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Fiche 3 – Le libre-échange assure croissance et développement

L’analyse libérale

Partie 1 – Les limites du protectionnisme

I. Le protectionnisme freine la croissance

Les auteurs libéraux considérant que le protectionnisme débouche sur une situation sous-optimale :
ll’expérience des années 30 a montré que le pays qui met sur pied une politique protectionniste afin de
protéger son industrie nationale va subir à son tour des mesures de rétorsion de la part de ses
partenaires étrangers, ce qui risque de déboucher sur une généralisation du protectionniste, qui ne
peut que freiner la croissance et détruire des emplois

A. Les effets négatifs du protectionnisme sur la demande

1. Des PDEM

Le protectionnisme a un coût pour le consommateur, puisque cela augmente le prix du produit. Cette mesure a donc détérioré le
pouvoir d’achat des consommateurs les plus défavorisés qui ont du payer plus cher des produits bas de gamme que les PVD leur
auraient procuré à un prix beaucoup plus réduit.

Pour un exemple sur le protectionnisme du textile au Canada : ici

2. Des pays émergents

Les pays d’Asie du Sud-Est ne sont pas aujourd’hui seulement source de destruction d’emplois ; ils représentent la zone qui
connaît la plus forte croissance économique et qui fournit donc des débouchés à nos entreprises, en particulier dans les secteurs à
forte valeur ajoutée dans lesquels l’industrie française est en train de se spécialiser (ex : T.G.V. en Corée du Sud ) . Fermer nos
frontières c’est se priver des débouchés dans cette zone et donc se priver d’emplois.

B. Les effets négatifs du protectionnisme sur l’offre

1. Des PDEM

L’application de mesures protectionnistes en maintenant artificiellement des emplois dans des secteurs où elle n’est plus
compétitive ( ex : textile ) retarderait une spécialisation sur les secteurs les plus dynamiques , qui (comme l’ a montré Lafay)
nécessite d’opérer des choix . La France ne pouvant être présente sur tous les marchés, il faut qu’elle opère une stratégie de
spécialisation qui dynamisera sa croissance économique Sauvegarder des emplois dans les secteurs traditionnels, c’est au contraire
perpétuer une spécialisation sur les produits où l’on se concurrence par la compétitivité-prix ; c’est donc à terme détériorer la
compétitivité structurelle de l’industrie française qui rejoindrait le rang des pays intermédiaires en quittant celui des PDEM

2. Des pays émergents

La politique protectionniste est donc néfaste pour le pays qui l’applique, mais elle risque en outre de freiner le développement des
PVD En effet, les PVD n’ayant pas de marché intérieur suffisamment solvable pour assurer un décollage économique (cf. cercle
vicieux de Nurske et échec de la stratégie de l’industrialisation par substitution d’importations ) sont obligés d’appliquer une
stratégie de promotion des exportations leur permettant , en particulier , de rembourser les dettes qui ont été nécessaires pour
financer les investissements assurant le take off . Les PDEM ne peuvent avoir un double langage : souhaiter le décollage des PVD
et en même temps par des mesures protectionnistes leur interdire d’y accéder

Conclusion :Le protectionnisme un jeu à somme négative

Une politique protectionniste n’est donc pas neutre économiquement, elle engendre une redistribution des revenus des
consommateurs qui perdent du pouvoir d’achat suite à la hausse des prix vers les producteurs qui maintiennent artificiellement des
prix élevés. Elle représente donc un jeu à somme nulle. Le jeu est même à somme négative, si comme le montre l’exemple de
l’industrie textile canadienne , les barrières douanières incitent les producteurs à se spécialiser vers les produits les moins
porteurs , laissant ainsi à leurs concurrents étrangers les spécialisations les plus dynamiques
Un diaporama sur les avantages et les inconvénients du protectionnisme ici

II. Le protectionnisme empêche le développement

Dans les années 60, les pays décolonisés mettent en place des stratégies de développement basées sur le protectionnisme . Ces
stratégies se révèleront un échec

A. L’industrialisation par substitution d’importations ( ISI)

1. Présentation de la stratégie

- Comme le pays est en retard par rapport aux PDEM, il n’est pas
compétitif au niveau des produits industriels
- Pour permettre à l’industrie de se développer,il faut mettre en
place une protection douanière
- Les produits du pays remplacent alors les produits importés

Pour en savoir plus :

2. Les résultats

La stratégie d’ISI qui recherchait un développement autocentré a paradoxalement rendu les pays plus
dépendants des PDEM. En effet, pour lancer l’industrialisation il faut faire appel aux technologies des
pays du Nord, donc s’endetter (puisque les capacités d’épargne sont limitées). . Mais la surévaluation
des monnaies rend les produits moins compétitifs, donc réduit les capacités exportatrices des pays ,
donc les entrées de devises qui leur permettraient de rembourser la dette .

