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Aujourd’hui l’Espagne
Aujourd’hui l’Espagne
Cet ouvrage s’adresse à tout lecteur, spécialiste ou non de l’Espagne,
curieux de la destinée de notre voisin transpyrénéen qui a vécu,
en à peine trente ans, de profondes transformations dans
les domaines économique, politique et culturel. Les questions
traitées dans cet ouvrage évoquent les grandes étapes historiques
qui ont fait de l’Espagne un membre de l’Union européenne
ouvert sur le XXIe siècle.
Au-delà de l’attrait touristique que ce pays exerce sur ses voisins
européens, Aujourd’hui l’Espagne décode les particularités
hispaniques. Par exemple, comment expliquer l’actuel engouement
pour le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle ?
Le puzzle que constituent ses dix-sept communautés autonomes
peut-il être un modèle pour l’Europe ou tend-il vers une dangereuse
balkanisation ? Le volet culturel a également toute sa place à travers
l’étude de l’évolution des mentalités d’une société qui se plaît
à innover en matière de mœurs et de création artistique,
sans renier pour autant ses traditions. C’est bien ce mélange
particulier qui rend ce pays si attachant.

Aujourd’hui l’Espagne
Lydie López-Benhamou, de nationalité franco-espagnole, est agrégée d'espagnol.
Lydie LÓPEZ-BENHAMOU
Elle possède une longue expérience dans l'enseignement, du primaire au secondaire
et dans la formation des enseignants (IUFM), en France et à l'étranger (Espagne, Argentine).
Aujourd'hui, elle enseigne l'espagnol essentiellement en classes de BTS.

Couverture : composition D. Poupeau


Éventails Olivia Oberlin – www.olivia-oberlin.com

PRIX : . . . . . . . . .17,90 €
ISSN : . . . . . . .1969-5543
ISBN : 978-2-86626-368-3
RÉF : . . . . . .340QA061
5
L’auteure :
Lydie LÓPEZ-BENHAMOU, de nationalité franco-espagnole, est agrégée d’espagnol.
Elle possède une longue expérience dans l’enseignement, du primaire au secondaire
et dans la formation des enseignants (IUFM), en France et à l’étranger (Espagne, Argentine).
Aujourd’hui, elle enseigne l’espagnol essentiellement en classes de BTS.

Catalogage page 208

Suivi éditorial : Claude LLENA


Responsable de collection : Jean-Pierre COMERT
Maquette, couverture et cartographie : Dominique POUPEAU
Éventail en couverture : création Olivia OBERLIN – www.olivia-oberlin.com

© 2010 CRDP académie de Montpellier


Centre régional de documentation pédagogique
Allée de la Citadelle – 34064 Montpellier Cedex 2

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intellectuelle).

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Aujourd’hui l’Espagne

Lydie López-Benhamou

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Sommaire
Préface . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6

Des fondements de l’histoire aux problèmes contemporains


1. Quel héritage les Arabes ont-ils légué à l’Espagne ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 8
2. Comment les chrétiens ont-ils mené la Reconquête de la Péninsule ? . . . . . . . . . . . 12
3. En quoi l’épisode napoléonien a-t-il fait chanceler la monarchie absolue ? . . . . . . . . 16
4. Comment la guerre civile a-t-elle imposé l’ère franquiste ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 20
5. Comment la monarchie et la démocratie ont-elles réussi
à réconcilier les Espagnols ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26

Espace et politique
6. Quelles sont les spécificités des frontières espagnoles ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 32
7. Faut-il parler de décentralisation ou de balkanisation ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 36
8. Quelles sont les perspectives des institutions espagnoles ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 42
9. Le bipartisme a-t-il un avenir ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 46

La place de l’Espagne au plan international


10. Du xvie au xixe siècle, quelle fut la place de l’Espagne dans le concert des nations ? 50
11. Quel est le bilan de l’intégration de l’Espagne dans l’Union européenne ? . . . . . . . . 56
12. Quelle a été l’évolution des relations franco-espagnoles ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 62
13. Peut-on parler d’entente cordiale entre l’Espagne et l’Amérique latine ? . . . . . . . . . . 66

Les nouveaux défis économiques


14. Le tourisme est-il encore le pilier de l’économie espagnole ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . 72
15. Sur quels atouts l’Espagne peut-elle compter pour sortir de la crise économique ? . 78
16. Pourquoi la question de l’immigration est-elle particulièrement complexe ? . . . . . . . 84
17. Quelles ont été les évolutions du secteur agricole ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 90
18. L’eau ou la nouvelle « bataille de l’Èbre » : quels en sont les enjeux ? . . . . . . . . . . . . 96
19. Pourquoi l’Espagne mise-t-elle sur les énergies renouvelables ? . . . . . . . . . . . . . . . 102

Culture, mode de vie et société


20. Peut-on encore parler d’un style de vie à l’espagnole ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
21. La corrida est-elle menacée ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
22. Quelle place le sport de haut niveau tient-il dans l’Espagne d’aujourd’hui ? . . . . . . . 116
23. La loi sur l’égalité des sexes viendra-t-elle à bout du machisme ? . . . . . . . . . . . . . . 120
24. La jeunesse espagnole souffre-t-elle du syndrome « Tanguy » ? . . . . . . . . . . . . . . . 126

