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Marxisme
Le marxisme est un courant de pensée politique, sociologique et économique fondé sur les idées de Karl Marx
(et dans une moindre mesure de Friedrich Engels) et de ses continuateurs. Politiquement, le marxisme repose
sur la participation au mouvement réel de la lutte des classes, afin de parvenir à une société sans classes en tant
qu'étape succédant au capitalisme.
En effet, Karl Marx considère que « l’émancipation des travailleurs
1
doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes » , donc que c'est par
l'action collective que l'organisation économique et sociale peut et doit
être changée.

Sommaire
Le communisme, le marxisme et le socialisme de Marx
Marx et le communisme
Le marxisme de Marx Karl Marx et Friedrich Engels.
Socialisme scientifique
Concepts et notions abstraites principales de Karl
Marx
Marx, observateur de l’évolution des sociétés
humaines
Forces productives, rapports sociaux de production et
mode de production
Accumulation du capital, travail et sur-travail,
aliénation
La théorie marxiste du travail
La lutte des classes
La place de l'État
Les courants
Critique et défense du marxisme
Notes et références
Voir aussi
Bibliographie
Ouvrages de Karl Marx
Ouvrages sur le marxisme
Articles connexes
Théoriciens se réclamant du marxisme
Théoriciens inspirés par la pensée de Marx
Liens externes

Le communisme, le marxisme et le socialisme de Marx

Marx et le communisme

Karl Marx a abordé à la fois la philosophie, la sociologie, l’analyse économique du capitalisme dans le cadre
du matérialisme et de la science. Il a appliqué, toujours dans le cadre matérialiste, une analyse critique des
pensées de Pierre-Joseph Proudhon, Hegel, Ludwig Feuerbach, etc. Il a donc construit une nouvelle
conception d'étude des sociétés que l'on nomme conception matérialiste de l'histoire.
Dans le cadre éthique, il milite pour le projet révolutionnaire communiste, c'est-à-dire une société débarrassée
du salariat, du capitalisme, des classes sociales, des États, et des frontières.

Dans le cadre de la Ligue des communistes, Engels, Wilhelm Wolff, Marx et quelques autres y visaient à
soumettre « à une critique impitoyable le mélange de socialisme ou de communisme anglo-français et de
philosophie allemande, qui formait alors la doctrine secrète de la Ligue » ; ils y établissaient que « seule l'étude
scientifique de la structure de la société bourgeoise pouvait fournir une solide base théorique ». Ils y exposaient
enfin « sous une forme populaire qu'il ne s'agissait pas de mettre en vigueur un système utopique, mais
d'intervenir, en connaissance de cause, dans le procès de bouleversement historique qui s'opérait dans la
2
société » .

Ainsi dans les Manuscrits de 1844, Marx écrit : « Le communisme est la forme nécessaire et le principe
dynamique de l'avenir immédiat, mais le communisme n'est pas en tant que tel ni le but du développement
3
humain ni la forme de la société humaine . » En 1845, dans L'Idéologie allemande, pour Marx et Engels, « le
communisme n'est pas un état de choses qu’il convient d’établir, un idéal auquel la réalité devra se
conformer ». Ils appellent « communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel des choses. Les conditions
4
de ce mouvement résultent des données préalables telles qu’elles existent actuellement ».

En 1847, Engels définit ce mouvement réel dans le premier des Principes du communisme, « Qu'est ce que le
communisme ? » : « le communisme est l'enseignement des conditions de la libération du prolétariat ».

Dans le Manifeste du parti communiste en 1848, Marx et Engels remarquent que « le communisme, ce n'est
pas l'abolition de la propriété en général, mais l'abolition de la propriété bourgeoise », condition de la libération
du prolétariat. Par conséquent : « Le communisme n'enlève à personne le pouvoir de s'approprier des produits
5
sociaux ; il n'ôte que le pouvoir d'asservir à l'aide de cette appropriation le travail d'autrui . »

En 1875, Marx indique dans un de ses derniers textes (la critique du Programme de Gotha) sa vision du
communisme :

« Dans une phase supérieure de la société communiste, quand auront disparu l'asservissante
subordination des individus à la division du travail et, avec elle, l'opposition entre le travail
intellectuel et le travail manuel; quand le travail ne sera pas seulement un moyen de vivre, mais
deviendra lui-même le premier besoin vital; quand, avec le développement multiple des
individus, les forces productives se seront accrues elles aussi et que toutes les sources de la
richesse collective jailliront avec abondance, alors seulement l'horizon borné du droit
bourgeois pourra être définitivement dépassé et la société pourra écrire sur ses drapeaux : « De
6
chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins ! » »

Le marxisme de Marx

Karl Marx et Friedrich Engels voulaient que l'on ne parle pas de marxisme, mais de « socialisme rationaliste
7 8 9
critique » ou de « socialisme matérialiste critique » ou encore de « socialisme scientifique » pour la
doctrine de la science pour éviter qu'on attribue à sa personne ce qui est le patrimoine théorique du
10
prolétariat .

