurs transfrontaliers auraient
plus facilement accès aux droits nouvellement ouverts.

114
5.3 La convergence sociale et fiscale

D’autres exemples permettent de pour partie liés à l’optimisation


mettre en lumière cette néces- fiscale »[54].
sité : « aujourd’hui les décisions
d’implantation des QG régionaux En matière fiscale il semble en-
des grands groupes sont influen- core délicat de négocier un taux
cées par des considérations fis- d’imposition commun mais une
cales. Or ce sont des critères de première étape pourrait être
compétence et de qualité qui de- franchie en se concentrant dans
vraient guider ces implantations. un premier temps sur l’assiette
Ces modifications d’implanta- d’imposition. L’assiette fiscale
tion modifieraient certains flux servant de base au calcul d’un
d’échanges intra-européens (…) impôt ou d’une taxe.
115

PROPOSITION :
Unifier les règles en matière de détermination de l’assiette fiscale, dont les re-
cettes reviendraient aux États-membres, comme à ce jour.

[54]
Audition de Grégori COLIN.
CONCLUSION

Le temps est venu de poursuivre étape de leur vie. Les acteurs


l’unité du marché économique économiques doivent connaître
116 européen pour donner corps à et pouvoir mesurer le risque lié
une nouvelle dynamique entre à leur implantation dans un État-
États-membres. À cette fin, il est membre et les implications du
primordial de s’intéresser aux be- développement de leur activité à
soins des entreprises, à chaque l’échelle européenne.
Les échecs qui ont été rappelés « Au sein des différentes indus-
ne doivent pas laisser la place tries, les entreprises se plaignent
au découragement mais à une des nombreux obstacles qui sub-
méthode. Ils sont pour la plupart sistent sous forme de fragmen-
dus au moment choisi pour ces tation du marché et de blocages.
réformes. Le bon moment, c’est Elles réclament avec force une
maintenant. Les représentants égalité de traitement plus effec-
d’intérêts, auditionnés de ma- tive, une exécution plus rapide et
nière assez large pour s’assu- des avancées franches dans des
rer d’une grande diversité, ne domaines, tels que l’économie
semblent pas montrer d’opposi- numérique, où le marché unique
tion à cette méthode. n’existe pas encore.
117
Dans la mise en œuvre de ce rap-
port il est également vivement Les PME en particulier, mais pas
conseillé de s’inspirer également seulement elles, demandent aus-
du travail de M. Mario Monti dont si une simplification et un allége-
l’étude sur les causes de la frag- ment de la réglementation, même
mentation du marché européen si elles ne nient pas les progrès
sont riches d’enseignement. Il y réalisés dans ces domaines[55] » .
a dix ans le constat était déjà le
même :

MONTI, Mario (2010) Une nouvelle stratégie pour le marché unique au service
[55]

de l’économie et de la société européennes, rapport au président de la Commission


européenne
Néanmoins, le développement la Commission à l’égard du pro-
des affaires est étroitement lié à gramme “Mieux légiférer”[56].
la notion de confiance. Le climat
des affaires repose ainsi sur Cependant toute attitude généra-
une confiance dans le marché et liste est à bannir d’où la proposi-
dans les partenaires et dépend tion de plusieurs axes de travail
118 donc de la prévisibilité du risque. pouvant être abordés parallèle-
Une politique, une législation ou ment et de façon différenciée.
une réglementation mal conçue Le projet de Code européen des
augmentent le coût des affaires activités économiques ne doit
et constituent des obstacles au pas résulter d’une attitude hégé-
développement économique, à la monique. Il est nécessaire d’évi-
création d’emplois, et à la crois- ter toute précipitation et hyper
sance. C’est pourquoi il faut sa- technicité. Il doit s’agir d’outils
luer et soutenir l’engagement de pragmatiques.