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25. Pourquoi les réformes concernant l’éducation font-elles polémique ? . . . . . . . . . . . 130
26. Comment la conscience éco-citoyenne dynamise-t-elle la société espagnole ? . . . . . . 136
27. Peut-on parler de divorce entre l’Église et l’État ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 142
28. Comment expliquer l’engouement pour le pèlerinage
de Saint-Jacques-de-Compostelle ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 148
29. Quel rôle jouent les médias dans la nouvelle démocratie espagnole ? . . . . . . . . . . 152
30. Que cachent les mots espagnols intraduisibles en français ? . . . . . . . . . . . . . . . . . 156

La création artistique dans l’Espagne contemporaine


31. Quel est l’héritage des pères fondateurs de la peinture espagnole ? . . . . . . . . . . . 160
32. Quelle est l’originalité de la création catalane ? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 164
33. Quels messages les peintres contemporains cherchent-ils à transmettre ? . . . . . . 166
34. La nouvelle gastronomie espagnole va-t-elle détrôner la paëlla ? . . . . . . . . . . . . . . . 170
35. Que reste-t-il de la création artistique après la Movida madrilène ? . . . . . . . . . . . . . . 174
36. Dans quelle mesure les problèmes de société inspirent-ils les écrivains espagnols ? . 180
37. Sciences, design, concepts, musique… l’Espagne rime-t-elle avec innovation ? . . . 184

Annexes
1. Les avancées chrétiennes pendant la reconquête . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 190
2. Cuéntanos la invasión árabe en España . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 191
3. Les 17 Autonomies . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 192
4. Les 50 provinces . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 193
5. L’héritage de Charles Quint (xvie siècle) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 194
6. Les quatre voyages de Christophe Colomb . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 195
7. Les principaux territoires de l’empire espagnol . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 196
8. Le monde hispanophone . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 197
9. La Palabra . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 198
10. Un intranet global contre immigrants illégaux et trafiquants . . . . . . . . . . . . . . . . . . 199
11. Les parcs nationaux espagnols . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 200
Les villes classées au patrimoine mondial de l’Unesco en 2010
12. Les zones d’irriguation en Espagne . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 201
13. Le système éducatif espagnol (LOE 2006) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 202
14. Des « faux-amis » dont il faut se méfier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 203

Index . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 204

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Préface
Il convient assurément d’éviter le cliché d’une Espagne qui après plusieurs
siècles de stagnation réussit à partir de 1975 à monter dans le train d’une
modernité qui jusqu’alors avait été l’apanage des nations du nord de l’Europe.
L’idée d’un divorce entre les trajectoires de l’Espagne et du reste du continent
qui apparaît sous la plume de maints intellectuels des xixe et xxe  siècles, a
engendré le mythe d’une exception historique espagnole qui ne résiste pas à
l’examen.
Dès le xviiie siècle, en effet, l’Espagne ne reste pas en marge du mouvement
des Lumières et elle connaîtra à son tour, au siècle suivant, les convulsions
révolutionnaires qui partout en Europe jettent à bas l’édifice politique et social
de l’Ancien Régime. Il est vrai que l’État dont accouche la révolution libérale
ne parviendra à se consolider qu’au terme de plusieurs décennies jalonnées
de guerres civiles et de pronunciamientos militaires. Lorsqu’il le fera, à partir
de 1875, ce sera sous la forme d’un régime oligarchique qui se montrera
incapable, si tant est qu’il en eût la volonté, de démocratiser la politique et de
parachever la construction de l’État-nation espagnol. Le « désastre » de 1898
finit de convaincre nombre d’Espagnols que leur pays faisait pleinement partie
de ces « nations moribondes » dont parlait le premier ministre britannique
Lord Salisbury dans un discours prononcé cette même année. Mais ce pessi-
misme, qui fera dire à Manuel Azaña que l’Espagne était restée à l’écart de la
civilisation inventée par les autres nations, ne cadre pas avec une évolution
qui voit la société espagnole initier dans la seconde moitié du xixe siècle un
processus de modernisation qui ira en s’accélérant jusqu’à l’avènement de la
Seconde République. Lorsque celle-ci est proclamée, le 14 avril 1931, l’Espa-
gne n’a certes pas comblé son retard par rapport à l’Europe, mais les trans-
formations économiques, sociales et culturelles qu’elle a connues sont tout à
fait en phase avec l’évolution du reste du continent. Sous l’angle politique, on
peut considérer que la République se situe dans le prolongement de cette
modernisation qu’elle se donne pour tâche d’amplifier et d’étendre à l’ensem-
ble de la société. L’échec de la République est imputable à des causes diverses
qu’il est impossible d’analyser ici. Il en est une, pourtant, qu’il importe d’évo-
quer pour notre propos : celle qui lie son sort à une Europe ébranlée par la
montée des totalitarismes et le recul subséquent de la démocratie.
Le mythe de l’exception espagnole trouva un dernier avatar dans le slogan
« España es diferente » inventé par le régime franquiste autant à des fins de
promotion touristique que de justification subliminale de son caractère dicta-

