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BOURBAKI

ÉLÉMENTS DE
MATHÉMATIQUE
N. BOURBAKI

ÉLÉMENTS DE
MATHÉMATIQUE

FONCTIONS
D’UNE
VARIABLE RÉELLE

Théorie élémentaire

123
Réimpression inchangée de l’édition orginale de 1976
© Hermann, Paris, 1976
© N. Bourbaki, 1981

© N. Bourbaki et Springer-Verlag Berlin Heidelberg 2007

ISBN-10 3-540-34036-X Springer Berlin Heidelberg New York


ISBN-13 978-3-540-34036-2 Springer Berlin Heidelberg New York

Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays.


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Mode d'emploi e ce tralte


NOUVELLE É D I T I O N

1. Le traité prend les mathématiques à leur début, et donne des démonstrations


complètes. Sa lecture ne suppose donc, en principe, aucune connaissance mathéma-
tique particulière, mais seulement une certaine habitude du raisonnement mathéma-
tique et un certain pouvoir d'abstraction. Néanmoins, le traité est destiné plus
particulièrement à des lecteurs possédant au moins une bonne connaissance des
matières enseignées dans la première ou les deux premières années de l'université.
2. Le mode d'exposition suivi est axiomatique et procède le plus souvent du géné-
ral au particulier. Les nécessités de la démonstration exigent que les chapitres se
suivent, en principe, dans un ordre logique rigoureusement fixé, L'utilité de certaines
considérations n'apparaîtra donc au lecteur qu'à la lecture de chapitres ultérieurs, à
moins qu' il ne possède déjà des connaissances assez étendues.
3. Le traité est divisé en Livres et chaque Livre en chapitres. Les Livres actuelle-
ment publiés, en totalité ou en partie, sont les suivants:
Théorie des Ensembles désigné par E
Algèbre i' A
Topologie générale 3) TG
Fonctions d'une variable réelle ,, FVK
Espaces vectoriels topologiques y , EVT
Intégration Y' INT
Algèbre commutative ,) AC
Variétés différentielles et analytiques )> VAR
Groupes et algèbres de Lie ,? LIE
Théories spectrales 3' 1's
Dans les six premiers Livres (pour l'ordre indiqué-ci dessus), chaque énoncé ne
fait appel qu'aux définitions et résultats exposés précédemment dans ce Livrc ou dans
ies Livres antérieurs. A partir du septième Livre, le lecteur trouvera éventuellement, au
début de chaque Livre ou chapitre, l'indication précise des autres Livres ou chapitres
utilisés (les six premiers Livres etant toujours supposés connus).
4. Cependant, quelques passages font exception aux règles précédentes Ils sont
placés entre deux astérisques: *. . . ., Dans certains cas, il s'agit seulement de faciliter
la compréhension du texte par des exemples qui se réfèrent à des faits que le lecteur
peut déjà connaître par ailleurs. Parfois aussi, on utilise, non seulement les résultats
supposés connus dans tout le chapitre en cours, mais des résultats démontrés ailleurs
dans le traité. Ces passages seront employés librement dans les parties qui supposent
connus les chapitres où ces passages sont insérés et les chapitres auxquels ces passages
font appel. Le lecteur pourra, nous l'espérons, vérifier l'absence de tout cercle vicieux.
5. A certains Livres (soit publiés, soit en préparation) sont annexés des fasciculles
de résultats. Ces fascicules contiennent l'essentiel des définitions et des résultats du
Livre, mais aucune démonstration.
6. L'armature logique de chaque chapitre est constituée par les déjnitions, les
axiomes, et les théorèmes de ce chapitre; c'est là ce qu'il est principalement nécessaire de
retenir en vue de ce qui doit suivre. Les résultats moins importants, ou qui peuvent
être facilement retrouvés à partir des théorèmes, figurent sous le nom de <( proposi-
tions r), (( lemmes s, ((corollaires>>,
<( remarques >>,etc; ceux qui peuvent être omis en
première lecture sont imprimés en petits caractères. Sous le nom de <( scholie )), on
trouvera quelquefois un commentaire d'un théorème particulièrement important.
Pour éviter des répétitions fastidieuses, on convient parfois d'introduire certaines
notations ou certaines abréviations qui ne sont valables qu'à l'intérieur d'un seul
chapitre ou d'un seul paragraphe (par exemple, dans un chapitre où tous les anneaux
considérés sont commutatifs, on peut convenir que le mot anneau )) signifie toujours
G anneau commutatif O). De telles conventions sont explicitement mentionnées à la
tête du chapitre dans lequel elles s'appliquent.
7. Certains passages sont destinés à prémunir le lecteur contre des erreurs graves,
où il risquerait de tomber; ces passages sont signalés en marge par le signe
(Qtournant dangereux D).
8. Les exercices sont destinés, d'une part, à permettre au lecteur de vérifier qu'il a
bien assimilé le texte; d'autre part à lui faire connaître des résultats qui n'avaient pas
leur place dans le texte; les plus dificiles sont marqués du signe 11.
9. La terminologie suivie dans ce traité a fait l'objet d'une attention particulière.
On s'est eforcé de nejamais s'écarter de la terminologie repe sans de très sérieuses raisons.
10. On a cherché à utiliser, sans sacrifier la simplicité de l'exposé, un langage
rigoureusement correct. Autant qu'il a été possible, les abus de langage ou de notation,
sans lesquels tout texte mathématique risque de devenir pédantesque et même illisible,
ont été signalés au passage.
11. Le texte étant consacré à l'exposé dogmatique d'une théorie, on n'y trouvera
qu'exceptionnellement des références bibliographiques; celles-ci sont groupées dans
des Notes historiques. La bibliographie qui suit chacune de ces Notes ne comporte le
plus souvent que les livres et mémoires originaux qui ont eu le plus d'importance dans
l'évolution de la théorie considérée; elle ne vise nullement à être complète.
Quant aux exercices, il n'a pas été jugé utile en général d'indiquer leur pro-
venance, qui est très diverse (mémoires originaux, ouvrages didactiques, recueils
d'exercices).

12. Dans la nouvelle édition, les renvois à des théorèmes, axiomes, définitions,
remarques, etc. sont donnés en principe en indiquant successivement le Livre (par
l'abréviation qui lui correspond dans la liste donnée au no 3), le chapitre et la page
où ils se trouvent. A l'intérieur d'un même Livre la mention de ce Livre est supprimée;
par exemple, dans le Livre d'Algêbre,
E, III, p. 32, cor. 3
renvoie au corollaire 3 se trouvant au Livre de Théorie des Ensembles, chapitre III,
page 32 de ce chapitre;
II, p. 23, Remarque 3
renvoie à la Remarque 3 du Livre d'Algèbre, chapitre II, page 23 de ce chapitre.
Les fascicules de résultats sont désignés par la lettre R; par exemple: EVT, R
signifie (( fascicule de résultats du Livre sur les Espaces vectoriels topologiques )>.
Comme certains Livres doivent seulement être publiés plus tard dans la nouvelle
édition, les renvois à ces Livres se font en indiquant successivement le Livre, le
chapitre, le paragraphe et le numéro où se trouve le résultat en question; par exemple :
AC, III, 5 4, no 5, cor. de la prop. 6.
Au cas où le Livre cité a été modifié au cours d'éditions successives, on indique en
outre l'édition.
INTRODUCTION

L'objet de ce Livre est l'étude élémentaire des propriétés infinitésimales des


fonctions d'une variable réelle; l'extension de ces propriétés aux fonctions de
plusieurs variables réelles, ou, à plus forte raison, à des fonctions définies dans des
espaces plus généraux, ne pourra être traitée que dans des Livres ultérieurs.
Les propriétés que nous démontrerons sont surtout utilisées lorsqu'elles se
rapportent à des fonctions numériques (finies) d'une variable réelle; mais la plupart
s'étendent sans nouveau raisonnement aux fonctions d'une variable réelle pre-
nant leurs valeurs dans un espace vectoriel de dimensionjnie sur le corps R, et plus
généralement à des fonctions prenant leurs valeurs dans un espace vectoriel topo-
logique sur R (voir ci-dessous);comme ces fonctions interviennent fréquemment en
Analyse, c'est pour elles que nous énoncerons toutes les propriétés qui ne sont pas
spéciales aux fonctions numériques.
La notion d'espace vectoriel topologique, dont nous venons de parler, est
définie et étudiée en détail au Livre V de ce Traité; mais dans le présent Livre, nous
n'aurons besoin d'aucun des résultats du Livre V; seules interviendront quelques
définitions que nous allons reproduire ci-dessous pour la commodité du lecteur.
Nous ne reviendrons pas sur la définition d'une espace vectoriel sur un corps
commutatif K (A, II, p. 3) .l Un espace vectoriel topologique E sur un coqs topologique K

l Les éléments (ou vecteurs) d'un espace vectoriel E sur un corps commutatif K seront notés
d'ordinaire dans ce chapitre par des minuscules grasses, les scalaires par des minuscules latines; le
plus souvent, nous noterons à droite le scalaire t dans le produit par t d'un vecteur x, produit qui
s'écrira donc x t ; éventuellement, nous nous permettrons toutefois d'utiliser la notation à gauche tx
dans certains cas où elle sera plus commode; nous écrirons aussi parfois le prodüit du scalaire ljt
(t + O) et du vecteur x sous la forme x/t.
FvR 1.10 INTRODUCTION

est un espace vectoriel sur K muni d'une topologie telle que les fonctions x + y et
xt soient continues dans E x E et dans E x K respectivement; une telle topologie
est en particulier compatible avec la structure de groupe additif de E. Lorsque le
groupe topologique E est complet, on dit que l'espace vectoriel topologique E est
complet. Tout espace vectoriel normé sur un corps valué K (TG, IX, p. 31)l est un
espace vectoriel topologique sur K.
Soit E un espace vectoriel (muni ou non d'une topologie) sur le corps R des
nombres réels; si x, y sont deux points quelconques de E, on appelle segment
fermé d'extrémités x, y l'ensemble des points x t +
y ( l - t ) lorsque t parcourt
l'intervalle fermé (0, 1) de R. On dit qu'une partie A de E est convexe si, quels
que soient les points x, y de A, le segment fermé d'extrémités x et y est contenu
dans A. Par exemple, une variété linéaire affine est convexe; il en est de même
d'un segment fermé; dans Rn, un parallélotope (TG, VI, p. 3) est convexe.
Toute intersection d'ensembles convexes est un ensemble convexe.
On dit qu'un espace vectoriel topologique E sur le corps R est localement
convexe si l'origine (et par suite tout point de E) possède un système fondamental
de voisinages convexes. Tout espace normé E sur R est localement convexe; en effet,
les boules llxll < r ( r > O) forment un système fondamental de voisinages de O
dans E, et chacune d'elles est un ensemble convexe, car les relations llxll < r,
llyll < r entraînent

pour O < t < 1. En particulier, les espaces numériques Rn sont localement


convexes.
Enfin, une algèbre topologique A sur un corps topologique (commutatif) K est une
algèbre sur K munie d'une topologie telle que les fonctions x +
y, xy et x t soient
continues dans A x A, A x A et A x K respectivement; lorsqu'on munit seule-
ment A de sa topologie et de sa structure d'espace vectoriel sur K, A est donc un
espace vectoriel topologique. Toute algèbre normée sur un corps v a b é K (TG, IX,
p. 37) est une algèbre topologique sur K.
l On rappelle qu'une norme sur E est une fonction numérique llxll définie dans E, à valeurs
finies et 3 O, telle que la relation llxll = O soit équivalente à x = O et qu'on ait
IIx + YII < ll~ll+ llrll et llxtll = Ilxll.ltl
pour tout t E K (Itl étant la valeur absolue de t dans K).
CHAPITRE 1

Dérivées

Ainsi qu'il a été dit dans l'Introduction, nous étudierons dans ce chapitre et le
suivant les propriétés infinitésimales des fonctions définies dans une partie du
corps R des nombres réels, et prenant leurs valeurs dans un espace vectoriel topo-
logique E sur le corps R; nous dirons pour abréger qu'une telle fonction est une
fonction vectorielle d'une variable réelle. Le cas le plus important est celui où E = R
(fonctions numériques finies d'une variable réelle). Lorsque E = Rn, la con-
-sid3ration dlung fonction vectorielle à valeursdans E revient-à la consid&ation
simultanée de n fonctions numériques finies.

Beaucoup des définitions et propriétés énoncées dans le chapitre 1s'étendent aux


fonctions définies dans une partie du corps C des nombres complexes, et prenant leurs
valeurs dans un espace vectoriel topologique sur êI (fonctions vectorielles d'une
variable complexe). Certaines de ces définitions et propriété s'étendent même aux
fonctions définies sur une partie d'un corps fofiologiyue commutatif quelconque K, et
prenant leurs valeurs dans un espace vectoriel topologique sur K.
Nous signalerons ces généralisations au passage (voir en particulier 1, p. 8,
Remarque 2), en insistant surtout sur le cas des fonctions d'une variable complexe, de
beaucoup le plus important avec celui des fonctions d'une variable réelle, et qui sera
étudié de manière plus approfondie dans un Livre ultérieur.

1. Dérivée d'une fonction vectorielle

DÉFINITION 1. - Soit f une fonction vectorielle déJinie dans un intervalle 1 c R, non


réduit à-un-point. On dit que f estdérjvable eB un point x, €1 si - lim - -
f (4 - f(_xo)
- - -
x - t x ~ , x s I , x + x ~X - X o
- - -
-
FVR 1.12 DÉRIVÉES $1

existe (dam l'espace vectoriel où f prend ses valeurs) ; la valeur de cette de limite s'appelle
dérivée première (ou simplement dérivée) de f au point x,, et se note f '(x,) ou Df (x,) .
Si f est dérivable au point x,, il en est de même de la restriction de f à tout
intervalle J c 1,non réduit à un point et tel que x, E J, et la dérivée de cette res-
triction est égale à ff(x,). Réciproquement, soit J un intervalle contenu dans 1et
contenant un voisinage de x, par rapport à I ; si la restriction de f à J admet une
dérivée au point x,, il en est de même de f.
O n exprime ces propriétés en disant que la notion de dérivée est une notion locale.
Remarques. -* 1) E n Cinématique, si le point f (t) est la position d'un point mobile
*
dans l'espace R3 à l'instant t, f ( t ) - (tO) est ce qu'on appelle la vitesse moyenne du
t - to
mobile entre les instants to et t, et sa limite f1(t0)la vitesse instantanée (ou simplement
,
vitesse) à l'instant to (lorsque cette limite existe).
2) Si une fonction î, définie dans 1, est dérivable en un point xo E 1, elle est néces-
sairement continue par rai-port à I en ce point.

DÉFINITION 2. -Soit f une fonction vectorielle d@ie dans un intervalle 1 c R, et soit


x, un point de 1 tel que l'intervalle 1 n [x,, + K I [ (resp. 1 n ) - a , x,)) ne soit pas
réduit à un point. O n dit que f est dérivable à droite (resp. à gauche) au point xo si la res-
triction de f à l'intervalle 1 n (x,, +KI( (resp. 1 n ) - co, x,)) est dérivable aupoint x,;
la valeur de la dérivée de cette restriction au point x,, s'appelle dérivée à droite (resp. à
gauche) de f aupoint x,, et se note fi (x,) (resp. f i (x,)).

Soit f une fonction vectorielle définie dans 1, x , un point intérieur à 1et tel que f
soit continue en ce point; il résulte des déf. 1 et 2 que, pour que f soit dérivable au
point x,, il faut et il suffit que f admette en ce point une dérivée à droite et une
dérivée à gauche, et que ces dérivées soient égales; on a alors
f '(x,) = (x,) = f i (x,) .
Exemfiles. - 1) Une fonction constante a en tout point une dérivée nulle.
2) Une fonction linéaire affine x ++ a x + b a en tout point une dérivée égale à a,
donc constante.
3) L a fonction numérique l/x (définie pour x # 0) est dérivable en tout point
1
xo # O, car on a - i ) / ( x - 9)= --, et comme I/x est continue au point xo,
xxo
la limite de l'expression précédente est - l/x$
4) L a fonction numérique 1x1, définie dans R,admet au point x = O une dérivée
à droite égale à + 1 et une dérivée à gauche égale à - 1;elle n'est donc pas dérivable
en ce point.
* 5) L a fonction numérique égale à O pour x = 0, à x sin I/x pour x # 0, est
définie et continue dans R, mais elle n'admet ni dérivée à droite ni dérivée à gauche
a u point x = O., O n peut donner des exemples de fonctions continues dans un inter-
valle et n'ayant de dérivée en aucun point de l'intervalle (1, p. 42, exerc. 2 et 3).

DÉFINITION 3. - On dit qu'une fonction vectorielle f dgnie dans un intervalle 1 c R


est dérivable (resp. dérivable à droite, dérivable à gauche) dans 1si elle est dérivable (resp.
No 2 DÉRIVÉE PREMIÈRE FVR 1.13

dérivable à droite, dérivable à gauche) en tout point de 1 ; la fonction x t-t fl(x) (resp.
x H f i ( x ) , x Hf i (x)) déjnie dans 1, est appelée fonction dérivée ou (par abus de lan-
gage) dérivée (resp. dérivée à droite, dérivée à gauche) de f, et se note f ' ou D f ou dfldx
(resp. fi, f,' ) .
Remarque. -Une fonction peut être dtrivable dans un intervalle, sans que sa
dérivée soit continue en tout point de cet intervalle (cf. 1, p. 43, exerc. 5); * c'est ce
que montre l'exemple de la fonction égale à O pour x = 0, à x2 sin llx pour x + 0;
elle a partout une dérivée, mais cette dérivée est discontinue au point x = O.,

2. Linéarité de la dérivation

PROPOSITION 1. - L'ensemble des fonctions vectorielles définies dans un intervalle 1 c R,


prenant leurs valeurs dans un même espace vectoriel topologique E , et dérivables au point x,,
est un espace vectoriel sur R, et f H Df (x,) est une application linéaire de cet espace dans E .
En d'autres termes, si f et g sont définies dans 1 et dérivables au point x,,
f + g et fa ( a scalaire quelconque) sont dérivables au point x,, et ont respective-
ment pour dérivées en ce point f'(x,) + g'(x,) et ff(x0)a.Cela résulte aussitôt de
la continuité de x + y et de x a dans E x E et dans E respectivement.

COROLLAIRE. - L'ensemble des fonctions vectorielles définies dans un intervalle 1, prenant


leurs valeurs dans un même espace vectoriel topologique E , et dérivables dans 1, est un espace
vectoriel sur R, et f HDf est une application linéaire de cet espace dans l'espace vectoriel des
applicatiom de 1 dans E.
Remarque. - Si on munit de la topologie de la convergence simple (ou de la topo-
logie de la convergence uniforme) l'espace vectoriel des applications de 1dans E et le
sous-espace des applications dérivables (cf. TG, X, p. 4), l'application linéaire f F+ Df
n'est pas continue en général); * par exemple, la suite des fonctions f,(x) = sin n2x/n
converge uniformément vers O dans R, mais la suite des dérivées f,'(x) = n cos nax ne
converge pas simplement vers O.,

PROPOSITION 2. -Soient E et F deux espaces vectorie1.r topologiques sur R, u une applica-


tion linéaire continue de E dans F. Si f est une fonction vectorielle définie dans un intervalle
1 c R, prenant ses valeurs dans E et dérivable au point xo E 1, la fonction composée u o f
.
admet au point xo une dérivée égale à u(f '(x,) )
En effet, comme ~ ( f ( x ) -
) u(f(xo)) = u
X - Xo
(f -
X - Xo
( x O ) ) ) cela résulte de la

continuité de u.

COROLLAIRE. - S i (P est une forme linéaire continue dans E , la fonction numérique @ f O

f .
admet au point x, une dérivée égale à ( ~ ('(x,))
Exemjles. - 1) Soit f = (f,),,,,, une fonction à valeurs dans Rn, définie dans un
intervalle 1 c R; chacune des fonctions numériquesf, n'est autre que la fonction
composée pr, o f, donc est dérivable au point xo si f l'est, et on a alors f'(xo) =
(f((xo))iai<n.
FVR 1.14 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE 4 1.
* 2) En Cinématique, si f ( t ) est la position d'un mobile M à l'instant t, g ( t ) la
position a u même instant de la projection M' d e M sur un plan P (resp. une droite D)
parallèlement à une droite (resp. u n plan) non parallèle à P (resp. à D), g est corn-
posée de la projection u de R3 sur P (resp. D) et de f; comme u est une application
linéaire (continue), on voit que la projection de la vitesse d'un mobile sur un plan
(resp. une droite) est égale à la vitesse de la projection d u mobile sur le plan (resp. la
droite).,
3) Soic f une fonction à valeurs complexes, définie dans un intervalle 1 c R, et
soit a un nombre complexe quelconque; la prop. 2 montre que sif est dérivable en u n
point xo E 1, il en est de même de af, et la dérivée de cette fonction a u point xo est
.
égale à af' ( x o )

3. Dérivée d'un produit


Considérons maintenant p espaces vectoriels topologiques E, (1 < i < p) sur
R, et une application multilinéairel continue (que nous noterons
( x 1 , x 2 . .+,) ++ t - ~ l . ~ , . ..x p I )
de El x E , ... x E, dans un espace vectoriel topologique F sur K.

PROPOSITION 3. -Pour chaque indice i ( 1 < i < P),soit fi une fonction définie dans un
intervalle I c R, prenant ses valeurs dans E,, dérivable au point xo E 1. Alors la fonction

définie dans 1 et à valeurs dans F , admet au point xo une dérivée égale à

Posons en effeth(x) = [ f l ( x ) . f 2 ( x ) . . . 5 ( x ) ] ; en vertu de l'identité

[b,.b, . . .b , ] - [ a , .a,. . .a , ] = 5 [b,. . .b,. .(b,-


i=l
l . . .a p ] ,
ai).ai+
on peut écrire
Y

h(x) - W O ) = .2 [ f l ( 4
1=1 . .fi - 1 ( 4 ( ("4 - fi(x0)) . f i + l b O ) . . . f p ( x o ) l .
1
Multipliant les deux membres -et faisant tendre x vers xo dans 1,on obtient
X - Xo
bien l'expression (1), en tenant compte de la continuité de

et de la continuité de l'addition dans F.


Rappelons (A, II, p. 71) qu'une application f de El x E, x -.x E, dans F est dite multi-
linéaire si toute application partielle

de Et dans F (1 < i < p), les a, d'indice f étant quelconques dans les Ej, est une application
linéaire. On notera que si les El et F sont des espaces de dCmensionjnie sur R, toute application
rnultilinéaire de El x E, x .. .
x E, dans F est nécessairement continue; il n'en est pas de m&mesi
certains de ces espaces sont des espaces vectoriels topologiques de dimension infinie.
No 3 DÉRIVÉE PREMIÈRE FVR 1.15

Lorsque certaines des fonctions f , sont des constantes, les termes de l'expression
(1) contenant les ddrivées f[(xo) de ces fonctions sont nuls.
Nous expliciterons le cas particulier p = 2, le plus important pour les applica-
tions: si (x, y) ++ [x.y] est une application bilinéaire continue de E x F dans G
(E, F, G espaces vectoriels topologiques sur Et), f et g deux fonctions vectorielles
dérivables au point x,, prenant leurs valeurs respectivement dans E et F, la fonc-
tion vectorielle x ++ [f ( x ) .g(x)] (qu'on note encore [f.$1) admet au point x,
une dérivde égale à [f'(x,) .g(xo)] + [f (xo).g1(x0)].En particulier, si a est un
vecteur constant, [a.f] (resp. [f.a]) admet au point x, une dérivée égale à
[a$'(x,)] (resp: [f(x,).a]),
-
- - - - - - - - - - - - - - - - -

Si f et g sont toutes deux dérivables dans 1, il en est donc de même de [f.g], et


on a

Exemples. - 1) Soient f une fonction numérique, g une fonction vectorielle, toutes


deux dérivables en un point xo; la fonction gf admet au point x0 une dérivée égale à
g'(xo)f (xo) + g(xo)f'(xo). En particulier, si a est un vecteur constant, af admet une
dérivée égale à af'(xo). Cette dernière remarque, jointe à l'exemple 1 de 1, p. 13,
prouve que si f = (fi)l est une fonction vectorielle à valeurs dans Rn, pour que f
soit dérivable au point xo, il faut et il suffit que chacune des fonctions numériques
A(l ,( i < n) le soit: car, si (e,),
n
,,,,
est la base canonique de Rn, on peut écrire

f = C elfi.
in1
2) La fonction numérique xn provient de la fonction multilinéaire

définie dans Rn, par substitution de x à chacun des xi; la prop. 3 montre donc que xn
f i t dérivable dans R ega pouil dérivée nxn-L Itenrésnlte-que lafonction polynômGe
aoxn + alxn-l+ . . + an-,x +
an (a, vecteurs constants) a pour dérivée

lorsque les alsont des nombres réels, cette fonction coïncide avec la dérivée d'une
fonction polynôme définie en Algèbre (A, IV).
3) Le produit scalaire euclidien (x'ly) (TG, VI, p. 8) est une application bilinéaire
(nécessairement continue) de Rn x Rn dans R. Si f et g sont deux fonctions vectorielles
à valeurs dans Rn, dérivables au point xo, la fonction numérique x H (f(x) 1 g(x))
+
a au point xo une dérivée égale à (f'(xo) 1 g(xo)) (f (x,) 1 g'(xo)). On a un résultat
analogue pour le produit scalaire hermitien dans Cn, ce dernier espace étant considéré
comme espace vectoriel sur R.
Considérons en particulier le cas où la norme euclidienne Il f (x) II est constante, et
par suite aussi (f (x) 1 f (x)) = Il f (x) 11 2; en écrivant que la dérivée de (f (x) 1 f (x)) est
nulle au point xo, il vient (f(xo) 1 f'(xo)) = O, autrement dit, ff(xo) est un vecteur
orthogonal à f (xo).
4) Si E est une algèbre to#ologique sur R (cf. Introduction), le produit xy de deux
tléments de E est fonction bilinéaire continue de (x, y); si f et g prennent leurs
valeurs dans E et sont dérivables au point xo, la fonction x Hf ( x ) ~ ( xadmet
) au point
+
xo une dérivée égale à f'(xo)g(xo) f (xo)gl(xo).En particulier, si U(x) = ( q ( x ) ) ,
Vix) = @,,(+Y)) sont deux matrices surrées d'ordre 71, dérivables an paintlco,feur prodult
FVR 1.16 DÉRIVÉES 91
UV admet en ce point une dérivée égale à la matrice U1(x0)V(xo) 4 U(xo)Vf(xo)
(avec Uf(x) = (ul,(x)) et Vf(x) = (P;(x))).
5) Le déterminunt det(xl, x2, . . .,x,) de n vecteurs x, = (xi,)=<,<, de l'espace
Rn (A, III, p. 90) étant une fonction multilinéaire (continue) des xi, on voit que si
les n2 fonctions numériques hi sont dérivables au point xo, leur déterminant g(x) =
det(h,(x)) admet en ce point une dérivée égale à

3
t = 1 [f1(~0), ., ft-1(~0),C(XO),ft+l(xo),- - ., fn(x0)1
où f,(x) = (fij(x))l,,,,; en d'autres termes, on obtient la dérivéed'un déterminant
d'ordre n en faisant la somme des n déterminants qu'on obtient en remplaçant, pour
chaque i, les termes de la colonne d'indice i du déterminant donné par leurs dérivées.

Remarque. - Si U(x) est une matrice carrée dérivable et inversible au point x,,
la dérivée de son déterminant A(x) = det(U(x))s'exprime encore à l'aide de la
dérivée de U ( x )par la formule
(3) Ar(x0)= A(%,).T ~ ( U ' ( X , ) U - ~ ( X , ) ) .
En effet, posons U(x, + h) = U(x,) + hV; V tend par définition vers
Uf(xo)lorsque h tend vers O. On peut alors écrire
A(x, + h) = A(xo). d e t ( l + hVU-l(x,)).
n

Or, det(I + hX) = 1 + h T r ( X ) + k2= 2 Akhk, 2) étant des poly-


les 1, (k
nômes par rapport aux éléments de la matrice X; comme les éléments de VU-l (x,)
ont une limite lorsque h tend vers O, on a bien la formule (3).

4. Dérivée de l'inverse d'me fonction


PROPOSITION 4. -Soit E une algèbre normée complète sur R, ayant un élément unité et soit
f une fonction définie dans un intervalle 1 c prenant ses valeurs dans E, et dérivable
au point x, E I. Si y. = f (xo) est inversiblel dans E, la fonction x H ( f ( x ) )- l est
définie dans un voisinage de x, (par rapport à 1) et admet au point x, une dérivée égale
à - ( f ( x o )-)l f '(x,)( f ( x o )-)l .
En effet, l'ensemble des éléments inversibles de E est un ensemble ouvert où la
fonction y ~ y - est l continue (TG, I X , p. 40); comme f est continue (par
rapport à 1) au point x,, ( f (x))-l est définie dans un voisinage de x,, et on a
( f ( x ) ) - *- (f(x0))-1= ( f ( ~ ) ) - ~ ( f (-
x of () 4 ) (f(xo))-l-
La proposition résulte donc de la continuité de y-l au voisinage de y,, et
de la continuité de xy dans E x E.
Exemples. - 1) Le cas particulier le plus important est celui où E est l'un des corps
R ou C:si f est une fonction à valeurs réelles ou complexes, dérivable au point xo et
telle quef (xo) # 0, llfadmet au point xo une dérivée égale à - f'(xO)/( f ( ~ 0 ) ) ~ .
On rappelle (A, 1, p. 15) qu'un élément 2 E E est dit inversible s'il existe un élément de E, noté
z - l , tel que l'on ait zz-l = 2-12 = e (eélément unité de E).
DÉRIVÉE PREMIÈRE FVR 1.17

2) Si U = ( z I j ( x ) ) est une matrice carrée d'ordre n, dérivable au point xo et in-


versible en ce point, U - l admet au point xo une dérivée égale à - U-lU'U-l.

5. Dérivée d'une fonction composée

PROPOSITION 5. - Soient f une fonction numérique définie dans un intervalle 1 c R, et g


une fonction vectorielle dgnie dans un intervalle de R contenant f (1). Si f est dérivable au
point x, et g dérivable au point f (x,), la fonction composée g 0 f admet au point x, une
dérivée égale à g' (f (x,) ) f '(x,) .
En effet, posons h = g of; on peut écrire, pour x # x,,

dans le cas contraire. Lorsque x tend vers x,, f (x) a pour limite f (x,), donc u ( x )
a pour limite g r (f (x,)), d'où la proposition en vertu de la continuité de la
fonction y x dans E x R.

6. Dérivée d'une fonction réciproque

PROPOSITION 6. -Soit f un homéomorphisme d'un intervalle 1 c R sur un intervalle


J = f (1) c R, et soit g l'homéomo~hismerécipr~que.~ Si f est dérivable au point x, E 1,
et sif '(x,) # O, g admet aupoint y, = f (x,) une dérivée égale à 11f '(x,) .
En effet, pour tout y EJ, on ag(y) E 1 et u = f ( g ( y ) );on peut donc écrire, pour
Y f Yo, g(y) - g(yO) = g(y) - Lorsque y tend vers y, en restant dans J
Y-Y0 f(g(y))-f(xo)
et f y,, g ( y ) tend vers x, en restant dans 1 et f x,, et le second membre de la
formule précédente a donc une limite égale à 11f '(x,), puisque par hypothèse
f ' ( x 0 ) f 0.

COROLLAIRE. - Si f est dérivable dans 1 et si f ' ( x ) # O dans 1, g est dérivable dans J


et sa dérivée en tout point y E J est égale à 1/f ' (g(y)).

Par exemple, pour tout entier n > O, la fonction x1In, homéomorphisme de R + sur
1 LI.
lui-même, réciproque de xn, a pour dérivée en tout point x > 0, - xn
n
O n en déduit aisément, d'après la prop. 5, que, pour tout nombre rationncl
r = P / q > O, la fonction x7 = (xl'q)' a pour dérivée rxT-l en tout point x > 0.
Remarques. - 1) Toutes les propositions qui précèdent, énoncées pour des fonc-
tions dérivables en un point xo, donnent aussitôt des propositions pour des fonctions
dérivables à droite (resp. à gauche) en xo, en considérant a u lieu de ces fonctions,

Pour quef soit un homéomorphisme de 1 sur une partie de R, on sait qu'il faut et il suffit que f
soit continue et strictement monotone dans 1 (TG, IV, p. 9, th. 5).
FVR 1.18 DÉRIVÉES $1

leurs restrictions à l'intersection de l'intervalle où sont définies ces fonctions et


de l'intervalle [x,, + CO[ (rcsp.) - CO,
x,)) ; nous laissons a u lecteur le soin de lcs
énoncer.
2) Les définitions et propositions qui précèdent (à l'exception de ce qui concerne
les dérivées à droite et dérivécs à gauche) s'étendent aisément a u cas où on remplace
par un corps topologique commutatif quelconque K, et les espaces vectoriels topo-
logiques (resp. algèbres topologiques) sur R par des espaces vectoriels topologiques
(resp. algèbres topologiques) sur K. Dans la déf. 1 et les prop. 1, 2 et 3, il suffit d e
remplacer I par un voisinage de xo dans IC; dans la prop. 4, il faut supposer de plus que
l'application y Hy - l est définie et continue dans un voisinage de f(x,) dans E. L a
prop. 5 se généralise de la façon suivante: soient K' un sous-corps du corps topologique
K, E un espace vectoriel topologique sur K ; soit f une fonction définie dans un
voisinage V c K' de xo E Kt, à valeurs dans K (considéré comme espace vectoriel
topologique sur K'), dérivable au point x,. et soit g une fonction définie dans un
voisinage de f (x,) E K, à valeurs dans E, ct dérivable a u point f (x,) ;alors l'applica-
tion g of est dérivable a u point x, et a une dérivée en ce point égale à g'( f (x,)) f'(xo)
(E étant alors considéré comme espace vectoriel topologique sur K').
Avcc les mêmes notations, soit f une fonction définie dans un voisinage V d e
a E K,à valeurs dans E, et dérivable au point a; si a E K' et n'est pas point isolé dans
K', la restriction de f à V n K' est dérivable a u point a, et a pour dérivée f ' ( a ) en ce
point. Ces considérations s'appliqueront surtout, en pratique, au cas où K = C et
K' = R.
Enfin, la prop. 6 s'étend a u cas où on remplace 1par un voisinage de xo G K, e t f
par un homéomorphisme de I sur un voisinage J = f (1) deyo = f (xo) dans K.

7. Dérivées des fonctions numériques

Les définitions et propositions qui précèdent se complètent sur quelques points


lorsqu'il s'agit de fonctions numériques (finies) d'une variable réelle.
Tout d'abord, sif est une telle fonction, définie dans un intervalle 1 c R,et
continue par rapport à 1en un point x, E 1, il peut se faire, lorsque x tend vers x,
en restant dans 1et + x,, que
X
-
- Xo
(XO) ait une limite égale à + CO ou à - a;
on dit alors encore que f est dérivable au point x, et a pour dérivée en ce point
+co (resp. -a) ; si, en tout point x de 1, la fonction f a une dérivée (finie ou
infinie) f'(x), la fonction f' (à valeurs dans R) est encore appelée la fonction
dérivée (ou simplement la dérivée) def. O n généralise de même les définitions de
la dérivée à droite et de la dérivée à gauche.

Exemple. -Aupoint x = O, la fonction x % (fonction réciproque de x3, homéo-


sur lui-même) admet une dérivée égale à +
co ; la fonction 1x1%
admet au point x = O une dérivée à droite égale à +
cc et une dérivée à gauche
égale à - co.

Les formules donnant la dérivée d'une somme, d'un produit de fonctions


numériques dérivables, ou de l'inverse d'une fonction dérivable (prop. 1, 3 et 4)
ainsi que la dérivée d'une fonction (numérique) composCe (prop. 5) sont encore
valables lorsque les dérivées qui y figurent sont infinies, pourvu que toutes les
No 7 DÉRIVÉE PREMIÈRE FVR 1.19

expressions intervenant dans ces formules aient un sens (TG, IV, p. 15-16). Enfin,
dans la prop. 6, si on suppose que f est strictement croissante (resp. strictement
décroissante) et continue dans 1, et si f '(x,) = O, la fonction réciproque g admet
au point y, = f (x,) une dérivée égale à + co (resp. - a ) ; si f'(x,) = +co
(resp. - co), g admet une dérivée égale à O. On a des résultats analogues pour les
dérivées à droite et dérivées à gauche, que nous laissons au lecteur le soin d'énon-
cer.
Soit C le graphe ou courbe représentative d'une fonction numérique finief, partie
du plan R2 formée des points (x,f (x)) où x parcourt l'ensemble où f est définie.
Si, en un point x, E 1, la fonction f a une dérivée à droite finie, la demi-droite
ayant comme origine le point Mx, = (x,, f (x,)) de C, et pour paramètres direc-
teurs (1, f,'(x,)) est appelCe demi-tangente à droite à la courbe C au point Mxo;
lorsque f,'(x,) = +co (resp. f,' (x,) = -a),on appelle encore ainsi la demi-
droite d'origine Mx, et de paramètres (0, 1) (resp. (O, - 1)). On définit de même
la demi-tangente à gauche au point Mx,, lorsquefi (x,) existe. Avcc ces définitions, on
vérifie aussitôt que l'angle que fait la demi-tangente à droite (resp. à gauche) avec
l'axe des abscisses, est la limite de l'angle que fait avec cet axe la demi-droite
d'origine Mx, passant par le point Mx = (x, f (x)) de C, lorsque x tend vers x,
en restant > x, (resp. < x,) .
On peut dire aussi que la demi-tangente à droite (resp. à gauche) est la limite de la
demi-droite d'origine Mx, passant par Mx, en considérant sur l'ensemble des demi-
droites de même origine, la topologie de l'espace quotient C*//Rf (TG, VIII, p. 9).
Si les deux demi-tangentes en un point Mx, de C existent, elles ne sont
opposées que lorsque f a une dérivée (finie ou non) au point x, (supposé intérieur à
1) ; elles ne sont identiques que lorsquef,'(x,) et f,'(x,) sont infinies et de signes
contraires. Dans les deux cas, on dit que la droite qui contient les deux deini-
tangentes est la tangente à C au point Mx,.
Lorsque la tangente en M,, existe, elle est la limite de la droite passant par Mx,
et Mx, lorsque x tend vers xo en restant # x o , la topologie sur l'ensemble des droites
passant par un même point étant celle de l'espace quotient C*/R* (TG, VIII, p. 15).
Les notions de tangente et de demi-tangente à une courbe représentative sont
des cas particuliers de notions génPrales qui seront définies dans la partie de ce
Traité consacrée aux variétés différentielles.

DÉFINITION 4. - On dit qu'une fonction numériquejnief, définie dans une partie A d'un
espace topologique E, admet un maximum relatif (resp. maximum relatif strict, minimum
relatif, minimum relatif strict) en un point x, E A, par ratport à A, s'il existe un voisinage V
de x, dans E tel qu'en tout point x E V n A dzférent de x,, on ait f (x) < f (x,) (resp.
f ( x ) < f (xo), f ( x ) >f(xo), f ( 4 >f(xo)).

Il est clair que si f atteint sa borne supérieure (resp. inférieure) dans A en un


point de A, elle a un maximum relatif (resp. minimum relatif) par rapport à A en
ce point; la réciproque est bien entendu inexacte.
FVR 1.20 DÉRIVÉES §2

On notera que si B c A, et si f admet (par exemple) un maximum relatif en un


point xo E B, par rapport à B, f n'admet pas nécessairement un maximum relatif par
rapport à A en ce point.

PROPOSITION 7. -Soitf une fonction numériquejinie, déJinie dans un intervalle 1 c R.


Si, en un point x,, intérieur à 1,f admet un maximum relatif (resp. un minimum relatif) et a
en ce point une dérivée à droite et une dérivée à gauche, on a fi (x,) < O et f,'(x,) 2 O
(resp. fi (x,) 2 O et f,'(x,) < O) ; en particulier, si f est dérivable au point xo, on a
f'(xo) = 0.
La proposition résulte trivialement des définitions.

On peut dire encore que si en un point x, intérieur à 1 la fonction f est dériv-


able et admet un maximum ou minimum relatif, la tangente à sa courbe représen-
tative est parallèle à l'axe des abscisses. La réciproque est inexacte, comme le montre
l'exemple de la fonction x3 qui a une dérivée nulle au point x = O, mais n'a ni
maximum ni minimum relatif en ce point.

8 2. LE THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS

Dans les propositions démontrées au § 1, hypothèses et conclusions ont un carac-


tère local: elles ne font intervenir que des propriétés des fonctions considérées
dans un voisinage arbitrairement petit d'un point fixe. Au contraire, les questions
dont nous allons nous occuper dans ce paragraphe font intervenir les propriétés
d'une fonction dans tout un intervalle.

1. Théorème de Rolle

PROPOSITION 1 ((<théorème de Rolle )>).-Soitf unefonction numériquejinie et continue


dans un intervalle fermé 1 = (a, b) (où a < b), admettant en tout point de )a, b( une
dérivée (finie ou non), et telle que f (a) = f (b). Il existe alors un point c (au moins) de
)a, b( tel quef '(c) = 0.
La proposition est évidente si f est constante; sinon f prend par exemple des
valeurs > f (a), et atteint donc sa borne supérieure en un point c intérieur à 1
(TG, IV, p. 27, th. 1). Comme en ce point f admet un maximum relatif, on a
f (c) = O (1, p. 20, prop. 7).

COROLLAIRE. - Soitf une fonction numérique jinie et continue dans (a, b) (où a < b),
admettant en tout point de )a, b( une dérivée (finie ou non). I l existe alors un point c (au
moins) de )a, b( tel quef (b) - f (a) = f '(c) (b - a).
Il suffit d'appliquer la prop. 1 à f (x) = f (b) -f (a) ( x
b -a
- a).
No 2 THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS FVR 1.21

Ce corollaire signifie qu'il existe un point Mc = (c, f (c)) de la courbe repré-


sentative C def tel que a < c < b et qu'en ce point la tangente à C soitparallèle à
la droite joignant les points Ma = (a,f (a)) et M, = (6, f (b)).

2. Le théorème des accroissements finis pour les fonctions numériques

Du corollaire de la prop. 1 résulte en particulier l'importante propriété suivante :


si on a m t f ' ( x ) t M dans )a, b(, on a aussi rn t (') - G M. Autrement
b-a
dit, d'une majoration de la dérivée f' dans tout un intervalle d'extrémités a, b
-
résulte la même majoration du rapport (rapport de 1' u accroissement O
b-a
de la fonction à 1' (( accroissement de la variable dans l'intervalle). Nous allons
dans ce qui suit préciser et généraliser ce résultat fondamental.

PROPOSITION 2. - Soitf une fonction numériquefinie et continue dans un intervallefermé


borné 1 = (a, b) (où a < b), et admettant une dérivée à droite (finie ou non) en tous les
points du complémentairepar rapport à (a, b(:d'une partie dénombrable A de cet intervalle.
Si f,'(x) 2 O en tout point x de (a, b( n'appartenant pas à A, on a f (b) P f (a) ;si en
outref,'(x) > O en unpoint au moins de (a, b(, on af (6) > f (a).
Soit E > O un nombre arbitraire, et désignons par (a,),,, une suite obtenue
en rangeant dans un certain ordre les points de l'ensemble dénombrable A. Soit J
l'ensemble des points y E 1tels que, pour tout x tel que a t x t y, on ait

la somme du second membre étant étendue à l'ensemble des indices n tels que
a, < x. Nous allons démontrer que si f,'(x) 2 O en tout point de (a, b( distinct
des a,, on a J = 1.
Il est clair que J n'est pas vide, puisque a EJ; d'autre part, la définition de cet
ensemble montre que si y E J, on a x E J pour a t x t y, donc J est un intervalle
d'origine a (TG, IV, p. 7, prop. 1);soit c son extrémité. On a c EJ; c'est évident si
c = a; sinon, pour tout x < c, on a l'inégalité (l), et afortiori

d'où, en faisant tendre x vers c dans cette inégalité, résulte (en raison de la con-
tinuité def ) que c satisfait à (1).
Cela étant, nous allons voir qu'on a nécessairement c = b. En effet, si on
avait c < b, ou bien on aurait c $ A; alorsf,' (c) existerait, et commef,'(c) 2 O par
hypothèse, il existerait un y tel que c < y t b et que pour c t x t y, l'on ait
FVR 1.22 DÉRIVÉES

d'où, en tenant compte de ( l ) ,où x est remplacé par c

ce qui signifie qu'on aurait y E J, contrairement à la définition de c. Ou bien on


aurait c = a, pour un indice k; commef est continue au point ak, il existerait un y
tel que c < y < b et que, pour c < x < y, on ait

d'où, en tenant compte de ( l ) , où x est remplacé par c,

ce qui entraîne de nouveau contradiction; on a donc bien c = 6, et par suite

Comme E > O est arbitraire, on déduit de ( 2 ) qu'on a f ( b ) 2 f ( a ) , ce qui


démontre la première partic de la proposition.
Remarquons maintenant que ce résultat appliqué à un intervalle (x, y ) où
a x < y < b, prouve que f est croissante dans 1 ; si on avait f (b) = f ( a ) , on en
déduirait que f est constante dans 1, et par suite que fd ( x ) = O en tout point de
[a, b [ ; d'où la seconde partie de 1'Cnoncé.

COROLLAIRE. - Soit f une fonction numériquejinie et continue dans (a, 6 ) (où a < 6 ) et
admettant une dLrivée à droite en tous les points du complémentaire par rapport à (a, b[
d'une partie dénombrable A de ce1 iniervalle. Pour que f soit croissante dans 1, il faut et il
sufit quef,' ( x ) 3 O en tout point de (a, b[ n'appartenantpas à A; pour quef soit strictement
croissante, il faut et il sufit que la condition précédente soit vériJ;ée,et en outre que 17en.remble
de5 points x oùf i ( x ) > O soitpartout dense dans [a, b).
Remarques. - 1) La prop. 2 reste valable quand on remplace dans son énoncé
l'intervalle ( a , b( parla, b ) et les mots <( dérivée à droite )> par <( dérivée à gauche )>.
2) L'hypothèse de la continuité de f dans l'intervalle fermC 1 (et non seulement sa
continuité à droite1 en tout point de (a, b ( ) est esscntiellc pour la validité de la prop. 2
(cf. 1, p. 43, exerc. 8).
3) La conclusion de la prop. 2 devient inexacte si on suppose seulement que
l'ensemble A des points <( exceptionnels est rare dans 1, mais non dénombrable (cf.
)>

1, p. 447 exerc. 3).


La prop. 2 entraîne le théorème fondamental suivant (en apparence plus
général) :
Une fonction définie dans un intervalle 1 c R est dite continue à droite en un point xo E 1 si sa
restriction à l'intervalle 1 n ( x o , + co( est continue au point xa par rapport à cet intervalle; il revient
au même de dire que la limite à droite de la fonction au point x, existe et est égale à la valeur de la
fonction en ce point.
No 3 THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS F I N I S FVR 1.23

THEORÈME 1 (théorème des accroissements finis). -Soient f et g deux fonctions


numéripuesjinies et continues dans un intervalle fermé borné I = [a, b), et admettant une
dérivée à droite (finie o u n o n ) en tous les points du comnplémentaire par rapport à [a, b[ d'une
partie dénombrable de cet intervalle. On suppose en outre que f,'( x ) et gd ( x ) ne peuvent
devenir injnis simultanément qu'aux points d'une partie dénombrable de 1 et qu'il existe
deux nombresfinis m, M tels que

sauf aux points d'une partie dénombrable de 1 ( e n remplacant M .gd(x) (resp. m . g i ( x ) )


par O si M = O (resp. m = O ) et g i ( x ) = I: a). Dans ces conditions, on a

sauf lorsqu'on a f ( x ) = M . g ( x ) + k, o u f ( x ) = m.g(x) + k (k constante) pour tout


x E 1.
II sufit d'appliquer la prop. 2 a u x fonctions M . g - f et f - m.g, qui, e n
vertu des hypothèses faites, ont u n e dérivée à droite positive sauf a u x points d'une
partie dénombrable de 1.
Remarque. - Le th. 1 est inexact si on suppose dans l'énoncé que fi et gi peuvent
simultanément infinis aux points d'une partie non dénombrable de 1 (cf. 1, p. 44,
exerc. 3).

COROLLAIRE.-Soit f une fonction numériquejnie et continue dans (a, 6) (où a < b) et


admettant une dérivée à droit (finie o u n o n ) en tous les points du complémentaire B par
rapport à (a, b( d'une partie dénombrable de cet intervalle. Si m et M sont les bornes in-
férieure et supérieure def,'dans B, on a
(5) m(b - a) < f (b) - f (a) - M ( b - a)
sif n'estpas unefonction linéaire ajîne; sif est linéaire a$1ne, on a

Les inégalités ( 5 ) sont des conséquences d e (4)lorsque m et M sont finis; le cas


o ù l'un o u l'autre d e ces nombres est infini est trivial.
Remarque, -Les inégalités ( 5 ) prouvent qu'une fonction continue ne peut avoir
une dérivée à droite égale à +CO en tout point d'un intervalle (cf. 1, p. 43, exerc. 6).

3. Le théorème des accroissements finis pour les fonctions vectorlelles

T H É O R È M E 2. - Soit f une fonction vectorielle d&nie et continue dans un intervalle fermé


borné 1 = (a, b) de R (où a < b) et prenant ses valeurs dans un espace normé E sur
soit g une fonction numérique continue et croissante dans 1. On suppose que f et g admettent
une dérivée à droite en tous les points du complémentaire par rapport à (a, b[ d'une partie
FVR 1.24 DÉRIVÉES 52

dénombrable A de cet intemalle (ga(x) pouvant être infinie en certains des points
x $ A), et qu'en chacun de cespoints on a
(6) Il fd' (x)I < &(x).

La démonstration suit une marche tout à fait analogue à celle de la prop. 2.


Soient E > O un nombre arbitraire, et (a,) la suite obtenue en rangeant dans un
certain ordre les points de A. Soit J l'ensemble des points y E 1 tels que, pour tout
x tel que a < x < y, on ait

nous allons montrer que J = 1. On voit d'abord, comme dans la prop. 2, que J
est un intervalle d'origine a; si c est son extrémité, on a c EJ; en effet, pour tout
x < c, on a la relation (8), et afortiori

d'où, en faisant tendre x vers c dans cette inégalité, résulte, en raison de la con-
tinuité de f, que c satisfait à (8).
Montrons qu'on a nécessairement c = 6. En effet, supposons c < 6, et d'abord
que c $ A; f i (c) et gd(c) existent donc et vérifient (6) ;supposons en premier lieu
que ga(c) (qui est nécessairement 2 O) soit finie; alors on peut toujours écrire
f,'(c) = ugd(c), avec llull 6 1; la fonction f (x) - ug(x) ayant au point c une
dérivée à droite nulle, il existe un y tel que c < y < b et que, pour c < x < y,
on ait

et, en tenant compte de (8), où x est remplacé par c

On aurait donc y E J, ce qui est contradictoire. Supposons ensuite qu'on ait c $ A


et ga(c) = +CO; il existe alors un y tel que c < y 6 b et que, pour c < x < y, on
ait, d'une part
llf(x) - f(c)ll < (Ilfi(c>ll+ 1) (X - 6)
No 3 FVR 1.25

et d'autre part

d'où

et o n conclut c o m m e précédemment. Enfin, si o n a c = a,, il existe un y tel q u e


c < y < b et que, pour c < x < y, o n ait

d'où en, tenant compte d e (8),o ù x est remplacé par c,

ce qui entraîne d e nouveau contradiction. L a démonstration se termine c o m m e


celle d e la propr. 2.
C.Q.F.D.
Remarques. - 1) Ici encore, on peut remplacer dans l'énoncé du th. 2 l'intervalle
*
(a, b ) par )a, b ) et <( dérivée à droite par (( dérivée à gauche n.
2) Nous montrerons plus tard comment on peut préciser les cas d'égalité dans la
relation (7), et aussi comment on peut généraliser le th. 2 au cas où E est un espace
localement convexe quelconque, à l'aide d'une autre méthode de démonstration qui
permet de déduire le th. 2 du th. 1.

COROLLAIRE.- Pour qu'une fonction vectorielle continue dans un interualle 1 c R, à


ualeurs dans un espace normé E sur R, soit constante dans 1, il sufit qu'elle ait une dérivée à
droite nulle en tous les points du complémentaire (par rapport à 1 ) d'une partie dénombrable
de 1.
Remarque. - Les démonstrations des th. 1 et 2 font intervenir de façon essentielle les
propriétés topologiques particulières au corps R; on peut en effet donner des exemples
de corps valués K pour lesquels il existe des applications continues non constantes de
K dans lui-même qui ont en tout point une dérivée nulle (cf. 1, p. 44, exerc. 2).

PROPOSITION 3. - Soit f une fonction vectorielle à ualeurs dans un espace normé E sur R,
d$nie et continue dans un intervalle 1 R, dérivable à droite dans le complémentaire B
(par rapport à 1) d'une partie dénombrable de 1 ; quels que soient les points x, E B, x E 1,
y E 1, on a ( e n supposant par exemple x < y)

(9) Ilf ( y ) - f ( x ) - fi ( ~ 0 ()Y - XI 1 a (Y - XI a s B s"p


, x < z < u Ilfi (4 A fA 11
( ~ 0 )
FVR 1.26 DÉRIVÉES

Il suffit e n e f f e t d'appliquer le th. 2 e n remplaçant f par la fonction

et g par la fonction linéaire dont la dérivée est sup Ilfi ( 2 ) - f i (x,) 11.
zeB,x<z<y

L e th. 2 s'étend aux fonctions vectorielles d'une variable complexe:

PROPOSITION 4. -Soit f une fonction vectorielle d'une variable complexe déJinie, continue
et dérivable dans une partie ouverte convexe A du corps C , à valeurs dans un espace normé E
sur le corps C . Si on a Ilf'(z) I < mpour tout z E A, on a /If( 6 ) - f (a)I < m 1 6 - a 1
pour tout couple de points a, b de A.
1
Posons e n effet g ( t ) = ---
6-a
f(a + t(b - a ) ) pour O <t < 1 ; comme
g t ( t ) = f f ( a + t(b - a ) ) , l'application d u th. 2 à la fonction g donne aussitôt la
proposition.

COROLLAIRE.- Pour qu'une fonction vectorielle f d'une variable complexe, d@ie et


continue dans un ensemble A c C , à valeurs dans un espace normé sur C, soit constante, il
sufit qu'elle ait une dérivée nulle en tout point de A.
E n effet, soit a u n point quelconque d e A; l'ensemble B des points z d e A
o ù f ( z ) = f (a) est fermé puisque f est continue; il est aussi ouvert par application
de la prop. 4 (avec m = 0) à u n voisinage ouvert convexe, contenu dans A, d'un
point quelconque d e B ;donc il est identique à A.

PROPOSITION 5. -Soit f une fonction vectorielle d'une variable complexe, déJinie, continue
et dérivable dans un ensemble ouvert convexe A c C, à valeurs dans un espace normé sur le
corps C ; quels que soient lespoints x,, x et y dans A, on a
(10) Ilf (Y) - f (4 - f'(x0) (Y - 4 I l < lY - xl - .sup
Z EA
IlfW - f'(x0) Il.
II suffit d'appliquer le th. 2 à la fonction
g(t) = f(x + t(y - x ) ) - f t ( x 0 ) ( y - x)t
dans l'intervalle (0, 1).

4. Continuité des dérivées

PROPOSITION 6. -$oient 1 un intervalle ouvert de R, x, une des extrémités de 1, f une


fonction vectorielle d@nie et continue dans 1, prenant ses valeurs dans un espace norme' complet
E sur R ; on suppose que f admet une dérivée à droite aux points du complémentaire B, par
rapport à 1, d3unepartie dénombrable de 1. Pour que fi ( x ) ait une limite lorsque x tend vers
x, en restant dans B et # x,, il faut et il su@ que f ( y ) - (') ait une limite c lorsque
Y-x
(x, y) tend vers (x,, x,) de sorte que x E 1, y E 1, x # x,, y # xo et x # y. Dans ces condi-
No 4 THÉORÈME DES ACCROISSEMENTS FINIS FVR 1.27

tions, f se prolonge par continuité au point x,, f i ( x ) tend vers c lorsque x tend vers x, (en
restant dans B) et la fonction f prolongée (définie dans 1 c {x,)) admet au point xo
une dérivée égale à c.
Supposons par exemple que x, soit l'extrémité de 1. Montrons d'abord que si
fd (x) tend vers e lorsque x tend vers x, en restant dans B et # x,, (Y)-f tend
Y-x
vers c; cela résulte aussitôt du th. 2 appliqué à la fonction f (2) - cz, qui donne

pour x < y < x,. Inversement, si f(y) - f ( x ) tend vers c, pour tout E > 0, il
Y -X
existe h > O tel que les conditions lx - x,l < h, ly - x,l < h (x # x,, y # x,)
entraînent

Mais pour tout x E B et # x,, tel que lx - x,l < h, il existe k > O (dépendant de
x) tel que la relation x < y < x + k entraîne

d'où, en tenant compte de (11):

pour lx - x,l < h, x E B et x # x,, ce qui prouve que f i (x) tend vers c. En outre,
de la relation (11) on tire d'abord que

ce qui prouve (critère de Cauchy) que f a une limite d au point x,, lorsque x tend
vers ce point en restant dans 1 et # x,; faisant alors tendre x vers x, dans (1l), il
v i e n t , p o u r y ~ I , y# x,et Iy - x,l C h,

ce qui prouve que c est la dérivée au point x, de la fonction f prolongée par


continuité à 1 r\ (x,).
Remarque. - Un raisonnement analogue, basé sur le th. 1, montre que si f est une
+
fonction numérique telle que f,'( x ) tende vers co au point xo, le rapport
( f (Y) - f (x))l(y - x)
tend aussi vers +a,et réciproquement; si en outre f a une limite finie au point xo
(ce qui ici n'est plus une conséquence de l'hypothèse), la fonction f prolongée au
point xo par continuité a une dérivée égale à +CO en ce point.
FVR 1.28

3 3. DERIVÉES D'ORDRE SUPÉRIEUR

1. Dérivées d'ordre n

Soit f une fonction vectorielle d'une variable réelle, définie, continue et dérivable
dans un intervalle 1. Si la dérivée f ' existe dans un voisinage (par rapport
à 1) d'un point x, E 1, et est dérivable au point x,, sa dérivée est appelée la
dérivée seconde de f au point x,, et se note f1'(x,) ou D2f(x,). Si cette dérivée
seconde existe en tout point de 1 (ce qui implique que f ' existe et est continue dans
1), x i-t f "(x) est une fonction vectorielle qu'on désigne par la notation f " ou D2f.
Par récurrence, on définit de même la dérivée n-ème (ou dérivée d'ordre n) de f, qu'on
note f(n)ou Dnf; par définition, elle a pour valeur au point x, E 1la dérivée de la
fonction f(n-l)au point x,: cette définition suppose donc l'existence de toutes les
dérivées f(k)d'ordre k 6 n - 1 dans un voisinage de x, par rapport à 1, et la
dérivabilité de f(" au point x,.
On dira que f est nfois dérivable au point x, (resp. dans un intervalle) si elle
admet une dérivée n-ème en ce point (resp. dans cet intervalle). On dit que f est
ind$iniment dérivable dans 1 si, pour tout entier n > O, elle admet une dérivée
d'ordre n dans 1.

Par récurrence sur rn, on voit que

De façon précise, lorsque l'un des deux membres de (1) est défini, l'autre est défini
et lui est égal.

PROPOSITION 1. -L'ensemble desfonctions uectorielles déjïnies dans un intervalle 1 c R,


prenant leurs valeurs dans un même espace uectoriel topologique E, et admettant une dérivée
n-èrne dans 1, est un espace vectoriel sur R, et f i-t Dnf est une application linéaire de cet
espace dans l'espace vectoriel des applications de 1 dans E.

On démontre en effet par récurrence sur n les formules

lorsque f et g ont une dérivée n-ème dans 1 (a constante).

PROPOSITION 2 ((<formule de Leibniz ))).-Soient E, F, G trois espaces vectoriels


to@ologiquessur R, (x, y) H [x .y] une application bilinéaire continue de E x F dans G.
Si f (resp. g) est déJinie dans un intervalle 1 c R, prend ses valeurs dans E (resp. F)
No 2 DÉRIVÉES D'ORDRE SUPÉRIEUR FVR 1.29

et admet une dérivée n-ème dam 1, [f.g] admet dans 1 une dérivée n-ème donnée par la
formule

+ (p) [f'"-P).gp)] + . . . + [f. g(")].


La formule (4) se démontre encore par récurrence sur n (compte tenu de la
relation (p) ( ) ( )
=
n- 1 n-1
+ P-1
entre coefficients binomiaux).

On vérifie de même la formule suivante (où les hypothèses sont les mêmes que
dans la prop. 2) :

Les propositions précédentes ont été énoncées pour des fonctions n fois dérivables
dans un intervalle; nous laissons au lecteur le soin d'énoncer les propositions ana-
logues pour les fonctions n fois dérivables en un point.

2. Formule de Taylor

Soit f une fonction vectorielle définie dans un intervalle 1 c R, à valeurs dans un


espace normé E sur R; dire que f a une dérivée en un point a G 1 signifie que l'on a
f(x) - f(a) - ff(a) (x - a)
(6) lim = O
x+a,xaI,x#a X-a
autrement dit, que f est G approxirnativcment égale )> à la fonction linéaire
f (a) + f'(a) (x - a) au voisinage de a (cf. chap. V, où cette notion est développée
de façon générale). Nous allons voir que l'existence de la dérivée d'ordre n de f au
point a entraîne de la même manière que f est <( approximativement égale )> à un
polynôme en x, de degré n, à coefficients dans E (TG, X, p. 39) au voisinage de a.
De façon précise :

THÉORÈME 1. -Si lafonction f admet une dérivée n-ème au point a, on a


- a)"
(X - a) -
f(x) - f(a) - f'(a) -
l!
. . . -f(%)(a)(X n!
(7) lim = O.
x+a,x~I,x+a (X - a)n
Procédons par récurrence sur n. Le théorème est vrai pour n = 1. Pour n
FVR 1.30 DÉRIVÉES 83

quelconque, on peut, d'après l'hypothèse de récurrence, l'appliquer à la dérivée


f ' de f: pour tout E > O, il existe donc h > O tel que, si on pose

g(x) =
(2 - a) - f " ( 4 (x - a)2 -
f(x) - f(a) - f'(a) -
1! 2!
. . . - f(n)(a) (X -n !a)"

Appliquons le th. des accroissements finis (1, p. 22, th. 2) dans l'intervalle
d'extrémités a, x (avec lx - al < h) à la fonction vectorielle g et à la fonction
numérique croissante égale à E 1 y - aln/n si x > a, à - E 1 y - aln/n si x < a; il
vient Ilg(x)II ,< E lx - aln/n,ce qui démontre le théorème.
On peut donc écrire

où u(x) tend vers O lorsque x tend vers a en restant dans 1; cette formule est
dite formule de Taylor d'ordre n, relative au point a, et le second membre de
(8) est appelé le développement de Taylor d'ordre n de la fonction f au point a. Le
dernier terme rn(z) = u(x) (x - ~ ) ~ /estn !appelé le reste de la formule de Taylor
d'ordre n.
Lorsque f admet une dérivée d'ordre n + 1 dans 1, on peut avoir en fonction de
cette dérivée (n + 1)-ème une majoration de 1 rn(x)11 valable dans 1 tout entier,
et non seulement dans un voisinage non précisé de a:

II 6 M dans 1,on a
3. -Si Ilf(n+l)(~)
PROPOSITION

dans 1.
En effet, la formule est vraie pour n = 0, d'après 1, p. 23, th. 2. Démontrons-la
par récurrence sur n; d'après l'hypothèse de récurrence appliquée à f', on a

d'où la formule (9) par application du th. des accroissements finis (1,p. 23, th. 2).
No 2 DÉRIVÉESD'ORDRE SUPÉRIEUR FVR 1.3 1

COROLLAIRE. -S i f est une fonction numériquejnie admettant une dérivée ( n + 1)-ème


dans 1, et si m 6 f ("+l)(x) < M dans 1, on a, pour tout x 2 a dans 1

le second membre ne pouvant être égal au premier (resp. au troisième) que si f ( " + l ) est
constante et égale à m (resp. M) dans l'intervalle (a, x).
La démonstration se fait de la même manière, mais en appliquant le th. 1 de 1,
p. 17.
Remarques. - 1) On a déjà noté, au cours de la démonstration du th. 1, que si f
admet une dérivée n-ème dans 1, et si

(11) f ( x ) =a, +- a,(x - a) + a,(x - a)) + ... + a,(x - a), -P r,(x)


est son développement de Taylor d'ordre n au point a, le développement de
Taylor d'ordre n - 1 de f' au point a est

On dit qu'il s'obtient en dérivant terme à terme le développement ( 1 1 ) de f.


2) Dans les mêmes hypothèses, les coefficients a, de (11) sont déterminés par
récurrence par les relations
a. = f (a)

al = lim f (4 - f (a)
x-+a X -a
f ( x ) - f ( a ) - a,(x - a )
a, = lim
x-+a ( X - a)=

f(x) - f ( a ) - a,(x - a ) - . . . - a,-,(x -


a, = lim
x-ra ( X - a),

Dans le cas où a = O, on conclut de là en particulier que, si f ( x p ) (f entier > 0)


admet une dérivée d'ordrepn dans un voisinage de O, le développement de Taylor
d'ordre@ de cette fonction n'est autre que

r,(xP) étant le reste du développement (cf. V, p. 11).


3 ) La définition de la dérivée d'ordre n et les résultats qui précèdent se géné-
ralisent de façon immédiate aux fonctions d'une variable complexe; nous
n'insistons pas davantage ici sur cette question, qui sera reprise en détail dans un
Livre ultérieur de cet ouvrage.
F V R 1.32 DÉRIVÉES 54

8 4. F O N C T I O N S C O N V E X E S D ' U N E V A R I A B L E RÉELLE

Soient H une partie de R, f une fonction numérique finie définie dans H, G le


graphe ou ensemble représentatif de la fonction f dans R x R = R2, ensemble
des points M, = ( x ,f ( x ) ) , où x parcourt H. Nous conviendrons de dire qu'un
point (a, b) de R2 tel que a E H est au-dessus (resp. strictement au-dessus, au-dessous,
strictement au-dessous) de G si on a b 2 f ( a ) (resp. 6 > f (a), b Q f ( a ) , b < f ( a ) ) .
Si A = (a, a') et B = (6, b') sont deux points de R2,nous désignerons par A B le
segment fermé d'extrémités A et B ; si a < 6, A B est le graphe de la fonction
6' - a'
linéaire a' + -( x - a) définie dans (a, 6 ) ; nous désignerons par @ ( A B )la
b-a
b' - a'
pente -de ce segment, et ferons usage du lemme suivant, dont la vérification
b-a
est immédiate :

Lemme. - Soient A = (a, a'), B = (b, b'), C = (c, CI) trois points de R2 tels que
a < b < c. Les propositions suivantes sont équivalentes:
a ) B est au-dessous de A C ;
b) C est au-dessus de la droitepassantpar A et B ;

Fig. 1

c) A est au-dessus de la droitepassantpar 16 et C;


d ) P ( W P ( A C );
e) p(BC).
Le lemme est encore exact quand on y remplace au-dessus (resp. (( au-
dessous ))) par strictement au-dessus )) (resp. << strictement au-dessous )>) et le
<(

signe Q par < (fig. 1).

1. Définition des fonctions convexes

DÉFINITION 1. - On dit qu'une fonction numérique finie f, deJinie dans un intervalle


(1 c R, est convexe dans 1, si, quels que soient les points x, x' de 1 (x < x'), tout point M,
No 1 FONCTIONS CONVEXES FVR 1.33

du graphe G de f tel que x 6 z 6 x' est au-dessous du segment M x M , (ou, ce qui


revient au même, si tout point de ce segment est au-dessus de G) (fig. 2).

O' x L x' X

Fig. 2

Tenant compte de la représentation paramétrique d'un segment (TG, VI,


p. 5), la condition pour que f soit convexe dans I est que l'on ait l'inégalité

pour tout couple (x, x') de points de I et tout A E (0, 1).


La définition 1 est encore équivalente à la suivante: l'ensemble des points de R2
situés au-dessus du graphe G def est convexe. En effet, cette condition est évidemment
suffisante pour que f soit convexe dans 1; elle est aussi nécessaire, car si f est
convexe dans 1, et si (x, y), (x', y') sont deux points situés au-dessus de 6, on a
y 2 f(x),yf >, f(xl),d'où,pourO < A < 1,
Ay + (1 - A) y' >, Af (x) + (1 - A) f (x') 2f (Ax + (1 - 1 ) ~ ' )
d'après (l), ce qui montre que tout point du segment d'extrémités (x, y) et (x', y')
est au-dessus de G.
Remarque. - O n voit de même que l'ensemble des points situés strictement au-dessus
de G est convexe. Réciproquement, si cet ensemble est convexe, on a
Ay +
( 1 - A)y' > f (Ax +
(1 - A)x')
pour O < A < 1 et y > f ( x ) , y' > f (x') ; en faisant tendre y vers f ( x ) et y' vers f (x')
dans cette formule, il en résulte que f est convexe.
Exemples. - 1 ) Toute fonction linéaire affine (numérique) ax +b est convexe
dans R.
2) La fonction x2 est convexe dans Pi, car on a
lx2 + +
( 1 - A)xf2 - (1% ( 1 - A ) x ' ) ~= A(1 - A)(x - x')' > O
pour O < A < 1.
3) La fonction 1x1 est convexe dans R,car on a
Ihx + (1 - h)x' 1 < A 1x1 + ( 1 - A)lx'l
pour0 < A < 1.
Il est clair que sif est convexe. dans 1, sa restriction à tout intervalleJ c I est
convexe dans J.
FVR 1.34 DÉRIVÉES 54

Soient f une fonction convexe dans 1, x, x' deux points de 1 tels que x < x ' ;
si z E 1 est extérieur à (x, x'), M, est au-dessus de la droite D joignant M, et Mx,;
c'est une conséquence immédiate du lemme.
O n en déduit que, si z est un point tel que x < z < x', et tel que M, soit sur
le segment M,M., alors, pour tout autre point z' tel que x < z' < x', M,# est
aussi sur le segment M,Md, car il résulte de ce qui précède que M,, doit être
à la fois au-dessus et au-dessous de ce segment; en d'autres termes, f est alors
égale à une fonction linéaire afJinedans (x, x').

DÉFINITION 2. - On dit qu'une fonction numériquejnief, définie dans un intervalle 1 c R,


est strictement convexe dans 1, si quels que soient les points x, x' de 1(x < x'), tout point M,
du graphe G de f tel que x < z < x' est strictement au-dessous du segment M,M,, (ou,
ce qui revient au même, si tout point de ce segment, distinct des extrémités, est
strictement au-dessus de G) .
En d'autres termes, on doit avoir l'inégalité

pour tout couple (x, x') de points distincts de 1 et tout A tel que O < A < 1.
Les remarques précédant la déf. 2 montrent que, pour qu'une fonction f
convexe dans 1 soit strictement convexe, il faut et il suffit qu'il n'existe aucun
intervalle contenu dans 1 (et non réduit à un point) tel que la restriction def à cet
intervalle soit linéaire a$Ene.
Des exemples donnés ci-dessus, le premier et le troisième ne sont pas des fonctions
strictement convexes; par contre, on voit que x2 est une fonction strictement convexe
dans R; un calcul analogue montre que 1/x est strictement convexe dans )O, + m(.

PROPOSITION 1. - Soitf une fonction numériquejnie, convexe (resp. strictement convexe)


,
dans un intervalle 1 c R.Pour toute famille (xi), i,p de p 2 2 points distincts de 1, et

toutefamille (hi), ,,,,dep nombres réelstels que O < Ai < 1 et 5 hi = 1, on a


i=l

(resp.

(4)
La proposition (pour les fonctions convexes) se réduisant à l'inégalité (1)
p
l;

pour p = 2, nous raisonnerons par récurrence sur p > 2. Le nombre p = 1 = 1 Ai 2


est > O; il est immédiat que si a et b sont le plus petit et le plus grand des xi, on a
1P - 1
Ai c 6, autrement dit le point x = -
z=1
Z
hixi appartient à 1, et
p i=1
No 2 FONCTIONS CONVEXES FVR 1.35

P-1
l'hypothèse de récurrence entraîne pf (x) 2 hif (xi); d'autre
< i=1 part, on a,
d'après (1)

O n raisonne de même pour les fonctions strictement convexes en partant de


l'inégalité (2).

On dit qu'une fonction numérique finie f est concave (resp. strictement concave)
dans 1 si - f est convexe (resp. strictement convexe) dans 1. Il revient au même
de dire que, pour tout couple (x, x') de points distincts de 1 et tout h tel que
O < h < 1,ona

I f (hx C (1 - h)xr) 2 hf (x) + (1 - h)f (x')


(resp.f ( h x + (1 - h)x') > Af(x) + (1 - A)f(x')).

2. Familles de fonctions convexes

2. -Soientf, (1
PROPOSITION < i < p) p fonctions convexes dans un intervalle 1 c R,
P
et ci (1 < i < p) quelconques; laj&ctionf =
nombrespositij% 1ciJ
i=l
est convexe dans 1.
En outre, si pour un indice j au moins, fi est strictement convexe dans 1 et ci > O, f est
strictement convexe dans 1.
Cela résulte aussitôt de l'inégalité (1) (resp. (2)) appliquée à chacune des
f,, en multipliant les deux membres de l'inégalité relative à f, par ci, et ajoutant
membre à membre.

PROPOSITION 3. - Soit (fa) une famille defonctions convexes dans un intervalle 1 c R ;


si l'enveloppe supérieure g de cettefamille estjnie en tout point de 1, g est convexe dans 1.
l En effet, l'ensemble des points (x, y) E R2 situés au-dessus du graphe de g est
l'intersection des ensembles convexes formés respectivement des points situés au-
/! dessus du graphe de chacune des fonctionsf,;il est donc convexe.

PROPOSITION 4. -Soit H un ensemble defonctions convexes dans un intervalle 1 c R ; si 8


est un Jiltre sur H qui converge simplement dans 1 vers une fonction numérique finie f,,
cettefonction est convexe dans 1.
11 suffit pour le voir de passer à la limite suivant 8 dans l'inégalité (1).
FVR 1.36 DÉRIVÉES 84
3. Continuité ecdérivabilité des fonrctions convexes

PROPOSITION 5. -Pour qu'une fonction numérique jnie f soit convexe (resp. strictement
convexe) dans un intervalle 1, il faut et il sz@ que pour tout a E 1, la pente

soit une fonction croissante (resp. strictement croissante) de x dans 1 n C(a).


Cette proposition est une conséquence immédiate des déf. 1 et 2 et du lemme
de 1,p. 32.

PROPOSITION 6. - Soit f une fonction numériquejnie, convexe dam un intervalle 1 c R.


E n tout point a intérieur à 1, f est continue, admet une déride à droite et une dérivée à
gauchejnies, et on af i ( a ) 6 fi (a).
En eflèt, pour x E H et x > a, la fonction x 1--t
x-a
f(')
- -f ('1 est croissante (prop.
5) et bornée inférieurement, puisque si y < a et y E 1,on a

d'après la prop. 5; ccttc fonction admet donc une limite à droite finie au point a,
autrement dit/,' (a) existe ct est h i e ; en outre, en faisant tendre x vers a (x > a )
dans (5), il vient

pour tout y < a appartenant à 1. On démontre de même que f i ( a ) existe, et que

pour x E 1 et x > a. En faisant tendre x vers a ( x > a) dans cette dernière iné-
galité, il vient f i (a) < f i ( a ) . L'existence des dérivées à droite et à gauche au
point a entraine cvidemmcnt Ia continuité def en cc point.

COROLLAIRE 1. - Soit f unefonction convexe (resp. strictement convexe) dans 1;si a et b


sont deux points intérieurs à 1 tels que a < b, on a (fig. 3)

(resp.

(9)

La double inégalité ( 8 ) provient de ( 6 ) et ( 7 ) par simple changement de


FONCTIONS CONVEXES FVR 1.37

Fig. 3
notation. D'autre part, si f est strictement convexe et c tel que a < c < 6, on a,
d'après (8) et la prop. 5

COROLLAIRE 2. - Sif est convexe (resp. strictement convexe) dans 1,f,' etfg sont crois-
santes (resp. strictement croissantes) dans l'intérieur de 1; l'ensemble despoints de 1 où f n'est
pas dérivable est dénombrable, etf,' etf,' sont continues en tout point où f est dérivable.
La première partie résulte aussitôt de (8) (resp. (9)) et de l'inégalité
&'(a> < f,'(a).
Soient d'autre pari E l'ensemble des points x intérieurs à 1où f n'est pas dérivable
(c'est-à-dire fi (x) < f,'(x)). Pour tout x E E, soit J, l'intervalle ouvert
)f ,'(x), f,'(x)(; il résulte de (8) que si x et y sont deux points de E tels que x < y,
on a u < v pour tout u EJ, et tout u E J,; autrement dit, lorsque x parcourt E, les
intervalles ouverts non vides J, sont deux à deux sans point commun; l'ensemble
de ces intervalles est donc dénombrable, et il en est par suite de même de E.
Enfin, f,' (resp.f,') étant croissante, a en tout point x intérieur à I une limite à
droite et une limite à gauche; la prop. 6 de 1, p. 26 montre alors que la limite à
droite de fd (resp.fi) au point x est égale à f,'(x), et sa limite à gauche à f,'(x) ;
d'où la dernière partie du corollaire.
Soient f une fonction convexe dans 1, a un point intérieur à I, D une droite
passant par le point Ma, d'équation y - f (a) = a(x - a). Il résulte des inégalités
(8) que sif,'(a) < a < f,'(a), tout point du graphe G def est au-dessus de D, et, sif
est strictement convexe, Ma est le seul point commun à D et G; on dit que D est
une droite d'appui de G au point Ma. Inversement, si G est au-dessus de D, on a
f (x) - f (a) 2 a(x - a) pour tout x E 1, d'où f(1' - f > a pour x 2 a, et
x-a
-
x -a
< a pour x < a; faisant tendre x vers a dans ces inegalités, il vient
FVR 1.38 DÉRIVÉES 54

En particulier, si f est dérivable au point a, il n'existe qu'une seule droite d'ap-


pui de G au point M a , la tangente à G en M a .
Remarque. - Si j est une fonction strictement convexe dans un intervalle ouvert 1,
,fi est strictement croissante dans 1, donc trois cas seulement sont possibles, d'après la
prop. 2 de 1, p. 21 :
l 0f est strictement décroissante dans 1;
Z0 f cst strictement croissante dans 1;
3 O il existe a E 1 tel que, pour x < a, f soit strictement décroissante, et, pour x 2 a,

strictement croissante.
Lorsque f cst convexc dans 1, mais non strictement convexe, f peut être constante
dans un intcrvalle contenu dans 1 ; soit J = )a, b[ le plus grand intervalle ouvert où
f est constante (c'est-à-dire l'intéricur de l'intervalle où fd(x) = O) ;f cst alors stric-
iement décroissante dans l'intervalle formé des points x E 1 tels que x < a (s'il en
existe), strictement croissante dans l'intervalle formé des points x E 1 tels que x 3 b
(s'il en existe).
Dans tous les cas, on voit que f possède une limite à droite à l'origine de 1 (dans R),
une limite à gauche à l'extremité de 1; ces limites peuvent être finies ou infinies (cf. 1,
p. 51, exerc. 5,6 et 7). Par abus de langage, on dit parfois que la fonction continuc (à
valeurs dans ]R) égale à f dans l'inttkieur de 1, et prolongée par continuité aux
extrémités de 1, est convexe dans Ï.

4. Critères de convexité

PROPOSITION 7. - SoitJ une fonction numériquejnie, d&nie dans un intervalle 1 c R.


Pour que f soit convexe dam 1, il faut et il su@ que, pour tout couple de nombres a, b de
1 tels que a < O, et pour tout nombre réel p, la fonction f ( x ) + px atteigne sa borne
supérieure dans (a, O) en l'un des points a, b.
La condition cst nécessaire; en effet, comme px est convexe dans R, f ( x ) f px
est convexe dans 1; on peut donc se borner au cas où p = 0. Or, pour
x = Aa + (1 - A)b(O G h 6 l),
on a
f (4 G AS (a) f- (1 - A ) f (b) G Max (f(4,f( b ) ) .
La condition cst su$sante. Prenons en effet p = -f (b) -f
6-a
et soit g(x) -
f ( x ) -t px; on a g(a) = g ( b ) , donc g ( x ) < g(a) pour tout x E (a, b), et on vérifie
aussitôt que cette inégalité équivaut à l'inégalité ( 1 ) où on a remplacé z par a et x'
par b.

PROPOSITION 8. - Pour qu'une fonction numérique jnie f soit convexe (resp. strictement
convexe) dans un intervalle ouvert 1 c Hi, il faut et il SUI@ qu'elle soit continue dans 1,
admette une dérivée en tout point du complémentaire B par rapport à 1 d'une partie dénom-
brable de cet intervalle, et que cette dérivée soil croissante (resp. strictement croissante) dans B.
La condition est nécessaire d'après la prop. 6 et son corollaire 2 (1, p. 3 6 ) ;
montrons qu'elle est suffisante. Supposons doncf'croissante dans B, et supposons
quef ne soit pas convexe; il existerait donc (1, p. 36, prop. 5) trois points a, b, c de
No 4 FONCTIONS CONVEXES FVR 1.39

accroissementsfinis (1, p. 23, th. 1), on a

O n aurait donc sup f' ( x ) > inf f '(x) , contrairement à l'hypo-


XEB,Q<X<C x€B,c<~<b
thèse quef ' est croissante dans B.
Si maintenantf' est supposée strictement croissante dans B, f est convexe et
ne peut être égale
- à une fonction linéaire affine dans aucun intervalle ouvert
contenu dans 1, car dans cet intervalle f ' serait constante, contrairement à
l'hypothèse.

COROLLAIRE. - SoitJune fonction numériquejnie, continue et deux fois dérivable dans un


intervalle I c R ; pour quef soit convexe dans 1, ilfaut et il su@t quef "(x) O pour tout
x E 1; pour quef soit strictement convexe dans 1, il faut et il su&t que la condilion précédenie
soit vér$ée et en outre que l'ensemble des points x E 1oùf"(x) > O soitpartout dense dans 1.
Cela résulte aussitôt de la proposition précédente, et du corollaire de 1, p. 22.
Exemple. - * Dans l'intervalle )O, +a(,la fonction xr ( r réel quelconque) a unc
~ ; elle est strictement convexe si r > 1 ou
dérivée seconde égale à r ( r - I ) X ~ -donc,
r < O, strictement concave si 0 < r < l*.

Pour énoncer un autre critère de convexité, nous poserons la définition sui-


vante: étant donné le graphe H d'une fonction numérique finie définie dans un
intervalle 1 c R,et un point a intérieur à I, nous dirons qu'une droite D passant
par Ma = (a,f ( a ) ) est localement au-dessus (resp. localement au-dessous) de G en ce
point s'il existe un voisinage V c 1 de n tel que tout point de Il contenu dans
V x R soit au-dessus (resp. au-dessous) de G; nous dirons que D est localement sur
G au point Ma s'il existe un voisinage V c I de a tel que l'intersection de D et de
V x R soit identique à celle de G et de B x (autrement dit, si D est à la lois
localement au-dessus et localement au-dessous de 6).

PROPOSITION 9. - Soit f une fonction numériquejnie, semi-continue supérieurement dans


un intervalle ouvert 1 c Pa. Pour que f soit comexe dans 1, il faut et il su&% que, pour tout
point Mx du graphe G d e f , toute droite localement au-dessus de G en ce point soit localement
sur G (au point Mx).
La condition est nécessaire; cn effet, si f est convexe dans 1, en tout point Ma
du graphe G def, il existe une droite d'appui A de G; A est au-dessous de 6, ct a
fortiori localement au-dessous de G (1, p. 37) ; si une droite D est localement au
dessus de G au point Ma, elle est localement au-dessus de A, donc coincide
nécessairement avec A, et par suite est localement sur G au point Pd,.
La condition est su@sante. En effet, supposons-la remplie, et supposons que f
FVR 1.40 DÉRIVÉES 84

ne soit pas convexe dans 1; il existerait alors deux points a, b de 1 (a < 6)tels qu'il
existe dcs points M, de G strictement au-dessus du segment M,M, (fig. 4).
Autrement dit, la fonction g(x) = f (x) - f (a) -- (x - a) prendrait
6-a
des valeurs > O dans (a, 6); comme clie est finie et semi-continue supérieurement
dans cet intervalle compact, sa borne supérieure k dans [a, b) est finie et > O, et

X
0 a c b
Fig. 4

-1
l'ensemble g(k) est fermé et non vide (TG, IV, p. 30, th. 3 et p. 29, prop. 1). Soit
-1
c la borne inférieure de g(k) ;on a a < c < b, et au point Mc la droite D d'équa-
-
tion y = f (c) +6-a
(x - c) est localement au-dessus de G ; mais elle ne
peut être localement sur G en ce point, puisque, pour a < x < c, on a g(x) < k, ce
qui signifie que M, est strictement au-dessous de D. Nous aboutissons donc à une
contradiction, ce qui établit la proposition.

COROLLAIRE 1. -- Pour qu'une fonction numériquejnief, d@nie dans un intervalle ouvert


, et semi-continue supérieurement dans 1, soit convexe dans 1, il faut et il sufit que,
pour tout x E 1, il existe E > O tel que la relation 1 hl < E entraîne
f (4 2 (f(x + h) +f (x - 4 ) .

I
a-h a a+h x
O
No 4 FONCTIONS CONVEXES FVR 1.41

Nous avons seulement à démontrer que la condition est su$sante. En effet, si


en un point M a du graphc G d e 5 une droite D est localement au-dessus de G, elle
est localement sur G en ce point; car, dans le cas contraire, par exemple, un point
Ma+, serait strictement au-dessous de D, le point M a - , étant au-dessous de D;
le milieu du segment M a - ,Ma +, serait alors strictement au-dessous de D (fig. 5),
et en vertu de l'hypothèse M a serait a fortiori strictement au-dessous de D, ce qui
est absurde.

COROLLAIRE 2. - Soit f une fonction numérique $nie, déjinie dans un intervalle ouvert
I c R. Si, pour tout point x E 1, il existe un intervalle ouvert J, c I contenant x et tel que
la restriction def à J, soit convexe dans J,, alorsf est conaexe dans 1.
Il est clair en effet quef satisfait au critère de la prop. 8.
Exercices

81
1) Soit f une fonction vectorielle d'une variable réelle, définie dans un intervalle 1 c R, et
dérivable en un point xo intérieur à 1. Montrer que le rapport

tend versf'(xo) lorsque h et k tendent vers O par valeurs O. Réciproque.


* Montrer que la fonctionf, égale à x2 sin llx pour x # O, à O pour x = 0, est dérivable
en tout point, mais que (f (y) - f (z))/(y - z ) ne tend pas versf'(0) lorsque y et z tendent
vers O en restant distincts et >O.,
2) Dans l'intervalle I = (0, l), on définit par récurrence une suite de fonctions continues
numériques (f,), de la manière suivante: On prend fo(x) = x; pour tout entier n 3 1, fn
est linéaire affine dans chacun des 3" intervalles pour0 < k < 3n - l;enoutre,
on prend

Montrer que la suite (f,) converge uniformément dans 1 vers une fonction continue, qui n'a
de dérivée (finie ou infinie) en aucun point de l'intervalle )O, 1( (utiliser l'exerc. 1).
3) Soit Q(1) l'espace complet des fonctions numériques finies et continues définies dans
l'intervalle compact 1 = [a, b) de R, W(1) étant muni de la topologie de la convergence uni-
forme (TG, X, p. 4). Soit A la partie de W(1) formée des fonctions x telles que, pour un
point a u moins t E (a, b( (dépendant de la fonction x), x ait au point t une dérivée à droite
finie. Montrer que dans Q(I), A est un ensembIe maigre (TG, IX, p. 53), et par suite son
complémentaire, c'est-à-dire l'ensemble des fonctions continues dans 1, n'ayant de dérivée à
droite finie en aucun point de (a, b(, est un sous-espace de Baire de g ( I ) (TG, IX, p. 54).
(Soit A, l'ensemble des fonctions x E W(1) telle que, pour une valeur de t au moins satis-
faisant à a < t 6 b - I/n (et dépendant de x) on ait Ix(tr) - x(t) 1 6 nlt' - - tl pour tout t'
tel que t < t' < t + Iln. Montrer que chacun des A, est un ensemble fermé rare dans Q(I) :
on remarquera pour cela que, dans Q(I), toute boule contient une fonction ayant une
dérivée à droite bornée dans (a, b(; d'autre part, pour tout E > O et tout entier m > 0, il
existe dans 1une fonction continue ayant en tout point de (a, b( une dérivée à droite finie et
telle que, pour tout t E (a, b(, on ait 1 y(t) 1 < E et 1 yi(t) 1 3 m.)
4) Soient E un espace vectoriel topologique sur R, f une fonction vectorielle continue,
définie dans un intervalle ouvert 1 c R, et admettant en tout point de 1une dérivée à droite
et une dérivée à gauche.
a) Soient U un ensemble ouvert non vide dans E, A la partie de 1 formée des points
x tels que fA(x) E U . Étant donné un nombre or > O, soit B la partie de 1 formée des
points x tels qu'il existe au moins un y E 1 vérifiant les conditions x - a < y < x et
(f (x) - f(y))/(x - y) E U; montrer que l'ensemble B est ouvert et que A n CB est
dénombrable (remarquer que ce dernier ensemble est formé d'origines d'intervalles
contigus à GB). En déduire que l'ensemble des points x E A tels que fg(x)$ Ü est dénombrable.
b) O n suppose que E est un espace normé; I'image f(1) est aIors un espace métrique ayant une
§2 EXERCICES FVR 1.43

base dénombrable, et il en est de même du sous-espace vectoriel fermé F de E engendré par


f (1), sous-espace qui contient fi (1) et fi (1). Déduire de a) que l'ensemble des points x E 1
tels que fd (x) # fi (x) est dénombrable. (Si (U,) est une base dénombrable de la topologie de
F, remarquer que pour deux points distincts a, b de F, il existe deux ensembles U,, U, sans
point commun et tels que a E Up et b E U,).
c) O n prend pour E l'espace produit RI (espace des applications de 1 dans R, muni de la
topologie de la convergence simple), et pour tout x E 1, on désigne par g(x) l'application
t H lx - t 1 de 1 dans R. Montrer que g est continue et que, pour tout x E 1, on a g;(x) #
g; ( 4 .
5) Soit f une fonction vectorielle continue définie dans un intervalle ouvert 1 c R, à valeurs
dans un espace normé E sur R, et admettant en tout point de 1 une dérivée à droite.
a) Montrer que l'ensemble des points x E 1 tels que fi soit bornée dans un voisinage de x est
un ensemble ouvert partout dense dans 1 (utiliser le th. 2 de TG, IX, p. 56).
b) Montrer que l'ensemble des points de 1 où fi est continue est le complémentaire d'un
ensemble maigre dans 1 (cf. TG, IX, p. 114, exerc. 20).
6) Soit (r,) la suite des nombres rationnels appartenant à [O, l), rangés dans un certain ordre.
m

Montrer que la fonction f (x) = &.- -


2 -,(x - r,) K est continue et dérivable en tout point
de R et admet une dérivée infinie en tout point rn. (Pour voir quef est dérivable en un point
x distinct des rn, distinguer deux cas suivant que la série de terme général 2-"(x - rn)-35 a
pour somme +CO ou est convergente; dans le second cas, remarquer que, pour tout x # O
et tout y # x, on a
O < (y% - &)/(y - x) < 4/3x%).
7) Soitf une fonction numérique définie dans un intervalle 1 c R, admettant une dérivée à
droitefi (xo) = O en un point de 1, et soit g une fonction vectorielle définie dans un voisinage
de y, = f (xo), et admettant en ce point une dérivée à droite et une dérivée à gauche (non
nécessairement identiques). Montrer que g of admet au point xo une dérivée à droite
égale à O.
8) Soitf une application de R dans lui-même, telle que l'ensemble C des points de R où f est
continue soit dense dans R, ainsi que son complémentaire A. Montrer que l'ensemble D des
points de C où f est dérivable à droite est un ensemble maigre. (Pour tout entier n, soit En
l'ensemble des points a E W tels qu'il existe deux points x, y tels que O < x - a < lin,
O < y - a < Ilnet
f ( 4 - f (a) - f (y) - f (a) > 1
x-a Y-a
Montrer que l'intérieur de En est partout dense dans R. Pour cela, noter que pour tout
intervalle ouvert non vide 1 dans R, il y a un point b E 1 n A; montrer que pour a < b et
b - a assez petit, on a a E En.)
9) Soit g ( N ) l'espace des suites bornées x = (x,),,~ de nombres réels, muni de la norme
llxll = sup lxn/; donner un exemple d'une application continue t Hf (t) = (f,(t))n,N de R
dans a ( N ) telle que chacune des fonctions fn soit dérivable pour t = O, mais que f ne soit
pas dérivable en ce point.