Marx lui-même à plusieurs reprises, dans les dernières années de sa vie, dit à Paul Lafargue : « Si c'est cela le
marxisme, ce qui est sûr c'est que moi, je ne suis pas marxiste », marquant sa volonté de se démarquer du
« marxisme » proclamé par le Parti ouvrier français naissant. En effet, « les guesdistes se livrent à une
vulgarisation de Karl Marx et Engels… mieux adaptée au public français ». C'est dans ce contexte que « Karl
11
Marx, qui a rédigé les « considérants » du programme des guesdistes » , aurait prononcé cette expression. Le
t ti té à l fi d é 1870 d d i d h d M (l g di t l i l
terme est inventé à la fin des années 1870, par des adversaires des proches de Marx (les guesdistes, la social-

12
démocratie allemande) au sein de l'Association internationale des travailleurs . L'expression apparaît
textuellement pour la première fois en 1882 avec la brochure de Paul Brousse le Marxisme dans
13, 14
l'internationale .

Toutefois, il ne faut pas entendre par cette affirmation de Marx qu'il s'opposait à toutes formes de vulgarisation.
Sa déclaration est avant tout une opposition à toute théorie hagiographique. Pour le reste, Marx affirme que
« les essais scientifiques, destinés à révolutionner une science, ne peuvent jamais être véritablement populaires.
15
Mais une fois que la base scientifique est posée, la vulgarisation est possible… » .

Socialisme scientifique

Concepts et notions abstraites principales de Karl Marx

Marx, observateur de l’évolution des sociétés humaines

Le concept de classe sociale n'a pas été inventé par Karl Marx. Il a été employé par les fondateurs de
l'économie politique (Adam Smith…) et dans la tradition de l'histoire politique française (Alexis de
Tocqueville), tout autant que par les historiens de la Révolution française (Guizot, Mignet, Thierry). Pour les
classiques anglais, les critères d'identité d'une classe résident dans l'origine des revenus : aux trois types de
revenus, la rente foncière, le profit, et les salaires, correspondent les trois grands groupes de la nation, les
propriétaires fonciers, les entrepreneurs et les travailleurs [réf. souhaitée].

Chez les penseurs français, le terme de classe est politique. Pour Tocqueville, les classes existent dès que les
groupes sociaux s'affrontent pour le contrôle de la société. Marx emprunte donc aux économistes classiques
l'idée implicite des classes comme facteur de production, et aux historiens les classes, et leur conflit comme
producteur d'histoire [réf. souhaitée]. Cependant, Karl Marx ajoute au concept de classes sociales son statut
intrinsèque de lutte : sans luttes il n'y a pas de classes. Les classes sociales sont de perpétuelles luttes
déterminées historiquement. Marx note lui-même son apport à la compréhension des classes sociales :

« Maintenant, en ce qui me concerne, ce n'est pas à moi que revient le mérite d'avoir découvert
l'existence des classes dans la société moderne, pas plus que la lutte qu'elles s'y livrent. Des
historiens bourgeois avaient exposé bien avant moi l'évolution historique de cette lutte des
classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l'anatomie économique. Ce que j'ai
apporté de nouveau, c'est : de démontrer que l'existence des classes n'est liée qu'à des phases
historiques déterminées du développement de la production ; que la lutte des classes mène
nécessairement à la dictature du prolétariat ; que cette dictature elle-même ne représente qu'une
16
transition vers l'abolition de toutes les classes et vers une société sans classes . »

Pour Marx, les classes sociales sont inscrites dans la réalité sociale. Leurs luttes déterminent le changement
social en tant que phénomène durable. Les classes résultent d'un mécanisme très général de division du travail,
qui s'est développé en même temps que l'appropriation privée des moyens de production. Les classes émergent
quand la différenciation des tâches et des fonctions cesse d'être aléatoire pour devenir héréditaire. Il y a une
tendance à la bipolarisation entre deux classes antagonistes. L'antagonisme entre les classes est le moteur de
toute transformation qui affecte le fonctionnement de l'organisation sociale et modifie le cours de son histoire.
Selon Marx le processus de production capitaliste crée deux positions : celle de l'exploiteur et de l'exploité. Les
comportements individuels et les actions collectives sont expliqués par ces positions dans la reproduction du
système. Le conflit de classe est un trait culturel de la société. Les conflits sont le moteur principal des grands
changements sociaux. Marx s'intéresse aux facteurs endogènes des changements, c’est-à-dire ceux qui naissent
g g g , q
du fonctionnement même de la société [réf. souhaitée].