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torial. Mais cette différence-là ne survivra pas à la mort du dictateur, le
20 novembre 1975. La séquence qui commence alors voit la société et ses
élites construire sur une base consensuelle cette démocratie dont on savait
qu’elle était le sésame qui ouvrirait à l’Espagne les portes de l’Europe. Certains
ont prétendu que la Constitution de 1978 a été le moment fondateur d’une
nouvelle Espagne. C’est sans doute excessif, mais elle a été certainement
l’expression de la volonté historiquement inédite des Espagnols de partager
un destin commun au-delà des clivages idéologiques et territoriaux qui les
avaient si souvent opposés dans le passé. Ce destin passait inévitablement
par une intégration européenne qui, dans le prolongement de la Transition
démocratique, a permis à l’Espagne de connaître l’une des étapes les plus
brillantes de son histoire contemporaine. Qu’il suffise de rappeler le rôle déci-
sif joué par les fonds européens dans le financement de travaux d’infrastruc-
ture et de projets de cohésion sociale et régionale qui ont achevé de moder-
niser le pays. La convergence économique avec l’Europe, jadis horizon lointain,
était devenue une réalité palpable au début du xxie siècle.
Sans doute convient-il de se garder d’un enthousiasme excessif. Si l’État
démocratique est aujourd’hui pleinement légitimé, il reste néanmoins soumis
à des tensions centrifuges qui fragilisent le système des Autonomies établi
par la Constitution de 1978. On ne soutiendra pas ici que l’unité de l’Espagne
est menacée, mais il est certain que son articulation territoriale n’a pas encore
trouvé son point d’équilibre et reste une source de tensions politiques. Plus
préoccupant peut-être, la récente crise économique internationale a permis
de vérifier la fragilité d’une croissance trop dépendante de la demande intérieure
et reposant principalement sur une bulle immobilière. Le changement de modèle
productif est devenu une nécessité urgente pour l’économie espagnole.
Partant d’une nécessaire mise en perspective historique, Lydie López-Benhamou
aborde cet ouvrage Aujourd’hui l’Espagne dans une triple dimension politique,
socio-économique et culturelle. Ses analyses nous donnent à voir une société
dont les multiples facettes témoignent de la richesse de sa culture et de son
aptitude à faire de sa diversité un atout. C’est un constat qui ne peut que
rassurer quant à sa capacité à relever les défis auxquels elle est aujourd’hui
confrontée.

Francisco Campuzano
Professeur des universités
Montpellier 3

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8
Quelles sont les perspectives
des institutions espagnoles ?
La Constitution vient de fêter ses trente ans et certains
aménagements sont annoncés à plus ou moins long terme.
Les débats font parfois rage pour défendre ou combattre
En bref…

des positions régionalistes, voire séparatistes, incompatibles


avec l’intégrité de la nation. Le président du Gouvernement
voudrait faire porter également les efforts sur la réforme
du Sénat, qui représente faiblement les gouvernements
des communautés autonomes. Enfin, la question de
la succession est également ouverte. Mais certains
appellent de leurs vœux l’avènement d’une IIIe République.

La révision des statuts des Autonomies


La question s’avère épineuse et l’enjeu est de taille. En effet, dès son arrivée au
pouvoir, José Luis Rodríguez Zapatero s’est engagé à revoir les statuts des
Autonomies, comme le prévoyait la Constitution de 1978, tout en exigeant
l’approbation des Cortès générales dans l’article 147. C’est le coup d’envoi de
la Conférence des présidents des communautés autonomes qui initie les négo-
ciations pour réviser ces statuts. Mais, soucieux de ne pas ouvrir la porte aux
nationalistes les plus véhéments qui demandent toujours plus d’autonomie,
Zapatero a prudemment orienté cette réforme vers l’amélioration de la coopé-
ration entre État et Autonomies pour un meilleur partage des compétences.
Cependant, les points litigieux sont nombreux. Ainsi, les polémiques nationales
sont reparties de plus belle quand la Generalitat, le gouvernement autonome
catalan, ne se contentant plus de son statut de « nationalité » qui lui est reconnu
depuis 1931, a revendiqué celui de « nation ». Dans le domaine fiscal, les Catalans
ont sollicité le recouvrement direct de l’impôt comme la coutume le permet au
Pays basque. Les députés des Cortès ont refusé ces deux propositions car, à
leurs yeux, la seule « nation » est l’Espagne, patrie commune à tous les Espagnols.
D’autre part, les « castillanistes » entendent bien obtenir eux aussi un « statut
historique » que l’Andalousie a déjà obtenu, ce qui a été ressenti comme une
injustice eu égard à l’ancienne hégémonie castillane. Au Pays basque, le Plan
Ibarretxe, du nom de l’ancien président de région, a demandé « la libre associa-
tion » avec l’Espagne, visant la complète indépendance, « une libre détermina-
tion » refusée également par les Cortès. Les dernières élections régionales de
mars 2009 ont amené à la présidence du Pays basque Patxi López qui est devenu,

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Quelles sont les perspectives des institutions espagnoles ? 8
selon ses mots, le premier lehendakari (président) « de tous les Basques ». Son
étiquette de socialiste non nationaliste laisse espérer des négociations moins
tendues avec le gouvernement central.
Par ailleurs, pour respecter une répartition équitable, les critères de référence
ne sont pas simples à fixer. Prenons deux Autonomies voisines mais très oppo-
sées, celle de Madrid, très peuplée, plus de 6 millions d’habitants sur une
superficie très réduite, et sa voisine Castille et Léon, la plus grande en superficie
mais l’une des plus désertées [cf. question 7]. Cette dernière a connu l’exode
rural de plein fouet dès les années 1960. Par conséquent si, comme le demande
la Communauté de Madrid, le critère de financement est en rapport avec le
nombre d’habitants, il ne fera qu’aggraver le problème de Castille et León. Il
semble difficile d’arriver à des accords contentant toutes les parties. Le dernier
projet de loi de financement des Autonomies présenté par l’ancien ministre des
finances Pedro Solbes vise à garantir la défense de l’intérêt général. Cependant,
le Parti Populaire n’approuve pas un financement qui ne ferait, selon lui, qu’aug-
menter la dette publique. Ce n’est un secret pour personne que le PP a toujours
privilégié le centralisme de Madrid, alors que le PSOE affiche sa volonté de
dialoguer avec les partenaires pour arriver à un accord dans le respect des diffé-
rences de chacun. Au vu des revendications des 17 Autonomies, le débat semble
loin d’être clos.