1) Soit f une fonction numérique définie et continue à gauche dans un intervalle ouvert
1 = )a, b( de R; on suppose qu'en tous les points du complémentaire B par rapport à 1
d'une partie dénombrable de 1,f soit croissante à droite, c'est-à-dire qu'en tout point x E B, il
existe y tel que x < y < b et que, pour tout z tel que x < z < y, on aitf (x) $ f (2).Montrer
quef est croissante dans 1 (raisonner comme dans la prop. 2).
FVR 1.44 DÉRIV~ES 92
2) Dans le corps Q, des nombres p-adiques (TC, III, p. 84, exerc. 23), tout entier p-adique
x E Z, admet un développement et un seul de la forme x = a, + a,$ + . . . + anpn + . . .,
où les a, sont des entiers rationnels tels que O < ai < p - 1 pour tout j. Pour tout z E Z,, on
pose
f (x) = a,+ a@ + -+ + .
. . anp2, . . ;
montrer que, dans Z,, f est une fonction continue, qui n'est constante dans le voisinage
d'aucun point et admet en tout point une dériuLc nulle.
,
3) a) Soient K l'ensemble triadique de Cantor (TG, IV, p. 9), In, les 2, intervalles con-
tigues à K et de longueur 1/3n+1(1 < fi < Zn), K,, les Z n + l intervalles fermés de longueur
,
1/3n+1dont la réunion est le complémentaire de la réunion des 1,, pour m < n. Soit cc un
nombre tel que 1 < cr < 312; pour tout n, on désigne par f, la fonction continue croissante
dans (O, l), égale à O pour x = O, constante dans chacun des intervalles 1,. tels que ,
,
m < n, linéaire affine dans chacun des intervalles K,, (1 < p < Zn+l) et telle que fi (x) =
c c n + l dans chacun des intérieurs de ces derniers intervalles. Montrer que la série de terme
généralf,, est uniformément convergente dans (0, l), a pour somme une fonction f qui admet
partout une dérivée à droite (finie ou non) dans (O, 1(, et que l'on a,fi(x) = +a en tout
point de K distinct des origines des intervalles contigus In, ,.
b) Soit g une application continue croissante de [O, 1) sur lui-même, constante dans chacun
des intervalles In,, (TG, IV, p. 63, exerc. 9). Si h = f + g, montrer que h admet une
dérivée à droite égale à fi ( x ) en tout point x de (O, l(.
4) Soitf une fonction numérique finie et continue dans un intervalle compact (a, b) de R et
admettant cn tout point de l'intervalle ouvcrt )a, b( une dérivée à droite. Soient m et M les
bornes inférieure et supérietire (finies ou non) de fd dans )a, b(.
a) Montrer que, lorsque x et y parcourent )a, b( de sorte que x f y, l'ensemble des valeurs de
(f (x) - f (y))/(x - y) est identique à l'intervalle )m, M( si f n'est pas linéaire affine. (Se
ramener à prouver que si fd prend deux valeurs de signes contraires en deux points c, d de
)a, b( (avec c < d), il existe deux points distincts de l'intervalle )c, d( où f prend la même
valeur).
b) Si f admet en outre en tout point de )a, b[ une dérivée à gauche, les bornes inférieures
(resp. supérieures) de fi et fi dans )a, b( sont égales.
c) En déduire que si.f est dérivable dans )a, b(, l'image p a r y de tout intervalle contenu dans
)a, b( est un intervalle, et par suite est connexe (utiliser a)).
5) Soit f l'application vectorielle de 1 = [O, 1) dans R3 d6finie comme suit: pour O < t < +,
f ( t ) = (-4t,O,O); pour $ < t <$, f ( t ) = ( - 1 , 4 t - 1,O); pour + < t < $ , f ( t ) =
( - 1, 1, 4t - 2 ) ; enfin, pour < t < 1, f ( t ) = (4t - 4, 1, 1). Montrer que l'ensemble
convexe engendré par l'ensemble f;(I) n'est pas identique i l'adhérence de l'ensemble des
valeurs de (Y) - (') lorsque (x, y) parcourt l'ensemble des couples de points distincts de 1
Y-x
(cf. exerc. 4 a)).
+
6) Dans l'intervalle 1 = (- 1, I), on considère la fonction vectorielle f, à valeurs dans R2,
définie de la manière suivante: f (t) = (0, O) pour - 1 < t < 0;

+
pour O < t < 1. Montrer que f est dérivable dans ) - 1, 1(, mais que l'image de cet
intervalle par f' n'est pas un ensemble connexe dans R2 (cf. exerc. 4 c)).
7 ) Soit f une fonction vectorielle continue définie dans un intervalle ouvert 1 c Pa. à valeurs
dans un espace normé E sur R, et admettant en tout point de I une dérivée à droite. Montrer
que l'ensemble des points de 1 où f admet une dérivée est le complémentaire d'un ensemble
maigre dans 1 (utiliser l'exerc. 5 b) de 1, p. 43, et la prop. 6 de 1, p. 26).
§2 EXERCICES FVR 1.45

8) O n considère, dans l'intervalle (0, l), une famille (1,. ,) d'intervalles ouverts deux à deux
sans point commun, définie par récurrence comme suit: l'entier n prend toutes les valeurs
>O; pour chaque valeur de n, l'entier fi prend les valeurs 1, 2, . . ., 2"; on a IoSl= )3, $(;
,
siJ, est la réunion des intervalles 1,, correspondant aux nombres m < n, le complémentaire
de Jn est réunion de P+lintervalles fermés Kn, (1 < p < 2"+l) deux à deux sans point
, ,
commun. Si K,, est un intervalle (a, b), on prend alors pour I n + , , l'intervalle ouvert
b-a
d'extrémités b - - b -3a ( l + & ) e t b - - . Soit E l'ensemble parfait complémentaire
3.2"
de la réunion des In,, par rapport à (0, 1). Définir dans (0, 1) une fonction numérique con-
tinue f qui admette en tout point de (O, 1 [ une dérivée à droite, mais qui n'ait pas de dérivée
à gauche aux points de l'ensemble non dénombrable dcs points de E distincts des extrémités
d'intervalles contigus à E (cf. exerc. 7). (Prendre f (x) = O dans E, définir convenablement
,
f dans chacun des intervalles In, de sorte que, pour tout x E E, il y ait des points y < x
n'appartenant pas à E, arbitrairement voisins de x, et tcls quefb) -.f(x) = - l ) .
y-x
9) Soient f et g deux fonctions numériques finies et continues dans (a, b) et ayant chacune
une dérivée finie dans )a, b(; montrer qu'il existe c tel que a < c < b, et que

7 10) Soient f et g deux fonctions numériques finies, strictement positives, continues et


dérivables dans un intervalle ouvert 1. Montrer que, si f' et g' sont strictcrnent positives, et
f ' / g r strictement croissante dans 1, ou bien f/g est strictement croissante dans 1, ou bien il
existe un nombre c E 1, tel que f/g soit strictement décroissante pour x < c, et strictement
croissante pour x 2 c (remarquer que si on a f'(x)/g'(x) < f (x)/g(x), on a aussi
S'(Y)/~'(Y)< f ( Y ) / ~ ( Y )
pour tout y < x ) .
I l ) Soit f une fonction à valeurs complexes, continue dans un intervalle ouvert 1, ne s'y
annulant pas, et admettant en tout point de 1 une dérivée à droite. Pour que 1 f 1 soit crois-
sant dans 1, il faut et il suffit que W(fiIf) > O dans 1.
fl 12) Soient f une fonction numérique dérivable dans un intervalle ouvert 1, g sa dérivée
dans 1, (a, b) un intervalle compact contenu dans 1; on suppose que g est dérivable dans
l'intervalle ouvert )a, b(, mais n'est pas nécessairement continue à droite (resp. à gauche)
a u point a (resp. 6); montrer qu'il existe c tel que a < c < b, et que
d b ) - d a ) = (b - a)gf(c)
(utiliser l'exerc. 4 c) de 1, p. 43).
13) O n appelle dérivée symétrique d'une fonction vectorielle f en un point xo intérieur à l'inter-
valle où est définie f, la limite (lorsqu'elle existe) de
+
f (xo h) - f (xo - h)
lorsque h tend
2h
vers O en restant >O.
a) Généraliser à la dérivée symétrique les règles de calcul établies a u $ 1 pour la dérivée.
b) Montrer que les th. 1 et 2 du 4 2 sont encore vrais quand on y remplace les mots (<dérivée
à droite )> par « dérivée symétrique ».
14) Soit f une fonction vectorielle définie et continue dans un intervalle compact 1 =
(a, b) de R, à valeurs dans un espace normé sur R. O n suppose que f admet une dérivée à
droite en tous les points du complémentaire par rapport à (a, b( d'une partie dénombrable
A de cet intervalle. Montrer qu'il existe un point x E )a, b( n CA tel quc
Ilf(6) - f(a)ll Ilfi(x)ll(b - a).
(Raisonner par l'absurde, en décomposant (a, b( en trois intervalles (a, t(, (t, t + h( et
FVR 1.46 DÉRIVÉES §3

(t+ h, b( avec t $ A; si k = Ilf(b) - f(a)/l/(b - a), noter que pour h assez petit, on a
+
Ijf ( t h) - f (t) /j < k.h, et utiliser le th. 2 de 1, p. 23, dans les autres intervalles.)

§3
1) Avec les mêmes hypothèses que dans la prop. 2 de 1, p. 24, démontrer la formule

2) Avec les notations de la prop. 2 de 1. p. 28, on suppose que la relation [a.y] = O pour
tout y E F entraîne a = O dans E. Dans ces conditions, si g, (O < i < n) sont n 1 fonc- +
tions vectorielles à valeurs dans E, définies dans un intervalle 1de R et telles que, pour toute
fonction vectorielle f à valeurs dans F et n fois dérivable dans 1, on ait identiquement
[go.f] + [g1.f'] + . a . + [gn.f('q = O
les fonctions g, sont identiquement nulles.
3) Avec les notations de l'exerc. 2 et la même hypothèse sur [x. y], on suppose que chacune
des fonctions gk est n fois dérivable dans 1; pour toute fonction f, n fois dérivable dans 1, à
valeurs dans F, on pose

ce qui définit les fonctions h i (O < i < n) sans ambiguïté (exerc. 2); montrer que l'on a
identiquement
[ho.f] - [h.f]' + [h2.fIn + . . a + (-l)n[hn.f](n) = [go.f] + [gl.f'] +...+ [gn.f(n)].
4) Soit f une fonction vectorielle n fois dérivable dans un intervalle 1 c R. Montrer que
pour I/x E 1, on a identiquement

(raisonner par récurrence sur n).


5 ) Soient u et v deux fonctions numériques finies n fois dérivables dans un intervalle 1 c R.
Si l'on pose Dn(u/u) = ( - l)nwn/vn+len tout point x où v(x) # O, montrer que l'on a

(posant w = u/v, dériver n fois la relation u = wu).


6 ) Soit f une fonction vectorielle définie dans un intervalle ouvert 1 c R, prenant ses valeurs
dans un espace normé E.
O n pose Af (x; hl) = f ( x + hl) - f (x), puis, par récurrence,
APf(x;h1, hz,..., hp-1, h,) = Ap-lf(x + hp; hl ,...,hp-1) - AP-lf(x;hl ,..., hp-1);
ces fonctions sont donc définies, pour chaque x E 1, lorsque les h, sont assez petits.
§3 EXERCICES FVR 1.47

a) Si la fonction f est n fois dérivable au point x (et par suite n - 1 fois dérivable dans un
voisinage de x), on a

(raisonner par récurrence sur n, en utilisant le th. des accroissements finis).


b ) Si f est n fois dérivable dans l'intervalle 1, on a
/j Anf(x; hi, . . .,h,) hlhz. . hn 1
- fCn)(xo) .
.
< Ihlhz. .hnl sup llf'n'(x + tlhl + . . + tnh,) - f(n)(xo)11
la borne supérieure étant prise dans l'ensemble des (tl) tels que O < tt < 1 pour 1 <i<n
(même méthode).
c) Sif est une fonction numérique n fois dérivable dans 1, on a
Anf (x; hl, h2, . . .,h,) = hlhz. . .hJ'n'(~ + Blhi + - . + Bnhn)
les nombres 8, appartenant à (O, 1) (même méthode, en utilisant 1, p. 31, corollaire).
7) Soient f une fonction numérique finie n fois dérivable au point xo, g une fonction vec-
torielle n fois dérivable au point y, = f (xo). Soient

les développements de Taylor d'ordre n def et g aux points xo et y. respectivement. Montrer


que la somme des n +
1 termes du developpement de Taylor d'ordre n de la fonction com-
posée g of au point xo est égal à la somme des termes de degré < n dans le polynôme
bo + bl(alh . . + +anhn) bz(alh . + + - . + ~ , h " )+~ . . + bn(alh + . - .+ ~ , h " ) ~ .
En déduire les deux formules suivantes:

la somme étant étendue à tous les systèmes d'entiers positifs (ml), ,i,,tels que
ml+ 2m2 + - + qm, =n
et p désignant la somme ml + mz + - - .+ m,.

8) Soient f une fonction numérique définie et n fois dérivable dans un intervalle 1, x,,
x2, . . .,xp des points distincts de 1, et nt (1 d i d p) p entiers > O tels que

O n suppose qu'au point xi,f s'annule ainsi que ses ni - 1 premières dérivées pour 1 < i < p :
montrer qu'il existe un point E; intérieur au plus petit intervalle contenant les xi et tel que
f'"-"(4) = o.
9) Avec les mêmes notations que dans I'exerc. 8, on suppose que f est n fois dérivable dans 1
mais par ailleurs quelconque. Soit g le polynôme de degré n - 1 (à coefficients réels) tel
qu'au point xi (1 < i < f i ) , g et ses nt - 1 premières dérivées soient respectivement égaux
àf et ses nt - 1 premières dérivées. Montrer qu'on a
FVR 1.48 DÉRIVÉES §3

où E est intérieur au plus petit intervalle contenant les points xi (1 < i < P) et x. (Appliquer
l'exerc. 8 à la fonction de t

où a est une constante convenablement choisie.)


10) Soit g une fonction numérique impaire, définie dans un voisinage de O, et 5 fois dérivable
dans ce voisinage. Montrer qu'on a

(même méthode que dans l'exerc. 9).


En déduire que sif est une fonction numérique définie dans (a, b ) et 5 fois dérivable dans
cet intervalle, on a

avec a < 4<b (6 formule de Simpson s).


11) Soient f i , fi,....fn, g l , g2, ..., gn 22 fonctions numériques n - 1 fois dérivables dans
un intervalle 1. Soit ( x , ) ~ ~ une
~ , ,suite strictement croissante de n points de 1. Montrer que
le rapport des deux déterminants

(appliquer l'exerc. 9 de 1, p. 45).


Cas particulier où g, ( x ) = 1, g2 ( x ) = x, .... gn(x) = xn- l .
7 12) a) Soit f une fonction vectorielle définie et continue dans l'intervalle fini 1 = (-a, +a),
prenant ses valeurs dans un espace normt E sur R et deux fois dérivable dans 1. Si on pose
Mo = sup Ijf ( x ) 1 , M2 = sup jlfr'(x) 11, montrer que pour tout x E 1, on a
XE1 XE1

(exprimer chacune des différences f (a) - f ( x ) , E( - a ) - f ( x ) ) .


6 ) Déduire de a) que si f est une fonction deux fois dérivable dans un intervalle 1 (borné ou
§3 EXERCICES FVR 1.49

non), et si Mo = sup Ilf(x) 11 et M2 = sup /If(x) I sont finis, il en est de même de M, =


XE1 XE1
sup jlf'(x) Il, et on a :
X E 1
--
Ml < ~IM,M,
si 1 a une longueur a 2

Montrer que, dans ces deux inégalités, les nombres 2 et 4 2 rcspectivement ne peuvent
être remplacés par des nombres plus petits (considérer d'abord le cas où on suppose seule-
ment que f admet une dérivée secondc à droitc, et montrer que dans cc cas les deux membres
des inégalités précédentes peuvent devenir égaux, en prenant poui f une fonction numériqiic
égale <( par morceaux >) à des polynômes du second degré).
c) Déduire de b) que si f estp fois dérivable dans R, et si M, = sup Iif(P)(x)11 et Mo = sup jjf (x)II
.Y s R. x e n
sont finis, chacun des nombres M, = sup IlW(x) // est fini pour 1 <k <p - 1, ct on a
xeH.

7 13) a) Soit f une fonction numérique deux fois dérivable dans R, et telle que l'on ait
(f(x))" < a et ( f ' ( ~ ) )f~ ( f " ( ~ ) )6~ b dans R; montrer qu'on a
( f ( 4 ) " + (f'(x))2 < m 4 a , b)
dans R (raisonner par l'absurde, en remarquant que si la fonction f + y2prend une valeur
c > max(a, b) en un point xo, i. cxiste deux points x,, x2 tels que x, < xo < x2 et qu'en
xl et x2 la fonction f' prenne des valeurs assez petites pour f2 que + y2prenne des
valeurs < c ; considérer alors un point de (xl, x,) oùJ2 +
y2atteint sa borne supérieure
dans cet intervalle).
< a et
b) Soit f une fonction numérique n fois dérivable dans Pa, et teile que l'on ait ( f( x ) ) ~
(f("-"(x))" +(f(n)(x))2< b dans R;montrer que l'on a
(f ("-l)(x))" (f ("'(x))" max(a, b)
dans R pour 1 < k < n. (Raisonner par récurrence sur n; remarquer que, d'après l'exerc. 12,
la borne supérieure c de ( f ' ( ~ ) ) dans
~ IR est finie; montrer qu'on a nécessaircment
c < max(a, b) en raisonnant par l'absurde: dans l'hypothèse où c > max(a, b), choisir les
constantes A et p. de sorte que pour la fonction g = Af +
p., on ait 1 g(x) 1 < l , / gf(x)1 < 1, mais
qu'on ne puisse avoir ( g ( ~ ) ) ~ + < 1 pour tout x).
7 14) Soit f une fonction n - 1 fois dérivable dans un intervalle 1 contenant O, et soit fn la
fonction vectorielle définie pour x # O dans 1 par la relation

a) Montrer que si f admet une dérivée (n + p)-ème au point O, fn admet une dérivée fi-ème
+
au point O et une dérivée (n p - 1)-ème en tout point d'un voisinage de O distinct de O; en
k!
outrc, on a fik)(0) = f(n+k'(0)pour O < k < p, ct f$'+k)(x). xk tend vers O avec x,
(n
-

+
--.

k )!
pour 1 6 k < n - 1 (exprimer les dérivées de f n à l'aide des développements de Taylor des
dérivées successives d e f, et utiliser la prop. 6 de 1, p. 26).
b) Inversement, soit f n une fonction vectorielle admettant une dérivée (n +
p - 1)-ème
dans un voisinage de O dans 1, ct telle que f$'+Ic'(x). x" tende vers une limite pour
O < k < n - 1. Montrer que la fonction f,(x) . xn admet une dérivée (n p - 1)-èmc +
dans 1; si en outre f, admet une d6rivi.c p-ème a u point O, f,(x). xn admet une dkrivée
(n + p)-ème a u point O.
c) O n suppose 1 symétrique par rapport à O, et f paire (f(-x) = f (x) dans 1). Montrer, à
l'aide de a) que, si f est Zn fois dérivable dans 1, il existe une fonction g définie et n fois
dérivable dans 1, telle que E(x) = g(x2) dans 1.
FVR 1.50 DÉRIVÉES 53
7 15) Soit 1 u n intervalle ouvert de R, f une fonction vectorielle définie et continue dans 1 ;
on suppose qu'il existe n fonctions vectorielles g, ( 1 < i < n) définies dans 1, et telles que la
fonction de x

tende unijlormément vers O dans tout intervalle compact contenu dans 1, lorsque h tend vers O.
a) O n pose f p ( x ,h) = APf ( x ; h, h, . . ., h) (1, p. 46, exerc. 6 ) . Montrer que pour 1 < fi < n,
( l / h p ) f p ( xh)
, tend unijhmément vers g p ( x ) dans tout intervalle compact contenu dans 1,
lorsque h tend vers O, et que les g, sont des fonctions continues dans 1 (le démontrer suc-
cessivement pour fi = n, fi = n - 1 , etc.).
b) En déduire que f possède dans 1 une dérivée n-ème continue et qu'on a f ( P ) = g, pour
+
1 < p < n (tenir compte de la relation f p + ,(x, h) = f ( x h, h) - fp(x,h)).
7 16) Soit f une fonction numérique n fois dérivable dans 1 = )- 1 , 1(, et telle que+
1f( x )1 < 1 dans cet intervalle.
a) Montrer que, si mk(h) désigne le minimum de 1f ( k ) ( x )1 dans u n intervalle de longueur h
contenu dans 1, on a

( O n remarquera que si l'intervalle de longueur h est décomposé en trois intervalles de


longueurs a, P, y, on a

b) Déduire de a) qu'il existe u n nombre p, ne dépendant que de l'entier n, tel que, si


If'(0) 1 2 p,, la dérivée f ( n ) ( x )s'annule en au moins n - 1 points distincts de 1 (montrer par
récurrence sur k quef")s'annule au moins k - 1 fois dans 1).
17) a) Soit f une fonction vectorielle ayant des dérivées de tous ordres dans u n intervalle
ouvert 1 c R. O n suppose que, dans 1, on ait llf(n)(x)II < a. n!rn,où a et r sont deux nombres
>O indépendants de x et de n; montrer qu'en tout point x,, la <( série de Taylor )), de terme
général ( l / n ! ) f ( n ) ( x(ox) - x , ) ~est convergente et a pour somme f ( x ) dans u n voisinage de xo.
b) Inversement, si la série de Taylor de f e n u n point xo converge dans u n voisinage de xo, il
existe deux nombres a et r (dépendant de x,) tels que Ilf(n)(xo) II < a.n!rn pour tout entier
n > 0.
c ) Déduire de a) et de l'exerc. 16 b ) que si, dans u n intervalle ouvert 1 c R, une fonction
numérique f est indéfiniment dérivable et s'il existe u n entier fi indépendant de n tel que,
pour tout n, f ( n )ne s'annule pas e n plus de fi points distincts de 1, alors la série de Taylor def
au voisinage de tout point xo E 1 est convergente et a pour somme f ( x ) e n tout point d'un
voisinage de xo.
18) Soit (a,) une suite quelconque de nombres complexes. O n pose, pour tout n 2 0,
si0) = a,, et on définit par récurrence, pour k 2 0,

a) Prouver la a formule de Taylor pour les suites v: pour tout entier

(procéder par récurrence sur k ) .


84 EXERCICES FVR 1.51

b) O n suppose qu'il existe u n nombre C tel que lna,l < C pour tout n, et que la suite
(d2)/n),formke des moyennes arithmétiques 1 (so + . . . + ~ , , - ~ ) / des
n sommes partielles
s, = a. + o . - +
a,-=, tend vers une limite o. Montrer que la série de terme général a, est
convergente et a pour somme o (a théorème taubérien de Hardy-Littlewood ))). (Ecrire

où Irnl est majoré à l'aide de l'inégalité jna,l < C , et h est choisi convenablement en fonc-
tion de n.)

1 ) a) Soit H u n ensemble de fonctions convexes dans u n intervalle compact (a, b) c R; o n


suppose que les ensembles H ( a ) et H(b) sont majorés dans R et qu'il existe u n point c tel
que a < c < b et que H(c) soit minoré dans R; montrer que H est u n ensemble équicontinu
dans )a, b( (TG, X , p. 10).
b) Soit H u n ensemble de fonctions convexes dans u n intervalle 1 c R, et soit 8 u n filtre
sur H qui converge simplement dans 1 vers une fonction f o ; montrer que 8 converge uni-
formément vers f o dans tout intervalle compact contenu dans 1.
2) Montrer que toute fonction f convexe dans u n intervalle compact 1 c R est limite d'une
suite décroissante uniformément convergente de fonctions convexes dans 1 admettant une
dérivée seconde dans 1 (considérer d'abord la fonction ( x - a) +,et approcher f par la
-
somme d'une fonction linéaire affine et d'une combinaison linéaire 2 c,(x - ai) + à coeffi-
cients cf 2 0 ) .
3) Soit f une fonction convexe dans u n intervalle 1 c R.
a) Montrer que si f n'est pas constante, elle ne peut atteindre sa borne supérieure e n u n point
intérieur à 1.
b ) Montrer que si 1 est relativement compact dans R, f est minorée dans 1.
c) Montrer que si 1 = R et si f n'est pas constante,f n'est pas majorée dans 1.
4) Pour qu'une fonction f soit convexe dans u n intervalle compact (a, b) c R, il faut et il
suffit qu'elle soit convexe dans )a, b( et que l'on ait f (a) 3 f ( a + ) et f (b) 3 f ( b - ) .
5) Soit f une fonction convexe dans l'intervalle ouvert )a, + a ( ; s'il existe u n point c > a tel
que, dans )c, + a ( , f soit strictement croissante, on a lim f ( x ) = + m .
x++m

6 ) Soit f une fonction convexe dans u n intervalle )a, + a ( ; montrer que f ( x ) / xa une limite
+ +
(finie ou égale à co) lorsque x tend vers co ; cette limite est aussi celle de f i ( x ) et de
+
f i ( x );elle est >O si f ( x ) tend vers co lorsque x tend vers + W .
7) Soit f une fonction convexe dans l'intervalle )a, b( où a 2 O ; montrer que dans cet inter-
valle, la fonction x Hf ( x ) - xf'(x) ((( ordonnée à l'origine )) de la demi-tangente à droite
au point x au graphe de f ) est décroissante (strictement décroissante si f est strictement
convexe).
En déduire que:
a) Si f admet une limite à droite finie au point a, ( x - a ) f i ( x ) a une limite à droite égale à
O en ce point.
b) Dans )a, b(, ou bien f ( x ) / x est croissante, ou bien f ( x ) / x est décroissante, ou bien il
existe c E )a, b( tel que f ( x ) / xsoit décroissante dans )a, c( et croissante dans )c, b(.
+
c) O n suppose que b = co; montrer que, si
est finie, il en est de même de a = lim f (x)/x, que la droite y = ax
X+ + 02
+ P est asymptote1 a u
graphe d e f , et est située au-dessous de ce graphe (strictement au-dessous si f est strictement
convexe).
8) Soit f une fonction numérique finie, semi-continue supérieurement dans un intervalle
ouvert 1 c %a. Pour que f soit convexe dans 1, il faut et il suffit que, pour tout x E 1, on ait
lin1 sup f (x + h) + f (x - h) - 2f (2) > O. (Démontrer d'abord que, pour tout E > 0,
h+O..h+O h2
+
~

f (x) ex2 est convexe, en utilisant la prop. 9 de 1, p. 39).


7 9j Soit f une fonction numérique finie, semi-continue inférieurement dans un intervalle
1 c W. Pour que f soit convexe dans 1, il suffit que, pour tout couple de points a, b de 1 tels
que a < b, il existe un point z tel que a < z < 6, et que M, soit au-dessous du segment M,Mb
(raisonner par l'absurde, en remarquant que l'ensemble des points x tels que Mx soit stricte-
ment au-dessus de MaMb est ouvert).
9j 10) Soit f une fonction numkrique finie définie dans un intervalle 1 c R, telle que

quels que soient x, y dans 1. Montrer que, si f est bornée supérieurement dans un intcrvalle
ouvert )a, 6( contenu dans 1, f est convexe dans 1 (on montrera d'abord que f est bornée
supérieurement dans tout intervalle compact contenu dans 1, puis que f est continue en tout
point intérieur à 1).
7 11) Soitf une fonction continue dans un intervalle ouvert 1 c W, admettant en tout point
de 1 une dérivée à droite finie. Si, pour tout x e I et tout y E 1 tel que y > x, le point M, =
(y, f (y)) est au-dessus d e la demi-tangente à droite au point Mx = (x, f (x)) du graphe
d e 5 montrer que f est convexe dans 1 (en utilisant le th. des accroissements finis, montrer
que l'on a fi (y) 2 f (9) - f (') pour x < y).
.,u - x
Donner un exemple de fonction non convexe, ayant en tout point une dérivée à droite
h i e , et telle que pour tout x E 1, il existe un nombre 11, > O dépendant de x, que M, soit
au-dessus de la demi-tangente à droite a u point Mx pour tout y tel que x y <x +
h,.
Cette dernière condition est toutefois suffisante pour que f soit convexe, si on suppose en
outre quef est dérivable dans 1 (utiliser 1, p. 20, corollaire).
7 12) Soit f une fonction numérique continue dans un intervalle ouvert 1 c IR; on suppose
que, pour tout couple (a, b) de points de I tel que a < b, le graphe d e f soit tout entier au-
dessus ou tout entier au-dessous du segment M,Mb dans l'intervalle (a, 6). Montrer que f est
convexe dans tout 1 ou concave dans tout 1 (si, dans )a, 6(, il existe un point c tel que Mc
soit strictement au-dessus d u segment M,Mb montrer que pour tout x E I tel que x > a, le
graphe de f est au-dessus du segmcnt MaMx dans l'intervalle (a, x)).
13) Soit f une fonction numérique dérivable dans un intervalle ouvert 1 c R. O n suppose
que, pour tout couple (a, b) de points de 1 tels que a < 6, il existe un seul point c E )a, 6( tel
que f ( b ) - f (a) = (6 - a)f'(c); montrer que f est strictement convexe dans 1 ou stricte-
ment concave dans 1 (montrer que f' est strictement monotone dans 1).
14) Soit f une fonction numérique convexe et strictement monotone dans un intervalle
ouvert 1 c R; soit g la fonction réciproque de f (définie dans l'intervalle f (1)). Montrer
que si f est décroissante (resp. croissante) dans 1, g est convexe (resp. concave) dans f (1).

+
15) Soit 1 un intervalle contenu dans )O, co[; montrer que, sif (llx) est convexe dans 1, il
en est de même d e xf (x), et réciproquement.
C'est-à-dire que Lm ( f (x) - (ax +- P)) = 0.
x++m
§4 EXERCICES FVR 1.53

* 16) Soient f une fonction positive convexe dans )O, +a(,a et b deux nombres réels
quelconques. Montrer que la fonction xaf ( x - ~ )est convexe dans 10, +CO(,dans les cas
suivants :
1' a = + ( b +l), Ibl a 1,
2" xaf (xbb)croissante, a(b - a) 2 O, a à $(b + 1);
3' xaf ( x - ~ )décroissante, a(b - a) 3 O, a < +(b + 1).
Dans les mêmes hypothèses surf, montrer que exI2f ( e - " ) est convexe (utiliser l'exerc. 2
de 1, p. 51).,
17) Soient f et g deux fonctions positives convexes dans un intervalle 1 = [a, b); on suppose
qu'il existe un nombre c E 1tel que, dans chacun des intervalles (a, c) et (c, b), f et g varient
dans le même sens. Montrer que le produit fg est convexe dans 1.
18) Soit f une fonction convexe dans un intervalle 1 c R, g une fonction convexe et crois-
sante dans un intervalle contenant f (1) ; montrer que g of est convexe dans 1.
7 19) Soient f et g deux fonctions numériques finies, f étant définie et continue dans un
intervalle 1,g définie et continue dans R. O n suppose que, pour tout couple (A, p) de nombres
réels, g(f (x) + hw +
p) soit convexe dans 1.
a) Montrer aue "P est convexe et monotone dans R.
A

b) S i g est croissante (resp. décroissante) dans R, montrer que f est convexe (resp. concave)
dans 1 (utiliser la prop. 7).
20) Montrer que l'ensemble IY des fonctions convexes dans un intervalle 1 # W est un
ensemble réticulé pour la relation d'ordre <( quel que soit x E 1, f (x) < g(x) o (E, III, p. 13).
Donner un exemple de deux fonctions f, g convexes dans 1 dont la borne inférieure dans
P prend en certains points une valeur distincte de inf (f (x), g(x)). Donner un exemple
d'une famille infinie (f,) de fonctions de IY telle que inf f,(x) soit fini en tout point x E 1,
a
mais telle qu'il n'existe aucune fonction de IY inférieure à toutes les fa.
21) Soit f une fonction numérique finie, semi-continue supérieurement dans un intervalle
ouvert 1 c R. Pour que f soit strictement convexe dans 1, il faut et il suffit qu'il n'existe
aucune droite localement au-dessus du graphe G de f en un point de G.
22) Soientf,, . . .,f, des fonctions convexes continues dans un intervalle compact 1 c
suppose que pour tout x E 1, on ait sup (h(x))3 O. Montrer qu'il existe n nombres cc, 3 O

tek que 55=1


E, = 1 et que l'on ait 5
j=l
u&(x) a O dans 1. (Traiter d'abord le cas n = 2 en
considérant un point xo où l'enveloppe supérieure sup(f,, f2) atteint son minimum; lorsque
xo est intérieur à 1, déterminer GC,
de façon que la dérivée à gauche de ccl fi +
(1 - u,) fi au
point xo soit nulle. Passer de là au cas général en raisonnant par récurrence sur n; utiliser
l'hypothèse de récurrence pour les restrictions de fl, . . .,fn-, à l'intervalle compact où
f n b ) $ 0.)
23) Soit f une fonction numérique continue dans un intervalle compact I c II%; parmi les
fonctions g < f qui sont convexes dans 1, il en existe une plus grande que toutes les autres go.
Soit F c 1 l'ensemble des x E 1 tels que g,(x) = f (x) ; montrer que F n'est pas vide, et que
dans chacun des intervalles ouverts contigus à F, go est égale à une fonction linéaire affine
(raisonner par l'absurde).
24) Soit P(x),un polynôme de degré n à coefficients réels dont toutes les racines sont réelles
et contenues dans l'intervalle (- 1, 1). Soit k un entier tel que 1 $ k $ n. Montrer que la
fonction rationnelle

est croissante dans tout intervalle de R où elle est définie; si cl < c2 < . < c, sont ses
FVR 1.54

pôles (contenus dans ( - 1, Il), f est convexe pour x < c, et concave pour x > c,. En déduire
que lorsque a parcourt [ - 1, 11, la longueur du plus grand intervalle contenant les zéros de
la dérivée k-ème dc (x - a)P(x) atteint sa plus grande valeur lorsque a = 1 ou a = - 1.
25) O n dit qu'une fonction numérique f définie dans [O. est
+CD( suradditive si l'on a
f (x + y) > f (x) + f (y) pour x 2 0, y 2 O, et f (O) = O.
a) Donncr dcs exemples de fonctions suradditives discontinues.
b) Montrer que toute fonction f convexe dans (O, -tCO( et tellc quc f (O) = O est suradditive.
c) Si f, et f, sont suradditives, il en est de même de inf (f,, f,) ; en déduire des exemples de
fonctions continues suradditives et non convexes.
d ) Si f est coniinue et > O dans un intcrvalle [O, a) ( a > O), tellc que f (O) = O et
f (x/n) < f (x)/n pour tout entier n 2 1, montrer que f admet une dérivée à droite a u point O
(raisonner par l'absurde). En particulier toute fonction continue suradditive et 2 O admet
une dérivée à droite au point O.
CHAPITRE II

Primitives et intégrales

§ 1. PRIMITIVES ET INTÉGRALES

Sauf mention expresse du contraire, nous ne considérerons, dans ce chapitre, que


des fonctions vectorielles d'une variable réelle, prenant leurs valeurs dans un
espace normé complet sur R. Lorsqu'il s'agit en particulier de fonctions numéri-
ques, il est donc toujours sous-entendu que ces fonctions sont Jinies si le contraire
n'est pas spécifié.

1. Définition des primitives

Une fonction vectorielle f, définie dans un intervalle 1 c R, ne peut être en


toutpoint de cet intervalle la dérivée d'une fonction vectorielle g (définie et continue
dans 1) que si elle satisfait à des conditions assez restrictives: par exemple, si f
admet une limite à droite et une limite à gauche en un point x, intérieur à 1,f doit
être continue au point x,, d'après la prop. 6 de 1, p. 26; il en résulte que, si on
prend pour 1 l'intervalle ( - 1, + 1)' pour f la fonction numérique égale à - 1
dans ( - 1, O(, à -I- 1 dans (O, 1), f n'est pas la dérivée d'une fonction continue
dans 1 ; toutefois, la fonction 1x1 a pour dérivée f (x) en tout point # O ; on est
ainsi conduit à poser la définition suivante :

DÉFINITION 1. -Etant donnée unefonction vectorielle f, d@nie dans un intervalle 1 c HP,


on dit qu'une fonction g déJinie dans 1est une primitive de f si g est continue dans I et admet
une dérivée égale à f (x) en tout point x du complémeataire (par rapport à 1) d'une partie
dénombrable de 1.
FVR 11.2 PRIMITIVES ET INTÉGRALES $1

Si en outre g admet en tout point x de 1 une dérivée égale à f ( x ) , on dira que g est
une primitive stricte de f.

Avec cette définition, on voit que la fonction numérique f considérée ci-dessus


admet une primitive égale à 1x1.
11 est clair que, si f admet une primitive dans 1, toute primitive de f est aussi
une primitive de toute fonction égale à f sauf aux points d'une partie dénom-
brable de 1. Bar abus de langage, on peut parler d'une primitive dans 1 d'une
fonction fo définie seulement dans le complémentaire (par rapport à 1) d'une
partie dénombrable de 1: il s'agira de la primitive de toute fonction f définie dans
1,et égale à foaux points où foest définie.

PROPOSITION1. - Soit f une fonction vectorielle d$nie dans 1, à valeurs dans E ; si f


admet une primitive g dans 1, I'ensemble des primitives de f dans 1est identique à l'ensemble
desfonctions g + a, où a est unefonction constante, à valeurs dans E.
En effet, il est clair que g + a est une primitive de f quel que soit a E E;
d'autre part, si g1 est une primitive de f, gl - g admet une dérivée égale à O
sauf aux points d'une partie dénombrable de 1, donc est constante (1, p. 24,
corollaire).

O n dit que les primitives d'une fonction f (lorsqu'elles existent) sont définies
G à une constante additive près r). Pour définir sans ambiguïté une primitive de f,
il sufit de se donner (arbitrairement) sa valeur en un point x, E 1; en particulier,
il existe une primitive et une seule g de f telle que g(xo) = O; pour toute primi-
tive ln de f, on a g(x) = h(x) - h(x,).

2. Existence des primitives

Soit f une fonction définie dans un intervalle quelconque 1 c R;pour qu'une


fonction g définie dans 1soit une primitive de f, il faut et il suffitque la restriction
de g à tout intervalle compact J c 1soit une primitive de la restriction de f à J.

THÉORÈME 1. -Soient A un ensemblejltré par unjltre 8, (f,),,, unefamille defonctions


v~ctoriellesà valeurs dans un espace normé complet E sur R, d@nies dans un intervalle 1 c IR;
pour tout a E A, soit g, une primitiue de f,. On suppose que :
l 0suivant lejltre 8, lesfonctions f, convergent uniformément dans tout partie compacte
de 1vers unefonction f;
2 O il existe un point a E 1 tel que, suivant lejltre 8, la famille (g,(a)) a une limite dans

E.
Dans ces conditions, les fonctions g, convergent uniformément (suivant 8) dans toute
partie compacte de 1, vers une primitive .g de f.
D'après la remarque du dCbut de ce no, nous pouvons nous borner au cas où I
est un intervalle compact.
No 2 PRIMITIVES ET INTÉGRALES FVR 11.3

Montrons d'abord que les g, convergent uniformément dans 1 vers une


fonction continue g. Par hypothèse, pour tout E > O, il existe un ensemble
M E 8 tel que, pour deux indices quelconques a, fi appartenant à M, on ait
jlf,(x) - f B ( x )1 ,< E pour tout x E 1 ; on a par suite (1, p. 23, th. 2)

en désignant par 1 la longueur de 1 ; comme par hypothèse g,(a) tend vers une
limite suivant 8, il résulte du critère de Cauchy que les g, convergent uniformé-
ment dans 1. Reste à voir que la limite g des g , est une primitive de f.
Pour tout entier n > O, soit cc, un indice tel que jlf ( x ) - fEn(x)1 6 l l n dans 1 ;
il est clair que la suite (f,,) converge uniformément vers f et que la suite (gNn)
converge uniformément vers g dans 1. Soit H, la partie dénombrable de 1 où fEn
n'est pas la dérivée de gun,et soit H la réunion des H,, qui est donc une partie
dénombrable de 1 ; nous allons voir qu'en tout point x E 1 n'appartenant pas à
H, g admet une dérivée égale à f (x). En effet, on voit comme ci-dessus que pour
tout m 3 n et tout y E 1, on a

En faisant croître m indéfiniment, on a aussi

pour tout y E 1 ; or, il existe h > O tel que, pour 1 y - xl 6 h ct y E 1, on ait


Ilg,.,,(y) - g,,(x) - fWacn(x) ( y - X ) II Q 1 y - xlln; comme d'autre part, on a
I l f ( x ) - f,,(x) 1 < lln, on obtient finalement

pour y E 1 et 1 y - xl G h, ce qui achève la démonstration.

COROLLAIRE 1. -L)ensemble Z des applications de 1 dans E qui admettent une primitive


dans un intervalle 1 est un sous-espace vectorielfermé (donc complet) de l'espace vectoriel com-
plet %,(I; E ) des applications de 1 dans E , muni de la tolopogie de la convergence uniforme
dans toutepartie compacte de 1 (TG,X , p. 4).

COROLLAIRE 2. -Soit x0 un point de 1, et pour chaque fonction f E Z,soit P ( f ) la


primitive de f qui s'annule au point xo; l'application f HP ( f ) de Z dans e ( I ; E ) est une
application linéaire continue.
Le cor. 1 du th. 1 permet d'établir l'existence de primitives de certaines
catégories de fonctions par le procédé suivant: si on sait que les fonctions apparte-
nant à une partie d de F c ( I ; E) admettent une primitive, il en sera de même
FVR 11.4 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 51

des fonctions appartenant à l'adhérence dans Fc(I E;) du sous-espace vectoriel


engendre par al. NOUSallons appliquer cette méthode au no suivant.

3. Fonctions réglées

DÉFINITION 2. - On dit qu'une application f d'un intervalle 1 c R dans un ensemble E


est unefonction en escalier s'il existe une partition de 1 en un nombrefini d'intervalles J , telle
quef soit constante dans chacun desJ,.
Soit (a,),,,,, la suite strictement croissante formée des extrémités distinctes
des J,; comme les J, sont deux à deux sans point commun. chacun d'eux est,
soit réduit à un point a,, soit un intervalle ayant pour extrémités deux points
consécutifs ai, a,+l; en outre, comme 1 est réunion des J,, a, est l'origine, et a,
l'extrémité de 1. Toute fonction en escalier dans 1 peut donc êtrc caractérisée
comme une fonction constante dans chacun des intervalles ouvcris )a,, ai+l(
(O 6 i 6 n - 1)' (a,), , ,, étant une suite strictement croissante de points de 1
telle que a, soit l'origine et a, l'extrémtié de 1.

PROPOSITION 2. -L'ensemble des fonctions en escalier déjinies dans 1, à valeurs dans un


espace vectoriel E sur ,est un sous-espace vectoriel B de l'espace vectoriel F(1;E ) de toutes
les applications de 1 dans E.
En effet, soientfet g deux fonctions en escalier, (A,)et (B,) deux partitions dc
1 en un nombre fini d'intervalles telles que f (resp. g) soit constante dans chacun
des Ai (resp. Bi) ; quels que soient les nombres réels 1, p, il est clair que Af + pg
est constante dans chacun des intervalles non vides A, n Bf, et ces intervalles
forment une partition de 1.

COROLLAIRE. - Le sous-espace vectoriel G est engendré par les fonctions caractéristiques


d'intervalles.

Considérons maintenant le cas où E est un espace normé sur R;alors, il est


immédiat que la fonction caractéristique d'un intervalle J d'extrémités a, b ( a < b)
admet une primitive, savoir la fonction égale à a pour x 6 a, à x pour a < x 6 b,
et à 6 pour x 3 b. Le cor. de la prop. 2 montre donc que toutefonction en escalier à
valeurs dans E admet une primitive.
Nous pouvons maintenant appliquer la méthode cxposée au no 2.

DÉFINITION 3. - On dit qu'une fonction vectorielle, déjinie dans un intervalle 1, à valeurs


dans un espace normé complet E sur W,est unefonction réglée si, dans toute partie compacte de
1, elle est limite uniJorme defonctions en escalier.

En d'autres termes, les fonctions réglées sont les éléments de l'adhérence dans
E) du sous-espace vectoriel 8, des fonctions en escalier; 2 est un sous-espace
e(I;
No 3 PRIMITIVES ET INTÉGRALES FVR 11.5

vectoriel de e ( I ; E) et comme &(I: E) est complet, il en est de même de 2 ;


autrement dit, si une fonction est dans toute partie compacte de 1 limite uni-
forme de fonctions réglées, elle est réglée dans 1. Pour que f soit réglée dans un
ptervalle 1, il faut et il suffit que sa restriction à tout intervalle compact contenu
dans 1soit réglée.

Le cor. 1 de II, p. 3 montre que:

THÉORÈME 2. - Toute fonction réglée dans un intervalle 1 admet une primitive dans 1.
Nous allons transformer la déf. 3 de II, p. 4 en une autre équivalente :

THÉORÈME 3. -Pour qu'une fonction vectorielle f d@nie dans un intervalle 1, à valeurs


dans un espace normé complet E sur R, soit réglée, ilfaut et il su$t qu'elle ait une limite à
droite et une limite à gauche en tout point intérieur à 1, une limite à droite à l'origine de 1 et
une limite à gauche à l'extrémité de 1, lorsque ces points appartiennent à 1. L'ensemble des
points de discontinuité de f dans 1est alors dénombrable.
Comme tout intervalle 1est réunion dénombrable d'intervalles compacts, on
peut se borner à démontrer le th. 3 lorsque 1est compact, soit 1 = (a, 6).
l o La condition est nécessaire. Supposons en effet que f soit réglée, et soit x un
point de 1distinct de b. Par hypothèse, pour tout E > O, il existe une fonction en
/I
escalier g telle que jlf (z) - g(z) < E pour tout z E 1; comme g admet une limite
à droite au point x, il existe y tel que x < y < b et tel que, pour tout couple
de points z, z' de l'intervalle )x, y), on ait llg(z) - g(zl)1 < E et par suite
llf (z) - f (2') I < 3 ~cela; prouve (critère de Cauchy) que f a une limite à droite
au point x. On montre de méme que f a une limite à gauche en tout point de 1dis-
tinct de a.
2 O La condition est su$sante. Supposons-la remplie; pour tout x E 1, il existe
un intervalle ouvert V, = )c,, dx( contenant x et tel que dans l'intersection de 1et
de chacun des intervalles ouverts (c,, x( ,)x, dx( (lorsque cette intersection n'est
pas vide), l'oscillation de f soit < E. Comme 1 est compact, il existe un nombre
fini de points x, de 1tels que les V,, forment un recouvrement de 1; soit (a,), ,,,
la suite obtenue en rangeant dans l'ordre croissant les points de l'ensemble fini
formé de a, b et des points xi, c,, et d,, qui appartiennent à 1; chacun des inter-
valles )a,, a,+,( (O < k < n - 1) égant contenu dans un intervalle )cx,, xi( ou
)xi, dxi(, l'oscillation de f y est < E ; soit c, une des valeurs de f dans )a,, a,+,(;
en posant g(a,) = f (a,) pour O < k < n, et g(x) = c, pour tout x E )a,, a,+,(
(O < k < n - l), on définit une fonction en escalier g telle que Ilf (z) - g (z) I < E
dans 1;donc f est réglée dans 1.
Montrons enfin que si f est réglée dans 1, l'ensemble de ses points de discon-
tinuité est dénombrable. Pour tout n > O, il existe une fonction en escalier g,
telle que lIf (x) - g,(x) I < l/n dans 1; comme la suite (g,) converge uniformé-
ment vers f dans 1, f est continue en tout point où les g, sont toutes continues
FVR 11.6 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 91

(TG, X, p. 8, cor. 1) ;mais comme g , est continue sauf aux points d'un cnsemble
fini H,, f est continue aux points du complémcntairc de l'ensemble H = IJ H,,
n
qui est dénombrable.

COROLLAIRE 1. - Soit f une fonction réglée dans 1; en tout point de 1, saflf l'extrémité
(resp. l'origine) de 1, toute primitive de f a une dérivée à droite égale à f (x + ) (resp. une
dérivée à gauche égale à f ( x - )) ; en particulier, en tout point x où f est continue, f ( x ) est
la dérivée d'une quelconque de ses prinzitives.
C'est une conséquence immédiate du th. 3 ct de la prop. 6 de 1, p. 22 de I I ,
p. 5.

COROLLAIRE 2. --Soient f, (1 d i 6 n ) n fonctions réglées dans un intervalle 1, f,


prenant ses valeurs dans un espace normé complet Ei sur W. ( 1 6 i 6 n). S i g est une
n
- n
applcation continue du sous-espace
i = ï 4 ( 1 ) de z = 1
Ei dans un espnce normé complet F sur R,
lafonction composée x Hg ( f , ( x ),f2(x), . . ., P,(x)) est réglée dans 1.
En effet, elle satisfait de façon évidente aux conditions d ~ ath. 3 de I I , p. 5.

On voit ainsi que si f est une fonction vectorielle réglée dans 1, la fonction
/I
numérique x t>Ijf ( x ) est aussi réglée. De mème, les fonctions numériques réglées
dans 1 forment un anneau; en outre, si f et g sont deux fonctions numériques
réglées, sup(.h g) et inf (f,g) sont réglées.
Remarque - 1.) Si f est une fonction numérique réglée dans 1, g une fonction vec-
torielle réglée dans un intervalle contenant f (I), la fonction composée g oJnYest pas
nécessairement réglée (cf. II, p. 29, exerc. 4).

Deux cas particuliers du th. 3 de I I , p. 5 sont spécialement importants:

PROPOSITION 3. - Toute fonction vectorielle continue dans un intervalle 1 c


ses ualeurs dans un espace nornzé complet E sur , est réglée et admet dans 1 une primitive,
dont elle est la dérivée en tout point.
Remarques - 2.) Pour démontrer qu'une fonction continue admet une primitive,
on peut utiliser le fait que tout polynôme (à coefficients dans E) d'une variable réelle
admet une primitive; comme d'après le th. de Weierstrass (TG, X, p. 37, prop. 3)
toute fonction continue cst limite unifornie de polynômes dans tout intervalle com-
pact, le th. 1 de II, p. 2 montre que toute fonction continue admet une primitive.
3) Le principe de la remarque précédente s'étend sans modification importante
aux fonctions vectorielles d'une variable complexe, à valeurs dans un espace normé
complet sur 6. Si U est un ensemble ouvert dans C , homéomorphe à C , une primitive
d'une telle fonction vectorielle % definie dans U est par définition une fonction con-
tinue dans U, ayant une dérivée égale à f en tout point de U. Avec cette définition,
le th. 1 de II, p. 2 s'étend sans modirication (on démontre en effet, en tenant compte
de ce que U est connexe, que (g,) est uniformément convergente suivant 3 dans un
voisinage de toüt point d e U, d'où résulte que (gU)est uniformément convergente
suivant $ dans toute partie compactc de U ; la fin de la démonstration se fait en utili-
sant !a prop. 4 de 1, p. 26). Par suite, toute fonction qui est limite uniforme de polynûmes
No 4 PRIMITIVES ET INTEGRALES FVR 11.7

dans toute partie compacte de U, admet une primitive dans U ; ces fonctions ne sont
autres que les fonctions dites holomorphes dans U, que nous étudierons plus en détail
dans un Livre ultérieur.

PROPOSITION 4. - Toute fonction numérique f monotone dans un intervalle 1 c IR est


réglée, et tauteprimitive def est convexe dans 1.
En effet, f satisfait au critère du th. 3 de TG, IV, p. 19, prop 4; la seconde
partie de la proposition résulte cor. 1 ,de II, p. 6, et de la prop. 5 de 1, p. 36.
Remarque - 4.) II ne faudrait pas croire que les fonctions rtglées dans un intervalle
1 soient les seules fonctions ayant une primitive dans 1 (cf. II, p. 29, exerc. 7 et 8).

4. Intégrales

Nous avons obtenu (II, p. 5, th. 2) une primitive d'une fonction réglée dans un
intervalle 1 comme limite uniforme de primitives de fonctions en escalier. Ce
procédé peut s'exprimer de façon legèrement différente: soient x,, x deux points
quelconques de 1tels que x, < x; appelons subdivision de l'intervalle [x,, x) toute
suite d'intervalles (xi, x, + ,) de réunion (xo, x), où (xi) ,,,,
est une suite stricte-
ment croissante de points de [x,, x) telIe que xn = x. Nous appellerons somme de
Riemann relative à une fonction vectorielle f définie dans 1, et à la subdivision
n-1
formée des (xi, xi + ,) toute expression de la forme 2 f (t,)(xi
i=O
- x) où t, appar-
tient à (xi, xi + ,) pour O < i < n - 1. On a alors la proposition suivante:
PROPOSITION 5. -Soient f une fonction réglée dans un interualle 1, g une primitive de f
dans 1, (x,, x) un intervalle compact contenu dans 1. Pour tout E > O, il existe un nombre
p > O tel que, pour toute subdivision de (xo, x) en intervalles de longueur < p, on ait

pour toute somme de Riemann relative à cette subdivision.


En effet, soit f une fonction en escalier telle que Ilf ( y ) - f1(y) I/ < s pour tout
y E (x,, x ) ; on a, en désignant par g, une primitive de f1dans 1,

d'après le th. des accroissements finis, et d'autre part

Il suffit donc de démontrer la proposition lorsque f est une fonction en escalier.


Soit < k G m la suite finie strictement croissante des points de discontinuité de f
dans (xo, XI. Pour toute subdivision de (xo, x) en intervalles de longueur < p,
chacun des points y, appartient à deux intervalles au plus; il ne peut donc y avoir
FVR 11.8 PRIMITIVES ET I N T ~ G R A L E S $1

que 2m intervalles au plus dans lesquels f ne soit pas constante; or, dans un tel
intervalle (xi, xi + ,), on a

en désignant par M la borne supérieure de llf 1 dans (x,, x); au contraire, lorsque
f est constante dans (xi, xi +1), on a

n-1
On voit donc que la différence /Ig(x) - g(x,) - , f(t,) (xi+, - xi) l/ ne peut
z=o
excéder 4Mmp; il suffit donc de prendre p < ~/4Mmpour obtenir (1).
Remarque - 1.) Lorsque f est continue, la prop. 5 se démontre plus simplement : comme
f est uniformément continue dans (x,, x), il existe p > O tel q u e dans tout intervalle d e
longueur < p contenu dans (xo, x), l'oscillation d e f soit < x-A;
- X,,
pour toute sub-
division de (x,, x ) e n intervalles (xi, xi+l) d e longueur < p, et tout choix d e t, dans
(xi, x i + l ) pour O < i < n - 1 , la fonction e n escalier f , égale à f (t,) dans (xi, xi +1(
(O <i<n - 1 ) , à f ( x ) au point x, est telle que Ilf(y) - f l ( y ) 1 < -X!. dans
- Xo
n-1

2
(x,, x ) ;si g1 est une primitive d e f l , o n a g1 ( x ) - gl(x,) =
i=o
f (t,) (xi+ - xi), donc la
relation ( 1 ) résulte aussitôt d e l'application d u th. des accroissements finis.

Dans tout le reste de ce chapitre, nous allons nous borner à l'étude des
primitives des fonctions réglées dans un intervalle 1. Pour une telle fonction f, à
valeurs dans E, une primitive g de f, et deux points quelconques x,, x de 1,
l'élément g(x) - g(x,) de E (qui évidemment est le même, quelle que soit la
primitive g de f que l'on considère) est appelé intégrale de la fonction f de x, à x
(ou dans Z'interualle compact (x,, x)) et noté f (t)dt ou Jzo
f. Ce nom et cette nota-
tion ont leur origine dans la prop. 5 de II, p. 7, qui montre qu'une intégrale peut
être approchée arbitrairement par une somme de Riemann; plus particulière-
ment, on peut, en prenant des subdivisions de (x,, x) en intervalles égaux, écrire

1
Autrement dit, l'élément -
X - Xo
I',;f(t)dt est limite de la moyenne arithmétique
des valeurs de f aux origines des intervalles d'une subdivision de (x,, x) en inter-
valles égaux; aussi l'appelle-t-on encore la moyenne (ou valeur moyenne) de la
fonction f dans l'intervalle (x,, x).
Par définition, la fonction x H f (t) dt n'est autre que la primitive de f
qui s'annule au point x, E 1; aussi la note-t-on encore lxo Lo
f (t) dt ou f.
No 5 PRIMITIVES ET INTÉGRALES FVR 11.9

Remarques. - 2) Pour une fonction quelconque h définie dans 1, à valeurs


dans E, l'élément h ( x ) - h ( x , ) s'écrit aussi h ( t )]go; avec cette notation, on voit
que, si g est une primitive quelconque de la fonction réglée f dans 1, on a

3) Les expressions Co f (t) dt, g ( t )/go sont des (( symboles abréviateurs )> représentant
des assemblages dans lesquels figurent les lettres x, x,, f, g, mais non la lettre t (cf. E,
1, p. 14); on dit que dans ces symboles, t est une « variable muette )>; on peut donc y
remplacer t par tout autre argument distinct de x, xo, f et g (et des arguments qui
entrent kentuellement dans la démonstration où figurent de tels symboles) sans
changer le sens du symbole obtenu (le lecteur comparera ces symboles à des sym-

boles tels que i$lxi, " X,, où i est de même une variable muette).
4) L'approximation d'une intégrale par des sommes de Riemann se rattache
étroitement à l'une des origines historiques de la notion d'intégrale, le problème de
la mesure des aires. Nous reviendrons sur ce point au Livre d'Intégration qui est
consacré aux généralisations de la notion d'intégrale auxquelles a conduit ce pro-
blème; dans ces généralisations, les fonctions (<intégrées )) ne sont plus nécessaire-
ment définies dans une partie de R; d'autre part, même lorsqu'il s'agit de fonctions
numériques f d'une variable réelle (non nécessairement réglées) pour lesquelles on
peut définir une intégrale Co
f (t) dt, la fonction x H JXo
f (t) dt n'est pas toujours
une primitive de f, et il existe des fonctions ayant une primitive, mais non <( inté-
grables au sens auquel nous faisons allusion.

5. Propriétés des intégrales

Les propriétés des intégrales des fonctions réglées ne sont autres que la traduction,
dans la notation qui leur est propre, des propriétés des dérivées démontrées au
chap. 1.
En premier lieu, la formule (3) montre que, quels que soient les points x, y, z
de 1, on a

1; f ( t ) dt = O

D'après la prop. 1 de II, p. 2, on a

et pour tout scalaire k

S., = Sxo f-
FVR 11.10 PRIMITIVES ET INTÉGRALES $1

Soient E, F deux espaces normés complets sur R,u une application linéaire
continue de E dans F. Si f est une fonction réglée dans 1, à valeurs dans E, u o f
est une fonction réglée dans 1, à valeurs dans F (II,p. 6, cor. 2), et on a (1, p. 13,
Prop. 2)

(9) 1;
~ ((t))
f dt = u (J: f(t) dt).
Soient maintenant E, F, G trois espaces normés complets sur R,(x, y) H [x .y]
une application bilinéaire continue de E x F dans G. Soient f et g deux fonctions
vectorielles définies et continues dans 1, prenant leurs valeurs dans E et F re-
spectivement; supposons en outre que f et g soient toutes deux primitives de
fonctions réglées, que nous désignerons par f' et g' par abus de langage (ces
fonctions ne sont en effet égales respectivement aux dérivées de f et g
qu'aux points du complémentaire d'un ensemble dénombrable). D'après
la prop. 3 de 1, p. 14, la fonction h(x) = [f (x) .g(x)] admet en tout point
du complémentaire d'une partie dénombrable de 1, une dérivée égale à
[f (x) .g' (x)] + [f '(x) .g(x)]. Or, d'après la continuité de [x .y] et le cor. 2
de II, p. 7, chacune des fonctions [f.g'] et [f'.g] est une fonction réglée dans;
1on a donc la formule

dite formule d'integration par parties, qui permet de calculer de nombreuses primi-
tives
Par exemple, la formule d'intégration par parties donne la formule suivante

et ramène donc l'un à l'autre le calcul des primitives des deux fonctions f(x) et
xf' (2).
De même, si f et g sont n fois dérivables dans un intervalle 1, et si f(n)et g(n)
sont des fonctions réglées dans 1, la formule ( 5 ) de 1, p. 29 équivaut à la suivante :

(il) [f("'(t).g(t)]dt
a
n- 1

p=o
(t) .g")(t)]) :1 + ( - 1)" Sb
a
[f ( t ).gCn'(t)]dt

qu'on appelleformule d'intégration par parties d'ordre n.


Traduisons maintenant la formule de dérivation des fonctions composées
(1, p. 17, prop. 5). Soitf une fonction numérique définie et continue dans 1,et qui
soit primitive d'une fonction réglée dans 1 (que nous écrirons encore f' par abus
de langage) ; soit d'autre part g une fonction vectorielle (à valeurs dans un es-
pace normé complet) continue dans un intervalle ouvert J contenant f (1) ; si h
No 5 PRIMITNES ET INTÉGRALES FVR II. 1 1

désigne une primitive quelconque de g dans J, h admet en tout point de J une


dérivée égale à g (II, p. 6, prop. 3) ; donc la fonction composée h of admet une
dérivée égale à g(f (x))f '(x) en tous les points du complémentaire (par rapport
à 1) d'une partie dénombrable de 1 (1, p. 17, prop. 5); comme la fonction
g (f (x))f '(x) est réglée (II, p. 7, cor 2), on peut écrire la formule

diteformule du changement de variables, qui facilite également le calcul des primitives.


Si on prend par exemple f (x) = x2, on voit que la formule (13) ramène l'un à
l'autre le calcul des primitives des fonctions g(x) et xg(xa).

Pour traduire le th. des accroissements finis (1, p. 23, th. 1) pour les primitives
de fonctions numériques réglées, remarquons d'abord qu'une fonction numérique
réglée f dans un intervalle compact 1 est bornée dans 1; soit J l'ensemble des
points de 1 où f est continue, et posons m = inf f (x), M = sup f (x); on sait
XEJ xeJ
(II, p. 5, th. 3) que 1 n CJ est dénombrable; en outre, si B est le complémentaire,
par rapport à 1, d'une partie dénombrable quelconque de 1, et m' = inf f (x),
XEB
M' = supf (x), on a m' < m < M < M': en effet, en tout point x E J, il existe
XEB
des points y de B arbitrairement voisins de x, où on a donc m' < f (y) < M'; f
étant continue au point x, on voit, en faisant tendre y vers x (y restant dans B) que
m' < f (x) < M', ce qui démontre notre assertion. Cela étant, la traduction du
th. des accroissementsfinis donne la proposition suivante :

PROPOSITION 6 (théorème de la moyenne). -Soit f une fonction numérique réglée


dans un interualle compact 1 = (a, b); si J est l'ensemble des points de 1oùf est continue, et
m = inf f (x), M = sup f (x), ona
xeJ xeJ

sauf lorsquef est constante dans J, auquel cas les trois membres de (14) sont égaux.
En d'autres termes, la moyenne de la fonction réglée f dans 1 est comprise entre les
bornes de f dans la partie de 1 où f est continue.

COROLLAIRE 1. - Si une fonction numérique f réglée dans 1 est telle que f (x) O aux
1
a-A
points où f est continue, on a - b
g ( t ) dt > O sauf si f (x) = O aux points ouf est
continue.
FVR 11.12 PRIMITIVES ET INTÉGRALES $1

COROLLAIRE 2. - Soient f et g deux fonctions numériques réglées dans 1, telles que


g(x) 2 O aux points où g est continue; si m et M sont les bornes inférieure et supérieure
de f dans l'ensemble des Points de 1 O&f est continue, on a

Les deux premiers membres (resp. les deux derniers) ne sont égaux que si
g ( x )( J ( x ) - m) = O (resp. g(x) ( f ( x ) - M ) = O ) en toutpoint o.&
f et g sont continues.

Pour les fonctions vectorielles, le th. des accroissements finis (1, p. 23, th. 2)
donne de même la proposition suivante :

PROPOSITION 7. - Soit f une fonction veclorielle r&lée dans un intervalle compact 1 =


[a, b], à valeurs dans un espace normé complet E, et soitg unefonction numérique réglée dans 1,
telle que g(x) 2 O aux points où g est continue; dans ces conditions, on a

En particulier, on a

6. Forme intégrale du reste de la formule de Taylor; primitives d'ordre supérieur

La formule d'intégration par parties d'ordre n (II, p. 10, formule ( 11 ) ) permet


d'exprimer sous forme d'une intégrale le reste r,(x) du développement de Taylor
d'ordre n d'une fonction f admettant une dérivée (r,+ 1)-ème réglée dans un
intervalle 1 (1, p. 30) ; en effet, en remplaçant, dans (12), f par f', b par x et g(t)
par la fonction ( t - ~ ) ~!, il
/ vient
n

autrement dit
+ sax
f" + l) ( t )
( x - t)n
-Tdt

( x - t)n
Pn+l) ( t ) -dt
n!
formule qui permet souvent d'obtenir des majorations simples du reste.
Étant donnée une fonction f réglée dans un intervalle 1, une primitive quel-
conque g de f, étant continue dans 1, admet à son tour une primitive; une
quelconque des primitives d'une primitive quelconque de f est appelée primitive
No 1 INTÉGRALESDANS LES INTERVALLES NON COMPACTS FVR 11.13

seconde de f. Plus généralement, on appelle primitive d'ordre n de f une primitive


d'une primitive d'ordre n - 1 de f. On voit aussitôt, par récurrence sur n, que la
différence de deux primitives d'ordre n de f est un polynôme de degré au plus égal à
n - 1 (àcoefficientsdansE) .Une primitive d'ordre n de f est entièrement déterminée
si on se donne, en un point a E 1,sa valeur et celles de ses n - 1 premières dérivées.
O n désignera en particulier par la notation:1 i- celle des primitives d'ordre n
de f qui est nulle au point a ainsi que ses n - 1 premières dérivées. La formule de
Taylor d'ordre n - 1, appliquée à cette primitive, montre que si g = :1 f, on a

et ramène la détermination des primitives d'ordre n au calcul d'une seule in-


tégrale.

5 2. INTÉGRALES DANS LES INTERVALLES NON COMPACTS


1. Définition d'une intkgrale dans un intervalle non compact

Soit 1 un intervalle compact (a, b) de la droit^ achevée (a et b pouvant donc être


infinis) ;soit f une fonction définie dans )a, b(, prenant ses valcurs dans un espace
normé complet E sur R. Généralisant la déf. I de II, p. 1, nous dirons qu'une
fonction g, définie dans [a, b), à valeurs dans E, est une primitiue de f si elle est
continue dans (a, b) (et en particulier aux extrémités a, b) et admet une dérivée
égale à f (x) cn tous les points du complémentaire par rapport à Ba, b( d'une
partie dénombrable de cet intervalle.
Nous allons nous borner à considérer le cas suivant: il existe une suite finie
strictement croissante (c,),,,,, de points de I = (a, b), telle que c, = a, c, = 6,
et que f soit réglée dans chacun des intervalles ouverts )c,, c, + ,(, mais non réglée
dans tout intervalle ouvert contenant au moins un point c, intérieur à 1; une telle
fonction sera dite régléepar morceaux dans )a, b(. O n notera qu'une fonction réglée
dans )a, b( est réglée par morceaux (en prenant n = 1 dans la définition précé-
dente).
Si f admct une primitive g dans 1 (au sens précisé ci-dessus), et si a cst un
point de l'intervalle Bc,, c,+,( (O < i < n - 1), on a, par hypothèse, pour tout x
lz
appartenant à cet intervalle, g(x) - $(a) = f ( t ) d t ;g étant continue dans 1par
hypothèse, on voit que f(t)dt doit tendre vers une limite dans E lorsque x
tend vers c, à droite et lorsque x tend vers c,,, à gauche. Inversement, supposons
que ces conditions soient vérifiées pour tout t, et soit gt une primitive de f dans
l'intervalle )ci, c,+,( (O < i < n - 1); on constate aussitôt que la fonction g,
définie dans le complémentaire par rapport à I de l'ensemble des c,, par la
i

condition d'être à égale à gi(x) + *Zl (gk- l(ck -) - g k ( i +)) dans )ci,ci+,(
FVR 11.14 PRIMITIVES ET INTÉGRALES §2

pour O Q i Q 12 - 1, est continue en tout point de 1 distinct des ci et admet une


limite en chacun de ces points; elle peut donc être prolongée par continuité en
chacun des ci, et la fonction prolongée est évidemment une primitive de f dans 1.
Il est clair en outre que toute autre primitive de f est de la forme g + a (a
élément de E) .

DÉFINITION1. - On dit qu'une fonction vectorielle f réglée par morceaux dans un inter-
valle (a, b[ de R admet une intégrale dans cet intervalle si f admet une primitive dans (a, b);
si g est une quelconque desprimitives de f dans (a, b], x, et x deux points quelconques de [a, b),
lzo
on appelle intégrale de f de x, à x, et on note f (t) dt l'élément g(x) - g(xo).

Cette notion coïncide évidemment avec celle définie lorsque l'intervalle


(x,, x) ne contient aucun des points c,.
Les remarques qui précèdent la dé[. 1 montrent que, pour que f ait une
intégrale dans )a, b(, il faut et il suffit que sa restriction à chacun des intervalles
)c,, ci+ ,( admette une intégrale dans cet intervalle. Autrement dit, on est ramené
au cas où f est réglée dans un intervalle non compact I c R, d'extrémités a, 6
(a < b), et où: lo ou bien un des nombres a, b (au moins) est infini; 2 O ou bien f
n'est pas réglée dans un intervalle compact contenant au moins un des points
a, b (les deux hypothèses ne s'excluant pas mutuellement). Pour que f a i t une
intégrale dans 1, il faut et il suffit alors quc l'intégrale 1:
f(t)dt tende vers une
limite lorsque le point (x, y) tend vers (a, b) E E2en rcstant dans 1 x 1, et cette
limite n'est autre que f(t)dt d'après la déf. 1. Par abus de langage, au lieu de
dire que f a une intégrale dans 1, on dit encore que l'intégrale f(t)dt est 1;
convergente.
Exemfiles. - 1) L'intégrale S:" (lt/t2 est convergente et égale à 1, car

2) L'intégrale u't/dtest convergente et égale à 2, car

3) Soit (u,),,, une suite infinie de points de E, et soit f la fonction en


escalicr définic dans l'intervalle (1, + a ( par les coiiditions: f (x) = u, pour
n < x < n + 1. Pour que l'intégrale "S:
f (t)dt soit convergente, il faut et il
suffit que la série de terme général ai, soit convergente dans E; cn effet, on a

donc la condition est nécessaire; réciproquement, si la série de terme général un


No 1 INTÉGRALES DANS LES INTERVALLES NON COMPACTS FVR 11.15

converge dans E, on a lim u n


n+ w
= O; or, si n < x < n + 1, on a J," f (t) dt =
n-1 m
2 up + un(x - n), donc cette intégrale a pour
p=l
limite 2 u n lorsque x
n=l
tend
vers +o.
Il est immédiat que si une fonction f réglée par morceaux admet une intégrale
dans 1, les formules (4) à (9) de II, p. 9 sont encore valables. De même, la
formule (10) de II, p. 10 s'étend de la façon suivante: f et g sont supposées être des
primitives de fonctions f', g' réglées dans )a, b(, et on désigne par [f.g] ;1 la
limite (si elle existe) de [f.g] ,I: lorsque (x, y) tendvers (a, 6) (avec a < x < y < b) ;
alors, si deux des expressions [f.g] la, J":
[f(t) .g1(t)Idt, J: [f'(t) .g(t)] dt ont un
sens, il en cst de même de la troisième, et la formule (10) de II, p. 10 subsiste.
Enfin, soit f une fonction numérique définie et continue dans 1 = )a, b(,
primitive d'une fonction f' réglée dans )a, b(; soit d'autre part g une fonction
vectorielle continue dans un intervalle ouvcrt J contenant f (1) ; si la fonction
g (f (x))f '(x) admet une intégrale dans 1, et si f tcnd vers une limite (finie ou
non) aux points a et 6, g admet une intégralc de f ( a + ) à f (b-), et on a la
formule

+
En effet, si (x, y) tend vers (a, O), (f (x),f (y)) tend vers (f (a ), f (b - )) par
hypothèse; il suffit donc d'appliquer la formule (12) de II, p. 11 entre x et y et de
passer à la limitc pour avoir (1).
Etant donnée une fonction f réglée dans un intervalle non compact 1 c R,
d'extrémités a et b (a < b), la condition pour que f a i t une intégrale dans 1 peut
se présenter de la manière suivante. Les intervalles compacts J c 1 forment un
ensemble ordonnéjltrant %(I)pour la relation c (l), car si (a, P) et (y, 6) sont deux
intervalles compacts contenus dans 1, et si on pose A = min(or, Y), p = max(p, a),
l'intervalle (A, p) est contenu dans 1 et contient les deux intervalles considérés.
Pour tout intervalle compact J = (cc, fi) contenu dans 1, posons alors

SJ f(t) dt = SaR f ( t ) dt;

pour que f admette une intégrale dans 1, il faut et il suffit que l'application
J H f (t) dt ait une limite dam E suivant l'en~embleordonnéjltrant P(1) ; cette limite
1;
est alors l'intégrale f ( t ) dt, que nous noterons encore J",
f (t) dt.
l Rappelons (E, III, p. 12) qu'un ensemble 8 de parties de 1 est jltrant pour la relation c si,
quels que soient X E 8, Y E 8 il existe Z E 8 tel que X c Z et Y c Z. Si S(X) désigne la partie de 8
formée des Y E 8 tels que U 3 X, les S(X) forment la base d'un filtre sur 8, ditjiltre des sections d e 8 ;
l a limite (si elle existc) d'une application f de 8 dans un espace topologique, suivant le filtre des
sections de 8, est encore dite limite de f suivant l'ordonnéjiltrant 5 (cf. TG, 1, p. 49 et TG, IV, p. 18).
FVR 11.16 PRIMITIVES ET INTÉGRALES §2

PROPOSITI~N 1 (Critère de Cauchy pour les intégrales). - Soit f une fonction réglée
dans un intervalle 1 c , de bornes a et 6 (a < b ) . Pour que l'intégrale f ( t ) dt existe, il 1;
faut et il s u i t que pour tout E > O, il existe un intervalle compact JO = [a, P) contenu
dans 1, tel que pour tout intervalle compact K = (x, y) contem dans 1, et n'ayant aucun
point intérieur commun avec JO, on ait 111,
f ( t ) dt 1 6 E .
En effet, comme E est complet, le critère de Cauchy montre que, pour que
l'intégrale SI
f ( t ) dt soit convergente, il b u t et il sufit que, pour tout E > O, il
existe un intervalle compact JO = [a, P) tel que, pour tout intervalle compact J
tel que JO c J c 1, on ait 111,
f (t) dt - lJo
f ( t ) dtll 6 E. La proposition résultera
donc du lemme suivant:
Lemme. -Soit JO = ( a , P) un intervalle compact contenu dans 1. Pour qu'on ait
1,
I f( t ) dt - S,, f ( t ) dtll 6 E, pour tout couple d'intervalles compacts J , J' contenus dans 1
et contenant J,, il faut que 111,
f ( t ) dtll < E, et il sufit que j/!, f ( t ) dtjl 6 ~ 1 2 pour
,
tout interualle comnfiact K contenu dans 1el n'ayant aucun point intérieur commun auec JO.
En effet, si pourJO c J c 1etJO c J' c 1,on a

on voit en particulier que, pour x 6 y 6 or, ou pour P < x 6 y ( x et y dans I), on a


111; 1,
f ( t ) dtll 6 E. Inversement, si / I f ( t ) dt 1 < ~ / pour
2 tout intervalle compact
K c I tel que K n JO = a,et si J = ( x , y), J' = (2, t ) sont deux intervalles
compacts contenus dans I et contenant JO,on a

puisque
x 6 a G P G y et z<a<p<t.
Exemfile. - Si l'intervalle 1 est borné, et si f est bornée dans 1, l'intégrale J",
f (t)dt existe
toujours, car d'après le th. de la moyenne, on a pour y < CL < P < z

I:1 f ( t ) dt /< ( a - a) JUP


X E 1
If (x) II, I 1; I
f (t) dt G (b - P) SUP I f
X E 1
(x) Il
et il sufit de prendre cc - a et b - P asscz petits pour que le critère de Cauchy soit
satisfait.
On notera que, dans ce cas, une primitive de f dans 1 n'a pas nécessairement de
dérivée à droite (resp. à gauche) 2 l'origine (resp. l'extrémité) de 1 (lorsque ce
nombre est fini) contraircment à ce qui a lieu lorsque 1 est compact et f réglée dans 1
(cf. II, p. 33, excrc. 1).

2. Intégrales de fonctions positives dans un intervalle non compact

PROPOSITION 2. -Soit f une fonction numérique réglée et 3 O dans un intervalle 1 c R,


1;
de bornes a et b ( a < b). Pour que l'intégrale f ( t ) dt existe, il faut et il s u i t que
No 2 INTÉGRALESDANS LES INTERVALLES NON COMPACTS FVR II. 17

l'ensemble des nombres fJ f (t) dt soit majoré, lorsque J parcourt I'ensemble des interualles
compacts contenus dans I ; l'intégrale :
1 f(t) dt est alors la borne supérieurede l'ensemble des
JJ f (4 dt.
En effet, commef 3 0, la relation J c J' entraîne

SJf (t) dt 6 SJ,


f (t) dt;
l'application J ++fJ f (t) dt est donc croissante, et la proposition est une con-
séquence du théorème de la limite monotone (TG, IV, p. 18, th. 2).
1,
Lorsque l'application J F+ f ( t ) dt n'est pas bornée, elle a pour limite + co
suivant l'ordonné filtrant L(1); on dit alors, par abuse de langage, que l'in-
Sa
tégrale f (t) dt est égale à + W . Les propriétés dcs intégrales établies au no 1
s'étendent (lorsqu'il s'agit de fonctions 3 0) au cas où certaines des intégrales
qui interviennent dans ces propriétés sont infinies, pourvu que les relations où
elles figurent gardent un sens.

PROPOSITION 3 (principe de comparaison). -Soientf et g deux fonction.^ numériques


réglées dans un interualle 1 c R, telles que O 6 f (x) 6 g(x) en tout point où f et g sont
continues (cf. II, p. 11, prop. 6). Si l'intégrale de g dans 1 est convergente, il en est de
1,
même de l'intégrale de f et on a f (t) dt 6 JI g(t) dt. En outre les deux intégrales ne
peuuent être égales que si f (x) = g(x) en tout point de 1où f et g sont continues.
En efict, pour tout intervalle compact J c 1, on a

comme JJ g(t) dt $ JI g(t) dt, l'intégrale f (t) dt est majorée, donc l'intégrale
f, f (1) dt est convcrgentc; en outre, en passant à la limite, on a fI f (t) dt <
g(t)dt.
Supposons en outre que f (x) < g(x) en un point x E 1 où f et g sont continues; il
existe un intervalle compact (c, d) contenu dans 1, non réduit à un point et tel
1:
que x E [G, dl; on a J: f (t) dt < g(t) dt (II, p. I l , cor. l), et commc d'autre
part J',C f (t) dt $ J: g(t) dt et f(l)dt 6 fi g(t) dt d'après ce qui précèdc, on voit,
en ajoutant membre à membre, qu'on a 1; f (t) dt < Jg"(t):dt.
Cette proposition fournit le moyen le plus fréquemment employé pour dCcidcr
si une intégrale d'une fonctionf 3 O est ou non convergente, en comflarantf à une
fonction plus simple g 3 0, dont on sait déjà si son intégrale est ou non conver-
gente; nous verrons au chap. V comment peut se fairc, dans les cas les plus usuels,
la rccherche de ces fonctions de comparaison, et nous en déduirons les critères
d'application courante pour la convergence dcs intégrales et des séries.
FVR 11.18 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 53
3. Intégrales absolument convergentes

DÉFINITION 2. - On dit que l'intégrale d'une fonction f réglée dans un intervalle 1 c R


/I
est absolument convergente, si l'intégrale de la fonction positive Ilf (x) est convergente.

4. -Si l'intégrale de f dans 1est absolument convergente, elle est convergente,


PROPOSITION
et on a

En effet, pour tout intervalle compact J c 1, on a (II, p. 12, formule (16))

Si l'intégrale de la fonction positive Il£ (x) I est convergente, pour tout E > 0,
il existe un intervalle compact (a, p) contenu dans 1, tel que, pour tout intervalle
compact (x, y) contenu dans 1 et n'ayant aucun point intérieur commun avec
(M, P), on ait Jz
Ilf(t) dtll < E (II, p. 16, prop. 1); on en tire Il/: f ( t ) dt(l 6 E , ce
qui démontre la convergence de l'intégrale dans 1 (II, p. 16, prop. 1) ; en pas-
sant à la limite dans (3), on en déduit alors l'intégalité (2).

COROLLAIRE. -Soient E, F, G trois espaces normés complets sur R, (x, y) tt [x .y] une
application bilinéaire continue de E x F dans G. Soient f, g deuxfonctions réglées dans 1, à
valeurs dans E et dans F respectivement. Si f est bornée dans 1 et si l'intégrale de g dans 1
est absolument convergente, l'intégrale de [f. g] dans 1est absolument convergente.
En effet, il existe un nombre h > O tel que l'on ait identiquement
II[x.y]II < hllxII. IIyII (TG, IX, P. 35, th. 1) ; si on pose = sup ] I f (x) 11,
x Ei
on a donc (1 [f (x) .g(x)] 11 6 hkj(g(x)(1 dans 1; le principe de comparaison montre
donc que l'intégrale de [f.g] dans 1est absolument convergente, et on a, d'après (2),

Remarque. - Une intégrale peut être convergente sans l'être absolument; c'est
ce que montre l'Exemple 3 de II, p. 14, lorsque la série de terme général unest
convergente sans être absolument convergente.

5 3. DERIVÉES E T INTEGRALES DE FONCTIONS


DEPENDANT D'UN PARAMÈTRE
1. Intégrale d'une limite de fonctions dans un intervalle compact

Le th. 1 de II, p. 2, appliqué au cas particulier des primitives de fonctions


réglées dans un intervalle compact, se traduit de la manière suivante dans la
notation propre aux intégrales :
No 1 INTÉGRALESDÉPENDANTD'UN PARAMÈTRE FVR II. 19

PROPOSITION 1. -Soient A un ensemble filtré par un filtre 8, (f,),,, une famille de


fonctions réglées dans un intervalle compact 1 = (a, 6); si les fonctions fa convergent
miformément dans 1uers unefonction (réglée) f suivant lejltre 8, on a

Deux corollaires de cette proposition sont importants dans les applications:


COROLLAIRE 1. -Soit (f,) une suite de fonctions réglées dans un intervalle compact
1 = (a, b). S i la suite ( f n ) converge uniformément dans 1vers une fonction (réglée) f, on a
iim Jab fn(t) dt =
n-r a,
1; f ( t ) dt.

En particulier, si une série dont le terme général un est une fonction réglée
dans 1, converge uniformément vers f dans 1, la série de terme général J: un(t)dt est
convergente et a pour somme J: f ( t ) d t (Gintégration terme à terme d'une série
uniformément convergente D).

COROLLAIRE 2. -Soient A une partie d'un espace topologique F, f une application de


1 x A dans un espace normé complet E sur Pi, telle que, pour tout a E A, la fonction
x i-t f ( x , a ) soit réglée dans 1. Si les fonctions x tt f ( x , a ) convergent uniformément dans
1vers une fonction (réglée) x i-t f ( x ) , lorsque a tend uers un point a, E A en restant dans A,
on a
iim
tr-+ao,aeA
:1 f ( x , a ) dx = 1: g ( x ) dx.

En particulier :

PROPOSITION 2 (((continuité d'une intégrale par rapport au paramètre )>).-Soient


F un espace compact, 1 = (a, b ) un intervalle compact de R, f une application continue de
Ji
1 x F dans un espace normé complet E sur R ; lafonction h ( ~=) f (ct, X ) dx est continue
dans F.
En effet, comme f est uniformément continue dans l'espace compact 1 x F, les
fonctions f ( a , x ) convergent uniformément vers f ( x , a,) dans 1, lorsque u tend
vers un point quelconque ct, E F.
Voici une application de cette proposition: la fonction (x, a) H xa est continue
dans le produit 1 x J, où 1 = (a, b) est un intervalle compact tel que O < a < b, J un
l:
intervalle compact quelconque dans R;on en conclut que - - xa dx est une fonction con-
ba+l - aa+l
tinue de a dans R;or, pour a rationnel et # - 1, cette fonction est égale à J et
a f l
ba+l - aa+l
la fonction cc H est continue dans tout intervalle de R ne contenant
u + l
ba+i - aa+l
pas - 1; on a donc (prolongement des identités) xa dx = pour tout a
ai-1
réel et $ - 1; cela signifie encore que, pour tout a réel, la dérivée de xa est axa-l (cf.
III, p. 4).
FVR 11.20 PRIMITIVES ET INTÉGRALES §3

2. Intégrale d'une limite de fonctions dans un intervalle non compact

Le th. 1 de II, p. 2 s'applique à des fonctions plus générales que les fonctions ré-
glées, puisqu'il suppose seulement que ces fonctions admettent des primitives. O n
voit donc en particulier que la prop. 1 de II, p. 19 s'applique encore lorsque, dans
un intervalle 1 c R,les fonctions f, sont seulement supposées réglées par morceaux
et admettant une intégrale dans 1; toutefois, ce résultat suppose que soient vérifiées
les deux autres hypothèses de la prop. 1, savoir: l01est un intervalle borné; 2O les f,
convergent uniformément dans 1 vers f. La formule (1) de II, p. 19 peut être
inexacte lorsque l'une de ces conditions cesse d'être remplie : il peut se faire alors que
l'un ou l'autre des deux membres n'existe pas, ou qu'ils existent tous deux mais
aient des valeurs distinctes.

Par exemple, si f , est la fonction réglée dans )O, 11, définie par f,(x) = n pour
O < x < I/n, f n ( x ) = O pour I/a < x ,( 1, la suite (f,) converge vers O un2formé-
ment dans tout intervalle compact contenue dans )O, 11, mais non uniformément dans
Ji
)O, l), et on a f,(t) dt = 1 pour tout n. O n aurait un exemple où f n ( t ) f JD
ne tend vers aucune limite en remplaçant la suite (f,) précédente par la suite
((- l)nfn) qui converge encore uniformément vers O dans tout intervalle compact
contenu dans )O, 1).
D'autre part, dans l'intervalle non borné 1 = (O, +CO(, soit f , la fonction réglée
telle que fn(x) = l l n pour n2 < x ,( ( n + 1)2 et f n ( x ) = O pour toute autre valeur
de x dans 1 ( n 2 1) ; la suite (f,) converge uniformément vers O dans 1, mais l'inté-
grale J": f n ( t ) dt = (Zn + 1)ln tend vers 2 lorsque n croît indéfiniment.
En d'autres termes, lorsque 1 est non borné, si on désigne par 9 l'espace vectoriel
formé des fonctions f réglées dans 1, à valeurs dans E, et admettant une intégrale
dans 1, l'application f i-t JI f ( t ) dt n'est pas continue lorsqu'on munit 9 de la topologie
de la convergence uniforme dans 1 (cf. II, p. 4, cor. 2).

Nous allons chercher des conditions su@antes pour assurer la validité de la


prop. 1, sous les hypothèses suivantes :
l o 1 est un intervalle quelconque de R, f, est réglée dans 1, et admet dans 1
une intégrale;
2O suivant le filtre 8, la famille (f,) converge uniformément vers f dans tout
intervalle compact contenu dans 1.
Désignant alors par ~ ( 1l'ensemble
) ordonné filtrant des intervalles compacts
contenus dans 1 (II, p. 15), le premier membre de la formule (1) de II, p. 19 peut
1
s'écrire limg (lim f (t) dt) ; d'autre part compte tenu de la prop. 1 (II, p. 19)
JERU)
et du fait que la famille (f,) est uniformément convergente dans tout
intervalle compact J c 1, le second membre de (1) (II, p. 19) peut s'écrire
lirn (lim8 JJ f,(t) dt). O n voit donc que la prop. 1 de 11, p. 19 s'étendra
J PU)
lorsquYonpourra intervertir les limites de l'application (J,a ) t-t j, f,(t) dt suivant le
filtre 8, et suivant le filtre des sections @ de l'ordonné filtrant !@(I).Or,nous
connaissons une condition su$sante pour que cette interversion soit licite, savoir
No 2 INTÉGRALES DEPENDANT D'UN PARAMÈTRE FVR 11.21

l'existence de la limite de l'application (J, a) i-t JJ f,(t) dt suivant le jltre produit


x 8 (TG, 1, p. 58, cor. du th. 1). Nous allons transformer cette condition
en une condition équivalente plus maniable.
En premier lieu, comme E est complet, pour que (J, a) tt JJ f,(t) dt ait une
limite suivant 0 x 8, il faut et il suffit que, pour tout E > O, il existe un inter-
valle compact JO c 1 et un ensemble M E 8 tels que, quels que soient les élé-
ments a, p de M ct l'intervalle compact J 3 JO contenu dans 1, on ait

Nous allons montrer d'autre part que cette condition est elle-même équiva-
lente à la condition suivante: pour tout E > O, il existe un intervalle compact
JO c I et un ensemble M E 8 tels que, quels que soient a E M ct l'intervalle

compact J 3 JO contenu dans 1,on ait

Il est évident en effet que cette dernière condition est nécessaire; inversement,
si elle est satisfidite, il existe (en vertu dc la convergence uniforme de (fa) dans tout
intervalle compact) un ensemble N E 8 tel que, quels que soient a, P dans N,
on ait

IJ
et par suite, on a /lJJo f,(t) dt - &(t) dtll < 2~ quels que soient a et f~ dans
M n N E 8 et quel que soit l'intervalle compact J 2 JO.
Enfin, le lemme de II, p. 16 nous permet de mettre la dernière condition
trouvée sous la forme équivalente suivante: pour tout E > O, il existe un intervalle
compact JO c 1 et un ensemble M E 8 (dépendant de E ) tels que, pour tout interualle
compact K c 1 n'ayant aucun point intérieur commun avec JO, et tout a E M , on ait
IIJ,
fE(t) d~ll 6
Le plus souvent, on utilise une condition plus restrictive, obtenue en supposant,
dans l'énoncé précédent, que l'ensemble M ne dépendepas de E :

DÉFINITION 1,
1. - On dit que l'intégrale fw(t) dt est uniformément convergente pour a E A
(ou uniformémeni convergente dans A) si, pour tout E > O, il existe un interualle compact
JO c 1 tel que, pour tout intervalle compact K c 1 sans point intérieur commun avec JO, et

tout a E A, on ait
FVR 11.22 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 43

Cette définition équivaut à dire q u e la famille des applications u HjJ f,(t) dt


II
est uniformément convergente dans A (vers l'application u tt f,(t) dt) suivant le
1,
filtre des sections @ d e @ ( I );chacune des intégrales f,(t) est afortiori convergente
(la réciproque étant inexacte). E n outre, d'après ce q u e nous venons d e voir
( o u d'après TG, X , p. 8, cor. 2 ) :

PROPOSITION 3. - Soit (f,) unefamille defonctions réglées dans un intervalle 1, telles que:
losuivant lejltre 8, la famille ( f a )converge uniformément vers unefonction f (réglée dans
1) dans tout intervalle compact contenu dans 1 ; 2O l'intégrale fI f,(t) dt soit uniformément
convergentepour tout u E A. Dans ces conditions, l'intégrale f, f ( t ) dt est convergente, et on a

Les conditions de la prop. 3 sont remplies par exemple lorsque 1 est un intervalle
borné, que les fa sont uniformément bornées dans 1, et convergent uniformément vers f
dans tout intervalle compact contenu dans 1; en effet, si lIf,(x) 11 $ h pour tout x E 1
et tout CL, et si J O est tel que la différence entre les longueurs de 1 et de J O soit $ ~ / h ,
la condition ( 7 ) est vérifiée pour tout intervalle K c 1 sans point intérieur commun
avec JO.
C o m m e pour la prop. 1 de I I , p. 19, deux corollaires d e la prop. 3 sont impor-
tants dans les applications :

COROLLAIRE1. -Soit (f,) une suite de fonctions réglées dans un intervalle quelconque 1,
uniformément convergente vers une fonction f dans tout intervalle compact contenu dans 1; si
l'intégrale JI f,(t) dt est uniformément convergente, l'intégrale fI f ( t ) dt est convergente,
et on a

iim
n-. m
fn(t) dt = jIf ( t ) dt.
Remarque. -Les hypothèses faites dans ce corollaire sont suffisantes, mais non
nécessaires pour la validité de la formule (9); nous généraliserons plus tard cette
formule en même temps que la notion d'intégrale (voir INT, I V ) , et obtiendrons des
conditions beaucoup moins restrictives.