Forces productives, rapports sociaux de production et mode de production

Chaque société peut se caractériser à un moment donné par son mode de production.

Un mode de production est un ensemble constitué par les forces productives et les rapports sociaux de
production. À chaque étape de l'évolution sociale, le mode de production traduit un état de la société. Le mode
de production est social car sans les forces productives, il ne saurait être question de production. Le mode de
production ne peut donc être réduit à son seul aspect technique. Les forces productives regroupent les
instruments de la production, la force de travail des hommes, les objets du travail, les savoirs et les techniques
en vigueur, l'organisation du travail. À l'occasion de ces activités de production, les hommes nouent entre eux
des relations sociales. Le mode de production est un des concepts fondamentaux de Marx. La succession des
modes de production peut être schématisée de la manière suivante : du communisme primitif on passe au mode
de production esclavagiste, féodal, capitaliste, et enfin socialiste / communiste (les deux termes sont alors
synonymes). Dans la société communiste, la contribution productive pourra mettre en application le principe
résumé dans la formule : « De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ». Toutefois, Marx
s'inscrit dans une pensée dialectique, à l'opposé du mécanisme présent dans les matérialismes antérieurs, c'est-
à-dire qu'il voit la conscience comme rôle déterminant dans le déroulement de l'histoire. C'est grâce à la
conscience que le prolétariat se transforme d'une classe en soi en classe pour soi, c'est-à-dire qu'elle devient
une classe consciente de ses intérêts de classe : socialiser les moyens de production [socialisme] dans le but de
développer au maximum les forces productives jusqu'à la profusion des biens, l'extinction des différences de
classe et l'existence d'un État politique [communisme]. L'histoire reste une somme de contingences soumises
aux aléas de la lutte des classes. L'histoire n'est donc pas un évolutionnisme linéaire entre modes de production
mais une transformation dialectique avec en son centre la prise d'une conscience de classe aux prises avec les
fluctuations des luttes de classes à des moments donnés de l'histoire.

En se développant, les forces productives entrent de plus en plus en contradiction avec les rapports sociaux de
production qui n'évoluent pas au même rythme. Au-delà d'un certain seuil, le système est bloqué. Une époque
de révolution sociale débute qui a pour fonction de faire disparaître les rapports de production anciens pour
permettre le développement de rapports plus conformes au niveau atteint par les forces productives.

Accumulation du capital, travail et sur-travail, aliénation

L'accumulation primitive du capital est définie comme le processus de création des conditions à la naissance du
capitalisme. La production du capitalisme suppose deux conditions préalables. Il s'agit de l'existence d'une
catégorie sociale, formée d'hommes dépourvus de moyens de production et contraints de vendre leur force de
travail, et de l'accumulation de richesses indispensables pour créer des entreprises de type capitaliste. Il faut
donc que soient réunies les conditions nécessaires à la naissance de deux classes fondamentales de la société
capitaliste.

L'accumulation prend une grande importance dès l'avènement de la révolution industrielle. La distinction entre
travail et force de travail est au centre de l'analyse de la répartition. Ce que vend l'ouvrier est sa force de travail.
Sa rémunération s'établit à un niveau qui correspond aux dépenses socialement nécessaires pour assurer son
renouvellement. C'est une marchandise comme une autre dont la valeur est déterminée par la quantité de travail
social que demande la production. Ce qui est avancé ici est en outre fondé sur la théorie aristotélicienne de la
marchandise qui distingue la valeur d’usage (ce que représente l'objet pour celui qui s’en sert) de la valeur
d’échange (ce que l’objet permet d’acquérir). Dans le processus d’échange il y a dès lors une inversion de la
valeur d’échange et de la valeur d’usage ; ainsi, la monnaie d’échange est-elle une marchandise qui n’a pour
valeur d’usage que sa valeur d’échange. Le schéma d’Adam Smith de la loi de l’offre et de la demande rend
par ailleurs compte de l’existence d’une valeur ajoutée au produit de laquelle le capitaliste tire profit mais pas le
travailleur En effet les salaires sont issus de la valeur sociale de l'objet produit (la valeur sociale de l'objet
travailleur. En effet, les salaires sont issus de la valeur sociale de l objet produit (la valeur sociale de l objet
produit est fonction des matières premières, des outils de production ainsi que de la main d'œuvre nécessaire à
sa production). La valeur d'échange d'un produit, est cette valeur sociale, à laquelle on applique une plus-value
souvent issue du sur-travail. C’est autour du bénéfice de cette valeur ajoutée que se dessine la lutte des classes
car prolétaires comme capitalistes souhaitent se l’attirer à soi ; Marx va montrer que le travailleur est dans son
plein droit de réclamer le bénéfice de cette valeur ajoutée en tant qu’elle est la valeur d’usage du travail même.
Ce que fait le capitaliste, c’est donc de faire du travail une marchandise qui coûte moins cher que ce qu’elle
rapporte.

