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Chapitre 9

Suites numériques

Objectifs

– Définir l’ensemble des suites réelles et étudier la structure de cet ensemble.


– Donner la définition générale de limite et ses applications
– Étudier les propriétés des limites vis à vis des opérations et de la relation d’ordre.
– Étudier le lien entre le sens de variation d’une suite et la notion de limite.
– Étendre ces différentes notions aux suites complexes.
– Définir les trois relations de comparaison entre les suites.

Plan

9 Suites numériques 104


I) Suites réelles, généralités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
1) Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
2) Vocabulaire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
3) Opérations sur les suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 105
II) Suites convergentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
1) Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
2) Premières propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 106
3) Convergence et opérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
4) Convergence et relation d’ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
III) Suites ayant une limite infinie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
1) Définition . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107
2) Limite infinie et ordre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
3) Limite infinie et opérations . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 108
IV) Théorèmes d’existence d’une limite . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
1) Suites monotones . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
2) Suites adjacentes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
3) Le théorème de BOLZANO - WEIERSTRASS . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109
V) Extension aux suites complexes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
1) Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
2) Convergence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
3) Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 110
VI) Comparaison des suites . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
1) Définitions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 111
2) Les exemples classiques . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112
3) Propriétés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 112

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Suites réelles, généralités 105

VII) Annexe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113


1) Structure d’anneau . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 113
2) Relation d’équivalence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114
VIII)Exercices . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 114

I) Suites réelles, généralités


1) Définitions
N Définition 9.1
Une suite numérique u est une application de A vers R : u : A → R, où A est une partie de N. Par
convention le réel u(n) est noté un , et la suite u est parfois notée (un )n∈A . Si la partie A est finie, on
dit que la suite u est une suite finie. L’ensemble des suites réelles définies sur A est donc l’ensemble
des applications de A vers R, c’est à dire F (A, R).

On prendra garde à ne pas confondre un qui est un réel (terme de rang n) avec (un )n∈A qui désigne
la suite u. Les suites finies présentant peu d’intérêt, on étudiera seulement le cas où A est une partie
infinie de N. On peut alors montrer qu’il est toujours possible de se ramener au cas où A = N, si bien
que dans la suite de ce chapitre on étudiera F (N, R) l’ensemble des suites réelles définies sur N.

2) Vocabulaire
– Sens de variation : soit u une suite réelle et p un entier, on dit que la suite u est :
– croissante à partir du rang p lorsque : ∀ n > p, un 6 un+1 .
– strictement croissante à partir du rang p lorsque : ∀ n > p, un < un+1 .
– décroissante à partir du rang p lorsque : ∀ n > p, un+1 6 un .
– strictement décroissante à partir du rang p lorsque : ∀ n > p, un+1 < un .
– constante (ou stationnaire) à partir du rang p lorsque : ∀ n > p, un+1 = un .
– monotone lorsque u est croissante ou bien décroissante.
– strictement monotone lorsque u est strictement croissante ou bien strictement décroissante.
Étudier le sens de variation de u peut se faire en étudiant le signe de un+1 − un , ou encore le
signe de f (un+1 ) − f (un ) où f désigne une fonction monotone.
– Suite bornée : on dit qu’une suite réelle u est :
– majorée lorsque : ∃ M ∈ R, ∀ n ∈ N, un 6 M .
– minorée lorsque : ∃ m ∈ R, ∀ n ∈ N, m 6 un .
– bornée lorsque : ∃ m, M ∈ R, ∀ n ∈ N, m 6 un 6 M (i.e. minorée et majorée).
Une suite u est bornée ssi il existe un réel M positif tel que ∀ n ∈ N, |un | 6 M .
– Suite périodique : on dit qu’une suite u est p -périodique (où p ∈ N∗ ) à partir du rang n0 lorsque :
∀ n > n0 , un+p = un .
– Suite extraite : soit u une suite réelle et soit σ : N → N une application strictement crois-
sante, alors la suite v définie par vn = uσ(n) est appelée suite extraite de u (σ étant l’extraction).
On remarquera que l’on a : ∀n ∈ N, n 6 σ(n).