B. Les industries industrialisantes

Remarque : Cette stratégie présente de nombreux points communs avec celle de l’ISI, dont elle est
fréquemment complémentaire.

1. Présentation

- On considère que la spécialisation dans les produits agricoles ou miniers n’assure pas le
développement: l’insertion des PVD dans la DIT traditionnelle ne permet ni la croissance ni le
développement
- Il faut alors développer les seules industries qui assurent le développement : les
industries industrialisantes, c’est-à-dire celles des biens d’équipement
- Pour cela, il faut développer une protection douanière

Pour en savoir plus : ici

2. Les résultats

Ces stratégies se sont aussi souvent révélées inadaptées aux besoins de pays :
- La production effectuée est de mauvaise qualité et est excessive par rapport à la demande

- en effet , les stratégies d’industries industrialisantes ont supposé qu’un développement des
capacités de production résultant d’un effort d’investissement très élevé engendrerait un
cercle vertueux ( une croissance économique tirant l’ensemble du tissu productif ) . Or , les
capacités d’absorption des PVD sont limitées , et les projets souvent pharaoniques qui ont été
lancés sous-utilisés , ce qui engendre des déséconomies d’échelle , une hausse des coûts et
donc des prix . Une solution envisageable aurait pu être de réorienter les capacités de
production vers l’exportation. Mais ceci n’est guère réaliste , non seulement car ces stratégies
voulaient rompre avec l’extraversion , mais aussi parce qu’elles étaient implantées dans des
secteurs dits industrialisants ( sidérurgie , métallurgie , ... ) qui se caractérisent par une
surproduction au niveau mondial , résultant d’une stagnation de la demande
- les industries industrialisantes se caractérisent par un investissement massif dans les secteurs
hautement capitalistiques, qui ne permettent pas d’absorber l’excédent de main-d’oeuvre et
génèrent donc du chômage .

Pour d’autres analyses tiers-mondistes :

- la thèse des technologies appropriées ici


- le rôle important de l’Etat : ici
- Un diaporama de prépa du lycée Aliénor d’Aquitaine sur les stratégies de développement : ici

Partie 2 – Le libre-échange assure croissance et développement

I. Les explications théoriques

A. Les analyses traditionnelles

1. Le libre-échange assure la croissance :l’analyse de Ricardo

- les pays se spécialisent dans la production où ils ont un avantage comparatif


- c’est-à-dire là où la productivité est la plus forte
- les facteurs de production sont alors utilisés dans les activités où la productivité est la plus
élevée
- la production augmente don

2. Le libre-échange assure le développement et la réduction des inégalités entre pays

a. L’analyse de J.S.Mill

Selon J.S.Mill,les pays pauvres sont les grands gagnants de l’échange international. En effet, ils se
caractérisent :
- par des capacités de production généralement plus réduites que celles des pays riches, en
raison de la faiblesse de leurs capacités d’investissement
- par une demande plus faible en raison de la faiblesse du revenu des ménages.
- Ainsi, les marchés dans lesquels sont spécialisés les pays pauvres se caractérisent par une
sous-production déterminant une hausse des prix alors que ceux des pays riches connaissent
une surproduction (résultant de la forte capacité de production du pays riche et de la faible
capacité d’absorption du pays pauvre) engendrant une baisse des prix.

Dans l’optique libérale qui va de Smith à HOS, le libre-échange est optimal et conduit à une
amélioration du bien-être de tous les échangistes .En effet, les pays ayant basé leur spécialisation sur
des dotations factorielles complémentaires ont intérêt à laisser librement entrer les produits, car il
bénéficie ainsi de biens de meilleure qualité à des prix plus réduits, ce qui améliore la satisfaction des
consommateurs

b. L’analyse d’Hecksher-Ohlin-Samuelson :Une égalisation de la rémunération des


facteurs

le principe :HOS vont chercher à montrer comme l’écrit Sandretto que : « En dépit de l’immobilité
internationale des facteurs de production , leur rémunération tendrait néanmoins à s’égaliser dans tous
les pays sous l’influence du commerce international des marchandises »

explication du modèle :
- à l’origine le pays s’est spécialisé dans la production qui utilisait intensément le facteur le plus
abondant donc le moins cher ; mais, suite à cette spécialisation , l’utilisation du facteur
abondant va s’intensifier , ce qui à terme va augmenter son coût : le facteur devenant plus
rare .
- Au contraire le facteur rare voit son utilisation diminuer puisque le pays importe les biens
nécessitant son utilisation, le facteur rare devient alors plus abondant et donc moins coûteux.