La réforme du Sénat
Longtemps réclamée et toujours remise à plus tard, cette réforme, souvent taxée
d’« histoire interminable », pourrait offrir l’occasion de faire d’une pierre deux
coups. Il s’agirait de désamorcer les tensions et insatisfactions créées par la
révision des statuts des Autonomies tout en les associant davantage à l’État.
Tout d’abord, le système de représentation pose problème. Le Sénat, ou Chambre
haute, est composé de 259 sénateurs dont 208 sont élus au suffrage direct pour
quatre ans. À chaque province, l’équivalent du département français, sont attri-
bués quatre sièges de sénateur et ce, indépendamment de sa population. C’est
bien là que le bât blesse. Si l’on reprend les exemples cités ci-dessus, la
Communauté de Madrid, constituée d’une province unique avec plus de 6 millions
d’habitants, se trouve lésée par rapport à sa voisine castillane qui possède 9
provinces mais une population d’à peine 2,5 millions d’habitants. Les 51 sénateurs
restants sont désignés à la proportionnelle par les parlements des communau-
tés autonomes pour une représentation territoriale de la nation, en tenant compte
cette fois-ci du recensement de la population. Un sénateur supplémentaire est
octroyé par million d’habitants. Mais les tentatives pour rééquilibrer cette repré-
sentation se sont heurtées à diverses critiques. Le système actuel avantage

Espace et politique
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donc les Communautés les moins peuplées et composées du plus grand nombre
de provinces, sans justification réelle. Pourra-t-on satisfaire la majorité des
revendications ? Faudra-t-il supprimer les provinces ? La question est encore en
suspens.
Vient ensuite celle du rôle du Sénat : il a une compétence exclusive dans les
relations entre l’exécutif et les communautés autonomes, qui disposent de 51
représentants avec droit de veto, comme le définit l’article 90 de la Constitution.
Mais cette compétence ne favorise en rien le Sénat et son contrôle est très
relatif, souvent limité à la simple possibilité de retarder l’adoption d’une loi. Il a
également capacité à amender un projet de loi, mais le Congrès peut opposer
son refus à la majorité simple. D’où l’opportunité qui se présente à José Luis
Rodríguez Zapatero : grâce à cette réforme de la Constitution, le Sénat pourrait
devenir un représentant des Autonomies doté d’un réel pouvoir de codécision.
Il serait alors un partenaire à part entière, ce qui rééquilibrerait les relations entre
l’État et les régions dans un système plus fédéraliste.

La question de la succession reste ouverte


Le roi vieillissant (il est né en 1938), Felipe son fils cadet est l’héritier naturel de
la Couronne et à ce titre Prince des Asturies. Mais qu’en sera-t-il pour la géné-
ration suivante ? Le problème est évoqué régulièrement, car en ces temps de
parité entre hommes et femmes, la Constitution pourrait bien avoir besoin d’un
aménagement. En effet, la loi salique*, d’origine germanique introduite par la
France, qui interdit aux femmes de régner, a été abolie en 1854 par Ferdinand
VII pour que sa fille Isabel II puisse lui succé-
La loi salique : article 62 du Pactus legis salicae, der. Or, si Felipe devient roi, cet acquis peut
loi germanique, « quant à la terre salique,
être remis en cause. Marié à Letizia Ortiz, il
qu’aucune partie de l’héritage ne revienne à
une femme, mais que tout l’héritage de la terre a eu deux filles, Leonor et Sofía. S’il venait
passe au sexe masculin. » à naître un troisième enfant de sexe mascu-
lin, Leonor se verrait, comme aujourd’hui
l’infante Elena, écartée du trône. Pour respecter la parité, on songerait à modifier
la loi de succession pour ne plus discriminer la femme dans l’ordre de succession
à la couronne. Cependant, si le débat ressurgit de temps en temps, d’autres
priorités semblent reléguer pour l’heure cette question au second plan. Elle n’en
reste pas moins toujours posée.

Une IIIe République à l’horizon ?


Des voix s’élèvent pour réclamer une IIIe République. C’est ainsi qu’il existe un
« Manifeste en faveur d’un processus constituant pour la IIIe République » adressé
au peuple espagnol et diffusé par les milieux intellectuels et syndicaux. Celui-ci