COROLLAIRE2. - Soient A une partie d'un espace topologique F, f une application de


1 x A dans un espace normé complet E sur R, telle que, pour tout a E A, la fonction
x tt f (x, a) soit réglée dans 1. Si, d'une part, les fonctions x i-t f (x, a) convergent uni-
formément, dans tout intervalle compact contenu dans 1, vers une fonction x ++f ( x ) ,
lorsque u tend vers u, E A en restant dans A; si, d'autre part, l'intégrale fI f (x, a ) dx est
uniformément convergente dans A, alors l'intégrale f, f ( x ) dx est convergente, et on a
No 3 INTÉGRALES DÉPENDANT D'UN PARAMÈTRE FVR 11.23

En particulier :

PROPOSITION 4 (((continuité d'une intégrale impropre par rapport au para-


mètre )>).- Soient F un espace compact, 1un interualle quelconque de R, f une application
1,
continue de 1 x F dans un espace normé complet E sur R ; si I'integrale h(a) = f (x, ci) dx
est uniformément convergente dans F, elle estfonction continue de a dans F.
Compte tenu de la prop. 2 de II, p. 19, cette proposition résulte aussi de la con-
tinuité d'une limite uniforme de fonctions continues (TG, X, p. 9, th. 2).

3. Intégrales normalement convergentes


Soit (fa) A une famille de fonctions réglées dans un intervalle quelconque 1 c R,
à valeurs dans un espace normé complet E sur R. Supposons qu'il existe une
fonction numérique finie g réglée dans 1, telle, que, pour tout x E 1 et tout
1,
a E A, on ait Ilf,(x) 1 6 g(x) et que l'intégrale g(t) dt soit convergente. Dans ces
SI
conditions, l'intégrale f, (t) dt est absolument et uniformémentconvergente dans A; en
effet, pour tout intervalle compact K contenu dans 1,on a

et la convergence de l'intégrale J",


g(t) dt entraîne que, pour tout E > O, il existe un
intervalle compact J c 1 tel que, pour tout intervalle compact K c 1 ne ren-
contrant pas J, on ait f, g(t) dt < E. Lorsqu'il existe une fonction numérique g
ayant les propriétés précédentes, on dit que l'intégrale SI f,(t) dt est normalement con-
uergente dans A (cf. TG ,X, p. 22).
Une intégrale peut être uniformément convergente dans A sans être normalement
convergente. * C'est ce qui se passe pour la suite (f,) de fonctions numériques définies
par les conditions fn(x) = l/x pour n < x < n + 1, fn(x) = O pour les autres valeurs
de x dans 1 = (1, +CO(. Il est immédiat que l'intégrale j T fn(t) dt est uniformément
convergente, mais elle n'est pas normalement convergente, car la relation&) > fn(x)
pour tout x E 1et tout n entraîne g(x) 3 llx, et par suite l'intégrale de g dans 1n'est
pas convergente.*
En particulier, considérons une série dont le terme général un est une fonction
réglée dans l'intervalle 1, et supposons que la série de terme général Ilun(x)I (qui
est une fonction réglée dans 1) converge uniformément dans tout intervalle
compact contenu dans 1,et soit telle que la série de terme général f, llu,(t) I dt soit
convergente; alors (II, p. 16, prop. 2) la fonction (réglée) g(x), somme de la série
de terme général I l un(x)11, est telle que l'intégrale JI g(t) dt soit convergente. Si on
n

pose f = 2 u,, l'intégrale


p=1
ffl(t)dt est normalement conuergmte, car on a
FVR 11.24 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 53

pour tout x E I et tout n; par suite, la somme f de la série de terme général


unest une fonction réglée dans 1 telle que l'intégrale JI f(t) dt soit convergente,
et on a

(((intégration terme à terme d'une série dans un intervalle non compact ))).

4. Dérivée par rapport à un paramètre d'une intégrale dans un intervalle compact

Soient A un voisinage compact d'un point a, dans le corps (resp. le corps C ) ,


1 = (a, b ) un intervalle compact dans R, f une application continue de I x A dans
un espace normé complet E sur R (resp. @). O n a vu (II, p. 19, prop. 2) que, dans
fa
ces conditions, g(a) = f(t, a) dt est une fonction continue dans A. Cherchons des
conditions su$santes pour que g admette une dérivée au point a,. On a, pour a # a,

donc (II, p. 19, cor. 2), si les fonctions x Hf (x, a) - f (x9-a,)


- convergent uniformé-
a - a,
ment dans 1 vers une fonction (nécessairement continue) x K-h(x) lorsque a tend
vers a, (en restant # a,), g admet une dérivée égale à h(t) dt au point a,;
d'ailleurs, pour chaque x E 1, (" a) - tend vers h(x), donc h(x) est la
a - a,
dérivée au point a, de l'application a F+ f (x, a) ; nous désignerons cette dérivée
(dite dérivée partielle de f par rapport à a) par la notation fk (x,a,) ; les hypothèses
faites entraînent donc que

La proposition suivant donne une condition sufisante plus simple pour la


validité de la formule (12) :

PROPOSITION 5. - On suppose que la dérivée partielle fi (a, x) existe pour tout x E 1 et


tout a appartenant à un voisinage ouvert V de a,, et que, pour tout a E V, l'application
x ttf; (x, a) soit réglée dans 1. Dans ces conditions, si x t+ f: (x, a) converge uniformément
a!
dans 1 vers x H (x, a,) lorsque a tend vers a,, lahnction g(a) = f (t, a) dt admet
au point a, une dérivée donnéepar laformule (12).
En effet, pour tout E > O, il existe par hypothèse r > O tel que la - a,/ < r
No 4 INTÉGRALES DÉPENDANTD'UN PARAMÈTRE FVR 11.25

entraîne Ilfa (x, a ) - f; (x, a,) I < E quel que soit x E 1. D'après les prop. 3 et 5 de 1,
p. 25, on a, pour la - a,/ < r ( a # a,) et pour tout x E 1

f ( % , a )- f
( x , a,) vers f; (x, a,) dans 1
ce qui prouve la convergence uniforme de
a - a,
lorsque a tend vers a , (en restant # a,), et établit donc la formule (12).

COROLLAIRE. - Si la dérivée partielle f; (x,a ) existe dans 1 x V et est fonction continue

de (x, a ) dans cet ensemble, lafonction g admet au foint a, une dérivée donnée par laformule
(12).
En effet, si MT est un voisinage compact de cc, contenu dans V, l'application
(x, cc) t-f $4 (x, cc) est uniformément continue dans l'ensemble compact 1 x W, donc
fi (x, a ) tend uniformément vers f; (x, a,) dans 1 lorsque a tend vers a,.
De la prop. 5, on déduit une proposition plus générale permettant de calculer
la dérivée d' une intégrale lorsque, non seulement la fonction intégrée f , mais aussi
les limites d'intégration, dépendent du paramètre cc:

PROPOSITION 6. - Les conditions de la prop. 5 étant sufiposées vérgées, soient a(&),b(a)


deux fonctions déJilzies dans V, à valeurs dans 1; si les dérivées ar(a,), bf(a,) existent et
sa:,";
sont .finies, la jimction g ( a ) = f (t, a)dt admet au point a, une dérivée donnée par la
formule

En effet, pour tout a EV distinct de a,, on peut écrire

D'après la prop. 5 de I I , p. 24, la première intégrale du second membre tend vers


c:z:; f; (t, a,) dt lorsque a tend vers a,. Dans la seconde, nous allons remplacer
f ( t , a ) par f(b(a,), a,), et montrer que la différence tend vers O. Posons M =
Max(ljf (b(a,), a,) 11, 1 br(a,) 1 + 1) ; la fonction b(a) étant continue au point a,,
et la fonction f continue au point (b(a,), a,), pour tout E tel que O < E < 1, il existe
r > O tel que la relation la - a,/ < r entraîne Ilf (t, a ) - f (b(ao),a,) 1 < E
pour tout t appartenant à l'intervalle d'extrémités b(cr,) et b ( a ) ; on peut aussi
supposer que la relation la - a,l <r entraîne 1 b(4a - a,
)- b(ao) - bl(a,) 1< E.
FVR 11.26 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 53

D'après la formule de la moyenne ( I I , p. 12, formule (17)), on a donc

et par suite

/2 - @O b(uo)
f (t, a ) dt - b' ( a o ) f(b(a,), a,) 1< 2Mî

ce qui montre que -&!~~, f (t, a ) dt tend vers b l ( a o ) f(b (a,), ao). De la
a - a,
1
même manière, on montre que - ,::f f ( t , a ) dt tend vers al(a,)f(a(ao),a,).
a - a,

5. Dérivée par rapport à un paramètre d'une intégrale dans un intervalle non


compact

L'ensemble V ayant la même signification que dans la prop. 5 de I I , p. 24,


supposons maintenant que 1 soit un intervalle quelconque de R, f une application
continue de 1 x V dans E ; si l'intégrale g ( a ) = J; f (t, a ) dt existe pour tout a E V
et est fonction continue de a, la fonction g n'a pas nécessairement au point a, une
dérivée égale à JI f; (t, a,) dt, même si f: (x, a ) converge uniformément vers f: (x, a,)
dans tout intervalle compact contenu dans 1, et si l'intégrale fI f: (t, a ) dt existe
pour tout a E V (cf. I I , p. 35, exerc. 3 ) .
Une condition suffisante pour que la formule (12) ( I I , p. 24) soit encore
valable dans ce cas est donnée par la proposition suivante:

PROPOSITION 7. - Soit I un intervalle quelconque de R, f une fonction continue dans


1 x V . On suppose que :
l 0 la dérivée partielle f; (x, a ) existe pour tout x E 1 et tout a E V , et, pour tout a E V ,
l'application x t+ f; (x, a ) est réglée dans 1 ;
2O pour tout a E V , f: (x, P) converge un$ormément vers f: (x, a ) dans tout intervalle
compact contenu dans 1, lorsque P tend vers a ;
3O l'intégrale f, f i (t, a ) dt est uniformément convergente dans V ;
4O l'integrale JI f (t, a,) dt est convergente.
Dans ces conditions, l'intégrale g ( a ) = JI f (t, a ) dt est uniformément convergente dans
V ,et lafonction g admet en toutpoint de V une dérivée donnéepar laformule

La convergence uniforme dans V de l'intégrale f; (t, a ) dt signifie que la


No 6 INTÉGRALES DÉPENDANT D'UN PARAMÈTRE FVR 11.27

fonction a t-If, (t, a) dt converge uniformément dans V suivant le filtre des


sections 0 de l'ordonné filtrant h(1) des intervalles compacts J contenus dans 1.
1,
Posons u, (a) = f(t, ~ ) d t ;les hypothèses montrent d'une part que u,(a,) a
une limite suivant @, et d'autre part, en vertu de la prop. 5 de II, p. 24, que
1,
u;(cc) = f: (t, a) dt pour tout a E V. Nous pouvons donc appliquer le th. 1 de
II, P. 2, aux fonctions ai,, le rôle de l'ensemble d'indices étant tenu ici par k(I),
celui du filtre sur cet ensemble par le filtre @; la proposition en résulte aussitôt.
Remarques. - 1) Les conditions l o r t 2 O de la prop. 7 sont remplies a fortiori
lorsque fa ( x , x ) est fonction continue de (Y, a) dans 1 x V.
2) Lorsque, dans unc intégrale f(t, a ) dt, les extrémités de l'intervalle
d'intégration sont des fonctions Jinies du paramètre, l'étude de cctte intégrale en
fonction de x peul se rattacher à celle d'une intégrale dans (O, 1); en effet, par le
changement de variable t = a(a) (1 - u ) b(a)u, on a +
:<a! f (t, E ) dt r= Ji f ( a ( % )(1 -- u) + b(z)u, a) (b(a) - a(a)) du.

6. Interversion des intégrations

Soient 1 = (a, b ) et A = [c, d ) deux intervalles compacts de R;soit 6. une fonction


continue dans I x A, à valeurs dans un espace normé complet E sur R; d'après la
prop. 2 de II, p. 19, J f"
(x,:a) dv est fonction continue de a dans A; son intégrale
fO(f: f(x, a) dx)da se note aussi, pour simplifirr (C da /,b f(x, a) dv.
8. - Si f est continue clans 1 x A, on a
PROPOSITION

(<(formule d'in tcrversion cles intégrations D).


Nous allons montrer que, pour tout y E A, on a

Comme les deux membres de (16) sont des fonctions de y égales pour y = c, il
suffira de prouver qu'elles sont dérivables dans )c, d( et que leurs dérivées sont
égales en tout point de cet intervalle. Si on pose g(a) = f(.x, a) dx, h(x, y) =
1; f (x,K)dx, la relation (16) s'écrit

Or, la dérivée du premier membre par rapport à y est $(y), celle du second
1:
est hj(x, y) dx d'après II, p. 25, corollaire, puisque hj(x, y) = f(x, y) est con-
tinue dans 1 x A; les deux expressions ainsi obtenues sont bien identiques.
FVR 11.28 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 53

Supposons maintenant que A = (c, d ) soit un intervalle compact dans R, 1 un


intervalle quelconque dans 48; soit f une fonction continue dans 1 x A, à valeurs
dans E, telle que l'intégrale f ( a ) = JI f (t, a ) dt soit convergente pour tout a E A;
même si g ( a ) est continue dans A, on ne peut pas toujours intervertir les intégra-
Scd
tions dans l'intégrale da JI f (t, a ) dt, car l'intégrale JI dt Jf f (t, a ) da peut ne pas
exister, ou être distincte de l'intégrale 1; doc JI f (t, a ) dt (cf. I I , p. 36, exerc. 7 ) .
O n a toutefois le résultat suivant:

PROPOSITION 9. - Si la fonction f est continue dans 1 x A, et si l'intégrale f (t, a ) dt


Se
est unijirmément convergente dans A, l'intégrale JI dt f (t, oc) da est ronaergente, et on a

Scd da f (t, a ) dt = SI Scd


dt f (t, a) da.

Pour tout intervalle compact J contenu dans 1, posons =,(a) = JJ f (t, a ) dt.
L'hypothèse entraîne que suivant le filtre des sections @ de l'ordonné filtrant k ( I ) ,
la fonction continue æaJ converge uniformément dans A vers JI f (t, a ) dt; donc
( I I , p. 19, prop. l), Jf dor JJ f ( t , a ) dt a pour limite da JI f ( t , a ) dt suivant @;
mais, d'après la prop. 8 ( I I , p. 2 7 ) , on a

Le résultat précédent signifie donc que l'intégrale JI dt If f (t, a ) da est conver-


gente, et en passant à la limite suivant dans la relation (18), on obtient (17).
Exercices

1) Soit (f,) un ensemble de fonctions numériques, définies dans un intervalle 1 c W,


admettant chacune une primitive stricte dans 1, et formant un ensemble ordonné filtrant
pour la relation < . Soit f l'enveloppe supérieure de la ramille (f,) ; on suppose qucf admct
une primitivc stricte dans 1. Montrer que, si g, (resp. g) est la prirnitivc de f, (resp. f ) qui
s'annule cn un point xo E 1, g est l'enveloppe supérieure de la famille (g,) dans l'intersection
1 n (xO, +CO(ct son enveloppe inféricure clans I'interscction I n 1 - C O ,x,). (En se bornant
a u premier de ccs intcrvallcs, montrer que si u cst I'enveloppc supérieure de (g,) dans
1 n (x,, +CO(, on a u(x + h) - U(X)< g(x t 11) - g(x) pour h > O; prouver cnsuite quc,
pour tout or, on a u(x + h) - u(x) 3 g,(x + 11) -- g,(x), et conclure dc cette dernière
inégalité que lim inf (u(x
h+O
+ h) - u(x))/h > f (x); en déduire la proposition.)
Donner en cxemple de suitc croissante (J,) de ronctions continues dans un intervalle 1,
uniformément bornées, mais dont l'enveloppe supérieure n'admet pas de primitive stricte
dans 1.
2) Montrer que pour qu'une fonction f soit unc fonction en escalier dans un intervalle 1, il
faut et il suffit qu'elle n'ait qu'un nombre fini de pointr de discontinuité, ct soit constante
dans tout intervalle où elle est continue.
3) Soit f une fonction réglée dans un intervalle 1 c W, prenant ses valeurs dans un
espace normé complet E sur R ; montrer que pour toute partie con~pacteH de 1, f (1-1) est
relativement compact dans E ; donner un exemple où f (H) n'est pas fcrmé dans E.
4) Donner un exemple de fonction numérique continue f dans un intervalle compact
1 c R, telle que la fonction composée x I -t sgn (f (x)) ne suit pas réglée dans 1 (bien que sgn
soit réglée dans R).
5) Soit f une fonction vectorielle définie dans un intervalle compact 1 = [a, b) c W ,
prenant ses valeurs dans un espace normé complct F,; on dit que f est à variation bornée dans
1s'il existe un nombre m > O tel que, pour toute suite finie strictemcnt croissante (x,),
n-1
.,.,
de

points de 1 telle que xo = a et x, = 6, on ait 1


t=o
Ilf (x,, ,) - f (x,) 11 < m.
a) Montrer que f (1) est relativement compact dans E (raisonner par l'absurde).
b) Montrer que 6 est réglCe clans I (prouvcr que lorsque x tend vcrs un point .yo E 1 en
restant > x o , f ne peut avoir deux valeurs d'adhérence distinctes: et utiliser a)).
6) Pour qu'une fonction f, à valeurs dans un cspace normé complet E, ct définie dans
un intervalle ouvert 1 c R, soit égale à une fonction réglée dans 1, en tous lcs points du
complémentaire d'une partie dénombrable de 1, il faut et il suffit qu'elle satisfasse à la con-
dition suivante: pour tout x E 1 et tout E > O, il existe un nombre h > O et deux éléments
a, b de E tels que l'on ait [If(y) - al1 < E pour tout y E (x, x +
h), sauf au plus une infinité
dénombrable de points de cct intervalle, et /If(z) - b I < E pour tout z E (x - 12, x) sauf a u
plus une inf nité dénombrable de points de cet intervalle.
* 7) Montrer que la fonction égale à sin (llx) pour x f O, à O pour x = O, admet une
primitive stricte dans R (remarquer que x2 sin (Ilx) admet une dérivée en tout point).
E n déduire que, si g(x, u, v) est un polynôme en u, v, à coefficients fonctions continues de
x dans u n intcrvalle 1 contenant O, la fonction égale à g(x, sin llx, cos llx) pour x f O, à une
valeur convenable a (que l'on déterminera) pour x = O, admet une primitive strictc dans 1;
donner un exemple où a f g(0, 0, 0). *
FVR 11.30 PRIMITIVES ET INTEGRALES 61

* 8) Montrer qu'il existe une fonction continue dans (- 1, + 1) admettant une dérivée finie
en tout point de cet intervalle, cette dérivée étant égale à sin -
,lx)1
aux points x distincts
de Ilnx (n entier f O) et de O. (Au voisinage de x - (SI.
llnx, faire le changement de variable
x = et utiliscr l'exerc. 7 ; à l'aide du même changement de variable, montrer
nx + Arc sin u
qu'il existe une constante a > O indépendante de n, telle que

en déduire que si on pose

g(x) = ~ i m
E+O
):(
sin
1
dt,

.
sin -

g admet a u point x = O une dérivée nulle.)


9 ) Soit f une fonction réglée dans un intervalle compact 1 = (a, O). Montrer que, pour
tout E > O, il existe une fonction g continue dans 1 et telle que fl
j(f( t ) - g ( t ) /j dt < E (se
ramener a u cas où f est une fonction en escalier). E n déduire qu'il existe un polynôme h
(à coefficients dans E) tel que j: jlf (t) - h ( t ) I/ dt < E.

10) Soit f une fonction réglée dans (a, b), prenant ses valeurs dans E, g une fonction
réglée dans (a, c ) (c > b ) , prenant ses valeurs dans F, et soit (x,y) tt [x.y] une application
bilinéaire continue de E x F dans G (E, F, G espaces normés complets). Montrer que

(se ramener a u cas où f est une fonction en escalier).


I I ) Les hypothèses étant les mêmes que dans I'exerc. 10, montrer que, pour tout E > 0,
il existe un nombre p > O tel que pour toute subdivision de (a, O) en intervalles (x,, xl +1) de
longueur < p (O ( i < n - l), on a

quels que soient, pour chaque indice i, les points u,, v, dans (x,, x, , (se ramener au cas où
f et g sont des fonctions en escalier).
7 12) O n dit qu'une suite (xn)de nombres réels appartenant à l'intervalle (0, 1) est également
répartie dans cet intervalle si, pour tout couple de nombres cc. p tels que O < cc < p < 1 on a,
en désignant par vn(a, P) le nombre des indices i tels que 1 < i < n et a < x, < jj

lim vn!.,
n+m
-P) = p - a.
12

Montrer que, si la suite (x,) est également répartie, et si f est une fonction réglée dans
(0, 117 on a

Iim
n-+ m
-1 Z f(r,)
l=l
= 1; f (t) dt

(se ramener a u cas où f est une fonction en escalier). Réciproque.


Montrer que, pour que la suite (.Y,,) soit égalemcnt répartic, il suffit que la relation (2)
si EXERCICES FVR 11.31

ait lieu pour toute fonction numérique f appartenant à un ensemble partout dense dans
l'espace des fonctions numériques continues dans (O, 1), muni de la topologie de la conver-
gence uniforme.
IT[ 13) Soitf une fonction numérique réglée dans un intervalle compact (a, b). O n pose

a) Montrer que, si f est croissante dans (a, b), on a

b) Sif est continue et admet dans (a, b( une dérivée à droite réglée et bornée, montrer qu'on a
b -a b-a
lim nr(n) = -(f (b) - f (a)) (en posant xk = a
n+m 2
+ k -3 remarquer qu'on a

et appliquer la prop. 5 de II, p. 7).


c) Donner un exemple de fonction f croissante et continue dans (a, 6 ) telle que nr(n) ne tende
b-a
pas vers -(f (b) - f (a)) lorsque n croît indéfiniment [prendre pour f la limite d'une
2
suite décroissante (f,) de fonctions croissantes dont les courbes représentatives sont des
lignes brisées, telles que

14) Soit f une fonction vcctorielle primitive d'une fonction réglée f' dans (a, b), et telle que
f (a) = f (6) = O. Montrer que si M est la borne supérieure de Ilf '(x) 11 dans l'ensemble des
points de (a, b) où f' est continue, on a

15) Soit f une fonction numérique continue, strictement croissante dans un intervalle (O, a),
et telle que f (0) = O; soit g sa fonction récriproque, définie et strictement croissante dans
(O, f (a)); montrer que, pour O < x < a et O < y < f (a), on a

l'égalité n'ayant lieu que si y = f (x) (Ctudier les variations en fonction de x (y restant fixe)
de xy - f ( t ) dt). En déduire que, pour x 2 O, y 2 O, > 1, fi' = p/(p - l ) , on a
xy -/ aap + byp' pour a > 0, b > O et ( p a ) ~ ' ( p ' b )>
~ 1.
16) Soient f une fonction vectorielle réglée dans I = (a, b) c R, u une primitive de f dans 1,
D un ensemble convexe fermé contenant u(1).Montrer que si g est une fonction numérique
monotone dans 1, on a
FVR 11.32 PRIMITIVES ET INTEGRALES 31
où c appartient à D (se ramener a u cas où g est une fonction en escalier monotone). En
déduire que sif est une fonction numérique réglée dans 1, il existe c G I tel que

(«deuxième théorème de la moyenne )>).


17) Soit g une fonction numérique admcttant une dérivée continue et f O dans (a, x); sif cst
une fonction numérique ayant unc dérivée (n +
1)-Cme réglke dans (a, x), montrer que le
reste rn(x) du d&eloppemcnt d e Taylor d'ordre n def au point a, peut s'écrire

où a < < < x (utiliser la forme intégrale de r,(x)).


18) Soit f une fonction numérique finie et continue dans un intervalle ouvert 1. Pour que f
soit convexe dans 1, il faut et il suffit que, pour tout x E 1, on ait

(raisonner comme dans l'exerc. 9 de 1, p. 52).


19) Soient f une fonction convexe dans un intervalle 1, h un nombre >O, et 1 , l'intersection
de 1 et des intervalles 1 + h et I - h ; montrer que, si 1, n'est pas vide, la fonction

est convexe dans 1,; si h < k, on a g, < g. Lorsquc h tend vers O, montrer que gh tend
uniformément vers f dans tout intcrvalle compact contenu dans l'intérieur de 1.
20) Montrer que, lorsque n croît indéfiniment, le polynôme

tend uniformément vers - 1 dans tout intcrvalle ( - 1, - E), et tend uniformément vers + 1
dans tout intervalle (E, +
l), où E > O (remarquer que Ji
(1 - t2), dt > Ji
(1 - t ) n dt).
En déduire que le polynôme gn(x) = JE
f,(t) dt tend uniformément vers 1x1 dans (- 1, + l),
ce qui donne une nouvelle dkmonstration du th. de Weierstrass (TG, X, p. 37, prop. 3).
21) Soit f une fonction numérique croissante convexe et continue dans un intervalle (O, a)
..
et telle que f (O) = O. Si a, > a, > . 2 a, > O est une suite finie décroissante de points
de (O, a), montrer que l'on a
f (al) -f(a,) + .- + (- l)n-y(a,) > f (al - a2 + .. + ( - l)n-lan).
(On peut se borner au cas où n = 2m est pair; remarquer que pour 1 < j < m, on a

22) Soit f une fonction numérique continue croissante et > O dans l'intervalle (0, 1).
a) Montrer qu'il existe une fonction convexe g > O dans (O, 1) telle que g G f et
Ji g(t) dt > 3 f: f ( t ) dt (cf. 1, p. 53, exerc. 23).
b) Montrer qu'il existe une fonction convexe h dans (O, 1) telle que h > f et que

Io1 h(t) dt 4 2 JO1 f (t) dt.


§2 EXERCICES FVR 11.33

(Pour tout a tel que O < a < 1, soit fa la fonction égale à f pour O $ t < a et à f (a) pour
a < t < 1; soit A l'ensemble des a E )O, 1) pour lesquels il existe une fonction convexe ha
dans (O, 1) telle que ha 3 fa et J"
h,(t) J":
: dt < 2 fa(t) dt. Montrer que la borne supérieure
b de A appartient encore à A, en utilisant l'exerc. 1 de 1, p. 52. Prouver ensuite quefb= f en
raisonnant par l'absurde. Pour cela, on se ramène à prouver le résultat suivant: si pi est
continue et croissante dans {O, 1), non constante et telle que pi(0) = O, il y a un point
c E )O, l ( tel que p(c) > O et que la fonction linéaire +
telle que +(c) = pi(c) et
+(2c - 1) = O
vérifie la relation $(t) 3 v(t) pour max(0, 2c - 1) $ t < c.)
23) Soit f une fonction vectorielle continûment dérivable dans un intervalle (a, b) c R, à
valeurs dans un espace normé complet.
a) Montrer que pour a < t < b, on a

b) En déduire les inégalités

1) Soient cc et p deux nombres réels finis tels que cc < p. Montrer que si y et 6 sont deux
nombres tels que cr < y < 6 < p, il existe une fonction numériquef, définie dans un inter-
valle (O, Q), ne prenant que les valeurs cc et p, telle que dans tout intervalle (E, a) (pour
E > O), f soit une fonction en escalier et que, si on pose g(x) = f (t) dt, on ait

(prendre pour g une fonction dont le graphe est une ligne brisée dont les côtés consécutifs
ont pour pentes a et p et dont les sommets se trouvent alternativement, soit sur les droites
y = yx, y = Sx pour y # 8, soit sur la droite y = yx et la parabole y = yx +
x2 pour
y = 6).
Par la même méthode, montrer que si y et S sont finis ou non (y < 6 ) il existe une fonc-
tion numérique f définie dans )O, a) telle que, dans tout intervalle (E, a) (pour E > O), f soit
fi
une fonction en escalier, que l'intégrale g(x) = f ( t ) dt existe et que l'on ait encore les
relations (*).

2) a) Soit f une fonction réglée dans un intervalle )O, a) telle que l'intégrale j: -
f (t)
t
dt soit
convergente. Montrer que l'intégrale g(x) = fif (t) dt est convergente et que g admet au
point x = O une dérivée à droite (intégrer convenablement par parties).
b) Donner un exemple de fonction numérique f telle que l'intégrale g(x) = SE
f (t) dt soit
convergente et admette au point O une dérivée à droite, mais que f (t)/t n'admette pas
d'intégrale dans )O, a) (prendre pour f (x)/x la dérivée d'une fonction de la forme COS cp(x),
où pi tend vers $ CO lorsque x tend vers O).
3) Soit f une fonction numérique 2 0, définie dans un intervalle )O, a) et réglée dans cet
FVR 11.34 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 52

intervalle, telle que l'intégrale g(x) = J


O f (t) dt soit convergente mais que g n'ait pas de
dérivée à droite a u point O. Montrer qu'il existe une fonctionfl réglée dans )O, a), telle que
(f1(x))" = f (x) pour tout x, que l'intégrale gl(x) = JE fl(t) dt soit convergente et que gl
ait une dérivée à droite au point O. (Considérer d'abord le cas où f est identique à une
fonction en escalier dans tout intervalle (E, a) (pour E > O). Dans ce cas, diviser chaque
intervalle où f est constante en un assez grand nombre de parties égales, et prendre fi
constante dans chacun de ces intervalles, le signe de fi étant différent dans deux intervalles
consécutifs. Procéder de même dans le cas général.)
4) Définir dans l'intervalle (0, 1) deux fonctions numériquesf, g telles que f et g admettent
des primitives strictes, mais que fg soit en tout point de (O, 1( la dérivée à droite d'une fonc-
tion continue qui n'admet pas de dérivée à gauche en un ensemble de points ayant la
puissance du continu (utiliser des constructions analogues à celles de l'exerc. 8 de 1, p. 45 et
de l'exerc. 3 ci-dessus).
5) a) Soit f une fonction réglée dans un intervalle ouvert borné )a, b(; on suppose qu'il existe
< g(x) dans )a, b( et que
une fonction numérique g, décroissante dans )a, b(, telle que Ilf (.Y)]/
l'intégrale g(t) dt soit convergente. Montrer que, si (en) est une suite de nombres > 0,
tendant vers 0 et telle que inf nEn > O, on a

'2
n
n-1
iim
n-rm n k=o
f(a + en + k*) n
= /:f(t) dt.

b) Donner un exemple de fonction numérique f réglée et >O dans )O, 1) telle que
l'intégrale Ji f (t) dt soit convergente, mais que la relation (*) n'ait pas lieu pour E, = l/n
(prendre f de sorte que sa valeur pour x = 2-P soit 2"P).
c) Avec les mêmes hypothèses que dans a), montrer que

6 ) Soit f une fonction réglée dans l'intervalle )a, +CO(;on suppose qu'il existe une fonction
numérique g décroissante dans )a, + a ( , telle que llf (x) I < g(x) dans cet intervalle et que

l'intégrale J,' " g(t) dt soit convergente. Montrer que la série


n=l
f (a 2 + nh) est absolument
convergente pour tout h > O, et que l'on a

iim h
h- m
sl f (a + nh) = :1 f ( t ) dl.

7) Soient f et g deux fonctions réglées et >O dans un intervalle ouvert )a, b(. Montrer que
les intégrales des fonctionsf/(l + fg) et inf (f,1/g) dans )a, b( sont à la fois convergentes ou
infinies.
8) Soit f une fonction réglée et 2 O dans un intervalle (a, + CO(, et soit g une fonction déri-
vable croissante définie dans (a, +CO(, et telle que g(x) - x 2 -h > O pour tout x > a.
Montrer que si l'on a f (g(x))g'(x) < k.f (x) avec k < 1 (resp. f (g(x))gl(x) 2 k.f (x) avec
k > l), l'intégrale f (t) dt est convergente (resp. égale à + a ) (critère d'Ermakoff: en
désignant par gn la n-ème itérée de g, considérer l'intégrale J9,n(a) f (t) dt et faire croître n
indéfiniment).
9) Soit GC un nombre > O, f une fonction 2 O et décroissante, définie dans l'intervalle )O, a ( +
et telle que l'intégrale JOmtf' (t) dt soit convergente. Montrer que pour tout x > O, on a
53 EXERCICES FVR 11.35

(Le démontrer d'abord lorsque f est constante dans un intervalle )O, a) et nulle pour x > a,
puis pour une somme de telles fonctions, et passer à la limite dans le cas général.)

1) Soient 1 un intervalle quelconque de R, A un ensemble, g une fonction numérique finie,


définie dans I x A, telle que pour tout a E A, t Hg(t, a) soit décroissante et > O dans 1;
on suppose en outre qu'il existe un nombre M indépcndant de a tel que g(t, a) < M dans
1 x A.
a) Montrer que si f est une fonction réglée dans 1, telle que l'intégrale f (t) dl soit con- SI
vergente, l'intégrale SI
f(t)g(t, a)dt est uniformément convergente pour cc E A (utiliser le
second théorème de la moyenne; CF. II, p. 31, exerc. 16).
b ) O n suppose que 1 = (a, + C O ( ct en outre que g(t, cc) tendc uniformément vers O (pour
a E A) lorsque t tend vers + co. Montrer que si f est une fonction réglée dans 1, et s'il existe
un nombre k > O tel que / J, f (t) dt // < k pour tout intervalle compact J contenu dans 1,
l'intégrale SI
f (t)g(t, cc) dt est uniformément convergente pour a E A (même méthode).
G)O n suppose que 1 = (a, + C O ( avec a > O, A = (O, +CO(, et g(t, a) = <p(at),où <p est une
fonction convexe décroissante et > O dans A, tendant vers O lorsque .Y tcnd vers m et telle +
que ?(O) = 1. O n suppose en outre que f = h , où h est une fonction deux fois dérivable
+
dans (a, CO(,bornée ainsi que h' dans cet intervalle. L'intégrale S:
" f (t)rp(cct)dt est alors
convergente pour cc > O; montrer que lorsque cc tend vers O, elle tend vers - h'(a) (intkgrcr
par parties et utiliser le second théorème de la moyenne).
* d) O n prend <p(x) = e-Cx oii c > O, a = 1 ct pour f la fonction complexe t »eil0gt/tqui
est la dérivée d'une fonction bornCc dans 1; montrer que . pour un choix convenable de c
.
,$l06t
l'intégrale j: -dt, qui est absolumcnt convergente pour cc > O, ne tend vers
" ëact
1
aucune limite lorsquc a tend vers O (après avoir intégré par parties, faire le changcment de
variables cct = u ; pour voir que f: du n'est pas nulle pour certains G > 0,
e-CU+ilOgU
utiliser la théorie de la transformation de Laplace.),
2) Soient f et g deux fonctions numériques réglées dans un intervalle compact (a, b), tclles
que f soit décroissante dans (a, b), et O < g(t) < 1. Si on pose h = j: g(t) dt, montrer que
l'on a

sauf lorsque f est constantc, ou que g est égale à O (resp. 1) en tous lcs points où cllc rst con-
tinue (auxquels cas les trois membres sont Cgaux). (Dans l'intégrale
varier l'une des limites d'intégration.)
s:
j'(t)g(t) dt, faire

--
3) Soitf(x, a) = 1 / d 1 - 2ax + cr2 pour - 1 < x < 1 et a E R; montrer que la fonction
g(cc) = Sr: d x / d l - Sccx + cr2 est continue dans R, mais n'admet pas de dérivée pour
or = 1 e t c c = - 1 ; m o n t r c r q u c f ~ ( x , c c ) c x i s t e p o u r t o u t c c ~ R e t p o u r x ~=I) - 1 , +1(,
et est continue dans 1 x R, que I'intCgralc j+:f,' (x, cc) dx cxiste pour tout cc E R, mais
vérifier que cette inttgrale n'est pas uniformément convergente dans un voisinage du point
a = 1 ou du point or = -1.
7 4) Soit 1 un intervalle dans ]ta, A un voisinage d'un point cco dans le corps W (resp. le
corps C), f une application continue de 1 x A dans un espace normé complet E sur R, telle
que fL(x, cc) existe et soit continue dans 1 x A. Soient a(a), b(a) deux fonctions définies et
continues dans A, à valcurs dans 1, telles qu'on ait identiqueincnt f (a(cc), cc) = f (b(cc), cc) = O
dans A. Montrer que la fonction g(a) = f (t, a) dt admet au point cco une dérivée égale
FVR 11.36 PRIMITIVES ET INTÉGRALES 53

à ::S:fA(t, a,) dt, même si a et b ne sont pas dérivables au point oro (soit M la borne
supérieure de Ilfa (x, a) I / dans un voisinage compact de (b(ao), a,) ;remarquer, à l'aide du th.
de Bolzano appliqué à b(a), que pour tout point x appartenant à l'intervalle d'extrémités
b(aO)et b(rx), on a, lorsque a est assez voisin de a,, jjf (x, a) 1 < Mla - ccol).
5) Soit f une fonction vectorielle continue dans l'intervalle compact 1 = (O, a). Montrer
que si, au point a, E 1, il existe E > O tel que (f (x) - f(a,))/lx - resteborné lorsque
x tend vers a,, la fonction g(a) = J"(: f (x) d x l d z admet au point a, une dérivée égale à

pour a, > 0, à O pour uo = 0.


Lorsque f est la fonction numérique d a , - x, montrer que la fonction g admet une
dérivée infinie au point cco.
7 6) Soient 1 = (a, b), A = (c, d) deux intervalles compacts dans R ; soit f une fonction
définie dans 1 x A, à valeurs dans un espace normé complet E sur R, telle que pour tout
a E A, t Hf (t, a) soit réglée dans 1, que f soit bornée dans 1 x A, et que l'ensemble D des
points de discontinuité de f dans 1 x A soit rencontré en un nombrejni de points par toute
droite x = xo et toute droite a = a, (xo E 1, cco E A).
a) Montrer que la fonction g(a) = SE
f (t, a) dt est continue dans A (étant donnés cco E A et
E > O, montrer qu'il existe un voisinage V de a, et un nombre fini d'intervalles Jk contenus
dans 1 et dont la somme des longueurs est GE, tels que, si J désigne le complémentaire par
rapport à 1 de UJk, f soit continue dans J x V).
k
6) Montrer que la formule d'interversion des intégrations (II, p. 27, formule (15)) est
encore valable (même méthode que dans a)).
7) Soit f une fonction numérique définie et ayant une dérivée continue dans l'intervalle
)O,+ cc (, et telle que
lim f (x) = lim f (x) = 0.
x-O x-+m

L'intégrale Sa f'(at) dt est définie et continue dans tout intervalle )O, a) borné; montrer
que l'intégrale f l mdt J":
f'(at) da peut ne pas exister ou être distincte de

7 8) Soient 1 et J deux intervalles quelconques dans R, f une fonction définie et continue


dans 1 x J, à valeurs dans un espace normé complet E sur R. O n suppose que:
Io l'intégrale SI
f (x, y) dx est uniformément convergente lorsque y décrit un intervalle
compact quelconque contenu dans J;
Z0 l'intégrale J", f (x, y) dy est uniformément convergente lorsque x décrit un intervalle com-
pact quelconque contenu dans 1;
3O si, pour tout intervalle compact H contenu dans 1, on pose u,(y) = f (x, y) dx, l'intégrale
S, u,(y) dy est uniformément convergente pour H E R(1) (ordonné filtrant des intervalles
compacts contenus dans 1).
Dans ces conditions, montrer que les intégrales SI
dx j, f (x, y) dy et f, dy fS, f (x, y) dx
existent et sont égales.
* 9) Déduire de l'exerc. 8 que les intégrales

existent et sont égales.,


§3 EXERCICES FVR 11.37

10) a) Si h, ZL, v' sont des primitives de fonctions réglées numériques dans un intervalle
ouvert )a, b( de R, v une primitive de v', et si v(x) > O dans cet intervalle, on a l'identité de
Redheffer

aux points dc )a, b( où les dérivées sont définies.


* b) Soient v, w dcux fonctions >O dans )a, b(, primitives de fonctions réglées v' > 0,
w' < O. Déduire de a) que pour toute fonction u primitive d'une fonction réglée u' dans
)a, 6( et telle que lim.inf u(x) = 0, l'hypothèse que l'intégrale
x-a.xia

vergente entraîne que l'intégrale lab


1."$;
-d2(x) dx est con-
u2(x)dx est convergente et que
v (x)
lim sup u2 (x)w(x)/v(x)
x-+b.x<b

est finie, ainsi que l'inégalité

(Posant A = wlv', observer d'abord que dt/h(t) < v(x)/w(x) pour a < c < x < LI et
remarquer que l'on a par l'inégalité de Cauchy-Schwarz

en déduire que l'on a


.
lim inf u2(x)zei (x)/v(x) = O,
x-a,x>a

puis intégrer l'identité de Redheffer.)


c) Déduire de (*) que si u est primitive d'une fonction réglée dans )O, l), si

et si l'intégrale J: ug2(t)dt est convergente, il en est de même de ( ~ ( t ) / tdt) ~et on a


l'inégalité, pour tout v. > O

d) Soient cc un nombre > O, K une fonction > 0, dérivable et décroissante dans )O, +CO(et
telle que lim K(x) = O. Si u est la primitive d'une fonction réglée dans )O, +CO(,
x++m
telle que iimsinf u(x) = O, et si l'intégrale JO+ X1-mK(X)U12(X)
dX est convergente, la
x-o.x>o
( x ) vers O lorsque x tend vers O ou vers
fonction ~ - ~ K ( x ) u ~tend +CO,l'intégrale

est convergente et l'on a

(prendre v(x) = xm,h(x) = ~ l - ~ K ( dans


x ) l'identité de Redheffer).
FVR 11.38 PRIMITIVES ET INTÉGRALES

E n particulier, pour cc = + et K ( x ) = x-%, o n a

(inégalité de Hardy-Littlewood) .
e) Soient cc > - 1 , K u n e fonction 2 0 , dérivable et croissante dans (0, +CO(. Supposons
q u e les intégrales
JO+ rn x - ' K ( x )d 2( x ) dx et JO+ rn x a ~ ( xu2(x)
) dx

soient convergentes. Alors K ( x ) u 2 ( x )tend vers O lorsque x tend vers et


+CD, l'on a

(prendre v ( x ) = exp (-cxa) dans l'identité d e Redheffer, avec u n e constante c convenable).


E n particulier, si a et b sont des constantes telles q u e b + 1 2 a et a + b 2 O, o n a

(a + a) ) 4 2
x ~ + ~ - w ( xdx (IO+ xZaur2( x ) dx) "(JO+ rn X"Y ( x ) dx) '
si les intégrales d u second membre convergent (inégalité de H. Weyl généralisée).
f )Si O < cc < 2 et u est primitive d'une fonction réglée dans (O, cc) et u(0)
= O, o n a

(inégalité d'Opial généralisée). (Appliquer convenablement (*) e n remplaçant u ( x ) par


e-X~(~).)
g) Si u est primitive d'une fonction réglée dans (O, b) et u ( 0 ) = 0 ,

(inégalité de Hlamka) ( m ê m e méthode q u e dans f )).


h ) Si u est la primitive d'une fonction réglée dans R, o n a, pour tout t E R

uf2( x ) dx)
(s: m
u2( x ) dx) '
si les d e u x intégrales d u second membre sont convergentes (considérer les deux intervalles
) - C O , t ) et (t, + K I ( ;prendre u(x) = eux dans les deux intervalles, h(x) = l/cc dans le
premier intervalle et h(x) = - l / a dans le second, puis choisir cc > O convenablement).,
CHAPITRE III

Fonctions élémentaires

$1. DÉRIVÉES DES FONCTIONS EXPONENTIELLES


E T CIRCULAIRES

1. Dérivées des fonctions exponentielles; nombre e

On sait que tout homomorphisme continu du groupe additif W dans le groupe


multiplicatif R" des nombres réels # O est une fonction de la forme x tt a" (dite
fonction exponentielle) où a est un nombre > O (TG, V, p. 11) ; c'est un isomor-
phisme de R sur le groupe multiplicatif R z des nombres >O si a # 1, et l'iso-
morphisme réciproque de R: sur R se note log, x et est appelé logarithme de base a.
Nous allons voir que la fonction f (x) = aXa pour tout x E R une dérivée de la
forme c. aX (où on a évidemment c = f'(0)). Cela résulte du théorème général
suivant :

THÉORÈME 1. - Soit E une algèbre normée complète sur le corps R, ayant un élément unité
e, et soit fun homomorphisme continu du groupe additifR dans le groupe multiplicatifG des
éléments inversibles de E. L'application f est dérivable en tout point x E R , et on a
(1) f'(x) = f(x)f'(O).
Remarquons d'abord que, E étant une algèbre complhte, G est ouvert dans E
(TG, IX, p. 40, prop. 14). Considérons la fonction g(x) = j t f(x -t t) dt, où a > O
est un nombre que nous préciserons plus loin; comme f (x + t ) = f(x)f(t) par hy-
pothèse, on a g(x) = : 1;
j f(x)f(t)dt = f(x) f ( t ) dt (1, p. 14, prop. 3). Soit a > O
tel que la boule /lx - el\ 6 a soit contcnuc dans G; comme f(0) = e et que f est
continue par hypothèse, on peut supposer que a est pris assez petit pour que
Ilf(t) - e/l 6 a dans (0, a); par suite (II, p. 12, formule (16)), on a
FVR 111.2 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES $1

1
1;
et - f(t) dt appartient à G, autrement dit est inversible; il en est de même
a
Jl
de b = f(t) dt, et on peut écrire f(x) = g(x)bT1; il suffit donc de prouver
que g(x) est dérivable; or, par le changement de variable x + t = u, on a
g(x) = f:*a f (u) du; comme f est continue, g est dérivable pour tout x E W (II,
p. 6, prop. 3), et on a
gf(x) = f (x + a) - f (x) = f (x) (f(a) - e).
D'où f'(x) = gt(x)b-l = f(x)c, où c = (f(a) - e)bP1,et on a évidemment
ff(0) = e.
Réciproquement, on peut démontrer, soit directement (III, p. 24, exerc. l),
soit à l'aide de la théorie des équations différentielles linéaires (IV, p. 29) que toute
application dérivable f de R dans une algèbre normée complète E, telle que f ' ( x ) =
f (x)c et f (O) = e, est un homomorphisme du groupe additif R dans le groupe mul-
tiplicatif G.

PROPOSITION 1. -Pour tout nombre a > O et # 1, la fonction exponentielle aXadmet en


tout point x E R une dérivée égale à (log, a)aXoz2 e est un nombre > 1 (indépendant
de a).
L'application du th. 1 au cas où E est le corps R lui-même montre en effet
que aXadmet en tout point une dérivée égale à y(a) .aX,où y(a) est un nombre
réel # O ne dépendant que de a. Soit b un second nombre > O et Z 1; la fonction
bX a une dérivée égale à cp(b) .bX d'après ce qui précède; d'autre part, on a
bx = aX.'O% donc (1, p. 17, prop. 5), la dérivée de bX est égale à log, b . y(a)bx;
par comparaison des deux expressions obtenues, il vient

On en déduit qu'il existe un nombre b et un seul tel que y (6) = 1; en effet,


cette relation équivaut, d'après (2), à b = II est d'usage de désigner par e
le nombre réel ainsi déterminé; d'après (2), on a y(a) = log, a, ce qui achève
de démontrer la prop. 1.
On écrira souvent exp x au lieu de ex.
La définition du nombre e montre qu'on a

ce qui prouve que ex est strictement croissante, et par suite que e > 1.
Au $ 2 (III, p. 15), nous verrons comment on peut calculer des valeurs aussi
approchées qu'on veut du nombre e.

DÉFINITION1. -Les logarithmes de base e sont appelés logarithmes neériens (ou


logarithmes naturels).

On convient d'ordinaire d'omettre la base dans la notation d'un logarithme


népérien. Sauf mention expresse du contraire, la notation log x (x 0) désignera
No 2 DÉRIVÉES DES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR 111.3

donc le logarithme népérien de x. Avec cette notation, la prop. 1 s'exprime par


l'identité
(4) D(ax) = (log a)ax
valable pour a quelconque > O (puisque pour a = 1, log a = 0).
Cette relation montre que ax a des dérivées de tout ordre, et qu'on a

(5) Dn(ax) = (log a)nax.


En particulier, pour tout a > O et # 1, on a D2(aX)> O pour tout x ER, et
par suite ax est strictement convexe dans R (1, p. 39, corollaire). On en déduit la
- - - - - - - - -
- -

proposition suivante:- - - - - - - -

2 ( G inégalité de la moyenne géométrique n). - Quels que soient les


PROPOSITION
n
nombres z, > O (1 < i 6 n) et les nombres pi > O tels que i1
=1
Pi = 1, on a

En outre les deux membres de (6) ne sont égaux que si tous les zi sont égaux.
En effet, posons z, = exi; l'inégalité (6) s'écrit

(7) exp (plxl + p2x2 + . . + pnxn) < piexl + p2eX2+ . . . + Pnexn.


La proposition résulte alors de la prop. 1 de 1, p. 34, appliquée à la fonction ex,
strictement convexe dans R.
On dit que le premier membre (resp. le second membre) de (6) est la moyenne
géométriquepondérée (resp. la moyenne arithmétique pondérée) des n nombres zi, relatives
aux poids pi (1 < i < n). Si pi = lin pour 1 5 i-< n, on dit _que 1- moyennes
- - - -
-

aritl-i~iïéticquëetgélornétrique correspondantes sont les moyennes arithmétique et


géométrique ordinaires des zi. L'inégalité (6) s'écrit alors

2. Dérfvée de log, x

Comme aX est strictement monotone dans R pour a # 1, l'application de la


formule de dérivation des fonctions réciproques (1, p. 17, prop. 6) donne, pour
tout x 3 O
1
D(log, x) = -
x log a
et en particulier
FVR 111.4 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES 41
Si u est une fonction numérique admettant une dérivée au point x,, et telle que
21(xO)> 0, la fonction log u admet au point x, une dérivée égale à u'(x,)/u(x,).
En particulier, on a D(log 1x1) = l/IxI = 11%si x > O, et

si x < O; autrement dit, on a D(1og 1.~1)= l/x quel que soit x # O. O n en


conclut que si, dans un intervalle 1, la fonction numérique u n'est pas nulle et
admet une dérivée finie, log lu(x) 1 admet dans 1 une dérivée égale à uf/u;cette
dérivée est dite dérivée logarithmique de u. Il est clair que la dérivée logarithmique
de lula est auf/u, et que la dérivée logarithmique d'un produit est égale à la
somme des dérivées logarithmiques des facteurs; l'application de ces règles per-
met souvent de calculer plus rapidement la dérivée d'une fonction. Elles redon-
nent en particulier la formule
(11) D(xE) = ax"-l ( a réel quelconque, x > 0)
déjà démontrée par une autre voie (II, p. 19).
Exemple. - Si u est u n e fonction f O dans u n intervalle 1,v une fonction numérique
quelconque, on a log(lulU)= u. log l u / ,donc si u et v sont dérivables
1
- D(lulv) = u'log Iicl + u-a
21'

14V

3. Dérivées des fonctions circulaires; nombre n

O n a défini, en Topologie générale (TG, VIII, p. 8) l'homomorphismc con-


tinu x i-t e(x) du groupe additif R sur le groupe multiplicatif U des nombres
complexes de valeur absolue 1; c'est une fonction pCriodique de période prin-
cipale 1, et on a e(+) = i. O n sait (lm. cit.) que tout homomorphisme continu de
Pi sur U est de la forme x tt e(x/a), et qu'on pose cos, x = &?(e(x/a)), sin, x =
9(e(x/a)) (fonctions trigonométriques, ou fonctions circulaires, de base a) ; ces dernières
fonctions sont des applications continues de R dans (- 1, + 1)' admettant a pour
période principale. O n a sin,(x + a/4) = cos, x, cos,(x + a/4) = -sin, x, et la
fonction sin, x est croissante dans l'intervalle ( - a/4, a/4).

PROPOSITION 3. -La fonction e(x) admet en tout point de R une dérivée égale à ànie(x),
ozi n est une constante > 0.
En effet, le th. 1 de 111, p. 1, appliqué au cas où E est le corps C des nombres
complexes, donne la relation ef(x) = er(0)e(x); en outre, comme e(x) a une
norme euclidienne constante, ef(x) est orthogonal à e(x) (1, p. 15, Exemple 3) ; on
a donc et(0) = ai, avec a réel. Gomme sin, x est croissante dans (-$, 41, sa
dérivée pour x = O est 3 0, donc a O, et comme e(x) n'est pas constante,
a > O; il est d'usage de désigner le nombre a ainsi défini par la notation Zn.
DÉRIVÉES DES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR 111.5

Nous montrerons au 3 2 (III, p. 23) comment on peut calculer des valeurs aussi
approchées qu'on veut du nombre x.

On a donc la formule

On voit que cette formule se simplifie lorsque a = 2x; c'est pourquoi on


utilise exclusivement en Analyse les fonctions circulaires relatives à la base 2x; on
convient d'omettre la base dans la notation de ces fonctions; sauf mention
expresse du contraire, les notations cos x, sin x et tg x désigneront donc respecti-
vement cos,, x, sin,, x et tg,, x. Avec ces conventions, la formule (12), où on fait
a = Zx, s'écrit
(13) D(cosx + isinx) = cos
ce qui équivaut à

(14) D(cos x) = -sin x, D (sin x ) = cos x,


d'où l'on tire

A côté des trois fonctions circulaires cos x, sin x et tg x, on emploie encore, dans la
pratique du calcul numérique, les trois fonctions auxiliaires: cotangente, skcante et
cosécante, définies par les formules
1 1 1
cotg x = - sec x = -Y cosec x = -'
tg x' COS x sin x
Rappelons (TG, VIII, p. 10) que l'unité d'angle correspondant à la base Zn est
appelée radian.

4. Fonctions circulaires réciproques

La restriction de la fonction sin x à l'intervalle (-n/Z, +x/2) est strictement


croissante; on désigne par Arc sin x sa fonction réciproque, qui est donc une
application strictement croissante et continue de l'intervalle (- 1, + 1) sur
(- 4 2 , + x/2) (fig. 6). La formule de dérivation des fonctions réciproques (1,
p. 17, prop. 6) donne la dérivée de cette fonction
1
D(Arc sin x) =
cos (Arc sin x)'
Comme - 4 2 < Arc sin x < x/2, on a COS (Arc sin x) 2 O, et comme
sin (Arc sin x) = x,
FVR 111.6 FONCTIONS ÉLÉMENTNRES

-
.
on a cos (Arc sin x) = dl - x2, d'oit
1
D(Arc sin x) =
d
i-
De même, la restriction de cos x à l'intervalle (O, x] est strictement décrois-
sante; on désigne par Arc cos x sa fonction réciproque, qui est une application
+
strictement décroissante de (- 1, -) sur (O, x) (fig. 6). On a d'ailleurs

= cos (Arc cos x) = x

Fig. 6

et comme -x/2 < n/2 - Arc cos x < n/2, on a


n
(17) Arc cos x = -2 - Arc sin x
d'où résulte en particulier que

1
D (Arc cos x ) = ----
fi2*
Enfin, la restriction de tg x à l'intervalle ) - x/2, + x/2( est strictement
No 5 DÉRIVÉES DES FONCTIONS ÉLEMENTAIRES FVR 111.7

croissante; on désigne par Arc tg x sa fonction réciproque, qui est une applica-
tion strictement croissante de R sur ) - n/2, + x/2( (fig. 7) ; on a
7t X
lim Arc tg x = - -, lim Arc tg x = -
X-b - Ca 2 x-cm 2

Fig. 7

et par application de la formule de dérivation des fonctions réciproques et de la


formule (15) de III, p. 5 , on a

5. L'exponentielle c o m p l e x e

O n a déterminé (TG, VIII, p. 8) tous les homomorphismes continus du groupe


topologique (additif) C des nombres complexes sur le groupe topologique
(multiplicatif) C* des nombres complexes #O; ce sont les applications

où a,p, y, S sont quatre nombres réels assujettis à la seule condition a8 - py # O.


Proposons-nous de déterminer ceux de ces homomorphismes z »f (z) qui sont
dérivables dans 6 . Remarquons d'abord qu'il suffit que f soit dérivable au point
z = O; en effet pour tout point z E 6,on a f ( 2 + h) - f ( 4 =f(z) f ( 4 - 1 .
f h y

si f'(0) existe, il en est donc de même de f'(z), et on a f '(2) = af(z), avec


a = f'(0). D'autre part, si g est un second homomorphisme dérivable, tel que
gf(z) = bg(z), on a g(az/b) = f ( z ) , car on constate
- -
aussitôt _que le quotient
-

g(az/b)/f(z) admet p;lrtout une dérivée nÜlle et est égal à 1 pour z = 0; tous les
FVR 111.8 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES 91
homomorphismes dérivables sont donc de la forme z i-tf (Az), où f est l'un
d'entre eux (supposé exister), et A une constante (complexe) quelconque.
Cela étant, si f est dérivable au point z = O, chacune des applications
x i-tf(x), y Hf(iy) de R dans C est nécessairement dérivable au point O, la
première ayant comme dérivée f'(O), la seconde $'(O). Or les dérivées des
applications x 14 eOlxe(yx),y i-t eme(Sy) au point O sont respectivement égales à
a + 2xiy et p + 2rci6, d'où les conditions (3 = -2xy et a = 2x6; ces con-
ditions sont en particulier remplies par l'homomorphisme x + iy F+exe(y/2n),
que nous désignerons provisoirement par fo. Nous allons maintenant montrer
qu'effectivement fo est dérivable au point z = 0.
En effet, il est clair que x Hfo(x) et y i-tfo(iy) ont des dérivées de tout ordre;
en particulier, la formule de Taylor d'ordre 1 appliquée à ces fonctions montre
que, pour tout E > O, il existe r > O tel que, si on pose

pour lzl < r, on a 1x1 r et IyI < r, d'où

ce qui prouve que le quotient f O(4 - 1- 2


tend vers O avec z, c'est-à-dire que
Z
f, admet au point z O une dérivée égale à 1. Alors, ce qui précède prouve
=
que, pour tout z E @, on a

Cette propriété rapproche encorefo de la fonction ex, qui est d'ailleurs la restric-
tion defo à l'axe réel; pour cette raison, on pose la définition suivante:

DÉFINITION 2. - On appelle exponentiellecomplexe l'homomo~hismex + iy M exe(y/2n)


de C sur C*; sa ualeurpour un nombre complexe quelconque z se note eZou exp z.

6. Propriétés de la fonction eZ

Le fait que z tt eZ est un homomorphisme de C dans C* se traduit par les


identités
e~+a1 ,e2 e2' , eO=l, e-2=l/e".
(22)
On a par définition, pour tout z = x + iy
ex+ iy = ex (cos y + i sin y)
(23)
No 6 DÉRIVÉES DES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR 111.9

et comme ex > O, on voit que e2 a pour valeur absolue ex, pour amplitude y (modulo
2x).
La déf. 2 (III, p. 8 ) donne en particulier

ce qui permet d'écrire les formules qui définissent cos x et sin x sous la forme

(formules d'Euler).
Comme 2n est période principale de e ( y / 2 ~ )2xi
, est liériode princ@ale de eZ;
autrement dit, le groupe des périodes de es est l'ensemble des nombres 2nxi, où n
parcourt Z.
Enfin, la formule (21) de III, p. 8 s'écrit

d'où, pour tout nombre complexe a

Remarque. - Si, dans la formule (27), on restreint la fonction eaZ(a complexe) à


l'axe réel, on obtient encore, pour x réel

Cette formule permet de calculer une primitive de chacune des fonctions


Px COS Px, eax sin Px ( a et fJ réels); en effet, on a ecatiB)X = eax cos px + UC(Xsin pz,
donc, d'après (28)

De la même manière, on raméne le calcul d'une primitive de xneaXcos Px, ou de


xneax sin fJx (n entier > 0) à celui d'une primitive de xne(atiD)x;or, la formule d'in-
tégration par parties d'ordre n + 1 (II, p. 10, formule (11)) montre qu'une primitive
de cette dernière fonction est

En vertu des formules d'Euler, on peut d'autre part exprimer toute puissance
entière positive de cos x ou de sin x comme conibinaison linéaire d'exponentielles e'px
( p entier positif ou négatif). D'après la formule (28), on pourra donc exprimer par
une combinaison linéaire de fonctions de la forme xpeaXcos l x et xPeax sin vx, une
primitive d'une fonction de la forme xneaX(cos Px)* (sin y ~ (n,) p,~r, s entiers, cr, p, y, 1,
p. réels).
Exemple. - O n a
FVR 111.10 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES

d'où

Ioxsinzn t dt = -
( - ')" (:sin 2nx
ZZn n
- fn)J-
1 n-1
sin (2n - 21% + .. .

et e n particulier

7. Le logarithme complexe

Soit B la (<bande formée des points z = x + iy tels que - x 6 y < x; la fonc-


tion eZ prend chacune de ses valeurs une fois et une seule dans B; autrement dit,
z t+ eZ est une application bijective et continue de B sur C*; l'image par cette
application du segment (semi-ouvert) x = x,, - x 6 y < x est le cercle 1 zI = e X o ;
l'image de la droite y = y, est la demi-droite (ouverte) définie par Am(z) = y,
(mod. 27~).L'image par z HeZ de l'intérieur Y, de B, c'est-à-dire de l'ensemble des
z E C tels que l9(z)l < x, est le complémentaire F du demi-axe réel négatif
(fermé) dans C; si on convient de désigner par Am(z) la mesure de l'amplitude
de z qui appartient à 6 - x, + x[, l'ensemble F peut encore être défini par les
relations - n < Am(z) < x. Comme z ++ eZ est un homomor&hisme strict de C sur
C*, l'image par cette application de tout ensemble ouvert dans 6 (donc dans C)
est un ensemble ouvert dans C* (donc dans F) ; autrement dit, la restriction de
z ++ eZ à 6 est un homéomorphisme de k sur F. O n désigne par z t+ log z l'homéo-
morphisme de F sur 6, réciproque du précédent; pour un nombre complexe
z E F, log z est appelé la détermination principale du logarithme de z. Si z = x + iy et
log z = u + iv, on a x + iy = d'où eu = 1 zl, et comme - rc < v < n,
v = Am(z). D'ailleurs, on a tg (v + n/2) = -x/y si y # O; on peut donc écrire
( u = l o g lzl = + l o g ( x Z + y 2 )
X
-Arctg- siy > O
Y
lu = O siy = O
x
lu = -?n - Arctg- siy < 0.
Y
Il est clair que log z est un prolongement à F de 1ü fonction log x définie sur
le demi-axe récl positif ouvert R:. Si z, z' sont deux points de F tcls que zz' ne
, E = + 1, - 1 ou
soit pas réel négatif, on a log (zz') = log z + log z' + 2 ~ n i où
O suivant les valeurs de Am(z) et Am(zl).
O n notera qu'aux points du demi-axe réel négatif, la fonction log z n'a pas de
No 8 DÉRIVÉES DES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR 111.1 1

limite; de façon précise, si x tend vers xo < O et si y tend vers O en restant > O
(resp. < O), log z tend vers log lxo1 +
ni (ïesp. log lxo1 - xi) ; lorsque z tend
vers O, /log zl croît indéfiniment.
Nous verrons plus tard comment la théorie des fonctions analytiques permet de
prolonger la fonction log z, et de définir le logarithme complexe dans toute sa géné-
ralité.

Comme log z est un homéomorphisme réciproque de e", la formule de dériva-


tion des fonctions réciproques (1, p. 17, prop. 6) montre qu'en tout point z E F,
log z est dérivable, et qu'on a

formule qui généralise la formule (10) de III, p. 3.

8. Primitives des fonctions rationnelles

La formule (31) permet de calculer une primitive d'une fonction rationnelle


quelconque r(x) d'une variable réelle x, à coefficients réels ou complexes. En effet,
on sait (A, VII, $2, No 2) qu'une telle fonction peut s'écrire (d'une seule manière)
comme somme d'un nombre fini de termes, qui sont:
a) soit de la forme axp ( p entier 2 O, a nombre complexe);
b) soit de la forme a/(x - 6)" (m entier >O, a et 6 nombres complexes).
Or, il est facile d'obtenir une primitive de chacun de ces termes:
x~+ 1
a) une primitive de axp est a -
p + 1;
a
b) si m > 1, une primitive de a/(x - b)" est
(1 - m)(x - b)"-l9
c) enfin, d'après les formules (10) (III, p. 3) et (31) (III, p. 1l ) , une primitive
a
de -est a . log lx - bl si b est réel, a . log (x - b) si b est complexe. Dans ce
X-b
dernier cas, si b = p + iq, on a d'ailleurs (III, p. 10, formules (30))

log (x - 6) = log d ( x - p)2 + q2 + i Arc tg X-


-P,i2.
4 2
Nous renvoyons à la partie de cet ouvrage consacrée au Calcul numérique,
l'examen des méthodes les plus pratiques pour la détermination explicite d'une
primitive d'une fonction rationnelle donnée explicitement.

On peut ramener au calcul d'une primitive d'une fonction rationnelle:


l0 le calcul d'une primitive d'une fonction de la forme r(eax), r étant une
fonction rationnelle, a un nombre réel; en effet, par le changement de variable
u = eax, on est ramené à trouver une primitive de r(u)/u;
FVR 111.12 FONCTIONS ÉLEMENTAIRES 81

2O le calcul d'une primitive d'une fonction de la forme f (sin ax, cos ax), où
fest une fonction rationnelle de deuxvariables et a un nombre réel; par le change-
ment de variable u = tg ax/2, on est ramené à trouver une primitive de

9. Fonctions circulaires complexes; fonctions hyperboliques

Les formules d'Euler (25) (III, p. 9) et la définition de eZ pour tout z complexe,


permettent de prolonger à C les fonctions cos x et sin x définies dans R, en posant,
pour tout z E C

(cf. III, p. 28, exerc. 19).


Ces fonctions sont périodiques de période principale 2x; on a cos (z + 42) =
-sin z, sin (z + 4 2 ) = cos z; on vérifie également les identités
cos2 z + sin2 z = 1
COS (Z + zl) = COS z COS z1 - sin z sin z'
sin (z + z') = sin z cos z' + cos z sin z'.
Plus génkralement, toute identité algébrique entre fonctions circulaires de
variables réelles est encore vraie lorsqu'on donne à ces variables des valeurs complexes
quelconques (III, p. 27, exerc. 18).
On pose tg z = sin z/cos z si z # (2k + 1) x/2 et cot g z = cos z/sin z si x # kn;
ce sont des fonctions périodiques de période principale x.

La formule (27) (III,p. 9) montre que cos z et sin z sont dérivables dans C,
et que l'on a
D(cos z) = - sin z, D(sin z) = cos z.
Pour z = ix (x réel), les formules (32) donnent

Il est commode de désigner par une notation particulière les fonctions réelles
qui s'introduisent ainsi; on pose
(ch x = &(ex-t e-") (cosinus hyperbolique de x)
sh x = &(ex- e-") (sinus hyperbolique de x)
(33)
shx - ex - e-%
thx=--
c h x ex + e-%
(tangente hyperbolique de x) .
FVR 111.13

On a donc, pour tout x réel


(34) cos ix = ch x, sin ix = i sh x.
De toute identité entre fonctions circulaires d'un certain nombre de variables
complexes zk (1 < k < n) on déduit une identité entre fonctions hyperboliques,
en remplaçant partout zkpar ixk (xkréel, 1 < k < n) et utilisant les formules (34) ;
par exemple on a
ch2 x - sh2x = 1
ch (x + x') = ch x ch x' + sh x sh x'
sh (x + x') = sh x ch x' + ch x sh x'.

Les fonctions hyperboliques permettent d'exprimer les parties réelles et


imaginaires de cos z et sin z pour z = x + iy, car
COS (X+ iy) = COS x COS iy - sin x sin iy = cos x ch y - i sin x sh y
sin (x + iy) = sin x cos iy +
cos x sin iy = sin x ch y + i cos sh y.
Enfin, on a

Comme ch x > O pour tout x, on déduit de là que sh x est strictement crois-


sant dans R ; comme sh O = O, sh x a donc le signe de x. Par suite, ch x est stricte-
ment décroissante pour x < O, strictement croissante pour x > O; enfin th x est
strictement croissante dans R. On a en outre
lim s h x = - c o , lim s h x = + c o
x-r -w x-t + 00

lirn chx = lim chx = +co


x-r-a3 %-++a3

lirn t h x = -1, lirn t h % = + l (fig. 8 et 9).


x-r-w x-r+w

On désigne parfois par Arg sh x la fonction réciproque de sh x, qui est une


application strictement croissante de R sur R ; cette fonction s'exprime d'ailleurs
à l'aide du logarithme, car de la relation x = sh y = 2 (eu - e-Y), on tire
e 2 Y - 2xeY - 1 = O, et comme eY > O, ey = x + d x 2 + 1, c'est-à-dire

Argshx = log (x + d x 2 + 1).


De même, on désigne parfois par Arg ch x la fonction réciproque de la restric-
tion de ch x à (O, +CO(; c'est une application strictement croissante de (1, +CO(
sur (0, + co[; on montre comme ci-dessus que
Arg ch x = log (x + d x 2 - 1).
FVR III.14

Fig. 9
No 1 DÉVELOPPEMENTS DES FONCTIONS EXPONENTIELLES FVR 111.15

Enfin, on désigne par Arg th x la fonction réciproque de th x, qui est une


application strictement croissante de ) - 1, + 1( sur R; on a d'ailleurs

Remarque.-Pour r complexe, on écrit aussi parfois


+ +
ch z = (eZ e - Z ) = cos Êz
sh z = 3 (eZ - e - 8 ) = - i sin iz.

Ces fonctions prolongent donc à C les fonctions hyperboliques définies


dans IR. - - - - - - - - - - - - - -
- - - - - - - - - - - -

fj 2. DÉVELOPPEMENTS DES FONCTIONS EXPONENTIELLES


ET CIRCULAIRES, E T DES FONCTIONS QUI S'Y RATTACHENT

1. Développement de l'exponentielle réelle

Comme Dn(ex) = ex, le développement de Taylor d'ordre n de ex est

Le reste de cette formule est > O pour x > O, du signe de ( - l ) n f l pour


x < O; en outre, l'inégalité de la moyenne montre que

Or, on sait que la suite (xn/n!) a pour limite O lorsque n croit indéfiniment,
pour tout x 3 O (TG, IV, p. 33) ; donc, en laissant fixe x et faisant croître indé-
finiment n dans ( l ) , il vient, d'après (2) et (3)

et la série du second membre est absolument et uniformément convergente dans tout


intervalle compact de R. En particulier, on a la formule

Cette formule permet de calculer des valeurs rationnelles aussi approchées que
l'on veut du nombre e ; on obtient ainsi
- - - - - - - - e = 2,718281 828. .- - - -
- - - - - -
FVR 111.16 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES 82
à 1/109 près par défaut. L a formule (5) prouve en outre que e est un nombre irration-
nell (TG, VI, p. 41).
Remarque. - Comme le reste de la formule (1) est > O pour x > O, on a, pour x > O

et a fortiori

pour tout entier n; on en déduit que ex/xn tend vers +


CO avec x, pour tout entier n;
nous retrouverons ce résultat au chap. V par une autre méthode (V, p. 2 1).

2. Développements de l'exponentielle complexe, de cos x et sin x

Soit z un nombre complexe quelconque, et considérons la fonction <p(t)= ezt de


la variable réelle t; on a Dn<p(t)= zneztet ez = ~ ( 1 )l'expression
; de q(1) par la
formule de Taylor d'ordre n relative au point t = O (II, p. 12), donne donc

formule qui, lorsque z est réel, est équivalente à (1). Le reste


"1 - t)"
rd4 n! eztdt

de cette formule se majore encore, en valeur absolue, à l'aide de l'inégalité de la


moyenne;siz = x + iy,ona leZtl = ext, donc lezt\ < 1 si x < O, leztl a ex si x > O;
il vient donc

six <O

si x > O.

Comme ci-dessus, on en conclut que

la série étant absolument et unÊformémentconvergente dans toute partie compacte de C.


De (6) on tire en particulier, pour x réel

Ch. HERMITE a démontré en 1873 que e est un nombre transcendant sur le corps Q des nombres
rationnels (autrement dit, n'est racine d'aucun polynôme à coefficients rationnels) (ühvres, t. III,
p. 150, Paris (Gauthier-Villars), 1912).
No 2 DÉVELOPPEMENTSDES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR III.17
d'où on déduit les développements de Taylor de cos x et de sin x: en prenant la
partie réelle de (10) pour l'ordre 2n + 1, on a
x2 x4 x2n
(11) c o s x = 1 - -
2!
+-
4!
+ . - a + (-1)n-
(Zn) !

avec la limitation du reste

1 J.Gx (;2i+
+ l COS
l)!
t dt

De même, en prenant la partie imaginaire de (10) pour l'ordre 2n, il vient


IxI""'"
( < (Zn + 2) !*
x3 x5
x - - + - + .. + (- -1
(13) sinx =
3! 5!
1)n-1
(2n - 1) !

+ (- '1% l0 (X - t)2n
(Zn) !
cos t dt

avec la limitation du reste

En outre, en comparant les restes de (11) pour l'ordre 2n + 1 et l'ordre 2n + 3,


on a

et, en tenant compte de (12), on voit que le reste de (1 1) est du signe de (- l ) n + l


quel que soit x; de même manière, on montre que le reste de (13) est du signe de
(-l)nx. En particulier, pour n = O et n = 1 dans ( I l ) , pour n = 1 et n = 2
dans (13), on obtient les inégalités
x2
(15) 1-p t COS x <1 pour tout x

x3
(16) X - -
6
< sin x < x pour tout x 2 0.

Enfin, en faisant z = ix dans (9), on a


00
x2n
cos x = 2 (- 1)" -
n=O (Zn) !
FVR 111.18 FONCTIONS ÉLEMENTAIRES §2

ces séries étant absolument et uniformément convergentes dans tout intervalle


conlpact.
Il est clair d'ailleurs que les formules (17) et (18) sont encore valables pour tout
x con@!exe, les séries des seconds membres étant absolument et uniformément con-
vergentes dans toute partie compacte de C.En particulier, on a pour tout x (réel ou
complexe)

3. Le développement du binôme

Soit m un nombre réel quelconque. Pour x > O, on a


Dn(xm)= m(m - 1). . . (m - n + I)X~-~;
en appliquant à la fonction (1 $- x ) la~ formule de Taylor d'ordre n relative
au point x = O, on obtient, pour tout x > - 1, la formule

avec

m(m - 1) ...( m - n + 1)
où on a posé
(3 =
n!
La formule (19) se réduit à la
formule du binôme (A, 1, p. 94) lorsque m est entier > O et n 2 m; par extension,
on la nomme encore formule du binôme, et les coefficients sont dits coeficients
binomiaux, lorsque m est un nombre réel quelconque et n un entier quelconque > 0.
Le reste de (19) a le signe de
(n
1) si x > O, le signe de ( - 1)"' '
si - 1 < x < O. Comme -
1 1 1x1 pour tout t > - 1 appartenant à'
l'intervalle d'extrémités O et x, on a la limitation suivante du reste, pour met n
quelconques et x > - 1
No 3 DÉVELOPPEMENTSDES FONCTIONS ÉLÉMENTALRES FVR 111.19

Si l'on suppose x > O, et n 2 m - 1, on a (1 + t)n-m+l > 1 dans l'inter-


valle d'intégration, donc

ce qui donne la majoration du reste

D'autre part, supposons - 1 <m


< O; si dans l'intégrale de (19) on fait le
x-t
changement de variables u = on obtient
x(l t) +

Pour majorer l'intégrale pour x > - 1, on remarque que, puisque m + 1 < 1,


l'intégrale
I un du
(1 - u)"+l
est convergente et majore l'intégrale du second membre
de (22) puisque 1 + ux > 1 - u. Or, pour - 1 < x < 0, l'hypothèse sur m en-
traîne que tous les termes (y)r , ):( . . ., (:lxn figurant au second membre
x2,
de (19) sont 2 O, et par suite rn(x) B (1 + x ) ~ d'où
, en divisant par (1 + x ) ~ ,

D'ailleurs pour - 1 < x < O, le facteur devant l'intégrale est 30, d'où en
faisant tendre x vers - 1,

et par suite, pour - 1 <m < O et x > - 1


(23) Irn(%)/< (1 +~)~lxl~+l.
De ces inégalités, nous allons déduire d'abord que, pour 1x1 < 1, on a

(1 + x)" = n=O 3 (n)xn

la série du second membre (dite série du binôme) étant absolument et uniformément con-
+
vergente dans tout intervalle compact contenu dans ) - 1, l(. En effet on peut
écrire
FVR 111.20 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES

d'où

Si 1x1 <r < 1, il existe no tel que 1 14 < 1/r1, où r < r'
+- < 1, d'où, en
no
posant

ce qui démontre la proposition. Au contraire, pour x > 1, la valeur absolue du


terme général de la série (24) croit indéfiniment avec n, si m n'est pas un entier
2 O; en effet, d'après (25), on a, pour n > n, 2 lm + 11

lm n ll > l/x', où 1 < x' < x.


Soit no > n, tel que, pour n 2 no, on ait 1 - --- +

Si on pose

on aura, pour n > no,

d'où la proposition.
On notera que, pour m = - 1, l'identité algébrique

donne l'expression du reste de la formule générale (19) sans intégration; la


formule (23) se réduit dans ce cas à l'expression de la somme de la série (ou pro-
gression) géométrique (TG, IV, p. 32).
En second lieu, étudions la convergence de la série du binôme pour x = 1 ou
x = - 1 (le cas trivial m = O étant exclu) :
a) m < - 1. Le produit de terme général 1 - -converge vers +CO si
n
+

m < - 1, vers 1 si m = - 1, donc il résulte de (25) que pour x = -I 1, le terme


général de la série du binôme ne tend pas vers O.
6 ) - 1 < m < O. Cette fois, le produit de terme général 1 - -converge
+

n
'
No 4 DÉVELOPPEMENTS DES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR 111.21

vers O, donc l'inégalité (21) montre que rn(l) tend vers O. La série du binôme est
donc convergente pour x = 1 et a pour somme 2"; en outre, la série du binôme
est uniformément convergente dans tout intervalle )xo, 1) avec - 1 < x, < 1,
en vertu de ce qui a été vu plus haut et de (21). Par contre, pour x = - 1 tous
les termes du second membre de (24) sont > O; si cette série était convergente,
on en déduirait que la série du binôme serait normalement convergente dans
(- 1, 1) et aurait par suite pour somme une fonction continue dans cet intervalle,
ce qui est absurde puisque (1 + x ) n'est
~ pas bornée dans ) - 1, 1) pour m < 0.
O n en conclut aussi que pour x = 1, la série du binôme n'est pas absolument
convergente.
c) m > O. La définition de rn(x) montre alors que lorsque x tend vers - 1,
r,(x) tend vers une limite r,,(- 1); en passant à la limite dans (20), on en conclut

q u e n ( - < ( m-1
)I,
etcommem - 1 > -l,onvoitque,pourx = -1,
la série du binôme est convergente. D'ailleurs, pour n > m +
1, tous les termes
de cette série sont de même signe; donc la série du binôme est normalement con-
vergente dans l'intervalle (- 1, 1) et a pour somme (1 x ) dans +
~ cet intervalle.

4. Développements de log(1 + x), de Arc tg x et de Arc sin x

Intégrons les deux membres de (26) entre O et x; on obtient le développement de


Taylor d'ordre n de log (1 + x), valable pour x > - 1

(27) log (1 + x) = -x1 - x2


2
x3
- + - + . . . + (-1)'-l-
3
xn
n
+ (-I)~/~
Le reste est du signe de ( - 1)" si x > O, et est <O si - 1 < x < O; en outre,
p o u r x > O , o n a l + t > 1 p o u r O ~ <x,et,pour
t - 1 < x < 0 , 1 + t > 1 - 1x1
pour x < O; d'où les limitations du reste

pour x 2 O

(29)
IIo~ f t "l
tndt Ixln+l
( a + l ) ( l - 1x1) pour - 1 < x < 0.
De ces deux dernières formules, on déduit aussitôt que, pour - 1 < x < 1,
on a

la série étant uniformément convergente dans tout intervalle compact contenu dans
) - 1, + 1), absolument convergente pour 1x1 < 1.
FVR 111.22 FONCTIONS ~ L ~ M E N T A I R E S 52
Au contraire, pour 1x1 > 1, le terme général de la série du second membre de
(30) croit indéfiniment en valeur absolüc avec n (III, p. 16). Pour x = - 1, la série
se réduit à la série harmonique, qui a pour somme +a (TG, IV, p. 33).

De même, remplaçons dans (26) x par x2 et intégrons les deux membrcs entre
O et x ; on obtient le développement de Taylor d'ordre 2n - 1 de Arc tg x,
valable pour tout x réel

Le reste est du signe de ( - l)"x, et comme 1 +- t 2 3 1 pour tout t, on a la


limitation

d'où on tire que, pour 1x1 < 1,

s ( - l)"-'
m
X2n - 1
Arc tg x = --
n=l 2n - 1
la série étant uniformément co~zuergente dans 6- 1, + 11, et absolument convergente
pour 1x1 < 1.
En particulier, pour x = 1, on obticnt la formule
1 1 1
(34) 3 = 1 - -3 + -5 -l- ... +
7i
(-l).-
2n +1 f ... .
Pour 1x1 > 1, le terme général de la série du second membre de (33) croit in-
défininient en valeur absolue avec n.

Enfin, pour le développement de Taylor de Arc sin x, partons du développe-


ment de sa dérivée ( 1 - x2) -?$; ce dernier s'obtient en remplaçant x par - x2
dans le développement de (1 + x) - % suivant la form~dcdu binôme, ce qui donne
pour 1x1 < 1,

avec la limitation déduite de (23)

En prenant la primitive du développement précédent, il vient

(35) Arc sin ,x = x + -2l x-33 + -


1.3x5
-+. -
2.4 5
No 4 DÉVELOPPEMENTS DES FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES FVR 111.23

où R,(x) est du signe de x et satisfait à l'inégalité

D'ailleurs, la relation (35) montre que R,(x) tend vers une limite lorsque x tend
vers 1 ou - 1,-et on a donc

Mais l'intégrale du second membre de (37) tend ve- Olouque n tend yers t c a
- en effet; l'ht&rale I,' - - - - - - -

dt/\/l - t Z étant convergente, pour tout E > O, il existe


a tel que O < a < 1 et J:" d t l d l - t 2 < E; d'autre part, on a

+3
> no on ait
et il existe donc no tel que pour n < E, d'où finale-
(2n + 3 ) i m
ment IRn(x)/ < 2~pour 1x1 < 1 et n > no. O n a donc

1 . 3 . 5 . . .(2n - 1)
Arc sin x = 2
n=o 2 . 4 . 6 . . .2n Zn + 1
la série du second membre étant normalement convergente dans l'intervalle com-
pact (- 1, 1).

Au contraire, on-montre, camme pourla formuledu-binôme, que le termcgénérd


d e la série du second membre de (38) croît indéfiniment en valeur absolue pour
1x1 > 1.
En faisant par exemple ?e = 4 dans (38), on obtient une nouvelle expression du
nombre ?i:

qui se prête beaucoup mieux que la formule (34) a u calcul de valeurs approchées de x
(voir Calcul numérique);on peut ainsi obtenir
TC = 3,141 592 653.. .
à 1/109près par défaut.l

Le nombre n est, non seulement irrationnel (cf. III, p. 35 exerc. 5), mais même transcendant sur
le corps Q des nombres rationnels, comme il a été démontré pour la première fois en 1882 par
LINDEMANN (v. par exemple D. HILBERT, Gesanzmelte Abhandlungen, t. 1, p. 1, Berlin (Springer), 1932).
Exercices

91
1) Soit f une application continue et dérivable de R dans un algèbre normée complète E
sur R,ayant un élément unité e; on suppose que f (O) = e et qu'on ait identiquement fl(x) =
f (x)c, où c est un élément inversible de E. Montrer que f est un homomorphisme du groupe
additif R dans le groupe multiplicatif G des éléments inversibles de E. (Considérer le plus
grand intervalle ouvert 1contenant O et tel que f (x) soit inversible pour tout z E 1, et prouver
que pour x, y et x + y dans 1 on a f(x +
y) (f ( x ) f (y))- l = e en laissant x fixe et faisant
varier y; en déduire enfin que 1 = R.)
+
2) a) Pour que la fonction (1 l / ~ ) ~ soit + p décroissante (resp. croissante) pour x > 0,
il faut et il suffit que fi > 3 (resp. p < O) ;pour O < fi < +, la fonction est décroissante dans
+
un intervalle )O, xo(, croissante dans lxo, a(.Dans tous les cas, la fonc~iontend vers e
+
lorsque x tend vers CO.
6) Etudier de même les fonctions (1 - I / X ) ~ -(1
~ ,i-I / X ) ~ (+
I p/x) et ( 1 + ~ / x )l ~pour
+
x > o.
3) a) Démontrer que pour a > 1 et x 3 0, (1 + ,Y)= 2 1 + a,?, et pour O ,< a < 1 et
x 2 0, (1 +
x)= < 1 ax. +
1
b) Démontrer que pour O <x ,< 1 et CL >, O, on a (1 - x)= < ---.
1 + ax
6)Pour 0 < ol < 1, montrer que pour x 3 0 et y 2 O, on a ~ ~ y <l ax- +~ by pour tous les
couples de nombres > O tels que aEbl-= = a ( l - CL)^ -a.
d) Déduire de c) que sif, g sont deux fonctions réglées 2 O dans un intervalle 1 tel que les
intégrales JI f (t) dt et JI g(t) dt soient convergentes, l'intégrale JI (f (t))=(g(t))l-adt est con-
vergente et l'on a

En déduire l'inégalité de Hdder

(dite a inégalité de Cauchy-Buniakowski-Schwarz )> pour a = 4).


4) Déduire de l'inégalité de Cauchy-Schwarz que pour toute fonction u primitive d'une
fonction réglé; dans (a, b) et toute fonction continue h > O dans (a, b), on a

/u(b)' - u(a)' / < 2 (lab uI2(t) h(1) dt) YI (la-


u2(t)
h(t)
dt) YI

si les deux intégrales du second membre sont convergentes.


En prenant a = O, b = 4 2 , h(t) = 1 et

u ( t ) = cl cos t + cz cos 3t + . . . -i- c, cos (Zn - 1) t,


où c j 2 O pour toutj, en déduire l'inégalité de Carlson
s1 EXERCICES FVR 111.25

5) Pour x > O et y réel quelconque, montrer que l'on a


xy < log x -t eY-l
(cf. II, p. 31, exerc. 15) ;dans quels cas les deux membres sont-ils égaux?
6) On note A, et G, les moyennes arithmétique et géométrique ordinaires des n premiers
nombres d'une suite (ak) (k 3 1) de nombres >O. Montrer que
n(An - Gn) < (n + 1) (An+, - Gn+1)
l'égalité n'ayant lieu que si an+ = G, (poser a, + = xn+l,G, = yn+l).
7) Avec les notations de l'exerc. 6, montrer que si l'on pose x, = a,/A la relation
G, > (1 - a)A, pour O < a < 1, entraîne, pour 1 < i <n

+ +
En déduire que, pour tout indice i, on a 1 x' < xi < 1 x", où x' est la racine < O,
+
x" la racine 2 O, de l'équation (1 x)e-% = (1 - cc)n (cf. III, p. 24, exerc. 2).
8) On considère une suite d'ensembles Dk (k 2 1) et pour chaque k, deux fonctions
(xl, . . ., xk) t-+ fk(xl, . . ., xk), (xl, . . .,xk) t-+gk(xl, . . ., xk) à valeurs réelles, où
(x,, .. .,xk) E Dl x D2 x . . . x Dg. On suppose que pour tout k, il existe une fonction réelle
F, définie dans R et telle que, pour tout y E R et pour al E Dl, . . . , ak-l E Dk-l arbitraires,
on ait

(On prend par convention f, = 1). Montrer que si les suites de nombres réels (y,) et (ak)
vérifient les conditions Fl(pl) = O et Fk(pk)= Sk, on a les inégalités
(PI - %)f1 + (PZ- a d f i + . . . + ( ~ n - 1-8n)fn-1 + ~ n f n< S i +gz + . . a +gn
pour toutes les valeurs de n et des xk E DR.
9) Les notations étant celles de l'exerc. 6, montrer que l'on a

pourvu que l'on ait hk 3 O pour tout k et

- @;y1) pour 1
pk = k((hk@k)llk <k <n
avec 3 O pour tout k, pl < 1 et pn+l = O (méthode de I'exerc. 8).
En particulier, pour des choix convenables des hk et Pk, on a les inégalités

et en particulier (inégalité de Carleman)

Gi + 6 2 + ... + G, < e(al az+ + ... + a , ) ;


eA, 3 F, eGnIrn
où ï, = (G1 + G2 + . . . + G,)/n (amélioration de l'inégalité de Carleman) ;

si la suite (a,) est croissante;


- - - - - - - -nGn-mG, G a,l -+ a,+a +; . .-+ a,.
FVR 111.26 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES $1

10) La suite (ak)k,l étant formée de nombres > O, on pose s, = nA, = al + . . . + a,.
Pourp < 1 et Ak > O, o n a

pourvu que pl 2 Al et, pour k > 2, pk = (A; Sk.)llS- +


avec q = p/(l - fi),
6k 2 0 pour tout k et = O (méthode de l'exerc. 8). En particulier, on a les inégalités

qui entraîne (avec A, = s,/n)

(inégalitéde Hardy améliorée) ;

pourvu que bk a 1 pour tout k ;


as + af + . . . + an) a a: + (a2 - + . . . + (a, - an-# + @ai
si l'on a, pour un 0 tel que O < cp < -, crx
= 2(1 - cos 0) et @ = 1 - sin (n + 1)0
sin nB
Cas où 0 = -.
n + l
X
,cas où 0 =
2n
-. + 1
X

11) Soient aij (1 < i a n, 1 < j <n n) des nombres > O, tels que pour tout indice i, on ait

,z
n

a,, = 1 et, pour tout indicej,2 aij = 1. Soient xi (1 i < n) n nombres > O; on pose
i =1

yt = ail% + ai2a2 + . . . + ainxn (1 a i < n).


Montrer que yly2 . . . y, > xlx2. . . x,, (minorer log y, pour chaque indice i).