[56]
Programme REFIT : Regulatory Fitness and Performance.
Les réglementations de l’Union L’ambition de l’Europe écono-
européenne devraient être éla- mique de demain, c’est de de-
borées en collaboration avec venir une terre d’opportunité,
les représentants nationaux, les celle des possibles. Cela ne se
organisations professionnelles fera qu’au moyen d’une véritable
et la société civile. C’est le sens convergence juridique pour un 119
de ce rapport. La réflexion a été marché économique européen
menée et doit être menée en par- unique et unifié reposant sur l’ou-
tant des attentes des entreprises til d’un Code européen du droit
et de ses besoins spécifiques. des activités économiques.
Liste des propositions

Introduction

PROPOSITION :
Placer le droit au coeur de la construction européenne et consolider l’Union éco-
nomique et monétaire en l’adossant à un droit des affaires unifié sont des priori-
tés pour redynamiser l’Union européenne.
CHAPITRE 1
Le contexte actuel

PROPOSITION :
Saisir l’opportunité du renouvellement de la Commission européenne pour por-
ter ce projet à l’agenda européen.
Liste des propositions

CHAPITRE 2
Consécration d’une analyse pragmatique dans l’élabora-
tion d’un code européen des affaires

PROPOSITION :
- La codification afin d’assurer l’attractivité économique de l’Europe : n’importe
quel ressortissant extracommunautaire pourrait traiter avec un partenaire de
n’importe quel Etat membre de l’Union européenne sur la base d’un droit unique.

- Le terme de Code est vivement conseillé, car il est unanimement admis et crée
une sécurité juridique qu’un autre vocable ne saurait créer. Néanmoins, une
transparence totale du projet de codification est nécessaire, pour éviter tout
frein inutile qui serait posé par ceux qui craignent une codification-modification,
là où il est prévu une codification-compilation.

- Le terme codification n’exclut pas en complément d’une version “papier” de


favoriser la création d’une plateforme numérique dynamique à l’image de Lé-
gifrance, avec les spécificités européennes, notamment linguistiques.

- Une fois le terme de “Code” retenu, il convient de lui juxtaposer la notion “d’ac-
tivité économique” pour sa dimension européenne et fonctionnelle.
CHAPITRE 3
Les solutions envisageables

PROPOSITION :
- Découper le Code en Livres, chaque Livre reprenant une thématique du droit
des activités économiques. Chaque Livre ferait lui également l’objet de subdivi-
sion en fonction des matières.

- Réaliser à l’échelle européenne une œuvre d’unification juridique en consoli-


dant l’acquis européen par un travail d’inventaire afin de rendre plus lisible le
droit des activités économiques pour les petites et moyennes entreprises, les
commerçants, les artisans et le secteur de l’économie sociale et solidaire.

- S’inspirer de Légifrance qui est une base de données ayant fait ses preuves
afin de faire ce travail de codification. Il s’agirait d’une plateforme accessible
par tous.

- Conférer une valeur juridique au recueil des normes européennes.

- Identifier sur la base des travaux d’une codification-compilation, quels pans du


Code européen des activités économiques peuvent faire l’objet d’une modifica-
tion (suppression, transformation, ajout).

- une forme juridique unanimement reconnue qui permettra d’avoir accès à des
contrats types facilitant les transactions sur le marché selon des règles com-
munes.

- Identifier les besoins des entreprises à chaque étape de leur vie pour propo-
ser des outils dédiés correspondant à chaque étape et organiser la lecture des
livres du Code européen des activités économiques en conséquence.

- Offrir aux PME et TPE une forme juridique (SASE) reconnue dans tous les
Etats membres qui permettrait de développer la compétitivité des agents éco-
nomiques et leur dynamisme par une appellation communément admise.

- Développer et aider à la généralisation de l’interconnexion entre les différents


registres des États membres.

- Assurer l’interconnexion entre les ressources numériques légales européennes


et les bases de données juridiques des Etats-membres, et leur accessibilité lin-
guistique et culturelle en ce qui concerne les concepts juridiques spécifiques.
Liste des propositions

CHAPITRE 4
La méthode

PROPOSITION :
- Créer un comité de coordination ayant vocation à répartir le travail entre les
trois commissions et d’établir le tableau de bord pour chacune d’entre elles.