Répercussions positives : Le développement des échanges internationaux réduit donc les


différences de rareté relative ; il rend moins abondant le facteur pléthorique, atténue la rareté relative
du facteur rare, de ce fait le libre-échange tend à réduire les disparités, de pays à pays, des
rémunérations des facteurs. Sandretto peut en conclure : « ce théorème d’HOS implique que, sous
l’effet du commerce international, les taux de profit deviennent égaux partout et que le pouvoir d’achat
des travailleurs s’égalise dans tous les pays, aux Etats-Unis comme au Bangladesh ou en Ethiopie », ce
qui conduirait progressivement à un phénomène de convergence des économies.

Pour le théorème de Stolper-Samuelson qui complète la théorie d’HOS

B. L’apport des nouvelles théories de la croissance

Les nouvelles théories de la croissance semblent rendre le libre-échange plus nécessaire que jamais :
- la théorie de la croissance endogène montre que, plus l’accumulation du progrès technique et
des connaissances est élevée, plus forte sera la croissance potentielle, le resserrement des
liens économiques entre les pays accroît la propagation des techniques, réduit le risque de
duplication d’activités de R-D et génère donc une croissance économique plus forte.
- afin de réduire leurs coûts de production, les entreprises cherchent à bénéficier de
rendements d’échelle qui nécessitent une augmentation des débouchés qui n’est réalisable
que par le développement du libre-échange et l’instauration du marché mondial.
- le libre-échange réduit les distorsions de prix en homogénéisant les prix des entreprises
fabriquant les mêmes produits. Dès lors, les entreprises vont être incitées à investir sur les
marchés les plus porteurs, ce qui conduira à une amélioration de l’efficience économique et
donc à terme de la croissance économique

Le rapport de l’OMC de 1998 explicitant la relation entre libéralisation des échanges et croissance économique dans les
analyses traditionnelles et modernes ici

II. L’exemple des pays d’Asie du sud-est : la stratégie de promotion des exportations

A la fin des années 50, les meilleurs experts de l’ONU prévoyaient un avenir brillant au Congo belge riche en matières premières
et était très pessimiste pour la Corée du Sud. Or, depuis 60, le revenu par tête du Zaïre, ex Congo belge, a régressé de plus de 2 %
par an , alors que celui de la Corée du Sud a progressé de plus de 7% par an .Cela s’explique par l’adoption par la Corée d’une
stratégie cde promotions d’exportations .
A. Constat

Une étude de la Banque mondiale comparant les résultats de 41 pays orientés vers l’intérieur et vers l’extérieur constate que les
résultats en terme de taux de croissance, de taux d’épargne, d’inflation et de création d’emplois sont d’autant plus satisfaisants que
le taux d’ouverture ( X+M / 2 PIB ) x 100 est élevé .

Pour la comparaison des résultats des deux stratégies : ISI et SPE


Comme l’indique G.GRELET , le passage du paradigme de l’introversion ( stratégie d’ISI ) à celui d’extraversion ( stratégie de
SPE ) s’explique par l’analyse des résultats comparés des 2 modèles :
• « les grands pays introvertis comme l’Inde ou la Chine ne connurent (dans les années 70) que des résultats médiocres .
• A l’opposé, quelques pays très extravertis comme Taiwan , Hong Kong ou Singapour réussirent des percées fulgurantes
dans un contexte international par ailleurs difficile » .

B. Explications

1. Une stratégie basée sur l’analyse libérale

La stratégie de SPE prend le contre-pied systématique de celle d’ISI. Gillis écrit ainsi : « une
prescription utile pour les politiques de SPE est de faire tout ce qui est évité par le régime de
substitution d’importations. » Les gouvernements vont ainsi appliquer :

a. des politiques de dévaluation compétitive

Elles vont, à la fois leur permettre d’améliorer :


• la compétitivité-prix de leurs produits donc d’augmenter les exportations
• mais aussi, selon Balassa, permettre une substitution d’importations (plus forte
paradoxalement que dans la stratégie d’ISI). Car, les produits nationaux sont moins chers
que les produits importés (grâce à la dévaluation et aux économies d’échelle permises par le
développement des exportations).

b. une réduction des tarifs douaniers


Celle-ci incite les entrepreneurs nationaux à se spécialiser en fonction de leurs avantages comparatifs,
c’est-à-dire principalement dans le cas des NPI d’Asie dans les industries utilisant intensément la main-
d’oeuvre nombreuse et qualifiée dont ils disposent à faible coût. L’allocation des ressources est donc
beaucoup plus optimale qu’elle ne l’est dans la stratégie d’ISI

c. des prix reflétant les raretés relatives

Ce dernier point est d’autant plus renforcé que les gouvernements s’efforcent de mettre en place des
prix ( des biens , des services et des facteurs de production ) qui reflètent les raretés relatives . On a en
effet, constaté, selon J.Brasseul , que s’il ne s’agit pas d’une condition suffisante au développement ,
remettre de l’ordre dans les prix constitue un point de départ indispensable , une condition nécessaire .