3) Opérations sur les suites


Soient u et v deux suites réelles et soit λ ∈ R, on définit les suites :
– u + v : en posant pour tout n ∈ N, (u + v)n = un + vn ;
– u × v : en posant (u × v)n = un vn .
– λv : en posant (λv)n = λvn .

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Suites convergentes 106

1 1 1
– : si v ne s’annule pas à partir d’un certain rang n0 , en posant : ( )n = .
v v vn
On vérifie alors que :
– (F (N, R), +) est un groupe abélien. Son élément neutre est la suite nulle (notée 0) et l’opposé
d’une suite u est la suite (−un )n∈N (notée −u).
– La multiplication est associative, commutative, admet comme élément neutre la suite constante
(un = 1)n∈N (notée 1), et elle est distributive sur l’addition. Mais il y a des suites non nulles qui
n’ont pas d’inverse. Seules les suites u qui ne s’annulent jamais ont un inverse, et cet inverse est
1
la suite .
u
L’ensemble (F (N, R), +, ×) n’est donc pas un corps, mais seulement un anneau commutatif.
Les deux suites u et v définies par un = 1 + (−1)n et vn = 1 − (−1)n sont non nulles, mais leur produit
est la suite nulle, ceci prouve que (F (N, R), +, ×) est un anneau non intègre.

II) Suites convergentes


1) Définition
N Définition 9.2
Soit u une suite réelle et ` ∈ R, on dit que u admet comme limite ` lorsque un peut être aussi proche
(ou voisin) que l’on veut de ` pourvu que n soit assez grand, c’est à dire :
∀ ε > 0, ∃ N ∈ N, ∀ n ∈ N, n > N =⇒ |un − `| < ε
Notation : lim u = ` ou lim un = ` ou un → `.

Remarques :
– Comme |un − `| = |(un − `) − 0| = ||un − `| − 0|, on a :
lim un = ` ⇐⇒ lim un − ` = 0 ⇐⇒ lim |un − `| = 0.
– Comme ||un | − |`|| 6 |un − `|, on a : lim un = ` =⇒ lim |un | = |`| (réciproque fausse).
– Si à partir d’un certain rang on a : |un − `| 6 vn , et si vn → 0, alors lim un = `.
En effet : soit ε >, à partir d’un rang N1 on a |vn | < ε, et à partir d’un rang N2 on a |un −`| 6 vn ,
donc à partir du rang Max(N1 , N2 ) on a |un − `| < ε.
N Définition 9.3
Lorsque la suite u admet une limite finie, on dit que u est convergente, sinon on dit qu’elle est
divergente.

2) Premières propriétés
Soit u une suite réelle :
Prop. 1 : Si u admet une limite ` ∈ R, alors celle - ci est unique.
On a démontré au passage :
Prop. 2 : Si u converge vers ` et si α < `, alors à partir d’un certain rang α < un . De même, si
α > `, alors à partir d’un certain rang on a α > un .
Prop. 3 : Si u est convergente, alors u est bornée (la réciproque est fausse).
Conséquence : la suite (q n ) avec |q| > 1 est divergente car non bornée, en effet : |q| = 1 + p avec
p > 0 donc |q n | > 1 + np qui peut être aussi grand que l’on veut.
Prop. 4 : Si u converge vers `, alors toutes les suites extraites de u convergent vers `.
Cette propriété est souvent utilisée pour montrer qu’une suite u n’a pas de limite. Soit en trouvant
une suite extraite qui diverge, soit en trouvant deux suites extraites qui ne convergent pas vers la même
limite. Exemple : un = cos((n + n1 )π).
Prop. 5 : Si lim u2n = lim u2n+1 = ` ∈ R, alors lim u = `.

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Suites ayant une limite infinie 107

3) Convergence et opérations

I théorème 9.1

Soient u et v deux suites qui convergent respectivement vers ` et `0 , et soit λ ∈ R alors :


– (un + vn ) converge vers ` + `0 .
– (λun ) converge vers λ`.