12) a) Soit 2 cijxiXj, où cji = Zij, une forme hermitienne positive non dégénérée, A son
..i ,
i

déterminant; montrer que A < cl1cz2. . .c,, (exprimer A et les cii à l'aide des valeurs propres
de la forme hermitienne, et utiliser la prop. 2).
b) En déduire que, si (aLj)est une matrice carrée d'ordre n à éléments complexes quelconques,
A son déterminant, on a (<(inégalité de Hadamard i ) )

l'égalité n'ayant lieu que si un des facteurs du second membre est nul ou si on a, quels que
soient les indices distincts h, k
ahlakl f ahzak2 + . ' $. ahnÜkn= 0
(multiplier la matrice (ai,) par la conjuguée de sa transposée).
13) Si x, y, a, b sont > O, montrer que
X Y X + Y
%log- $ y l o g b > (X +y)log-
a + b
l'&alité n'ayant lieu que si x/a = ylb.
5l EXERCICES FVR 111.27

14) Soit a un nombre réel tel que O < a < x/2. Montrer que la fonction

est strictement croissante dans l'intervalle )a, x/2( (cf. 1, p. 45, exerc. 11).
15) Soient u et v deux polynômes en x, à coefficients réels, tels qu'on ait identiquement
1/ 1 - u2 = vd 1 - x2; montrer que, si n est le degré de u, on a u' = nu; en déduire que l'on a
U(X)= COS (n Arc cos x).
16) Démontrer (par récurrence sur n) la formule

Dn(Arctg x) = :( lp-Y
(n - l)!
- - - -

7 17) Soit f une fonction numérique définie dans un intervalle ouvert 1 c R, telle que
pour tout système de trois points XI, x,, x3 de 1 satisfaisant à xl < x2 < x3 < x1 TC, on ait +
(1) f (xl) sin (x3 - x2) + f (2,) sin (xl - x3) + f (xÛ)sin (x2 - xl) 3 0.
Montrer que:
a) f est continue en tout point de 1, et admet en tout point de 1 une dérivée à droite et une
dérivée à gauche finies; on a en outre

pour tout couple de points x, y de 1 tels que lx - y1 < x ; on a aussi l'inégalité analogue
à (2) où on remplace fi par f i ; enfin on a fi(x) < fd(x) pour tout x G 1. (Pour démontrer (2),
faire tendre x, vers X, dans (1), en laissant x3 fixe, et obtenir ainsi une majoration de
lim sup - (xl) ; puis faire tendre x3 vers XI dans l'inégalité trouvée; en déduire
(")
Xl'tXl - x1
X2
l'existence de fd ( x ) et l'inégalité (2) pour y > x; procédés analogues pour les autres questions.)
b ) Réciproquement, si (2) a lieu pour tout couple de points x, y de 1 tels que lx - y1 < x,
f vérifie (1) dans 1

(considérer la dlfférenqe
- - - - -
f (x2) - f(%) )? - - - - - - - -

- sin (x3 - x , ) sin lx3 2 xl)


c) Sif admet une dérivée seconde dans 1, (1) est équivalente à la condition
(3) f(x) >0
+y'(%)
pour tout x E 1.
1
* Interpréter
ces résultats en considérant la courbe plane définie par x = -cos f,
1
f (4
y = '- sin t ((( convexité par rapport à l'origine p).,
f (t)
18) a) Montrer que, dans l'espace vectoriel des applications de R dans C, les fonctions
distinctes de la forme xneOlx(n entier, u complexe quelconque) forment un système libre
(raisonner par l'absurde, en considérant une relation entre ces fonctions ayant le plus petit
nombre possible de coefficients # O, et dérivant cette relation).
b) Soit f (XI, X,,. .., X,,J un polynôme par rapport à m indéterminées, à coefficients com-

plexes, tels que lorsqu'on substitue à X, la fonction cos (k$Lhk~k) pour 1 < j < r, la fonction

sin (5
k=l
pour r + I < j < m, où les fijk sont réels et les xk rie&, on obtienne une fonc-
tion des xk identiquement n@le;montrer que l a même identité a l i e u lorsqu'on-donneaux
x, des valeurs comp~exe~arbitraires
(utiliser a)).
FVR 111.28 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES 31

'/[ 19) On sait (A, IX, 8 10, exerc. 2) que, dans le plan compbxe C2, le groupe des angles de
droites pointées A est isomorphe au groupe orthogonal O,(@), l'isomorphisme canonique
faisant correspondre à l'angle 0 la rotation d'angle 0; on transporte au groupe A la topologie
de Oz(C) (considéré comme sous-espace de l'espace M2(C) des matrices d'ordre 2 sur C)
par cet isomorphisme, ce qui fait de A un groupe topologique localement compact; en outre
l'application 6 H cos 6 + i sin 8 est un isomorphisme du groupe topologique A sur le groupe
multiplicatif C* des nombres complexes # 0, l'isomorphisme réciproque étant défini par
les formules cos 0 = &(z + l/z), sin 0 = -
I
2i
(z - 112). Déduire de ces relations que tout
homomorphisme continu z H y(z) du groupe additif @ sur A, tel que les fonctions complexes
cos y (z), sin <p(z)soient dérivables dans C, est défini par les relations cos q(z) = cos az,
sin y (z) = sin az (a nombre complexe).
20) Soit D la partie de C réunion de l'ensemble défini par - n < 9 ( z ) < n,3 ( z ) > O, et
du segment 3 ( z ) = 0, O W(z) < x. Montrer que la restriction de la fonction cos z à D
est une bijection de D sur C; la restriction de cos z à l'intérieur de D est un homéomor-
phisme de cet ensemble ouvert sur le complémentaire, dans @, de la demi-droitey = O, x d 1.
21) Soientf et g deux polynômes (à coefficients complexes) premiers entre eux, le degré def
étant strictement inférieur à celui de g. Soient p le p.g.c.d. de g et de sa dérivée g', q le
quotient de g par p; montrer qu'il existe deux polynômes u, v uniquement déterminés, de
degrés respectifs strictement inférieurs à ceux dep et q, et tels que

En déduire que les coefficients de u et v appartiennent au plus petit corps (sur Q) con-
tenant les coefficients def et g et contenu dans C.
22) Soientf et g deux polynômes (à coefficients complexes) premiers entre eux, f étant de
degré strictement inférieur à celui de g. Soit K un sous-corps de C contenant les coefficients
de f et de g, et tel que g soit irréductible sur K. Pour qu'il existe une primitive de f/g de la
forme Cai log ut, où les a, sont des constantes appartenant à K, les u, des polynômes irré-
ductibles sur K, il faut et il suffit qu'on ait f = cg', où c est une constante appartenant à K.
23) Sif (x, y) est une polynôme quelconque en x, y, à coefficients complexes, montrer que le
calcul d'une primitive def (x, log x) et def (x, Arc sin x) se ramène au calcul d'une primitive
de fonction rationnelle.
24) Montrer qu'on peut ramener le calcul d'une primitive de (ax + b)'xq (# et q rationnels)
au calcul de la primitive d'une fonction rationnelle lorsque l'un des nombres p, q, p + q est
entier (positif ou négatif).
* 25) Les fonctions méromorphes dans Lin disque ouvert A de C forment un corps M(A). Un
sous-corps F de M(A), tel que u E F implique Du E F, est appelé un sous-corps di$rentiel de
WA).
a) Pour tout polynôme P(X) = Xm alXm-l + + +
a, à coefficients dans M(A),
montrer qu'il existe un disque ouvert Al c A (non de même centre que A en général) et
une fonction f G M(A,) vérifiant en tous les points z E A, où f et les a, sont holomorphes, la
relation

Si F est un sous-corps de M(A) contenant les ai, on dit que le sous-corps de M(A1) engendré
par f et les restrictions à A, des fonctions de F est le corps F(f ) obtenu par adjonction à F de la
racine f de P. Cet abus de langage ne cause pas de confusion parce que l'application de
restriction g~ g 1 Al de F sur un sous-corps de M(Al) est injective. Si F est différentiel,il en
est de même de F(f ).
SI EXERCICES FVR 111.29

b) Pour toute fonction a E M(A), montrer qu'il existe un disque ouvert Az c A tel qu'il
existe une fonction g E M(A,) vérifiant la relation g'(z) = a(z) en tout point z E Az où g et a
sont holomorphes. Si F est un sous-corps de M(A) contenant a, on dit que le sous-corps
F(g) de M(A,) engendré par g et les restrictions à A, des fonctions de F est le corps obtenu
par adjonction à F de laprimitive f a dz. Si F est différentiel, il en est de même de F(g).
c) Pour toute fonction b E M(A), montrer qu'il existe un disque ouvert A3 c A tel qu'il
existe h E M(A,) vérifiant la relation hf(z) = b(z)h(z) en tout point z E A, où h et b sont
holomorphes et f O. Si F est un sous-corps de M(A) contenant b, on dit que le sous-corps
F(h) de M(A3) engendré par h et les restrictions à A3 des fonctions de F est le corps obtenu
par adjonction à F de l'exponentielle de primitive exp(J b dx). Si F est différentiel, il en est de même
de F(h).
d) Pour tout sous-corps F de M(A) et tout polynôme P(X) = Xm + alXm-1 . . . amà + +
coefficients dans F, il existe un corps K obtenu par adjonction successive à F de
racines de polynômes, tel que K soit une extension galoisienne de F et qu'on ait P(X) =
( X - cl). . . (X - cm)où les c, sont des fonctions méromorphes (dans un disque convenable)
appartenant à K. Si F est différentiel, on a (5.g)' = 5.g' pour tout g E K et tout élément 5
du groupe de Galois de K sur F.,
* 26) a) Soit F c M(A) un corps différentiel, et soit K une extension galoisienne finie de F,
sous-corps d'un M(Al). Soit t une primitive ou une exponentielle de primitive d'une fonc-
tion de F; montrer que si t est transcendant sur F, il n'existe aucune fonction u E K telle que
t' = u'. (Considérer séparément les deux cas t' = a E F ou t' = bt avec b E F; obtenir une
contradiction en considérant les transformés 5 . u de 21 par le groupe de Galois de K sur F et
leurs dérivées o.uf; dans le premier cas, montrer que l'on aurait t' E c' pour un c E F et dans
le second cas, en posant N = [K:F], (tN/c)' = O pour un c E F.)
b) Supposons que t soit transcendant sur F et que t' = bt avec b E F; montrer qu'il n'existe
aucun c f O dans K tel que (ctm)' = O (même méthode)..
* 27) Soient F c M(A) un corps différentiel contenant C, t une primitive ou exponentielle
de primitive d'une fonction de F, et supposons t transcendant sur F. D'autre part, soient
cl, . . ., c, des éléments de F linéairement indépendants sur le corps des nombres rationnels
Q; si alors ul, . . ., un et v sont des éléments d u corps F(t), et si

appartient à l'anneau F[t], on a nécessairement u E F[t]. En outre, si t E F, on a nécessaire-


ment u, E F pour 1 < j < n; si t'lt E F, il existe pour chaque j un entier v, > O tel que
ui/tViE F. (Décomposer les u;/u, et v en éléments simples dans une extension galoisienne
convenable de F et utiliser I'exerc. 26.)*
* 28) a) Soit F c M(A) un corps différentiel. On dit qu'un corps Ff 3 F est une extension
élémentaire de F s'il existe une suite finie

telle que pour tout j < n - 1, on ait FI+, = Fj(tj), où l'on a, ou bien t; = aj/a, pour un
a, f O dans F, (de sorte que l'on peut écrire tj = log a,, ou bien tilt, = a; pour un ai E Fi
(de sorte que t, = exp (aj)). Une fonction élémentaire est une fonction qui appartient à une
extension élémentaire de C(z) (corps des fonctions rationnelles sur C).
Par exemple, les fonctions

sont des fonctions élkmentaires,


FVR 111.30 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES 31
6) Soit a E F tel qu'il existe des éléments u, (1 < j < m) et u d'une extension élémentaire
F' de F, et des constantes y, E C (1 < j < m) tels que l'on ait

Montrer alors qu'il existe des éléments f j (1 1 j < fi) et g de F et des constantes EC
(1 < j < fi) tels que l'on ait

(Se ramener par récurrence sur le nombre n dans la suite (1) au cas où F' = F(t). En modi-
fiant les uj, montrer d'abord qu'on peut supposer les yj linéairement indépendants sur Q.
Lorsque t est transcendant sur F, utiliser l'exerc. 27: si t' = s'/s avec s E F, on a nécessaire-
ment u, E F et c E F[t]; en utilisant (*) et raissonant par l'absurde, montrer qu'on on a
nécessairement u = ut + 6 avec E. C et b E F. Si t'lt = r' avec r E F, montrer qu'en
remplaçant v par u + k . r pour un entier k E Z convenable, on peut encore supposer que
u, E F, u E F[t]; montrer par l'absurde que u est de degré 0, donc u E F. Enfin, si t est algébri-
que sur F, plonger F' dans une extension galoisienne K de F et considérer les transformés de
(*) par le groupe de Galois de K sur F.),
* 29) Soient f et g deux fonctions rationnelles de z (éléments de C(z)). Montrer que, pour
que la primitive J"f (z)eg(~)
dz soit une fonction élémentaire (exerc. 28), il faut et il suffit qu'il
existe une fonction rationnelle r E C(z) telle que f = r' + rg'. (Poser t = eg et considérer le
corps différentiel F = C(z, t), extension élémentaire de C(z), puisque t'lt = g'. Montrer
d'abord que t est transcendant sur C(z) :en raisonnant par l'absurde, considérer une extension
galoisienne K de C(z) contenant t, et les transformés de l'équation t'lt = g' par le groupe de
Galois de K ; on obtiendrait une équation g' = u'lu avec u E C(z), et il est impossible que
gr n'ait que des pôles simples dans C. Appliquant l'exerc. 28, on aj? = 2 y 6 + u',
Uf
avec
yj E C,les u, et u dans F; on peut se ramener au cas où les y, sont linéairement independants
sur Q. Appliquant ensuite l'exerc. 27 à l'extension C(z)(t),montrer que l'on a,ft = vu' h, +
avec h E C(z) et v E C(z)[t]. En conclure que u est nécessairement de degré 1 en t, et par
suite que f est égal au coefficient de t dans v'.)
En déduire que les primitives ez2 dx et J" eZdzjz ne sont pas des fonctions élémentaires
(théorème de Liouuille), en examinant dans la relation f = r' - rg' l'allure des deux membres au
voisinage d'un pôle de r.,
30) a) Si m et n sont deux entiers tels que O < m < n, démontrer, la formule
X
mn
n sin -
n

b) Montrer que, pour O < a < 1, l'intégrale dx est uniformément convergente,


-"
pour a variant dans un intervalle compact, et déduire de a) que

31) Si 1,. est une primitive de sinmx cosn x (m et n nombres réels quelconqucs), montrer que,
sim+n+Z#O
s ~ ~ ~ + ~ x c o sm
~ ++ l~ x
Im+,.n = -
m+n+2 +-----
m +n+21m,"
est une primitive de sinm+ x COS
51 EXERCICES FVR 111.31

Retrouver à l'aide de cette formule la formule (29) de III, p. 10 et démontrer la formule


2.4.6 ...2n
sinZn+lx dx = (n entier 3 0).
1.3.5 ...(2n 1) +
32) Démontrer laformule de Wallis
1 2 . 4 . 6 . . .2n
lim -
n+m I i ' 1 . 3 . 5 . . .(2n - 1) = dn
en utilisant l'exerc. 3 1 et l'inégalité sinn + x < sinnx pour O d x d x/2.
33) a ) Calculer les intégrales

pour n entier > 0, à l'aide de l'exerc. 3 1.

b) Montrer que l'on a


1 - 2 2 < 8-x2 pour O <x < 1
e-x2 < - pour x 2 0.
1 x2 +
c) Déduire de a) et b) et de la formule de Wallis (exerc. 32) que

34) a) Montrer que pour a > O, la dérivée de

i(a) = Io +

.-Ex-
sin x
x d~

est égale à -JO+" eWuX


sin x dx.

b) En déduire que dx = -.
Tc
2
JO+ "
35) Démontrer, par dérivation par rapport au paramètre, et utilisation de I'exerc. 33 c), les
formules

[o'mexp(-x2 - $)dX = fie-2u (a > O).


2
36) Déduire de l'exerc. 33 c) ci-dessus et de II, p. 36, exerc. 9, que l'on a

JO+ "
sin x2 dx = - 'J"'2
2
.
37) Soit f une fonction vectorielle réglée dans 10, l(, telle que i'intégrale f (sin x) dx soit
convergente. Montrer que l'intégrale j: xf (sin x ) dx est convergente et que l'on a

Ion x f (sin x) dx = -
y JOZ
f (sin x) dx.
FVR 111.32 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES 82
38) Soit f une fonction vectorielle réglée pour x 3 O, continue au point x = O et telle que
l'intégrale f (x) dx/x soit convergente pour a > O. Montrer que pour a > O et b > 0,
l'intégrale Ji
O
-
x
* (bX) dx est convergente et égale à f (O) log a/b.

39) Soient m une fonction convexe dans (O, + CO(,telle que m(0) = 0, e t p un nombre tel que
- 1 < p < +CO. Montrer que si l'intégrale Siw
xp exp(-ma(x)) dx est convergente, il en
est de même de l'intégrale J":
xp exp( - m(x)/x) dx, et l'on a

(Pour k > 1 et A > O, remarquer que m(kx) m(x) + (k - I)xmA(x), et en déduire


l'inégalité

Majorer la seconde intégrale à l'aide de l'inégalité de Holder (II, p. 24, exerc. 3) puis faire
tendre A vers + CO et k vers 1.)

§2
1) Soit f une fonction vectorielle n fois dérivable dans un intervalle 1 c R. Démontrer la
formule

en tout point x tel que ex E 1, le cofficient amayant pour expression

(méthode de 1, p. 47, exerc. 7, en utilisant le développement de Taylor de ex).


2) Soient f une fonction numérique n fois dérivable au point x, g une fonction vectorielle n
n
fois ddrivable au point f (x). Si l'on pose Dn(g(f (x))) = d k ) (f (x))uk(x), uk ne dépend
que de la fonctionf; en déduire que uk(x) est le coefficient de tk dans le développement
(par rapport à t ) de e-tf(x)Dn(etf(x)).
3) Pour tout x del > O et tout m I. y + iv complexe, on pose xm = emlogx;montrer que la
formule (19) de III, p. 18, est encore valable pour m complexe et x > - 1, et que le reste
rn(x) de cette formule satisfait aux inégalités

Généraliser l'étude de la convergence de la série de binôme au cas où m est complexe.


4) Pour tout x réel et tout nombrep > 1 démontrer l'inégalité
5 z! EXERCICES FVR 111.33

où on a posé m = [pl (partie entière de p) et


@(fi- 1) ...(fi - m + 1)
h, =
(m - l)!
7 5) Montrer que TC est irrationnel, de la façon suivante: si on avait x = p/q (p et q entiers),
en posant f (x) = (x(x - ~ ) ) ~ / l'intégrale
n! qn jt f (x) sin x dx serait un entier > O (utiliser
la formule d'intégration par parties d'ordre n + 1); mais montrer d'autre part que
qn f (x) sin x dx tend vers O lorsque n tend vers + CO.

6) Montrer que dans l'intervalle (- 1, + l), la fonction 1x1 est limite uniforme de polynômes,
en remarquant que 1x1 = (1 - (1 - x2))lI2et utilisant la série du binôme. En déduire une
nouvelle démonstration du th. de Weierstrass (cf. II, p. 32, exerc. 20).
7 7) Soientp un nombre premier, Q, le corps des nombresp-adiques (TG, III, p. 84, exerc.
23 à 25), Z, l'anneau des entiersp-adiques, & l'idéal principal (fi) dans Z,.
a) Soit a = 1 + $6, où b E Z, est un un élément du groupe multiplicatif 1 + &; montrer que
lorsque l'entier rationnel m augmente indéfiniment, le nombre p-adique
(1 + pb)pm - 1
Pm
tend vers une limite égale à la somme de la série convergente

O n désignera cette limite par log a.


aX - 1
b) Montrer que, lorsque le nombre p-adique x tend vers O dans Q,, le nombre -tend
X
vers log a (utiliser a) et la définition de la topologie de Q,).
c ) Montrer que, si p # 2, on a log a = pb (mod. b2), et si = 2, log a r O (mod. b2), et
log a = - 4b4 (mod. b3).
d) Montrer que, si p # 2 (resp. p = 2), x H log x est un isomorphisme du groupe topologique
multiplicatif 1 + & sur le groupe topologique additif & (resp. b2) ; en particulier, si e, est
l'élément de 1 + 1
tel que log e, = (resp. log e, = 4), l'isomorphisme de Z, sur 1 &, +
réciproque de x H 1log x (resp. x »$ log x) est y Hep (cf. TG, III, p. 84, exerc. 25).
h
ir
e) Montrer que pour tout a E 1 f &, la fonction continue x n aX,définie dans Z,, admet en
tout point une dérivée égale à ax log a; en déduire que la fonction log x admet en tout point
de 1 + & une dérivée égale à llx.
7 8) a) Avec les notations de l'exerc. 7, montrer que la série de terme général xn/n! est
convergente pour tout x E t) si p # 2, pour tout x E b2 (mais pour aucun x 6 b2) si p = 2,
pour tout x E Pz (mais pour aucun x 4 b2) si p = 2 (déterminer l'exposant de p dans la
décomposition de n! en facteurs premiers). Si f (x) est la somme de cette série, montrer quef
est un homomorphisme continu de b (resp. b2) dans 1 +
b2. En déduire que l'on a, pour tout
z E ZP,f (pz) = e; (resp.f (p2z) = eg), autrement dit, que

(utiliser l'exerc. 7 e)).


b) Pour tout a E 1 + & et tout x E Z,, montrer que log(ax) = x log a, et déduire de a) et de
l'exerc. 7 d) que l'on a
x log a +---
x2(log a)2 + . . . xn(loga)"
ax=l+-
l! 2!
+.--J- +"'
FVR 111.34 FONCTIONS ÉLÉMENTAIRES §2

c) Pour tout m E Z,, montrer que la fonction continue x H xm, définie dans 1 #, admet+
une dérivée égale à mxm- l (utiliser b) et l'exerc. 7 e)).
d) Montrer que pour tout m E 2, et tout x E j~si p # 2 (x E b2 si p = 2) la série de terme général
(r). ,
xn est convergente et que sa somme est fonction continue de m ; en déduire que cette
somme est égale à (1 +x ) en
~ remarquant que Z est partout dense dans Z,.
7 9) Avec les notations de l'exerc. 7), on désigne par 0 2 (Q,) (groupe des rotations de l'es-
pace Q;) le groupe des matrices de la forme

à éléments dans Q,, tels que x2 + y2 = 1, ce groupe étant muni de la topologie définie dans
TG, VIII, p. 27, exerc. 2.
a ) O n désigne par G, le sous-groupe de O,+(Q,) formé des matrices telles que t =
y/(l +
x) E bn. Montrer que G, est un groupe compact, que G,/G,,+l est isomorphe à Z/pZ, et
que les seuls sous-groupes compacts de G1 sont les groupes G, (cf. TG, III, p. 84, exerc. 24).
b ) Montrer que Gl est identique au sous-groupe des matrices

+ +
tellesquex2 y2 = 1 , x 1~ b 2 e t y ~ $ s i p# 2 , x ~ +
1 b 3 e t y ~ b 2 s i p= 2.
c) Montrer que les séries de terme général ( - l)nx2n/(2n)! et ( - l)n-1x2n+1/(2n+ 1) ! sont
convergentes pour tout x E b si p # 2, pour tout x E b2 si p = 2; soient cos x et sin x les
sommes de ces séries. Montrer que l'application

-sin
'Osx x cos x
est un isomorphisme du groupe topologique additif # (resp. b2) sur le groupe G,.
d) S i p est de la forme 4h + 1 ( h entier), il existe dans Q, un élément i tel que i2 = - 1. Si à
tout z E QP on fait correspondre la matrice

on définit un isomorphisme du groupe multiplicatif Q*, sur le groupe O,+(4, ;)au groupe
1 + +
# correspond par cet isomorphisme le groupe G,, et on a cospx i sinpx = ep (III,
p. 33, exerc. 8).
e) Si p est de la forme 4h + 3 (h entier), les matrices de O,+(Q,) ont nécessairement leurs
éléments entiers p-adiques. Le polynôme X2 + 1 est alors irréductible dans Q,; soit Qp(i)
l'extension quadratique de Q, obtenu par adjonction d'une racine i de X2 + 1; on munit
Q,(i) de la topologie définie dans TG, VIII, p. 27, exerc. 2. Le groupe 0 2 (Q,) est isomorphe
a u groupe multiplicatif N des éléments de Q,(i) de norme 1, par l'isomorphisme qui à la matrice
(-t :)
. < ,
fait correspondre l'élément z = x + iy. Montrer que, dans Q,(i), il existe p + 1
racines de l'équation xP+l = 1, qui forment un sous-groupe cyclique R de N (raisonner
comme dans TG, III, p. 84, exerc. 24: montrer d'abord qu'il existe, dans Q,(i), p + 1
racines distinctes de la congruence x p + l E 1 (modp) et, pour chaque racine a de cette con-
gruence, former la suite ( a p z n ) ) . En déduire que le groupe 0 2 (Q,) est isomorphe auproduit
des groupes R et Cl.
f ) Montrer que, pour j~ = 2, le groupe 0 2 (Q,) est isomorphe au produit du groupe G1 et
d'un groupe cyclique d'ordre 4.
NOTE HISTORIQUE
(Chapitres I, II, et III)

(N-B. - Les chiffres romains renvoient à la bibliographie placée à la fin de cette


note.)

En 1604, à l'apogée de sa carrière scientifique, Galilée croit démontrer que,


dans un mouvement rectiligne où la vitesse g o î proportionnellementa~chemin
- - ~ - - -

- -
parcou?u,la loi dumouvementsera bien celle (x = ct2) qu'il a découverte dans
la chute des graves ((III), t. X, p. 115-1 16). Entre 1695 et 1700, il n'est pas un
volume des Acta Eruditorum mensuellement publiés à Leipzig, où ne paraissent des
mémoires de Leibniz, des frères Bernoulli, du marquis de l'Hôpital, traitant, à
peu de chose près avec les notations dont nous nous servons encore, des problèmes
les plus variés du calcul différentiel, du calcul intégral, du calcul des variations.
C'est donc presque exactement dans l'intervalle d'un siècle qu'a été forgé le calcul
infinitésimal, ou, comme ont fini par dire les Anglais, le Calcul par excellence
(((calculus >)); et près de trois siècles d'usage constant n'ont pas encore complète-
ment émoussé cet instrument incomparable.
Les Grecs n'ont rien possédé ni imaginé de semblable. S'ils ont connu sans
doute, ne fût-ce que pour s'en refuser l'emploi, un calcul algébrique, celui des
Babyloniens, dont une partie de leur Géométrie n'est peut-être qu'une transcrip-
tion, c'est strictement dans le domaine de l'invention géométrique que s'inscrit
leur crCation mathématique peut-être la plus géniale, leur méthode pour traiter -

- - des probkmes qui pour nous relèven* du calcul intégral. Eudoxe, traitant du -

volume du cône et de la pyramide, en avait donné les premiers modèles,


qu'Euclide nous a plus ou moins fidèlement transmis ((1),livre XII, prop. 7 et
10). Mais surtout, c'est à ces problèmes qu'est consacrée presque toute l'ceuvre
d'Archimède ((II) et (II bis)) ; et, par une fortune singulière, nous sommes à
même de lire encore dans leur texte original, dans le sonore dialecte dorien où il les
avait si soigneusement rédigés, la plupart de ses écrits, et jusqu'à celui, retrouvé
récemment, où il expose les procédés (( heuristiques >)par lesquels il a été conduit
à quelques-uns de ses plus beaux résultats ((II), t. II, p. 425-507). Car c'est là
une des faiblesses de I'<( exhaustion a d'Eudoxe: méthode de démonstration
irréprochable (certains postulats étant admis), ce n'est pas une méthode de
découverte; son application repose nécessairement sur la connaissance préalable
du résultat à démontrer; aussi, dit Archimède, des résultats dont Eudoxe a trouvé le
premier la démonstration, au sujet du cône et de la pyramide.. ., une part non petite reuient à
t premier à les énoncer sans démonstration (loc. cit., p. 430). Cette
Démocrite, qui f i ~ le
circonstance rend particulièrement difficile l'analyse détaillée d e - l'œuvre
- - - _ -

- - cPArchiméde;andyse qui; à vrai direLne-semble avoir été entreprise par aucun


FVR 111.36 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

historien moderne; car de ce fait nous ignorons jusqu'à quel point il a pris con-
science des liens de parenté qui unissent les divers problèmes dont il traite (liens
que nous exprimerions en disant que la même intégrale revient en maints en-
droits, sous des aspects géométriques variés), et quelle importance il a pu leur
attribuer. Par exemple, considérons les problèmes suivants, le premier résolu par
Eudoxe, les autres par Archimède : le volume de la pyramide, l'aire du segment de
parabole, le centre de gravité du triangle, et l'aire de la spirale dite d'Archimède
( p = cw en coordonnées polaires); ils dépendent tous de l'intégrale Sx2 dx, et,
sans s'écarter en rien de l'esprit de la méthode d'exhaustion, on peut tous les
ramener au calcul de (( sommes de Riemann s de la forme 2 an2. C'est ainsi en
effet qu'Archimède traite de la spirale ((II), t. II, p. 1-121), au moyen d'un
lemme qui revient à écrire

Quant au centre de gravité du triangle, il démontre (par exhaustion, au


moyen d'une décomposition en tranches parallèles) qu'il se trouve sur chacune des
médianes, donc à leur point de concours ((II), t. II, p. 261-315). Pour la para-
bole, il donne trois procédés: l'un, heuristique, destiné seulement à ((donnerquelque
vraisemblance au résultat O,ramène le problème au centre de gravité du triangle, par
un raisonnement de statique au cours duquel il n'hésite pas à considérer le seg-
ment de parabole comme la somme d'une infinité de segments de droite parallèles
à l'axe ((II), t. II, p. 435-439); une autre méthode repose sur un principe
analogue, mais est rédigée en toute rigueur par exhaustion ((II), t. II, p. 261-
315) ; une dernière démonstration, extraordinairement ingénieuse mais de
moindre portée, donne l'aire cherchée comme somme d'une série géométrique
au moyen des propriétés particulières de la parabole. Rien n'indique une relation
entre ces problèmes et le volume de la pyramide; il est même spécifié ((II), t. II,
p. 8) que les problèmes relatifs à la spirale n'ont <( rien de commun avec certains
autres relatifs à la sphère et au paraboloïde de révolution, dont Archimède a eu
l'occasion de parler dans la même introduction et parmi lesquels il s'en trouve un
(le volume du paraboloïde) qui revient à l'intégrale x dx.
Comme on le voit sur ces exemples, et sauf emploi d'artifices particuliers, le
principe de l'exhaustion est le suivant: par une décomposition en (<sommes de
Riemann >), on obtient des bornes supérieure et inférieure pour la quantité
étudiée, bornes qu'on compare directement à l'expression annoncée pour cette
quantité, ou bien aux bornes correspondantes pour un problème analogue déjà
résolu. La comparaison (qui, faute de pouvoir employer les nombres négatifs, se
fait nécessairement en deux parties) est introduite par les paroles sacramentelles :
<( sinon, en effet, elle serait, ou plus grande, ou plus petite; supposons, s'il se peut,

qu'elle soit plus grande, etc.; supposons, s'il se peut, qu'elle soit plus petite, etc. D,
NOTE HISTORIQUE FVR 111.37

d'où le nom de méthode (( apagogique ou (t par réduction à l'absurde D (((&xcrywyt


EES &~UVUTOVO ) que lui donnent les savants du XVII" siècle. C'est sous une forme
analogue qu'est rédigée la détermination de la tangente à la spirale par Archi-
mède ((II), t. II, p. 62-76), résultat isolé, et le seul que nous ayons à citer comme
source antique du (t calcul différentiel >) en dehors de la détermination relative-
ment facile des tangentes aux coniques, et quelques problèmes de maxima et
minima. Si en effet, en ce qui concerne 1'(<intégration O,un champ de recherches
immense était offert aux mathématiciens grecs, non seulement par la théorie des
volumes, mais encore par la statique et l'hydrostatique, ils n'ont guère eu, faute
d'une cinématique, l'occasion d'aborder sérieusement la différentiation. Il est
vrai qu'Archimède donne une définition cinématique de sa spirale; et, faute de
savoir comment il a pu être conduit à la connaissance de sa tangente, on a le
droit de se demander s'il n'a pas eu quelque idée de la composition des mouve-
ments. Mais en ce cas n'aurait-il pas appliqué une méthode si puissante à d'autres
problèmes du même genre? Il est plus vraisemblable qu'il a dû se servir de
quelque procédé heuristique de passage à la limite que les résultats connus de lui
sur les coniques pouvaient lui suggérer ;ceux-ci, bien entendu, sont de nature essen-
tiellement plus simple, puisqu'on peut construire les points d'intersection d'une
droite et d'une conique, et par conséquent déterminer la condition de coïncidence
de ces points. Quant à la définition de la tangente, celle-ci est conçue comme une
droite qui, au voisinage d'un certain point de la courbe laisse la courbe tout
entière d'un même côté; l'existence en est admise, et il est admis aussi que toute
courbe se compose d'arcs convexes; dans ces conditions, pour démontrer qu'une
droite est tangente à une courbe, il faut démontrer certaines inégalités, ce qui
est fait bien entendu avec la plus complète précision.
Du point de vue de la rigueur, les méthodes d'Archimède ne laissent rien
à désirer; et, au xvne siècle encore, lorsque les mathématiciens les plus
scrupuleux veulent mettre entièrement hors de doute un résultat jugé parti-
culièrement délicat, c'est une démonstration (( apagogique qu'ils en donnent
)>

((XI a) et (XII a)). Quant à leur fécondité, l'œuvre d'Archimède en est un


suffisant témoignage. Mais pour qu'on ait le droit de voir là un (<calcul intégral O,
il faudrait y mettre en évidence, à travers la multiplicité des apparences géo-
métriques, quelque ébauche de classificatioii des problèmes suivant la nature de
1 ' intégrale
~ O sous-jacente. Au xvne siècle, nous allons le voir, la recherche d'une
telle classification devient peu à peu l'un des principaux soucis des géomètres; si
l'on n'en trouve pas trace chez Arcliimède, n'est-ce pas un signe que de telles
spéculations lui seraient apparues comme exagérément <( abstraites )), et qu'il s'est
volontairement, au contraire, en chaque occasion, tenu le plus près possible des
propriétés spécifiques de la figure dont il poursuivait l'étude? Et ne devons-nous
pas conclure que cette œuvre admirable, d'où le calcul intégral, de l'aveu de ses
créateurs, est tout entier sorti, est en quelque façon à l'opposé du calcul intégral?
Ce n'est pas impunément, par ailleurs, qu'on peut, en mathématique, laisser
FVR 111.38 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

se creuser un fossé entre découverte et démonstration. Aux époques favorables,


le mathématicien, sans manquer à la rigueur, n'a qu'à mettre par écrit ses idées
presque telles qu'il les conçoit; parfois encore il peut espérer faire en sorte qu'il en
soit ainsi, au prix d'un changement heureux dans le langage et les notations
admises. Mais souvent aussi il doit se résigner à choisir entre des méthodes
d'exposition incorrectes et peut-être fécondes, et des méthodes correctes mais qui
ne lui permettent plus d'exprimer sa pensée qu'en la déformant ct au prix d'un
fatigant effort. L'une ni I'autrc voie n'est exempte de dangers. Les Grecs ont
suivi la seconde, et c'est là peut-êtrc, plus cncore que dans l'effet stérilisant de la
conquête romaine, qu'il faut cherclicr la raison du surprenant arrêt de leur
mathématique presquc aussitôt après sa plus brillante floraison. Il a été suggéré,
sans inÿraiscmblance, que l'enseignement oral des successeurs d'Archimède et
d7Apollonius a pu contenir maint résultat nouveau sans qu'ils aient cru devoir
s'infliger l'extraordinaire effort requis pour une publication conforme aux canons
reçus. Ce ne sont plus de tels scrupules en tout cas qui arrêtent les mathématiciens
du XVII" sikle, lorsquc, devant les problèmes nouveaux qui se posent en foule, ils
cherchent dans l'étude assidue des écrits d'Archimède les moyens de le dépasser.
Tandis que les grands classiques de la littérature et de la philsophie grecque
ont tous été imprimés en Italie, par Alde Manuce et ses émules, et presque tous
avant 1520, c'est en 1544 seulement, et chez Hervagius à Bâle, que parait l'édition
princeps d'Arcliimède, grecque et latine,l sans qu'aucunc publication antérieure
en latin soit venue la préparer; et, loin quc les mathématiciens dc cette époque
(absorbés qu'ils étaicnt par leurs recherches algébriques) en aient ressenti aussitôt
l'influeiicc, il faut attendre Galilée et Képlcr, tous deux astronomes et physiciens
bien plus que mathématiciens, pour que cette influence devienne manifeste. Apartir
de ce moment, ct sans cesse jusque vers 1670, il n'est pas de nom, dans lesécrits
des fondateurs du Calcul infinitésimal, qui revienne plus souvent que celuid7Archi-
mède. Plusieurs lc traduisent et le commentent; tous, de Fermat à Barrow, le
citent à l'envi; tous déclarent y trouver à la fois un modèle et une source d'inspira-
tion.
Il est vrai quc ces déclarations, nous allons le voir, ne doivent pas toutes être
prises tout à Ijit à la lettre; là se trouve l'une des difficultés qui s'opposent à une
juste interprétation de ces écrits. L'historien doit tenir compte aussi de l'organisa-
tion du monde scientifique de cette époque, fort défectueuse encore au début du
XVII"siècle, tandis que vers la fin du même sièclc, par la création des sociétés
savantcs et des périodiques scientifiques, par la consolidation et le développemcnt
des universites, elle finit par ressembler fort à ce que nous connaissons aujourd'hui.
Dépourvus de tout périodique jusqu'en 1665, les mathématiciens n'avaient Ic
choix, pour faire connaître leurs travaux, qu'entre la voie épistolaire, et l'impres-
sion d'un livre, le plus souvent à leurs propres frais, ou à ceux d'un mécène s'il
l Archimedis 0,bera quae quidem emtant omnia, nunc jrirnus et gr. et lat. edita . . . Basileae, JO. Hervagius,
1544, 1 vol. in-fol.
NOTE HISTORIQUE FVR 111.39

s'en trouvait. Les éditeurs et imprimeurs capables de travaux de cette sorte


étaient rares, parfois peu sûrs. Après les longs délais et les tracas sans nombre
qu'impliquait une publication de ce genre, l'auteur avait le plus souvent à faire
face à des controverses interminables, provoquées par des adversaires qui
n'étaient pas toujours de bonne foi, et poursuivies parfois sur un ton d'aigreur
surprenant: car, dans l'incertitude générale où l'on se trouvait au sujet des prin-
cipes mêmes du calcul infinitésimal, il n'était pas difficile à chacun de trouver des
points faibles, ou du moins obscurs et contestables, dans les raisonnements de ses
rivaux. O n comprend que dans ces conditions beaucoup de savants épris de tran-
quillité se soient contentés de communiquer à quelques amis choisis leurs
méthodes et leurs résultats. Certains, et surtout certains amateurs de science, tels
Mersenne à Paris et plus tard Collins à Londres, entretenaient une vaste corres-
pondance en tous pays, dont ils communiquaient des extraits de part et d'autre,
non sans qu'à ces extraits ne se mêlassent des sottises de leur propre cru. Posses-
seurs de (<méthodes que, faute de notions et de définitions générales, ils ne
pouvaient rédiger sous forme de théorèmes ni même formuler avec quelque pré-
cision, les mathématiciens en étaient réduits à en faire l'essai sur des foules de cas
particuliers, et croyaient ne pouvoir mieux faire, pour en mesurer la puissance,
que de lancer des défis à leurs confrères, accompagnés parfois de la publication de
leurs propres résultats en langage chiffré. La jeunesse studieuse voyageait, et plus
peut-être qu'aujourd'hui; et les idées de tel savant se répandaient parfois mieux
par l'effet des voyages de tel de ses élèves que par ses propres publications, mais
non sans qu'il y eût là une autre cause encore de malentendus. Enfin, les mêmes
problèmes se posant nécessairement à une foule de mathématiciens, dont beau-
coup fort distingués, qui n'avaient qu'une connaissance imparfaite des résultats
les uns des autres, les réclamations de priorité ne pouvaient manquer de s'élever
sans cesse, et il n'était pas rare que s'y joignissent des accusations de plagiat.
C'est donc dans les lettres et papiers privés des savants de ce temps, presque
autant ou même plus que dans leurs publications proprement dites, que l'his-
torien a à chercher ses documents. Mais, tandis que ceux d'Huygens par exemple
nous ont été conservés et ont fait l'objet d'une publication exemplaire (XVI),
ceux de Leibniz n'ont été publiés encore que d'une manière défectueuse et
fragmentaire, et beaucoup d'autres sont perdus sans remède. Du moins les
recherches les plus récentes, fondées sur l'analyse des manuscrits, ont-elles mis
en évidence, d'une manière qui semble irréfutable, un point que des querelles
partisanes avaient quelque peu obscurci: c'est que, chaque fois que l'un des
grands mathématiciens de cette époque a porté témoignage sur ses propres
travaux, sur l'évolution de sa pensée, sur les influences qu'il a subies et celles
qu'il n'a pas subies, il l'a fait d'une manière honnête et sincère, et en toute
bonne foi1; ces témoignages précieux, dont nous possédons un assez grand
Ceci s'applique par exemple à Torricelli (voir (XII), t. VIII, p. 181-194) et à Leibniz
(D. MAHNKE, Abh. Preuss. Akad. der Wiss., 1925, Nr. 1, Berlin, 1926). Ce n'est pas à dire, bien entendu,
FVR 111.40 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

nombre, peuvent donc être utilisés en toute confiance, et l'historien n'a pas
à SC transformer à leur égard cn juge d'instruction. Au rcstc, la plupart des
questions de priorité qu'on a soulevées sont tout à fait dépourvues de sens. 11 est
vrai que Leibniz, lorsqu'il adopta la notation dx pour Ia G différentielle O,ignorait
que Newton, depuis une dizaine d'années, se servait de ipour la ((fluxion a:
mais qu'importerait qu'il l'eût su? Pour prendre un exemple plus instructif, quel
est l'auteur du théorème log x = dxlx, et quelle en est la date ? La formule, telle
que nousvenons de l'écrire, est de Leibnizpuisquel'un et l'autre membre sont écrits
dans sa notation. Leibniz lui-même, et Wallis, l'attribuent à Grégoire de Saint-
Vincent. Ce dernier, dans son Opus Geometricum (IX) (paru en 1647, mais rédigé,
dit-il, longtemps auparavant), démontre seulement l'équivalent de cc qui suit:
si f (a, 6 ) désigne l'aire du segment hyperbolique a < x < b, O < y < AIX, la
relation b'lu' = ( b / ~ cntraine
)~ f (a', b') = n .f (a, 6); à quoi son élève et commen-
tateur Xarasa ajoute presque aussitôt1 le remarque que les aires f(a, 6) peuvent
donc <( tenir lieu de logarithrncs )). S'il n'en dit pas plus, ct si Grégoire lui-même
n'en avait rien dit, n'est-ce pas parce que, pour la plupart des mathématiciens de
cette époque, les logarithmes étaien-Edes << aides au calcul )) sans droit de cité en
mathématique? II est vrai que Torricelli, dans une lettre de 1644 (VI1 bis), parle
de ses recherclies sur une courbe que nous noterions y = ae-ex, x 3 0, en
ajoutant que là où Neper (que d'ailleurs il couvre d'éloges) G ne poursuiüait que la
prntiqzle arithmétique lui-même (( en tirait une $éculatioîz de géométrie w ; et il a laissé
)>,

sur cette courbe un manuscrit évidemment préparé pour la publication, mais


resté inédit jusqu'en 1900 ((VIX), t. 1, p. 335-347). Descartes d'ailleurs avait
rencontré la mêmc courbe dès 1639 à propos du (( problèmc de Debeaune et )>

l'avait decrite sans parler de logarithmes ((X), t. II, p. 514-517). Quoi qu'il en
soit, J. Gregory, en 1667, donne, sans citer qui que ce soit ((XVII a), reproduit
dans (XVI bis), p. 407-462), une règle pour calculer les aires dcs segments
hypcrboliqucs au moyen des logarithrncs (déciniaux) : cc qui implique à la fois la
cor~naissancctliéorique du lien entrc la quadrature de l'hyperbole et les lo-
garithmes, et la connaissance numérique du licn entre logarithmes naturels et
{( décimaux o. Est-ce à ce dernier point seulement que s'applique la revendication

de Huygens, qui conteste aussitôt la nouveauté du résultat dc Gregory (XVI a) ?


C'est cc qui n'est pas plus clair pour nous que pour les contemporains; ceux-ci en
tout cas ont eu l'impression nette que l'existence d'un licn entre logarithmes ct
quadraturc de i'liyperbole était chose connue depuis longtemps, sans qu'ils puis-
sent là-dessus se référer qu'A des allusions épistolaires ou bien au livre de Grégoire
de Saint-Vincent. En 1668, lorsque Brouncker donne (avec une démonstration
de convergence soignée, par comparaison avec série géométrique) des séries pour
log2 et log (514) (XIV), il les présente comme exprcssions des segments d'hyperbole
qu'un mathématicien ne puisse se faire des illusions sur l'originalité de ses idées; mais ce ne sont pas
les plus grands qui sont le plus enclins à se tromper à cet égard.
.
l Solutio problematis . . Auctore P. ALFONSO ANTONIO DE SARASA . . . Antverpiae, 1649.
NOTE HISTORIQUE FVR 111.41

correspondants, et ajoute que les valeurs numériques qu'il obtient sont G dans le
même rapport que les logarithmes a de 2 et de 514. Mais la même année, avec
Mercator (XIII) (ou plus exactement avec l'exposé donné aussitôt par Wallis du
travail de Mercator (XV bis)), le langage change: puisque les segments d'hyper-
bole sont proportionnels à des logarithmes, et qu'il est bien connu que les lo-
garithmes ne sont définis par leurs propriétés caractéristiques qu'A un facteur cons-
tant près, rien n'empêche de considérer les segments d'hyperbole comme des
logarithmes, qualifiés de <( naturels D (par opposition aux logarithmes <( artificiels D
ou {( décimaux )>), ou hyperboliques; ce dernier pas franchi (à quoi contribue la
série pour log(1 + x ) , donnée par Mercator), le théorème log x = Jdx/x est - - - - - - - - - - -

- -
o b t e m , à la n~tatlio~pr'es,ou plutôt31 &t devenüdéfinition. Que conclure, sinon
que c'est par transitions presque insensibles que s'en est faite la découverte, et
qu'une dispute de priorité sur ce sujet ressemblerait fort à une querelle entre le
violon et le trombone sur le moment exact où tel motif apparaît dans une sym-
phonie? Et à vrai dire, tandis qu'à la même époque d'autres créations mathéma-
tiques, l'arithmétique de Fermat, la dynamique de Newton, portent un cachet
fortement individuel, c'est bien au déroulement graduel et inévitable d'une sym-
phonie, où le G Zeitgeist H, à la fois compositeur et chef d'orchestre, tiendrait le
bâton, que fait songer le développement du calcul infinitésimal au xvne siècle:
chacun y exécute sa partie avec son timbre propre, mais nul n'est maître des
thèmes qu'il fait entendre, thèmes qu'un contrepoint savant a presque inextri-
cablement enchevêtrés. C'est donc sous forme d'une analyse thématique que
l'histoire en doit être écrite; nous nous contenterons ici d'une esquisse sommaire,
et qui ne saurait prétendre à une exactitude min~tieuse.~ Voici en tout cas les
principaux thèmes qu'un examen superficiel fait apparaître :
- - -
A) Le thème d e l a rigueu~mathématique,contrastant avec celui des i$nZmelzts -
- -

petit, indivisibles ou di$éreentielles. On a vu que tous deux tiennent une place


importante chez Archimède, le premier dans toute son œuvre, le second dans le
seul traité de la Méthode, que le X V I I ~siècle n'a pas connu, de sorte que, s'il a été
transmis et non réinventé, il n'a pu l'être que par la tradition philosophique.
Le principe des infiniment petits apparaît d'ailleurs sous deux formes distinctes
suivant qu'il s'agit de <( différentiation )) ou d'o intégration )).Quant à celle-ci, soit
d'abord à calculer une aire plane: on la divisera en une infinité de tranches
parallèles infiniment petites, au moyen d'une infinité de parallèles équidistantes;
et chacune de ces tranches est un rectangle (bien qu'aucune des tranches finies
qu'on obtiendrait au moyen de deux parallèles à distance finie ne soit un rec-
tangle). De même, un solide de révolution sera décomposé en une infinité de
cylindres de même hauteur infiniment petite, par des plans perpendiculaires à
Dans ce qui suit, l'attribution d'un résultat à tel auteur, à telle date, indique seulement que ce
résultat lui était connu A cette date (ce qui a été le plus souvent possible vérifié sur les textes originaux) ;
nous n'entendons pas affirmer absolument que cet auteur n'en ait pas eu connaissance plus tôt,
ou qu'il ne l'ait pas reçu d'autrui; encore bien moins voulons-nous dire que le même résultat n'a pu
êtrs obtenu indépendamment par d'autxs, soit p1ustôt;soitplus tard. - - - - - - - -
FVR 111.42 PONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

l'axe1; des raçons de parler analogues pourront être cmployées lorsclu'il s'agit de
décomposer une aire cn triangles par des droites concourantes, ou de raisonner
sur la longueur d'un arc dc courbe comme s'il s'agissait d'un polygone à une
infinité de côtés, etc. Il cst certain quc les rares matliémüticiens qui possédaient à
fond le maniement des méthodes d'Archimède, tels Fermat, Pascal, Huygens,
Barrow, ne pouvaient, dans chaque cas particulier, trouver aucune difficulté d
remplacer l'emploi de cc langage par des démonstrations rigourcuscs; aussi font-
ils fréquemment remarquer que ce langage n'est là que pour abréger. ((Il serait
aisé D,dit Fermat, (<de donner des démonstrations à la manière d'drchimdde;. .., ce dont il
sufia d'avoir averti unefois pour toutes nJn d'éviter des répétiliow continuelleî. ..)) ((XI), t.
1, p. 257) ; de même Pascal: <( ainsi l'une de ces méthodes ne dzJdre de l'autre qu'en la
maniére de parler )) ((XII b), p. 352) 2 ; et Barrow, avec sa concision narquoise:
<< longior discursus apagogicus adhiberi possit, sed quorsud r> (on pourrait allonger par
un discours apagogique, mais à quoi bon?) ((XVIII), p. 251). Fermat se garde
même bien, scmble-t-il, d'avancer quoi que ce soit qu'il nc puisse justifier ainsi, et
se condamne par là à n'énoncer aucun résultat général quc par allusion ou sous
forme de <( métliode O ; Barrow, pourtant si soigncux, est quelque peu moins
scrupuleux. Quant à la plupart de leurs contemporains, on peut dirc à tout le
moins que la rigueur n'cst pas leur principal souci, et que le nom d'Archimède
n'est le plus souvent qu'un pavillon destiné à couvrir unc m a ~ h a n d i s cde grand
prix sans doute, mais dont Archimède n'eût certes pas assumé la responsabilité. A
plus forte raison en est-il ainsi lorsqu'il s'agit de différentiation. Si la courbe,
lorsqu'il s'agit de sa rectification, est assimiléc à un polygone à une infinité dc
côtés, c'est ici un arc << infiniment petit )> de la courbe qui est assimilé à un scg-
ment de droite ((infinimentpetit )), soit la corde, soit un segment de la tangentc dont
l'existence est admise; ou bien encore c'est un intervalle de tcmps ((infiniment
petit )> qu'on considère, durant lequel (tant qu'il nc s'agit que de vitesse) lc
mouvemcnt <( est 1) uniforme; plus hardi encore, Descartes, voulant déterminer la
tangcntc à la cycloïde qui ne se prête pas à sa règle générale, c~ssimiledes courbes
roulant l'une sur l'autre à des polygones, pour en déduire que << dans l'infiniment
petit )) le mouvement peut être assimilé à une rotation autour du point de contact
((X), t. II, p. 307-338). Ici encore, un Fermat, qui fait reposer sur de telles con-
sidérations infinitésimales ses règles pour les tangentes et pour les maxima et
minima, est en état de les justifier dans chaquc cas particulier ((XI 6) ; cf. aussi
(XI), t. II, passim, en particulier p. 154-162, et Supplément aux ûhvres (Gauthier-
Villars, 1922), p. 72-86) ;Barrow donne pour une grande partie de ses tliéorèmes

l V . p. ex. l'exposé d e Pascal dans la lettre à M . de Carcavy s (XII b ) . O n notera que, grâce au
prestige d'une langue incomparable, Pascal arrive à créer l'illusion d e la parfaite clarté, a u point que
l'un d e ses éditeurs modernes s'extasie sur (1 la minutie et la précision dans l'exactitude de la démon-
stration ))!
Mais, dans la Lettre à Mon5ieur A. D. D. S. : (1 . . . Jans m'arrêter, ni aux méthodes de5 mouvements, ni à
celles des indivisibles, mais en suivant celles des anciens, a$n que la chose pût être désormais ferme et sans dislute >>
((XII a ) , p. 256).
NOTE HISTORIQUE FVR 111.43

des démonstrations précises, à la manière des anciens, à partir d'hypothèses


simples de monotonie et de convexité. Mais le moment n'était déjà plus à verser
le vin nouveau dans de vieilles outres. Dans tout cela, nous le savons aujourd'hui,
c'est la notion de limite qui s'élaborait; et, si l'on peut extraire de Pascal, de
Newton, d'autres encore, des énoncés qui semblent bien proches de nos definitions
modernes, il n'est que de les replacer dans leur contexte pour apercevoir les
obstacles invincibles qui s'opposaient à un exposé rigoureux. Lorsqu'à partir du
XVIII" siècle des mathématiciens épris de clarté voulurent mettre quelque ordre
dans l'amas confus de leurs richesses, de telles indications, rencontrées dans les
écrits de leurs prédécesseurs, leur ont été précieuses; quand d'Alembert par
exemple explique qu'il n'y a rien d'autre dans la différentiation que la notion
de limite, et définit celle-ci avec précision (XXVI), on peut croire qu'il a été
guidé par les considérations de Newton sur les (( premières et dernières raisons
de quantités évanouissantes )) (XX). Mais, tant qu'il ne s'agit que du xvue siècle, il
faut bien constater que la voie n'est ouverte à l'analyse moderne que lorsque
Newton et Leibniz, tournant le dos au passé, acceptent de chercher provisoire-
ment la justification des nouvelles méthodes, non dans des démonstrations
rigoureuses, mais dans la fécondité et la cohérence des résultats.
B) La cinématique. Déjà Archimède, on l'a vu, donnait une définition ciné-
matique de sa spirale; et au moyen-âge se développe (mais sauf preuve du con-
traire, sans considérations infinitésimales) une théorie rudimentaire de la varia-
tion des grandeurs en fonction du temps, et de leur représentation graphique,
dont on doit peut-être faire remonter l'origine à l'astronomie babylonienne. Mais
il est de la plus grande importance pour la mathématique du xvne siècle que, dès
l'abord, les problèmes de différentiation se soient présentés, non seulement à
propos de tangentes, mais à propos de vitesses. Galilée pourtant ((III) et (III
bis)), recherchant la loi des vitesses dans la chute des graves (après avoir obtenu
la loi des espaces x = ut2, par l'expérience du plan incliné), ne procède pas par
différentiation: il fait diverses hypothèses sur la vitesse, d'abord v = dxla't = cx
((III), t. VIII, p. 203), puis plus tard v = ct (id., p. 208)' et cherche à retrouver
la loi des espaces en raisonnant, d'une manière assez obscure, sur le graphe de la
vitesse en fonction du temps; Descartes (en 1618) raisonne de même, sur la loi
v = ct, mais en vrai mathématicien et avec autant de clarté que le comporte le
langage des indivisibles1 ((X), t. X, p. 75--78); chez tous deux, le graphe de la
vitesse (en l'espèce une droite) joue le principal rôle et il y a lieu de se demander
jusqu'à quel point ils ont eu conscience de la proportionnalité entre les espaces
parcourus et les aires comprises entre l'axe des temps et la courbe des vitesses;
mais il est difficile de rien affirmer sur ce point, bien que le langage de Descartes
Descartes ajoute même un intéressant raisonnement géométrique par lequel il déduit la loi
x = utz de l'hypothèse duldt = ct. En revanche, il est piquant, dix ans plus tard, de le voir s'em-
brouiller dans ses notes, et recopier à l'usage de Mersenne un raisonnement inexact sur la même
question, où le graphe de la vitesse en fonction du temps est confondu avec le graphe en fonction de
l'espace parcouru ((X),t. 1, p. 71).
FVR 111.44 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

semble impliquer la connaissance du fait en question (que certains historiens


veulent faire remonter au moyen-âge1), tandis que Galilée n'y fait pas d'allusion
nette. Barrow l'énonce explicitement en 1670 ((XVIII), p. 171); peut-être
n'était-ce plus à cette époque une nouveauté pour personne, et Barrow ne la
donne pas pour telle; mais, pas plus pour ce résultat que pour aucun autre, il ne
convient de vouloir marquer une date avec trop de précision. Quant à l'hypo-
thèse v = cx, envisagée aussi par Galilée, il se contente (loc. cd.) de démontrer
qu'elle est insoutenable (ou, en langage moderne, que l'équation dxldt = cx n'a
pas de solution # O qui s'annule pour t = O), par un raisonnement obscur que
Fermat plus tard ((XI), t. II, p. 267-276) prend la peine de développer (et qui
revient à peu près à dire que, 2x étant solution en même temps que x, x # O
serait contraire à l'unicité physiquement évidente de la solution). Mais c'est cette
même loi dxldt = cx qui, en 1614, sert à Neper à introduire ses logarithmes, dont
il donne une définition cinématique (IV) qui, dans notre notation, s'écrirait
comme suit: si, sur deux droites, deux mobiles se déplacent suivant les lois
dxldt = a, dyldt = -ay/r, x, = 0, y, = r, alors on dit que x est le (<logarithme )>
de y (en notation moderne, on a x = r log (rly)). O n a vu que la courbe solution
de dyldx = c/x apparaît en 1639 chez Descartes, qui la décrit cinématiquement
((X), t. II, p. 514-51 7) ; il est vrai qu'il qualifiait assez dédaigneusement de
<( mécaniques )) toutes les courbes non algébriques, et prétendait les exclure de la

géométrie; mais heureusement ce tabou, contre lequel Leibniz, beaucoup plus


tard, croit encore devoir protester vigoureusement, n'a pas été observé par les
contemporains, ni par Descartes lui-même. La cycloïde, la spirale logarithmique
apparaissent et sont étudiées avec ardeur, et leur étude aide puissamment à la com-
pénétration des méthodes géométrique et cinématique. Le principe de compo-
sition des mouvements, et plus précisément de composition des vitesses, était à la
base de la théorie du mouvement des projectiles exposée par Galilée dans le chef-
d'œuvre de sa vieillesse, les Discorsi de 1638 ((III), t. VIII, p. 268-313), théorie
qui contient donc implicitement une nouvelle détermination de la tangente à la
parabole; si Galilée n'en fait pas expressément la remarque, Torricelli au con-
traire ((VII) t. III, p. 103-159) insiste sur ce point, et fonde sur le même principe
uneméthodegénérale de détermination des tangentes pour les courbes susceptibles
d'une définition cinématique. Il est vrai qu'il avait été devancé en cela, de plu-
sieurs années, par Roberval (VIII a), qui dit avoir été conduit à cette méthode
par l'étude de la cycloïde; ce même problème de la tangente à la cycloïde donne
d'ailleurs à Fermat l'occasion de démontrer la puissance de sa méthode de dif-
férentiation ((XI b), p. 162-1 65), tandis que Descartes, incapable d'y appliquer
sa méthode algébrique, invente pour la circonstance le centre instantané de
rotation ((X), t. II, p. 307-338).
Mais, à mesure que le calcul infinitésimal se développe, la cinématique cesse
H. WIELEITNER, Dcr (1 Tractatus de Iatitudinibus formarum D des Oresme, Bibl. Mat. (III),
t. 13 (1912), p. 115-145.
NOTE HISTORIQUE FVR 111.45

d'être une science à part. O n s'aperçoit de plus en plus qu'en dépit de Descartes,
les courbes et fonctions algébriques n'ont, du point de vue (( local O qui est celui du
calcul infinitésimal, rien qui les distingue d'autres beaucoup plus générales; les
fonctions et courbes à définition cinématique sont des fonctions et courbes comme
les autres, accessibles aux mêmes méthodes; et la variable <( temps O n'est plus
qu'un paramètre, dont l'aspect temporel est pure affaire de langage. Ainsi chez
Huygens, même lorsqu'il s'agit de mécanique, c'est la géométrie qui domine
(XVI b) ; et Leibniz ne donne au temps dans son calcul aucun rôle privilégié. Au
contraire Barrow imagina de faire, de la variation simultanée de diverses gran-
deurs en fonction d'une variable indépendante universelle conçue comme un - - - - - - -

(<tempsr; le-fondement d'un calcul infinitésimil à tendance géométrique. Cette

idée, qui a dû lui venir lorsqu'il cherchait à retrouver la méthode de composition


des mouvements dont il ne connaissait l'existence que par ouï-dire, est exposée en
détail, en termes fort clairs et fort généraux, dans les trois premières de ses
Lectiones Geometricae (XVIII) ; il y démontre par exemple avec soin que, si un point
mobile a pour projections, sur deux axes rectangulaires AY, AZ, des points
mobiles dont l'un se meut avec une vitesse constante a et l'autre avec une vitesse v
qui croit avec le temps, la trajectoire a une tangente de pente égale à v/a, et est
concave vers la direction des Z croissants. Dans la suite des Lectiones, il poursuit
ces idées fort loin, et, bien qu'il mette une sorte de coquetterie à les rédiger
presque de bout en bout sous une forme aussi géométrique et aussi peu algtbrique
que possible, il est permis de voir là, avec Jakob Bernoulli ((XXIII), t. 1, p. 431
et 453), l'équivalent d'une bonne partie du calcul infinitésimal de Newton et
Leibniz. Les mêmes idées exactement servent de point de départ à Newton
((XIX c) et (XX)): ses (( fluentes r) sont les diverses grandeurs, fonctions d'un
<( temps a quin'est qu'un par-amètre universel, et les << fluxions e n sont les dérivées- - -

- - - -

par rapport au ((temps>); la possibilité que s'accorde Newton de changer au


besoin de paramètre est présente également dans la méthode de Barrow, quoi-
qu'utilisée par celui-ci avec moins de ~ouplesse.~ Le langage des fluxions, adopté
par Newton et imposé par son autorité aux mathématiciens anglais du siècle sui-
vant, représente ainsi le dernier aboutissement, pour la période qui nous occupe,
des méthodes cinématiques dont le rôle véritable était déjà terminé.
C) La Géométrie algébrique. C'est là un thème parasite, étranger à notre sujet,
qui s'introduit du fait que Descartes, par esprit de système, prétendit faire des
Sur les rapports de Barrow et de Newton, voir OSMOND, Isaac Barrow. His life and time,London,
1944. Dans une lettre de 1663 (cf. ST. P. RIGAUD, Correspondence of scient& men..., Oxford, 1841, vol.
II, p. 32-33), Barrow parle de ses réflexions déjà anciennes sur la composition des mouvements, qui
l'ont amené à un théorème très général sur les tangentes (si cYestceluidesLect.Geom., Lect. X((XVIII),
p. 247), il est si général en effet qu'il comprend comme cas particulier tout ce qui avait été fait
jusque-là sur ce sujet). D'autre part hTewtona été l'élève de Barrow en 1664 et 1665, mais dit avoir
obtenu indépendamment sa règle pour déduire, d'une relation entre << fluentes s, une relation entre
>>.
leurs <ifluxions I l est vraisemblable que Newton a pris dans l'enseignement de Barrow l'idée
générale de grandeurs variant en fonction de temps, et de leurs vitesses de variation, notions que ses
réflexions sur la dynamique (auxquelles Barrow a dû rester tout à fait étrangey) ont bknt&t CO-ntribwé
- - - - - - - - - - - - - - - -
FVR 111.46 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

courbes algébriques l'objet exclusif de la géométrie ((X), t. VI, p. 390); aussi


est-ce une méthode de géométrie algébrique, et non comme Fermat une
méthode de calcul différentiel, qu'il donne pour la détcrmination des tangentes.
Les résultats légués par les anciens sur l'intci-section d'unc droite et d'une conique,
les réflexions de Descartes lui-même sur I'interscction de deux coniques et les
problèmcs qui s'y ramènent, devaicnt tout naturellement le conduire à l'idée de
prendre pour critère de contact la coïncidence dc deux intersections: nous savons
aujourd'hui qu'en géométric algébrique c'est là le critère correct, et d'une si
grande généralité qu'il est indépendant du concept dc limite et de la nature du
(( corps de base D. Dcscartcs l'applique d'abord d'une manière peu commode, en

cherchant à faire coïncider en un point donné deux interscctions de la courbe


étudiée et d'un cercle ayant son centre sur Ox ((X), t. VI, p. 413-424); ses
disciples, van Scl-iooten, Hudde, substituent au cercle une droite, et obtiennent
sous la forme -FY/FY la pente de la tangente à la courbe

les G polynômes dériv6 )) FX, F j étant définis par leur règle formelle dc formation
((X bis), t. 1, p. 147-344 et (XXII), p. 234-237) ; de Sluse arrive aussi à ce
résultat vers la même époque ((XXII), p. 232-234). Bien entendu les distinctions
tranchées que nous marquons ici, et qui seules donnent un sens à la controverse
entre Descartes et Fermat, ne pouvaient en aucune façon exister dans l'esprit des
mathématiciens du xvne siècle: nous nc lcs avons mentionnées que pour éclairer
un des plus curieux épisodes de l'liistoirc qui nous occupe, et pour constater
presque aussitôt après la complète éclipse des méthodes algébriques, provisoire-
ment absorbées par les méthodes différentielles.
19) ClassiJication des problèmes. Ce thème, nous l'avons vu, semble abscnt de
l'ccuvre d'Archimède, à qui il est assez indiflérent de résoudre un problème
directement ou de le ramener à un problème déjà traité. Au xvlrC siècle, les
problèmes de différentiation apparaissent d'abord sous trois aspects distincts:
vitesses, tangentes, maxima ct minima. Quant à ces derniers, Képler (V) fait
l'observation (qu'on trouve déjà chez Orrsmel, et qui n'avait pas échappé même
aux astronomes babyloniens) que la variation d'unc fonction est particulière-
ment lente au voisinage d'un maximum. Fermat, dès avant 1630 ((XIb) ;cf. (XI),
t. II, p. 7 1)' inaugure à propos de tels problèmcs sa méthode infinitésimale, qui en
langage moderne revient en somme à rcchcrcher les deux premiers termes (le terme
constant et le terme du premier ordre) du développement dc Taylor, et à écrire
qu'en un extremum le second s'annule; il part de là pour étendre sa méthode à
la détermination des tangentes, et l'applique mEme à la recherche des points
d'inflcxion. Si on tient compte de ce qui a été dit plus haut à propos de ciné-
matique, on voit que l'unification des trois types de problèmes relatifs à la dérivée
* H. WIPLEITNER, Der (iTractatus de latitudinibus formarum des Oresme, Bibl. Mat. (III), t. 13
(1912), p. 115-145, en particulier p. 141.
NOTE HISTORIQUE FVR 111.47

première a été réalisée d'assez bonne heure. Quant aux problèmes relatifs à la
dérivée seconde, ils n'apparaissent que fort tard, et surtout avec les travaux de
Huygens sur la développée d'une courbe (publiés en 1673 dans son Horologium
Oscillatorium (XVI 6 ) ) ; à ce moment, Newton, avec ses fluxions, était déjà en
possession de tous les moyens analytiques nécessaires pour résoudre de tels
problèmes; et, malgré tout le talent géométrique qu'y dépense Huygens (et dont
plus tard la géométrie différentielle à ses débuts devait profiter), ils n'ont guère
servi à autre chose, pour la période qui nous occupe, qu'à permettre à la nouvelle
analyse de constater la puissance de ses moyens.
Pour l'intégration, elle était apparue aux Grecs comme calcul d'aires, de - - - - -

- - volumes, de moments, comme calcut de lx longueur du cercleet d'aires de seg-


ments sphériques; à quoi le xvnesiècle ajoute la rectification des courbes, le calcul
de l'aire des surfaces de révolution, et (avec les travaux de Huygens sur le pendule
composé (XVI 6)) le calcul des moments d'inertie. Il s'agissait d'abord de
reconnaître le lien entre tous ces problèmes. Pour les aires et les volumes, ce
premier et immense pas en avant est fait par Cavalieri, dans sa Géométrie des
indivisibles (VI a). Il y énonce, et prétend démontrer, à peu près le principe
suivant: si deux aires planes sont telles que toute parallèle à une direction donnée
les coupe suivant des segments dont les longueurs sont dans un rapport constant,
alors ces aires sont dans le même rapport; un principe analogue est posé pour les
volumes coupés par les plans parallèles à un plan fixe suivant des aires dont les
mesures soient dans un rapport constant. Il est vraisemblable que ces principes
ont été suggérés à Cavalieri par des théorèmes tels que celui d'Euclide (ou plutôt
d'Eudoxe) sur le rapport des volumes des pyramides de même Ilauteur, et qu'a-
vant de les poser d'une manière générale, il en a d'abord vérifié la validité sur un
grand nombre d'exemples pris dans Archimède. Ils les_((justifie a par Yemplei -
- -

- - -

d'un Tangage, iÜr la Ggitimité-du&;l on le voit interroger Galilée dans une


lettre de 1621, alors qu'en 1622 déjà il l'emploie sans hésitation ((III), t. XIII,
p. 81 et 86) et dont voici l'essentiel. Soient par exemple deux aires,

n -1 n-1
les sommes d'ordonnées
k=O
f(knln), 2 g(ka/n)
k=O
sont l'une à l'autre dans un
rapport qui, pour n assez grand, est aussi voisin qu'on veut du rapport des deux
aires, et il ne serait même pas difficile de le démontrer par exhaustion pour f et g
monotones; Cavalieri passe à la limite, fait n = CO, et parle de <( la somme de
toutes les ordonnées D de la première courbe, qui est à la somme analogue pour
la deuxième courbe dans un rapport rigoureusement égal au rapport des aires;
de même pour les volumes; et ce langage est ensuite universellement adopté,
même par les auteurs, comme Fermat, qui ont le plus nettement conscience des
faits précis qu'il recouvre. Il est vrai que par la suite beaucoup de mathémati-
ciens, tels Roberval (VI-II a) et Pascal [XR bj, préf&rentvoir; dansce~ordonnées
FVR 111.48 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

de la courbe dont on fait la G somme D, non des segments de droite comme


Cavalieri, mais des rectangles de même hauteur infiniment petite, ce qui n'est
pas un grand progrès du point de vue de la rigueur (quoi qu'en dise Roberval),
mais empêche peut-être l'imagination de dérailler trop facilement. En tout cas,
et comme il ne s'agit que de rapports, l'expression <<lasomme de toutes les
ordonnées )) de la courbe y = f (x), ou en abrégé G toutes les ordonnées )> de la
courbe, est en définitive, comme il apparaît bien par exemple dans les écrits
de Pascal, l'équivalent exact du J"zj dx leibnizien.
Du langage adopté par Cavalieri, les principes énoncés plus haut s'ensuivent
inévitablement, et entraînent aussitôt des conséquences que nous allons énoncer
en notation moderne, étant entendu que J"f dx y signifiera seulement l'aire com-
prise entre Ox et la courbe y = f (x). Tout d'abord, toute aire plane, coupée par
chaque droite x = constante suivant des segments dont la somme des longueurs
est f (x), est égale à J"f dx; et il en est de même de tout volume coupé par chaque
plan x = constante suivant une aire de mesure f(x). De plus, J"f dx dépend
linéairement de f; on a J" (f + g) dx = J"f dx + Jg dx, J"cfdx = c J"f dx. En
particulier, tous les problèmes d'aires et de volumes sont ramenés aux quadra-
tures, c'est-à-dire à des calculs d'aires de la forme J"f dx; et, ce qui est peut-être
encore plus nouveau et important, on doit considérer comme équivalents deux
problèmes dépendant de la même quadrature, et on a le moyen dans chaque cas
de décider s'il en est ainsi. Les mathématiciens grecs n'ont jamais atteint (ou
peut-être n'ont jamais consenti à atteindre) un tel degré d ' abstraction
~ Ainsi
)>.

((VI), p. 133) Cavalieri G démontre 1) sans aucune peine que deux volumes
semblables sont entre eux dans un rapport égal au cube du rapport de similitude,
alors qu'Archimède n'énonce cette conclusion, pour les quadriques de révolution
et leurs segments, qu'au terme de sa théorie de ces solides ((II), t. 1,p. 258). Mais
pour en arriver là il a fallu jeter la rigueur archimédienne par-dessus bord.
On avait donc là le moyen de classifier les problèmes, provisoirement du
moins, suivant le degré de difficulté réel ou apparent que présentaient les quadra-
tures dont ils relevaient. C'est à quoi l'algèbre de l'époque a servi de modèle : car
en algèbre aussi, et dans les problèmes algébriques qui se posent en géométrie,
alors que les Grecs ne s'étaient intéressés qu'aux solutions, les algébristes du XVI"
et du XVIP siècle ont commencé à porter principalement leur attention sur la
classification des problèmes suivant la nature des moyens qui peuvent servir à les
résoudre, préludant ainsi à la théorie moderne des extensions algébriques; et ils
n'avaient pas seulement procédé à une première classification des problèmes sui-
vant le degré de l'équation dont ils dépendent, mais ils s'étaient déjà posé de
difficiles questions de possibilité: possibilité de résoudre toute équation par
radicaux (à laquelle beaucoup ne croyaient plus), etc. (voir Note historique du
Livre II, chap. V) ; ils s'étaient préoccupés aussi de ramener à une forme géo-
métrique type tous les problèmes d'un degré donné. De même en Calcul intégral,
NOTE HISTORIQUE FVR 111.49

les principes de Cavalieri le mettent à même de reconnaître aussitôt que beau-


coup des problèmes résolus par Archimède se ramènent à des quadratures J x n dx
pour n = 1,2, 3; et il imagine une ingénieuse méthode pour effectuer cette
quadrature pour autant de valeurs de n qu'on veut (la méthode revient à observer
qu'on a Jia
xn dx = cnan l par homogénéité, et à écrire
+

d'où, en développant, une relation de récurrence pour les c,) ((VI a), p. 159 et
(VI b), p. 269-273). Mais déjà Fermat était parvenu beaucoup plus loin, en
démontrant d'abord (avant 1636) que pour n entier positif
n+l
((XI), t. II, p. 83), au moyen d'une formule pour les sommes de puissances des
N premiers entiers (procédé imité de la quadrature de la spirale par Archimède),
puis en étendant la même formule à tout n rationnel # - 1 ((XI), t. 1, p. 195-
198); de ce dernier résultat (communiqué à Cavalieri en 1644) il ne rédige une
démonstration que fort tard, à la suite de la lecture des écrits de Pascal sur l'in-
tégrationl (XI c).
Ces résultats, joints à des considérations géométriques qui tiennent lieu du
changement de variables et de l'intégration par parties, permettent déjà de
résoudre un grand nombre de problèmes qui se ramènent aux quadratures
élémentaires. Au delà, on rencontre d'abord la quadrature du cercle et celle de
l'hyperbole: comme c'est surtout d'<<intégralesindéfinies s qu'il s'agit à cette
époque, la solution de ces problèmes, en termes modernes, est fournie respective-
ment par les fonctions circulaires réciproques et par la logarithme; celles-là
étaient données géométriquement, et nous avons vu comment celui-ci s'est peu
à peu introduit en analyse. Ces quadratures font l'objet de nombreux travaux, de
Grégoire de St.-Vincent (IX), Huygens ((XVI c) et (XVP d)), Wallis (XV a),
Gregory (XVII a) ; le premier croit effectuer la quadrature du cercle, le dernier
croit démontrer la transcendance de n;chez les uns et les autres se développent
des procédés d'approximation indéfinie des fonctions circulaires etlogarithmiques,
les uns de tendance théorique, d'autres orientés vers le calcul numérique, qui vont
aboutir bientôt, avec Newton ((XIX a) et (XIX b)), Mercator (XIII),J. Gregory
(XVII bis), puis Leibniz (XXII), à des méthodes générales de développement
en série. En tout cas, la conviction se fait jour peu à peu de 1'((impossibilité >)des
quadratures en question, c'est-à-dire du caractère non algébrique des fonctions
qu'elles définissent; et en même temps, on s'accoutume à considérer qu'un
problème est résolu pour autant que sa nature le comporte, lorsqu'il a été ramené
* Il est remarquable que Fermat, si scrupuleux, utilise l'additivité de l'intégrale, sans un mot pour
la justifier, dans !es applications qu'il donne de ses résultats généraux: se base-t-il sur la monotonie
par morceaux, implicitement admise, des fonctions qu'il étudie, moyennant laquelle il n'est pas
difficile en effet de justifier I'additivité par exhaustion? ou bien est-il déjà, en dépit de lui-même
entraîné par le langage dont il se sert?
FVR 111.50 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

à l'une de ces quadratures O impossibles o. C'est le cas par exemple des problèmes
sur la cycloïde, résolus par les fonctions circulaires, et de la rectification de la
parabole, ramenée à la quadrature de l'hyperbole.
Les problèmes de rectification, dont nous venons de citer deux des plus
fameux, ont eu une importance particulière, comme formant une transition
géométrique naturelle entre la différentiation, qu'ils présupposent, et l'intégra-
tion dont ils relèvent; on peut leur associer les problèmes sur l'aire des surfaces de
révolution. Les anciens n'avaient traité que le cas du cercle et de la sphère. Au
X V I I ~siècle, ces questions n'apparaissent que fort tard; il semble que la difficulté,
insurmontable pour l'époque, de la rectification de l'ellipse (considérée comme
la courbe la plus simple après le cercle) ait découragé les efforts. Les méthodes
cinématiques donnent quelque accès à ces problèmes, ce qui permet à Roberval
(VI11 b) et Torricelli ((VII), t. III, p. 103-159), entre 1640 et 1645, d'obtenir
des résultats sur l'arc des spirales; mais c'est seulement dans les années qui précè-
dent 1660 qu'ils passent à l'ordre du jour; la cycloïde est rectifiée par Wren en
1658 ((XV), t. 1, p. 533-541); peu après la courbe y3 = ax2 l'est par divers
auteurs ((XV), t. 1, p. 551-553; ( X bis), p. 517-520; (XI d)), et plusieurs
auteurs aussi ((XI), t. 1, p. 199; (XVI), t. II, p. 224) ramènent la rectification de
la parabole à la quadrature de l'hyperbole (c'est-à-dire à une fonction algébrico-
logarithmique). Ce dernier exemple est le plus important, car c'est un cas par-
ticulier du principe général d'après lequel la rectification d'une courbe y = f (x)
n'est pas autre chose que la quadrature de y = 4 1 + (f'(~))~ et; c'est bien de
ce principe que Heurat le déduit. 11 n'est pas moins intéressant de suivre les
tâtonnements de Fermat vieillissant, dans son travail sur la courbe y3 = ax2
(XI d ) ; à la courbe y = f (x) d'arc s = g(x), il associe la courbe y = g(x), et
détermine la tangente à celle-ci à partir de la tangente à la première (en langage
moderne, il démontre que leurs pentes f '(x), g'(x) sont liées par la relation
=
(d(4)2= + (f'(~))~);
on se croit tout près de Barrow, et il n'y aurait qu'à combiner ce résultat avec
celui de Heurat (ce que fait à peu près Gregory en 1668 ((XVII bis), p. 488-
491)) pour obtenir la relation entre tangentes et quadratures; mais Fermat
énonce seulement que si, pour deux courbes rapportées chacune à un système
d'axes rectangulaires, les tangentes aux points de même abscisse ont toujours
même pente, les courbes sont égales, ou autrement dit que la connaissance de
f'(x) déterminef (x) (à une constante près) ; et il ne justifie cette assertion que par
un raisonnement obscur sans aucune valeur probante.
Moins de dix ans plus tard, les Lectiones Geometricae de Barrow (XVIII)
avaient paru. Dès le début (Lect. 1),il pose en principe que, dans un mouvement
J":
rectiligne, les espaces sont proportionnels aux aires u dt comprises entre l'axe
des temps et la courbe des vitesses. O n croirait qu'il va déduire de là, et de sa
méthode cinématique déjà citée sur la détermination des tangentes, le lien entre
NOTE HISTORIQUE FVR 111.51

la dérivée conçue comme pente de la tangente, et l'intégrale conçue comme aire;


mais il n'en est rien, et il démontre plus loin, d'une manière purement géo-
métrique ((XVIII), Lect. X, $ 11, p. 243) que, si deux courbes y = f (x),

"
+ Y = F(x) sont telles que les ordonnées Y soient proportionnelles aux aires :J" y dx
(c'est-à-dire si c.F(x) = f (x) dx), alors la tangente à Y = F(x) coupe Ox au
point d'abscisse x - T déterminée par y/Y = c/T; la démonstration est d'ailleurs
parfaitement précise, à partir de l'hypothèse explicite que f (x) est monotone, et
il est dit que le sens de variation de f ( x ) détermine le sens de la concavité de
Y = F(x). Mais on notera que ce théorème se perd quelque peu parmi une foule
d'autres, dont beaucoup fort intéressants; le lecteur non prévenu est tenté de
n'y voir qu'un moyen de résoudre par quadrature le problème Y/T = f(x)/c,
c'est-à-dire un certain problème de détermination d'une courbe à partir de
données sur sa tangente (ou, comme nous dirions, une équation différentielle
d'un genre particulier); et cela d'autant plus que les applications qu'en donne
Barrow concernent avant tout des problèmes du même genre (c'est-à-dire des
équations différentielles intégrables par (( séparation des variables )>).Le langage
géométrique que s'impose Barrow est ici cause que le lien entre différentiation et
intégration, si clair tant qu'il s'agissait de cinématique, est quelque peu obscurci.
D'autre part, diverses méthodes avaient pris forme, pour ramener les pro-
blèmes d'intégration les uns aux autres, et les (<résoudre » ou bien les réduire à des
problèmes (<impossibles >> déjà classés. Sous sa forme géométrique la plus simple,
l'intégration par parties consiste à écrire l'aire comprise entre Ox, Oy, et un arc
de courbe monotone y = f (x) joignant un point (a, O) de Ox à un point (O, 6) de
Si
Oy comme j,"y dx = x dy; et elle est fréquemment utilisée d'une manière
implicite. Chez Pascal ((XII c), p. 287-288) apparaît la généralisation suivante,
déjà beaucoup plus cachée :J(x) étant comme ci-dessus, soit g (x) une fonction 3 0,
1:
et soit G(x) = J," g(x) dx; alors on a J," yg(x) dx = G ( x )dy, ce qu'il démontre
ingénieusement en évaluant de deux manières le volume du solide O < x < a,
%ni-i
0 6y < f (x), 0 6 z 6 g(x) ;le cas particulier g(x) = xn, G(x) = -joue un
+

rôle important, a la fois chez Pascal (loc. cit., p. 289-291) et chez Fermat ((XI),
t. 1, p. 271) ; ce dernier (dont le travail porte le titre significatif de << Transmutation
et émendation des équations des courbes, et ses applications variées à la comparaison des espaces
curuilignes entre eux et avec les espaces rectilignes.. . ))) ne le démontre pas, sans doute
parce qu'il juge inutile de répéter ce que Pascal venait de publier. Ces théorèmes
de << transmutation r), où nous verrions une combinaison d'intégration par parties
et de changement de variables, tiennent lieu en quelque mesure de celui-ci, qui ne
s'introduit que fort tard; il est en effet contraire au mode de pensée, encore trop
géométrique et trop peu analytique, de l'époque, de se permettre l'usage de
variables autres que celles qu'impose la figure, c'est-à-dire l'une ou l'autre des
coordonnées (ou parfois des coordonnées polaires), puis l'arc de la courbe. C'est
FVR 111.52 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

ainsi que nous trouvons chez Pascal (XII d) des résultats qui, en notation mo-
derne, s'écrivent, en posant x = cos t, y = sin t, et pour des fonctions f(n)
particulières :

et, chez J. Gregory ((XVIH bis), p. 489), pour une courbe y = f (x) et son arc s,
1
f y d~ = z dx, avec z = y2/1 + yr2. C'est seulement en 1669 que nous voyons
Barrow en possession du théorème général de changement de variables ((XVIII),
p. 298-299); son énoncé, géométrique comme toujours, revient à ce qui suit:
soient x et y reliés par une relation monotone, et soit p la pente du graphe
de cette relation au point (x, y); alors, si les fonctions f (x), g(y) sont telles
qu'on ait f (x)/g(y) = p pour tout couple de valeurs (x, y) correspondantes, les
aires Jf(x) dx, jg(y)dy, prises entre limites correspondantes, sont égales; et
réciproquement, si ces aires sont toujours égales (f et g étant implicitement sup-
posées de signe constant), on a p = f (x)/g(y); la réciproque sert naturellement à
appliquer le théorème à la résolution d'équations différentielles (par G séparation
des variables D).Mais le théorème n'est inséré par Barrow que dans un appendice
(Lect. XII, app. III, theor. IV), où, en faisant observer que beaucoup de ses
résultats précédents n'en sont que des cas particuliers, il s'excuse de l'avoir
découvert trop tard pour en faire plus d'usage.
Donc, vers 1670, la situation est la suivante. O n sait traiter, par des procédés
uniformes, les problèmes qui relèvent de la dérivée première, et Huygens a
abordé des questions géométriques qui relèvent de la dérivée seconde. O n sait
ramener tous les problèmes d'intégration aux quadratures; on est en possession
de techniques variées, d'aspect géométrique, pour ramener des quadratures les
unes aux autres, dans des cas mal classifiés, et on s'est habitué, de ce point de vue,
au maniement des fonctions circulaires et logarithmique; on a pris conscience
du lien entre différentiation et intégration; on a commencé à aborder la G méthode
inverse des tangentes w, nom donné à cette époque aux problèmes qui se ra-
mènent aux équations différentielles du premier ordre. La découverte sensa-
m

tionnelle de la série log (1 + x) = - (-x)"/n par Mercator vient d'ouvrir


des perspectives toutes nouvelles sur l'application des séries, et principalement
des séries de puissances, aux problèmes dits <( impossibles o. En revanche les rangs
des mathématiciens se sont singulièrement éclaircis: Barrow a quitté la chaire du
professeur pour celle du prédicateur; Huygens mis à part (qui a presque toute
son œuvre mathématique derrière lui, ayant obtenu déjà tous les principaux
résultats de 1'Horologium Oscillatorium qu'il se dispose à rédiger définitivement), ne
sont actifs que Newton à Cambridge, et J. Gregory isolé à Aberdeen, auxquels
Leibniz s'adjoindra bientôt avec une ardeur de néophyte. Tous trois, Newton à
partir de 1665 déjà, J. Gregory à partir de la publication de Mercator en 1668,
NOTE HISTORIQUE F'VR 111.53

Leibniz à partir de 1673 environ, se consacrent principalement au sujet d'ac-


tualité, l'étude des séries de puissances. Mais, du point de vue de la classiiication
des problèmes, le principal effet des nouvelles méthodes semble être d'oblitérer
entre eux toute distinction; et en effet Newton, plus analyste qu'algébriste, n'hé-
site pas à annoncer à Leibniz en 1676 ((XXII), p. 224) qu'il sait résoudre toutes
les équations différentielles1; à quoi Leibniz répond ((XXII), p. 248-249) qu'il
s'agit au contraire d'obtenir la solution en termes finis chaque fois qu'il se peut
{( en supposant les quadratures r), et aussi de savoir si toute quadrature peut se

ramener à celles du cercle et de l'hyperbole comme cela a été constaté dans la


plupart des cas déjà étudiés; il rappelle à ce propos que Gregory croyait (avec
raison, nous le savons aujourd'hui) la rectification de l'ellipse et de l'hyperbole
irréductibles aux quadratures du cercle et de l'hyperbole; et Leibniz demande
jusqu'à quel point la méthode des séries, telle que Newton l'emploie, peut donner
la réponse à ces q~iestions.Newton, de son côté ((XXII), p. 209-21 1)' se déclare
en possession de critères, qu'il n'indique pas, pour décider, apparemment par
l'examen des séries, de la O possibilité de certaines quadratures (en termes finis),
et donne en exemple une série (fort intéressante) pour l'intégrale Jxa(l + x)D dx.
O n voit l'immense progrès rCalisé en moins de dix ans: les questions de classi-
fication se posent déjà dans ces lettres en termes tout modernes; si l'une de celles
que soulève Leibniz a été résolue au xrxe siècle par la théorie des intégrales
abéliennes, l'autre, sur la possibilité de ramener aux quadratures une équation
différentielle donnée, est encore ouverte malgré d'importants travaux récents.
S'il en est ainsi, c'est que déjà Newton et Leibniz, chacun pour son propre
compte, ont réduit à un algorithme les opérations fondamentales du calcul
infinitésimal; il suffit d'écrire, dans les notations dont se sert l'un ou l'autre, un
problème de quadrature ou d'équation différentielle, pour que sa structure
algébrique apparaisse aussitôt, dégagée de sa gangue géométrique; les méthodes
de (( transmutation D aussi s'écrivent en termes analytiques simples; les problèmes
de classification se posent de façon précise. Mathématiquement parlant, le xme
siècle a pris fin.
E) Interpolation et calcul des dzférences. Ge thème (dont nous ne séparons pas
l'étude des coe$cients du bin6me) apparaît de bonne heure et se continue à travers
tout le siècle, pour des raisons à la fois théoriques et pratiques. L'une des grandes
tâches de l'époque est en effet le calcul des tables trigonométriques, logarith-
miques, nautiques, rendues nécessaires par les rapides progrès de la géographie,
de la navigation, de l'astronomie théorique et pratique, de la physique, de la
mécanique céleste; et beaucoup de mathématiciens les plus éminents, de Képler
à Huygens et Newton, y participent, soit directement, soit par la recherche
théorique des procédés d'approximation les plus efficaces.
Au cours de cet échange de lettres, qui ne se fait pas directement entre les intéressés mais
officiellement par l'intermédiaire du secrétaire de la Royal Society, Newton a prend date a en énon-
çant sa méthode comme suit: 5accdae IOeffh 12i... rrrsssssttuu, anagramme où se trouve renfermée la
méthode de résolution par une série de puissances à coefficients indéterminés ((XXII), p. 224).
FVR 111.54 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

L'un des premiers problèmes, dans l'usage et même la confection des tables,
est celui de l'interpolation; et, à mesure que s'accroit la précision des calculs, on
s'aperçoit au X V I I ~siècle que l'antique procédé de l'interpolation linéaire perd sa
validité dès que les différences premières (différences entre les valeurs successives
figurant dans la table) cessent d'être sensiblement constantes; aussi voit-on Briggs
par exemple1 faire usage de difîérences d'ordre supérieur, et même d'ordre assez
élevé, dans le calcul des logarithmes. Plus tard, nous voyons Newton ((XIX d) et
(XX), livre III, lemme 5) et J. Gregory ((XVII bis), p. 119-120), chacun de
son côté, poursuivre parallklement des recherches sur l'interpolation et sur les
séries de puissances; l'un et I'autre aboutit, par des méthodes d'ailleurs différentes,
d'une part à la formule d'interpolation par polynômes, dite G de Newton D, et de
l'autre à la série du binôme ((XVII bis), p. 131; (XXII), p. 180) et aux princi-
paux développements en séries de puissances de l'analyse classique ((XVII bis) ;
(XIX a et d) et (XXII), p. 179-192 et 203-225); il n'est guère douteux que ces
deux ordres de recherches n'aient réagi l'un sur l'autre, et n'aient été intimement
liés aussi dans l'esprit de Newton à la découverte des principes du calcul infinite-
simal. Chez Gregory comme chez Newton se fait jour un grand souci de la pra-
tique numérique, de la construction et de l'usage des tables, du calcul numérique
des séries et des intégrales; en particulier, bien qu'on ne trouve chez eux aucune
démonstration soignée de convergence, dans le genre de celle de Lord Brouncker
citée plus haut, tous deux font constamment mcntion de la convergence de leurs
séries du point de vue pratique de leur aptitude au calcul. C'est ainsi encore que
nous voyons Newton, en réponse à une question posée par Collins pour des fins
N

pratiques3, appliquer au calcul approché de 2 -, -t.1 p


in
pour de grandes valeurs
de N, la méthode de sommation dite d'Euler-Maclaurin.
O n recontre aussi de bonne heure le calcul des valeurs d'une fonction à partir
de leurs différences, employé comme procédé pratique d'intégration, et même,
peut-on dire, d'intégration d'équation différentielle. Ainsi Wright, en 1599, ayant
à résoudre en vue de tables nautiques un problème que nous noterions
dx - 1
- sec t = -Y
dt cos t
procède par addition des valeurs de sec t, par intervalles successifs d'une seconde
d'arc4, obtenant naturellement à peu de chose près une table des valeurs de
log tg (n/4 + t/2); et cette coïncidcncc, observée dès le calcul des premières
tables de log tg t, demeura inexpliqués jusqu'à l'intégration de sec t par Gregory
en 1668 ((XVJI c) et (XVII bis) p. 7 et 463).
1 EI. BRIGGS, Aritlzmetica lo,narithmica, London, 1624, chap. XIII.
2 Voir aussi D. C. FRASER, Newton's Interpolation Formulas, Joutn. Insl. Actuaries, t. 51 (1919),
p. 77-106 et p. 21 1-232, ct t .59 (1927), p. 53-95 (articles réimprimés en plaqueite, London (sans
date)).
Cf. ST. P. RIGAUD, Corresjondence of scientiJic men... Oxford, 1841, t. II, p. 309-310.
ED. WRIGIIT, Table of Latitudes, 1599 (cf. Nufier Mernorial Volurne, 1914, p. 97).
NOTE HISTORIQUE FVR 111.55

Mais ces questions ont aussi un aspect purement théorique et même arith-
métique. Convenons de noter par Arx, les suites de différences successives d'une
suite (x,),,,, définies par récurrence au moyen de Ax, = x,,, - x,,

et de noter par Sr l'opération inverse de A et ses itérées, en posant donc y, = Sx, si


n-r
y. = O, ~ y =
, x,, et srxn = s(s'-lx,); on a Srxn = p = o B(";!;'), en
particulier, si x, = 1 pour tout n, on a Sx, = n, les suites S2x, et S3xnsont celles
des nombres <( triangulaires )) et c< pyramidaux v étudiés déjà par les arithméticiens
grecs, et on a en général Srx, =
i:) pour n 2 r (et Srx, = O pour n < r); ces
suites s'étaient introduites, de ce point de vue, en tout cas dès le xvre siècle; elles
apparaissent d'elles-mêmes aussi dans les problèmes combinatoires, qui, soit par
eux-mêmes, soit à propos de probabilités, ont joué un assez grand rôle dans les
mathématiques du XVII" siècle, par exemple chez Fermat et Pascal, puis chez
Leibniz. Elles se présentent aussi dans l'expression de la somme des m-èmes puis-
sances des N premiers entiers, dont le calcul, comme nous l'avons vu, est à la
base de l'intégration de l x mdx pour m entier, par la première méthode de Fer-
mat ((XI), t. II, p. 83). C'est ainsi que procède aussi Wallis en 1655 dans son
Arithmetica Inznitorum (XV a) sans connaître les travaux (non publiés) de Fermat,
et sans connaître non plus, dit-il, la méthode des indivisibles autrement que par
la lecture de Torricelli; il est vrai que Wallis, pressé d'aboutir, ne s'attarde pas à
une recherche minutieuse: une fois le résultat atteint pour les premières valeurs
entières de m, il le pose vrai <c par induction pour tout m entier, passe correcte-
ment de là à m = lln pour n entier, puis, par une <( induction )) encore plus
sommaire que la première, à m rationnel quelconque. Mais ce qui fait l'intérêt et
l'originalité de son travail, c'est qu'il s'élève progressivement de là à l'étude de
l'intégrale eulérienne >> I(m, n) = JO (1 - xl'm)ndx (dont la valeur, pour m et
n > O est I'(m + l)I'(n + l)/I'(m + n + 1)) et autres semblables, dresse, pour m
et n entiers, le tableau des valeurs de l/I(m, n) qui n'e'st autre que celui des entiers
(m n), et, par des méthodes presque identiques à celles qu'on emploie
aujourd'hui pour exposer la théorie de la fonction I', aboutit au produit infini
pour I(3, 2) = 7cI4 = il n'est pas difficile d'ailleurs de rendre sa
méthode correcte au moyen d'intégrations par parties et de changements de
variables très simples, et de la considération de I(m, n) pour toutes les valeurs
réelles de m et n, ce à quoi il ne pouvait guère songer, mais que l'analyse
newtonienne allait bientôt rendre possible. C'est en tout cas l'cc interpolation )>
cffectuke par Wallis des entiers à des valeurs non entières de rn (plus
+

