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doses pour un montant de 750 millions d’euros dès le


13 juin, avant même de savoir si le sérum passerait les
Vaccin contre le Covid-19: la toute-
tests de sécurité et serait efficace. Un pari dans tous les
puissance de l’industrie pharmaceutique cas gagnant pour le laboratoire.
PAR ROZENN LE SAINT
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 23 JUILLET 2020
« Des discussions sont en cours avec d’autres
laboratoires qui planchent sur des vaccins tels que
Sanofi », indique le ministère de la santé à Mediapart.
Alors, encore une fois, « merci Paul », comme
Emmanuel Macron concluait son discours depuis le
site de Sanofi à Marcy-l’Etoile (Rhône), le 16 juin ?
Il remerciait ainsi Paul Hudson, PDG du fleuron
tricolore d’investir 490 millions d’euros dans l’optique
de créer un nouveau site de production et un centre de
Manifestation à Paris, le 8 juillet 2020, près de l'Assemblée nationale. © RLS recherche dédiés aux vaccins dans le département d’ici
Subventions publiques, dons privés… L’industrie 2025.
pharmaceutique, qui sort renforcée de la crise
Le même Paul Hudson avait pourtant choqué la France
sanitaire, se fait financer la recherche et la production
un mois plus tôt en annonçant qu’il réserverait aux
d’un éventuel vaccin contre le Covid-19 sans réelles
Américains ses premiers vaccins contre le Covid-19
contreparties, tant il est attendu. Deux laboratoires
fabriqués aux États-Unis. Et ce, en échange des
ont franchi une première étape dans cette compétition
centaines de millions d’euros versés par la Maison
mondiale, le 20 juillet.
Blanche pour sa recherche.
La course internationale au vaccin contre le Covid-19
Il lançait aussi : « Ne laissez pas l’Europe se laisser
s’accélère. Dans le peloton de tête, le laboratoire
distancer », en invitant les gouvernements du vieux
britannico-suédois AstraZeneca et le chinois CanSino.
continent à réagir pour protéger leur population,
Leurs projets ont produit une réponse immunitaire
puisque les espoirs de la communauté scientifique
importante et démontré leur sûreté pour les
pour sortir de cette pandémie se concentrent
patients, selon les résultats de deux essais cliniques
essentiellement sur le développement d’un vaccin.
préliminaires publiés le 20 juillet dans la revue
scientifique The Lancet. Leur efficacité devra encore Il a été entendu. Ce même 16 juin, le gouvernement
être établie lors de nouveaux tests avant d’envisager français annonçait débloquer 200 millions d’euros
leur commercialisation à grande échelle. pour soutenir les industriels de la santé dans leurs
capacités de production de vaccins, de traitements et
Les grandes puissances avaient déjà avancé leurs
de médicaments en tensions d’approvisionnement
pions pour s’assurer une part du gâteau du laboratoire
pendant la crise ainsi que la recherche et le
AstraZeneca dont le projet de vaccin est issu des
développement (R&D) pour lutter contre le Covid-19.
recherches de l’université d’Oxford. Après l’énorme
pré-commande des États-Unis dès le mois de mai, « Ces multinationales accentuent la concurrence entre
« America first » oblige, une alliance incongrue et les pays en disant “les États-Unis ont donné tant,
incomplète de pays européens s’est créée, reflétant le médicament arrivera plus tard ailleurs”, déplore
l’incapacité de l’Union européenne à élaborer une Pauline Londeix, cofondatrice de l’Observatoire de
stratégie commune. la transparence dans les politiques du médicament.
Puisque ce chantage a fonctionné dans le contexte
Cette Alliance pour l’achat anticipé de vaccins
du Covid-19, à l’avenir, les firmes pourraient
Covid-19, composée de l’Allemagne, de la France, de
l’Italie et des Pays-Bas, a ainsi réservé 300 millions de