I théorème 9.2

Si (un ) converge vers ` et (vn ) vers `0 alors :


– (un vn ) converge vers ``0 .
– Si ` 6= 0, alors à partir d’un certain rang la suite les termes un sont non nuls et la suite ( u1n )
1
converge vers .
`

4) Convergence et relation d’ordre

I théorème 9.3

Soient u, v et w trois suites réelles. Si u converge vers `, v converge vers `0 , et si à partir d’un
certain rang on a un 6 vn , alors ` 6 `0 (c’est le théorème du passage à la limite).

1
Pour le passage à la limite on peut avoir un < vn et ` = `0 , par exemple en prenant un = 1 − et
n
1
vn = 1 + , donc dans un passage à la limite les inégalités deviennent larges.
n

I théorème 9.4

Soient u, v et w trois suites réelles. Si u et v convergent vers ` et si à partir d’un certain rang
on a un 6 wn 6 vn , alors w converge vers ` (c’est le théorème des gendarmes ou de l’étau).

I théorème 9.5

Soient u et v deux suites réelles. Si u converge vers 0 et si v est bornée, alors lim u × v = 0.

III) Suites ayant une limite infinie


1) Définition
N Définition 9.4
Soit u une suite réelle :
– on dit que u admet comme limite +∞ lorsque un peut être aussi grand que l’on veut pourvu
que n soit assez grand, c’est à dire : ∀ A ∈ R, ∃ N ∈ N, ∀ n ∈ N, n > N =⇒ un > A.
Notation : lim u = +∞ ou lim un = +∞ ou un → +∞.

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Suites ayant une limite infinie 108

– on dit que u admet comme limite −∞ lorsque un peut être aussi petit que l’on veut pourvu que
n soit assez grand, c’est à dire : ∀ A ∈ R, ∃ N ∈ N, ∀ n ∈ N, n > N =⇒ un < A.
Notation : lim u = −∞ ou lim un = −∞ ou un → −∞.

Remarques :
– Si un → +∞ alors u n’est pas majorée.
– Si un → −∞ alors u n’est pas minorée.
– On a l’équivalence : lim un = −∞ ⇐⇒ lim −un = +∞.

Comme pour les suites convergentes, on peut montrer :


Prop. 1 : Si u admet une limite infinie, alors toutes les suites extraites de u ont la même limite que
u.
Prop. 2 : Si u2n → +∞ et u2n+1 → +∞, alors un → +∞.

2) Limite infinie et ordre

I théorème 9.6

Soient u et v deux suites réelles :


– Si lim u = +∞ et si à partir d’un certain rang on a un 6 vn , alors lim v = +∞.
– Si lim v = −∞ et si un 6 vn à partir d’un certain rang, alors lim u = −∞.
– Si lim u = +∞ (respectivement −∞) et si v est minorée (respectivement majorée), alors
lim u + v = +∞ (respectivement −∞).

3) Limite infinie et opérations

I théorème 9.7

Soient u et v deux suites de limites respectives ` et `0 dans R, et soit λ ∈ R.


– lim u + v = ` + `0 sauf si ` = +∞ et `0 = −∞ (ou l’inverse).
– lim u × v = ``0 sauf si ` = 0 et `0 = ±∞ (ou l’inverse).
– lim λu = λ` (si λ = 0 alors la suite λu est nulle).
1
– Si à partir d’un certain rang la suite u ne s’annule pas, alors la suite :
u


 1
si ` ∈ R∗

 tend vers

 `



 tend vers 0 si ` = ±∞

 tend vers + ∞ si ` = 0 et u > 0 .





 tend vers − ∞ si ` = 0 et u < 0



 n’a pas de limite dans les autres cas

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Théorèmes d’existence d’une limite 109

IV) Théorèmes d’existence d’une limite


1) Suites monotones

I théorème 9.8

Si u est une suite croissante (respectivement décroissante), alors dans R on a lim un = sup un
n∈N
(respectivement inf un ).
n∈N