- Impliquer UNIDROIT à ces travaux d’ampleur est souhaitable, car il est de la


mission de cette organisation d’élaborer des instruments conceptuellement
neutres visant à l’efficacité fonctionnelle.

- Envisager un Code du droit européen des activités économiques à droit


constant et supplétif.

- Cette démarche d’harmonisation de certains pans du droit et de construction


d’outils communs doit être collective. Elle doit répondre aux besoins des PME
de tous les Etats membres. Il faudrait que ce soit une initiative du Conseil euro-
péen, c’est-à-dire des gouvernements.
CHAPITRE 5
Perspectives

PROPOSITION :
- Dans le secteur des services, examiner et analyser les régulations en se réfé-
rant aux meilleures pratiques afin de réduire les obstacles.

- Un système réglementaire unifié, ayant pour finalité la suppression de toute


entrave aux échanges, conçu pour les services augmentera l’attrait de l’industrie
des services.

- Généraliser l’immatriculation des associations ayant une activité économique


à un registre central qui pourrait être le registre de commerce.

- Créer un organisme de collecte des prélèvements sociaux pour les transfron-


taliers. Dans un premier temps, à titre expérimental, en commençant par ceux
qui travaillent dans les SASE. Ces prélèvements viendraient abonder une caisse
commune européenne avec des droits définis au niveau européen. Leur défini-
tion devra faire l’objet d’une discussion approfondie entre les États-membres,
dans la continuité du Socle Européen des Droits Sociaux, pour s’assurer qu’elle
permette des garanties suffisantes aux citoyens, sans mettre en péril le modèle
social d’aucun État-membres. Ainsi, les travailleurs transfrontaliers auraient
plus facilement accès aux droits nouvellement ouverts.

- Unifier les règles en matière de détermination de l’assiette fiscale, dont les


recettes reviendraient aux États-membres, comme à ce jour.
Auditions
Les auditions sont présentées par pays et par ordre
chronologique.

Paris, au 10 Avril 2019

À l’étranger au 12 Avril 2019


Auditions à Paris

10/04/2019
Audition 1 M. Pierre SELLAL - Ancien représentant perma-
nent de la France auprès de l’Union européenne
à Bruxelles, avocat, président de la Fondation de
France.

Audition 2 M. Jean TARRADE - Notaire honoraire, ancien pré-


sident du Conseil Supérieur du Notariat et Conseil
des Notariats de l’Union européenne, officier na-
tional de l’ordre du mérite.

Audition 3 Association Française d’Economie du Droit -Pr


Bruno DEFFAINS, professeur des universités, agré-
gé en sciences économiques, centre de recherche
en économie et droit de l’Université Paris Pan-
théon-Assas, Président.

Audition 4 Fondation Robert Schuman - Jean Dominique


Giuliani, Président, ancien maître des requêtes au
Conseil d’Etat, ancien conseiller spécial à la Com-
mission européenne, membre du conseil de sur-
veillance d’Arte France, Président de l’ILERI.

Audition 5 Nesting Compagny Innovation - Gonzague De-


jouany, Président, ancien PDG d’EDF en Allemagne,
ancien directeur de Veolia en Suisse, fondateur du
Cercle Economique franco-allemand, président de
Think Tank franco-allemand “Ensemble”.

Audition 6 Association pour l’Unification du Droit en Afrique


- Paul Bayzelon, Secrétaire Général, Directeur Gé-
néral de Société financière de participations, Gé-
rant de Grand Camp Investissements, Président
du Conseil d’administration de Surt’air Aircraft
Handling, Président de Northern Caribbean Fiber,
Président de RL Distribution, Gérant de Global Ca-
ribbean Crossing.
France Stratégie - Vincent Aussilloux, Chef du dé- Audition 7
partement Économie-Finances, docteur en éco-
nomie, ancien économiste au cabinet du ministre
du commerce extérieur, ancien économiste au-
près de la Commission européenne, ancien éco-
nomiste auprès du ministère britannique pour les
Entreprises et au Trésor.