( n )
FVR 111.56 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

précisément aux valeurs de la forme n = p/2, avec p entier impair) qui sert de
point de départ à Newton débutant ((XXII), p. 204-206)' l'amenant, d'abord
par l'étude du cas particulier (1 - x2)pI2, à la série du binôme, puis de là à
I'introduction de xa (ainsi noté) pour tout a réel, et à la différentiation de xa au
moyen de la série du binôme; tout cela sans grand effort pour obtenir des démons-
trations ni même des définitions rigoureuses; de plus, innovation remarquable,
c'est de la connaissance de la dérivée de xa qu'il déduit jxa dx pour a # - 1
((XIX a) et (XXII), p. 225). Du reste, et bien qu'il ait été bientôt en possession
de méthodes beaucoup plus générales de développement en série de pissances,
telles la méthode dite du polygone de Newton (pour les fonctions algébriques)
((XXII), p. 221) et celle des coefficients indéterminés, il revient maintes fois par
la suite, avec une sorte de prédilection, à la série du binôme et à ses généralisa-
tions; et c'est de là, par exemple, qu'il semble avoir tiré le développement de
1 xa(l + x)xd" dont il a été question plus haut ((XXII), p. 209).
L'évolution des idées sur le continent, cependant, est fort différente, et beau-
coup plus abstraite. Pascal s'était rencontré avec Fermat dans l'étude des coeffi-
cients du binôme (dont il forme ce qu'il nomme le Q triangle arithmétique )>)et
leur emploi en calcul des probabilités et en calcul des différences; lorsqu'il aborde
l'intégration, il y introduit les mêmes idées. Comme ses prédécesseurs, quand il
emploie le langage des indivisibles, il conçoit l'intégrale F(x) = :f f(x) dx
comme valeur du rapport de la <( somme de toutes les ordonnées de la courbe n

à l'a unité r N = 1 pour N = m ((XII b), p. 352-355) (ou, lorsqu'il


O<p<N
abandonne ce langage pour le langage correct par exhaustion, comme limite de
ce rapport pour N augmentant indéfiniment). Mais, ayant en vue des problèmes
de moments, il observe que, lorsqu'il s'agit de masses discrètes yi réparties à
intervalles équidistants, le calcul de la masse totale revient à l'opération Sy,
définie plus haut, et le calcul du moment à l'opération S2yn;et, par analogie, il
1
itère l'opération pour former ce qu'il nomme les a sommes triangulaires des
ordonnées O, donc, dans notre langage, les limites des sommes N-2S2(f ( n / N ) ) ,
fz
c'est-à-dire les intégrales F,(x) = F(x) dx; une nouvelle itération lui donne les
1:
<< sommes pyramidales F3(x) = F2(x) dx, limites de N-3S3(f (n/N)); le con-
texte marque d'ailleurs suffisamment que, s'il s'arrête là, ce n'est pas par défaut
de généralité dans sa pensée ni dans son langage, mais seulement parce qu'il ne
compte se servir que de celles-là, dont l'emploi systématique est à la base d'une
bonne partie de ses résultats, et dont il démontre aussitôt les propriétés que nous
écririons F2(x) = 1;
(x - u) f (u) du, F3(x) = f (X - U) Y(u) du ((XII b),
p. 361-367); tout cela sans écrire une seule formule, mais dans un langage si
NOTE HISTORIQUE FVR 111.57

transparent et si précis qu'on peut immédiatement le transcrire en formules


comme il vient d'être fait. Chez Pascal comme chez ses prédécesseurs, mais d'une
manière beaucoup plus nette et systématique, le choix de la variable indépen-
dante (qui est toujours l'une des coordonnées, ou bien l'arc sur la courbe) est
implicite dans la convention qui fixe les points de subdivision équidistants (bien
qu'c( infiniment voisins w) de l'intervalle d'intégration; ces points, suivant le cas,
sont, soit sur Ox, soit sur Oy, soit sur l'arc de courbe, et Pascal prend soin de ne
jamais laisser subsister aucune ambiguïté à ce sujet ((XII b), p. 368-369).
Lorsqu'il a à c h a ~ g e de
r variable, il le fait au moyen d'un principe qui revient à
dire que l'aire J" f (x) dx peut s'écrire S (f (xi) Ax,) pour toute subdivision de
l'intervalle d'intégration en intervalles infiniment petits Axi, égaux ou non
((XII d), p. 61-68).
Comme on voit, on est déjà tout près de Leibniz; et c'est, peut-on dire, un
hasard heureux que celui-ci, lorsqu'il voulut s'initier aux mathématiques mo-
dernes, ait rencontré Huygens, qui lui mit aussitôt les écrits de Pascal entre les
mains ((XXII), p. 407-408) ;il y était particulièrement préparé par ses réflexions
sur l'analyse combinatoire, et nous savons qu'il en fit une étude approfondie, qui
se réflète dans son œuvre. En 1675, nous le voyons transcrire le théorème de
Pascal cité ci-dessus, sous la forme omn(xw) = x.omn w - omn(omn a), où
omn w est une abréviation pour l'intégrale de w prise de O à x, à laquelle Leib-
niz, quelques jours plus tard, substitue J" w (initiale de (( summa omnium w n) en
même temps qu'il introduit d pour la (( différence )) infiniment petite, ou, comme
il dira bientôt, la différentielle ((XXII),p. 147-167). Concevant ces (( différences >>
comme des grandeurs comparables entre elles mais non aux grandeurs finies, il
prend d'ailleurs le plus souvent, explicitement ou non, la différentielle dx de la
variable indépendante x comme unité, dx = 1 (ce qui revient à identifier la diffé-
rentielle dy avec la dérivée dyldx), et au début l'omet de sa notation de l'intégrale,
qui apparaît donc comme ly
plutôt que comme Iy
dx; mais il ne tarde guère à
introduire celle-ci, et s'y tient systématiquement une fois qu'il en aperçoit le
caractère invariant par rapport au choix de la variable indépendante, qui dispense
d'avoir ce choix constamment présent à l'esprit1; et il ne marque pas peu de
satisfaction, lorsqu'il revient à l'étude de Barrow qu'il avait jusque-là nCgligé, en
constantant que le théorème général de changement de variable, dont Barrow
faisait si grand cas, découle immédiatement de sa propre notation ((XXII),
p. 412). En tout ceci du reste, il se tient très près du calcul des différences, dont
son calcul différentiel se déduit par un passage à la limite que bien entendu il
serait fort en peine de justifier rigoureusement; et par la suite il insiste volontiers
sur le fait que ses principes s'appliquent indifféremment à l'un et à l'autre. Il cite

* a J'avertis qu'on prenne garde de ne pas omettre dx.. .faute fréquemment commise, et qui empêche d'aller de
l'avant, du fait qu'on ôte par là à ces indivisibles, comme ici dx, leur généralité.. . dc laquelle naissent d'innom-
brables transJigurations et équipollences dejgures. D ( ( X X I b ) , p. 233).
FVR 111.58 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

expressément Pascal, par exemple, lorsque dans sa correspondance avec Johann


Bernoulli ((XXI), t. III, p. 156), se référant à ses premières recherches, il donne
une formule de calcul des différences qui est un cas particulier de celle de Newton,

et en déduit par G passage à la limite ii la formule y 1


m
dny xn
( - 1)" - - (où y est
=
dxn'n!
une fonction s'annulant pour x = O, et les dny/dxnsont ses dérivées pour la valeur
x de la variable), formule équivalente à une semblable que vient de lui com-
muniquer Bernoulli ((XXI), t. III, p. 150) et (XXIV), t. 1, p. 125-128), et que
celui-ci démontre par intégrations par parties successives. Cette formule, comme
on voit, est très voisine de la série de Taylor; et c'est le raisonnement même de
Leibniz, par passage à la limite à partir du calcul des diflérences, que Taylor
retrouvc en 1715 pour obtenir (( sa série1, sans d'ailleurs faire de celle-ci grand
)>

usage.
F) O n aura déjà aperçu, implicite dans l'évolution décrite plus haut, l'algé-
brisation progressive de l'analyse infinitésimale, c'est-à-dire sa réduction à un
calcul opérationnel muni d'un système de notations uniforme de caractère algé-
brique. Comme Leibniz l'a maintes fois indiqué avec une parfaite netteté
((XXI b) p. 230-233), il s'agissait de faire pour la nouvellc analyse ce que Viète
avait fait pour la théorie des équations, et Descartes pour la géométrie. Pour en
comprendre la nécessité, il n'est que de lire quelques pages de Barrow; à aucun
moment on ne peut se passer d'avoir sous les yeux une figure parfois compliquée,
décrite au préalable avec un soin minutieux; il ne faut pas moins de 180 figures
pour les 100 pages (Lcct. V-XII) qui forment l'essentiel de l'ouvrage.
Il ne pouvait guère êtrc question d'algébrisation, il est vrai, avant que quel-
que unit6 ne fût apparue à travers la multiplicité des apparences géométriques.
Cependant Grégoire de St. Vincent (IX) déjà introduit (sous le nom de ductus <(

plani in planum O) une sorte dc loi de composition qui revient à l'emploi systé-
matique d'intégrales f (x)g(x) dx considérées comme volumes de solides
a < x < b, O < y < f (x), O 6 z < g(x) ; mais il est loin d'en tirer les con-
séquences que plus tard Pascal déduit, comme: on a vu, de l'étude du même solide.
Wallis en 1655, et Pascal en 1658, se forgent, chacun à son usage, des langages
de caractère algébrique, dans lesquels, sans écrire aucune formule, ils rédigent
des énoncés qu'on peut immédiatement transcrire en formules de calcul intégral
dès qu'on en a compris le mécanisme. Le langage de Pascal est particulierement
clair et précis; et, si l'on ne comprend pas pourquoi il s'est refusé l'usage des

B. TAYLOR, Methodm Incremenlorum directa et inversa, Lond., 1715. Pour le calcul des différences,
Taylor pouvait naturellement s'appuyer sur les résultats de Newton, contenus dans un lemme
fameux des Princifiia ((XX), Livre III, lemme 5) et publiés plus amplement en 1711 (XIX d).
Quant à l'idée dc passer à la limite, elle semble typiquement leibnizienne; et l'on aurait peine à
croire à l'originalité de Taylor sur ce point si on ne connaissait de iout temps maints exemples de
disciples ignorants de tout hormis des écrits de leur maître et patron. Taylor ne cite ni Leibniz ni
Bernoulli; mais la controverse Newton-Leibniz faisait rage, Taylor Ctait secrétaire de la Royal Society
et Sir Isaac en était le tout-puissant président.
NOTE HISTORIQUE FVR 111.59

notations algébriques, non seulement de Descartes, mais même de Viète, on ne


peut qu'admirer le tour de force qu'il accomplit, et dont sa maîtrise de la langue
l'a seule rendu capable.
Mais qu'on laisse passer quelques années, et tout change de face. Newton le
premier conçoit l'idée décisive de remplacer toutes les opérations, de caractère
géométrique, de l'analyse infinitésimale contemporaine, par une opération
analytique unique, la différentiation, et par la résolution du problème inverse;
opératioii que bien entendu la méthode des séries de puissances lui permettait
d'exécuter avcc une extrême facilité. Empruntant son langage, nous l'avons vu,
à la fiction d'un paramètre (( temporel O universel, il qualifie de (( fluentes O les
quantités variables en fonction de ce paramètre, et de << fluxions D leurs dérivées.
Il ne paraît pas avoir attaché une importance particulière aux notations, et ses
séides plus tard vantent même comme un avantage l'absence d'une notation
systématique; il prend néanmoins de bonne heure, pour son usage personnel,
l'habitude de noter la fluxion par un point, donc dxldt par X, d2x/dt2 par x, etc.
Quant à l'intégration, il semble bien que Newton, tout comme Barrow, ne l'ait
jamais envisagée que comme problème (trouver la fluente connaissant la fluxion,
donc résoudre X = f (t)), et non comme opération; aussi n'a-t-il pas de nom pour
l'intégrale, ni, semble-t-il, de notation habituelle (sauf quelquefois un carré, If0
ou f (t) pour f (t) dt). Est-ce parce qu'il répugne à donner un nom et un
signe à un être qui n'est pas défini d'une manière unique, mais seulement à une
constante additive près? Faute d'un texte, on ne peut que poser la question.
Autant Newton est empirique, concret, circonspect en ses plus grandes
hardiesses, autant Leibniz est systématique, généralisateur, novateur aventureux
et parfois téméraire. Dès sa jeunesse, il eut en tête l'idée d'une (<caractéristique >>
ou langue symbolique universelle, qui devait être à l'ensemble de la pensée
humaine ce que la notation algébrique est à l'algèbre, où tout nom ou signe eût
été la clef de toutes les qualités de la chose signifiée, et qu'on n'eût pu employer
correctement sans du même coup raisonner correctement. Il est aisé de traiter
un tel projet de chimérique; ce n'est pas un hasard pourtant que son auteur ait
été l'homme même qui devait bientôt reconnaître et isoler les concepts fonda-
mentaux du calcul infinitésimal, et douer celui-ci de notations à peu près défini-
tives. Nous avons déjà assisté plus haut à la naissance de celles-ci, et observé le
soin avec lequel Leibniz, qui semble conscient de sa mission, les modifie pro-
gressivement jusqu'à leur assurer la simplicité et surtout l'invariance qu'il
recherche (XXI a et b). Ce qu'il importe de marquer ici, c'est, dès qu'il les
introduit (sans rien connaître encore des idées de Newton), la claire conception
de Jet de d, de l'intégrale et de la différentielle, comme opérateurs inverses l'un de
l'autre. Il est vrai qu'en procédant ainsi il ne peut éviter l'ambiguïté inhérente à
l'intégrale indéfinie, qui est le point faible de son système, sur lequel il glisse
adroitement, de même que ses successeurs. Mais ce qui frappe, dès la première
FVR 111.60 FONCTIONS D'UNE VARIABLE REELLE

apparition des nouveamx symboles, c'est de voir Leibniz occupé aussitôt A cil
formuler les d'emploi, se demander si ci(xy) = dx dy ((XXII), p. 16-166),
et se répondre à lui-même par la négative, pour en venir progressivement à la
règle correcte (XXI a), qu'il devait plus tard généraliser par sa fameuse formule
pour dn(xy) ((XXP), t. III, p. 175). Bien entendu, au moment où Leibniz tâtonne
ainsi, Newton sait depuis dix ans dCjà que z = xy entraîne i = iy + xj; mais il
ne prend jamais la peine de le dire, n'y voyant qu'un cas particulier, indignc
d'être nommé, de sa règle pour différentier une relation F(x, y, z) = O entre
fluentes. Au contraire, le principal souci de Leibniz n'est pas de faire servir ses
méthodes à, la résolution de tels problèmes concrets, ni non plus de les déduire de
principes rigourcux et inattaquables, mais avant tout de mettre sur pied un
algorithme reposant sur le maniement formel de quelques règles simples. C'est
dans cet esprit qu'il améliore la notation algébrique par l'emploi dcs parenthèses,
qu'il adopte progressivement log .x ou Zx pour lc logarithme1, et cju7ilinsiste sur
le c< calcul exponentiel c'est-&-dire la considération systématique d'expo-
)>,

nenticlles, aX,xX, xy, où l'exposant est une variable. Surtout, tandis que Newton
n'introduit les fluxions d'ordre supérieur que strictement dans la mesure où elles
sont nécessaires dans chaque cas concret, Leibniz s'oriente de bonne heure vers
la création d'un t( calcul opérationnel >> par l'itération de d et de J; prenant peu à
peu claire conscience de l7analogicentre la nlultiplication des nombres et la com-
position des opérateurs de son calcul, il adopte, par une hardiesse heureuse, la
notation par exposants pour écrire les itérés de ci, écrivant donc dn pour le n-Cme
itéré ((XXIH), p. 595 et 6012, et (XXI), t. V, p. 221 et 378) et même d-l, d-"
1
pour et ses itérés ((XXI), t. III, p. 167); et il cherche même à donner un sens à
du pour u. réel quelconque ((XXP), t. II, p. 301-302, et t. III, p. 228).
Ce n'est pas à dire que Leibniz ne s'intéresse aussi aux applications de son
calcul, sachant bicn (comme Huygens le lui répète souvent ((XXII), p. 599))
qu'elles en sont la pierre dc touche; mais il manque de patience pour les appro-
fondir, ct y cherche surtout I'oecasion de formuler de nouvelles règles générales.
C'est ainsi qu'en 1686 (XXI c) il traite de la courbure des courbes, et du cercle
osculateur, pour aboutir en 1692 (XXI d) aux principes généraux sur le contact
des courbes planes 3; en 1692 (XXI e) et 1694 ( X X I f ) il pose Ics bases de la

l Mais il n'a pas de signe pour les fonctions trigonométriques, ni (faute d'un symbole pour e )
pour le « nombre dont le logarithme est x >).
« ...c'est à peu pres comme si, au lieu des racines et puissances, on uouloit toujours substituer des lettres, et au
lieu de xx, ou x3, prendre m, ou n, après avoir déclaré que ce doivent estre les puirsances de la grandeur x. Jugés,
Mons., combien cela embarasseroit. Il en est de mesme de dx ou de ddx, et les differences ne sont pas moins des
agections des grandeurs indeterminées dans leurs lieux, que les puissances sont des affections d'une grandeur przse à
part. I l me semble donc qu'il est plus naturel de les designer en sorle qu'elles fassent connoistre immediatement la
grandeur dont elles sont les affections. i>
Il commet d'abord IA-dessus une erreur singulière, croyant que le <I cercle qui baise D (le cercle
osculateur) a au point dr contact quaire points communs avec la courbe; et il ne se rend qu'avec
peine, par la suitr, aux objections des frères Bernoulli à ce sujet ((XXI), t. III, p. 187-188, 201-202
et 207).
NOTE HISTORIQUE FVR 111.61

théorie des enveloppes; concurremment avec Johann Bernoulli, il effectue en


1702 et 1703l'intégration des fractions rationnelles par décomposition en é2éincnts
simples, mais d'abord d'une manière formelle et sans bien se rendre compte des
circonstances qui accompagnent la présence de facteurs linéaires complexes au
dénominateur (XXI g et h). C'est ainsi encore qu'un jour d'août 1697, méditant
en voiture sur des questions de calcul des variations, il a l'idée de la règle de
différentiation par rapport à un paramètre sous le signe f, et, enthousiasmé, la
mande aussitôt à Bernoulli ((XXI), t. III, p. 449-454). Mais lorsqu'il en est là,
les principes fondamentaux de son calcul sont acquis depuis longtemps, et l'usage
a commencé à s'en répandre: l'algébrisation de l'analyse infinitésimale est un
fait accompli.
G) La notion de fonction s'introduit et se précise d'une foule de manières au
cours du xvne siècle. Toute cinématique repose sur une idée intuitive, et en
quelque sorte expérimentale, de quantités variables avec le temps, c'est-à-dire de
fonctions du temps, et nous avons vu déjà comment on aboutit ainsi à la fonction
d'un paramètre, telle qu'elle apparaît chez Barrow, et, sous le nom de fluente,
chez Newton. La notion de ((courbe quelconque O apparaît souvent, mais est
rarement précisée; il se peut que souvent elle ait été conçue sous forme ciné-
matique ou en tout cas expérimentale, et sans qu'on jugeât nécessaire qu'une
courbe soit susceptible d'une caractérisation géométrique ou analytique pour
pouvoir servir d'objet aux raisonnements; il en est ainsi, en particulier (pour des
raisons que nous sommes mieux à même de comprendre aujourd'hui) lorsqu'il
s'agit d'intégration, par exemple chez Cavalieri, Pascal et Barrow; ce dernier,
raisonnant sur la courbe définie par x = ct, y = f ( t ) ,avec l'hypothèse que dyldt
soit croissante, dit même expressément qu' G il n'importe en rien )) que dyldt croisse
<( régulièrement suiuant une loi quelconque, ou bien irrégulièrement D ((XVIII), p. 191)

c'est-à-dire, comme nous dirions, soit susceptible ou non d'une définition analy-
tique. Malheureusement cette idée claire et féconde, qui devait, convenablement
précisée, reparaître au XIX" siècle, ne pouvait alors lutter contre la confusion
créée par Descartes, lorsque celui-ci avait, en premier lieu, banni de la géo-
métrie fi toutes les courbes non susceptibles d'une définition analytique précise,
et en second lieu restreint aux seules opérations algébriques les procédés de
formation adinissibles dans une telle définition. Il est vrai que, sur ce dernier point,
il n'est pas suivi par la majorité de ses contemporains; peu à peu, et souvent par
des détours fort subtils, diverses opérations transcendantes, le logarithme,
l'exponentielle, les fonctions trigonométriques, les quadratures, la résolution
d'équations différentielles, le passage à la limite, la sommation des séries,
acquièrent droit de cité, sans qu'il soit facile sur chaque point de marquer le
moment précis où se fait le pas en avant; et d'ailleurs le premier pas en avant est
souvent suivi d'un pas en arrière. Pour le logarithme, par exemple, on doit
considérer comme des étapes importantes l'apparition de la courbe logarith-
mique (y = aX ou y = log x suivant le choix des axes), de la spirale logarith-
FVR 111.62 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

mique, la quadrature de l'hyperbole, le développement en série de log (1 + x),


et même l'adoption du symbole log x ou lx. En ce qui concerne les fonctions trigo-
nométriques, et bien qu'en un certain sens elles remontent à l'antiquité, il est
intéressant d'observer que la sinusoïde n'apparaît pas d'abord comme définie
par une équation y = sin x, mais bien, chez Roberval ((VI11 a), p. 63-65),
comme (( compagne de la roulette D (en l'espèce, il s'agit de la courbe

c'est-à-dire comme courbe auxiliaire dont la définition est déduite de celle de la


cycloïde. Pour rencontrer la notion générale d9expressioiianalytique, il faut en
venir à J. Gregory, qui la définit en 1667 ((XVI bis), p. 413), comme une
quantité qui s'obtient à partir d'autres quantités par une succession d'opérations
algébriques (( ou de toute autre opération imaginable O ; et il essaie de préciser cette
notion dans sa préface ((XVI bis), p. 408409), en expliquant la nécessité
d'adjoindre aux cinq opérations de l'algèbre1 une sixième opération, qui en
définitive n'est autre que le passage à la limite. Mais ces intéressantes réflexions
sont bientôt oubliées, submergées par le torrent des développements en série
découverts par Gregory lui-même, Newton, et d'autres; et le prodigieux succès
de cette dernière méthode crée une confusion durable entre fonctions susceptibles
de définition analytique, et fonctions développables en série de puissances.
Quant à Leibniz, il semble s'en tenir au point de vue cartésien, élargi par
l'adjonction explicite des quadratures, et par l'adjonction implicite des autres
opérations familières à l'analyse de son époque, sommation de séries de puissances,
résolution d'équations différentielles. De même, Johann Bernoulli, lorsqu'il veut
considérer une fonction arbitraire de x, l'introduit comme <( une quantitéformée d'une
manière quelconque à partir de x et de constantes D ((XXI), t. II, p. 150), en précisant
parfois qu'il s'agit d'une quantité formée (( d'une manière algébrique ou transcendante ))
((XXI), t. II, p. 324) ;et, en 1698, il se met d'accord avec Leibniz pour donner à
une telle quantité le nom de ((fonction de x D ((XXI), t. III, p. 507-510 et
p. 525-526)2. Déjà Leibniz avait introduit les mots de (( constante O,(( variable r),
((paramètre n, et précisé à propos d'enveloppes la notion de famille de courbes
dépendant d'un ou plusieurs paramètres (XXI e). Les questions de notation se
précisent aussi dans la correspondance avec Johann Bernoulli: celui-ci écrit
l Il s'agit des quatre opérations rationnelles, et de l'extraction de racines d'ordre quelconque:
J. Gregory n'a jamais cessé de croire à la possibilité de résoudre par radicaux les équations de tous les
degrés.
Jusque-là, et déjà dans un manuscrit de 1673, Leibniz avait employé ce mot comme abréviation
pour désigner une grandeur <i remplissant telle ou telle fonction D auprès d'une courbe, par exemple
la longueur de la tangente ou de la normale (limitées à la courbe et à Ox), ou bien la sous-normale, la
sous-tangente, etc., donc en somme une fonction d'un point variable sur une courbe, à définition
géométrico-différentielle. Dans le même manuscrit de 1673, la courbe est supposée définie par une
relation entre x et y, (( donnée par une équation n, mais Leibniz ajoute qu' (1 il n'importe pas que la courbe
soit ou non géométrique >> (c'est-à-dire, en notre langage, algébrique) (cf. D, MAHNKE, Abh. Paeuss. Akad.
der Wiss., 1925, Nr. 1, Berlin, 1926).
NOTE HISTORIQUE FVR 111.63

volontiers X, ou E,, pour une fonction arbitraire de x ((XXI), t. III, p. 531);


Leibniz approuve, mais propose aussi ilLi, 2@là où nous écririons fl(x), f,(x) ; et
il propose, pour la dérivée dzldx d'une fonction z de x, la notation dx (par opposi-
tion à dz qui est la différentielle) alors que Bernoulli écrit Az ((XXI), t. III,
p. 537 et 526).
*
**
Ainsi, avec le siècle, l'époque héroïque a pris fin. Le nouveau calcul, avec ses
notions et ses notations, est constitué, sous la forme que Leibniz lui a donnée. Les
premiers disciples, Jakob et Johann Bernoulli, rivalisent de découvertes avec le
maître, explorant à l'envi les riches contrées dont il Icur a montré Ic chemin. Le
premier traité de calcul différentiel et intégral a été écrit en 1691 et 1692 par
Johann Bernoulli1, à l'usage d'un marquis qui se montre bon élève. Peu importe
d'ailleurs que Newton se soit décidé enfin, en 1693, à publier parcimonieusement
un bref aperçu de scs fluxions ((XV),t. II, p. 391-396) ;si ses Principia ont de quoi
fournir aux méditations de plus d'un siècle, sur le terrain du calcul infinitésimal il
est rejoint, et sur bien des points dépasse.
Les faiblesses du nouveau système sont d'ailleurs visibles, du moins à nos yeux.
Newton et Leibniz, abolissant d'un coup une tradition deux fois millénaire, ont
accordé à la différentiation le rôle primordial, et réduit l'intégration à n'en Ctre
que l'inverse; il faudra tout le xrxe siècle, et une partie du xxe, pour rétablir un
juste équilibre, en mettant l'intégration à la base de la théorie générale des
fonctions de variable réelle, et de ses généralisations rnoderncs (voir les Notes
historiques du Livre sur l'Intégration). C'est de ce renversement de point de vue
aussi que découle le rôle excessic ct presque exclusif, que prend déjà chez Barrow,
et surtout à partir de Newton et Leibniz, l'intégrale indéfinie aux dépens de
l'intégrale définie: là aussi le xlxe siècle eut à remettre les choses au point. Enfin
la tendance proprement leibnizienne au maniement formel des symboles devait
aller en s'accentuant à travers tout le xvme siècle, bien au delà de ce que pouvaient
autoriser les ressources de l'analyse de ce temps. En particulier, il faut bien
reconnaître que la notion leibnizienne de différentielle n'a à vrai dire aucun sens;
au début du xlxe siècle, elle tomba dans un discrédit dont elle ne s'est relevée que
peu à pcu; et, si l'emploi des différentielles premières a fini par être complète-
ment légitimé, les différentielles d'ordre supérieur, d'un usage pourtant si com-
mode, n'ont pas encore été vraiment réhabilitées jusqu'à ce jour.
Quoi qu'il en soit, l'histoire du calcul diflércntiel et intégral, à partir de la fin
du XVII"siècle, se divise en deux parties. L'une se rapporte aux applications de ce
calcul, toujours plus riches, nombreuses et variées. A la géométrie différentielle
La partie de ce traité qui se rapporte au calcul inttçral fut publiée en 1742 seulement ((XXIV),
t. III, p. 385-558) ;celle qui a irait au calcul différentiel n'a été retrouvéc et publiée que récemment
(XXIV bir) ;il est vrai que le marquis de l'Hôpital l'avait publiée en français, légèrement remaniée,
sous son propre nom, ce dont Bernoulli marque quelque amertume dans ses lettres à Leibniz.
FVR 111.64 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

des courbes planes, aux équations différentielles, aux séries de puissances, au


calcul des variations, dont il a déjà été question plus haut, viennent s'ajouter la
géométrie différentielle des courbes gauches, puis des surfaces, les intégrales
multiples, les équations aux dérivées partielles, les séries trigonométriques,
l'étude de nombreuses fonctions spéciales, et bien d'autres types de problèmes,
dont l'histoire sera exposée dans les Livres qui leur seront consacrés. Nous
n'avons à nous occuper ici que des travaux qui ont contribué à mettre au point,
approfondir et consolider les principes mêmes du calcul infinitésimal, en ce qui
concerne les fonctions d'une variable réelle.
De ce point de vue, les grands traités du milieu du XVIII~siècle n'offrent que
peu de nouveautés. Maclaurin enAngleterrel, Euler sur le continent (XXV a et b),
restent fidèles aux traditions dont chacun d'eux est l'héritier. Il est vrai que le
premier s'efforce de clarifier quelque peu les conceptions newtoniennes2 tandis
que le second, poussant le formalisme leibnizien à l'extrême, se contente, comme
Leibniz et Taylor, de faire reposer le calcul différentiel sur un passage à la limite
fort obscur à partir du calcul des différences, calcul dont il donne du reste un
exposé fort soigné. Mais surtout Euler achève l'euvre de Leibniz en intro-
duisant et faisant adopter les notations encore aujourd'hui en usage pour
e, i, et les fonctions trigonométriques, et répandant la notation x. D'autre
part, et si le plus souvent il ne fait pas de distinction entre fonctions et expres-
sions analytiques, il insiste, à propos de séries trigonométriques et du pro-
blème des cordes vibrantes, sur la nécessité de ne pas se borner aux fonctions
ainsi définies (et qu'il qualifie de (( continues >)), mais de considérer aussi, le cas
échéant, des fonctions arbitraires, ou a discontinues )>, données expérimentalement
par un ou plusieurs arcs de courbe ((XXV c ) , p. 74-91). Enfin, bien que cela
sorte quelque peu de notre cadre, il n'est pas possible de ne pas mentionner ici
son extension de la fonction exponentielle au domaine complexe, d'où il tire les
célèbres formules liant lYexponentieIleaux fonctions trigonométriques, ainsi
que la définition du logarithme d'un nombre complexe; par là se trouve élucidée
définitivement la fameuse analogie entre logarithme et fonctions circulaires
réciproques, ou, dans le langage du X V I I ~siècle, entre les quadratures du cercle et
de l'hyperbole, observée déjà par Grégoire de St. Vincent, précisée par Huygens
et surtout par J. Gregory, et qui, chez Leibniz et Bernoulli, était apparue dans
1 - 2 2
l'intégration formelle de -=
1 +x2 2(x+i) 2(x-i)
D'Alembert cependant, ennemi de toute mystique en mathématique comme
ailleurs, avait, dans de remarquables articles (XXVI), défini avec la plus grande
clarté les notions de limite et de dérivée, et soutenu avec force qu'au fond c'est
l C . MACLAURIN, A comjlete treatise ofj¶uuxbns, Edimburgh, 1742.
Elles avaient fort besoin, en effet, d'être défendues contre les attaques philosophico-théologico-
humoristiques du fameux évêque Berkeley. D'après celui-ci, qui croit aux fluxions ne doit pas trou-
ver fort difficile de prêter foi aux mystères de la religion: argument ad hominem,qui ne manquait ni de
logique ni de piquant.
NOTE HISTORIQUE FVR 111.65

là toute la <( métaphysique D du calcul infinitésimal. Mais ces sages avis n'ont pas
eu de suite immédiate. Le monumental ouvrage de Lagrange (XXVII) repré-
sente une tentative de fonder I'analyse sur l'une des plus discutables conceptions
newtoniennes, celle qui confond les notions de fonction arbitraire et de fonction
développable en série de puissances, et de tirer de là (par la considération du
coefficient du terme du premier ordre dans la série) la notion de différentiation.
Bien entendu, un mathématicien de la valeur de Lagrange ne pouvait manquer
d'obtenir à cette occasion des résultats importants et utiles, comme par exemple
(et d'une manière en réalité indépendante du point de départ que nous venons
d'indiquer) la démonstration générale de la formule de Taylor avec l'expression
du reste par une intégrale, et son évaluation par le théorème de la moyenne; du
reste l'œuvre de Lagrange est à l'origine de la méthode de Weierstrass en théorie
des fonctions d'une variable complexe, ainsi que de la théorie algébrique moderne
des séries formelles. Mais, du point de vue de son objet immédiat, elle représente
un recul plutôt qu'un progrès.
Avec les ouvrages d'enseignement de Cauchy, au contraire (XXVIII), on se
retrouve enfin sur un terrain solide. Il définit une fonction essentiellement comme
nous le faisons aujourd'hui, bien que dans un langage encore un peu vague. La
notion de limite, fixée une fois pour toutes, est prise pour point de départ; celles
de fonction continue (au sens moderne) et de dérivée s'en déduisent immédiate-
ment, ainsi que leurs principales propriétés élémentaires; et l'existence de la
dérivée, au lieu d'être un article de foi, devient une question à étudier par les
moyens ordinaires de l'analyse. Cauchy, à vrai dire, ne s'y intéresse guère; et
d'autre part, si Bolzano, parvenu de son côté aux mêmes principes, construisit un
exemple de fonction continue n'ayant de dérivée finie en aucun point (XXIX),
cet exemple ne fut pas publié, et la question ne fut publiquement tranchée que
par Weierstrass, dans un travail de 1872 (et, dans ses cours dès 1861) (XXXII).
En ce qui concerne l'intégration, 19euvrede Cauchy représente un retour aux
saines traditions de l'antiquité et de la première partie du xvne siècle, mais
appuyé sur des moyens techniques encore insuffisants. L'intégrale définie, passée
trop longtemps au second pIan, redevient la notion primordiale, pour laquelle
fa
Cauchy fait adopter définitivement la notation f (x) dx proposée par Fourier
x=b
(au lieu de l'incommode ff (x) dx parfois employé par Euler) ; et, pour la
[X = a]
définir, Cauchy revient à la méthode d'exhaustion, ou comme nous dirions, aux
sommes de Riemann >> (qu'il vaudrait mieux nommer sommes d'Archimède, ou
sommes d'Eudoxe). Il est vrai que le X V I I ~siècle n'avait pas jugé à propos de
soumettre à un examen critique la notion d'aire, qui lui avait paru au moins
aussi claire que celle de nombre réel incommensurable; mais la convergence des
sommes << de Riemann vers l'aire sous la courbe, tant qu'il s'agit d'une courbe
monotone ou monotone par morceaux, était une notion familière à tous les
auteurs soucieux de rigueur au X V I I ~siècle, Fermat, Pascal, Barrow; et J. Gregory,
FVR 111.66 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

particulièrement bien préparé par ses réflexions sur le passage à la limite et sa


familiarité avec une forme déjà fort abstraite du principe des (1 intervalles em-
boîtés )), en avait même rédigé, parait-il, une démonstration soignée, restée inédite
((XVII bis), p. 445-446)' qui eût pu servir à Cauchy presque sans changement
s'il l'avait connue1. Malheureusement pour lui, Cauchy prétendit démontrer
l'existence de l'intégrale, c'est-à-dire la convergence des (( sommes de Riemann )>,
pour une fonction continue quelconque; et sa démonstration, qui deviendrait
correcte si elle s'appuyait sur le théorème de continuité uniforme des fonctions
continues dans un intervalle fermé, est dénuée de toute valeur probante faute de
cette notion. Dirichlet ne semble pas s'être aperçu non plus de la difficulté au
moment où il rédigeait ses célèbres mémoires sur les séries trigonométriques,
puisqu'il y cite le théorème en question comme facile à démontrer D ((XXX),
p. 136); il est vrai qu'il ne l'applique en définitive qu'aux fonctions bornées,
monotones par morceaux; Riemann, plus circonspect, ne mentionne que ces
dernières lorsqu'il s'agit de faire usage de sa condition nécessaire et suffisante pour
la convergence des (( sommes de Riemann a ((XXXI), p. 227-271). Une fois le
théorème sur la continuité uniforme établi par Heine (cf. TG, II, Note historique
p. 42), la question n'offrit bien entendu plus aucune difficulté; et elle est
aisément tranchée par Darboux en 1875 dans son mémoire sur l'intégration des
fonctions discontinues (XXXIII), mémoire où il se rencontre du reste sur bien
des points avec les importantes recherches de P. du Bois-Reymond, parues vers
la même époque. Du même coup se trouve démontrée pour la première fois, mais
cette fois définitivement, la linéarité de l'intégrale des fonctions continues.
D'autre part, la notion de convergence uniforme d'une suite ou d'une série,
introduite entre autres par Seidel en 1848, et mise en valeur en particulier par
Weierstrass (cf TG, X, Note historique p. 62), avait permis de donner une
base solide, sous des conditions un peu .trop restrictives il est vrai, à l'intégration
1,
des séries terme à terme et à la différentiation sous le signe en attendant les
théories modernes dont nous n'avons pas à parler ici, et qui devaient éclaircir ces
questions d'une manière provisoirement définitive.
Nous avons ainsi atteint à l'étape finale du calcul infinitésimal classique, celle
qui est représentée par les grands Traités d'Analyse de la fin du xlxe siècle; du
point de vue qui nous occupe, celui de Jordan (XXXIV) occupe parmi eux une
place éminente, pour des raisons esthétiques d'une part, mais aussi parce que, s'il
constitue une admirable mise au point des résultats de l'analyse classique, il
annonce à bien des égards l'analyse moderne et lui prépare la voie. Après Jordan
vient Lebesgue, et l'on entre dans le sujet d'un autre Livre du présent ouvrage.
C'est du moins ce qu'indique le résumé donné par Turnbull d'après le manuscrit.
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quirendam maximam et minimam, t. 1, p. 133-179 (trad. française, ibid.,
t. III, p. 121-156); c) De aequationum localium transmutatione et emenda-
tione ad multimodam curvilincorum inter se vel cum rectilineis compara-
tionem, cui annectitur proportionis geometricae in quadrandis infinitis para-
bolis et hyperbolis usus, t. 1, p. 255-288 (trad. française, ibid., t. III, p. 2 16-240).
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tration à la manière des anciens de l'égalité des lignes spirale et parabolique,
t. VIII, p. 249-282; b) Lettre de Monsieur Dettonville à Monsieur de Carcavy,
t. VIII, p. 334-384; c) Traité des trilignes rectangles et de leurs onglets, t. IX,
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CHAPITRE IV

Equations di rentielles

§ 1. THÉORRMES D'EXISTENCE

1. La notion d'équation différentielle

Soient 1 un intervalle contenu dans W et non réduit à un point, E un espace


vectoriel topologique sur R,A et B deux parties ouvertcs de E. Soit (x,y, t) »g(x,y, t )
une application de A x B x I dans E; à toute application dérivable ai de 1 dans
A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B, faisons correspondre l'application
t t.g(u(t), uil(t), t) de 1 dans E, que nous désignerons par g ( u ) ; g est donc
définie dans l'ensemble 9 ( A , B) des applications dérivables de P dans A, dont la
dérivée prend ses valeurs dans B. Nous dirons que l'équation g(u) = O est une
équation dz$éentielle en u (relativement à la variable réelle t) ; une solutio?~
de cette
équation est encore appeléc int&rale de I'équation différentielle (dans l'intervalle
1); c'est donc une application dérivable de P dans A, dont la dérivée prend ses
valeurs dans B, et qui est telle quc g(u(t), ul(t), t) = O pour tout t E I. Par abus
de langage, nous écrirons l'équation différentielle g(u) = O sous la forme
dx, x', t )
O, =
étant sous-entendu que x est un élément dc l'ensemble 9 ( A , B)
Par exemple, pour 1 = E = R, les relations
X' = 2t, tx' - 2 x = O, xt2 - 4 x = O , x - t2 = O
sont des équations differentielles, qui admettent toutes quatre pour solution la fonc-
tion x ( t ) = t 2 .

Dans ce chapitre, nous ne considérerons en principe que le cas où E est un


espace normé complet sur R, et où les équations différentielles sont de la forme
particulière
(1) x' = f(t, x)
FVR IV.2 ÉQUATIONS DIFF RENTIELLES 91
(<(équations résolues par rapport à x' >)), f désignant une fonction à valeurs dans
E, définie dans I x H, où H est une partie ouuerte non vide de E. Nous élargirons
d'autre part un pcu la notion de solution (ou iîtégrale) d'une telle équation (dans
l'intervalle 1) : nous dirons qu'une fonction u définie et continue dans 1, à valeurs
dans H, est une solution (ou intégrale) de i'équation (1) s'il existe une partie
dénombrable A de I telle qu'en tout point t du complémentaire de A par rapport à
1, in adnxtte une dérivée u f ( t ) t e k que uf(t) = f(t, ~ ( t ) )Si. u est dérivable et
vérifie la relation précédente en tout point t E 1, nous dirons que c'est une solution
stricte de l'équation (1) dans 1.
Dans Ir cas particulier d'une équation différentielle de la forme x' = f (t), f
étant une application dc I dans E, les solutions a u sens précédent sont les primitives
de la fonction f (II[,p. l ) , et les solutions strictes sont lespri9nitiues ~trictes.

Lorsque E est un ~roduitd'espaces normés complets E, (1 < i < n), on peut


écrire x = (x,),,,,, ct f = (B;) ,,,,,
où x, est unc application de 1 dans E,, et
f, une application de 1 x H dans E,; l'équation (1) est alors équivalente au
rystème d'équations rlz&entielles

(2) xi = f,(t,x1,x2,..., xn) (1 < i < n).


Lc cas le plus important est celui où tous les Ei sont égaux à R ou à C; on dit
alors que (2) est un système d'équations différentielles scalaires.
A l'6tucle des systèmes (2) se ramènc celle des relations de la forme
(3) x(") = f (t, X, x f , . . .,x(n - 1))

où x est une fonction vcctorielle n fois dérivable dans 1: en posant en effet


x, = x, x, = x(,-l) pour 2 < f < n, la relation (3) est équivalente au système

Une relation dc la forme (3) est appelée équation dzfirentielle d'ordre n (résolue
par rapport à x(IL));par opposition, les équations de la forme (1) sont dites
Cquations différentielies du premier ordre.
O n ramène dc même à un système de la [orme (2) tout (( systkme d'équations
àil-Tcrentirllrs de la forme
(5) Dn%xi= f , ( t , XI, Dxl, . . ., D n l - l ~ l ., . . , xp, D x p. . ., Dnp-lxp)
(1 < i < p), où xi est une fonction ni fois dérivable dans 1 (pour 1 < i < fi).

2. Équations diRérentielles admettant gour solutiolas des primitives de fonctions


réglées

Rappelons (II, p. 4, déf. 3) qu'une fonction vcctorielle an définie dans un


intervalle I c R est dite réglée si, dans toute partie compacte de 1, elle est limite
No 2 THÉORÈMES D'EXISTENCE FVR IV.3

uniforme de fonctions en escalier; une condition équivalente est qu'en tout point
intérieur à 1, u ait une limite à droite et une limite à gauche, ainsi qu'une limite
à droite à l'origine de I et une limite à gauche à l'extrémité de 1, lorsque ces
points appartiennent à 1 (II, p. 5, th. 3). Nous allons dans ce chapitre nous
restreindre aux équations différentielles ( 1 ) dont toute solution est une primitive
d'une fonction réglée dans 1. Cette condition est évidemment satisfaite si, pour toute
application continue ai de I dans H, la fonction f(t, u ( t ) ) est réglée dans 1; le
lemme suivant donne une condition suffisante pour qu'il en soit ainsi:

Lemme 1. - Soit f une application de 1 x H dans E telle que, en désignant par fx (pour
tout x E H ) l'application t i-t f ( t , x) de 1 dans E, les conditions suivantes soient réalisées:
l 0 fx est réglée dans 1pour tout x E H ; 2, l'application x ++f, de H dans l'ensemble
T(1,E ) des applications de 1dans E est continue quand on munit F ( I , E ) de la topologie
de la convergence compacte (TG, X , p. 04). Dans ces conditions:
1" Pour toute application continue u de 1 dans H, la fonction t i-t f ( t , u ( t ) ) est
réglée dans 1; de f a p précise, la limite à droite (resp. à gauche) de cette fonction en un
point t , E 1 est égale à la limite à droite (resp. à gauche) de la fonction t i-t f(t, u ( t , ) ) au
point t,.
2" S i (un)est une suite d'applications de 1 dans H, qui converge unformément vers une
application continue u de I dans H, dans toute partie compacte de 1, la suite des fonctions
f ( t , u n ( t ) ) converge uniformément vers f ( t , u ( t ) ) dans toute partie compacte de I .
l o Soit c la limite à droite de f ( t , ~ ( t , ) au ) point t,; pour tout E > O, il existe
un voisinage compact V de t , dans I tel que l'on ait jlf(t, u ( t , ) ) - cl1 < E pour
t E V et t > t,. D'autre part, il existe 8 > O tel que les relations

entraînent I/f(s,x) - f(s, u ( t , ) ) 1 < E pour tout s E V; si W c V est un voisinage


de t, dans 1 tel que l'on ait / l u ( t ) - u(t,) I < S pour tout t E MT, on aura donc
j/f(t, ~ ( t ) -) cl1 < 2o pour t E W et t > t,, ce qui prouve que c est limite à
droite de f (t, ~ ( t )au) point t,.
2" Soit K une partie compacte de 1; comme u est continue dans 1, u ( K ) est
une partie compacte de H; pour tout E > O et tout x E u ( K ) il existe un nombre
8, telque, poury E H, / / y- X I I < 8, et pour tout t E K , on ait I/f(t,y) - f ( t , x)I / < E.
Il existe un nombre fini de points xiE u ( K ) tels que les boules fermées de centre
xi et de rayon 4 S,, forment un recouvrement de u ( K ) ; soit S = Min (8,,). Par
hypothèse, il existe un entier no tel que pour n 2 no, on ait IIuEi,(t)- u ( t ) / j < $8
pour tout t E K. Or, pour tout t E K , il existe un indice i tel que

par suite, on a I/un(t) - xi11 < S,,, d'où /If(t,u , ( t ) ) -


tout t E K et tout n 2 no.
FVR IV.4 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES 41
Dans toute la suite de ce paragraphe, 1 désignera un intervalle contenu dans IR et non
réduit à un point, H un ensemble ouvert non vide contenu dans l'espace normé E, f une applica-
tioîl de 1 x H dans E satisfaisant aux conditions du lemme 1.

PROPOSITION 1. -Soient t, un point de 1, x, un point de H; pour qu'une fonction continue u


soit une solution de l'équation ( 1 ) dans 1 et prenne la valeur x, au point t,, il faut et il su@t
qu'elle vérijie la relation
t
(6)
pour tout t E 1.
u(t) = x , + S,. f(s,u(s))ds

E n effet, d'après le l e m m e 1, si u est solution d e ( 1 ) dans 1, f(t, u ( t ) ) est


réglée, donc le sccond membre d e ( 6 ) est défini et égal à u ( t ) pour tout t E 1.
Réciproquemcnt, si u est u n e fonction continue satisfaisant à (6), f(t, u ( t ) ) est
réglée d'après le l e m m e 1, donc u a pour dérivée f ( t , u ( t ) ) sauf aux points d'une
partie dénombrable d e 1.

COROLLAIRE. - En tout point de 1 distinct de l'origine (resp. de l'extrémité) de cet inter-


valle, toute solution u de ( 1 ) dans I admet une dérivée à gauche (resp. à droite) égale à la
limite à gauche (resp. à droite) de f ( t , u ( t ) ) en cepoint.

PROPOSITION 2. - Si f est une application continue de 1 x H dans E, toute solution de


l'équation ( 1 ) dans 1 est une solution stricte.
E n effet, u n e telle solution u est primitivc de la fonction continue f ( t , u ( t ) )
( I I , p. 16, prop. 3).
O n notera d'ailleurs qu'une fonction f continue dans 1 x H vérifie l e conditions du
lemme 1 (TG, X, p. 13, cor. 3).

Dans cc q u i suit, nous allons nous donner arbitrairement t, E 1 et x, E H, et


chercher s'il existe dans I ( o u dans un voisinage de t, par rapport à 1) des solu-
tions d c ( 1 ) prcnant la valeur w, a u point t, (ou, ce qui rcvient au m ê m e , des
solutions d e ( 6 ) ) .

3. Existence de solutions approchées

Étant donné un nombre E > O, nous dirons qu'une application continue u d e


1 dans H est u n e solution approchée à E près d e l'équation différentielle
x' = f (t, x)
si, e n tous les points d u coniplémentaire par rapport à 1 d'un ensemble dénombrable,
u admet u n e dérivée qui satisfait à la condition
No 3 THÉORÈMESD'EXISTENCE FVR IV.5

Soit (t,, x,) un point de I x 13; f satisfaisant par hypothèse aux conditions
du lemme 1 (IV, p. 3), il existe un voisinage compact Q de t, dans I tel que
f(t, x,) soit bornée dans J, et une boule ouverte S de centre x,, contenue dans H,
telle que f(t, x) - f(t, x,) soit bornée dans J x S; il en résulte que f(t, x) est
bornée dans J x S. Dans tout ce no,J désignera un intervalle compact, uoisinage de t, dans
1, S une boule ouverte de centre x, et de rayon r, contenue dans H, J et S étalzt tels que f soit
bornée dans J x S; M désignera la borne supérieure de Ilf(t, x) II dans J x S.

PROPOSITION 3. -Daru tout interualle compact d'origine (ou d'extrémité) t,, contenu dans
J et de longueur < r/(M + E), il existe une solution approchée à E près de l'équation (l), à
valeurs dans S, et égale à x, au point t,.
Nous allons supposer que t, n'est pas l'extrémité de J, et démontrer la proposi-
tion pour les intervalles d'origine t,. Soit R l'ensemble des solutions approchées
de (1) à E près, dont chacune prend ses valeurs dans S, est égale à x, au point t,,
et est définie dans un intervalle semi-ouvert (t,, b[ contenu dans J (intervalle
dépendant de la solution approchée que l'on considère). Montrons d'abord que
rJn n'est pas vide. Soit c la limite à droite de f(t, x,) au point t,; d'après le lemme
1 (IV, p. 3), la fonction f(t, X, + ~ ( -t tO))a une limite à droite égale à c au
point t,, donc la restriction de la fonction x, + c(t - tO)à un intervalle semi-
ouvert (t,, b( assez petit appartient à R.
Ordonnons l'ensemble % par la relation << u est une restriction de v H, et
montrons que rJn est inductif (E, III, p. 20). Soit (u,) une partie totalement
ordonnée de n, et soit (t,, b,( l'intervalle où ia, est définie: pour b, < b,, ai, est
donc un prolongement de u,. La réunion des intervalles (t,, b,Q est un intervalle
(t,, b( contenu dans J, et il existe une fonction et une seule u définie dans (t,, b( et
coïncidant avec u, dans (t,, b,( pour tout cc; parmi les b,, il existe une suite
croissante (b,,) tendant vers b; comme u coïncide avec u,, dans (t,, bu,(, u admet,
en tous les points du complémentaire par rapport à (t,, b[ d'un ensemble dénom-
brable, une dérivée vérifiant la relation (7), et est donc la borne supérieure de
l'ensemble (u,) dans m.
D'après le th. de Zorn (E, III, p. 20, th. 2), % admet un Clément maximal u,;
nous allons montrer que si (t,, t,[ est l'intervalle où est définie ai,, ou bien t, est
l'extréniité de J, ou bien t, - t, 3 r/(M + E). Raisonnons par l'absurde, en
supposant qu'aucune de ces deux hypothèses ne soit vérifiée; montrons d'abord
qu'on peut prolonger u, par continuité au point t, : en effct, quels que soient s et t
dans (t,, t,[, on a

d'après le th. des accroissements finis; le critère de Cauchy montre donc que U,
admet une limite à gauche x, 6 S au point t,. Soit alors cl la limite à droite au
point t, de la fonction f(t, x,) ; on a ~IC, II < M; le même raisonnement qu'au
FVR IV.6 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES 41
début de la démonstration montre qu'on peut prolonger u, dans un intervalle
semi-ouvert d'origine t,, par la fonction x, +
c,(t - t,), de sorte que la fonction
prolongée appartienne encore à %, ce qui est absurde. La proposition est donc
démontrée.
Lorsque f est unz-formément continue dans J x S, on peut démontrer la prop. 3 sans
faire usage du th. de Zorn (IV, p. 37, exerc. 1 a)).

PROPOSITION 4. -L'ensemble des solutions approchées de (1) à E près d4nies dmr un


même intervalle K c J, et prenant leurs valeurs dans S, est uniformément équicontinu.
En effet, si arm est une fonction quelconque appartenant à cet ensemble, s et t
deux points de K, on a, d'après le th. des accroissements finis,

COROLLAIRE (théorème de Peano). - Si E est de dimension finie sur R, dans tout


interoalle compact K d'origine (ou d'extrémité) t,, contenu dans J et de longueur < r/M, il
existe une solution de (1) à valeurs dans S, Égale à x, au point t,.
En effet, d'après la prop. 3, dès que n est assez grand, il existe une solution
approchée u n de l'équation (1) à l/n près, définie dans K, à valeurs dans S, et
égale à x, au point t,. En outre, à partir d'une certaine valeur de n, un(K) est
contenu dans une boule fermée de centre x, et de rayon < r y indépendant de n.
L'ensemble des u n est équicontinu (prop. 4), et comme E est de dimension finie,
S est relativement compacte dans E, donc pour tout t E K, l'ensemble des u,(t)
est relativement compact dans E. D'après le th. d'Ascoli (TG, X, p. 17, th. 2),
l'ensemble des un est relativement compact dans l'espace F ( K ; E) des applica-
tions de K dans E, muni de la topologie de la convergence uniforme. 11 existe
donc une suite (un,) extraite de (un), qui converge uniformément dans K vers
une fonction continue u. On a u(K) c S et par suite t tt f(t, u(t)) est définie
dans K ; en vertu du lemme 1 (IV, p. 3), f(t, un,(t)) converge uniformément vers
f(t, u(t)) dans K ; d'après (IV, p. 4, formule (7)), unfiest primitive d'une fonction
qui tend uniformément vers f (t, u(t)) dans K, donc (II, p. 2, th. 1) u est solution
de (1) dans K, égale à x, au point t,.
Remarques. - 1) Il peut exister une injnité d'intégrales d'une équation différentielle
( l ) ,prenant la même valeur en un point donné. Par exemple, l'équation différentielle
scalaire x' = 2dm admet pour intégrales prenant la valeur O au point t = O toutes
les fonctions définies par
u(t) = O pour - p < t < cr
u(t) = - (t $ P)2 pour t < -P
u(t) = ( t - pour tac(
quels que soient les nombres positifs GL et 3.
2) Le th. de Peano n'est plus exact lorsque E est un espace normé complet
quelconque de dimension injnie (IV, p. 41, exerc. 18).
No 4 THÉORÈMES D'EXISTENCE FVR IV.7

4. Comparaison des solutions approchées

Dans ce qui suit, 1 et H désignent, comme ci-dessus, un intervalle contenu dans


R et un ensemble ouvert dans l'espace normé E, respectivement; to est un point
de 1.

DÉFINITION 1. -Etant donnée une fonction numérique positiue t t-t k(t) déJinie dans 1,
on dit qu'une application f de I x H dans E est lipschitzienne pour la fonction k(t) si,
pour tout x E H, la fonction t i-t f(t, x) est reglée dans 1, et si, pour tout t E 1 et tout
couple de points x,, x, de H, on a ((( condition de Lipschitz >>)

O n dira que f est lipschitzienne (sans préciser) dans 1 x H si elle est lip-
schitzienne dans cet ensemble pour une certaine constante k 3 0. Il est immédiat
qu'une fonction lipschitzienne dans 1 x H satisfait aux conditions du lemme 1
de IV, p. 3 (la réciproque étant inexacte); lorsque f est lipschitzienne (dans
1 x H), on dit que l'équation différentielle
(1) x' = f(t, X)
est lipschitzienne (dans 1 x H).

Exemple. - Lorsque E = , et que H est un intervalle dans R,si en tout point


(t, x) de I x H la fonctionf (t, x) admet une dérivée partieilef; (II, p. 24) telle que
1 f; (t, x) 1 Q k(t) dans 1 x W, la condition (8) est vérifiée en vertu du th. des
accroissements finis; nous verrons plus tard comment cet exemple se généralise
au cas où E est un espace normé quelconque.
Si f est lipschitzienne dans 1 x H, pour tout intervalle compact J c 1 et
toute boule ouverte S c H, f est bornée dans J x S. La prop. 3 (IV, p. 5) est
donc applicable, et démontre l'existence de solutions approchées de l'équation
(1). Mais on a en outre la proposition suivante, qui permet de comparer deux
solutions approchées :

PROPOS~TION 5. - Soient k(t) une fonction numérique réglée et > O dans 1, f ( t , x) une
fonction définie et lipschitzienne pour la fonction k(t) dans 1 x H. Si u et v sont deux
solutions approchées de l'équation (1) à E, et E, près respectivement, définies dans 1et prenant
leurs ualeurs dans H, on a, pour tout t E 1 tel que t 2 t,,
FVR IV.8 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLES 91
De la relation [[u1(t)- f(t, u(t)) 1 < cl, valable dans le complémentaire
d'un ensemble dénombrable, on déduit, par application du th. des accroissements
finis

et de même

D'après la condition de Lipschitz (S), on a

d'où, en posant w(t) = I[u(t) - v(t) 1 ,

La proposition est alors conséquence du lemme suivant:

Lemme 2. - Si, dans tintervalle (t,, t,), w est unefonction numérique continue satisfaisant
* à l'inégalité

où <p est une fonction réglée 2 O dans (to, t,), on a, pour to G t < tl

Posons en effet y(t) = 1:


k(s)w(s) ds; la relation (12) entraîne que, dans le
complémentaire d'un ensemble dénombrable, on a

En posant z(t) = y (t)exp( - j:ok(s) ds), la relation (14) équivaut à


t
z f ( t ) < cp(t)k(t) exp (-
6. k(s) ds).
No 4 THÉORÈMES D'EXISTENCE F V R IV.9

Appliquant le th. des accroissements finis (1, p. 23, th. 2 ) à cette inégalité, il
vient, puisque z(to) = O

d'où

et c o m m e w ( t ) <~ ( t +) y ( t ) , o n obtient ainsi (13).

COROLLAIRE.-Soit f une fonction lipschitzienne pour la constante k > 0, déJinie dans


1 x H. Si u et v sont deux solutions approchées de ( 1 ) à cl et E , près respectivement, d$nies
dans 1 et prenant leurs valeurs dans H , on a, pour tout t E 1,

Cette inégalité est e n effet u n e conséquence immédiate de ( 9 ) lorsque t > to;


pour la démontrer lorsque t < to, il suffit de l'appliquer à l'équation

déduite d e ( 1 ) par le changement d e variable t = -S.

Remarques. - 1) Lorsque k = 0, l'inégalité (15) est remplacée par l'inégalité

dont la démonstration est immédiate.


2) Lorsque E est de dimensionfmzie, et que f est lipschitzienne dans 1 x H, on
peut démontrer l'existence de solutions approchées de l'équation (1) (IV, p. 5, prop.
3) sans utiliser l'axiome de choix (IV, p. 37, exerc. 1b)).

PROPOSITION 6. -Soient f et g deux fonctions d&nies dans 1 x H , satisfaisant aux


conditions du lemme 1 de I V , p. 3, et telles que, dans 1 x H ,

On suppose en outre que g soit lipschitzienne pour la constante k > O dans 1 x H . Dans
ces conditions, si u est une solution approchée de x' = f(t, x) à cl près, d$nie dans 1, à
valeurs dans H , et v une solution approchée de x' = g(t, x) à E, près, déjïnie dans 1, à
valeurs dans H , on a, pour tout t E 1

(17) Ilu(t) - v ( t )1 G Iju(t,) - v ( t o )1 ekit-tOl + (cc i-


E
FVR IV. IO ÉQUATIONS DIPFÉRENTIELLES $1

En effet, on a, pour tout t dans le complémentaire par rapport à 1 d'une


partie dénombrable de 1,
llu'(t> - d t , 4 t ) ) JI G or. + EI
autrement dit, u est solution approchée de x' = g(t, x) à cc + E, près, d'où
l'inégalité (17) par application de la prop. 5 de IV, p. 7.

5. Existence et unicité des sol~tlonsdes équations lipschitziennes et localement


lipschitziennes
THÉORÈME 1 (Cauchy). -Soient f une fonction l$schitzienne dans 1 x H, J un
interualle compact contenu dans 1et non réduit à un point, t, un point de J, S une boule ouverte
de centre x, et de rayon r, contenue dans H, M la borne supérieure de I/f(t,x) 1 dans J x S.
Dans ces conditions, pour tout intervalle compact K non réduit à un point, contenu dans
l'intersection de J et de )to - r/M, t, + r/MQ et contenant t,, il existe une solution et une
seule de l'équation dz$érentiellex' = f (t, x), dgnie dans K, à valeurs dans S et égale à xo
au point t,.
En effet, pour tout s > O assez petit, l'ensemble FEdes solutions approchées de
(1) à E près, définies dans K, à valeurs dans S et égales à x, au point t,, n'est pas
vide (IV, p. 5, prop. 3) ; en outre, si u et v appartiennent à F,, on a, d'après (15)
(IV, P. 9)
eklt-tol - 1
llu(t) - v(t) 11 G 2~
k
pour tout t E K, donc les ensembles F, forment une base de filtre @ qui converge
uniformément dans K vers une fonction continue w, égale à xo au point t,; w prend
ses valeurs dans S, parce que, dès que E est assez petit, les fonctions u E F, pren-
nent leurs valeurs dans une boule fermée contenue dans S. Comme f(t, u(t))
tend uniformément dans K vers f(t, w(t)) suivant @, w satisfait à l'équation (6)
de IV, p. 4, donc est solution de (1). L'unicité de la solution découle aussitôt de
l'inégalité (15) de IV, p. 9, où on fait E, = E, = O et u(t,) = v(t,).
Nous dirons qu'une fonction f définie dans 1 x H est localement l$schitzienne
dans cet ensemble si, pour tout point (t, x) de 1 x H, il existe un voisinage V de t
(par rapport à 1) et un voisinage S de x tels que f soit lipschitzienne dans V x S
(pour une constante k dépendant de V et de S). En vertu du th. de Borel-Lebesgue,
pour tout intervalle compact J 1 et tout point xo G H, il existe une boule
ouverte S de centre x,, contenue dans H, telle que f soit lipschitzienne dans J x S;
f satisfait donc aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3. Lorsque f est localement
lipschitzienne dans 1 x H, nous dirons que l'équation x' = f(t, x) est localement
l$schitzienne dans 1 x H.
Nous allons généraliser et préciser le th. 1 de IV, p. 10 pour les équations
localement lipschitziennes; nous nous bornerons au cas oh to est l'origine de l'inter-
valle 1; on passe aisément de là au cas où to est un point quelconque de 1 (cf. IV,
IV, p. 9, corollaire).
No 5 THÉORÈMES D'EXISTENCE FVR IV. 11

THÉORÈME 2. -Soient 1 c R un intervalle (non réduit à un point) d'origine to E 1, H


une partie ouverte non vide de E, f une fonction localement lipschitzienne dans I x H.
1" Pour tout x, E H, il existe un plus grand intervalle J c 1, d'origine t, E J, dans
lequel il existe une intég~aleu de l'équation x' = f(t, x), prenant ses valeurs dans H et
égale à x, au point to; cette intégrale est unique.
2 O Si J # 1, J est un intervalle semi-ouvert [t,, de longueurjnie; en outre, pour toute
partie compacte K c H, 2 (K) est alors une partie compacte de R.
3O Si J est borné, et si f(t, a ( t ) )est bornée dans J, u(t) a une limite à gauche c à
l'extrémité de J; en outre, si J # 1, c est un pointfrontière de H dans E.
1" Soit W l'ensemble des intervalles L (non réduits à un point) d'origine
t, E L, contenus dans 1 et tels que, dans L, il existe une solution de (1) (IV, p. 2)
à valeurs dans H et égale à xo au point t, ; d'après le th. 1 (IV, p. IO), l'ensemble
n'est pas vide. Soient L, L' deux intervalles appartenant à %,et supposons par
exemple que L c L'; si u et v sont deux intégrales de ( l ) , définies respective-
ment dans L et L', à valeurs dans H et égales à x, au point t,, nous allons voir
que v est un prolongement de u. En effet, soit t, la borne supérieure de l'ensemble
des t E L tels que u(s) = v(s) pour to 6 s 6 t; nous allons prouver que t, est
l'extrémité de L. Dans le cas contraire, on aurait ia(t,) = v(t,) par continuité, et
x, = u(t,) appartiendrait à H ; comme f est localement lipschitzienne, le th. 1
prouve qu'il ne peut exister qu'une seule intégrale de (1) définie dans un voisinage
de t,, à valeurs dans H et égale à x, au point t,; il y a donc contradiction à sup-
poser que t, ne soit pas l'extrémité de L. Nous voyons donc que, si J est la réunion
des intervalles L E %%, il existe une intégrale u et une seule de ( l ) , définie dans J,
à valeurs dans H et égale à xo au point t,.
2" Supposons J # 1, et soit P l'extrémité de J; si P est l'extrémité de 1, on a
p E 1 (donc p est fini) et J = (t,, p[ en vertu de l'hypothèse. Supposons donc que
p ne soit pas l'extrémité de I ; si (3 E J, u(P) = c appartient à H; d'après le th. 1,
il existe une intégrale de (1) à valeurs dans H, définie dans un intervalle

et égale à c au point P;J ne serait donc pas le plus grand des intervalles de n, ce
qui est absurde; on a donc bien J = [to, @(.
Si K est une partie compacte de H,; (K) est fermé dans J; nous allons voir
qu'il existe y E J tel que$ (K) soit contenu dans [t,, y), ce qui prouvera (K)
est compact. Dans le cas contraire, il existerait un point c E K tel que ((3, c ) soit
adhérent à l'ensemble des points (t, u(t)) tels que t < P et ~ ( t E) K. Comme
fi E 1 et c E H, il existerait un voisinage V de p dans I et une boule ouverte S de
centre c et de rayon r, contenue dans H, tels que f soit lipschitzienne et bornée dans
V x S; soit M la borne supérieure de Ilf(t, x) j/ dans cet ensemble. Par hypothèse,
il existe t, E J tel que p - t, < r/2M, t, E V et l/iu(t,) - cl1 6 4 2 ; le th. 1 montre
qu'il existe une intégrale et une seule de ( l ) , à valeurs dans H, définie dans un
FVR IV. 12 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES 51
intervalle (t,, t,) contenant p, et égale à u(t,) au point t,; comme cette intégrale
coïncide avec u dans l'intervalle [t,, P(, J = (t,, P( ne serait pas le plus grand des
intervalles de m, ce qui est absurde.
3 O Supposons que J soit borné et que Ilf(t, ~ ( t )I )< M dans J; on a donc

Iluf(t)1 $ M dans le complémentaire d'une partie dénombrable de J; par suite


Iju(s) - u(t) I $ Mls - tl quels que soient s et t dans J, en vertu du th. des
accroissements finis; d'après le critère de Cauchy, u a donc une limite à gauche
c à l'extrémité p de J. Si J # 1, c ne peut appartenir à H, car en prolongeant u
par continuité au point p, ai serait une intégrale de (1) à valeurs dans H, définie
dans l'intervalle (t,, fi) et égale à x, au point t,; on aurait donc J = (t,, P),
contrairement à ce qu'on a vu au 2 O .

COROLLAIRE 1. -Si H = E et J # 1, f(t, u ( t ) )n'est pas bornée dans J; si de plus E


est de dimensionjnie, llu(t) / I a pour limite à gauche +CO à l'extrémité de J.
La première partie est une conséquence immédiate de la troisième partie du
th. 2. Si E est de dimension finie, toute boule fermée S c E est compacte, donc
la seconde partie du th. 2 montre qu'il existe y EJ tel que u(t) 4 S pour t > y.
Si E est de dimension infinie, il peut se faire que J f 1, mais que jlu(t) 11 reste bornée
lorsque t tend vers l'extrémité de J (IV, p. 37, exerc. 5 ) .

COROLLAIRE 2. - Si, dans 1 x H, f est lipschitzienne pour une fonction réglée k(t), et
si l'extrémité de J appartient à 1, u a une limite à gauche au point p; si H = E et si f
est lipschitziennepour unefonction réglée k(t) dans 1 x E, on a J = 1.
En effet, si p E 1, il existe un voisinage compact V de p dans 1, tel que f(t, x,)
et k(t) soient bornées dans V; on a donc Ilf(t, x) I $ mllxll + h (m et h constantes)
dans V x H, d'où Ilul(t) 1 < mllu(t) 1 +
h dans le complémentaire d'une partie
dénombrable de V n J, et par suite jlu(t) I $ m llu(s)11 ds + q ( q constante)
dans V n J; le lemme 2 (IV, p. 8) montre que Ilu(t) / I $ cemt + d (c et d cons-
tantes) dans V nJ, donc f(t, u(t)) reste bornée dans J, et le corollaire résulte
alors du th. 2 de IV, p. I l .
Exemfiles. - 1) Pour une équation différentielle de la forme x' = g(t), où g. est
réglée dans 1, toute intégrale u est évidemment définie dans 1tout entier. O n notera
que u peut être bornée dans 1sans que g(t) le soit.
2) Pour l'équation scalaire x' = 2/ 1 - x2, on a 1 = R, N = ) - 1,1(. Si on
prend to = xo = 0, l'intégrale correspondante est sin t dans le plus grand intervalle
contenant O, où la dérivée de sin t soit positive, c'est-à-dire dans ) - $ 2 , +
x / 2 ( ; aux
extrémités de cet intervalle, l'intégrale tend vers une extrémité de H.
3) Pour l'équation scalaire x' = 1 + x2, on a I = H = R ; l'intégrale nulle pour
t = O est tg t, et le plus grand intervalle contenant O, où cette fonction est continue,
est J = ) - x/2, + x/2(; aux extrémités de J, 1 tg tl tend vers + co (cf. IV, p. 12, cor.
1).
4) Pour l'équation scalaire x' = sin tx, on a 1 = H = R et le second membre
est borné dans 1 x H, donc (IV, p. 12, cor. 1) toute intégrale est définie dans R tout
entier.
No 6 THÉORÈMES D'EXISTENCE FVR IV. 13

6. Continuité des intégrales en fonction d'un paramètre

La prop. 6 (IV, p. 9) montre que lorsqu'une équation différentielle

est ((voisine)> d'une équation lipschitzienne x' = g(t, x) et qu'on suppose que
les deux équations admettent chacune une solution approchée dans un même
intervalle, ces deux solutions approchées sont << voisines )>; nous allons préciser ce
résultat en montrant que l'existence de solutions de l'équation lipschitzienne
x' = g(t, x) dans un intervalle entraine celle de solutions approchées de l'équation
x' = f (t, x) dans le même intervalle pourvu que, dans ce dernier, les valeurs de la
solution de x' = g(t, x) ne soient pas (<trop voisines O de la frontière de H.

PROPOSITION 7. -Soient f et g deux fonctions déJinies dans 1 x H, satisfaisant aux


conditions du lemme 1 de IV, p. 3, et telles que, dans 1 x H

On suppose en outre que g soit lipschitzienne pour la constante k > O dans 1 x H, et


que f soit localement lipschitzienne dans 1 x H, ou que E soit de dimensionjnie. Soient
(t,, x,) un point de 1 x H, p. un nombre >O, et

Soit u une intégrale de l'équation x' = g(t, x), déJinie dans un interualle K = (t,, b(
contenu dans 1, égale à x, au point to et telle que, pour tout t E K, la boulefermée de centre
u(t) et de rayon ~ ( tsoit ) contenue dans H. Dans ces conditions, pour tout y E H tel que
Il y - x, 11 < p, il existe une intégrale v de x' = f (t, x), définiedans K, à valeurs dans H,
et égale à y au point t,; en outre, on a Ilu(t) - v(t) 1 S q(t) dans K.
Soit klll l'ensemble des intégrales de x' = f(t, x), dont chacune prend ses
valeurs dans H, est égale à y au point t, et est définie dans un intervalle semi-
ouvert (t,, T( contenu dans 1 (dépendant de l'intégrale que l'on considère).
D'après le th. 1 de IV, p. 10 (lorsque f est localement lipschitzienne) ou IV,
p. 6, corollaire (lorsque E est de dimension finie), W n'est pas vide, et le même
raisonnement que dans la prop. 3 de IV, p. 5, montre que W est inductifquand on
l'ordonne par la relation <( v est une restriction de w )). Soit v, un élément
maximal de klll, (t,, t,( l'intervalle où est définie v,; d'après la prop. 6 de IV,
p. 9, tout revient à prouver que tl 2 6. Dans le cas contraire, on aurait

dans l'intervalle (t,, t,( en vertu de la prop. 6; dans l'intervalle compact (t,, t,),
la fonction réglée g(t, u(t)) est bornée, donc, dans l'intervalle (t,, t,(, g(t, v,(t))
est bornée, puisque l'on a lIg(t, v,(t)) j/ 6 1 g(t, u(t)) / I + kq(t) dans cet intervalle.
FVR IV.14 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES $1

Comme v, est solution approchée de x' = g(t, x) à cc près dans (t,, t,(, il existe
un nombre M > O tel que Il'brl,(t) I/ < M dans cet intervalle, sauf aux points
d'un ensemble dénombrable; le th. des accroissements finis montre alors que
Ilv,(s) - v,(t) 1 6 Mls - t 1 pour tout couple de points s, t de [t,, t,[, donc
(critère de Caucliy) v,(t) a une limite à gauche c au point t,, et, par continuité,
on a llc - ~ ( t , 1 ) < rp(t,), donc c E H. On voit alors par IV, p. 10, th. 1 ou
IV, p. 6, corollaire, qu'il existe une intégrale de x' = f(t, x) définie dans un
intervalle (t,, ta( et Cgale à c au point t,, ce qui contredit la définition de v,.

THÉORÈME 3. - Soient F un espace topologique, f une a&dication de 1 x H x F dans


E telle que, pour tout E E F, (t, x) Hf ( t , x, E) soit lipschitzienne dans I x H, et que,
lorsque 5 tend vers 5,, f (t, x, 5) tende unformément vers f(t, x, 5,) dans 1 x H.
Soit u,(t) une intégrale de x' = E(t, x, E,), d&nie dans un intervalle J = [ta, b[ contenu
dans 1, à valeurs dans H et égale à x, au point t,. Pour toui intervalle compact [ta, t,)
contenu dans J, il existe un voi.sinage V de 5, dans F tel que, pour tout E V, l'équation
x' = f(t, x, E) ait une intégrale (et une seule) a(i, 5) d&nie dans [t,, t,), à valeurs dans
H et égale à x, nu point t,; en outre, lorsque 5 tend vers E,, aa(t, 5) tend uniformément vers
=o(t) dans dto, tlB"
En effet, soit r > O tel que, pour t, < t 6 t,, la boule fermée de centre w,(t)
et de rayon r soit contenue dans H; si f(t, x, 5,) est lipschitzienne pour la cons-
ek(ti-to) - 1
tante k > O dans 1 x H, prenons cc assez petit pour que cc < r; en
k
prenant V tel quc, pour tout E E V, on ait jlf(t, w, 5) - f(t, x, E,) jj < cc dans
1 x H, on répondra à Ia question en vertu de la prop. 7 de IV, p. 13; en outre,
011 a

dans (t,, t,), ce qui achève de démontrer le tl-iéorèmc.


Remarque. - Lorsque H = E et que la condition (16) de IV, p. 13, est vérifiée dans
1 x E, la prop. 7 de IV, p. 13, s'applique à toute solution u de x' = g ( t , x), dans un
intervalle quelconque où cettc solution est definie; on peut même supposcr que g(t, x)
est lipschitzienne pour une fonction k ( t ) régléc dans K , mais non nécessairement
bornéc dans cet intervallc.

7. Dépendance des conditions initiales

Soit x' = f(t, X) une équation localement lipschitzienne dans 1 x I-I; d'après
le th. 2 (IV, p. 1l), pour tout point (t,, x,) de 1 x H, il existe un plus grand
intervalle J(t,, x,) c 1, non réduit à un point, contenant t,, et dans lequel il
existe une intégrale (et une seule) de l'équation, égale à x, au point t,; nous
allons préciser la manière dont cette intégrale, et l'intervalle J(t,, x,) oh elle est
définie, dépendent du point (t,, x,).
No 7 THÉORÈMES D'EXISTENCE FVR IV. 15

TIIÉORÈME 4. - Soient f une fonction localement lipschitzienne dans 1 x H, (a, b) un


point quelconque de I x H.
1" Il existe un intervalle K c 1, voisinage & a dans 1, et un voisinage V de b dans H
tels que, pour tout point (t,, x,) de K x V, il existe une iztégrale et une seub ~ ( tt,,, x,)
définie dans K, à valeurs dans N et égale à x, au point 1, (autrement dit, on a
J(t,, x,) 3 K quel que soit (t,, x,) E K x V).
2" L'application (t, t,, x,) H~ ( tt,,, x,) de K x K x V dans H est unifor~nément
continue.
3" 1-1 existe un voisinage MT c V de b clam H tel que, pour tout poinl
(t, tO,x,) EK x K x W,
l'équation x, = u(t,, t, x) ait danr V une solution unique x égale à ~ ( tt,,, x,) (Grésolu-
tion de l'intégrale par rapport à la constante d'intégration >>).
1" Soient S une boule de centre b et de rayon r contenue dans H, JO un inter-
valle contenu dans 1 et voisinage de a dans 1, tels que f soit bornée et lips-
chitziennc (pour une certaine constante k) dans JO x S; nous désignerons par
M la borne supéricure de ljâ(t, x) Ij dans J O x S. Il existe alors (IV, p. 10, th. 1)
un intervalle J c JO, voisinage de a dans 1, et une intégrale v de x' = f(t, x)
définie dans J, à valeurs dans S et égale à b au point a. Nous allons voir que la
boule ouverte V de centre b et de rayon r/2, et l'intersection K de J et d'un inter-
valle )a - l, a + 14, où 1 est assez petit, répondent à la question. En effet, la
prop. 7 de IV, p. 13 (appliquée à l'ensemble J, x S et au cas où oc = O) montre
qu'il existe une intégrale de x' = f(t, x) d@nie dans K, à valeurs dans S, et égale
à x, en un point t, E K, pourvu que l'on ait

pour tout t E K. Or, d'après le th. des accroissements finis, on a

pour tout t E K; comme /lx, - Bp/l < r/2, on voit qu'il suffit de prendre 1 tel que
(19) Ml + (Ml + r/2) e2k1 < r
pour que la relation (18) soit vérifiée pour tout point (t, to, x,) de K x K x V.
2" D'après le th. des accroissements finis, on a

(20) t ~~, 0 -
) ~ ( ~ t2 ~7~, 0 1 ) - tll

quels que soient t,, t,, t, dans K et x, dans V. La prop. 5 (IV, p. 7) montre que

quels que soient t et t, dans M,x, et x, dans V. Enfin, si t, et t, sont deux points
quelconques de K, on a
FVR IV. 16 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES

d'après le th. des accroissements finis, c'est-à-dire

comme u(t, t2, x,) est identique à l'intégrale qui, au point t,, prend la valeur
u(t,, t2, x,), la prop. 5 (IV, p. 7) montre que l'on a

(22) //"(t, tl, xo) - ~ ( tt 2, , xo) I l G e2k11tz- t1l


quels que soient t, t,, t2 dans K et x, dans V. Les trois inégalités (20), (21) et (22)
démontrent donc la continuité uniforme de l'application (t, t,, x,) tt u(t, t,, x,)
dans K x K x V.
3" D'après (20), on a Ilu(t, t,, x,) - x, // < Mlt - t,l G 2MZ dans

Si Z a été pris assez petit pour que 2M1 < r/4, on voit donc que si x, est un point
quelconque de la boule ouverte W de centre b et de rayon r/4, on a ~ ( tt,,, x,) E V
quels que soient t ct t, dans M. Si x = u(t, t,, x,), la fonction s Hu(s, t, x) est
donc définie dans I< et égale à l'intégrale de (1) qui prend la valeur x au point t,
c'est-à-dire à u(s, t,, x,) ; en particulier

D'ailleurs, si y E V est tel que x, = ~ ( t , t,, y), l'intégrale s Hu(s, t, y) prend la


valeur x, au point t,, donc est identique à s tt u(s, t,, x,), et par suite prend la
valeur x au point t, ce qui montre que y = x et achève la démonstration.

1. Existence des intégrales d'une 6qraation dilérentielle linéaire

Soient E un espace normé complet sur le corps Hi, J un intervalle dans R, non
réduit à un point. On dit qu'une équation différentielle

où f est définie dans J x E, est une équation linéaire si, pour tout t E J, l'applica-
tion x »f(t, x) est une application linéaire a$ne continue1 dc E dans lui-même; si
on pose b(t) = f(t, O), l'application x Hf (t, x) - f(t, O) = f(t, x) - b(t) est
donc une application linéaire continue de E dans lui-même; nous désignerons
désormais cette application par A(t), et nous noterons A(t) . x (ou simplement
A(t)x) sa valeur en un point x E E; l'équation différentielle linéaire (1) s'écrit
donc
Rappelons que si E est de dimension finie, toute application linéaire affine de E dans lui-
même est continue (TG, VI, p. 3 et 6 ) .
FVR IV.17

où b est une application de J dans E ; lorsque b = O, on dit que l'équation


différentielle linéaire (2) est homogène.
Exemples. - 1) Lorsque E est de dimension finie n sur R, on peut identifier l'endo-
morphisme A(t) à sa matrice (ati(t))par raflort à une base (quelconque) de E (A, II,
p. 144); lorsqu'on identifie un vecteur x E E à la matrice à une colonne (xi) de ses
composantes par rapport à la base de E considérée, l'écriture A(t) .x de la valeur de
l'application linéaire homogène A(t) au point r est bien conforme aux conventions
générales d'Algèbre (A, II, p. 144, prop. 2). Dans ce cas, l'équation (2) est équiva-
lente au système d'équations différentielles scalaires

2) Soient G une algèbre normée complète sur R, a(t), b(t) et c(t), trois applications de
J dans G; l'équation

est une équation différentielle linéaire; A ( t ) est ici l'application linéaire


x Ha(t)x + xb(t) de G dans elle-même.
Pour tout t EJ , A ( t ) est un élément de l'ensemble 9 ( E ) des applications
linéaires continues de E dans lui-même (endomorphismes continus de E ) ; on sait
(TG, X, p. 24) que 9 ( E ) , muni de la norme 1 Ull = sup 1 U.xII est une algèbre
Il~lG
l l
normée compléte sur le corps R et que l'on a I U V 1 6 1 U I . Ij Y / / .
Dans tout ce paragraphe, nous supposerons que les conditions suivantes sont satisfaites:
a) L'application t HA ( t ) de J dans 2 ( E ) est réglée.
b) L'application t Hb ( t ) de J dans E est réglée.
Lorsque E est de dimension n, 9 ( E ) est isomorphe à Rna (en tant qu'espace
vectoriel topologique) et la condition a) signifie que chacun des éléments aii(t) de la
matrice A(t) est une fonction réglée dans J.

I
Comme on a A ( t l ) x - A ( t ) x 1 <I A ( t l ) - A ( t ) 1 . /lxll, l'application

est riglée pour tout x E E; en outre, on a

quels que soient t E J, x, et x, dans E; en d'autres termes, le second membre de


( 2 ) satisfait aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3, et est lipschitzien pour la
fonction réglée ljA(t)11 dans J x E. Par suite (IV, p. 12, cor. 2) :

THÉORÈME 1. -Soient t i-t A ( t) une application réglée de J dans 2 ( E ) , t Hb ( t) une


application réglée de J dans E. Pour tout point (t,, xo) de J x E, l'équation linéaire ( 2 )
admet une solution et une seule, d@nie dans J tout entier et égale à x, au point t,.
FVR IV. 18 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES 52
2. Liméarité des intégrales d'une équation différentielle linéaire

La résolution d'une équation différentielle linéaire (2) est un problème linéaire


(A, II, p. 48); l'équation linéaire homogène

est dite associée à l'équation non homogène (2) ; on sait alors (A, II, p. 48, prop.
14) que si ra, est une intégrale de l'équation non homogène (2), toute intégrale de
cette équation est de la forme u + u, où u est une intégrale de l'équation homo-
gène associée (4), et réciproquement. Nous allons d'abord étudier dans ce no
les intégrales d'une équation homogène (4).

PROPOSITION 1. -L'ensemble Y des intégrales de l'équation linéaire ho;mogène (4),


définies dans J, est un sous-espace vectoriel de l'espace g(J;E) des applications continues de
J dans E.
La démonstration est immédiate.

SHÉORÈME 2. -Pour tout point (t,, x,) de J x E, soit u(t, t,, x,) l'intégrale de
l'équation homogène (4), deJinie dans J et égale à x, au point t,.
1" Pour tout point t E J, l'ap~licationx, tt u(t, t,, x,) est une application linéaire
bijective et bicontinue C(t, t,) de E sur lui-même.
2 O L'ap@'cation t F+C(t, t,) de J dans9(E) est identique à l'intégrale de l'équation

dzflrentielle linéaire homogène

qui prend la valeur I (application identique de E sur lui-même) au point t,.


3" Quels que soient les points s, t, u de J, on a

(6) C(s,u) = C(s, t)C(t, u), C(s, t) = (C(t,s))-l.


D'après la prop. 1, u(t, t,, x,) + u(t, t,, x,) (resp. hu(t, t,, x,)) est une
intégrale de (4) et prend au point t, la valeur x, + x, (resp. hx,), donc, en
vertu du th. 1 de IV, p. 17 elle est identique à n(t, t,, x, + x,) (resp.
~ ( tt,,, ho)); l'application x, tt u(t, t,, x,) est donc une application linéaire
C(t, t,) de E dans lui-même, et on peut écrire u(t, t,, x,) = C(t, t,) .x,.
Comme l'application (X, Y) HXY de 9 ( E ) x 9 ( E ) dans 9 ( E ) est continue
(TG, X, p. 23, prop. 8), l'application t tt A(t ) U de J dans 9 ( E ) est réglée pour
tout U E 9 ( E ); on a en outre (TG, X, p. 21)
llA(t)X - 4t)YII = I l A ( W - Y) I lIA(t) II. IIX - YIIY
donc on peut appliquer à l'équation linéaire homogène (5) le th. 1 de IV,
No 2 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINEAIRES FVR IV. 19

p. 17; soit V(t) l'intégrale de cette équation définie dans J et égale à 1 au point t,.
On a (1,p. 14, prop. 3)

et pour t = t,, V(t) .x, = I.x, = x,; d'après le th. 1 de IV, p. 17), on a
nécessairement V(t) .x, = C(t, t,) .x, pour tout x, E E, c'est-à-dire V(t) = C(t, t,) ;
ceci démontre que C(t, t,) appartient à 9 ( E ) , autrement dit, que x, HC(t, to).xo
est continue dans E, et que l'application t t+ C(t, t,) est l'intégrale de (5) égale à
1au point to.
Enfin, l'intégrale s F+C(s, u) .x, de (4) est égale à C(t, u) .x, au point t, donc
on a, par définition
C(s, u) .x, = C(s, t) . (C(t, u) .x,) = (C(s, t)C(t, u)) .x,
quel que soit x, E E, d'où la première relation (6) ; comme C(s, s) = 1, on a
C(s, t)C(t, s) = Iquels que soient s et t dans J; ceci prouve (E, II, p, 18, corollaire)
que C(t, t,) est une application bijective de E sur lui-même, dont l'application
réciproque est C(t,, t) . Le théorème est ainsi complètement démontré.
On dit que C(t, t,) est la résolvante de l'équation (2) de IV, p. 17.

COROLLAIRE 1. -L'application qui, à tout point x, E E, fait correspondre la fonction


continue t HC(t, t,) .x,, dgnie dans J, est un isomorphisme de l'espace normé E sur
l'espace vectoriel 9des intégrales de (4), muni de la topologie de la convergence compacte.
C'est en effet une application linéaire biljective de E sur 3;dans un ensemble
compact K c J, C(t, t,) est bornée, donc on a jlC(t, t,) .xoll < Mllxojl quels que
soient t E K et x, E E, ce qui prouve la continuité de l'application considérée;

il est évident que son application réciproque est aussi continue.

COROLLAIRE 2. -L'application (s, t) t+ C(s, t) de J x J dans 9 ( E ) est continue.


En effet, on a, d'après (6), C(s, t) = C(s, t,)(C(t, t,))-l; or, l'application
(X, Y) HXY de 9 ( E ) x 9 ( E ) dans 9 ( E ) est continue, et il en est de même de
l'application X t+ X - l du groupe (ouvert) des éléments inversibles de 9 ( E ) sur
lui-même (TG, IX, p. 40, prop. 14).
O n notera q u e l'application
t HC(tO,t ) = (C(t, t O ) -) l
admet (dans le complémentaire d'un ensemble dénombrable) u n e dérivée égale à
- (C(t, t o ) ) - l (dC(t, to)/dt) (C(t, t 0 ) ) - l (1, p. 16, prop. 41, c'est-à-dire (d'après I V ,
p. 18, la formule (5)) à - C(to,t )A ( t ) .

3. -Soit K un intervalle compact contenu dans J, et soit k


COROLLAIRE = sup IIA(t) 11.
t aK
Quels que soient t et t, dans K, on a
(7) lIC(t, t,) - Ill < eklt-tol - 1.
FVR IV.20 ÉQUATIONS DIFFÉREWTIELLES 52

En effet, on a /lA(t)x,ll < kllxoj/pour tout t E K; dans K, la fonction constante


égale à xo est donc une intégrale approchée à kJlxoJ) près de l'équation (4) de IV,
p. 18; d'après la formule (15) de IV, p. 9, on a donc
I
IIC(t, to)xo - xoll < xoll (eklt-tol - 1)
quels que soient t et t, dans IC, et x, dans E, ce qui équivaut à l'inégalité (7)
d'après la définition de la norme dans 2 ( E ) .

PROPOSITION 2. -Soit B un endomorphisme continu de E, indépendant de t, et permutable


avec A(t) pour tout t EJ; alors B est permutable avec C(t, t,) quels que soient t et t, dan^ J.
En effet, on a, d'après (5)
d
z (BC) = BAC = ABC et
2 (CB) = ACB,
d
donc - (BC - CB) = A(BC - CB) ; mais BC(t,, t,) - C(t,, t,) B = O, donc
dt
(IV, p. 17, th. 1) BC(t, t,) - C(t, t,) B = O pour tout t E J.

Un cas particulier important de la prop. 2 est celui où E est muni d'une


structure d'espace vectoriel norrné par rapport au corps des nombres complexes @, et
où, pour tout t E J, A(t) est un endomorphisme de E pour cette structure d'espace
vectoriel; cela signifie que A(t) est permutable avec l'endomorphisme continu
x H-ix de E (pour la structure d'espace vectoriel sur R) ; donc C(t, t,) est per-
mutable avec cet endomorphisme, ce qui signifie que, quels que soient t et to dans
J, C(t, t,) est un endomorphisme continu de la structure d'espace vectoriel
normé de E sur C.

3. Intégration de l'équation linéaire non homogène


L'intégration de l'équation linéaire non homogène

se ramène à l'intégration de l'équation homogène associée

et au calcul d'une primitive. Avec les notations du th. 2 de IV, p. 18, posons en
effet x = C(t, t,) .z, d'où on tire, d'après la seconde formule (6) de IV, p. 18,
z = C(t,, t) .x; si x est une intégrale de (2)) z est une intégrale de l'équation
d
- (C(t, t,) .z) = A(t)C(t, to).z + b(t) ; comme l'application bilinéaire
dt
(U, Y) H U.Y
de 2 ( E ) x E dans E est continue (TG, X, p. 23, prop. 6), z admet une dérivée
(sauf en un ensemble dénombrable de points de J) et on a, par la formule de
No 4 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLESLINÉAIKES FVR IV. 21

dérivation d'une fonction bilinéaire (1, p. 5, prop. 3)

(en remplaçant dC(t, to)/dt par A(t)C(t, t,), en vertu de (5) (IV, p. 18)). L'équa-
tion en z se réduit donc à C(t, t,) .dzldt = b(t), ou encore à

d'après la seconde formule (6) de IV, p. 18. Or, le second membre de l'équation
(8) est une fonction réglée dans J, étant obtenue en substituant des fonctions
réglées à U et y dans la fonction bilinéaire continue U .y (cf. II, p. 6, cor. 2) ;
l'équation (8) a donc une intégrale et une seule prenant la valeur x, au point to,
donnée par la formule

Jio
Comme on a C(t, t,) . C(t,, s) .b(s) ds = Ik
C(t, to)C(to,s) .b(s) ds (II, p. 10,
formule (9)), on obtient (en tenant compte de la première formule (6) de IV,
p. 18) le résultat suivant :

PROPOSITION 3. -Avec les notations du th. 2 (IV, p. 18), pour tout point (t,, x,) de
J x E, l'intégrale de l'équation linéaire (2) défrnie dans J et égale à x, au poiazt to, est
donnée par la formule

La méthode qui conduit à la formule (10)' et qui consiste à prendre la fonc-


tion z comme nouvelle fonction inconnue, est souvent appelée <( méthode de
variation des constantes s.