Conséquences :
a) Si (un ) est croissante majorée, alors ` = sup un ∈ R et donc (un ) converge vers `, de plus
∀ n ∈ N, un 6 `. En fait si u est strictement croissante, alors ∀ n ∈ N, un < ` (car s’il y avait
l’égalité au rang N , alors la suite serait constante à partir de l’indice N ).
b) Si (un ) est décroissante minorée, alors ` = inf un ∈ R et donc (un ) converge vers `, de plus
∀ n ∈ N, un > `. En fait si u est strictement décroissante, alors ∀ n ∈ N, un > ` (car s’il y avait
l’égalité au rang N , alors la suite serait constante à partir de l’indice N ).
c) Si u est croissante non majorée, alors ` = sup un = +∞, donc un → +∞. De même, si u est
décroissante non minorée, alors un → −∞.
d) Une suite monotone est donc convergente ssi elle est bornée.

2) Suites adjacentes
N Définition 9.5
Soient u et v deux suites, on dit qu’elles sont adjacentes lorsque l’une est croissante, l’autre décroissante
et lim un − vn = 0.

I théorème 9.9

Deux suites adjacentes sont nécessairement convergentes et convergent vers la même limite.

I théorème 9.10 (des segments emboîtés)

Soit (In = [an ; bn ])n∈N une suite de segments emboîtés (i.e.∩ In+1 ⊂ In ), l’intersection des
intervalles In est non vide. De plus, si lim bn − an = 0, alors In est un singleton.
n∈N

3) Le théorème de BOLZANO - WEIERSTRASS

I théorème 9.11 (de Bolzano1 - Weierstrass2 )

Si u est une suite réelle bornée, alors on peut en extraire une suite convergente.

1
BOLZANO Bernhard (1781 – 1848) : mathématicien et philosophe tchèque.
2
WEIERSTRASS Karl (1815 – 1897) : mathématicien allemand parfois surnommé le père de l’analyse moderne.

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Extension aux suites complexes 110

V) Extension aux suites complexes


1) Définitions
On adopte la même définition et les mêmes notations que pour les suites réelles, une suite complexe
est donc une application u : N → C, l’ensemble des suites complexes est F (N, C).
– Si u est une suite complexe, on pose pour tout entier n, an = Re(un ) et bn = Im(un ), alors les
suites a et b sont des suites réelles, avec un = an + ibn . La suite a est appelée partie réelle
de u et notée a = Re(u), la suite b est appelée partie imaginaire de u et notée Im(u).
– La suite conjuguée de u est notée u et définie par un = an − ibn√ .
– La suite module de u est notée |u| est définie par |u|n = |un | = a2n + b2n .
– Soit σ : N → N une application strictement croissante, la suite (uσ(n) ) est appelée suite extraite
de u et on a uσ(n) = aσ(n) + ibσ(n) .
– On dit que la suite complexe u est bornée lorsque sa partie réelle a et sa partie imaginaire b sont
des suites réelles bornées. Ceci revient à dire que la suite |u| est majorée.
– On définit dans F (N, C) les mêmes opérations que pour les suites réelles : addition, multiplication
et produit par un complexe. On trouve de même que (F (N, C), +, ×) est un anneau commutatif
non intègre.

2) Convergence
N Définition 9.6
Soit u une suite complexe, a = Re(u), b = Im(u) et soit ` = α + iβ un complexe. On dira que la suite
u converge vers ` lorsque la suite a tend vers α dans R et la suite b vers β.

3) Propriétés
Connaissant les propriétés de suites réelles convergentes, on peut en déduire celles des suites com-
plexes convergentes en raisonnant sur les parties réelles et imaginaires :
– Toute suite convergente est bornée.
– Si u converge vers ` ∈ C, alors toute suite extraite de u converge vers `.
– Si u converge vers ` ∈ C et v converge vers `0 ∈ C, alors u + v → ` + `0 , uv → ``0 et ∀ λ ∈
C, λu → λ`.
1 1
– Si u → ` ∈ C∗ , alors à partir d’un certain rang un 6= 0 et → .
u `
– Si u converge vers ` ∈ C, alors la suite u converge vers ` et la suite |u| converge vers |`|.
– Si u est bornée alors on peut en extraire une suite convergente (Bolzano - Weierstrass).

