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Nigeria : le goût amer de la dépendance

au pétrole
Pour les responsables gouvernementaux nigérians, cela ne fait plus
de doute. Leur pays va entrer en récession à la suite de la
catastrophe que constitue la perte de 80 % de ses revenus
pétroliers. L'explication réside dans la trop grande dépendance du
secteur des hydrocarbures d'une économie qui n'a pas su se
diversifier. « Nous avons dû revoir notre budget à la baisse pour le
ramener à une base de 20 dollars par baril », a annoncé le directeur
général du Budget, Ben Akabueze.

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Un budget revu à la baisse
Le gouvernement avait déjà annoncé en mars une baisse drastique
de son budget ? établi à 10 590 milliards de nairas, soit
33,8 milliards de dollars ? d'environ 15 % à cause de la chute des
cours du baril, dans le contexte de la crise sanitaire du coronavirus
et de la guerre des prix entre grandes puissances pétrolières. Le
budget, initialement calculé à partir d'un baril à 57 dollars, avait
alors été revu sur la base d'un baril à 30 dollars. Il vient cette fois
d'être revu à la baisse sur la base d'un baril à moins de 20 dollars.
« Le Nigeria est confronté au double défi de la pandémie de Covid-
19 et de l'effondrement du prix du pétrole brut », a confirmé la
ministre des Finances, Zainab Ahmed. « Nous avons dû réduire le
budget en revoyant nos projections de recettes pour nous
conformer aux réalités actuelles », a-t-elle ajouté. « Les marchés
mondiaux du brut tournent vraiment au ralenti et nous ne sommes
pas en mesure de vendre autant de brut qu'auparavant. »
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de l'économie »
La pression du Covid-19 accentue les difficultés

Selon Ben Akabueze, l'économie nigériane, « y compris le secteur


non pétrolier, est très largement tributaire des échanges de pétrole,
car elle dépend fortement des importations » pour s'approvisionner
en biens manufacturés comme en produits agroalimentaires. En
outre, « le gouvernement doit dépenser beaucoup plus en réponse
à la crise (?) Face à une récession imminente, ce que vous faites,
c'est essayer de dépenser pour vous en sortir », a-t-il ajouté.

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Une économie qui va se contracter
Selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI), le
Nigeria, où la production de pétrole représente plus de la moitié des
revenus et 90 % des recettes d'exportation, devrait se contracter
d'au moins 3,4 % en 2020. Avant même la crise sanitaire et
économique provoquée par le virus, le pays le plus peuplé
d'Afrique avec près de 200 millions d'habitants peinait déjà à se
relever d'une grave crise économique traversée en 2016-2017 et
stagnait à environ 2 % de croissance par an. Le FMI a approuvé la
semaine dernière un financement d'urgence de 3,4 milliards de
dollars pour aider le Nigeria à faire face à la crise actuelle, une
somme encore insuffisante pour le géant anglophone qui espère
emprunter près de 7 milliards de dollars aux différentes institutions
internationales.