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Quelles sont les perspectives des institutions espagnoles ? 8
est donné à signer à tout citoyen qui souhaiterait À moyen terme, la IIIe République
remettre en question la royauté imposée par le quittera le terrain de l’utopie pour
devenir une réalité, celle d’un pays
franquisme, institution profondément anti-dé-
plus libre, plus fraternel, plus juste,
mocratique. À ce jour quelques milliers de signa- plus démocratique. »
tures ont été recueillies. La Couronne et ses Extrait du Manifeste
attributs sont de plus en plus souvent attaqués,
ce qui soulève des polémiques plus ou moins étouffées. Par exemple, suite à
un voyage des monarques à Gérone, en novembre 2007, des photos du couple
royal ont été brûlées à maintes reprises. Les slogans affichés étaient nettement
antimonarchiques et indépendantistes.
Il y a eu aussi l’épisode récent de l’hymne censuré sur la chaîne publique TVE
pendant la finale de la Coupe du roi, dans le but d’occulter les sifflets destinés
à la Marcha real et à leurs Majestés présentes dans la tribune d’honneur. Au
même moment, une scène similaire se déroulait à Valence. « Quand le Barça,
le club phare de l’identité catalane rencontre l’Athletic de Bilbao, émanation de
l’âme basque, en finale de la Coupe du roi, la politique s’invite à la fête du foot-
ball dans un feu d’artifices de symboles anti-espagnols. (1) » Cet épisode entraîna
des garde à vue et le limogeage du directeur du
service des sports de TVE. Doit-on y voir des
signes avant-coureurs d’une fragilisation des
institutions ou d’un mal-être qui s’exprime après
trois décennies d’amnésie collective tacitement
acceptée ? Ainsi, plusieurs milliers de manifes-
tants dans les rues madrilènes, ont scandé
« España mañana, será republicana » (L’Espagne Drapeau de la République
demain, sera républicaine) à l’occasion du 75e espagnole
anniversaire de la IIe République en avril 2006.

Pour en savoir plus


s Michel FAURE, L’Espagne de Juan Carlos, éd. Perrin, 2008. Sur la contestation de la
monarchie, voir le chapitre intitulé « Les photos qui brûlent », p. 234-240.
Site de l’organe officiel de la IIIe République : www.tercerarepublica.tk
Juan COLOMAR, La III a República nacional española, Municiones para la resistencia, Madrid,
éd. Barbarroja, coll. « Disidencias », 2008.
Nombreuses photos de la manifestation madrilène pour le 75e anniversaire de la IIe République,
avec un lien vers la lecture du manifeste unitaire du mouvement et L’Hymne de Riego,
hymne de la République :
http://www.nodo50.org/republica/docs/madrid_22-04-06_fotos. html

Note
1. « Espagne : vaut-il mieux un hymne sifflé ou censuré ? », in Le Monde du 15 mai 2009.

Espace et politique
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12
Quelle a été l’évolution des relations
franco-espagnoles ?
Depuis des siècles, le couple franco-espagnol a entretenu
En bref…

des relations de voisinage complexes, avec leurs vicissitudes,


union ou rejet, voire hostilités déclarées. Aujourd’hui, les temps
sont à l’entente cordiale. La coopération est à l’œuvre en matière
de lutte contre le terrorisme, l’ETA notamment, et le trafic
de drogue. Aujourd’hui Madrid et Paris s’accordent
sur de nombreux projets européens.

Un passé belliqueux entre les deux pays


À travers les siècles, les relations des deux voisins ont été souvent placées sous
le signe de la tension. Ainsi, Charles Quint a passé de nombreuses années à
combattre François 1er. Le règne d’Henri IV mit fin à une politique anti-espagnole.
La paix de Fontainebleau (1625) améliora les relations avec la régence de Marie
de Médicis. Les mariages royaux ont été conçus dans le but de tisser des liens
étroits entre les deux pays ; c’est ainsi que les Bourbons règnent encore en
Espagne puisque Juan Carlos est le descendant direct de Louis XIV. Mais ils
n’ont pu empêcher les conflits. La paix de Cateau Cambrésis (1559) qui favorisait
l’Espagne, et le Traité des Pyrénées (1659) qui la pénalisait, ont mis un terme à
ce cycle d’affrontements préjudiciables aux finances du pays (1).
De fait, les voyageurs, les ambassadeurs, les gravures satiriques de l’époque et
les œuvres littéraires associaient couramment l’espagnol aux rodomontades et
aux capitaines fanfarons. En réalité, sous Louis XIV, l’Espagne n’était plus à la
mode et ne représentait pas le même danger que sous Louis XIII.
Au début du XIXe siècle, les guerres napoléoniennes ont aiguisé la haine de l’en-
vahisseur [cf. question 3]. Les scènes de cruauté dessinées par Goya dans la
série de gravures Les désastres de la guerre sont des témoignages féroces sur
ces années de souffrance et de lutte contre la présence française en Espagne.
Enfin, parmi les motifs de ressentiment à l’égard de la France figure le pacte de
non-intervention lors de la guerre civile et l’accueil indigne fait à des milliers de
républicains dans les camps d’Argelès et d’ailleurs [cf. question 4].

Des clichés peu favorables à travers la littérature française


Au XVIIIe siècle, dans les Lettres persanes, Montesquieu fait dire à un personnage
que « l’Afrique commence aux Pyrénées », témoignant à la fois de l’hostilité
manifeste des Espagnols à l’égard des Français et de leur mauvaise image en