I théorème 9.12

La suite complexe u converge vers ` = α + iβ si et seulement si :

∀ ε > 0, ∃ N ∈ N, ∀ n ∈ N, n > N =⇒ |un − `| < ε.

Si un → ` dans C, et si u est à valeurs réelles, alors la suite (bn ) est la suite nulle, or bn → Im(`),
donc Im(`) = 0, c’est à dire ` ∈ R.

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Comparaison des suites 111

VI) Comparaison des suites


1) Définitions
N Définition 9.7
Soient (un ), (vn ) et (εn ) trois suites telles qu’à partir d’un certain rang un = vn εn . On dit que :
– un est dominée par vn lorsque la suite (εn ) est bornée. Notation : un = O(vn ).
– un est négligeable devant vn lorsque εn → 0. Notation : un = o(vn ).
– un est équivalente à vn lorsque εn → 1. Notation : un ∼ vn .

I théorème 9.13 (Caractérisations)

Lorsque la suite v ne s’annule pas à partir d’un certain rang :


u
– un = O(vn ) ssi la suite est bornée.
v
un
– un = o(vn ) ssi lim = 0.
vn
un
– un ∼ vn ssi lim = 1.
vn

Remarques :
a) un = O(1) signifie que la suite (un ) est bornée [donc O(vn ) = vn × O(1)].
b) un = o(1) signifie que un → 0 [donc o(vn ) = vn × o(1)].
c) Si un = o(vn ) alors un = O(vn ).
d) Si un ∼ vn alors un = O(vn ).
e) Si un = o(vn ) et vn = o(wn ), alors un = o(wn ) (transitivité).
f) Si un = O(vn ) et vn = O(wn ), alors un = O(wn ) (transitivité).
g) un ∼ vn ⇐⇒ un − vn = o(vn ).

I théorème 9.14

La relation « ... est équivalente à ... » est une relation d’équivalence dans F (N, C), c’est à dire
qu’elle est réflexive, symétrique et transitive. De plus :
– Si ` ∈ C et si un ∼ ` alors un → ` [réciproque vraie lorsque ` ∈ C∗ ].
– Si un = o(vn ) alors un + vn ∼ vn .
¯ ¯ ¯ ¯
¯ un+1 ¯ ¯ vn+1 ¯
¯
– Si (un ) et (vn ) sont à termes non nuls et si à partir d’un certain rang on a ¯ ¯ 6 ¯ ¯,
un ¯ ¯ vn ¯
alors un = O(vn ) [comparaison logarithmique].

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Comparaison des suites 112

2) Les exemples classiques

I théorème 9.15 (des croissances comparées)

Soient α, β ∈]0; +∞[ : ( )


( ) 1 1
– Si α < β alors : nα = o nβ et β
=o α .
( ) n n
– [ln(n)]α = o nβ .
( ) ( β)
– nα = o enβ et nα = o en .
– ∀ a ∈ R, an = o(n!) et donc nα = o(n!).
– n! = o(nn ).

I théorème 9.16 (les équivalents classiques)

Soit (un ) une suite de limite nulle, alors ;

sin(un ) ∼ un ; eun − 1 ∼ un ; ln(1 + un ) ∼ un


.
1
tan(un ) ∼ un ; 1 − cos(un ) ∼ u2n ; (1 + un )α − 1 ∼ αun
2

p
– Soit P (x) = ak xk une fonction polynomiale avec ap 6= 0, alors P (n) ∼ ap np (équivalence
k=0
avec le terme de plus haut degré).
P (x)
– Soit Q(x) = une fraction rationnelle avec ap xp le terme de plus haut degré de P
R(x)
ap p−r
(ap 6= 0) et br xr celui de R (br 6= 0), alors Q(n) ∼ n (équivalence avec le rapport des
br
termes de plus haut degré).

3) Propriétés

I théorème 9.17

Soient u et v deux suites,


– Si un ∼ vn et si lim vn = ` ∈ R, alors lim un = `.
– Si un ∼ vn et si an ∼ bn , alors un an ∼ vn bn (compatibilité avec la multiplication).
1 1
– Si un ∼ vn et si v ne s’annule pas à partir d’un certain rang, alors ∼ (compatibilité
un vn
avec le passage à l’inverse).