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conditionner systématiquement à des subventions intervention en remerciant le PDG de Sanofi, on se


publiques leur positionnement sur certains marchés demande franchement qui prend les décisions », peste
essentiels pour la santé mondiale. » Thierry Bodin, coordinateur CGT de la firme.
L’industrie pharmaceutique est l’une des rares à
avoir bénéficié de cette crise sanitaire devenue
économique. Au premier trimestre 2020, le chiffre
d’affaires de Sanofi a augmenté de près de 7 %.
Idem pour ses concurrents Novartis, Pfizer, GSK,
Johnson&Johnson, Roche ou MSD, qui ont aussi vu
leurs résultatsgonflés par la crise.
Les ventes de l’anti-douleur Doliprane produit par Manifestation à Paris, le 8 juillet 2020, près de l'Assemblée nationale. © RLS
Sanofi sont montées en flèche avec une croissance
Il a beau avoir déjà connu 5 000 suppressions de
de 20 % : le paracétamol était recommandé en cas
postes en douze ans, Thierry Bodin tombe des nues.
d’apparitions de symptômes du coronavirus. Malgré
Au micro, il s’emporte : « L’argent public, donc nos
le contexte mondial morose, le laboratoire français
impôts, finance les plans sociaux de Sanofi. » Chaque
augmente encore le montant des dividendes versés
année, l’entreprise perçoit une centaine de millions
à ses actionnaires cette année : près de 4 milliards
d’euros de crédit d’impôt recherche, alors que les
d’euros.
effectifs en R&D diminuent au fil des ans.
Pour autant, seulement neuf jours après la visite du
« Il n’est pas supportable que le gouvernement
président de la République, Sanofi a communiqué la
donne de l’argent à Sanofi sans contrepartie, sans
suppression de 1 700 postes en Europe sur trois ans,
interdire les suppressions d’emplois », surenchérit
dont un millier en France, et la fermeture du centre
Éric Coquerel, député La France insoumise venu avec
de recherche de Strasbourg. « Sanofi agit en toute
une poignée de parlementaires de gauche soutenir les
impunité, c’est inadmissible, commente Jaume Vidal,
manifestants.
conseiller politique à Health Action International,
ONG qui milite pour l’accès aux traitements à Thierry Bodin dénonce aussi le fait que « l’équivalent
tous. Aucun État ne veut de clash avec l’industrie de 40 années de dons au Téléthon ait été distribué aux
pharmaceutique, elle est devenue toute-puissante. » actionnaires de Sanofi en une seule année, malgré le
contexte ». D’autant que « le prétexte pour rémunérer
Les salariés l’ont mauvaise. Le 8 juillet, ils ont
les actionnaires, c’est de récompenser la prise de
manifesté leur colère près de l’Assemblée nationale,
risque, or Sanofi n’en prend pas en externalisant
à Paris. « Quand Emmanuel Macron termine son
la recherche », dénonce Marion Layssac, déléguée
syndicale Sud Chimie et biologiste à Sanofi, qui a fait
le déplacement spécialement depuis Montpellier.
Le troisième producteur mondial de vaccin a lancé
deux projets dans cette compétition mondiale dans
le but de se prémunir du Covid-19. Pour le premier,
Sanofi s’est alliée avec le laboratoire GSK et le
ministère de la santé américain.Le sérum sera fabriqué
aux États-Unis et en Europe, notamment en France, en
Allemagne et en Italie.