Or la force de travail a pour caractéristique de donner plus de travail que n'en nécessite son entretien. La plus-
value est la valeur supplémentaire produite par le salarié que le capitaliste s'approprie gratuitement et
légalement. L’augmentation de cette plus-value pour le capitaliste peut être obtenue par la prolongation de la
journée de travail, par l'augmentation de son intensité, ou par la baisse du salaire obtenue par le chômage qui
fait pression à la baisse sur les salaires. La plus-value est la forme de la spoliation du prolétaire en régime
capitaliste.

Le profit est la forme modifiée de la plus-value qui se manifeste comme un excédent. C'est la recherche du
profit qui constitue le mobile principal du capitalisme. Les activités ne sont développées que si elles sont
rentables et la rentabilité est fonction du taux de profit obtenu (rapport entre le profit et l'ensemble des capitaux
investis).

L'accumulation du capital entraîne une baisse à long terme du taux de profit d'où une baisse tendancielle du
taux de profit. C'est un indice des limites historiques du capitalisme. Si la modernisation a pour but explicite
l'accroissement de la plus-value, il y a une substitution croissante entre le « travail mort » et le « travail
vivant ». Or il n'y a que le travail vivant qui soit créateur de valeur, le travail mort étant le capital ne s'animant
que par l'intermédiaire de la force de travail. De la sur-accumulation du capital (excès d'accumulation)
découlera la paupérisation de la classe ouvrière. Le capitalisme est victime de sa propre logique. Il est de moins
en moins capable de gérer ses contradictions et s'achemine vers une crise inéluctable.

La théorie marxiste du travail

Le travail n’est pas seulement la transformation d’une donnée naturelle (car on pourrait alors le trouver
également chez les animaux), il implique avant tout une faculté de représentation. La façon dont Marx va
rendre compte de cette activité est totalement aristotélicienne en tant qu’elle commence par la représentation
d’une fin, montrant par là que la fin est en même temps principe. Le travail est donc d’abord une
représentation compréhensive qui comprend la finalité de l’objet et diffère en cela de l’animal (l’écureuil
conserve les noisettes par instinct et non par représentation sans cela il aurait déjà bâti des congélateurs à
noisettes). Le produit du travail humain (expression redondante par ailleurs) doit donc exister idéalement dans
la représentation du travailleur, autrement dit le travail vise idéalement un objet qui remplirait parfaitement une
fonction [réf. souhaitée].

Dans le Chapitre VII du Capital, Karl Marx reprend donc ce schéma aristotélicien dans lequel il fait du
travailleur celui qui se subordonne à la fin qu’il s’est lui-même donnée. Le travail est donc tel que l’individu
s’identifie et se reconnaît dans ce qu’il a fait : en agissant, en travaillant, l’homme met en œuvre les facultés qui
lui sont propres, découvre son pouvoir de conceptualisation et peut améliorer par là sa capacité de production.
L’intelligence est donc révélée par cette activité en tant que l’homme actualise dans son travail des facultés qui
lui sont propres, ce qui induit un processus d’identification : dans les produits du travail, l’individu trouve dès
lors une part de son identité. Comme le travail participe à l’identité de l’individu, on peut bien dire que le
travail est non seulement de l’avoir (i.e. du produire) mais également de l’être, en cela il y a donc bien une
dimension proprement ontologique au travail [réf. souhaitée].

C’est pour cela que Marx accuse le mode de production industriel et capitaliste d’aliéner les travailleurs. En
effet, le travailleur n’a plus, dans ce cas-là, de représentation compréhensive de ce qu’il fait puisqu’il en ignore
, p , , p p q p q g
le produit final et donc le pourquoi de son activité. L’enjeu lié à l'identité est donc ici annulé puisque le seul

enjeu est celui de la rémunération. Ce qui est humain devient par là animal, relevant d’un réflexe, d’un
17
automatisme mécanique (cf. le film Les Temps modernes de Charlie Chaplin) .

En ce sens, on peut comprendre l'abolition de l’esclavage, non pas pour des soucis moraux mais bien pour des
soucis économiques parce qu’il coûtait plus cher de maintenir les hommes dans l’asservissement dans le cadre
de l'esclavage que dans celui du salariat (cf. le film Queimada de Gillo Pontecorvo avec Marlon Brando).