4. Systèmes fondamentaux d'intégrales d'un système linéaire d'équations


différentielles scalaires

Nous allons considérer dans ce no et le suivant le cas où E est un espace vectoriel


de dimensionjnie npar rapport au corps C des nombres complexes (donc de dimension
2n par rapport à Hi), et où pour tout t EJ, A ( t ) est un endomorphisme de Epour
la structure d'espace vectoriel sur @. On peut alors identifier A(t) à sa matrice (aij(t))
par rapport à une base de E (sur le corps C), les atj étant cette fois n2 fonctions
complexes définies et réglées dans J; x, (1 < j Q n) désignant les composantes
(complexes) d'un vecteur x E E par rapport à la base considérée, l'équation
linéaire
F'VR IV22 ÉQUATIONS DIFF~RENTIELLES

est encore équivalente au système

Les th. 1 (IV, p. 17) et 2 (IV, p. 18) et la prop. 2 (IV, p. 20) montrent alors
que, pour tout x, = (x,,)l,,c,, dans E, il existe une intégrale ct une seule
RE = (u,) de l'équation

définie dans E et égale à x, au point t,; cette intégrale peut s'écrire

C(t, t,) étant une matrice carrée inversible (c,,(t, t,)) d'ordre n, dont les coefficients
sont des fonctions complexes continues dans J x J et telles que t t+ c,,(t, t,) soit
une primitive de fonction réglée dans J.
Dans le cas particulier où n = 1, le système (3) se réduit à une seule équation
scalaire

(a(t) et b ( t ) fonctions complexes réglées dans J);on vérifie aussitôt que la matrice
( A un élérnen~)C(t, t,) est égale à exp (JiO
a($) ds) ; I'intégrale de (11) égale à x,
au point t, cst donc donnée explicitement par la formule

(12) u(t) = r, exp ([y a<s>di) + S,: b(s) exp ([: a(r) dr) di.

Dans l'espace Y(J; E) dcs applications continues de J dans E, muni de la


topologie de la convergencc compacte, l'ensemble .Y des intégrales de l'équation
(4) est un sous-espace vectoriel (sur C) isomorphe à E, donc à Cn (IV, p. 19, cor. 1,
et IV, p. 20, prop. 2). On appelle systèmefondamental d'intégrales de (4) une base
(q) ,de cet espace (sur le corps C) .
,
PROPOSITION 4.-Pour que n intégrales ui (1 6 j < n) de l'équation (4) formeni un
systèmefondamental, il faut et il sufit que leurs valeurs ui(t,) en un point t, EJ soient des
vecteurs linéairement indépendants dans E.
En effet, l'application qui, à tout x, E E, fait correspondre l'intégrale
t tt C(t, t,,) .x,, est un isomorphisme de E sur 9 (IV, p. 19, cor. 1 et IV, p. 20,
prop. 2).

Si (ejj ! ,i,, est une base quelcorique de E sur C , les n intégrales

u,(t) = C(t, t,) .e, ( I < j < n)


No. 4 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES 8 FVR IV.23
forment donc un système fondamental; si on identifie C(t, t,) à sa matrice par
rapport à la base (e,),les intégrales ui ne sont autres que les colonnes de la matrice

C(t, t,). L'intégrale de ( 4 ) prenant au point t, la valeur xo


n
= 2 hjei
1=1
est alors

Étant données n intégrales quelconques uj (1 < j < n) de ( 4 ) , on appelle


déterminant de ces n intégrales en un point t E J, par rapport à une base ( e J ,,i,n
de E , le déterminant

des n vecteurs u i ( t ) par rapport à la base (ej)(A, III, p. 90). On a (A,III, p. 91,
P'OP. 2)
(14) A(t) = A(t,) det (C(t,t,)).
D'après la prop. 4 de IV, p. 22, pour que (aii), ,j ,.
soit un système fondamental
d'intégrales de (4), il faut et il suffit que le déterminant A ( t ) des aij soit # O en un
point t, de J; la formule (14) montre alors de nouveau que A ( t ) # O en tout
point de J, autrement dit que les vecteurs q ( t ) ( 1 < j < n) sont toujours
linéairement indépendants.

5. - Le déterminant de la matrice C(t, t,) est donnépar laformule


PROPOSITION

det (C(t,t,)) = exp (l: T r ( A ( s ) )ds).

En effet, si on pose 8 ( t ) = det (C(t,t,)), on a, d'après la formule donnant la


dérivée d'un déterminant (1, p. 8, formule ( 3 ) )

c'est-à-dire, en vertu de l'équation différentielle (5) de I V , p. 18 à laquelle


satisfait C(t, t,)

Comme 6(t0) = 1, la formule ( 1 5) se déduit de l'expression (12) (IV, p. 22)


de l'intégrale d'une équation linéaire scalaire.

La donnée de n intégrales linéairement indépendantes de ( 4 ) détermine


toutes les intégrales de cette équation, comme nous venons de le voir. Nous allons
maintenant montrer que pour, 1 6 p 6 n, la donnée de p intégrales linéairement
FVR IV.24 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES 52
indépendantes uj (1 < j < p) de l'équation (4) ramène l'intégration de cette
équation à celle d'un système linéaire homogéne de n - p équations scalaires. Sup-
posons que, dans un intervalle K c J, il existe n - p applications

de K dans E, primitives de fonctions réglées dans Kyet telles que, pour tout t E Ky
les n vecteurs u j ( t ) (1 < j < n) forment une base de E.
Pour tout point tl E J, il existe toujours un intervalle K, voisinage de tl dans J,
dans lequel sont définies n - p fonctions up+k(1 < k < n - p) ayant les propriétés
précédentes. En effet, soit (et),,,,, une base de E; il existe n - p vecteurs de cette
base qui forment avec les u,(tl) (1 < j < p) une base de E (A, II, p. 95, th. 2);
,,
supposons par exemple que ce soient ep+ . . ., e n ; comme le déterminant
det (ul(t), . . .,up(t), ep+ ,, . . .,en) (par rapport à la base (ei)) est fonction continue
de t et n'est pas nul pour t = tl, il existe un voisinage K de tl dans lequel il n'est
pas nul; on peut donc prendre u, +, (t) = ep+, (1 < k < n - fi) pour t E K.

Il existe une matrice inversible B ( t ) d'ordre n, dont les éléments sont des
primitives de fonctions réglées dans Kytelle que B ( t ) .ei = u j ( t )pour 1 6 j < n.
dB dy
Posons x = B ( t ) . y ; y satisfait à l'équation -. y + B ( t ) .- = A ( t ) B ( t ). y ,
dt dt
qui s'écrit aussi

où H ( t ) = (hik(t))est une matrice à coefficients réglés dans K. D'après la défini-


tion de B ( t ) , cette équation linéaire admet les p vecteurs constants ei ( 1 < j < p)
comme intégrales; on en conclut aussitôt qu'on a nécessairement h j k ( t ) = O
pour 1 < k < p; les composantes y, de y (par rapport à la base (e,))d'indice
k 2 p + 1 satisfont donc à un système linéaire homogène de n - p équations;
une fois déterminées les solutions de ce système, les dy,/dt d'indice j < p sont
fonctions linéaires des y, d'indice k 2 p + 1, donc sont connues, et les primitives
de ces fonctions donneront les y, d'indice j < p.
En particulier, lorsqu'on connaît n - 1 intégrales linéairement indépendantes de
l'équation (4) de IV, p. 22, l'intégration de cette équation est ramenée à celle d'une
seule équation scalaire homogène, et par suite au calcul de n primitives.
Remarques. - 1) Tout ce qui précède s'applique encore au cas où E est de dimension
n sur le corps R et A(t) un endomorphisme de E pour tout t E J : il suffit de remplacer
partout C par R.
2) Soit A(t) = (a,,(t)) une matrice carrée d'ordre n dont les éléments sont des
fonctions réglées réelles (resp. complexes) de t dans J, et soit C(t, to) = (ct,(t, to)) la
matrice resolvante du système linéaire (3) (IV, p. 22) correspondant. Soit F un espace
normé complet quelconque sur R (resp. C) et considérons le système d'équations
différentielles linéaires

où les fonctions inconnues y,prennent leurs valeurs dans F. Il est immédiat que la solution
No. 5 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES FVR IV.25

(uj),, j , ,de ce système telle que u j ( t o ) = d, pour 1 < j < n (djarbitraires dansF)
est donnée par les formules

Considérons en particulier le cas où A ( t ) est un endomorphisme d'un espace


vectoriel E de dimension finie n sur C, tel qu'il existe une base de E par rapport à
laquelle la matrice de A ( t ) ait ses éléments réels pour tout t E J. Alors ce qui précède
montre (en vertu du th. 1 de IV, p. 17) que la matrice résolvante C(t, t,) par rapport à
la même base a aussi ses éléments réels: il suffit en effet de considérer l'espace vectoriel
E, sur W engendré par la base de E considérée, et de remarquer que la restriction de
.A(t)à Eo est un endomorphisme de cet espace vectoriel.

5. Équation adjointe
L'espace E étant toujours supposé être de dimensionjnie n sur le corps C, soit E*
son dual (A, II, p. 40), qui est un espace de dimension n sur C (A, II, p. 102,
th. 4) ; la forme bilinéaire canonique <x, x*) définie dans E x E* (A, II, p. 41)
est continue dans ce produit (étant un polynôme par rapport aux composantes de
X E E et de x* EE*).

Étant donnée une équation linéaire homogène (4) (IV, p. 22), où t HA(t) est
une application réglée de J dans 9 ( E ) , cherchons s'il existe une application
t ++v(t) de J dans E*, primitive d'une fonction réglée dans J, et telle que la
fonction numérique t H ( ~ ( t )v(t)>
, soit constante dans J lorsque u est une solu-
tion quelconque de (4) ; il revient au même d'écrire que la dérivée de cette fonc-
tion doit être nulle en tout point où u et v sont dérivables, c'est-à-dire qu'on doit
$voir en ces points

Or, d'après (4)' on a (2, V(t)) = <A(t).u(t), v(t)) = - <u(t),B(t).v(t)>


oh - B ( t ) est la transpose'e de A(t) (A, II, p. 42). La relation à laquelle doit
satisfaire v s'écrit donc

en tous les points où A(t) est continue et v(t) dérivable. Or, pour un tel point t et
un point x, EEarbitraire, il existe d'après le th. 1 de IV, p. 17, une solution u de (4)
telle que u(t)

x, E E,
= xo; on doit donc avoir
dv
ce qui signifie que - - B(t) .v(t)
dt
< ", di
=
dv
- B(t) .v(t))

O. Par suite:
= O pour tout

PROPOSITION 6. -Pour qu'une application t tt v(t) de J dans E*, primitiue d'une fonc-
tion réglée dam J, soit telle que (u(t), v(t)) soit constante dans J pour toute solution u de
FVR IV.26 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES $2

l'équation (4) de IV, p. 22, il faut et il sufit que v soit solution de l'équation linéaire
homogène

oh -B(t) est la transposée de A(t).

L'équation (16) est dite adjointe de (4); il est clair qu'inversement (4) est
adjointe de (16). Les éléments de la matrice B(t) étant fonctions réglées de t dans
J, les résultats obtenus ci-dessus sur les équations linéaires sont applicables à
l'équation (16). En particulier, l'intégrale de (16) prenant la valeur x: au point to
peut s'écrire H(t, to).xg, où H(t, to) est une application linéaire bijective de
E* sur lui-même, identique à l'intégrale de l'équation

qui prend la valeur I au point t,. Il en résulte qu'on a (avec les notations de IV,
P. 18)
M t , to) Xo, H(t>to) 4) = (xo, x 3
quels que soient x0 E E et xg E E*, ce qui montre que
(18) H(t, to) = C(t, to)
(contragrédiente de C(tJ t,)). En particulier, si on connaît un système fondamental
d'intégrales de l'équation adjointe (16)) la matrice H(t, to) est déterminée, donc
aussi C(t, t,), et par suite toutes les intégrales de l'équation (4).
Remarque. -Soient E et F deux espaces normés complets sur R (ou sur C ) ,
(x, y) H(x, y> une forme bilinéaire continue dans E x F, telle que la relation (x, y> = O
<(

pour tout y E F >)(resp. (x, y) = O pour tout x E E $) entraîne x = O (resp. y = 0).


<(

Supposons en outre que, pour tout t E J, il existe une application linéaire continue
B(t) de F dans lui-même, telle que l'on ait (A(t). x, y> + (x, B(t). y> = O pour tout
(x, y) E E x F. Dans ces conditions, on voit comme ci-dessus que, pour qu'une
application t~ v(t) de J dans F, primitive d'une fonction réglée, soit telle que
(u(t), v(t)> soit constante pour toute intégrale u de (4), il faut et il suffit que v soit
intégrale de l'équation (16), qu'on appelle encore l'adjointe de (4).

6. Équations différentielles linéaires à coefficients constants

Nous supposons de nouveau que E est un espace normé complet quelconque sur R;
soit A un endomorphisme continu de E, indépendant de t, et considérons l'équation
linéaire homogène

Lorsque E est de dimension Jnie, l'équation (19) est équivalente à un système


homogène (3) (IV, p. 22) d'équations différentielles scalaires, où les coefficients ai,
sont des constantes.
No 6 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES FVR IV.27

D'après le th. 1 (IV, p. 17), toute intégrale de (19) est définie dans R tout
entier; d'après le th. 2 (IV, p. 18), l'intégrale de (19) prenant la valeur x, en un
point t, E R peut s'écrire C(t, t,)x,, où C(t, t,) est une application linéaire
bijective et bicontinue de E sur lui-même, satisfaisant à l'équation

et telle que C(t,, t,) = I. On a en outre ici l'identité

(21) C(t + 7, tO + 7) = C(t, tO)


quel que soit z E : en effet, on a dC(s, t, +
z)/ds = AC(s, t, + 7 ) d'après (20),
et, comme A est constant, il en résulte qu'on a aussi

d'autre part

d'où l'identité (21), puisque l'intégrale de (20) égale à I au point t, est unique.
Si on pose C,(t) = C(t, O), on a donc C(t, t,) = C,(t - t,); d'autre part,
pour tout h E ]ta, C',(At) est identique à l'intégrale de l'équation

qui prend la valeur I au point O. Nous poserons la définition suivante:

DÉFINITION 1. - Étant donné un endomorphisme continu A de E, on désigne par eA ou


exp A l'automor~hismede E égal à la valeur au point t = 1 de l'intégrale de I'équation
(20) qui prend la valeur I au point t = 0.

Avec cette notation, les remarques qui précèdent la déf. 1 montrent que

(23) C(t, t,) = exp (A(t - t,)).


La notation exponentielle ainsi introduite et justifiée par les propriétés
suivantes, qui sont tout à fait analogues à celles de la fonction exp z, pour z réel
ou complexe (cf. III, p. 8 et 16):

PROPOSITION 7. - l 0 L'application X t+ ex est une application continue de 9 ( E ) dans


le groupe des automorphismes de E (éléments inversibles de Y(E)).
2O L'application t t+ ext de W dans 9 ( E ) est dérivable et on a
FVR IV.28 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLES

3O Quel que soit X E 9 ( E ) , on a

la série du second membre étant absolument et uniformément convergente dans toute partie
bornée de 9 ( E ) ; en particulier, eit = e t Ipour t E HP.
4O Si X et Y sont permutables, Y et eYsont tous deux permutables avec ex, et on a

La relation (24) résulte de l'expression (23) de C(t, O) et du fait que cette


fonction est intégrale de (20) ; de (24) on déduit par récurrence sur n que t t-t ext
est indéfiniment dérivable dans R et que l'on a
Dn(ext)= Xn ext.
D'après la formule de Taylor, on peut donc écrire
X X" xn ' (1 - t)" ext dt.
(2 7) eX=I+-
l!
+-
2!
+...+r+ Xn+l
n. j, n!
D'autre part, le cor. 3 de IV, p. 19, montre que lleXt1 < exp ( IIXll. It 1). Donc
1 (1 - t)"
Io
le reste rn(X) = X n + l ---i-ext dt de la formule (27) satisfait à l'inégalité
n.

d'où on déduit la formule (25), la série du second membre étant absolument et


uniformément convergente dans toute partie bornée de L?(E). Pour tout couple
d'éléments X, T de .Y(E), on a donc

Or, on peut écrire (X + T)" - Xn =


(VI)
V,V,. . . Vn, la somme étant
étendue aux 2n - 1 suites (VJ d'éléments de 9 ( E ) telles que & = Xou V, = T
pour 1 < i < n, un au moins des Vi étant égal à T; on en conclut aussitôt
l'inégalité
Il(X+ Tln - Xnll < (IlXII + IITll)n - llXllnt
d'où
(28) Ilexp(X+T)-exPXII~exP(Ilxll+IITll)-eXPIIXIl
ce qui établit la continuité de l'application X ++exp X.
Enfin, si X et Y sont permutables, Y est permutable avec ext (IV, p. 20, prop.
2), donc on a
No 6 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINÉAIRES FVR IV.29

Comme d'autre part eXteYtest égal à I pour t = O, on a eXteYt= e(x+Y)t, d'où


la formule (26). De cette dernière, on déduit en particulier que, pour s et t réels
quelconques, on a
t) = eXseXt
(29)
et aussi que
(30)
On notera par contre que la formule (26) n'est plus exacte lorsqu'on ne suppose
pas X et Y permutables: elle entraînerait en effet que exp X et exp Y sont toujours
permutables, ce qui n'est pas le cas, comme le montrent des exemples simples (IV,
p. 41, exerc. 3).

Supposons maintenant que E soit un espace vectoriel de dimensionjnie sur le


corps C, et A un endomorphisme de E (pour la structure d'espace vectoriel sur
C) qu'on peut identifier à sa matrice par rapport à une base de E; pour tout
t E R, eAtest alors un automorphisme de E pour cette même structure (IV, p. 20,
prop. 2). Soient rk (1 < k < q) les racines distinctes (dans C) du polyndme
caractéristique cp(r) = det (A - rI) de l'endomorphisme A (((racines carac-
4
téristiques u de A) ; si nk est l'ordre de multiplicité de rk, on a 2 n,
k=l
= n. On sait
(A, VIX, 4 5, no 3) qu'à chaque racine rk correspond un sous-espace E, de E, de
dimension n,, tel que E, soit stable par A, et que E soit somme directe des E,: E, peut
être défini comme le sous-espace des vecteurs x tels que

Soit a un vecteur quelconque de E; on peut &rire a = 5


k=l
a,, où a, E E,;
l'intégrale de l'équation (19) de IV, p. 26, prenant la valeur a au point t = O est
donc donnée par

Mais comme a, E E,, on a

Toute intégrale de l'équation (19) de IV, p. 26, peut donc s'écrire

où pk(t) est un polynôme par rapport à t, à coefficients dans l'espace vectoriel


E,, et de degré 6 nk - 1. En particulier, si toutes les racines de l'équation
F V R IV.30 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES 32

caractéristique de A sont simfiles, les espaces E, (1 < k < n) sont tous de dimen-
sion 1 sur le corps Cl, et il existe donc n vecteurs c , tels que les n fonctions er&,
( 1 < k 6 n) formcnt un système fondamental d'intégrales de l'équation (19)
de I V , p. 26.

Lcs racines caract6ristiques de l'cndoinorphisme A sont encore appelées les


racines caracté~istiqziesde l'équation linéaire (19) de IV, p. 26. O n observera qu'on obtient
l'équation caractéristique de A en exprimant que la fonction ceftest intégrale de (19)
poi?r un vecteur c # 0.
Lorsque l'on a déterminé explicitement les racines r, (1 < k < q), ainsi que
l'ordre de multiplicité n, de r,, on obtient en pratique les intégrales de (19) en
écrivant que cette équation est vérifiée par l'expression (32) de IV, p. 29, où pk est un
polynôme arbitraire de degré < n, - 1, à coefficients dons E ; en identifiant, dans
les deux membres de l'équation obtcnuc, lcs cocfficients de erkt (pour 1 < k < q),
on obtient des équations linéaircs par rapport aux coelricients des polynômes p,:
on constate aisément que ces équations detcrmincnt les cocficients des termes de
dcgré > O de p, en fonction du tîrme constant, et que ce dernier est solution de
l'équation (A - r,I)"k . x = 0, qui définit le sous-espace Ek (((méthodedes cocfficients
indéterminés >)).
Remarque. - Lorsqu'il existe une base de E telle que la matrice de A par rapport à
cette basc ait scs éléments réels (cf. IV, p. 24, Remarque 2), l'équation caractéristique de
- Pour tout vecteur x = (t,),,,,,
A a ses coefficients réels. de E, rapporté à la base
considérée, soit S = (t,),,,,,; l'application x-X est une involution antilinéaire
de E. O n saii (A, VII) que, si r , est une racine non réelle de l'équation caractéristique
de A, E, le sous-espace stable correspondant, alors 7, est une racine caracteristique
ayant même ordre de multiplicité n, que ri<,et l'image EL de Ek par l'application
x t-t I est le sous-espace stablc correspondant à T,. O n en déduit que si u, (1 < j < n,)
sont nk intégralcs linéairement indépendantes à valeurs dans E,, les 2nk intégralcs
u, + ü,, i ( u j - U,) sont linCairement indépendantes et ont, par rapport à la base
choisie dans E, des composantes qui sont des fonctions rblles de E. Si r , est une
racine caractéristique réelle, la Remarque 2 de IV, p. 24, montre (avec les mêmes
notations) qu'il existe n, integrales linéairement indépendantes v, (1 < j < n,) à
valeurs dans E, et qui ont leurs composantes réelles. O n obtient de la sorte un sys-
tème fondamental d'intégrales de (19) dont les composantes sont toutes réelles.

7. Équations linéaires d'ordre n

On appelle équation dzj5érentielle linéaire d'ordre n toute équation de la forme

où les a, (1 6 k 6 n) et b sont des fonctions scalaires (complexes) de la variable


réelle t, définies dans un intervalle ,J de R. Lc procédé général de I V , p. 2, montre
que cette équation équivaut au système linéaire de n équations du premier ordre
FVR IV.3 1

c'est-à-dire à l'équation linéaire

où on a posé x = (x,, x2, . . .,x,) E Cn, b(t) = (0, 0, . . ., 0, b(t)), et où la inatrice


A(t) est définie par

L'étude de l'équation linéaire d'ordre n consistc donc à appliquer à l'équation


linéaire particulière (35) les résultats généraux qui précèdent. Pour tout inter-
valle J où les fonctions ai (1 < j < n) et b sont réglées, il existe une fonction et une
seule u, définie dans J, admettant dans cet intervalle une dérivée (n - 1)-ème
continue et une dérivée n-ème réglée (sauf aux points d'un ensemble dénom-
brable), satisfaisant à l'équation (33) dans le complémentaire d'une partie
dénombrable de J, et telle que

où to est un point quelconque de J, x,, xh, . . .,xg-l), n nombres complexes


arbitraires.
Pour que p intégrales ui (1 < j < p) de l'équation homogène
(37) Dnx - al(t)Dn-lx - . - an-l(t)Dx - an(t)x = O
associée à (33), soient linéairement indépendantes (dans l'espace % ,J(' C) des
applications continues de J dans C, considéré comme espace vectoriel sur C), il
faut et il suffit que lesp intégrales correspondantes u j = (uj, Duj, . . .,Dn-luj) de
l'équation homogène dxldt = A(t) .x soient linéairement indépendantes (dans
l'espace %'(J; Cn) des applications continues de J dans Cn). Il est évident en effet
que la condition est nécessaire. Inversement, s'il existe n constantes complexes

hi non toutes nulles telles qu'on ait identiquement 3


i=1
hiui(t) = O dans J, on en

déduit 5
j=l
hiDkuj(t) = O dans J pour tout entier k tel que 1 <k 4 n - 1, ce

qui signifie que l'on a 2


i=l
bui(" = O dans J.
Par suite (IV, p. 19, cor. 1) :

PROPOSITION 8. - L'ensemble des intégrales de l'équation linéaire homogène (37), d@nies


dans J, est un espace vectori?'elde dimension n sur le corps C.
FVR IV.32 ÉQUATIONS DIFF~RENTIELLES 52

Étant données n intégrales quelconques u j (1 < j 6 n) de l'équation (37), on


appelle wromkien de ce système d'intégrales le déterminant (par rapport à la base
canonique de Cn) du système des n intégrales correspondantes u j dc l'équation
dxldt = A(t) .x,c'est-à-dire la fonction

Pour que les n intégrales u j soient linéairement indépendantes, il faut et il


suffit que W(t) # O dans J; d'ailleurs, il suffit pour cela que W(t,) # O en un
point t, de J (IV, p. 22, prop. 4) ;en outre, on a (IV, p. 23, prop. 5)

Identifions la résolvante C(i, t,) de l'équation (35) à sa matrice par rapport


à la base canonique de 6"; les colonnes vj(t, t,) (1 < j < n) de cette matrice
sont alors n intégrales linéairement indépendantes

de l'équation homogène dxldt = A(t) .x, qui correspondent aux n intégrales


linéairement indépendantes uj(t, t,) de l'équation (37), telles que

Dk--'uj(to,t,) = 8jk
(indice dc Kronecker) pour 1 6 j < n, 1 6 k 6 n (en convenant de poser
DOui= uj). Il en résulte en particuIier que la méthode de variation des cons-
tantes (IV, p. 21) appliquée à l'équation (35) donne ici comme intégrale
particulière de (33), égale à O ainsi que ses n - 1 premières dérivées au point to,
la fonction

Dans le cas particulier de l'équation Dnx = b ( t ) , la formule (39) redonne la


formule exprimant la primitive n-ème de la fonction réglée b(l) qui s'annule ainsi
que ses n - 1 premières dérivées au point t,

w(t) = Io ( t - s)"-l
b(s) ( n - l ) ! ds

(II, p. 13, formule (19)): l'intégrale de Dnx = O qui est nulle ainsi que ses n - 2
premières dérivées a u point t,, et dont la dérivée (n - 1)-ème est égale à 1 en ce
point, est en effet le polynôme (t - to)n-l/(n - 1) !.
No 8 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES LINEAIRES FVR IV.33

8. Equations linhaires d'ordre n à coefficients constants

Si, dans l'équation (33), les coefficients ai sont constants, la matrice correspon-
dante A est constante; l'équation caractéristique correspondante s'obtient en
écrivant que ert est solution, ce qui donne

Soicnt rj (1 6 j 6 q) les racines distinctes de cette équation, lzj (1 6 j < q)


4
l'ordre de multiplicité de la racine î; (
j=1
2 ni = n). D'après les résultats de IV,
p. 26 à 32, à chaque racine ri correspond, pour l'équation homogène

un système de ni intégrales linéairement indépendantes

oùp,, est un polynôme (à coefficients complexes) de dcgré 6 ni - 1 (1 ,< k 6 n,) ;


en outre, les n intégrales uik (1 6 j 6 q, 1 6 k 6 n,) ainsi obtenues sont linéairement
ind&endantes. 11en résulte quc les n, polynômesp,, (1 6 k 6 nj) sont linéairement
indépendants dans l'espace des polynômes en t de degré 6 ni -- 1, donc for-
ment une base (sur B*) de cet espace, puisque cc dernier est de dimension ni.
h t r e m e n t dit :

PROPOSITION 9. -Soient r, (1 6 j 6 q) les racines distinctes de l'équation carac-


téristique (40), et soit ni l'ordre de multiplicité de la racine ri (1 < j 6 q). Les nfonctions
t"erlt (1 6 k 6 ni, 1 ,< j < q) sont des inLégrales linéairement indépendantes de l'iquation
homogène (41).
On peut ddmontrer ce résultat dircctcment de la façon suivante. Il résulte
dc l'équation (41) quc la dérivée n-ème dc toute intégrale de cette équation est
dérivable dans R,d'où on déduit aussitôt, par récurrence sur l'entier nz > ~z,que
toute intégrale de (41) admet une dérivée d'ordre m, autrcmcnt dit, est indgni-
ment dérivable dans IR. Soit 9 l'espacc vectoriel sur (C: (non topologique) des fonc-
tions complexes indéfinimcnt dérivables dans %a; l'application x t+ Dx est un
endomorphisme de cet espace, et l'équation (41) peut s'écrire

où f(D) = DR - a,Dn-l - . . . - a,-,D - a, (A, IV, $ 2,no 1).

PROP~SITIQN 10. -Soient g et h deux polynômes premiers enlre eux tels que f = gh. Le
sous-espace des solutions de (42) est somme directe des sous-espaces des solutions des deux
équations
g(D)x=O, h(D)x=O.
FVR IV.34 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLES 52

En effet, en vertu de l'identité de Bezout (A, VII, tj 1, no 2, th. l), il existe


+
deux polynômes p(D) et q(D) tels que p(D)g(D) q(D)h(D) = 1. Pour toute
solution x de (42), on peut donc écrire x = y + z, où y = p(D)g(D)x et
z = q(D)h(D)x, et on a h(D)y =p(D)(f (D)x) = O, et g(D)z = q(D)(f (D)x) = O.
D'autre part, si on a à la fois g(D)x = O et h(D)x = O, on en tire

ce qui achève la démonstration.

Avec les notations précédentes, on peut alors écrire

= n4

3=1
(D - ,)nj

et la prop. 10, appliquée par récurrence sur q, montre que le sous-espace des
solutions de (42) est somme directe des sous-espaces des solutions des q équations
(43) (D - r j ) ? x = O (1 < j < q).
Or, pour tout nombre complexe r, on a

et par suite l'équation (43) équivaut à

et a donc pour solutions les fonctions erjt p,(t), où pj parcourt l'ensemble des poly-
nômes de degré < nj - 1;on retrouve ainsi la prop. 9 de IV, p. 33.

L'équation homogène (41) étant supposée résolue (c'est-à-dire que les


racines caractéristiques sont supposées déterminées), on sait que la méthode de
variation des constantes permet de trouver les solutions de l'équation non
homogène
(45) DnX - alDn-l x - . . . - a,-,Dx - anx = b(t)
où b(t) est une fonction réglée quelconque (IV, p. 21) ; on notera que si b(t) est
ind$niment dérivable dans un intervalle J, toutes les intégrales de (45) sont indé-
finiment dérivables dans J. Dans le cas particulier b(t) = eatp(t), où p est un
polynôme (à coefficients complexes) et ci un nombre complexe quelconque, on
obtient plus simplement une intégrale de (45) de la façon suivante. Posons
x = ewty; l'équation
f (D)x = eatp(t)
s'écrit d'après (44)
f (ci + D)Y = P(t)
ou encore, en vertu de la formule de Taylor appliquée au polynômef (D),
No 9 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLESLINÉAIRES FVR IV.35

m
Soit m le degré du polynôme P(t) = C hktm-k;sif (a) # O (c'est-à-dire si a
k=O

n'est pas racine caractéristique), il existe un polynôme et un seul u(t) = zm

k=O
cktm-k
de degré m, solution de l'équation (46), car les coefficientsc, sont déterminés par le
système d'équations linéaires

qui admet évidemment une solution et une seule. Si au contraire a est une racine
caractéristique, et si h est son ordre de multiplicité, le calcul précédent montre
qu'il existe un polynôme et un seul v(t) de degré m, tel que toute solution de
Dhy = v(t) soit une intégrale; autrement dit, tout polynôme solution de (46) est
alors de degré m + h (<(résonance ))).

9. Systemes d'équations linéaires à coefficients constants

Avec les notations du no 8, considérons plus généralement un système de m


équations différentielles de la forme

où les inconnues x, (1 6 k 6 n) et les seconds membres bi (1 6 j 6 m) sont des


fonctions complexes de la variable réelle t, et où les pik(D) sont des polynômes
(de degré quelconque) à coefficientsconstants (complexes) par rapport à l'opérateur
de dérivation D (1 < j 6 m, 1 6 k 6 n).
De tels systèmes ne sont pas du même type que ceux considCrés dans IV, p. 2,
(formule (5)), comme le montre l'exemple suivant:

Nous nous bornerons au cas où les bj(t) sont les fonctions ind@niment dérivables
dans un intervalle J, et nous chercherons seulement les solutions (x,), ,<,
indé-
finiment dérivables dans J. En posant b(t) = (b,(t), . . ., bm(t)) (application de
J dans Cm),et x = (x,, x,, . . ., xn), le système (47) peut s'écrire

où P(D) est la matrice (p,,(D)) à m lignes et n colonnes, dont les coefficients


FVR IV.36 ÉQUATIONSDIFFÉRENTIELLES §2

appartiennent à l'anneau C[D] des polynômes en D, à coefficients dans C. Soient


J.(D) (1 6 j 6 r < Min(m, n)) les invariants de similitude non nuls de la matricc
P(D) ; on sait (A, VII, $ 5, no 1) que ce sont des polynômes unitaires bien déter-
minés, tels que f. divise A.+, pour 1 6 j 6 r - 1 (r étant le rang de P(D)); en
outre, il existe deux matrices carrées U(D) et V(D), d'ordres respectifs m et n,
inuersibles (dans les anneaux de matrices carrées d'ordre m et n respectivement, à
coefcients dans l'anneau C[D] des polynômes en D à coefcients complexes), et telles que
la matrice Q(D) = (qjlc(D))= U(D) P(D) V(D) ait tous ses termes nuls, à
l'exception des termes diagonaux qj3(D) = f.(D) pour 1 < j 6 r. Posons alors
y = V-l(D)x; l'équation (49) est équivalente à l'équation

puisque U(D) est inversible. Or, si y = (y,, y,, . . .,y,), et si


U(D)Wt) = (c,(t), a , cm(t)),
l'équation (50) s'écrit

Le système n'admet donc de solutions indéhiment dérivables que si les con-


ditions (52) sont vérifiées; la détermination des yj d'indice j < r se ramène alors à
l'intégration de r équations diff6rentiellcs linéaires à coefficients constants (51) ;
les y, d'indice > r sont des fonctions indéfiniment dérivables arbitraires. Une fois
les solutions y de l'équation (50) ainsi déterminées, on en déduit les solutions de
(47) par la formule x = V(D)y.
Remarques. - 1) Certains des polynômesf,(D) pcuvcnt se rkduire à des constantes
non nulles; les y, correspondants sont alors entièrement déterminés.
2) Lorsque les 6, sont tous nuls, c'est-à-dire que le système (47) est homogène,
les conditions (52) sont toujours vérifiées; si en outrc r = n, on voit que l'ensemble
des solutions dc (47) est un espace vectoriel sur C , de dimension égale à la somme des
degrés desf,(D), c'est-à-dire au degré dc dct(P (D)).
3) Les polynômes fijk(D) étant donnés, un système (47) qui admet des solutions
lorsque les seconds membres sont indéfiniment dérivables (ou dérivables jusqu'àun ccr-
tain ordre) peut ne pas en admettre lorsque les seconds membres sont des fonctions
réglées quelconques: c'est ce que montre I'excmple (48), qui n'admet pas de solution
lorsque a ( t ) n'est pas une primitivc. Nous n'entreprendrons pas ici de rechercher les
conditions supplémentaires de possibilité qui s'introduisent ainsi lorsque les seconds
membres sont des fonctions réglées quelconques.
Exercices

1) a) Avcc les notations de IV, p. 4, on suppose que f est uniformément continue dans
J x S. Démontrer alors la prop. 3 de IV, p. 5, sans faire usage de l'axiome de choix. (Soit 8
tel que les relations It2 - tll < 6, jlxz - xlj/ < 6 entraînent ljf (t,, x,) - f (t,, x,) I < E;
considérer une subdivision de J en intervalles de longueur < inf(S, 6/M) et définir par ré-
currence la solution approchée.)
6) Lorsque E est de dimension finie, et que f est lipschitzienne dans 1 x H, démontrer la
prop. 3 de IV, p. 5, sans fairc usage de l'axiomc dc choix. (Remarquer que, pour tout S > 0,
il existe un nombre fini de points xi de S tels que tout point de S soit à une distance < S d'un
des xi; procéder ensuite comme dans a) en considérant les fonctions réglées t Hf (t, x,), en
nombre fini.)
2) Étant donnés deux nombres b > O, M > O et un nombre arbitraire E > O, donner un
exemple d'une équation différentielle scalaire x' = g ( x ) telle que Ig(x)1 < M pour 1x1 < b
et qui admet une intégrale x = u(t) continue dans l'intervalle ) - b/M - E, b/M + E(, mais
b
+
qui n'a pas de limite finie a u point x = - E (définir g de sorte que l'intégrale considérée
M
b b
M M
+
ait une dérivéc continue dans ) - - - E, - E(, cette dérivée étant égale à la constante
M dans (- b/M, b/M)).
3) Soient S c H une boule ouverte de centre xo et de rayon r, f une fonction lipschitzienne
pour la constante k > O dans I x S ; on suppose en outre que t ++ f (t, xo) est bornée dans 1
et on désigne par Mo la borne supérieure de /If (t, xo)Ij pour t E 1. Montrcr que pour tout
t, E 1, il existe une intégrale u de x' = f (t, x), à valeurs dans S, égale à xo a u point t,, et
définie dans l'intersection de 1 et de l'intervalle )to - A, to f ?,(, où

(remarquer que l'on a Ilu(t)

7 4) Soient 1 = )to - a, to +
- xo 1 < M(t - to) + k
1: jlai(s) - x01 ds pour t > t,).

a( un intervalle ouvert dans R, S une boule ouverte de centre


xo et de rayon r dans E, f une fonction localement lipschitzienne dans 1 x S. Soit
(s, z) H h(s, z ) une fonction 2 O définie et continue pour O < s < a et O < z < r, telle que,
pour tout s E (O, a) l'application z i-t h(s, z ) soit croissante; on suppose que dans 1 x S, on ait
Ijf (t, x) 11 < h(l t - toi, llrv - xo11). Soit <p une primitive d'une fonction réglée dans un inter-
valle (0, a) (avec a < a), à valeurs dans (O, Y[, telle que cp(0) = O et ~ ' ( s )> h(s, <p(s))dans
(O, a), sauf aux points d'un ensemble dénombrable. Montrer que l'intégrale u de x' =
+
f (t, x), égale à xo a u point to, est définie dans )to - a, to cc(, et que, dans cet intervalle, on a
Ilu(t) - xoll < dit - toi).
b) Déduire de a) que, si f est définie dans 1 x E, et s'il existe une fonction h définie, continue
croissante et > O dans (O, + +
CO(,telle que JO+ dz/h(z) = CO et que Ilf (t, x) 1 < h(llxl/),
toute intégrale de x' = f (t, x) est définie dans 1 tout entier.
7 5) Soit E l'espace normé complet formé des suites x = (x,) de nombres réels telles que
lim x, = 0, normé par llxjl = sup lxn/.Pour tout entier n > O, soit enla suite dont tous les
.,arn

&-&es sont nuls, à l'exception du'terme d'indice n, égal à 1;l'espace E est somme directe d u
sous-espace V, de dimension 2 engendré par en et e,,,, et sous-espace fermé W, engendré
FVR IV.38 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES $1

par les e, d'indice k distinct de n et de n+1. Soit fn une fonction continue et lipschitzienne
dans E, à valeurs dans E, constante sur toute classe modulo Wn, égale à en+^ - en sur la
droite joignant en et entl, et égale à O dans l'intersection de Vn et de la boule ljxl] < 4.
D'autre part, pour tout entier n > O, soit cpn une fonction numérique définie et continue
dans I'intervalle [zi],
1
égale à O aux extrémités de cet intervalle, et telle que
j ~ ~cpn(t)
~ ,dt,= 1. Soit 1l'intervalle (0, 1) dans R; on considère dans 1 x E la fonction f,
1
à valeurs dans E, définie comme suit: f (O, x) = O quel que soit x E E; pour -
n + l
< t < n1-9

f (t, x) = cpn(t)fn(x).Montrer que f est continue et localement lipschitzienne dans 1 x E,


mais qu'il existe une intégrale u de l'équation x' = f (t, x), définie et bornée dans )O, 11,
égale à en pour t = lln, et par suite ne tendant vers aucune limite lorsque t tend vers O.
a 6) a) Soit 1 = (0, fCO(;si f est lipschitzienne dans 1 x E pour une fonction réglée
k(t) > O telle que l'intégrale Sirn k(t) dt soit convergente, montrer que toute intégrale de
l'équation x' = f (t, x) est définie dans 1tout entier.
b ) Si en outre l'intégrale j,f"O Ijf (t, x,) 1 dt est convergente (pour un certain point x, E E),
montrer que toute intégrale de x' = f (t, x) tend vers une limite finie lorsque t tend vers + co
(montrer d'abord que toute intégrale est bornée lorsque t tend vers + a ) .
7) On considère le système d'équations différentielles scalaires

où les ciil< sont des constantes telles que ckji = -cijk. Montrer que les intégrales de ce sys-
n
tème sont définies pour toutes les valeurs de t (remarquer que 2 x,2 est constante pour toute
<=1
intégrale x = ( x i ) ) .
8) Soit f une fonction définie dans 1 x H, satisfaisant aux conditions du lemme 1 de IV,
p. 3, et telle que, pour une constante k telle que O < k < 1, et pour un point t, E 1, on ait,
quels que soient t E 1et xl, x2 dans H

Montrer que, si u et v sont deux solutions approchées de l'équation x' = f (t, x) à cl et E,


près respectivement, définies dans 1, à valeurs dans H et prenant la même valeur au point
t,, on a, pour tout t E 1

En déduire que les th. 1 (IV, p. IO), 2 (IV, p. 11) sont encore valables pour l'équation
x' = f (t, x) dans les conditions indiquées.
r/ 9) Soient 1 un intervalle dans R, to un point de 1, S une boule de rayon r et de centre x,
dans E, G l'espace normé des applications bornées de 1 x S dans E, la norme d'une telle
application f étant la borne supérieure I/f /j de lIf (t, x) 1 dans 1 x S. Pour tout M > 0,
soit GMla boule llf l j < M dans G. Soit L la partie de G formée des applications lipschitziennes
de 1 x S dans E; pour toute fonction f E L n G,, soit u = U(f) l'intégrale de x' = f (t, x),
telle que u(to)= x,, à valeurs dans S et définie dans l'intersection J, de 1et de l'intervalle
r
M
+
)to - r ,to -( (th. 1).
LM
a) Soit (f,) une suite de fonctions appartenant à L n 6,; si fn converge uniformément dans
1 x S vers une fonction f, toute valeur d'adhérence (pour la topologie de la convergence
compacte) de la suite des un = U(fn) dans l'espace F des applications bornées de J, dans E,
est une intégrale de x' = f(t, x) prenant la valeur xo au point to. Réciproquement, toute
EXERCICES FVR IV.39

intégrale v de x' = f (t, x) définie dans J, et telle que v(to) = xo, est aussi intégrale d'une
équation x' = g(t, x), où g est lipschitzienne et arbitrairement voisine de f dans G (con-
sidérer I'équation

b) On suppose en outre que E soit de dimension $nie. Montrer que si f E G, satisfait aux
conditions du lemme 1, pour tout t E J,, l'ensemble H(t) des valeurs au point t des intégrales
de x' = f (t, x) qui prennent la valeur xo au point t,, est un epsemble compact et connexe
(pour voir que H(t) est fermé, utiliser le th. d'Ascoli; pour voir qu'il est connexe, utiliser a) :
si xl, x2 sont deux points de H(t), et c > O un nombre arbitraire, montrer qu'il existe un
ensemble connexe <D de fonctions g appartenant à L n G, telles que Ijf - 9.11 < E pour
toute fonction g E @, et que l'ensemble des valeurs des fonctions U(g) au point t soit con-
nexe et contienne xl et x,. Conclure en passant à la limite suivant un ultrafiltre plus fin que
le filtre des voisinages de O dans R,).

10) Soit f une fonction numérique continue et bornée définie dans le pavé P: ]t - t,l < a ,
1% - xol < b de R2. Soit M la borne supérieure de 1f (t, x)l dans P, et 1 = )to - a, t, + c(,
où a = inf (a, b/M). Montrer que l'enveloppe supérieure et l'enveloppe inférieure de
l'ensemble @ des intégrales de x' = f (t, x) définies dans 1et prenant la valeur xo au point t,,
sont encore des intégrales de x' = f (t, x), qu'on appelle respectivement intégrale maximale et
intégrale minimale de cette équation, correspondant au point (to, xo) (remarquer que l'en-
semble 4> est équicontinu et fermé pour la topologie de la convergence uniforme dans 1).
Pour tout T E 1, soit E la valeur de l'intégrale minimale (correspondant à (t,, x,)) au
point 7. Montrer que l'intégrale minimale correspondant au point (T, 5) est identique à
l'intégrale minimale correspondant au point (to, xo) dans un intervalle de la forme (2, -r + h(
si r > to, de la forme) T - h, T) si T < to.
En déduire qu'il existe un plus grand intervalle ouvert )t,, t2( contenant t, et contenu
dans )t, - a, to + a(, tel que l'intégrale minimale u correspondant au point (t,, x,) puisse
être prolongée par continuité à )tl, ta( de sorte qu'en tout point t de )tl, t,(, u (t) appartienne à
+
)xo - b, xo b( et que u soit identique à l'intégrale minimale correspondant au point (t, u(t))
dans un intervalle de la forme (t, t + h( si t > to, de la forme) t - h, t) si t < t,; montrer
+
en outre qu'on a, soit t1 = to - a (resp. t2 = to a) soit lim u(t) = xo $. b (resp. lim u(t) =
t-tl t-tz

11) a) Dans le pavé P: It - toi < a, 1% - xol < b, soient g et h deux fonctions numtriques
continues telles que g(t, x) < h(t, x) dans P. Soit u (resp. v) une intégrale de x' = g(t, ,Y)
(resp. x' = h(t, x)) telle que u(to) = xo (resp. v(to) = xo) définie dans un intervalle (t,, to + c(;
+
montrer que, pour to < t < to c, on a u(t) < v(t) (considérer la borne supérieure -r des t
pour lesquels cette inégalité a lieu).
b) Soit ul'intégrale maximale de x' = g(t, x) correspondant au point (t,, x,) (exerc. IO), définie
dans un intervalle (to, t, + c(, à valeurs dans lx - xol < b. Montrer que, dans tout intervalle
+ +
compact (t,, to d ) contenu dans (t,, to c(, l'intégrale minimale et l'intégrale maximale
de l'équation x' = g(t, x) + E correspondant au point (t,, x,) sont définies dès que E > O
est assez petit, et convergent uniformément vers u lorsque E tend vers O par valeurs > 0.
c) Soient g et h deux fonctions numériques définies et continues dans P et telles que
g(t, x) < h(t, x) dans P. Soit (t,, t, f c( un intervalle dans lequel sont définies une intégrale
u de x' = g(t, x) telle que u(to) = x,, et l'intégrale maximale v de x' = h(t, x) correspondant
au point (to,x,). Montrer que, dans cet intervalle, on a u(t) < v(t) (se ramener au cas a) à
l'aide de b)).

x2
12) Soit u l'intégrale de l'équation x' = A +-
1 + ta
égale à O pour t = O,
3 et soit J le plus
grand intervalle d'origine O dans lequel u est continue.
a,
a) Montrer que, si h 6 on a J = (0, +CO( (utiliser l'exerc. 4 de IV, p. 37).
FVR IV.40 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES

b) Montrer que, si h > $, on a J = (O, a(, avec

(poser x = y d l + t2, et utiliser lyexerc.Il).


7 13) a) Soit 1 = (t,, to f c), et soit w une fonction numérique continue et > O définie dans
1 x R. Soit S une boule de centre x, dans un espace normé complet E, et soit f une applica-
tion continue de 1 x S dans E telle quc, quels que soient t E 1, x, E S et x2 E S, on ait
llf(t, x,) - f (t, x,) jl < w(t, lix, - ~ ~ 1 1 )Soient
. u et v deux intégrales de x' = f (t, X) définies
dans 1, à valeurs dans S, tdles que u(to) = x,, v(to) = x2; soit w l'intégrale maximale
exerc. 10) de z' = w(t, z) corrcspondant a u point (t,, jjx, - x21/),et supposée définie dans
1; montrer que, dans 1, on a jju(t) - v(t) li < ~ ( t ) (Soit . w(t, E) l'intégrale maximale de
z' = w(t, z) + E correspondant au point (t,, llx, - x21/),où E > O est assez petit. Montrer
que Ilu(t) - v(t) 11 < rei (t, E) pour tout E > O, en raisonnant par l'absurde.)
b) Dans l'énoncé des hypothèses de a), on rcmplace 1 par l'intervalle 1' = )t, - c, t,).
Montrcr que, si w est, dans cet intervalle, l'intégrale minimale de z' = w(t, z) correspondant
a u point (to, Ijx, - x2jl), on a, dans 1', Ilu(t) - v(t) 1 2 w(t) (même mbthode).

7 14) a) Soit w(t, z) une fonction numérique continue et > O définie pour O < t < a et
z > O. O n suppose que z = O soit la seule intégrale de z' = w(t, z) définie pour O < t < a
et telle que lim z(t) = O et lim z(t)/t = O. Soient I = (t,, to + a(, S une boule de centre x,
t-O t+o
dans E, f une application continue de 1 x S dans E telle que, quels que soient t E 1, x, E S
et x2 E S, on ait Ijf (t, x,) - f (t, x2) I < w(lt - toi, jlx, - x2 11). Montrer que, dans un
intervalle d'origine t, contenu dans 1, l'équation x' = f (t, x) ne peut avoir qu'une seule
solution u telle que u(to) = x,. (Raisonner par l'absurde: si v est une seconde intégrale de
x' = f ( t , x), minorcr llu(t) - v(t) j/ dans un intervalle d'origine t,, à l'aide dc l'exerc. 13 b),
et obtenir ainsi une contradiction.)
Appliquer au cas où o(t, z) = k(z/t) avec O < k < 1 (cf. IV, p. 38, exerc. 8).
b) Le résultat de a) s'applique pour w(t, z) = zlt; mais montrer dans ce cas par un exemple
que si u, v sont deux intégrales approchées à c près de x' = f (t, x), égales à x, au point t,,
il n'est pas possible de majorer Ilia(t) - v(t) /j par un nombre ne dépendant que de t (et non
de la fonction f ) . (Prendre pour f une application continuc de W + x R dans R, égale à
x/t pour t > cr et pour O < t < u et 1x1 < t2/(u - t), et indépendante de x pour lcs autres
points (t, x).)
c ) Soit 0 une fonction numérique continue et > O dans l'intervalle (O, a). Montrer que si
1
dt cst convergente, lc résultat de a) s'applique pour w(t, z) = --- z;
e(t) +
t

dt est infinie, donner un exemple de fonction continucf, telle que l'on

ait /If (4 XI) - f (t7 x2) Il $


l + (It -
'o') ljx, - x2/l,mais telle que l'équation r' = f(t, x)
It -
ait une infinité d'intégrales égalcs à x, au point t, (méthode analogue à celle de b)).

15) Soit f une fonction numérique définie et continue pour lt/ < a, 1x1 < b, telle quef (t, x )
< O pour tx > O et f (t, x) > O pour tx < O; montrer que x = O est la seule intésrale de
l'équation x' = f (t, x) qui prenne la valeur O a u point t = O (raisonner par l'absurde).

16) Soient E un espace vectoriel de dimcnsionjnie, f une fonction bornée dans 1 x H et


satisfaisant aux conditions de IV, p. 3, lemme 1, telle que l'équation x' = f(t, x) admette
une seule solution u définie dans 1, à valeurs dans H, égale à x, au point t,. O n suppose en
outre que, pour tout entier n assez grand, il existe une intégrale approchée u, de x' =
f (t, x) à l/n près, définie dans 1, à valeurs dans H, et égale à xo a u point t,. Montrer que la
92 EXERCICES FVR IV.41

suite ( u n )converge uniformément vers in dans tout intervalle compact contenu dans 1 (utiliser
le fait q u e la suite (un)est équicontinue dans 1).

17) Pour étudier l'équation x' = sin tx ( I V , p. 12, Exemple 4). o n pose u = xy, et o n consi-
dère les solutions d e l'équation correspondante u' = 2
t
+
t sin u = F(tJ u) q u i sont > O
pour t > O (pour toute solution de cette nature, o n a u(0) = O). On désigne par rkl a courbe
définie par les relations (2k - 1) x + 2t = O pour chaque entier k 1,
< u < 2kx, t sin u

(2k - l ) x < u < 2kxJ t sin u + - < 0 , par E le complé-


U
par D, l'ouvert défini par
t
mentaire dans l'ensemble des (t, u) tels q u e t > O et u > O, d e la réunion des Bk.
a) Montrer q u e toute courbe intégrale qui coupe u n e droite u = 2 k x coupe aussi la droite
u = (2k + 1)x.
b ) Si u n e courbe intégrale C coupe u n e courbe rke n un point (to, u,), la fonction u est
croissante pour O < t < to, décroissante pour t > to, et lorsque t tend vers + a ,u(t) tend
vers (2k - l ) x , la courbe C restant dans Dkpour t > to.
c ) Montrer qu'il n ' y a aucune courbe intégrale C contenue dans E et telle q u e u ( t ) tende
+ +
vers co lorsque t tend vers co. (Former l'équation différentielle dxldu = G ( u , x ) entre x
et u le long d e C. Si C est tout entière dans E , o n a x2 > u pour u = (2k - + ) x ; majorer
d'autre part x2(u) e n utilisant l'équation différentielle précédente, et obtenir u n e contra-
diction.)
d ) Montrer q u e pour chaque entier k , il existe u n e courbe intégrale et une seule C contenue
dans E et telle q u e u(t) tende vers 2kx lorsque t tend vers + W . ( E n posant v = 2 k x - u, o n a
v - 2kx v - 2kx
une équation v'= -+ t sin u ; comparer cette équation à v' = --- tu,
t t
+
+
t tendant vers co et v vers O.)

18) Soit E l'espace des suites x = (x,),,~ d e nombres réels telles q u e l i m x, = 0, m u n i de la


n-m
norme ]/XI/ = sup lx,[, q u i e n fait u n espace normé complet. Pour tout x = (x,) E E, soit
n
y = f ( x ) l'élément (y,) d e E défini par y, = Ixnj'/z +- ' . la fonction f est continue dans
n + 1'
E. Montrer qu'il n'existe aucune solution de l'équation différentiellex' = f ( x ) définie dans
un voisinage d e O dans R, à valeurs dans E et égale à O pour t = O (cf. I V , p. 39, exerc. 11).

§2
1 ) Soient E u n espace normé complet sur R, F un espace topologique, J u n intervalle de R
n o n réduit à un point; soit (t, E ) ++ A(t, E ) u n e application d e J x F dans S?(E), telle q u e
lorsque E tend vers Eo, A(t, 5) tende uniformément vers A(t, 4,) dans J. Si C ( t , to, E ) est la
résolvante de l'équation linéaire dxldt = A ( t , 5) .x, montrer que, pour tout intervalle com-
pact K c J , C(t, to, 5) tend uniformément vers C(t, to, Eo) dans K x K , lorsque tend vers
Eo.

2 ) Soit t HA ( t ) u n e application réglée d e J dans 9 ( E ) telle que, pour deux points quel-
conques s, t d e J, A ( s ) et A ( t ) soient permutables. O n pose B ( t ) = jfo A ( s ) ds. Montrer q u e la
résolvante C ( t , to) d e l'équation dxldt = A ( t ) . x est égale à e x p ( B ( t ) ) .
Si t H Ai(t), t HA z ( t ) sont d e u x applications réglées d e J dans 2 ( E ) telles que, pour
d e u x points quelconques s, t d e J , A,(s), A l ( t ) , A,(s), A z ( t ) soient deux à deux permutables,
montrer q u e l'on a
FVR IV.42 ÉQUATIONS DIFFÉRENTIELLES

3) Étant données les deux matrices

montrer que exp(A + B) # exp(A) exp(B).


4) Si Pest un automorphisme quelconque appartenant à 9 ( E ) , montrer que exp(PAP-1) =
P.exp(A) .P-l pour tout A E 9 ( E ) .
5) Montrer par un exemple qu'une équation linéaire dxjdt = A.x +
eatp(t), où A E 9 ( E )
est indépendant de t et p est un polynôme (à coefficients dans E) peut avoir une intégrale
égale à un polynôme de même degré que p, même lorsque a est racine caractéristique de A.
6) Soitf (X) un polynôme de degré n à coefficients complexes, et soit

la décomposition de la fraction rationnelle I lf (X) en éléments simples (A, VII, 8 2, no 2).


Montrer que, pour toute fonction réglée b, la fonction

est une intégrale de l'équation f (D) x = b(t).

x E E, l'application t -
7) a) Soit t H A(t) une application d'un intervalle J c R dans 9 ( E ) , telle que, pour tout
A(t) . x de J dans E soit continue. Montrer que, dans tout intervalle
compact K c J, t e l/A(t)l]est borde (utiliser TG, IX, p. 56, th. 2). Dans ces conditions,
montrer que, pour tout point (to, x,) E J x E, l'équation dxldt = A(t) . x + b(t) admet une
solution et une seule, définie dans J, et égale à xo au point to. En outre, si on désigne par
u(t, t,, x,) cette solution, l'application x, ++ u(t, to, xo) est une application linéaire bijective
et bicontinue C(t, to) de E sur lui-même, qui satisfait aux relations (6) (IV, p. 18) et (7)
(IV, p. 19);de plus, l'application (s, t) ++ C(s, t) de J x J dans 9 ( E ) est continue.
b) On prend pour E l'espace des suites x = (x,),,~ de nombres réels, telles que lim x, = 0,
n-t m
muni de la norme jlxll = snp Ixnl, pour laquelle E est complet. Pour tout t E J = (0, l), soit
A(t) l'application linéaire de E dans lui-même telle que

Montrer que A(t) satisfait aux conditions de a ) , mais que l'application t~ A(t) de J dans
9 ( E ) n'est pas continue au point t = O, et que la résolvante C(t, to) de l'équation dxldt =
A(t) . x est telle que l'application t HC(t, to) de J dans 9 ( E ) ne soit pas dérivable au point
t = 0.
7 8) Soit G une algèbre normée complète sur le corps R, admettant un élément unité e.
a) Soit t H a(t) une fonction réglée dans un intervalle J c R, à valeurs dans G. Montrer
que l'intégrale u de l'équation linéaire dxldt = a(t)x qui prend la valeur e en un point
to E J est inversible dans J, et que son inverse est solution de l'équation dxldt = - xa(t) (si v
est l'intégrale de cette dernière équation qui prend la valeur e au point t,, considérer les
équations linéaires vérifiées par UV et vu). En déduire que, pour tout x, E G, l'intégrale
de dxldt = a(t)x qui prend la valeur xo au point to est égale à u(t)x,.
b) Soient a(t), b(t) deux fonctions réglées dans J, u et v les intégrales des équations dxldt =
a(t)x, dxjdt = xb(t), qui prennent la valeur e au point to. Montrer que l'intégrale de l'équa-
+
tion dxldt = a(t)x xb(t) qui prend la valeur xo au point t, est égale à u(t)x,v(t).
C) Soient a(t), b(t), c(t), d(t) quatre fonctions réglées dans J, (u,v) une solution du système
de deux équations linéaires
EXERCICES FVR IV.43

Montrer que si, dans J, v est inversible, w = UV-lest intégrale de l'équation dzldt =
b(t) + a(t)z - zd(t) - ac(t)z (<(équation de Riccati O);réciproque. En déduire que toute
intégrale de cette derniére équation dans J, prenant la valeur xo au point to, est de la forme
+ +
(A(t)xo B(t)e)(C(t)xo D(t)e)-l, où A(t), B(t), C(t) et D(t) sont des applications con-
tinues de J dans 9 ( G )vérifiant l'identité U. (xy) = (U.x)y.
d) Soit w, une intégrale de dzldt = b(t) + a(t)z - zd(t) - zc(t)z dans J ; montrer que, si
w est une autre intégrale de cette équation telle que w - wl soit inversible dans J, w - W,
s'exprime à l'aide des intégrales des équations dxldt = - (ci + cw,)x et dxldt = x(a - wlc)
(considérer l'équation à laquelle satisfait (w - wl) -l, et utiliser b ) ) .
9) Soient y, (1 < k < n) n fonctions numériques définies dans un intervalle 1 c R et
admettant dans 1une dérivée (n - 1)-ème continue.
a) Montrer que si les n fonctions y, sont linéairement dépendantes, la matrice
( ~ & ~ ' ( t ) ) ~ <1<~k 4< ~est , rang < n en tout point t E 1.
- l de
b) Inversement, si pour tout t E 1,la matrice (yr)(t)) est de rang < n, montrer que dans tout
intervalle ouvert non vide J c 1, il existe un intervalle ouvert non vide U c J tel que les
restrictions des y, à U soient linéairement dépendantes (si est le plus petit des nombres
q < n tels que les wronskiens de q quelconques des fonctions yk soient identiquement nuls
dans J, considérer un point a E J où le wronskien de fi - 1 des fonctions y, n'est pas nul, et
montrer que p des fonctions y, sont intégrales d'une équation linéaire d'ordre p - 1 dans un
voisinage de a).
c) O n pose yl(t) = t2 pour t E R, yz(t) = t2 pour t 2 0, y2(t) = -tZ pour t < O; montrer
que y, et y, admettent une dérivée continue dans R et que ylya - y2y; = O, mais que yl et y,
ne sont pas linéairement dépendantes dans R.
* 10) Soit t~ X(t) une application d'une intervalle J c R dans l'espace des matrices
complexes d'ordre n. O n suppose que la dérivée t t+ Xf(t) existe et est continue dans J, et
est telle que X(t)X'(t) = X'(t)X(t) pour tout t E J.
a) O n suppose en outre que, pour tout t E J, les valeurs propres de X(t) sont distinctes.
Montrer qu'il existe alors une matrice inversible constante Po tel que PoX(t)P;l = D(t), où
D(t) est une matrice diagonale, de sorte que X(tl) et X(tz) sont permutables pour tout couple
de valeurs tl, ta de t dans J. (Écrire X(t) = P(t) D(t) P(t) - l au voisinage de chaque point de
J et former l'équation différentielle satisfaite par P(t).)
b) La matrice
/ t2 t3 t4 \

est permutable à sa dérivée, mais la conclusion de a) n'est pas valable..


NOTE HISTORIQUE

(N.-B. -Les chiffres romains renvoient à la bibliographie placée à la fin de


cette note.)

Comme on l'a vu (Note historique des chap. 1-11-111)) les problèmes conduisant
à l'intégration d'équations différentielles ont été parmi les premiers de ceux
qu'ont considérés les fondâteurs du Calcul infinitésimal au X V I I ~siècle (notamment
Descartes et Barrow). La théorie des équations différentielles n'a cessé depuis lors
d'exercer la sagacité des mathématiciens, et d'être un terrain de prédilection pour
l'application des méthodes les plus variées de l'Analyse; les questions qu'elle
soulève sont très loin d'être toutes résolues, et l'intérêt qui s'y attache est d'autant
plus soutenu qu'elle constitue un des points de contact les plus permanents et les
plus fructueux entre les mathématiques et les sciences expérimentales: ces der-
nières y trouvent souvent une aide précieuse, et en échange lui fournissent cons-
tamment de nouveaux problèmes.
Des nombreux chapitres que devrait comporter une étude moderne et com-
plète des équations différentielles, nous n'avons voulu exposer ici que deux des
plus élémentaires, traitant des théorèmes d'existence et des équations linéaires, la
variable étant supposée réelle. C'est donc aussi à ces deux aspects que nous
limiterons notre bref exposé historique. Dès le début du XVIII~siècle, les mathé-
maticiens s'étaient convaincus que l'intégrale ((généralea d'une équation dif-
férentielle d'ordre n dépend de n constantes arbitraires, et qu' (<en général »,il
existe une intégrale et une seule prenant des valeurs données ainsi que ses n - 1
premières dérivées pour une valeur donnée x, de la variable: conviction qu'ils
justifiaient par le procédé (remontant à Newton) qui consiste à calculer de proche
en proche les coefficients du développement de Taylor de la solution au point
x,, à l'aide de l'équation différentielle elle-même et des n premiers coefficients.
Mais jusqu'à Cauchy, personne n'avait étudié la convergence de la série ainsi
obtenue, ni démontré que sa somme était solution de l'équation différentielle; et
bien entendu, il n'était question que d'équations différentielles analytiques.
Parmi les diverses méthodes imaginées par Cauchy pour démontrer l'existence
des intégrales des équations différentielles, celle que nous avons suivie ((IV) et
(IV bis)), généralisée un peu plus tard par Lipschitz, est particulièrement in-
téressante pour le cas des équations non analytiques et pour l'approximation des
intégrales.
Les équations différentielles linéaires ont été parmi les premières à attirer
l'attention. Leibniz et Jakob Bernoulli intègrent l'équation linéaire du premier
ordre par deux quadratures ((1)' t. II, p. 731) ; l'intégrale générale de l'équation
NOTE HISTORIQUE FVR IV.45

linéaire d'ordre quelconque à coefficients constants et second membre arbitraire


est obtenue par Euler ((II), p. 296-354) ; d'Alembert résout de la même manière
les systèmes linéaires à coefhients constants. Un peu plus tard, Lagrange (III)
aborde la théorie générale des équations linéaires d'ordre n, reconnaît que I'inté-
grale de l'équation homogène est fonction linéaire des n constantes d'intégration,
introduit l'équation adjointe, découvre l'abaissement de l'ordre de l'équation
homogène lorsqu'on en connaît des solutions particulières, et la méthode de
variation des constantes pour l'intégration de l'équation non homogène. Les
points obscurs de la théorie de Lagrange (notamment en ce qui concerne l'in-
dépendance linéaire des intégrales) furent éclaircis par Cauchy, dont l'exposé
(IV bis) est resté quasi définitif, aux améliorations de détail près apportées par la
notation matricielle et la théorie des diviseurs élémentaires.
BIBLIOGRAPHIE

(1) .JAKOB BERNOULLI, Opera, 2 vol., Genève (Cramer-Philibert), 1744.


(II) L. EULER,Opera Omnia: Iwtitutiones calculi integralis, (1) t. XII, Leipzig-Berlin (Teub-
ner), 1914.
(III) J.-L: LAGRANGE, (Euvres, Paris (Gauthier-Villars), 1867-1890: a) Solution de dif-
férents problèmes de calcul intégral, t. 1, p. 471 ; b ) Sur le mouvement des nœuds des
orbites planétaires, t. IV, p. 111.
(IV) A.-L. CAUCHY,CEuvres complètes, (2), t. XI, Paris (Gauthier-Villars), 1913, p. 399
( =Exercices d'Analyse, Paris, 1840, t. 1, p. 327).
(IV bis) A.-L. CAUCHY, in Lejons de calcul dz@rentiel et de calcul intégral, rédigées principalement
d'après les méthodes de M. A.-L. Cauchy, par l'abbé Moigno, t. II, Paris, 1844.
CHAPïïRE V

Etude locale des fonctions

5 1. COMPARAISON DES FONCTIONS DANS UN


ENSEMBLE FILTRÉ

Soit E un ensemble, filtré par un filtre de base 8 (TG, 1, p. 36) ;dans ce chapitre,
nous considérerons des fonctions dont l'ensemble de définition est une partie de E
appartenant à la base de filtre 8 (partie dépendant de la fonction considérée)
et qui prennent leurs valeurs, soit dans le corps R des nombres réels, soit plus
généralement dans un espace vectoriel normé sur un corps valué (TG, IX, p. 32).

Dans les applications, E sera le plus souvent une partie d'un espace numérique
Rn, ou de la droite achevée 6, et 8 la trace sur E d u filtre des voisinages d'un point
adhérent à E, ou encore le filtre des complémentaires des ensembles relativement
compacts dans E (<(voisinages du point à l'infini >>).

Il ne suffira pas en général de savoir qu'une telle fonction tend vers une limite
donnée suivant $ pour pouvoir traiter tous les problèmes de (<passage à la limite
suivant 8 D où interviennent des expressions formées avec cette fonction.

les trois fonctions x, x2


Par exemple, lorsque la variable réelle x tend vers +a,
et 4;tendant toutes trois vers + co, mais, des expressions.
(X + 1)2 - x2, (X + 1) - x, d m di
la première tend vers + co, la seconde vers 1, la troisième vers O.

Il importe donc de connaître, non seulement la valeur limite d'une fonction


suivant 8 (lorsque cette limite existe), mais encore la (<manière D dont la fonction
tend vers sa limite; en d'autres termes, on est amené à opérer une classification
dans l'ensemble des fonctions qui tendent vers une même limite.
FVR V.2 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS $1

1. Relations de comparaison: 1. Relations faibles

Nous désignerons dans ce qui suit par V un espace vectoriel normé sur un corps
valué Kypar %($, V) l'ensemble des fonctions à valeurs dans V, dont chacune
est définie dans une partie de E appartenant à la base de filtre 8. Les relations
que nous allons définir entre de telles fonctions ont un caractère local relatif au
filtre de base 8 : nous allons préciser ce qu'il faut entendre par là. Si f et g sont
deux fonctions de %($, V), rappelons que la relation a il existe un ensemble
,
Z E 5 tel que f et g soient définies et égales dans Z est une relation d'équivalence
R, dans S ( $ , V) (TG, 1, p. 44). Cela étant, nous dirons qu'une relation S où
figure une fonction f de %(a, V) est de caractère local (suivant 8) relativement à
f, si elle est compatible (en f ) avec la relation d'équivalence R, (E, II, p. 42) ;
on sait que, si f est le germe de f suivant 8, classe de f modulo R, (élément de
l'ensemble quotient S m ( $ ,V) = A?($,V)/R,), on déduit de S, par passage au
quotient, une relation entre f e t les autres arguments de S, et que réciproquement,
toute relation de cette nature définit une relation de caractère local relativement à
f.
Exemple. -Si f et g sont deux fonctions de %(g, R), la relation G il existe un
ensemble X E 8 tel quef et g soient définies dans X, et quef ( t ) < g(t) pour tout
t E X H est de caractère local relativement à f et g. On notef < g la relation ob-
tenue en passant au quotient (pour f et g) ; on remarquera que si f < g, il existe
une fonctionf,Ef et une fonction g, E g, définies dans E tout entier, et telles que
fi(t) < g, (t) pour tout t E E.
Remarques. - 1) Soient VI (1 i n) n espaces vectoriels normés sur K, y, une
fonction définie dans V, x V2 x .. x V,, à valeurs dans V par passage aux quo-
tients suivant R,, la fonction cp définit donc une application de
Ha($, VI) x ... x Yi", (8,Vn)
dans (8, V), que l'on notera le plus souvent cp($l,. . ., Zn) (TG, 1 xh, p. 45). Par
exemple en prenant pour y, les applications (x, y) H x + y et x Hxh (A E K), on
définit ainsi, pour deux germes quelconques f, de H, (8, V), les éléments fF + et f h
et on vérifie aussitôt que les lois de composition ($, 2) H P. + g et (A, f) Hf h définis-
sent sur Hm($, V) une structure d'espace vectoriel sur le corps K; dans cet espace, 6
est la classe formée des fonctions égales à O dans un ensemble de 8, et - â est la classe

sur K, on définit sur Yim(9, V) une seconde loi de composition interne (g, g) -
formée des fonctions égales à - f dans un ensemble de 5. De même, si V est une algèbre

prenant cp(x, y) = xy; avec les deux lois précédentes, elle définit sur H m ( g ,V) une
structure d'algèbre sur le corps K; si V admet un élément unité e, Hm
& en
(8, V) admettra
pour élément unité la classe ë, formée des fonctions égales à e dans un ensemble de $;
pour que f soit inversible dans e m ( $ , V), il faut et il suffit que, pour une fonction
f E i, il existe Z E $ tel que f (t) soit inversible dans V pour tout t E Z (auquel cas
cette condition est vérifiée pour toute fonction de la classez).
n
+
2) Avec les mêmes notations, soit une application d'une partie de VIdans V;
. i=l
nous désignerons par $(&, f,, . . ., fn) la fonction égale à $(f,(t),. ., f,(t)) en tout
point t E E où les fl(t)sont définis et où le point (f,(t)) appartient à l'ensemble où est
No 1 COMPARAISON DES PONCTIONS FVRV 3

définie $1. Par exemple, f + g est la fonction égale à f ( t ) 3. g ( t ) en tout point t E E où


f et g sont toutes deux définies. O n observera que l'application (f, g ) »f + g n'est
pas une loi degroufie dans &'(g, V ) ,car si f n'est pas définie dans E tout entier, il n'existe
pas de fonction g E %(8, V )telle que f + g = O.

DÉPINITION 1. -Etant données deux fonctio~zsnumériques f, g appartenant à p ( 8 , a)


et qui sont 2 O dam un ensemble de 8, on dit que f est dominée par g, ou que g domine f
(suivant g ) , et on écrit f< g OU g >f, s'il existe un ensemble X E 8 et un nombre k > O
tels que f ( t ) < k . g ( t ) pour tout t E X (autrement dit, s'il existe k > O tel que
f < k.2).
Étant données deux espaces normés V,, V,, et deux fonctions f,, f, appartenant
respectivement à i f ( $ , V,) et S ( 8 , V,) on dit que f, est dominée par f, (suivant 8) et on
écrit fl < >
& o u f , f, si on a llflll $ l/f211.
+
L a relation fl f 2 est évidemment de caractère local en fl et f,; elle est donc
équivalente à la relation f, <
f 2 qui s'en déduit par passage aux quotients. Lorsque
f et g sont deux fonctions numériques, on aura soin de ne pas confondre les relations
J < g e t f < g.

O n notera que pour tout scalaire A # O, la relation f1 <


f2A est équivalente à
fl < f,. Si f, <
f,, il existe un ensemble X E 8 tel que, pour tout point x E X où
f,(x) = O, on ait f1 ( x ) = 0.
Exemples. - 1 ) La relation 6 < 1 signifie que f est bornée dans un ensemble de 5.
2) Pour toute fonction f de %(8, V )et tout scalaire A f O, on a f 4 f A .
3) Lorsque x tend vers + co,on a sin2 x $ sin x.
4) Lorsque (x, y ) tend vers ( 0 , O ) dans R2,on a
xy 5 xZ + y2.
Les propositions suivantes sont des conséquences immédiates de la déf. 1:

PROPOSITION 1. - Si f, g, h sont trois fonctions de %'(?j, Pi), les relations f < g et


<
g h entratnentf h. <
PROPOSITION 2. -Soient f,, f , deuxfonctions de i f ( & V )et g unefonction de i i ( 8 , R).
<
Les relations f1 g et f, <
g entrainent f, f f, g. <
En outre :
PROPOSITION 3. -Soient V I ,V 2 ,V trois espaces normés sur un même corps valué,
( x ,y ) » [x.y ] une application bilinéaire continue de V , x V , dans V . Si f, et f2 sont
des fonctions de .%(8, V I )et S ( 5 , V2) respectivement, gl, g2 deux fonctions de Z ( 8 , W)
<
telles que f1 g, et f, , ig2, on a [ f l .f2] <glg,.
En effet (TG, IX, p. 35, th.l), il existe un nombre a > O tel que
IIfl .filIl a IlfiIl li%ll-
'En particulier, dans toute la suite, pour une fonction f de Yi(%,V), nous désignerons par llf 1
la fonction t~ /If( t )11, appartenant à 9 ( 5 , R) et définie dans le même ensemble que f : nous signa-
lons expressément que, dans ce chapitre, Ilf I est unefonction et non un nombre.
FVR V.4 ÉTUDE LOCALE DES PONCTIONS § 1

COROLLAIRE. - Si V est une algèbre norriée, f,, f2 deux fonctions de df(8, V), g,, g,
deuxfonctions de 2 ( 8 , R), les relations f, & g,, f2 & g2 entraînent f,f2 g,g,.<
La relation f & g entre fonctions de Z(5, V) est transitive d'après la prop 1;
< <
comme elle est réJIexive, la relation (<f g et g f D est une relation d'équivalence
dans Z(8,V) (E, II, p. 40).

DÉFINITION 2. - Étant données deux fonctions f, g de Yi($, V), on dit que f et g sont
semblables (suivant 8) et on écrit f x g si on a f & g et g & 8:

Pour tout scalaire A # O, la relation f x g est équivalente à f =: gA. Elle


entraîne l'existence d'un ensemble X E 8 tel que la partie de X formée des points
où f (x) = O soit identique à la partie de X formée des points où g(x) = O.

Exemples. - 1) Pour une fonction numérique f E Z ( 8 , R), la relation f 1


signifie qu'il existe deux nombres a > O, b > O tels que a < 1 f (x) 1 < b dans un
ensemble de 8, ou encore que la fonction log 1f 1 est bornée dans un ensemble de 8:
on dit alors quef est logarithmiquement bornée dans un ensemble de 8.
2) Soit V un espace normé sur un corps valué non discret K, et soit f ( x ) =
aoxn + alxn-1 + . - . + an un polynôme par rapport à x E K, à coefficients dans V ,
tel que a, f O. Pour tout vecteur b f O, on a f ( x )h b x n lorsque 1x1 tend vers +m.
3) Nous avons vu qu'on a sin2 x <
sin x lorsque x tend vers + CO, mais on n'a
pas sin2x == sin x , bien que ces deux fonctions s'annulent aux mêmes points.
+
4) O n a x2 xy + y2 =< x2 + y2 lorsque (x, y ) tend vers (O, O) dans W2,mais
+
non xy k: x2 y2.

Il résulte aussitôt de la prop. 3 de V, p. 3, que sif,, f2, p.,, g, sont des fonctions
de X ( 3 , K) (K corps valué quelconque), les relations f, x g, et f2 =: g2 en-
traînentf,f,== g,g2.
O n notera par contre que lcs relations f l h g,, f , g, ~ n'entraînent pas
fi + +
y 2 h gl g2, comme le montre l'exemple où f,(x) = g l ( x ) = x2, f 2 ( x ) =
+
- (x2 x ) , g2(x) = - (x2 - l), .X réel tendant vers + co.

Les relations de comparaison f ,< g, f x g sont dites relations faibles. On dit


que deux fonctions f, g de A?($,V) sont faiblement conzparables si elles vérifient
lbne (au moins) des deux relations f ,< g, g f. <
Remarques. - 1 ) Dcux fonctions dc Z ( 8 ,W) nc sont pas nécessairement faiblement
comparables, commc le montre l'exemple des fonctions 1 et x sin x lorsque x tend vers
+W.
2) Désignons par Rn la relation f x g dans ( 2 8 ,V), et par Sn(%, V) l'ensemble
quotient 2($, V ) / R o ; on notera que la relation R, entraîne R,. Par passage a u
quotient, la relation f < g donne, d'après la prop. 1 de V, p. 3, une relation d'ordre dans
;/Po@, V ) (E, III, p. 3 ) ; l'exemple qui précède prouve que ZO(& V ) n'est pas totale-
ment ordonné par cette relation.
No 2 COMPARAISON DES FONCTIONS FVR V . 5

2. Relations d e coppîp;araisoni: II. Relations f o r t e s

DÉFINITION 3. -Étant données deuxfonctions numériquesf, g appartenant à Y i ( 8 , Ha)


et qui sont 3 O dans un ensemble de 8 , on dit que f est négligeable devant g, ou que g est
prépondérante sur f (suivant B), et on écrit f «g ou g »f si, pour tout E > O, il existe
un ensemble X E 8 tel quef ( t ) 6 ~ g ( tpour ) tout t E X .
Étant donnés deux espaces normés V I ,V,, et deux fonctions fl, f2 appartenant respec-
tivement à Z ( 8 , V I )et Y f ( 8 , V,), on dit que f, est négligeable devant f2 (suivant 8 )
etonécritf, « f , o u f , » f , s i o n a l]P;II « IlfJ.

Pour tout scalaire A # O, la relation f1 « f,h est équivalente à fl « f,. L a rela-


tion fl « f2 entraîne fl « f,, mais n e lui est pas équivalente.
O n notera que la relation f, 4 f, n'entrainc nullement la relation f, 4 f2 ou
<
f, =: f, >>: on a sin x +
1 lorsque x tend vers w , mais aucune des relations sin x 4 1,
sin x=i 1 n'est vraie.

Exemples. - 1 ) L a relation f « 1 signifie q u e f tend vers O suivant 8.


2) Lorsque cr et P sont deux nombres réels tels que cr < P, on a x" < xB lorsque x
tend vers + m . De mêmc, lorsque m et n sont deux entiers rationncls tels que m < n,
«
on a zm znlorsque le nombre complexe z tend vers W.
+ «
3) Lorsquc x tend vers co, on a xn ex pour tout entier n (III, p. 16).
4) Dans R2, on a, lorsque (x, y) tend vers (O, 0)

Les propositions suivantes se déduisent immédiatement d e la déf. 3 :

PROPOSITION 4. - S i f , g, h sont troisfonctions de Z ( 8 , ), les relationsf < g et g « h


<
(resp.f «g et g h) entrafnentf « h.

PROPOSITION 5. -Soient fl, f, deux fonctions de Y i ( & V ) ,g unefonction de p ( 8 , W ) .


Les relations f1 «g et f, «g entrafnentf, $. f, «g.

D'autre part, le m ê m e raisonnement q u e pour la prop. 3 d e V , p. 3 , montre


que :

PROPOSITION 6. -Avec les notations de la prop. 3, les relations f1 «gl et f, < g,


(resp. f, <
g, et f2 «g,) entraînent [f,.f,] «g,g,.
«
La prop. 4 montre que la relation f g entre fonctions de S ( 8 , V) est transitive;
mais elle n'est pas réjfexive: de façon précise, la relation f < f entraîne que f est nulle
dans un ensemble de 8 (autrement dit, f est équivalente à O modulo R,); cn effet,
pour un E tel que O < E < 1 il existe X E 8 tel que Ijf(x) 11 < ~llf(x) 1 pour tout
x E X , ce qui n'est possible que si f (x) = O pour tout x E X. Il en résulte que la relation
«
<( f «
g et g f D est transitive et symétrique, mais non réflexive: cc n'est donc pas
une relation d'équivalence (elle signifie qu'il existc un ensemble X € 8 tel que
f(x) = g(x) = Opour toutx E X).
F V R V.6 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS $1

PROPOSITION 7. - S i f et g sont deux fonctions de A?@, V ) ,la relation f - g « f est


équivalente à f - g « g.
En effet, f - C; « f signifie que, pour tout E > O, il existe X E 8 tel que
Ilf ( x ) - g ( x ) 1 < ~ l l(fx )I pour tout x E X. O n en tire ( 1 - E ) ] l f ( x )II < llg(x) 11,
<
et par suite f g , d'où (p. 5, prop. 4) f - g « g.

-La
COROLLAIRE. relation f - g « f est une relation d'équivalence dans Z ( 3 ,V ) .

En effet, si f - g « f et g - h « g, on a f - g « g, d'où (V, p. 5 , prop. 5 )


<
f - h « g, et par suite, comme g f, f - h < f, ce qui montre que la relation
considérée est transitive; elle est symétrique d'après la prop. 7 et est évidemment
réflexive, d'où le corollaire.

4. - Étant données deuxfonctions f, g de Af(5,V ) ,on dit que f et g sont


DÉFINITION
équivalentes (suivant 8) et on écrit f -
g si on a f - g « f.

La relation f - g entraîne f x g , mais ne lui est pas équivalente.

Exemples. - 1) Si a est une fonction constante et # O dans E, la relation if


signifie que f tend vers a suivant 8.
- a

2) Soit V un espace normé sur un corps valué non discret K, et soit f ( x ) =


aoxn + a,xn-l + - - .+ an un polynôme par rapport à x E K, à coefficients dans V,
tel que aO# O. O n a f ( x ) a o x n lorsque 1x1 tend vers a.
N +
3) Lorsque x réel tend vers + m, on a (1
,
+ 2)
\

sin x sin x. -
4) Lorsque la variabie complexe z tend vers O, on a ez - 1 z. Plus généralement,
N

si V est un espace normé sur un corps valué K, f une fonction définie dans un voisi-
nage de xo E K, à valeurs dans V , et admettant a u point xo une dérivée f f ( x o ) # O,
on a, lorsque x tend vers xo, f ( x ) - f ( x , ) f ' ( x O )( x - x O ) (1, p. 2 , défi 1).
5) Lorsque ( x , y ) tend vers (O, O) dans R2, on a
dsin2 x + sin2y N d m .
6) Soit f ( x , y ) un polynômc à coefficients réels par rapport à deux variables réelles
x, y , n'ayant pas de terme constant. Si, lorsque x tend vers O en restant > O, il existe
une fonction q ( x ) continue dans un intervalle (O, a) et telle que q ( O ) = O et
f ( x , q ( x ) ) = O pour O < x < a, on peut montrer qu'il existe un nombre rationnel r
et un nombre réel h # O tels que y ( x ) -hxr ( V , p. 48, exerc. 3).
7) Pour tout x > O, soit x ( x ) le nombre des nombres premiers qui sont < x ; on
a démontré que, lorsque x tend vers + co, on a n ( x ) x/log x l .
N

Remarque. - O n notera que la relation f g ne signifie nullement que la


N

différence f - g tende vers O suivant 8 ; cette différence peut même être non bornée,
comme le montre l'exemple x2 x +
x2, x tendant vers W .
N +
8. - Soient K un corps valué, f,,f,, g,, g, quatre fonctions de Y i ( & K) ;
PROPOSITION
les relationsf , g1etf, -g2 entrainent f , f2 g1g2. -
l Voir par exemple A. E. INGHAM,TXe distribution of prime numbers (Cambridge tracts, no 30),
Cambridge University Press, 1932.
No 3 COMPARAISON DES FONCTIONS F'VR V.7

Par contre, nous avons donné dans V, p. 4, un exemple où on avait f, = g,,


fi - gz, +
mais où la relation f, fi=:g, +
g, n'était pas vraie (ni a fortiori

Les relations de comparaison f « g, f g sont dites relations fortes. Deux


fonctions f, ,a de x ( 8 , V) sont dites comparables (oufortement cornparabla lorsqu'on

-
veut éviter des confusions possibles) si elles vérifient l'une des trois relations:
f « g , f > g , o u ( ( i l e x i s t e h # Otelquef gha.

Remarques. - 1 ) Deux fonctions peuvent être faiblement comparables sans être


fortement comparables, par exemple les fonctions 1 et sin x lorsque x tend vers + W .
< «
2) La défniiion des relations de comparaison f, fi et f, f, ne fait intervenir
qu'en apparence les normes sur les espaces VI, V, où fl et fi prennent respectivement
leurs valeurs; elle ne dépcnd en réalité que dcs toflologies de V1 et V,, car les relations
< «
f, f2 et f, f, sont remplacées par des relations équivalentes lorsqu'on remplace
la norme sur VI ou V, par une norme équivalente (TG, IX, p. 32, def. 7).

3. Changement de variables
-1
Soit rg une application d'un ensemble E' dans E, telle que cp (8) soit unc base de
VI) et if('$,
filtre sur E'. Il est clair que si fl, f2 sont des fonctions de Y?'(%, V2)
respectivement, les fonctions fl cp, f2 0 y appartiennent respectivement a
0

%'($(8), VI) et A?($(B),V,), et que la relation f, < f2 (resp. fl« f2) est
<
équivalente à 9; 0 cp f2 0 cp (resp. f1 cp « B;; 0 cp).
0

4. Relations de comparaison entre fonctiomns strictement positives

Soit g une fonction de Z ( 8 , R), strictement positive dans un ensemble de 8. Les rela-
tions de comparaison où figure g peuvent alors se formuler d'une autre manière:
la relation f «g équivaut à dire que la fonction I/f1 /g (qui est définie dans un
ensemble de 8) est bornée dans u n ensemble de 8 ; la relation f « g équivaut à
dire que l]fll/g tend vers O suivant 8. Si f est une fonction de 2 ( 3 ,
f =r g signifie que f /g est logarithmiquement bornée dans un ensemble de 8, et la
relation f -
g, queJ/g tend vers 1 suivant 8. Si f est une fonction de Z ( 8 , R)
positive dans un ensemble de 8, dire que f et g sont cornparablez signifie donc que
f /gtend vers une limite ( j n i e ou égale d + co) suivant 8,
FVR V.8 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS $1

PROPOSITION 9. - Soient f et g deux fonctions de Z ( 8 , W) strictement positives dans un


ensemble de 8. Pour que f et g soient comparables, il faut et il s u ~ que
t pour tout nombre
t 3 O, sauf un au plus, la fonction f - tg garde un signe constant1 dans un ensemble de 8.
La condition est nécessaire. En effet, si f «g, on a f - tg -
-tg sauf pour
t = O, doncf - tg est strictement négative dans un ensemble de 3, sauf pour t =
0; si f »g, f - tg est strictcrnent positive dans un ensemble de 8 pour tout t ;
enfin, sif - k.g (k constante > O),f - tg (k - t ) g sauf pour t = k'donc, sauf
peut-être pour t = k, f - tg a le signe de k - t dans un ensemble de 8.
La condition est suffisante. En effet, supposons que le rapport f /g ait deux
valeurs d'adhérence distinctes a < P suivant 5. Pour tout nombre t tel que
a < t < p, il existe alors dans tout ensemble X E 8, deux points xl, x2 tels que
f (xl)/g(xl) < t et f (x2)1g(x2) > t ; donc f ( x ) - tg(x) ne garde pas un signe
constant dans X; nous arrivons à une conclusion incompatible avec l'hypothèse.
Il s'ensuit queflg n'a qu'une seule valeur d'adhérence (finie ou infinie) suivant le
filtre de base 8, et par suite (TG, 1, p. 60, corollaire) a pour limite cette valeur
suivant 5.
10. -Soient f et g deux fonctions de x(8, R) strictementpositives dans un
PROPOSITION
ensemble de 8 ; pour tout a réel et # 0, la relationf x g (resp. f
- -
g) est équivalente à
f" U- g" (resp. f" g") ;s i x > O, la relationf g (resp. f (ig) est équivalente àf" 4 g"
>
(resp.f" «g") ;si a < O, elle est équivalente df" g" (resp.f" »g").
Les démonstrations sont immédiates.
O n notcra que dans Yi($, R), l'ensemble ï dcs fonctions strictement positivcs
airn
dans u n ensemble d e 3 cst tel q u e ï / K , soit un groupz multiplicaiij r, dans (8, 8);
ï / R , est idcntique au groupe quotient d e ï, p a r le sous-groupe des classcs (mod.
R,) des fonctions d e ï logarithmiqucment bornées; sur ï/R,,l a relation d'ordre
dCduite d e la relation f $ g par passage aux quotients est conzfiatible avec l a structure
de groupe de ï/R,, e t en fait donc u n groupe ordonné.

11. .- Soit g unefonction de Z ( 8 , la) telle que lim8 g la relation


PROPOSITION
f «g entraîne ef « eg; la relationf -
g entraine logf -
log g.
= -tco;

En effet, si f «g, f - g = g tend vers -co suivant 8. De même, si

f - g, on a logf = log g + log f-, donc logf - log g tend vers O, et il en est de
g
1% f -- 1
même de - =
log f - 1% g.
log g 1% g
Par contre, on notcra que la relation f Ng n'entraîne pas ef eg, ni même ef =C eg,
N

comme le montre l'exemple où f (x) = x2, g(x) = x2 i- x, x tendant vers + co; d e


même, l a relation f (ig n'entraîne pas log f «log g, comme le montre l'exemple où
f (x) = X, g(x) = x2, x tendant vers + m .

1 On rappelle qu'on a défini le signe sgn x d'un nombre réel x comme égal à $. 1 si x > 0, à - 1
si x < O, à O si x = O (TG, IV, p. 12). Dire qu'une fonction numérique garde un signe constant dans
un ensemble signifie donc, soit qu'elle est > O en tout point de cet ensemble, soit qu'elle est < O
en tout point de l'ensemble, soit enfin qu'elle est identiquement nulle dans l'ensemble.
No 5 COMPARAISON DES FONCTIONS FVR V.9

DÉFINITION 5. - Soit g une fonction de i f ( & R), strictement positive dans un ensemble
de 8, et telle que limg g = O ou lima g = + m. On dit qu'une fonction f E A?''(&R) est
d'ordre p ($ni ou injini) par rapport à g si on a lim8 log (1 f 1 /log g) = p.
On notera que sif est d'ordre p par rapport à g, f est d'ordre - p par rapport
à l/g; on peut donc considérer uniquement le cas où g(x) tend vers + co suivant 8.
PROPOSITION 12. - Soit g une fonction de j%f(g,W) telle que limg g = + co ;soitf une
f(8, R).
fonction de Y
a) Pour quef soit d'ordre + c n par rapport à g, ilfaut et il suit quef »g" pour tout
a 3 O.
b) Pour quef soit d'ordre - COpar rapport à g, ilfaut et il su@ quef «g-"pour tout
a > O.
c) Pour quef soit d'ordrejni et égal à p par rapport à g, il faut et il suit que, pour
tout E > 0 , 0 n a i t g ~ «
- ~f «gP+E.
Démontrons par exemple c). Si l'ordre de f par rapport à g est p, pour tout
E > O, il existe un ensemble M E 8, tel que, pour tout x E M, on ait

ou encore (g(x)1 0 - i < 1f (x) < (g(x))~+Z;comme limg g = + m, on a donc


«f pour tout E > O; la réciproque est immédiate. Les démonstra-
tions de a) et b) sont analogues.
On notera que sif cst d'ordrejni p par rapport à g, fg-0 est d'ordre O par rap-
port à g, et réciproquement; sif, (resp.f,) est d'ordre pl (resp. par rapport à
g, et si pl+ pz est défini, f,f, est d'ordre pl + p, par rapport àg.
Remarques. - 1) O n obscrvcra que lorsque f est d'ordre fini p par rapport à g, le
rapportf/gP ne tend pas nécessairement vcrs unc limite; par exemple, toute fonction
logarithmiquement bornée est d'ordrc O par rapport à g, mais n'a pas nécessairement d e
limitc suivant 8.
2) Une fonction f définie dans un ensemble de 8 n'a pas nécessairement un ordre
déterminé (fini ou non) par rapport à g, car les fonctions ayant un ordre déterminé
par rapport à g sont comparables à toutes les puissances de g, sauf une au plus. Or, f
n'a pas nécessairement cette propriété, comme on le voit sur l'exemple g(x) = x,
f ( x ) = 1 f x2 sin2 x (x tendant vers +CO). Dans cct exemple, f est comparable à ga
pour cc < O et cc > 2 ; si on prenait f (x) = e" sin2 x +e-" cos2x, f ne serait com-
parable à aucune puissance (positive ou négative) de g.