1
Il n’y a pas compatibilité avec l’addition en général, par exemple : n + sin( ) ∼ n et −n ∼ 1 − n,
n
1
mais sin( ) n’est pas équivalent à 1.
n
Ces propriétés sont utiles pour les calculs de limites qui ne peuvent pas être faits directement : on
essaie de se ramener à un équivalent plus simple (s’il y en a ...) dont on sait calculer la limite.

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Annexe 113

VII) Annexe
1) Structure d’anneau

N Définition 9.8
Un anneau est un ensemble A muni de deux lois de composition internes : une addition et une
multiplication, qui vérifient :
– (A, +) est un groupe abélien.
– La multiplication :
– est associative,
– admet un élément neutre (noté 1).
– est distributive sur l’addition.
Si de plus la multiplication est commutative, on dit que (A, +, ×) est un anneau commutatif.

Règles de calculs dans un anneau : soit (A, +, ×) un anneau,


a) ∀ x ∈ A, x × 0 = 0 × x = 0.
b) ∀ x, y ∈ A, −(x × y) = (−x) × y = x × (−y).
c) ∀ x, y ∈ A, si x et y sont inversibles (pour la multiplication), alors x × y est inversible est
(x × y)−1 = y −1 × x−1 .
d) ∀ x, y ∈ A, si x et y commutent (i.e. x × y = y × x), alors on peut utiliser la formule du binôme,
c’est à dire :
∑n ∑
n
∀ n ∈ N, (x + y)n = Ckn .xk × y n−k = Ckn .xn−k × y k .
k=0 k=0

Avec la convention, si n ∈ Z et x ∈ A :


 x + · · · + x (n fois) si n > 0


n.x = 0 si n = 0 et



 (−x) + · · · + (−x) (−n fois) si n < 0



 x × · · · × x (n fois) si n > 0


xn = 1 si n = 0



 x−1 × · · · × x−1 (−n fois) si n < 0 et x inversible

I théorème 9.18 (Groupe des inversibles)

Soit (A, +, ×) un anneau, l’ensemble des inversibles de A est noté U(A), cet ensemble est un
groupe multiplicatif. (U(A), ×) est appelé groupe des unités de A.

N Définition 9.9
Soit (A, +, ×) un anneau. On dit que A est un anneau intègre lorsque le produit de deux éléments non
nuls est toujours non nul, sinon on dit que A est un anneau non intègre.

Dans un anneau intègre, un produit de facteurs est nul ssi au moins un des facteurs est nul.

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Exercices 114

2) Relation d’équivalence

N Définition 9.10
Soit E un ensemble et R une relation de E dans E, on dit que R est une relation d’équivalence
lorsqu’elle est réflexive, symétrique et transitive. Si c’est le cas, alors pour tout élément a de E, on
appelle classe de a l’ensemble des x ∈ E en relation avec a, notation : Cl(a) = {x ∈ E / xRa}.

I théorème 9.19

Si R est une relation d’équivalence dans E, alors :


– ∀ a, b ∈ E, Cl(a) = Cl(b) ⇐⇒ aRb.
– Les classes d’équivalence forment une partition de E, c’est à dire :
– Les classes d’équivalence sont des parties de E non vides et deux à deux disjointes.
– La réunion des classes d’équivalence est égale à E.

VIII) Exercices
F Exercice 9.1
Soit u une suite et ` ∈ R, interpréter les assertions suivantes :
a) ∀ ε > 0, ∀ N ∈ N, n > N =⇒ |un − `| < ε.
b) ∀ ε > 0, ∃ N ∈ N, n > N =⇒ |un − `| < ε.
c) ∃ ε > 0, ∀ N ∈ N, n > N =⇒ |un − `| < ε.
d) ∃ ε > 0, ∃ N ∈ N, n > N =⇒ |un − `| < ε.
e) ∀ N ∈ N, ∃ ε > 0, n > N =⇒ |un − `| < ε.
f) ∃ N ∈ N, ∀ ε > 0, n > N =⇒ |un − `| < ε.