La lutte des classes

Pour Karl Marx et Friedrich Engels, « l'histoire de toutes les sociétés humaines jusqu’à nos jours n’est que
18 19
l’histoire de la lutte des classes » (même si dans une note ultérieure Engels nuance cette affirmation) .

Marx définit les éléments essentiels qui constituent une classe sociale. La position de l'individu dans les
rapports de production (travailleur ou exploiteur) est selon lui le principal élément qui permet la définition de la
classe sociale. En même temps, Marx considère que pour qu'il y ait véritablement une classe, il doit y avoir une
conscience de classe : la conscience d’avoir en commun une place dans la société. Marx a remarqué qu'il ne
suffit pas que de nombreux hommes soient côte à côte sur un même plan économique pour qu’un esprit de
classe se forme. Selon Marx, les acteurs centraux de la lutte des classes sont, à l’époque capitaliste, les
bourgeois et les prolétaires. Le communisme constitue pour lui l’état de la société débarrassée des divisions en
classes sociales, et donc une société sans lutte de classes.

Selon l’analyse marxiste, la classe dominante organise la société en protégeant du mieux possible ses
privilèges. Pour cela, elle instaure l'État, l'instrument politique de sa domination : une police et une armée
chargées de maintenir la sécurité et l'ordre public, l'ordre « bourgeois ». Marx parle également de « l'idéologie
dominante ». Dans toute société, il y a certaines idées, certaines croyances et certaines valeurs qui dominent la
vie sociale et culturelle. Ces idées dominantes sont produites pour l'essentiel par la classe dominante. Dès lors,
ces idées expriment majoritairement la domination de cette classe, c'est-à-dire la justifient et s'efforcent de la
pérenniser. Ces idées dominantes imprègnent les esprits, et ainsi les exploités ont souvent une vision du monde
allant contre leurs intérêts réels.

Karl Marx n'a pas « inventé » la lutte des classes. En réalité, la lutte des classes a été théorisée bien avant lui,
notamment par les historiens de la Restauration (1814-1830) tels que François Guizot ou Augustin Thierry.
L'apport fondamental de Marx, par rapport à ces historiens, est d'avoir démontré que la lutte des classes ne
s'éteignait pas dans la Révolution française, mais que celle-ci se prolongeait dans l'opposition
bourgeois/prolétaires à l'époque capitaliste. Ainsi la fin de la lutte des classes serait atteinte une fois les classes
sociales éteintes, dans le communisme.

La place de l'État
Puisque l'État est une machine répressive qui va à l’encontre des libertés, il faut la suppression de l’État,
condition incontournable pour l'avènement d'une société égalitaire et juste. Le dépérissement de l'État doit
passer par plusieurs étapes :

Prise du pouvoir par le prolétariat : celui-ci soit s'empare des principaux leviers de
commande de l'État (armée, police, administration, capitaux, banques), soit supprime l'État
(divergence au sein des marxistes sur ce point).
Ensuite, il faut passer par une phase où les travailleurs détiennent l'ensemble du pouvoir
(parfois appelée « dictature du prolétariat »). Cette dictature du prolétariat est doublement
légitime d'après le marxisme, parce qu'elle est le pouvoir des anciennes masses exploitées,
et qu’elle permet de mettre fin à la division de la société en différentes classes sociales
et qu elle permet de mettre fin à la division de la société en différentes classes sociales,
permettant ainsi une véritable égalité.

Dans l'hypothèse léniniste de « l'État prolétarien », il faut que ce dernier disparaisse peu à
peu. Seulement, on rencontre là un problème très difficile : comment gérer la vie sociale sans
dominer, comment organiser sans exploiter ? Au fond, comment réaliser une vraie
démocratie ? Pour cela, Lénine disait s'inspirer des mesures prises par la Commune de Paris
en 1871 qui étaient les suivantes : tous les représentants politiques de la collectivité étaient
élus au suffrage universel direct (moins de représentativité politique), étaient révocables à
tout instant (les mandats politiques étant les plus courts possibles) et considérés comme
personnellement responsables de leurs actions. Leurs charges politiques ne leur apportaient
aucun avantage particulier : le ministre ayant le même salaire qu'un ouvrier.
Le but est de parvenir à une société libre, égalitaire et fraternelle, débarrassée des rapports
de hiérarchie, du travail salarié, des États et des frontières, et de toute forme d’aliénation.