5. Notations
Étant donnée une fonction numérique f E Z(8, Ha), il est souvent commode, dans
une formule, de noter O(f ) une fonction dominée par f, et O ( f ) une fonction
négligeable devant f. Lorsque, dans une démonstration, interviennent plusieurs
fonctions dominées par une même fonction f (resp. négligeables devant f ) , on les
notera O1(f), O2 (f), etc. (resp. 01 ( f ) , 02 (S),etc.)
Beaucoup d'auteurs notent indistinctement O(f ) (resp. O ( f ) ) toutes les fonctions
intervenant dans une démonstration et dominées par f (rcsp. négligeables devant f ) ,
par un abus de langapc qui n'est pas sans créer dcs risques de confusion.
FVR V.10 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS 52

Avec ces notations, les prop. 1, 2, 3 (V, p. 3) se traduisent comme suit:


si g = O, (f) et h = O(g), alors h = O, (f) ;on peut écrire
n

2 A,O, (J)
i =1
= ,
On+ (f) (A, scalaires)

De même, la prop. 4 (V, p. 5) montre que si g = O,(f) et h = o(g)


(resp. g = o,(f) et h = O(g)), on a h = o,(f), et les prop. 5 et 6 (V, p. 5)
s'expriment sous la forme
n

(3) 2
i = l &O,( f) = on + (f) (A, scalaires)

-
La relation f g équivaut à f = g i- o(g). La notation O(1) (resp. o(1))
désigne une fonction bornée dans un ensemble de 8 (resp. une fonction tendant
vers O suivant 8).

3 2. DÉVELOPPEMENTS ASYMPTOTIQUES
1. Échelles de comparaison

Soient E un ensemble filtré par un filtre de base 8, et K un corps valué non discret
(le plus souvent K = ou K = C). Dans l'ensemble des fonctions de z ( 8 , K)
non équivalentes à O modulo R, (c'est-à-dire telles que dans tout ensemble de
8, il existe un point au moins où la fonction ne s'annule pas), la relation <(f «g ou
f = g )) est une relation d'ordre.
DÉFINITION 1. - On dit qu'unepartie 8 de Yf(8, K)formée defonctions non équivalentes à
O modulo R, est une échelle de comparaison lorsque B est totalement ordonnée par la relation
Gf«gouf = g>>.
En d'autres termes, sif et g sont deux fonctions de 8, on a toujours entref et g
une (et une seule) des trois relationsf « g, g «f,f = g. Il s'ensuit que dans 8, la
relation f h g (et a fortiori 1 f 1 a 1g1, où a est un nombre > 0) entraînef = g.
N

Toute partie d'une échelle de comparaison est évidemment une échelle de


comparaison.
Exemples. - 1) Pour x réel tendant vers +co, l'ensemble des fonctions x" ( a
nombre réel arbitraire) est une échelle de comparaison. II en est de même des
fonctions (x - a)" lorsque 8 est l'ensemble des intervalles ouverts d'origine a.
2) Pour z complexe tendant vers co, l'ensemble des fonctions zn (n entier
rationnel) est une échelle de comparaison; il en est de même des fonctions ( z - a)n
lorsque 8 est la trace sur le complémentaire du point a E G du filtre des voisinages
de ce point.
No 2 DÉVELOPPEMENTSASYMPTOTIQUES FVR V. 11

3) Soit F un espace normé; l'ensemble des fonctions ]lx- alla (a nombre


réel arbitraire) est une échelle de comparaison lorsque 8 est la trace sur le com-
plémentaire de a du filtre des voisinages de ce point. O n notera que si p et q sont
deux normes distinctes sur F, la réunion des deux échclles de comparaison formées
des fonctions (P(x - as))@ et (q(x - a))" n'est plus en général une échelle de
comparaison.
4) Pour x réel tendant vers +GO,l'ensemble & des fonctions de la forme
exp(P(x)), où p(x) parcourt l'ensemble des polynômes sans terme constant (à coef-
ficients réels), est une échelle de comparaison: il suffit de remarquer que le quo-
tient de deux fonctions de & appartient encore à &, et qu'une fonction exp(p(x))
tend nécessairement vers O ou + GO si p # O; en effet, on a alors ~ ( x ) axn,
+
où n > O et a # O; si CI > O, P(X) > axn pour x assez grand; si a < O,
-
p(x) < 4axn pour x assez grand; dans le premier cas, exp(p(x)) tend vers +CD,
et dans le second cas vers O.
5) Pour x réel tendant vers +GO,l'ensemble & des fonctions de la forme
xE(logx)D (définies pour x > 1)' où a et P sont des nombres réels arbitraires, est
une échelle de comparaison. En effet, ici encore le quotient de deux fonctions de &
est une fonction de 8; il suffit donc de montrer que si a et (3 ne sont pas tous
deux nuls, xE(logx ) tend~ vers O ou vers +CO; c'est évident si ct = O, # O; si
CI > O, on a (log x) - 0 « xu, et si a < O, (log x)O « x-" quel que soit P, d'où la
proposition.
O n observa que cette dernière échelle de comparaison est un ensemble totalement
«
ordonné (pour la relation a f g ou f = g n) dont la structure d'ordre est isomorphe
à la structure d'ordre lexicographique de R2 (E, III, p. 23) ; on rappelle que dans cette
structure, la relation (cc, p) < (y, 8) signifie <( cr < y, ou cc = y et P < 8 9 ) .
De même, l'échelle formbe des fonctions exp(p(x)), o ù p parcourt l'ensemble Po
des polynômes sans terme constant, a une structure d'ordre isomorphe à la structure
d'ordre de Po, dans laquelle la rclation p < q signifie que le terme dominant du
polynôme q - p a un coefficient > O (cf. A, VI, $2, no 1. Exemple 2).
-1
Soit cp une application d'un ensemble F dans E, telle que (~(8)
soit une base de
filtre sur F. Si 8 est une échelle de comparaison sur E (pour la base de filtre 3)'
les fonctions f 0 y, où f parcourt 8, forment une échelle de comparaison sur F
(pour la base de filtre @'(s)).

2. Parties principales et développements asymptotiques


Soit 8 une échclle de comparaison formçe de fonctions à valeurs dans un corps
valu6 non discret K. Soit V un espace normé sur Ky et soit f une fonction de
3f(8, V) ; s'il existe une fonction g E 8, et un élément a j O de V tels que f
on dit que ag est une partie principale de f relativement à l'échelle 8.D'après la
ag, -
déf. 1 de V, p. 10, f ne peut avoir qu'une seule partie principale relative à 8, car si
gl, g, sont deux fonctions de 8, a,, as, deux éléments # O de V, la relation
FVR V.12 ÉTUDE LOCALE DES PONCTIONS 92

algl -
a2g2 entraîne /g, 1 Ig21, et par suite g, = g,, d'où (a, - a,)g, «g,,
et comme g, n'est identiquement nulle dans aucun ensemble de 8, cela entraîne
8, = al.
Si f admct une partie principale relativement à une échelle de comparaison 8,
elle admet ln même partie principale relativement à toute Çchelle de comparaison
8' 3 B.
Exemples. - 1) Pour x réel (resp. complexe) tendant vers + K I (resp. vers KI),tout
+ .-
polynôme aoxn a,xn-l + . + an à coefficients dans V, tels que a, f O, a pour
partie principale aoxnpar rapport à l'échelle des xn (ou de toute échelle contenant les
+ +
aOxm . . a,
xn). O n en déduit que toute fraction rationnelle
boxn . bn à coefficients réels ou
+ - .+
complexes tels que aobo # O, a pour partie principale 2 xm-npar rapport à la même
bo
échelle.
2) Une fonction peut être comparable à toutes les fonctions d'une échelle de com-
paraison sans admettre de partie principale par rapport à cette échelle. Par exemple,
pour x réel tendant vers +CO, 4.: n'a pas de partie principale par rapport à l'échelle
des xn, où n est entier rationnel; log x n'a pas de partie principale par rapport à
l'échelle des xa (cc réel quelconque) ; e x p ( d G ) et xX = e X 1 O g x n'ont pas de partie
principale par rapport à l'échelle des xa(log x)D, ni par rapport à l'échelle des exp (p(x))
(p polynôme sans terme constant).

La notion de partie principale est susceptible d'une généralisation étendue.


Supposons en effet qu'une fonction f E X ( 3 , V) ait une partie principale a,g,
par rapport à une échelle 8 ; la relation f a,g, équivaut à f - a,g, «g,
(V, p. 6, déf. 4) ; pour étudier de façon plus précise la fonction f, on est donc
amené à considérer la fonction f - a,gl. Si cette fonction a une partie principale
a2g2par rapport à 8, on aura nécessairement g, «g, et f - a,gl - a2g2« g2.
D'une façon générale, supposons que l'échelle 8 soit écrite paramétrique-
ment sous la forme (g,), où a parcourt un ensemble d'indices A muni d'une
structure d'ensemble totalement ordonné isomorphe à l'opposée de la structure
d'ordre de 8: la relation K < P est donc équivalente à gD«g,. Dans ces condi-
tions :

DEFINITION 2. - On dit qu'une fonction f E Yi($,V) admet un développement asympto-


tique à la précision g, (relativement à l'echelle 8) s'il existe une famille (a,),,,
d'éléments de V, nuls sa$ un nombrejni d'entre eux, tels que f - 1 a,g,
,401
«L.On dit
2
que,<,
sont les termes, les a, les coejicients et la finctions r, = f -
-2
a,g, est an développement asymptotique de f à la précision &, que les a,g, ( h 6 a)
a,g, le reste de ce dé-
veloppement.
Pour exprimer que 2 a,g,
h i ci
est un développement asymptotique de f à la préci-
sion ga,on se bornera le plus souvent à &rire
No 2 DÉVELOPPEMENTS ASYMPTOTIQUES FVR V.13

s'il figure plusieurs fonctions dans la démonstration) conformément aux notations


de V, p. 9 et 10.

De deux développements asymptotiques (de deux fonctions distinctes ou


non) relativement à la même échelle 6, on dit que celui dont la précision a le
plus grand indice est leplus précis.
Si 2 ahgh est un développement asymptotique de f à la précision g,,
A<,
pour

tout < a, 1ahgh est un développement asymptotique de f à la précision g ,


A< B
(V, p. 5, prop. 5) : on dit qu'on l'obtient en réduisant à la précision g , le développe-
ment donné 1ahgh de f.
h< a

2
Si a < , ahgL et b s g h sont des développements asymptotiques à la même
précision de deux fonctions f,, f, 2
(a, + 4 ) g , est un développement
h<a
asymptotiquc de f, + f2à la précision g, (V, p. 7, prop. 5) et pour tout scalaire
c, 2
hacc
a h c h est un développement asymptotique de f,c à la précision g,. On en
déduit que si une fonction f admet un développcment asymptotique à la précision
g,, ce développement est unique: il suffit de voir que la fonction O ne peut admettre
de développement asymptotique à la précision g, ayant des coefficients # O.
T-.

Or, si O = L?,
h sol
a,gh + r,, et si y est le plus petit des indices A < a tel que a, # O,
on aurait a,g, = - 2
,<a<,
ahgh - r, «g,, ce qui est absurde.
Dire qu'une fonction f admet un développement asymptotique à la précision
g,, dont tous les coefficients sont nuls, équivaut à dire que f « g,. Si f admet un
développement asymptotique C ahgh à àa précision h,dont les coefficients ne
hsa
sont pas tous nuls, et si y est le plus petit des indices A tels que a, # O, a,gy est
la partie principale de f relativement à l'échelle 6, car on a f - a,gy =
2
vih<cc
ahgh + r, «g y ; de même, si /L <a est un indice tel que a, # O, a,g,

est la partie principale de f - 2 ahgh.


h<u
Les développements asymptotiques les plus importants dans les applications
sont les dévcloppernents relatifs à l'échelle des x-" (resp. des z-"), où n est entier
positif ou négatif, lorsque .x réel tend vers + CO ou - CO (rcsp. lorsque z complexe
tend vers CO), ou relatifs à l'échelle des (x - c)" (rcsp. (z - 6)") lorsque x réel tend
vers c à droite ou à gauche (resp. lorsque z complexe tend vers c). O n a vu dans 1,
p. 29 que toute fonction vectorielle d'une variable réelle x, k fois dérivable au
point c E R, admet en ce point un développement de Taylor d'ordre k, c'est-à-dire
un développement asymptotique à la précision (x - c)k relatif à l'échelle des
(X - 6)".
FVR V.14 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS §2

3. Sommes et produits de développements asymptotiques

Si f,, f, admettent des développements asymptotiques à la précision g, et g,


respectivement, relativement à une echelle de comparaison &, on en déduit des
,
développements à la précision grni,,,, en limitant à cette précision les deux
développements; nous avons vu alors dans V, p. 13, comment on obtient un
développement asymptotique de f, + f2à la précision gmin,,( ,).
Soient V,, V, et V trois espaces normes sur le corps K, et soit (x, y) I-+[x. y]
une application bilinéaire continue de V, x V, dans V; nous supposerons d'autre
part dans tout le reste de ce paragraphe, que l'échelle & soit telle que le produit
de deux fonctions quelconques de & appartienne encore à € (ce qui est le cas
pour toutes les échelles de comparaison données en exemples (dans V, p. 10).
Soient alors fl, f, des fonctions de #(8, VI) et X ( 8 , V,) respectivement,
admettant par rapport à l'échelle € des développements asymptotiques f1 =
2 a,gh + r,,
h<a
f, =
i*G
2 b,g,
B
+ r, à la précision g, et gBrespectivement. Sup-
- ni les a, ni les b, ne soient tous nuls, et soient a,g, et b,g, les
posons en outre que
parties principales de f, et f,. Par hypothèse, on peut écrire g,g, = g, et g,g, =
d

g,; montrons que la somme Z[a,.b,]g,g,, étendue aux couples (A, IL) tels que
gmin(P, < gag,, est un développement asymptotique de [f, .f,] ci la précision gmin(O, O).
En effet, la différence entre [f, .f,] et cette somme est somme d'un nombre fini de
termes, qui sont soit de la forme [a,. b,]g,g, avec gag, « gmin,,, ), soit de la forme
[a,.r,]gA, où À 2 y, soit de la forme [r,. b,]g,, où IJ. 2 8; mais comme [x. y]
<
est continue, on a (V, p. 3, prop. 3 et V, p. 5, prop. 6) [a,. rB]gII. rBgh«gBgh= gp
pour A 2 y, et de même [r,. b,]g, < r,g, « g,g, = go pour p 2 8, d'où la
proposition (V, p. 5, prop. 5).
Si tous les ah sont nuls, on a [fl.f,] «g,po, autrement dit, on a un développement
asymptotique de [f, .f2] à termes nuls, à la précision g,g6; de même si tous les ah
et tous les b, sont nuls, on a un développement asymptotique de [fl.f2]à termes nuls,
à la précision g,ge.
On appliquera surtout le résultat précédent au cas où V est une algèbre normée
sur K , et la fonction bilinéaire [x.y] le produit xy dans cette algèbre; les cas les
plus importants sont ceux où V est égal à R ou C.
En particulier, si f, (1 < i < n) sont n fonctions de &(8, K) admettant
chacune un développement asymptotique par rapport à 8, on pourra
obtenir un développement asymptotique par rapport à & pour tout polynôme
1aV,, ..,_
(v,)
f>. . .f ;II rapport auxf;, à coefficients dans un espace normé V;
par
les règles qui précèdent permettent en outre de déterminer la précision du
développement obtenu, connaissant celles des développements des fonctions J;.

4. Composition des développements asymptotiques


Soit f une fonction de &(8, R) (resp. &(8, C)) admettant un développement
asymptotique à la précision g, par rapport à une échelle 6, et ayant pour limite O
No 4 DÉVELOPPEMENTS ASYMPTOTIQUES FVR V. 15

suivant le filtre de base 8. Soit d'autre part h une fonction à valeurs dans l'espace
normé V sur R (resp. C), définie dans un voisinage du point O dans R (resp. C)
et nfois dérioable dans ce voisinage; on a donc dans ce voisinage,

(1, p. 29), d'où, dans un ensemble convenable de 8,

NOUSavons vu, au no 3, comment on peut former un développement asympto-


+ +
tique de co clf -t- - . . cnf", à une précision g, bien déterminée par la
précision du développement de f; d'autre part, supposons que les coefficients du
développement asymptotique def ne soient pas tous nuls, et que aygysoit la partie
principale def, et soit go = gy; si CJ < p, on aura un développement de h 0 f à

la précision go en limitant le développement de 2


k=O
ckf k à cette précision; si au

contraire p 5
< s, le développement de k = O ekf k est aussi un développement de
h of à la précision g,.
Si tous les termes de développement asymptotique de f sont nuls et si gx < 1,
on a f 4 ga, donc f k < g$< g, pour tout entier k > O; si cm est le premier coefficient
d'indice > O qui ne soit pas nul (en supposant que les c, d'indice k > O ne soient
pas tous nuls), c, est un développement asymptotique de h of à la précisiong;.

Dans le reste de ce no,nous nous bornerons au cas où les fonctions de d o n t des


valeurs réelles et strictementpositives dans un ensemble de 8, et nous ne considére-
rons que les développements asymptotiques de fonctions de %(a, R). Supposons
d'abord que pour toute fonction g E 8 et tout nombre réel v, gVappartienne
encore à &: cette condition est par exemple remplie par l'échelle des x", ou celle
des xa \log XI* ( a et P réels quelconques) au voisinage de +CO ou au voisinage de O
dans R. Cette propriété entraîne que le quotient de deux fonctions de d appartient
encore à 8. Cela étant, d'un développement asymptotique relatif à & d'une
fonction f E %(B, R), à la précision g,, on peut déduire un développement de
] f lv pour tout nombre réel v. Bornons-nous en effet au cas où les coefficients du
développement de f ne sont pas tous nuls, et soit a,g, la partie principale de f ;
on peut écrire 1f IV = [aylvg,Y(l$ h)V,avec

En vertu des hypothèses faites


whaa
5
aygy
est un développement asymptotique
de h, à la précision g,/g,; comme h tend vers O suivant 8, la méthode décrite ci-
dessus donne un développement asymptotique de (1 + h)V,puis un développe-
ment de 1 f IV en multipliant par laylvgy.
FVR V.16 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS

Sous les mêmes hypothèses surf, on peut écrire


1% I f l = log la,g,l + log(l + h)
et log (1 + h) se développe comme il a été dit plus haut, la fonction log (1 t ) +
étant indéfiniment dérivable au voisinage de O; si en outre log g, admet un dé-
veloppement asymptotique par rapport à &, ou par rapport à une échelle &, 2 &,
on obtient un développement asymptotique de log 1f 1 en faisant la somme de
deux développements asymptotiques.
Exemple. O n a (1 + x)lIx = erp :( log (1 + ,Y)); lorsque x tend vers + m ,

on a log (1
1
+ x) = logx + log
(1 + -il, d'où le développement asymptotique de
- log (1
X
+ x) par rapport à l'échelle des xa (log x)B:
1 log x 1 1
-log (1
x
+ x) = -
De ce développement, et du développement de Taylor
u2 u3
eu = 1 u - -
2
+ + + +
6
o(u3)
au voisinage de u = O, on tire par les méthodes exposées ci-dessus, le développement
asymptotique

(1 + x)llX = 1 - --
log x
+x
+
1 (log x)2
2 x2
+-
1 1 (log 4 3 + -log
x2 6 x3
- -x 1
zX3 + Op($)

par rapport à l'échelle des xa(log x)o.


Les hypothèses et les notations restant les mêmes, le développement asympto-
tique de ef ne pose de nouveaux problèmes que lorsque f » 1; il faut alors dis-
tinguer deux cas, suivant que g, » 1 ou g, <
1. Dans le premier cas, la donnée
du développement de f ne permet pas d'obtenir une partie principale de ef rela-
tive à &, car on ignore en général si le reste r, tend vers 0, c'est-à-dire si ere tend
vers 1. Au contraire, si g, < 1, on a r, « 1, donc ef - exp
préciser ce résultat: soit a,g, la partie principale def, et soit S l'indice (tel que
y c 6 6 a ) pour lequel g, = 1;posonsJ, = 2 a,g,,
h<d
f, = ,J<
,a,g, + r, ;on a
f =fi + f2, donc ef = eflef2, et la méthode générale exposée au début de ce no
permet de former un développement asymptotique de efz (à partir du développe-
ment de Taylor de et au point t = O). On aura donc encore un développement
asymptotique de ef si efl = exp(o,g,) appartient à tq ou à une échelle 8,
ha6
contenant 8.
Exemple. - O n a xxl'* = exp (log x . exp ; lorsque x tend vers + CO, on
a log x « x, d'où le dtveloppement asymptotique de log x. exp
à l'échelle des xa(log x)P :

= logx +7
No 5 DÉVELOPPEMENTSASYMPTOTIQUES FVR V. 17

Tous les termes de ce développement à partir du second tendent vers O ; à partir de


ce développement et du développement de Taylor eu = 1 u + 912 $ o(u2) au+
voisinage de u = O, on tire
XxllX = x +
(log x ) ~ 3+
1-(log x ) ~ 1 (log x ) + 0
x + 2 x
. (F)
5. Développements asymptotiques à coefficients variables
On peut généraliser la notion de partie principale et celle de développement
asymptotique, de la manière suivante. Soit & une échelle de comparaison formée
de fonctions réelles (resp. complexes) telles que, pour chacune d'elles, il existe un
ensemble de 8 où la fonction ne s'annule en aucun point. Soit d'autre part V? un
ensemble de fonctions de -(& Vk satisfaisan1 aux trois conditionssuivantes:
- - - - - -

(CO,) pour toutefon~tiona E %?, on a a 1. <


(CO,,) La relation a « 1pour unefonction a E %? entraine a = 0.
(CO,,,) %? est un espace vectoriel sur R (resp. C ).
Soit alors f une fonction quelconque de P ( 8 , V) ;s'il existe une fonction g E E
et une fonction non nulle a E %? telles que f - ag «g, on dira que ag est une partie
princz'pale de f, relative à l'échelle de comparaison & et au domaine de coejicients V.
S'il existe une telle partie principale, elle est unique: supposons en effet qu'il
existe deux telles parties principales a,g, et a,g,; on ne peut avoir g, «g,, car en
vertu de (CO,) on déduirait de là a,g, «g2, et f - a,gl «g, <g,, donc f «g,;
mais alors on aurait aussi a,g, «g,, et par suite a, « 1, contrairement à l'hypo-
thèse a, # O et à la condition (CO,,). On a donc nécessairement g, = g,; des
relations f - a,g, «g,, f - a,g, «g,, on tire alors (a, - a,)g, «g, d'où
a, - a, « 1, et par suite a, = a, en vertu de (COII) et (COIII).
Exemple. - Pour x réel tendant vers +a, les fonctions périodiques et bornées dans
R, ayant une même période 7, satisfont aux conditions (COI), (COII) et (COnr) : en
effet si lim a(x)-= O, pour-tog E > O il exige xo telque x 2 x4 entraineja(x) u)l < E;
- Y-3.m-
on en déduit qu'on a aussi ja(x)l < E pour O < x < 7 , puisqu9il existe un entier n
tel que x +n.c 2 xo, et que a(x) = a(x +
n.c) ; comme E est arbitraire, on a a(x) = O
dans (0, T), donc partout.
Avec Les notations de V, p. 12, on dira que
?.<cc
2
ahgA,où les ah appartiennent
à %?et sont nuls sauf un nombre fini d'entre eux, est un développment asymptotique
de f à coejicients dans W, à la précision g , si on a f - 2
a,g, «g,; pour tout indice
Asa
p. tel que a, # O, a,g, est alors la partie principale de f -
h4w
2
a,g,, relative à 8 et
à W, ce qui prouve l'unicité de développement asymptotique de f (à la précision
gu) lorsqu'il existe.
Les méthodes données au no 3 (V, p. 14) pour former un développement
asymptotique de f, + f, ou de [f, .f,] à partir de développements asymptotiques
donnés de f, et f, s'appliquent encore aux développements à coefficients variables,
à condition que les [a,. b,] appartiennent au domaine de coefficients V cor-
respondant à l'espace normé V ou admettent un développement asymptotique
- - - - - - - - - - - - - - -
àcoefficients -dans Q. -
- - -
FVR V.18

5 3. DÉVELOPPEMENTS ASYMPTOTIQUES DES


FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

Dans ce paragraphe, nous allons considérer seulement le cas où l'ensemble E est


un intervalle ouvert de la droite achevée R, et 8 une base de la trace sur E du filtre
des voisinages de l'origine ou de l'extrémité a de E; en outre, nous étudierons sur-
tout les fonctions numériques (finies) définies dans un ensemble de 8 (dépendant de
la fonction considérée). En utilisant au besoin l'un des changements de variables
x' = - x, x' = - 1 , X , = -- 1 , on peut toujours se ramener au cas où
X-GC X-GC
E est un intervalle de la forme )a, +
CO(,et par suite où 8 est formée des intervalles
(t, +col, où t > a. Nous nous bornerons donc en principe à ce dernier cas, et
laisserons au lecteur le soin de traduire la plupart des propositions obtenues (au
moyen des changements de variables précédents), sauf pour quelques résultats
particulièrement importants.
Il nous sera commode de désigner, par abus de langage, les ensembles de 8 sous
le nom de (( voisinages de $ a )).

1. Intégration des relations de comparaison: 1. Relations faibles

PROPOSITION +
1. -Dans un intervalle (a, CO(, soient f unefonction vectorielle réglée, g une
Sa <
fonction réglée 2 O et telle que " g(t) dt > O. La relation f gpour x tendant vers + co
entraine Sr f (t) dt < g(t) dt. Si l'intégrale S: " g(t) dt est convergente, l'intégrale
,a * f (t) dt est absolument convergente.
En effet, il existe par hypothèse 6 2 a et un nombre c' > O tels que
f ) < cl(g() pourx 2 6,
d'où

comme d'autre part, on peut supposer 6 assez grand pour que g(t) dt z O, il Ji
existe c" > O tel que I /:
f (t) dtll 4 C" g(t) dt; en posant c = max (cf, c"), on a
donc, pour tout x > b,

d'où la proposition.

COROLLAIRE 1. -Si f et g sont des fonctions réglées 2 O dans l'intervalle (a, +a(,
> +
telles quef g, et si f, " g(t) dt = m, on a "f (t) dt = + co.
No 2 DÉVELOPPEMENTSAU VOISINAGE DE + CO FVR V. 19

COROLLAIRE 2. -Sif et g sont 2 O et non identiquement nulles dans (a, +a(et telles
Sa a!
quef =:g, on a f (t) dt =: g(t) dt.

2. Application: critères logarithmiques de convergence des intégrales

Par un choix convenable de la fonction g, on peut déduire de la prop. 1 deV, p. 18,


et de son cor. 1 des critères permettant d'affirmer que l'intégrale Jaf "f (t) dt d'une
fonction f 2 O est convergente ou infinie: il suffit de choisir pour g une fonction
dont on connaît une primitive. En particulier, comme xN a pour primitive
%lL+l
lorsque p # - 1, et log x lorsque p = - 1, on a le critère suivant:
~ + l

PROPOSITION 2 (a critère logarithmique d'ordre O D).-Soitf unefonction réglée 2 O


dans l'intervalle (a, + CO(;si f (x) ,ixv pour un p < - 1, l'intégrale " f (t) dt est
> 1;
convergente; sif (x) xUpour un p 2 - 1, l'intégrale "f (t) dt est infinie.

Ce critère ne permet pas de conclure lorsque l/xl «f (x) « l/x pour tout
+"

exposant a > 0, par exemple pour f (x) = 1/x(log x)lL(p > O). Mais dans ce
1
dernier cas, f a pour primitive -(log x)lmW si p # 1 et log log x si = 1.
1-P
Par suite:

PROPOSITION 3 ((( critère logarithmique d'ordre 1 ))). -Soitf unefonction réglée 2 O


< Sa
dans l'intervalle (a, +col;sif (x) l/x(log x)U pour un p > 1, l'intégrale "f (t) dt
> 1;
~ un p < 1, l'intégrale "f (t) dt est infinie.
est convergente; si f (x) I/x(log x ) pour

De façon générale, désignons par ln(x), pour tout entier n 2 O, la fonction


définie par récurrence (pour x assez grand) par les relations 1, (x) = x, ln(x) =
log (1,-,(x)) pour n > 1; on dit que ln(x) est le n-ème logarithme itéré de x (cf.
1
Appendice). On vérifie aussitôt que -(1,(x)) l-" est une primitive de
1-P

1
,
pour p # 1, et ln+ (x) une primitive de
x.ll(x). 12(x).. .ln-&) .ln(%)
Par suite :

PROPOSITION 4 (((critère logarithmique d'ordre n )>).-Soitf unefonction réglée 2 O


1
+
dans l'intervalle (a, CO(;sif (x) < pour un p > 1,
x - ~ I ( x* )l 2 ( ~-)-ln-l(x) (1n(x))lL
FVR V.20 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS 53

l'intégrale fa+ f (t) dt est convergente; si f (x) + x.ll(x). . .ln-l(x). (ln(x))upour un


1

p < Lcf
1, l'intégrale f "f ( t )dt est inJinie.
Chaque critère logarithmique est donc applicable à des fonctions pour
lesquelles les critères d'ordre inférieur ne peuvent donner de conclusion (cf. V, p.
52, exerc. 5 6) et V, p. 53, exerc. 8).
En raison de son utilité, nous traduirons le critère d'ordre O pour les intégrales
fzf (t) dt, oùf est réglée et 2 O dans l'intervalle non compact )a, a) :

PROPOSITION5 ( G critère logarithmique d'ordre O O ) .-Si, au voisinage de a,


on a f (x) <
1/(x - a)fi pour un p < 1, l'intégrale f f (t) dt est convergente; si
f (x) > 1/(x - a) pour un p 2 1, l'intégrale fz f (t) dt est injnie.
Nous laissons a u lecteur le soin de traduire de même le critère logarithmique
d'ordre n.

L'application des critères logarithmiques est immédiate si on sait obtenir une


partieprincipale def par rapport à une échelle de comparaison contenant les fonc-
tions qui interviennent dans ces critères: sif, est cette partie principale, l'intégrale
fa "f (t) dt est convergente ou infinie en même temps que Sarn
f,(t) dt, et pour
cette dernière intégrale, l'application des critères logarithmiques est immédiate.
Exemples. - 1) La fonction P ( l - t)%st non bornée dans )O, 1( lorsque P < O ou
q < O; d'après les critères logarithmiques d'ordre O appliqués a u voisinage des points
O et 1, pour que l'intégrale tP(1 - t)4dt converge, il faut et il suffit que P > - 1
et q > - 1. Lorsqu'il en est ainsi, cette intégrale est dite intégrale eulérienne de première
+
espèce et notée B(p 1, q i- 1) (cf. VII, p. 8).
2) Considérons l'intégrale -
t x - l e ë t dt. Comme e-t 1 au voisinage de O, pour
que cette intégrale converge, il faut que x > O; cette condition est aussi sufisante car
a u voisinage de +a, on a e-' « t-O quel que soit p > O. Lorsque x > 0, l'intégrale
est dite intégrale eulérienne de seconde espèce et notCe î ( x ) (cf. VII, p. 7).

3. Intégration des relations de comparaison: II. Relations fortes

PROPOSITION 6. -Soient f une fonction vectorielle réglée, g une fonction numérique


réglée et 2 O dans (a, +cm(.
1" Si l'intégrale Sa"g(t)dt est convergente, la relation f «g (resp. f cg, od c est -
constant) entraîne 5; " f ( t ) dt « J-l" g(t) di (resp. 1; " f (t) dt c 1; * g(t) dt).
fa+ " g(t) dt est inJinie, la relation f «g (resp. f - cg) entraine
N

2 O Si l'intégrale

quels que soient cr. et p dans (a, +a(.


No 3 DÉVELOPPEMENTSAU VOISINAGE DE + CO FVR V.21

Il suffit de démontrer la proposition concernant la relation f «g, puisque, si


-
c # O, la relation f cg est équivalente à f - cg «g.
La première partie est une conséquence immédiate du théorème de la mo-
yenne, car si on a Jlf(x)I < cg(%)pour x > xo, on en tire

11:f(t) dtll c
11 dt < c * g(t) dt pour x à xO.
* ~lf(t) :1
En second lieu, supposons que /af
g(t) dt = +CO. Si I]f(x)II < cg(%)pour
x 3 xo à max (cr, p), on a

/I dt
\If@) =
a
I l f (t)11 dt + 1%
jxO [If (t) I dl G 1%'
xo
/If (t) 1 dt + dt

Or, il existe x, à xo tel que pour tout x à x,

d'où, pour x 2 x1

ce qui achève la démonstration, E > O étant arbitraire.


En d'autres termes, on peut intégrer les deux membres d'une relation forte
f «g, f N ag, lorsque g est positive dans un intervalle (a, +CO(,sans que la rela-
tion cesse d'avoir lieu entre les primitives des deux membres, pourvu qu'on ait
+ /af
soin d'intégrer de x à oo si " g(t) dt est convergente et de cc à x (cr quelconque
+
dans (a, co() dans le cas contraire.
On notera que les prop. 1 (V, p. 18) et 6 (V, p. 20) sont encore valables lorsque 8
est la base de filtre formée de la trace des intervalles (t, f i a ( (où t > a ) sur le
complémentaire d'un ensemble dénombrable (cf. 1, p. 23, th. 2).
Exemjles. - 1 ) En appliquant la prop. 6 de V, p. 20, à la relation l/x « xa-l où
cc > O, on retrouve la relation log x < xa pour tout cr > O, équivalente à la relation
ylla « eY démontrée dans III, p. 16.
2) On a (5)' = f(1 - 4) w e X / x ; comme eX/x tend vers +ia avec x, on

déduit de la prop. 6 de V, p. 20, que


JIX ;
- dt N eX/x.
Remarque. - Lorsque g n'est pas supposée rester > O dans un intervalle (a, +-co(
(ou rester < O dans un tel intervalle), et que Sa
g(t) dt n'est pas convergente, la
relation f g n'entrahe pas nécessairement
N f (t) dt Sz g(t) dt, comme le montre
N

l'exemple où g(x) = sin x et f (x) = 1 f ( - sin x; on a en effet


FVR V.22 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS

d'où

lnnn sin2 t
Idt

et l'intégrale ST dtjt est infinie, alors que jz- g ( t ) dt = - cos x reste bornée (cf. V, p.
49, exerc. 4). 2

4. Dérivation des relations de comparaison

d'une relation de comparaison f g, f « g, f -


Les propositions 1 (V, p. 18) et 6 (V, p. 20) n'admettentpas de réciproque: l'existence
< cg entre deux fonctions dé-
rivables au voisinage de + co n'entraîne pas nécessairement la même relation de
2 comparaison entre leurs dérivées, même lorsqu'il s'agit de relations de com-
paraison entre fonctions numériques et monotonesf et g.
Par exemple, la fonction x2 + x sin x +
cos x est monotone et équivalente à x2,
mais sa dérivée x(2 +
cos x ) n'est pas équivalente à 2x.

Par contre, on peut dériver des relations de comparaison lorsqu'on suppose a


priori que les dérivées des fonctions considérées sont comparables (V, p. 7). De
façon générale, nous dirons que deux fonctions numériquesf, g, définies dans un
intervalle (a, +CO(, sont comparables d'ordre k au voisinage de +CO si, dans un
voisinage de +KI,elles admettent une dérivée k-ème réglée sauf en une infinité
dénombrable de points, et si, dans ce voisinage,f ('") et g'" gardent un signe constant
(dans l'ensemble où elles sont définies), et sont comparables.
O n convient de dire que deux fonctions numériques comparables (V, p. 7) sont
comparables d'ordre 0.

7. - Si deux fonctions numériques f, g, sont comparables d'ordre 1, elles


PROPOSITION
-
sont comparables; en outre, la relation f « g (resp. f cg, c constante) entraîne f ' 4 g'
-
(resp.f ' cg') sauf sig est équivalente à une constante # 0.
En effet, comme f' et g' gardent un signe constant dans un intervalle
(xo, +CO(,f et g sont monotones dans cet intervalle, donc tendent vers une limite
finie ou infinie lorsque x tend vers + co. Il est évident quef et g sont comparables
lorsque x tend vers +a, si une de ces limites est finie et # O, ou si l'une est nulle
et l'autre infinie. Si f et g tendent toutes deux vers O, on peut écrire f (x) =
-"j fl(t)dt, g(x) = - J+" gr(t)dt;comme f' et g' sont comparables, il en est
:
de même def et g et la relation de comparaison entref et g est la même que celle
qui existe entre f ' et g', d'après la prop. 6 (V, p. 20). De même, si f et g ont
toutes deux un elimite infinie, on a f (x) = f (x,,) + Eo
f'(t) dt, g(x) = g(xo) +
g'(t) dt; la prop. 6 (V, p. 20) montre de nouveau que f et g sont compara-
bles et que la relation de comparaison entre f et g est la même que celle qui existe
entref'etg'. P Our achever de démontrer la proposition, il reste à considérer le cas
oùg tend vers + co et f vers une constante; alors on ne peut avoir f ' 3 g', car on
No 5 DÉVELOPPEMENTSAU VOISINAGE DE + CO FVR V.23

déduirait de la prop. 1 (V, p. 18) que l'intégrale lzo


g f ( t ) dt serait convergente;
comme f ' et g f sont supposées comparables, on a nécessairement f ' « g'.

COROLLAIRE. -S i deux fonctions numériquesf, g sont comparables d'ordre k 2 1, elles


sont comparables d'ordre p pour O < p < k ; en outre, la relation f « g (resp. f Ncg)
entratnef ( k ) <g(k)(resp.f( k ) sauf lorsque rune des dérivées g ( P ) (O < p ,< k - 1)
est équivalente à une constante # O.
En effet, comme f(") et g(" gardent un signe constant dans un intervalle
(xo, +CO(,f ( k - l ) et g(k-l) sont monotones dans cet intervalle, donc gardent un
+
signe constant au voisinage de co; en outre, la prop. 7 de V, p. 22, montre
que f ' k - l ) et g ( k - l ) sont comparables, donc le corollaire résulte de la prop. 7
appliquée par récurrence sur k.
Remarques. - 1) La restriction de l'énoncé de la prop. 7 concernant g est essentielle.
1
Par exemple, on a l/x 4: 1 +A bien que les dérivées des deux membres soient

équivalentes; demême 1
1
+; + x-21 ' mais 1/x2% 2/x3.
1
2) Si fet g sont comparables d'ordre k, une fonction f, équivalente à f n'est pas
nécessairement comparable d'ordre k à g; elle l'est toutefois si on suppose que f , est
comparable d'ordre k à f et qu'aucune des dérivées f ( p ) (O < $ < k - 1) n'est
équivalente à une constante # O.
3) Si f et g sont comparables d'ordre k, il n'en pas nécessairement de même de hf
et hg, même pour une fonction monotone h aussi simple que h ( x ) = x (V, p. 49,
exerc. 3); de même, l/f et l/g ne sont pas nécessairement comparables d'ordre k
(V, p. 48, exerc. 1).

5. Partie principale d'une primitive


Soitf une fonction numérique réglée tr O et gardant un signe constant dans un
intervalle (a, +CO(;la proposition suivante permet dans certains cas d'obtenir
une partie principale simple de la primitive f;" f (t) dt si Sa+"
f ( t ) dt est con-
1; f ( t ) dt si l'intégrale 1; f ( t ) dt est infinie:
vergente, et de la primitive

8. - On pose F ( x ) = 1; "f (t)dt si 1; "f (t)dt est convergente, F ( x ) =


PROPOSITION
f f ( t ) dt si J",f " f ( t )dt est injinie. On suppose que log 1f 1 et log x sont comparables
d'ordre 1.
l0Sif est d'ordrejni p # - 1par rapport à x, on a

2O Sif est d'ordre inJini par rapport à x et si f /f'et x sont comparables d'ordre 1, on a

On notera que l'hypothèse entraîne que f ( x ) a un ordre déterminé par rap-


port à x (V, p. 9).
FVR V.24 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS 93
la Si f est d'ordre p # O par rapport à x, on a log 1f 1 - p log x, donc,
comme log 1f 1 et log x sont comparables d'ordre 1, on a d'après la prop. 7 de V,
-
p. 22, f'/f p/x, ou xf' N p$ Si p > - 1, on a f (x) » xw-Epour tout E > 0,
1;
donc (V, p. 19, prop. 2) l'intégrale "f ( t ) dt est infinie. On peut écrire F(x) =
1;f (t) dt = xf (x) - af (a) - 1; tf '(t) dt, ou encore

comme p # - 1, f (x) + xf'(x) (p + 1)f (x), donc (V, p. 20, prop. 6)

ce qui démontre dans ce cas la relation (1). Si p = 0, on a de même xf '(x) «f (x),


ce qui donne encore f (x) + xf'(x) N f (x). On raisonne de manière analogue
lorsque p < - 1, cas où "f (t) dt est convergente.
2" Sif est d'ordre +CG par rapport à x, on a log 1f 1 » log x, donc (V, p. 22,
prop. 7) f'/f » llx, ou encore, en posant g(x) = f (x)/f'(x), g(x) « x; en outre,
comme f (x) » xCC pour tout cc > 0, l'intégrale 1;"f (t) dt est infinie. On peut
écrire

comme g et x sont comparables d'ordre 1, de la relation g(x) « x on déduit


(V, p. 22, prop. 7) g'(x) « 1, doncfg' « f, et par suite (V, p. 20, prop. 6)

ce qui établit la relation (2). Démonstration analogue lorsquef est d'ordre - m


:1
par rapport à x, cas où * f (t) dt est convergente.

Soit d une échelle de comparaison (pour x réel tendant vers +CO)formée de


fonctions numériques non nulles et de signe constant au voisinage de +CO,telle
que x E & et que le produit et le quotient de deux fonctions de & appartiennent
encore à 8 (V, p. 11 et p. 14). Si une fonction réglée f de signe constant au
voisinage de + o~ admet une partie principale cg par rapport à &,lX"f (t) dt (resp.
,a :1 1;
f (t)dt suivant le cas) sera équivalente à c " g(t) dt (resp. c g(t) dt) ; si la
fonction g satisfait aux conditions de la prop. 8 de V, p. 23, et si (lorsque la
formule (2) de V, p. 23, s'applique) on connaît une partie principale de g' rela-
:1 Sz
tivement à 8, on aura ainsi une partie principale de "f (t) dt (resp. f (t) dt)
relativement à &.
DÉVELOPPEMENTSAU VOISINAGE DE i-CO FVR V.25

Exem$les. - 1) La fonction l/log x est d'ordre O par rapport à x, et satisfait aux


conditions de la prop. 8 de V, p. 23; donc

IaX
- &. dt

2) La fonction ex2 est d'ordre + co par rapport à x ct satisfait aux conditions d e


la prop. 8, donc

Dans l'Appendice (V, p. 41), nous définirons un ensemble de fonctions aux-


quelles les prop. 7 et 8 sont toujours applicables.
Remarque. - La prop. 8 n'est pas directement applicable à une fonction f d'ordre
- 1 par rapport à x. Mais on pcut alors écriref(r) = fl(x)/x, f, étant d'ordre O par
rapport à x. Supposons par exemple que [T
"f (t) dt soit infinie; alors
F(x) = 1; (t) dt = Saxf f,(t) df = lo:aX
fl(eu) du.

Si la fonction f,(eY) satisfait aux conditions de la prop. 8 et a un ordrc # - 1 par


rapport à y (c'est-à-dire si fl(x) a un ordre # - 1 par rapport à log x), les formules
(1) et (2) permettront encore d'obtenir une partie principale dc F(x). Par exemple,
,--
exp %o
(gl' x)
soit f (x) = ; comme exp ( I F ) est d'ordre O par rapport à x, f est
x log- x
d'ordre - 1; on a ici f,(eY) = eJ4/.y et cette fonction est d'ordrc +CO par rapport à
y; la prop. 8 lui est applicable et donne SaeJü/u du 2eJG/dj; en revenant à la

variable x, il vient donc exp ( d m )dt - 2 exp ( d&x)


I F x

6. Développement asymptotique d'une primitive

Soit G une échelle de comparaison au voisinage de +CO formée de fonctions


numériques # O et de signe constant au voisinage de +a; soit f une fonction
vectorielle réglée définie dans un intervalle (a, +a(,à valeurs dans un espace
normé complet E, et admettant un développement asymptotique

à la précision g,, par rapport à 8. Supposons en outre que toute primitive


g(t) dt d'une fonction g E 8 admette un développement asymptotique par
rapport à 8. Dans ces conditions, nous allons voir qu'on peut obtenir un dévelop-
pement asymptotique de F(x) = f(l' f ( t ) dt relativement à 8. Distinguons deux
cas :

par
l0 J":
hypothèse, on peut obtenir un développement asymptotique de
J"a
g J t ) dt est infinie; alors (V, p. 20, prop. 6), on a r,(t) dt « J":
g,(t) dt;

2 a, J":
h$a
g (t)dt à une certaine précision gp (V, p. 12) ; si cg* est la partie princi-
pale de J": g,(t)dt, on aura donc un développement asymptotique de J"(1f ( t ) dt à
la précision g,,, ,,,
O, dont tous les termes ont des normes croissant indéfiniment.
FVR V.26 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS 53

2 O 1: * g,(t) dt est convergente; soit p alors le plus petit des indices )i < cr tels
que a, # O et que " g,(t)dt soit convergente; l'intégrale

est alors convergente, et on peut écrire

r,(t) dt.
h < 13

Si 1:
On a alors " r,(t) dt « "g,(t) dt ;si cg, est la partie principale d e J i "g,(t)dt,
et si on a un développement asymptotique de

à la précision g,, on aura de la sorte un développement asymptotique de F à la


précision gmin(,,,).
Tout revient donc à trouver des développements asymptotiques par rapport à
& de primitives de fonctions de 8. Nous avons vu comment, moyennant certaines
hypothèses sur &, la prop. 8 de V, p. 23 donne la partie principale d'une telle
primitive. En outre, la démonstration de la prop. 8 donne l'expression de la
différence des deux membres de la formule (1) (resp. (2)) de V, p. 23, sous forme

avec g = f/ f ') ;en formant la partie principale de cette nouvelle primitive, ainsi
qu'un développement asymptotique du second membre de (1) (resp. (Z)), on
obtiendra le second terme du développement cherché (voir V, p. 36-43).
Sz
Exemples. - 1) Soit f (x) = l/log x (x > 1) ;on a vu que dtllog t Nxllog x, et la
dt
différence - - -?-
a log t log x
est une primitive de l/(log x ) ~ ;on peut de nouveau
appliquer à cette fonction la prop. 8, qui donne Sz dt/(log t)2 x/(log x ) ~ .Par
N

récurrence, on obtient ainsi le développement

O n notera que, quel que soit n, tous les termes de ce développement tendent vers
avec x.
+a,
ex ex ex
2) Soit f ( x ) = -; on peut écrire f ( x ) = - -
x2 + 1 xZ
donne les développements

d'où par addition


No 1 APPLICATION AUX SÉRIES À TERMES POSITIFS FVR V.27

5 4. APPLICATION AUX SÉRIES A TERMES POSITIFS

1. Critères de convergence des séries à termes positifs

Dans tout ce paragraphe, nous entendons (par abus de langage) par série à
termes positifs une série (un) à termes réels tels que un 2 O à partir d'une certaine
valeur de n. Tout ce qui sera dit sur ces séries s'étend aussitôt par changement de
signe aux séries dont tous les termes sont < O à partir d'une certaine valeur de n.
,
O n a vu (II, p. 14, Exemple 3) qu'à toute suite (un),, de points d'un espace normé
E, on associe une fonction en escalier u définie dans (1, +m( par les conditions
u(x) = un pour n < x < n + 1: alors, pour que la série (un) soit convergente, il
faut et il suffit que l'intégrale J": " u(t) dt soit convergente.

Soient (un) et (v,) deux séries à termes positifs, u et v les fonctions en escalier
associées: la relation un < vn pour n 2 no équivaut à u(x) < v(x) pour x 2 no.
<
-
Par suite, chacune des relations un un, un «un, un vn est respectivement
<
équivalente à u(x) v(x), u(x) « v(x), u(x) u(x); cette remarque permet de
-
traduire comme suit les propositions 1 (V, p. 18) et 6 (V, p. 20) :

1. - Soient (un) et (un) deux séries à termes positifs. Si un


PROPOSITION
m
< un, et si la
série (un) est convergente, la série (un) est convergente; si u, > un et si 2 un = +a,on a
n=l

2. - Soient (un)et (un) deux séries à termespositifs:


PROPOSITION
1" Si la série (un) est convergente, la relation un « vn (resp. un - un) entraine

5
p=n
2 Z -3
up « p = n up (resp. p = n up up).

2 vn = + m , la relation un « un (resp. un - un) entraîne 2 up « 2 vp


m

20 Si
n=l p=1 p=1

- -

O n obtient des critères commodes de convergence en prenant pour série de


comparaison (un) dans la prop. 1 une série dont les termes sont de la forme
un = f (n), où f est une fonction 2 0, d$nie pour tout nombre réel x > x, et
décroissante dans l'intervalle (x,, + m(; en effet:

PROPOSITION 3 (critère de Cauchy-Maclaurin). -Si f est une fonction 2 O et


décroissante dans (x,, + m(, pour que la série de terme général vn = f (n) soit convergente, il
faut et il suit que l'intégrale Jio"
f (t)dt soit convergente.
Il suffit pour le voir de remarquer que si v est la fonction en escalier associée à
FVR V.28 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS 54
la série (un), on a v(x + 1) < f ( x ) < v(x) pour tout x 2 xo, puisque f est dé-
croissante; la proposition résulte donc du principe de comparaison (II, p. 17,
prop. 3).
Comme les fonctions qui figurent dans les critères logarithmiques de conver-
gence des intégrales (V, p. 19-20, prop. 2, 3 et 4) sont décroissantes dans un
intervalle (x,, +CO(, l'application des prop. 1 et 3 de V, p. 27, donne les
critères suivants :

PROPOSITION 4 ((<critère logarithmique d'ordre O o). -Soit (un) une série à termes
<
positifs; si un ni" pour un p. < - 1, la série (un) est convergente; si un $ nu pour un
p. 2 - 1, la série (un)a une somme injnie.

PROPOSITION 5 (((critère logarithmique d'ordre P D).- Soit (un) une série à termes
1
PositÊfs. Si u i pour un p. > 1, la série (un) est
" 'n.ll(n).l,(n). . .lp-,(n) (lp(n))i"
1
1
convergente; si u, >, pour un p < 1, la série (un) a une
n.11(4 . Jp-,(n) (lP(n))i"
somme injnie.
Si O <q < 1, on a qn < n-v quel que soit IJ. > 0; l'application du critère loga-
m

rithmique d'ordre O prouve à nouveau la convergence de la série géométrique S qn


n=O
pour 1q1 < 1 (TG, IV, p. 32). Si on applique la prop. 1 en prenant un = qn on obtient
un critère qui peut se mettre sous la forme suivante (<(critère de Cauchy i ) ) : Soit
(u,,) une série à termes posit$s; si lim. sup (un)lln < 1, la série (21,) est convergente; si
n-m
lim .sup (un)lln > 1, la série ((un) a une somme inifinie. E n effet, si lim. sup (un)lln =
n- m n- m
a < 1, pour tout nombre q tel que a < q < 1, on a un qn. Si au contraire <
limasup (un)lin = a > 1, pour tout q tel que 1 < q < a, on a un 2 qn > 1 pour une
n- a

infinitd de valeurs de n; un ne tendant pas vers O, on a SI


un = CO. +
Ce critère est fort utile dans la théorie des séries entières, que nous étudierons plus
tard; mais il ne permet déjà plus de décider de la convergence des séries (Ilnu),
autrement dit son champ d'application est beaucoup plus restreint que celui des
critères logarithmiques.

2. Développement asymptotique des sommes partielles d'une serie

Pour x réel tendant vers + co, soit d une échelle de comparaison formée de fonc-
tions dont chacune est définie dans tout un intervalle (x,, +co[ (dépendant de la
fonction) et est 2 O dans cet intervalle. Soit (un)une série dont les termes
appartiennent à un espace normé complet E, telle que unadmette un dévelop-
pement asymptotique à la précision g, par rapport à l'échelle 8' des restrictions à
N des fonctions de &:
U n = a< orz a d n ) + r&).
No 2 APPLICATION AUX SÉRIES À TERMES POSITIFS FVR V.29

Supposons que toute somme partielle g(m) où g E 8, admette un dévelop-


m=l
pement asymptotique par rapport à 8'. On peut alors obtenir un développement

asymptotique de sn = 2
m=l
u, par rapport h 8'; nous distinguerons encore deux
cas :

2 r,(m) 2 g&)
m

10 1g,(n)
n =1
= +m. Alors (V, p. 27, prop. 2), on a
m=l
X
m=1
;
par hypothèse, on peut obtenir un développement asymptotique de

(V, p. 13) à une certaine précision g,,; si cg, (n) est la partie principale de

2 g,(m), on aura un développement asymptotique de s, 2la précision gmin(o,


m=l
-
20 2 g,(n)
n=l
est convergente; soit alors (3 le plus petit des indices h < a tels
m

que ah # O et que 2 gh(n)soit convergente; la série


n =1

est alors absolument convergente, et on peut écrire

On a en outre
m=n+l r,(m) «m = n + l g,(m); si cg,(n) est la partic principale de

g,(m), et si on a un développement asymptotique de


m=n+l

à la précision g,, on obtiendra ainsi un développement asymptotique de s, à la


précision gmin(P. O).
On est ainsi ramené au cas particulier des séries (g(n)) où g E 8. Nous allons
voir comment, moyennant certaines conditions, on peut tout d'abord obtenir une

partie principale de s, = 5
m =1
g(m) (lorsque
n
3
.. = l-
g(n) = +a)ou de r, =

L
m =n +1
g(m) (lorsque 3
n=l
g(n) < + m).
PROPOSITION 6. -Soit g une fonction numérique > O et monotone denie dans un intervalle
(x,, + KI( (où x, < l), et telle que log g et x soient com~arablesd'ordre 1.
FVR V.30 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS

l o Sig est d'ordre infiipar rapport à ex, on a

2" Si g est d'ordrejni ppar rapport à ex, on a

(le nombre --- I* devant être remplacé par 1 dans (3) et (4) lorsque p = 0).
1 - e-p
1" Si g est d'ordre +m par rapport à ex, on a log g » x, d'où g'/g » 1 ou
gf »g d'après l'hypothèse; g est donc croissante et tend vers + m avec x, d'où

2
n =1
g(>i) = + m. Si u est la fonction en escalier associée à la série (g(n)) (V, p. 27)'
on a u(x) 6 g(x) à partir d'une certaine valeur de x, donc u < g et par suite

-
comme sn = sn-, + g(n), on a bien sn g(n). Démonstration analogue lorsque g
est d'ordre - m par rapport à ex; on a alors la formule (2).
2" Si g est d'ordre p par rapport à ex, on peut écrire g(x) = eVxh(x),où h est
d'ordre O par rapport à ex; en outre, par hypothèse, log g -
px pour y # O
03

(log g « x pour p = O) entraîne h' 4: h. Supposons d'abord que 2 g(n) = + m


n =1
(ce qui implique p O, et est réciproquement toujours vérifié si p > 0, puis-
qu'alors g(x) tend vers + co avec x) ;évaluons une partie principale de J":
g(t) dt. -,
On peut écrire

Or, la relation h' « h signifie que, pour tout z > O, il existe no tel que la rela-
tion x > no entraîne Ihf(x)/h(x)l 6 E ; on en déduit, pour n - 1 6 t 6 n,
No 2 APPLICATION AUX SÉRIES À TERMES POSITIFS FVR V.31

que - E < log Ih(t)/h(n)1 < E d'après le th. des accroissements finis, si n 2 no,
d'où
Ih(t) - h(n)l < (eL l)h(n)
et par suite

puisque ePt est croissante. Comme eE - 1 est arbitrairement petit avec E, on


voit qu'on peut écrire

étant remplacé par 1 lorsque p = O


1. La proposition est alors une

conséquence de la pmp. 2 de V, p. 27. On raisonne de même lorsque n = l g(n) est 2


finie.

Par application répétée de la prop. 6 de V, p. 29, on peut parfois obtenir un

déueloppement asymptotique de sn = m=l


5 g(m). Supposons d'abord que g soit d'ordre
+CO par rapport à e x ; pour toute valeurjxe dep, on peut écrire, d'après la prop. 6,

et il suffira de développer (relativement à 6') chacune des fonctions g(n - k)


(O < k < p) en limitant la précision de ces développements à la partie principale
de g(n - p), pour avoir un développement de s,.
Exemple. - S o i t g ( x ) = xx = exp ( x l o g x ) , d'ordre + co par rapport à ex. En
prenantp = 2, on a

( n - l ) l o g ( n - 1) = ( n - 1 ) l o g n - 1
d'où (V, p. 16)
(fi - 1)n-1 = inn-1 + - n n - ~+ ~ , ( n ~ - ~ )
2e
et de même
1
(n - 2)n-2 = - @-2
eZ
+ ,2 (nn-2 );
par suite
1
5, = nn + -e. n - l + (2,
-+-e:)
nn-2 +~ ~ ( n ~ - ~ ) .

On procède de même (pour rn) lorsque g est d'ordre - oo par rapport à e x

Si maintenant g est d'ordre fini p par rapport à ex, et si par exemple


n=l
g(n) = 2
+ CO,on peut écrire
FVR V.32

où fl(n) = g(n) -
El. Sn-, g(t) dt «g(n) d'après la prop. 6 de V, p. 29. Si
on a une partie principale cgl(n) defl(n) par rapport à &', et si on peut appliquer

3
m =1
fl(m) si zl
de nouveau la prop. 6 à la fonction g,, on obtiendra une primitive équivalente à

gl(n) = +mi équivalente à


n
m

2
m=n+l
m
fl(m) dans le cas contraire
m

(dans ce dernier cas, on écrit );f1(m) = C


m=l
- 2
m=n+l
f,(m), avec C
n = l fl(n)).
=

De proche en proche, on peut obtenir ainsi éventuellement une expression de


s, sous forme de la somme d'un certain nombre de primitives, dont chacune est
négligeable devant la précédente, d'un terme restant négligeable devant la
dernière primitive écrite, et éventuellement d'une constante (cas où le terme
restant tend vers O). Il reste ensuite à développer chacune des primitives obtenues
relativement à 8' (cf. V, p. 25).
1
Exemjde. - Soit g(n) = -;
n
on a

puis
1 1
-- (log n - log (n - 1)) N --
Zn2
d'où

La constante y qui s'introduit dans cette formule joue un rôle important en Analyse
(cf. chap. VI et VII) ;elle est connue sous le nom de constante d'Euler; on a
y = 0,577 215 664...
à 1/109près par défaut.
Nous verrons dans VI, p. 20, comment la formule sommatoire d'Euler-Maclaurin
donne, dans les cas les plus importants, un développement asymptotique d'ordre
quelconque de sn (ou de r,) .

3. Développement asymptotique des produits partiels d'un produit infini


On sait (TG, V, p. 14) que, pour que le produit infini de facteur général 1 + un
(un > - 1) soit convergent (resp. commutativement convergent), il faut et il
suffit que la série de terme général log (1 + un) soit convergente (resp. com-
mutativement convergente), et que l'on a alors la relation

P
log n = l (1 + un) = ns= l log (1 + un).
No 3 APPLICATION AUX SÉRIES À TERMES POSITIFS FVR V.33

Lorsque le produit infini est convergent, on sait que un tend vers O; on a donc
-
log(1 + un) un; or, on sait que, pour qu'une série de nombres réels soit
commutativement convergente, il faut et il suffit qu'elle soit absolument con-
vergente (TG, IV, p. 39, prop. 5) ; en vertu de la prop. 1, on retrouve ainsi que,
pour que le produit de facteur général 1 + un soit commutativement convergent,
il faut et il suffit que la série de terme général un soit absolument convergente
(TG, IV, p. 35, th. 4).
U n raisonnement analogue s'applique à un produit infini de facteur général
+
comjlexe 1 un (un f - 1). En effet, pour qu'un tel produit soit commutativement
convergent, il faut et il suffit (TG, VIII, p. 16, prop. 2) que le produit infini de
facteur général 11 +
uni le soit, et en outre, si 0, est l'amplitude de 1 f un (comprise
entre-x et S n ) , que la série des 0, soit commutativement convergente. Comme u,,
+
tendalors vers O, log(1 un) est défini à partir d'une certaine valeur den (III, p. 10) et
on a
log(1 +
un) = log Il +
uni ion; +
donc, pour que le produit de facteur général 1 + un soit commutativement convergent
il faut et il suffit que la série de terme général Ilog(1 + un\ soit absolument conver-
-
gente (TG, VII, p. 16, th. 1); or log(1 + un) un (1, p. 26, prop. 5), donc on
retrouve la condition que la série de terme général un soit absolument convergente
(TG, VIII, p. 16, th. 1).

La relation entre produits infinis et séries de nombres réels permet parfois


n
d'obtenir un développement asymptotique du produit partiel!, (1 + uk); =
k=l
il suffit d'avoir un développement asymptotique de la somme partielle sn =

2 log (1 + u,), puis de développer pn


1c = 1
= exp (sn); on est donc ramené à deux
problèmes examinés antérieurement (V, p. 28, et p. 16).
Exemfile: formule de Stirling. - Cherchons un développement asymptotique de n!;

on est ramene à développer S. = 5


p=1
log j, puis enp(sn). La methode du no 2 donne
successivement

puis

log n -
Snn-1
log t dt = log n - (n log n - (n - 1) log (n - 1) - 1) - -
1
Zn
d'où
sn = nlogn -n + +logn + ~ ( l o g n ) .
O n a ensuite
log t dt - 12 (log n - log (n - 1)) --
1
1Zn2
d'où
1
sn = n log n - n + -1 log n + k + -
12n
+ o,($ (k constante)
FVR V.34 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS

et on tire finalement ( V , p. 16)

Nous démontrerons dans VII, p: 17, qu'on a ek = 4%. La formule ( 5 ) (avec cette
valeur de k) est dite formule de Stzrling. De la même manière, pour tout nombre réel a
distinct d'un entier > O, on démontre que

(6) ( a + 1 ) ( a + 2 ) . . .(a $ 12) N ~ ( c z ) n ~ + e-n.


~+S
Nous déterminerons également la fonction K(a) ( V I I , p. 18). Des formules (5) et ( 6 )
on tire en particulier

pour tout nombre réel a distinct d'un entier > O, y(a) étant une fonction de a qui
sera précisée dans V I I , p. 18.

4. Application: critères de convergence de seconde espèce pour les séries à termes


positifs

On rencontre assez souvent des séries (un), pour lesquelles un > O à partir d'un
certain rang, et un+&, a un développement asymptotique facile à déterminer.
Il est commode, pour de telles séries, d'avoir des critères (dits critères de seconde
espèce) permettant de déterminer si la série est convergente d'après le seul aspect
de un+Jun. U n tel critère est le suivant:

7 (a critère de Raabe O ) . - Soit (un) une série à termes > O à partir


PROPOSITION
a
d'un certain rang. Si, à partir d'un certain rang, un + ,/un Q 1 - -n pour un a > 1,
1
la série (un) est convergente; si à partir d'un certain rang, un+,/un 2 1 - -,
n
la série
(un)a une somme infinie.
a
En effet, si un+,/u, < 1 - - avec
n
ct > 1, pour tout n B no, on a un <Pn =

fJ (1 - i).or, on ( :)-
a n2
(2
a log 1 - - - - - - - + o - , d'où log pn =
n 2n2
1
-oc log n + k +o(l/n) (k constante), et pn ek - -comme a > 1, le critère
N
nQ'
logarithmique d'ordre O permet de conclure.
1
Si au contraire U , + ~ / U , 2 1 - - à partir d'un certain rang, le même calcul
n
1
>
prouve que un - d'où la proposition.
n
O n démontrerait de la même manière, en utilisant les critères logarithmiques
d'ordre > O, le critère de seconde espèce suivant:
No 4 APPLICATION AUX SÉRIES À TERMES POSITIFS FVR V.35

PROPOSITION 8. - Soit (un) une série à termes > O à partir d'un certain rang. Si, à
partir d'un certain rang, on a

pour un C( > 1, la série (un) est convergente; si, àpartir d'un certain rang, on a

la sérÊe (un)a une somme inJinie.


Exemnfile. - Considérons la sér-iehypergéonzétrique, de terme général

où or, fi, y sont des nombres réels quelconques, différents des entiers < O; il est clair
que un est > O à partir d'un certain rang, ou < O à partir d'un certain rang. O n a

Le critère de Raabe montre donc que la série est convergente pour cc +


P < y,
et a une somme infinie pour or + +
p > y ; lorsque cc P = y, la série a encore une
somme infinie, comme le montre la prop. 8.
Remarques. - 1) Comme cas particulier d u critère de Raabe, on voit que si
lim-sup u,, + ,/un < 1, la série (un)est convergente; si au contraire lirneinf un+,/un > 1,
n- m n- m
la série a une somme infinie (critére dc d'Alembert).
2) Les critères de seconde espèce ne peuvent s'appliqucr qu'à des séries dont le
terme général se comporte de façon très régulière lorsque n tend vers +oz ; autre-
ment dit, leur champ d'application est bien plus restreint que celui des critères
logarithmiques, et ce serait une rnaladrcsse que de vouloir les utiliser en dehors dcs
cas spéciaux auxquels ils sont particulièrement adaptés. Par exemple, pour la série
(un) définie par u,, = 2-"', u2,+, = 3-m, on a 2 1 2 m + l / ~ 2 m = ($)m, =
1,(z)
3 m ; le premicr de ces rapports tcnd vers O ct lc second vers + co lorsque m croît
indéfiniment, donc aucun critère de seconde espèce n'est applicable; cependant,
<
comme u,." . 2 -"12. il est immédiat aue la série est convereente.
"
Même lorsque U , + ~ / U , a une exprcssion simple, une évaluation directe d'une
partie principale de un conduit souvcnt au résultat aussi vite que lcs critères de se-
conde espèce. Par exemple, pour la série hypergéométriquc, la formule de Stirling
montre aussitôt que un N ana+B-y-,, où a est une constante #O, et le critère loga-
rithmique d'ordre O est par suite applicable.
APPENDICE

CORPS DE HARDY. FONCTIONS (H)

1. Corps de Hardy

Soit $ la base de filtre sur R constituée par les intervalles de la forme [xo3 +CO(.
Rappelons que, dans l'ensemble A?(& R ) des fonctions numériques définies dans
des parties appartenant à $, nous avons défini la relation d'équivalence R,:
a il existe un ensemble M E $ tel que f (x) = g(x) dans M >> (V, p. 2)) et que
l'ensemble quotient S(8, R)/R, est muni d'une structure d'anneau ayant un
élément unité.

DÉFINITION1. -Étant donné un sous-ensemble BY de Z($, IR), on dit que a/R,


(image canonique de % dans A?(& R)/R,) est un corps de Hardy, si BY satisfait aux
conditions suivantes:
l0 @IR, est un sous-corps de l'anneau Z($, R)IR,.
Z0 Toute fonction de 9 est continue et dérivable dans un intervalle (a, +CO((dépen-
dant de la fonction), et la classe suivant R, de sa dérivée appartient à %/Ra.

L'hypothèse que BY/R, est un corps équivaut aux conditions suivantes: si


f E 9 et g E 9,f + g etfg sont égales à des fonctions de 9 dans un ensemble de $;
en outre, si f n'est pas identiquement nulle dans un ensemble de 8, il existe un
ensemble M de 8 dans lequel f ne s'annule pas, 11f étant égale à une fonction de
BY dans M; d'après la condition 2") on peut toujours supposer M pris tel quef soit
continue dans Myet par suite garde un signe constant dans cet intervalle.
Par abus de langage, si BY est tel que @IRmsoit un corps de Hardy, nous dirons
dans ce qui suit que R lui-même est un corps de Hardy.
Exemples. - 1) Tout corps de Hardy contient le corps des constantes rationnelles
No 2 CORPS DE HARDY. FONCTIONS (H) FVR V.37

(plus petit corps de caractéristique 0, cf. A, V, $ l), qu'on peut identifier au corps
Q ; d'ailleurs, comme deux constantes ne sont congrues modulo R, que si elles sont
égales, Q/R, est identique à Q. Les constantes réelles forment aussi un corps de
Hardy, qu'on peut identifier à R.
2) Un exemple plus important de corps de Hardy est l'ensemble des fonctions
rationnelles à coe$îcients réels, que nous noterons R(x) par abus de langage; si
f (x) = p(x)/q(x) est une fonction rationnelle à coefficients réels, non identique-
ment nulle, elle est continue, dérivable et # O dans l'intervalle (a, + a(,où a est
strictement supérieur à la plus grande des racines réelles des polynômes p(x) et
q(x) ; donc tout élément de R(x)/R, autre que O est inversible. On notera encore
que deux fonctions rationnelles ne peuvent être congrues modulo R, que si elles
sont égales, donc R(x)/R, peut encore être identifié à R(x).

2. Extension d'un corps de Hardy

Étant donné un corps de Hardy @, nous allons voir comment on peut former de
nouveaux corps de Hardy 9' 2 9 tels que @'/R, s'obtienne par adjonction à
@/Ra (au sens algébrique du terme, cf. A, V, $ 2) de nouveaux éléments, d'une
forme que nous allons préciser.

Lemme 1. -Soient a(x), b (x) des fonctions numériques continues et ne changeant pas de
signe dans un intervalle (x,, +a[.Si, dans cet intervalle, la fonction y(x) est continue et
dérivable et vérijie l'identité

il existe un intervalle (x,, + CO(dans lequel y ne change pas de signe.


En effet, posons z(x) = y(x) exp (-!XI, a(t) dt) (cf. IV, p. 22); on a, d'après
(1), Z' (x) = b(x) exp ( - JXo a(t) dt). Si b(x) 3 O pour x 3 x,, z est croissante dans
cet intervalle, donc, ou bien est < O dans tout l'intervalle, ou bien est nulle dans
un intervalle (x,, +CO(,ou bien est > O dans un intervalle (x,, +GO(;comme y a
le même signe que z, la proposition est démontrée dans ce cas. Raisonnement
analogue si b(x) < O pour x 3 x,.
Remarque. - Cette propriété si élémentaire ne s'étend pas aux équations différen-
+
tielles linéaires d'ordre > 1 ; par exemple, la fonction y = sin x satisfait à y" y = 0,
+
mais change de signe dans tout voisinage de m.

Lemme 2. -Soient a(x) et b(x) deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy
9, y(x) une fonction satisfaisant à l'identité (1) dans un intervalle (x,, + a( où a et b sont
d$nies et continues. Si p(u) est un polynôme par rapfort à u, dont les coeficients sont des
fonctions de x appartenant à @, d$nies et dérivables dans (xo, +cm(, il existe un intervalle
(xi, + GO(,dans lequel lafonction p(y) ne change pas de signe.
FVR V.38 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS APP-

La proposition est triviale si p(u) a ses coefficients identiquement nuls dans


(x,, +CO(, ou si p(u) est de degré O par rapport à u, puisqu'une fonction de 9
garde un signe constant dans un intervalle (x,, + coq. Supposons que p(u) soit de
degré n > O ; le coefficient dominant c de P(u) est alors f. O dans un intervalle
(a, + C O [ ; on peut donc écrirep(u) = c(un + clun-l + . . + 6,) où C, cl, c2, . . .,C,
sont des fonctions appartenant à 9 et dérivables dans (a, +CO(;il suffit donc de
démontrer le lemme pour c = 1. Raisonnons alors par récurrence sur n; on a

+ ciyn-l + . . . + 6; = na.P(y) + q(y)


où q(u) est un polynôme de degré < n - 1, à coefficients dans 9. Par hypothèse,
les fonctions na(x) et q ( y ( x ) )ne changent pas de signe dans un intervalle (p, +CO(;
le lemme est donc une conséquence du lemme 1.

THÉORÈME 1. -Soient a(x) et b ( x ) deux fonctions appartenant à un même corps de


Hardy P, y(x) une fonction satisfaisant à (1) dans un intervalle (x,, +CO[. Lorsque
r(u) = p(u)/q(u) parcourt l'ensemble des fractions rationnelles en u à coejicients dans 6
telles que q ( y ) ne soit pas identiquement nulle dans un voisinage de +CO,l'ensemble S ( y )
des fonctions r ( y )forme un corps de Hardy.
En effet, d'après le lemme 2, il existe un intervalle (x,, + a ( dans lequel
r ( y ) est définie, continue et ne change pas de signe, d'où résulte aussitôt que
S ( y ) / R , est bien un corps; d'autre part, comme

(où r'(y) = ( p l ( y ) q ( y )- p ( y ) q ' ( y ) ) / ( q ( y ) ) 2est définie par hypothèse dans un


voisinage de + a )la , dérivée de toute fonction de @(y) appartient à @(y), ce
qui prouve que @ ( y )satisfait aux conditions de la déf. 1 de V, p. 36.
Il est clair que 9(y)/R, s'obtient par adjonction algébrique à @/Rade la classe de y
modulo R,. On dit encore que @( y) s'obtient par adjonction de y à 9.

COROLLAIRE 1. - Si y est une fonction de 9 non identiquement nulle dans un voisinage de


+ a,@(log1 y ] )est un corps de Hardy.
En effet, (log 1 y])' = y'/y est égale à une fonction de 9 dans un intervalle
( ~ 0+
, 4.

COROLLAIRE 2. - Si y est unefonction quelconque de 9, P(eY) est un corps de Hardy.


En effet, (eV)' = eyy', et y' est égale à une fonction de 9 dans un intervalle
(xo, +al.

3. - Si 9 contient les constantes réelles, et si y est une fonction de 6 non


COROLLAIRE
No 3 CORPS DE HARDY. FONCTIONS (H) F'VR V. 39

identiquement nulle dans un voisinage de +co, 9(ly/") est un corps de Hardy pour tout
nombre réel a.
d
En effet, - (/y]") = ]y)"( q f / y ) , et ixy'ly est égale à une fonction de 9 dans
dx
un intervalle (x,, + GO(.

Notons enfin que si y est une primitive d'une fonction quelconque de 9, S(y)
est encore un corps de Hardy.

3. Comparaison des fonctions d'un corps de Hardy

PROPOSITION 1. - Deuxfonctions appartenant à un même corps de Hardy sont comparables


d'ordre quelconque (V, p. 22).
En effet, si f appartient à un corps de Hardy 9, pour tout entier n > O, il
existc un intervalle (x,, + GO( dans lequel f est n fois dérivable, sa dérivée n-ème
étant égale à une fonction de 9 dans cet intervalle. 11 suffit donc de montrer que
deux fonctions quelconquesf, g de 9 sont comparables. C'est évident si l'une d'elles
est identiquernent nulle dans un voisinage de + co ;on peut donc se borner au cas
où elles sont toutes deux strictement positives dans un voisinage de + m . Mais
alors, pour tout nombre réel t, f - tg est égale à unc fonction de 9 dans un voisi-
nage de +GO,donc garde un signe constant dans un voisinage de +GO,ce
qui démontre la proposition (V, p. 8, prop. 9).

O n déduit d'abord de cette proposition que, si un corps de Hardy 9 contient


lcs constantes réelles (ce que nous supposerons toujours par la suite), et si f et g
sont deux fonctions quelconques de 9, deux quelconques des fonctions ef, eg,
Sa
log 1 f 1, log Igl, 1 f I", /gl" (ix réel quelconque), JaS) g (a réel quelconque dans un
intervalle (x,, +a$ où f et g sont réglées) sont comparables (lorsqu'ellcs sont dé-
finies); en effet, deux quelconques de ces fonctions apparticnnent à un même
corps de Hardy obtenu en les adjoignant successivement à @.
De même, toute fonctionf (x) d'un corps de Hardy 9 est comparable à x, car x
et f (x) appartiennent au corps de Hardy %(x)obtenu en adjoignant x à 9. O n en
conclut donc (en particulier) que f est comparable d'ordre quelconque à toutc
puissance xC",ainsi qu'à log x et à ex.
O n voit aussi que, si f et g appartiennent à un même corps de Hardy 9, si
g(x) > O dans un intervalle Qx,, +a[, et si g(x) tend vers O ou vers + co lorsque x
tend vers +a,l'ordre def par rapport à g (V, p. 9) est toujours défini.
La prop. 8 de V, p. 23, est donc applicable à toute îonction f d'un corps de
Hardy, et prouve que :
1" sif'est d'ordre -i-c o par rapport à x, J'a f (t) dt - (f (x))'/ f '(x).
FVR V.40 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS

1
2O si f est d'ordre p > - 1 par rapport à x, Saf (t) dt - N

~ + 1
xf (x).

3" si f est d'ordre p < - 1 par rapport à x, Sxf "f ( t ) dt - --, 1 .f(x).
1
+

4-O sif est d'ordre - co par rapport à x JX " f (t) dt - - (f ( x ) ) ~f/'(x).


O n a en outre la proposition suivante :

PROPOSITION2. -Soitf unefonction appartenant à un corps de Hardy R.


1 Sifest d'ord~ezninipar rapport à x, on a, pour tout entier n > 0,

2O Sif est d'ordrejini ppar rapport à x, on a, pour tout n > 0,

sauf si p est entier > O et n > p.


l0 Sif est d'ordre infini par rapport à x, on a log 1 f 1 » log x, donc, puisque
log]f J et log x sont comparables d'ordre q~~elcunquc, f '/f » llx. Posons g =
f '1f ; comme g est égale à une fonction de 9 dans un voisinage dc +a,on déduit
de l/g « x, que g'/g2 « 1, et par suite gl/g « g = f 'If, ou cncore fg' «gf'.De la
relationf ' = fg, on déduit cn dérivant
f" = f g l + g f ' gf' -
-
ou encore f "/f ' f'lf. Le même raisonnement, appliqué à f (") au lieu de f ,
-
montre, par récurrence sur n, que f ( " ) / J ( "l)- f '/ f ; d'où la relation (2).
2" Si f est d'ordre fini p par rapport à x et si p + O, on a log 1 f 1 p log x, -
d'où, en dérivant, f'(x) ~f- .( 4 on en déduit que fr est d'ordre p - 1 par rap-
l-;
x
port à x, ce qui permet d'appliquer le même raisonnement par récurrence sur n
tant que p, # n, d'où la formule (3) lorsque p n'est pas un entier 3 O ct < n.
Lorsque f est d'ordre entier j~ > O par rapport à x, on peut écrire f (x) = x~'(x),
où f,est d'ordre O par rapport à x. D'après la prop. 2, on a
f'"'"fi! fi.
Pour évaluer les dérivées d'ordre n > fi, on peut donc se borner au cas où fi = 0.
Alors, on a log 1 f 1 d log x, d'où fr(x)/f (x) « Ilx, autrement dit xf '(x) «f (x); si f
n'est pas équivalente à une constante k # O, on a, en dérivant cette relation (V, p.
+
22, prop. 7), xf "(x) f '(x) <f '(x), ce qui signifie que xf "(x) -f '(x). Tenant
compte de cette formule, on voit par récurrence sui- n que fCn) est d'ordre < - n par
rapport à x, et que

Si f est équivalente à une constante k f O, on a f (x) = k + f,(x) avec f, « 1, et


on est ramené à étudier les dérivées def,.
No 4 CORPS DE HARDY. FONCTIONS (H) FVR V.41

4. Fonctions (H)
PROPOSITION 3. -Si O. est un coqs de Hardy, il existe un corps de Hardy 9, contenant
9, et tel que, pour toutefonction z E O, non identiquement nulle dans un voisinage de +CO,
1
eZet log zl appartiennent à P.
Désignons par iY l'ensemble des fonctions f E A?($,R) ayant les propriétés
suivantes: pour chaque fonctionf E 9 il existe un nombre fini de corps de Hardy
Pl, O,, . . ., O, (le nombre n et les corps Si dépendant def )tels que f E 9, et que,
, ,
pour O < i < n - 1, on ait 9 + = Pi(ui+,), où U, + est égale, soit à eZi, soit à
log Izil, Z, appartenant à Li et n'étant pas identiquement nulle au voisinage de
+CO. O n dit que u,, u,, . . . , un forment une suite de d&nition du corps 9, et de la
fonction f; une même fonction f E P peut naturellement admettre plusieurs
suites de définition.
D'après la déf. 1 de V, p. 36, toute fonction f E 9, non identiquement nulle
dans un voisinage de +CO,garde un signe constant et est dérivable dans un
intervalle (x,, +CO[; si f E P,, 11f et f ' sont égales à des fonctions de Rn, donc à
des fonctions de 9, dans un voisinage de + GO. Pour voir que P est un corps de
Hardy, il suffit donc de prouver que sif et g sont deux fonctions de P, f - g et fg
sont égales à des fonctions de L dans un voisinage de +CO. O r soit u,, u,, . . .,u,
une suite de définition def, v,, u,, . . ., un une suite de définition de g. La suite u,,
u,, . . ., u,, u,, u2, . . ., v, obtenue par juxtaposition des suites (u,) et (uj) est encore
une suite de définition d'un corps de Hardy @+,. et ce corps contient f et g, donc
f - g et fg sont égales à des fonctions de O,+, dans un voisinage de +CO.

O n dira que le corps de Hardy P défini dans la démonstration de la prop. 3


est l'extension (H) du corps de Hardy O,.
Si L' est un autre corps de Hardy possédant les propriétés énoncées dans la prop. 3,
il résulte de la construction de P que O/Rwest contznu dans 9'/Rw.Par abus de langage,
on peut donc dire que l'extension (H) d'un corps de Hardy O. est leplzispetit corps de
Hardy P ayant les propriétés énoncées dans la prop. 3.

DÉFINITION 2. - On appelle corps desfonctions (H) l'extension (H) du corps de Hardy


R(x) desfonctions rationnelles à coejîcients réels. Toutefonction appartenant à cette extension
est ditefonction (H).
D'après cette définition, si f est une fonction (H) non identiquernent nulle
dans un voisinage de + GO, ef et log 1 f 1 sont aussi des fonctions (H). Plus générale-
ment, si g est une seconde fonction (H), u,, u,, . . ., u, une suite de définition de g,
et si f (x) tend vers +KI avec x, on voit par récurrence sur n que les fonctions
composées U, o f , u2 o f , . . .,un of et g 0 f sont des fonctions (H).

5. Exponentielles et logarithmes itérés


Nous avons déjà (V, p. 19) défini les logarithmes itérés l,(x) par les conditions
lo(x) = x, l,(x) G lo,q(l,-,.(x)) pour n 2 1. O n définit dc même les exponentielles
FVR V.42 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS *PP.

,
itérées en(x) par les conditions eo(x) = x, en(x) = exp(en- (x)) pour n > 1. Il est
immédiat, par récurrence sur n, que ln(x) est la fonction réciproque de e,(x),
définie pour x > en-,(O), et que em(en(x))= em+,(x), lm(ln(x)) = lm+,(x). En
vertu des relations log x < xu « ex pour tout p > O, on a, pour n 3 1

(5) ln(.) « (ln- l ( ~ ) ) Lpour


L tout p >O

pour p > O, cc > O, p > 0, O < y < 1, O < 6 < 1, ces nombres étant par ail-
leurs quelconques (cf. V, p. 8, prop. 11).
Nous avons déjà vu (V, p. 19) que, pour n à 1, on a

O n a de même pour n Z 1

d'où, en vertu de la prop. 8 de V, p. 23, pour tout p > O

O n peut montrer que si f est une fonction ( H ) quelconque telle que f ).- 1, il existe
deux entiers m et n tels que
lm(x) «f(4 « e n b )
(V, p. 51, exerc. 1 et 52, exerc. 5). Par contre, on peut definir des fonctions croissantes
g(x) (qui ne sont plus des fonctions ( H ) ) telles que g ( x ) » e,,(x) pour tout n > O, ou
1 « g ( x ) « lm(%)pour tout m > O (V, p. 53, exerc. 8,9 et 10).

A l'aide des logarithmes itérés, nous allons montrer qu'on peut définir une
échelle de comparaison (pour x tendant vers + co) & formée de fonctions (H), qui
sont > O dans un voisinage de + m et satisfont aux conditions suivantes:
a) le produit de deux fonctions quelconques de 8 appartient à 8 ;
b) pour toute fonctionf G & et tout nombre réel p, fi" E G;
c) pour toute fonction f E 8 , log f est combinaison linéaire d'un nombre fini
de fonctions de 8;
d ) pour toute fonction f E & autre que la constante 1, ef est équivalente à une
fonction de 8.
--
m

Considérons d'abord l'ensemble Go des fonctions de la forme (lm(x))um,


m =O
No 5 CORPS DE HARDY. FONCTIONS (H) FVR V.43

où les cr, sont des nombres réels, nuls sauf pour un nombrc fini d'indices m; il est
immédiat, d'après (5) (V, p. 42), que ccs fonctions forment une échelle de comparaison
quisatisfait aux conditions a), b) et c). Définissons ensuite par récurrence sur n
l'ensemble 8, (pour n 2 1) comme formé de la constante 1 et des fonctions de la

forme exp (SI a, fk), où p est un entier > O arbitraire, fk (1 4 k 4 p) des fonc-
f,
tions de &,_, telles que »f2 )*. . . . »f, » 1, et les a, des nombres réels # 0;
montrons par récurrence que 8,est une échelle de comparaison satisfaisant aux
,.
conditions a), b) et c) et contenant 6, - En premicr lieu, la relation 8, c gn -,
est vraie pour n = 1, car le logarithme d'une fonction non constante de 8, est de

la [orme 5
k=l
akfk, où les f,sont des logarithmes itérés, donc > 1; d'autre part,
,,
si 8,-, c 6,- on déduit de la définition de 6, que 8, -,
8,; cette définition
montre en outrc que bnsatisfait à a), 6) et c). Reste à voir que 8, est une Cchelle
de comparaison: comme le quotient dc deux fonctions de 8,appartient encore à
Q,, il sufit de prouver qu'une fonction f de 8, autre que la constante 1, ne peut

- a1f1 par
P
être équivalente à une constante # O. O r on a log f = 2 akfk
1, = 1
construction, et comme f, » 1, log f tend vers 2 a , donc f tcnd vers O ou vers
+ co lorsque x tend vers +CO.
Cela étant, si 6 est la réunion des 8, pour n 2 0, Q est une Echelle de com-
paraison, car dcux fonctions de 8 apparticnncnt à une mênic échelle 8,; pour
la même raison, Q satisfait à a ) , et il est clair qu'elle satisfait aussi à 6) et c). Enfin,
sif E 8, il existe n tel que f E 8,; si f n'est pas la constante 1,f (x) tend vers O ou
vers + GO lorsque x tend vers + co ; dans le premier cas, ef
ef appartient à 8,+,par définition, donc à 8.
- 1, et dans le second,

Remarque. - Malgré l'utilité pratique de l'échelle & que nous venons de définir,
il cst facile de donner des exemples de fonctions (H) qui n'ontpas departieprincipale
par rapport à 8. En effet, si f est une fonction (H) telle que f ag, où a est une
constante > O et g E 8, log f - log g - log a tend vers O avec l/x, donc log f
admet, relativement à &, un développement asymptotique dont le reste tend uers O,
en vertu de la propriété c). Or, si on considère par exemple la fonction (H)
, on a log f (x) = exp , donc les développements

asymptotiques de logf par rapport à & sont de la forme

1 ex
II est clair que le reste de ce développement est équivalent à --
(n + 1) ! xnfl'
donc ne tend pas vers O. Par suite, f n'a pas de partie principale par rapport à 8.
FVR V.44 ÉTUDE LOCALE DES FONCTlONS *PP-

6 . Fonction réciproque d'une fonction ( H )

Sif est une fonction (H),f est monotone et continue dans un intervalle [xo, + a ( ,
donc la fonction réciproque cp de la restriction de f à cet intervalle est monotone
et continue au voisinage du point a = lim f (x) ; mais, si a est égal à +CD
X+ +m
(resp. -CO, fini), on peut montrer que rp(y) (resp. rp(-y), cp

( t)
y a - - n'est pas en général égale à une fonction (H) au voisinage de Toute-
+CO.

fois, nous allons voir que, dans certains cas importants, on peut obtenir une fonc-
tion (II) équivalente à rp(y) (resp. Y( -y), rp et même parfois
un développement asymptotique de cette fonction par rapport à l'échelle 8
définie dans V, p. 43.
Nous utiliserons la proposition suivante :

PROPOSITION 4. - Soient p et q deuxfonctions (H) strictement positives dans un intervalle


(xo, +a[.
+
l0 Sig «p/p1,onap(x q(x)) p(x). -
2" Si on a à lafois q «plpr et q(x) « X, on ap(x - q(x)) p(x).--
Les deux parties dc la proposition sont évidentes si p k (constante # O) ;
on peut donc supposer p(x) « 1 (sinon on raisonnerait sur llp). O n en déduit
pf(x) « 1.
lo O n peut écrire p(x + q(x)) = p(x) + +
q(x)pl(x 8q(x)) avec O 6 8 6 1
(1, p. 22, corollaire). Comme Ipf(x)1 tend vers O lorsque x tend vers +a,et est
égale à une fonction (H) dans un voisinage de +a,elle est décroissante dans un
intervalle [xl, + a ( , donc, pour x 3 x,, on a If(x + 6q(x))( 6 (pl(x)1 ; comme
qp' «p, on a bienp(x + q(x)) p(x).
2" La condition q(x) « x assure que x - q(x) tend vers +COavec x. On
a encore p(x - q(x)) = p(x) - q(x)pl(x - 6p(x)) avec O 6 O < 1. Le même
raisonnement que dans la première partie de la démonstration montre que, pour x
assez grand, on a Ipl(x - Oq(x))1 6 ]pt(x - q(x))1. Tout revient à montrer que
q(x) '30)tend vcrs O lorsque x tend vers +m. La proposition est vraie
P(x - q ( 4 )
si pl/p > 1, car alors Ipr/$l est une Fonction (M) croissante pour x assez grand,
donc q(x) k t ( x - d x ) ) l 6 q(x) IP'(x)l et on a qp' < p par hypothèse. Elle est
vraie aussi si p'lp -
I P ( ~- q(x))I IP(x)l'
k (k constante # O), car alors
No 6 CORPS DE HARDY. FONCTIONS (H) FVR V.45

puisque x - q(x) tend vers +m. Reste uniquement à examiner le cas oùpf/p « 1.
Supposons d'abord que p(x) soit d'ordre fini par rapport à x, donc (V, p. 22,
- 4b)) - 1
prop. 7) que p' (x)/p(x) « llx. O n a alors 0,(1), donc
P(x-q(x)) x-dx)
P ' b - 4(4) - d x ) 4(4
q(x)p(x-q(x)) -'0,(1) = 0,(1) et on voit que dans
ce cas la proposition est vraie sous la seule hypothèse q(x) « x. Considérons enfin
le cas où l/x «pf(x)/p(x) « 1; la fonction r = pf/p est alors d'ordre fini par
rapport à x; comme d'après la remarque précédente, la prop. 4 de V, p. 44, est
applicable à une telle fonction, on a Pr(x - q(x))/p(x - q(x)) pf(x)/p(x),et
l'hypothèse qp' «p permet alors d'achever la démonstration.
-
Remarque. - Les conditions imposées à q ( x ) n e peuvent êtrc amkliorées, c o m m e le
montrent les exemples suivants:

a) p(x) = ex, q(x) = 1 =


P(x)
-,
fi'(%)
p(x + q(x)) = e . p b )
b) fi(x)=logx, q ( x ) = x - l o g x < - = Px (l xo) g x ,
P'@)
p ( x - q ( x ) ) = log log x «fi@).