Cette stratégie semble donc reposer sur une logique libérale, puisqu’elle repose apparemment sur la
théorie des avantages comparatifs de Ricardo, qui énonce que chaque pays a intérêt à se spécialiser
dans la production du bien pour lequel il dispose d’un avantage par rapport à ses concurrents.

Pour en savoir plus : ici

2. mais adaptée au cas des pays d’Asie du sud-est

Or, les NPI d’Asie :


- ne disposaient pas de ressources naturelles leur permettant de développer une spécialisation dans l’exportation de
matières premières. Comme ils disposent, de plus , d’une population relativement restreinte ( en particulier Hong Kong
et Singapour qui sont des pays villes ) , la production pour le marché intérieur et les stratégies d’ISI qui furent
appliquées à la fin des années 50 montrèrent rapidement leurs limites .
- La seule solution qui s’imposait à eux (la notion de volontarisme est donc à relativiser) est d’utiliser leur seule richesse,
c’est-à-dire leur main d’oeuvre pour produire des biens nécessitant une utilisation intensive du travail à destination des
PDEM (le textile, l’électronique, ...)

Ces pays suivaient, avec 20 ans de retard, la stratégie développée par le Japon. Comme celui-ci , la réussite du modèle ( basé
contrairement au modèle allemand du XIX° siècle et soviétique du XX° sur les industries de consommation , comme l’Angleterre
au XVIII° ) a engendré une augmentation du coût du travail , au fur et à mesure du développement ( les NPIA appartiennent
aujourd’hui à l’OCDE et sont donc des pays développés ) , donc a nécessité une adaptation . Conformément au modèle japonais ,
les NPIA ont donc délocalisé les productions nécessitant beaucoup de main d’oeuvre vers les tigres d’Asie ( Thaïlande , Indonésie
, ... ) et ont opéré une stratégie de remontée de filières qui permet à la fois de s’implanter sur des marchés à plus forte valeur
ajoutée et d’opérer une industrialisation plus complète de leur tissu productif ( la spécialisation passant des biens de
consommation courants aux biens de consommation élaborés et aux biens d’équipement ).

Pour voir les stratégies traditionnelles du développement :

- le rôle central de l’investissement : ici


- le rôle des progrès agricoles : ici
- l’appel au financement extérieur : ici

III. La libéralisation des échanges internationaux par le GATT et l’OMC

Constat : il y a eu un cercle vicieux dépressionniste engendré en particulier par la multiplication des barrières protectionnistes
durant l’entre-deux guerres qui a freiné l’expansion du commerce mondial et donc la croissance économique ,

Solution : les grands pays développés ont, dès la fin de la guerre, signé un accord ( le GATT en 47 ) qui avait pour objectif
affirmé de favoriser le plein emploi et la croissance économique par le développement des échanges internationaux assurés par
une diminution des barrières protectionnistes .
Résultat : l ‘objectif a été atteint puisque les tarifs douaniers moyens des produits industriels dans les PDEM sont passés de 40 %
à 5 % en 90

Nouveau débat : mais, suite à l’entrée en crise, la tentation protectionniste est réapparue dès les années 70 par l’imposition de
barrières non tarifaires . Les pays signataires de l’accord du GATT devaient alors décider :
• s’ils voulaient comme dans les années 30 engager une guerre protectionniste qui bloquerait la croissance économique
• ou au contraire s’ils désiraient, par une libéralisation accrue des échanges internationaux (portant non plus seulement sur des
barrières tarifaires mais aussi sur des barrières non tarifaires , portant non plus seulement sur l’industrie mais aussi sur les
services et l’agriculture ) dynamiser le commerce mondial et assurer ainsi une sortie de crise

Solution : c’est dans cette perspective qu’ont été menées les discussions de l’Uruguay Round qui ont débouché sur la création de
l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) en 1995

Une vidéo d’écodico de BNP Paribas sur l’OMC : ici

Pour en savoir plus un sur le GATT et l’OMC, un article de E .Combe dans les cahiers français ici