Les courants
Au cours du XIXe siècle et surtout du XX
e
siècle, le marxisme s’est divisé en plusieurs courants, certains s'en
éloignant très fortement :

l'austromarxisme
la social-démocratie et plus largement le socialisme démocratique
le communisme, dont la principale composante est le léninisme (dont dérivent le marxisme-
léninisme et le maoïsme, ainsi que d'autres tendances comme le trotskisme)
la gauche communiste (sensibilité communiste opposée au léninisme, se réclamant du
luxemburgisme et comprenant le communisme de conseils)
le marxisme libertaire
l'opéraïsme

Critique et défense du marxisme


Les conséquences pratiques de l'application du marxisme sur le champ politique sont objet de débats, de même
que le rapport concret avec la pensée marxiste des différents gouvernements s'en étant réclamés dans le courant
du XXe siècle. Le rapport du marxisme au totalitarisme est controversé, certaines critiques portant non
seulement sur les actions des régimes déclarant s'inspirer du marxisme, mais sur la pensée de Marx elle-même.

Des régimes politiques dictatoriaux pratiquant l'économie planifiée, désignés après la Seconde Guerre
mondiale sous le nom collectif de bloc de l'Est, se sont revendiqués du marxisme-léninisme. Même si plusieurs
courants marxistes se sont opposés à l'URSS dès son apparition, la plupart des principaux partis communistes,
en partie financés par le régime soviétique, lui sont restés fidèles pendant des décennies. En URSS, le
marxisme est confisqué par le Parti communiste de l'Union soviétique (PCUS), et érigé en idéologie officielle
du régime. Le discours du XXe congrès du PCUS affirme en 1956 : « le Parti communiste et son Comité
central ne sont pas seulement organisateur collectif, mais encore centre collectif pour le développement de la
20
pensée théorique marxiste » .

André Glucksmann, ancien maoïste, a développé dans son ouvrage La Cuisinière et le mangeur d’hommes
(1975) la thèse selon laquelle de telles dictatures constituaient des conséquences « nécessaires et prévisibles »
du modèle marxiste, dans le cadre exact de la lutte des classes simplement adapté à ce nouveau mode de
production. Il ajoutait que la dictature ne peut qu’engendrer une nouvelle classe dominante, la nomenklatura et
l’appareil du parti, et concluait que le marxisme « ne produit pas seulement des paradoxes scientifiques, mais
21
des camps de concentration » .
Dénonçant le discrédit apporté selon lui sur le marxisme par son utilisation dans les régimes communistes,
Alexandre Soljenitsyne déclarait « le marxisme est tombé si bas qu'il est devenu simplement un objet de
22
mépris » . S'interrogeant sur les rapports entre marxisme et totalitarisme, Raymond Aron écrivait dans ses
mémoires : « Faut-il conclure que le socialisme soviétique sort logiquement de la pensée de Marx ? Qu'il
constitue la réalisation authentique de l'idée socialiste-marxiste ? L'homme Marx qui plaida toute sa vie pour la
liberté de la presse, révolté par tempérament, nous l'imaginons mal apologiste d'un État despotique. (…) La
question décisive se situe ailleurs. L'idée socialiste, poussée jusqu'au bout, jusqu'à la négation de la forme
marchandise, avec l'égalité pour objectif, n'aboutit-elle pas nécessairement ou tout au moins, logiquement, à un
23
régime de type soviétique ? Alexandre Zinoviev plaide cette thèse et je la défendrais aujourd'hui » . Une
distinction est cependant généralement établie entre la théorie marxiste elle-même et les régimes politiques qui
s'en sont, plus ou moins directement, réclamés. Boris Souvarine, analyste très critique des régimes dits
communistes, établissait un distinguo entre le marxisme, objet « complexe et variable », et d'autre part le
léninisme et le marxisme-léninisme : « Lénine cite Marx pour justifier le régime soviétique identifié à la
« dictature du prolétariat », alors que Marx entendait par cette expression une « hégémonie politique » résultant
du « suffrage universel » ; ce qui n'a rien de commun avec le monopole d'un parti, l'omnipotence d'une
24
« oligarchie » (Lénine dixit), un Guépéou inquisitorial et un archipel du Goulag » .

Daniel Bensaïd, théoricien trotskiste, a quant à lui dénoncé la thèse selon laquelle « C'est à Marx en personne,
et non à Staline ou à Lénine, que remonterait le péché originel et la métamorphose implacable du paradis
socialiste en enfer totalitaire », commentant : « Accusé de porter en lui le totalitarisme, le marxisme lance au
contraire le défi le plus radical à toute forme d'incarnation du pouvoir. En traçant la perspective du
dépérissement de l'État, il envisage l'exercice transitoire d'un pouvoir délocalisé et « désincorporé », d'une
25
démocratie sociale qui marquerait réellement la sortie de notre préhistoire religieuse et mythologique » .