Nous allons d'abord étudier les fonctions réciproques d'un type particulier de
fonctions (13) :

PROPOSITION 5. - Soit g une fonction (13) non équivalente à une constante # O et telle que
g(x) « x, et soit u(x) la fonction réc$roque de x - g(x), déJinie dans un voisinage de +m.
Soit (un) la suite de fonctions dgnie, par récurrence sur n, par les conditions u,(x) = x,
un(x) = x i- g(un-,(x))pourn 2 l;onau,» l'et

Posons y u(x), yn = uTL(x);on a donc x = y - g(y), y, = x et y, =


=

--; comme y tend vers + co


x + g(yn+,). O n en tire d'abord x/y = 1 - g(y)
avec x, l'hypothèse g(x) « x montre que y = u(x) -
Y
x = y,; en outre,

où z appartient à l'intervalle d'extrémités x, y; quand x tend vers + K I ,il en est


donc de même de z, et comme g(x) « x, gr 4: 1, donc gr(z) tend vers O, et on a par
suite
y - x = g(x) o(y - x) +
d'où
FVR V.46 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS *PP .
Montrons en second lieu, par récurrence sur n, que lorsque x tend vers
+m,onau, » l , e t

En effet,y - y, = g(y) - g(y,-,) = (y - y,-,)gf(z,- ,), où 2,-,appartient à


l'intervalle d'extrémités y et y,-, ; d'après l'hypothèse de récurrence, 2 , - , tend
vers + m avec x, donc gf(z,- ,) tend vers O, ce qui démontre (13). O n déduit de

u,(x) -
-
cette relation et de (12) que u(x) - u,(x) « u(x) - x g(x) « x u(x), d'où
u(x) et par suite un » 1. Enfin, la relation u(x) - u,(x) « u(x) - x
-
s'écrit aussi (u(x) - x) - (u,(x) - x ) « u(x) - x, d'où

- -
Pour démontrer (1 1)' remarquons d'abord que, si t(x) est une fonction telle
que t(x) - x g(x), on a g'(t(x)) gf(x). En effet, quel que soit E > O, pour x
assez grand, g' est monotone, donc gl(t(x)) est comprise entre gf(x + (1 + ~ ) g ( x ) )
et (gf(x + (1 - E ) ~ ( x ) ) La
. prop. 4 de V, p. 44, montre donc que gf(t(x)) g'(x),
pourvu qu'on établisse la relation g «gf/g''. Or, si g est d'ordre infini par rapport
-
-
à x, on a (V, p. 40, prop. 2) g"/gf gf/g, et comme gf « 1, g «g/gf gf/g"; si g
est d'ordre fini p par rapport à x, on a nécessairement p < 1; si p < 1, comme g
-
n'est pas équivalente à une constante # O, les formules (3) et (4) (V, p. 40)
-
montrent que g"/gl k/.x (k constante # O), d'où encore g « gf/g"; enfin si
p = 1, gf est d'ordre O par rapport à x, donc gU/g'« l/x, et par suite on a encore
g « g'lg".
Cela étant, comme 2,-, est compris entre y et y,-,, il résulte de (14) que
Z, - - x -g(x), d'où g'(zn - ,) g' (x) d'après ce qui précède; on a donc
Y - Yn (Y

-
- yn-i)gr(x)J
d'où (11) par récurrence sur n.
Remarques. - 1) Sig est d'ordre < 1 par rapport à x, la fonction u(x) - un(x) tend vers
O avec l/x dès que n est assez grand. En effet, dans le cas contraire, on aurait ggfn» 1
pour tout n, donc g serait d'ordre infini par rapport à I/g'; autrement dit, on aurait
log Igl »log Ig'l, d'où en derivant g'/g »g"/g'. Mais, si g est d'ordre < 1 par rapport
à x, on a gT/g g"/gf lorsque p = - m,
N - -
s EL-lg'
'"
EL - lorsque y f O et enfin
g'/g «gr'/g'
lorsque p = O (V, p. 40, no 3).
Par contre, si g est d'ordre 1 par rapport à x, on pcut avoir ggrn» 1 pour tout entier
n > O, comme le montre l'exemple g(x) = xllog x.
2) Lorsque g(x) est une fonction (H) équivalente à une constante k # O, on a
g(x) = k +
g,(x), avec g, « 1; la fonction ul(x) = u(x) - k est fonction réciproque
de x - g,(x +
k), et on est ramené au cas traité dans la prop. 5 de V, p. 45.

Pour avoir un développement asymptotique de la fonction u, il suffit donc


d'avoir un tel développement pour la fonction un: si g admet un développement
asymptotique par rapport à l'échelle considérée, on est ainsi ramené (en vertu
de la définition des fonctions (PI)) aux problèmes examinés dans V, p. 14 à 17.
No 6 CORPS DE HARDY. FONCTIONS ( H ) FVR V.47

Au cas traité dans la prop. 5 de V ,p. 45, se ramène le cas plus général suivant:
la fonction y = u ( x ) est supposée satisfaire à la relation

+ +
où cp est une fonction ( H ) , une fonction ( H ) telle que » 1 et que la fonction
+
réciproque 0 de soit aussi une fonction (H), et g une fonction (H) telle que
+.
g « Soit alors v ( x ) la fonction réciproque de x - g(O(x));on a u = 0 v o cp, 0

et g ( O ( x ) ) « x ; si on connaît un développement asymptotique de u grâce à la


prop. 5 de V , p. 45, on en déduira un développement asymptotique de u par
deV, p. 14 à 17.
Exembles. - 1 ) Cherchons u n développement asymptotique de la fonction
réciproque v(x) de x5 + x (pour x tendant vers +a) ;e n posant x5 = t, on est ramené
à chercher u n développement de la fonction réciproque u(t) de t f t% (pour t tendant
vers + co),c'est-à-dire à appliquer la prop. 5 de V , p. 45, au cas o ù g(t) = - t%.
Calculons par exemple u2(t); on a
u2(t) = t - ( t - t%)% = t - t 1/ s + - 1
t-?4 + - 2 t-% + Ol(t-%).
5 25
D'autre part, d'après ( 1 1 ) (V,p. 45)
1
~ ( t-) u2(t) --t-%N
25
d'où
U(t) = t - t% + -1 t-% + - 1 t-% + 02(t-%)
5 25
et on e n déduit le développement cherché

2 ) Cherchons u n développement asymptotique de la fonction réciproque v(x) de


la fonction xllog x; de l'identité x = yllogy, o ù y = u(x), on tire l o g x = log y -
log log y; posant z = log y, t = log x, on a t = z - log z, et on est donc ramené à
développer la fonction réciproque u ( t ) de t - log t ; on a par exemple
log t (log t)2
u2(t) = t + log ( t + log t ) = t + log t + - t
-7 2t
+ O,

et d'autre part, d'après ( 1 1 ) (V, p. 45)


log t
~ ( t -) u2(t) N - t2
d'où
u(t) = t + logt + -
t
--

et en revenant au problème initial, on obtient le développement asymptotique

v(x) = x log x
log log x
+ x log log x + x ---
log x
+ O X-
( 3
Remarque. - O n notera que deux fonctions ( H ) équivalentes peuvent avoir des
fonctions réciproques non équivalentes, comme le montre l'exemple des deux fonc-
tions log x et 1 +log x.
Exercices

81
1) Montrer que pour x réel tendant vers + CO, la fonction
f (x) = (Xcos2x + sin2x)e
est monotone, mais n'est pas comparable à ex', ni faiblement comparable à xx exa.
2) Soit cp une fonction strictement positive, définie et croissante pour x > O et telle que
cp %- 1.
a) Montrer que si la fonction log cp(x)/log x est croissante, la relation f 4 g entre fonctions > O
entraîne cp 0f « cp 0 g si g % 1.
b) Donner u n exemple où log p(x)/log x est décroissante, f et g sont deux fonctions >O
telles que g % 1 etf N g, mais cp of n'est pas équivalente à cp o g.
8 3) a) Soient (a,, pi) n couples distincts de nombres réels O, distincts de (O, O) et tels que
inf a, = inf pi = O. O n considère l'équation
i i

où les a, sont des nombres réels # O, les cpl des fonctions continues dans un carré O < x < a,
O < y < a, et tendant vers O lorsque (x, y) tend vers (O, O). O n suppose qu'il existe une
fonction g positive et continue dans un intervalle (O, b), tendant vers O avec x et telle que
f (x, g(x)) = O pour tout x E (O, b). Pour tout nombre réel p > O, montrer queg(x)/x" tend
vers une limite finie ou infinie lorsque x tend vers O (utiliser V, p. 8, prop. 9, en considérant,
pour tout nombre t 2 0, l'équation f (x, txu) = 0).
b) Pour que g(x)/xU tende vers une limite finie et O, il est nécessaire que p soit tel qu'il
+
existe a u moins deux couples distincts (cch7 ph) et (ak, PL) tels que ah pPh = uk + pPk et
+
que, pour tout autre couple (cc1, pl), on ait cc, & 2 ah + pPh. O n obtient ainsi un nombre
fini de valeurs possibles pi (1 < j ,ir); les nombres - l / p j sont les pentes des droites affines
d u plan R2 contenant au moins deux points de l'ensemble des points (a,, Pi) et telles que tous
les autres points de cet ensemble soient au-dessus de la droite considérée ({(polygonede New-
ton N).
c ) Soit pl le plus petit des nombres yj. Montrer que g(x)/x"i tend une limitejnie (pouvant
être nulle). (Montrer d'abord qu'on peut toujours supposer que si i et j sont deux indices
distincts, on n'a pas à la fois ai < a, et < P,; en déduire qu'on peut supposer al = 0,
ai > O et pi < Pl pour i # 1; en posant alors g(x) = t(x)xul, montrer que t(x) ne peut pas
tendre vers + CO lorsque x tend vers O.)
d) Déduire de c), par récurrence sur r, qu'il existe un indice j tel que g(x)lx% tende vers une
limite finie et # O lorsque x tend vers O.

§3
1) Définir une fonction croissante g, admettant une dérivée continue dans un voisinage de
+CD, telle que g et l/x soient comparables d'ordre 1, mais que x et I/g ne soient pas com-
parables d'ordre 1 (prendre g'(x) = 1 sauf dans des intervalles suffisamment petits ayant
pour milieux les points x = n (b entier > O) dans lesquels g' prend des valeurs très grandes).
2) Soient f et g deux fonctions > O tendant vers +COavec x et comparables d'ordre 1; si h
+
est une fonction dérivable, 2 O et croissante pour x tendant vers co, montrer que hf et hg
sont comparables d'ordre 1.
83 EXERCICES FVR V.49

3) Donner u n exemple de deux fonctions f, g positives, décroissantes et tendant vers O


lorsque x tend vers +CO,comparables d'ordre 1 et telles que xf (x) et xg(x) ne soient pas
comparables d'ordre 1 (prendre f et g équivalentes et telles que

ne soient pas comparables).

4) a) Montrer que l'on a -


sin x
ix N
sin x
-
4;
(1%),+ mais que l'intégrale

convergente et l'intégrale Sa
+ sin t
(1 + %) dt infinie.
+ " sin2t
b) Montrer que les intégrales sont toutes deux convergentes, mais

que lx+y dt n'est pas dt, bien que l'on ait sinaf/t2< sin f/i.
c) O n considère les deux fonctions continues à valeurs dans R2, définies dans (1, +CO(:

sin x 1 sin x

Montrer qu'elles ne s'annulent pour aucune valeur de x, qu'on a f g pour x tendant


+
vers m, que les intégrales Sa
" f (t)dt et " g(t)dt sont convergentes, mais que " f (t)dt S:
n'est pas équivalente à S:
" g(t)dt lorsque x tend vers + CQ.
7 5) Soitf une fonction numérique convexe définie dans un voisinage de + CQ, telle quef x) > x.
O n dit quef est régulièrement convexe au voisinage de + cc si, pour toute fonction convexe g définie
dans un voisinage de + CQ et telle quef w g, on a aussif,' gd. N

Pour tout nombre a > O et tout x assez grand, soit k(a, x) la borne inférieure des nom-
bres (f (y) - ( y - x) f,' ( y))/f (x) lorsque y parcourt l'ensemble des nombres 2 x tels que
+
fi ( y) < (1 cc)f,' (x). Soit de même h(a, x) la borne inférieure des nombres
( f ( 4 + (x - z ) f d ( z ) ) l f ( 4
lorsque z parcourt l'ensemble des nombres < x tels que fi (z) > (1 -O) fd(x). Soient +(a) =
lim sup k(a, x), cp(cc) = limesup h(m, x). Montrer:que, pour que f soit régulièrement convexe
x++m x++m
a u voisinage de +a,il faut et il suffit que, pour tout a > O assez petit, on ait +(cc) < 1 et
d g ) < 1.
+
7 6) Soient f une fonction vectorielle continue dans un intervalle (x,, cc[ de R et telle que,
pour tout A > O, 12 fonction f (x + A) - f (x) tende vers O lorsque x tend vers +a.
a) Montrer que f (x + A) - f (x) tend uniformémentvers O avec lix lorsque A appartient à un
intervalle compact quelconque K = (a, b ) de (O, +cc[. (Raisonner par l'absurde: s'il existe
une suite (x,) tendant vers + C Oet une suite (A,) de points de K telles que
Il f (xn + An) - f (xn) jl > cc > 0
pour tout n, il existe un voisinage J, de A, dans K tel que I(f(x, +
A) - f (x,) /j > a pour
tout A E J,. Construire par récurrence une suite décroissante d'intervalles fermés II, c K, et
une suite (x,,) extraite de (x,), telles que jlf (x,, + A) - f (x,,) 11 > 4 3 pour tout A E Ik;
on remarquera pour cela que si Sk est la longueur de 1, et q un entier tel que q8, > b - a,
on a Ijf (x+ SI,) - f (x) I < 4 3 q dès que x est assez grand).
b) Déduire de a) que S:+ +
f (t) rlt - f (x) tend vers O lorsque x tend vers CQ, et en conclure
quel'on a f ( x ) = O@).
7) Soit g une fonction numérique strictement positive, continue dans un intervalle [x,, + CO(,
et telle que, pour tout p > O, on ait g ( ~ x ) g(x). Déduire de 19exerc.6 que g est d'ordre O
N

par rapport à x.
FVR V.50

§4
1) Si la série de terme général un & O est convergente, il en est de même de la série de terme
général .\/U,U,+~. La réciproque est inexacte en général; montrer qu'elle est vraie si la
suite (un) est décroissante.
2) Soit (fi,) une suite croissante de nombres > O, tendant vers CO. +
a) Si le rapport ~ , / p , - ~
tend vers 1 lorsque n croît indéfiniment, montrer que l'on a

1
&Jk
k=l
(bk - bk-1) -pE+l
+
pour p > - 1

(appliquer la prop. 2 de V, p. 27).


b) Sans hypothèse sur le rapportpn/fn- ,, montrer que la série de terme général (fi, - pn- ,)Ibn
a toujours une somme infinie (distinguer deux cas suivant que pn/pn-, tend ou non vers 1).
c) Montrer que, pour p > O, la série de terme général (fi, - f n - l ) / p n f i ~ - lest convergente
1 1
(comparer à la série de terme général - - -,
1 pn
3) Montrer que, pour toute série convergente (un) à termes > O, il existe une série (un) de
somme infinie, à termes > O, telle que lim. inf vn/un = O.
n+ m

4) Soit (u,,) une suite décroissante de nombres >O; s'il existe un entier k tel que kukn > un
quel que soit n à partir d'un certain rang, la série de terme général un a une somme infinie.
5) Soit (un)une série à termes > O à partir d'un certain rang. Montrer que si

lima sup
n- m

la série (un) est convergente, et que si lime inf (un+


r ~ ) ~
< 9

2 I/e, la série a une somme infinie.


n+ m

6) Soit (un) une série à termes réels # O, tels que lim un = O. Montrer que, s'il existe un
n- m
nombre r tel que O < 7 < 1 et qu'à partir d'une certaine valeur de n, on ait - 1 < un+Jun < 7,
la série (un)est convergente.
7) Soit (un)une série convergente à termes > O.
a) Montrer que
lim u1 + 2u2 + - .. + nu, = o.
n+ m n
b ) Montrer que

c) ~ é d u &de
e a) et b), que l'on a
lim n(ulu2. . . un)lln = O
n-w

(appliquer l'inégalité (8) de III, p. 3).


EXERCICES FVR V.51

1[8) a) Soit (z,) une suite de nombres con~plcxes.Montrcr que si les séries de terme
général z,, 22, . . .,zz-l, 1 zn]qsont convergentes, le produit infini de facteur général 1 + zn
est convergent.
b) Si zn est réel et si la série de terme général z, est convergente, le produit infini de facteur
général 1 +zn est convergent si la série de terme gknéral z i est convergente, et on a

c) Pour tout entierp, on pose

k p = [log log A, h, = 2 Xi,


P-1

o --
"
- k,
2x
.
O n définit de la façon suivante la suite (2,) de nombres complexes: pour n = hp m, +
O < m < k, - 1, on pose z, = em'%/logp. Montrer que pour tout entier g > O, la série de
terme général zQ est convergente, mais que le produit de facteur général 1 + r, n'cst pas
convergent.
9) a) Démontrer, à l'aide de la formule de Stirling, que le maximum de la fonction

&(x) = e-1 " - c-x 3


1c = O
( - 1) axk / dans l'intervalle (O, + a(,tend vers O avec Ijn.
b) En déduire, par récurrencc sur' l'entier p, que pour tout E > O, il existe un polynôme
g(x) tel que leëPx - e-.g(x)l < E pour tout x > O (remplacer x par px/2 dans a), et utiliser
l'hypothèse de récurrence appliquée à eë(p- ).
10) Pour tout nombre a > 0, démontrer la formule

lorsque n tend vers +a.


7 11) Pour tout nombre a > 0, démontrer la formule

lorsque n tend vers +CO (comparer chaque terme (fi!)-"in à n-=pln).

Appendice
1) Soit L un corps de Hardy tel quc, pour toutc foriction f E S? non identiquement nulle au
voisinage de +a, il existe A > O tel que
l
e x
9f (x) 3 e,, (2)
(m entier indépendant de f ) .
.
a) Soint u,, u,, . ., up p fonctions de la forme uk=loglzkl, où z, E S n'est pas nulle dans un
+
voisinage de m . Montrer que pour toute fonction g (non nulle dans un voisinage de CO) +
du corps de Hardy L(ul,. . ., 21,) obtenu par adjonciion à Q . des fonctions uk (1 < k <fi), il existe
p > O tel que
l
« g(x) < e,,, ( x 3
m
(se ramener a u cas où p. est un polynôme par rapport aux u,, à coeficients dans $2,et raisonner
par récurrence sur p, puis, pour p = 1, raisonner par récurrence sur le degré du polynôme
g en procédant comme dans le lemme 2 de V, p. 37).
6) Soient uk (1 ,( k < p) p fonctions de la forme u, = exp (2,) où zk E S. Montrer que pour
FVR V.52 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS *PP.

toute fonction g du corps de Hardy !@(ul,. . ., u,), non identiquement nulle a u voisinage
de + co,il existe un nombre p > O tel que

(méthode analogue).
c ) En déduire que si Jest une fonction (H) admettant une suite de définition de n ternies, et
non identiquement nulle dans un voisinage dc +CO, il existe un nombre A > O tel que
1
«f (x) «e,(x".
e,o
2) a) Montrer que toute fonction (H) possédant une suitc de définition d'un seul terme est
équivalente à une fonction de l'une des formes xP(1og x)q, ou ~peg'~), où p et q sont des entiers
rationnels, et g un polynôme en x (méthode de l'exerc. 1).
b) Déduire de a) que toute fonction du corps de Hardy W(x, u,, . . . , u,), où ul, . . ., u, sont
des fonctions (K) ayant une suite de définition d'un seul terme, est équivalente à une fonc-
~ ) et q sont des entiers rationnels, et g un polynôme en x.
tion de la forme xP (log ~ ) q e g (où$
3) Soient f et g deux fonctions (H) telles que f /g soit d'ordre O par rapport à lm(x); montrer
que si g n'est pas d'ordre O par rapport à l,(x), on a f '/g' Nf /g (comparer log 1 f 1 et log Igl).
4) Soit 9 un corps de Hardy tel que, pour toute fonction f E SY non équivalente à une cons-

quef (x) -
tante, et d'ordre O par rapport à 1,-,(x), il existe une constantc k et un cntier rationnel r tels
k(l,(x))'.
a) Soit z une fonction quelconque de B, non identiquement nulle dans un voisinage de $ m.
Montrer que toute fonction g du corps dc Hardy @(loglzl)non équivalente à une constante,
et d'ordre O par rapport à lm(x),est équivalente à une fonction de la formc k(l,,+l(x))r
(k constante, r entirr rationnel). (Considérer d'abord le cas où g est un polynôme de degré
p en loçlzl, à coefficients dans 9, et raisonner par recurrence sur 4, en utilisant l'exerc. 3;
si g est une fonction rationnelle de log1zl, à coefficients dans 9, raisonner par récurrence sur
le degré du numérateur, en utilisant l'exerc. 3.)
b) Montrer que toute fonction de @(l,+,(x)) est équivalente à une fonction de la forme
f (x)(lm+ ,(x))I, oùf E !@ et r est un entier rationnel.
c ) Soit z une fonction quelconque de 9.Montrer que toute fonction g du corps de Hardy
P(eZ),d'ordre O par rapport à l,(x), est équivalente à une constante. (Considérer d'abord le
cas où g = uqP(u), où u = e", q est un cntier rationnel, et P(u) un polynôme en u, de degré
p, à coefficients dans 9; raisonner alors par récurrence sur p, en utilisant a ) et l'exerc. 3.
Passer de là au cas général en utilisant l'exerc. 3.)
d) Etendre le résultat de a) a u corps P(u,, u,, . . ., us), où les u, sont de la forme e"k ou
log lz,l, les z, étant des fonctions de !@ non identiquement nulles dans un voisinage de +or,
(raisonner par récurrence surs).
5) a) Déduire de l'exerc. 4 que si f est une fonction (H) ayant une suite de définition de n
termes, non équivalente à une constante, et d'ordre O par rapport à 1,-,(x), il existe une
constante k et un entier rationnel r tels quef (x) k(l,(~))~.
N

b) Déduire de l'exerc. 4 que si f est une fonction (R) quelconque, il existe un entier n tel
que le critère logarithmique d'ordre n soit applicable pour déterminer si l'intégrale
J: " f ( t ) d t est convergente ou infinie.
6) Comparer entre elles les fonctions e,((l,(x))P) suivant les valeurs des entiers p et q et d u
nombre réel p, supposé > O, et # 1.
7 7) Soit f une fonction (H) ayant une suite de définition de n termes. Montrer que si on a
ep((4 + l(.)) «f (x) « e,((&) lu) (resp. e,((l,(x)) 9 9f (x) 9 e, + 1((&))OL) quel que soit
+
p > O et quel que soit a tel que O < a < 1, on a nécessairement p + q 1 < n (raisonner
par récurrence sur n, en utilisant des mEthodes analogues à celles des exerc. 1 ( V p. 51)
et 4 (V, p. 67)).
A ~ ~ . EXERCICES F'VR V.53

8) a) Soit (f,) une suite de fonctions continues croissantes appartenant à #(a, R) et telles
que f, 4 f n + l pour tout n. Montrer qu'il existe une fonctionf, continue, croissante, appar-
tenant à &(s, R) et telle quef »f, pour tout n (se ramener au cas où f n < f,+ ,et dtfinir f
desortequef,(x) 4 f (x) d fn+l(x) pourn d x 4 n + 1).
b) Soit (f,) une suite de fonctions continues croissantes appartenant à X ( s , R), et telles que
1 «fn+ «f, pour tout n. Montrer qu'il existe une fonctionf continue, croissante et apparte-
nant à %(a, R), telle que 1 «f 4f, pour tout n (en se ramenant au cas où f n + l < f,, mon-
trer qu'on peut définir une suite croissante (x,) de nombres réels et une fonction continue et
croissantef telle quefn+ l(x) < f (x) < fn(x) pour x, 4 x < x,+ 1).
c ) Soient (f,), (g,) deux suites de fonctions continues croissantes appartenant à %(a, R),
telles que fn 4fn+l, g, » gm+,et f, -4 g, quels que soient m et n; montrer qu'il existe une
fonction h continue, croissante, appartenant à Y($,R), telle que f, « h « g , quels que
soient m et n (méthode analogue).
En particulier, montrer qu'il existe une fonction continue et décroissantef, appartenant à
.@(a, R ) et telle qu'aucun critère logarithmique ne permette de déterminer si l'intégrale
Sa+ f (t)dt est convergente ou infinie (s théorthes de Du Bois-Reymond ,>).

9) Montrer que la série 3 en(n)converge uniformément dans toute partie compacte de R,


n=l
et que sa sommef (x) est telle quef (x) b en@)pour tout entier n.
10) Montrer qu'il existe une fonction croissante f, définie, continue et > O pour x b O,
pour tout x 5 0; en déduire que, pour tout entier n, on a f (x) » en(x).
telle quef (2x) = 2f(X)
11) Soit f une fonction croissante, continue et > 0, définie pour x 2 O, et telle que
~ ' ( x»
) e,(x) pour tout entier n; montrer que, si g est la fonction réciproque de f, on a
1 « g(x) « Ln(x) pour tout entier n.

3
7 12) Pour tout entier n > O, soit n = k = O ik2&le développement dyadique de n (rk entier
nul sauf pour un nombre fini d'indices, O < ik< 1). On pose

a) Démontrer la formule Al(n) = kzo +


a

(k 2)ik2*-1. En déduire la formule


n log n
Al(n) =
2 log 2
+
- o(n log log n)
lorsque n croit indéfiniment (décomposer la somme qui exprime Al(n) en deux parties,
l'indice k variant de O à y(n) dans la première somme, de y(n) à nl dans la seconde, où nl
est le plus grand des nombres k tels que ck # O, et y(n) un nombre convenablement choisi;
on majorera la première somme en utilisant la prop. 6 de V, p. 29, et on majorera ensuite la
différence entre la deuxième somme et nln/2).
b ) Démontrer la relation

f étant une fonction quelconque définie dans N (considérer pour un k donné le nombre des
j < 2, tels que a ( j ) = k).
c) Pour m = Zr - 1, démontrer la relation a(m - j ) + a ( j ) = r. Déduire de cette relation
et de b) qu'on a
2"' log log 2"'
A&,) = r2*-l N
2 log 2
FVR V.54 ÉTUDE LOCALE DES FONCTIONS

d) Pour nz = Zr, montrer qu'on a

où on a posé a(n + 1) - a(n) = 1 - A(n + 1) pour tout n (utiliser 6 ) et la relation


m-1
a(Zk+ r) = a(r) + 1 pour r < 2k). Montrer que i2= O (" l) A ( j + 1) a r2m-2 (re-
marquer que A(j + 1) = O sij est pair, et A ( j + 1) < logjllog 2 pour toutj). En déduire à
\ O ,

l'aide de c), qu'on a


3
A2(2m)2 - rZm-l >
2 '2
3
-.zmlog log zm
2log2
Conclure de c) et de cette relation que Az(n) n'est dquivalente à aucune fonction (H) lorsque n
+ .
tend vers co
13) Soit f une fonction (H) telle que 1 «f (x) « x. Montrer que, dans la formule de Taylor

avec O < 0 < 1 (1, p. 47, exerc. 9), chaque terme est négligeable devant le précédent. Sif est
d'ordre < 1 par rapport à x, le dernier terme de cette somme tend vers O avec llx dès que n
est assez grand.
14) Déduire de l'exerc. 13 que sif est une fonction (H), telle que log f (ex) soit d'ordre < 1
par rapport à x, la fonction f (xf (x)) est équivalente à une fonction de la forme eqcX), où g
est une fonction rationnelle par rapport à x, log f (x) et un certain nombre de dérivées de
cette dernière fonction.
7 15) Soit f une fonction (H) convexe au voisinage de +a,telle que f (x) )5 x. Pour tout
+
a > O, soit x, le point tel quef ' ( x , ) = (1 a)f'(x).
a) Sif est d'ordre $ co par rapport à x, montrer que l'on a

(utiliser les prop. 2 (V, p. 40) et 4 (V, p. 44), en appliquant la formule de Taylor à
log ff(x)). Montrer que (f ( x ) , - (x, - x)f'(x,))/ f (x) tend vers (1 +
a ) ( l - log(1 a))+
+
lorsque x tend vers m.
b) Sif est d'ordre r > 1 par rapport à x, montrer que

(remarquer que sifl est d'ordre O par rapport à x, on a fl(kx) -


fl(x) pour toute constantek,
en vertu de la prop. 4 de V, p. 40). En déduire que (f (x,) - (x, - x)f'(x,))/ f (x) tend vers
r(1 + a) - (r - 1)(1 + a)T/'T-l)
+
lorsque x tend vers m.
c) On suppose enfin que f soit d'ordre 1 par rapport à x. En posant f (x) = xfl(x), montrer
que

+
(considérer la fonction réciproque defl, qui est d'ordre co par rapport à x). En déduire que
(f (x,) - (x, - x)f'(x,))/ f (x) tend vers - co lorsque x tend vers + m .
Soit de même xk le point tel que f ' ( x a ) = (1 - a)f'(x) (pour O < a < 1). Donner les
*PP* EXERCICES FVR V.55

formules analogues aux précédentes exprimant la partie principale de x - x& et la limite de


(f(4)+ (x - w ) l f <x>
+
lorsque x tend vers W .
Conclure de ces résultats que f est une fonction régulièrement convexe au voisinage de + CO

(V, p. 49, exerc. 5 ) .


CHAPITRE VI

Développements tayloriens généralisés


Formule sommatoire d'Euler-Maclaurin

tj 1. DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS

1. Opérateurs de composition dans une algèbre de polynômes


Soient K un corps commutatif de caractéristique 0, K[X] l'algèbre des polynômes à
une indéterminée sur K (A, IV, 5 1, no 1); dans tout ce paragraphe, nous
désignerons sous le nom d'opérateur dans K[X] toute application linéaire U de
l'espace vectoriel K[X] (par rapport à K) dans lui-même; comme les monômes
Xn (n 2 O) forment une base de cet espace, U est déterminé par la donnée des
m

polynômes U(Xn); de fason précise, si f (X) = 2 hkXk avec hk


k=O
E K, on a
a)

2
u ( f ) = k = O hku(xk).
Si G est une algèbre commutative sur K y ayant un élément unité, le G-
module G[X] s'obtient par extension à G du corps des scalaires K de l'espace
vectoriel K[X]; tout opérateur U dans K[X] se prolonge donc d'une seule
manière en une application linéaire du G-module G[X] dans lui-même, que nous
m

noterons encore U (A, II, p. 82); pour tout élément g(X) = ykXk, avec
k=O
m

fi E Gyon a U(g) = 2 ykU(Xk).


k=O
Considérons en particulier le cas où G = K[Y]; GEX] est donc l'anneau
K[X, Y] des polynômes à deux indéterminées sur K; pour éviter toute confusion,
on notera Ux le prolongement de U à G[X]. Pour tout polynôme g(X, Y) =
00 m

2 yk(Y)Xk,où yk(Y)
k=O
E K[Y] on a donc U,(g) =
k=O
yk(Y)U(Xk). Comme
m

U, est lindaire, on voit que si on &rit g(X, Y) = 2 ph(X)Yh,on a aussi


h-0

2
W g ) = h = o u(ah)yh.
FVR VI.2 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS $1

Par l'isomorphisme canonique de K[X] sur K[Y] qui à X fait correspondre


Y, l'opérateur U se transforme en un opérateur dans K[Y] que nous noterons
Uy pour éviter toute confusion, Uy(f (Y)) étant donc le polynôme obtenu en
remplaçant X par Y dans le polynôme U(f (X)) = Ux(f (X)). Cet opérateur
Uy peut à son tour être prolongé en un opérateur (noté encore Uy) dans K[X, Y] :
m m

si g(X, Y) = 2 Ph(X)Yh,on a donc ici Uy(g(X, Y)) =


h=O h=O
Ph(X) Uy(Yh).
Comme exemple de ces prolongements, citons l'opérateur de dérivation D dans
K[X] (A, IV, 3 4)' qui donne dans K[X, Y ] les opérateurs de dérivation partielle Dx
Dy.
et
Pour tout polynôme f E K[X], nous désignerons par T, (f) le polynôme
f (X + Y) de K[X, Y]; l'application Ty est une application K-linéaire de
K[X] dans K[X, Y], dite opérateur de translation.
DÉFINITION 1. - On dit qu'un opérateur U dans K[X] est un opérateur de composition
s'il est permutable avec l'opérateur de translation, c'est-à-dire si U, Ty = TyU.
En d'autres termes, sif est un polynôme quelconque de K[X], et si g = U (f),
+
on doit avoirg(X Y) = Vx(f (X Y)). +
Il résulte aussitôt de cette définition que, pour tout polynôme f (X) E K[X],
on a, avec les notations introduites ci-dessus,
(1) UX(f (X + Y)) = UY(f ( X + Y)).
Exemples. - 1) Pour tout A E K, l'opérateur qui, à tout polynôme f (X), fait
correspondre le polynôme f ( X + A ) , est un opérateur de composition.
2 ) La dérivation D dans K [ X ] est un opérateur de composition (cf. prop. 1).
Remarque. - Comme K est un corps infini, pour que l'opérateur U dans K[X]
soit un opérateur de composition, il faut et il suffit que pour tout polynôme f e K[X]
et tout élément a E K, on ait, en posant g = U (f ) , g(X +
a) = U ( f (X +a)).
(A, IV, $2, no 4).
Il est clair que toute combinaison linéaire d'opérateurs de composition, à
coefficients dans K, est un opérateur de composition; il en est de même du com-
posé de deux opérateurs de composition. En d'autres termes, les opérateurs de
composition forment une sous-algèbre 'I de l'algèbre des endomorphismes de
l'espace vectoriel K[X] .
PROPOSITION 1. - Pour qu'un opérateur U dans K[X] soit un opérateur de composition
ilfaut et il sujjît qu'il soit permutable avec la dérivation D dans K[X].
En effet, la formule de Taylor montre que, pour tout polynômef E K[X], on a

udf (x + y)) = Ux (k=ok!


2- YkDkf (X))
O0 1
51
= k = o k! YkU(Dkf (X));

sionposeg = U ( f ) , o n a
No 1 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS FVR VI.3

pour que U soit un opérateur de composition, on doit donc avoir UDk = DkU
pour tout entier k 3 1, et en particulier UD = DU. Inversement, si cette rela-
tion est vérifiée, elle entraîne UDk = DkUpour tout entier k 2 1, par récurrence
sur k ; la formule de Taylor montre alors que g(X + Y) = U.(f(X + Y)).
Pour tout polynôme f E K[X, Y], nous désignerons par Uo(f) le terme
indépendant de X dans le polynôme Ux(f); en particulier, sif E K[X], Uo(f ) est le
terme constant de U(f),et Uo est une forme linéaire sur K[X]. Pour tout polynôme
f E K[X], soit g = U(f ) ;on a, en vertu de la déf. 1 de VI, p. 2,

et si, dans cette formule, on remplace X par 0, on obtient

On voit donc qu'on a

où pk est le terme constant du polynôme U (Xk).


Cette formule montre que la donnée des pk détermine complètement l'opéra-
teur de composition U; inversement, si (pn) est une suite arbitraire d'éléments de
K yla formule (2) définit un opérateur U qui est évidemment permutable avec D,
et par suite (VI, p. 2, prop. 1) un opérateur de composition. Nous écrirons
désormais la formule (2) sous la forme

Cette formule peut s'interpréter en langage topologique de la façon suivante: si


on considère sur K[X] la topologie discrète, et sur l'algèbre End (K[X]) des endo-
morphismes de K[X], la topologie de la convergence simple dans K[X] (TG, X,
1
p. 4), la série de terme général - p,Dk est commutativement convergente dans
k!
End(K[X]) et a pour somme U (TG, III, p. 44).
m

La formule (3) montre qu'à toute série f m e l l e u(S) =


k=O
2
ir,Sk à une in-
déterminée sur K (A, IV, 5 5), on peut faire correspondre l'opérateur de composi-

tion U = 2 akDk,que nous noterons désormais u(D). Cette remarque peut ttre
k=O
précisée de la façon suivante :
FVR VI.4 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS $1

al

THÉORÈME 1. -L'application gui, d toute série formelle u(S) = 2 akSk à une


k=O
m

indéterminée sur K, fait correspondre l'opérateur de composition u(D) = akDk dans


k=O
K[X], est un isomorphisme de l'algèbre K[[S]] des séliesformelles sur l'algèbre 'I des
opérateurs de composition.
On vérifie aussitôt que cette application est un homomorphisme. Tout
m

revient donc à voir qu'elle est injective, autrement dit, que la relation 2 akDk
k=O
=
O entraîne a, = O pour tout k; or, h!a, est le terme constant du polynôme obtenu
m

en appliquant ZakDkà Xh,d'où le théorème.


k=0

-L'algèbre l? des opérateurs de composition dans K[X] est commutative.


COROLLAIRE.

Exemple. - Si U est l'opérateur qui, à tout polynôme f (X), fait correspondre


1
f (X + h) (où h s K), on a Uo(Xk) = hk, et par suite U
k=ok!
-
= 2 Par
analogie avec le développement en série de ex (III, p. 15), nous désignerons par
1
es ou exp(S) le série formelle
k=on!
2
- Sndans l'anneau K[[S]] ; on peut donc écrire
U = ehD.En remplaçant dans ce raisonnement le corps K par le corps de frac-
tions rationnelles K(Y), on voit de même que l'opérateur de translation Typeut
s'écrire eYD.
On notera d'ailleurs que, dans l'anneau K[[S, Tl] des séries formelles sur K à
deux indéterminées, on a

et en particulier

(5) (exp S)(exp ( - S)) = 1


ce qui justifie la notation introduite.
Scholie. - L'isomorphie de l'algèbre K[[S]] des séries formelles et de l'algèbre l?
des opérateurs de composition dans K[X], permet parfois de démontrer plus
simplement des propositions relatives à des séries formelles, en les démontrant
pour les opérateurs de composition qui leur correspondent (cf. VI, p. 6, prop. 6).
No 2 DÉVELOPPEMENTSTAYLORIENS GÉNÉRALISÉS FVR VI.5

2. Polynômes d'Appel1 attachés à un opérateur de composition


m

Étant donne un opérateur de composition U = 2 rrkDk # O, soit p


k=O
le plus
petit des entiers k tels que a, # O; nous dirons que p est l'ordre de l'opérateur U.

PROPOSITION 2. - Tout opérateur de composition d'ordre O est inversible dans l'algèbre l?


des opérateurs de composition dans K[X] .
m

En effet, une série formelle


k=O
2ukSk telle que u, # 0 est inversible dans
l'anneau K[[S]] (A, IV, kj 5 ) ; la proposition résulte donc du th. 1 de VI, p. 4.

PROPOSITION 3. -Soit U un opérateur de composition d'ordre p; pour tout polynôme f de


degré < p, U (f)= O ;pour tout polynôme f # O de degré n p, U (f) est un polynôme
# O de degré n - p.
C'est une conséquence immédiate de la formule ( 2 ) de VI, p. 2 et de la
définition de l'ordre de U.

Il est clair que tout opérateur U d'ordre p peut s'écrire d'une seule manière
U =D V = VDP, où V est un opérateur d'ordre O (donc inversible).

DÉFINITION2. -Soit U = DPV un opérateur de composition d'ordre p dans K [ X ] .


On appelle polyndme d'Appel1 d'indice n attaché à l'opérateur U le polynôme un@) =
v- yxn).
1
Si V-' = 2 - pkDk(avec Po # O) on a donc
k=ok!

O n vérifie ainsi que un est un polynôme de degré n (prop. 3) ; on a en outre

Les polynômes d'Appel1 attachés à U satisfont aux relations


FVR VI. 6 DÉVELOPPEMENTSTAYLORIENS GÉNÉRALISÉS $1

Ces formules sont en effet respectivement équivalentes aux relations suivantes


(compte tenu de la déf. 2) :

(Io) D y - 1 = V-ID
(11) (exp (YDx)) V
; l = Vg l exp (YDx)
(12) UV-' = DP.

PROPOSITION 5. -Pour tout polynôme f E K[X] et tout opérateur de composition U


d'ordre fi, on a

(développementtaylorien généralisé).
En effet, si on pose U = DpV = PDP,on a (VI, p. 2, formule (1))

en raison de la formule de Taylor et de la déf. 2 de VI, p. 5; il suffit d'appliquer


l'opérateur Ux aux deux membres extrêmes de la formule (14) pour obtenir (13).

3. Série génératrice des polynômes d'Appel1

Soit E l'anneau des sériesformelles à une indéterminée S, à coefficients dans l'an-


neau de polynômes K[X] (A, IV, $ 5 ) autrement dit, l'anneau des séries formelles
m

g(X, S) = 2 an(X)Sn,où les an appartiennent à K[X]. Pour tout opérateur U


n=o
dans K[X], on définit une application Ux de E dans lui-même en posant

U,(g(X, S)) = 2- U(a,)Sn.


.. = O
n
Il est clair que E est un module sur l'anneau
K[[S]] des séries formelles en S à coefficients dans K ; en raison de la linéarité de
U dans K[X], on vérifie aussitôt que pour tout élément 8 E K[[S]] et tout g E E,
on a Ux(Og) = OUx(g); autrement dit, Ux est une application linéaire du module
E dans lui-même.

PROPOSITION 6. -Soit U = DPV = u(D) un ofiérateur de composition d'ordre fi dans


K[X], u(S) étant une série d'ordre formellep dans K[[S]]. On a alors lesformules
(15) U,(exp (XS)) = u(S) .exp (XS)

un étant le polynôme d'Appel1 d'indice n attachéà U.


No 4 DÉVELOPPEMENTSTAYLORIENS GÉNÉRALISÉS FVR VI.7

D'après le scholie du th. 1 (VI, p. 4), pour établir la formule (15), il suffit de
démontrer que, pour tout polynômef (Y) E K[Y], on a

Or, le premier membre de (17) est Ux(f (X + Y)), et comme U = u(D), le


+
second membre de (17) est Uy(f (X Y)), si bien que l'identité (17) se réduit à
(1) (VI, P. 2)
11suffit ensuite d'appliquer (15) à l'opérateur de composition V-l = Dn/u(D)
pour obtenir (16), puisque, par définition, on a

O n notera que la formule (16) s'obtient aussi en multipliant les séries formelles
SP/u(S)et e x p ( X S ) , compte tenu de (6).

On dit que la série formelle (16) est la série générutrice des polynômes d'Appel1
attachés à U.

4. Polynômes de Bernoulli

Considérons l'opérateur de composition U défini par

U(f(X)) = f ( X + 1) - * f ( X ) ;
on peut l'écrire U = eD1 (VI, p. 2, Exemple 1) ; c'est un opérateur d'ordre 1, et
-

D
si on pose U = DV, on a V-1 = ----Le polynôme d'Appcll de degré n
eD - 1
correspondant à l'opérateur U s'appelle polynôme de Bernoulli de deçri. n et se note
Bn(X);si on pose h, = B,(O), on a les formules

et en particulier

Les formules (7) et (9) de VI p. 5, donnent, pour les polynômes de Bernoulli,


les relations
FVR VI.8 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS 81

En particulier, on a Bn(l) - Bn(0) = O pour n > 1, ce qui, compte tenu de


(18))donne la relation de récurrence

6, = O (pourn > 1)
m = ~m

qui permet de calculer de proche en proche les b,. Ces nombres sont évidemment
rationnels; comme on peut écrire

et que l'on a (VI, p. 4, formule (5))

on voit que, dans la sCrie formelle - -


es
2eS-1
+ 'Y
tous les termes de degré imjair ont un
coefficient nul; on a donc

(24) bo=l, bl= -3, bZnwl = O pourn > 1.


Les nombres rationnels 62, (n 2 1) sont appelés nombres de Bernoulli; nous
verrons (VI, p. 19) que b,, a le signe de ( - l),-l. La formule (23) donne, pour
les premières valeurs de n,

On notera que les numérateurs 691, 3617, 43867 sont premiers; les autres ont
pour factorisations

tous les facteurs des seconds membres étant premiers.


No 5 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS FVR VI.9

O n en déduit pour expression des premiers polynômes de Bernoulli

5. Opérateurs de composition sur les fonctions d'une variable réelle

Soit 1 un intervalle de R contenant l'intervalle R, = (O, + co(; soit E un espace


vectoriel sur le corps C, formé de fonctions d'une variable réelle à valeurs com-
plexes, définies dans 1. Nous qpposerons que, pour-tout a 2-0 et toute fmction
- - - -

+ a) appartient à E; en outre, nous supposerons que E


- -

f~EJ lafonction x H ~ ( X
contient les restrictions à 1 des polyndmes à coejicients complexes et des exponentielles
ehx, où A est un nombre complexe quelconque. Nous appellerons opérateur dans E
toute application linéaire U de E dans l'espace de toutes les applications de 1 dans
le corps C des nombres complexes; sif E E et g = U(f ) , il sera commode d'utili-
ser la notation
dx) = UXf(S))
< étant donc une variable muette dans le symbole fonctionnel du second membre
(cf. II, p. 9). Pour tout a 2 0, l'opérateur qui, à toute fonction f E E, associe la
restriction à 1de la fonction x »f (x + a), est appelé l'opérateur de traîzslationpar a.

DÉFINITION 3. - On dit qu'un opérateur U dans E est un opérateur de composition si,


pour tout a à O, il estpermutable avec l'opérateur de translation par a.

- Avee la-notatbnintroduitë ci-dessus, cette définition se traduit p a r l'rdentité


en x et a (x E 1,a 2 0)

Dans cette identité, on peut échanger les rôles de x et a si x à O, puis faire a = 0;


on obtient ainsi, pour tout x 2 0.

(26) Wf (9) = UCxf (F + 4)


U, étant la forme linéaire sur E qui, à toute fonction f E E, fait correspondre la
valeur g(0) de g = U (f ).

Si f est un polynôme, on a f ([ + x) = ~2c =-o1kf(X)(<)+,


!
et la formule (26)
montre donc que U(f ) est un polynôme; restreint à l'ensemble des polynômes
en x, à coefficients dans C (ensemble qu'on peut identifier à l'algèbre C[X]),
l'opérateur U est donc un opérateur de composition au sens de la déf. 1 de VI,
- - - - - - - -

p; 2,et tous les résultats~desnümérosprécéde~s


lui sont applicables.
FVR VI. IO DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS $1

Nous désignerons encore par un les polynômes d'Appel1 attachés à l'opérateur


U. Au développement taylorien généralisé d'un polynôme (VI, p. 6, formule
(13)) correspond, pour des fonctions plus générales, le résultat suivant:

THÉOXÈME 2. -Soitf une fonction admettant une dérivée (n + 1)-ème continue dans 1,
et appartenant à E ainsi que toutes ses dérivéesf (") pour 1 < m < n. Si U est un opérateur
de composition d'ordrep 6 n dans E, on a, pour x 2 O et h > O

(développement taylorien généralisé).

Considérons l'intégrale - un(. + r)f(n*l) (F - ?)dï, définie pour


tout E E 1, et appliquons-lui Ia formule d'intégration par parties d'ordre n (II,
p. 10, formule (1 1));en tenant compte des relations

déduites de (7) (VI, p. 5) par récurrence, il vient

Appliquons l'opérateur U aux deux membres de la formule (29), considérés


comme fonctions de 5, puis prenons la valeur de la fonction obtenue pour la
valeur h de la variable 5; en remarquant que, d'après les formules (26) (VI, p. 9)
et (9) (VI, p. 5), on a
O pour m # p
uh(~,(E - h)) = U,S(u,(F)) =
Our m = p
on obtient finalement la formule (27).

6. Indicatrice d'un opérateur de coanipositioaa

Les hypothèses étant les mêmes que dans le no 5, la formule (26) de VI, p. 9,
appliquée à la fonction ehx, donne

(30) Uz(ehS)= U$(e"ehS) = ehxU$(ehS)= u(A)ehx


No 6 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS FVR VI.11

en posant u(A) = U,S(ehS).On dit que la fonction u(A), définie dans C et à


valeurs complexes, est l'indicatrice de l'opérateur de composition U. On notera que,
si la restriction de U à l'anneau C[X] des polynômes est égale à la série

(VI, p. 4, th. 1) (que nous avons notée u(D) dans VI, p. 4), la série à termes
complexes dont le terme général est n'est pas nécessairement convergente pour
A # O, et que, même si elle converge pour certaines valeurs de A, sa somme n'est
pas nécessairement égale à l'indicatrice u(h) de U (VI, p. 22, exerc. 2). Nous dirons que
- -
l'opérateur de composition U est régulier s'il existe un vaisinage de O dans C-tel
-

que la série de terme général çcnAn+" soit absolument convergente et ait une somme
égale à l'indicatrice u(h) dans ce voisinage1.
Appliquons la formule (27) de VI, p. 10, à la fonction eh", en faisant h = O;
comme Dm(ehx)= Amehx,on a U$(Dm(eh") = Amu(A);il vient donc, pour tout
h complexe tel que u(A) # O

et en particulier, pour x = O

avec p, = u,(O).
Si U est un opérateur régulier, pour tout A EC tel que les séries entières u(A) =
m

n=O
2 g,hntp et n=o p4 3
ln soient absolument conriergenies2,i l dssultede-la formule
(16) et de la formule donnant le produit de deux séries absolument convergentes
(TG, VIII, p. 16, prop. 1) que l'on a

De même, puisque le développement en série de Taylor de ehx est absolument


convergent pour tout A E C et tout x E C (III, p. 15) on a aussi (formules (6)
(VI, p. 5) et (16) (VI, p. 6), pour toutes les valeurs considérées et pour tout x E 6;

1 Nous ferons plus tard l'étude des séries dont le terme général est de la forme cnzn (en E C , z E C ) ,
qu'on appelle séries entières; on verra en particulier que lorsqu'une telle série est absolument con-
vergente pour z = zo, elle est normalement convergente pour 1 zl < ] z , ] .
a Il résulte de la théorie des séries entières que lorsque l'une de ces séries est absolument conver-
gente dansunvoisinage vdel), l'autrexst absalumentronvergente daas un voisinage-W Vde4
FVR VI. 12 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS 51

Remarque. - O n peut utiliser l a formule ( 3 3 ) (resp. (34)) pour le calcul des Pn


(resp. des un(x)) e n utilisant le lemme suivant d e la théorie des séries entières:

Lemme. -S i deux s&es entiires 2 cnhn JO


dnAn sont absolument convergentes pour tout h

dans un uoisinage de O, et si on a
gour tout entier n 2 O1.
n=O
&
cnAn =
n=O
f
dnAn gour ces valeurs de A, alors cn = d,

Si, p a r u n procédé quelconque, o n peut obtenir une série entière convergente


égale à hP/u(A) dans u n voisinage de O, les coefficients d e cette série sont nécessaire-
ment égaux aux pn. C'est ce procédé que nous allons appliquer dans les exemples qui
suivent.

Exemples. - 1) Si U est l'application identique, on a u(h) = 1, et l'opérateur U


est évidemment régulier; comme un(x) = xn, la formule (27) de VI, p. 10,
s'écrit, en posant t = 6 - 7

c'est-à-dire se réduit à la formule de Taylor (II, p. 12).


2) Prenons pour U l'opérateur de composition qui, à toute fonction f définie
dans R,, fait correspondre la fonction x t+ f (x + 1) - f (x) ; on a donc

nous avons vu (VI, p. 7) que la restriction de U à C[X] est égale à eD - 1.


Comme d'autre part u(h) = eh - 1, l'opérateur U est régulier; nous verrons
(VI, p. 19) comment on peut déterminer les nombres de Bernoulli b, en calculant
un développement en série entière convergente de -eh -h 1 En appliquant la
formule (27) de VI, p. 10, à uneprimitive de la fonctionf, il vient

avec

1 Ce lemme est un cas particulier d'un résultat général que nous démontrerons plus tard; en
m

voici la démonstration. Si une série entière 2 c,An


n=O
est absolument convergente pour A = Ao, pour
m

tout entier k > O la série n2


=o
c,, ,An est normalement convergente pour 111 < Ihol, donc est continue
m

dans ce disque (TG, X, p. IO); on en conclut que 2


n=k+l
c,An = o(Ak) au voisinage de O. Le lemme
résulte alors de l'unicité des coefficients du développement asymptotique d'une fonction suivant
les An (V, p. 12).
DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS FVR VI.13

* 3) Soit E l'espace vectoriel des fonctionsf définies et continues dans R, telles en


outre que l'intégrale j+ f (x + c)e-k212 de soit convergente pour tout x 2 0.
L'opérateur Udéfini par

est donc défini dans E et est évidemment un opérateur de composition. L'espace E


contient toutes les exponentielles ehX( A complexe quelconque), et on a

(cf. III, p. 28, exerc. 24, et VII, p. 9, formule (22)). O n a n!an = @(En) =
-1
,p& J-x e-kzi2 end<. Pour tout entier n, on peut écrire

La série$oe-E2@ peut donc être intégrée terme à terme dans R (II, p. 22)
n!
w

2
cor. l), ce qui prouve que la série n = o cinAn converge absolument pour tout À E C,
m
Azn
-;
et a une somme égale à u(A) = eA212= n=02nn! 2
l'opérateur U est donc régulier.
L'application du lemme énoncé ci-dessus montre que cizn = 1/2nn!, azn+l = O
pour tout n 3 0; l'opérateur U est donc d'ordre 0. O n a

la série étant absolument convergente pour tout A E C; une nouvelle application du


w

lemme montre que p2, = - ( - l


Zn
) L
2n)'
n!
pz,, = O; en outre, la série CAn
-
n=on!
un(x) est
absolument convergente pour tout A E C et tout x E R, et on a

En appliquant la formule de Taylor à la fonction exp (-x2I2), on obtient donc


l'expression suivante des polynômes un(x);

Ce polynôme est appelé polynôme d'Hermite de degré n, et se note le plus souvent


Hn(x). Les formules (7), (8) et (9) de VI, p. 5, donnent ici
FVR VI. 14 DÉVELOPPEMENTSTAYLORIENS GÉNÉRALISÉS

et la formule (27) de VI, p. 10, devient, pour h = 0

7. La formule çommatoire d'Euler-Maclaurin

Dans la formule (35) de VI, p. 12, remplaçons x par 0, et h par x ; comme B,(O) =
b,, il résulte des relations (24) de VI, p. 8, qu'on peut écrire, pour tout entier
P>O

avec

(38) R,(x) = - (2p i lo1l)!


B,, + ,(t) f (2"+1) ( X + 1 - t ) dt.
Dans cette formule, remplaçons successivement x par x + 1, x + 2, . . .,x + n,
et ajoutons les formules obtenues membre à membre; il vient
(f(x) + f ( x + 1) + e . 0 + f ( x + n)

avec

(40) T p ( x ,n) = -
(2p : Io1
l)!
B,,,,(t) (5k=O
f ( 2 p + 1 ) ( x+ k

Le reste T,(x, n) de cette formule peut encore s'écrire de la façon suivante:


+ 1 - t ) ) dt.

,
désignons par B,, ( t ) la fonction périodique de période 1, égale à B,, + ( t ) dans
+ ,
l'intervalle (0, 1(. On a alors

et par suite
No 1 DÉVELOPPEMENTSEULÉRIENS FVR VI.15

La formule (39) est diteformule sommatoire d'Euler-Maclaurin; elle est applicable


à toute fonction complexe ayant une dérivée (2p + 1)-ème continue dans un
intervalle (x,, +a(,pour tout x > x,. Nous verrons (VI, p. 20) comment on
peut majorer le reste T,(x, n) de cette formule.

tj 2. DI~VELOPPEMENTSEULERIENS DES FONCTIONS


TRIGONOMÉTRIQUES ET NOMBRES DE BERNOULLI

1. Développement eulérien de cotg z

D'après la formule (20) de VI, p. 7, les nombres bn/n! sont les coefficients du
développement en série formelle de S/(eS - 1); nous allons démontrer dans ce
paragraphe que la fonction z/(eZ- 1) est égale à la somme d'une série entière
absolument convergente dans un voisinage de O dans C; il résultera du lemme
de VI, p. 12, que les coefficients de cette série seront les nombres b,/n!, d'où
nous déduirons des majorations pour les nombres de Bernoulli b,.
Notons en premier lieu qu'on a

Nous allons obtenir dans ce qui suit un développement en série de cotg z,


valable pour tout z distinct d'un multiple entier de n.

1. -Pour tout nombre complexe z et tout entier n, on a


PROPOSITION

En effet, on peut écrire


eniz - e - n i ~ - niz 2niz -
sin nz = -
- (e 1)
2i 2i

= A sin r sin ( z + ): . . . sin (z + (n -n 1)x

1. -Pour tout entier n, on a


COROLLAIRE
x . 2x
sin - sin - . . . sin
n n
(n - 1)x =
n
--.n
p-1
FVR VI. 16 DÉVELOPPEMENTSTAYLORIENS GÉNÉRALISÉS §2

Il suffit en effet de diviser les deux membres de (2) par sin z et de faire tendre z
vers O.

COROLLAIRE 2. -Pour tout entier impair n = 2m + 1, et tout nombre complexe z tel


que nz ne soitpas multiple entier de x, on a

(4) cotg nz = ( - 1)" cotg z cotg (z + ): . . .cotg (2 + (n - 1)n 1.


x
En effet, on a sin n = ( - l)mcosnz, d'où,

en remplaçant z par z + 7-2'c dans (2)


(n - 1)x
(5) c o s n z = ( - l ) ~ ~ ~ ~ ~ c o s ~ c. .o. cs o(sz( z++ ~ ) n

et les formules (2) et (5) donnent (4) par division membre à membre lorsque
sin nz # 0.
Dans tout ce qui suit, nous supposerons toujours que n = 2m + 1 est un
entier impair; la formule (4) peut aussi s'écrire

1 + t g z t g -knn
kn
n
pour tg z fini; par rapport à u = tg z, cotg nz est donc une fraction rationnelle
dont le numérateur est de degré n - 1 et dont le dénominateur, de degré n, a les
n racines simples tg kxln; en décomposant cette fraction en éléments simples, il
vient
cotg nz = 3
k = -m
Ak
kn
u - tg-
n
avec

A, = lim cotgnz.
a-rknln kn
COS Z COS -
n
-. cos nh sin h 1

d'où, en mettant à part dans (6) le terme correspondant à k = O, en réunissant


les termes correspondant à des valeurs opposées de k, et en remplaçant z par zln,
No 2 DÉVELOPPEMENTS EULÉRIENS FVR VI. 17

2n tg-
n
(7) cotg z = - l 2 + k2
=l
n tg - cos2- n tg -
n - (nsin?)'
knx (
valable pour tout nombre complexe z non multiple entier de x/2. On peut
1 a,

écrire cette formule sous la forme cotg z = 7 +


ntg- k=l
1
vk(n, z) avec vk(&?, z) =
n

n
O pour k > m et vk(n, z) = kx(
cos2- n tg-
.
n sin -
) ( )
pOurl""m.
n
Nous allons voir que pour tout z contenu dans une partie compacte K de C
ne contenant aucun multiple entier de x, et pour tout n impair assez grand, la
sdrie de terme général vk(n, z) est normalement convergente. En effet, lorsque n tend
Z
nt g z tend vers - uniformément dans K, donc il existe un nombre
vers +a,
n
M > O tel que n tg-

D'autre part, pour O


I :l << x
M pour tout entier m assez grand et tout z é K.

< n/2, on a sin x/x d 1 -


X"
3 +, donc pour
kx
1 < k < m,on a n sin - 2 kx/2; par suite, dès que m est assez grand,
n
8M
pour tout entier k tel que kn/2 > M, on a luk(n, Z) 1 < 4M2, ce qui
k2n2 -
démontre notre assertion. Pour tout k fixe, vk(n, z) tend (uniformément dans K)
vers 2z
z2-kx
lorsque n tend vers + m. Par suite:
THÉORÈME 1. -Pour tout nombre complexe z distinct d'un multiple entier de x, on a

cotg z =
1
-+
z n=1
2 z2 -22n2x2
la série du second membre étant normalement convergente dans tout ensemble compact K c C
ne contenant aucun multiple entier de x (développement eulérien de cotg z) .
2. Développement eulérien de sin z
Pour tout entier impair n = 2m + 1 et tout z complexe, la formule (2) de VI,
p. 15, peut s'écrire

sin nz = ( - 1)m2fi-1 fi - $1
k = -m
sin (z

= ( - 1)my-l sin z fi (. F)
k =1
sin - sin ( z + 3.
FVR VI.18 DÉVELOPPEMENTSTAYLORIENS GÉNÉRALISÉS 52

kn
sin2z -- sin", et, d'après (3) (VI, p. 15)
n
fi .
k=l
s1n2
kn = -
-
n
2n-n ', d'où, en remplaçant z par z/n

On peut écrire cette formule sin z = n sin -


Z
nic=i
nin

(1 - ~ ( nz)),
, avec wk(n,z) = O

sin2-n L.

pour k > m, et wk(n, z) = -klr


pour 1 < k < m. Nous allons voir que pour
sin2-
n
tout z contenu dans une partie compacte K de C et pour tout n impair, la série
de terme général wk(n, z) est normalement convergente. En effet, lorsque n tend vers
Z
+CO,n sin - tend uniformément vers z dans Ky donc il existe M > O tcl que
n
1 $1 <
I
n sin M pour tout entier m et tout r E K. Nous avons vu d'ailicurs dans la
. kïc kn
démonstration du th. 1 de VI p. 17, que pour 1 < k ,< m on a n sin - 2 -;
n 2
donc, pour tout entier k tel que kn/2 3 M, on a Iwk(n, z ) 1 a 4M2/k2n2,CC qui
démontre notre assertion. Comme pour tout k fixe, wk(n, z) tend (uniformément
dans K) vers z2/k2n2lorsque n tend vers + CO, on voit que :

2. -Pour tout nombre complexe z, on a


THÉORÈME
m

sin z = z rI - -)
n=l
(1
z2
n2n2
le produit injni du second membre étant absolument et uniformément convergent dans toute
partie compacte de C (développement eulérien de sin z) .

3. Application aux n~rnbresde Bernoulli

Le th. 1 de VI, p. 17, montre que, pour O < x < TC,la série de terme général
2x
2 O est convergente. On peut d'autre part écrire, pour tout nombre
n2x2 - x2
complexe z tel que 1 zl < n,
No 3 DÉVELOPPEMENTS EULÉRIENS FVR VI.19

la série du second membre étant absolument convergente. Nous allons en déduire


que la série G double O

est absolument convergente dans le disque ouvert 1 zl < z, normalement conuergente dans tout
1
ensemble compact contenu dans ce disque, et a pour somme cotg z - -. En effet, pour
Z
IzI6 a < n, la valeur absolue du terme général dc (11) est au plus égale à
2a2k-1/n2k~2k,
et la somme d'une nombre fini quelconque de termes 2a2" 1 / n 2 k ~ z k

2
est inférieure au nombre fini n = l n2n2
--
2a
- aZy
en sommant d'abord par rapport
à k, puis par rapport à TL, on voit que la somme de la série (11) est égale à
22
n=ï z2 - n x
, ,, ce qui démontre notre assertion.
Si maintenant on somme la série (1 l), d'abord par rapport à n, puis par rap-
port à k, on a l'identité (pour Izl < n)

où on a posé Sk = 2* -nk1 D'après (1) (VI, p. 15), on a donc, pour jrl


n=l
< 2~

d'où la formule

(14) b2n = ( - 1)n-1(2n!)-2S2n pour n 3 1,


(2n)
formule qui montre en particulier que les nombres S2,/nZnsont rationnels. On a
évidemment Sk+, 6 S,, donc, pour tout k entier 3 2, on a Sk 6 S2 = n2/6 6 2;
on tire donc de (14) les inégalités suivantes pour les nombres de Bernoulli

z0(3
De ces inégalités on peut tirer une majoration du polynôme de Bernoulli

Ba(%)= bkxn-k;en particulier, pour O <x 6 1, on a


FVR VI.20 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS

$3. MAJORATION DU RESTE DE LA FORMULE


D'EULER-MACLAURIN
1. Majoration du reste de la formule d'Euler-Maclaurin

La majoration obtenue dans (16) pour les polynômes de Bernoulli dans


l'intervalle (0, 1) permet de majorer aisément le reste Tp(x, n) de la formule
d'Euler-Maclaurin (IV, p. 14, formule (39))

On a en effet (VI, p. 14, formule (41))

,
où B,, + (t) est la fonction périodique de période 1 égale à B,, + ,(t) dans l'inter-
valle (0, l(. La formule (16) de VI, p. 19, montre que

pour tout t E R, et l'application de la formule de la moyenne donne pour T,(x, n)


la majoration

1 f (2p+1)(t)1 dt.

2. Application aux développements asymptotiques

La formule d'Euler-Maclaurin permet de donner une solution plus complète


(dans les cas les plus importants) au problème traité dans V, p. 28 à 32, consistant

à obtenir un d6veloppement asymptotique de la somme partielle sn = 2 g(m)


m=O

(resp. du reste rn = g(m)), où g est une fonction numérique > O et mono-


m=n+l
tone définie dans un intervalle (xo, +CO(. Nous allons nous borner au cas où g
est une fonction (H) (V, p. 41), d'ordre 0 par rapport à ex; autrement dit, on a la
relation g' « g; de cette relation, on déduit g(k+l)«g(-) pour tout entier k > O tel
qu'aucune des dérivées gCh)d'ordre h 6 k ne soit équivalente à une constante
No 2 RESTE DE LA FORMULE D'EULER-MACLAURIN FVR VI.21

(V, p. 22, prop. 7). Soit@un entier tel qu'aucune des dérivées d'ordre h 6 2p
ne soit équivalente à une constante. Supposons d'abord que la série de terme
général g(n) ait une somme infinie, et distinguons plusieurs cas :
1" Ig(2p-i)(n)1 tend vers +co avec n; il en est de même, en vertu de l'hypo-
thèse, de Ig(2k-i)(n)1 pour 1 < k 6 @; en outre comme g(2pii) est monotone au
+
voisinage de + co, la formule (4) de VI, p. 20, donne Tp(O, n) = 0(g(2P)(n 1)) =
~(g(~P-l)(n + 1)); la formule d'Euler-Maclaurin, appliquée pour x = O, montre
que

chacun des termes de cette somme étant négligeable devant le précédent; en


développant chacun d'eux par rapport à une échelle de comparaison 8, on aura
donc un développement asymptotique de sn.
2O Supposons maintenant que pour un indice q tel que 1 < q < p, lg@q-l)(n)1
tend vers + co avec n, mais que g(2k-1)(n)tende vers O pour k > q. Comme
g@@+l) est monotone au voisinage de +CO,l'intégrale J," Ig(2p+1)(~)ld~ est
convergente, et on peut alors écrire

où C est une constante: on a en effet

La même formule est valable lorsque g(n) elle-même tend vers O. Enfin,
lorsque la série de terme général g(n) est convergente, on a, pour le reste
Co

rn = g(m), le développement
m=n+l
Exercices

1) Soient K un corps de caractéristique 0, U et V deux opérateurs de composition dans


K[X], et W = VU = UV; soient (un), v,), (w,) les suites de polynômes d'Appel1 correspon-
dant respectivement à U, V, W. Démontrer que, sip est l'ordre de U, on a

2) Soit E l'espace vectoriel sur C engendré par les fonctions xn (n E N), eh* ( 1 E C, A # O) et
IX + 4 (P E R).
a) Montrer que les fonctions précédentes forment une base de E.,
b) Soit U l'opérateur de composition défini dans E par les conditions: U$(tn) = (n!)2,
U(ehx) = ehxpour h # O, U(lx +
pl) = lx +
pl pour p E R. L'indicatrice u(h) est la
constante 1, mais la série de terme général n!hn n'est convergente pour aucune valeur
h # O.
c) Soit V l'opérateur de composition défini dans E par les conditions V(xn) = xn, V(lx pl)+
=I X+ +
pl, V(ehx) = O pour 1 0; l'indicatrice v(h) est égale à 1 pour h = 0, à O pour
mi

2
A # O, et est donc distincte de la somme de la série n = O cr,hn, où CL,
= Vg(p).
d ) Soit W l'opérateur de composition défini dans E par
W(xn)=xn,W(ehx)=ehX, W((x+pI)=ex+";
montrer que l'on a VW # WV.
3) Soit K un corps de caractéristique 0. On dit qu'un endomorphisme U de l'algèbre
K[X, Y] des polynômes à deux indéterminées X, Y sur K est un opérateur de composition
si, pour tout polynôme f E K[X, Y], on a, en posant g = U(f), g(X + S, Y + T )
= Ux, f ( X + S, Y f T)), S et T étant deux autres indéterminées.
a) Généraliser à ces opérateurs la prop. 1 et le th. 1. En déduire une nouvelle démonstration
de la formule es + = eSeT.
b) Pour les opérateurs de composition de la forme DED@(Dx, Dy), où le terme constant de
la série formelle u n'est pas nul, définir les polynômes d'Appel1 un,, et généraliser les prop.
4 , 5 e t 6 deV1,p. 5 e t 6 .
c) On considère en particulier l'opérateur de composition U défini par U(f (X, Y)) =
f (X + +
1, Y 1) - f ( X ,Y+ 1) - f ( X + +
1, Y) f (X, Y); on appelle polynômes de
Bernoulli et on note B,, , les polynômes d'Appel1 correspondant à cet opérateur. Montrer
que l'on a B,, .(X, Y) = B, (X)Bn(Y).

§2
1) Démontrer les formules
92 EXERCICES FVR VI.23

X
où les séries du second membre sont absolument convergentes, la première pour lzl < - 2
et la seconde pour 1 zl < (exprimer tg z et Ilsin 22 comme combinaisons linéaires de cotg z
et cotg 22). En déduire que les nombres
22n(22n- 1)
2n

suivant: si, dans deux séries absolument convergentes 5 5 4 -3 =, Pn .


bznsont entiers. (On utilisera le lemme

les coefficients

zo
n=o n!
zn
mn et pn sont entiers, dans leur produit écrit sous la forme y, n. les y, sont entiers.)
i $

2) Démontrer la formule

(dériver la série Sesx/(es - 1) par rapport à S). En déduire la formule

pour les nombres de Bernoulli.


3) Démontrer, pour tout entier4 > 1, la formule

4) a) Démontrer la relation
Bn(l - X) = (- l)nB,(X)
-,= O pour n > 1, et la relation
(utiliser le fait que bzn
B,(1 - X) - B,(-X) = ( - l)%Xn-l.)
b) Montrer qu'on a

(utiliser l'exerc. 3).


c) Montrer que, pour n pair, Bn(X) a deux racines dans l'intervalle (O, 1) de R, et que, pour n
impair > 1, B,(X) a une racine simple aux points O, -$ et 1, et ne s'annule en aucun autre
point de (O, 1) (utiliser b) et la relation BL = nBn- ,).
d) Déduire de c) que, pour n pair, le maximum de IBn(x)1 dans l'intervalle (0, 1) est égal à
Ibn[, et que pour n impair, si an est le maximum de IB,(x) 1 dans (O, l), on a

(utiliser le th. des accroissements finis).


1
5 ) Si l'on pose Sn(x) = -(B, + ,(x)
n f 1
- B, + 1(0)), on a, pour tout entier a > O

a ) Montrer que pour tout entier n 2 O et tout entier a > O, on a 2Szn+,(a) = O (mod. a)
(considérer la somme kZn l -t (a - k)2n l)
+ + .
b) Si Y et s sont deux entiers O quelconques, montrer que
FVR VI.24 DÉVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS §2

c) Soit p un nombre premier. Montrer que si n est divisible par fi - 1, on a Sn(p) I - 1


(rnod. fi), et si n n'est pas divisible parp - 1, Sn($) = O (rnod. p) (si@ne divise pas l'entierg,
remarquer que Sn(@)= gnSn(p)(rnod. fi)).
6) a) Les nombres rationnels bn étant définis par la formule (20) de VI, p. 7, on note
d, le dénominateur >O de bn écrit sous forme de fraction irréductible. Montrer qu'aucun
facteur premier de dnne peut être > n +
1 (utiliserla formule de récurrence (23) de VI, p. 8).
b) Montrer que l'on a, pour tout entier6 > O et tout entier n > O

c) Déduire de b) par récurrence sur n que, pour tout nombre premier fi le dénominateur
de Sn@) - bnp écrit SOUS forme de fraction irréductible, n'est pas divisible par fi (observer
quep'+I ne peut diviser r + 1).
d) Déduire de c) que le nombre

oùp parcourt l'ensemble des nombres premiers p <n+ 1 et n est pair, est un nombre entier.
Conclure que

où p parcourt l'ensemble des nombres premiers tels que p - 1 divise Zn, est un entier
(théorème de Clausen-von Staudt; utiliser l'exerc. 5 c).
* 7) On admettra que pour tout entier a > O, il existe une infinité de nombres premiers
+
dans l'ensemble des entiers 1 ma (m parcourant l'ensemble des entiers > 1; cas particu-
lier du théorème de la progression arithmétique de Dirichlet).
a) Soit n un entier >, 1, et soit s > 1 un entier tel que q = 1 (Zn+ +
l ) ! s soit premier;
montrer que si p est un nombre premier tel que p - 1 divise Znq, alors fi - 1 divise néces-
sairement Zn (dans le cas contraire, on aurait p - 1 = qd avec d entier, et fi serait divisible
pard + 1).
b) Déduire de a) que pour tout entier n > O, il existe une infinité d'entiers m > n tels que
barn - bzn soit un entier.,
8) Montrer que, pour tout nombre premier fi > 3, S2,(pk) - pkb2n,mis sous forme de
fraction irréductible, a un numérateur divisible par pZk(raisonner comme dans I'exerc. 6).
9) Dire qu'un nombre rationnel r est un entier p-adique (TG, III, p. 84, exerc. 23) pour un
nombre premier p signifie que, lorsque r est mis sous forme de fraction irréductible, son
dénominateur n'est pas divisible par p; on écrit r = O (rnod. fi) pour exprimer que r/p est
un entier p-adique, et r = r' (rnod. p) est équivalent par définition à r' - r 2 O (rnod. fi).
m 1
a) Soit m un entier rationnel; la fonction Fm(z)= -- -est analytique pour 1 zl
emz- 1 ea - 1
assez petit et s'écrit donc sous forme de série entière convergente au voisinage de O

F ~ ( Z=
)

Montrer qu'on a aussi au voisinage de O


nz, (mn - 1)
Zn-1

n ( n - l)!

où les cn sont entiers p-adiques; en dkduire que les nombres an = (mn - 1) % sont entiers
, ,= a, (rnod.fi).
p-adiques; en outre on a an+ -
32 EXERCICES FVR VI.25

b) Déduire de a) que si p - 1 ne divise pas n, b,/n est entier p-adique et que l'on a
bn+p-l bn
E - (mod. p)
n+p-1 n
(congruences de Kummer). (Prendre pour m un entier dont la classe mod. p est un générateur du
groupe multiplicatif des éléments inversibles de Z/@Z(A, VII, 5 2, no 4) .)
10) Avec les notations de l'exerc. 9, montrer que les nombres mnan = mn(mn- 1) b,/n
sont entiers (écrire Fm(z)comme quotien de deux polynômes en ez). En déduire que (pour
n pair k 2) le dénominateur 6, de bn/n écrit sous forme de fraction irréductible est tel que,
pour tout entier m premier à n, on a mn = 1 (mod. 8,). En outre, si un entier d est
tel que mn = 1 (mod. d) pour tout entier m premier à n, d divise 6, (utiliser le th. de
Clausen-von Staudt et la structure du groupe multiplicatif de Z/dZ (A, VII, 9 2, no 4)).
11) a ) Soit p un n ~ m h r e p r ~ m i efr 2. Alors les propriétés süivaritesso& équivalentes: -

a) bn/n + O (mod. p) pour tout n pair tel que$ - 1 ne divise pas n.


P) bn +
O(m0d.p) pourn = 2,4,6,. . .,p - 3.
(Utiliser l'exerc. 96) .)
b) O n dit q u e p est un nombre premier régulier s'il est égal à 2 ou vérifie les conditions équi-
valentes de a); sinon p est dit irrégulier. Les nombres premiers 2, 3, 5, 7, 11 sont réguliérs;
69 1 est irrégulier.
- Soit 1un ensemble fini de nombres premiers irréguliers. Soit n un entier 3 2 multiple de
1 1 (q - 1) et tel que 1bn/nl > 1, (cf. VI, p. 19, formule (15)). Soit p un facteur premier du
nc
= - -T
numérateur de Ib,/nl mis sous forme irréductible. Montrer que p - 1 ne divise pas n et par
suite que p est irrégulier. En déduire que l'ensemble des nombres premiers irréguliers est
inzni.
12) Pour tout polynôme Q à coefficients réels, tel que Q(0) = Q(1), on note &la fonction
continue dans R telle que Q(x) = Q(x) pour O < x < 1 et &(x 1) = &(x) pour tout+
ER.
a) Pour tout entier m 3 2, le polynôme de Bernoulli Bmest l'unique polynôme à coefficients
réels, Q de degré m, unitaire et tel que l'on ait Q(x) dx = 0, Q ( l ) = Q(0) et que la
fonction soit m - 2 fois dérivable dans R et ait une dérivée (m - 2)-ème continue.
(Raisonnerparrécwrznw sur m.) - - - - - - - - - - - -
- - - -

b ) Montrer que l'on a, pour m 3 1

Ji Bm(x)e-2ntnx dx =
si n # O dans Z.

" c) Déduire de b) que, pour O <x< 1 et m 3 2, on a

la série étant normalement convergente.,


13) Soient f un entier 2 1, x une fonction définie dans Z, à valeurs complexes, telle que
+
~ ( x f ) = ~ ( x pour
) tout x E Z. Si l'on pose
FVR VI.26 DEVELOPPEMENTS TAYLORIENS GÉNÉRALISÉS

Déduire de l'exerc. 12 que I'on a, pour tout entier m 2 2,

Par exemple, on a

§3
1) Montrer que, si f(2p+1)(t)est monotone dans l'intervalle (x, x + n + l), le reste Tp(x,n)
de la formule d'Euler-Maclaurin VI, p. 20, (formule (2)) a le même signe que le terme

et a une valeur absolue au plus égale à celle de ce terme.


Si on suppose que f ( 2 p + 2 ) est continue (mais de signe quelconque), montrer que I'on a
1
ITp(sn)l < (2j + + +
2)! \b"+2\ (1 f(2p+') (X n +
1) - f(zp+l) (I)/ j:ln+l/ f(liPtai(t)ldt).

2) Démontrer la formule
*f(x) - f ( x + 1)+f(x+2) -...- f(xf2n- 1) +$f(x-!-Zn)

avec

(appliquer la formule d'Euler-Maclaurin à g(x) = f (2x)).


3) Soit f une fonction continue ainsi que ses 2 j + 1 premières dérivées dans l'intervalle
(0, 1). Démontrer la formule

avec
NOTE HISTORIQUE
(Chapitres V et V I )

(N.B. -Les chiffres romains entre parenthèses renvoient à la bibliographie


placée à la fin de cette note.)

La distinction entre les (t infiniment petits )> (ou <( infiniment grands )>) de
divers ordres, apparaît implicitement dès les premiers écrits sur le Calcul dif-
férentiel, et par exemple dans ceux de Fermat; elle devient pleinement consciente
chez Newton et Leibniz, avec la théorie des <( différences d'ordre supérieur )>;
et on ne tarde pas à observer que, dans les cas les plus simples, la limite (ou (( vraie
valeur O ) d'une expression de la forme f ( x ) / g ( x ) , en un point où f et g tendent
toutes deux vers 0, est donnée par le développement de Taylor de ces fonctions
au voisinage du point considéré (a règle de l'Hôpital H, due vraisemblablement à
Johann Bernoulli).
En dehors de ce cas élémentaire, le principal problème dy(( évaluation asymp-
totique qui se pose aux mathématiciens dès la fin du xvne siècle est le calcul,

exact ou approché, de sommes de la forme 2 f (k), lorsque n est très grand; un


k=l
tel calcul est en effet nécessaire aussi bien pour l'interpolation et l'évaluation
numérique de la somme d'une série, que dans le Calcul des probabilités, où
les ((fonctionsde grands nombres )> telles que n! ou
(3
jouent un rôle prépon-

dérant. Déjà Newton, pour obtenir des valeurs approchées de


a
5-
1
lorsque n
+k
k=i
est grand, indique une m6tliode qui revient (sur ce cas particulier) à calculer les
premiers termes de la formule d'Euler-Maclaurin (1). Vers la fin du siècle,
Jakob Bernoulli, au cours de recherches sur le Calcul des probabilités, se propose
n-1
de déterminer les sommes Sk(n) = 2 pk, polynômes en n dont il découvre la
p=l
loi générale de formation (sans en donner de démon~tration)~, introduisant ainsi
pour la première fois, dans l'expression des coefficients de ces polynômes, les
nombres qui portent son nom, et la relation de récurrence qui permet de les
calculer ((II), p. 97). En 1730, Stirling obtient un développement asymptotique

pour 2
k=l
log ( x + ka), n croissant indéfiniment, avec un procédé de calcul des
coefficients par récurrence.
De 1730 à 1745 se placent les travaux décisifs d'Euler sur les séries et les
l Ce sont les primitives des a polynômes de Bernoulli >) Bk(x).
FVR VI.28 FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE

n
questions qui s'y rattachent. Posant S(n) = 2 f (k), il applique à la fonction
k=l
S(n) la formule de Taylor, ce qui lui donne

équation qu'il ((inverse >> par la méthode des coefficients indéterminés, en cher-
chant une solution de la forme

il obtient ainsi de proche en proche

sans pouvoir tout d'abord déterminer la loi de formation des coefficients (III a et
d). Mais vers 1735, par analogie avec la décomposition d'un polynôme en fac-
teurs du premier degré, il n'hésite pas à écrire la formulc
sin s
1 - -sin
= a (1 -:) (1 --)x s a (1 ----)
- -n
s
- a (1 --)2x s- a

et en égalant les coefficients des développements des deux membres en série entière
1
il obtient en particulier (pour a = n/2) les célèbres expressions des séries 2-
nZk
n=l
à l'aide des puissances de x (III b)l. Quelques années plus tard, il s'aperçoit
enfin que les coefficients de ces puissances de x sont donnés par les mêmes équa-
tions que ceux de sa formule sommatoire, et reconnaît leur lien avec les nombres
introduits par Bernoulli, et avec les coefficients du développement en série de
z/(e2 - 1) (III g).
Indépendamment d'Euler, Maclaurin était arrivé vers la même époque à la
même formule sommatoire, par une voie un peu moins hasardeuse, voisine de
celle que nous avons suivie dans le texte; il itère en effet la formulc <( taylorienne ))
qui exprime f (x) à l'aide des différences f ( 2 k l)(x + 1) - f (2k +l)(x), formule
+

qu'il obtient en (( inversant les développements de Taylor de ces différences par


la méthode des coefficients indéterminés (IV) ; il n'aperçoit d'ailleurs pas la loi
de formation des coefficients,découverte par Euler.
l En 1743, Euler, pour répondre à diverses critiques de ses contemporains, donne une dérivation
un peu plus plausible des « développements eulériens » des fonctions trigonométriques; par exemple,
1
le développement en produit infini de sin x est tiré de l'expression sin x = - (e-lx - et" ), et du fait
2i
que e" est limite du polyn6me (1 + :). (IIIr ) .
FONCTIONS D'UNE VARIABLE RÉELLE FVR VI.29

Mais Maclaurin, comme Euler et tous les mathématiciens de son temps,


présente toutes ses formules comme des développements en série, dont la con-
vergence n'est même pas étudiée. Ce n'est pas que la notion de série convergente
fût totalement négligée à cette époque: on savait depuis Jakob Bernoulli que la
série harmonique est divergente, et Euler avait lui-même précisé ce résultat en
évaluant la somme des n premiers termes de cette série à l'aide de sa formule
sommatoire (III c et d) ; c'est aussi Euler qui remarque que le rapport de deux
nombres de Bernoulli consécutifs croit indéfiniment, et par suite qu'une série
entière ayant ces nombres pour coefficients ne peut converger ((III f), p. 357)l.
Mais la tendance au calcul formel est la plus forte, et l'extraordinaire intuition
d'Euler lui-même ne l'empêche pas de tomber parfois dans l'absurde, lorsqu'il

écrit par exemple 0 = y


n=-00
9((IIIf ) , p. 362)2.
Nous avons dit ailleurs (Note hist. du chap. IV) comment les mathématiciens
du début du xlxe siècle, lassés de ce formalisme sans frein et sans fondement,
ramenèrent l'Analyse dans les voies de la rigueur. Une fois la notion de série
convergente précisée, apparut la nécessité de critères simples permettant de
démontrer la convergence des intégrales et des séries par comparaison avec des
intégrales ou séries connues; Cauchy donne un certain nombre de ces critères
dans son Analyse algébrique (Va), tandis qu'Abel, dans un mémoire posthume (VI),
obtient les critères logarithmiques de convergence. Cauchy, d'autre part (V b),
élucide le paradoxe des séries telles que la série de Stirling, obtenues par applica-
tion de la formule d'Euler-Maclaurin (et souvent appelées a séries semi-con-
vergentes ))) ; il montre que si (en raison de la remarque d'Euler sur les nombres
de Bernoulli) le terme général u,(n) d'une telle série, pour une valeur Jixe de n,
croit indéfiniment avec k, il n'en reste pas moins que, pour une valeurfixe de k, la
k
somme partielle s,(n) = 2 uh(n) donne
h=l
un développement asymptotique
(pour n tendant vers + co) de la fonction a représentée >) par la série, d'autant
pius précis que k est plus grand.
Dans la plupart des calculs de l'Analyse classique, il est possible d'obtenir une
loi générale de formation des développements asymptotiques d'une fonction,
ayant un nombre de termes arbitrairement grand; ce fait a contribué à créer une
confusion durable (tout au moins dans le langage) entre séries et développements
asymptotiques; si bien que H. Poincaré, lorsqu'il prend la peine, en 1886 (VIII),
de codifier les règles élémentaires des développements asymptotiques (suivant les
puissances entières de 1lx au voisinage de + GO), emploie encore le vocabulaire de
1 Comme la série que considère Euler en cet endroit est introduite en vue du calcul numérique,
il n'en prend que la somme des termes qui vont en décroissant, et à partir de l'indice où les termes
commencent à croître, il les remplace par un reste dont il n'indique pas l'origine (le reste de la for-
mule d'Euler-Maclaurin sous sa forme générale n'apparaît pas avant Cauchy).
Il est piquant que cette formule suive, à une page de distance, un passage où Euler met en garde
contre l'usage inconsidéré des séries divergentes !
FVR VI.30 NOTE HISTORIQUE

la théorie des séries. Ce n'est guère qu'avec l'apparition des développements


asymptotiques provenant de la théorie analytique des nombres que s'est enfin
opérée la distinction nette entre la notion de développement asymptotique et celle
dc série, en raison du fait que, dans la plupart des problèmes que traite cette
théorie, on ne peut obtenir explicitement qu'un très petit nombre de termes (le
plus souvent un seul) du développement cherché.
Ces problèmes ont aussi familiarisé les mathématiciens avec l'usage d'échelles
de comparaison autres que celle des puissances de la variable (réelle ou entière).
Cette extension remonte surtout aux travaux de P. du Bois-Reymond (VII) qui,
le premier, aborda systématiquement les problèmes de comparaison des fonctions
au voisinage d'un point, et, dans des travaux très originaux, reconnut le caractère
(<non archimédien des échelles de comparaison, en même temps qu'il étudiait
de façon générale l'intégration et la dérivation des relations de comparaison, et
en tirait une foule de conséquences intéressantes (VI1 b). Ses démonstrations
manquent toutefois de clarté et de rigueur, et c'est à G. H. Hardy (IX) que revient
la présentation correcte des résultats de du Bois-Reymond: sa contribution
principale a consisté à reconnaître et démontrer l'existence d'un ensemble de
a fonctions élémentaires )>, les fonctions (H), où les opérations usuelles de l'Ana-
lyse (notamment la dérivation) sont applicables aux relations de comparaison1.
Il n'entrait pas dans notre propos de développer dans ces chapitres les méthodes qui permettent
d'obtenir des développements asymptotiques de fonctions se classant dans certaines catégories par-
ticulières, comme par exemple certains types d'intégrales dépendant d'un paramètre, qui inter-
viennent fréquemment en Analyse; sur ce point (et. en particulier sur les importantes mtthodes de
Laplace et de Darboux) le lecteur pourra consulter le livre cité de Hardy (IX), qui contient une
bibliographie très complète.
BIBLIOGRAPHIE

(1) 1. NEWTON,in St. P. RIGAUD,Correspondence of scientîjc mm Oxford, 1841, t. II,


p. 309-310.
(II) JAKOB BERNOULLI, Ars conjectandi, Bâle, 1713.
(III) L. EULER, Opera omnia (11, t. XIV; Commentationes analytkae.. ., Leipzig-Berlin
(Teubner), 1924: a) Methodus generalis summandi progressiones, p. 42-72 ( =Comm.
Acad. petrop., t. VI (1732-33)); b) De summis serierum reciprocarum, p. 73-86
( = Comm. Acad. petrop., t. VI1 (1734-35)) ; c) De progressionibus harmonicis obser-
vationes, p. 87-100 (ibid.) ; d) Inventio summae cujusque seriei.. ., p. 108-123
( = Comm. Acad. jetrop., t. VI11 (1736)) ; e) De summis serierum reciprocarum.. .
dissertatio altera.. ., p. 138-155 ( = Misc. Berol., t. VI1 (1743)) ;f ) Consideratio
progressionis.. ., p. 350-363 (=Cornm. Acad. petrop., t. X I (1739)); g) De seriebus
quibusdam considerationes, p. 407-462 ( = Comm. Acad. petrop., t. XII (1 740)).
(IV) C. MACLAURIN, A complete treatise ofjuxiolzr, Edimburgh, 1742.
(V) A. L. CAUCHY: a) Cours d'Analyse de L'Ecole Royale Polytechnique, lrOpartie, 1821
(= Euvres, (2), t. III, Paris (Gauthier-Villars), 1897); b) Euvres, (l), t. VIII,
p. 18-25, Paris (Gauthier-Villars), 1893.
(VI) N. H. ABEL,Euvres, t. II, p. 197-205, éd. Sylow et Lie, Christiania, 1881.
(VII) P. DU BOIS-REYMOND: a) Sur la grandeur relative des infinis des fonctions, Ann. di
Mat. (2), t. IV (1871), p. 338-353; b) Ueber asymptotische Werthe, infinitare
Approximationen und infinitare Auflosung von Gleichungen, Math. Ann., t.
VI11 (1875), p. 362-414.
(VIII) H. POINCARÉ, Sur les intégrales irrégulières des équations linéaires, Acta Math., t.
VI11 (1886), p. 295-344.
(IX) G. H. HARDY,Orders of inznity, Cambridge tracts, no 12, 2Eéd., Cambridge University
Press, 1924.
CHAPITRE VI1

La fonction gamma

5 1. LA FONCTION GAMMA DANS LE DOMAINE RÉEL

1. Définition de la fonction gamma

Nous avons défini (E, III, p. 41) la fonction n! pour tout entier n 3 0, comme
égale au produit n
O$kin
(n - k); on a donc O! = 1, ( n + l ) ! = (n + 1).n!
pour n 3 0. Nous poserons r(n) = (n - 1) ! pour tout entier n 3 1; nous nous
proposons de définir, dans l'ensemble des nombres réels x > O, une fonction
continue r(x), prolongeant la fonction I' définie sur l'ensemble des entiers 3 1.
Il est clair qu'il existe une infinité de telles fonctions; comme on a la relation
F(n + 1) = nr(n) pour tout entier n 3 1, nous nous bornerons à considérer,
parmi les fonctions continues qui prolongent r, celles qui pour tout x > O
satisfont à l'équation
(1) f(x + 1) = xf(x).
Pour qu'une solution de cette équation soit un prolongement de r(n), il faut
et il suffit qu'on ait en outre f (1) = 1.
Sif satisfait à (l), pour tout n entier > 1, on a, par récurrence sur n

pour tout x > O. Cette relation montre en particulier que les valeurs de f dans
un intervalle )n, n + 1) (n entier 3 1) sont déterminées par ses valeurs dans
l'intervalle )O, 1). Inversement, soit cp une fonction continue dans )O, l), satis-
faisant aux seules conditions y (1) = 1, lim xcp (x) = 1; pour tout entier n 3 1,
x-+o
définissonsf par la relation
FVR VIL2 LA FONCTION GAMMA g1
dans l'intervalle )n, n + 1); il est clair que f est continue dans )O, + a ( , satisfait
à l'équation (l), et prolonge I'(n).
Si f est une solution continue de (1) et prend des valeurs >O dans )O, l),
elle prend des valeurs > O dans )O, + co( d'après (2) ; la fonction g(x) = logf (x)
est donc définie et continue dans )O, + a ( et satisfait dans cet intervalle à
l'équation
(3) g(x + 1) - g(x) = logx.
Sig, est une seconde solution continue de (3) dans )O, + a ( , et si h = g, - g,
on a h(x + 1) - h(x) = O pour tout x > O; autrement dit, h est une fonction
continue périodique de période 1, définie dans )O, + a ( ; inversement, pour toute
fonction h de cette nature, g + h est une solution continue de (3).

PROPOSITION 1. -Il existe une fonction convexe et une seule g, d&nie dans )O, + a ( ,
satisfaisant à l'équation (3) et prenant la valeur O pour x = 1.
Montrons d'abord que s'il existe une fonction g satisfaisant aux conditions de
l'énoncé, elle est bien déterminée dans l'fntervalle )O, l), et par suite dans tout
l'intervalle )O, + a ( . En effet, pour tout entier n > 1, la pente de la droite joi-
gnant le point (n, g(n)) au point (x, g(x)) est fonction croissante de x, puisque g
est convexe (1, p. 36, prop. 5) ; on doit donc avoir, pour O < x G 1

c'est-à-dire, d'après (3)


(4) x log (n - 1) < g(x + n) - g(n) < x log n.
Or, d'après (3), on a
. -

g(x + n) - g(n) = g(x) + log x + Z (log (x + k) - log k).


k=l

D'autre part, on peut écrire log n 5 log -


= k= - donc l'inégalité (4) s'écrit
y

n-1
x Zlog k-
k=2
k
- 1 G g(x) + log x
n n
+2 k=2
(log 1)) G x 2 log-.k -k 1