F Exercice 9.2
Étudier la suite u dans les cas suivants :
π
a) u0 = 1 et ∀ n ∈ N, un+1 = ln(1 + un ). b) u0 = et ∀ n ∈ N, un+1 = sin(un ).
4
e−un
c) u0 ∈ R et ∀ n ∈ N, un+1 = 1 − cos(un ). d) u0 ∈ R et ∀ n ∈ N, un+1 = .
n+1
e) u0 = 3 et ∀ n ∈ N, un+1 = e−un . f) u0 = 3 et ∀ n ∈ N, un+1 = un e−un .

F Exercice 9.3
∑n 1 ∑n 1
Pour n > 1, on pose : un = − ln(n) et vn = − ln(n + 1).
k=1 k k=1 k
1 1 1
a) Montrer que : ∀ n > 1, 6 ln(1 + ) 6 .
n+1 n n
b) En déduire que u et v sont adjacentes, on notera γ leur limite commune (constante
d’Euler).
1
c) Montrer que pour n > 1, 0 6 un − γ 6 , en déduire une valeur approchée de γ à 10−2
n
près..
∑n 1
d) Montrer que : ∼ ln(n).
k=1 k

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Exercices 115

F Exercice 9.4
an + bn 2
Soient a et b les suites définies par : a0 = 1, b0 = 2 et ∀ n ∈ N, bn+1 = et =
2 an+1
1 1
+ . Montrer que les suites a et b sont bien définies sur N et qu’elles sont adjacentes.
an bn
Calculer la limite commune.

F Exercice 9.5
4un + 2
Soit u la suite définie par u0 ∈ R \ {−5} et ∀ n ∈ N, un+1 = = f (un ).
un + 5
a) Montrer que l’équation f (x) = x admet deux solutions a et b (avec a < b). Étudier la
suite lorsque u0 = a puis u0 = b.
un − b
b) On suppose que u0 ∈ / {a, b} et que un est défini pour tout n. On pose vn = . Étudier
un − a
la nature de la suite v. En déduire l’expression de un en fonction de n. Soit k ∈ N∗ , pour
quelle valeur de u0 a - t - on uk = −5 ?
c) Faire le bilan en fonction de u0 .

F Exercice 9.6
5 7un − 12
Soit u la suite définie par u0 6= et ∀ n ∈ N, un+1 = = f (un ).
3 3un − 5
a) Montrer que l’équation f (x) = x admet une seule solution a. Étudier la suite lorsque
u0 = a.
1
b) On suppose que u0 6= a et que un est défini pour tout n. On pose vn = . Étudier
un − a
la nature de la suite v. En déduire l’expression de un en fonction de n. Soit k ∈ N∗ , pour
5
quelle valeur de u0 a - t - on uk = ?
3
c) Faire le bilan en fonction de u0 .

F Exercice 9.7
Étudier les suites complexes définies par :
a) u0 ∈ C et ∀ n ∈ N, un+1 = aun + b où a ∈ C∗ \ {1} et b ∈ C∗ (suites arithmético -
géométriques).
2un − 4
b) u0 ∈ C et ∀ n ∈ N, un+1 = .
un + 4

F Exercice 9.8
Déterminer, si elle existe, la limite de (un ) dans les cas suivants :

an − bn E(nx) n2 + cos(n) 1000n + n! (8n3 + 1)1/3 − 2n


un = (a, b > 0); ; ; ;
an + bn n 2n + (−1)n n1000 + en (n3 + 1)1/3 − n


n
1 ∑
n
1 ∑
n
E(kx) ∑ 1
n

; ; ; ; u n est la n-ième décimale de 2.
n2 + k Ckn n2 n+k
k=1 k=1 k=1 k=1

F Exercice 9.9
π
Pour n ∈ N, montrer qu’il existe un unique réel xn ∈ [nπ; nπ + ] tel que tan(xn ) = xn . Trouver
2 ( )
b 1
un équivalent simple de la suite (xn ). Trouver deux réels a et b tels que xn = nπ+a+ +o .
n n

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Exercices 116

F Exercice 9.10
Pour n > 2 on pose gn (t) = tn + t − 1. Montrer que gn s’annule une seule fois dans ]0; +∞[ en
un certain réel que l’on notera tn . Étudier la suite (tn ).