Pr Philippe Dupichot, Professeur des universités Audition 8


en droit privé et sciences criminelles, Secrétaire
Général de l’Association Henri Capitant, ancien
membre du comité du service public de la diffu-
sion du droit par l’internet (Légifrance) désigné par
le Premier Ministre.

Institut Sapiens - Pr Olivier Babeau, Professeur de Audition 9


Sciences de gestion à l’Université de Bordeaux,
agrégé d’économie et docteur en science de
gestion, porte-parole du Think Tank Economique
Fondation Concorde, Président ; M. Dominique
Calmels, directeur financier pour la France et le
Benelux chez Accenture, Co-fondateur, M. Antoine
Tantot, Chargé d’étude.

Association européenne des Jeunes Entrepre- Audition 10


neurs - M. Jean-Baptiste Horhant, Président, Pierre
DOURIAUD, Chargé de Mission.

Pr Louis VOGEL, Professeur de Droit à l’Université Audition 11


Paris 2 agrégé de droit privé, docteur honoris cau-
sa de l’Université de Humboldt (Berlin), docteur en
droit privé, ancien président de l’Université Pan-
théon-Assas, ancien président de la Conférence
des présidents d’université, président de la com-
munauté d’agglomération de Melun Val de Seine,
maire de Melun.
Audition 12 Cercle Montesquieu - Nicolas Guérin, secrétaire
général d’Orange Middle East and Africa, ancien
directeur juridique du groupe Orange, Boris STOY-
KOV Directeur de la rédaction et directeur Juri-
dique des Affiches parisiennes, membre du co-
mité de rédaction du Juriste Entreprise Magazine
de l’AFJE, membre du conseil d’administration du
Cercle Montesquieu, membre du bureau de Jurem
(les juristes en marche!).

Audition 13 Lexbase - Fabien Waechter, Président, président


de l’association de l’informatique juridique (ADIJ).

Audition 14 Fondation droit continental - Anne Charlotte Gros,


directrice générale, ancienne chargée de mission
auprès du Secrétaire d’État chargée du numérique,
avocate ; Louison Fonteneau, chargé de projets et
responsable de la communication à la fondation
pour le droit continental, ancien rédacteur auprès
du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères
; Michel Grimaldi, professeur en droit privé, agrégé
de droit privé.

Audition 15 Mutualité française - Yannick LUCAS ; Directeur


des Affaires Publiques

Audition 16 Europe, Économie Sociale,Assurances (EURESA)


- Véronique Nicolas, Professeur de Droit privé, an-
cien doyen, agrégée en droit privé.
Conseil national des barreaux (CNB) - Phi- Audition 17
lippe-Henri Dutheil, ancien Bâtonnier, avocat as-
socié, président de la commission des affaires
européennes du CNB ; Anne-Laure-Hélène des
Ylouses, membre élue du CNB, avocate associée,
Josquin Legrand, juriste.

Europa Nova – Elise Bernard, directrice des Audition 18


études, docteur en Droit privé.

Confédération des Petites et Moyennes Entre- Audition 19


prises (CPME) – Alban Maggiar Vice-Président
de la Commission Internationale, délégué aux af-
faires européennes.

Sabine Lepic, Docteur en Droit privé, enseignant Audition 20


à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, assistante
ordinale de la Commission des Affaires Publiques
du Barreau de Paris (Ordre des avocats de Paris).

Direction des affaires juridiques du Ministère des Audition 21


Affaires Etrangères - Diego COLAS, Directeur Ad-
joint, ancien ministre conseiller à l’ambassade
de France à Alger, ancien conseiller politique au-
près de l’ambassade de France à Londres, ancien
conseiller technique auprès du cabinet du mi-
nistre délégué à l’Union européenne, ancien ré-
dacteur des affaires juridiques auprès du Minis-
tère des Affaires étrangères.