62 © CRDP académie de Montpellier


Quelle a été l’évolution des relations franco-espagnoles ? 12
France. L’Espagnol est présenté comme emporté, fainéant et fier de sa noblesse.
À l’autre bout de l’échelle sociale figure le picaro, pauvre hère sans naissance,
contraint à embrasser toutes les conditions pour survivre, et anti-héros des récits
picareques. Ces stéréotypes vont perdurer longtemps dans l’imaginaire français.
Au XIXe siècle, une tendance inverse se fait jour en Espagne. Le pays, alors en
plein déclin, regarde avec admiration les innovations françaises et la mode est
à l’imitation. Le poète sévillan Gustavo Adolfo Bécquer (1836-1870), représentant
du romantisme, a dénoncé cette francomanie : « Malheureux celui qui, au cours
d’un repas de cérémonie, ignore le français ou ne connaît même pas les princi-
paux plats de la cuisine française : il s’expose à ce que le maître d’hôtel (2) ne le
comprenne pas, à ce que les serviteurs l’ignorent, à ce que lui-même ne sache
pas ce qu’il mange. […] On construit des bâtiments comme ceux des boulevards (2),
nos dames font venir de Paris leurs bijoux, leurs atours et leurs plus belles
toilettes. Les cafés, les boutiques et les magasins se montent à la française,
nous, nous lisons en français et nous pensons en français… Tout est étranger. »
Extrait de « La Nena », 1863, in Artículos y cuadros de costumbres.
De son côté, au XIXe siècle, la France romantique se tourne vers l’Espagne. Le
couple George Sand et Frédéric Chopin passe quelques mois en 1838 dans leur
refuge de la Chartreuse de Valldemossa à
Majorque. Ils n’y trouvent qu’un climat humide Le Majorquin végétait et n’avait plus
et froid et l’hostilité des habitants. À travers rien à faire qu’à dire son chapelet et
son récit de voyage Un hiver à Majorque, paru rapiécer ses chausses, plus malades
que celles de don Quichotte, son patron
en 1842, George Sand en donne une vision en misère et en fierté. »
stéréotypée et négative, dénigrant les autoch- George Sand
tones sur un ton condescendant.
Cependant, les romantiques français évoquent aussi avec admiration une Espagne
stéréotypée, mais objet de curiosité et d’inspiration. Victor Hugo situe Ruy Blas
(1838) à la cour d’Espagne, Prosper Mérimée crée, avec Carmen (1845), l’arché-
type de la passion destructrice.

Du conflit à l’entente cordiale à propos de l’Europe


Au XXe siècle, le franquisme entraîne la suspension des relations entre la France
et l’Espagne. Le pays renvoie alors une image misérabiliste à ses voisins, celle
des bourricots porteurs d’eau sur des routes poussiéreuses, et des danseuses
de flamenco pour touristes en quête de dépaysement bon marché. Pourtant la
poursuite du rêve européen relance peu à peu les pourparlers en vue de l’entrée
dans la CEE. Sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’adhésion à la CEE
est ralentie du fait des objections émises par la France, inquiète de la venue d’un
concurrent de taille en matière de production agricole. Le président Mitterrand,

La place de l’Espagne au plan international


© CRDP académie de Montpellier 63
encourage et appuie la candidature défendue par le socialiste Felipe González
[cf. question 11].
Au XXIe siècle, les obstacles ont été surmontés et la diplomatie française parle
désormais de « relation sans nuages ». La charte des droits fondamentaux de
l’Union du 12 janvier 2000 souligne dans son préambule que « les peuples de
l’Europe, en établissant entre eux une union sans cesse plus étroite, ont décidé
de partager un avenir pacifique fondé sur des valeurs communes. […] L’Union
contribue à la préservation et au développement de ces valeurs communes dans
le respect de la diversité des cultures et des traditions des peuples de l’Europe. »
Voilà qui scelle l’amitié entre les partenaires européens, notamment au sein du
couple franco-espagnol.
La France est le premier investisseur étranger en Espagne ; dans le domaine de
la grande distribution, les enseignes Carrefour et Auchan, traduit littéralement
Alcampo, n’ont pas de concurrent, pas plus que l’équipementier Décathlon ou
le supermarché du bricolage Leroy Merlin qui ont exporté des modes de vie, en
créant la culture du sport amateur et le gallicisme bricolaje.

Une coopération franco-espagnole plurielle et efficace


Les rencontres biannuelles franco-espagnoles ont été institutionnalisées depuis
la visite des souverains espagnols en 1985. En mai 2009, lors du 21e sommet
franco-espagnol, des accords ont été signés en matière de sécurité, de défense
et d’économie. Depuis, peu de dissonances politiques ont été perçues de part
et d’autre des Pyrénées.
Selon ces accords, les deux pays développent un partenariat entre leurs unités
nationales de coordination antiterroriste, notamment en ce qui concerne l’échange
de renseignements. Dans la lutte prioritaire contre l’ETA [cf. question 7], une
coopération très fructueuse est poursuivie et donne des résultats probants. De
nombreux responsables de l’organisation séparatiste basque ont été arrêtés sur
le sol français. L’Espagne reste pourtant touchée régulièrement par des attentats,
malgré la ferme condamnation des Espagnols de tous bords.
La collaboration entre Paris et Madrid porte aussi sur le crime organisé et le trafic
de drogue, le terrorisme jihadiste et l’immigration clandestine. La coopération
judiciaire permet de mutualiser les
Frontex : agence européenne pour la gestion de la enquêtes, notamment avec la mise en
coopération opérationnelle aux frontières extérieures
place de casiers judiciaires communs.
des États membres de l’Union européenne.
En matière de lutte contre le trafic de
stupéfiants, les résultats sont spectaculaires. Depuis les Canaries, le dispositif
Frontex* a été aussi mis en œuvre pour contrôler l’immigration clandestine [cf.
annexe 10].