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Pour son deuxième plan, Sanofi a noué un partenariat milliards versés en pré-commandes, pour encourager
avec Translate Bio. Il s’agit d’une biotech américaine, les firmes pharmaceutiques à engager la production de
c’est-à-dire une start-up spécialisée à la fois dans la masse de ces hypothétiques vaccins.
science des êtres vivants et les nouvelles technologies.
Ces nouveaux acteurs, petits poucets du secteur
pharmaceutique, émergent depuis les années 1980.
Les grands laboratoires ont de plus en plus tendance
à déléguer le champ de la recherche fondamentale
à ces petites structures spécialisées en R&D, avant
de s’allier avec elles ou de les racheter quand elles Financements R&D face au Covid-19. © Source policycuresresearch
trouvent des pistes fructueuses. Les militants de l’accès aux médicaments ne
Dernier exemple en date, le laboratoire dénoncent pas forcément que des fonds soient alloués
pharmaceutique américain MSD a finalisé son rachat à la recherche d’un vaccin, au vu des investissements
en juin de la start-up autrichienne Themis Bioscience. considérables que nécessitent la recherche et sa
C’est avec elle que l’Institut Pasteur s’était allié pour production pour fournir des injections à toute la
développer son propre vaccin contre le Covid-19 (lire planète. En revanche, ils déplorent que le vaccin contre
aussi La France délaisse la course au vaccin contre le Covid-19, en tant que bien public mondial, ne
le Covid-19). soit pas exclu de la politique habituelle de propriété
« Il s’agit d’illustrations classiques des récentes intellectuelle qui régit le secteur pharmaceutique.
stratégies des Big Pharma. Elles arrivent en bout de Le brevet déposé par le laboratoire qui commercialise
course, une fois que les recherches ont été réalisées un médicament ou un vaccin entraîne son monopole
en amont et que tout le risque a été absorbé par des pendant vingt ans et une toute-puissance s’agissant
biotechs », dénonce Pauline Londeix. de la fixation des prix, notamment. En somme, en
3,8 milliards de dollars alloués à la R&D d’un échange des aides, le minimum serait que l’industrie
vaccin pharmaceutique soit transparente sur ses coûts de
production.
En tout, 3,8 milliards de dollars ont été alloués à la
R&D d’un vaccin contre le Covid-19 par des pouvoirs « Dans le système actuel, un cofinancement était
publics, des organisations et dons privés, selon le nécessaire car il y avait un risque que le vaccin
think tank Policy cures research, qui recense l’effort soit découvert bien après la fin de la pandémie.
financier en R&D contre le Covid-19. Ce « groupe de Sans garantie qu’il soit un jour vendu, l’industrie
réflexion indépendant reçoit des fonds de la fondation pharmaceutique ne prend pas le risque de le produire.
Bill & Melinda Gates, entre autres sources », comme En revanche, puisque le vaccin contre le Covid-19
il le précise à Mediapart. est autant financé par les États, c’est le moment de
remettre en cause la politique des brevets qui crée
Le vaccin accapare l’écrasante majorité des fonds
des monopoles et des prix indécents des produits
récoltés pour lutter contre le coronavirus, preuve des
de santé », estime Nathalie Coutinet, coautrice de
espoirs qu’il suscite. Ce à quoi s’ajoutent donc les
Économie du médicament (La Découverte, 2018).
Même écho à Genève, du côté du Global Health
Center de l’Institut des hautes études internationales
et du développement (IHEID). « L’argent public est
nécessaire pour assurer un investissement adéquat
dans la R&D et la production de vaccins Covid-19 car
les entreprises privées estiment que c’est trop risqué