Katalin CSÖBÖR, députée hongroise, vice-prési- Audition 22


dente du groupe d’amitié Hongrie-France.
Audition 23 Direction des affaires civiles et du sceau du Mi-
nistère de la Justice - Thomas Andrieu, Directeur,
ancien directeur des libertés publiques et des
affaires juridiques auprès du Ministère de l’Inté-
rieur et directeur adjoint du cabinet du ministre de
l’Intérieur, ancien maître des requêtes du Conseil
d’État.

Audition 24 Conférence générale des juges consulaires de


France - Georges Richelme, Président, ancien pré-
sident du Tribunal de commerce de Marseille.

Audition 25 Confédération Française Démocratique du Travail


(CFDT) - Augustin Bourguignat, secrétaire confé-
déral, service économie et société, économiste,
enseignant ; Mariano Fandos, secrétaire confédé-
ral, service international Europe ; Emilie Durlach,
secrétaire confédérale, service juridique, docteur
en droit privé, chargée d’enseignement à l’Univer-
sité de Cergy-Pontoise.

Audition 26 Pr Philippe Delebecque, Professeur des Universi-


tés en droit privé et sciences criminelles.

Audition 27 Conseil Supérieur de l’Ordre des Experts-comp-


tables – M. Charles-René Tandé, Président, an-
cien associé de KPMG ; M. Bruno Delmotte, di-
recteur de cabinet, ancien secrétaire général de
l’Institut Français des Experts-Comptables et des
Commissaires aux Comptes.

Audition 28 Pr Mathias Audit, Professeur de Droit international


privé à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne,
agrégé en droit privé de sciences criminelles,
docteur en droit privé, avocat associé au Barreau
de Paris.
Healsy - Stéphane Bidet et Nicolas Caleca, Co-fon- Audition 29
dateurs.

Direction Générale des entreprises, Ministère Audition 30


de l’Economie et des Finances - Sonia Beurier,
sous-directrice de la section Droit des entreprises
; Nathalie Weyd, chargée de mission.

CCI France - GOGUET Pierre, Président, ancien pré- Audition 31


sident du directoire d’Exco Ecaf, ancien président
de la CCI de Bordeaux ; MONTAGNON Mathieu,
Responsable international, directeur de French
Healthcare, ancien chargé de mission auprès du
ministère des Affaires étrangères ; DUPUY Pierre,
Chargé de mission.

Caisse des dépôts et Consignations - Pierre Che- Audition 32


valier, Directrice juridique et fiscale, Laurent Zyl-
berberg, Directeur des Relations institutionnelles,
internationales et européennes, Mme Chloé Au-
dureau, chargée de mission.

Association Française des Juristes d’Entreprises Audition 33


- Marc Mossé, Président, directeur des affaires ju-
ridiques et des affaires publiques chez Microsoft.

MEDEF – Dorothée Pineau, Directrice Générale Audition 34


Adjointe ; Joëlle Simon, directrice du pôle droit de
l’entreprise.

Croissance Plus - Jean-Marc BARKI, Président de Audition 35


Sealock, membre du Codir de CroissancePlus ;
Julie Torossian, Directrice des affaires publiques.
Audition 36 Pr Remy Cabrillac, Professeur en Droit privé et
sciences criminelles à la faculté de droit et de
science politique de Montpellier, ancien membre
du Conseil Constitutionnel, ancien Président de
l’Université Paris 2 Panthéon-Assas.