F Exercice 9.11
∫ 1
xn ln(2)
Soit u la suite définie par : un = dx. Montrer que un ∼ .
0 1 + xn n

F Exercice 9.12
∑n (−1)k−1
Pour n > 1, on pose Sn = , un = S2n et vn = S2n+1 .
k=1 k
a) Montrer que les suites (un ) et (vn ) sont adjacentes.
b) En déduire que (Sn ) est convergente.

F Exercice 9.13
Trouver un équivalent simple à la suite :
( )
1 π 1 n
a) un = ln(sin( )); b) un = tan( + ) ;
n 3 n


n √ √ √ √
1
c) un = √ ; d)un = n+ n2 +1− n+ n2 − 1.
k=1
n3 + k

F Exercice 9.14
Soient a, b, c trois complexes tels que a 6= 0 et c 6= 0. On étudie les suites complexes (un ) qui
vérifient la relation : (E) : ∀n ∈ N, aun+2 + bun+1 + cun = 0.
a) Montrer que la suite géométrique (q n ) vérifie la relation (E) si et seulement si q est
solution de l’équation ax2 + bx + c = 0 (appelée équation caractéristique).
b) Soit λ1 et λ2 les solutions complexes de l’équation caractéristique.
i) En déduire que (un ) vérifie la relation (E) ssi il existe deux complexes α et β tels
que :
– ∀n ∈ N, un = αλn1 + βλn2 , lorsque λ1 6= λ2 .
– ∀n ∈ N, un = (α + nβ)λn1 , lorsque λ1 = λ2 .
c) On suppose dans cette question que a, b, c ∈ R, avec a 6= 0 et c 6= 0.
i) Montrer que les suites réelles vérifiant la relation (E) sont les parties réelles des
suites complexes vérifiant (E).
ii) Un exemple : déterminer les suites réelles (un ) vérifiant ∀n ∈ N, un+2 − un+1 + un =
0.

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Exercices 117

F Exercice 9.15
La méthode de Newton : Soit f une fonction continue dérivable sur un intervalle I telle que
l’équation f (x) = 0 possède une seule solution ` dans I et telle que f 0 ne s’annule pas. Pour
obtenir des valeurs approchées de `, on construit une suite (xn ) de la manière suivante : on
choisit x0 dans I (pas trop loin de ` si possible), puis pour n ∈ N, on note xn+1 l’abscisse du
point d’intersection de l’axe (Ox) avec (Tn ) la tangente à Cf au point d’abscisse xn . La théorie
montre que sous certaines hypothèses la suite (xn ) converge vers `.
a) i) Faire une figure illustrant la construction des trois premiers termes de la suite.
f (xn )
ii) Montrer que la suite (xn ) vérifie la relation : ∀n ∈ N, xn+1 = xn − 0 .
f (xn )
Dans la suite, on applique cette méthode au calcul approché de racines carrées : soit

a > 0,on pose f (x) = x2 − a sur l’intervalle I = [0; +∞[, on a donc ` = a. On pose
 a si a > 1
x0 = .
 a + 1 sinon
2

x2n + a
b) Vérifier que xn+1 = .
2xn
x2 + a
c) Étudier les fonctions F : x 7→ et g : x 7→ F (x) − x sur l’intervalle I.
2x

d) En déduire que la suite (xn ) est décroissante, minorée et qu’elle converge vers a.

xn − a
e) On pose pour n ∈ N, vn = √ . Montrer que vn+1 = vn2 , en déduire que :
xn + a
√ n
|xn − a| 6 2x0 (v0 )2 avec |v0 | < 1.
( )2 n
1 √
f) Exemple : avec a = 2, montrer que |xn − 2| 6 4 . À partir de quelle valeur N
√ 3 −6
est-on sûr que xN est une valeur approchée de 2 à 10 près ? Écrire un algorithme
permettant le calcul de xN , donner le résultat.

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