L'astrophysicien et militant marxiste Anton Pannekoek affirmait en 1938 que l'URSS était un régime de
26
« capitalisme d'État » et que le bolchévisme « n'a jamais été marxiste » . Reprenant cet argument, il existe un
certain nombre d'intellectuels qui, tout en inscrivant leur réflexion dans le sillage de la pensée de Marx, voient
dans le marxisme une subversion de celle-ci : la plupart d'entre eux se définissent comme « marxiens ».

Notes et références
1. « […] l'émancipation de la classe ouvrière doit être l'œuvre des travailleurs eux-mêmes »,
Statuts de l'association internationale des travailleurs (https://www.marxists.org/francais/marx/w
orks/1864/00/18640000.htm), Karl Marx, 1864.
2. Herr Vogt, Costes, 1928, p. 105.
3. Critique de l'économie politique (1844), (trad. Kostas Papaïoannou), éd. Allia, 2007, partie 3.
Communisme et socialisme, chap. XVII. Communisme et socialisme 2. Athéisme,
communisme, socialisme, p. 167.
4. L'Idéologie allemande, éd. La Pléiade, Œuvres, 1845, t. 3, p. 1 067.
5. Karl Marx (trad. de l'allemand par Laura Marx), Manifeste du Parti communiste, Paris, Champ
libre, 1983 (1re éd. 1848), 23 p. (ISBN 2-85184-138-6), « Partie II (« Prolétaires et
communistes ») », p. 47-48.
6. « 1875, gloses marginales au programme du Parti Ouvrier allemand » (https://www.marxists.or
g/francais/marx/works/1875/05/18750500a.htm), Karl Marx.
7. Georges Haupt, « De Marx au marxisme », L'Historien et le Mouvement social, La Découverte,
1980, p. 93.
8. Noëlle Castagnez-Ruggiu, Histoire des idées socialistes, La Découverte, coll. Repères no 223,
1997, p. 47.
9. id., p. 47.
10. Karl Marx et Friedrich Engels, LA COMMUNE DE 1871, Lettres et déclarations pour la plupart
inédite (http://classiques.uqac.ca/classiques/Engels_Marx/commune_de_1871/la_commune_1
871.pdf) - traduction et présentation de Roger Dangeville, Union générale d'Éditions, Paris,
1971, 322 p., p. 4 (format pdf).
11. René Bidouze, Lissagaray, la plume et l'épée, Les Éditions ouvrières, coll. La Part des
hommes, 1991, aux pages 144-145.
12. Margaret Manale, « Aux origines du concept de « marxisme » » (http://www.collectif-smolny.org/
article.php3?id_article=1343#nh9), Études de marxologie, octobre 1974, p. (en ligne sur le site
du collectif d'édition Smolny depuis le 8 mars 2011).
13. Noëlle Castagnez-Ruggiu, Histoire des idées socialistes, La Découverte, coll. Repères no 223,
1997, p. 49.
14. Margaret Manale, « L’édification d’une doctrine marxiste » (http://www.collectif-smolny.org/articl
e.php3?id_article=1343#nh9), Études de marxologie, janvier-février 1978, p. 165-215 (en ligne
sur le site du collectif d'édition Smolny depuis le 3 avril 2011).
15. Lettre de Marx à Ludwig Kugelmann, 28 décembre 1862.
16. Lettre à Joseph Weydemeyer, 5 mars 1852.
17. http://p2tpe.e-monsite.com/rubrique,l-alienation-des-travailleurs,139551.html.
18. Manifeste du Parti communiste (https://www.marxists.org/francais/marx/works/1847/00/kmfe184
70000.htm), K. Marx et F. Engels, 1848.
19. Engels précise que cette formule se limite à « l'histoire écrite ». Il ajoute : « En 1847, l'histoire
de l'organisation sociale qui a précédé toute l'histoire écrite, la préhistoire, était à peu près
inconnue. » (note d’Engels de 1888 au Manifeste communiste).
20. André Piettre, Marx et marxisme, Presses universitaires de France, 1966, page 168.
21. André Glucksmann, La Cuisinière et le Mangeur d'Hommes - Réflexions sur l'État, le marxisme
et les camps de concentration, Seuil, 1975, p. 63.
22. « Soljenitsyne, l'éclaireur » (http://www.lefigaro.fr/debats/2008/08/05/01005-20080805ARTFIG0
0016-soljenitsyne-l-eclaireur-.php), Pierre Rousselin, Le Figaro, 4 mai 2008.
23. Raymond Aron, Mémoires, Julliard, 1983, p. 668.
24. Article « Soljenitsyne et Lénine », Est et Ouest, 1er avril 1976, reproduit dans le recueil
Chroniques du mensonge communiste, Commentaire/Plon, 1998 (citation p. 24-25). Souvarine
cite l'un des textes les plus célèbres de Lénine, La maladie infantile du communisme (https://w
ww.marxists.org/francais/lenin/works/1920/04/g6.htm).
25. « Marxisme contre totalitarisme » (http://www.lcr-lagauche.be/cm/index.php?view=article&id=85
0%3Amarxisme-contre-totalitarisme&Itemid=53&option=com_content), site web de la Ligue
communiste révolutionnaire, 14 août 2007.
26. Anton Pannekoek, Lénine philosophe (https://www.marxists.org/francais/pannekoek/works/193
8/00/pannek_19380000.htm).