Audition 37 Chambres des Métiers et de l’Artisanat - Jacques


GARAU, directeur général, ancien secrétaire géné-
ral aux affaires régionales et européennes à la Pré-
fecture de la région Grand Est, ancien secrétaire
général pour les affaires régionales à la préfec-
ture du Bas-Rhin, ancien sous-préfet d’Etampes
; Samuel DEGUARA, directeur des relations insti-
tutionnelles, ancien directeur de cabinet adjoint,
conseiller politique et parlementaire auprès des
ministères de la Cohésion des territoires et de
l’Agriculture et de l’Alimentation, ancien secrétaire
général du groupe politique du RDSE au Sénat.

Audition 38 Conseil d’État - Bruno LASSERRE, Vice-Président,


président du Conseil supérieur des tribunaux ad-
ministratifs et des Cours administratives d’appel,
président de l’ENA, ancien président de l’autorité
de la concurrence, ancien président du Conseil de
la concurrence.

Audition 39 Association pour l’Unification du Droit en Europe


- Fairouz Hondema-Mokrane, chargée d’expertise
réglementaire au sein du pôle développement
économique et environnemental auprès de la Ré-
gion Nouvelle-Aquitaine, juriste et ancienne char-
gée de mission auprès de la Préfecture de Région
Aquitaine ; Julien Fouchet, avocat associé, pré-
sident de l’association pour l’Unification du droit
des affaires en Europe dans l’Aude ; Sebastien
Loirchard.
Gregory Collin, Economiste. Audition 40

Conseil National des Administrateurs Judiciaires, Audition 41


et des Mandataires Judiciaires - Christophe The-
venot, Président, président d’honneur de l’associa-
tion syndicale professionnelle d’administrateurs
judiciaires, maître de conférence à HEC Paris ;
Christophe Basse, Vice-Président, mandataire ju-
diciaire ; Alexandre De Montesquiou, Consultant.

Guy CANIVET, garant du Grand Débat, Président Audition 42


honoraire de la cour de cassation.

France Digital - Nicolas BRIEN, délégué général. Audition 43

Conseil National des Greffiers des Tribunaux de Audition 44


Commerce, Sophie JONVAL, Présidente.

Groupement des Professions de Services - Chris- Audition 45


telle Martin, Déléguée générale du GPS – Domi-
nique Calmels, Président de la commission Eco-
nomie et Fiscalité.

Sylvie Goulard, Sous-Gouverneure de la Banque Audition 46


de France.
Auditions à l’étranger

12/04/2019

Budapest - Hongrie
Entretien 1 Mme l’Ambassadeur Pascale ANDREANI

Entretien 2 M. Philippe Bravard, Chef du service économique


de l’Ambassadev

Entretien 3 M. Gábor BOJÁR, PDG de la société Graphisoft

Entretien 4 Thibaut LESPAGNOL, Premier conseiller, Philippe


Bravard

Entretien 5 M. Akos KOVÁCH, Avocat spécialisé dans le droit


des affaires

Entretien 6 Mme Adrienne ZEMPLÉNYI, Directrice juridique


de la Chambre de Commerce et d’Industrie hon-
groise (MKIK)

Entretien 7 M. László KISS, Chef de département commer-


ciale de OTP Bank
Auditions à l’étranger

12/04/2019

Bruxelles - Belgique
Entretien 1 M. l’Ambassadeur, Représentant permanent de la
France auprès de l’UE, Philippe Léglise-Costa

Entretien 2 Emmanuel Forest, DGA de Bouygues S.A

Entretien 3 Vittorio Di Bucci, Conseiller juridique – Service ju-


ridique de la Commission Dir A — Equipe AFFAIR
(Établissement, services, droit des affaires, circu-
lation des capitaux, transports, propriété intellec-
tuelle et société de l’information)

Entretien 4 Pierre Moscovici – Commissaire européen


Auditions à l’étranger

12/04/2019

Berlin - Allemagne
Entretien 1 M. Niels LAU et M. Michael DOSE, du Service juri-
dique de la Fédération des Industries allemandes

