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Préface

A l’époque de George Sand, la vie à Nohant s’organisait autour de la famille,


des enfants et, plus tard, des petits-enfants, des amis du premier cercle mais aussi de
ceux que l’on appelait « les gens de maison. »
Marie Caillaud, surnommée à Nohant « Marie des poules », en raison des soins
qu’elle prodiguait aux volatiles de la ferme, en faisait partie.
Tous ceux qui connaissent de manière approfondie la correspondance de George Sand,
grâce à l’exemplaire travail de Georges Lubin, ont pu se faire une idée de la place
singulière qu’occupa, à Nohant, Marie Caillaud, une bonne partie de sa vie.

Mais ce fait restait relativement confidentiel jusqu’aux recherches entreprises


par Solange Dalot permettant l’édition du présent ouvrage. La lecture de ce livre
donnera l’occasion au plus grand nombre de découvrir la personnalité de Marie
Caillaud que sa condition de servante vouait à un anonymat certain. Il y a presque une
« action en justice » dans cette entreprise littéraire qui n’aurait pas déplu à George
Sand. Nous connaissons trop son utopie de « peuple uni » pour en être certains. A
coup sûr, elle aurait admis que Marie Caillaud sortît de l’ombre pour être connue tout
autant que d’autres habitués de la célèbre maison de Nohant. Et il est vrai que la
personnalité de Marie est attachante, aussi attachante que le sont bon nombre de
personnages des romans de George Sand.

Tout au long de ces pages qui nous donnent l’occasion de pénétrer l’intimité de
la vie quotidienne de la famille Sand, Solange Dalot use habilement de la similitude
entre Marie Caillaud et Nanon, personnage-titre du célèbre roman de l’écrivaine. Il est
alors possible de se rendre compte combien l’écriture romanesque de George Sand se
nourrissait de la réalité de son environnement.
Marie Caillaud, tout comme Nanon, réussira son émancipation personnelle par
l’éducation. George Sand se chargeait elle-même de l’apprentissage de la lecture et de
l’écriture à celle, qui toute jeune, entra à son service. Cette découverte de l’écrit amena
Marie Caillaud directement sur la scène du théâtre de Nohant où la magie de
l’interprétation lui fit côtoyer tant de personnalités socialement si différentes d’elle.

La scène du théâtre de Nohant devint donc l’espace symbolique de la


disparition des classes, le lieu possible de l’émancipation et de la transgression sociale.
Pourtant aucune magie ne modifia la destinée de Marie Caillaud, si ce ne fut, pour elle,
la possibilité de fréquenter tant de gens que sa modeste condition d’origine ne lui
aurait jamais permis de rencontrer.

Rien que pour cela et pour beaucoup d’autres raisons aussi, son histoire
méritait d’être connue. Remercions donc Solange Dalot d’avoir restitué avec
exactitude et émotion le parcours singulier de Marie en nous invitant à la suivre dans
la maison de Nohant, habitée par une joyeuse tribu partageant les bonheurs, les
passions et les curiosités les plus diverses, à l’ombre tutélaire de George Sand.

Georges Buisson
Introduction

Comme chaque année pour la Sainte-Anne, fête que ne manquait jamais


George Sand depuis son retour à Nohant, les « Gâs du Berry », plus vieille société
folklorique de France dont Maurice Sand fut le premier Président d’honneur,
préparent un petit spectacle.
2004, année du bicentenaire de la naissance de George Sand, est l’occasion de
marquer notre attachement à notre grande romancière, d’autant plus que Monsieur
Buisson, conservateur de la demeure de George Sand, met la cour du château à notre
disposition.
Tout à coup nous devenons les serviteurs du château et nous allons faire
revivre l’histoire incroyable d’une petite servante de Nohant, Marie Caillaud, dans les
lieux-mêmes où George Sand aimait recevoir tous les habitants de Nohant et ses amis
de La Châtre pour fêter un anniversaire de son fils ou le mariage de l’un de ses
serviteurs, au son des vielles et cornemuses.

C’est ainsi que pendant une année je me suis penchée sur les Agendas et la
Correspondance de George Sand afin d’évoquer la vie de Marie, celle que George
Sand avait surnommée « Marie des Poules » pour la distinguer des autres Marie
Caillaud.
Dix-sept années de gloire dans l’intimité de George Sand ont été vécues par
Marie comme une pièce de théâtre. Le rideau baissé, le rêve s’évanouit. Echappe t-on
à sa condition sociale ?

« Marie, une grande berrichonne que j’ai élevée, qui est la gouvernante de
mon intérieur et une sorte de fille pour moi… Ce n’est qu’une paysanne, mais d’une
nature si distinguée…» écrit George Sand qui a toujours gardé une grande affection
pour Marie. L’héroïne de son dernier roman « Nanon » est d’ailleurs le portrait
idéalisé de Marie.

La grande considération de George Sand pour Marie a provoqué bien des


jalousies mais aussi bien des calomnies quand Marie, enceinte, a dû quitter Nohant.
Une petite Marie Lucie est née d’un père mystérieux.
Qui est le père de Marie Lucie ?

Aujourd’hui beaucoup de personnes portant le nom de Caillaud s’interrogent


sur cette ancêtre possible. C’est avec passion que j’ai consulté la généalogie
embrouillée des nombreuses Marie Caillaud de Nohant et que j’ai pu rencontrer le
dernier petit-fils et une arrière-arrière petite fille de Marie des Poules.
Solange Dalot