64 © CRDP académie de Montpellier


Quelle a été l’évolution des relations franco-espagnoles ? 12
En mai 2009, lors de la quatrième visite d’un président français depuis 1978,
l’Élysée a insisté sur « la convergence de vues très forte sur le plan diplomatique
et l’excellence du dialogue politique entre la France et l’Espagne. »
À l’occasion de la présidence espagnole de l’Union européenne, à partir du
1er janvier 2010, trois axes de la coopération franco-espagnole sont renforcés.
Premièrement, la lutte contre la crise économique et financière à travers la rati-
fication du traité de Lisbonne. Deuxièmement, la construction de l’Union pour la
Méditerranée, avec Barcelone pour siège, projet auquel les deux pays tiennent
particulièrement. Troisièmement, le renforcement de la politique européenne de
sécurité et défense, la PESD, qui est toujours d’actualité. Les deux pays souhai-
tent favoriser les échanges dans la perspective d’un développement durable du
système de transports. Il s’agira de remplacer progressivement le transport
routier par des modes de locomotion ferroviaire et maritime, plus respectueux
de l’environnement. Les liaisons transpyrénéennes seront dévéloppées comme
l’axe ferroviaire à grande vitesse (AVE espagnol et TGV français) sur les corridors
méditerranéen et atlantique. Par ailleurs, un accord a été signé sur les autorou-
tes dites de la mer, justifié par l’existence de nombreux ports de premier ordre.
Enfin, les progrès réalisés dans les interconnexions des réseaux gazier et élec-
trique sont aussi encourageants.
Au plan linguistique, l’enseignement du français connaît un recul important au
profit de l’anglais. Malgré cela, un baccalauréat franco-espagnol, le Bachibac (3),
est proposé dans les sections bilingues, tout comme la reconnaissance des
diplômes dans le supérieur et la recherche [cf. question 25].
En dernier lieu, la réalisation d’une ligne commune sur 65 kilomètres de très
haute tension (THT), à la frontière pyrénéenne, est un symbole fort du « courant
qui passe » entre les frères ennemis des siècles passés qui désormais « parlent
d’une même voix » (3).

Pour en savoir plus


s George SAND, Un hiver à Majorque, Meudt, éd. Classic, coll. « Carolina », 2000. Édition du
texte original paru en 1842 à Paris, agrémentée de photos et illustrations d’époque.
s http://www.diplomatie.gouv.fr/fr/pays-zones-geo_833/espagne_180/index. html

Notes
1. La paix est signée entre Henri II de France et Philippe II d’Espagne après 65 ans de conflit pour le
contrôle de l’Italie. Le traité est signé entre Louis XIV et Philippe IV, une des clauses prévoit le mariage
de Louis XIV avec la fille aînée du roi d’Espagne, Marie Thérèse d’Autriche.
2. En français dans le texte.
3. « Sur tous les dossiers, France et Espagne parlent aujourd’hui d’une même voix », s’est félicité le
chef de l’État français. In Les relations franco-espagnoles, le Nouvel Observateur, 29 avril 2009.

La place de l’Espagne au plan international


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32
Quelle est l’originalité de la création
catalane ?
En bref…

Gaudí en architecture, Dalí et Miró en peinture, ont légué leur


empreinte inimitable à la Catalogne et à sa capitale, Barcelone.
C’est un juste retour des choses car tous trois ont été fortement
influencés par l’environnement qui les a vus naître et dans lequel
ils ont ancré leur œuvre.

L’architecte Antoni Gaudí, le génie moderniste

Photo Christophe Herrera


Parc Güell à Barcelone
Antoni Gaudí (1852-1926) est indissociable de Barcelone, qui a vu émerger, en
plein Art Nouveau, la splendeur de son architecture moderniste. Son mécène,
le comte Eusebio Güell, catalan avant-gardiste, a financé ses constructions
audacieuses qui ignorent la ligne droite. La trouvaille architecturale de Gaudí est
le célèbre arc parabolique. Son sens de l’observation et son amour pour la nature
lui font adopter ses courbes et son apparence. Les motifs végétaux et animaliers
envahissent les façades qui ondulent comme des vagues. Les cheminées sont
des statues anthropomorphes, tels les guerriers de la Casa Milá (1910). Son
bestiaire s’enrichit du toit-dragon de la Casa Batlló (1907). Partout, l’assemblage
de matériaux de rebut combiné aux mosaïques de porcelaine polychromes, les
trencadís, colorent à l’envi ses réalisations. Fils de chaudronnier, il habille ses
façades de ferronneries imposantes. Anticipant la démarche de Le Corbusier, il
invente le design contemporain ergonomique. Inspiré par sa foi, son chef-d’œuvre
est mystique : el templo de la Sagrada Familia commencé en 1883. Malgré sa
mort accidentelle en 1926, provoquée par un tramway, le chantier a continué au

164 © CRDP académie de Montpellier


Quelle est l’originalité de la création catalane ? 32
gré des donations. L’intérieur devrait être achevé en 2010, les façades entre 2025
et 2030. C’est l’emblème de Barcelone, classé au Patrimoine de l’humanité
depuis 1989. Cependant il fut, comme tant d’autres, un artiste incompris. La
Casa Milá n’a-t-elle pas été surnommée La Pedrera (La Carrière), parce que ses
contemporains n’y voyaient qu’un informe tas de pierres ? Ne le raillait-on pas
de promouvoir une cité-jardin résidentielle dans une zone sur laquelle personne
ne misait ? Le projet immobilier dut être abandonné, mais Barcelone y a gagné le
superbe Parque Güell. Sur la place centrale un banc aux méandres concaves et
convexes de cent cinquante mètres de long crée, dans un espace public ouvert,
des petites cellules privées, associant le pratique à l’esthétique la plus originale.