Voir aussi
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Bibliographie
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Marxisme, sur Wikiquote
Ouvrages de Karl Marx
Pour une critique de la philosophie du droit
de Hegel (1843) ;
M i d 1844
Manuscrits de 1844 ;
L'Idéologie allemande (1845, avec Engels) ;

Manifeste du parti communiste (1848, avec Engels) ;


Le Capital (1867) ;
La Guerre civile en France (1871).

Ouvrages sur le marxisme


Henri Lefebvre, Le marxisme, Paris, Presses universitaires de France, coll. « Que sais-je ? /
Philosophie » (no 300), novembre 2012, 24e éd. (1re éd. 1948), 127 p. (ISBN 978-2-13-060814-1,
ISSN 0768-0066 (http://worldcat.org/issn/0768-0066&lang=fr), notice BnF
no FRBNF42753974 (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb42753974r.public)).
Georg Lukács (trad. E. Kelemen), Existentialisme ou Marxisme ?, Paris, Nagel,
coll. « Pensées », 1948 (réimpr. 1961), 290 p.
Maximilien Rubel, Marx critique du marxisme, Payot, 1974 ; réédité en 2000.

Articles connexes
Analyse de classe
Freudo-marxisme
Marxien
Marxologue
Socialisme
Communisme
Histoire du communisme
Économie marxiste
Gauche
Extrême gauche
Socialisme ou barbarie
Internationale situationniste
Marxisme autogestionnaire
Troisième camp
Philosophie marxiste : École de Francfort et Théorie critique

Théoriciens se réclamant du marxisme


Louis Althusser Lucien Goldmann
Theodor Adorno Herman Gorter
Simone de Beauvoir Antonio Gramsci
August Bebel Henryk Grossmann
Walter Benjamin Jules Guesde
Daniel Bensaïd David Harvey
Ernst Bloch Ágnes Heller
Bertolt Brecht Max Horkheimer
Lucio Colletti Jean Jaurès
Galvano Della Volpe Leo Jogiches
Friedrich Engels Karl Kautsky
Friedrich Engels Karl Kautsky
Erich Fromm Alexandra Kollontaï

Karl Korsch Ernest Mandel


Karel Kosík Ralph Miliband
Antonio Labriola Pierre Naville
Paul Lafargue Anton Pannekoek
Henri Lefebvre Gueorgui Plekhanov
Vladimir Ilitch Lénine Georges Politzer
Abraham Léon Nicos Poulantzas
Karl Liebknecht Isaak Roubine
Michael Löwy Jean-Paul Sartre
Georg Lukács Alfred Schmidt
Rosa Luxemburg Lucien Sève
Herbert Marcuse Léon Trotski
José Carlos Mariátegui Jean-Marie Vincent
Paul Mattick Clara Zetkin

Théoriciens inspirés par la pensée de Marx


Raymond Aron Robert Kurz
Étienne Balibar Jacques Lacan
Roland Barthes Ernesto Laclau
Pierre Bourdieu Claude Lefort
Fernand Braudel Claude Lévi-Strauss
Cornelius Castoriadis Frédéric Lordon
François Châtelet Jean-François Lyotard
Benedetto Croce Maurice Merleau-Ponty
Guy Debord Chantal Mouffe
Gilles Deleuze Kostas Papaïoannou
Jacques Derrida Moishe Postone
Michel Foucault Jacques Rancière
André Gorz Maximilien Rubel
Félix Guattari Georges Sorel
Daniel Guérin Raoul Vaneigem
Jürgen Habermas Max Weber
Michel Henry Simone Weil
Anselm Jappe

Liens externes
Marxists.org (https://www.marxists.org) Archive internet des marxistes, site plurilingue avec
de très nombreux textes d'auteurs marxistes en ligne
Textes en français de K. Marx et F. Engels (https://www.marxists.org/francais/marx/works.htm)
Les Classiques des sciences sociales proposent en accès gratuit des textes de Marx,
Engels, Gramsci, Lénine, Trotsky, Rosa Luxemburg, et d'autres
http://classiques.uqac.ca/classiques/
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