Entretien 2 Dr Christian MEYER-SEITZ, Directeur du Droit des


affaires et du droit commercial, Ministère fédéral
de la Justice

Entretien 3 M. le Député Pr Dr Heribert HIRTE (CDU), membre


de la Commission droit et protection du consom-
mateur, membre de la sous-commission droit
européen au Bundestag, Mme Inga FROHMANN,
Assistante parlementaire chargée des Affaires
économiques

Entretien 4 M. le Député Rüdiger KRUSE(CDU), membre de


la Commission du budget du Bundestag et Pré-
sident de l’Association pour l’unification du droit
des affaires en Europe

Entretien 5 Dr Raphäel L’HÖST, sous-Directeur Politique de


concurrence et politiques structurelles ; Dr Malte
HAUSCHILD, Chef du Bureau Avenir de l’Union
européenne, justice, affaires intérieures et mieux
légiférer ; Dr Corinna BÖLHOFF, Cheffe du Bureau
Relations avec les États membres de l’Union eu-
ropéenne, Ministère fédéral de l’économie et de
l’énergie (BMWi)
Entretien 6 M. le Député Lothar BINDING (SPD), Porte-parole
du SPD pour les Affaires financières

Entretien 7 Pr Dr Klaus J. HOPT, de l’Institut Max Planck pour


le droit privé et Pr Dr Gregor BACHMANN, de l’Uni-
versité Humboldt

Entretien 8 M. Jakob von WEIZÄCKER, Chief Economist, Mi-


nistère fédéral des Finances, M. Klaus BRANDEN-
BURG, Directeur des enjeux économiques globaux
(Head of Division – General Issues of Economic Po-
licy). M. Heiko QUAST, Directeur des relations bila-
térales avec les États membres, de la coopération
franco-allemande et de l’élargissement de l’Union
européenne

Entretien 9 M. Tony HUBERT Chargé de mission Industrie,


innovation et questions juridiques, Service éco-
nomique régional, M. Guillaume PRIGENT,Chef
de secteur Industrie, innovation et questions juri-
diques, Service économique régional, Mme Chloé
GOUPILLE, Première Conseillère en charge des
Affaires européennes, Chancellerie politique, M.
Stéphane DUPRAZ, Magistrat de liaison
Auditions à l’étranger

12/04/2019

Dublin - Irlande
Entretien 1 Associés du cabinet juridique LK Shields, spéciali-
sé dans le droit des affaires

Entretien 2 Mme Mary Rose Burke, Chief executive of Dublin


Chamber of Commerce

Entretien 3 Mme Breda Power, Assistant Secretary Com-


merce, Consumer and Competition Department
of Business, Enterprise and Innovation

Entretien 4 M. Rory Montgomery, Secrétaire général adjoint,


et Mme Claire Callaghan, Directrice adjointe des
Affaires européennes, Department of Foreign Af-
fairs and Trade

Entretien 5 M. Neil McDonnell, Chief Executive, Irish SMEs As-


sociation

Entretien 6 M. Aidan Sweeney, Senior Executive: Government,


Enterprise & Regulatory Affairs, et Mme Doreen
Burke, Executive, Trade & International Affairs,
IBEC

Entretien 7 Lionel Paradisi-Coulouma (Premier Conseiller),


Pierre Mongrué (Chef du service économique),
Marion Paradisi-Coulouma (Adjointe au Chef du
service économique)
Auditions à l’étranger

12/04/2019

Rome - Italie
Auditions à l’étranger : Rome - Italie

Entretien 1 Ignacio Tirado, Professeur et Secrétaire Général,


Mme Anna Veneziano, professeure et secrétaire
générale adjointe, Frédérique Mestre et Marina
Schneider, fonctionnaires juridiques d’Unidroit

Entretien 2 Fabrizio Cafaggi, Conseiller d’État

Entretien 3 M. Paolo Savona, Président de la Consob

Entretien 4 Mme Maria Beatrice Deli, Secrétaire Générale de


ICC Italia (Chambre de commerce internationale)

Entretien 5 Entretien avec Me Marcello Gioscia, cabinet Ughli


e Nunziante
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