Salvador Dalí et Joan Miró, des créateurs ancrés en pays catalan


Salvador Dalí, (1904–1989), créa sa méthode paranoïaque-critique inspirée du
surréalisme : « La seule différence entre moi et un fou, c’est que je ne suis pas
fou » lance-t-il. En témoignent ses fameuses « montres molles » et son théâtre-
musée, à Figueras, sa ville natale. D’un imaginaire foisonnant, ses tableaux jouent
sur l’illusion de l’interprétation, les apparences trompeuses, énigmatiques,
peuplés d’un bestiaire onirique. Ancré dans sa Catalogne natale, il vécut à Port
Lligat, un havre de paix face au cap Creus, dont les rochers déchiquetés ont
inspiré bon nombre de ses tableaux. Personnage très controversé, sulfureux,
manipulateur, voire falsificateur, il aime l’argent au point qu’André Breton le
surnomma Avida Dollars, anagramme de son nom. Son élocution forcée, son
sens de la mise en scène, en firent un peintre médiatisé. Gala, sa muse pendant
cinquante-trois ans, divinisée telle une Madone, est le centre de son univers :
« Sans Gala, disait-il, le monde n’aurait pas de génie et Dalí n’existerait pas ».
Joan Miró (1893-1983), né à Barcelone, représentant majeur du surréalisme, a
créé son propre langage. « Je travaille comme un jardinier » disait-il. Peintre,
sculpteur et céramiste, très attaché à sa terre catalane où il a puisé son inspira-
tion, il a laissé comme Gaudí des réalisations disséminées dans Barcelone. On
reconnaît un Miró à ses couleurs primaires, souvent bordées de noir, à ses motifs
arrondis d’enfant qui sont le résultat d’une réflexion poussée à son paroxysme.
Des éléments fétiches, très stylisés, parsèment ses toiles : femme, étoile, oiseau,
que l’on retrouve dans ses titres-poèmes. Son œuvre a contribué au renom de
l’Espagne, qui lui doit son logo officiel pour le tourisme [cf. page 77].

Pour en savoir plus


s Michel DÉON, La Vie secrète de Salvador Dalí, Paris, éd. Gallimard, coll. « Idées », 1952.
Mario LACRUZ, Gaudí una novela, Barcelona, ediciones B, 2004. Une biographie de Gaudí
romancée.

La création artistique dans l’Espagne contemporaine


© CRDP académie de Montpellier 165
Annexe 3
Les 17 Autonomies [cf. question 3]
oc
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n
At
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nt
iqu
e ée
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11 régions inchangées après la Constitution de 1978


6 autonomies de création récente après la Constitution de 1978

192 © CRDP académie de Montpellier

qo_espagne_fin_04.indd 192 09/07/2010 15:41:10


Dans la collection « Questions ouvertes »

Aujourd’hui la Russie
Aujourd’hui la Chine
Les développements durables
Aujourd’hui le Royaume-Uni
Aujourd’hui l’Espagne
Aujourd’hui l’Allemagne
Les droits de l’enfant
L’eau, une ressource durable ?
Regards sur le patrimoine

Des extraits de ces ouvrages peuvent être consultés à l’adresse :


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Le Maghreb
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qo_espagne_ couv.qxd 09/07/2010 14:23 Page 1

Aujourd’hui l’Espagne
Aujourd’hui l’Espagne
Cet ouvrage s’adresse à tout lecteur, spécialiste ou non de l’Espagne,
curieux de la destinée de notre voisin transpyrénéen qui a vécu,
en à peine trente ans, de profondes transformations dans
les domaines économique, politique et culturel. Les questions
traitées dans cet ouvrage évoquent les grandes étapes historiques
qui ont fait de l’Espagne un membre de l’Union européenne
ouvert sur le XXIe siècle.
Au-delà de l’attrait touristique que ce pays exerce sur ses voisins
européens, Aujourd’hui l’Espagne décode les particularités
hispaniques. Par exemple, comment expliquer l’actuel engouement
pour le pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle ?
Le puzzle que constituent ses dix-sept communautés autonomes
peut-il être un modèle pour l’Europe ou tend-il vers une dangereuse
balkanisation ? Le volet culturel a également toute sa place à travers
l’étude de l’évolution des mentalités d’une société qui se plaît
à innover en matière de mœurs et de création artistique,
sans renier pour autant ses traditions. C’est bien ce mélange
particulier qui rend ce pays si attachant.

Aujourd’hui l’Espagne
Lydie López-Benhamou, de nationalité franco-espagnole, est agrégée d'espagnol.
Lydie LÓPEZ-BENHAMOU
Elle possède une longue expérience dans l'enseignement, du primaire au secondaire
et dans la formation des enseignants (IUFM), en France et à l'étranger (Espagne, Argentine).
Aujourd'hui, elle enseigne l'espagnol essentiellement en classes de BTS.

Couverture : composition D. Poupeau


Éventails Olivia Oberlin – www.olivia-oberlin.com

PRIX : . . . . . . . . .17,90 €
ISSN : . . . . . . .1969-5543
ISBN : 978-2-86626-368-3
RÉF : . . . . . .340QA061
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