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de le prendre à leur charge, assure Suerie Moon, Ces deux unions publiques-privées du Gavi et de
la codirectrice de l’IHEID. Mais bien sûr, si autant la Cepi exécutent sous les directives de l’OMS
d’argent public est investi, le politique doit exiger que la politique mondiale du vaccin, de l’amont à
l’utilisation de ces fonds se fasse en transparence pour l’aval. D’abord, elles choisissent quels laboratoires
être en mesure de déterminer le prix équitable d’un producteurs de vaccins elles financent. Par exemple,
vaccin, or ça n’est pas le cas. » la Cepi soutient neuf projets de vaccins contre le
Les 193 membres de l’ONU ont adopté le 20 Covid-19 à hauteur de 829 millions de dollars. Mais
avril une résolution (non contraignante) réclamant les militants des ONG d’accès à tous aux médicaments
un accès équitable aux futurs vaccins contre le déplorent l’opacité quant au choix des laboratoires
Covid-19 en soulignant « le rôle dirigeant crucial » subventionnés.
de l’Organisation mondiale pour la santé (OMS). Il Ensuite, ces organisations s’occupent de distribuer
revient donc à l’agence spécialisée des Nations unies ces vaccins, après avoir pré-commandé des doses
d’éviter que les accords bilatéraux conclus directement « dans le cadre d’un mécanisme d’allocation qui
entre un État et une entreprise pharmaceutique dans devra être déterminé par l’OMS », selon le Gavi. Par
une optique protectionniste ne dessinent entièrement exemple, le Gavi a réservé 300 millions de doses à
la carte de répartition des vaccins. L’OMS a pour rôle AstraZeneca pour 663 millions d’euros. « Il n’y a
de limiter la foire d’empoigne avec un délaissement aucune transparence sur le choix des laboratoires
prévisible des moins riches. producteurs ou le coût réel de production malgré les
Pour ce faire, elle a missionné deux organisations financements publics », regrette Kate Elder, spécialiste
internationales récentes et hybrides, mélangeant des en vaccination au sein de Médecins sans frontières.
acteurs publics et privés, pour répartir les aides à Tout comme le service de communication du ministère
la recherche, inciter à la production en masse des de la santé français, celui du Gavi répond à Mediapart
vaccins, et organiser la distribution des sérums contre que le choix s’est porté sur AstraZeneca, car c’est
le Covid-19.Toutes deux revendiquent une volonté « l’un des candidats les plus avancés ».
d’accessibilité à tous les vaccins. Le Gavi dispensera les injections achetées aux
La première, le Gavi, dite l’Alliance pour les vaccins, différents fabricants aux pays contributeurs et aux plus
est née en 2000. Elle compte parmi ses contributeurs pauvres. « Les doses seront réparties équitablement au
des philanthropes, principalement la fondation Bill fur et à mesure qu’elles seront disponibles entre les
& Melinda Gates, la Commission européenne et des pays autofinancés qui paieront leurs doses et les pays
gouvernements de pays pour la plupart développés en développement qui, autrement, n’auraient pas les
comme les États-Unis et des pays européens comme la moyens de payer pour le vaccin », précise le Gavi.
France, mais aussi la Russie, le Qatar, etc. En tout, 75 pays ont montré leur intérêt à participer
La Coalition for Epidemic Preparedness Innovations financièrement à des achats groupés de vaccins via
(CEPI) a, elle, été créée en 2017, en réaction à la le Gavi et la Cepi, coordonnés par l’OMS. 90 pays à
gestion catastrophique de l’épidémie d’Ebola. Elle faibles revenus verraient quant à eux leur accès aux
compte aussi parmi ses contributeurs la fondation Bill vaccins soutenu par le système de distribution mis en
& Melinda Gates, la Commission européenne, mais place. « Ensemble, ce groupe de 165 pays représente
moins de pays membres pour l’heure : seulement plus de 60 % de la population mondiale. Le groupe
l’Australie, la Belgique, le Canada, le Danemark, comprend des représentants de tous les continents et
l’Éthiopie, l’Allemagne, le Japon, le Mexique, la de plus de la moitié des économies du G20 dans le
Norvège et la Grande-Bretagne. monde », s’est félicitée l’OMS dans un communiqué
le 15 juillet.

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En revanche, les 40 % restants risquent de se soumis aux lois du marché et donc aux prix négociés
retrouver sur le bord de la route de l’accès au vaccin par les laboratoires pharmaceutiques, clairement en
contre le Covid-19 : la plupart, des pays à revenus position de force en cette période de crise sanitaire. La
intermédiaires non contributeurs, comme l’Algérie, loi du plus fort demeure.
la Colombie, le Gabon, l’Irak, la Thaïlande ou la Des concerts de stars caritatifs… Pour le
Turquie, par exemple. Ils se situent dans l’angle mort secteur pharmaceutique
de cette politique de « global access », démunis et

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